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22 mai 2020 5 22 /05 /mai /2020 14:38

      Il n'existe pas encore d'histoire globale de l'humanité qui intègre les épidémies dans une vision d'ensemble. Que ce soit en temps de paix ou de guerre, l'absence de prise en compte des diverses épidémies qui frappent régulièrement les êtres vivants sur la planète entraine des erreurs d'appréciation importantes que ce soit sur le plan politique, économique ou social (ou encore sociétal...). Pour ce qui concerne les conflits armés, combien de victoires et de défaites ont été mises sur le compte de l'habileté ou de la faillite des stratèges et le mérite des combattants, alors que, sans doute doute sur des batailles importantes, les véritables vainqueurs sont invisibles. En temps de paix, combien de disettes, de famines ont été mises sur le compte de politiques économiques ou de malversations marchandes ou de révoltes alors que les cycles climatiques et les épidémies balaient régulièrement les terres et les mers? En tirer simplement une leçon d'humilité est insuffisant. Un certain nombre de constantes sociologiques et matérielles se manifestent lors des épidémies et parce que leur connaissance a connu de grands progrès, l'imprévoyance de certains gouvernements n'en ressort que d'autant plus. De même que le tableau d'ensemble de l'histoire de l'humanité est incomplet, les pandémies constituant sans doute des périodes charnières sous-estimées, véritables tournants sur bien des plans - il y a un certain risque historiographique à "penser" la marche du monde à partir d'un état post-pandémique pour comprendre véritablement les ressorts de la vie "d'avant" - il n'existe pas de "sociologie des épidémies" à l'heure actuelle et il faut procéder par comparaisons entre épidémies ou pandémies à réputations semblables - les craintes suscitées, la peur étant dans ce domaine sans doute plus importes que les faits eux-mêmes - pour discerner les contours de cette possible "sociologie des épidémies"... et des conflits qu'elles révèlent ou qu'elles suscitent en propre...

    Sans établir ni les contours ni l'ensemble de la problématique d'une sociologie des épidémies, on peut s'essayer à comparer deux épidémies-pandémies, des temps modernes, dans leurs prémisses, dans leurs déroulements et dans leurs possibles conséquences sociales, économiques et politiques. Avec un certain arbitraire, tout en limitant le risque historiographique d'expliquer une épidémie-pandémie à partir des résultats et des situations postérieures, on choisit ici de comparer deux épidémies dans les Temps Modernes : l'épidémie de choléra du XIXe siècle (1832-1852) et l'épidémie du coronavirus du début du XIXe siècle (2019-?).

- On ne peut qu'être frappé par le moment où elle intervient dans les deux cas : juste au moment du triomphe d'un certain libéralisme, celle de la Monarchie de juillet née de la révolution parisienne, frustrée, de 1830 et celle d'une mondialisation libérale qui vient de loin, de la fin des années 1980, qui éclot notamment sur les ruines de l'empire soviétique et de la fin de la guerre froide. Elle éclate brutalement, l'une qualifiée de "mal asiatique" et venant à partir de mars 1832 par les côtes de la mer du Nord, l'autre, de Chine, l'un des centres du nouveau capitalisme mondialisé - concurrent direct des États-Unis, à partir de fin 2019 (les études historiques plus tard nous le diront, sans doute dès octobre...) et via les transports internationaux par mer et par air venant frapper l'Europe surtout à partir de février-mars 2020... Elles mettent fin tout deux à l'euphorie libéral, plus modestement et plus lentement au XIXe siècle, brutalement et massivement (arrêt du commerce international, confinements plus ou moins grands...) au XXIe.

- Inédite par son ampleur depuis la peste à Marseille en 1720, l'épidémie de choléra n'arrive pas par surprise pour tout le monde. Dès 1831, Casimir PERIER lui-même donne des instructions pour le renforcement des contrôles sanitaires, car on connait la progression du choléra au Bengale depuis 1817. Surprenant par sa nouveauté, le coronavirus n'est cependant pas venu complètement lui aussi par surprise. Déjà auparavant, la même région de Chine avait connu un autre virus comparable, et des mesures sont même prises en Europe dans les pays mis en état d'alerte (simple) sanitaire dès début 2020. Mais, il y a comme un effet retard dans la prise de conscience de l'ampleur et de la dangerosité du choléra comme de la pandémie du coronavirus. Se joignent, semble-t-il la volonté de sauvegarder le commerce et le système économique et l'espoir que l'épidémie ne concernera pas l'Europe ni les États-Unis (pour ce qui est de la deuxième, du XXIe siècle). Se reproduisent les mêmes comportements de dirigeants très liés à la classe économique dominante à toutes les épidémies connues. Si au Moyen-âge, on se fie à l'intervention divine réclamée avec forces processions nombreuses et variées, au XIXe siècle, on se fie à la supériorité de l'homme blanc par rapport aux masses asiatiques et au XXIe siècle, en Europe mais surtout aux États-Unis, on soupèse longuement les inconvénients et les avantages des mises en quarantaine face aux risques économiques...

- Dans les deux cas, le corps médical est pris au dépourvu. Le choléra se transmet de proche en proche, mais rien n'accrédite avec certitude la thèse de la contagion. Les cordons sanitaires et autres mesures traditionnelles - il est vrai contournés à loisir par certaines branches économiques - n'avaient, semble-t-il, aucun effet restrictif sur la diffusion de la maladie. Le coronavirus semble nouveau, induisant des attaques multiples et différenciées sur les différents individus et populations, rendant difficile l'établissement d'un étiologie et d'une méthode de combat. Même après avoir établi avec une certaine rapidité si l'on regarde l'histoire des virus et  autres êtres microscopiques, sa carte génétique, le corps scientifique, globalement, tâtonne encore en ce mois de mai 2020, pour établir tests fiables, traitements et vaccins. Ce n'est que par l'établissement de quarantaines fortes, de distanciation sociale constante et de gestes barrières contraignants que l'on peut limiter sa propagation. Il faut attendre l'aboutissement de recherches médicales au cours d'une cinquième pandémie, celles des années 1880-1890, pour que le savant allemand Robert KOCH parvienne à isoler le bacille du choléra (1883) et on ne sait combien de temps il faudra à la recherche médicale actuelle (ni combien de vagues de pandémie il faudra...) pour connaitre suffisamment bien le coronavirus pour le combattre efficacement... Dans les deux cas, une grande période d'incertitude s'installe, génératrice d'angoisse dans les populations et surtout chez les dirigeants politiques... qui tentent d'ailleurs de la faire oublier pour que l'économie et les affaires repartent... Dans la même tension des priorités entre santé et économie, les responsables dans la politique et dans les affaires (souvent les mêmes familles au XIXe et XXIe siècles) tendent à accélérer les "retours à la normale", levant parfois les quarantaines et les confinements contre l'avis de la communauté médicale.

- Le choléra exacerbe les tensions sociales et politiques, et dans les années 1820-1830, nombre de guerres "séparatistes" emmènent des soldats loin de chez eux, prenant la maladie et la transférant à leur retour au pays. Choléra et passion révolutionnaire franchissaient alors allégrement des frontières, au grand dam des pouvoirs conservateurs. Pour les élites qui avaient surtout en tête de restructurer leurs énergies autour de nations, où la question nationale était la plus importante, le mal cholérique remet au premier plan la "question sociale" et atteste la dangerosité des miasmes dans lesquels le peuple végétait. L'hygiénisme, mû par le désir de régénérer les pauvres et protéger les riches, prend son essor dans les années 1830 et 1840. Alors que pour le peuple de Paris par exemple, le choléra est le fruit d'un complot - ce qui ressemble furieusement à l'hystérie constatée sur les réseaux sociaux du XXIe siècle, de multiples initiatives, dans un très large spectre politique et moral, conduisent à construire des plans pour éradiquer à la fois la misère et la maladie endémique notamment dans les quartiers pauvres. L'éclosion des études sociologiques et des mouvements socialistes tout au long de ce siècle a peut-être de lointaines origines dans cette pandémie de choléra, d'autant que plusieurs vagues successives rappellent à toutes les classes sociales la présence du même problème. De même, la pandémie du coronavirus revivifie une "question sociale" tout à fait contemporaine, dans des sociétés aux inégalités et aux poches de pauvreté croissantes depuis des décennies. Elle touche toutes les catégories sociales, mais surtout les plus vulnérables, dans les quartiers les plus vulnérables. L'exemple des Hauts de Seine pour la France est particulièrement frappant, là où les politiques antérieures de réduction de l'espace public et des moyens publics (à commencer par les hôpitaux) se font les plus sentir. Le rappel - leur nécessité constante - des règles d'hygiène va-t-il amener à un nouvel hygiénisme? En tout cas, il provoque la prise de conscience, même dans les classes "favorisées", que l'individualisme forcené dans tous les domaines - y compris celui de l'hygiène qui est vécu comme une contrainte - dans les domaines économique (un laissez-faire des politiques de riches maximisant à outrance, au plan international, le profit à court terme, moral (la multiplication des instruments centrés sur l'individu va-t-il montré ses limites - entendez par là tous ces portables, ces mobiles, ces applications individualisées...) et social, bien entendu. De nouvelles solidarités vont-ils naitre de cette vague de pandémie? D'autant qu'elle pourrait être suivie d'autres...

- La mondialisation au XIXe et XXIe siècles, suite à la pandémie, est d'une certaine manière remise en question. A l'incertitude scientifique qui prévalut tout au long du XIXe siècle quant à la nature du choléra correspondit une interrogation tout aussi profonde sur les moyens les plus adaptés pour le contrecarrer. L'action des pouvoirs publics n'avaient de sens qu'à une échelle internationale, presque à l'évidence les transferts de troupes, les migrations et le commerce traçaient les routes par lesquelles la maladie se propageait, et ce de plus en plus vite à mesure qu'apparaissaient de nouveaux moyens de communication, tels les chemins de fer et la marine à vapeur. Mais fallait-il sacrifier le libre-échange, promesse de paix et de prospérité selon les Britanniques, aux exigences du combat contre les épidémies? Les doutes anti-contagionnistes rejoignaient les intérêts marchands dans leur critique des mesures de quarantaine, réputées aussi coûteuses qu'inefficaces. Plus un pays était éloigné des sources de l'épidémie, plus il avait tendance à préférer les mesures d'hygiène et de désinfection aux politiques de restriction des circulations. La France oscilla au cours du siècle, mais lorsqu'elle accueillit en 1851, à Paris, la première conférence sanitaire internationale, à laquelle participaient une douzaine de pays, ce fut bien pour demander un allègement des quarantaines et s'aligner ainsi sur les positions britanniques. Ce furent les préoccupation stratégiques à propos de l'Orient qui se joignirent aux préoccupations sanitaires. Les lieux saints de l'Islam apparurent comme les foyers principaux de l'épidémie, et l'Europe s'efforça de contrôler davantage encore la circulation économique en Égypte et dans l'Empire Ottoman, à l'entrée du canal de Suez. C'est tout au long de ce canal que s'érige une sorte de cordon sanitaire, qui est aussi un moyen impérial de contrôle, les efforts des savants et des diplomates pour échafauder un dispositif de surveillance sanitaire international aboutirent à la création, en 1907, de l'Office international d'hygiène publique... Cette intrication des enjeux sanitaires et stratégiques au sens large se revoit, dans le même mouvement de mise en cause de la mondialisation au début du XXIe siècle, pas forcément avec les mêmes effets, puisque les diplomaties chinoises et états-uniennes semblent entrainer le monde plutôt vers une logique centrifuge. L'histoire de la pandémie du coronavirus ne fait sans doute que commencer et la suite dira si l'on verra un renforcement ou un amoindrissement de la coopération sanitaire internationale, laquelle pourrait bien se disjoindre de la question du commerce international, pour l'instant très mis à mal, puisque les transports maritimes et aériens entre les continents et les pays sont encore en berne. En tout cas, dans bon nombre de pays, s'élèvent des propositions qui veulent remettre en marche autrement l'économie et la santé, propositions qui, s'ils venaient advenir d'autres vagues de la pandémie du coronavirus... ou d'autres virus ou facteurs de maladies, qui pourraient trouver de plus en plus d'échos. Les deux mois de confinement mondial (même partiellement) ont donné aux acteurs économiques le répit pour imaginer d'autres circuits économiques, notamment plus centré sur les ressources plus proches des consommateurs de manière générale, d'autant qu'un autre aiguillon intervient puissamment, jusque là absent de ces pandémies historiques, les changements climatiques radicaux subis déjà par nombre de populations. Et ce d'autant plus que de plus en plus d'études mettent en ligne de mire les relations entre pollutions (notamment particules fines), changements brusques de températures et de pressions (affaiblissant les résistances des organismes vivants) et propagation des épidémies...

- La politique de la peur, enfin est un thème réellement présent dans ces deux pandémies. Il s'agit au XIXe siècle pour les pouvoirs politiques - notamment les monarchies - de maintenir la pression populaire par une présence - réelle et virtuelle - policière et des moyens de répression. Il s'agit au XXIe siècle siècle pour les pouvoirs animés de l'esprit néo-libéral, de contenir les expressions populaires de mécontentement, par des répressions fortes et médiatisées, au "nom de la loi et de l'ordre". Si au XIXe siècle, les pouvoirs politiques peuvent compter encore - et on est sur la phase terminale de l'influence majeure des institutions religieuses, confrontées aux montées de l'irreligion et de l'anti-religion - sur les autorités religieuses dans leurs entreprises de maitrise de populations, au XXIe siècle, au siècle du triomphe de l'individualisme - qui va jusqu'à l'édification de "croyances sur mesure" - il n'en est plus question. Heureusement pour cette politique de la peur qui empêche de participer aux manifestations et aux grèves (la menace du chômage ne suffisant plus...), les pouvoirs publics disposent de moyens d'information sans égale, et de manipulations des opinions publiques grâce au sur-développement des réseaux sociaux, par ailleurs ferments de contestation..., donc dangereux à utiliser!   En tout cas, on le voit bien, tout cet amoncellement d'émissions radios et télés sur le terrorisme (faire du terroriste aux couteaux un facteur d'angoisse et de peur aussi puissant qu'une puissance nucléaire...) de la décennie précédente, a donné aux pouvoirs publics des enseignements qu'il peut faire fructifier pour régler à la fois la "question sociale" et la "question sanitaire"...

- Il ne semble pas y avoir de commune mesure entre la réalité de l'épidémie et l'information diffusée sur le moment et même plus tard après la pandémie. Si le choléra suscite lorsqu'il frappe en Europe l'effroi du monde journalistique qui la transmet à ses lecteurs notamment lors de ses pics, ce dernier tarde dans le compte rendu de ses ravages parmi les armées qui interviennent sur le continent et au Moyen-Orient de 1820 jusqu'à l'orée des années 1900. A l'inverse, compte tenu du déploiement des moyens d'information et de l'état de la mondialisation en 2019, les nouvelles propagent les craintes d'un bout à l'autre du monde, à partir de son premier épicentre, la Chine (même si dans un premier temps les médias muselés en Chine, et une répression qui frappe le monde médical, en retardent la perception), sans tenir compte le moins du monde d'une comparaison entre cette nouvelle épidémie et les épidémies saisonnières qui, au départ, font beaucoup plus de victimes chaque année dans le monde. Il faut bien entendu attendre la fin de la pandémie du XXIe siècle pour que soient décortiquées toutes ces données chiffrées sur les victimes du coronavirus (tant les imprécisions abondent...), et également que toute son ampleur (si est tant que les testes seront fiables et généralisés à temps...) soit connue, pour en tirer les enseignements sanitaires, économiques et sociaux.

     Jacques POULET, dans une communication présentée à la Société Française d'Histoire de la Médecine faite le 19 décembre 1970, intitulée "Épidémiologie, sociologie et démographie de la première épidémie parisienne de choléra, donne un aperçu de ce que pourrait être une sociologie des épidémies. Il pointe bien le contexte d'une explosion des communications dans le monde, et estime que ces épidémies, ces pandémies, constituent des événements importants de l'histoire à la fois par les ravages directs et les troubles sociaux, économique et politiques qui les accompagnent. Il alerte aussi sur le fait, que, malgré une veille sanitaire importante existant au XXe siècle, l'Humanité n'est pas à l'abri de ce genre d'événements à répercutions proprement civilisationnelle.

Nicolas DELALANDE, 1832, une France cholérique, dans Histoire mondiale de la France, Seuil, 2018.

 

SOCIUS

    

 

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21 mai 2020 4 21 /05 /mai /2020 08:09

    Le philosophe politique anglais d'origine canadienne Gerald Allan 'Jerry' COHEN est l'un des principaux représentants du marxisme analytique.

Sa pensée évolue sensiblement au fil du temps, partant d'une défense traditionnelle du matérialisme historique (1978), il parvient à une position plus proche du christianisme social (bien que non chrétien), pratiquement selon lui-même à l'opposé? Ses préoccupations majeures sont donc le matérialisme historique et la philosophie politique, où il s'est successivement confronté aux travaux de MARX, de NOZICK, de DWORKIN et de RAWLS.

 

     Étant issu d'une famille juive, athée et proche du Parti communiste, il fréquente à Montréal pour ses études primaires l'école Morris Winchewski, gérée comme l'Ordre du peuple juif uni, une organisation prosoviétique, antisioniste et antireligieuse. En 1958, il intègre l'université anglophone McGill, puis l'université d'Oxford de 1961 à 1963 où il étudie la philosophie sous la direction d'Isaiah BERLIN. Il enseigne ensuite à l'Université College de Londres de 1963 à 1954, avant d'obtenir la Chaire de théorie sociale et politique à l'Université d'Oxford, qu'il conserve jusqu'en 2008, lorsqu'il devient professeur de Jurisprudence à l'Université College London en remplacement de Ronald DWORKIN.

     Plusieurs de ses étudiants, tels que Christopher BERTRAM, Simon CANEY, Alan CARTER, Cécile FABRE, Will KYMLICKA, John MCMURTRY, David LEOPOLD, Michael OTSUKA, Seana SHIFFRIN et Jonathan WOLFF ont continué d'être d'importants philosophes moraux et politiques.

     Ses oeuvres suivent les changements entre marxisme et christianisme social, et cette évolution se situe dans l'ensemble de celle de nombreux marxisant en Grande Bretagne.

- Karl Marx's Theory of History : a defence, publié en 1978, et réédité en 2000, dans une version (que nous ne recommandons pas forcément...) qui prend ses distances avec la première publication, est à l'origine du "marxisme analytique". COHEN propose une défense de la théorie de l'histoire de MARX (matérialisme historique) en s'appuyant sur les critères de la philosophie analytique, en particulier en portant l'accent sir la précision des énoncés. Cette démarche se distingue de la version traditionnelle de la théorie, car elle rejette l'approche dialectique habituellement utilisée.

- History, Labour and Freedom : Themes from Marx, publié en 1988, marque une rupture dans la pensée de l'auteur, sur deux points. D'une part, figurent une série d'articles visant à réfuter le matérialisme historique tel qu'il le défendait initialement. D'autre part, apparaissent des articles de philosophie politique, qui constitue par la suite sa préoccupation majeure.

- Self Ownership, Freedom and Equality, publié en 1995, regroupe des articles publiés depuis une dizaine d'années et constitue une répose à l'ouvrage libertarien de Robert NOZICK, Anarchie, Etat et utopie (1974), qui lui -même répondait à Théorie de la justice (1971) de John RAWLS. COHEN propose une défense de la propriété de soi, en tirant des conclusions opposées à celles de NOZICK, et son ouvrage constitue une oeuvre centrale du libertarianisme de gauche. Par la suite, COHEN prend ses distances avec le conception de propriété de soi.

- If you're an Egalitarian, How Come You're So Rich? (Si vous être égalitarien, comment êtes-vous devenu si riche?), publié en 1999. COHEN entre en dialogue avec l'oeuvre de John RAWLS, avec ce livre fortement autobiographique. Il y raconte son enfance dans un milieu juif communiste. Cela l'amène à réfléchir sur ce qui nous fait croire fermement en nos convictions alors même que nous savons qu'elles sont largement héritées, du fait de notre milieu de naissance notamment. En ce qui le concerne, COHEN sait que sa carrière philosophique, et sa préoccupation pour le marxisme en particulier, ont été largement déterminés par son origine sociale.

Faisant le point sur cet héritage marxiste, il confronte trois courants de philosophie politique ayant l'égalité comme principal objectif : le marxisme, le libéralisme-égalitaire rawlsien et la branche sociale du christianisme. Tant le marxisme que l'approche rawlsienne, selon lui, ont négligé l'importance de l'éthique individuelle dans la visée de justice sociale. Le marxisme parce qu'il considérait l'avènement de la société communiste comme inévitable. La théorie rawlsienne parce qu'elle se focalise sur la "structure de base" de la société, sans se soucier des motivations véritables des individus. Ainsi, le principe de différence rawlsien (qui justifie des inégalités incitant certains à travailler plus et ainsi faire croître le produit social) est injustifiable du point de vue individuel, car un individu ne peut pas à la fois être favorable à l'idéal égalitaire et exiger des incitations financières pour apporter sa propre pierre à l'édifice social. Dès lors, COHEN parient à la conclusion que l'approche sociale-chrétienne, qui préconise la transformation intérieure en plus de l'action sur le monde extérieur, est la plus apte à porter l'objectif d'égalité. Ce constat est, écrit-il, à cent lieues de l'orthodoxie marxiste de sa jeunesse.

Ce livre a été publié en français en 2010 (Si tu es pour l'égalité, pourquoi es-tu si riche?), dans la collection L'avocat du diable des éditions Hermann.

- Rescuing Justice and Equality, paru en 2008, constitue un dialogue - plus approfondi que dans le précédent ouvrage - avec la théorie de la justice de John RAWLS. COHEN s'attaque d'une part au constructivisme qui caractérise la méthode rawslienne et d'autre part à son principe de différence.

La méthode constructiviste consiste à imaginer des individus dans une situation idéale de décision (impartiale), à leur faire sélectionner les principes d'organisation de la société les plus adéquates possibles. Du fait de l'impartialité de la situation imaginée, les principes choisis devraient être justes. Mais, explique COHEN, ceux qui utilisent cette méthode confondent ce qu'ils pensent être un idéal de justice avec des normes de régulation sociale. Or, ces dernières doivent tenir compte d'une série de faits sociaux et de difficultés pratiques qui importent dans l'idéal de justice. De ce fait, la justice, comme idéal philosophique, ressort amoindrie de la méthode constructiviste.

John RAWLS considère comme juste toute inégalité qui profite aux moins favorisés. Ce faisant, il tolère que des individus égoïstes, qui ont besoin d'incitations pour contribuer au produit social, bénéficient de salaires plus élevés que ceux qui n'ont pas besoin d'incitation parce qu'ils sont mus, par exemple, par un sens de la communauté. Sur cette base de la différence, COHEN reproche à RAWLS de restreindre la justice au cadre législatif de la société et propose que les comportement individuels doivent également être soumis à des critères de justice. L'idéal d'égalité n'en sera que mieux défendu.

- Why not socialism?, court ouvrage (92 pages) publié à titre posthume, livre une série d'arguments, sur le mode de la philosophie analytique, à propos de la désirabilité et de la faisabilité du socialisme. Pour ce faire, COHEN invoque le modèle du camping en groupe, où même les moins égalitaires d'entre nous préférerons une organisation de type socialiste à un fonctionnement de type capitaliste. Ensuite, il soumet à discussion plusieurs modèles de socialisme de marché (modèles idéaux à ce pas confondre avec le modèle chinois), permettant à la fois de conserver le précieux mécanisme d'incitation et la fonction d'information du marché et d'orienter ce dernier vers une distribution plus juste des ressources. Mais, rappelle COHEN, si le socialisme de marché est certainement un modèle aux nombreux avantages, incontestablement supérieur au statu quo, il ne faudrait pas oublier que tout marché mobilise des motivations mesquines, entraînant des effets indésirables. Ce pourquoi il conclut : "Tout marché, même socialiste, est un système prédateur". Publié en français sous le titre Pourquoi pas le socialisme?, par L'Herne.

      Reconnu comme partisans du marxisme analytique, COHEN est membre fondateur du Groupe Septembre. Il reste un ami proche, malgré les différences philosophiques, du philosophe politique marxiste Marshall BERMAN.

 

Gerald COHEN, Su tu es pour l'égalité, pourquoi es-tu si riche?, 2010 ; pourquoi pas le socialisme?; 2010. Il ne semble pas que les ouvrages majeurs de l'auteur aient été traduits en français.

Fabien TARRIT, Gerald A. Cohen et le marxisme : apports et prise de distance, dans Revue de philosophie économique, 2013 ; Le marxisme de G.A. Cohen, Genèse, fondements et limites, 2016.

 

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18 mai 2020 1 18 /05 /mai /2020 11:27

     L'économiste, politologue et philosophe américain John ROEMER, professeur d'économie et de sciences politiques à l'université Yale, contribue, avec John ELSTER, Gerald VOHEN ou Philippe Van PARIJS, dans les années 1980 au marxisme analytique.

     Avant de rejoindre Yale, il est membre de la faculté d'économie de l'Université de Californie à Davis, et avant d'entrer dans le monde universitaires, il travaille plusieurs années en tant qu'organisateur de travail.

C'est à partir d'une formation en mathématique notamment à l'université de Californie à Berkeley, tout en s'impliquant dans le mouvement anti-guerre du Vietnam, origine d'ailleurs de son exclusion de l'Université pour activités politiques subversives. Il enseigne ensuite les mathématiques dans les écoles secondaires de San Francisco pendant 5 ans avant finalement de retourner à Berkeley où il obtient son doctorat en économie en 1974.

     John ROEMER est membre de l'Econometric Society et membre correspondant de la British Academy. Un temps président  de la Society for Social Choice and Welfare, il a siégé aux comités de rédaction de nombreuses revues en économie, en sciences politiques et en philosophie. Il siège actuellement au conseil consultatif d'Academics Stand Against Poverty (ASAP).

     

    John ROEMER contribue principalement dans 5 domaines : l'économie marxiste, la justice distributive, la concurrence politique, l'équité et le changement climatique, et la théorie de la coopération.

- L'économie marxiste. Ses premiers travaux portent sur les principaux thèmes de l'économie marxisme qu'il tente de réinterpréter en utilisant les outils de la théorie de l'équilibre général et de la théorie des jeux. Il propose (1982, Harvard University Press, Théorie générale de l'exploitation et de la classe) un modèle d'agents différenciés par leurs dotations et qui doivent choisir leur profession, soit en agissant sur la main-d'oeuvre soit en utilisant leur capital. En optimisant les prix du marché, les agents choisissent l'un des 5 postes de classe, par exemple dans l'agriculture, dont la nomenclature générale comprend, les propriétaires agricoles, les paysans riches (employeurs et travaillant leurs terres), les paysans moyens (ne travaillant que pour eux-mêmes et ne participant pas au marché), les paysans pauvres (travaillant leur propre parcelle et vendant leur force de travail) et les travailleurs sans terre (que ne vendent que leur force de travail). Les individus sont, par ailleurs, soit des exploiteurs, soit des exploités, selon qu'ils consomment des biens ou en dépensent.

Le résultat central, le Principe de correspondance d'exploitation  de classe (CECP) qui indique que les individus qui optimisent et emploient sont nécessairement des exploiteurs et ceux qui optimisent seulement en vendant leur force de travail sont exploités. Ainsi, un principe marxiste classique, pris comme un fait observé dans les écrits de MARX, émerge ici comme un théorème. Des relations lient l'exploitation et la classe. Dans les modèles simples (par exemple, celui de LÉONTIEF), la définition du "travail incarné dans les marchandises" est simple. Avec des ensembles de production plus complexes, ce n'est pas le cas, et donc la définition de l'exploitation n'est pas évidente. Le programme de ROEMER est alors de proposer des définitions du temps de travail incarné, pour les économies avec des ensembles de production plus généraux, ce qui préserverait le CECP. Cela conduit à l'observation que, pour les ensembles de production générale, le temps de travail incarné ne peut pas être défini avant que l'on connaisse les prix d'équilibre. Ainsi, contrairement à MARX, la valeur-travail n'est pas un concept qui est plus fondamental que les prix. ROEMER regroupe certaines de ses idées dans Analytical Marxism, Cambridge University Press, 1986.

- Justice distributive. Son travail sur l'exploitation l'amène à croire que la cause fondamentale de l'exploitation est l'inégalité de propriété des actifs productifs, plutôt que le genre d'oppression qui se produit dans le processus de travail au point de production. Tout en écrivant A General Theory of Exploitation and Class (1982), ROEMER est influencé par le philosophe G. A. COHEN et le théoricien politique John ELSTER, tous spécialistes voulant reconstituer le marxisme sur des bases analytiques "solides", en utilisant des techniques modernes. ROEMER rejoint ce groupe en 1981. Il est fortement influencé par COHEN, dont l'ouvrage de 1978, Karl Marx Theory of History : A defence, devient la référence du marxisme analytique. Ayant compris que l'inégalité de propriété des actifs était la cause principale de l'inégalité capitaliste, ROEMER commence à lire des travaux philosophiques sur l'égalité. Impressionné par les écrits de Ronald DWROKIN (1981), prônant une sorte d'égalitarisme des ressources, il montre plus tard (1985) que son hypothétique marché de l'assurance et son voile d'ignorance ne suffisent pas à compenser la mauvaise dotation de talents naturels ou de malchance à la naissance. S'inspirant de la proposition de Richard ARNESON (1989), il propose une conception de l'égalité des chances, que tentait de favoriser DWORKIN et DRNESON : indemniser les gens pour les tenir en même temps responsables de leurs choix et de leurs efforts. Il élargit cette théorie dans plusieurs ouvrages successifs (1996, 1998, 2012) où il propose un algorithme selon lequel une société pourrait égaliser les chances d'obtenir des objectifs donnés : capacité de gain, revenu, santé) pour les individus rendus ainsi responsables de leurs choix. ROEMER et ses collaborateurs produisent alors un certain nombre d'applications de cette approches (2001-2012), la Banque mondiale utilisant cette approche pour évaluer l'inégalité des chances dans les pays en développement. On trouve une bonne synthèse des travaux théoriques dans son livre de 1998, Theories of Distributive Justice, Harvard University Press.

- Concurrence politique. John ROEMER s'intéresse à la "lutte démocratique des classes", c'est-à-dire à la façon dont les classes des démocraties s'affrontent suivant leurs intérêts opposés. Il est insatisfait du concept dominant d'équilibre politique, pour plusieurs raisons : les acteurs politiques se soucient plus de gagner les élections plus que de représenter réellement leurs électeurs , cet équilibre n'existe que si l'espace politique est unidimensionnel. Dans son ouvrage de 1999, il propose un autre concept d'équilibre politique dans la concurrence des partis, qui exploite l'idée que les organisations de partis se composent de factions. Dans une variante de la proposition, chaque organisation du parti comprend 3 factions : les militants, qui souhaitent proposer une politique qui maximise l'utilité moyenne des électeurs du parti, les Opportunistes, qui ne veulent que maximiser la probabilité de victoire et les Réformistes qui souhaitent maximiser l'utilité attendue de leurs électeurs. Un équilibre consiste en une proposition de politique de chaque partie, de sorte qu'aucun partie ne peut s'écarter d'une autre politique qui augmenterait les gains de ces trois factions. Ce concept, appelé Parti Unanimity Nash Equilibrium (PUNE), peut être considéré comme impliquant des négociations entre les factions au sein de chaque parti. PUNE s'applique facilement à un ensemble bidimensionnel ou un multiple d'équilibres existent génériquement, dans des conditions raisonnables. Il est à remarquer que bien des analystes de la politique (politicienne) appliquent souvent ce genre de raisonnement pour comprendre l'évolution possible à l'intérieur d'un parti, en fonction des réussites et des échecs électoraux. ROEMER et ses collaborateurs appliquent cette méthode à un certain nombre d'exemple dans plusieurs ouvrages. Avec dynamisme, en étudiant l'impact d'un thème central, l'égalité économique, l'éducation, les impôts, l'immigration... Voir surtout pour cet ordre d'idées son ouvrage de 2001, réédité en 2006, Political Competition, Theory and Applications, Harvard University Press.

- Équité et changement climatique. Avec ses collaborateurs Humberto LLAVADOR et Joaquim SILVESTRE, John ROEMER élabore une théorie formelle de la durabilité, que les auteurs appliquent au problème du changement climatique (2010, 2011). Plutôt que de maximiser une somme de services publics généralisés, qui est la pratique omniprésente des économistes travaillant sur le changement climatique, les auteurs maximisent un objectif qui soutient le bien-être au plus haut niveau faisable, ou soutient la croissance du bien-être à un taux de croissance choisi. Il critique (2011) l'approche utilitaire à prix réduit. Ils proposent (2012) une méthode de négociation entre le Nord et le Sud sur l'attribution des droits d'émission de gaz à effet de serre, ne se positionnant pas sur l'éthique mais sur les possibilités existantes.

- Coopération. Bien que les biologistes évolutionnistes, les anthropologues et les économistes comportementaux considèrent de plus en plus l'Homo sapiens comme une espèce coopérative, presque toutes les théories économiques supposent un comportement conflictuel : la théorie générale de l'équilibre et la théorie des jeux non coopératifs en sont les principaux outils. ROEMER et SILVESTRE (1993, The proportional solution in economies with private and public ownership) entendent prouver l'existence, pour des environnements économiques généraux, de la possibilité d'une solution proportionnelle : une allocation de biens et de main-d'oeuvre efficace dont la valeur est proportionnelle à la valeur du travail dépensé par les différents acteurs. ROEMER (2011) indique qu'il s'agit d'un problème "d'équilibre kantien" coopératif entre acteurs, calculant leurs apports et leurs gains, en fonction de ce qu'ils constatent chez les autres, pour ne pas s'en écarter sans risques... Dans les écrits de ROEMER, on trouve souvent des éléments descriptifs et prescriptifs, pas toujours répartis en chapitres distincts.

 

   Peu de textes de John ROEMER sont traduits en français. On peut trouver dans la revue Boston Review des articles - en français dans la version française - de l'auteur, assortis de commentaires et de débats instructifs.

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17 mai 2020 7 17 /05 /mai /2020 07:13

   Le magazine politique et littéraire trimestriel américain Boston Review publie des analyses politiques, sociales et historiques, des critiques littéraires et culturelles, des critique de livres, de la fiction et de la poésie, en ligne et dans la presse écrite. Fondée en 1975 (avec comme titre New Boston Review) et basée à Cambridge aux Massachusetts; la revue se considère comme un "forum", et comporte souvent un essai principal suivi de plusieurs réponses. Il publie régulièrement également une empreinte de livres avec MIT Press.

     Avec à sa tête comme rédacteurs en chef, Deborah CHASMAN et le philosophe politique Joshua COHEN; l'écrivain Junot DAAZ étant l'éditeur de fiction, Boston Review, d'une diffusion de plus de 60 000 exemplaires, est publié par Boston Critic Inc, une organisation à but non lucratif, et reçoit régulièrement des éloges d'intellectuels et d'écrivains notables.

     Le magazine a déjà une longue histoire derrière lui. Con!u d'abord comme un trimestriel consacré à la littérature et aux arts, le magazine a été lancé par un groupe qui comprenait Juan ALONSO, Richard BURGIN et Anita SILVEY. En 1976, après le départ de quelques uns des rédacteurs fondateurs, la publication a été co-éditée par Juan ALONSO et Gail POOL, puis par Gail POOL et Lorna CONDON. A la fin des années 1970, il est passé de la publication trimestrielle à la publication bimensuelle. En 1980, Arthur ROSENTHAL devient éditeur du magazine, qui prend alors son nom actuel, édité par Nick BROMELL. Les rédacteur sne chef ont été alors Mark SILK, puis Margareth Ann ROTH, cette dernière étant resté jusqu'en 1991. Au cours des années 1980, l'horizon thématique du magazine s'élargit et, pendant les années 1990, devient plus orienté politiquement, tout en conservant un profil fort dans la fiction et la poésie. Joshua COHEN remplace ROTH en 1991 et est rédacteur en chef depuis lors. En 2001, Deborah CHASMAN rejoint le magazine en tant que co-éditrice.

     Le texte intégral de Boston Review est disponible sur Internet depuis 1995. Et depuis 1996, comme le veut la tradition éditoriale aux États-Unis, 30 livres ont été publiés sur la base d'articles et de forums publiés dans Boston Review. En 2010, Boston Review est passé d'un tabloïd noir et blanc à un format tout-couleur brillant et en 2017, le magazine change à nouveau de format, fusionnant son magazine d'intérêt général bimensuel et ses publications de livres en bookazines trimestrielles thématiques.

Signalons que Boston Review est visible en français sur Internet.

  

       Objet très particulier aux États-Unis (de par son poids! Mais l'ensemble de la presse hebdomadaire se signale par une pagination qui ferait pâlir d'envie les meilleurs journaux de France), Boston Review offre une arène pour favoriser et explorer les questions relatives à la politique. Les thèmes de ce forum vont du travail de l'aide étrangère, à la stratégie de désengagement de l'Irak, aux nouveaux stress économiques dans la classe moyenne. Boston Review n'est pas la seule revue à suivre une évolution de publications d'oeuvres de fiction vers des discussions politiques, qui passent d'ailleurs par-dessus les préoccupations traditionnelles de non-partisan (ni Parti démocrate, ni Parti républicain)... Ce qui ne l'empêche pas de renforcer son "espace de dialogue de grande envergure sur la fiction contemporaine", son New Fiction Forum, fondée sur la prémisse simple que malgré l'intense mercantilisme de l'édition actuelle, il existe des romans originaux et vitaux publiés chaque saison.

     Boston Reviev hisse généralement les débats vers un haut niveau, qui contraste avec le pullulement de publications (qui parfois ne se prennent vraiment pas au sérieux!) - malgré la crise de la presse - à l'essentiel des articles "de concierge" (pour rester très très gentils...). Par exemple dans son numéro 13, elle publie un propos de la philosophe Agnes CALLARD, selon laquelle on ne peut être bon dans un monde mauvais, et la violence née d'une colère fondée sur des bases justes est également juste. Martha NUSSBAUM interroge la démarche rétributive et Judith BUTLER esquisse une morale de la non-violence.

Boston Review, Boston Examen, Boite P.O., Cambridge, MA 02142, Site Interne : Bostonreview.net   

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16 mai 2020 6 16 /05 /mai /2020 16:45

     Le sociologue américain Erik Olin WRIGHT, professeur de sociologie émérite de l'Université du Wisconsin à Madison, entre autres fonctions, qui axe ses travaux sur l'étude des classes sociales, est une figure du marxisme analytique. Il est connu pour diverger du marxisme classique dans sa rupture de la classe ouvrière en sous-groupes de pouvoir diversement tenu et donc divers degrés de conscience sociale. Il introduit de nouveaux concepts pour s'adapter à ce changement de perspective, y compris la démocratie profonde et la révolution interstitielle.

    Erik Olin WRIGHT commence à faire des contributions à la communauté intellectuelle au milieu des années 1970, avec toute une génération de jeunes universitaires radicalisés par la guerre du Vietnam et le mouvement des droits civiques. A l'université du Winsconsin-Madison, il supervise les thèses de nombreux jeunes chercheurs qui ont procédé par la suite à des travaux, devenant des sociologues et des politiciens notables ; dont Wilmot JAMES, César Rodraguez GARAVITO et Vivek CHIBBER. De même, il siège à des comités de thèse des chercheurs qui continuent aujourd'hui d'apporter des contributions considérables dans les domaines de la stratification sociale, de la politique sociale et de l'inégalité : Gasta ESPING-ANDERSEN, Eduardo BONILLA-SILVA, sans oublier le regretté Devah PAGER....

Tout au long de sa carrière, il est sollicité par d'autres universités pour se joindre à leur faculté de sociologie, notamment l'Université d'Harvard en 1981 (tentative échouée par des opposants à ses thèses, comme Daniel BELL,  George HOMANS, Derek BOK, malgré les propositions de nombreux partisans et d'Harrison WHITE, qui respectait le travail de WRIGHT malgré son opposition à l'engagement marxiste). le conflit intellectuel se double toujours d'un conflit "professionnel", surtout dans le milieu universitaire, où tentent de se bloquer des carrières par des manoeuvres qui n'ont rien d'un débat intellectuel...

     Ses travaux ont pour objectif de moderniser le concept marxiste de classe. Il souligne l'importance du contrôle des moyens de production dans la définition d'une classe, pendant que, dans le même temps, il essaie de prendre en compte le cas des salariés qualifiés, s'inspirant dès lors du concept webérien d'autorité. Selon lui, les salariés avec des capacités recherchées sont dans une contradictory class location (terme qu'il utilise dans son livre Classes, difficilement traduisible mais approchant l'expression française de classe contradictoire) parce que, bien qu'ils ne soient pas capitalistes, ils sont plus précieux au propriétaire des moyens de production que les travailleurs moins compétents, le propriétaire des moyens de production essaie donc d'acheter leur loyauté en leur donnant des parts de ses entreprises et en les dotant d'une autorité sur ses collègues de travail. Ainsi les travailleurs qualifiés tendent à être plus proches des intérêts des "patrons" que de ceux des autres salariés.

   Publié en 1997, Class Counts tient une place particulière dans son oeuvre. Travail théorique, mais aussi empirique, cet ouvrage utilise les données collectées dans plusieurs pays industrialisés, y compris les États-Unis. Erik Odin WRIGHT s'attache à décrire les modalités d'un dépassement du capitalisme, en définissant une "boussole de l'émancipation". Dans son ouvrage qui présente cette recherche, publié en français sous le titre Utopie réelles, il s'efforce d'identifier les modalités d'action opératoires pour fonder une plus grande justice sociale et politique, en visant donc des "utopies" qui soient "désirables", "viables" et "faisables". En France, les thèses de ce livre ont été discutées par Jérôme BASCHET.

     Une recherche constante est transcrite dans ses ouvrages successifs, Class, Crisis and the State, London, New Left Books, 1978 ; Classes, London, verso, 1985 ; Interrogating Inequality : Essays on Class Analysis, Socialiism and Marxism, London, verso, 1994 ; Class Counts : Comparative Studies in Class Analysis, Cambridge, Cambridge University Press, 1997 ; Envisioning Real Utopias, London, verso, 2010 ; Understanding class, London, verso, 2015.

 

Erik Odin WRIGTH, Utopies réelles, Paris, La Découverte, collection L'horizon des possibles, 2017 ; Comprendre la classe. Vers une approche analytique intégrée, dans Contretemps, revue de critique communiste n°21, article traduit par Ugo PALHETA, paru d'abord dans la New Left Review en 2009.

Jérôme BASCHET, Quels espaces libérés pour sortir du capitalisme?; A propos d'Utopies réelles, dans EcoRev 2018/I, n°46, Cairn.info.

 

   

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15 mai 2020 5 15 /05 /mai /2020 08:25

   Un des thèmes sans doute les plus intéressants dans le déroulement de la seconde guerre mondiale, car ayant un enseignement bien au-delà de cette guerre, est la mobilisation des populations. Comment les gouvernements américains, japonais, allemands, italiens et français ont-ils pu (ou au contraire être contrariés) obtenir l'assentiment de populations pourtant encore marqués par les souvenirs de la première guerre mondiale à la participation à la guerre? L'effort de propagande des gouvernements, mâtinée souvent de mensonges d'État, a été particulièrement vif durant cette guerre et maints documentaires en rendent aujourd'hui bien compte. L'image de populations déterminées les unes contre les autres à en découdre, pour des raisons diverses, s'efface alors devant le constat des grandes difficultés qu'ont eu les agences gouvernementales de convaincre les populations de la légitimité de la guerre. Que ce soit en Allemagne, où l'intérêt au départ du soutien aux populations germanophones fut avancé pour le soutien aux actions de l'armée pour envahir des pays limitrophes (de manière concomitante à la répression de toutes les oppositions, de manière radicale), aux États-Unis, où il fallu l'exploitation de l'attaque surprise de Pearl Harbour pour convaincre la population au départ en grande majorité isolationniste, ou en France, où on dû installer une atmosphère de "drôle de guerre", et d'entretien de l'espoir de plier le régime nazi par la diplomatie, pour faire accepter la mobilisation générale, ces documentaires montrent le déploiement sans précédent de tout un appareil de propagande, où sont mis en jeu autant les émotions populaires que les arguments rationnels.

 

     39-45 Le monde en guerre dans les deux "épisodes" La guerre des civils, Angleterre 40-44 (DVD 2 volume 2)

 

La vie dans le Reich, 40-44 (DVD1 volume 3) indiquent de manière contrastée le grand jeu de la mobilisation civile, parallèlement à la mobilisation des armées, menés par les deux gouvernements britannique et allemand.

 

Pour sa part Pourquoi nous combattons? (DVD 7) montre bien la difficile mobilisation de l'opinion américaine en faveur d'une participation ouverte à la guerre. 

 

  

Les documentaire 39-45, quant à lui montre comment le pouvoir japonais emmène tout le peuple dans la guerre (DVD 2 volume 3), comment Hitler mène les Allemands des guerres en faveur des peuples germanophones à une entreprise bien plus vaste de conquête de territoires pour la race supérieures, notion que ne partage en fin de compte pourtant modérément les populations allemandes (DVD 1, volume 5), comment s'organise, entre collaboration des civils et maillage des forces policières et militaires, l'Empire nazi (DVD1, volume 5).

  

 

    Le documentaire Propaganda Kompanien montre combien, à travers les activités des reporters du IIIe Reich, l'information-désinformation sur les combats de la guerre, s'avéra indispensable pour obtenir la collaboration active des populations allemandes aux menées du régime nazi. Ce documentaire de 95 minutes de 2012, réalisé par Véronique LHORME (producteur La cuisine aux images, diffuseur Planète+, RTBF), a été sélectionné au Festival du film d'histoire de Pessac.

Présents sur tous les théâtres d'opération aux côtés de l'armée allemande, les caméraman des Propaganda Kompanien ont traversé la seconde guerre mondiale caméra au poing (payant d'ailleurs un lourd tribut dans leurs rangs). Ils ont rapporté des milliers d'images qui ont maintenu le statut d'archives, utilisées dans un but précis par les responsables du Reich : la propagande. Leur maitrise professionnelle, acquise bien avant leurs confrères des armées des autres pays, leur qualité et leur tournage systématique, font qu'aujourd'hui encore, ces images continuent d'influencer la perception que nous avons du grand conflit armé. Un gros plan est effectué dans ce documentaire sur les parcours de quatre reporters du IIIe Reich (dont le cameraman personnel d'Adolf HITLER, Walter FRENTZ) et sur les mécanismes qui ont hissé l'image au rang d'arme de guerre.

   

   

 

    Le film américain de Edward DMYTRYK Les enfants d'Hitler sorti en 1943, est une adaptation dramatisée de l'enquête journalistique Education for Death de Gregor ZIEMER. Ce métrage de 82 minutes, en noir et blanc, se centre autour des relations entre Karl, jeune allemand, hitlérien et une enseignante de nationalité américaine d'origine allemande, Anna Miller, qui se rencontrent à Berlin, en 1933, entre une école destinée aux enfants des résidents américains et une Horst Wessel Schule, qui la jouxte, où l'on enseigne à de jeunes recrues les rudiments de la propagande nazie. Lorsque la guerre se déclenche en Europe, Ana, considérée désormais comme allemande, est congédiée de l'institution américaine et contrainte de travailler pour le nouveau régime. Avec courage, elle refuse d'obtempérer et sur les recommandations de Karl, devenu lieutenant, est transférée dans un camp de travail. Son e-x-supérieur hiérarchique, le professeur américain Nichols, se lance désespérément à sa recherche... Loin d'une caricature, la description de l'évolution des personnages et des situations, font de ce film une "véritable révélation" selon les archivistes de la RKO. Le réalisateur Edward DMYTRYK, malgré le succès de son film, n'échappe cependant pas aux accusations d'activités communistes en 1948 et est contraint de s'exiler en Angleterre.

Ce film ne doit pas être confondu avec le documentaire - très intéressant par ailleurs - du même nom en Français, de Chanoch ZEEVI, de 59 minutes, sur les témoignages de 5 descendants de nazis figurant parmi les plus influents du régime d'HITLER.

 

    Parmi les livres traitant de l'évolution des populations allemandes pendant la seconde guerre mondiale, nous recommandons celui de Ian KERSHAW, professeur à l'université de Sheffield et membre de la British Academy, et spécialiste de la société allemande sous Hitler, L'opinion allemande sous le nazisme, Bavière 1933-1945, paru aux CNRS Éditions en 1995, réédité plusieurs fois depuis. Cette étude fondamentale a révolutionné la connaissance de l'opinion publique sous le IIIe Reich, alors que persistait l'image d'un peuple unanime avec le régime nazi. Dans une région emblématique, la Bavière, où Adolf Hitler fit ses premières armes, l'histoire indique plutôt un mélange changeant d'inertie, d'adhésion, de peur ou de renoncement. L'auteur s'efforce de répondre aux question entourant les réactions de "l'homme de la rue" aux défilés nazis, au boycott des commerces juifs, aux attaques contre le clergé, à la brutalité des SS et à la répression des opposants, comme à celles des églises, des ouvriers, des classes moyennes, du patronat et de l'aristocratie...

 

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14 mai 2020 4 14 /05 /mai /2020 07:50

    La théorie de la structuration sociale est une théorie sur la création et le maintien des systèmes sociaux qui s'appuie sur l'analyse des structures et des agents, sans donner la primauté à l'un de ces ensembles. Ni l'analyse macrosociologique (qualifiée parfois d'holiste), ni l'analyse microsociologique (plus ou moins proche de l'individualisme méthodologique) n'est suffisante. La théorie vise donc à articuler l'agent et les structures. Issue des travaux du sociologue Anthony GIDDENS, qui en a développé la plupart des aspects dans The Constitution of Society, qui analyse l'intersection des agents et des structures selon 3 axes : la phénoménologie, l'herméneutique et les pratiques sociales. Les partisans de cette théorie ont adopté et élargi cette position (par exemple R. STONES, Structuration Theory : Traditions in Social Theory, New York, Palgrave Macmilian, 2004). Même si la structuration sociale est beaucoup critiquée (parfois d'ailleurs à cause de la recherche d'une "troisième voie" politico-économique), elle est encore utilisée en sociologie contemporaine au début du XXIe siècle (voir Christopher G.A. BRYANT et David JARY, "Coming to terms with Anthony Giddens, dans leur ouvrage Giddens' theory of structuration : A critical appreciation, New York, Routldge, 1991).

 

Une théorie féconde et marquante dans la sociologie contemporaine

  Contrôle des organisations

     Jocelyn HUSSER, Maître de conférences à l'université Bordeaux IV, professeur associé à l'ESCEM, examine surtout l'éclairage que peut apporter la théorie de la structuration dans "le contrôle des organisations". La théorie de la structuration, écrit-t-il, intéresse les sciences de gestion dans la mesure où elle propose un cadre d'analyse fécond intégrant simultanément la structure et l'individu, l'action et l'interaction dans un mouvement dynamique. Son positionnement original lui permet de considérer l'entreprise, l'organisation, non pas comme un lieu figé où la structure formelle agit comme une contrainte, mais comme un lieu de construction, de structuration, un lieu en mouvement perpétuel. La théorie de la structuration instruit ainsi de façon pertinente le champ des sciences de gestion car elle propose un prisme innovant s'intéressant notamment aux processus organisationnels dans leurs aspects complexes intégrant actions, acteurs compétents et mécanismes structurels. Elle présente également l'intérêt d'avancer des propositions de compréhension des changements organisationnels à travers les interactions des acteurs au sein des organisations. Une théorie, indique t-elle, ne peut présenter un intérêt que si elle mobilise des critères permettant de l'ancrer dans les faits empiriques et permettant une opérationnalisation des concepts. Autrement dit, la théorie globale de la structuration de GIDDENS ne "fait ses preuves", que par ses applications dans les domaines les plus divers des sciences sociales, ce qui avait été en son temps le critère principal de "validité" de la réflexion théorique de DURKHEIM sur la société. Et notre auteure s'efforce de confronter cette théorie globale au contexte bien concret, empirique, des organisations. Elle considère que ce courant recherche théorique emmené par GIDDENS est adapté au contexte des organisations, et apporte des arguments dans ce sens.

    Plusieurs auteurs, à la suite des travaux de GIDDENS, suivent sa voie ou les commentent, souvent pour les prolonger.

Pour D. AUTISSIER et F. WACHEUX (Structuration et management des organisations, L'Harmattan, 2000), la théorie de la structuration est une métathéorie de l'action : "en préconisant une résolution par dualité, elle permet d'agencer des données empiriques et théoriques multiples, complexes et même parfois apparemment contradictoires". L'intérêt perçu quant à cette théorie est triple :

- elle ne considère pas l'organisation comme une structure de nature "macro-sociale" de la récursivité de l'action et de la structure ;

- elle ne considère pas l'organisation comme une structure formelle mais comme un lieu de structuration :

- elle permet de combiner de nombreux courants de recherche en sciences humaines et de les organiser en fonction de leur capacité à renseigner la structuration de l'individu, des interactions entre actions et de l'organisation elle-même.

    Pour J. ROJOT (Théorie des organisations, Edition ESKA, 2003), il s'agit avant tout d'une théorie qui se place dans "le cadre de la sociologie politique" ; elle viserait les rapports de l'individu et de la société. Elle présente l'intérêt de relier en un tout cohérent un ensemble d'axes théoriques épars exploités par d'autres chercheurs, axes théoriques signifiants et pertinents par eux-mêmes, mais qui ont du mal à proposer ne articulation évidente permettant une synthèse à propos des organisations." Les concepts fondamentaux intéressant directement les organisations peuvent être recensés en 5 grandes catégories :

- La dualité du structurel est au centre de la construction de GIDDENS. Elle introduit l'idée selon laquelle "les propriétés structurelles des systèmes sociaux sont à la fois des conditions et des résultats des activités accomplies par des agents qui font partie de ces systèmes" (GIDDENS, 1987). Au niveau des organisations, GIDDENS nous incite à prendre en considération la force et la dynamique des systèmes. Les managers ne peuvent agir que par la conscience de l'existence d'une structure, certes évolutive, mais toujours prééminente. La dualité du structurel se caractérise ainsi par sa volonté de lier les niveaux individuel et institutionnel du système étudié. Sa fécondité réside dans l'appropriation simultanée de l'objet et de l'individu par l'interaction. Elle permet un choix d'analyse (structure, interaction, individu) laissant une liberté d'observation pour le chercheur.

- L'importance des rencontres et des interactions dans la théorie de la structuration. Le point de départ est loin de se situer à un plan macro-social puisque ce sont les rencontres quotidiennes qu'ont les acteurs qui permettent aux structures d'évoluer. Selon ROMELAER (2000), elles méritent toute notre attention : "Pour éphémères et banales qu'elles paraissent, elles sont, par leur aspect routinier, des éléments constitutifs de la production des propriétés structurelles des systèmes sociaux". A travers ces rencontres, les routines vivent et perpétuent les propriétés structurelles des systèmes sociaux. Les rencontres sont le fil de l'interaction sociale, la succession ordonnée des engagements avec d'autres personnes dans le cycle quotidien des activités. Pour GIDDENS (1987), ces rencontres "prennent la forme typiques de routines". Cette appréciation intéresse les organisations à condition que le chercheur se situe comme un observateur-participant pour saisir l'éphémère et de façon indirecte la permanence à travers la reproduction sociale. Cette dimension incite à mobiliser la théorie des conventions pour étudier les phénomènes de stabilité et au-delà les conditions et modalités de changement des organisations. Cependant, comme le précise GIDDENS (1987), il s'agit d'une vision, qui devrait être couplée avec les dimensions supérieures d'une institution : "le tissu davantage ramifié des rapports sociaux doit se concevoir également à partir de l'intégration globale et de l'intégration systémique".

- La notion d'acteur compétent établit clairement un statut à l'acteur, c'est-à-dire des cadres et des personnes travaillant dans les organisations. Il ne s'agit ni d'un sujet passif, agi, ni d'un agent économique contraint, au service d'une simple pensée calculatoire, optimisante. Il ne s'agit pas non plus d'un acteur libre au sens de CROZIER et FREIDBERG (1977), jouant avec les règles et les zones d'incertitude. GIDDENS définit une personne comme étant un actant, car les structures sociales contraignent l'action individuelle. En effet, elles sont, pour COCULA et FRÉDY-PLANCHOT (Freins et motivations liés au télétravail chef EDF-GDF ; l'apport de la théorie de la structuration, dans Structuration et management des organisations, sous la direction de AUTISSIER et WACHEUX, L'Harmattan, 2000), les cartes qui définissent le territoire des acteurs. Mais ces derniers sont définis comme compétents car ils sont auteurs de leurs actes, renforçant mais aussi agissant sur la structure. Au final, GIDDENS (1987) leur accorde le passage de statut d'agent à celui d'actant dès lors qu'ils saisissent la capacité de "créer une différence." Ainsi, un agent devient actant s'il gagne la capacité à créer une différence, donc d'exercer un pouvoir.

- La routinisation et l'institutionnalisation : lors du déroulement d'une action, l'actant rechercherait une sécurité ontologique, une autonomie de contrôle avec des routines prévisibles qu'il tenterait d'institutionnaliser par des pratiques connues ou tacites et la recherche du pouvoir. Ce concept fondamental renvoie une fois de plus à un courant de recherche en gestion qui s'accorde sur l'insuffisance d'une seule explication par les superstructures. Il convient aussi de comprendre les phénomènes par les pratiques, les représentations et l'intelligence des acteurs.

- Le contrôle réflexif de l'action. Cette conception s'appréhende également à partir de la conscience de soi des acteurs. Elle représente la capacité de surveiller, contrôler le flot continu de la vie sociale qui se déroule et par là-même la capacité à se situer et s'évaluer. Le contrôle réflexif est inhérent à toute action ; il porte à la fois sur le contrôle personnel de sa propre conduite et sur celui des autres acteurs. Le contrôle réflexif implique une conscience pratique et une conscience discursive des acteurs. Il faut souligner la pertinence de l'apport de GIDDENS pour la gestion dans la mesure où cette dichotomie permet un éclairage nouveau sur les questions des pratiques, des savoirs et des savoir-faire avec un entremêlement des connaissances pratiques quotidiennes tacites et des connaissances scientifiques, plus structurées et apparaissant donc comme beaucoup plus conscientes aux acteurs.

Si GIDDENS, soutient notre auteur, ne s'est intéressé que de façon indirecte aux entreprises, la résonance et la pertinence de ces concepts pour ces organisations sont indéniables. Ils demandent désormais des confrontations empiriques beaucoup plus nombreux que ceux recensés jusqu'à présent.

Dans sa conclusion, il estime que pour atteindre les objectifs qu'elle s'assigne, la gestion mobilise des théories, des courants de recherche appartenant à des discipline connexes comme le droit, l'économie, la sociologie ou la psychologie. "Comme a pu le souligner G. KOENIG (dans Structuration et management des organisations, ibid), Giddens a multiplié les angles de recherche, "un peu à la manière de Gareth Morgan avec ses fameuses images de l'organisation". Pour répondre à ses ambitions, Giddens (de 1987 à 1993) a décidé de recourir à différents moteurs de recherche. Il a ainsi sollicité la linguistique, la sociologie phénoménologique, l'ethnométhodologie, la microsociologie, la psychanalyse, le structuralisme. Il a ouvert des voies de recherche pour les sciences de gestion sans pour autant en indiquer les écueils. Le défi consiste pour le chercheur à agencer plusieurs champs disciplinaires sans pour autant se situer dans une analyse, une pensée syncrétique ou encore choisir une "systématisation englobante" où certains axes théoriques ne sont mobilisés que de façon superficielle, sans lien défini avec les théories réellement exploitées. L'opérationnalisation de la théorie de la structuration ne peut être obtenue qu'au prix d'une démarche contextuelle et d'un agencement mûrement choisi de théories connexes complémentaire. A cette condition, la théorie de la structuration apporte des réponses descriptives et parfois prescriptives à propos de l'évolution des entreprises, des mécanismes organisationnels et humains à l'origine des routines et de leurs évolutions, des conditions et des modalités de changements des structures elles-mêmes." On dénote bien dans cette conclusion, une mise en garde contre une certaine tendance, après une spécialisation poussée dans les sciences sociales, faisant perdre tout sens de la globalité sociale, dans la tentation de reprendre un sens global aux activités, ici des organisations, à faire du syncrétisme, style relier les théories de Raymond BOUDON, proches de l'individualisme méthodologique et bataillant contre le holisme à des théories fortement globalisantes s'y opposant et défendant précisément ce holisme... Mais la recherche, en sociologie comme ailleurs, se défie souvent des frontières épistémologiques pour faire avancer la connaissance...

    Gestion des connaissances

      Amel CHAABOUNI et Imène Ben YAHIA, maître assistantes, l'une à l'Institut des Hautes Etudes Commerciales, l'autre à l'Institut Supérieur de Finances et de Fiscalité, tous deux situés à Sousse en Tunisie,  traitent de l'application de la structuration aux systèmes de connaissance. L'attention, écrivent-elles, portée à la technologie comme source d'avantages concurrentiels inciterait à saisir ce qui se passe "au coeur de l'action", c'est-à-dire ce que les utilisateurs font réellement de la technologie dans leur travail quotidien : que signifie tout cela en pratique ? Qu'il ne faut pas se contenter de consacrer de l'énergie à la seule gestion de la technologie, mais qu'il faut aussi en dégager pour celle de ses usages. Ce qui suppose de prendre au sérieux la différence entre les technologies que nous achetons et l'usage réel qui en est fait (W. ORLIKOWSKI, Using Technology and Constituting Structures : a Practice Lens for Studying Technology in Organizations", dans organization Science, 2000, volume 11, n°4).

Trop souvent, poursuivent-ils, l'organisation se contente de choisir et de mettre en place la "bonne" technologie, sans se soucier de l'usage qui en est fait (MARKUS et ROBEY, 1988). Or, c'est par la gestion des usages que l'organisation contrôlera mieux la performance de ses technologies. Une technologie n'est pas en elle-même rentable, c'est la manière dont on s'en sert qui constitue un avantage concurrentiel (ORLIKOWSKI, JONES et KARSTEN, 2008). Malgré la prise de conscience croissante de la nécessité d'accompagner les usages tout autant que l'implantation des outils, les recherches sur l'utilisation des TIC (Technologies de l'Information et de la Communication) se réduisent souvent à des questions d'accès à la technologie (CONSOLI, 2012 ; PEDRO et collaborateurs, 2012). Toutefois, l'usage dépasse le rapport fonctionnel de l'individu à la technique, il recouvre aussi les comportements, les attitudes et les représentations des individus qui se rapportent directement ou indirectement à l'outil (JONES et KARSTERN, 2009). Les recherches négligent aussi la gestion des connaissances durant l'usage des TCI. Or, la connaissance créée et partagée par les acteurs devrait être convenablement gérée (MCGINNIS et HUANG, 2007).

C'est dans ce sens que les systèmes de gestion intégrés tels que les ERP (Entreprise Resource Planning) connaissent un véritable succès auprès des entreprises (MUNIR et CUENCA, 2003 : PEDRO et collaborateurs, 2012, CHANG et collaborateurs, 2012). Toutefois, cet engouement ne doit pas taire la complexité de ces systèmes ; ils sont considérés comme des outils de gestion qui posent problèmes : ils modifient la structure, explosent les budgets et dépassent les délais (MUNIR et collaborateurs, 2013 ; PEDRO et collaborateurs, 2012). Actuellement, les PME/PMI manquent d'information sur les critères de réussite des projets de mise en place de ces systèmes. De plus, face à la multiplication de l'offre de progiciels, le choix du bon produit devient un véritable casse-tête pour les décideurs.

La théorie de la structuration de GEDDENS (1987) apporte, dans ce cadre, un éclairage à la compréhension de la dynamique liée à l'usage de l'ERP. En effet, elle explique comment, via les usages des TIC, les structures sociales, caractérisées par les propriétés structurelles de signification, de domination et de légitimation, sont affectées (ROJOT, 2010). L'idée essentielle de cette théorie, étant que ces propriétés orientent les activités ; de même les activités à leur tour orientent ces propriétés et leur donnent du sens. Cette rétroaction est au centre de la dualité structurelle (M. S. POOLE, Response to Jones and Karsten, Giddens's structuration theory and information systems research, MIS Quarterly, volume 33, n°3, 2009).

Dès lors, l'objectif de la recherche de nos deux auteures est d'attirer l'attention sur l'importance de la gestion des connaissances lors de l'usage d'un ERP en mobilisant la théorie de la structuration. Plus précisément, il s'agit de montrer comment les propriétés structurelles de signification, de domination et de légitimation, appuyées par les pratiques de gestion de connaissances, favorisent ou inhibent l'usage d'un ERP.

 

Amel CHAABOUNI et Imène Ben YAHIA, Application de la théorie de la structuration aux systèmes ERP : importance de la gestion des connaissances, dans Recherches en Sciences de Gestion, n°96, 2013/3. Jocelyn HUSSER, La théorie de la structuration : quel éclairage pour le contrôle des organisations?, dans Vie et Sciences de l'entreprise, n°183-184, 2010/1-2.

   

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11 mai 2020 1 11 /05 /mai /2020 14:34

    Revue belge fondée en 1945, dirigée à l'origine par André MOLITOR, héritière de La cité chrétienne fondée par Jacques LECLERCQ, et comme elle indépendante mais d'inspiration catholique et d'orientation progressiste, La Revue nouvelle, ouverte aux intellectuels laïcs, a pour vocation d'être un lieu de réflexion engagée sur la société actuelle, avec un refus de coller à l'événement, donc aux modes du moment, préférant largement se donner le temps de la réflexion autour d'un dossier thématique.

    Ses numéros se structurent autour d'un tel dossier et d'une rubrique "Le Mois" décodant l'actualité du mois précédent la parution. S'y ajoutent un éditorial, un billet d'humeur, des articles divers, une rubrique "Italiques" publiant de la fiction et de la poésie et "Le Livre" proposant des compte rendus de lecture d'ouvrages.

   Paraissant sans discontinuer depuis plus de 70 ans, quoique avec une périodicité changeante (actuellement 8 numéros par an), La Revue nouvelle est une source d'information exceptionnelle sur la société belge et européenne de l'après-guerre.

   Avec un comité de rédaction fourni d'une trentaine de membres, La revue nouvelle poursuit un patient travail d'information et de réflexion qui a déjà une longue histoire.

Familiarisant le public avec des idées nouvelles sur l'organisation et les finalités de l'Église, telles celles de Joseph COMBLIN dans Échec de l'Action catholique? (Paris, 1961), préparant en quelque sorte des idées et des réalisations qui deviendront banales sous Jean XXIII, militant pour l'émancipation du Congo belge, la Revue nouvelle prend également position dès 1966 en faveur d'un rassemblement de progressistes et d'une plus grande autonomie des régions belges de Wallonie et de Bruxelles. Ces positions sont durant un temps défendues par "Trencavel", signature collective d'une équipe politique réunissant notamment Marc DELEPELEIRE (alors rédacteur en chef), Vincent GOFFART, François MARTOU et Michel MOLITOR.

    Jean DELFOSSE, Michel MOLITOR, Théo HACHEZ et Luc Van CAMPENHOUDT se sont succédé à la tête du large comité de direction de la revue. Depuis janvier 2014, elle est dirigée par Thomas LEMAIGRE et Christophe MINCKE. Son rédacteur en chef est Renaud MAES.

    Après une formule rénovée au début de 2008, la Revue a créé en 2013 des blogs destinés à compléter son offre d'information.

  Dans son n°1/2020 de janvier, la revue propose de se pencher sur la façon dont les communautés musulmanes de Belgique, confrontées à la "mise en acte violente d'une lecture idéologique de l'islam" continuent à vivre leur religion après les attentats commis en 2014 et 2016 dans la capitale.

Dans son site Internet, le journal se fait bien entendu l'écho de réflexions sur la crise du Covid-19, avec une série de points de vue, "pas toujours congruents" (Une revue face à la crise).

  

 

La Revue nouvelle, Rue du Marteau 19, 1000 Bruxelles, Site Internet revuenouvelle.be

 

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11 mai 2020 1 11 /05 /mai /2020 13:04

    Anthony GIDDENS, nommé Lord, donc baron GIDDENS (depuis 2004, précision pour ceux qui aiment les titres de noblesse : cela implique par ailleurs qu'il siège de droit à la Chambre des Lords......), sociologue britannique est l'auteur d'une théorie sur la structuration, qui bat en brèche, peut-on dire, toutes les théories dérivées de l'individualisme méthodologique. Considéré comme l'un des plus importants contributeurs de la sociologie contemporaine, professeur de sociologie à l'université de Cambridge, il est souvent sollicité pour êtres conseiller politique au tournant des années 2000 (Tony BLAIR, Bill CLINTON, Luis Rodriguez ZAPATERO...). Il est en 2013 professeur émérite à la London School of Economics.

   Son oeuvre est généralement présentée comme se déclinant en trois périodes :

- d'abord, il présente une nouvelle vision de ce qu'est la sociologie, en se basant sur une relecture critique des classiques : Capitalism and Modern Social Theory (1971) et New Rules of Sociological Method (1976) ;

- il développe ensuite sa théorie de la structuration, une analyse de l'agent et de la structure, dans laquelle la primauté n'est reconnue à aucun des deux : Central Problems in Social Theory (1979) et Constitution of Society (1984). Ces deux ouvrages lui assurent une renommée internationale.

- il ouvre plus récemment une réflexion sur la modernité, la globalisation et la politique, et en particulier l'impact d'une modernité sur la vie personnelle et sociale. Il formule une critique de la postmodernité, discutant d'une troisième voie "utopique réaliste" en politique, exposée dans The Consequences of Modernity (1990), Modernity and Self-Identity (1991), The Transformation of Intimacy : sexuality, Love and eroticism in modern societies (1992), Beyond Life and Right (1994), The Third Way : The Renewal of Social Democracy (1998).

Son ambition est à la fois de refonder la théorie sociale et de réexaminer notre compréhension du développement et de la trajectoire de la modernité. Il est des intervenants les plus assidus du débat politique au Royaume-Uni, soutenant la politique de centre gauche du Parti travaillistes lors de ses multiples apparition médiatiques, et dans ses nombreux articles, dont beaucoup sont publiés dans le New Statesman. Il contribue aujourd'hui régulièrement à la recherche et aux activités du Think tank de la gauche progressiste Policy Network.

   Auteur de plus de trente livres importants et de centaines d'articles (il est un des plus lis au monde... dans le monde anglophone surtout...), il contribue aux développements notables intervenus dans les sciences sociales au cours des dernières décennies, à l'exception des protocoles de recherche. Il a écrit des commentaires sur la plupart des écoles et des figures dominantes des sciences sociales (notamment WEBER, DURKHEIM...) et a utilisé la plupart des paradigmes sociologiques, aussi bien en microsociologie, qu'en anthropologie, en psychologie, en histoire, en linguistique, en économie, dans le travail social et, plus récemment, en sciences politiques. Il a publié aussi un Manuel de sociologie (Sociology) vendu à plus de 600 000 exemplaires depuis sa première parution en 1988.

Anthony GIDDENS est connu notamment pour sa théorie de la structuration, qui précise le rôle des structures sociales et des agents sociaux, il s'oppose à tout déterminisme, car les agents même les plus conscients agissent dans des structures sociales pré-existantes à eux et aux contours qu'ils ne maitrisent pas. Ni structuraliste ni fonctionnaliste, il combine les apports de diverses écoles : c'est une "dualité de structure" ("la constitution des agents et des structures") qui donne aux systèmes sociaux leur caractère "à la fois contraignant et habilitant" pour les agents sociaux, dont routinisation et socialisation reproduisent les institutions sociales.

 

Anthony GIDDENS, La constitution de la société, PUF, 1987; Les conséquences de la modernité, L'Harmattan, 2000 ; La Troisième voie : Le Renouveau de la social-démocratie, Seuil, 2002 ; La Transformation de l'intimité : Sexualité, amour et érotisme dans les sociétés modernes, Éditions du Rouergue, 2004 ; Le nouveau modèle européen, Hachette Littératures, 2007.

Jean NIZET, La sociologie de Anthony GIDDENS, La Découverte, collection Repères, 2007. P. RUITORT, Précis de sociologie, PUF, 2004.

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9 mai 2020 6 09 /05 /mai /2020 08:18

    John REX, sociologue britannique d'origine sud-africaine, d'inspiration marxisante, militant de gauche de premier plan dans le monde universitaires en Grande Bretagne, se spécialise dans l'étude du racisme et des préjugés raciaux.

     Radicalisé lors de son travail pour la Saouth African Bantu Affaires Administration avant de déménagé en Grande Bretagne, il est chargé de cours dans les universités de Leeds (1949-1962), Birmingham (1962-1964), Durham (1964-1970), Warwick (1970-1979 et 1984-1990), Aston (1979-1984), puis Toronto (1974-1975), Le Cap (1991) et New York (1996). Membre du Comité International d'experts de l'UNESCO sur le racisme et les préjugés raciaux (1967), il est ensuite président du Comité de recherche sur les minorités raciales et ethniques de l'Association internationale de sociologie (1974-1982).

    Son travail académique implique l'analyse des conflits comme problème clé de la société et de la théorie sociologique. Son livre de 1961, Key Problems of Sociological Theory, est son premier ouvrage majeur où le conflit est plus réalistes que dans les théories fonctionnalistes britanniques passées de l'ordre social et de la stabilité du système. Connu pour ses études sur la race et les relations ethniques, il analyse la tradition classique de la sociologie, avec les travaux de Karl MARX, Georg SIMMEL et Émile DURKHEIM (notamment dans son livre Discovering Sociology de 1973).

   La théorie et la pratique ont toujours pour lui une relation dynamique qui le conduit dans ses recherches et ses commentaires "objectifs". Tant dans ses travaux universitaires que dans son engagement dans la Campagne pour le Désarmement Nucléaire (CND) du Royaume-Uni et dans la Revue de la Nouvelle Gauche. (Herminio MARTINS, Université d'Oxford, 1993)

   John REX a une contribution importante dans le débat sur le multiculturalisme, notion où tous les bords idéologiques apportent leur propre vision. Il est partisan d'un multiculturalisme égalitaire (démocratique), en distinguant deux sphères/domaines de la vie politique : celle de la "culture partagée du domaine public" à laquelle tous les participants dans une société doivent se conformer ; celle du domaine privé, espace des particularités communautaires qui doivent être respectées et même soutenues par les institutions étatiques (Ethnic Minorities in the Modern Nation State : working papers in the theory of multiculturalism and political integration, London, MacMillan, 1996). John REX prône le respect mutuel entre les tenants de la culture commune et les tenants des cultures particulières/ethniques. Sur ce point, il ne se différencie pas de la position de W. RYMLICKS et de C. TAYLOR : il y a dans tous les cas une confiance en la capacité du système démocratique libéral d'absorber de manière créative toutes les déviances d'ordre culturel. (Dimitri PARSANIGLOU, de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Paris ; Socio-anthropologie, 15/2004).

 

John REX, Race, Colonialism and the City, Routledge, 2013 ; Ethnicité et citoyenneté, La sociologie des sociétés multiculturelles, L'Harmattan, 2006 ; Key Problems of Sociological Theory, Routledge, 2006.

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