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23 juin 2020 2 23 /06 /juin /2020 11:39

      Cet ouvrage collectif de 2015, réalisé en plein boom éditorial sur la question du climat, sous la direction d'un conseiller spécial de l'IFRI et senior fellow de la Brooking Institution, membre du Cercle des économistes, articule la réponse aux changements climatiques autour de propositions autour du "prix du carbone", question centrale encore pour beaucoup (voir les débats actuels autour de la taxe carbone) pour un réorientation, toujours capitaliste, de l'économie. Convaincu que, après la crise financière de 2008 que tout est à reprendre pour ouvrir une nécessaire ère nouvelle, une ère d'économie bas-carbone, Jacques MISTRAL a regroupé les contributions d'une quinzaine de spécialistes, surtout des économistes.

   Les auteurs condensent dans cet ouvrage pour contribuer à la grande mutation du XXIe siècle, leurs analyses et propositions, Jacques MISTRAL l'introduisant - par entretien interposé de Geoffrey PARKER, par un rappel du précédent historique du "petit âge glaciaire" du XVIIe siècle. Fort de l'irruption des études scientifiques sur le climat dans le débat public, malgré les dénégations de climato-sceptiques pas très objectifs (et bourrés de conflits d'intérêts), dénonçant d'ailleurs "un lobbyisme éhonté", les auteurs se situent maintenant dans la perspective d'une nécessité historique, même si tous ne partagent pas leur conception du futur. Sachant qu'une évolution du climat peut transformer une crise en catastrophe et conscient aujourd'hui que le climat n'est pas une variable mineure de l'évolution des sociétés, ces auteurs présentent chacun une facette de ce qu'ils espèrent être une solution à ce problème (existentiel).

   

     Jean TIROLE, par exemple, (Économie politique du réchauffement climatique) tirant les leçons du processus du Kyoto (amorcé par le protocole de 1997), déplore les lacunes des accords passés (surtout absence d'engagements fermes pour 2020 et promesses généreuses pour 2050) et propose, outre le renforcement d'institutions internationales de soutien des accords (entraide et contrôle), une feuille de route - définir une politique de lutte contre la pollution, tenir compte de la prépondérance des intérêts nationaux - et un processus qui comprendrait :

- un accord sur une bonne gouvernance : un chemin pour les émissions de CO2, globales, un marché mondial de CO2, un schéma de gouvernance internationale comprenant un mécanisme exécutoire, des carottes et des bâtons, l'abandon des politiques inefficaces comme les MDP.

- le lancement d'un système de suivi des émissions par satellite permettant de mesurer précisément l'évolution des émissions au niveau de chaque pays ;

- un processus de négociation pour la conception des compensations et les problèmes restants.

"Cette feuille de route laisse un certain nombre de questions ouvertes. Nous en avons évoqué quelques unes, mais d'autres viennent à l'esprit. Par exemple, puisque des négociations impliquant près de 200 pays sont assez improductives, il semblerait souhaitable de parvenir d'abord à un accord entre les grands émetteurs (actuels et futurs), qui exerceraient ensuite une pression délicate sur les autres pays. Dans ce processus en deux étapes, on pourrait commencer par un accord entre par exemple, les États-Unis, l'Union Européenne, la Chine, la Russie, le brésil, le Canada, le japon, l'Australie, l'Inde, etc. (...)"  Ces lignes ont été écrites avant l'élection de Donald TRUMP à la présidence des États-Unis et un tel schéma est bien entendu difficile à réaliser avec les États-Unis en ce moment...

   Si la contribution de Jean TIROLE reste globale, on entre vite dans le détail d'un sujet (le marché carbone) qui prend en compte des données économiques très diverses. De Christian de PERTHUIS et Pierre-André JOUVET (Négociation climatique et prix du carbone), à Jean-Marie CHEVALIER (transitions énergétiques, transitions économiques, de Pierre-Noël GIRAUD (Ressources naturelles et croissance verte : au-delà des illusions) à Anton BRENDER et Pierre JACQUET (Comment "financer le climat"?), de Jean-Paul BETBÈZE (Ambition politique et lucidité économique : pourquoi est-il si difficile d'agir pour le climat?) à Katheline SCUBERT et Akika SUWA-EISENMANN (Les pays du Sud face au changement climatique), de Bruno FULDA (Le leadership américain à l'épreuve du climat) à Patrick ARTUS (La Chine : plus une menace pour le climat?), sans oublier une postface de Michel ROCARD sur Le réchauffement climatique et l'évolution de l'Arctique, tous abordent un aspect bien précis d'une question d'ensemble. Ce qui fait de ce livre, malgré l'accélération de l'Histoire et la pandémie du COVID-19, un ouvrage intéressant.

Même si aucun ne remet véritablement en cause le capitalisme d'aujourd'hui, sauf à des aménagements qui peuvent être considérables, et tente en définitive de faire changer celui-ci sans changer de système économique. Le Cercle des économistes est bien connu pour son attachement au capitalisme de manière générale, même si la crise financière de 2008 a rebattu les cartes des positionnements. Mais par-delà son attachement au capitalisme, que ne partagent pas tous les auteurs cités d'ailleurs, il faut noter en cette moitié de la décennie 2010 que le vent a changé par rapport au problème climatique. Il n'est plus possible de le nier. Il s'agit de changer les choses pour que le système perdure. Si les considérations économiques abondent, au mot sur les conflits sociaux, même causés par des politiques plus fermes en matière de climat ou de pollution. Les considérations sont surtout géopolitiques et macro-économiques, même si les entreprises (et les entreprises privées s'entend) ne sont pas du tout oubliées dans les processus analysés et les propositions émises.

 

Sous la direction de Jacques MISTRAL, Le climat va-t-il changer le capitalisme? La grande mutation du XXIe siècle, Eyrolles, 2015, 270 pages.

 

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21 juin 2020 7 21 /06 /juin /2020 06:35

  La très jeune revue française semestrielle Panthère première est une revue indépendante de critique sociale, avec un premier numéro en septembre 2017, publiant des textes (enquêtes, réflexions, récits poésie) et des images "qui interrogent l'existence d'une "sphère privée" et d'une "sphère publique", partant du principe que le phénomènes politiques sont traversants et qu'ils ne s'arrêtent donc pas aux portes d'une catégorie."  Elle interpelle d'une certaine manière tous ceux qui clament 'Moi, je ne fais pas de politique", et qui oublient que la politique s'occupent très bien d'eux (et même mieux d'eux que les autres).

   Cette publication de 100 pages par numéro, distribuée en librairies et dans les lieux "amis" (collectifs, militants, festivals), au titre qui se veit l'écho de la langue vulgaire dont parle DANTE, une langue parlée, se situe à l'intersection entre ce qui est renvoyé à l'intime (au privatif au sens fort) - famille, enfance, habitat, corps, maladie, sexualités - et les phénomènes qui cherchent ) faire système - État, industrie, travail, colonialisme, rapports de genre. "Si l'on regarde bien dans ces entrecroisements, si l'on regarde dans le détail beaucoup d'aspects sont entièrement laissés de côté par la critique ou l'analyse, ou difficilement regardés comme des objets politiques du fait de leur relégation, bien arrangeante somme toute, dans les tréfonds de l'intime (on peut citer en exemple la violence conjugale ou les maladies professionnelles).

   Les articles sur papier sont progressivement republiés sur son site Internet. Financée par son lectorat, la revue bénéficie pour son lancement d'une aide de la fondation Un monde par tous, et depuis son quatrième numéro - chose que l'on rencontre de manière courante dans l'édition de publications non commerciales - bénéficie également d'une aide du Centre national du livre.

   La revue est constituée d'un collectif d'une dizaine de personnes investies dans des activités de recherche, d'écriture, de création, accompagnées pour l'occasion par une équipe 3 graphistes. Le comité éditorial est constitué uniquement de femmes (qui viennent de Jeff Klak, CQFD ou Article 11), choix qui "nous semble favoriser l'invention de formes de travail et de coopération plus égalitaires, et d'une prise de décision plus horizontale amenant davantage de femmes et/ou de personnes minorisées à être publiées", même si par ailleurs, les textes proviennent autant de contributeurs que de contributrices. Pour ce qui concerne l'île de France, on trouve Panthère noire plus facilement dans quelques librairies comme Les cahiers de Colette, la Librairie Violette and Co, la Librairie des femmes (Paris) et à la Librairie Michèle Firk (dans le 93).

   Cette revue, qui veut entre autres fabriquer de la poésie politique, aborde dans son numéro 4 de printemps-été 2019, les thèmes du travail domestique, du service civique (le travail gratuit au coeur du capitalisme contemporain), revient sur la mobilisation de Greenham (Royaume Uni) en 1981, quand 30 000 femmes encerclaient la base militaire pour protester contre le stockage de missiles nucléaires.

Panthère première, 36 rue Bernard, 13003 Marseille, Site : pantherepremiere.org

 

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20 juin 2020 6 20 /06 /juin /2020 11:05

  Il est de ces petits livres, comme celui-ci, d'à peine une soixantaine de pages très éclaircies, aux accents (involontaires) de Nous sommes le peuple, écrits dans des moments charnières de l'histoire de l'humanité - ce moment d'un changement climatique global - qu'il ne faut pas négliger. Autant dans notre histoire intellectuelle et culturelle que dans notre histoire tout court, cette "lettre à tous" n'est ni unique ni la dernière à faire office de déclaration-appel. Rédigée par les fondatrices (de 17 et 19 ans) du mouvement Youth for Climate, ce court texte, texte néerlandais à l'origine, éclaté lui-même en très courts chapitres, cette lettre se situe dans un contexte d'actions-rassemblements de milliers de personne dans les rues de Bruxelles. En quelques mois en 2019, elles sont devenues le visage d'une génération qui refuse de se laisser endormir par les discours rassurants des politiques. Ses rédactrices la considèrent comme une main tendue aux gouvernements, aux jeunes et au moins jeunes, avec l'objectif d'agir tous ensemble avant qu'il ne soit trop tard.

   "Ceci est une lettre, écrivent-elles, qui n'exclut personne. Nous voulons nous adresser à tous, car le climat nous concerne tous, sans exception. Cette lettre est destinée aux politiques, à la génération de nos parents et de nos grands-parents, et à notre génération. C'est une lettre à tous et nous espérons que tous la liront. Oui, nous vous entendons venir. Cet espoir est naïf : mais que cette naïveté soit justement notre force! Nous ne nous lasserons pas distraire par tout ce qui est dit à propos du climat, par ce qu'on promet ou ce qu'on élude. Nous nous en tenons aux faits. Naïf est l'enfant du conte de fées qui dit que l'empereur est nu. La politique climatique actuelle n'a pas grand chose sur elle non plus. Voilà ce que nous dénonçons.

Mais nous croyons aussi en la croissance. Dans cette lettre, nous expliquerons pourquoi et ce que cette croissance recouvre pour nous."

Malgré la multiplication des annonces, suite à une mobilisation mondiale pour le climat, le mouvement organise des actions dans tout le pays pour protester notamment contre la lenteur des prises de décisions du monde politique, et là, notamment, de l'Union Européenne.

Par cet appel, elles (ils) désirent, comme des milliers d'entre elles et d'entre eux, qu'ensemble, autorités et citoyens, l'ensemble de la société relève les défis - et s'il le faut avec le soutien d'actions massives de désobéissance civile - posés par ce changement climatique, déjà depuis si longtemps annoncé. La fraicheur et la candeur de leur discours ne doit pas camoufler leur détermination.

   

 

Anuna de WEVER, Kyra GANTOIS, avec Jeroen OLYSLAEGERS, Nous sommes le climat, Lettre à tous, Éditions Stock, 2019. Traduction du texte néerlandais (Belgique), publié à l'origine la même année aux éditions De Bezige Bij à Amsterdam.

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18 juin 2020 4 18 /06 /juin /2020 11:34

   XÉNOPHON, historien, philosophe et chef militaire de la Grèce antique, citoyen d'Athènes mais ami de Sparte, partisan de l'oligarchie et proche du roi Agésilas II, est l'auteur d'une oeuvre monumentale - monumentale parce que c'est une des plus abondante qui nous soit parvenue, dans plusieurs domaines. Outre l'Anabase et la Cyropédie, il a écrit une suite à l'Histoire de la guerre du Péloponnèse de THUCYDIDE, intitulée Les Hélléniques.

   XÉNOPHON, sans le savoir, ouvre la voie aux futures conquêtes d'ALEXANDRE LE GRAND : dans l'Anabase, outre une description détaillée de son trajet en Asie - pièce essentielle en géographie disponible -, il montre qu'un corps expéditionnaire de soldats grecs peut traverser l'Empire perse invaincu. La campagne d'Agésilas en Asie Mineure, où il combat, confirme la fragilité de l'Empire perse.

    Les sources d'information sur XÉNOPHON sont relativement maigres : des propos de Diogène LAERCE ( entre 430 et 423), des passages de diverses oeuvres sur sa propre vie, et sans doute surtout Les Mémorables de Socrate, 4 livres, recueil de souvenirs consignés par le plus affectueux de ses disciples.

 

    XÉNOPHON est l'élève de SOCRATE à Athènes où il sert la cavalerie. Il choisit de s'exiler après la victoire finale de Sparte dans la guerre du Péloponnèse (404). Trois ans plus tard, il combat en Perse avec les mercenaires grecs aux côtés de CYRUS LE JEUNE. Celui-ci est tué alors qu'il briguait le trône de son père, ARTAXERSÈS II. Les soldats grecs sont obligés de prendre la fuite après avoir perdu leur chef dans un guet-apens. XÉNOPHON est élu chef de l'expédition et dirige pendant 8 mois une retraite difficile au cours de laquelle il est lui-même souvent au coeur des combats. Il relate cet épisode plus tard dans l'Anabase ou La retraite des dix mille.

Après son retour en Grèce, il entre au service de Sparte avec laquelle il participe à plusieurs campagnes militaires en Asie Mineure. En 394, il participe à la bataille de Coronée au cours de laquelle il combat auprès des Spartiates contre Athènes, ce qui lui vaut d'être banni, pendant de longues années, de sa propre cité. Installé à Scillonte, près d'Olympie, il met cet exil à profit en composant la plupart de ses ouvrages historiques. De retour à Athènes à l'âge de 60 ans, il rédige un remarquable traité sur l'art de la guerre, L'Hipparque, ou le commandant de cavalerie, ainsi que plusieurs biographies, Agésilas, Hiéron, et la Cyropédie.

   L'Anabase est riche d'enseignement sur la manière de conduire une retraite avec une armée importante, face au harcèlement continuel de l'ennemi, et sur un terrain défavorable. Ce récit met aussi en lumière la dimension psychologique d'une telle entreprise ainsi que les obstacles imprévisibles auxquels les soldats sont perpétuellement affrontés. XÉNOPHON insiste sur la nécessité de posséder un bon commandant, thème central de L'Hipparque, ou le commandant de cavalerie, traité de stratégie beaucoup plus ambitieux que ne l'indique le titre choisi par son auteur. Il y expose son point de vue sur la plupart des thèmes fondamentaux de la stratégie et de la tactique : marches, reconnaissances, espionnage, coups de main, stratagèmes, coopération interarmes, entrainement des hommes et des chevaux, intelligence des rapports de force. (BLIN et CHALIAND)

 

Les thèmes de l'oeuvre de XÉNOPHON

   On peut distinguer chez XÉNOPHON, sur la base bien entendu des textes connus, et également en écartant d'autres, que l'on range sous la plume d'un Pseudo-Xénophon (avec beaucoup de conditionnel...) :

- la philosophie politique : Hiéron, Agésilas, La Cyropédie, Des revenus, Constitution des Lacédémoniens (Spartiates) ;

- l'art du commandement et du leadership : L'Anabase, L'Hipparque, Agésilas ;

- l'art de la gestion des choses et des hommes : L'Économique ;

- les chevaux : De l'Équitation, Le Commandant de Cavalerie ;

- d'autres thèmes également comme l'Amour (Le Banquet), Entre philosophie et souvenirs (Mémorables)....

 

L'Anabase

Sans doute la plus célèbre des oeuvres de XENOPHON, elle raconte le périple des Dix-Mille, un corps expéditionnaire de 10 000 mercenaires grecs (spartiates principalement) (faut-il y ajouter ou y inclure tout "l'environnement" - ravitailleurs, auxiliaires s'occupant de l'entretien des montures et divers "spécialistes" s'occupant des repas, des tentes?...) engagés par CYRUS LE JEUNE dans sa lutte contre son frère ARTAXERXÈS II, roi de Perse, puis leur retraite vers l'Hellespont, en rejoignant le Pont-Euxin à travers le haut pays d'Arménie (d'une altitude moyenne de 1 000 mètres avec des cols à plus de 2 000 m) qu'ils atteignent à Trapezous (Trébizonde) dans la région du Pont.

Les Dix-Mille, malgré des rivalités internes, conservent leur cohésion jusqu'à leur retour à Perganus au terme d'une marche vers Babylone, de 1 300 kilomètres, de Sardesà Cunaxa, lieu de la bataille de Counaxa, d'une retrait de 1 000 kilomètres vers le nord jusqu'à Trapezous, puis d'une autre marche de 1 000 kilomètres le long du Pont-Euxin pour rejoindre l'Hellespont. Ces parcours nécessitaient une connaissance du terrain et une connaissance à l'aide de cartes des "routes" à emprunter. Cette cartographie fut bien utile par la suite à ALEXANDRE LE GRAND.

 

L'Hipparque

  Ce traité de XENOPHON est destiné à un jeune officier devant prendre le commandement d'un corps de cavalerie athénienne, l'hipparchie. Il est organisé en 9 chapitres, le premier étant consacré aux devoirs du commandant de cavalerie, l'Éducation des cavaliers, le second à l'ordonnance de chaque tribu : dizainiers et serre-files... Notons également que le chapitre 6 est consacré aux moyens de s'assurer le respect et l'obéissance des hommes.

 

Apologie de Socrate

   Dans cet Opuscule écrit en 395, à propos de son procès et de son exécution, XENOPHON décrit en particulier son point de vue selon lequel il vaut mieux mourir avant que la sénilité ne le gagne plutôt que d'échapper à l'exécution en s'humiliant face à la persécution injuste dont il est l'objet. Rédigé, comme beaucoup de textes sur la vie politique à Athènes, en réaction aux prises de position sur tel ou tel sujet, ici en réaction aux personnalités qui utilisent le procès de SOCRATE pour faire valoir leur point de vue sur sa culpabilité, Apologie de Socrate porte le même nom qu'un autre texte, rédigé lui par PLATON. Les deux textes fournissent d'ailleurs la plupart des informations utilisées par les auteurs modernes sur la fin de SOCRATE (même si les deux textes divergent sur certains points). Le dernier chapitre des Mémorables contient quelques morceaux du même récit que les premières sections de l'Apologie de Socrate.

 

L'Économique

   Traitant de la gestion d'un grand domaine foncier, sur le plan humain et technique, cet écrit composé vers la fin de sa vie par XÉNOPHON, constitue l'un des plus anciens textes traitant d'économie et une importante source de l'histoire sociale et intellectuelle d'Athènes à l'époque classique, le premier traité d'agronomie également.

 

 

XÉNOPHON, Oeuvres complètes, traduction de Pierre CHAMBRY, Garnier-Flammarion, 3 volumes, 1967. Tome 2, Garnier-Flammarion, 1996 ; L'Anabase ou l'Expédition des Dix-Mille, traduction et édition critique de Denis ROUSSEL et Roland Étienne, Classiques, Garnier, 2016. Le Commandant de la Cavalerie, Les Belles Lettres, 2015 ; De l'art équestre, Les Belles Lettres, 2015 ; L'intégrale de l'oeuvre équestre, Arles, Actes Syd, 2011.

XÉNOPHON, L'Anabase, livres III et IV, Traduction de La Luzerne dans Liskenne et Sauvan, Bibliothèque historique et militaire, tome 1, Paris, 1835 ; La Cyropédie, livre III, chapitre 1, Traduction de La Luzerne, Ibid. Dans Anthologie mondiale de la stratégie, Robert Laffont, collection Bouquins, 1990.

Voir notamment le site remacle.org.

Yvon GARLAN, La guerre dans l'Antiquité, Paris, 1972. Sous la direction de Jean-Pierre VERNANT, problèmes de la guerre en Grèce ancienne, Paris, 1968.

Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, Dictionnaire de stratégie, tempus, 2016.

 

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16 juin 2020 2 16 /06 /juin /2020 16:43

    America, revue trimestrielle française consacrée aux États-Unis, lancée en 2017, en grande partie en réaction contre la présidence de Donald TRUMP, ambitionne de montrer "l'Amérique comme vous ne l'avez jamais lue".

     Ses fondateurs François BUSNEL et Éric FOTTORINO, respectivement directeur de la rédaction et directeur de publication, envisagent de publier en tout 16 numéros, un par trimestre, pendant toute la durée du mandat présidentiel de Donald TRUMP (soit 4 ans).

    Déjà, les numéros parus abordent autour d'un thème central par numéro, des sujets de société les plus divers, très en phase avec une certaine actualité littéraire aux États-Unis. Au printemps 2019, la revue avait abordé l'Amérique indienn, la situation des Amérindiens, avec la participation de Louise ERDRICH, Tommy ORANGE, Jim FERGUS et Joseph BROYDEN. Le premier numéro avait donné le ton avec Face à Trump : portrait d'un pays éclaté où America sondait les États-Unis à travers le regard des écrivains américains : Toni MORRISON, Jay MCLNEMEY, Colum McCANN.. A chaque numéro, un grand entretien avec un écrivain, comme pour ce numéro de l'Hiver 2020, avec Margaret ATWOOD.

    Présente sous forme papier, la revue publie aussi nombre d'articles sur son site, et notamment dans sa newsletter, qui entend suivre également "le meilleur de la presse américaine et française". La revue suit de manière égale l'actualité littéraire critique sur l'ensemble du territoire des États-Unis, autant de la côte Est que de la côte Ouest comme également d'État dont on entend peu parler en Europe. On ne peut que conseiller de prendre connaissance de cette revue de 200 pages par numéro, très riche, qui se situe d'ailleurs très loin des différents mag que l'on a pu connaitre dans la presse française sur la situation aux États-Unis, qui se résumaient un peu trop à des reportages photos...

 

 

America, Les éditions America - 24, rue Saint-Lazare, 75009 Paris, Site Internet : America-mag.com

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16 juin 2020 2 16 /06 /juin /2020 15:30

    Le sociologue français François BOURRICAUD est un spécialiste en France de Talcott PARSONS et de l'Amérique Latine. D'obédience libérale, il est très critique à l'encontre des travaux de Pierre BOURDIEU. Il élabore tout au long de sa carrière le concept de l'acteur rationnel en collaboration avec Raymond BOUDON.

  

      Deux intérêts bien distincts donnent à l'oeuvre de François BOURRICAUD son orientation et son originalité. L'un se rapporte aux thèmes classiques de la philosophie morale et politique ; l'autre, aux problèmes nés du développement de l'Amérique latine, et plus particulièrement à ceux qui sont posés par le "cas péruvien". Ils sont présents dès l'élaboration de ses thèses pour le doctorat ès lettres. Soutenue en 1961; L'Esquisse d'une théorie de l'autorité envisage d'un point de vue synthétique une relation fondamentale - l'autorité étudiée par Maw WEBER et Theodor ADORNO ; la thèse complémentaire soutenue l'année suivante - Changements à Puno - est une étude de sociologie andine issue d'une enquête qui conduit son auteur chez les Indiens du lac Tilicaca. Ces intérêts se rejoignent dans une analyse sociologique, que François BOURRICAUD applique, en toute rigueur, aux différents aspects de la vie politique et sociale, à la société démocratique comme aux régimes totalitaires.

   Le sociologue, qui, par ces travaux, devient titulaire d'une chaire universitaire, est d'abord, comme la plupart de ses pairs, un agrégé de philosophie, enseignant dans le secondaire. Professeur au lycée d'Angoulème (1945-1947), il est ensuite assistant de sociologie à la faculté des lettres de Paris (1947-1950), puis Rockefeller fellow (1950-1952). Après avoir été chargé de mission par le CNRS et l'UNESCO au Pérou (1952-1954), il enseigne la sociologie jusqu'en 1966 à Bordeaux. Élu à l'université de Paris-Nanterre en 1966, il est l'année suivante - de mai 1967 à mai 1968 - conseiller technique au sein du cabinet d'Alain Peyrefitte, alors ministre de l'Éducation nationale. Finalement appelé, en 1969, à la sorbonne, où il donne ses dernier cours en 1991, François BOURRICAUD s'est très intéressé au destin de l'Université. L'évolution de l'enseignement supérieur après 1969 lui inspire un livre au titre significatif : Université à la dérive (1971). Celle des modes intellectuelles qui se sont succédé au cours des précédentes décennies est examinée dans un brillant essai "sur les intellectuels et les passions démocratiques". Le Bricolage idéologique (1980), Les vicissitudes de la vie politique, sont entre autres analyses, à l'origine d'un nouvel essai, Le Retour de la droite (1986), qu'une partie de la presse a mal accueilli : contrairement au souhait de son auteur, plusieurs commentateurs ne se sont pas avisés de ce que "l'opposition droite-gauche est susceptible de recevoir un autre sens que celui de l'affrontement partisan". Il faut noter que ses préférences idéologiques ne sont pas tout-à-fait les mêmes que celle de la plus grande partie des intellectuels d'alors...

   C'est cependant dans le domaine de la théorie sociologue que l'apport de François BOURRICAUD se révèle la plus remarquable. On lui doit ainsi le meilleur ouvrage sur la sociologie de Talcott PARSONS, L'individualisme institutionnel (1977), prolongement d'un choix de textes, paru en 1955, du grand sociologue américain. A l'oeuvre de ce dernier, son "présentateur" français demeure indéfectiblement fidèle ; lui aussi entend tenir conjointement compte des logiques de l'acteur et des conditions sociales de leur réalisation ; l'expression d'individualisme institutionnel" réconcilie selon lui précisément "deux inspirations parsoniennes, celle de l'objectivité de l'ordre social et celle de l'activité des individus".

    Son attachement à la sociologie de l'action explique son rejet du "sociologisme" et du "holisme". Il s'inspire notamment de travaux, peu connus en France, de Anthony DOWNS, Albert HIRSCHMAN et Mancur OLSON. Une défiance à l'endroit des interprétations globalisantes l'amène à s'intéresser au fonctionnement de l'ordre social selon Jacques RUEFF, auquel il rend hommage, avec Pascal SALIN, dans une anthologie richement documentée (1989).

    Son dernier ouvrage, publié dans Commentaires, a pour objet le "nouveau paysage idéologique", et tout particulièrement, dans les configurations molles qui le traversent, l'intérêt aujourd'hui témoigné à la morale. "Entendue tantôt comme la bonne vieille morale de nos pères", et tantôt comme une liste de droits "imprescriptibles et sacrés", elle devient une des figures obligées de la rhétorique politique". On voit bien là l'influence de l'ambiance "états-uniennes" des réflexions politiques et sociales, même si précisément l'utilisation ambigüe qu'il en perçoit et l'application disparate, rend la légitimité morale concentrée dans des noyaux durs, mais ne faisant pas système au niveau de la société toute entière. Sa connaissance des milieux politiques français de la IIIe République lui donne beaucoup d'éléments par ses conceptions politiques et sociologiques. (Bernard VALADE)

 

François BOURRICAUD, Éléments de sociologie de l'action, 1955 ; Esquisse pour une théorie de l'autorité, 1961 ; Changements à Puno. Étude de sociologie andine. Travaux et mémoires de l'Institut des Hautes Études de l'Amérique Latine, IX, 1962 ; pouvoir et société au Pérou, 1967 ; L'individualisme institutionnel, essai sur la sociologie de Talcott Parsons, 1977 ; Dictionnaire critique de la sociologie (avec Raymond BOUDON), PUF, 1982 ; Le retour de la droite, Calmann-Lévy, 1986.

Bernard VALADE, François Bourricaud, dans Encyclopedia Universalis, 2014.

 

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16 juin 2020 2 16 /06 /juin /2020 10:38

       Le sociologue et philosophe français Raymond BOUDON est considéré comme le chef de file de l'individualisme méthodologique en France et comme l'un des plus importants sociologues français, même s'il est très contesté, de la seconde moitié du XXe siècle et du début du XXIe.

     Dans son maitre-ouvrage L'inégalité des chances (1973), il traite la question de la mobilité sociale, dont on s'étonne à l'époque quelle ne soit pas accélérée par la démocratisation scolaire, et veut montrer que le principal facteur d'explication de l'inégalité des chances scolaires est la demande d'éducation, c'est-à-dire l'ambition scolaire. Les résultats de son étude placent le facteur individuel devant celui de l'origine sociale, mis en avant par Pierre BOURDIEU comme facteur de reproduction sociale.

   Dans les débats qui agitent alors la sociologie française pendant plusieurs décennies, Raymond BOUDON se place en tête des "individualistes" qui s'opposent aux "structuralistes" menés mais pas seulement même s'il réserve à ce dernier ses principales attaques, par Pierre BOURDIEU, qui défend la liberté et la rationalité des choix des individus contre le déterminisme social, notamment marxiste.

Il enseigne pendant 35 ans à l'Université Paris-Sorbonne, et avec ses collaborateurs et fidèles fait la conquête de l'establishment de la sociologie française, appuyé par ses collègues de nombreuses universités étrangères, notamment Harvard aux États-Unis, Genève en Suisse ou Oxford en Angleterre. Parallèlement à ses activités d'enseignement, il fonde et dirige pendant près de 30 ans le centre de recherche GEMASS.

 

     Normalien agrégé de philosophie en 1958, nommé professeur de sociologie à la Sorbonne en 1967, membre de l'Institut en 1990, Raymond BOUDON a enseigne également régulièrement à l'université de Genève et connu une riche carrière internationale, enseignant aussi bien à Harvard, qu'à Chicago ou Oxford.

Il est demeuré très influencé par les études quantitativistes américaines et c'est d'ailleurs comme partisan d'une position "scientifique" en sociologie qu'il théorise l'approche quantitative, dans la foulée de Paul LAZARSFELD. Il s'en ainsi attaché à préciser des outils mathématiques dans l'analyse des faits sociaux. Raymond BOUDON s'est ensuite éloigné de cette position assez rigide pour défendre et illustrer un paradigme d'inspiration néopositiviste qu'il appelle, à la suite de Joseph SCHUMPETER, l'"individualisme méthodologique". Celui-ci repose sur l'ambition de "retrouver des structures générales à partir de l'analyse des phénomènes particuliers", au départ de ce qu'il appelle ensuite des "effets de composition" dans lesquels les individus investissent une rationalité incomplète, leur capacité d'information et de décision étant limités par les positions qu'ils occupent par rapport à d'autres individus. L'individualisme méthodologique s'oppose au holisme durkheimien (et aussi marxiste, en fait souvent la cible camouflée de ses attaques, souvent), pour lequel la totalité sociale rend compte de et détermine les comportements des parties, en l'occurrence les individus. Cette logique du social ne peut ignorer les conséquences non intentionnelles des actions agrégées, ce que Max WEBER avait appelé "paradoxe des conséquences" et que BOUDON rebaptise "effets pervers". Ce qui permet, en passant, nous le remarquons, de nommer tous ces conflits sociaux comme étant souvent des "effets pervers"... L'individualisme méthodologique postule que, pour les sociologues, étudier la société consiste non seulement à étudier les individus (ce qui est évident), mais aussi que l'explication des phénomènes qu'ils abordent - classes sociales, pouvoir, système éducatif, famine, etc. - réside dans des caractérisations individuelles, notamment psychologiques. Le débat au sujet de l'individualisme méthodologique reflète une certaine tension concernant la relations entre l'individu et la société. Actuellement, cette tension est fréquemment analysée en termes de "structure" et d'"agent" (agency), à l'exemple de la théorie de la structuration chez Anthony GIDDENS ou d'autres versions du constructivisme (théories de la construction sociale de la réalité).

  C'est contre le sociologisme et le culturalisme que se construit une sociologie d'instapiration libérale.

La position théorique de BOUDON, illustrée par de nombreux ouvrages, s'oppose notamment à ce qu'il appelle le sociologisme, illustré principalement par Pierre BOURDIEU, ainsi qu'au culturalisme, dont Clifford GEERTZ est le représentant dominant. Il dénonce dans le premier de ces travers le poids exagéré accordé au "social" investi du pouvoir de déterminer toutes les actions individuelles. Les individus seraient manipulés par les institutions et les structures au profit de la classe dominante, selon une vulgate marxisante qui a été largement répandue dans les années 1970. Dans le second travers, le déterminisme est accordé aux traits culturels transmis par des traditions, ce qui entraînerait une méconnaissance des phénomènes de pouvoir. Pour BOUDON, l'objet de la sociologie est d'élaborer des théories, qui, par l'analyse des systèmes d'interactions, doivent permettre de rendre compte des actions, tant logiques que non logiques, des individus. Cette sociologie est, dans la ligné de WEBER (selon BOUDON et ses collaborateurs), de nature compréhensive et donc reposer sur une prise en compte des motivations des individus observés, ce qui implique la possibilité pour l'observateur de se substituer à lui dans un contexte connu de ce dernier.

Raymond BOUDON est considéré généralement comme occupant une position assez marginale dans la sociologie française, celle d'un théoricien d'une position libérale, et ce malgré toutes les conquêtes institutionnelles qu'il a pu entreprendre, dans ce contexte de domination des pensées libérale et néo-libérale. Il insiste sur la notion d'homo sociologicus, agent intentionnel doté d'une certaine autonomie, à l'opposé de la conception de l'agent social comme sujet passif (selon son interprétation même de la tradition sociologique française...). Il combat aussi diverses formes de relativisme au nom de la possibilité de respecter une certaine objectivité dans les études sociologiques. Certains de ses critiques, de plus en plus nombreux d'ailleurs, n'ont toutefois jamais manqué de souligner que sa sociologie serait empreinte de déterminisme, et qu'elle est également teinté de structuralisme, ce qui le rapprocherait davantage, malgré ses dénégations, d'un Bourdieu  qu'il n'apparait à première vue. (Claude JAVEAU)

 

Raymond BOUDON, Les Méthodes en sociologie, PUF, 1969 ; Les mathématiques en sociologie, PUF, 1971 ; Effets pervers et ordre social, PUF, 1977 ; La logique du social, Hachette Littérature, 1979 ; La Place du désordre, PUF, 1984 ; L'inégalité des chances, Armand Colin, 1973 ; Le sens des valeurs, PUF, 1999 ; Pourquoi les intellectuels n'aiment pas la littérature, Odile Jacob, 2004 ; Tocqueville aujourd'hui, Odile Jacob, 2005.

Raymond BOUDON et François BOURRICAUD, Dictionnaire critique de la sociologie, PUF, 1982.

Collectif, Raymond Boudon, a life in sociology, essays in Honour of Raymond Boudon, 4 volumes, 1624 pages, édités par Mohamed CHARKAOUI et Peter HAMILTON, Oxford, The Bardwell Press, octobre 2009.

Yao ASSOGHA, La sociologie de Raymond Boudon, L'Harmattan, 2000, reproduit dans le site Internet classiques.uqac.ca

Claude JAVEAU, Raymond Boudon, dans Encyclopedia Universalis, 2014.

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14 juin 2020 7 14 /06 /juin /2020 06:44

  Savoir/Agir, revue trimestrielle française critique de sciences sociales, propose des analyses en sociologie, en science politique, histoire, ainsi que des rubriques d'actualités. Elle parait, depuis 2007, aux éditions du Croquant, grâce à l'association Savoir/Agir, anciennement Raisons d'Agir, sans la responsabilité d'un comité de rédaction présidé par Frédéric LEBARON.

Présente sur le portail Cairn.Info, Savoir/Agir est l'une des trois publications des éditions du Criquant, avec Zilsel (semestriel) et la Revue du Parti du gauche. Comme toutes les revues et livres publiés par les éditions du Croquant, Qavoir/Agir est autant disponible sur papier, en librairie, que sous forme électronique (Internet).

    L'association Savoir/Agir a pris la suite de l'association Raisons d'agir (qui existait depuis l'hiver 1995, officiellement depuis 1998) depuis 2010 et s'est dotée d'une Charte, Un intellectuel collectif autonome. Rédigée contre l'hégémonie de la pensée néo-libérale et le rétablissement de la critique, cette Charte veut être le support de "l'ébauche d'un intellectuel collectif autonome capable d'intervenir dans le champ politique en prenant appui sur les compétence spécifiques liées à l'exercice du métier de chercheur en sciences sociales, sur la forme de légitimité particulière dont ils sont crédités, sur l'autorité morale dont les dote leur autorité intellectuelle. 2bauche peu à peu rectifiée, inscrite dans le prolongement d'entreprises sociologiques collectives comme La misère du monde et d'initiatives militantes comme la création de l'Association de réflexion sur l'enseignement supérieure et la recherche (ARESER) et du Comité international de soutien aux intellectuels algériens (CISIA) et mobilisant l'autorité acquise contre celle des hommes politiques, de leurs prophètes et de leurs experts. C'est encore l'invention collective d'une nouvelle figure de l'engagement politique des intellectuels, issue à la fois d'un retour critique sur les figures de "l'intellectuel de parti" ou de "l'intellectuel total"(incarnée par Sartre), de l'héritage des sociologues durkheimiens ou de la figure de "l'intellectuel spécifiques"(incarnée par Foucault) et de la rupture avec la censure positiviste de toute intervention normative (le métier de sociologue est - sans pour autant s'y réduire - une activité éminemment politique).

   La revue aborde des sujets sociologiques dans une démarche volontairement politique. Le numéro 1 de 2007 abordait le "sens d'une défaite", et entre dans le détail du fonctionnement de la société (La crise financière : crise du système, crise de croyance?, 2008/2, n°4 ; Un peuple européen sur mesure, 2009/1, n°7 ; Le médicament : les dessous d'une marchandise, 2011, n°16 ; Journalisme et dépolitisation, 2014/2, n°28 ; Prendre le foot au sérieux, 2014/4, n°30 ; Les cadres pris dans la gestion, 2017/2, n°40 ; Le classes sociales en question, sur deux nuuméros, 2019, 2 et 3, n°48 et 49). Le numéro 50, de décembre 2019 propose un dossier sur "la mondialisation de la drogue, un espace politique". Et également des articles sur La sociologie peut-elle susciter de l'émotion? ; Pierre Bourdieu était-il un pince-sans-rire un peu pervers?

 

Savoir/Agir, Cairn.Info. éditions du croquant, 20 route d'Héricy, 77870 Vulaines sur Seine ;  editions-croquant.org

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12 juin 2020 5 12 /06 /juin /2020 08:33

   Albrecht  (ou Albert-Venceslas) Eusebius Wenzel Von WALLENSTEIN (ou WALDSTEIN) condottiere le plus célèbre de l'Histoire, est un homme de guerre de la noblesse bohémienne. Au service du Saint-Empire romain germanique pendant la guerre de Trente Ans, devenu généralissime des armées impériales, duc de Friedland, de Sagan et de Mecklembourg.

 

Une riche carrière militaire

    L'armée qu'il constitue lors de la guerre de Trente Ans et qui atteint jusqu'à 100 000 hommes (129 000 hommes et 18 000 cavaliers en janvier 1629, en Allemagne du Nord...) demeure la plus grande armée jamais réunie par un entrepreneur de guerre privé. Stratège de talent, il est aussi un très grand administrateur qui sait s'entourer d'hommes compétents. Soldat avant tout, WALLENSTEIN est aussi un habile politique qui comprend parfaitement la relation entre fins politiques et moyens militaires. A l'instar de son grand rival, GUSTAVE-ADOLPHE, WALLENSTEIN est un innovateur en matière d'organisation militaire, tant sur le plan du recrutement qu'au niveau des communications et de la discipline. Il parvient ainsi à limiter le nombre de désertions, à l'époque un obstacle sérieux pour tout commandant d'une armée.

   Originaire de Bohême, WALLENSTEIN combat pour le compte des Habsbourg, une fois converti au catholicisme en 1606. Après avoir hérité d'une fortune importante à la mort de sa femme, il rassemble une armée de mercenaires et propose ses services à l'empereur FERDINAND. Après la compagne de 1619-1620, il est récompensé par l'Empereur en devenant gouverneur de Bohême, puis en 1625, duc de Friedland. En 1626, il est chargé de repousser une attaque de l'armée danoise. C'est à ce moment qu'il commence à réunir une armée imposante dans son duché de Friedland, transformé en un gigantesque arsenal de guerre. En 1627, avec 70 000 hommes, il repousse les Danois hors de Silésie et, allié avec ILLY, conquiert les provinces du Schleswig, Holstein, Meklembourg et la péninsule danoise. Il est à nouveau récompensé par FERDINAND, mais son ascension et l'importance de son armée inquiètent les princes allemands et même l'Empereur. En 1630, il est écarté par ce dernier. Cependant, après la défaite de l'armée impériale de TILLY à Breitenfeld (1631), face à GUSTAVE ADOLPHE, FERDINAND décide de rappeler WALLENSTEIN, malgré les demandes exorbitantes de celui-ci.

Au printemps 1532, WALLENSTEIN ressemble une nouvelle fois son armée et parvient à repousser hors de Bohême les alliés de la Suède avant de reconquérir le territoire au sud de l'Allemagne, grâce à une tactique indirecte où il évite le choc frontal. Alors que GUSTAVE ADOLPHE avance vers le sud, WALLENSTEIN mène une offensive sur le nord, obligeant les Suédois à repartir dans l'autre sens. Le 19 novembre 1632, c'est le choc face aux troupes de GUSTAVE ADOLPHE à Lützen où WALLENSTEIN est surpris par l'attaque de son adversaire. Disputée dans un brouillard épais qui provoque une certaine confusion, la bataille débute par une attaque de la cavalerie suédoise contre l'artillerie impériale. WALLESTEIN réagit avec sa propre cavalerie et affaiblit le centre suédois. C'est à ce moment que GUSTAVE ADOLPHE, à la tête de sa cavalerie, est tué. Il est remplacé par Bernard de SAXE-WEIMAR, alors que PAPPENHEIM vient en renfort de WALLENSTEIN avant d'être lui-même tué au combat. SAXE-WEIMAR s'empare de l'artillerie adverse et oblige WALLENSTEIN à se retirer sur Leipzig. L'armée impériale perde 12 000 hommes alors que les Suédois comptent 10 000 victimes. Cette bataille tempère l'ardeur de WALLENSTEIN qui oeuvre alors pour une paix négociée où il tente de dessiner lui-même la nouvelle carte politique de l'Europe centrale. Après des négociations complexes mêlées d'intrigues, jalousé par l'empereur FERDINAND, et finalement abandonné par ses généraux, il meurt assassiné en février 1634. (BLIN et CHALIAND)

 

         Derrière une habileté militaire brillante et de réelles capacités d'administration et d'organisation, contribuant d'ailleurs à la militarisation d'une grande partie de l'économie de la Bohême (fabrique d'armements, casernes, contrôle militaire du territoire, prélèvements forcés et violences contre les populations afin d'alimenter le budget militaire...), se trouve une tendance superstitieuse (il n'est pas le seul de son époque dans ce cas) à se fier aux oracles, constamment accompagné de docteurs et d'astrologues.

 

    S'il ne laisse pas d'écrits - en dehors bien entendu de la supervision d'une grande bureaucratie - sa vie a suscité un foisonnement de travaux historiques et littéraires. C'est d'ailleurs peu après sa mort que paraissent les premières biographies et pièces de théâtre : après la trilogie théâtrale Wallestein de Friedrich von SCHILLER (1799), le mouvement se poursuit, au point qu'en 1910, plus de 2 500 études ont déjà paru sur le sujet. Des historiens se consacrent à sa biographie, tels Leopold von RANKE (1869), Hellmut DIWALD (1969) ou Golo MANN (1971).

 

Basil H. LIDDEL HART, Great Captains Unveiled, Londres, 1989. Golo MANN, Wallenstein, Francfort, 1978. Alfred DÖBLIN, Wallenstein, Marseille, Agone, 2012.

 

Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, tempus, 2016.

 

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11 juin 2020 4 11 /06 /juin /2020 09:50

Critiques de l'individualisme méthodologique

    A la lecture du Dictionnaire critique de la sociologie et des ouvrages de Raymond BOUDON, le lecteur averti ne manque pas d'être interpellé à tout le moins par une relecture "individualiste" des auteurs classiques, tels que DURKHEIM, MARX ou WEBER. Convoquer MARX pour en faire un auteur pratiquant l'individualisme méthodologique  sans le savoir, c'est s'exposer au minimum à la critique selon laquelle tout en individualisme méthodologique. Écrire par exemple que la loi tendancielle du taux de profit repose sur l'effet de composition des comportements des capitalistes - chaque capitaliste qui investit réduit la part de capital variable, seul producteur de plus-value, ce qui nuit aux intérêts du capitalisme pris globalement - constitue à nos yeux une certaine déformation, falsification, qui relève de la malhonnêteté intellectuelle ou de l'incompétence sociologique. On peut rejeter avec Raymond BOUDON les interprétations "holistes" de DURKHEIM faites par certains auteurs, on peut même dénier aux "holismes" toute valeur scientifique sans pour autant réinterpréter la pensée des auteurs qui se situent dans cette perspective. Chercher une légitimité à l'individualisme méthodologique dans l'oeuvre de WEBER, de DURKHEIM, voire de MARX, ne laisse pas d'étonner, et dénote une certaine habitude académique de rechercher la caution d'arguments d'autorité...

    Pourtant, alors que cette méthode décrédibilise d'une certaine manière la tentative d'élaborer une sociologie basée sur l'individualisme méthodologique, celle-ci a le mérite de rappeler aux sociologues l'importance de l'individu dans toute théorie sociologique. Ce qui devrait être une réaction au "sociologisme" de certains auteurs hyper-fonctionnalistes marxistes ou structuralistes, devient un condamnation d'auteurs qui n'ont pourtant pas versé dans ce "holisme" tant décrié. Il est d'ailleurs contradictoire de réaliser cette condamnation et de se réclamer de ces mêmes auteurs pour valoriser cette nouvelle sociologie...

Cependant la critique de cette sociologie-là porte essentiellement sur la contradiction logique dans laquelle s'enferme l'individualisme méthodologique qui affirme sans cesse l'autonomie (voir la liberté) de l'individu et ne cesse de développer des exemples qui font une large part aux contraintes des structures et des situations. On ne trouve ainsi placé dans une théorie à géométrie variable dans laquelle tantôt les auteurs développent les possibilités de choix des individus (et d'ailleurs souvent "individus purs", tous identiques et désincarnés, qui rappellent constamment ceux de la théorie économique libérale...), tantôt ils insistent sur les effets de situation qui limitent ces choix. Que la constatation de ces effets de situation soient le produit des actions individuelles (effets d'agrégation et effets pervers) ne va jamais jusqu'à comprendre ces structures et ces institutions comme moyens d'action... Pierre FAVRE (Revue française de sciences politiques, 1980) conclu que "la sociologie des effets pervers est tout d'abord une sociologie déterministe et non une sociologie de la liberté", puisque l'acteur rationnel de Raymond BOUDON n'est évidemment pas libre, puisque son comportement est conditionné par la logique de la situation. En considérant l'ensemble des études produites par les tenants de l'individualisme méthodologique, on perçoit bien la nécessité de celui-ci et en même temps la primauté logique du niveau global... C'est que la spécificité de l'individualisme méthodologique est de vouloir expliquer le social par les effets d'agrégation des comportements individuels comme le condense les formules "mathématiques" souvent produites dans ces études. En définitive, le choix déclaré de s'intéresser en priorité à l'individu en rejetant toutes les théories dites holistes est un parti pris et un engagement théoriques aux antitpodes de la "neutralité axiologique" affirmée par Raymond BOUDON (1986). Plus encore, la problématique posée dans les termes de l'alternative individualisme/holisme, autonomie individuelle/déterminisme social enferme dans le piège de la polarisation individu/société et de la discontinuité entre les deux notions. Les effets de composition ou d'agrégation comme explication du social ne suffisent pas à définir le continuum entre les individus et le social, d'une part parce qu'ils n'expliquent qu'une infime partie du social, mais surtout parce que ce continuum est aussi présent à l'autre extrémité de la chaîne, chez les individus, que l'on peut penser comme cristallisation de la société, résultante et condensation des rapports sociaux.

Ainsi la fécondité de l'individualisme méthodologique, qui a rappelons-le le mérite de considérer dans l'analyse l'individu, oublié de nombreuses théories sociales (mais il faudrait démontrer cela aussi, ce que leurs auteurs font très partiellement...), se trouve entamée à la fois par :

- la nécessité de multiplier contre son gré les concessions aux holismes à travers l'usage des déterminismes sociaux ;

- le refus de prendre en compte la socialisation des individus (BOUDON, 1977) ;

   Pour Jean-Pierre DURAND et Robert WEIL, auxquels nous empruntons une large part de cette analyse, "le premier aspect est certainement le plus important,car R. BOUDON perçoit assez bien l'aporie dans laquelle il s'est enfermé : tout en privilégiant l'entrée par l'individu pour expliquer le social, il ne cesse de rappeler qu'il faut le penser dans son contexte social. Mais que signifie cette formulation? Quels sont les paradigmes mis en oeuvre pour tenir compte du social dans la constitution  ou le comportement des individus? Rien n'est dit sur ce point, sauf quelques références à la situation qui contraint l'individu à adopter tel ou tel comportement. En même temps, ce trouble par rapport à l'importance du social conduit R. BOUDON à modifier son vocabulaire, l'individu disparaît largement au bénéfice de l'acteur social, en particulier dans L'art de se persuader des idées douteuses, fragiles ou fausses (1990)."

Le deuxième aspect conduit à construire des individus sans subjectivité : ce qui s'avère aux antipodes des individus intentionnels (agissant suivent leurs bonnes raisons, ou selon le sens qu'ils accordent à leurs actes) définis par les tenants de l'individualisme méthodologique eux-mêmes.

   

     A la constatation de la formation de ces individus désincarnés, se joignent une critique en règle de l'utilitarisme et des limites de la rationalité axiologique, d'une logique de l'effet d'agrégation qui conduit à l'absence de mouvement historique, ce qui posent la question d'une réelle sociologie de la connaissance.

 

Des individus désincarnés

   le refus de concevoir les individus constitués historiquement en fait des êtres vierges, comme dans les explications des économistes libéraux. Ou bien ils sont habillés par une conception cognitiviste de la culture comme le propose PADIOLEAU (1986) ; mais on a changé d'objet au profit de la psychologie. Ou bien on se refère à l'individu moyen (abstrait) (comme dans les statistiques économiques) et désincarné comme le fait BOUDON et l'on a quitté le terrain des situations concrètes, objet de la sociologie.

Dans les démonstrations de R. BOUDON, les individus apparaissent tous comme interchangeables et identiques. Cette réalité devient carcaturale dans les emprunts à la théorie des jeux. On pourrait s'attendre à ce qu'une sociologie qui affirme la priorité de l'individu s'intéresse un peu plus à ce qui fait l'individu un sujet unique (comme le font d'ailleurs d'autres sociologues...). Car "ce n'est pas un des moindres paradoxes de l'oeuvre de Boudon que d'apparaitre en fait comme une sociologie sans sujet" (P. FAVRE, 1980). il y a des déclarations d'intentions - en général en réaction aux démarches "holistes" - de prise en compte de la subjectivité des acteurs (BOUDON, 1984), mais il semble que ce soit la méthode des modèles, dont on voit l'importance chez BOUDON, qui contraigne l'auteur à utiliser des individus neutres et sans âme. "Les modèles avouent ainsi leur véritable statut : celui d'instruments de formalisation, d'aide à la compréhension, d'idéaux-types en un mot ; ils ne sont pas là et ils ne peuvent pas être, comme semble parfois le croise R. Boudon, des figures explicatives des conduites observables" (FAVRE, 1980).

Afin de pallier ce manque, P. FAVRE propose d'allier aux logiques de situation de R. BOUDON les effets de disposition de P. BOURDIEU. Les dispositions des individus sont alors entendues comme l'ensemble des schèmes intériorisés qui déterminent la manière dont l'individu agit concrètement à chaque moment de sa vie. Quoique séduisante, la proposition risque d'être non-opératoire, les points de départ étant trop éloignés de cette conception pour que le sociologue puisse tenir les deux bouts de la chaîne et échapper à un embrouillamini plus descriptif qu'explicatif.

Il est d'ailleurs significatif que les sociologues, la plupart travaillant sur des objets bien précis et partiels (les diverses sociologies du travail, des villes, de la bureaucratie...) ne tiennent pas compte en définitive des apports de l'individualisme méthodologique, se situant plutôt dans la lancée des paradigmes précédents.

Enfin, le recours privilégié aux modèles et aux effets de situation par R. BOUDON tient peut-être à l'histoire de sa propre méthodologie. En passant des méthodes quantitatives et des modèles mathématiques (1965-1973) à la logique formelle et discursive, R. BOUDON se veut un logicien. Cette caractéristique, jointe à l'absence de travaux de terrains (tous les exemples et statistiques sont empruntés à d'autres auteurs) peuvent être à l'origine de cette "sociologie sans sujet".

 

Critique de l'utilitarisme

   Les rationalités des choix, devenus ultérieurement des préférence, ne suffisent pas à transformer les individus en sujets, car le calcul est effectué dans les termes froids des coûts et bénéfices en fonction des situations sans qu'il soit tenu compte de l'histoire et des dispositions des individus. On a parfois l'impression en lisant le Dictionnaire critique de la sociologie de tenir un manuel de comptabilité commerciale... (et c'est un ancien comptable qui écrit ça...).

Les emprunts à l'économie politique sont vigoureusement dénoncés par Alain CAILLÉ (Splendeurs et misères des sciences sociales, Genève-Paris, Librairie Droz, 1986). Ce dernier n'y voit ni plus ni moins qu'une absorption de la sociologie par l'économie politique. En posant l'intérêt comme axiome, l'utilitarisme et les courants sociologiques qui s'y ressourcent le pensent comme évident et refusent d'en analyser la nature. "Est-elle de l'ordre des pulsions du moi et/ou de l'instinct de conservation? Quel est alors son rapport avec le désir ou les passions? (...) L'intérêt est-il au fond de nature matérielle ou immatérielle, monétaire ou non monétaire, économique, politique ou symbolique? Est-il principalement inconscient ou conscient et, simultanément, les calculs sont-ils principalement, et dans quelle mesure, implicites ou explicites? Est-il légitime de parler de calcul lorsque les données de celui-ci ne sont pas clairement connues ou quantifiables? Et, si oui, qu'est-ce qui définit et produit la sphère de la calculabilité et quel est le commun dénominateur à des sphères d'intérêt différentes? Et encore, tous les acteurs sociaux sont-ils mûs, au fond, par des intérêts identiques, simplement différenciés en surface par le calcul objectif des circonstances particulières? Les intérêts sont-ils au contraire foncièrement variables, selon les individus ou les groupes, ce qui, soit dit en passant, réduirait singulièrement les chances scientifiques de l'axiomatique de l'intérêt" (CAILLÉ, 1986). Écarter le débat sur la nature de l'intérêt, c'est faire fonctionner la société  comme une mécanique composé d'éléments interchangeables, et se priver de la richesse de la diversité des individus et des interactions individus/situations.

Nombre d'auteurs doutent des prémisses de l'utilitarisme requis par l'individualisme méthodologique que ce soit parce qu'il repose sur des notions aussi ambigües que le bonheur (E. GELLNER, collectif, Sur l'individualisme, Presses de la FNSP, 1986). G. LAVAU conduit une longue critique du modèle individualiste en montrant qu'il ne peut pas rendre compte du comportement électoral (Ibid). A PIZZORNO abonde dans le même sens, en mettant en évidence la participation l'identification collective des différents électorats (intérêt symbolique), l'importance de l'imaginaire collectif primant largement sur les intérêts matériels des électeurs.

 

Les limites de la rationalité axiologique

   Que l'utilitarisme ne tienne plus le rôle central du modèle cognitiviste de l'individualisme méthodologique (si l'on en croit l'évolution par exemple des écrits de R. BOUDON), ne peut que réjouir ceux qui voient dans l'acteur social autre chose qu'un être rationnel et calculateurs. A travers la rationalité axiologique, R. BOUDON avance d'autres mobiles de l'action et du comportement : pour comprendre le comportement d'un individu, l'observateur ou le sociologue doivent s'intéresser au sens que l'individu donne à son comportement, à sa décision ou à son action. Ainsi, "les sciences sociales ont intérêt à considérer qu'une croyance ou une action, aussi bizarre qu'elle paraisse à l'observateur, fait sens pour l'acteur" (BOUDON, L'art de se persuader des idées douteuses, fragiles ou fausses, Fayard 1990);

Que la croyance soit "juste" ou "vraie, que l'acte conduise ou ne conduise pas à l'objectif escompté n'a pas d'importance. Et R. BOUDON part en guerre contre les tenants de l'irrationalisme de certaines actions ou croyances : pour lui, chaque acteur possède ses bonnes raisons d'agir comme il le fait. Telle est la rationalité de l'acteur, qu'elle repose sur des croyances normatives ou sur des croyances positives, que celles-ci soient justes ou erronées : tout acteur est rationnel.

La question devient alors : d'où viennent ces croyances? Sur quoi se fondent-elles? Qu'est-ce qui fonde le sens des dites croyances pour l'acteur social? En un mot, d'où viennent les valeurs morales? problème déjà soulevé par T. PARSONS et G. SIMMEL. Pour R. BOUDON, "il faut souligner le caractère irréductible de la rationalité axiologique et de la rationalité cognitive" (Le juste et le vrai. Essai sur l'objectivité des valeurs et de la connaissance, Fayard, 1995) et "l'on peut parler sans excès de l'objectivité des valeurs". Comment démontrer celle-ci? La sachant indémontrable, R. BOUDON fustige ceux qui pensent que "les valeurs sont des créations, non des éléments du réel" et recourt aux classiques tels que TOCQUEVILLE, ou Max WEBER pour déclarer : "Le caractère collectif de la réaction (face à l'imposture de Tartuffe) s'explique parce qu'elle est fondée sur des raisons objectives. Le sentiment d'évidence, la certitude morale qu'éprouve chaque spectateur, le fait que chacun tende à avoir la même réaction que son voisin sont la conséquence de l'objectivité des raisons qui fondent ces sentiments".

Ainsi les valeurs sont fondées sur des raisons objectives, et on mesure cette irréductibilité (c'est-à-dire le fait qu'en deçà il n'y a rien à expliquer, qu'elles sont un donné) au caractère collectif de la réactions des individus. Dans la thèse de R. BOUDON le collectif, ou le social, n'apparaissent pas là où l'on pourrait s'y attendre en sociologie, c'est-à-dire comme facteur explicatif d'un fait social (ici les valeurs morales). Bien au contraire, le collectif ou le social surgissent comme confirmation - somme toute arbitraire - qu'un fait est premier, indémontrable, qu'il s'agit d'un donné irréductible : les valeurs sont fondeurs sur des raisons objectives et la sociologie ne peut s'intéresser à l'indépassable. (Faut-il y voir l'influence de la tournure d'esprit des réflexions de POPPER?).

La seule concession de R. BOUDON aux théories explicatives des valeurs est la reconnaissance que "sans doute leur objectivité (des valeurs) est-elle contextuelle. Ce qui est bon ici ne l'est pas forcément là" (1995). Ce seul indice, celui de la non-universalité de nombre de valeurs, suffit à invalider la thèse de l'objectivité des valeurs (d'ailleurs pourrait-on écrire, des siècles d'érudition en Occident, frotté aux cultures extérieures, ont abouti à cette constatation...). Les valeurs apparaissent bien comme des construits sociaux dont le processus de production échappe encore en grande partie aux sciences sociales ; mais cela ne saurait suffire à en faire des faits sociaux irréductibles. En même temps, le fait  qu'il s'agisse de construits sociaux n'implique pas, contrairement aux assertions de R. BOUDON, que les valeurs soient des illusions, ni que l'on soit conduit ) n'importe quel relativisme exacerbé (parfois sous prétexte de respect mutuel des cultures différentes...) ou scepticisme dans les sciences sociales...

    La sociologie des croyances collectives (justes ou fausses) ne peut s'en tenir à l'analyse des bonnes raisons qui les fondent. Si chacun a des bonnes raisons de croire ceci ou cela, c'est parce qu'il y a des schèmes, des cadres affectifs et intellectuels, collectifs de réception et d'interprétation communs aux hommes placés dans les mêmes situations historiques et sociales. Ces schèmes et ces cadres varient eux-mêmes au cours de l'histoire et sont façonnés socialement : ils sont transmis à chacun d'entre nous dans les rapports sociaux (de l'enfance à la mort!). Rejeter une telle approche, ou celles qui voisinent, c'est considérer l'homme comme un être éternellement vierge ou mieux encore, conservé à l'état de nature. Ce genre de considérations, rendus nécessaires par l'insistance de cet individualisme méthodologique à s'immiscer dans tous les domaines sociaux, semble bien basique, et relever même du B.A. BA de la sociologie la plus simple... C'est dire que nous considérons dans ce blog cette sociologie comme une véritable régression intellectuelle...

   De ce primat donné à l'individu par rapport à la société, et quoiqu'il s'en défende, Raymond BOUDON doit de temps en temps se défaire, et il semble rechercher dans la trans-subjectivité une solution à la contradiction dans laquelle il s'enferme, en rejetant les causalités sociales et les relations de groupes à groupes... Ce qui est bien maigre et insuffisant pour expliquer les faits sociaux...

 

De l'effet d'agrégation à l'absence de mouvement historique

   l'individualisme méthodologique a peine à répondre à la question suivante : Pourquoi des individus (nombreux) vont-ils constituer un syndicat plutôt qu'une amicale de boules?  (et à un autre moment  délaisser l'activité syndicale pour des activités culturelles et de loisirs?). Il peut rendre compte du franc succès d'une grève, expliquer comment, en raison d'une trop forte implantation syndicale, une unité industrielle est délocalisée (effet pervers). Mais il ne peut pas expliquer le fait syndical en lui-même. D'une certaine manière, cette question est hors champ pour lui.

  La problématique de l'action collective pourrait être celle-ci : "Étant donné que toute décision collective découle, ou du moins dépend, de multiples décisions individuelles, comment des milliers de choix individuels s'entrecroisent-ils de façon à créer un grande mouvement social?" (Charles TILLY, 1986, Action collective et mobilisation individuelle, dans BIRNHAUM et LECA, Sur l'individualisme, Paris, Presses de la FNSP) Or, si les conceptions réductrices ont pu traduire mécaniquement des intérêts collectifs en actions individuelles, les modèles qui déduisent l'action collective des seuls intérêts particuliers sont tout aussi peu satisfaisant.

La solution réside dans la prise en compte du contexte social antécédent à l'action. Par social on entend la mise en rapport des forces sociales, des conflits et des coopérations ou alliances qui dépassent les seules interactions entre individus. Selon Adam PRZEWORSKI, qui se situe dans un cas extrêmement général, "les travailleurs organisent des "syndicats", les capitalistes construisent des lobbies, ils découvrent leurs problèmes propres résultant de ce processus et, en cas de succès seulement, ils finissent peut-être par se rencontrer. Mais les travailleurs et les capitalistes (et d'autres) sont en relation en dehors de, et préalablement, à tout processus d'organisation : ils s'organisent toujours par rapport à l'autre classe." (Le défi de l'individualisme méthodologique à l'analyse marxiste, dans BIRNHAM et LECA, ibid)

Il en ressort que la situation des groupes sociaux, leur constitution, les structures sociales et les rapports entre groupes  préexistent à l'action individuelle ou collective dans le sens où ils appartiennent à la durée (histoire). Pour sortir de l'impasse à laquelle mène l'alternative holisme/individualisme, il est indispensable de prendre en compte à la fois les conflits, contradictions et alliances et les caractéristiques des individus appartenant aux divers groupes sociaux, à tous les groupes sociaux. C'est précisément ce que l'individualisme méthodologique se refuse à faire, car, surtout les conflits, battent en brèche ce caractère de mouvement brownien des individus et des groupes sur lequel il compte pour expliquer les effets pervers, les effets non désirés, eux-mêmes bien plus présents selon lui que les autres effets, (au point de se livrer parfois à des vues strictement démographiques...) - car autrement il faudrait se livrer à l'analyse des actions stratégiques - que les effets qui vont dans le sens des désirs des acteurs... Or dans la vie quotidienne comme dans l'histoire, nombre d'activités (celles qui en fait construisent dans les mentalités l'histoire des groupes sociaux) aboutissent réellement à des conséquences voulues...

Autrement dit, le modèle des effets d'agrégation et l'individualisme méthodologique ne prennent en compte qu'une faible partie du champ sociologique en privilégiant l'analyse des structures d'interdépendance. Les mouvements sociaux au sens large (conflits, manifestations, mouvements d'idées...) se trouvent hors champ de l'individualisme méthodologique - sauf lorsqu'ils sont issus de structures d'interdépendance. Seule la théorie des jeux est requise dans l'explication des faits sociaux...

Selon P. FAVRE, c'est le refus de s'intéresser à la genèse des situations et des structures d'interactions qui aboutit à l'absence de dimension historique. Ce refus "interdit à Boudon de proposer une théorie de la dynamique sociale : il ne peut penser la dynamique sociale qu'analytiquement, comme le processus même engagé par toute logique de situation, ou, au moins, comme le résultat de l'accumulation infernale d'effets pervers. Cela apparait dans le fait que Boudon en arrive à tout qualifier d'effet pervers et à trouver des effets pervers à chaque instant de la vie sociale" (1980). Enfin, après avoir démonte quelques exemples empruntés à Effets pervers et ordre social, P. FAVRE conclut "que si R. Boudon donne, grâce à l'analyse des logiques de situation, des explications pertinentes de fragments de processus sociaux, il ne parvient pas à éclairer les mécanismes du changement social lorsque celui-ci se développe dans le moyen terme".

Une des questions posées est en fait celle du rapport entre le développement de l'individualisme méthodologique durant les années 1980 et la place nouvelle faite à l'individu dans la société au même moment : accroissement de la concurrence inter-individuelle à l'école et dans l'entreprise, individualisation des rémunérations, primat de l'initiative individuelle, désyndicalisation, crise du militantisme... J. LECA ne se dit pas "aussi convaincu que Boudon et Bourricaud que "l'individualisme méthodologique et l'individualisme tout court entretiennent le même rapport que le chien constellation céleste et le chien animal aboyant, c'est-à-dure aucun rapport" (1982). Plus, selon nous, l'affirmation d'une connexion entre la montée de l'individualisme dans la société et les événements de mai 1968 dans le monde, pour imputer des effets de l'individualisme à cette révolte contre des situations sociales et morales depuis trop longtemps injustes, veut d'une certaine manière camoufler le fait que le véritable essor de cet individualisme vient des années 1980, années du triomphe d'un certain capitalisme et même d'un certain esprit du capitalisme (qui n'est pas tout le capitalisme, loin s'en faut)... D'ailleurs, au contraire, à la suite de ces mouvements du mois de mai 1968, se sont éclos nombres de théories sociales, dans les années 1970, voulant promouvoir le collectif, les intérêts collectifs globaux...

Pour dépasser le débat holisme/individualisme, on peut considérer que la sociologie possède plusieurs entrées pour analyser le social, et qu'il faut distinguer soigneusement les études portant sur les individus de celles concernant les collectivités. Cependant le choix de privilégier l'une ou l'autre des entrées n'est pas neutre : tout se passe comme si en traitant de l'individu on débouchait sur une inaptitude ) rendre compte de la dynamique sociale et sur des paradigmes privilégiant l'ordre social existant comme en témoignent certains titres d'ouvrages.

 

Quelle sociologie de la connaissance?

  L'individualisme méthodologique se veut avant tout un modèle théorique répondant et invalidant les thèses dites "holistes" des autres théories sociologiques. Certains ouvrages de Raymond BOUDON apparaissent ainsi plutôt comme des oeuvres de logicien, l'auteur cherchant plus à prouver le bien fondé de ses thèses qu'à faire avancer la connaissance sociologique de l'objet "société". Ces réflexions épistémologiques paraissent à maints auteurs toutefois incontournables à qui s'interroge sur la scientificité de la sociologie.

  En se penchant plus précisément dans ses derniers ouvrages sur le fondement des croyances, justes ou vraies, collectives ou individuelles, R. BOUDON a aussi le projet d'invalider le scepticisme qu'il qualifie de post-moderne, et selon lequel toutes les valeurs, toutes les positions et toutes les croyances se valent, elles sont toutes acceptables, sinon juste. Par exemple, vu de loin, un cylindre peut être appréhendé comme un disque ou comme un parallélépipède : vu de plus près lorsqu'on l'appréhende en perspective, il apparait pour ce qu'il est. Autrement dit, le scepticisme qui veut que la réalité ne soit pas connaissable doit être rejeté. R. BOUDON lui préfère une démarche réaliste (Le juste et le vrai, 1995) qui lui permet d'affirmer l'objectivité des valeurs. Mais il s'écarte aussi d'un "réalisme absolu" qui flirterait avec une conception de la connaissance comme "reflet" du réel.

"Bien sûr, aucune vérité ne peut prétendre être absolue : une vérité absolue ne saurait se concevoir autrement que comme une copie littérale du réel : or, une telle copie est à peu près inconcevable, l'objet le plus simple correspondant pour nous à une multitude inépuisable de sensations. Mais si nos représentations ne peuvent prétendre à la vérité absolue, elles n'en sont pas pour autant arbitraires. Car une représentation qui serait dépourvue de contact avec le réel serait inutile. Par le rôle crucial qu'il attribue aux a priori dans la connaissance, Simmel rejette donc toute conception réaliste de la connaissance. Mais, par le fait que ces a priori n'ont d'intérêt qu'à partir du moment où ils sont, si l'on peut dire, avalisés par la réalité, il rejette aussi toute conception conventionnaliste, c'est-à-dire toute théorie faisant de l'accord entre sujets connaissants le fondement exclusif du vrai." (L'art de se persuader des idées douteuses..., 1990).

BOUDON s'affiche simmelien (et ses oeuvres abondent d'ailleurs de références à SIMMEL), car c'est à partir de l'étude des a priori qu'il peut analyser, toujours en logicien, et comprendre les croyances des acteurs sociaux, qu'il s'agisse de croyances ordinaires ou de démarches scientifiques ; car quelles qu'elles soient, elles reposent toujours sur des a priori qui, parce qu'ils sont implicites (méta-conscients) entachent généralement les théories scientifiques malgré la qualité de leur argumentation logique. SIMMEL renvoie dos à dos le réalisme et le relativisme (qui renvoie dans son acceptation absolue au scepticisme) et propose de considérer que "conditions sociales et idées sont liées par des relations de causalité réciproques, toujours selon BOUDON. Ainsi, la connaissance peut avoir lieu  partir d'un point de vue, c'est-à-cire à partir de ce que l'on appellerait aujourd'hui un paradigme ou un cadre (1990). Ce que R. BOUDON dénomme un héritage néo-kantien à travers le recours à des catégories, à des a priori en diffère. Car à la différence de ce que soutient KANT, à savoir que les catégories nous sont données et que l'on ne peut les connaitre plus profondément, SIMMEL avance que les a priori sont plus nombreux et plus divers que ce que KANT a indiqué. De plus, ces a priori sont variables dans le temps, et d'une certaine façon, sont connaissables.

Ces a priori sont au coeur du "modèle de Simmel" de la sociologie de la connaissance puisqu'ils permettent d'expliquer en quoi "c'est le fonctionnement normal de la connaissance qui conduit à l'erreur" (1990). Puisqu'il ne peut exister de connaissance sans point de vue, sans ces a priori qui appartiennent de façon méta-consciente (inconsciente, aurait-on dit avant FREUD) au processus connaissant, on pourrait s'attendre à ce que Raymond BOUDON en fasse l'objet central de ses recherches. Mais comme il aurait été conduit à reconnaître les composantes sociales de ces points de vue ou de ces a priori (ce que SIMMEL de son côté amorce), c'est-à-dire de faire quelques concessions aux thèses holistes, il s'arrête en deçà de l'analyse de ces a priori. Il se contente de déclarer valide la rationalité axiologique ou la rationalité cognitiviste sans rechercher leur mode de constitution et plus encore en les qualifiant d'irréductibles.

Pourtant, cette sociologie de la connaissance apporte quelques certitudes. En particulier, la diversité des points de vue et des a priori n'est pas contraire aux notions d'objectivité et de vérité. "Le relativisme - au sens kantien ou néo-kantien, (c'est-à-dire au sens de Simmel) - n'est nullement incompatible avec les notions d'objectivité et de vérité (BOUDON, 1990). Alors l'accès à la vérité est possible "non pas bien qu'elle soit relative mais parce qu'elle est relative" (selon les propos mêmes de SIMMEL, Philosophie de l'argent, 1988, réédition du livre de 1900) . Ce rejet de la connaissance absolue va de pair avec le rejet de la "théorie du reflet" en sociologie de la connaissance et se fonde sur la réciprocité des relations qui lient conditions sociales et idées. Elle a le gros avantage de valider la théorie de la multiplicité possible des vérités sans conduite au scepticisme. Elle laisse toutefois en suspens, il est vrai, la question de la diversité de nature des vérités selon les champs considérés, comme l'indiquent Jean-Pierre DURAND et Robert WEIL.

 

     Cette critique en règle de l'individualisme méthodologique n'est pas le fruit d'une obsession intellectuelle ; elle se veut mise au point dans une évolution contrastée de la sociologie, prise toujours entre débats idéologiques et rivalités académiques, mais insérée dans une évolution générale de la société, que précisément cette forme de sociologie tend à mettre de côté dans le champ de la réflexion nécessaire.

Jean-Pierre DURAND et Robert WEIL, Sociologie contemporaine, VIGOT, 2002. Raymond BOUDON et François BOURRICAUD, Dictionnaire critique de la sociologie, PUF, 1982.

 

 

 

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