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1 février 2018 4 01 /02 /février /2018 16:31

      Raimond DE MONTECUCCOLI, Italien au service des Habsbourg, général des armées autrichiennes est considéré à son époque et encore aujourd'hui comme le meilleur général du XVIIe siècle. Sa principale oeuvre sert de référence à de nombreuses études ultérieures de militaire de carrière. Il y énonce nombre de principes tactiques et stratégiques, dans un texte didactique qui n'est plus le compte-rendu de campagnes militaire, lot de nombreux écrits de cette époque de la part de ses contemporains. 

     Rappelons que Raimondo MONTECUCCOLI (1609-1680) est non seulement un stratège et un général exceptionnel mais aussi un penseur militaire dont les écrits sur la guerre lui garantissent une notoriété méritée. Lu attentivement par CLAUSEWITZ, il est admiré par FRÉDÉRIC LE GRAND, SHARNHOST,  ENGELS et NAPOLÉON. 

      Ses Mémoires, qui ne sont pas de simples Mémoires, comprennent trois livres : De l'art militaire en général, De la guerre contre les Turcs en Hongrie et Relation de la campagne de 1664. Avant ses Mémoires, il rédige son Traité sur la guerre ainsi qu'un ouvrage mineur, Sur la bataille. Son oeuvre n'est publiée qu'après sa mort, et c'est surtout par son action de général qu'il possède sa notoriété. 

Son mérite est de reprendre des idées et des pratiques issues de diverses époques et de les formuler en une synthèse cohérente. Sur le terrain de la guerre, MONTECUCCOLI suit le chemin tracé par MAURICE D'ORANGE et GUSTAVE ADOLPHE. Il peut observer ce dernier lors de sa victoire magistrale à Breitenfeld (1631) pendant la guerre de Trente Ans. Alors jeune officier dans l'armée impériale, il est blessé et fait prisonnier par les Suédois. Relâché six mois plus tard, il se distingue à la bataille de Nôrdlingen. A nouveau prisonnier des Suédois en 1639, il n'est libéré que 3 ans plus tard après avoir écrit le Traité et Sur la bataille. A la fin de la guerre de Trente Ans (1648), il atteint le rang de général. 

Pendant la guerre du Nord (1656-1658), MONTECUCCOLI est à la tête d'un corps autrichien combattant aux côtés de la Pologne contre les Suédois. Employé par l'armée impériale, il est placé à la tête d'une coalition, avec les Autrichiens et les Français, pour faire face aux Turcs qu'il défait à Saint-Gotthard (1664) lors d'une bataille considérée comme son chef-d'œuvre militaire. Après cette victoire, il est nommé lieutenant générale, le plus haut rang dans l'armée impériale. Entre 1672 et 1678, il mène campagne contre les Français dirigés par TURENNE. Durant la campagne de 1673, il entraîne ses troupes dans une guerre de mouvement à l'aide de ruses et de feintes et après s'être emparé des convoi de ravitaillement ennemis, il rejoint les troupes hollandaise et pousse les Français hors de Hollande. Deux ans plus tard, TURENNE se montre supérieur au stratège!re italien avant d'être tué à Casbah. Bien que les exploits de MONTECUCCOLI sur les champs de bataille européens aient inspiré l'admiration et le respect de ses pairs, son influence réside avant tout dans sa réflexion sur la guerre.

MONTECUCCOLI est un grand admirateur du philosophe humaniste Juste LIPSE dont il reproduit la méthode de raisonnement inductive pour son analyse des conflits militaires, et dont il reprend également l'interprétation de la guerre comme phénomène essentiellement politique. De même que son maître à penser, il se tourne vers les grandes auteurs classiques pour y puise les fondements de sa connaissance. Il lit les grands historiens grecs et romains ainsi que les manuels de stratégie de l'Antiquité mais s'intéresse relativement peu à l'art de la guerre médiévale. C'est que sa mentalité est toute imprégnée du mythe du Saint Empire Romain Germanique, qui se veut le continuateur des acquis à la fois de l'Antiquité romaine et le fer de lance de la foi Catholique. Bien qu'il soit par ailleurs fasciné par les sciences occultes et l'astrologie, comme l'était d'ailleurs ses modèles grecs et romains antiques (n'oublions par le rôle des oracles dans toute la vie civile et militaire), son approche de la guerre et des relations internationales se veut réaliste et pragmatique, dans la grande tradition italienne de MACHIAVEL et GUICHARDIN. Fervent catholique, encore une fois, MONTECUCCOLI est aussi dans la lignée de SAINT AUGUSTIN et des théoriciens de la guerre juste. Il n'aime pas la guerre mains considère que celle-ci est inévitable. Ses combats contre les Turcs sont aussi une sorte de continuation de l'esprit des Croisades. Il veut minimiser l'aspect destructeur de la guerre sur les populations civiles, mais, notamment au nom de Dieu, il encourage l'anéantissement des forces ennemis et la poursuite implacable de l'adversaire vaincu.

MONTECUCCOLI, notamment dans ses Mémoires, veut intégrer les diverses branches du savoir de façon systématique dans le but de développer une théorie de la guerre à vocation universelle. Cette vision de la guerre le mène au-delà des considérations purement stratégiques et tactiques auxquelles se limitent la plupart des traités militaires de son époque. Il réfléchit sur les facteurs moraux, politiques, psychologiques et économiques qui déterminent la nature de la guerre. Il accorde une importance toute particulière à la préparation de la guerre autant qu'à la négociation de la paix, car il sait bien qu'une victoire militaire ne signifie pas grand chose si elle n'est pas exploitée sur le plan diplomatique. Il combine cette approche théorique avec sa propre expérience et notamment avec son goût pour la guerre de mouvement. Ses ouvrages se veulent complets : il y traite de tous les aspects de la guerre : les alliances politiques et la préparation logistique, les méthodes de recrutement, les fortifications, la conduite de la guerre et la négociation de la paix. Il établit, bien avant JOMINI, un typologie des guerres : internes ou externes, défensives ou offensives, justes ou injustes. Il est aussi le premier à faire la distinction entre une stratégie d'anéantissement et une stratégie d'usure, choix qui doit être dicté par les circonstances. En ce qui concerne la composition des armées, il préconise l'emploi piques plutôt que de baïonnettes (héritage antique...), et veut renforcer les troupes de cavalerie afin qu'elles atteignent un nombre égal à 50% de celui des troupes d'infanterie. Il ne néglige pas l'exploitation de l'effet de surprise et encourage mobilité, rapidité et concentration. Bien que son approche ait des prétentions scientifiques, il est conscient que la guerre demeure non une science mais un art où la part de hasard et d'imprévu est toujours présente. Son grand mérite réside dans la manière dont il intègre la problématique de la guerre dans son contexte social, politique et économique. En cela il est sans doute le dernier des généraux à contribuer réellement à une stratégie d'Empire, même si à son époque le Saint Empire Romain Germanique ressemble bien plus à un conglomérat de principautés qu'à un véritable Empire centralisé comme l'avait été le Bas Empire Romain. Ce mérite est d'autant plus remarquable qu'il sait prévoir les changements considérables qui interviennent au cours de sa vie, comme la centralisation de l'Etat et les conséquences qu'aura cette transformation sur l'avenir de la guerre. Si les théories de la guerre totale qui émergent au XIXe siècle mettent un terme à l'influence qu'il a exercée jusque-là sur la stratégie européenne, MONTECUCCOLI reste l'un des plus grands théoriciens de la guerre telle qu'elle est pratiquée aux XVIIe et XVIIIe siècles. (BLIN et CHALIAND)

     

      La modernité de la pensée de MONTECUCCOLI frappe même les lecteurs du XXIe siècle. S'il faut lire un seul ouvrage du XVIIe siècle européen sur la guerre, choisissez ses Mémoires. Mieux que d'autres, il sait se servir de son expérience militaire acquise avec les ordres des plus grands généraux de l'armée impériale de la guerre de Trente Ans (COLLADO, TILLY, SPINOLA, WALLENSTEIN, GALLAS) pour interpréter les écrits des Anciens, et de plus il en a le temps, puisque souvent prisonnier (des Suédois), d'ennemis qui réservent toujours des geôles dorées aux hommes de son rang, pourvues de bibliothèques bien fournies. 

Le titre de "Mémoires" peut facilement conduire le lecteur sur une mauvaise piste, car il ne s'agit aucunement ici d'un ouvrage autobiographique. Il s'agit d'une utilisation reprise d'une première publication italienne du manuscrit connu sous le titre Aforismi. Les Mémoires sont publiées la première fois à Cologne en 1704 par les soins de Heinrich von HUYSSEN, ancien précepteur et conseiller de guerre du tsar Pierre le Grand. Lequel était intéressé par tout ce qui peut aider sa politique anti-ottomane. La première édition française date de 1712 à Paris (Mémoires de Montecuculi). L'édition française, portée par la marée haute de la francophonie du siècle des Lumières dans la littérature en général, devient vite un ouvrage de référence et un vademecum des officiers de presque toutes les armées. Depuis, plusieurs éditions ont vu le jour, avec des introductions diverses. (Ferenc TÖTH, professeur à l'Université de la Hongrie occidentale).

     

       Des extraits de ces Mémoires sont publiés par l'Anthologie mondiale de la stratégie. Dans la partie intitulée Considérations militaires, l'auteur écrit :

De la disposition par rapport aux forces.

  Il faut mesurer ses forces et les comparer à celles de l'ennemi, comme un juge désintéressé compare les raisons des parties dans une affaire civile. Si la meilleure partie de vos forces consiste en cavalerie, il faut chercher les plaines larges et découvertes ; si vous comptez plus sur votre infanterie, il faut chercher les montagnes et les lieux étroits et embarrassés. L'infanterie est bonne pour les sièges, la cavalerie pour les batailles.

Si votre armée est forte et aguerrie, et celle de l'ennemi faible, de nouvelle levée, ou amollie par l'oisiveté, il faut chercher des batailles, comme le firent Alexandre et César avec leurs armées de troupes vieilles et victorieuses ; si l'ennemi a l'avantage en cela, il faut les éviter, se camper avantageusement, se fortifier dans des passages, se contenter d'empêcher ses progrès et imiter Fabius Maximus, dont les campements contre Annibal sont les plus célèbres de l'Antiquité (...). Qu'on considère, dis-je, la conduite de ce dictateur, et on trouvera qu'il faut dans ces occasions : changer la forme de la guerre, temporiser, donner de l'intervalle après une disgrâce arrivée, ne pas risquer le salut de la république, parce que le moindre échec dans une armée faible est considérable (...).

Se camper en face de l'ennemi, le côtoyer en marche par des hauteurs et par des lieux avantageux ; se saisir des châteaux de passage autour de son camp, et des lieux par où il doit marcher ; se tenir dans les lignes, et ne se laisser pas engager à combattre avec désavantage. C'est toujours beaucoup que de l'empêcher e rien faire, de lui faire perdre le temps, de le tromper, de rompre ses desseins, d'arrêter ou d'en retarder le progrès et l'exécution. Garnir les places ; rompre les ponts, abandonner les lieux sans défense, en retirer les troupes et les mettre en sûreté, ravager le pays où l'ennemi doit passer en brûlant et gâtant les vivres.

Avoir derrière soi des provisions assurées ; conduire l'ennemi dans des lieux où il n'en trouve point ; inquiéter ses fourrageurs par des partis continuels ; l'empêcher de faire des courses ; observer ses marches ; le côtoyer ; lui dresser des embuscades. En agissant de cette manière, on peut vaincre l'ennemi sans se remuer. Vous êtes dans votre pays ; vous avez tous les secours nécessaires. L'armée que vous avez en tête n'a rien de tout cela : elle est en pays ennemi, éloignée du sien, sans places, sans magasins, sans lieu où elle puisse prendre pied, sans moyen de continuer la guerre ; elle voit continuellement diminuer son monde, ses forces, son courage ; en sorte que, comme j'ai dit, on peut la ruiner sans se remuer. 

Si l'on est fort inférieur à l'ennemi, tant pour le nombre que pour la qualité des troupes, en sorte qu'on ne puisse pas camper contre lui, il faut abandonner la campagne et se retirer dans les places fortes, comme firent ceux de Byzance contre Philippe, et Annibal contre Scipion, afin que l'ennemi, courant la campagne, soit harcelé et affaibli par les garnisons des places voisines, sans qu'il puisse rien faire de considérable, ou qu'il s'ennuie d'assiéger et qu'il y renonce, ou bien qu'il fasse plusieurs sièges l'un après l'autre, et qu'il y consume son temps et des forces. (...)

De la guerre offensive

   Pour attaquer un pays par une guerre offensive, il faut observer les maximes suivantes :

- Être maître de la campagne, et être plus fort que l'ennemi, ou par le nombre, ou par la qualité des troupes. César disait que deux choses servent à conquérir, conserver et agrandir les États : les soldats et l'argent, c'est ce que fait aujourd'hui la France ; avec son argent, elle achète des placer, avec ses armes, elle en force d'autres.

- Veiller aux conjonctures par exemple, qu'il y ait une guerre intestine et des factions dans le pays qu'on veut attaquer, et qu'on soit appelé par l'un des partis.

- Donner des batailles, jeter la terreur dans le pays, publier ses forces plus grandes qu'elles ne sont, partager son armée en autant de corps qu'on peut le faire sans risque, afin d'entreprendre plusieurs choses à la fois.

- Traiter bien ceux qui se rendent, maltraiter ceux qui résistent.

- Assurer ses derrières, laisser les choses tranquilles et bien affermies dans son propre pays et sur ses frontières.

- S'établir et s'affermir dans quelque poste, qui soit comme un centre fixe, et capable de soutenir tous les mouvements qu'on fait ensuite ; se rendre maître des grandes rivières et des passages ; former bien sa ligne de communications et de correspondance.

- Chasser l'ennemi de ses forts en les prenant, et de la campagne en le combattant. S'imaginer de faire de grandes conquêtes sans combattre, c'est un projet chimérique.

- Lui couper les vivres, enlever ses magasins, ou pr surprise, ou par force ; lui faire tête de près et le resserrer, se mettre entre lui et les places de communication, mettre garnison dans les lieux d'alentour, l'entourer avec des fortifications, le détruire peu à peu en battant ses partis, ses fourrageurs, ses convois, bruler son camp et ses munitions, et y jeter des fumées empestées ruiner les campagnes autour des villes, abattre ses moulins, corrompre ses eaux, mettre parmi ses troupes des maladies contagieuses, semer des divisions entre ses gens.

- S'emparer de l'État : En y bâtissant des forteresses et des citadelles nouvelles, et en mettant de bonnes garnisons dans les anciennes. En gagnant les coeurs des habitants. En y mettant des garnisons et des colonies. En y faisant des alliances, des ligues, des factions. En l'incommodant par des courses continuelles, des menaces, des incendies, et l'obligeant par là à contribuer à payer tribut et à se soumettre. En y établissant sa demeure. En protégeant les voisins faibles et abaissant les puissants ; en ne souffrant pas que des étrangers puissants viennent s'y établir. En emmenant avec soi les principaux comme otages, sous prétexte de leur faire honneur. En leur ôtant la volonté et le pouvoir de remuer. 

De la guerre défensive

   Maximes à observer pour la défense :

- Avoir une ou plusieurs forteresses bien situées,pour arrêter l'agresseur jusqu'à ce qu'on ait assemblé ses forces, ou qu'on ait reçu du secours de quelque autre puissance jalouse de celle qui attaque.

- Appuyer et encourager les places avec un camp volant, qui soit aussi de son côté appuyé et encouragé par les place.

- Pour empêcher les séditions et les divisions intestines, entretenir la guerre au-dehors, où les humeurs mauvaises et inquiètes vont s'évaporer et se résoudre.

Quand on est sans armée ou qu'elle est faible ou qu'on n'a que de la cavalerie, il faut :

- Sauver tout ce qu'on peut dans les places fortes, ruiner le reste, et particulièrement les lieux où l'ennemi pourrait se poster.

- S'étendre avec des retranchements, quand on s'aperçoit que l'ennemi veut vous enfermer : changer de poste ; ne demeurer pas dans des lieux où on puisse être enveloppé, sans pouvoir ni combattre ni se retirer, et pour cela avoir un pied en terre et l'autre en mer, ou sur quelque grande rivière.

- Empêcher les desseins de son ennemi, en jetant de main en mai du secours dans les place dont il s'approche, distribuant la cavalerie dans des lieux séparés pour l'incommoder sans cesse, se saisir des passages, rompre les ponts et les moulins, faire enfler les eaux, couper les forêts et s'en faire des barricades.

 

Cet extrait est tiré de Raimond de MONTECUCCOLI, Mémoires militaires, in Liskenne et Sauvan, Bbilothèque historique et militaire, tome V, Paris, 1844, dans Anthologie mondiale de la stratégie, Robert Laffont, Bouquins, 1990. 

Toth FERENC, Les Mémoires de Raimondo Montecuccoli, dans Cahiers Saint Simon, n°40, 2012, www.perse.fr. Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, Dictionnaire de stratégie, tempus, 2016.

 

 

 

 

 

 

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1 février 2018 4 01 /02 /février /2018 13:21

       Rewi ALLEY, écrivain néo-zélandais est un éducateur, activiste politique, réformateur social, poète et membre (secret) du Parti Communiste de Chine. Son action éducative, son activité en faveur des coopératives industrielles, le font considérer, mais sans certainement cela est sujet à polémiques, comme un acteur au service de la paix.

       Il travaille durant la guerre civile chinoise et la seconde guerre mondiale à l'élaboration d'une technique constructive de guérilla par l'économie. Après la victoire du Parti Communiste en Chine, il fait publier des études historiques sur ce pays. Dans ses voyages, notamment dans les années 1970, il lutte pour le désarmement nucléaire tout en oeuvrant vers la bonne entente entre la Nouvelle-Zélande et le Chine. Parfois discrédité (interdit de séjour même) dans son pays natal à cause de ses sympathies politiques, Rewi ALLEY ne varie pas dans son amour pour celui-ci. Mis à mal pendant la Révolution culturelle, il reste fidèle également à l'esprit communiste qui l'anime. 

     Influencé par un environnement familial en faveur de la réforme sociale et de l'éducation, il rejoint, à la fin des années 1920, après une activité déjà riche en expérience, un groupe d'étude politiques où l'on voit Alec CAMPLIN, George HATEM, Ruth WEISS, Trude ROSENBERG et CAO LANG. Après la victoire des communistes sur les nationalistes, il écrit beaucoup d'oeuvres  faisant l'éloge du parti et du gouvernement de la République populaire de Chine : Yo Banfa!  (1952), L'homme contre les inondations (1956) et L'arrière-pays dans le Grand Bond en avant (1961).  Il ne cesse d'écrire sur différents aspects de la Chine populaire, et une autobiographie en 1987. Sa connaissance de différentes variantes du chinois l'aident beaucoup à multiplier ses expériences et à en diffuser les éléments auprès de différents publics cultivés. 

    Pratiquement inconnu du public francophone, mais assez connu en Chine et en Nouvelle-Zéland, Rewi ALLEY est un grand voyageur.  Depuis son expérience de la guerre et de la mort, après avoir été lui-même blessé et gravement la dernière fois, lors de ses voyages en Afrique, dans la Sierra Nevada, en Europe et partout où il était envoyé comme ingénieur agricole ou enrôlé (dans l'armée néo-zélandaise) durant la Première Guerre Mondiale, avant de s'installer à Shangaï en 1924, recherche toute sa vie la réponse à sa question : Pourquoi tout cela? Effaré par la misère qu'il rencontre en Chine, nanti de solides connaissances techniques, s'aidant de nombreux missionnaires, hommes politiques et membre du Parti, il forme un millier de chefs ruraux qui travaillaient dans les village communautaire de la Chine entière, notamment dans l'école Sandan Bailey. Sortie du "Mouvement coopératif industriel" chinois, il participe à la fondation de cette école où il met en oeuvre la philosophie de Gung Ho (sur lequel il écrit un livre en 1948). Cette école bien connue à l'ONU (UNESCO) et son expérience pédagogique y a été étudiée et diffusée.

   Pour lui, les masses chinoises aiment la paix et n'ont qu'une haine : la guerre. Ses poèmes, nombreux, expriment le désir de paix, de la façon la plus pure et la plus sincère. Il considère que la vraie Chine millénaire est dans cet esprit pacifiste. Même si, peut-être, mais cela lui importe peu par rapport au bien qu'il apporte aux populations, son rayonnement a pu servir la propagande officielle chinoise.

Lewi ALLEY, An autobiography, New World Press, Beijing, 1986, New Zeland Edition, 1987. Anne-Marie BRADY, Friend of China, The Myth of Rewi Alley, Routledge Curzon, 2002. Myriam ORR, Ils vivent pour la paix, Perret-Gentil, 1962. 

 

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1 février 2018 4 01 /02 /février /2018 09:28

   Henri de La Tour d'Auvergne, dit TURENNE, est un gentilhomme et militaire français, l'un des  meilleurs généraux de Louis XIII, puis de Louis XIV. Figure populaire en son temps, avec une habile propagande et l'usage d'un vaste réseaux d'amis à la Cour, stratège de grand talent, gloire militaire du Grand Siècle par excellence, sa carrière est entachée néanmoins par la première série d'exactions commises en Palatinat en 1674, généralement connu sous le nom de "ravage du Palatinat".

Acteur de la Fronde des Princes, il fait partie de ces nobles dont l'autorité royale veut briser la résistance. Il se retrouve avec CONDÉ puis contre CONDÉ dans des conflits tant "professionnels" que politiques. 

 

Une carrière de noble et de guerrier

Protestant, apparenté aux Nassau dont il reçoit la formation, Henri de TURENNE passe au service de la France en 1630 et s'illustre en de nombreuses occasions, au siège de Beisach (1638) et à Zummarschausen (1647) où il remporte une victoire contre le légendaire Raimondo MONTECUCCOLI. Egalement victorieux face à CONDÉ, son ancien commandant, en 1658, il sauve l'Alsace menacée par l'armée impériale de LÉOPOLD en 1674-1675.

Lors d'une brillante campagne d'hiver (alors que normalement c'est une période de relâche en matière militaire) au cours de laquelle il divise son armée en petites unités, il contourne les Vosges et regroupe ses forces à Belfort, sans que l'ennemi se doute de rien. Il accompagne sa manoeuvre d'une attaque sur le flanc de son adversaire qui lui permet de le repousser de l'autre côté du Rhin. Il est tué un peu plus tard à Sasbach d'un beau boulet de canon exposé de nos jours dans le célèbre musée de l'Armée à Paris.

TURENNE fait preuve d'une grande rigueur d'une grande rigueur durant la phase préparatoire à la guerre, mais il demeure très souple pendant la conduite des opérations. Il attache une importance particulière à la discipline et à l'entrainement de ses troupes, choses pas tellement courante à l'époque, ainsi qu'à la logistique (approvisionnement en subsistances et en armements) et aux communications. cependant, il fournit rarement des plans d'action établis à l'avance (...). Il n'aime pas les sièges, préférant de beaucoup l'offensive et le mouvement. Il ne s'engage qu'après s'être bien renseigné sur l'état de son adversaire, sur ses plans et sur ses mouvements de troupes. Il utilise pour cela un nombre important d'espions et exploite sa propre technique de contre-espionnage et de propagande pour tromper l'ennemi. Il réclame des informations précises sur la nature du théâtre des opérations et effectue souvent lui-même ses propres reconnaissances. 

Il obtient le titre de maréchal de France en 1643 et celui de maréchal général en 1660. Ses Mémoires sont publiées après sa mort. (BLIN et CHALIAND)

Les méandres de sa carrière militaire ne peuvent se comprendre que par un contexte indécis quant au devenir de la monarchie française. Rien à l'époque, sinon les rivalités à l'intérieur des Frondes, ne peut en préjuger. Ce qui explique l'acharnement de nobles qui pouvaient avoir une chance d'établir leur hégémonie sur des territoires devenus vastes. 

 

Un Prince dans les troubles des Frondes

D'abord commandant dans l'armée hollandaise, il se met au service du roi Louis XIII... avec un commandement plus prestigieux. Sa réputation va croissant dans les années 1630. Il sert fidèlement la monarchie française, notamment en Italie (de 1639 à 1641) jusqu'à la mort prématurée du Roi. Lorsque Anne d'Autriche, qui le fait maréchal de France, prend la régence, il s'illustre à la conquête du Rousillon (1642) et est envoyé en Alsace menacée où il combat, ayant réorganisé son armée, avec les forces de CONDÉ, qui prend le commandement. Après les campagnes victorieuses en Alsace, son armée dévaste la Bavière avec ses alliés suédois. Les traités de Westphalia signés peu après, en 1648, mettent fin à la guerre de Trente Ans. C'est sans doute l'acalmie relative des combats qui lui permet de se consacrer un peu plus à sa position politico-sociale. Il passe du côté des Frondeurs et dans les événements, échappe à l'arrestation dont sont victimes d'autres princes (dont CONDÉ) et recherche l'aide des Espagnols. Il connait à cette occasion l'un de ses rares revers militaires en étant vaincu lors de la bataille de Rethel le 15 décembre 1650. Après la libération des princes il se réconcilie avec MAZARIN et obtient (l'un ne va sans doute pas sans l'autre) le commandement des armées royales, lorsque CONDÉ se révolte à nouveau. A partir de ce moment-là, il combat et CONDÉ, jusqu'à ce que ce dernier change encore de camp, et les Espagnols, fidèlement.

Il faut dire que TURENNE, lorsqu'il repasse dans les villes conquises alors qu'il combat à la tête des troupes espagnoles, se fait un plaisir de les reprendre pour le compte du Roi de France, alors que celui-ci à regagner une seconde fois Paris, suivant un procédé qui n'est pas réellement original.... De nombreuses troupes (qui ne sont pas encore toutes permanentes), ce qui explique le poids d'un prince ou d'un autre, sont encore sous l'allégeance d'une personne plutôt que d'un Etat... Ceci s'explique par le prestige (du général et du sang), mais aussi par la... capacité financière d'une famille princière à assurer leur solde...

 

Une longue postérité

Même s'il n'a pas laissé d'ouvrages didactiques, et pas seulement comme on peut le lire parfois parce qu'il est d'un caractère secret, mais bien plutôt parce qu'il existe une tradition de secret où les "trucs" des batailles ne se communiquent qu'entre membre d'une même famille, TURENNE constitue une référence assez incontournable pour la période moderne de l'histoire militaire. Nombreux sont les auteurs qui en font référence, et parmi les plus célèbres comme NAPOLÉON. 

Ses Mémoires se bornent à exposer les actions vécues de façon simple, et c'est déjà beaucoup pour l'époque. Tacticien et calculateur, il attribue beaucoup d'importance au renseignement . Sans idées préconçues, il se décide sur l'analyse de la situation présente et agit très vite. Il tient à avoir des troupes bien entretenues pour garder une grande liberté d'action et pouvoir débaucher des troupes à l'ennemi. Il estime qu'il faut occuper des provinces ennemies pour diminuer les forces de ses adversaires, mais il préfère tenir la campagne pour pouvoir manoeuvrer plus à l'aise, plutôt que de s'emparer à tout prix de villes qu'il faudrait ensuite défendre en dispersant ses forces. A partir de la guerre de Dévolution,disposant d'un meilleur instrument, il se montre plus hardi et pratique l'offensive plus systématiquement. Sa campagne d'hiver en continuant les Vosges passe pour un chef-d'oeuvre très étudié par la postérité. (CORVISIER)

Ces Mémoires du maréchal de TURENNE sont exclusivement militaires et n'abordent que très peu les intrigues de la cour ou de la ville. De toute manière, la guerre est sa grande préoccupation et il y subordonne toute chose. S'ils intéressent beaucoup, c'est aussi parce qu'ils ont la sécheresse grandiose d'un bulletin de bataille, le style en est d'une grande tenue, d'une sobriété et d'une vigueur singulière. Sont de plus joints à ces manuscrits, de nombreuses  et suggestives pièces justificatives. 

Le développement de la théorie stratégique à l'époque contemporaine n'a pas rendu cette oeuvre caduque. 

 

Mémoires du maréchal de Turenne, Société de l'Histoire de France, d'après les manuscrits, Paris, Laurens, 1909.

Jean BERENGER, Turenne, Paris, 1987. Joseph REVOL, Turenne, essai de psychologie militaire, Paris, 1910. CESSAC-LACUÉE, Des connaissances nécessaires à un général d'armée,  dans la Bibliothèque historique et militaire de Liskenne et Sauvan, tome V, Paris, 1840. 

Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, Dictionnaire de stratégie, tempus, 2016. André CORVISIER, Dictionnaire d'art et d'histoire militaires, PUF, 1988. Bernard ROBERT, Bibliothèque de l'école des chartes, Année 1910, n°71, www. presse.fr

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31 janvier 2018 3 31 /01 /janvier /2018 18:17

         Louis II de Bourbon-Condé, dit le Grand CONDÉ, connu d'abord sous le titre de duc d'Enghien, est un prince de sang français. Général français pendant la guerre de Trente Ans, il est l'un des meneurs de la Fronde des princes contre l'autorité royale. 

 

Une carrière de noble et de guerrier.

    Louis II de Bourbon, après avoir participé à des sièges ou engagements dans le Roussillon (1640-1642), obtient le commandement de l'armée des Flandres, avec l'appui du cardinal de RICHELIEU. Il remporte la retentissante victoire de Rocroi (1643), lorsqu'il parvient à vaincre les Tercios de l'armée espagnole dirigée par Francisco de MELO. Cette victoire, obtenue grâce à la cavalerie met fin à près d'un siècle et demi de domination espagnole. 

En 1644, il guerroie avec TURENNE en Rhénane et par la suite dans les Pays-Bas. MAZARIN l'expédie en Espagne, mais il échoue à Lerida (1647) devant des forces largement supérieures en nombre. Il repasse alors dans le Nord où il remporte la brillante victoire de Lens (1648) sur les forces impériales de l'archiduc LÉOPOLD-GUILLAUME, obligeant ainsi l'empereur FERDINAND II à demander la paix.

Durant la Fronde (1649) qui oppose le Parlement et une partie des nobles au pouvoir royal que représente le cardinal MAZARIN, CONDÉ mène, dans un premier temps, les troupes royales avec succès contre les insurgés à Charenton, mais il se brouille bientôt avec MAZARIN et il est emprisonné (1650-1651). Après cela, il passe du coté des Espagnols et prend la tête des forces rebelles (1652). Il dispute avec des fortunes diverses une série de batailles contre TURENNE (1653-1656). CONDÉ est condamné à mort par contumace en tant que rebelle en 1654.

La défaite des Espagnols à la bataille des Dunes (1658), qui s'était livrée contre son avis, mène à la paix des Pyrénées (1659), et CONDÉ, qui est prince de sang, obtient le pardon du roi (1660).

Par la suite, durant une quinzaine d'années, il participe à toutes les guerres menées par Louis XIV, notamment aux Pays-Bas (1672-1673). CONDÉ commande l'armée des Flandres et remporte la victoire à Senffe (1674) avec des forces inférieures en nombre à celles de ses adversaires. Après la mort de TURENNE, il prend la succession de celui-ci en Alsace et s'oppose victorieusement à MONTCUCCOLI qu'il oblige à se se replier de l'autre côté du Rhin. Il n'abandonne sa carrière militaire que frappé par la goutte et se retire.

Remarquable tacticien, CONDÉ joint à la fougue un coup d'oeil d'une grande sûreté. Il est sans doute, après GUSTAVE-ADOLPHE, et avec TURENNE et MONTECUCCOLI, l'une des plus remarquables capitaines du XVIIe siècle occidental. (BLIN et CHALIAND)

 

Un Prince dans les Frondes

Pendant les troubles de la Fronde, dernière tentative de la noblesse de garder son indépendance face au Roi, adopte une attitude ambigüe et il faut bien voir qu'il n'est pas le seul dans ce cas. Défendant d'abord le parti de la cour, la régence durant la minorité de Louis XIV étant assurée par sa mère Anne d'Autriche secondées par le cardinal MAZARIN, premier ministre, il prend ensuite le parti contre ce dernier. Son soutien à la reine mère Anne d'Autriche permet d'abord la signature de la paix de Rueil. Néanmoins, en 1649, en rivalité avec MAZARIN qu'il considère comme un usurpateur étranger, il sympathise avec la cause de la Fronde. Remportant toutes les batailles entre 1643 et 1648, il réclame pour lui l'amirauté et pour ses amis tous les postes de responsabilité dans l'armée. Le 18 janvier 1650, lui, son frère le prince de Conti et son beau-frère de Longueville sont jetés en prison par la reine régente, qui veut refréner ses ambitions, où il subissent une détention de treize mois.

Le 7 février 1651, devant l'union des Frondes, MAZARIN s'enfuit et libère les princes. CONDÉ prend la tête de la Fronde des princes, malgré la majorité de son grand cousin Louis XIV. Il négocie avec le roi Philippe IV d'Espagne et le Lord Protecteur anglais Olivier CROMWELL. Il lève des troupes, marche sur Paris. Contre lui, Louis XIV réussit à gagner TURENNE qui prend la tête des troupes royales et défait le prince à la bataille de Bléneau le 7 avril 1652, à Etampes en mai puis au faubourg Saint-Antoine à Paris. La duchesse de Montpensier, Anne-Marie-Louise d'Orléans (la grande Mademoiselle) fait tirer les canons sur les troupes royales pour permettre à son cousin de se réfugier dans Paris. CONDÉ gagne ensuite le comté de Flandres pour passer du côté espagnol.

Au-delà de la chronique historique qu'il faut sans doute rappeler ici, pour situer certains retournements, CONDÉ se situe dans un contexte historique de bouillonnement politique, où les ambitions personnelles sont les facettes d'un jeu entre monarchies mal établies, aux territoires encore éclatées (surtout l'Espagne) et aux allégeances religieuses incertaines (révolution anglaise). C'est une période pas encore complètement sortie des guerres de religion (Louis XIV révoque plus tard l'édit de Nantes) et pas encore complètement entrée dans l'ère des rivalités nationales, les dynasties chevauchant encore des territoires bien différents. On entre progressivement dans un monde où les alliances de sang vont compter de moins en moins par rapport à des monarchies nationales qui vont, plus ou moins, museler les noblesses  (en France) ou en représenter/se soutenir (d') une seule (dans les Allemagnes et en Prusse, celle de l'épée).

 

Quelle oeuvre? 

Annexe de cette situation avec de grandes conséquences, la transmission confidentielle de génération en génération de l'expérience militaire et stratégique. Ce qui justifie la présence de CONDÉ dans cette encyclopédie du conflit, dans ce blog à la rubrique Auteur est inscrite en creux. Il n'existe pas d'œuvres écrites et disponibles dans le public du Prince, tout simplement parce que ses écrits - il n'est ni inculte ni muet - restent dans la "famille", quitte à être détruits s'ils pouvaient tomber en de "mauvaises mains". 

Comme l'écrit Hervé COUTEAU-BÉGARIE, "la pensée stratégique suppose une certaine ouverture, car elle révèle des préceptes, des maximes, dans l'esprit de beaucoup des "recettes", que les gouvernants et les chefs militaires ne souhaitent pas divulguer, pour ne pas renseigner l'adversaire (même les amis peuvent changer de camp...). Nous n'avons que des traces infimes des navigations des Phéniciens ou des Carthaginois parce qu'ils ne voulaient pas faire connaitre leurs itinéraires à leurs concurrents. Il en va de même en stratégie où la règle est de ne communiquer les papiers d'état-major qu'aux personnes ayant "qualité" pour en connaître. Très souvent, les chefs militaires considèrent leur art comme une propriété personnelle qu'ils ne transmettent qu'à des disciples soigneusement choisis : Turent se forme à l'école hollandaise de Frédéric et Maurice de Nassau, Luxembourg à celle de Condé, de Saxe au contact du maréchal de Villars. Moreau, le vainqueur de Hohenlinden (1800), apporte beaucoup de soin à la formation de ses lieutenants au contraire de Napoléon, qui fait montre d'une totale négligence en ce domaine. (...) Jusqu'à l'époque contemporaine, les écrits des généraux sont rarement destinés à la publication. Les traités de Montecuccoli n'ont pas été publiés de leur vivant, à une exception près, (...)." Cette "confidentialité" s'étend même au contenu des bibliothèques des princes, qui peuvent contenir des écrits bien plus anciens que de leur époque. Du coup, l'impression qu'au XVIIe siècle la pensée stratégique en Europe patine peut provenir de cette pratique du secret. Cette même pratique du secret est sans doute une  explication du peu de renseignements que nous avons de l'émergence de la géographie militaire. Or il semble bien que la production de traités de géographie, de mémoires d'ingénieurs ou de cartographes progresse beaucoup à cette époque ou à une époque un peu plus avancée, vu les indices que nous en avons. 

Toutefois, ce que l'on connait de l'évolution de la stratégie sous CONDÉ, indique peu d'innovations, notamment techniques, lesquelles interviennent plus tard, au milieu du règne de louis XIV. Cette impression est corroborée par le déroulement même des campagnes militaires, et le duel entre TURENNE et CONDÉ en offre un bon exemple. La méconnaissance des intentions et des capacités de l'adversaire fait que la victoire procède bien plus d'une capacité de "coup d'oeil" permettant de profiter de ses erreurs, plutôt que de son habileté propre. Rares sont les grands capitaines et les généraux qui peuvent se prévaloir d'une succession de batailles victorieuses. Parce que précisément, CONDÉ est un de ceux-là, il est particulièrement apprécié, même du Roi qui lui accorde son pardon et même sa confiance (pas seulement parce qu'il est Prince de sang)... 

Marc BLANCPAIN, Monsieur le Prince : la vie illustre de Louis Condé, héros et cousin du Grand Roi, Paris, 1986. Hubert CAMON, Deux grands chefs de guerre du XVIIe siècle : Condé et Turenne, Paris, 1933. P.G. DUHAMEL, Le Grand Condé ou l'orgueil, Paris, 1981. Bernard PUJO, Le Grand Condé, Paris, 1995.

Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, Dictionnaire de stratégie, tempus, 2016. Hervé COUTEAU-BÉGARIE, Traité de stratégie, Economica/ISC, 2002.

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31 janvier 2018 3 31 /01 /janvier /2018 09:53

      Militant non violent, sociologue, écrivain, éducateur et poète italien, Danilo DOLCI est une figure de la lutte contre la corruption et la mafia, de même que contre des projets d'urbanisme destructeurs d'activités agricoles. L'éducation occupe à partir des années 1970 une place centrale dans son travail. il est considéré comme l'une des plus importantes figures de la non-violence dans le monde. 

     Dans ses actions militantes, Danilo DOLCI emploi toujours avec constance les outils de la non-violence. Après avoir refusé d'être enrôlé dans l'armée de l'éphémère République fasciste de Salo fondée en 1943, il décide en 1950 d'abandonner ses études d'architecture et d'ingénierie en Suisse et de prendre part à l'expérience chrétienne Nomadelfia, une communauté religieuse et laïque animée par le prêtre Zeno SALTINI, dans la région d'émilie-romagna, qui abrite quelques milliers d'orphelins. Il décide de mettre en place lui-même une communauté similaire, Ceffarello. Dans le contexte de la guerre froide, qui bipolarise la vie politique italienne, il rencontre, lui et ses compagnons, beaucoup d'opposition de la part des autorités politiques et religieuses. Les autorités ferment d'ailleurs Nomadelfia et Ceffarello et transfère les orphelins dans des structures étatiques. 

Des grèves de la faim...

Il s'établit en octobre 1952 ensuite dans le village pauvre de Trappeto en Sicile, où il fait construire là aussi un orphelinat. Solidaires des petits pécheurs qui se plaignent de l'activité des grandes pêcheries industrielles, les appauvrissant encore davantage, il y entame une grève de la faim, la première d'une longue série. C'est à l'occasion de la mort d'un enfant, de malnutrition, qu'il entend protester ainsi contre la situation faite aux plus pauvres dans la région. C'est à ce moment là qu'il se fait connaitre comme le "Gandhi de l'Italie". Sa grève de la faim prend fin lorsque les autorités s'engagent publiquement à réaliser quelques projets urgents, comme la construction d'un réseau d'égouts. 

Pour lui, le sens et la valeur du jeûne n'existent qu'en partageant le logement misérable et la faim chronique du bas prolétariat italien. Pour les comprendre, il fait être avec eux, vivre avec eux. Comme il n'y avait pas d'autre moyen pour éviter la mort d'autres petits enfants. La participation totale à la souffrance du prochain procède d'une expérience religieuse. Celui qui jeûne avec les affamés, le fait pour expier les péchés de ceux qui condamnent leur prochain à mourir de faim. Danilo DOLVI veut donner au jeûne, outre une signification religieuse et humanitaire, un sens réaliste et pratique. "Tant que je vivrais, si l'amour ne suffit pas, le remords servira au cas où je mourrais", dit-il. Son jeûne est aussi la protestation d'un citoyen responsable, une voix des profondeurs et un appel pour éveiller la conscience endormie de la nation italienne, du peuple comme des autorités. 

Marié avec une veuve et ayant des enfants sur place, il entend lutter contre plusieurs facettes du sous-développement, notamment parce qu'ils ne peuvent aller à l'école. En février 1956, il organise ce qu'il appelle une "grève à l'envers". Avec 300 chômeurs, il commence à réparer une rue communale négligée. La gendarmerie intervient, en armes et dispersent les ouvriers. Personne ne se défend par la force car DOLCI leur avait enseigné la non-violence. Emprisonné, lui et ses amis le font savoir à toute l'Italie et un grand mouvement de protestation, jusqu'au Parlement, s'organise avec le soutien d'écrivains, entre autres de Ignazio SILONE, Alberto MORAVIA, Corrado ALVARO, Elio VITTORINI et Carlo LEVI. Jugé, condamné (50 jours de prison et 20 000 lires d'amende) pendant un procès retentissant, il recommence dès sa libération une campagne visant à la construction du barrage et du développement économique de cette région misérable. Son action a d'autant plus de retentissement qu'il ravive la prise de conscience du sous-développement de tout le Sud de l'Italie, délaissée au profit du développement industriel du Nord. En novembre 1957, il organise à Palerme un congrès avec l'aide de ses collaborateur dans toute l'Italie portant sur cette question essentielle. 

 

.... au Centre d'études et d'initiatives pour le plein emploi et la construction du barrage.

Au cours des années 1950, le soutien pour Danilo DOLCI s'est consolidé tant au niveau italien qu'au niveau international. Il fonde grâce à la somme reçue via le Prix Lénine pour la paix en 1958, le Centre d'études et d'initiatives pour le plein emploi, à Partinicio. Situé dans le village où il vit, ce centre autogéré devient un lieu d'entrainement à la non-violence pour des générations de militants.

La méthode de travail de DOLCI est, plutôt que d'énoncer des vérités préconçues, de considérer que personne ne peut vraiment changer sans être impliqué et sans participer directement à l'action. Sa vision du progrès valorise la culture et les compétences locales, la contribution de chaque communauté et de chaque personne. Pour y parvenir, il intègre la méthode socratique bien connu des philosophes, posant des questions et atteindre ainsi la conscience de chacun. Son objectif est de permettre aux personnes généralement exclues des cercles du pouvoir de se prendre en charge et de participer au processus décisionnel.

 

La lutte contre la mafia et la corruption.

Conscient des blocages induits par la présence, surtout en Sicile, d'un banditisme rampant, il lutte dans les années 1960 pour aider les victimes du tremblement de terre dans la vallée de Belice en Sicile toujours. Comme d'habitude dans ces cas-là, les fonds gouvernementaux et l'aide privée est détournée par des politiciens corrompus, installés d'ailleurs par les réseaux de la mafia. Son action s'inscrit dans le vaste combat mené par certains, notamment dans l'institution judiciaire afin de l'éradiquer. La mafia, autrefois association secrète de résistance contre l'envahisseur s'est transformée en association criminelle, dont l'activité s'est accentuée  et confortée à l'occasion de la libération de l'île par les Alliés en 1944.

Danilo DOLCI, qui s'est très documenté sur ce problème, se rend à Rome pour témoigner, notamment contre trois hauts responsables de la Démocratie Chrétienne. Il est condamné à la prison pour diffamation, mais après avoir continué à s'exprimer sur les ondes d'une radio privée, sa peine n'est pas mise à exécution, afin d'éviter l'indignation publique. 

La figure et l'oeuvre de Danilo DOLCI  polarisent l'option publique. D'un côté se multiplient les témoignages d'admiration et de solidarité, et de l'autre les adversaires du militant non-violent le considèrent comme un danger subversif. Notamment dans les milieux de l'Eglise et sans doute parce qu'il est soupçonné de sympathies communistes, beaucoup considèrent que son action "déshonore la Sicile". C'est que Danilo DOLCI fait du sauvetage de la Sicile, victime d'une grave maladie sociale dont les principaux symptômes sont la misère, la faim, la maladie et l'ignorance.

 

Le travail éducatif 

A partir des années 1970, l'engagement éducatif vient au premier plan de ses réflexions et de ses actions. Grâce à la contribution d'experts internationaux, il démarre l'expérience du centre éducatif de Mirto, fréquenté par des centaines d'enfants.Au cours des années suivantes, il parcourt l'Italie pour animer des laboratoire socratiques dans les écoles, les associations et les centres culturels.

Son travail de recherche, conduit avec de nombreux collaborateurs italiens et internationaux, s'approfondit dans les années 1980 et 1990. Observant la distinction entre transmettre et communiquer, ainsi qu'entre pouvoir et domination, il souligne les risques d'une régression démocratique de la société causé par le contrôle social exercé à travers la diffusion tentaculaire des médias de masse.

 

Danilo DOLCI projette la pensée platonicienne dans la réalité la plus misérable de la Sicile, en utilisant la même méthodologie. Il s'agit d'une méthode de formation dont le caractère pédagogique est incontestable. Sa valeur ajoutée est une volonté d'perte acteur dans le domaine de la connaissance et de la participation aux questions sociales et politiques. Ce ne sont plus les seules classes aisées ou ceux qui ont des liens avec la classe politique qui sont acteurs et auteurs des propositions, mais le citoyen, tout citoyen et tous les citoyens : le paysan concerné par la réforme agraire, le pécheur engagé dans la lutte contre la pêche frauduleuse, le sans-abri qui lutte pour avoir accès à un logement, le chômeur qui lutte pour que le droit au travail lui soit assuré et qui se démène chaque jour pour éviter de tomber dans la "malativa", la mauvaise vie. C'est une révolution culturelle qui est ainsi proposée. Et également une nouvelle démocratie.

Danilo DOLCI applique ses principes à l'élaboration même de ses oeuvres. Enquête à Palerme est une étude sur les sans-travail, sur ceux qui travaillent au prix d'un effort insensé, une étude "concentrée sur ceux qui paient de leur personne", quittaient le prix d'une vie d'efforts, d'oppression, d'ignorance, de manque de possibilités de choisir, mais c'est aussi l'histoire de tous ceux qui ont encore la force de continuer à vivre et à lutter. Le livre se compose de deux parties. La première est une enquête, un document fait d'interviews, de tableaux statistiques, qui permettent de dresser le cadre général de la situation dans laquelle les gens vivent. La seconde partie est une reproduction quasi textuelle des interviews des citoyens, de leurs récits personnels. Le choix fondamental de DOLCI a été de ne rien ajouter et de ne rien enlever, de ne pas modifier le langage utilisé : langage parlé, phrases peu orthodoxes du point de vue grammatical. Le langage, considéré comme un miroir de la réalité, n'est pas modifié. Se révèlent ainsi aux yeux du lecteur des populations abandonnées par l'Etat, par la loi, par ceux à qui ils ont donné leur suffrage. Une population sans travail, sans possibilité d'envoyer ses enfants à l'école parce qu'ils sont contraints de contribuer à la survie de la famille dès leur plus jeune âge. (Gianni RESTIVO)

 

Tant lors de ses campagnes de grèves de la faim que pendant sa lutte contre la mafia et ensuite pour une éducation qu'on peut appeler non-violente, Danilo DOLCI est l'auteur de nombreux ouvrages écrits en italiens, et dont peu ont été traduits à ce jour, même s'ils ont été amplement utilisés, à l'égal de son témoignage oral, pour des oeuvres qui popularisent son action dans le monde entier. Parmi les traductions en français, citons Enquête à Palerme, publié aux éditions Juliard, dans la collection Temps modernes, en 1957 et Gaspillage, aux Éditions Maspéro en 1963.

Le Cnetro Sviluppo, creativo Danilo Dolci est toujours actif (https://en.danilodolci.org).

 

Myriam ORR, Ils vivent pour la paix, Perret-Gentil, 1962. Gianni RESTIVO, Danilo Dolci et Joseph Wresinski, experts en maïeutique, Revue Quart monde, Se saisir du droit, Année 2012.  Aldo CAPITINI, Danilo Dolci et la révolution ouverte, Éditions Desclée de Brouwer, 1957. Jean STEINMANN, Pour ou contre Danilo Dolci, Le Cerf, 1959. 

     

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30 janvier 2018 2 30 /01 /janvier /2018 13:10

    La boisson de la compagnie américaine Coca-Cola concentre des aspects économiques, sociaux, politiques, voire géopolitiques, et symboliques, qui en fait un élément emblématique de la civilisation états-unienne. Le livre de Jean-Pierre KELLER, qui y consacre une grosse partie aux aspects esthétiques, symboliques et artistiques de la bouteille et de la boisson à base de coca, bien qu'il date maintenant de près de quarante ans, n'a pas beaucoup vieilli, dans la vision de qu'elles représentent.

Bien que son emballage se soit diversifié, bien au-delà de la bouteille d'origine aux contours reconnaissables entre mille, se soit banalisé en pack et en métal, bien que la boisson elle-même ait subit de nombreuses concurrences diverses et variées, notamment de la part de Pepsi-Cola, les propriétaires de cette boisson conservent leur puissance matérielle et symbolique en tant que représentants d'un american way of life, admiré, honni, haï, porté aux louanges ou combattu farouchement. 

   "Faut-il, écrit l'auteur, alors reconnaitre, par souci de balancer les mérites, que le voisinage de Coca-Cola, à l'étalage de la mythologie post-industrielle, avec la soupe Campbell, la côtelette surgelée ou le hamburger de chez McDonald, n'est pas fait pour magnifier son image, qui s'apparente à celle du cauchemar climatisé? Faut-il rappeler que sa composition partiellement chimique, sa réputation de décapant, confortent aux yeux de beaucoup cette image négative?

En vérité, pour voir le Coca-Cola ainsi, il faut déjà avoir commis comme l'acte de décapsuler la bouteille pour en extraire le contenu. Il faut présumer que Coca-Cola est une boisson. Hypothèse nullement démontrée. Cela ne revient-il pas en effet à méconnaître sa particularité culturelle, qui ne saurait se réduire à des qualités ou à des défauts analysables chimiquement?

Car le Coca-Cola n'est pas seulement un liquide ayant un certain goût, une couleur, une odeur. Il a une forme : celle de la fameuse bouteille, qu'il vient emplir, colorer, justifier, mais à laquelle il se subordonne visuellement et symboliquement.

Si la firme veille avec intransigeance à l'homogénéité et à la permanence de la boisson, imposant partout dans le monde une composition absolument identique à partir du même concentré, il est une autre permanence qui la préoccupe tout autant : celle de la bouteille, pratiquement inchangée depuis le début du XXe siècle. Sa richesse décorative, sa puissance symbolique, font en effet de celle-ci plus qu'un emballage : un objet au sens fort du terme, ayant sa personnalité propre, contribuant à l'identité du produit plus que l'inverse et, sans doute, plus que dans le cas de toute autre boisson.

Aussi aurons-nous l'occasion de nous demander si cette boisson chaude au regard, d'une saveur inimitable, désaltérante et suscitant pourtant le désir de boire, n'a pas conquis la planète presque entière sur un déni d'identité : se faisant passer pour Coca-Cola, avec la complice des consommateurs, reléguant au second plan la bouteille, lui réservant le rôle d'un simple emballage au service du produit.

Et si le Coca-Cola n'était pas une boisson, ou seulement accessoirement, par surcroît? S'il était un objet? S'il convenait en somme d'inverser le dicton : peu importe l'ivresse pourvu qu'on ait le flacon?"

   Le sociologue, auteur de Pop Art et évidence du quotidien (1979), à l'aide d'une riche iconographie (nombreuses photographies sur plus d'un siècle), donne ici une place de premier plan à Coca-Cola, liquide à la formule tenue secrète, sur laquelle pèse un soupçon de cocaÏne depuis les origines, au statut ambigu, également à l'origine, de médicament et de boisson rafraichissante.

Avant d'entreprendre une analyse proprement esthétique et symbolique, il indique des éléments historiques précieux sur la naissance et le développement de toute l'organisation commerciale, industrielle, publicitaire, qui fait de l'entreprise Coca-Cola un exemple de capitalisme. Un capitalisme du reste très agressif, se battant bec et ongle pour imposer à la fois sa pratique commerciale, son image, ses profits, la qualité comme la quantité d'un produit-phare. L'entreprise elle-même, dont la marque seule pèse quelques milliards de dollars, a su se développer, en temps de paix comme en temps de guerre, fournissant soldats et civils, dans tous les continents, même elle se heurte à de redoutables concurrents et de redoutables réglementations (qui la fait interdire dans certains pays, pour cause de non-divulgation de sa formule-miracle), a su également se diversifier (plus de 150 produits différents maintenant) sous des noms différents. 

Son propos central est de savoir quelles places ont dans les coeurs et les esprits ce liquide et cette bouteille. En quoi Coca-Cola est synonyme d'une modernité, tout en étant assez insaisissable parfois. Pris comme emblème du capitalisme par son omniprésence publicitaire, détourné par quantité d'artistes vers des fonctions artistiques et politiques, ce liquide et la forme de cette bouteille, surtout cette bouteille, sont l'objet d'une analyse esthétique qui pose d'ailleurs plus de questions qu'elle n'apporte de réponse. Quelle modernité symbolise t-elle?  L'objet est fascinant et c'est cette fascination, résultat d'intuitions historiques de la part de ses créateurs plus que de recherches scientifiques poussées, qui lui fait tenir un rôle dans la représentation de toute notre civilisation industrielle. Que cela indispose ou séduise, il est difficile de ne pas voir en elle un signe majeur, prégnant dans la vie quotidienne, de la civilisation occidentale telle qu'elle est devenue... 

On s'en doute, pour poser son analyse, l'auteur ne peut pas faire l'économie d'une étude sur la modernité, sur son seul (et ses contre-sens), qui si elle ne convainc pas tout-à fait, a le mérite d'un détour qui mène tout droit à des considérations artistiques, esthétiques et symboliques, souvent troublantes, parfois irritantes, qui éclatent dans les multiples photographies, sculptures, peintures, miniatures prenant pour point de départ (et d'arrivée sans doute) Coca-Cola, ses lettres elles-mêmes comme la bouteille sur lesquelles elles sont inscrites. Sans doute aussi, mais cela mériterait un autre livre, Coca-Cola n'est-il pas le résultat le plus probant de l'impact des outils publicitaires modernes, sans lesquels peut-être, ce contenu et ce contenant laisseraient indifférents?...

Jean-Pierre KELLER, La galaxie Coca-Cola, Editions Noir, 1980, 215 pages.

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29 janvier 2018 1 29 /01 /janvier /2018 10:18

    Le commandement d'armée ou des armées fait l'objet d'une très abondante littérature, tant sous forme de notes à l'intention des officiers ou élèves-officiers, de traités spécialisés que dans la presse à destination de publics les plus variés. Entre les écrits techniques et les écrits politiques, entre les théories tenant compte des changements de dimension ou de qualité des armées et les plaidoyers des chefs militaires eux-mêmes, le champ est effectivement vaste. D'autant que le destin d'une guerre influait (moins aujourd'hui, pour diverses raisons) sur les carrières politiques et militaires. Des récits de chefs militaires, capables parfois de transfigurer une cinglante défaite et victoire glorieuse (à des époques où les communications sont jalousement surveillées) aux traités parfois très techniques sur les modalités d'exercice du commandement, il y a tout un monde.

On connait bien l'adage suivant lequel la victoire revient aux soldats et la défaite au commandant. Et pourtant les réalités politiques sont beaucoup moins simples que cela, et surtout autour de celui-ci tourne toute une sociologie des relations entre opinion publique/populations et Commandement politique/Commandement militaire. Ici, nous nous attachons surtout à comprendre comment le commandement a évolué dans l'Histoire et quelles sont les variantes aujourd'hui des commandements suivant différents Etats. La situation est encore plus appelée à se diversifier/complexifier avec la délégation d'opérations militaires à des groupes privés, rappelant les appels d'autrefois aux milices privées et aux mercenaires de tout genre.

 

Des évolutions importantes du commandement.

      Traditionnellement, le commandement en chef d'une armée est souvent aussi le chef politique de son pays. Il élabore les plans stratégiques et les fait mettre en application. Stratège tout autant que général, le commandant en chef possède l'autorité morale qui lui permet de mener ses troupes au combat. S'il fait confiance à ses subordonnés, le commandant en chef n'en détient pas moins le pouvoir sur le champ de bataille.

Héros, il goûte le premier à la gloire qui suit la victoire. Il est aussi le premier accusé lorsqu'intervient la défaite. Néanmoins, comme on l'a dit plus haut, les réalités sont moins simples que cela. Si cela se vérifie dans le temps immédiat, notamment en ce qui concerne la relation entre le commandant et ses troupes, surtout lorsqu'historiquement le commandant mène lui-même ses troupes à la bataille, c'est moins vrai au fut et à mesure que la chaine de commandement s'étire en fonction de la masse et de la complexité des armées. 

Jusqu'au XVIIIe siècle, le commandant en chef d'une armée, parfois assez réduite, est souvent placé à sa tête d'où il mène physiquement les combats et peut exhorter ses troupes à le suivre dans son action. Cette pratique est évidemment périlleuse et très nombreux sont les princes, les comtes..., les généraux en chef qui meurent en pleine bataille, souvent au moment même où ils remportent la victoire (Gustave Adolphe de Suède, Frédéric le Grand de Prusse, pour prendre des exemples "récents").

Le commandement a évolué progressivement au cours des deux cents dernières années, devenant une activité beaucoup plus complexe qu'auparavant. La fin du XVIIIe siècle voit les armées se transformer en des corps malléables dont les divisions peuvent fonctionner de manière autonome. Ce type d'armée exige plus de souplesse et de maîtrise au niveau du commandement. Avec l'arrivée de NAPOLEON, héritier des nouvelles doctrines militaires, la révolution stratégique entraîne une révolution dont les effets se font sentir longtemps après la mort de l'Empereur.

Mais on peut faire remonter l'évolution du commandement plus loin, avec la transformation même de la guerre. En effet, à partir du moment où les armées sont composées de troupes nombreuses et que la guerre elle-même n'est plus principalement une guerre de sièges dans laquelle pouvaient agir séparément plusieurs corps de troupes, les uns étatiques, les autres relevant du mercenariat, mais une guerre de position et de mouvement, les relations entre le commandement et les troupes changent, avec une vision complètement différente de l'unité de combat. Alors qu'auparavant, l'état militaire requierait des compétences personnelles d'habileté, de courage et même techniques particulières - somme toute un caractère guerrier outillé de connaissances réelle -, avec les nouvelles manières de faire la guerre, est beaucoup  plus nécessaire un soldat uniforme, interchangeable, qui, du moment qu'il obéit comme un automate (ou comme un cadavre, comme dirait une célèbre maxime d'un ordre religieux) sur le champ de bataille, dans son unité en campement ou en manoeuvre, avec des vertus de courage certes, mais surtout de discipline. Il doit bien plus être capable de marcher à l'unisson de ses camarades dans une ligne ou une colonne que de faire preuve de furie guerrière... Le soldat ne donne pas son avis au commandant sur la manoeuvre, le guerrier si et à la mesure de ses compétences, notamment s'il est un véritable vétéran. Au fur et à mesure que le temps passe, l'habitude est de faire subir au soldat un entrainement à marcher au pas, à courir, à s'élancer, à tirer avec ses camarades, pour que sur le terrain, le commandant puisse faire bouger ses troupes avec des capacités de choc et de feu, exactement comme des pions dans une partie d'échec... Cette manière de faire la guerre n'intervient pas forcément progressivement "des origines à nos jours". Les armées romaines étaient formées elles aussi bien plus de soldats-techniciens que de guerriers... Et cela donne au commandement une allure tout-à-fait différente.

De nos jours et à partir de la fin du XVIIIe siècle, le commandement est avant tout une affaire de maîtrise, et de contrôle, des armées et des opérations. Jusqu'à l'ère napoléonienne, le chef suprême peut contempler à l'oeil nu l'évolution de ses armées sur les champs de bataille, d'où l'importance de ce fameux coup d'oeil dont sont dotés les grands généraux. NAPOLÉON lui-même se plaçait au sommet d'une colline pour observer l'évolution de ses troupes. Cependant, avec les effectifs qui se multiplient et avec la décentralisation qui s'opère à divers niveaux, le contrôle des opérations devient de plus en plus compliqué et difficile. Souvent, le chef n'est plus au courant des événements les plus importants. L'Empereur lui-même se trompe sur les mouvements des troupes, surtout avec sa manie de vouloir tout diriger personnellement. La visibilité des combats diminue et il devient difficile de les diriger avec exactitude, surtout s'ils s'enchainent d'un terrain à un autre... La décentralisation en revanche donne de la marge pour la mobilité des troupes, pourvu que les armées se soient dotées de moyens de communication des ordres et des contre-ordres, à renfort de sophistication dans le maniement des fanions comme dans les rythmes de la musique, comme dans également tous signaux visuels et auditifs de manière générale. On comprend mieux l'importance de tous ces sons sur le champ de bataille, qui indique aux soldats groupés où et quand ils doivent marcher ou tirer... surtout que le temps n'est pas toujours clair (brouillards, pluies, vents...)

Au cours du XIXe siècle, l'organisation des armées et du haut commandement évolue rapidement. Ces transformations sont accomplies grâce aux progrès réalisés dans le domaine de la technique. C'est à cette époque que les moyens techniques vont permettre une circulation de l'information beaucoup plus rapide que le déplacement des armées. C'est aussi le moment où la quantité d'informations disponibles va dépasser la capacité d'un seul individu à pouvoir dominer tous les renseignements à sa disposition. A partir de ce moment, il devient impératif que le commandant en chef des armées puisse déléguer certaines des tâches qui lui revenaient auparavant tout en maintenant le contrôle général des opérations. Il doit aussi développer un système de communication élaboré et rapide. La formation des officiers est elle aussi améliorée afin d'adapter les armées à la guerre moderne en créant des chaînes de commandement efficaces et fiables. 

C'est précisément après la défaite d'Iéna que la Prusse entreprend un effort, qui est poursuivi pendant plusieurs décennies, pour sélectionner, former et organiser le haut commandement de son armée. Ce pays crée des écoles de guerre très sélective et se dote d'un état major général aussi puissant que compétent qui sert ensuite de modèle, d'exemples, à de nombreuses armées dans le monde entier. l'état-major de type prussien adopte un "style autoritaire" où dominent les forces de l'armée de terre. D'autres pays, comme l'Angleterre et les Etats-Unis, adoptent un haut commandement constitué par les chefs d'état-major de l'armée de terre, de la marine et de l'aviation qui oeuvrent sur un pied d'égalité. En marge de la volonté de réorganisation du haut commandement, les progrès techniques dans le domaine des communications, et aussi du renseignement, modifient considérablement la manière dont sont prises les plus hautes décisions en matière de stratégie, tout comme les décisions en matière d'opérations et de tactique. D'ailleurs, le concept de commandement dans son sens le plus large comprend souvent aujourd'hui les communications et le renseignement. Si, à l'origine, l'essence du commandement est contenu principalement dans les qualités personnelle du chef, la nature du commandement consiste désormais en une combinaison de facteurs ayant trait à la personnalité des chefs tout autant qu'aux qualités d'organisation de toute une armée. A ces deux éléments fondamentaux vient s'ajouter un troisième : l'autorité dont est investi le chef militaire par les responsables politiques. Ce troisième élément est encore l'objet de nombreux débats depuis le XIXe siècle. Ces débats, qui avaient surtout trait aux théories de CLAUSEWITZ sur les relation entre l'autorité politique et l'autorité militaire en temps de guerre, perdurent : les deux guerres mondiales, la guerre de Corée, la guerre d'Algérie, les guerres du Golfe démontrent les difficultés à tracer cette frontière entre autorité suprême et autorité militaire.

La plupart des traités et manuels de stratégie, depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours, accordent une part importante de leurs analyses au commandement. Jusqu'à une période récente, ces analyses étaient exclusivement consacrées à la personnalité du commandant et variaient peu. Les qualités du chef étaient innées (on croit beaucoup aux liens du sang dans les armées...), comme l'instinct, le coup d'oeil, l'intelligence, le charisme et le courage, puis cultivées au cours de longues années passées sur les champs de bataille. La connaissance des hommes et du terrain, de son armée et de ses adversaires était acquise par l'expérience. La maîtrise des instruments militaires s'apprenait avec la pratique. l'étude approfondie de l'Histoire, surtout celle des grandes batailles, complétait les connaissance nécessaires à faire un grand chef. Dans les années 1930, le portait du chef de guerre que dresse Charles de GAULLE dans Le Fil de l'Épée n'est pas très différent de celui qu'établissait ONOSANDER près de deux mille ans plus tôt. Cependant, l'évolution de la guerre, et aussi celle des idées, au cours des XIXe et XXe siècles, contribuent à marginaliser le rôle du chef de guerre par rapport aux autres aspects du commandement. Seuls peut-être les grands stratèges de la guerre révolutionnaire et de la guérilla, Mao ZEDONG, Ho Chi MINH, T.E. LAURENCE, ont gardé la dimension héroïque qui caractérisait les grands hommes du passé. Adolf HITLER fut probablement le dernier individu à tenir entre ses mains un pouvoir politique et militaire aussi énorme que celui dont il bénéficie lors de la Deuxième Guerre Mondiale, pouvoir absolu qui contribue à ses succès, puis à sa chute. Durant la période de la guerre froide, les gouvernements des grandes puissance nucléaires exploitent la diplomatie et la dissuasion tout autant que les instruments militaires conventionnels pour mener leur politique. Les grandes décisions sont entre les mains des politiques, à l'image de la crise de Cuba en 1962. Que le commandant soit plutôt un chef dans le sens traditionnel ou un "gestionnaire", son rôle moral et psychologique est toujours aussi important. L'usage des médias modernes, particulièrement la transmission ou retransmission télévisée, est un instrument efficace à la disposition du commandant d'aujourd'hui ,qui lui permet de communiquer avec les soldats mais aussi avec les populations civiles. L'usage massif des nouveaux outils numériques de communication démultiplie cette fonction. La traditionnelle harangue aux soldats avant la bataille, ritualisée dans le combat antique, constitue toujours le moyen principal dont dispose un chef pour communier avec ses troupes avant de partir au combat. Lors de la guerre du Golfe, le général Norman SCHWARZKOPF, par ailleurs interlocuteur incommode des autorités de Washington, prononça un discours à l'adresse de ses troupes la veille de la grande offensive contre l'Irak.

Comme le souligne l'historien militaire John KEEGAN, l'évolution du commandement "héroïque" du passé vers le commandement "post-héroïque" d'aujourd'hui ne modifie en rien le problème fondamental du commandement qui peut se réduire à deux fonctions : savoir et voir. Ces deux éléments complémentaires permettent à celui qui commande d'agir. Il concerne la connaissance de la culture de l'adversaire tout comme ses mouvements de troupes ou le nombre de matériels de combat dont il dispose. Ce savoir contribue à la vision que possède le haut commandement de la situation et lui permet d'agir selon les moyens dont il dispose en rapport avec ceux dont bénéficie l'adversaire. C'est l'intelligence des rapports de force qui lui permet de choisir sa stratégie. Si la nature fondamentale et la fonction du commandement restent les mêmes, en revanche, la forme que prend le commandement, dans l'espace et dans le temps, change. Mais quels que soient ces changements, la structure du commandement doit être adaptée à la nature du conflit dans lequel est engagé un pays et aux stratégies employées. De nos jours, la rapidité des progrès techniques aptes à modifier la structure de commandement, est aussi importante que les mutations politiques intervenant au niveau international. Les types de conflits auxquels une nation peut être confrontée sont beaucoup plus nombreux que par le passé - guerre nucléaire, guerre classique, guerre limitée, guérilla. Chaque type de conflit requiert une structure de commandement adaptée à la situation. Dans les guerres contemporaines, le commandement doit non seulement être efficace d'un point de vue militaire mais il doit aussi s'harmoniser avec la mouvance politique du gouvernement qu'il représente. L'épisode de la guerre de Corée, marquée par la tension entre TRUMAN et MACARTHUR, démontre qu'un bon choix militaire (celui de MACARTHUR comme commandant en chef des forces des Nations Unies) n'est pas nécessairement un bon choix politique. On se souvient des initiatives du commandant en chef et de ses pressions pour l'utilisation de l'arme nucléaire dans une situation critique. La guerre du VietNam, parmi d'autres, fournit la preuve qu'une structure de commandement conçue pour une guerre classique est trop lourde et moins efficace dans le cadre de la guérilla. (BLIN et CHALIAND).

 

Les qualités immuables d'un commandement.

      D'une façon générale, on peut dire que le commandement militaire repose sur trois fondements :

- les qualités du chef, morales et physiques, par lesquelles il inspire confiance à ses hommes ;

- l'autorité donc ce chef est investi par le pouvoir politique et militaire ;

- la discipline des cadres subordonnés et de la troupe.

On attend d'un chef militaire qu'il soit capable de faire face à des difficultés de toute nature, dont l'affrontement des réalités les plus sordides de la guerre. Le développement de la fermeté du caractère apparaît donc comme étant en définitive la base la plus profonde sur laquelle repose le commandement. L'éthique militaire, qu'elle quelle soit (elle peut paraître scabreuse ou formidable...) compte au premier plan. Les voies par lesquelles un futur chef parvient, en quelque sorte, à organiser en soi cette fermeté sont diverses et variées, mais il semble bien que la pratique d'ouvrages dans lesquels se trouve confirmée sa vocation soit irremplaçable. Le développement d'une endurance à toute épreuve ne saurait manquer de traduire par des faits la résolution prise par un homme d'assumer une mission de chef. Si la vocation est profonde, il acceptera d'en apprendre, durement, le métier.

Avant de conduire lui-même d'autres hommes et d'exiger de leur part qu'ils fassent ce dont ils n'ont souvent aucune envie, un futur chef doit apprendre à obéir. La base de toute science est la connaissance des erreurs, c'est en exécutant des ordres maladroits, voire débiles, en essuyant des reproches souvent injustes donnés par des chefs qui apprennent, eux aussi, leur métier, que l'on apprend ce dont il est fait. Peu à peu, on découvre en effet que si l'homme ne semble pas prédisposé naturellement à la discipline, il éprouve bel et bien, au fond de lui-même, le besoin de se surpasser. le chef qui lui permet de la faire, en intervenant à bon escient, par son exemple, par son sang-froid et par la clarté de son jugement, peut gagner sa confiance. La réciproque est vraie aussi : un homme qui témoigne sa fidélité à son chef contribue dans une mesure considérable à fortifier ses résolutions.

Ayant considéré la base sur laquelle repose le commandement, il convient d'examiner la perspective dans laquelle s'inscrit son action. l'objectif prioritaire, que tout chef doit s'efforcer d'atteindre, consiste à gagner son premier combat. Le prix qui doit lui être consenti pour y parvenir est très élevé, car il s'agit d'acquérir des connaissances qui ne se livrent pas sans d'autres. L'étude approfondie de l'adversaire vient ici en premier lieu ; un chef militaire doit avoir l'esprit assez délié pour apprendre sa langue, sa façon de penser et parvenir ainsi à se mettre, en quelque sorte, "dans sa peau". D'ailleurs, c'est si vrai que les multiples manoeuvres et les multiples jeux de stratégie sont utilisés souvent pour parfaite cette connaissance. Rien n'est plus puissant à ce niveau qu'un côtoiement passé (dans une situation d'alliance ou même d'allégeance) avec l'ennemi, chez l'ennemi. En pénétrant constamment dans la mentalité de l'adversaire et de la manière dont il a l'habitude d'élaborer ses dispositifs de combat, il acquiert une connaissance précise de ses points forts et de ses points faibles. Il complète cette recherche par une série d'études de cas concrets, dans l'Histoire, pour connaitre la physionomie de nombreux combats et vivre quotidiennement (comme on le ferait au moyen d'un simulateur) dans l'atmosphère d'incertitude et de crise qui caractérise la guerre. (Daniel REICHEL)

Cette démarche est impossible à vulgariser et ce n'est pas pour rien qu'il n'existe pas, à l'exception de manuels de commandement parfois bien succincts issus de l'institution militaire, d'études de synthèse dans ce domaine. Une qualité essentielle du chef militaire est précisément d'être capable de faire face à l'imprévu, dans des situations imprévisibles, dans des lieux improbables et dans des délais souvent très courts. 

 

Les commandements modernes.

    Le commandement est devenu une activité qui combine l'interaction de trois composantes essentielles : l'organisation du commandement, les systèmes  de commandement et les processus de commandement. Cette trilogie est exprimée depuis les années 1970 par le concept de C3I (Command, Control, Communications and Intelligence) qui a évolué en C4I2 (Command, Control, Communications, Computer, Intelligence and Interoperability). la nouveauté de ces concepts est de rassembler en un système cohérent dans l'espace et le temps les composantes du commandement.

La nature du commandement reste inchangée mais les modalités de son exercice ont été bouleversées par une succession ininterrompue d'innovations tant sociétales (levée en masse), qu'économiques (industrialisation), que techniques (chemin de fer, télégraphe, puis aviation, téléphone, puis encore diverses "révolutions" touchant les communications). Le principal effet est de dégager progressivement le commandement de la troupe et d'introduire une chaine de commandement parfois très longue. La multiplication des systèmes d'armes et l'accroissement de leur complexité redonne à une certaine catégories des troupes une compétence technique qui en accroit le poids à la fois matériel et social. En tout cas, le commandement est devenu complexe et son organisation comme sa mise en oeuvre relève plus souvent de la technique que du militaire. plus que l'organisation du commandement, c'est sans doute le processus de celui-ci qui change, et ce aux niveaux de l'appréciation de la situation, de la prise de décision et des ordres. Les systèmes de commandement, qui permettent aux organisations de commandement de mettre en oeuvre le processus du commandement, deviennent complexes et occupent une place majeure dans les dispositifs de défense.

L'évolution de la guerre elle-même est si rapide que nombre d'officiers et d'officiers supérieurs, dans leur formation comme dans leurs compétences rejouent en pensée et en actes plus souvent qu'avant les conditions de la dernière guerre qu'ils ont connus, lesquelles peuvent alors n'avoir rien à voir avec celles du futur... (Jacques F. BAUD). De multiples observateurs scrutent la mobilité des avancements de carrière dans les armées, très différente d'une armée à l'autre, et qui dépend parfois bien plus de considérations administratives, politiques et techniques que militaires...

Les problématiques se compliquent encore à l'heure des alliances entre grands pays (OTAN, Pacte de Varsovie, OSCE), même si la répartition des postes est souvent à l'avantage de la puissance dominante. Comment coordonner par exemple des armées - sujet majeur des multiples manoeuvres militaires conjointes - lorsqu'elles n'obéissent pas aux même impératifs techniques, de la forme de la chaine de commandement aux spécifications techniques des armements?

Charles de GAULLE, L'action de guerre et le chef, dans Revue militaire française, janvier-mars 1928 ; Le Fil de l'épée, Paris, 1932. J F C FULLER, Generalship : its Diseases and their Cures, Londres, 1937. J D HITTLE, Les Etats-majors, leur histoire, leur évolution, Paris, 1958. John KEEGAN, L'art du commandement, (Perrin, 1991) Paris, 2010. Martin Van CREVELD, Command in War, Londres, 1985. M. BARES, Pour une prospective des systèmes de commandement, Polytechnicien, 1996. 

Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, Dictionnaire de stratégie, tempus, 2016. Daniel REICHEL, Commandement, dans Dictionnaire d'art et d'histoire militaires, Sous la direction d'André CORVISIER, PUF, 1988. Jacques F. BAUD, Commandement, dans dictionnaire de stratégie, Sous la direction de Thierry de MONTBRIAL et de Jean KLEIN, PUF, 2000.

 

STRATEGUS

 

 

 

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28 janvier 2018 7 28 /01 /janvier /2018 08:31

        Hildegard GOSS-MAYR dont l'action est inséparable de celle de Jean GOSS (qu'elle épouse en 1958), autrichienne, est un témoin majeur de la non-violence évangélique dans le monde. Elle est la fille du fondateur de la branche autrichienne du MIR (Kaspar MAYR), autant dire qu'elle s'est nourrie d'une tradition pacifiste familiale. Présidente d'honneur du Mouvement International de la Réconciliation (MIR) et membre du comité de parrainage de la Coordination française pour la Décennie et de celui de la Coordination international pour la Décennie de la culture de paix et de non-violence. Philosophe, écrivaine, militante de la paix, elle s'engage contre la guerre et pour la libération par la non-violence dès les heures sombres de l'Anschluss, du nazisme et de la Seconde Guerre Mondiale. Ayant fait ses études de philosophie à Vienne et à New Haven aux Etats-Unis, elle est la première femme à obtenir son doctorat  sub auspiciis en 1953 à l'université de Vienne. 

      Après avoir participé au rapprochement ente l'Europe de l'Est et l'Europe de l'Ouest dans les années 1950, elle obtient des pères conciliaires de Vatican II une reconnaissance de l'objection de conscience. Elle travaille ensuite en Amérique latine pour la construction d'un mouvement non-violent, collaborant avec Dom Hélder CÂMARA, Adolfo PEREZ ESQUIVEL, Dom Antonio FRAGOSO, évêque de Crateus (Brésil), puis plus tard avec Oscar ROMERO, archevêque de San Salvador.

Elle a un rôle déterminant, avec Jean GOSS, dans la préparation de la révolution non-violente aux Philippines (People Power) en 1986.

Elle forme de nombreux groupes à la non-violence active dans de nombreux pays, en Europe, dans les deux Amériques, en Asie et en Afrique.

    Très peu de textes, dans l'ensemble de cet auteure,  rédigés pour la plupart en allemand, sont traduits en français. 

       La préface d'Hildegard GOSS-MAYR, en tant que Présidente d'honneur du MIR,  au recueil de textes L'espérance insoumise est très caractéristique de l'appel constants aux religions et aux religieux qu'elle considère comme moteurs de la réconciliation sociale et politique. 

"Aux antipodes de la déclaration de la Première Guerre mondiale, qui éclatait en août 1914, deux "ennemis", un pasteur allemand et un quaker anglais, convaincus que la vie humaine est sacrée et que l'humanité est une et indivisible, ont déclaré, avant de se séparer à la gare de Cologne, qu'ils refusaient de prendre les armes et qu'ils allaient rassembler autour d'eux ceux qui partageraient leur conviction de non-violence. Le Mouvement international de la Réconciliation (MIR, en anglais IFOR : International Fellowship of Reconciliation) était conçu! Il naître officiellement en 1918, après guerre.

Mobilisant courageusement leurs forces spirituelles les plus profondes pour dire un non sans équivoque à la guerre et acceptant librement le mépris et la prison, les fondateurs du mouvement ont cependant compris immédiatement qu'un oui créateur, un engagement fort et persévérant pour la réconciliation devait être le but prioritaire de leur lutte. Ils ont clairement vu, en regardant l'histoire humaine, l'enchaînement de la violence et de la contre-violence et le fait que dans une victoire imposée se trouve déjà le germe d'une insurrection des vaincus, le germe de la prochaine guerre.

C'est pourquoi le mouvement décida, ayant en vue d'obtenir une paix durable, de prendre le chemin long et souvent douloureux vers une réconciliation qui guérit les injustices, les ruptures, les haines et les blessures à leur racine, dans les consciences et les coeurs ainsi que dans les structures, par une découverte de la vérité, par un engagement pour plus de justice et par l'effort d'un pardon réciproque, pour finalement poser les bases de relations renouvelées et d'une vie créatrice de paix.

Inspiré par la foi dans l'Unique, Créateur de tous, qui unit par son amour et sa miséricorde toute la famille humaine et qui a confié aux humains la tâche d'oeuvrer à cette union, le MIR, depuis plus de trois générations, sur tous les continents, a été un initiateur de chemins de réconciliation. Il a aidé à mettre en oeuvre cette force guérissante dans des régions frappées par la guerre, face au racisme et à des divisions interculturelle et interreligieuse.

Être au service de la réconciliation dans un monde violence, de haine, de peur et de mort est un signe fort et encourageant pour l'avenir. Ce livre, qui témoigne des expériences actuelles de réconciliation dans des contextes divers de notre monde, est un don précieux pour l'année 2009, proclamée par l'ONU comme année de la réconciliation, mais c'est surtout un appel ardent et urgent à nous mettre debout et à nous engager courageusement sur ce chemin de vie". 

Hildegard et Jean GOSS-MAYR, Une autre révolution, Violence des non-violents, Cerf, 1969 ; Evangile et luttes de paix : séminaire d'entrainement à la non-violence évangélique et ses méthodes d'enseignement, Bergers et Mages, 1989 ; Une révolution pour tous les hommes libres, Toulouse, Centre d'information pour l'ouverture au tiers-monde, 1969? ; 

Hildegard GOSS-MAYR, Oser le combat non-violent aux côtés de Jean Goss, Cerf, 1998 ; Jean Goss, Mystique et militant de la non-violence (avec Jo HANSSENS, Namur, Fidélité, 2010.

Richard DEATS, Marked for life. The Story of Hildegard Goss-Mayr, Hyde Park, New York, New City Press, 2009. Gérard HOUVER, Jean et Hildegard GOSS : la non-violence, c'est la vie, Cerf, 1981. MIR, l'espérance insoumise, les religions moteurs de la réconciliation sociale et politique, Nouvelle Cité, 2009.

 

Complété le 3 février 2018. 

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27 janvier 2018 6 27 /01 /janvier /2018 09:19

   Livre à onze voix, publié sous l'égide du Mouvement International de la réconciliation, Une autre révolution est sans doute l'un des ouvrages les plus lus dans la mouvance non-violente et dans les milieux pacifistes chrétiens. D'abord diffusé à Vienne en 1968 puis à Paris en 1969, on voit bien à quoi peut se référer dans l'esprit du lecteur cette révolution, même si évidemment les propos des auteurs ne se limitent pas aux événements mondiaux qui agitent la jeunesse en 1968. D'ailleurs le Congrès d'études dont est issu ce livre s'attache bien plus "à la possibilité de faire sans violence une révolution que la peine des hommes, au Tiers-Monde, mais ailleurs aussi, rend indispensable", et ceci avec une préoccupation de fond sur la position des Eglises à cet égard. Au contexte des débats, qui sont encore très lisibles aujourd'hui, se situent également les développements et les difficultés de la théologie de libération en Amérique Latine.

   Le livre s'ouvre d'ailleurs à cet égard sans équivoque sur une partie intitulée Le chrétien et la révolution mondiale (Perspectives critiques, par Nikolaus KOCH). Le texte du fondateur dans les années 1950 avec marie EBERHARD et des amis d'un "service d'assistance de paix" se compose de trois segments : l'Eglise se comprend elle-même comme anti-révolutionnaire et l'époque moderne se comprend comme révolution ; l'Eglise doit s'adapter à la révolution ; la réaction de l'Eglise (sa logique) à la crise de violence dans le monde. Pour lui l'Eglise a en main la clef d'une révolution mondiale sans armes. Il développe ainsi 6 thèses : 

- le monde établi évolue vers un sombre totalitarisme qui est incapable de réponde par ses propres moyens aux problèmes vitaux de la société moderne, et il est réduit à un régime de violence établi.

- le monde qui n'est pas établi développe un système révolutionnaire de contre-violence.

- vouloir faire renoncer à cette contre-violence révolutionnaire et substituer l'évolution à la révolution, c'est pratiquement se ranger du côté de la violence établie.

- le cercle infernal de ces deux violences qui se répondent ne peut être brisé que par une initiative qui soustrait à la violence établie le domaine public. 

- les initiatives a-révolutionnaire, pseudo-révolutionnaires, anti-révolutionnaires, violemment révolutionnaires, ne suffisent pas à elles seules. Il faut que leurs auteurs aient eux-mêmes conscience d'être révolutionnaires pour le monde, qu'ils gagnent de haute lutte à la cause de la révolution mondiale toutes les grandes réserves spirituelles, et qu'ils fassent de cette révolution et de sa stratégie une évidence démocratique.

- l'Eglise a en main la chef d'une révolution mondiale sans armes.

Se situant visiblement dans la foulée de Vatican I et des initiatives de Jean XXIII, il estime (espère) que l'Eglise, tournant le dos à son inimité historique à l'égard du libéralisme et du marxisme, de l'époque moderne et de la révolution, peut être, malgré sa tradition anti-démocratique, peut apporter les réponses pour cette révolution sans armes.

   Les autres parties prennent le même ton, même s'ils abordent des sujets parfois différents. Dans la deuxième partie ayant pour thème La Révolution de la Croix et les Révolutions de ce temps, on peut lire les textes de Jean et Hildegarde GOSS-MAYR (Ce qu'est l'amour), de Vitali MALUSCHKOWITSCH (... Comme le Père est parfait), de Léopold UNGAR (Nous avons pouvoir sur les forces du mal) et de Joseph SMOLIK (Question ouverte).

   Dans une troisième partie Non-violence ou Guérilla s'expriment Jean LASSERRE (La guérilla tue les faibles) et de Jean van LIERDE (La conjoncture mondiale).

  Dans la partie Vers une théologie non-violente, on trouve toute une discussion autour des Normes pour une action non violente, des possibilités de faire l'économie de toute violence armée, du droit de tuer "pour la bonne cause", des interprétations de l'écriture (condamne t-elle la violence?), et sur les possibilités réelles d'élaborer une théologie de la non violente (Donnez-nous une théologie!).

  Dans la partie suivante Action non violente en Amérique Latine, figurent les textes d'Animal GUZMAN (En quête d'une véritable mutation), d'Earl SMITH (Actions tentés à la base) et d'Hidelgard GOSS-MAYR (Lutte sur trois plans). Ces trois plans sont :

- la lutte non violente à la base, dans les territoires sous-développés, c'est-à-dire avec les groupes de populations qui, à la campagne ou dans les zones industrielles, souffrent de la misère

- les efforts sur le plan mondial dans les pays en voie de développement 

- la lutte qui a pour but une transformation dans les conceptions économiques et la politique internationale des pays industriels, en matière économique.

  Dans un dernière partie Dans les pays industriels : la lutte pour la justice internationale, interviennent René DUMONT (Réveiller l'opinion) et Josef KRYWULT (Une aide braquée vers le but).

   Jean GOSS conclue par Si nous avons quelque chose à dire : nous avons attaquer les Églises sur ce qu'elles doivent logiquement faire, il faut traverser les barrières qui séparent notamment les classes sociales et les peuples, il faut faire connaitre la vérité sur les injustices de nos frères (et faire naitre les réconciliations). L'information reste la meilleure arme à notre disposition. Nous sommes responsables de nos chefs, et à ce titre, nous devons toujours témoigner sur l'action de nos gouvernements. Toujours croire dans les capacités de l'autre à recevoir la vérité de ces témoignages. Il termine par un appel aux théologiens : il y a urgence à oeuvrer dans ces sens, pour que les Eglises prennent toute leur part dans ce combat. 

Sous la direction de Jean et Hildegarde GOSS-MAYR, Une autre révolution, violence des non-violents, Cerf, 1969, 180 pages. 

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26 janvier 2018 5 26 /01 /janvier /2018 10:05

   Le général français Hubert CAMON est avec Jean COLIN, l'un des deux auteurs de stratégie militaire les plus importants de la période de l'immédiat avant Première Guerre Mondiale. Avec La guerre napoléonienne, les systèmes d'opérations et La guerre napoléonienne, précis des campagnes en deux tomes (1925) il rivalise avec les auteurs allemands et se livre à une critique de CLAUSEWITZ. Il fait partie du renouveau de la pensée stratégique française d'après 1905. 

  Polytechnicien, sortit dans l'artillerie, capitaine en 1884, il passe par l'École de guerre, devient chef d'escadron en 1898, puis enseigne l'art militaire à l'Ecole d'application de l'artillerie et du génie à partir de décembre 1890. Nommé lieutenant-colonel, il dirige l'Ecole d'artillerie du 10e corps en 1905. Devenu colonel !1909) puis général de brigade (1913), il prend le commandement de l'artillerie du 14e corps. Pendant la Première Guerre mondiale, il prend le commandement de la surveillance de la fabrication des matériels et projectiles de l'artillerie lourde. Admis au cadre de réserve en février 1917, il poursuit ses réflexions stratégiques.

   Ses premiers écrits concernent la technique de la téléphonie militaire et l'organisation du commandement (Nouveaux appareils de téléphonie militaire, Revue d'artillerie, 1885 ; Le commandement et ses auxiliaires, 1893) édités chez Berger-Levrault, habitué des éditions d'études militaires.

A partir de 1890, il livre ses premières pages sur la guerre napoléonienne et la bataille. Féru comme beaucoup des études évolutionnistes (plus ou moins bien comprises), il remarque que les principales entrées en campagne de NAPOLÉON reproduisent un même schéma. Faisant la même remarques sur ses principales batailles, il tente de connaitre les méthodes, les systèmes qui avaient assuré ses victoires, à la lumière par exemple des 32 volumes de la Correspondance de NAPOLÉON. Il étudie de près tous les ordres de mission et estime y trouver d'autres enseignements que ceux qu'avaient dégagé CLAUSEWITZ. Comme l'Empereur n'a jamais fait un exposé complet de ses systèmes de batailles (beaucoup d'ordres étant oraux), il entreprend des recherches d'autres sources, notamment chez ses généraux et maréchaux, dont beaucoup ont publié leurs mémoires. Hubert CAMON constate alors que NAPOLÉON n'avait que deux système de manoeuvre et deux système correspondants de bataille qu'il modifie souvent. Comparant ces plans à des systèmes abstraits, il recherche dans quelle mesure et comment ils en différaient. 

Avant de mettre au point les analyses de campagne par lesquelles il y était arrivé, il fait publier une petite brochure en 1899, La bataille napoléonienne. Les écrivains militaires de l'époque la reçoivent sans indulgence. Ils critiquent la comparaison avec des organismes vivants qui, par accident, ne se développent pas toujours normalement. Lorsqu'il est nommé en décembre 1900 professeur au cours d'art militaire à l'Ecole d'application de l'artillerie et du génie, il reprend les études de ces batailles. Inlassablement, il peaufine ses analyses et approfondi non seulement l'étude des stratégies de NAPOLÉON, dont il possède plus d'informations que CLAUSEWITZ en fin de compte, insiste pour qu'on lise CLAUSEWITZ sérieusement sans en faire un stratégiste uniquement napoléonien, l'attaque lorsque tout le monde se focalise un peu trop sur lui, le défend lorsqu'on le délaisse un peu trop : tout CLAUSEWITZ pourrait-on dire, mais rien que CLAUSEWITZ. Il poursuit ensuite sur sa lancée après la Première Guerre mondiale, décortiquant ce que l'état-major allemand a compris et appliqué (incomplètement) du célèbre stratégiste et met en relief des erreurs du commandement de l'ennemi alors vaincu. Pour revenir en fin de carrière encore sur la stratégie napoléonienne. 

  Loin d'être un va-t-en guerre surtout à la fin de la Grande guerre, il met l'accent sur l'aspect en ultime recours de la guerre pour traiter de la politique, rejoignant ainsi un des enseignements majeurs de CLAUSEWITZ sur le rapport entre les deux. S'il est moins étudié officiellement dans les écoles de guerre (il n'est pas méconnu aux Etats-Unis) que d'autres auteurs, il semble bien que ses livres soient pourtant très lus. Des écrits du général DE GAULLE l'indiquent et certaines manoeuvres militaires contemporaines s'en inspirent également ("manoeuvres sur les arrières"...).

Hubert CAMON, La guerre napoléonienne, Les sytème d'opérations, Théorie et technique, Economica, 1996 ; Précis des compagnes, La guerre napoléonienne, Editions Historiques Teissèdre, Collection du Bicentenaire de l'épopée impériale, 1999.

Bruno COLSON, Camon ou l'exégète de Napoléon, préface à la réédition de La guerre napoléonienne., Les systèmes d'opérations, Economica, Bibliothèque stratégique, 1996.

   

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