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7 mai 2020 4 07 /05 /mai /2020 08:50

    Thomas Burton BOTTOMORE, sociologue marxiste britannique, secrétaire de l'Association internationale de sociologie (1953-1959), est un éditeur prolifique et traducteur d'oeuvres marxistes, avec notamment ses collections publiées en 1963, Marx's Early Writings et Seleted Writings in Sociology and Social Philosophy.

Lecteur en sociologie à la London School of Economics de 1952 à 1964, chef du Département de sciences politiques, de sociologie et d'anthropologie à l'Université Simon Fraser de Vancouver de 1965 à 1967, qu'il quitte à la suite d'un différend sur la liberté académique, il est ensuite professeur de sociologie à l'Université du Sussex de 1968 à 1985.

Il exerce une grand influence à travers de nombreuses revues de sociologie et de sciences politiques et est bien connu pour avoir édité en 1983 un Dictionary of Marxist Throught et avec William OUTHWAITE, The Blackwell Dictionary of Twentieth Century Social Thought, publié à titre posthume en 1993.

Il est par ailleurs membre du Parti travailliste britannique.

   Sociologue le plus connu et le plus apprécié de Grande Bretagne, de réputation internationale, il écrit des livres qui rendent accessibles les conceptions marxistes. Il permet à nombres d'érudits de poursuivre des travaux fructueux, sans contraintes dogmatiques. Même des non marxistes aiment à se référer notamment à ses Dictionnaires. Thomas BOTTOMORE garde son calme et sa tempérance même dans le monde surchargé de la sociologie après les révoltes étudiantes de 1968 et les débats théoriques intenses des années 1970. Il défend en particulier le marxisme "démocratique et civilisé" de l'école autrichienne, dont il aime le pays. Il ne croit jamais à "l'extrémisme révolutionnaire violent de certaines composantes de la gauche et est persuadé que le libéralisme économique "de droite" très à la mode dans les années 1980 allait disparaitre.

    L'effort qu'il consacre à son enseignement et à ses recherches ne l'empêche pas d'accepter pendant plusieurs années la tâche très lourde de secrétaire de l'Association internationale de sociologie où il assure la préparation des Congrès d'Amsterdam et de Stresa et trouve ainsi l'occasion de renforcer ses liens avec les Français (en particulier durant la présidence de Georges FRIEDMANN). Ces bonnes relations se concrétisent pas le rôle qu'il joue, en 1960, dans la fondation des Archives européennes de sociologie, aux côtés de Raymond ARON, de Michel CROZIER et de Ralf DAHRENHOF, sous la houlette d'Éric de DAMPIERRE. (Jean René TRÉANTON, Revue français de sociologie, 1994, 35-4, persee.fr)

 

Thomas BOTTOMORE, Theories of Modern Capitalism, Routledge, 2010 (réédition du livre publié en 1985) ; Elites and Society, Routledge, 2006 (seconde édition).

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6 mai 2020 3 06 /05 /mai /2020 14:51

   Médiacritiques, trimestriel d'Acrimed, parait depuis octobre 2011, pour réaliser une critique des médias quant à leurs objectifs, leur fonctionnement et leur place dans la société. La critique des auteurs qui s'y expriment est une critique explicative (qui s'intéresse à toutes les conditions sociales, économiques, politiques de leur présence), une critique normative (évaluation des transformations et évolutions des médias), intransigeante (indépendante et non intimidée par toutes les formes de pression qu'ils peuvent subir), politique mais non sectaire (ils ne prennent pas parti dans les opinions exprimées mais surtout sur la manière qu'ont les médias de le faire). L'association ACRIMED est elle-même indépendante, démocratique (fonctionnant strictement sur des règles associatives) et critique vis-à-vis des médias dominants. Elle leur oppose le droit à l'information, contre des politiques d'opacité et de "conservation des secrets industriels et financiers), chaque journaliste étant investi de l'injonction de confiance, maitrisant de la rédaction ou du montage des propos qu'il rapport ou qu'il tient lui-même. tout en respectant ses confrères appartenant aux médias critiqués. L'Acrimed, à travers la revue Médiacritiques, mais aussi des multiples publications propres ou qu'elle inspire, s'inscrit dans le fil droit de son Appel pour une action démocratique sur le terrain des médias de 1996. Elle tient beaucoup à rester en liaison étrotite avec une sociologie rigoureuse des médias.

    Concrètement, Acrimed est né du mouvement social de 1995, dans la foulée de l'Appel à la solidarité avec les grévistes. L'idée de l'association, émise dans l'entourage de la revue Esprit et de la CFDT,  est reprise par Henri MALER et Yvan JOSEN (décédé en 2007) qui rédige l'Appel pour une action démocratique sur le terrain des médias. L'association loi 1901, pour remplir les fonctions d'un observatoire des médias, s'est constitué, depuis sa création, comme une association-carrefour.

Elle réunit des journalistes et salariés des médias, des chercheurs et des universitaires, des acteurs du mouvement social et des "usagers" des médias. Parmi les fondateurs les plus actifs de l'association, on relève les noms de Patrick CHAMPAGNE, Yvan JOSSEN, Henri MALER, Éric MARQUIS, Jacques SONCIN et de quelques autres qui désirent garder l'anonymat.

Elle cherche, selon ses propres termes "à mettre en commun savoirs professionnels, savoirs théoriques et savoirs militants au service d'une critique indépendance, radicale et intransigeante.

    Ses vingt ans sont l'occasion de constater, notamment dans une conjoncture peu propice aux forces de gauche de manière générale et à la sempiternelle querelle d'égos qui règne sur cette partie de l'échiquier politique (qui a coûté entre autres la tentative de fondation d'un nouveau média à la gauche de la gauche...), que la création Acrimed improbable (faire agir des gens si différents...), fragile (recourant souvent à des expédients financiers) tient, se tenant constamment à (grande) distance des luttes politiciennes. Notons que la critique des médias n'est pas une création récente, et le chercheur Stéphane ARPIN considère que son essor va de pair avec l'industrialisation de la presse dans la deuxième moitié du XIXe siècle (Stéphane ARPIN, La critique des médias à l'ère postmoderne, dans Le Débat, n°138, 2006), sans compter la référence souvent implicite, quel que soit d'ailleurs le bord politique d'où vient la critique (de l'extrême droite à l'extrême gauche), aux multiples écrits contre l'Ancien Régime depuis le XVIIe siècle (presse clandestine). Contre un certain poujadisme et une forme de dénigrement et de défiance envers les médias, Médiacritiques tente, d'une certaine manière de réhabilité le journalisme, notamment le journalisme d'investigation.

    Les ressources d'Acrimed reposent avant tout sur la générosité de ses 2 500 membres et donateurs et donatrices, en plus des ventes du trimestriel (directes en boutique en ligne ou abonnements). A part son directeur de publication officiel Mathias REYMOND (vu la législation), Acrimed compte trois salairé(e)s à plein temps (rédaction et administration), l'essentiel des énergies d'écriture provenant d'une cinquantaine de contributeurs, pratiquement tous occasionnels, suivant les thèmes de la revue.

   Dans son numéro 34, de janvier-mars 2020, Médiacritiques propose une étude sur les journaux télévisés de France 2 du 5 au 31 décembre 2019, pendant la grève des transports. Bilan : la "galère des transports" a accaparé 43% du temps consacré à la réforme des retraites.

 

Médiacritiques, Acrimed, 39, rue du Faubourg Saint Martin, 75010 Paris. Site internet : acrimed.org

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5 mai 2020 2 05 /05 /mai /2020 08:36

   L'économiste américain d'inspiration marxiste Paul M. SWEEZY est également un militant politique, éditeur et fondateur du magazine socialiste Monthly Review. Principalement connu pour ses contributions à la théorie économique et comme l'un des économistes majeurs de la seconde moitié du XXe siècle, il s'engage dans un large éventail de causes progressistes : porte parole du Comité de défense de membres poursuivis du parti communiste, opposition à la guerre du Vietnam, engagement en faveur du Tribunal Russell contre les crimes de guerre des États-Unis...

 

Une carrière académique interrompue

 Élève à la Phillips Exeter Academy, avant d'intégrer Harvard, où il est rédacteur en chef de The Harvard Crimson, Paul SWEEZY y est diplômé magna cum laude en 1932. Après avoir complété son cursus de premier cycle, ses intérêts se détournent du journalisme pour l'économie. Il suit en 1931-1932 les cours de la London School of Economics, voyageant à Vienne pour étudier pendant ses vacances. C'est là qu'il découvre pour la première fois les idées économistes marxistes? Il rencontre également Harold LASKI, Joan ROBINSON, et d'autres jeunes penseurs de la gauche britannique de l'époque.

Une fois revenu aux États-Unis, il se réinscrit à Harvard, dont il reçoit son doctorat en 1937. Durant ses études, il devient le "fils de remplacement" du célèbre économiste autrichien Joseph SCHUMPETER, même si leurs vues intellectuelles s'opposent radicalement. Plus tard, alors qu'ils sont collègues, leurs débats sur les "lois du capitalisme" acquièrent un statut légendaire pour toute une génération d'économistes à Harvard. Il y fonde la Review of economic studies et publie des essais sur la concurrence imparfaite, le rôle des anticipations dans la détermination de l'offre et de la demande, et le problème de stagnation économique.

       Devenu enseignant à Harvard en 1938, il y établit une branche de l'American Federation of Teachers, la Harvard Teachers' Union. C'est pendant cette période qu'il écrit des leçons qui donnent plus tard naissance à l'un de ces travaux économiques les plus importants, The Theory of Capitalist Development (1942), un livre qui résume la théorie de la valeur travail développée par MARX et ses successeurs. C'est le premier livre en anglais à aborder certains sujets de manière détaillée, comme le problème de la transformation du capitalisme.

Il travaille alors pour plusieurs agences du New Deal, analysant la concentration du pouvoir économique ainsi que les dynamiques de concurrence et de monopole. Ces recherches incluent l'étude influente pour le National Resources Committee, "Interest Groups in the American Power", qui identifie les huit alliances industrielles et financières les plus puissantes dans le monde des affaires américain.

De 1942 à 1945, Paul SWEEZY travaille à la division "recherches et analyses" de l'Office of Stretegic Services. Il est envoyé à Londres, où il suit la politique économique britannique pour le compte du gouvernement américain. Il participe à la publication mensuelle de l'OSS, l'European Political Report. Récompensé, il peut se permettre d'écrire de nombreux articles pour la presse de gauche, y compris dans des publications comme The Nation et the New Republic. Il écrit également un livre, Socialism, publié en 1949, ainsi que plusieurs textes plus courts rassemblés dans le recueil The present as history en 1953. En 1947, SEWEEZY quitte son poste d'enseignant à Harvard deux ans avant le terme de son contrat, pour se consacrer pleinement à ses activités de recherche et d'édition.

En 1949, Paul SWEEZY et Leo HUBERMAN créent un nouveau magazine, Monthly Review, grâce à un apport de fond de l'historien et critique littéraire F.O. MATTHIESEN. Le premier numéro parait en mai et inclut l'article d'Albert EINSTEIN intitulé "Pourquoi le socialisme?". Le magazine, créé à l'apogée du Maccarthysme, se décrit lui-même comme socialiste et "indépendant de toute organisation politique". La revue se met rapidement à la production de livres et de pamphlets, grâce à sa maison d'éditions, appelée Monthly Review Press. Au fil tu temps, elle publie des articles représentant différentes sensibilités de gauche, avec des articles d'Albert EINSTEIN, W.E.B. Du BOIS, Jean-Paul SARTRE, CHE GUEVARA et Joan ROBINSON.

 

Militant et Théoricien économique

  En 1954, assigné par le procureur général du New Hampshire, Paul SWEEZY refuse de répondre à ses demandes d'information sur ses amis politiques et est brièvement emprisonné... avant que la Cour Suprême annula sa condamnation, dans un arrêt qui fait jurisprudence sur la liberté académique. Ce "démêlé" judiciaire renforce ses convictions et sa combativité, d'autant que ses travaux économiques sont de plus en plus reconnus.

   Le travail de SWEEZY se concentre sur l'application de l'analyse marxiste, notamment sur les tendances dominantes du capitalisme moderne : monopolisation, stagnation et financiarisation.

Sa première publication officielle en économie est une article de revue de 1934, La théorie du chômage du professeur Pigou, dans le Journal of Political Economy. Au cours du reste de la décennie, il écrit de manière prolifique et durant des années il effectue des travaux pionniers concernant les anticipations et les oligopoles, introduisant pour la première fois le concept de demande coudée pour expliquer la rigidité des prix sur les marchés oligopolistiques. En 1938, Harvard publie la thèse de SWEEZY, Monopole et Concurrence dans le commerce du charbon en Angleterre, 1550-1850. En publiant en 1942 The Theory of capitalist development, il s'impose comme le "chef de file des marxistes américains" et pose les bases du travail ultérieur des marxistes sur ces sujets. En plus de présenter la première discussion du "problème de la transformation" en anglais, le livre souligne aussi bien les aspects "qualitatifs" et "quantitatifs" de la théorie de la valeur de MARX, distinguant la méthode de MARX de celle de ses prédécesseurs en économie politique?

En 1966, il publie Le capital monopoliste, un essai sur la société industrielle, en collaboration avec Paul A. BARAN. Le livre la démonstration et les conséquences de la théorie de la stagnation de SWEEZY, aussi appelée stagnation séculaire. Le principal dilemme du capitalisme moderne est, d'après eux, de trouver des débouchés profitables pour investir le surplus économique créé par l'accumulation du capital. En raison de la tendance croissante des marchés à fonctionner de manière oligopolistique, ce problème aboutit à la stagnation, les entreprises réduisant leur production plutôt que leurs prix pour faire face à la surcapacité. La formation d'oligopoles entraine une augmentation du surplus, mais ce surplus n'apparait pas nécessairement dans les statistiques économiques comme étant du profit, il prend également la forme de gaspillage et de capacités de production excédentaires. L'augmentation des dépenses militaires, de marketing et des différentes formes d'endettement peut alléger le problème de la suraccumulation. Néanmoins, toujours pour ces deux auteurs, ces remèdes aux difficultés du capitalisme sont intrinsèquement limités et tendent à voir leur efficacité décroitre au cours du temps, de telle sorte que le capitalisme monopoliste tend à la stagnation. Ce livre est considéré comme la pierre angulaire de la contribution de SWEEZY à l'économie marxiste.

Paul SWEEZY s'est intéressé à la montée en puissance du capitalisme financier comme réponse à la crise. Sa théorie combine et intègre les effets microéconomiques du monopole avec les analyses macroéconomiques de la théorie keynésienne. Elle savère particulièrement efficace pour comprendre la stagflation des années 1970. Les travaux suivants de SWEEZY, écrits en collaboration avec Harry MAGDOFF, examinent l'importance de "l'explosion financière" comme réponse à la stagnation.

     Certainement le plus grand auteur marxiste classique - bien plus orthodoxe qu'on veut bien le dire - d'expression anglaise, traduit en espagnol, mais très peu en français, il établit avec une grande clarté la problématique marxiste et éclaire tous les débats du marxisme jusqu'en 1940 et les problématiques économiques jusque dans la fin des années 1970, à l'orée du sur-développement du capitalisme financier.

 

Paul SWEEZY, avec Maurice DOBB, Du féodalisme au capitalisme, François Maspero, Petite Collection Maspero, 2 volumes, 1977 ; Le capitalisme monopoliste : un essai sur la société industrielle américaine, avec Paul A. BARAN, François Maspero, 1968 ; Lettres sur quelques problèmes actuels du socialisme, avec Charles BETTELHEIM, François Maspero, 1970 ; Le socialisme cubain, avec Leo HUBERMAN, François Maspero, 1970 ; Le capitalisme moderne, Seuil, 1976 ; The Theory of Capitalist Development, 1942, réédité plusieurs fois depuis (nous le mentionnons car nous avons constaté, avec surprise d'ailleurs, qu'il n'a pas beaucoup vieilli, notamment sur l'émergence du fascisme...).

 

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4 mai 2020 1 04 /05 /mai /2020 09:22

   Josip Broz TITO, né Josip BROZ (il adopte le nom de TITO en 1934), homme d'État yougoslave, d'origine croate, est aussi un stratège militaire, tant par son rôle dans la résistance yougoslave à l'occupant nazi et dans la libération de son pays que dans l'établissement du mouvement des non-alignés lors de la guerre froide, contribuant à la formation d'une "troisième force" dans les instances internationales. Il participe dès l'entre-deux-guerres aux activités du Parti communiste yougoslave clandestin avant d'en prendre la tête dans les années 1930.

   L'essentiel de ses écrits se concentrent - hormis bien entendu des multiples textes administratifs et de politique interne au PCY - dans ses Mémoires et, notamment pour le grand public dans son livre De la résistance à l'indépendance publié en France en 1977. Un ouvrage intitulé Tito parle, sous la direction de Vladimir DEDIJER, est paru en France en 1953, mais l'auteur a écrit un ouvrage beaucoup plus scientifique paru en 1983-1984 dans son pays, Novi Priozi za biografiju josipa broza Tita (Nouveaux éléments pour une biographie de Josip Broz Tito), jamais traduit en français.

 

    Fils d'un paysan croate, Josip BROZ participe à la Première Guerre mondiale où il combat dans l'armée austro-hongroise. Fait prisonnier en 1915 par les Russes, il rejoint l'Armée rouge peu après la révolution d'Octobre, puis retourne en 1920 au royaume des Slovènes, des Croates et des Serbes récemment fondé. Membre du Komintern, il est arrêté et emprisonné de 1928 à 1933. Il travaille par la suite au secrétariat du Komintern à Moscou (section Balkans). Dès le début de la guerre d'Espagne, il recrute à Paris des volontaires pour les Brigades internationales puis retourne en Yougoslavie.

Après la rupture du Pacte germano-soviétique - la Yougoslavie étant déjà occupée - il organise les partisans communistes et, conjointement aux forces de MIHAILOVIC, combat énergiquement les Allemands en Serbie (entre temps, la Croatie et la Bosnie-Herzégovine forment un État fasciste appuyé par l'Allemagne). la contre-insurrection allemande force TITO à replier ses forces vers le Monténégro et les régions montagneuses de Bosnie. Durant l'été 1941 et la fin de 1943, date à laquelle il est reconnu par les Alliés comme le dirigeant légitime de la résistance, il mène la plus efficace des guerres de partisans de l'Europe occupée. A l'été 1944, il passe à l'offensive et, en octobre, entre à Belgrade en même temps que les chars russes. Son prestige, nourri du fait qu'il a su, en comptant sur ses propres forces, libérer la Yougoslavie, lui permet de résister à STALINE en 1948 et à ne pas dépendre de Moscou comme les autres "démocraties populaires". Il reste au pouvoir jusqu'à sa mort en parvenant à maintenir le non-alignement grâce à une politique extérieure active qui cherche des alliés dans le tiers-monde. (BLIN et CHALIAND)

    L'organisation politique du pays après la seconde guerre mondiale suit de près l'expérience acquise pendant la Résistance. Tant dans les instances civiles qu'au sein de la Défense Populaire Généralisée de la Yougoslavie, on s'y réfère constamment, pratiquement jusqu'à sa mort, même si les ressorts s'en sont distendus avec le temps. En 1946, une nouvelle Constitution, copie de celle de l'URSS de 1936, elle aussi une fédération, consacre le fédéralisme de la Yougoslavie (6 républiques avec des autonomies diverses mais réelles) et le pouvoir de TITO. L'opposition est neutralisé avec sévérité et déclarée illégale ; c'est qu'elle est amalgamée pour le pouvoir aux tendances monarchistes et nationalistes (qu'elles soient croates ou serbes notamment) qui tentèrent de prendre le pouvoir lors de la Libération). Si l'idée de base au départ est de réaliser un État unifié, notamment par le biais des instances économiques et d'infrastructures centralisées et surtout des organisations de jeunesse yougoslaves, force est de constater que, jusqu'aux ramifications locales de l'armée (les armements resteront disséminés sur tout le territoire par exemple, ce qui exemple leur "disponibilité" lors des guerres civiles qui suivirent la chute de l'URSS), les autonomies régionales se renforcent de décennie en décennie. Malgré une grande réforme politique en 1963, le pouvoir titiste se renforce, même s'il repose de plus en plus sur un équilibre entre forces plus ou moins antagoniques présentes dans les différentes républiques. La référence à l'autogestion des paysans et des ouvriers n'est pas pour TITO une simple propagande - de vastes tentatives sont effectuées dans ce sens, tout un programme est mis sur pied, notamment sur la propriété social et des droits et devoirs des travailleurs, toujours en partant de la réalité concrète et des besoins des populations. Mais le poids des habitudes régionales (construction politique multiséculaire sous les monarchies) et les vives ambitions des responsables à la tête des institutions régionales, marquées par un esprit nationaliste qui est resté fort, n'a pas permis la réalisation sur le terrain, en fin de compte, sauf dans de notables exceptions éparses, de l'idéal marxiste socialiste révolutionnaire autogestionnaire... Le bilan reste à faire et de l'expérience yougoslave et de l'action de Josip BROZ, dont les écrits ont exercé tout de même une influence notable chez une grande partie des intellectuels marxistes occidentaux. C'est souvent en appui aux présentations des réalisations yougoslaves que des théories autogestionnaires ont été soutenues.

Les plus grands succès de TITO se situent en politique étrangère, par sa politique de non-alignement, politique active de soutien aux forces anti-colonialistes, notamment en Afrique.

 

Josip Broz TITO, De la résistance à l'indépendance, Anthropos, 1977.

Joze PIRJEVEC, Tito, une vie. Préface de Jean-Arnaud DÉRENS, Traduit du slovène par Florence GACOIN-MARKS, CNRS Editions, 2017. Milovan DJILAS, Tito mon ami, mon ennemi, Fayard, 1980.

Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, Dictionnaire de stratégie, tempus, 2016.

  

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1 mai 2020 5 01 /05 /mai /2020 08:31

  Le psychologue, sociologue et essayiste américain George William "Bill" DOMHOFF, qualifié parfois d'inspiration marxiste, est professeur à l'Université de Californie (1965-1994) à Santa Cruz, et membre fondateur du Cowell College (UCSC). Il est connu aux États-Unis surtout comme auteur de plusieurs livres de sociologie, comme Who Rules America? avec ses 6 éditions successives depuis sa première parution en 1967.

   Athlète de trois sports (baseball, basket-ball et football) à l'école secondaire, il obtient l'équivalent du baccalauréat è art en psychologie à l'Université Duke en 1958. Il écrit pour des revues sportives et enseigne à des étudiants athlètes, et après avoir obtenu une maîtrise en psychologie à l'Université d'État de Kent (1959) et un doctorat de psychologie à l'Université de Miami (1962, il entame une carrière universitaire.

     Au début des années 1960, il est professeur adjoint de psychologie à la California State University à Los Angeles et en 1965, il rejoint la faculté fondatrice de l'Université de Californie à Santa Cruz (USCS) en tant que professeur adjoint au Cowell College. Il est successivement professeur agrégé en 1969, professeur en 1976 et professeur distingué en 1993. Après sa retraite en 1994, il continue de donner des cours.

    Au cours de sa carrière à l'UCSC, G. William DOMHOFF occupe de nombreux postes à divers moments, par exemple président du Département de sociologie, président du Comité national de l'éducation préparatoire... Son premier livre, Who Rules America? de 1967, est un best-seller sociologique. Il y argue que les États-Unis sont dominés par une classe de propriété d'élite, tant politiquement qu'économiquement. Ce premier livre est suivi par une série d'autres : C. Wright Mills et l'élite de puissane (1968), Bohemian Grove and others retraits (1978), et trois autres best-sellers : The Highrt Circles (1970), The Powers That Be (1979) et Who Rules America Now? (1983). Il dispose d'ailleurs d'un site Internet dédié "Who Rules America", hébergé par l'UCSC.

   Parallèlement à ces livres de sociologie politique, qui lui valent de nombreuses attaques, et d'épithètes comme celui (il fallait s'y attendre...) de complotistes, il est un pionnier dans l'étude scientifique des rêves. Dans les années 1960, il travaille en étroite collaboration avec Calvin S. HALL, qui avait développé un système d'analyse de contenu des rêves. Ses dernières recherches préconisent une base neurocognitive pour le futur.

Rappelons simplement que le Bohemian Club, créé en 1872 par des journalistes du San Francisco Chronicle et situé à San Francisco en Californie, est l'un des clubs politiques américains les plus fermés du monde. Essentiellement conservateur et regroupant une partie de l'élite et des personnes d'influence, il compte quelques 2 000 membres (Américains, quelques Européens et Asiatiques), qui se réunissent tous les ans. Objet de plusieurs études, qualifiées de complotistes, il constitue l'un de ces clubs avec une histoire longue et une grande expertise en matière de partages d'informations confidentielles. Mais il y en a d'autres, sous couvert, d'ailleurs comme le Bohemian Club, de délassement et de cohésion... Il n'y a là sans doute pas matière à étonnement, en tout temps et en tout lieu ont existé ce genre de clubs, à l'influence plutôt très confidentielle... Toutefois, leurs membres n'aiment pas que l'on se mêle de leurs rencontres et parfois usent de leurs positions pour tenter de discréditer... notamment des journaliste...

 

Il ne semble pas y avoir d'ouvrages traduits en Français de cet auteur.

 

G. William DOMHOFF, Who Rules America?, 2013, Paperback ; Finding Meaning in Dreams, 1996 ; The Scientific Study of Dreams, 2003 ; Bohemian Grove and Others Retraits. A study in Ruling-Class Cohesiveness, Harpercollings College Div, 1er juin 1975 ; The Power Elite and the State, 2017 ; The Myth of Liberal Ascendancy : Corporate Dominance from the Great Depression to the great Recession, 2012.

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30 avril 2020 4 30 /04 /avril /2020 12:04

  S'il est bien une constante dans le déroulement de la seconde guerre mondiale, c'est la persistance de l'erreur stratégique majeure des bombardements aériens massifs. Imprécis, aléatoires dans leurs résultats, soumis à des conditions atmosphériques changeantes, dirigés souvent sur de faux objectifs de par les activités d'espionnage, mauvaise coordination au sein des armées de l'air, ils sont pourtant réitérés dans les deux grands camps en Europe, de l'Angleterre, à la France et à l'Allemagne. Que ce soit sur des objectifs liés à la démoralisation des populations ou sur des objectifs proprement militaires ou industriels, les exemples ne manquent pas d'échecs constatés sur le terrain. Les documentaires mettent bien en relief cette erreur stratégique, que ce soit sur l'Angleterre, où l'état-major allemand vise alternativement de détruire un potentiel industriel et de saper le moral des populations, que ce soit en France, où se mêlent errances tactiques et alimentation de la propagande allemande contre les alliés - à l'exception notable des lâchers de bombes sur les infrastructures de transports (guidés par les renseignement de la Résistance) en vue de la préparation des débarquements en Normandie et en Provence, ou que ce soit en Allemagne, où malgré les destructions énormes des infrastructures industrielles et civiles, ils n'ont fait que de renforcer le soutien inconditionnel de la population vis-à-vis du régime, et de plus ont été l'occasion de reconstruire ce même potentiel industriel à l'abri desdits bombardements (en quantité et en qualité supérieures en plus, à la fin par rapport aux autres périodes de la guerre!)... Il est dommage d'ailleurs que ces documentaires n'aillent pas au bout de leur démonstration et de le leur démarche : il a fallu tout le poids des complexes militaro-industriels aéronautiques pour maintenir cette même erreur tout au long de la guerre!

    Alors que la plupart des documentaires "expédient" le fait en quelques images et commentaires, parfois avec un certain pathos, 39-45. Le monde en guerre, dans L'orage en flamme restitue bien l'ampleur des bombardements comme de l'échec souvent des objectifs affichés (volume 2 DVD 2).

 

   La France sous les bombes alliées, le documentaire en noir et blanc et couleurs de 91 minutes, réalisé par Catherine MONFAJON, Emmanuel BLANCHARD et Fabrice SALINIÉ, pour France Télévisions, se situe dans toute une historiographie critique de la seconde guerre mondiale qui s'empare de la production littéraire depuis le début des années 2000. Ce sujet, longtemps passé sous silence, est vulgarisé par ce documentaire avec un certain bonheur. C'est que le documentaire, s'il est centré sur la question du bombardement des villes française, puise plus profond, puisqu'il fait démarrer l'histoire pendant la Première Guerre mondiale par une assez brève allusion, avant de planter le décor. Les premières bombes anglaises tombèrent d'abord sur Dunkerque en juin 1940, lors de l'attaque de la RAF contre les armées allemandes stationnées à proximité. La suite du film n'est pas qu'n amoncellement d'évocations de bombardements, lesquels sont replacés dans un contexte stratégique : les destructions des ports sont ainsi différenciées de celles d'usines produisant des biens pour l'occupant ainsi que les dévastations de noeuds ferroviaires. L'accent est mis sur le Transportation Plan visant à restreindre profondément la mobilité des troupes allemande l'été 1944, sans pour autant que les autres opérations, comme celle des attaques contre les "poches de l'Atlantique" soient négligées. Les deux points vue opposés sur ces opérations sont bien présentés : celui des Alliés pour qui les bombardements sont jugés indispensables, et celui des Français bombardés, des nuances étant apportées par d'autres, comme par exemple des Résistants ou des combattants de la France libre. Le film est réalisé à partir d'images d'archives ainsi que de témoignages émanant de personnes ayant vécu sous ces bombes (Philippe BELLARINI, aerostories.celeonet.fr)

 

     Parmi les films de fiction relevons-en deux très différents, Dresde (2006) et Les briseurs de barrages (1955).

Dresde, téléfilm allemand réalisé en 2006 par Roland Suso RICHTER, qui se centre sur le bombardement de cette ville en février 1945, est d'abord un film d'amour entre fille d'un riches directeur d'hôpital et le docteur Alexander, mais fait une part très grande aux circonstances des événements dramatiques pendant 3 jours (14 au 15 février). Produit par la ZDF, divisé à l'origine en deux parties de 90 minutes chacune, avec une version cinéma sortie en 2010, le film est inspiré du livre de Jorg FRIEDRICH, Le Feu. L'analyse des faits montre que cette destruction était parfaitement inutile sur le plan stratégique. La seule utilité sans doute, du point de vue des concepteurs de l'opération fut de monter le potentiel destructeur (en bâtiments et en vies humaines) des bombes utilisées...

Les briseurs de barrage, film britannique réalisé par Michael ANDERSON, sorti en 1955, d'après le livre éponyme de 1954 de Paul BRICKHILL, relate des faits ayant réellement eut lieu (l'Opération Chastise). La RAF décide de faire sauter trois barrages ennemis sur la Ruhr à l'aide de bombes spéciales, mais le raid est dangereux pour de nombreuses raisons. Composé de deux parties bien distinctes - la première sur la conception et les essais d'une combe spéciales inventées par le Docteur Barnes WALLIS, la seconde, la plus courte, sur le raid lui-même - le film ne montre que l'attaque sur les barrages de la Möhne et de l'Eder, mais pas sur les autres qui demeurèrent intacts. Contrairement au barrage de la Möhne, celui de l'Eder n'alimentait pas le réseau de la Ruhr et sa destruction n'eut aucun impact sur la production industrielle. Plus un millier de personnes périrent, et plus de moitiés se trouvaient être des prisonniers de guerre français et ukrainiens stationnés dans un camp au-dessous du barrage de l'Eder... Film à grand spectacle, Les briseurs de barrage évite bien soigneusement l'échec quant aux objectifs pour se centrer sur l'héroïsme des combattants, avec une perte de 8 avions et de 56 hommes... Il faut signaler que de nombreux raids furent minutieusement préparés, même si c'est parfois sur la base d'informations inexactes ou fausses, et leur analyse après opération faisait l'objet de rapports très précis qui étaient destinés à l'ajustement des prochains raids, mais l'histoire montre, que, compte tenus des différents terrains et conditions atmosphériques en cause, peu de leçons réelles en ont été tirées dans le feu de la guerre, sauf sur des plans mineurs tactiques...

 

 

FILMUS

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29 avril 2020 3 29 /04 /avril /2020 08:06

   Fondée fin octobre 1935 par Jacques DUBOIN (1878-1976) et depuis parue sous différentes formes, le mensuel français de réflexion socio-économique La Grande Relève, autour de l'économie redistributive, se propose d'apporter analyses et informations sur un véritable progrès technique et social.

    Jusqu'en juillet 1939, la Grande Relève est publiée mensuellement sous forme de journal. Sa parution est interrompue sous l'Occupation allemande et reprend mensuellement en 1945, puis devient hebdomadaire en 1957 jusqu'en fin 1961, puis bimensuelle jusqu'en mai 1963 où elle redevient mensuelle. A la mort de Jacques DUBOIN EN 1976, sa fille Marie-Louise DUBOIN prend la suite à la direction et continue aujourd'hui d'en assurer la parution.

   Ses principes n'ont pas varié depuis l'origine : Parce que, depuis quelques décennies, dans les pays industrialisés, on assiste au remplacement du travail humain dans la plupart des processus de production de biens et de services, par des machines, des automates, par des commandes, par des informations, l'humanité, consciemment ou non, vit une véritable mutation. mais le progrès sur le plan technologique ne se transforme pas en progrès social. Inégalités et écarts entre riches et pauvres s'accroissent.

A l'opposé, l'économie distributive propose d'associer progrès technique et progrès social. Pour cela, la revue ne présente pas un projet de société "tout ficelé", rigide, "parachuté d'en haut, mais propose de discuter les contours que pourrait prendre une société, adaptée à l'après-salariat, qu'entraine cette grande relève : une société où la convivialité remplacerait la compétitivité, où la recherche du mieux être remplacerait celle de l'avoir plus, où la culture et l'expérience seraient plus appréciées que l'art de manipuler les gens ; bref une civilisation où la rentabilité ne serait plus le critère sur lequel se fonde toute entreprise. La revue préconise que le capitalisme fasse place à une économie distributive permettant à chacun de s'épanouir en choisissant lui-même ses activités, en fonction des besoins de tous, de ses propres aspirations et de ses capacités, et convenues par le contrat civique.

   Les rédacteurs du journal, tous bénévoles, en sont les lecteurs. Certains soulignent des faits d'actualité, pour les commenter. d'autres envoient des articles de fond à partir des thèses de l'économie distributive présentées dès le début des années 1930 par le fondateur du journal. D'autres enfin préfèrent participer plus brièvement, au débat, en l'alimentant de leur point de vue, sur un point précis les rubriques Tribune libre ou Courrier. Ce ne sont donc pas, a priori, des journalistes, des économistes ou des sociologues, ce sont des citoyens qui ont des réflexions à partager. Dans le numéro 1213 de décembre 2019, La Grande Relève propose une comparaison des thèses communalistes de Murray BOOKCHIN, mises en pratique dans le Rojava, en Calabre ou en France-Comté et celles de Jacques BUBOIN en faveur d'une économie de partage.

 

 

La Grande Relève, 88, Boulevard Carnot, 78110 Le Vésinet.  Archives en ligne sur le site officiel economiedistributive.fr, de 1936 à nos jours.

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28 avril 2020 2 28 /04 /avril /2020 13:20

  Le philosophe et sociologue marxiste américain d'origine allemande Herbert MARCUSE, membre de l'École de Francfort avec Theodor ADORNO et Max HORKHEIMER, est l'auteur de plusieurs oeuvres de référence et est aussi connu aux États-Unis qu'en Europe.

 

Une carrière intellectuelle fournie

    Lors de la guerre de 14-18, où il est enrôlé dans des unités de l'arrière, il adhère en 1917 au Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD) et participe à un conseil de soldats. Cependant il quitte le SPD après l'assassinat de Karl LIEBKNECHT et de Rosa LUXEMBOURG en 1919, écoeuré de voir que le Parti "travaillait en collaboration avec des forces réactionnaires, destructrices et répressives" lors de l'écrasement de la révolution communiste des spartakistes. Il milite alors au sein de ce mouvement.

Il étudie à Berlin et à Fribourg-en-Brisgau la Germanistik comme discipline principale, la philosophie et l'économie politique comme matières secondaires. A Fribourg, il devient l'assistant de Martin HEIDEGGER et rédige une thèse sur HEGEL intitulée L'Ontologie de Hegel et la théorie de l'historicité (1932). Mais il entre vite en désaccord avec le grand philosophe allemand du moment, qui refuse par ailleurs sa thèse, et part pour Francfort-sur-le-Main.

En 1932, Herbert MARCUSE entre pour la première fois en contatc avec l'Institut de Recherche sociale de Francfort (École de Francfort) où il côtoie Max HORKHEIMER et Theodor ADORNO. Dès la prise de pouvoir par les nazis en 1933, il émigre en Suisse, puis aux États-Unis avec sa famille, après un bref séjour à Paris. Il est engagé par l'Institut de recherche sociale, qui s'est déjà installé à New York. En raison de la mauvaise situation financière de l'Institut, il doit accepter un poste à l'Office of Strategic Services (OSS), où il travaille sur un programme de dénazification.

Dès 1951, il enseigne dans diverses universités américaines. A cette époque, il dénonce tant le bloc occidental que l'URSS.

En 1955, il adopte, dans Éros et civilisation, une lecture marxienne de FREUD, et critique le révisionnisme néo-freudien (lequel se détourne peu à peu de la théorie sexuelle...). Il forge le concept de "désublimation répressive" et dénonce le caractère déshumanisant et irrationnel du principe de rendement. Le principe de rendement est le principe de réalité d'une société capitaliste fondée sur la résignation, la falsification des instincts et la répression des potentialités humaines. L'espoir d'une libération se trouve dans la transformation de la sexualité en Éros et l'abolition du travail aliéné. Sa pensée est fortement inspirée de la lecture de MARX et de FREUD (et également de HEGEL, HUSSERL et LUKACS) ; elle est, par bien des aspects, beaucoup plus profonde et plus radicale que celle d'Erich FROMM, dont elle relève certaines insuffisances. C'est que les deux auteurs ne se placent pas sur la même perspective (FROMM a plutôt une orientation sur l'homme, les groupes d'hommes et l'espèce humaine, tandis que MARCUSE se situe dans une lutte contre la société capitaliste, de classe contre classe...)

En 1964, il écrit l'Homme unidimensionnel qui parait en France en 1968 et devient un peu l'incarnation théorique de la nouvelle révolte étudiante. il y affirme le caractère inégalitaire et totalitaire du capitalisme des "Trente Glorieuses". Il dénonce une certaine "tolérance répressive" envers des idées qui servent le système de domination et d'oppression et une dénaturation du concept même de tolérance. C'est, pour lui, cette tolérance répressive qui permit l'avènement du nazisme en Allemagne.

En 1968, il voyage en Europe, et tient de multiples conférences et discussions avec les étudiants. IL devient alors une sorte d'interprète théorique de la formation des mouvements étudiants en Europe et aux États-Unis. Son engagement au sein des mouvements politiques des années 1960-1970 en fait l'un des plus célèbres intellectuels de l'époque.

Il poursuit son enseignement et en 1979, il garde la même vivacité d'esprit et la même veille intellectuelle. Il est à son poste presque chaque jour, dans sa cabine de philosophe, bourrée de bouquins empilés, devant le décor de cette université aux blanches structures ajourées où circulent étudiants et militants. Il mène jusqu'au bout le combat d'une "pensée radicale", c'est-à-dire celle qui "témoigne d'une conscience radicale des conditions de vie régnantes et se dresse contre toutes les dormes de répression.

 

D'une philosophie de l'exil : la révolution, à l'esthétique

   Obsédé, comme ses amis, par la question de savoir quelle force porte donc les groupes et les individus humains à s'aliéner dans la dictature politique ou technocrate, et quel principe historique de mort les détourne de leur libération, MARCUSE donne au refus une forme qui lui est propre. Chez lui, le "grand refus" anime sans cesse un repérage de ce qui fomente, dans les failles du système, un mouvement révolutionnaire. A cet égard, sa visée est plus politique que celle de HORKHEIMER, et sans doute de celle des autres membres de l'École de Francfort. L'éthique du refus n'a pour lui se sens qua dans l'alliance, théorique et pratique, avec les forces de transgression et de libération. Sa pensée 'critique" ne consent pas à l'observation. Elle a pour connotation personnelle l'endurance d'un espoir. Elle cherche, infatigable et lucide, les points de l'horizon social d'où attendre ce qui vient d'autre. E chaque attente trompée par les événements porte plus loin l'analyse. La force de MARCUSE est dans cette ténacité à repérer des indices révolutionnaires. Elle est indocile à l'ordre de l'histoire. Entre la structure de la réalité (l'inégalité sociale et raciale, l'extension de la répression, etc.) et le mouvement de la pensée, il y a donc une guerre interminable. Le "fait établi", loi de la raison, n'est pas la loi de la théorie. Aussi le nom même de théorie est-il "révolution". Même les échecs qui ont successivement anéanti et couvert de cendres les espoirs placés tour à tour dans la social-démocratie, puis dans la révolution soviétique, puis dans les mouvements ouvriers allemands, puis dans les radicalisme américains, ne lassent pas cette attention révolutionnaire. Pourtant ces irruptions suivies de chutes répètent l'événement resté pour MARCUSE la figure majeure de l'histoire trompant la révolution : l'effondrement de la classe ouvrière la plus politisée d'Europe devant le fascisme nazi. Mais cette répétition aiguise au contraire l'acribie du vigile et la mobilité de son analyse. Au moment où, souvent, ses divers "compagnons de route" se lassent et prennent de plus en plus de chemins de traverses, soit en sortant directement du champ du politique, soit en tentant d'approfondir une recherche plus sociologique.

Si, du nazisme, MARCUSE tire la leçon, choquante pour bien des marxistes orthodoxes, que les classes ouvrières, manipulées par la technocratie, ne constituent plus le ressort de la révolution, il ne renonce pas à en chercher d'autres points d'émergence. Cependant, par là, il bouleverse une stratégie de la révolution. L'étude de FREUD, aux États-Unis, lui fournit à la fois une autre possibilité d'analyser le processus civilisateur comme processus répressif et, par un renversement de l'optique freudienne, comme toute conservatrice par bien des aspects, la possibilité de trouver dans l'Éros, principe du plaisir, une force subversive capable de l'emporter sur le principe de réalité. Thanatos, loi de l'ordre établi, relatif à une pulsion de mort. Le freudisme devient ainsi, entre les mains de MARCUSE (et sans doute à la suite des transformations que l'américanisation de FREUD lui a fait subir), le moyen d'élaborer les critères de mouvements révolutionnaires et de développer également des éléments qui étaient restés relativement inertes dans l'oeuvre du jeune MARX et qui renvoyaient à l'"émancipation des sens". Saisis dans leur implication mutuelle, le collectif et l'individuel apparaissent ainsi comme le champ d'opposition entre l'éthique du travail, origine du système technocratique, et la libération de l'existence, principe d'une autre vie sociale. Éros et civilisation (1954) en établissant un freudo-marxisme, rejette une partie de l'appareil psychanalytique (américanisé il est vrai) du côté des forces contre-révolutionnaires. Et d'ailleurs, sur la scène intellectuelle, même en Europe, cet assemblage théorique révolutionnaire fait regarder autrement toute la psychanalyse...   

L'ouvrage Éros et civilisation organise une nouvelle topographie freudo-marxiste, de la théorie et de la pratique révolutionnaires. Mais l'essentiel reste le geste d'une pensée qui juge et "condamne" la réalité. La "vérité" - ou le discours - s'introduit dans ce qui est comme une contestation au nom de ce qui devrait ou pourrait être, et comme l'ouverture d'un possible dans l'ordre des faits établis. Cette philosophie est, par là, une théorie du rôle même de la philosophie. Elle ne produit pas un lieu défini par la raison, qui serait celui de l'ordre ou de l'être. Elle reste relative aux situations socio-politiques à l'intérieur desquelles s'exerce l'analyse décelant des espaces de jeu dans le totalitarisme politique ou technocrate et diagnostiquant dans le système ce qui y travaille d'autre. Elle est révolutionnaire, et non métaphysique. Elle a forme poïétique, et non utopique.

Acharnée à découvrir les mouvements qui se font jour et les solidarités sociales qui peuvent donner figure historique à la lutte contre l'aliénation unidimensionnelle (L'Homme unidimensionnel, 1964), cette pratique philosophique de l'analyse a pu passer pour un "romantisme révolutionnaire". En fait, elle s'enracine sans doute dans la tradition juive, à laquelle MARCUSE appartient. Avant même d'entrer en relation avec l'École de Francfort, MARCUSE insinuait le soupçon dans la philosophie de HEIDEGGER, qui articule en discours le "sol" et la "maison" de l'être et qui devient ainsi, comme le dit Emmanuel LEVINAS, une philosophie "agricole". Pour MARCUSE, il n'y a pas de sol. Le réel n'est jamais un droit. La théorie ne cesse d'interroger la raison et de la suspecter. Elle met en procès l'ordre. Aussi n'est-elle que "critique""- exil. Elle refuse de "formuler les lois de la pensée en protégeant les lois d'une société".

    Dans la production intellectuelle de MARCUSE, on pourrait penser que cette recherche constante de possibles révolutions s'affaiblit à mesure de l'accumulation des déconvenues. Et pourtant, même avec la sorte de détour par l'esthétique, il effectue toujours la même recherche.

Diaspora faite de déplacements relatifs à l'apparition et à la dégradation des figures historiques successives de la libération, la pensée marcusienne s'est donc liée, comme à la condition d'une possibilité, à tous les mouvements de transgression - à tout ce qui constitue une force autre dans l'unidimensionnalité technocrate. Et d'abord, aux catégories exploitées "qui ne veulent plus jouer le jeu", classes dominées, chômeurs, "victimes de la loi et de l'ordre". Mais aussi aux étudiants et aux intellectuels que la marginalisation radicalise. Mais encore aux mouvements des femmes refusant que le corps féminin soit exploité comme plus-value pour la reproduction de l'espèce, la prostitution ou la consommation d'images. Aux artistes enfin, poètes, écrivains ouvrant d'autres possibles avec un discours sans pouvoir. Telle est la position ultime de MARCUSE, dans La Dimension esthétique (1977) : "L'art brise la réification et la pétrification sociales. Il crée une dimension inaccessible à toute autre expérience - une dimension dans laquelle les êtres humains, la nature et les choses ne se tiennent plus sous la loi du principe de la réalité établie. Il ouvre à l'histoire un autre horizon." Mais, conformément à son sens premier, l'esthétique, chez MARCUSE, se rapporte aux sens, et pas seulement à l'art. Elle renvoie à une transformation progressive du corps, devenu instrument de plaisir, et à des modes de perception "entièrement nouveaux". Une révolution est en puissance, cachée dans le corps profond. Elle doit, par le plaisir, inaugurer socialement et individuellement une libération de l'être, sans laquelle toute révolution politique se retourne en un nouveau totalitarisme. certes, la jouissance ne va pas sans la douleur. Mais elles échappent ensemble à l'ordre social. L'esthétique est ce champ dialectique, "affirmation et négation, consolateur et douleur". Quelque chose comme un cri l'habite. Tantôt de plaisir, tantôt de douleur (c'est souvent le même), le cri peut ne pas vouloir être une rébellion, mais par nature il l'est. il ouvre sur autre dimension. Il la crée. Sans doute a-t-il un rapport essentiel avec l'art?

Cette théorie de l'espoir a donc pris rendez-vous avec les sans-espoir et avec ce qui n'a pas de pouvoir sur les choses. Comme ses alliés, elle est incertaine de son avenir (il n'y a plus d'utopie philosophique) et certaine de ce qui la rend irréductible. Elle s'est avancée, tenace et solitaire, sans concessions et sans protections. Aussi a-t-elle été reconnue par beaucoup. MARCUSE concluait L'homme unidimensionnel en écrivant : "La théorie critique de la société ne possède pas de concepts qui permettent de franchir l'écart entre le présent et le futur ; elle ne fait pas de promesses ; elle n'a pas réussi ; elle est restée négative. Elle peut ainsi rester loyale envers ceux qui, sans espoir, ont donné et donnent leur vie au grand refus. Au début de l'ère fasciste, Walter Benjamin écrivait : "C'est seulement à cause de ceux qui sont sans espoir que l'espoir nous est donné."

Michel de CERTEAU, à qui nous empruntons tout ce chapitre, conclue là sur une note - malgré la dernière phrase ou à cause d'elle - un peu désespérante, à l'image de ce grand renoncement qui parcourt alors tout le monde intellectuel - y compris parmi les proches de MARCUSE - à changer de manière globale réellement la société.

 

Herbert MARCUSE, L'Ontologie de Hegel et la théorie de l'historicité, éditions de Minuit, 1972 ; Raison et révolution, Hegel et la naissance de la théorie sociale, éditions de Minuit, 1969 ; Éros et civilisation. Contribution à Freud, éditions de Minuit, 1963 ; Le Marxisme soviétique. Analyse critique, Gallimard, 1963 ; L'Homme unidimensionnel, éditions de Minuit, 1968 ; Culture et Société, éditions de Minuit, 1970 ; La Fin de l'Utopie, Seuil, 1968 ; Vers la libération, Gonthier, 1969 ; La Dimension esthétique; pour une critique de l'esthétique marxiste, Seuil, 1979 ; Contre-révolution et révolte, Seuil, 1973 ; Tolérance répressive, Homnisphère, 2008 ; Le problème du changement social dans la société technologique, Homnisphère, 2007.

M. AMBACHER, Marcuse et la critique de la civilisation américaine, Aubier-Montaigne, 1969. Pierre MASSET, La Pensée de Herbert Marcuse, Privat, 1969. J.M. PALMIER, Herbert Marcuse et la nouvelle gauche, Belfond, 1973. Gérard RAULET, Herbert Marcuse, Philosophe de l'émancipation, PUF, collection philosophie, 1992. Francis FARRUGIA, Connaissance et libération. la socio-anthropologie de Marx, Freud et Marcuse, L'Harmattan, 2016. Voir le site marcuse.org pour d'abondantes analyses (en allemand et en anglais).

Michel de CERTEAU, Marcuse, dans Encyclopedia Universalis, 2014.

 

 

 

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27 avril 2020 1 27 /04 /avril /2020 06:54

   Ouvrage unique (mais sans doute plutôt seul ouvrage à nous être parvenu...), de l'historien grec THUCYDIDE (vers 460-400 av. J-C.), considéré souvent comme le plus grand historien, avec POLYBE, de l'Antiquité, Histoire de la guerre du Péloponnèse relate les événements qui précèdent cette guerre et en furent la cause, puis la guerre elle-même, à laquelle il a personnellement participé.

 

La guerre du Péloponnèse

  Rappelons ici l'historique de cette guerre, car les souvenirs scolaires ne sont pas forcément le fort de tous nos lecteurs.

  La guerre du Péloponnèse met en opposition Athènes et Sparte (ou Lacédémonie) pendant près de trente ans (431-404 av. J-C.). Le jeu des alliances détermine pour beaucoup la direction des combats. Au départ, le conflit oppose Athènes à Corinthe, alliée principale de Sparte. L'alliance d'Athènes avec Corcyre (Corfou), colonie rebelle de Corinthe, le secours apporté par ls Corinthiens à Poridée, en révolte contre Athènes, et le blocus exercé par Athènes précipite les événements. Rapidement, Sparte déclare la guerre à Athènes dont l'agressivité (en tant qu'empire maritime) commence à inquiéter. L'armée de terre de Sparte est supérieure à celle d'Athènes qui possède surtout une formidable marine militaire. Les Athéniens refluent sur la cité, laissant l'Attique ouverte à l'invasion pendant que leur flotte attaque les côtes de Péloponnèse. Malheureusement pour les Athéniens, la peste envahit la cité qui perd plus d'un quart de sa population en deux ans (430-429). Périclès est également atteint par la maladie et meurt en 429. Les forces politiques s'affrontent à Athènes où les démagogues s'opposent aux modérés, partisans de la paix. Néanmoins, les combats continuent. En 427, Athènes réprime la rébellion de Mytilène et remporte une grande victoire sur l'ile de Sphactérie deux ans plus tard (425), refusant à cette occasion la paix offerte par Sparte. Mais Sparte, conduite pas le général Brasidas, s'empare d'Amphipolis que défend Thucydide et rétablit l'équilibre (424). Thucydide, accusé de trahison au terme de la bataille, s'exile en Thrace où il rédige son récit de la guerre.

La mort des deux généraux en chef adverses, Brasidas et Cléon, au cours d'un affrontement près d'Amphipolis (422) où les Lacédémoniens repoussent les Athéniens, amène les deux puissances à négocier la paix de Nicias qui se conclut par un statu quo (421). Cependant, la paix prévue pour cinquante ans, ne verra jamais véritablement le jour, les alliés des deux superpuissances continuant à s'affronter. Peu à peu, les hostilités reprennent ouvertement. Sparte combat victorieusement à Mantinée (418) alors qu'Athènes massacre la population de Mélos (416). Alcibiade, stratège de l'armée athénienne, parvient à convaincre Athènes d'organiser une expédition ambitieuse vers la Sicile pour capturer Syracuse. L'expédition, qui commence en 415, se termine par un désastre stratégique qui va s'avérer fatal pour Athènes (413). La débâcle d'Athènes encourage la révolte de plusieurs de ses alliés et permet à Sparte de s'approprier la maîtrise des mers. Bien qu'Alcibiade remporte encore quelques victoires, la flotte de Sparte, financée en partie par la Perse, est désormais la plus forte. Lysandre, qui commande les forces de Sparte, est victorieux à Colophon (407) et surtout à Aigos Potamos (405), alors qu'Alcibiade, limogé, ne participe pas à la bataille. Au mois d'Avril 404, Athènes capitule. Elle est contrainte d'abandonner sa flotte, de détruire ses fortifications et de laisser le pouvoir à l'autorité des Trente Tyrans. Ces Trente magistrats forment un gouvernement oligarchique succédant à la démocratie à Athènes et ne restent au pouvoir que moins d'un ans (404 av.J-C.), chassés par THRASYBULE, au grand soulagement de la population. (A ne pas confondre, comme le fait le dictionnaire de stratégie de BLIN et CHALIAND, avec les généraux romains des II et IIIe siècles.)

 

Le récit de la guerre par THUCYDIDE

   Le récit de l'historien s'arrête brusquement en 411, probablement du fait que son auteur fut empêché, par la maladie ou par la mort, d'achever son oeuvre. Les épisodes stratégiques s'y succèdent, de même que des considérations politiques d'une poignante pérennité, à défaut d'être tout-à-fait objectives.

A travers ce récit pénétrant se dégage une vision de la politique et de la stratégie qui force encore aujourd'hui l'admiration des théoriciens et des adeptes de la realipolitik. Bien avant MACHIAVEL et CLAUSEWITIZ, THUCYDIDE démontre le rapport étroit qui lie la stratégie militaire à la stratégie politique, la première étant l'instrument de la seconde. D'ailleurs, si THUCYDIDE s'intéresse davantage aux problèmes politico-stratégiques qu'aux considérations tactiques et opérationnelles, c'est bien pour démontrer la primauté de l'action politique par rapport à l'engagement militaire. Il manifeste les mêmes scrupules à mettre en relief les facteurs historiques, sociaux et politiques qu'à souligner les actions individuelles. Il se préoccupe tout autent des causes de la guerre que des rapports entre forces, des rapports entre l'individu et l'État que des rapports entre les peuples. Il illustre son récit par des discours et des dialogues de très grande qualité. Tout y est fondé sur l'opposition politique, idéologique et stratégique entre les deux acteurs principaux, opposition qui n'est pas sans rappeler celle qui mit face à face États-Unis et Union Soviétique pendant la guerre froide.

Tout oppose Athènes et Sparte. Athènes est un État démocratique, et une puissance maritime. Sparte est gouverné par un régime autoritaire. Sa force militaire est fondée sur son armée de terre. La cause fondamentale de la guerre, selon THUCYDIDE, est la montée en puissance d'Athènes, qui fait naître sa volonté de domination, et qui menace l'ordre politique établi et l'équilibre des forces en place. Cette menace met en jeu les alliances entre les nombreux États qui constituent l'ensemble géopolitique de la Grèce. Avec sa puissance, et en pratiquant l'intimidation et la terreur, Athènes oblige certains États à se rallier à sa cause. En revanche, et pour les mêmes raisons, elle pousse d'autres États dans les bras de son adversaire.

Encore aujourd'hui, l'analyse de THUCYDIDE est pleine d'enseignement et les conclusions de l'historien vont souvent à l'encontre d'idées reçues qui ont valeur de dogmes politiques, notamment en ce qui concerne le degré de stabilité des systèmes bipolaires et multi-polaires, ou encore sur la nature belliqueuse de tel ou tel régime politique. THUCYDIDE perçoit la bipolarité de l'univers politique grec, que dominent deux super-puissances, comme fondamentalement instable. Son analyse illustre aussi le fait qu'un État démocratique peut être davantage animé d'un esprit impérialiste qu'un État autoritaire, la soif de conquête étant plutôt tributaire des rapports de forces que de la nature des régimes politiques des États qui s'affrontent. L'Histoire de la guerre du Péloponnèse relate la guerre dans sa forme la plus pure et la plus complète, ce qui confère à ce texte une pérennité exceptionnelle. (BLIN et CHALIAND)

 

Un texte de référence

   L'oeuvre relate en 8 livres les vingt premières années de la guerre du Péloponnèse et reste inachevée, probablement à cause de la mort de l'auteur vers 399. Trois continuations sont composées au IVe siècle av. J-C., pour poursuivre le récit de cette guerre jusqu'à la défaire d'Athènes : celle de THÉOPOMPE et de CRATIPPE ne nous sont pas parvenue, à l'inverse des deux premiers livres des Helléniques de XÉNOPHON.

Livre I : les causes de la guerre

   L'une des grandes nouveautés de l'analyse historique de THUCYDIDE est qu'il recherche la cause des événements. Nul doute que, sans doute dans le monde de l'Antiquité, ont circulé de nombreux textes sur cette guerre, mais son récit tranche parce qu'il n'est pas une hagiographie, ni une oeuvre de propagande, à la gloire d'une des parties aux prises, comme il y a pu en exister, notamment dans le monde perse, très à l'affût d'occasions de dominer les cités grecques. Son premier livre essaye d'exposer les causes directes et les causes profondes à l'origine du conflit.

Après une introduction présentant l'objet de l'ouvrage, s'ouvre une partie traditionnellement appelée l'"Archéologie" qui résume l'histoire grecque depuis les origines jusqu'au début des guerres médiques. Après quelques considérations méthodologiques puis générales, l'auteur détaille les deux causes directes qui ont déclenché la guerre : l'affaire de Corcyre et l'affaire de Potidée. S'ensuit le débat à l'issue duquel les Spartiates décident la guerre. THUCYDIDE ouvre alors une longue parenthèse, appelée "Pentékontaétie", sur la période de 50 ans qui, depuis la fin des guerres médiques, a permis à Athènes de se constituer un empire. L'historien ici décrit l'expansion impériale de la cité grecque et la peur qu'elle suscite chez les Lacédémoniens, selon ce que la polémologie a depuis lors nommé "piège de Thucycide" en référence à ce passage. les alliés des Spartiates votent à leur tour la guerre, et les revendications des uns et des autres conduisent à la rupture des négociations. Le livre se finit sur le discours de Périclès qui convainc les Athéniens d'entrer en guerre.

 

Livre II : peste d'Athènes ; période de 431-429

  Le récit des trois premières années de guerre commence avec l'affaire de Platée (431), alliée d'Athènes attaquée par les Thébains. Après quelques remarques sur les préparatifs de la guerre, THUCYDIDE raconte la première invasion de l'Attique par les Spartiates, qui se fera désormais chaque année, puis divers événements mineurs. Face à cela, la stratégie de Périclès, dite des Longs Murs (abandonnant la campagne au pillage, les habitants se réfugient à l'intérieur de la ville), est difficilement acceptée par les Athéniens, ce qui n'empêche pas sa réélection comme stratège. Il prononce ensuite une oraison funèbre en l'honneur des premiers morts de la guerre, dans laquelle il rappelle les valeurs athéniennes. La deuxième année de la guerre (430) voit une nouvelle invasion lacédémonienne de l'Attique ; la population athénienne, entassée dans la ville et derrière les Longs Murs, connaît alors une épidémie dévastatrice appelée peste d'Athènes (peut-être le typhus), qui tue Périclès et contamine Thucydide, qui en réchappe. Diverses opérations occupent l'année suivante (429) à Platée, en Thrace, en Arcananie et en Macédoine, jusqu'aux victoires navales athéniennes à Patras et Naupacte qui montrent la supériorité intacte d'Athènes sur mer. Il faut noter que la description de la peste d'Athènes au milieu de la guerre aurait pu inciter à une grande réflexion sur les liaisons historiques entre guerres et épidémies, mais finalement, cela constitue une grande occasion ratée : il n'y aura aucun enseignement stratégique de cela, sauf à considérer les inconvénients à s'entasser derrière des remparts.

 

Livre III : sac de Mytilène ;  période de 428-426

   La domination athénienne est mal supportée par des alliés aux ordres. En 428, Mytilène et toutes les cités de Lesbos à l'exception de Méthymme quittent la ligue de Délos et demandent de l'aide à Sparte, mais les Athéniens assiègent et reprennent la ville l'année suivante, et y installent des clérouques. Après 3 ans de siège et malgré une résistance héroïque, Platée est conquise par les Pélolonnésiens en 427. Les désordres dans différentes villes (guerre civile à Corcyre, intégration de la Sicile dans la guerre, mouvements en Étolie et en Locride) montrent une direction de plus en plus affirmée de guerre totale, fratricide et idéologique.

 

Livre IV : bataille de Sphactérie ; période de 425-422

    L'installation des Athéniens à Pylos et leur victoire sur les Spartiates lors de la bataille de Sphactérie auraient pu conclure cette guerre par une paix des braves, mais la volonté d'Athènes fait échouer tout traité. On voit poindre ses ambitions sur la Sicile. La guerre se poursuit sur différents théâtres : en Corinthie, à Corcyre, où les atrocités continuent, en Sicile, où une trève est conclue, après le discours d'Hermocrate contre le développement de l'empire athénien, à Mégare, en Aise Mineure et en Boétie, et à Délion, où les Athéniens sont battus par les Boétiens. Thucydide s'attarde plus longuement sur la Thrace où se battent deux partisans de la guerre, Cléon pour Athènes et Brasidas pour Sparte. Thucydide lui-même est vaincu à Amphipolis et exilé. Les modérés de Sparte, qui veulent récupérer leurs otages de Sphactérie, et d'Athènes, qui craignent de nouvelles défaites en Thrace, entrent en négociations et signe un armistice d'un an.

 

Livre V : paix de Nicias ; période de 422-416

 Un an plus tard, en 422, alors que Cléon et Brasidas meurent en Thrace, Athéniens et Spartiates négocient un traité de paix. Mais Thucydide insiste sur la continuité qui lie les dix années de guerre qui s'achèvent aux 8 années qui attendent encore les deux cités entre 412 et 404 : la paix de Nicias n'est qu'une pause dans le conflit. Pour contrer le pouvoir de Sparte dans le Péloponnèse, Argos tente de fédérer une alliance, que les Athéniens acceptent de rejoindre, mais de manière uniquement défensive. Mais après avoir envahi le terrtoire d'Épidaure, Argos est à son tour envahie par Sparte : les deux armées s'affrontent à la bataille de Mantinée, la plus importante de la guerre ; Argos est vaincue, se dote d'une oligarchie et signe une alliance avec Sparte. En 416, Athènes veut soumettre Mélos, cité neutre mais d'origine spartiate, qui se conclut par une victoire athénienne ; mais avant l'affrontement, Thucydide en scène le seul dialogue du texte, dit dialogue mélien, où la loi du plus fort des Athéniens s'oppose à l'appel à la justice des Méliens.

 

Livre VI : début de l'expédition de Sicile ; période de 415-413

Après un court développement sur l'histoire et le peuplement de la Sicile, Thucydide met en scène le débat devant l'assemblée athénienne concernant une expédition en Sicile, combattue par Nicias et soutenue par Alcibiade ; l'expédition, sous le commandement de Nicias, Alcibiade et Lamacho, est votée ; mais à la suite du scandale de la mutilation des Hermès, Alcibiade est mouillé dans des révélations sur des parodies de mystères. Pendant que les Syracusiens discutent de l'attitude à adopter, les Athéniens arrivent en Sicile, font le tour des cités de l'île et d'Italie du Sud pour compter leurs soutiens et lever des troupes. pendant ce temps, Alcibiade est rappelé à Athènes pur s'expliquer sur les parodies de mystères, mais s'enfuit à Sparte ; Thucycide donne à cette occasion sa version de la fin de la tyrannie des Pisistrates, Athéniens et Syracusiens continuent de rassembler leurs forces, et peu de combats ont lieu en dehors de la bataille de l'Olympieion : préparatifs divers, négociations avec Camarine, conseils d'Alcibiade aux Spartiates pour qu'ils envoient des renforts en Sicile et occupent Décélie en Attique. Quelques opérations occupent le printemps 44 avant que les Athéniens ne se décident à occuper une partie de Syracuse.

 

Livre VII : fin de l'expédition ; 413

  L'arrivée de Gylippe à Syracuse sauve la ville du siège athénien. Un rapport alarmant de Nicias provoque l'envoi par l'assemblée de renforts conduits par Démosthène et Eurymédon. L'année suivante, les spartiates envahissent l'Attique et, comme l'avait suggéré Alcibiade, fortifient Décélie. Sur le chemin de la Sicile, Démosthène est occupé par diverses opérations autour du Péloponnèse ; en arrivant à Syracuse, il redonne espoir aux Athéniens, mais les discussions avec Nicias sur la stratégie à adopter trainent en longueur. Quatre batailles très rapprochées ont lieu sur terre et sur mer : le résultat des trois premières est indécis, la quatrième est une sévère défaite athénienne. Les stratèges ordonnent alors la retraite vers l'intérieur des terres, espérant se réfugier chez les Sikèles alliés, mais les fuyards sont harcelés par les troupes spartiates et syracusaines. Les Athéniens, forcés de se séparer en deux groupes conduits l'un par Nicias, l'autre par Démosthène, se rendent ; de nombreux soldats son massacrés, et environ sept mille sont emprisonnés dans des conditions épouvantables dans les latomies ; Nicias et Démosthène sont exécutés.

 

Livre VIII : retour d'Alcibiade ; période de 412-411

   Après la nouvelle du désastre athénien en Sicile, Sparte est contacté par de nombreuses cités qui souhaitent quitter la ligue de Délos, mais aussi par les Perses Tissapherne, satrape de Carle, et Pharnabaze, satrape dans l'Héllespont, qui souhaitent réintégrer les cités de la côte d'Asie mineure à la Perse. En 412, Sparte s'associe d'abord à Tissapherne : Chios, Milet et Lesbos font défection ; Athènes envoie une flotte qui prend pour base Samos. Pendant ce temps, Alcibiade quitte Qparte, passe dans le camp de Tissapherne et tente de le rallier à Athènes ; il convainc aussi certains officiers basés à Samos de renverser la démocratie pour complaire aux Perses. En 411, la démocratie est remplacée à Athènes par le régime oligarchique des Quatre-Cent, qui ne survit que quelques mois ; la démocratie est rétablie avec l'aide de l'armée de Samos et à la suite d'une révolte d'hoplites. Les flottes athénienne et spartiate se déplacent ensuite vers l'Héllespont, où une bataille a lieu.

 

Crédibilité et intentions du texte de THUCYDIDE

   A la fois acteur et écrivain en partie de sa propre histoire, THUCYDIDE est avant tout un homme politique athénien, stratège en 424. Il évoque ses droits d'exploitation des mines d'or en Thrace et se situe parmi ceux, qui, comme Antiphon le Sophiste dont il fait l'éloge au huitième, de même que celui du régime des Cinq-Mille qui veulent combiner démocratie et oligarchie. C'est sur sa propre expérience qu'il fonde sa vision de la guerre du Péloponnèse. Il serait revenu d'exil à Athènes qu'à la fin de la guerre et son effort ne tourne sans doute pour comprendre la défaite de sa cité. C'est pourquoi son récit apparait parfois critique par rapport à la politique sur le long terme d'Athènes, sur son impérialisme sans concession, ce qui lui attire le mécontentement de toutes les cités qui ont été forcées plus ou moins à entrer dans cette Ligue de Délos. C'est donc un historien politique qui nous livre cette Histoire de la guerre du Péloponnèse.  Son récit qui ne se réduit pas aux faits ni n'est un éloge glorificateur (même si ici et là certaines passages constituent un hommage aux guerriers de telle ou telle bataille). De plus, il ordonne son récit de manière chronologique, ce qui en fait un témoignage dont on peut vérifier la crédibilité à l'aide d'autres sources, même si en l'occurrence, elles ne sont pas nombreuses.  Cette oeuvre fait figure de récit stratégique car il mêle considérations militaires et considérations politiques, analyse le comportement des chefs militaires (Alcibiade surtout) et des cités, dans un enchainement dialectique avant la lettre. D'ailleurs, comme l'écrit Olivier BATTISTINI, on ne lit pas Histoire de la guerre du Péloponnèse, on s'y instruit, on l'analyse, et c'est ce qui en fait toute sa valeur. Rarement par exemple ont été exposé la dynamique impérialiste terre-mer et l'imbrication des motivations stratégiques et commerciales des différents acteurs. Ceci étant THUCYDIDE ne cherche pas à être complètement fidèle au déroulement des faits. Maints discours et maints débats, placés à un moment ou à un autre, sont constitués de morceaux venant de périodes différentes, son objectif étant avant tout de comprendre comment les choses se passent plutôt que de se noyer dans des détails historiques. Enfin THUCYDIDE montre bien la dimension tragique de ces combats dans une guerre qui n'en finit pas, destructions (parfois de la même ville), va-et-vient des armées, pertes de vie humaine;.. toutes choses propice à une perception fortement critique de la guerre.

  Les analystes de l'oeuvre se sont longtemps séparés en deux camps. D'un côté, on trouvait ceux qui considéraient cette oeuvre comme objective et scientifique du point de vue historique. Cette opinion traditionnelle se retrouvait par exemple chez J.B. BURY (History of Greece, 4ème édition, 1975) qui considérait que l'ouvrage est "sévère dans son détachement, écrit à partir d'un point de vue purement intellectuel, débarrassé des platitudes et des jugements moraux, froid et critique". De l'autre, des auteurs défendent plus récemment l'idée selon laquelle La guerre du Péloponnèse est mieux comprise si on voit en elle une oeuvre littéraire plutôt qu'une restranscription objective du passé. Cette hypothèse est mise en avant notamment par W. R. CONNOR (Thucydides, Princeton, 1984) qui décrit THUCYDIDE comme "un auteur qui entre en réaction avec son matériaux, le sélectionne et l'arrange habilement, qui développe son potentiel symbolique et émotionnel". Ces deux types d'analyse se rejoignent pour saisir les tensions internes d'un ouvrage qui, comme le remarque Pierre VIDAL-NAQUET, par son attachement à la raison.

 

Un matériau important pour une sociologie de défense

   Le texte de THUCYDIDE apporte des éléments essentiels pour la construction d'une sociologie de défense, comme l'indique, assez discrètement, Alain JOXE, dans le chapitre IV de son livre (le miracle grec et la guerre) sur les sources de la guerre : "En somme, les Grecs reconnaissent dans les royautés tribales la matière première des Empires, un matériau brut qui n'a d'ailleurs pas besoin d'être élaboré davantage pour être agrégé dans l'Empire. Les Empires ne sont, jusqu'à Rome, que conglomérats de dominations, assemblages de corvées, communautaires ou tribales, administrées sous menace de mort et non point assemblées de citoyens libres et armés. On reconnaît, au contraire, une cité à son nombre limité de recensé d'habitants : il existe une échelle de la cité qui est l'échelle humaine. Les empires, du point de vue grec, n'ont pas d'échelle et leur principe de croissance indéfinie s'appuie sur la démesure (hubris) de la violence des combattants barbares ou la démesure des effectifs paysans enrôlés comme des moutons ; elle débouche sur la démesure de l'entreprise impériale, statistique ou aléatoire, et sur la mort. Xerxès, raconte Hérodote, compta ses troupes au moment de leur faire franchir l'Hellespont en les mesurant au boisseau dans des sortes d'enclos à moutons qui contenaient à peu près 1 000 hommes. C'est tout dire.

La violence de la cité, la guerre elle-même, et même la guerre civile, se trouvent transfigurées par un "stratégie critique" consciente et organisée qui est l'essence de la pratique civique. La violence et la guerre d'Empire, au contraire, c'est une simple colle qui "fait se tenir ensemble" l'assiette des tributs de sang imposés aux peuples. La violence des cités est un discours. La guerre grecque, comme le souligne Jean-Pierre Venant, "n'est pas seulement soumise à la cité, au service de la politique : elle est la politique elle-même". (Introduction, PGGA)."

 

 

THUCYDIDE, Histoire de la guerre du Péloponnèse, Introduction, traduction des livres I, II et IV à VII par Jacqueline de ROMILLY ; traduction des livres III et VIII par Raymond WEIL ; traduction des livres VI et VII par Louis BODIN, Paris, Robert Laffont, 1990. Extraits : bataille navale de Bybota, discours de Périclès aux Athéniens (édition de 1981, éditions Les Belles lettres), dans  Anthologie mondiale de la stratégie, Robert Laffont, collection Bouquins, 1990. Traduction de tous les livres disponible sur le site Internet remacle.org. Fac-similé de l'édition de 1559, Paris par le libraire Michel de VASCOSAN (Les bibliothèques virtuelles humanistes, sur le site bvh.univ-tours.fr

Pierre-Vidal NAQUET, Denis ROUSSEL, in Thucydide, La guerre du Péloponnèse, Folio, Classique, Paris, 2000. L. CANFORA, Le mystère Thucydide, Enquête à partir d'Aristote, Paris, Desjonquères, 1997. Raymond ARON, Thucydide et le récit historique, Dimensions de la conscience historique, Paris, 1964. Jacqueline de ROMILLY, Histoire et raison chez Thucydide, 1956 ; La construction de la vérité chez Thucydide, 1990. Alain JOXE, Voyage aux sources de la guerre, PUF, Pratiques Théoriques, 1991.

Olivier BATTISTINI, Thucydide, dans Dictionnaire de la guerre et de la paix, PUF, 2014. Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, Thucydide/Guerre du Péloponnèse, dans Dictionnaire de stratégie, tempus, 2016.

 

 

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24 avril 2020 5 24 /04 /avril /2020 08:11

     Bimestriel suisse créé en 2012 sous l'impulsion de militants et militantes du Réseau Objection de croissance, Moins entend "animer les débats politiques romands et nationaux".

    "Confronté(e)s à la banalisation des questions écologiques et à une cruelle absence de voix critiques vis-à--vis du productivisme et du progrès, Moins aspire à promouvoir et diffuser les idées de la décroissance. Ce mot-obus, qui s'attaque à la religion de la croissance économique, ne trouve guère de visibilité dans les médias dominants. Quand il y figure, il l'est souvent à mauvais escient (en synonyme de récession) ou de façon caricaturale (cavernes, bougies et calèches!). Il s'agit pourtant d'un courant de pensée qui connait un succès grandissant, en Europe aussi bien qu'en Amérique Latine, au moment même où convergent des crises diverses et profondes - écologique, sociale, économique et morale."

    C'est pour pallier à ce manque que Moins se "propose d'être un cri de contestation et de résistance, mais aussi un espace ouvert à des voix dissidentes, à des sujets et des questions tabous, afin de révéler l'existence de pistes alternatives et devenir un lieu de réflexion (et d'action) pour construire une une façon de vivre ensemble plus égalitaire et solidaire".

   Chaque numéro allie articles d'actualité, témoignages locaux et textes de fond, l'équipe de rédacteurs et de rédactrices, de dessinateurs et de dessinatrices, tous bénévoles. Avec notamment à chaque fois un dossier sur un thème : Semer la gratuité, La puissance des femmes, Partout le numerhic, La fin d'un monde, Repolitiser l'éconologie, médiacratie, L'homme qui se consomme. Sans oublier le numéro 1 Manifeste de septembre-octobre 2012, Sur les chemins de la décroissance. Le numéro de février-mars 2020, n°45, comporte un dossier sur les technologies souces, réparables, résistantes et produites dans des conditions socialement et écologiquement acceptables.

Sans publicité et libre de toute attache politicienne, le journal de 32 pages de qualité et vendu à prix libre, lie son activité à la librairie autogérée située au sous-sol de la librairie Bastal (Chauderon), rue du Petit-Rocher à Lausanne.

 

Moins, journal romand d'écologie politique, rue des Deux-Marchés, 23, 1800 Vevey, Suisse. Site : achetezmoins.ch

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