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11 juillet 2020 6 11 /07 /juillet /2020 08:02

    Le réformateur religieux et homme politique anglais William PENN est un des plus grands promoteurs du quakerisme en Amérique, fondateur de la ville de Philadelphie et de la province de Pennsylvanie, devenue l'État Pennsylvanie des États-Unis.

    Issu d'une famille de militaires et de commerçants aisés, élève brillant, William PENN dévie cependant de la voie qui lui semble promise en adhérant aux principes de la Société des Amis. Chassé de l'Université d'Oxford pour ses positions protestantes "trop radicales", il est expédié par son père (l'amiral Sir William PENN) en France "pour apprendre les bonnes manières" et "tenir son rang". Après un séjour à la Cour du Roi, il s'inscrit à l'Académie protestante de Saumur où il passe les années 1662-1663, logeant chez Moïse AMYRAUT. La gestation de sa conversion définitive au quakerisme est longue ; elle intervient finalement en Irlande (où son père l'a envoyé en 1667 pour s'occuper du domaine familial, et surtout pour l'éloigner de Londres).

William PENN est alors persécuté comme les autres quakers sur le sol britannique : de décembre 1668 à juillet 1669; il est notamment incarcéré à la Tour de Londres.

Il se rallie progressivement au projet de s'exiler dans les territoires d'Amérique du Nord pour y fonder une colonie où les Amis pourront y vivre selon leurs principes. Quelques quakers se sont déjà installés dans le New Jersey en 1667. Mais William PENN a désormais les moyens d'un projet plus ambitieux grâce à l'héritage à la mort de son père et négocie notamment une importance créance due par la Couronne contre des terres en Amérique du Nord. Le 14 mars 1681, Charles II lui octroie par charte un vaste territoire situé à l'Ouest du New Jersey.

William PENN y fonde en 1682 la ville de Philadelphie, en y appliquant les préceptes du gouvernement d'une société libérale idéale. La jeune colonie quaker devient rapidement prospère (commerce). Il souhaitait que cette cité serve de port et de centre politique. Même si Charles II lui en avait donné la propriété, il achète la terre aux Amérindiens afin d'établir avec eux des relations pacifiques (signature d'un traité d'amitié avec TAMANEND, chef de la nation Delaware, à Shackamaxon dans les environs de Philadelphie). Gouverneur de la province, William PENN veille à développement (1682-1684). 

Mais William ne reste pas en Amérique. De retour en Angleterre, son amitié avec le duc d'York, devenu Jacques II en 1685, l'incite à approuver les déclarations d'indulgence du souverain, en 1687 et 1688 ; il est l'un des rares non-conformistes qui acceptent alors une tolérance surtout favorable aux catholiques romains. Plusieurs fois mis en cause pour ses sympathies avouées envers les jacobites après la Glorieuse Révolution (1688), il se tire d'affaire, redevient prédicateur itinérant des quakers, avant de retourner en 1699 en Pennsylvanie, où il exerce difficilement son autorité jusqu'à sa mort.

La province de Pennsylvanie s'engage dans la lutte pour l'Indépendance : le texte original de la Déclaration d'Indépendance et de la Constitution est signé au Capitole de Philadelphie (aujourd'hui appelé Independance Hall). La colonie rachète également d'autres terres, dans l'Ouest du New Jersey à William BERKELEY en 1674. Les idéaux qui y furent mis en pratique ont alors une influence importante sur les futures institutions américaines.

 

   Comme quaker pacifiste, William PENN considère les problèmes de la guerre et de la paix de manière large, dans le temps et dans l'espace, dans toutes les implications économiques et sociales. C'est un des premiers penseurs à proposer le projet d'États-Unis d'Europe, à travers la création d'une assemblée européenne de députés discutant et tranchant les questions de tout ordre pacifiquement. Il est aussi le premier à suggérer la création d'un Parlement Européen. Homme de profondes convictions religieuses, il exhorte de revenir au "christianisme primitif", détaché de toute ambition temporelle partisane.

 

William PENN, A collection of the Works of William Penn, deux volumes, J. Sowle, 1726 ; Primitive Christianity Revived, 1696 ; My Irish Journal, 1669-1670, Isabel Grubb, Longmans, 1952

Hans FANTEL, William Penn, Apostle of Dissent, William Morrow and co, New York, 1974. William Dixon, William Penn, An Historical Biography, Philadelphia, Blanchard and Lea, 1851. Kohn MORETTA, William Penn and the quaker Legacy, 2006. Jeanne Henriette LOUIS et Kean-Olivier HÉRON, William Penn et les quakers : ils inventèrent le Nouveau Monde, Gallimard, 1990.

(Voir Oeuvres de et sur William PENN : site Internet : oriabs.oclc.org)

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8 juillet 2020 3 08 /07 /juillet /2020 16:27

     George FOX, théologien anglais, fondateur de la Société religieuse des Amis (Quakers), témoin de grands bouleversements sociaux, s'oppose au consensus religieux et politique, en proposant une nouvelle approche plus rigoureuse de la foi chrétienne. Son journal, qui contient une description très vivante des périples de son auteur, s'est imposé comme une oeuvre littéraire majeur. Grand voyageur, en Europe et aux Amériques, il influe nombre de communautés, qui ne reprennent pas tous tous les éléments de sa pensée.

   Toutes les particularités du quakerisme s'expliquent par les conditions ecclésiastiques de sa naissance. Son fondateur George FOX, anglican par sa famille, avait été choqué dès la fin du règne de Charles 1er, et encore plus pendant le Commonwealth cromwellien, par l'abondance des groupements, sectes et Églises qui prétendaient tous à la vérité et dont le formalisme et l'exclusivisme lui inspirent de l'aversion. Il devient alors un "chercheur" (seeker), c'est-à-dire un homme détaché de toute appartenance ecclésiastique, en quête d'une vérité à découvrir personnellement. La mystique de Jacob BOEHME, dont les écrits viennent alors d'être traduits en anglais, semble l'avoir beaucoup influencé. A cela il faut ajouter une introversion quasi maladive qui joue, chez lui, dans le sens de l'individualisme mystique. Comme beaucoup de seekers de son temps, le père de la Société des Amis participe à la fermentation antinomienne caractéristique des sectes du Commonwealth. Il n'hésite pas à interrompre les cultes de l'Église officielle pour proclamer son message, à braver les autorités ou à les apostropher durement. Ainsi, le sobriquet de quakers (c'est-à-dire trembleurs) attribué à ses disciples viendraient, selon certains, du conseil qu'il aurait donné à un juge qui l'interrogeait : "Fais ton salut avec crainte et tremblement." A moins que les "Amis" n'aient été dénommés trembleurs à cause des manifestations d'émotion frénétique qui se produisaient habituellement dans leur culte et leurs prédications. Parmi les premiers Amis, certaines donnèrent le spectacle de véritables déviances, tel James NAYLER, qui se prenait pour Jésus lui-même. Quoi qu'il en soit des liens possibles entre les quakers - pacifistes absolus et se refusant à tout serment - et certains mouvements révolutionnaires du Commonwealth, tels les diggers, les levellers et les ranters, le quakerisme se caractérise par une attitude de protestation radicale, sociale et religieuse. En rejetant le vouvoiement, les formules et les gestes de politesse, les appellations traditionnelle des jours de la semaine, en refusant même de donner aux églises d'autre nom que celui de "maisons à clocher" (steeple houses), les premiers quakers mettent en cause toutes les relations sociales et religieuses de l'époque et du lieu, de même qu'ils dénoncent, avec toutes les branches de la Réforme radicale, le lien entre la culture de la société globale et le christianisme (véritable). (Jean SÉGUY)

 

Une jeunesse rebelle à son milieu

   Dès l'enfance, George FOX, issu d'un père tisserand et d'une famille anglicane pratiquante, se montre enclin au sérieux et à une forte religiosité. Il ne connait aucune scolarité mais apprend néanmoins à lire et à écrire, étudiant la Bible avec assiduité. Selon lui-même, "lorsque j'atteignais l'âge de onze ans, je connaissais la pureté et la vertu car, au cours de mon enfance, on m'enseigna le chemin à suivre pour rester pur. Le Seigneur m'apprit à être fidèle en toutes choses, et à agir fidèlement de deux manières : intérieusement envers Dieu et extérieurement envers les hommes."

Malgré le désir de ses proches de faire de lui un prêtre, il devient apprenti auprès d'un cordonnier et d'un berger. Cette situation convient à son caractère contemplatif, et il est vite renommé pour sa compétence auprès des marchands de laine ayant affaire avec son maître. L'obsession constante de FOX est la poursuite de la simplicité dans la vie, c'est-à-dire la recherche de l'humilité et le refus du luxe (qu'il constate chez les prêtres anglicans), autant de valeurs qui lui ayant été inculquées par son expérience de berger. La Bible lui donne quantités de modèles de bergers dont il faut suivre l'exemple (Noé, Abraham, Jacob, Moïse...).

Cela ne l'empêche pas de cultiver l'amitié de personnes plus éduquées. Goerge FOX rend régulièrement visite à Nathaniel STEPHENS, le prêtre de son village, et engage avec lui de longues conservations théologiques, même s'ils se trouvent souvent en désaccords. Il compte également des amis parmi les professeurs anglicans, mais finit par les mépriser à la fin de son adolescence en raison de leur comportement, notamment de leur dépendance à l'alcool.

 

Premiers voyages et premières tentatives de "conversions"...

    Cette expérience du milieu des prêtres anglicans le pousse à quitter Drayton-in-the-Clay en septembre 1643 et à errer sans destination précise, dans un certain état de confusion mentale. Il trouve refuge dans le bourg de Barnet, à Londres, et peut s'enfermer dans sa chambre pendant des jours tout comme s'aventurer seul dans la campagne. Ses méditations tournent alors principalement autour de la tentation de Jésus par Satan dans le désert; épisode biblique qu'il compare à sa propre condition spirituelle. Notons qu'il n'est pas le seul dans ce cas à cette époque de l'histoire de l'Angleterre, peuplée de mystiques de tout ordre. George FOX attire parfois l'attention de quelques théologiens, mais il les rejette comme menant une vie indigne des doctrines qu'ils enseignent. Il recherche également la compagnie des membres du clergé mais n'y trouve aucune réconfort, car eux aussi semblent incapable de répondre aux maux qui le tourmente (fumer du tabac, réciter des psaumes, saignées sont fréquemment conseillés!). Après un retour auprès de sa famille (qui pousse à se marier ou au service militaire...), il recommence ses errances, mais avec plus de circonspection dans ses rencontres, et également avec plus de ténacité dans l'expression de ses désaccords, voie qui le conduit plus tard à provoquer les ecclésiastiques en plain sermon...

Dans les quelques années qui suivent, George FOX voyage plus loin, à travers le pays et raffermit ses convictions religieuses. A savoir :

- Les chrétiens, bien qu'ils pratiquent leur religion de diverses manières suivant les endroits, seront tous "sauvés" par leur foi. Les rites religieux n'ont donc aucune incidence pourvu que le croyant soit pur en son for intérieur.

- La capacité pour exercer la prêtrise est donnée à un homme par le Saint-Esprit, et non par des études religieuses. Cela implique que n'importe quelle personne, y compris une femme, a le droit de guider les fidèles.

- Dieu "habite le coeur de son peuple obéissant"  : l'expérience religieuse ne doit donc pas être confinée au seul bâtiment de l'église. FOX, de fait, refuse de qualifier un édifice d'"église". Il préfère pratiquer son culte au milieu des champs, dans l'idée que la présence de Dieu peut aussi se faire sentir au sein de la nature.

   il cultive des relations avec les "Dissidents anglais", des petits groupes de croyants ayant rompu avec les églises établies en raison de l'originalité de leurs idées. Il espère un temps que ces "Dissidents" soient en mesure de l'aider dans son accomplissement spirituel, mais ses attentes sont déçues et il doit quitter un de ces groupes parce qu'il s'évertue à maintenir que les femmes possèdent elles aussi une âme.

 

La fondation de la Société des Amis et les premiers emprisonnements...

   George FOX commence à exercer ce qu'il appelle son ministère en 1648. Prêches sur les marchés, dans les champs, dans les "maisons-clochers"... Prêches puissants, dits avec conviction, se basant sur les Saintes-Écritures, mais puisant dans son expérience personnelle, au milieu souvent de querelles entre de nombreux courants chrétiens aux vues très opposées... Probablement cette confusion est profitable au trublion, notamment parce que la justice sociale se situe souvent au milieu de son discours moralisant. Nombreux sont ceux qui adhèrent alors à ses vues... dans les années 1650 le mouvement s'accélère...

Il est d'ailleurs inculpé de blasphèmes, souvent, et passent de longues semaines en prison, où les geôliers se voient refuser par lui le paiement de ses séjours (en effet, les prisonniers devaient payer leur pitance et les soins à leurs chevaux...) et le traitent durement. Il connait plusieurs périodes d'emprisonnement et ne doit sûrement qu'à ses nouveaux amis de ne pas tomber dans les oubliettes : à Londres en 1654, à Launceston en 1656, à Lancaster en 1660 et 1663... à Woercester en 1674... Bien que les lois interdisant la pratique d'un culte non autorisé aient été peu appliquées dans la pratique en Angleterre, elles sont parfois soulevées contre les quakers, sans doute par la manière volontairement provocatrice de leurs interventions. En plus, nombre d'Amis refusent de prêter serment devant les tribunaux, refusant l'allégeance à la Couronne.

Même pendant ses séjours en prison, George FOX continue d'écrire et de prêcher. Il considère sa condition de prisonnier comme une bonne occasion d'entrer en contact avec les gens qui ont besoin de son aide, geôliers ou prisonniers.

Très tôt, George FOX est confronté à des "adeptes" exaltés, mystiques, qui dans leur élan "évangélisateur" se désignent eux-mêmes comme nouveaux prophètes délivrant la Parole. Notamment vers 1656, chez l'un de ses meilleurs collaborateurs du moment, James NAYLER. Il vit vite le danger de ces "Messies" et reconnût que lui-même pouvait avoir les mêmes élans et la même intransigeance morale et c'est en partie pour se sauvegarder de ce danger qu'il prône une organisation communautaire de la gestion de la vie religieuse des Amis comme surtout une expression collective des opinions des membres.

 

La Société des Amis prend de l'ampleur de l'importance... politique!

  Dans les années 1650, les réunions organisées par le Amis attirent déjà des fidèles par milliers. Le Commonwealth, craignant un complot monarchiste, redoute que la population voyageant en compagnie de George FOX n'ait pour but de renverser le gouvernement. En 1655, FOX est arrêté et conduit à Londres pour un entretien avec Olivier CROMWELL. Après avoir assuré le Lord Protecteur qu'il n'a aucune intention de prendre les armes, FOX peut discuter avec lui des différences existant entre les Amis et les Églises plus traditionnelles, avant de lui conseiller d'écouter la voix de Dieu et d'y obéir. Son Journal rapport qu'au moment où il prend congé, CROMWELL, les larmes aux yeux, lui proposant de revenir le voir. Ce qui se passe en 1656 pendant plusieurs jours. Si l'entrevue se passe bien sur un plan strictement personnel, de même qu'en 1658, il n'en résulte que peu de choses, car CROMWELL est déjà très affaibli (il meurt en septembre 1658). Les nombreuses persécutions ne cessent guère (environ un millier en prison en 1657), parallèlement d'ailleurs à un développement considérable de la Société des Amis à travers tout le pays.

La restauration de la monarchie anglaise, avec l'avènement de Charles II, laisse les quakers dans une position précaire, vu les relations avec CROMWELL. Toutefois, ils bénéficient de la recherche de l'apaisement tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de Charles II, lui-même à l'écoute des appels à la recherche de la paix (il met un terme aux prises de serment et aux jeux de hasard...). Des centaines de quakers sont libérés de prison, malgré l'incertitude du gouvernement sur leurs possibles liens avec d'autres mouvements violents.

C'est dans ce contexte que de nombreux Amis peuvent émigrer en Amérique, dans une relative quiétude, même si après un temps passé en Nouvelle-Angleterre, nombreux sont bannis par les colons. Charles II facilite leur retour en Angleterre tout en faisant publier un édit interdisant ce bannissement. Les allers-retours d'Amis aux deux rives de l'Atlantique suscitent alors un grand intérêts pour le Nouveau-Monde, et pas seulement dans les cercles quakers...

 

Voyages en Amérique et en Europe.

   George FOX part en voyage (marié en 1669) en 1671 à la Barbade, puis dans les colonies anglaises d'Amérique du Nord. Parvenu au Maryland, il participe à une grande réunion de quatre jours avec les quakers locaux. Tandis que ses compagnons de voyage parcourent les autres colonies, il préfère rester un certain temps pour rencontrer quelques Indiens qui se disent intéressés par le mode de vie des quakers. Très impressionné par leur caractère, qu'il qualifie d"affectueux" et "respectueux". En Caroline du nord, il a d'ailleurs l'occasion de s'opposer fermement à un homme qui déclare que "la lumière et l'esprit de Dieu ne sont pas dans les Indiens".

Ailleurs dans les colonies, FOX aide à structurer les communautés d'Amis selon les mêmes principes que ceux adoptés en Angleterre. Il prêche également auprès de non-quakers, dont certains se convertissent. D'autres, notamment les catholiques, restent sceptiques.

Après avoir longuement parcouru les colonies américaines, George FOX regagne l'Angleterre en 1673. Vite renvoyé en prison, sa santé commence à en souffrir. Sorti de prison grâce à une demande de sa femme au Roi, il est devenu trop faible pour reprendre tout de suite ses voyages. Occasion d'écrire davantage, se consacrant à la question du serment, convaincu de son caractère crucial pour les quakers. Il rend ensuite visite aux Amis des Pays-Bas (1677 et 1684), et brièvement à des Amis allemands. Pendant ce temps, FOX écrit régulièrement en Angleterre pour participer aux débats à propos notamment du rôle des femmes dans les réunions. Au cours des dernières annés de sa vie, il continue de participer aux réunions annuelles de la communauté anglaise, et se rend même au Parlement pour y dénoncer les souffrances subies par ses compagnons. L'Acte de Tolérance (Act of Toleration) de 1689 récompense ses efforts, et permet à de nombreux Amis de sortir de prison.

A sa mort en 1691, et malgré les persistantes persécutions, il y a 50 000 quakers en Angleterre et en Irlande, sur une population d'environ 5 millions d'habitants. Il y a des groupes également en Hollande, en Nouvelle-Angleterre, en Pennsylvanie, au Maryland, en Virginie et dans les Carolines, qui prospèrent ensuite dans des conditions diverses.

 

Une oeuvre religieuse et littéraire très diffusée

  Le Journal de George FOX est publié pour la première fois en 1694, après avoir été édité par Thomas ELLWOOD, un ami de John MILTON et de William PENN. L'oeuvre en tant qu'autobiographie à tonalité religieuse est souvent comparée aux Confessions de SAINT-AUGUSTIN ou aux écrits de John BUNYAN. Le Journal, malgré son caractère extrêmement personnel, réussi à captiver tant les lecteurs ordinaires que les historiens en raison de la richesse des détails concernant la vie au XVIIe siècle ou les villes et villages visités par l'auteur.

  Des centaines de lettres écrites par FOX, pour la plupart des épîtres destinés à tous mais aussi quelques missives personnelles, ont également été publiées. Composées à partir des années 1650 sous des titres tels que Amis, recherchez la paix de tous les hommes ou aux Amis pour se reconnaître dans la lumière, les lettres donnent un aperçu essentiel de la pensée de l'auteur, et montrent sa détermination à la répandre. Ces écrits ont trouvé un public au-delà de la communauté quaker, de nombreux autres courants chrétiens les utilisant pour illustrer les principes du christianisme.

  L'influence de FOX sur la Société des Amis fut naturellement considérable, et la plupart de ses idées ont été largement reprises par la communauté. Toutes cependant n'ont pas reçu l'approbation de l'ensemble des quakers : son rejet puritain de toute forme d'art et de la théologie n'ont empêché le développement de ces matières chez les quakers que pour quelque temps.

Il est considéré de manière générale comme un pionnier. Son attitude pour la justice sociale et pour la paix (contre le service militaire et tout enrôlement dans des armées) est reconnu bien au-delà des frontière idéologiques.

 

George FOX, Journal de Georg Fox, 1624-1690, fondateur de la Société des Amis, Éditions "Je sers", Paris, 1935 ; Pensées de George Fox, fondateur de la Société des Amis, Quakers, 1944. (voir le site de l'Université George Fox : www.georgefox.edu

Henry Van ETTEN, George Fox et les Quakers, Éditions du Seuil, collection "Maîtres spirituels", 1956.

 

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7 juillet 2020 2 07 /07 /juillet /2020 13:19

    Dialogue, la revue trimestrielle du Groupe Français d'Éducation Nouvelle, à ne pas confondre avec la revue - estimable elle aussi - du même nom (Revue de recherches cliniques et sociologiques sur le couple et la famille édité par Eres), sur papier et sur Internet, se veut une revue de recherche, d'échange et de confrontation de pratiques d'éducation nouvelle en rupture avec les pratiques dominantes.

   Pour le GPEN, il n'y a pas d'éducation "paisible" qui se suffirait de "bonnes méthodes". Il assume donc les multiples conflits dans l'éducation, qui, elle, est une source de transformation de l'individu qui se construit et construit en même temps ses savoirs avec les autres.

  La revue, comme les autres moyens de diffusions des idées (brochures, livres...), rend compte de pratiques émancipatrices, fondées sur l'idée que tous les êtres humaines sont des chercheurs, des créateurs à part entière. C'est un levier d'action "qui permet à chaque auteur d'article, à chaque lecteur d'être dans un processus de réflexion et d'action sur son activité au quotidien. Dialogue "porte une visée positive qui transforme les réussites en véritables pouvoir d'agir, les controverses en occasion de développement professionnel, personnel, collectif. Elle est un espace commun de travail où s'expriment les regards croisés de femmes et d'hommes, enseignants, formateurs, chercheurs, éducateurs, parents, travailleurs sociaux, militants associatifs, artistes... tous en recherche sur les questions d'éducation."

    Rappelons simplement ici que le GFEN, dont la devise est "Tous capables!", a été fondé en 1922 comme section française de la Ligue internationale de l'éducation nouvelle. Henri BASSIS (1916-1992), résistant, militant communiste, poète et auteur dramatique a rédigé le Manifeste de l'éducation nouvelle et le GFEN a été présidé successivement par Paul LANGEVIN, Henri WALLON, Gaston MIALARET, Robert GLOTON, Henri BASSIS, puis Odette BASSIS, et enfin actuellement par Jacques BERNARDIN.

A partir du GFEN, d'autres groupes, belge, romand, valdotain, luxembourgeois, haïtien... ont vu le jour. De ces différents groupes est né en 2001 le Lien international de l'éducation nouvelle (LIEN), qui met en synergie des groupes d'éducation nouvelle du monde entier et de langues diverses. Le GFEN partage les idées de l'éducation nouvelle avec d'autres associations, dont Pédagogie Montessori, les Centres d'Entraînement aux Méthodes d'Éducation Active (CEMEA), ou encore le Réseau des écoles démocratiques au Quebec (REDAQ)...

   Parmi les numéros de Dialogue, notons ceux d'avril 2017 (n°164 - Objets disciplinaires, Pensée complexe), d'avril 2018 (n°168 - Revenir aux fondamentaux pour bâtir les savoirs?), d'octobre 2018 (n°170 - Éros et logos, Éducation et sexualité) et de juillet 2020 (n°177 - Pour que les élèves se saisissent pleinement de leur travail personnel)...

  

 

Dialogue, GFEN, 14 avenue Spinoza, 94200 Ivry-Sur-Seine. Site Internet : gfen.asso.fr.

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6 juillet 2020 1 06 /07 /juillet /2020 13:15

    L'ouvrage assez récent (2015) de Marie-Claude BADICHE, assistante sociale, spécialisée dans la protection de l'enfance et dans l'insertion des jeunes en difficultés, Maurice BADICHE, diplômé de l'ESSEC qui a fait toutes sa carrière chez Renault de 1952 à 1986 et pour l'essentiel aux affaires internationales et de Martine SEVEGRAND, historienne et spécialiste du catholicisme français au XXe siècle, dessine en creux l'histoire, une histoire de l'Église catholique. D'une Église qui n'a pas su faire, même avec Vatican II, dont maints prêtres-ouvriers se défient d'ailleurs, faire le lien entre une hiérarchie prise dans ses dogmes et la masse des "pêcheurs". Il s'agit en effet de l'histoire du "Groupe Chauveau" (1957-2011), d'un de ces groupes de Prêtres-Ouvriers, qui ont dû désobéir en fin de compte à cette hiérarchie pour pouvoir porter le témoignage d'un christianisme qu'il estime véritable auprès des ouvriers.

   "Convaincu que les formes traditionnelle d'apostolat n'arriveraient pas à franchir "ce mur qui sépare l'Église de la masse", le cardinal Suhard, archevêque de Paris, créa en 1943 la "Mission de Paris" : une équipe de prêtres déchargés de toute fonction paroissiale. Mais il n'était pas encore dit que ces prêtres devraient adopter la condition ouvrière pour la vie entière." L'introduction de Maurice BADICHE nous permet de nous remémorer cette initiative et son histoire.

"C'est à partir de 1945-1946 que certains d'entre eux, constatant les limites d'une action de quartier, hors des lieux de travail, demandèrent au cardinal l'autorisation de s'embaucher en usine comme ouvriers." Le cardinal acquiesça en leur demandant de prendre leurs responsabilités dans cette nouvelle vie et de l'informer de leurs progrès. "Pour ces "prêtres-ouvirers", selon l'expression lancée par le titre du livre d'Henri Pertin : Journal d'un prêtre-ouvrier en Allemagne (Seuil, 1945), il ne s'agissait pas d'un petit stage pour s'informer de la condition ouvrière, mais très vite d'un engagement à vie, "sans esprit de retour". C'était pour eux leur manière de vivre leur ministère, ce à quoi le cardinal Suhard donnait son aval." "Et voici qu'au début de 1954, ils reçurent l'ordre de quitter leur travail. La moitié d'entre eux refusèrent d'obéir, rappelant les promesses faites. On les appela plus tard "les insoumis"."

Plusieurs ouvrages, dont certains autobiographiques, ont raconté leur histoire. Ce livre se focalise sur une vingtaine d'entre eux, seul groupe des insoumis qui poursuivit sa recherche collective depuis l'automne 1957 jusqu'à la disparition du dernier de ses membres en 2011. Abandonnés par l'institution, ils gardèrent néanmoins des contacts avec elle, sans se reconnaitre dans l'action des prêtres envoyés en mission après Vatican II en 1965.

   Marie-Claude et Maurice BADICHE, en conclusion, estiment que "certes, les PO ont définitivement fait exploser le modèle du prêtre en col romain, fonctionnaire du culte ; ils ont aussi, en reconnaissant la réalité de la lutte des classes, remis en question la doctrine sociale de l'Église qui prône leur collaboration, avec une conception des "pauvres" qui appelle à la charité plutôt qu'au combat contre les causes de leur exploitations. Ils s'interrogent aussi sur les bouleversements qui surviennent au sein même de la classes ouvrière du fait, notamment, du passage d'un capitalisme des producteurs à un capitalisme financier. Mais ce qui nous interpelle le plus aujourd'hui et qui rend si actuelle leur démarche, c'est qu'ils ont osé questionner la foi des chrétiens, à la manière de l'expérience d'une vie commune avec d'autres hommes qui luttent pour un monde meilleur, fait d'amour et de justice, et qui ne revendiquent pas nécessairement leur appartenance à une croyance religieuse."

"Ce faisant, ils ont vu les limites du discours dogmatique de hiérarques qui présentent comme vérités de foi des affirmations le plus souvent inadaptées mais qu'ils disent détenir de Dieu lui-même pour mieux asseoir leur pouvoir. Ils soulignent encore comment cette prétention d'apporter des réponses à tout stérilise toute avancée spirituelle. On sait bien enfin que cette soumission à des certitudes soit-disant révélées aboutissent à l'intégrisme, à la théocratie et leurs pires abominations. Cette critique qui s'applique évidemment aussi bien à l'islamisme radical qu'à l'intégrisme chrétien n'épargne pas des doctrines profanes comme le communisme ou le capitalisme dit "libéral" capables d'engendrer des dictatures ou de créer les plus mauvaises conditions d'exploitation des travailleurs, au nom de lois prétendues"naturelles" ou scientifiques."

  La lecture de ces pages rapprochent irrésistiblement le combat de ces Prêtres-ouvriers, d'autres militants, également en rupture avec leur propre institution, venant d'horizons "opposés" au religieux. Ils rappellent les multiples interrogations de ces militants communistes envers les directives de leur parti et leurs propres dilemmes quant à l'attitude à tenir envers le Parti Communiste, entre conscience de ses erreurs de tout ordre et de la nécessité pour la classe ouvrière pour "prendre le pouvoir" d'une organisation de masse. Comment christianiser en se plaçant en dehors de l'Église, "mère" de leur propre foi et collectif indispensable à la masse des "pécheurs", alors que l'on se rend compte que la christianisation, précisément, est en "panne" à cause dea actions de cette Communauté, et ce dans les milieux qui "en ont le plus besoin"... A travers les doutes, les questionnements de ces PO, sur de longues décennies, que cet ouvrage rend bien, maints chrétiens se remémoreront la substance de bien des combats...

 

Martine SEVEGRAND est également l'auteure aux mêmes Éditions de La sexualité, une affaire d'Église? De la contraception à l'homosexualité, 2013 et de Israël vu par les catholiques française (1945-1994), 2014.

 

Marie-Claude et Maurice BADICHE et Martine SEVEGRAND, Des prêtres-ouvriers insoumis en 1954. Le "Groupe Chauveau", 1957-2011, Ruptures et découvertes, Éditions Karthala, 2015, 250 pages.

 

 

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5 juillet 2020 7 05 /07 /juillet /2020 06:59

   Conrad GREBEL est le cofondadeur des Brethen de Suisse (ou "Frères suisses") et considéré comme le "Père des Anabaptistes". Sa pensée, concentrée dans quelques écrits, influence par la suite de nombreux croyants et notamment ceux qui font partie des courants pacifistes.

   Fils d'un important commerçant suisse de Zurich, il est surtout éduqué à Bâle, Vienne et Paris. Il se lie d'amitié vers la fin des années 1510 avec Joachim VADIAN à l'Université de Vienne, un éminent professeur humaniste suisse. Il passe finalement en 6 ans par 3 universités sans finir ses études.

En 1521, il s'associe au groupe d'Ulrich ZWINGLI dont il devient un fervent soutien. C'est dans ce groupe qu'il devient également l'ami de Félix MANZ. C'est surtout là qu'il acquiert une solide formation en Grec classique, en Bible latine, en Ancien Testament hébreu et en Nouveau Testament grec. Il se converti en été 1522 et devient un fervent prêcheur.

 Mais avec 15 autres personnes, en 1523, il finit par se séparer de ZWINGLI à cause d'une dispute sur l'opportunité d'abolir la Messe et ses "abus". Le second sujet qui accentue leur division est celui du baptême des enfants. ZINGLI s'oppose à MANZ et GREBEL sur cette question. Le conseil municipal vote en faveur de ZINGLI et du baptême des enfants, exige du groupe de GREBEL qu'il cesse ses activités et ordonne que tout enfant qui n'avait pas été baptisé lui soit présenté pour le baptême dans les 8 jours, faute de quoi l'exil du canton serait prononcé.

Conrad GREBEL réunit son groupe, malgré l'interdiction, à la maison Félix MANZ en Suisse, le 21 janvier 1525 et exerce le premier baptême du croyant du mouvement. Date qui est généralement considérée comme celle de la fondation de l'anabaptisme. Les participants quittent ensuite la réunion, durant laquelle il y eut plusieurs baptêmes (dont le "baptême de la foi" de Georges BLAUROCK), avec le sentiment d'avoir une nouvelle mission. En octobre 1525, après plusieurs mois d'évangélisation dans des villes comme St Gall et Grüningen, après que de nombreux anabaptistes aient été arrêtés et parfois assassinés, GREBEL lui-même est finalement arrêté et emprisonné. C'est durant ce séjour en prison, qu'il prépare la défense de la position anabaptiste sur la question du baptême. Avec l'aide de ses proches, il s'évade en mars 1526. Il parvient à faire publié son pamphlet rédigé en prison avant de mourir de la peste.

 

    Toute la production littéraire de GREBEL se résume à 69 lettres écrites de septembre 1517 à juillet 1525, trois poèmes, une pétition au conseil de Zurich et le pamphlet contre le baptême des enfants. Trois lettres écrites par lui en 1523, 1524 et 1525 ont été conservées. Ses correspondances avec Andreas KARLSTADT, Martin LUTHER et Thomas MÜNTZER (1524) sont parmi les plus marquantes.

Bien qu'il n'ait vécu que 30 ans, qu'il ne se soit consacré au christianisme que 4 ans et n'ai donné qu'un an et demi à l'anabaptisme, l'impact de son action lui vaut le titre de "Père des Anabaptistes" et de chef du groupe des anabaptistes de Zurich.

Ses croyances ont laissé une empreinte profonde dans l'existence et la pensée du mouvement anabaptiste. La liberté de conscience et la séparation de l'Église et de l'État sont parfois considérés comme deux héritages des anabaptistes de Zurich. (voir Sébastien FATH, Les baptistes, une Église professante et militante, sur clio.fr)

    Ses croyances ont une forte influence dans la vie et la pensée d'Amish, de Baptistes même, et aussi au sein des églises mennonites comme pour d'autres mouvements piétistes. Il est considéré, avec Petr CHELCICKY (1390-1460) de Bohême, comme un des premiers nonresistants chrétiens de la Réforme.

 

Harold S. BENDER, Conrad Grebel, the Founder of the Swiss Brethen, notamment dans Mennonite Encyclopedia (5 volumes). Voir notamment le Global Anabaptist Mennonite Encyclopedia Online (gameo.org)

 

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2 juillet 2020 4 02 /07 /juillet /2020 11:33

   A une époque qui se dit rationnelle, les épidémies comme celle du COVID-19 son l'occasion de vérifier que persistent nombre de superstitions, entretenues par certaines religions (évangélistes américaines pour ne pas les nommer) et alimentées par une méconnaissance profonde du fonctionnement de la nature, corps humain compris... Ainsi a t-on pu voir aux États-Unis mais aussi un peu ailleurs, des manifestations religieuses - et sur les réseaux sociaux d'Internet en particulier, des élucubrations angoissées, fleurir pour exorciser les forces de l'univers qui font abattre sur l'humanité des fléaux invisibles ou pour pardonner des fautes et des péchés qui auraient attirer sur les peuples la colère de Dieu... Pourtant, maintes études d'anthropologies et de sociologies démontrent que la maladie est un fait social, qui s'inscrit dans l'évolution des sociétés depuis des millénaires.

 

Pendant les épidémies, les exhortations religieuses...

    Jean-Pierre DEDET, professeur de parasitologie à la Faculté de médecine de Montpellier, rappelle que, malgré les quelques mentions anciennes que nous pouvons retrouver dans l'Histoire sur les caractéristiques et les effets des maladies infectieuses (choléra, peste, rage) et éruptives (lèpre, variole, rougeole), la notion même de maladie infectieuse était méconnue des médecins antiques. Elles n'étaient pas distinguées des autres maladies, dont les causes étaient expliquées suivant les théories en cours dans les époques et les civilisations correspondantes. Elles étaient généralement attribuées à la volonté des dieux ou de génies châtiant les coupables (Mésopotamie, IIe siècle av. J.C.). En Égypte ancienne, les maladies étaient causées par des démons subtils véhiculés dans l'air, particulièrement les jours néfastes. A Rome, Fébris, la déesse de la fièvre, possédait trois temples. Cette conception du châtiment divin traverse les âges, relayées avec une belle constances par les trois grandes religions révélées : Judaïsme, Christianisme et Islam, qui ne pouvaient se priver de cet aiguillon de la Foi... Elle reste fichée dans l'inconscient collectif des populations les plus développées. Dans la Bible, depuis le Pentateuque jusqu'au nouveau Testament, la lèpre est de nombreuses fois citée, et toujours associée au surnaturel, à l'impureté, au péché.

Ailleurs, les maladies étaient et sont encore parfois rapportées à l'action de facteurs internes, comme un déséquilibre entre les trois dosas, éléments constitutifs du corps (vent, bile et phlegme) dans l'Ayurveda de l'Inde ancienne, ou entre le souffle (K'i) et le sang (hine) dans la médecine chinoise depuis les Han. En France, on parlait encore, au XVIIe siècle, "d'humeurs peccantes". Les maladies furent ailleurs attribuées à des causes externes : miasmes contenus dans l'air (Hippocrate), dans le brouillard (Jean de Mésué, 776-855) ou encore dans l'air et l'eau (Avicenne, 980-1037).

      En Occident, le Moyen Âge se caractérisa par une longue période d'obscurantisme médiéval avec une domination de la médecine par l'Église qui imposait le respect inconditionnel de certains dogmes hérités de l'Antiquité et compatibles avec le monothéisme.

Même si le Moyen Âge n'est pas totalement la période noire et obscure décrite parfois, il faut bien reconnaître que le poids de l'Église fut lourd dans bien des domaines pour empêcher toute réflexion. Heureusement que, en son sein, et notamment dans plusieurs monastères d'ordre religieux (qui se situaient souvent hors du temps...), maints esprits observateurs consignèrent des réflexions, conservées et ensuite enseignées, qui fit évoluer bien des esprits...

Malgré certains espaces de liberté - souvent chèrement acquis - tout essai de révision ou de discussion était considéré comme hérétique. Jusqu'au XVIIe siècle, la maladie était considérée comme voulue par Dieu, à la fois châtiment individuel (collectif en cas d'épidémie) pour les péchés des hommes et injonction se faire pénitence et de se préparer à mourir. La grande peste était un fléau envoyé par Dieu pour châtier les hommes d'avoir péché. Les artistes de l'époque figuraient souvent sur leurs toiles des flèches envoyées par Dieu du haut du ciel et frappant les corps aux lieux de prédilection des bubons pesteux. Cette relation avec le ciel dura jusqu'à la fin de la troisième pandémie et joua un rôle essentiel dans la lutte contre la maladie. La syphilis de même demeura longtemps considérée par certains comme une punition divine du péché de luxure.

Intéressant à la fois l'âme et le corps, la maladie relevait du magistère de l'Église, plus du prêtre en tout cas que du médecin, qui très longtemps n'était pas seulement connu pour des capacités à guérir, mais à préparer des potions, à conseiller sur des sujets qui relève de l'astrologie (dressant des calendriers), et de manière générale faisait partie d'une cercle d'érudit plus porté sur l'examen des vieux textes qu'à servir au chevet des malades et des blessés. S'ils distribuaient potions et remèdes divers, ne s'approchaient jamais du sang, tâche réservée aux barbiers... D'ailleurs, qui cherche réellement à étudier les maladies - souvent à l'occasion des épidémies d'ailleurs - s'adresse plutôt aux moines. De toute manière, la maladie se combat d'abord par la prière et la pénitence et si quelques préparateurs de mixture avaient quelques succès auprès de malades, ils s'attiraient plutôt la méfiance des autorités que leur reconnaissance. On s'adresse donc plutôt à Dieu ou plutôt à ses saints, dont certains sont très spécialisés, on fait confiance en la piété qu'en la science...

La conception surnaturelle de la maladie s'est maintenue dans mes civilisations traditionnelles. Dans les sociétés africaines, les maladies sont souvent la signature d'une faute, la conséquence de la transgression d'un interdit, le résultat d'un sort jeté. Elles sont déclenchées par les dieux ou les mauvais sorciers. Ceux-ci, qui ont le pouvoir d'envoûter, sont aussi les guérisseurs. Le traitement consiste à rechercher d'où vient la faute, qui est le responsable, voire le coupable. C'est une facette du mécanisme du bouc émissaire tant étudié par René GIRARD.

Même de nos jours, dans des sociétés modernes et rationnelles, un fond de superstition demeure sur la cause et le traitement des maladies, infectieuses ou non, prêt à ressurgir à l'occasion, comme ce fut le cas lors de l'irruption du Sida, au début des années 1980. Cette maladie, ne touchant au départ apparemment (car l'historiographie a montré que c'était plus complexe que cela) que des homosexuels et des drogués, fut assimilée par certains ecclésiastiques et certains groupes religieux à un châtiment divin provoqué par les moeurs dissolues du temps. Bonne occasion d'ailleurs de prôner le rigorisme moral et sexuel.

 

L'essor de la médecine, contrarié...

    A l'époque de la Renaissance, la médecine connut un essor remarquable dans divers domaines, y compris celui des maladies infectieuses. L'histoire des maladies infectieuses est dominé à cette époque par Girolamo FRASCATOR (1485-1553). Celui-ci fit, dans un poème de 1530, une description précise de la syphilis, mal communiqué en punition par les dieux au berger Syphile. Il est surtout l'auteur d'un ouvrage sur la contagion (1546) dans lequel il distingue deux modes de transmission des maladies : la contagion directe d'un individu à un autre (phtisie ou lèpre) et la contagion indirecte due à des sortes de germes, les "seminaria", transportés par l'air, les vêtements ou les objets usuels, et spécifiques pour une maladie donnée. Si le concept était abstrait, puisque les "seminaria" étaient composées, selon FRASCATOR, d'une combinaison forte et visqueuse ayant pour l'organisme une antipathie à la fois matérielle et spirituelle, la notion de leur spécificité pour chaque maladie constitue alors une intuition intéressante... qui intéresse plusieurs médecins. Cette hypothèse suscite un mouvement de recherche et d'observation qui ne cesse plus et revisite la notion de contagion. Toute une recherche s'éloigne définitivement des considérations spirituelles pour accorder à l'expérimentation toute sa place. Par tâtonnements successifs et souvent sous la surveillance tatillonne des autorités religieuses et politiques, les différents chercheurs profitent des conflits de plus en plus fréquents entre plusieurs d'entre elles pour effectuer leurs observations, elles-mêmes facilitées par l'élaboration d'instruments optiques permettant de voir des choses jusqu'alors invisibles. Ainsi Antoine van LEEUWENHOEK (1632-1723), drapier de son état, en qui l'on s'accorde généralement à voir l'inventeur du microscope, accède au monde des êtres minuscules et décrit de multiples observations, même si, parmi tant d'autres, il n'eut pas réellement dans ce domaine de postérité immédiate.

    Une succession impressionnante de chercheurs, dans des domaines multiples, livrent des observations cumulatives (grâce à l'imprimerie), qui aboutissent à la formation d'une véritable science, la microbiologie, même si bien entendu, le nom n'existe que bien plus tard. C'est grâce à tout un mouvement séculaire d'idées, reposant sur la science, indépendantes des idées religieuses et souvent contre elles, que naissent alors au XIXe siècle les deux grandes écoles complémentaires et antagonistes initiées par Louis PASTEUR (1822-1895) en France et par Robert KOCH (1843-1910) en Allemagne.

 

Types de sociétés, types de morbidités, socio-genèse des maladies....

  Jean-François CHANLAT, professeur en sciences de la gestion à l'Université Paris IX Dauphine, se situant dans la logique de la perception de la maladie comme fait social et non seulement comme fait biologique ou fait psychologique, entend, comme tout un courant actuel de chercheurs en sciences sociales, ne pas faire impasse sur le social et ceci de manière dynamique : la maladie est située comme généré par la société, et la maladie génère elle-même des conséquences qui ne sont pas seulement médicales. Plus, à des types de sociétés correspondent des types de maladies et tel type de maladie engendre tel type de conséquence sociale... Dans cette perspective, l'activité économique qui tire de la cueillette et de la chasse ses ressources ne "produit" pas les mêmes maladies que celle qui tire de l'agriculture ses produits.

     Les recherches en paléonthologie sont riches en enseignement à cet égard. La période paléolithique est marquée par de nombreux changements climatiques. De quatre glaciations différentes, c'est surtout la dernière, au paléolithique supérieur, qui nous livre le plus d'informations. Cette période, qui correspond par ailleurs à l'émergence de notre ancêtre direct, l'homo sapiens, est marquée par la prédominance des accidents traumatiques et par la présence quasi générale d'osthéarthrose chronique. Ces lésions frappent des personnes jeunes. L'espérance de vie à cette époque ne doit pas dépasser la trentaine. En revanche, on ne remarque aucune carie, aucune trace de tuberculose, de syphilis ou de rachitisme. Au néolithique, période marquée par la fin du nomadisme général, de la chasse, de la cueillette et de la pêche comme activités principales, est la période d'explosion démographique, de sédentarisation des populations, d'exploitation de la terre, du défrichement des forêts, de la domestication des animaux. Et on constate de profondes modifications dans le tableau de la morbidité. Certaines pathologies, absentes dans les sociétés paléolithiques, apparaissent. C'est le cas de maladies de carence (caries, scorbut, rachitisme) en raison de changements observés dans le régime alimentaire. C'est le cas également de certaines maladies transmissibles comme la tuberculose et le paludisme qui semblent désormais fréquentes dans les villes et villages surpeuplés de l'Antiquité. Selon l'historien V.P. COMITI (Mes maladies d'autrefois, dans La Recherche, n°115, octobre 1980), trois grands groupes de maladies ont émergé à cette époque :

- les affections à transmission inter-humaine sans possibilité de survivance en dehors d'importantes concentrations humaines (poliomyétile, rougeole, rubéole, variole...) ;

- les affections dues aux rapports de plus en plus étroits entre l'homme et les rongeurs (peste, melloïdiose, tularémie)....

- les maladies diarrhétiques du fait d'un besoin de plus en plus grand d'eau.

   A partir de l'Antiquité  jusqu'au siècle des Lumières, les sociétés affrontent non seulement les épidémies périodiques d'origine diverses, dont la plus meurtrière reste la Peste Noire du XIVe siècle, mais aussi des maladies infectieuses qui sévissent de manière endémique (grippe, lèpre, typhus, diphtérie, variole...). Certains populations indigènes, à la suite de l'élargissement de l'espace mondial aux XVe et XVIe siècles, voient leur population s'effondrer dramatiquement, et parfois sont anéanties sous l'assaut des microbes importés (comme en Amérique Centrale avec l'arrivée des conquistadores européens).

La surmortalité observée dans les sociétés agricoles a des origines sociales. Contrairement à l'image bucolique que certains peuvent avoir de la vie quotidienne à cette époque, les villes et les campagnes européennes, en particulier aux XVIIe et XVIIIe siècles sur lesquels on a beaucoup de données, sont de véritables foyers d'infections (hygiène inexistante, pollution des eaux, absence de canalisation, entassement humain...) auxquels de nombreuses guerres, la soldatesque errante, les famines périodiques prêtent leurs concours pour décimer régulièrement les populations. Les taux de mortalité infantile et juvénile sont très élevés. Il faut remonter aux grandes villes de l'Antiquité pour rencontrer de tels phénomènes, lesquelles pour certaines ont réussit avec plus ou moins de bonheur et avec pas mal de brutalités à endiguer ces maux (destruction de quartiers entiers, établissement de canalisations d'eau potable, sans cesse d'ailleurs à entretenir et à étendre...).

     C'est sur cet arrière-plan socio-sanitaire peu reluisant que les premiers éléments de la Révolution industrielle se mettent en place.

Commencée en Angleterre, à la fin du XVIIIe siècle, la Révolution industrielle gagne peu à peu, au cours du XIXe siècle, tous les pays occidentaux. Et l'on peut commencer à suivre, suivant ces progrès de l'industrie, le cheminement, villes après villes importantes, des affections nouvelles. Dans la première moitié du XIXe siècle, la sous-alimentation chronique, l'absence d'hygiène, l'entassement humain, les longues heures de travail et les dures conditions de travail, affaiblissant les organismes, maintiennent ou accentuent les taux de mortalité infantile et juvénile de la période précédente. L'espérance de vie reste peu élevée. Les épidémies de typhus, l'apparition du choléra et la chronicité de la tuberculose provoquent, par ailleurs, des coupes sombres dans les populations. Ce n'est qu'à partir du milieu du XIXe siècle, grâce aux luttes du mouvement ouvrier, à l'augmentation de la production agricole, à l'amélioration des conditions de vie, que les statistiques de mortalité se mettent peu à peu à présenter des régressions et un déclin des maladies infectieuses.

  Puis, au fur et à mesure que l'impact du développement économique se fait sentir, on observe ensuite un retournement en matière de santé. Les maladies infectieuses, qui constituaient encore au début du XXe siècle les premières causes de mortalité, cèdent la place, après la seconde guerre mondiale, aux maladies chroniques, au cancer, aux accidents et à la maladie mentale. La baisse considérable de la mortalité infantile entraîne une augmentation des espérances de vie. Tout comme l'émergence des maladies infectieuses après la révolution néolithique est en partie le produit de changements sociaux, la montée des maladies chroniques est attribuable à un nouveau mode de vie. La suralimentation, la consommation de tabac et d'alcool, les stresseurs propres aux sociétés industrielles avancées (crise économique, chômage, rythme du changement, mobilité (automobile), déqualification du travail, éclatement des liens sociaux, pollution de l'air, des eaux, de l'alimentation...) en sont les principaux responsables.

On observe même, au début du XXIe siècle, une inversion des courbes de la longévité humaine, une dégradation de la santé de la majeure partie des habitants, due à une fragilisation intense des organismes soumis à de multiples pollutions et stress sociaux, à commencer par les sociétés les plus industrialisées (États-Unis, Chine). Cette fragilisation offre un terreau favorable à de nouvelles épidémies (comme celle en cours du COVID-19).

   Jamais, malgré les adages de l'égalité de tous devant la mort (comme issue inéluctable il est vrai...), la maladie ne frappe pas avec la même vigueur toutes les catégories socio-professionnelle d'une même société. C'est un phénomène observé depuis qu'il existe des documents pour le rappeler. Des auteurs comme HIPPOCRATE, LUCRÈCE l'évoquent. Mais au cours des épidémies de peste au Moyen-Age, on ne semble pas observer de mortalité sociale différentielle, tellement elles rapides. Mais l'absence de documents est peut-être la cause essentielle de la non-observation du phénomène, même dans ces cas extrêmes. En effet, dès que l'on a accès à de nombreuses données, comme c'est le cas à partir du XVIIe siècle, la mortalité sociale différentielle est observée régulièrement aussi bien en temps d'épidémie qu'en temps normal. Au XVIIe et XVIIIe siècles, on meurt ainsi plus dans les paroisses rurales pauvres que dans les paroisses rurales riches, plus dans les quartiers misérables des cités que dans les quartiers aisés. Cette surmortalité des classes pauvres est attribuable principalement à la sous-alimentation chronique et à l'absence totale d'hygiène qui les affectent plus que toute autre catégorie sociale.

Si la situation s'améliore au XXe siècle, des écarts importants subsistent dans tous les pays industrialisés qui possèdent des statistiques régulières. A en croire certaines recherches, cet écart serait d'ailleurs demeuré le même depuis la fin du XIXe siècle, contrairement à ce que pourrait laisser croire le vaste déploiement de système de santé (mais il faut remarquer que ce système varie énormément d'un pays à l'autre, singulièrement aux États-Unis...).

   C'est en partie d'ailleurs cette différenciation qui fait dire par maints représentants des élites que pauvreté, faible moralité et maladie sont liées et que Dieu frappe fort justement les plus coupables des hommes et des femmes. C'est en partie à cause du même phénomène social que de nombreuses mesures de prévention puis de combat contre les épidémies sont prises avec parcimonie (avant qu'il ne soit trop tard...) par une grande partie des classes aisées, notamment commerçantes... Souvent, dans un premier temps, les élites mieux protégées contre les effets des épidémies pensent y échapper et ne pas devoir donc prendre les mesures indispensables pour tous...

 

Jean-François CHANLAT, Types de sociétés, types de morbidités : la socio-genèse des maladies", dans Traité d'anthropologie médicale. L'institution de la santé et de la maladie, Sous la direction de Jacques DUFRESNE, Fernand DUMONT et Yves MARTIN, Québec, Les Presses de l'Université du Québec, Institut québécois de recherche sur la culture (IQRC), Presses de l'Université de Lyon, 1985, www.uqac.ca. Jean-Pierre DEDET, La microbiologie, de ses origines aux maladies émergentes, Dunod, 2007.

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1 juillet 2020 3 01 /07 /juillet /2020 13:35

  Points critiques, revue de l'Union des Progressifs Juifs de Belgique (UPJB), veut défendre un point de vue à la fois Juif et progressiste, de gauche, sur les valeurs fondatrices communes de la gauche - justice sociale, antiracisme, égalité des sexes, défense des services publics, anti-autoritarisme... 

  Vis-à-vis de l'ensemble de la communauté juive organisée, l'UPJB est, en Belgique, la seule association juive qui ne fonde pas son identité sur une allégeance à l'État d'Israël, et encore moins à ses gouvernements successifs. Elle ne siège donc pas au sein du Comité de coordination des organisations juives de Belgique. Sur le conflit israélo-arabe, d'ailleurs, l'UPJB prône la justice et l'égalité pour les deux parties et la fin de l'occupation et de la colonisation par Israël des territoires palestiniens. Combattant à la fois l'islamophobie et l'antisémitisme, la revue comme l'association, dans le fil droit de l'histoire de Solidarité juive né en 1939, créée elle-même en 1969 à partir également d'autres associations, organisent des débats et défendent une pratique judaïque laïque, notamment à l'occasion des principales fêtes juives.

   La revue points Critiques, bimestriel sous forme papier et plus fréquemment sur Internet, propose pour chaque numéro un dossier, avec des articles liés à l'actualité. Ainsi dans le n°385, de mars-avril 2020, elle consacre un dossier à la lutte contre le racisme et un article à un nouvel épisode du récit illustré concernant un voyage en territoire palestinien. Dans le numéro suivant, après un éditorial de Anne GRAUWELLS, elle propose un Focus - entre autres, controverses sur Le Pardon est-il possible? ; Kazerne Dossin, un musée au bord du burn-out.

    Les débats de la revue sont surtout le reflet de ce qui agite une partie de la diaspora juive et sont ainsi instructifs des controverses multiples qui agitent les Juifs aujourd'hui. Même si son influence reste minoritaire, elle montre à quel point la politique d'Israël ne fait pas consensus au sein de la communauté juive internationale. Pour autant, il n'y a pas de rupture entre les débats à l'intérieur d'Israël, bien plus conflictuels que les quelques échos qui parviennent dans les médias occidentaux européens (échos nettement plus forts aux États-Unis), et ceux dans l'importante diaspora juive.

 

Points Critique, Union des Progressistes Juifs de Belgique, Rue de la Victoire 61, 1060 Bruxelles. Site Internet upjb.be

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27 juin 2020 6 27 /06 /juin /2020 07:05

  Anciennement Tout est à nous!, L'Anticapitaliste est le nom de deux publications du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), dont le système de presse est composé d'un hebdomadaire et d'un mensuel. Le NPA, issu de la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR) et de plusieurs organisations (en février 2009), auxquelles se sont joints de nombreux militants, toutes situées à l'extrême gauche de l'échiquier politique français, défend la marche vers une organisation véritablement socialiste de la société en général. L'Anticapitaliste diffuse les positions du NPA sur l'actualité sociale et politique nationale et internationale, ses interventions... C'est également aussi un outil de formation, où l'on peut trouver des arguments (notamment dans des dossiers très documentés) sur des questions aussi variées qu'Antiracisme, Éducation, Logement, Féminisme, LGBTI, Culture, Écologie, International, Jeunesse, Antifascisme, Santé, ainsi que des comptes rendus des mobilisations. Ce qui explique que le lectorat dépasse largement l'audience des thèses centrales du NPA.

   Diffusé surtout de façon militante (libraire La Brèche, par exemple) ou par abonnement, L'Anticapitaliste hebdomadaire, tiré à 6 500 exemplaires, comporte 12 pages, le premier numéro étant sorti le 25 mars 2009. Le mensuel, lui tiré à 4 000 exemplaires, de 36 pages, a commencé à paraitre en mai 2009. Les comités de rédaction et les orientations des deux organes de presse sont bien entendu soumis aux votes des instances dirigeantes du NPA, et notamment de son Congrès annuel. Les débats concernant ces deux organes sont d'ailleurs souvent vifs, notamment sur la forme... et sur le nom... mais aussi sur le contenu, jugé parfois orienté surtout vers les membres actifs très au fait des débats internes du NPA... La force de ce parti et ce qui explique une certaine diffusion de L'Anticapitaliste, est qu'il s'appuie sur de très nombreux groupes locaux.

 

 

 

L'Anticapitaliste, NPA, 2, rue Richard Lenoir, 93100 Montreuil. Site Internet : npa2009.org.

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26 juin 2020 5 26 /06 /juin /2020 12:29

   Dans une vision anhistorique, beaucoup peuvent penser que la santé et la recherche du bien-être en général n'a vraiment rien à voir avec le conflit. A une époque où l'individualisme domine (idéologiquement) ou, de manière plus positive, l'individu est le centre des préoccupations, on pourrait penser aussi que la santé est le domaine qui recueille le plus de collaborations et de convergences dans nos sociétés comme dans celles qui nous ont précédé (même si l'individu n'est pas au centre des préoccupations)...

  Or, il n'en est malheureusement rien. De tout temps et en tout lieu, la santé constitue un enjeu de pouvoir, l'expression n'est pas trop forte. Que ce soit d'une manière "amoindrie" sous la forme d'un pouvoir médical somme toute bienveillant envers l'ensemble de la population, ou sous la forme d'un savoir ésotérique transmit seulement à l'intérieur de familles précises, de père en fils, au bénéfice surtout des puissants (politiques ou économiques), la santé est à la fois l'objet et le moyen de conflits qui opposent riches et pauvres, hommes libres et esclaves, hommes publics et populaces, voire catégorie de peuples contre une autre...

La préoccupation de la santé n'est toutefois sans doute dans l'Histoire de l'humanité que récente dans la mesure où il faut sans doute une certaine longévité de la vie pour se doter de moyens de la prolonger. C'est probablement par l'évolution des mentalités face à la mort - des mentalités qui refusent soit sa fatalité soit ses conséquences sur l'existence - qu'émergent un domaine d'activité qui prend de plus de en plus de temps, de plus en plus d'énergie...

Loin d'être une simple activité de recherche de bien-être, et c'est ce qui explique son fort enjeu et les conflits qu'elle recèle, la recherche de la santé, d'une vie longue et saine (et bien entendu, cela va de soi, prospère), est aussi une recherche de maintien de la vie face à la mort, et singulièrement une recherche (du maintien) d'une certaine prépondérance de classe ou d'ethnie dans les sociétés. Elle fait partie d'un ensemble de moyens de créer et de maintenir des hiérarchies sociales. Rien ne vaut dans la lutte des classes qu'une classe saine et robuste ; rien ne vaut une armée saine formée de corps sains face aux autres armées.... Formules lapidaires... Certainement. Mais derrière lesquelles se terrent bien des stratégies...

La recherche de cette santé peut prendre bien entendu bien des voies, magiques et rituelles, rationnelles enfin mais pas toujours complètement. L'histoire de la sociologie de la santé est révélatrice de cette recherche. Et c'est par la mise en évidence des thèmes, et des frontières aussi, de cette recherche que l'on peut voir l'étendue de bien des conflits et des coopérations.

 

La santé comme fait social

  Dans un parcours des aspects de la sociologie de la santé telle qu'elle s'élabore, pratiquement depuis les débuts de la sociologie, de DURKHEIM notamment, Patrick VANTOMME, de l'Institut d'Enseignement et de promotion social de la Communauté Française de Belgique (UF1), dessine le contenu de celle spécialisation de la sociologie qui se focalise sur la santé ou la maladie, parfois sans faire de liens avec la société un une analyse globale. Cette sociologie s'intéresse à la médecine, aux soins, aux pratiques de soins, aux malades, aux professionnels de santé, aux entreprises de production de soins...

Malgré l'ancienneté des conceptions sur lesquelles elle s'appuie, l'étude du champ de la santé s'est développé parallèlement, a supporté et s'est nourrie des différentes politiques de santé, par exemple en France surtout à partir de la fin de la seconde guerre mondiale avec la Sécurité sociale, institutionnalisation. La santé s'analyse alors comme fait social. Dans les études sociologiques autour de la santé, très vite la question de la santé mentale, avec le développement des institutions psychiatriques, prend une grosse importance. Les questionnements issus des études en sociologie de santé mentale déteigne souvent sur celles relatives à la santé tout cours : qu'est-ce que la santé? Qu'est-ce que le normal et le pathologique?

   La sociologie de la santé apparait alors comme un sous-champ disciplinaire de la sociologie qui s'intéresse aux interactions entre la société et la santé. Un des principaux objets d'étude de la sociologie de la santé est l'impact de la vie sociale sur le taux de mortalité et vice versa. La sociologie de la santé diffère de la sociologie de la médecine car elle s'intéresse particulièrement à la santé dans sa relations avec des institutions comme l'hôpital, l'école, la famille... La sociologie de la santé etst plus récente que la sociologie de la médecine, les sociologues s'intéressant d'abord à l'institution hospitalière avant de peu à peu construire une sociologie générale et plus génériques, celle de la santé. La sociologie de la santé émerge surtout autour des années 1970 et progressivement supplante la sociologie de la médecine, moins large, dans les années 1990 (voir notamment Danièle CARRICABURU, Sociologie de la santé : institutions, professions et maladies, Armand Colin, 2004).

   Patrice PINELL, docteur de recherche émérite, prend l'évolution de cette branche de sociologie au niveau de tous les pays développé, préoccupés par les questions de prévention et de préservation de la santé, du traitement et de prise en charge des maladies chroniques et dégénératives, ainsi que par le fonctionnement, l'efficacité, le coût et la gestion des institutions médicales. La forte croissance du nombre des travaux, loin d'être seulement le fait des institutions universitaires et de recherche, doit beaucoup au financement d'études commandées par les pouvoirs publics, le secteur associatif et les grands organismes en charge de diriger des actions sanitaires au plan national et international (Commission Européenne, UNICEF, OMS). Coexistent, de ce fait, deux grandes catégories de recherche. L'une, à caractère "académique", vise à la production de connaissances sociologiques sur la médecine, les pratiques de santé et les politiques publiques. L'autre  a pour objectif de mettre les outils de la sociologie au service des institutions de santé et de répondre ainsi à la demande des organismes financeurs. Ces dernières études, où la démarche sociologique est subordonnée aux problématiques médicales ou administratives, possèdent des caractéristiques "techniques" beaucoup plus quantitatives que qualitatives.

  L'éventail des recherches en sociologie de la première catégorie, de la médecine, de la maladie et de la santé est d'autant plus large que les articulations avec l'anthropologie, l'histoire et la psychologie sociale sont nombreuses. Maintes études sociologiques revêtent un caractère "politique" dans la mesure où elles sont articulées sur des programmes politiques à plus ou moins long termes. Un certain nombre se situe dans des perspectives de changements sociaux importants et beaucoup reposent sur les expériences pratiques des personnels de santé, à une époque où, dans les politiques nationales, les impératifs de santé sont soumus à des impératifs économiques de plus en plus contestés.

 

Des objets de recherche multiformes et variés

   Au centre des différentes formes d'analyse et d'interprétation de la dimension sociale de la santé se trouve le questionnement philosophique et éthique de la santé. Une des définitions proposées par les différents manuels de soins infirmiers ou d'éducation à la santé est celle de l'homme conçu comme un être psycho-social. Ainsi, la santé est à considérer comme une norme définie par la société. Il est donc question de pouvoir, d'autorité, d'(in)égalités et de distribution. Cette norme qu'est la santé est évolutive et fait évolueer la société dans laquelle elle s'inscrit. Si le droit à la santé pour tous et chacun(e) est reconnu officiellement, les individus des différents classes sociales - non seulement ne considèrent pas tous la santé sous le même angle - ont un accès différenciés aux moyens de santé en général.

   La sociologie de la santé s'intéresse ainsi à l'analyse des conceptions et des significations de la maladie en particulier à travers la notion de représentations sociales. Ainsi Patrick VANTOMME propose quelques rubriques, qui sont autant pour nous en tout cas l'occasion de préciser nombre de coopérations et de conflits :

- l'histoire : malades et maladies d'hier et d'aujourd'hui ;

- le discours et les représentations de la maladie, de la santé, du handicap ;

- les facteurs sociaux de la santé ;

- les indicateurs socio-culturels de la santé ;

- les systèmes de santé, leurs réformes et leur avenir ;

- des profanes et professionnels : le rôle de malade, les métiers de la santé ;

- l'hôpital comme organisation productrice et comme entreprise ;

- des recompositions sociales autour de la maladie, de la maldie chronique ;

- d'autres médecines et d'autres médecins : notion d'itinéraire thérapeutique ;

- le droit à la santé, de la santé, d'accès aux soins de santé ;

- l'accessibilité aux services sociaux et sanitaires ;

- des problèmes sociaux ou sanitaires spécifiques : les femmes, l'obésité, les conduites à risque et autres assuétudes...

- la consommation des biens et services de santé, le problème des médicaments.

  Notre auteur trace aussi quelques pistes :

- l'historicisme : L'expérience de la maladie n'est pas seulement individuelle. Chaque société a ses maladies, mais elle a aussi ses malades. A chaque époque, et en tous lieux, l'individu est malade en fonction de la société où il vit, et selon des modalités qu'elle fixe. La ligne du temps nous a montré les victimes anonymes de l'épidémie, considérée comme fléau collectif envoyé par Dieu. Puis sont apparus les patients aliénés et passifs devant la technique et le savoir du médecin. Enfin aujourd'hui et l'Histoire continue, prennent leur place dans le système les groupes de malades chroniques capables de prendre en charge leur traitement. Le malade a un statut social, changeant suivant les époques. Et les médecins font aussi l'objet de représentations différentes, entre eux et de la part des "patients"...

- l'interactionnisme : Suivant certaines sociologies, les individus qui interagissent entre eux déterminent la forme de la société, et c'est vrai aussi dans le domaine de la santé. Aussi bien l'état de santé des individus que l'organisation des soins de santé. L'état de santé des individus, des communautés et des populations modifie l'équilibre de la société, et l'archétype de cet état de santé, même s'il n'existe pas à proprement parler de sociologie des épidémies/pandémies, est l'épidémie. La contagion reste un modèle bien installé dans l'inconscient collectif, y compris en regard des pathologies psychiatriques. Et l'évolution des soins de santé a une influence dans tous les secteurs (l'économie par exemple) de la société.

- le perspectivisme : la médecine est partagée actuellement entre deux objectifs : restaurer la santé ou modifier l'homme. Lorsqu'elle restaure la santé, elle oublie l'homme qu'elle place derrière l'atteinte organique et dont elle occulte trop souvent la souffrance. Lorsqu'elle modifie l'homme, elle ne fait que combler des désirs : de performances et d'apparence. Elle se soumet aux phénomènes de modes et à la société moderne qui exige de nos contemporains de toujours se surpasser. Médecine des remèdes ou médecine des désirs : laquelle des doit doit-elle être privilégié, et notamment financée? Divers secteurs de la société optent ou ont opté pour des voies différentes et c'est l'expression de conflits multiformes...

- l'hospitalisme : l'hôpital est aussi et a toujours été une entreprise de socialisation... et de contrôle social. En outre, l'institution hospitalière est devenue une entreprise... industrielle. L'hôpital est l'objet central de la majorité des études actuelles, et il est conçu souvent comme un bouillon de cultures ou de logiques, les plus souvent vécues ou pressenties comme contradictoires... et conflictuelles. Modèle de bureaucratie et lieu de déploiement de stratégies, l'hôpital est l'objet d'études au même titre que la prison, la caserne, l'école...

- le professionnalisme : Métier ou profession, le médecin, de base ou mandarin, participe d'un exercice et d'une conception de la médecine. Le parcours professionnel du médecin est le lieu, le noeud, de nombreux exercices de pouvoir.

- le corporatisme : la mise en perspective par l'histoire a mené l'analyse de la profession de soignant, en général, et d'infirmière en particulier. L'évolution de son rôle ou de ses missions est mise en lien avec le développement sanitaire, culturel et technologique de nos sociétés. L'interprétation est double (en fait bien plus...) car elle s'appuie sur la division sexuelle du travail, instituant un double régime de domination-subordination. Les convergences s'inscrivent entre la mutation professionnelle, et pourtant paramédicale, de l'infirmères-soignante et l'image social de la femme...

- le chronicisme : les maladies et affections chroniques sont la raison d'être et de vivre des professions de santé (comme la délinquance est la raison de vivre de magistrats, d'avocats et de gardiens de prison...). Malade chroniques est quasiment devenu une "nouvelle" catégorie socio-professionnelle, se normalisant sous les effets socialisants de la médecine et des soins. Le cas de la vieillesse est le terme de compliance sont des plus révélateurs de cette emprise. Le malade a un statut, un parcours, une carrière...

 

La santé et la maladie : des enjeux sociaux jusque dans leur définition...

  Jean-Yves NAU et Henri PÉQUIGNOT indiquent des évolutions importantes dans la conception de la santé. SI, écrivent-ils "depuis le développement de la pathologie, on n'emploie plus le mot maladie (s) qu'au pluriel, la notion de santé (au singulier) a survécu trop longtemps, car c'est un concept vide pour lequel on s'efforce de trouver une espèce de contenu dans l'existence d'une force biologique intérieure à l'individu, qui serait la résistance à "la maladie"." C'est pour eux un "fâcheux archaïsme", basé sur une mauvaise perception-conception de la vie biologique elle-même. On en est malheureusement encore à comparer la maladie à une attaque extérieure contre laquelle le corps doit être munis de défense, à l'image d'un pays en guerre contre des ennemis extérieurs (et même intérieurs!". Il y a dans le vocabulaire employé par les profanes comme par les spécialistes (à destination du "grand public") des aspects militaires qui brouillent (à tout le moins) la compréhension de la réalité de la vie des organismes biologiques.

  "Les concepts globaux unitaires, poursuivent-ils, ont été ébranlés par la bactériologie, c'est-à-dire grâce à l'école pasteurienne, soulignant la nécessité de toujours définir santés et maladies les unes par rapport aux autres : il y avait non pas une force de résistance à la maladie, mais des immunités spécifiques naturelles ou acquises (spontanées ou provoquées) à un certain nombre de maladies. Par contraste on découvrait peu à peu qu'un très petit nombre de maladies répondaient aux thèmes simplistes où l'hérédité est tout et l'environnement rien (hémophilie, maladies de Tay-Sachs), et aussi qu'un nombre à peine plus grand d'affections répondaient aux schémas simples où tout est dans l'environnement (la peste, la variole, ou l'intoxication oxycarbonée), alors que, dans la plupart des cas, la maladie naissait, sur des terrains génétiques définis avec une extrême précision, par l'action d'un certain nombre de facteurs extérieurs à l'individu, uniques ou associées, dont les actions étaient très étroitement spécifiques."

"Chacun de nous a des maladies successives ou simultanées et chacun de nous a des prédispositions très variées et très spécifiques ou des protections plus ou moins efficaces, mais toujours très définies, vis-à-vis de facteurs multiples de l'environnement, facteurs qui ont d'ailleurs leur histoire propre dans le monde naturel. Enfin, il y a actuellement d'innombrables exemples de sujets porteurs de maladies indiscutables, mais contrôlées, et qui sont en état de santé thérapeutique, parce qu'ils se soignent, et tant qu'ils se soignent. Pour tous ces sujets, cela a encore un sens de "tomber malade". Ils peuvent être atteints d'una affection aigüe, intercurrente, voire d'une autre affection chronique, subir des interventions chirurgicales... Subjectivement et objectivement, une fois admise, comme une toile de fond, leur santé thérapeutique, ils passent, comme nous tous, de l'état de santé à l'état de maladie puis reviennent à l'état de santé. Contrairement à ce qu'insinuerait un mauvais emploie de la définition de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), considérant la santé "non seulement comme l'absence de maladie mais comme un état de complet bien-être physique et moral", ils sont en état de santé, bien que malades, et parce que traités."

"Dans les pays développés, de tels sujets représentent même la majorité de la population adulte, car il devient exceptionnel à un certain âge de ne pas avoir, par exemple, un trouble de la réfraction oculaire ou une carie dentaire. La méthode des examens systématiques a bien montré la fréquence des anomalies de l'électrocardiogramme, les anomalies tensionnelles, les élévations considérées comme pathologiques du taux de glucose ou des lipides sanguins, la fréquence avec laquelle se développent (selon le sexe) des adénomes de la prostate ou des fibrome utérins. Est-ce que ces dépistages systématiques, comme l'ont dit certains, transforment des bien-portants en malades? On pourrait dire tout aussi bien qu'ils transforment des malades méconnus en bien portants conscients, s'ils acceptent le contrôle des anomalies dont ils sont porteurs." Mais sans doute les auteurs sous-estiment-ils les effets de fixations de normes biologiques influencées par les entreprises et laboratoires au niveau des organismes chargés de la santé publique?

  "C'est donc bien une notion de pluralisme de santés qu'il faut retenir. Si la mortalité maternelle, en deux siècles, a été divisée par 100 et la moralité infantile par 25, n'est-ce pas parce que la femme enceinte a conquis le statut médico-social de malade, l'accouchement le statut médico-social d'intervention chirurgicale ; et les premiers soins aux nouveaux-nés, le statut de réanimation médico-chirurgicale de pointe? Grâce à quoi ces actes sont devenus "normaux", autrement dit sans risque ou presque?"

   Pratiquement chaque phrase de cette introduction à un (très) long article de nos deux auteurs, ouvre une perspective de recherche en ce qui concerne les conflits et coopérations autour des santés...

 

Jean-Yves NAU et Henri PÉQUIGNOT, Santé - Santé et maladies ; Patrice PINELL, Sociologie de la santé, dans Encyclopédia Universalis, 2014, 2020. Patrick VANTOMME, sociologie de la santé, Institut d'Eseignement et de Promotion Sociale de la Communauté Franaçse, Tourna, Belgique.

 

SOCIUS

 

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23 juin 2020 2 23 /06 /juin /2020 13:12

   Pour tous ceux qui pensent que l'humanité puisse revenir à ses habitudes antérieures après l'épidémie de covid-19 de 2019-2020, que beaucoup qualifient d'errements, il leur suffit de relire l'histoire des différentes épidémies, souvent laborieusement et partiellement reconstituée par nombre d'auteurs, pour constater qu'il n'en est rien.

Non seulement les énormes saignées dans les sociétés affectent toute l'organisation hiérarchique antérieure, mais les cadres de pensée et des mentalités eux-mêmes se recomposent pour former un nouveau paysage moral, social, économique et politique. Certainement, l'issue de ce conflit inter-spécifique, entre "l'ennemi invisible" largement inconnu au début de l'épidémie et l'humanité,  va déboucher sur des nouveaux rapports de force entre les différents groupes et classes sociales, bref changer la nature et l'importance des différents conflits sociaux. On peut écrire que, considérant les pandémies et épidémies, ils font partie des rares phénomènes qui indiquent l'interdépendance, au sein d'un écosystème dans lequel vivent des sociétés humaines, la cascade des relations de cause à effet qui lient - en boucles rétro-actives d'ailleurs - et cela se voit fortement à l'époque de l'anthropocène actuel, des conflits entre espèces et des conflits entre les hommes, à l'intérieur de l'espèce humaine, qu'ils soient sociaux, économiques ou stratégiques. On a tellement l'habitude de considérer l'épidémiologie - cette science des épidémies - surtout suivant les logiques contaminations-effets-maladies-combats contre le propagation-immunisation naturelle ou traitements ou encore vaccination - que l'on en oublie les conséquences de tout ordre de la manifestation de l'épidémie. Un peu comme ces autorités militaires qui estiment qu'une fois la guerre gagnée, les problèmes sont réglés, les autorités sanitaires, même si elles prennent en compte pour lutter contre l'épidémie les zones et les modalités de propagation des agents infectieux, estiment gagnée la guerre contre ce dernier une fois l'épidémie "sous contrôle", ceux-ci étant "éradiqués". Personne ou presque ne se soucie ensuite, dans un grand et lâche soulagement, des causes et des conséquences sociales de l'épidémie comme pour les causes et les conséquences sociales des guerres (affaires de spécialistes aux maigres moyens...). Or, l'impact des épidémies a des conséquences sur l'évolution de l"humanité à des niveaux considérables, si considérables sans doute, que bien des phénomènes sociologiques et des habitus restent considérés comme relevant des constantes des sociétés humaines. Les mentalités concernant l'hygiène, pour ne prendre qu'un domaine très proche des préoccupations de épidémiologistes, ne sont que rarement étudiées sous l'angle de variations très importantes, qui touchent (citées dans le désordre) aux pratiques du corps (individuellement et collectivement), aux conceptions envers les animaux, aux pratiques sexuelles, aux caractérisations des différentes catégories de populations les unes par rapport aux autres (des riches envers les pauvres notamment ou entre fractions de conceptions religieuses différentes ou d'origines différentes)...

C'est ce qu'on va s'efforcer d'illustrer ici en prenant comme exemple un certain nombre de pandémies historiques, sans rechercher une exhaustivité difficile de toute façon à réaliser. Car il manque encore une grille de lecture, une sociologie des épidémies (à côté d'une sociologie de la santé et d'une sociologie de la médecine déjà abondantes).

Il faut noter que ces pandémies et épidémies forment des sortes de ruptures, difficiles à vivre et surtout difficiles à combattre pour nombre de sociétés, et même difficile d'une certaine manière à mémoriser, dans tous leurs effets. C'est ce qui provoque ce risque historiographique dont nous parlons parfois dans ce blog, d'interpréter les situations antérieures à partir des situations post-épidémies.

Un des exemple sans doute réside dans les mentalités collectives et les idéologies. Il est difficile d'imaginer des époques exemptes de ce sentiment univoque d'appartenance, de ce nationalisme et de cet étatisme qui sont les marques de notre époque. Les manuels d'histoire insistent encore sur ces Anglais, ces Français, ces Italiens (même si l'unification italienne est fort récente...) et ces Espagnols d'avant les monarchies du XVIIe siècle, alors que ni les élites ni les fonctionnaires des princes et encore moins les peuples ne se considéraient comme tels... Mais n'insistons pas, nous non plus à l'inverse, car ce n'est sans doute pas le principal changement dans l'évolution des sociétés occidentales...

Il faut sans doute remonter aux prémisses de l'agriculture, de cette grande cohabitation-exploitation des espèces animales, pour découvrir les traces de grandes épidémies, les immunités contre les agents dont son porteurs les animaux étant particulièrement lentes à acquérir pour les humains. Contentons-nous de débuter ce survol par la Grande Peste.

 

La Grande Peste

  Rappelons simplement ici que la Peste Noire, nom donné par les historiens modernes à une pandémie de peste, principalement la peste bubonique, a ravagé au Moyen Âge, au milieu du XIVe siècle l'Eurasie, l'Afrique du Nord et peut-être l'Afrique subsaharienne. Ni première ni dernière pandémie de peste, elle est la seule à porter ce nom. C'est la première pandémie à avoir été bien décrite par les chroniqueurs contemporains. Elle a tué entre 30 à 50% des européens en 5 ans (1347-1352), faisant environ 25 millions de victimes. Ses conséquences sur la civilisation européenne sont sévères, longues et parfois définitives; d'autant qu'il s'agit l) d'une première vague, début explosif de la deuxième pandémie de peste qui dura de façon sporadique jusqu'au début du XIXe siècle.

L'examen de cette Grande Peste est l'occasion de poser un certain nombre de questions qui reviennent sur chaque pandémie.

- D'abord, et c'est assez important pour l'histoire de l'humanité, même si on peut avoir l'impression de procéder à l'envers, quelle mémoire conserve-t-elle de cette Peste Noire? Si les contemporains désignent cette épidémie sous de nombreux termes, "grande pestilence", "grande mortalité, "maladie des bosses", "maladie des aines, en référence aux effets de l'épidémie, ce n'est qu'au XVIe siècle qu'apparait le terme "peste noire" ou "mort noire" (au sens d'affreux, de terrible) (sans qu'il soit adopté partout). La popularité de l'expression serait due à la publication en 1832, de l'ouvrage d'un historien allemand Justus HECKER (1795-1850), La Mort noire au XIVe siècle, et elle devient courante dans toute l'Europe. Au début du XXIe siècle, Black Death, qui est popularisé dans la littérature, le cinéma, les jeux videos..., reste le nom habituel de cette peste médiévale pour les historiens anglais et américains. En France, le terme "peste noire" est le plus souvent utilisé.

Le tournant décisif, après bien des chroniques contemporaines de la pandémie, est pris en 1832 par Justus HECKER qui insiste sur l'importance radicale de la peste noire comme facteur de transformation de la société médiévale. L'école allemande place la peste noire au centre des publications médico-historiques avec Heinrich HAESER (1811-1885) et August HIRSH (1817-1894). Ces travaux influencent directement l'école britannique, aboutissant au classique The Black Death (1969) de Philip ZIEGLER. Le modèle initial de HECKER, représentatif d'une "histoire-catastrophe", quasi apocalyptique, est depuis corrigé et nuancé. La Peste noire n'est plus un séparateur radical ou une rupture totale dans l'histoire européenne, laquelle conserve bien entendu ses caractéristiques et constantes stratégiques, ses acquis techniques majeurs et ses marqueurs religieux et moraux, comme les principaux habitus  (mais sur ce dernier aspect, on évolue plus...). Nombre de ses effets et de ses conséquences étaient déjà en cours dès le début du XIVe siècle ; des tendances lourdes sont exacerbées et précipitées par l'arrivée de l'épidémie ; des lignes de force d'évolutions sociales et économiques sont favorisées au détriment d'autres ; des rapports de force sont influencés de manière importante.... On situe mieux aujourd'hui le phénomène "peste noire" dans un contexte historique plus large à l'échelle séculaire d'un ou plusieurs cycles socio-économiques et démographiques. Il a fallu pour cela à la fois le temps pour se distancier des effets immédiats des différentes horreurs et des différentes peurs et les progrès d'investigation scientifique dans de nombreuses disciplines. Pour chaque pandémie, cet effet s'observe, même pour les plus récentes (la médiatisation à outrance n'arrange rien...), et il faut aussi une distanciation par rapport aux conflits en cours, comme le montre l'exemple de l'épidémie de choléra au XIXe siècle. Les émotions collectives, les intérêts de tout ordre (idéologiques, économiques, politiques...) freinent la prise de la mesure réelle de la pandémie... et son éradication. Sans compter bien entendu les déformations qu'ils apportent à la mémoire collective.

- La naissance et le développement de l'épidémie se font selon des processus qui sans doute se répète d'un événement à l'autre. Avant de se rencontrer l'agent pathogène (bactérie, virus...) et l'humanité existent l'un et l'autre dans le temps et dans l'espace, dans des niches écologiques séparées. Ainsi pour la Peste (bubonique ou pneumonique), il faut des conditions bien spéciales pour que les populations de bacille Yersinia pestis, que l'on pense être (depuis seulement 1894) à l'origine de cette épidémie, rencontrent des populations humaines. La découverte de cette bactérie, parasite des rats et des puces elles-mêmes présentes chez ces rats, permet de déterminer un modèle médical de la peste moderne dans la première moitié du XXe siècle. Les études statistiques, démographiques et épidémiologiques se conjuguent dans la deuxième moitié du XXe siècle, permettent de situer cette Grande Peste dans l'ensemble des épidémies de peste qui se succèdent jusqu'au XVIIIe siècle, englobant l'Europe de l'Est et le Moyen-Orient (Jean-Noël BIRABEN, Les hommes et la peste en France et dans les pays européens et méditerranéens, 1975). Les études multidisciplinaires ne suffisent toutefois pas à ce jour pour comprendre complètement l'épidémie, et nombre d'aspects suscitent des débats contradictoires et des... disputes et controverses au sein des milieux universitaires et des chercheurs. Les facteurs de cette rencontre, avec la multiplication des rats dans les habitats humains, mettent souvent en jeu l'urbanisation et l'exploitation de terres autrefois exemptes de présence humaine. Les études de Lewis MUNFORD ont bien montré l'état d'insalubrité chronique qui caractérise les villes à diverses époques, et le développement des épidémies vont souvent de pair avec des évolutions démographiques rapides, des concentrations de population et des dégradations des conditions alimentaires.

- En l'absence de connaissances précises pour les contemporains de ces épidémies, la recherche de coupables - pour des mentalités encore habituées à côtoyer le "surnaturel", des populations superstitieuses, insérées dans des croyances religieuses entretenues quotidiennement par des rites et entretenues par des mythes constamment racontés, commentés....-  constitue une sorte de défense pour éloigner tous ses maux. Mais les réactions ne s'arrêtent pas là, car l'épidémie, malgré les poursuites des Juifs et la multiplication des processions religieuses et des messes (qui elles-mêmes ajoutent à la propagation de l'épidémie), continue... Se mêlant aux effets mêmes de l'épidémie - décimation de population, désertion des villes, disparition ici des élites, là des travailleurs essentiels - les effets de ces réactions. Cette combinaison des effets provoquent des conséquences sur pratiquement tous les aspects de la vie sociale, politique et économique des populations concernées, mais aussi sur celles qui sont épargnées, par la modification de tous les rapports de force (de production diraient les marxistes...) dans des ensembles géo-politiques transformés.

Ainsi pour la Peste Noire se conjuguent l'extension à toute l'Europe du sud au nord, y rencontrant un terrain favorable : les populations n'avaient pas d'anticorps contre cette variante du bacille de la peste (différent de celui rencontré 500 ans auparavant, cause de la fameuse peste de Justinien (541-767)), et elles étaient déjà affaiblies par des famines répétées, d'autres épidémies, un refroidissement climatique sévissant depuis la fin du XIIIe siècle, et des guerres, et la multiplication des réactions sociales face à elle.

- Causes et conséquences de la guerre de Cent Ans sur l'épidémie de la Peste Noire se mêlent : la peste frappe Anglais et Français, assiégeants et assiégés, militaires et civils, sans distinction. Cette mortalité par peste est sans commune mesure avec les pertes militaires. La guerre tue par milliers et la peste par millions. La peste est l'occasion d'interrompre la guerre de Cent Ans (prolongation de la trêve de Calais en 1348), mais elle n'en change guère le cours en profondeur. Car si des bandes armées ont pu disséminer la peste, aucune armée n'a été décimé par la peste durant cette longue guerre. Ce qu'il faut sans doute encourager, en dehors d'un certain comptabilité macabre tant chez les hommes de troupes que dans le commandement, c'est tout de même l'analyse de ce qui se serait passé avec des armées intactes et sans trêves. L'allongement de cette guerre, la perception des victoires et des défaites en fonction des pertes causées par la peste, l'attribution des interventions divines dans un sens ou dans l'autre, qui joue un rôle certaine dans le moral des troupes, les conséquences dans les relations entre populations civiles et armées, l'état de villes désertes ou épargnées, tout cela doit être évalué...

Il n'y a d'ailleurs pas que la Guerre de Cent ans... Des historiens insistent sur l'influence de la peste sur le déroulement des opérations militaires, surtout en Méditerranée : la fin du siège de Caffa, la mort d'Alphonse XI lors du siège de Gibraltar, la réduction des flottes de guerre de Venise et de Gênes, l'ouverture de la frontière nord de l'empire byzantin, la dispersion de l'armée de Abu Al-Hasan après la bataille de Kairouan (1348), l'arrêt de la Reconquista pour plus d'un siècle...

- Les conséquences économiques ont été bien étudiées depuis bien deux siècles. Il existait déjà une récession économique depuis le début du XIVe siècle, à cause des famines et de la surpopulation, et notamment une grande famine en 1315-1317 qui fragilisa les organismes et, tout en stoppant l'expansion démographique, prépara le terrain à l'épidémie. Cette récession se transforme en chute brutale et profonde avec la peste noire et les guerres. La mai-d'oeuvre manque et son coût augmente, en particulier dans l'agriculture. De nombreux villages sont abandonnés, les moins bonnes terres retournent en friche et les forêts se re-développent. Les propriétaires terrains sont contraints de faire des concessions pour conserver ou obtenir de la main-d'oeuvre, ce qui se solde par la disparition du servage, disparition en elle-même source d'une cascade de changements brusques : modification radicale des situations entre propriétaires et travailleurs de la terre, profond remaniement des structures villageoises.

Les villes se désertifient les unes après les villes, concentrant la mortalité là où il y a concentration des populations, car les autorités n'ont ni la capacité de "penser" l'épidémie ni les moyens de la juguler. Cette désertification provoque une autre répartition de la population, à la périphérie des villes et des gros bourgs. La mortalité forte provoque des modifications dans les successions des biens de toute sorte et des remaniements dans les types et les grandeurs des propriétés. Les "transferts de propriété" ne se font pas seulement "en douceur" par enregistrement des nouveaux propriétaires chez les notaires (vivants...), l'épidémie est l'occasion de changements brutaux de patrimoines...

- Face à la peste et à la peur de la peste, les populations réagissent par la fuite, l'agressivité ou la projection. La fuite est générale pour ceux qui en ont les moyens (de transport... et des proches pouvant les accueillir ailleurs). Les populations se tournent d'abord vers la religion, les médecins, les charlatans et illuminés, qui, les uns après les autres, "prouvent' leur impuissance face à l'épidémie. L'agressivité se porte alors contre les Juifs et autres prétendus semeurs de peste (lépreux, sorcières, mendiants...), ou contre soi-même, la culpabilité de l'épidémie étant reportée sur le non-accomplissement des devoirs envers Dieu ou de trop grands péchés commis (notamment de chair, chose facile à imaginer encore aujourd'hui...). C'est l'occasion de prolifération de toutes sortes de croyances (danses macabres, processions massives, cultes à la Vierge), avant que celles-ci ne se révèlent à leur tour impuissantes... Et que l'Église doit canaliser pour sauvegarder ce qu'il reste de son pouvoir moral...

- Les violences contre les Juifs, les divers pogrom dans certaines villes (mais le phénomène fut plus restreints qu'on ne le pensait auparavant) : médecins (impuissants) et riches sont particulièrement visés.

D'une part parce que les communautés médicales juives, en Provence notamment, favorisées par le mépris de la Chrétienté pour le corps, se révèlent elles-aussi impuissantes devant l'épidémie, ce qui provoque par la suite une modification profonde de la répartition du savoir médical entre types de classes sociales, selon leur provenance religieuse... Le savoir médical, un certain savoir médical, plus centré sur la connaissance du corps (que sur l'expérience des potions et des remèdes) émerge en milieu catholique.

D'autre part, parce que la richesse financière se concentrent chez des classes sociales précises dans certaines régions, du fait même du développement du crédit de manière concentrée entre les mains de non-chrétiens (interdiction du prêt à intérêt chez les Chrétiens). C'est l'occasion de mettre fin "physiquement" à des dettes. C'est aussi le développement de chasses aux trésors cachés par des familles juives (en Allemagne notamment)

- Au début du XIVe siècle, les règlements d'hygiène publique dans les villes sont pratiquement inexistant. Ils s'imposeront difficilement d'ailleurs plus tard. La peste noire prend la population au dépourvu et est le point de départ des administrations de santé en Europe, et aussi du contrôle des circulations (entrées et sorties dans les villes). Si les premières mesures (efficaces) sont surtout les mies en quarantaine des villes, qui s'imitent vite en cela les unes aux autres. Les premiers isolements préventifs apparaissent à Raguse en 1377, à Marseille en 1383. Le système est adopté par la plupart des villes et surtout des ports européens durant le XVe siècle. Ce qui change la physionomie des villes elle-même, les remparts se développant non plus comme système de défense contre les invasions, mais comme permettant de définir les points d'entrée et de sortie, avec contrôle militaire. Les règlements de peste de plus en plus élaborés touchent pratiquement par capillarité tous les domaines de la vie quotidienne, de l'alimentation à la gestion de l'eau, du traitement des ordures à la délimitation des zones d'interdiction des rassemblements d'animaux et de végétaux. Alors qu'auparavant la continuité entre la ville et la campagne se manifeste souvent par une inter-pénétration des activités urbaines et rurales, une séparation de plus en plus nette s'opère. Mais cela reste variable suivant les régions et surtout n'entame pas la question-clé de pratiquement tout l'espace urbain, les moyens de circulation en charrettes et chevaux, avec présence en de nombreux endroits de fourrage, de concentration de montures,  et de tous les métiers autour du cheval... C'est, par l'entremise d'une nouvelle organisation de la ville, une nouvelle répartition du pouvoir. Durant le XVIe siècle, ces règlements sont codifiés par les parlements provinciaux, ajustés et précisés à chaque épidémie au cours du XVIIe siècle. Ils relèvent du niveau gouvernemental au début du XVIIIe siècle. Le passeport sanitaire (billet de santé) apparait déjà en 1501 à Carpentras, en 1494 à Brignolles...), ancêtre sur le continent du fameux passeport d'identité... Concentration de pouvoir et contrôle des populations, éléments de ce que nous appelons souvent dans ce blog l'Empire, se développent alors rapidement, au rythme des rappels de la peste, qui revient périodiquement jusqu'à l'orée du XIXe siècle...

- Les attitudes face à la religion changent également. Car si dans un premier temps la panique précipite la majeure partie de la population vers les autorités religieuses, leur incapacité à attirer l'attention de Dieu sur la misère humaine (que c'est écrit charitablement!), provoque une multitude de questionnements. C'est sans doute à travers l'évolution de l'art à cette époque, notamment sur la représentation de la mort, que l'on perçoit une évolution des mentalités... Non que les diverses hérésies et contestations religieuses proviennent directement de l'épidémie, car elles ont existé de tout temps, mais l'impuissance devant les hécatombes n'a pas manqué de frappé les esprits, devant les obligations religieuses qui, avant la Peste noire, encadraient sans réelle opposition la vie des fidèles... Peu d'études ont été réalisées sur l'impact de l'épidémie sur le développement des nouvelles chrétientés qui émergent au XIVe siècle et qui ne finissent de s'élaborer au coeur de la Renaissance...

  Chacun de ces aspects sont l'objet d'une recherche dont nous allons tenté de nous faire l'écho dans ce blog... Non seulement pour la Peste noire, sorte d'archétype de l'influence des épidémies, mais pour d'autres, nombreuses, qui influent plus ou moins sur le cours des civilisations, donc sur la tonalité, la nature et l'intensité des conflits qui les traversent...

 

SOCIUS

 

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