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16 octobre 2010 6 16 /10 /octobre /2010 07:20

                    Il existe des livres clés pour comprendre à la fois le monde et l'évolution des idées et L'homme neuronal, de Jean-Pierre CHANGEUX, chercheur dans plusieurs domaines de la biologie, de la structure et de la fonction des protéines, au développement précoce du système nerveux, publié en 1983, en fait partie. Il fait le tour des nouvelles acquisitions de connaissances qui ont continué (et se sont même accélérées) depuis, qui ont donné naissance à un nouveau corpus nommé neurosciences. Destiné à un public en majorité étudiant mais ouvert à un très large public - certains chapitres trop techniques pour certains peuvent dans une certaine mesure survolés, l'ouvrage assez copieux, abondamment pourvu de figures, peut servir d'introduction aux connaissances actuelles en biologie. Il donne en tout cas une vision assez impressionnante des nouvelles connaissances, dont le même auteur effectue en 2008, une nouvelle synthèse dans Du Vrai, du Beau, du Bien. Si l'on veut comparer les deux ouvrages - en mettant de côté le renouvellement des connaissances scientifiques - ce dernier donne une plus grande place aux interprétations philosophiques de l'auteur, induites selon lui par ces nouvelles connaissances. Aussi, c'est sans forcément entrer dans une polémique sur la place des sciences biologiques au sens large dans la constitution d'une nouvelle vision de la vie en société ou sur la place de l'homme dans l'univers, que peut se lire L'homme neuronal. Pendant toute sa carrière scientifique, Jean-Pierre CHANGEUX est fidèle à une conception moniste du cerveau de l'homme, du niveau moléculaire au niveau cognitif. Il est convaincu que la sélection est à la base de processus vitaux plutôt que l'instruction, et que le cerveau a une véritable activité, qu'il ne se borne pas à répondre aux incitations de l'environnement. Ce point de vue l'oppose à des philosophes comme RICOEUR, qui soulignent entre autres toujours le danger d'une perception de l'homme trop dépendante de l'acquisition récente d'un type de connaissances scientifiques (chose sans doute inévitable, mais dont il importe d'être très conscient et critique...). 

 

 

                     Foisonnant, mais moins touffus que l'ouvrage de 2008, L'homme neuronal est une très bonne introduction à ce qui est aujourd'hui regroupé sous le terme de neurosciences, bien plus que Du Vrai, du Beau, du Bien, qui entre dans des considérations philosophiques importantes et sans doute nécessaire. L'auteur examine ce qu'on appelle l'organe de l'âme, de l'Egypte ancienne à la Belle Epoque, survol historique des différentes recherches qui fondent la connaissance scientifique, qui se dégage de considérations spirituelles et qui situent le cerveau dans une perspective strictement matérialiste. Le biologiste entre ensuite dans le détail des "pièces détachées", des substrats qui, assemblés d'une certaine manière, permettent le fonctionnement du cerveau. Dans les chapitres suivants (Les esprits animaux, Passage à l'acte, Les objets mentaux....), il s'agit de comprendre, par de multiples expériences qui mettent en jeu l'électricité cérébrale, non seulement comment se forment les représentations de l'extérieur de l'organisme, mais également, carrément, la conscience. Ses explications dans Les aspects génétiques, qui seront amplement développés plus tard dans le livre de 2008, permettent de concevoir comment se transmettent, de l'appareil génétique aux cellules nerveuses, les modèles de comportements, à travers des expérience notamment sur les embryons humains. C'est ce qui amène l'auteur à l'hypothèse de l'Epigenèse, ou comment l'assemblage du cerveau se stabilise de génération en génération, sous l'effet des modifications environnementales. A l'époque de la rédaction du livre, les données expérimentales concernant ce processus sont minces; Ce qui ne l'empêche pas de proposer comme hypothèse une Anthropogénie, un schéma biologique de transformation du cerveau des primates, tout en soulignant que le mécanismes génétiques qui sont intervenus dans la poussée évolutive qui va de l'Homo habilis à l'Homo sapiens sapiens resteront vraisemblablement longtemps hors d'atteinte. 

 

                      A travers des expériences de régénération de cellules du cerveau dans le cas de traitement de maladies "organiques", Jean-Pierre CHANGEUX se propose d'examiner "la relation d'interaction réciproque qui s'établit chez l'homme entre le social et le cérébral" et termine son livre sur une note inquiète à propos de liens dégradés entre l'homme et son environnement. Ces liens dégradés sont-ils en train de dévaster le cerveau humain? S'il prend comme fait marquant l'utilisation de plus en plus fréquente de tranquillisants par les hommes pour continuer tout simplement à vivre et à se supporter, nous pouvons deviner que son propos est plus vaste. Ceci est confirmé à la lecture de Du Vrai, du Beau, du Bien. Si les lecteurs qui se sont précipités sur ce dernier livre ont le sentiment de se perdre un peu dans la richesse des réflexions d'ordre historique, biologique, moral, philosophique que le praticien et le théoricien des neurosciences y expose, abordant la notion de neuroculture par exemple, nous ne pouvons que conseiller de lire d'abord L'homme neuronal pour s'ancrer dans des connaissances sur le cerveau.

      C'est la la nature de la conscience que Jean-Pierre CHANGEUX explore en fin de compte. Vers la fin du dernier ouvrage, nous pouvons lire les différentes étapes de réflexion et d'expérimentation (au niveau des structures cellulaires du cerveau) qui lui permettent d'effectuer une modélisation des fonctions cognitives. Notons particulièrement à une de ces étapes "l'architecture de base de l'organisme formel proposé repose sur deux principes : - La distinction de deux niveaux d'organisation : un niveau de base sensori-moteur et un niveau supérieur (...) où se situe un générateur de diversité encodé par des groupes de neurones-règles dont l'activité varie alternativement d'un groupe à l'autre ; - L'intervention de neurones de récompense - ou de renforcement positif ou négatif - dans la sélection de la règle qui s'accorde avec le signal reçu du monde extérieur (donné par exemple par l'expérimentateur)."  Par la suite un modèle "plausible des bases neuro-anatomiques de l'espace de travail conscient (...) a pu être proposé. Celui-ce se définit comme un espace de simulation, supramodal, d'actions virtuelles, où s'évaluent buts, intentions, programmes d'action, etc, en référence à l'interaction avec le monde extérieur, les dispositions innées, le soi et l'histoire individuelle, les normes morales et les conventions sociales internalisées sous force de traces de mémoire à long terme." L'hypothèse fondamentale de ce modèle "est que les neurones pyramidaux du cortex cérébral, qui possèdent des axones longs et sont susceptibles de relier entre elles des aires corticales distinctes et même des hémisphères cérébraux, souvent de manière réciproque, constituent la base neurale principale de l'espace de travail conscient. Jusqu'à la fin du livre, le biologiste abondent en références et de précision, et veut montrer son attachement à une méthode scientifique stricte, confrontant constamment théories et hypothèses, dans un domaine où les "intrusions religieuses" sont légions. "Tout modèle connexionniste réaliste qui prend en compte le nombre immense de neurones cérébraux et de leurs interconnexions se heurte très rapidement à une explosion combinatoire (qui, soit dit en passant peut-être maîtrisée grâce aux outils informatiques et aux modèles mathématiques mis en place). Il existe des dispositifs cérébraux qui "encodent" cette combinatoire et sont chez l'homme acquis par l'apprentissage. D'où la propriété de "règle épigénétique" qui se construit à la suite de raisonnements, calculs, jugements, etc, et évite d'innombrables et inopérants essais et erreurs, restreignant le nombre de choix possibles dans l'espace de travail conscient. Les conséquences sont importantes en mathématique, en linguistique, en esthétique, en éthique. On peut concevoir la sélection et la mise en mémoire d'une "règle efficace" comme la sélection d'une distribution de connexions, d'états concertés d'ensembles de neurones, transmissibles de manière épigénétique, au niveau du groupe social par un mécanisme d'imitation ou de récompense partagée. C'est évidemment, une donnée de première importance pour qui s'intéresse, comme c'est mon cas, aux relations entre neurosciences et sciences humaines. ce qui nous ramène aux thèmes du vrai, du bien et du beau que nous avons suivis tout au long de cet ouvrage..." Jean-pierre CHANGEUX, dans la dernière ligne droite de son copieux ouvrage, examine les fonctionnements très différents à la base d'une neuroesthétique, d'une neuroéthique et des représentations scientifiques. Dans sa conclusion, le chercheur s'appuie sur un texte de René CASSIN de 1972 sur les bénéfices à long terme des découvertes scientifiques, rejoignant en cela toute la démarche des Encyclopédistes du XVIIIème siècle.

 

   L'éditeur présente ces deux livres de la manière suivante : 

- Pour Du Vrai, du beau, du bien : "J'ai écrit ce livre à partir de la matière de mes trente années d'enseignement au Collège de France. J'y traite aussi bien de la culture et de l'art que de la vie en société, de l'éthique et de la signification de la mort : aussi bien des langues et de l'écriture que des bases neurales et moléculaires de la mémoire et de l'apprentissage. Ce livre est une fresque qui rassemble quantité de données diverses, de discussions et d'hypothèses variées. Il ancre le matériau de la science contemporaine dans l'histoire de toutes ces disciplines que sont la neurologie, l'éthologie, la biologie de l'évolution, la biologie du développement, l'étude de la conscience ou encore la psychologie expérimentale et la génomie. Ce livre, enfin, essaie de montrer qu'il nous revient d'inciter sans relâche le cerveau des hommes à inventer un futur qui permette à l'humanité d'accéder à une vie plus solidaire et plus heureuses." J.-P.C.

- Pour L'homme neuronal : ""Quelle chimère est-ce donc que l'homme?, demandait Pascal. Quelle nouveauté, quel monstre, quel chaos, quel sujet de contradiction, que prodige!" Qu'a-t-il donc dans la tête, cet Homo qui s'attribue sans vergogne l'épithète de sapiens? Les sciences du système nerveux nous permettent aujourd'hui de mieux comprendre ce "chaos" et ce "prodige". Elles ont en effet connu, au cours des vingt dernières années, une expansion aussi décisive que celle de la physique au début du siècle, ou de la biologie moléculaire dans les années 50. Un nouveau monde se dessine et le moment parait opportun d'ouvrir ce champ du savoir à un public plus large que celui des spécialistes. Telle est l'ambition de cette somme magistrale qui voudrait faire partager à ses lecteurs l'enthousiasme qui anime les chercheurs."

 

                Ces deux ouvrages sont parmi les seuls en France qui font un point solide sur les neurosciences, en tant que connaissances et en tant que nouvelle (?) approche philosophique. 

 

       Jean-Pierre CHANGEUX (né en 1936), neurobiologiste français, professeur honoraire au Collège de France et à l'Institut Pasteur, a écrit également plusieurs autres ouvrages : Matière à penser (avec Alain CONNES, Odile Jacob, 1989) ; Raison et plaisir (Odile Jacob, 1994) ; Ce qui nous fait penser (avec Paul RICOEUR, Odile Jacob, 1998) ; L'Homme de vérité (Odile Jacob, 2002) ; Le cerveau et l'art (De Vive Voix, 2010) ; Fondements naturels de l'éthique (Odile Jacob, 1993) ; Les passions de l'âme (Odile Jacob, 2006)... A noter aussi, sous sa direction, Gènes et culture (Odile Jacob, 2003) et La Vérité dans les sciences (Odile Jacob, 2003)....

 

       Jean-Pierre CHANGEUX, L'homme neuronal, Librairie Arthème Fayard, 1983, collection Pluriel, 379 pages ; Du Vrai, du Beau, du Bien, Editions Odile Jacob, 2008, 539 pages.

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13 octobre 2010 3 13 /10 /octobre /2010 13:21

                  De nombreuses études, décrites par Farzaneh PAHLAVAN, depuis la parution du compte-rendu des travaux de Patricia JACOBS et de ses collègues (BRUNTON et MELVILLE) en 1965, tentent de déterminer le fondement génétique de l'agression dans la présence d'un chromosome Y (pour l'homme) ou X (pour la femme) supplémentaire dans le patrimoine génétique. Rappelons simplement ici que l'être humain possède 46 chromosomes dont deux (X et Y) déterminent le sexe de l'individu (XY pour l'homme, XX pour la femme).

Pour la plupart des chercheurs qui se sont intéressés à cette approche, les hommes semblent être plus agressifs que les femmes ; la présence de ce chromosome Y supplémentaire les amènent donc à penser qu'ils auraient un potentiel d'agression plus important chez les hommes présentant le syndrome XYY. De la même manière, il existe des hypothèses concernant le chromosome supplémentaire X chez les femmes (XXX), qui les rendraient plus agressives.

               Patricia JACOBS et ses collègues présentent donc un rapport sur leurs observations en milieu carcéral et leur rapport a suscité par la suite un nombre assez considérable d'études, aux résultats d'ailleurs contradictoires. C'est surtout dans les milieux d'établissements fermés (prisons ou hôpitaux psychiatriques...) que ces études sont réalisées et de nombreux auteurs ont surtout relevé des déficiences d'ordre intellectuel et que ce sont ces déficiences qui seraient plus liées à l'incidence plus élevées d'actes criminels. Un examen psychologique plus poussé confirme que l'agression mesurée chez la population XYY ne diffère pas de celle évaluée chez la population XY (SURTOUT EN 1976, par WITKIN, MEDNICK, SHULSINGER, BAKKESTROM, CHRISTIANSEN, GOODENOUGH, HIRSCHORN, LUNDSTEEN, OWEN, PHILIP, RUBIN et STOCKING). Depuis la fin des années 1970, l'intérêt porté sur ce syndrome a largement diminué. Néanmoins, le sujet reste d'actualité. Des anomalies, relevées d'ailleurs par les chercheurs précédemment cités; au niveau des activités biochimiques ont pu être signalées chez les individus étudiés. Ces anomalies peuvent intervenir au niveau du contrôle de l'expression de l'agression. B BIOULAC, M BENEZECH, R RENAUD et B NOEL ont constaté en 1978 ont constaté une baisse du taux du neurotransmetteur "sérotonine" chez la population XYY mâle. Lorsque le taux est normal la probabilité d'agression semble diminuer.

     D'après d'autres études, les femmes ayant un caryotype XO seraient plus agressives que celles caractérisées par un caryotype XXX ou XX. 

               Heino MEYER-BAHLURG, faisant le tour des différentes expériences réalisées en milieu homme comme en milieu femme en 1981 conclue qu'il n'y a aucune démonstration évidente prouvant l'influence des anomalies de ces chromosomes sur l'augmentation ou la diminution de l'agression, sauf cas extrêmes relativement marginaux.

               Une autre hypothèse sur le chromosome X concerne les hommes caractérisés par un surnombre de chromosome X (XXY). Mais les études révèlent plutôt une certaine insuffisance mentale, ce qui explique qu'ils se trouvent des dans des institutions spécialisées.

 

                 Les débats sont d'autant plus vifs et confus que l'on s'éloigne des milieux scientifiques à l'oeuvre dans ses études, pour apparaître dans le grand public, tant le mythe du sur-mâle semble répandu. Il n'est pas d'ailleurs étonnant que des débats actuels mettent plutôt en avant l'agressivité "génétique" des femmes plutôt que celle des hommes, vu les problèmes existentiels des hommes (devant la masculinité ou la paternité...) et la dévalorisation relative, du moins dans certaines parties de l'Occident,  de la condition masculine. En bref, résume Jacques GERVET, à propos des résultats bruts - et à supposer que les nombreux biais d'ordre méthodologique n'aient pas pesé trop lourd -, on peut dire qu'ils ont été retrouvé dans de nombreux pays : dans un ensemble de prisons de sécurité, le taux de XYY atteignait 3% de la population, alors qu'il ne dépasse pas 0,1% dans le reste de la population. A propos de ces biais méthodologiques, il faut pointer les méthodes statistiques utilisées : quelles chances comparatives de retrouver les individus XY ou XYY en prison?... La seule façon d'apprécier complètement l'impact d'un tel caryotype serait l'étude longitudinale suivie d'échantillons XY et XYY choisis au hasard. Une telle étude n'a jamais été faite, mais le résultat le plus net dans les différences entre les deux types d'individus semblent être que ceux possédant le carytoype XYY sont de taille plutôt grande et souvent précocement chauve...D'autres différences sont citées et cette diversité d'indices, relevés parmi de nombreuses études qui recherchent bien entendu autre chose indique que la polysomie (augmentation accidentelle du nombre des chromosomes) peut introduire un déséquilibre qui peut réduire les capacités d'adaptation d'un organisme. 

 

               Pour ne prendre qu'une étude parmi celles qui continuent d'alimenter la littérature scientifique sur les liens entre ces aspects génétiques et l'agressivité (la recherche du chromosome du crime semble encore active dans des buts thérapeutiques de prévention de la violence), celle de Alina RAIS, professeur adjoint de psychiatrie de l'Université de Toledo aux Etats-Unis, aux résultats publiés en 2007, est instructive. Il s'agit d'une étude de cas, celle d'un patient âgé de 8 ans, admis en raison de l'augmentation des comportements agressifs et de l'hyperactivité à l'origine de dégâts matériels, et remis après étude aux soins ambulatoires. Il est intéressé de rapporter en intégralité la discussion qu'en fait l'auteur, qui étend son analyse à l'ensemble de nombreux cas précédents. 

"Le polymorphisme clinique du syndrome XYY est bien connue (T KNECHT, aspects biologique de la délinquance et des agressions, Schweiz Med Wochensh, 1993 et Diego MUNEZ et collaborateurs, Polymorphisme clinique du syndrome XYY, Un Esp Petditr, 1992 - il s'agit bien entendu d'une traduction des titres des ouvrages en anglais). Il y a une grande variation de la clinique, de la nature physique et du comportement. La présence d'une dysfonction cérébrale minime en raison de lésions cérébrales acquises au début et la THADA ont fait pensé à des risques élevés de criminalité. SCHIAVI et ses collaborateurs (en 1984, Anomalies des chromosomes sexuels, hormones et d'agressivité) ont réalisé une double étude (placebo et sujets XYY) dans un ensemble de 4 591 hommes de grande taille nés à Copenhague. Dossiers sociaux, entretiens individuels et testes projectifs ne mettent pas en évidence chez les hommes présentant l'anomalie génétique des tendances particulièrement agressives. Les hommes XYY présentaient des concentrations plus élevées de testostérone et d'hormone lutéisante (LH) et FSH (hormone folliculo-stimulante que ceux du groupe témoin apparié : une corrélation forte entre niveau plasmatique de testostérone et gravité des condamnations pénales a été observée. Toutefois, les relations entre le niveau de testostérone et le comportement criminel n'est pas reflété dans les mesures d'agression provenant de l'entretien psychologique et des testes projectifs. Il n'y a aucune preuve que la testostérone spécifique soit un facteur de médiation dans le comportement criminel des hommes XYY. H HUNTER (XYY mâles : Quelques aspects cliniques et psychiatriques découlant d'une enquête sur 1 811 hommes dans les hôpitaux pour handicapés mentaux, 1977) a enquêté dans 18 hôpitaux et trouvé 12 hommes avec 47 caryotypes XYY. Les résultats psychologiques, physiques et sociaux ont été étudiés dans des groupes appariés pour le QI (Quotient Intellectuel) et le poids. Les conclusions principales psychiatriques indiquent une intelligence diminuée, un retard dans le développement des caractères sexuels secondaires et un mauvais contrôle émotionnel qui conduisent à des capacités insuffisantes d'adaptation sociale. Une des caractéristiques les plus surprenantes étaient des réponses négatives à des régulateurs d'humeur. Une de nos hypothèses était que la combinaison de plusieurs médicaments dans le cas étudié avait probablement un effet thérapeutique négatif et la prescription de moins de médicaments a eu de meilleurs résultats. Cette étude de cas, à notre avis, enseigne clairement  la complexité des interactions entre les anomalies génétiques et l'environnement."

 

                 Malgré la recherche régulière de méthodes de contrôle génétique de population présentant des risques supérieurs d'agression, l'écart entre la somme des moyens mobilisés dans les différents travaux et les résultats obtenus en terme de prescription reste énorme. La recherche de l'effet des surplus des chromosomes sur les comportements abouti à des impasses qui devraient amener à faire d'autres investissements - en termes d'efforts intellectuels et de moyens déployés - plus sur les conditions psycho-sociales de l'apparition des agressions... Nous ne manquerons pas de compléter ce constat par une interrogation sur les motivations des différents acteurs qui semblent s'obstiner dans cette voie.

 

      Alina RAIS, Centre de santé Ruppert, 3120, avenue Glendale, Toledo, Ohio 43165, Etats-Unis, Prieuré Lodge Edication Ltd, 2007 ; Jacques GERVET, Agression/Agressivité, dans Dictionnaire du Darwinisme et de l'Evolution, PUF, 1996 ; Farzaneh PAHLAVAN, Les conduites agressives, Armand colin, 2002.

 

                                                                                                                                                                ETHUS

 

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Published by GIL - dans BIOLOGIE
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13 octobre 2010 3 13 /10 /octobre /2010 09:59

                   Cette oeuvre (relativement courte) du professeur de neurophysiologie à la Faculté de Médecine de Strasbourg Pierre KARLI (né en 1926), fait partie des ouvrages entre exposé scientifique rigoureux et vulgarisation exigeante (en direction de spécialistes d'autres disciplines) de travaux par ailleurs extrêmement techniques. Ecrite et diffusée aux débuts des années 1980, elle apporte un éclairage précis à la fois sur la manière dont les biologistes extrapolent les résultats de leurs expériences, des animaux à l'homme (dans un domaine où il serait réellement difficile de le faire directement sur l'homme...) et sur l'état des connaissances possibles sur les processus physiologiques de l'agressivité (même si l'auteur précisément ne préfère pas utiliser ce terme, à connotation facilement orientable). 

                               Divisée en deux parties presque égales, La neurobiologie des comportements : sa problématique et ses problèmes et Les mécanismes généraux mis en jeu dans les comportements d'agression, cette oeuvre commence par un Avant-propos et est dotée d'une très courte Conclusion suivie d'une Bibliographie.

 

                               Dans son Avant-propos, Pierre KARLI pense que "dès lors qu'un spécialiste de neurobiologie des comportements rédige un ouvrage à l'intention des psychiatres, et qu'il est lui-même médecin, il est clair qu'il estime avoir quelque chose à dire sur les fondements biologiques de certains comportements humains. Or, les données concrètes dont il dispose pour illustrer et argumenter son propos proviennent presque exclusivement d'expériences effectuées sur l'animal. Dans ces conditions, deux questions se posent d'emblée : les données obtenues chez l'animal nous aident-elles vraiment à mieux comprendre certains aspects du comportement humain ; et si tel est effectivement le cas, les tentatives d'extrapoler des données de l'animal à l'homme répondent-elles toujours au souci d'objectivité la plus parfaite qui doit être la caractéristique première de toute démarche scientifique?" Le neurophysiologiste ne prétend pas à l'objectivité parfaite (existe-t-elle d'ailleurs?) et il est essentiel que le spécialiste soit conscient de ses choix et de ses intentions et qu'il les explicite. Dans la perspective qu'il se fixe d'ailleurs, il entend analyser un comportement d'agression "comme l'expression, comme la projection vers l'extérieur, de l'activité d'un substrat nerveux spécifiquement responsable de son déclenchement et de son déroulement ; et non pas comme une partie intégrante du dialogue que l'individu conduit avec son environnement, en fonction du vécu et des motivations qui lui sont propres. En réalité, l'étude des comportements d'agression et des mécanismes cérébraux qui les sous-tendent, doit nécessairement s'inscrire dans le cadre d'une conception plus globale du Comportement et des relations entre Cerveau et Comportement." Dans la première partie, il s'agit d'expliciter le cadre de cette étude.

 

                 Cette première partie se compose de quatre chapitres, sur les relations entre cerveau et comportement, les problèmes posés par l'extrapolation de l'animal à l'homme, les facteurs de motivation et les mécanismes qu'ils mettent en jeu et quelques aspects des comportements d'agression importants à souligner.

 

                     Sur les relations entre cerveau et comportement, après avoir signalé que la démarche du travail scientifique (partir de la plus petite partie pour parvenir à se faire un idée de l'ensemble) est inverse de la présentation de ce travail (donner une vue d'ensemble avant d'aborder les aspects de chaque élément), ce qui ne doit pas faire penser que l'auteur cherche à exposer des a-priori généraux pour seulement les justifier dans le détail, Pierre KARLI insiste sur le caractère réciproque, et non pas unidirectionnel, de ces relations. "Le cerveau est certes le générateur des comportements, des événements d'une histoire individuelle, mais il est lui-même le fruit du comportement, du dialogue avec l'environnement. En effet, le cerveau humain a été modelé tout au long de l'histoire biologique, évolutive, de l'espèce, qui l'a progressivement doté d'une bonne part de ses moyens d'expression et d'action ; et les modalités de fonctionnement du cerveau individuel subissent les influences structurantes de l'environnement socioculturel qui fournit au cerveau une bonne part de ses motifs d'action, qui dépassent largement, chez l'Homme, les besoins biologiques élémentaires." 

  On peut distinguer dans ce "dialogue" trois étapes successives : la phylogenèse du cerveau humain, l'ontogenèse du cerveau individuel et la constitution des traces mnésiques du vécu individuel.

"Même si beaucoup d'aspects de l'évolution biologique et surtout de ses mécanismes restent assez largement controversés, il n'est pas douteux qu'en ce qui concerne le cerveau, ce soient les contraintes du dialogue avec l'environnement qui constituent le moteur essentiel de l'évolution. A cet égard, il faut rappeler que la sélection porte sur des organismes entiers et sur l'ensemble du patrimoine génétique dont ils sont l'expression, et non pas sur tel ou tel gène individuel", rappel utile en direction de certaines recherches qui voudraient isoler un gène de l'agressivité!  Rappel aussi en direction d'une certaine sociobiologie qui discutent de "gènes égoïstes"... L'évolution concerne notamment le cortex cérébral (développement de gnosies et de praxies de plus en plus complexes). Elle détermine une latéralisation de plus en plus marquée de certaines fonctions (jusqu'à une dissymétrie fonctionnelle plus poussée des hémisphère cérébraux), permettant sans doute une progression plus rapide et plus marquée d'une pensée analytique, logique et abstraite d'une part et d'une pensée plus globales, plus intuitive et plus chargée d'émotions, d'autre part. Enfin, la part prise dans les fonctions motrices de l'organisme par le système pyramidal (constitué par le faisceau pyramidal ou faisceau cortico-spinal avec toutes ses origines corticales, tant prérolandiques que postrolandiques) s'accroît. Avec pour conséquence un contrôle direct de la machinerie motrice (court-circuitage possible des contraintes de programmes pré-cablés) et la possibilité de remaniements de la distribution des neurones. 

Des expériences sur les Rats - privation de certaines stimulations, influence des paramètres auditifs et olfactifs... - ont permis de repérer les interactions avec l'environnement, notamment dans le fonctionnement effectif du système septo-hippocampique. La manière dont évolue les populations des neurones dans telle ou telle partie du cerveau est directement liée aux variations dans l'environnement. 

Le fonctionnement cérébral est largement modulé par le vécu individuel. Certaines expériences indiquent bien que certains comportements sociaux (chez la Souris par exemple) génétiquement préprogrammés requièrent l'influence structurante d'une expérience sociale pour s'exprimer normalement, dans des conditions de cycle veille-sommeil bien précise. Pierre KARLI attire l'attention sur le fait que "dans les recherches de neurobiologie des comportements, les contraintes de la démarche analytique conduisent le plus souvent à comparer entre eux des groupes d'animaux rendus aussi homogènes qui possible, chaque animal étant en quelque sorte désinséré de son vécu individuel". Par ailleurs, les convergences et les divergences de comportements animal et humain sont souvent obscurcies par la distinction insuffisante entre "les moyens d'action dont dispose un organisme grâce à son répertoire comportemental et les motifs d'action qui en déterminent la mise en oeuvre."

                    Les extrapolations de l'animal à l'Homme sont "difficiles et hasardeuses, si l'on met l'accent sur telle ou telle des composantes du répertoire comportemental", notamment en isolant les composantes du comportement agressif de celles qui interviennent dans les autres types de comportement. La neurobiologie ne peut que déterminer ce qui est possible à un organisme mais peut difficilement aller au-delà. C'est un travail sur des virtualités qui s'expriment surtout en fonction de l'état de l'environnement. Un travail aussi sur la probabilité que, face à un signal donné ou à une situation donnée, l'organisme utilise telle ou telle virtualité de son répertoire comportemental. Les facteurs de motivation, dans cette perspective possèdent une très grande importance. "...il est bien évident que la nature de ces facteurs, qui déterminent la probabilité de déclenchement d'un comportement, est étroitement liée à la fonction qu'assure ce comportement en vue d'une fin biologique ou psychobiologique : survie de l'individu (en particulier maintien de l'homéostasie du milieu intérieur, et préservation de l'intégrité physique de l'organisme) ; survie de l'espèce (les individus doivent se reproduire et conduire leur progéniture jusqu'au stade d'une vie autonome) ; réalisation et préservation d'une sorte d'homéostasie relationnelle et affective, grâce aux échanges socio-affectifs qui, à la fois, répondent à un besoin fondamental d'expression et d'interaction et participent largement au maintien d'un certain équilibre d'ordre hédonique".

                      L'efficacité des facteurs de motivation dépendent beaucoup de l'intensité des fluctuations qu'ils introduisent dans le milieu intérieur, que ce soit dans la mise en oeuvre de comportements de recherche et d'ingestion de nourriture ou d'eau, sexuel ou maternel... Pour nombre de comportements sociaux, par ailleurs, les incitations provenant de l'environnement et la signification qui leur est conférée par référence à l'expérience passée, jouent un rôle prépondérant. L'étude des divers types de comportements spécifiques (faim, soif, pulsion sexuelle) peuvent mettre en évidence la mise en jeu d'interractions complexes entre l'hypothalamus latéral et les structures mésencéphaliques du cerveau. Le rôle du système limbique dans la genèse des états affectifs est par ailleurs bien mis en relief. "C'est dans le domaine des comportements socio-affectifs que les lésions limbiques provoquent les changements les plus profonds et les plus durables". Ce système limbique intervient essentiellement dans deux ensembles de processus étroitement complémentaires : les processus grâce auxquels des éléments cognitifs et surtout un contenu affectif spécifique sont associés aux données objectives de l'information sensorielle présente, par référence à l'expérience passée, au vécu individuel et les processus grâce auxquels le cerveau enregistre des "succès" ou des "échecs", lorsqu'il confronte les résultats effectivement obtenus avec ceux qui étaient anticipés lors de la programmation de la réponse comportementale. 

                            Si l'auteur s'étend longuement sur les acquis scientifiques à propos des comportements en général, c'est pour bien montrer que l'organisme réagit aux événements, agit sur l'environnement, d'une manière globale, suivant un déterminisme singulièrement complexe. "La possibilité de déclenchement d'un comportement d'agression face à une situation donnée dépend d'au moins quatre types de facteurs, en plus de ceux qui tiennent à l'état physiologique du moment :

- ceux liés au développement ontologique ;

- ceux qui correspondent à certains aspects de la situation présente ;

- ceux qui découlent de l'expérience passée dans des situations analogues ;

- ceux qui tiennent au comportement de "l'adversaire".

  Pour indiquer combien cette combinaison est complexe, Pierre KARLI relate par exemple l'expérience effectuée sur des Souris : des différences d'origine génétique (sélection progressive de souches agressives et de souches peu agressives) peuvent être masquées, voire inversées, si l'on donne aux animaux agressifs l'expérience répétée de la "défaite" et aux animaux peu agressifs l'expérience répétée de la "victoire". 

 

                            La deuxième grande partie sur Les mécanismes cérébraux mis en jeu dans les comportements d'agression, l'auteur examine la Perception de la relation individuelles à une situation potentiellement agressogène et le Choix d'une stratégie comportementale adaptée à la situation. D'emblée, Pierre KARLI indique au début de cette partie qu' "étant donné le nombre et da diversité des facteurs qui participent au déterminisme des comportements d'agression, il ne peut être question - surtout chez les Mammifères les plus évolués, et singulièrement chez l'Homme - de rechercher un quelconque "centre" ou "substrat nerveux" dont l'activation, par un stimulus "déclencheur", se projetterait vers l'extérieur sous la forme de l'un ou l'autre de ces comportements". 

 

                         La Perception de la relation individuelle à une situation potentiellement agressogène est étudiée d'abord à travers un cas concret : le comportement d'agression interspécifique Rat-Souris. Ces deux espèces possèdent des aptitudes différentes, notamment sous le regard des capacités olfactives qui jouent toujours un très grand rôle. Le caractère nouveau des odeurs détectées est primordial : c'est bien la familiarité qui constitue en fin de compte le facteur le plus important pour réduire la probabilité de l'agression. Des expériences ont été menées pour savoir jusqu'où irait l'habitude d'agression chez les uns ou chez les autres. Le réactions internes et externes observées montrent que l'on va de réactions émotives à des réactions plus automatiques au fur et à mesure des rencontres...Interviennent de manière égale en ligne de compte dans ces comportements (tueurs) des données objectives de l'observation sensorielles, le niveau de vigilance et la signification de l'observation, suivant les expériences antérieures de l'animal. 

Le Contrôle nerveux de l'attention, de l'excitabilité et de la réactivité émotionnelle est le sujet d'expérience d'ablation de différentes zones du cerveau : bulbes olfactifs, septum, hypothalamus ventro-médian, noyaux du raphé, amygdale et hippocampe pour ne nommer que les zones les plus pertinentes dans la mise en oeuvre des comportements étudiés. Par exemple, "le rôle joué par l'amygdale et par l'hippocampe dans la genèse des réactions émotionnelles est à la fois très particulier et fondamental, puisque ces structures sont profondément impliquées dans les processus grâce auxquels une signification est associée à l'information sensorielle, par référence aux traces laissées par l'expérience passée, de même que dans les processus grâce auxquels cette signification peut être modulée sous l'effet des conséquences qui découlent du comportement. Etant donné que les facteurs expérientiels interviennent largement dans le déterminisme de la probabilité de déclenchement d'un comportement d'agression, il convient de traiter à part le rôle joué par l'amygdale toutes les fois que, face à une situation potentiellement agressogène, il est fait référence à l'expérience passée, au vécu individuel."

Après s'être étendu assez fortement sur les références faites au vécu individuel dans les comportements d'agression, Pierre KARLI examine le rôle joué par des facteurs humoraux. 

 

                              Le Choix d'une stratégie comportementale adaptée à la situation, compte tenu des facteurs et des fonctionnements exposés auparavant, est bien du ressort de chaque organisme, pour agir sur une situation pour la modifier "ou plus précisément pour modifier la façon dont elle est perçue ; ou, plus généralement encore, pour atteindre l'objectif que la perception et l'appréciation d'une situation laissent anticiper."

Il s'agit donc, suivant l'espèce considérée, de niveaux différents d'intégration, d'organisation et d'adaptation. Ces niveaux sont définis par la nature des informations qui prévalent dans la genèse et dans la conduite de l'action, et par le type d'élaboration dont ces informations font l'objet. "En ce qui concerne la nature des informations qui prévaut à un moment donné, il peut y avoir prédominance des contraintes internes à l'organisme ou, au contraire, réceptivité prédominante à l'égard des incitations en provenance de l'environnement. Pour ce qui est du type d'élaboration dont ces informations font l'objet, on peut distinguer - en particulier - les trois niveaux suivants :

- Mise en jeu de liaisons qui sont, dans une très large mesure, génétiquement préprogrammées (précâblées). Le déterminisme est rigide, et les références à l'expérience passée sont peu importantes, voire inexistantes. Les réponses sont plus ou moins complexes, mais toujours de type réflexe, quasi-automatique, stéréotypéé. Ce sont les contraintes internes qui prévalent, qu'il s'agisse des ajustements posturaux ou du maintien de la constance du milieux intérieur.

- Les liaisons entre les "entrées" et les "sorties" ont un caractère beaucoup plus diachronique, car de nombreuses références sont faites au vécu individuel. Les réponses sont plus nuancées, plus personnalisées, et elles visent plus particulièrement à maintenir une certaine homéostasie relationnelle et affective.

- Les informations (...) font l'objet d'une élaboration cognitive plus ou moins poussée, les expériences affectives jouant un rôle "dynamogène" important. cette élaboration cognitive, qui se nourrit aux sources du vécu individuel et de l'apprentissage social, caractérise la vie mentale qui est le propre de l'Homme et qui comporte la pensée réflexive et la communication verbale."

 "Pour qu'un organisme vivant s'insère dans son milieu biologique (...) il faut :

- non seulement qu'à chaque niveau d'intégration et d'organisation les différentes "opérations" (...) se soient normalement développées et fonctionnent de façon normale ;

- mais encore que les passages, les glissements, d'un niveau à l'autre (...) s'effectuent de façon aisée."

"Dès qu'à un niveau donné les différentes opérations ne se déroulent pas de façon aisée (...) les réponses sont souvent exagérément asservie aux informations qui prévalent à un niveau moins élaboré d'intégration et d'organisation. (...) Dès lors qu'intervient l'élaboration cognitive qui caractérise la vie mentale de l'Homme, c'est le contexte socio-culturel (...) qui fournit les repères. Le degré d'adaptation se définit par le degré d'intégration dans ce système socio-culturel. Il se crée ainsi de nouvelles contraintes ; mais, en même temps, se développe une certaine liberté par rapport aux contraintes biologiques. L'Homme peut non seulement inscrire son destin individuel dans le cours de l'histoire de son espèce, mais il peut - pour la première fois dans l'histoire évolutive - en "changer le cours", pour le meilleur comme - héla! - pour le pire."

Dans ces dynamismes, les processus d'activation, les processus de commutation et les processus de renforcement - qui correspondent à chaque à la mise en jeu de parties du cerveau, de circuits intérieurs, d'hormones et de populations de neurones différents - jouent à chaque instant. Les données expérimentales "font clairement apparaître le rôle majeur qui revient à la mise en jeu des systèmes de renforcement dans la genèse et dans l'évolution des états de motivation qui sous-tendent les comportements d'agression."

 

                 Nous reproduisons ici la Conclusion de Pierre KARLI dont l'esprit se retrouve également dans plusieurs de ses autres ouvrages (L'homme agressif, 1987 ; Le cerveau et la liberté, 1995 ;  Violences et vie sociale, 2002 ; Les racines de la violence, 2002, tous ouvrages parus aux Editions Odile Jacob).

 "Qu'il s'agisse des mécanismes cérébraux qui concourent à la perception  de la relation individuelle à une situation potentiellement agressogène ou de ceux qui sont impliqués dans le choix d'une stratégie comportementale adaptée, nombreux sont ceux à propos desquels il n'y a aucune raison de penser que le cerveau humain diffère de façon essentielle du cerveau de tout autre Mammifère. Mais il aura été question, à plusieurs reprises, de la "valeur instrumentale" du comportement, c'est-à-dire du fait que le répertoire comportemental dote l'organisme vivant de moyens d'action qui lui sont nécessaires pour obtenir ce qu'il recherche et pour éviter ce à quoi il cherche à échapper. Or, c'est précisément à cet égard qu'il faut souligner une différence essentielle par laquelle l'Homme se distingue de l'animal. Chez ce dernier, ce qui doit être recherché comme ce qui doit être évité correspond pour l'essentiel à des impératifs biologiques innés, génétiquement pré-programmés. Chez l'Homme, l'éventail des besoins - et surtout des "désirs" - s'est singulièrement élargi. ce qui "vaut d'être recherché" comme ce à quoi il "vaut mieux échapper" ne découle plus seulement des besoins biologiques fondamentaux, mais largement de "systèmes d valeurs" qui fournissent nombre de motivations spécifiquement humaines. Il est banal de dire que l'univers humain est fait de significations. Non pas que le cerveau de l'animal n'associe pas, lui aussi, une certaines signification à tel stimulus ou à telle situation, mais cette signification reste étroitement liée à la satisfaction des besoins proprement biologiques. Chez l'Homme, une histoire culturelle est venue se greffer sur l'histoire biologique de l'espèce, et de nombreuses significations sont tirées du monde des idées et s'attachent aux symboles qui y renvoient. Or, nous savons la force souvent redoutable que recèlent les idées, selon la façon dont elles sont maniées ou manipulées. (...) Qu'on permette à un biologiste de dire qu'à ses yeux, aucune fatalité d'ordre biologique ne saurait jamais être tenue pour responsable de ce que des Hommes se servent de certaines idées pour asservir et avilir d'autres Hommes, et de ce que des idées, potentiellement génératrices de promotion individuelle et de progrès collectif, deviennent des dogmes défendus avec intolérance et fanatisme, devenant par là même potentiellement - ou même effectivement - génératrices des pires déferlements de violence."

 

       Pierre KARLI, Neurobiologie des comportements d'agression, PUF, collection Nodules, 1982, 90 pages.

  A noter que l'on peut lire de façon complémentaire - c'est-à-dire au même niveau de complexité technique - la contribution de Pierre KARLI dans La recherche en neurobiologie, Editions du Seuil/La recherche, 1977.

 

 

 

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12 octobre 2010 2 12 /10 /octobre /2010 18:28

                    Le nombre des recherches dans le domaine de psychologie et des neurosciences explose depuis de nombreuses années. Les progrès techniques de l'imagerie qui permettent de visualiser des zones longtemps inconnues du cerveau et de ses constituants, l'établissement de la carte génétique humaine, rendue possible par les progrès en informatique notamment, la focalisation sur les relations plus ou moins directes entre fonctionnement du cerveau et capacités cognitives ou émotionnelles chez l'homme...et il faut bien l'écrire un centrage de la psychologie sur les relations entre individus, à l'inverse d'une tendance antérieure à privilégier plutôt la psycho-sociologie, lui-même produit d'un certain individualisme ambiant.... tout cela favorise la réflexion et les spéculations sur un certain déterminisme biologique, dont heureusement la plupart des scientifiques et des revues scientifiques se détournent actuellement. Nous sommes maintenant assez loin de certains divagations, d'influence religieuses, tendant à trouver dans l'organisation biologique une finalité divine. Cette tendance, qui reste assez forte aux Etats-Unis, s'est étiolée en Europe et cela se voit à la lecture des revues scientifiques et de vulgarisation présentes sur Internet, dans les facultés ou dans les librairies. 

 

                        De manière plus générale, surtout dans un domaine touchant aux sciences de la vie, plus qu'aux sciences sociales sans doute, nous pouvons distinguer plusieurs sortes de revues selon leur degré de technicité. A la littérature grise des praticiens qui circule sous forme de polycopiés ou de brochures, aux revues très spécialisées destinées aux chercheurs, comme le fut Agressologie ou comme l'est la Revue de neuropsychologie, correspond une littérature encore spécialisée mais destinée surtout au monde étudiant et universitaire, voire à un public très cultivé, et correspond également, mais de façon parfois lointaine de façon générale dans son contenu et dans ses intentions, une troisième littérature destinée au grand public. Parfois, au gré de l'attention intermittente des comités de lecture, une contribution "audacieuse" tente de fournir une explication globale (et politico-religieuse malheureusement quelquefois) à des recherches prudentes et très limitées, mais de plus en plus, après quelques incidents mémorables (rappelons l'histoire de la mémoire de l'eau...) et malgré la persistance d'une véritable bataille intellectuelle autour de l'idée de l'Evolution, nous pouvons percevoir que la prudence heureuse des chercheurs se diffuse même dans les revues spécialisées destinées au plus large public, comme Cerveau et Pyscho

 

                        Il n'existe pas de revue, du moins francophone, qui traite spécifiquement de l'agressivité ou du conflit dans sa dimension biologique, même dans les milieux scientifiques concernés. Les articles sur l'agressivité se retrouvent un peu partout dans les grandes revues de vulgarisation scientique (Nature, Pour la science, Science et Avenir, Science et Vie...) et il faut simplement avoir l'oeil sur le sommaire des revues traitant du système nerveux en général pour découvrir de temps à autres des contributions éclairantes pour notre propos. 

 

 

                         La revue Agressologie, Revue internationale de physiologie et de pharmarcologie appliquée aux effets de l'agression, créée par Henri LABORIT, a fourni de 1958 à 1993, à un public composé surtout d'anesthésistes, une information de première main sur les recherches les plus avancées sur les processus bio-chimiques et physiologiques en jeu dans les situations d'urgence dont la gravité menace à court terme les fonctions vitales. B WEBER, responsable de la revue, relate cette expérience éditoriale, mettant en relief les conflits d'ordre intellectuel que les idées généralistes du fondateur ont suscité. 

"Son comité de rédaction est international (jusqu'aux spécialistes en  Europe de l'Est...), appuyé sur le réseau d'amis de LABORIT que ses travaux sur le choc et l'hibernation artificielle ont amené dans de nombreux pays (...). SELYE pourtant refuse son patronage, non pas qu'il récuse les résultats de LABORIT ; mais il craint de voir s'installer une confusion entre le "stress", syndrome non spécifique, d'apparition lente, résultant d'agressions minimes et répétées, caractérisés par des lésions histologiques d'une part et le ROPA (Réaction Organique à l'Agression), d'évolution rapide, mettant immédiatement en jeu le pronostic vital d'autre part : les deux comportent en effet une séquence hypophyso-cortico-surrénalienne. (...). Internationale se veut aussi la diffusion ; ce sera un peu plus tard la seule revue médicale - et probablement biologique - dont les résumés sont systématiquement traduits en Français ou Anglais (...). La ligne éditoriale suit bien évidemment la progression des travaux du laboratoire d'eutonologie, à (l'hopital) Boucicaut, d'autant plus que dès la deuxième année de parution, les cliniciens proposent un tel nombre d'articles, certains contestant en outre l'intérêt de la vision généraliste que défend LABORIT, que des anesthésistes fondent une revue spécifiquement clinique, les Annales de l'anesthésiologie française. Mais, généraliste, Agressologie reste attentive à des originalités qui trouvent rarement l'occasion de se manifester dans d'autres publications. Ce qui a conduit assez rapidement à consacrer des numéros à thème. Certains resteront épisodiques, trop particuliers ou suffisamment en avance pour que le relais soit pris ultérieurement par d'autres : Analyse automatique du signal électrobiologique ; Consultation d'anesthésie ; Anesthésie électrique ; Acupuncture en anesthésie ; Monitorage EEG de l'anesthésie... D'autres, comparatifs, se veulent au service des réanimateurs-anesthésistes utilisateurs de matériels (...). Certains assumeront les publications de sociétés trop jeunes pour avoir leur propre journal (...). 

Cette aventure de trente ans ne serait plus possible aujourd'hui sous cette forme. Elle a permis à l'équipe rassemblée autour de LABORIT d'exprimer des résultats et des opinions en marge des convenances : avantage dans la mesure où persistent des traces qui auraient disparu sans cela ; inconvénient en soustrayant cette équipe aux règles impératives de Comités de lecture dont le travail contribue à l'édification d'une pensée partagée sinon conforme".

  Rappelons que l'agressologie est l'étude des chocs provoqués par une cause interne ou extérieure à l'organisme.

 

 

 

                              Fondée en 1991 par Eric SIEROFF et Michel HABIB, sous l'égide de la société de neuropsychologie de langue française (SNLF), La Revue de Neuropsychologie est devenue Revue de neuropsychologie, neurosciences cognitives et cliniques en mars 2009. Avec à sa tête Francis EUSTACHE, cette revue, la seule revue couvrant l'ensemble des disciplines de la neuropsychologie, veut répondre aux problématiques rencontrées par les neuropsychologues, neurologues, orthophonistes. Avec ses quatre numéros par an, la Revue de neuropsychologie, est disponible sur son site www.revuedeneuropsychologie.com. Destinée donc aux spécialistes, on y retrouve la relation des expériences les plus avancées dans ce domaine. Cette revue est éditée par John Libbeg Eurotext.

 

   www.revuedeneuropsychologie.com

 

 

 

                                    Cerveau&Psycho, revue de psychologie et de neurosciences, édité par le groupe Pour la Science, fondée en 2003, se veut une revue destinée à donner au grand public des informations sur les recherches scientifiques en cours. Avec des articles souvent concis, la revue dirigée par Françoise PETRY, avec son rédacteur en chef Sébastien BOHIER et une petite dizaine de collaborateurs, s'efforce d'apporter des explications tirées de l'étude du cerveau de divers comportements de l'homme (et de la femme, bien entendu...). En un peu moins de 100 pages (avec une publicité pas trop envahissante, il faut dire...), tous les deux mois, un grand dossier est présenté (celui de septembre-octobre 2010 porte sur Comment motiver les élèves? Ce que l'étude du cerveau apporte aux sciences de l'éducation) par des spécialistes dans le domaine considéré.

Autour de ce dossier, l'actualité de la recherche est abondamment couverte, tant en Psychologie qu'en Neurobiologie. Une rubrique Idées reçues, une synthèse autour d'une question (dans ce même numéro, La personnalité antisociale), et une analyse de livres complètent bien chaque numéro. Les titres, parfois, font craindre le pire, mais l'abondance de références, le ton mesuré de la portée de telle ou telle découverte, l'illustration scientifique la plus précise possible sans tomber dans le jargon scientifique, la prudence des conclusions dans chaque article, rassurent complètement sur l'apport de la revue. Les thèmes abordés touche parfois notre domaine de prédilection, le conflit, (L'art de la persuasion, La force de l'empathie, La rumeur, Alcool, plaisir et dépendance, Sectes et religions : quelles différences?...), même si la revue reste très généraliste (avec des accroches qui font parfois frémir : Comment séduire?, Quelle intelligence?) et proche de préoccupations du moment de l'opinion publique (La maladie d'Alzheimer...), ce qui n'est pas un aspect forcément négatif... (marketing oblige, sans doute). En tout cas, même pour des thèmes racoleurs, le ton des articles restent à la hauteur d'une exigence scientifique bienvenue.

      L'un des derniers numéros (n°51, mai-juin 2011), porte sur l'autisme, objet d'une véritable bataille actuellement entre tenants de son étiologie purement biologique et tenants de son étiologie au moins en partie psychologique. C'est autour de l'enjeu crucial du dépistage précoce qu'est construit ce numéro : "L'organisation cérébrale et la structure neuronale des autistes sont différentes, ce qui expliquerait qu'ils ont un mode de pensée spécifique, avec un traitement perceptif exacerbé. A nous de comprendre leur différence pour les aider à trouver leur place dans la société."

 

                           Cerveau&Psycho, Pour la science, 8, rue Férou, 75278 PARIS CEDEX 06,

                           Site www.cerveauetpsycho.fr

 

 

Actualisé le 29 Avril 2012

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11 octobre 2010 1 11 /10 /octobre /2010 09:45

                   Agressivité est défini dans le Petit Robert (comme nom féminin dérivé à partir de l'adjectif Agressif, nom apparu en 1875) comme le Caractère agressif. En psychologie, ce serait selon ce dictionnaire la manifestation de l'instinct d'agression. Conception bien ancrée qui n'est pas du tout en phase avec les connaissance scientifiques actuelles...

 

                  Pierre RENNES, dans Vocabulaire de la psychologie d'Henri PIERON, le défini comme le "comportement caractérisé par l'acte d'attaquer ou d'aller de l'avant et s'opposant à celui de refuser le combat ou de fuit les difficultés".

 

                 Jean BERGERET, dans Dictionnaire international de la psychanalyse, sous la direction d'Alain de MIJOLLA, écrit qu' "au sens propre du terme, l'agressivité correspond à des fantasmes ou à des comportements que Freud a déterminés du point de vue clinique, mais il a, de prime abord, hésité pour en donner une définition répondant aux exigences de ses propres repères métapsychologiques successifs. Ce n'est qu'après avoir montré l'importance de l'ambivalence dans le transfert (1912) qu'il s'est trouvé en mesure de considérer l'agressivité comme une manifestation relationnelle courante, mais n'ayant pas une origine unique ni même homogène. Il n'a jamais changé d'opinion par la suite et a toujours regardé l'agressivité comme l'alliance et la conjonction imaginaires ou symptomatiques de motions affectives hostiles d'une part et érotisées de l'autre."

 

                        Dans le Dictionnaire encyclopédique réalisé sous la direction de Richard GREGORY, "les comportements visant à blesser physiquement un autre individu doivent à l'évidence être considérés comme agressifs : c'est le coeur même de la notion d'agression. Les comportements visant à provoquer une blessure psychologique sont généralement eux aussi inclus dans la définition, et les fantasmes faisant intervenir la blessure d'autrui en sont proches. la question de l'intention est cruciale : une blessure provoquée par accident n'est habituellement pas considérée comme agression." Cette définition relativement proche de la tradition juridique part surtout de la provenance de l'agression, une blessure causée involontairement peut très bien être interprétée par l'organisme qui la subit comme une agression et sa réaction est d'ailleurs analogue à celle suivant une agression "intentionnelle".

De toute manière, l'auteur de l'article insiste sur l'hétérogénéité de l'agression : "Qu'elle qu'en soit la définition, la catégorie des comportements agressifs est très hétérogène, et on a souvent essayé d'établir des subdivisions." Il cite deux exemples :

- "Dans les études sur les enfants (FESHBACH, 1964 ; MANNING et collègues, 1978), quatre catégories se sont montrée utiles : l'agression spécifique ou instrumentale, visant à obtenir ou à conserver des objets ou des positions donnés, ou l'accès à des activités désirables ; l'agression gratuite ou hostile, visant surtout à irriter ou à blesser un autre individu, sans avoir pour but un objet ou une situation quelconques ; l'agression ludique, qui apparaît lorsque des jeux de combat dégénèrent jusqu'à ce que des blessures soient délibérément infligées ; l'agression défensive, provoquée par les actes d'autrui."

- "En ce qui concerne les adultes (TICKLOENBERG et OCHBERG, 1981) (il y a la) classification suivante de la violence criminelle : violence instrumentale, dont le motif est le désir conscient d'éliminer la victime ; violence émotionnelle, perpétrée sous le coup d'une forte colère ou d'une forte peur : violence par félonie, survenant à l'occasion d'un autre crime ; violence anormale, crimes de déments et des psychopathes sévères ; violence "dyssociales", actes de violences approuvés par le groupe de référence de leur auteur, qui les considère comme une réponse appropriée à la situations." 

  Ces définition ont été utiles à un moment de la réflexion, mais ils présentent des difficultés quand on examine les motivations en situation réelle. En outre, nous dirions que ces définitions mélangent fâcheusement les notions de violence et d'agressivité. Heureusement, le Dictionnaire ne s'y attarde pas et examine la complexité des motivations, les facteurs prédisposants immédiats à l'agression, le conflit entre groupes et les causes ultimes.

    Pour ce qui est de la complexité des motivations, elle est mise en évidence par les études de nombreuses espèces où se partagent les motivations spécifiques au contexte (nourriture, territoire) et tendances antagonistes à attaquer ou à fuir un rival. "La diversité du comportement pouvait être comprise en termes de variations de niveaux absolus et relatifs des diverses motivations (...). De manière analogue, il semble probable que chez l'homme, les divers types d'agression puissent être analysés comme diverses combinaisons des variables sous-jacentes dont il est fait l'hypothèse. Des possibilités évidentes sont "l'avidité spécifique", c'est-à-dire la motivation d'acquérir des objets ou des situations précises ; la domination, c'est-à-dire la motivation d'élever sa position ou de se pousser en avant ; et la peur (...), ainsi que la propension elle-même à se comporter de manière agressive, c'est-à-dire à blesser autrui (...)."

    Sur les facteurs prédisposants immédiats à l'agression, "certains auteurs ont considéré l'agression comme ne dépendant que de facteurs émotionnels, et d'autres, comme spontanée et devant inévitablement s'exprimer. (...) Mais aucune de ces deux manières de voir n'est exacte (...) Sans rejeter aucune (des) idées (comme la catharsis), les chercheurs ont tenté d'identifier les causes premières de l'agression." Mais, "rejetant toute idée d'un facteur primordial, les chercheurs actuels tentent d'identifier l'ensemble des facteurs, internes ou externes à l'individu, qui modifient l'incidence de l'agression."

    Dans la suite du développement sur l'agressivité, l'auteur met surtout en avant (causes ultimes) les facteurs de l'évolution, en termes de bénéfices/risques pour les espèces.

 

                 Jacques GERVET, dans le Dictionnaire du darwinisme et de l'évolution, indique que "la mode est un peu passée de tenter un traitement neuro-chirurgical des individus agressifs ; cela signifie sans doute que des conceptions moins simplistes ont remplacé une conception localisant précisément des structures responsables de l'agressivité."

Il rappelle la définition donnée par Henri LABORIT à l'agressivité : toute forme d'activité capable de détruire une forme organisée. "Cette définition très extensive peut englober bien des conduites qui ne sont pas agressives au sens des éthologistes. KARLI a tenté, quant à lui, d'étudier plus précisément le réglage du "comportement du Rat tueur de souris (conduite "muricide"), ce comportement possédant grossièrement certains traits des conduites agressives au sens habituel".

Après avoir rappelé les principaux résultats devenus classiques de ces expériences, l'auteur conclue, avant d'aborder des considérations touchant à la génétique,  qu'"en définitive, si l'on essaie de préciser un peu les termes, une conduite agressive implique une mobilisation générale de l'organisme, des conditionnements variés...en sorte qu'on ne peut guère la ramener à un processus physiologique ayant quelque spécificité. Cela ne signifie certes pas qu'il est impossible de diminuer l'"agressivité" d'un être par voie physiologique : que l'on pense par exemple aux "camisoles chimiques" ; mais l'effet produit n'est, aujourd'hui encore, pas extrêmement spécifique et affecte également d'autres fonctions."

Contrairement au dictionnaire encyclopédique réalisé sous la direction de Richard GREGORY, Jacques GERVET signale que "aucun généticien professionnel ne se proposerait aujourd'hui d'étudier "la génétique" de l'agression". Pour autant, les études sur l'hérédité de l'agressivité, sous forme d'influences de la présence de certaines formules chromosoniques sur certains comportement, continuent et continuent de susciter des débats. L'auteur insiste sur un cas de recherche et pense "qu'il illustre les fautes récurrentes de raisonnement commises à propos d'un problème sensible, et qu'il montre pourtant à quel point les généticiens, quant à eux, insistent aujourd'hui sur l'absence de relation causale simple entre une variation génétique et l'émergence d'un trait complexe comme celui qui se manifeste sous la forme d'une réaction taxée d'agressive."

 

       Sous la direction de Richard L GREGORY, Le cerveau, cet inconnu, Dictionnaire encyclopédique, Université d'Oxford, Robert Laffont, collection bouquins, 1993 ; Sous la direction d'Alain de MIJOLA, Dictionnaire international de la psychanalyse, Hachette Littérature, collection Grand Pluriel, 2002 ; Henri PIERON, Vocabulaire de la psychologie, PUF, collection Quadrige, 2000 ; Sous la direction de Patrick TORT, Dictionnaire du Darwinisme et de l'Evolution, PUF, 1996.

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8 octobre 2010 5 08 /10 /octobre /2010 18:37

                Le médecin chirurgien et neurobiologiste français qui introduit l'utilisation des neuroleptiques en 1951 est surtout connu du grand public pour une vulgarisation des neurosciences dans une conception globale du conflit qui combine éléments biologiques, physiologiques et psycho-sociologiques. Parallèlement à ses écrits scientifiques consacrés surtout à l'anesthésie, réservés aux spécialistes de la médecine, qui le conduisent d'ailleurs à l'étude des mécanismes du stress (notamment dans la revue Agressologie), il publie des ouvrages généraux à l'intention du public, de philosophie scientifique et sur la nature humaine. Pionnier de la théorie de la complexité et de l'auto-organisation du vivant, il mène des activités socio-politiques progressistes.

Même si parfois des aspects purement biologiques ou médicaux apparaissent dans ses livres destinés au grand public, demandant de lui une certain effort de réflexion scientifique, nous pouvons partager son oeuvre entre ouvrages scientifiques (spécialisés) et ouvrages sociologiques (généraux).

 

      Dans le registre purement professionnel, cela va de Physiologie et biologie du système nerveux végétatif au service de la chirugie de 1950 à Les récepteurs centraux et la transduction des signaux de 1990. En passant entre autres par Réaction organique à l'agression et choc (1952), Résistance et soumission en physio-biologie : L'hibernation artificielle (1954), Bases physio-biologiques et principes généraux de réanimation (1958), Physiologie humaine (cellulaire et organique) (1961), Les régulations métaboliques (1965), Biologie et structure (1968), Neurophysiologie, Aspects métaboliques et pharmacologiques (1969), Les Comportements : Biologie, physiologie, pharmacologie (1973), L'inhibition de l'Action (1979).

       Dans le registre plus général, ses ouvrages sociologiques, sur l'agressivité notamment, nous intéresse plus particulièrement, dans ce blog sur le conflit : Les destins de la vie et de l'homme. Controverses par lettres avec P. Morand sur les thèmes biologiques (1959), Du soleil à l'homme (1963), L'homme imaginant : essai de biologie politique (1970), L'agressivité détournée : Introduction à une biologie du comportement social (1970), L'homme et la ville (1971), La société informationnelle : Idées pour l'autogestion (1973), La Nouvelle grille (1974), Eloge de la fuite (1976), Discours sans méthode (1978), Copernic n'y a pas changé grand chose (1980), L'Alchimie de la découverte (1982), La colombe assassinée (1983), Dieu ne joue pas aux dés (1987), Les bases biologiques des comportements sociaux (1991), L'esprit du grenier (1992), Etoiles et molécules (1992), La légende des comportements (1994).

Un ouvrage auto-biographique, Une vie - Derniers entretiens, avec Claude GRENIÉ est paru également en 1996. Nous n'oublions pas bien entendu la participation du professeur LABORIT au film Mon oncle d'Amérique, d'Alain RESNAIS de 1980, basé sur ses travaux sur le conditionnement.

 

        L'homme imaginant, de 1970, constitue sans doute l'ouvrage où l'auteur livre de la manière la plus extensive sa conception proprement politique de la société. Il explique ses sympathies pour les idées progressistes, par la nécessité qu'à l'homme, s'il veut continuer à vivre, de prendre conscience des conditions (biologiques) mêmes dans lesquelles il mène les différentes révolutions qu'elles soient sociales ou politiques. Il ne cache pas ses préférences pour une société socialiste (notamment dans le chapitre La droite et la gauche), même s'il montre qu'il est plus facile pour la droite de gouverner dans une société repue : la révolution, si elle doit se faire est d'abord une révolution des mentalités.

 La caractéristique fondamentale de l'organisme humain parait être l'association originale, dans la création de structures nouvelles, des éléments mémorisés et imposés par l'expérience abstraite de l'environnement. Cette faculté d'imaginer ne le libère pas de ses déterminismes génétiques, biologiques, sémantiques, économiques et socio-culturels, mais lui permet d'en prendre conscience. En ne plaçant ses espoirs que dans la transformation, par ailleurs indispensable, de son environnement socio-économique, il ne résoudra qu'imparfaitement le problème de son aliénation. Seule la connaissance de ses déterminismes biologiques et de leur organisation hiérarchisée, lui permettra la transformation de sa structure mentale, sans laquelle toutes les révolutions risquent d'être vaines. Complétant cette présentation de son livre, l'auteur, dans l'Introduction, écrit qu' "adepte d'une certaine discipline, celle des sciences de la vie, j'essaie d'appréhender les faits humains. Cette attitude me conduit parfois à voir ces faits humains sous une lumière qui peut déplaire à toute personne dont le système nerveux est déjà fortement structuré par son expérience antérieure de la vie. Ma vision est peut-être fausse mais les visions antérieures le sont peut-être aussi. Et puis, la vérité ou prétendue telle, n'est jamais monolithique. Elle est fragile et changeante. Il faut lire cet essai en le comprenant comme une tentative de structuration autre, à partir d'informations souvent incomplètes mais différentes, motivées par un déterminisme unique, le mien." C'est dans cet état d'esprit de modestie, qu'Henri LABORIT propose une compréhenesion des relations entre biologie et politique, des effets de différents conditionnements sur l'évolution humaine. Ses idées sur l'engagement et l'individualisme, sur les sciences humaines, sur les régimes socio-économique contemporains portent la marque de cette préoccupation majeure sur les conditionnements. Il insiste toujours sur la faculté de l'imagination humaine à trouver des solutions à ses problèmes, même les plus difficiles à résoudre. "Ce qui distingue profondément les sociétés humaines des société animales, ce n'est pas leur travail, même avec la puissance intermédiaire de l'outil ; ce n'est pas non plus une liberté individuelle permettant à l'homme d'agir sur le monde matériel, si l'on comprend sous le terme de liberté la notion de libre arbitre, mais un déterminisme d'un niveau d'organisation supérieur, celui de l'imagination." Délibérément optimiste, d'un optimisme qui fait vraiment défaut dans le monde actuel, le biologiste pense que c'est dans la nature même des déterminismes qui orientent l'activité humaine que se trouve les meilleures chances de l'humanité.

 

           L'agressivité détournée, de la même année, est un ouvrage de vulgarisation particulièrement clair et complet d'une approche biologique de la sociologie. Dans plus de la moitié de ce livre, Henri LABORIT entre dans les grandes lignes du fonctionnement de notre système nerveux et montre comment il conduit aux comportements, devant les agressions les plus diverses, de fuite ou de lutte. Exposant les bases physiologiques de l'affectivité, il indique différentes voies d'activation et d'inhibition de ces comportements. Cette description d'une machine complexe cybernétique comme le cerveau, système ouvert par essence sur l'environnement, ancrée dans son expérience d'anesthésiste, permet de comprendre (et en même temps de relativiser) les notions d'individu et de liberté, de justice. Il explique à la fin de l'ouvrage en quoi consiste le vieillissement et la mort. 

 

               L'homme et la ville (1971) se situe dans le cadre de réflexions collectives (à l'Université de Vincennes) sur Urbanisation et Biologie. C'est l'ouvrage le moins unifié de l'auteur qui lance surtout des pistes de réflexions. Produit d'une recherche de groupe, le livre part de l'ABC de cybernétique pour étudier les relations entre la ville et le groupe humain, et pour "envisager le rôle fondamental de la structure socio-économique du groupe humain fondateur ou utilisateur urbain. L'urbanisme pose avant tout un problème sociologique. Or une société se réalise par un groupement d'individus. Sur quelles bases s'établissent les relations interindividuelles? Nous pensons que pour répondre à cette question, c'est du niveau d'organisation biologique qu'il faut partir. Un individu entre en relation avec les autres individus grâce au fonctionnement de son système nerveux. Comment fonctionne-t-il? Par quelles étapes successives est-il passé au cours de l'évolution? Que reste-t-il dans nos cerveaux d'hommes modernes des cerveaux plus primitifs qui les ont précédé? Quelles conséquences en résulte-t-il sur leur fonctionnement? Ce sont bien là des connaissances indispensables à posséder, semble-t-il, pour celui qui veut comprendre les lois qui gouvernent les comportements humains en société, celles qui président à l'établissement des structures sociales elles-mêmes enfin, donnent naissance à la ville et organisent l'espace qui les entoure." Loin des travaux sur l'hygiène urbaine, loin aussi d'un rapprochement analogique entre la ville et les organismes vivants, entre structure urbaine et structure biologique (qualifié de poétique...), cet ensemble de réflexions veut étudier la ville non comme un organisme, "mais elle représente un des moyens utilisés par un organisme social pour contrôler et maintenir sa structure."

 

                 En 1974, il propose, dans la logique de L'agressivité détournée, un modèle biologique, physiologique et psycho-sociologique des comportements agressifs. Il l'expose en grande partie dans La nouvelle grille. A partir des notions d'énergie, de masse et d'information, l'auteur propose une explication du fonctionnement du cerveau humain. La "nouvelle grille" qu'il expose (Chacun a besoin d'une grille de lecture des différents événements auxquels il est confronté)  est une grille biologique permettant "d'entrevoir comment déchiffrer la complexité de nos comportements en situation sociale". Elle vient tout droit de son expérience en laboratoire. Ce livre est la vulgarisation de Les comportement, Biologie, physiologie, de 1973, et se compose beaucoup d'éléments scientifiques déjà présents dans Réaction organique à l'agression et au choc de 1952. Il expose d'abord donc les notions de Thermodynamique et d'information physique en biologie. De l'homéostasie au fonctionnement du système nerveux central, c'est l'information qui avant tout régi les comportements. 

Dans son modèle, il défini l'agression comme "la quantité d'énergie capable d'augmenter l'entropie (le désordre, l'agitation) d'un système, autrement dit d'en détruire plus ou moins rapidement la structure. La structure est ainsi définie comme l'ensemble des relations existant entre les éléments d'un ensemble. L'agressivité est alors la caractéristique d'un agent capable d'appliquer cette énergie sur un ensemble organisé." L'agressivité n'est pas conçue par Henri LABORIT comme un concept unitaire, car les mécanismes qui sont à l'origine de la libération énergétique déstructurante sont variés. Ce sont des mécanismes différents qui ont conduit de nombreux auteurs à établir une liste des types d'agression. Mais ils l'ont fait le plus souvent sans préciser les mécanismes nerveux centraux en jeu, se fondant surtout sur les situations déclenchantes. Ce sont les liens entre ces situations environnementales et le mécanisme de la réponse qu'il tente d'établir.

Dans ces processus, la mémorisation du résultat des réactions est essentielle : c'est elle qui détermine si une action est récompensée ou mise en échec, c'est elle qui détermine les comportements de lutte ou de fuite. Toute la question est de savoir quels processus provoquent l'activation ou l'inhibition des comportements, et comment sur le long terme, un organisme est amené à avoir une orientation d'action plus ou moins agressive à son tour, comment en fin de compte la dominance s'établit d'un organisme sur un autre. Le système nerveux permet par essence à un organisme d'agir sur un environnement. Si cette action est rendue impossible ou dangereuse, il assure aussi l'inhibition motrice. Or, il apparait que c'est cette dernière qui est à l'origine des bouleversements biologiques persistants, des maladies psychosomatiques en particulier, hypertension neurogène et ulcérations gastriques. Quelle que soit la complexité que le système nerveux a atteint au cours de l'évolution, sa seule finalité est de permettre l'action, celle-ci assurant en retour la protection de l'homéostasie, la constance des conditions de vie dans le milieu intérieur, le plaisir. Quand l'action qui doit en résulter est rendue impossible, que le système inhibiteur est mis en jeu, et en conséquence la libération de noradrénaline, de ACTH et de plucocorticoïdes avec leurs incidences vaso-motrices, cardiovasculaires et métaboliques périphériques, alors nait l'angoisse. Henri LABORIT reprend les catégories d'agressivité prédatrice, d'agressivité de compétition, d'agressivité inter-mâles, avec l'établissement des hiérarchies sociales, d'agressivité défensive, d'agressivité d'angoisse ou irritabilité, pour en expliciter les mécanismes neurobiologiques. Et aborder les conditions spécifiques d'apparition du phénomène de la guerre. Cette dernière est finalement définie comme "résultant de l'affrontement de deux informations-structures, de deux système fermés pour établir leur dominance, nécessaire à l'apparition de leur approvisionnement énergétique et matériel nécessaire lui-même au maintien de ces structures." 

 

             Dans Eloge de la fuite, de 1976, Henri LABORIT reprend les enseignements du modèle de l'agressivité pour en développer les conséquences dans divers domaines très divers : l'amour, l'enfance, les autres, la liberté, la mort, le plaisir, le bonheur, le travail, la vie quotidienne, le sens de la vie, la politique, le passé, le présente et l'avenir, la société idéale...Sur les ressorts de ces phénomènes, qui avant la conscience que nous en avons, sont déterminés biologiquement. Contrairement à la forme d'exposé didactique des précédents ouvrages, l'auteur exprime ici sa philosophie profonde de la vie et des relations sociales. A la fin du livre, quelques pages sur la réflexion du croyant chrétien à propos du marxisme reflètent bien ses interrogations d'homme public et très actif, en même temps que déjà, une interrogation sur le sens même de son parcours intellectuel, affectif et moral. Le message du Christ possède une autre signification, lumineuse, après l'acquisition de tant de connaissances scientifiques : "Car le signifié que nous croyons découvrir aujourd'hui dans le message du Christ est celui que nos connaissances actuelles du signifiant nous permettent de comprendre. Cependant, le phénomène le plus troublant, c'est que cet imaginaire incarné, qui en conséquence ne peut être autre chose que ce que nous sommes, puisse contenir un invariant suffisamment essentiel pour, toujours et partout, guérir l'angoisse congénitale de l'Homme." 

      

             La Colombe assasinée, édité en pleine crise internationale des euromissiles, se veut surtout une présentation d'une réflexion de trente ans sur l'agressivité et la violence, à l'intention des lecteurs des Cahiers de la Fondation pour les Etudes de Défense Nationale. Ainsi, dans des chapitres relativement courts, clos par un épilogue qui aborde quantité de problèmes sociaux (des pensées de l'auteur sur l'évolution sociale surtout), le lecteur peut retrouver sa démarche habituelle : Niveaux d'organisation, régulation et servomécanisme ; Signification fonctionnelle des centres nerveux supérieurs, Bases neurophysiologiques et biochimiques des comportements fondamentaux, Inhibition motrice et angoisse, Les moyens d'éviter l'inhibition de l'action, Passage du biologique au sociologique, du niveau d'organisation individuel au collectif... Dans la seconde partie, sont abordés les agressivités et la violence, d'abord chez l'animal, puis chez l'homme.

            

             Parmi les livres scientifiques destinés à un public spécialisé, notons Inhibition de l'action (Masson, 1980) où l'auteur évoque le programme Biologique de Survie (PDB) de tout organisme vivant. Ouvrage de référence quant à la pensée de henri LABORIT où se trouvent exposés les différents comportement humains face à une épreuve, il reste très accessibles pour tous, si l'on veut bien faire l'effort habituel nécessaire. 

 

     Henri LARORIT fonde en 1958 la revue Agressologie qu'il dirige jusqu'en 1983.

 

   L'influence de l'oeuvre d'Henri LABORIT après son décès notamment est diverse et relativement éparse. Elle est nourrie autant par les deux types d'ouvrages (scientifiques et grand public), d'autant que cette oeuvre s'inscrit aussi dans un mouvement intellectuel d'ensemble, auquel participent bien d'autres auteurs, en faveur d'une vision globale de l'homme et de la société (approche pluridisciplinaire), dans une perspective progressiste et une sensibilité politique de gauche. On peut percevoir cette influence à travers le site Internet Nouvellegrille.info, lancé en 2014 par David BATÉJAT. elle existe tant au niveau de la recherche (Bernard CALVINO, Edmond ESCURET, Claude GRENIÉ...) qu'en économie (René PASSET dans son ouvrage L'économique et le vivant), Jean-François BOUSSARD à travers la création d'entreprises de biotechnologie). Egalement en biosémiotique (Simon LÉVESQUE, Laboratoire de résistance sémiotique..), en littérature de science-fiction (Serge JADOT...), en arts multidisciplinaires (Patrick BERNATCHEZ...)... 

 

      Henri LABORIT, L'homme et la ville, Flammarion, 1971 ; L'homme imaginant, Essai de biologie politique Union Générale d'Editions, 10/18, 1978 ; L'agressivité détournée,  Initiation à une biologie du comportement social, Union Générale d'Editions, 10/18, 1981 ; La nouvelle grille, Pour décoder le message humain, Robert Laffont, collection "libertés 2000", 1981 ; Eloge de la fuite, Galimard, folio essais, 2001 ; Un modèle biologique, physiologique et psycho-sociologique, Polycopié, 1974 ; La colombe assassinée, Les Cahiers de la fondation pour les études de défense nationale, n°27, 1983.

 

Actualisé le 25 février 2016

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7 octobre 2010 4 07 /10 /octobre /2010 14:47

               Parmi les études sur la modulation biologique du comportement agressif de l'homme, pour s'en tenir cette fois à des expériences et à des réflexions concernant uniquement l'espèce humaine, nous pouvons relever plusieurs catégories. Dans chacune d'elles, des arguments sont périodiquement lancés et des polémiques (entre scientifiques notamment) font parfois rage. Farnazeh PAHLAVAN, maître de conférences à l'institut de psychologie de l'université René Descartes, Paris 5, indique avant d'entrer dans le détail de telles catégories, que "certains processus biologiques préparent les individus à réagir de manière agressive, alors que d'autres déterminent le moment et la manière de l'expression de l'agression."

  Ces catégories sont :

- les études sur la génétique du comportement agressif, "affaire" du chromosome du crime compris ;

- les études sur la relation entre certains hormones et les comportements agressifs ;

- les études effectuées sur les différentes zones du cerveau qui entrent dans l'élaboration et le fonctionnement des comportements agressifs, tels que le cortex cérébral, le système limbique...

- les études des relations entre activation physiologique et agression, dans les deux sens : l'activation influence l'agression et l'agression influence l'activation.

 

            Les facteurs génétiques jouent déjà un rôle dans la mise en place de tous les moyens permettant à l'individu d'agir sur l'environnement, y compris sur les moyens agressifs. Ces facteurs contribuent au développement des capacités sensorielles, physiques et motrices. Ils interviennent au niveau neuronal, pour le traitement de toutes les informations sur l'état du corps et l'environnement, pour contrôler l'expression effective de l'agression. La constatation que les individus qui partagent le même patrimoine génétique se comportent de la même manière est souvent avancée comme preuve que le comportement agressif est génétiquement modulé.

   Les expériences sont effectuées surtout soit sur des jumeaux (vrais ou faux jumeaux) ou sur des enfants adoptés.

Ainsi, Johan Philippe RUSHTON (né en 1943), l'auteur d'études très controversée sur les relations entre Race et Histoire, et certains de ses collègues (FULKER, NEALE, NIAS, EYSENCK, 1986) ont appliqué un questionnaire pour évaluer la personnalité de plus de 500 jumeaux adultes. Les corrélations entre cinq traits différents (altruisme, empathie, sympathie, agression, affirmation de soi) et la proximité entre jumeaux (au niveau génétique) sont plus fortes pour les jumeaux monozygotes que pour les jumeaux dizygotes. Ces études (corrélées par MCGUE, BACON et LYKKEN en 1993) qui mettent en évidence une correspondance entre plus grande proximité et traits de caractère tendent à montrer que des facteurs génétiques interviennent fortement dans la modulation des comportements agressifs. Certaines études montrent que l'effet de la transmission des tendances agressives est plus important pour les individus du sexe masculin, et diminue en fonction de leur âge. Mais d'autres études menées entre autres par Daniella CARMELLI et ses collègues (ROSEMANN et SWAN en 1988), à l'issue de l'application auto-évaluative de différents inventaires d'hostilité, indique en revanche un effet de transmission plutôt faible. 

Les études sur des enfants adoptés montrent aussi un instabilité en ce qui concerne le lien entre les facteurs génétiques et le comportement agressif. Des études aux résultats contradictoires montrent soit une corrélation modérée entre enfant et mère biologique, nulle entre enfant et parents adoptifs, forte entre enfant adopté et autres enfants de la famille adoptive...

Une méta-analyse portant sur 24 études réalisées avec des jumeaux mono ou dizygotes, effectuée par Donna MILES et Gregory CAREY (The genetic and environnemental architecture of human agression, journal of Personality and Social Psychology, n°72, 1997), souligne les défauts méthodologiques et la variabilité des résultats en fonction de la technique d'observation employée. Ils concluent que, d'une manière générale, les facteurs génétiques et environnementaux sont difficilement dissociables.

    La polémique auteur du chromosome du crime, après bien des péripéties nombreuses depuis les années 1940, aboutit tout simplement au rejet de l'éventualité d'un lien entre des anomalies de chromosomes sexuels et l'agression. Le rapprochement de ces deux éléments montre plutôt en évidence le rôle des déficits mentaux dans l'incarcération plus fréquente des individus des individus porteurs de ces anomalies génétiques. Le fait que de nombreuses expériences s'effectuent en milieu carcéral, sans comparaison avec des milieux ouverts, invalide beaucoup de conclusions tirées par divers chercheurs.

 

          Parmi les hormones étudiées figurent surtout la testostérone qui semble faciliter l'agression entre mâles de plusieurs espèces de vertébrés et intervient largement dans l'augmentation du niveau de cette agression entre les mâles pendant la période de reproduction. L'effet sur les mâles humains reste problématique. Si l'activité hormonale est constatée dans de nombreux cas d'agression (expériences d'injection de progestérone synthétique...) est constatée, les différences effectuées avec des groupes témoins restent assez peu significatives. De nombreux sujets placés dans des situations de provocation, dans des conditions très diverses, réagissent très diversement, et cela en dehors de leur taux d'hormones. En fait, les meilleurs résultats (au sens de corrélation forte) sont obtenus dans des conditions de victoire assurée chez de nombreux sujets : la victoire décisive déclenche un état affectif qui peut, à son tour, augmenter le niveau de testostérone (MAZUR et LAMB, 1980). L'activité hormonale fait partie de l'ensemble des variables biologiques présentes dans les situations conflictuelles, mais il est difficile de distinguer si c'est la situation d'urgence requise par une agression qui augmente cette activité ou si c'est la présence anormale de certaines hormones qui constituent des facteurs déclencheurs d'agression... R G GEEN tend à penser qu'il vaudrait mieux dire en tout cas que les activités hormonales constituent des variables dispositionnelles ou un "background" lorsqu'une situation "aversive" déclenche une agression (Process and personal variables in affective agression, 1998). 

 

           Après un amoncellement d'études menées sur le cerveau humain (situation de réactions automatiques ou semi-automatiques de comportements), l'hypothèse de l'existence d'un centre de l'agression a été mise en doute et totalement réfutée. (Farzaneh PAHLAVAN). C'est un ensemble de structures cérébrales qui intervient, avec deux parties qui semble être prépondérante dans la modulation des réactions agressives : le cortex cérébral et le système limbique. Le cortex cérébral est impliqué dans les fonctionnements cognitifs complexes de l'apprentissage, des jugements et des prises de décision. Le système limbique enserre un ensemble de structures nerveuses qui contrôlent les émotions et les besoins fondamentaux. De nombreux modèles comportementaux ont été élaborés ; nous avons une certaine préférence ceux présentés par Henri LABORIT, beaucoup utilisé - parfois sans en mentionner la source - par les chercheurs, francophones notamment.

  Dans l'interaction entre le cerveau et l'environnement, la plupart du temps le cortex frontal permet l'organisation de stratégies comportementales hautement élaborées, inhibe l'agression et empêche la réponse agressive systématique aux provocations. Des auteurs comme V MARK et F ERVIN émettent l'hypothèse que l'apprentissage crée dans certains cerveaux une capacité à percevoir les menaces de façon plus intense et plus fréquente. Le système limbique est alors davantage sollicité dans les réponses de l'organisme. Pierre KARLI, professeur de neurophysiologie à la faculté de médecine de Strasbourg, relate de nombreuses expériences et propose une neurobiologie des comportements d'agression. Sa présentation est très éloignée de celle que fait par exemple Arthur KOESTLER, qui analyse une dangereuse divergence entre structures anciennes et structures nouvelles du cerveau, qui expliquerait selon lui certaines tendances paranoïaques de l'espèce humaine.

 

              Le comportement agressif est lié également à l'activation du système nerveux sympathique (partie du système nerveux autonome périphérique). Celui-ci prépare l'individu à se battre ou à fuir (Farzaneh PAHLAVAN reprend vraiment la problème initié par Henri LABORIT...). Ce système agit lorsque la sécurité et/ou la survie de l'individu sont menacées. L'activation de ce système déclenche un ensemble de réactions physiologiques qui préparent l'organisme à faire face ou à fuit, devant l'attaque perçue. Se référant à la notion d'éveil physiologiques, plusieurs recherches montrent que l'effet de certains variables environnementale (sonores par exemple) sur le comportement agressif est étroitement lié à l'activation physiologique. Des études montrent que l'éveil physiologique augmente la probabilité de l'agression, alors que d'autres indiqueraient plutôt le contraire...Les études de D ZILLMANN et de Jack E HOKANSON notamment portent sur les relations entre activation et agression. 

 

     Nous ne pouvons que reprendre à notre compte la conclusion de Farzaneh PAHLAVAN : "Chez l'homme, les facteurs biologiques doivent être considérés comme des variables modératrices de l'agression. Il est possible de penser que ces facteurs contribuent à la formation d'un potentiel d'agression et que la mesure de ce potentiel peut permettre de déterminer le type et la puissance de la réaction à la situation de provocation. Le rôle modérateur des facteurs biologiques est plus évident dans le cas des études portant sur l'activité hormonale, mais il concourt aussi au fonctionnement des autres facteurs de l'agression".

En tout état de cause, l'étude des phénomènes purement biologiques est toujours à mettre en relief avec les conditions présentes dans l'environnement. "Pour déterminer dans quelle mesure les conduites agressives sont modulées par des processus affectifs et pour définir l'importance du rôle médiateur des activités cognitives dans cette modulation, il est indispensable d'étudier les réactions à une stimulation "aversive" chez l'homme ; et ce au moins à trois niveaux d'observations :

- un niveau proto-social, correspondant à des phénomènes neuromoteurs et neurovégétatif relativement automatiques, communs à l'espèce humaine et à beaucoup d'espèces animales,

- le niveau intégrant ces automatismes moteurs à des ensembles de conduites socialement organisées, placées sous la maitrise partielle des individus, à savoir les émotions ;

- le niveau constitué par les actes issus de plans élaborés à l'avance, résultant de l'intégration des différents comportements émotionnels à des stratégies de réponse, comportant à la fois les caractéristiques propres de la sociabilité de l'espèce humaine et les démarches de pensée complexes faisant intervenir des conceptions normatives."

 

     Farzaneh PAHLAVAN, Les conduites agressives, Armand Colin, collection Cursus, 2002 ; Arthur KOESLTLER, Le cheval dans la locomotive, Calmann-Lévy, 1968 ; Pierre KARLI, Neurobiologie des comportements d'agression, PUF, 1982.

 

                                                                                                                                                                          ETHUS

 

 

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5 octobre 2010 2 05 /10 /octobre /2010 17:54

                      Rappelons simplement que la pédagogie institutionnelle, élaborée par Fernand OURY (1920-1998), dans les toutes premières années 1960, en étroit lien avec les innovations pédagogiques de Célestin FREINET (même si ce mouvement a lieu en rupture avec l'organisation officielle animée par FRENET), a pour objectif de créer et de faire respecter des règles de vie dans l'école, par des institutions appropriées (le conseil de classe par exemple), à l'opposé des écoles casernes. La critique du système d'enseignement de masse dont le rythme de vie est calqué sur la discipline militaire, même si dans le temps elle s'en éloigne de plus en plus, se fonde également sur l'idée de favoriser l'expression individuelle et collective des élèves, avec une véritable emprise sur les contenus et les quantités des matières enseignées. Si aujourd'hui, les conseils de classe stricto-sensu sont organisés de manière officielle dans tous les établissement, leur ordre du jour consiste surtout en l'application d'un règlement scolaire élaboré ailleurs. Dans l'esprit des enseignants qui veulent pratiquer cette pédagogie, il s'agit de favoriser les efforts autonomes des élèves pour apprendre et les relations sociales et les savoirs techniques, par appropriation collective des conditions de cet apprentissage. Ce qui fait que, dans le cadre d'un système scolaire qui garde par certains aspects l'esprit de l'ancienne organisation de la scolarité (en termes de rythmes, de coupures entre classe, de nécessité d'adaptation chaque année), la pédagogie institutionnelle reste bien minoritaire. Derrière cette pédagogie se trouve l'ambition (possible?) de retrouver les conditions d'enseignement donné autrefois par les précepteurs dans les classes sociales favorisées : continuité de l'action éducative d'année en année, modulation du temps scolaire en fonction des capacités de chaque élèves, liaison entre les préoccupations affectives, de bien être physique et de bon climat intellectuel...  Rappelons aussi qu'il existe deux courants dans le milieu de la pédagogie institutionnelle après une scission intervenue en 1964 entre les courants Fernand OURY et Raymond FONVIEILLE (1923-2000) : chacun se réclame d'une pédagogie du même nom en deux facettes :

- la première, animée d'abord par Fernand OURY, d'inspiration psychanalytique, est liée à la psychothérapie institutionnelle, principalement à Jean OURY  (né en 1924) et à Félix GUATTARI (1930-1992). Les enfants dont s'occupe Fernand OURY relèvent de l'éducation spécialisée et sa finalité est à la fois éducative et thérapeutique ;

- la seconde, animée par Raymond FONVIEILLE est d'inspiration psycho-sociologique et autogestionnaire et est liée aux travaux de sociologues comme Georges LAPASSADE (1924-2008), René LOURAU (1933-2000) et Michel LOBROT (né en 1924). Les élèves sont issus principalement de milieux sociaux défavorisés et sont en situation d'échec scolaire massif. La prise en compte de la dimension psychothérapeutique est moindre et l'accent est plutôt mis sur la dimension socio-politique et l'analyse de cette dimension dans le cadre de la classe. Le mouvement est animé d'une volonté de transformation sociale par la mise en place de fonctionnements autogérés. 

Si le premier courant s'insère et veut s'insérer dans le tissu scolaire global, le deuxième s'inscrit plutôt dans une démarche alternative, avec la création d'écoles libres.

      Pour être tout à fait objectif, il n'existe que très peu d'études sur l'efficacité de l'enseignement prodigué grâce à cette pédagogie. D'ailleurs, les auteurs des différents ouvrages combattent et l'esprit et les méthodes d'évaluation généralement utilisés dans le système scolaire. 

 

      Ceci pour introduire trois grands ouvrages clés pour comprendre comment la pédagogie institutionnelle peut entre autres intervenir de manière efficace dans les micro-conflits qui agitent les établissements scolaires. 

 

            Vers une pédagogie institutionnelle, d'Aïda VASQUEZ et de Fernand OURY, préfacé d'ailleurs de manière assez longue par Françoise DOLTO, se compose de quatre parties qui font vraiment le tour de la problématique : Un milieu inhabituel (les activités, l'organisation, une institution : le conseil de coopérative, l'atomium), Où l'évolution des enfants peut s'expliquer (avec des témoignages d'enfants), D'où viennent cette pédagogie et ces hypothèses (situation des classes dans l'école primaire publique d'aujourd'hui, apport de la pédagogie nouvelle, apport de FREINET, apport américain - de John DEWEY à l'école de Winnerka, apport soviétique, apport des mouvements de jeunesse française (Eclaireurs de France, Centre d'Entrainement aux Méthodes d'Education Active, Auberges de jeunesse et pédagogie libertaire, apports des sciences humaines), Applications possibles... Un véritable plaidoyer (de 1966) pour cette pédagogie clos le livre.

 

               Deux gros volumes, De la classe coopérative à la pédagogie institutionnelle, des mêmes auteurs, préfacé par Jean OURY, rassemble des textes de nombreux acteurs de cette pédagogie et est émaillé de témoignages d'enfants, tant il s'agit de donner aussi la parole aux élèves. Le Volume 1 est partagé en trois parties, Mémoires d'un âne, Charlie et les techniques Freinet, De quelques institutions dans la classe coopérative. Le Volume 2 se compose d'une réflexion de fond sur la sociométrie à l'école, de témoignages de 7 enfants et d'un texte plaidoyer : Vers une pédagogie du XXème siècle. 

L'éditeur présente ainsi ces deux volumes : "Depuis longtemps, des expériences sont menées, des techniques sont mises au point ; dans des classes devenues groupes coopératifs, tous ont la parole, non seulement pour s'exprimer mais pour décider. Tentatives inconsidérées, vouées à l'impasse et à l'oubli : par sa structure même, l'Institution "ignore" ce qui vient d'en bas. Dans De la classe coopérative à la pédagogie institutionnelle, des praticiens décrivent leur réalité quotidienne et, ensemble, tente de l'analyser, utilisant ce qui, ailleurs, a été fait. Freinet, Makarenko, Lewin, Moreno, Freud, Lacan sont mis à contribution. Dans ces classes insolites que se passe-t-il? Qu'est-ce qui fait évoluer les enfants et les maîtres? Un milieu éducatif, qu'est-ce que c'est? D'une pratique analysée, de concepts mis à l'épreuve aussi, une théorie pourrait naître. Second pas vers une pédagogie institutionnelle, ce livre est, bien sûr, une production de petits groupes. Des praticiens inadaptés à l'école urbaine se retrouvent et travaillent. Parmi les auteurs, Fernand Oury, instituteur spécialisé (classe "traditionnelle", classe Freinet isolée, puis "perfectionnement" dans les écoles de banlieue) forme des maîtres d'école ; Aïda Vasquez, psychothérapeute d'enfants, docteur en psychologie, travaille en milieu psychiatrique institutionnel et en dispensaire. Si elle peut parler avec des instituteurs, c'est qu'elle est allée imprimer dans des classes, travailler avec les enfants. C'est à d'autres travailleurs, à ceux qui font ou tente de faire que ce travail est offert. les auteurs ne veulent pas apporter leur solution à leurs problèmes, mais des outils qui peuvent servir."

 

                 Apprendre avec les pédagogies coopératives, Démarches et outils pour l'école, beaucoup plus récent, de Sylvain CONNAC, est beaucoup plus centré sur la pédagogie issue de l'école nouvelle et des méthodes actives. Selon l'auteur, "il faut expliquer que la pédagogie coopérative est en phase avec les connaissances dont nous disposons aujourd'hui sur les apprentissages, le développement de la personne et le fonctionnement des groupes. Il faut rappeler que c'est aussi un projet porteur des valeurs de solidarité et de liberté." Ce livre somme constitue un véritable manuel de pédagogie pour l'école primaire.

 

        Fernand OURY (1920-1998), instituteur de banlieue, fondateur avec  Aïda VASQUEZ de la pédagogie institutionnelle (en France) est également l'auteur d'autres ouvrages : Chronique de l'école caserne (avec Jacques PAIN, Maspéro, 1972) ; Pédagogie institutionnelle. Mise en place et pratique des institutions dans la classe (avec Françoise THÉBAUDIN (Matrice, 1995)... Signalons un DVD : Un homme est passé (l'école avec Françoise DOLTO, volume 3), film de Fabienne d'ORTOLI et Michel AMRAM (Editions Frémeaux et Associés, 2010).

              Aïda VASQUEZ, psychologue, est également l'auteur de SOS Psychanalyste! : des consultations sur les ondes/Docteur X (Fleurus, 1976).

 

        Sylvain CONNAC, Apprendre avec les pédagogies coopératives, Démarche et outils pour l'école, Esf et Café Pédagogique, 2009 (on trouvera d'intéressantes informations sur le site http://classes-cooperatives.icem34.fr).

         Aïda VASQUEZ et Fernand OURY, Vers une pédagogie institutionnelle, François Maspéro, collection Textes à l'appui/pédagogie, 1973, 290 pages ; De la classe coopérative à la pédagogie institutionnelle, Volumes 1 et 2, François Maspéro, Textes à l'appui/pédagogie, 1974, 778 pages.

 

Complété le 26 novembre 2012

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5 octobre 2010 2 05 /10 /octobre /2010 14:19

                        Les différentes approches biologiques de l'agressivité ne sont plus aujourd'hui considérées comme des approches réellement explicatives de ce qui se passe dans la réalité, notamment parce qu'elles, du moins au début, donnaient une part excessives aux phénomènes internes à l'être humain par rapport à ses relations avec d'autres êtres vivants, mais sans doute surtout parce que la base expérimentale de ces approches était trop étroite (expériences sur des animaux, oiseaux et poissons en particulier, même si des primates sont aussi utilisés, expériences en laboratoire qui restreint la richesse de l'environnement...). L'ensemble des scientifiques, des psychologues notamment, qui étudient le comportement humain préfère de loin une approche combinatoire des phénomènes internes et des phénomènes relationnels, une approche complexe où les facteurs biologiques ne constituent que les supports de ces comportements, et non les déterminants. Et ce malgré la vogue encore actuelle des études en neurobiologie et une certaine popularité de la sociobiologie

 

              Les approches théoriques biologiques du comportement agressif mettent, surtout au début, l'accent sur l'agression en tant que modalité génétiquement déterminée du comportement des organismes, ayant pour fonction de préserver l'espèce contre les changements survenant dans son milieu. (Farzaneh PAHLAVAN). En fait, la définition du comportement agressif est trop complexe et ne permet guère de donner une réponse sans équivoque à la question du déterminisme biologique. Les conduites agressives, même dans une seul espèce d'animaux, sont loin de former une unité comportementale ou biologique permettant de renvoyer à un déterminisme génétique simple.

 

                   Konrad LORENZ (1903-1989) propose de considérer l'agression comme étant d'origine interne spontanée, résultant d'une pulsion interne, souvent tenue pour innée, et qui se manifeste par la réaction agressive. La spontanéité du comportement agressif serait due à une accumulation d'énergie dans le système nerveux, reprenant en cela une certaine interprétation des analogies de Sigmund FREUD. D'où la nécessité de mécanismes de décharge que l'organisme trouverait dans certaines réactions spécifiques (actes instinctifs). Une fois que cette énergie est consommée dans l'accomplissement de l'acte instinctif, le comportement cesse. Mais même en l'absence de cible, le besoin de décharger est tel que l'organisme effectuerait cet acte. L'expression de l'agression serait alors suivie d'une diminution catharsique de l'énergie et un nouveau cycle recommencerait. "Ici, le comportement agressif est une notion unitaire et unidimensionnelle, dont l'unité se fonde sur un instinct spécifique", l'instinct agressif. (Farzaneth PAHLAVAN). Pour Irenäus EIBL-EIBESFLEDT (né en 1928), élève de Konrad LORENZ, l'organisation de certaines conduites, dont les agressions, est déterminée par un processus de maturation guidé par des caractères innés.

     Walter Dill Scott (1869-1955) soutient plutôt l'hypothèse selon laquelle l'agression est essentiellement la réponse à la réception d'un stimulus externe. 

     Farzaneth PAHLAVAN résume les observations qui auraient permis de démontrer ce type de processus chez les animaux, leur application aux agressions chez l'être humain semblant être sans portée scientifique : "Récemment, certains spécialistes du comportement animal ont proposé de faire ce type d'analogie avec des animaux génétiquement proches de l'homme, en particulier les grands singes. Les études portant sur ces derniers révèlent que leurs compétences sociales dépendent étroitement du développement de leur capacité à utiliser des stratégies agressives adaptées. Par ailleurs, ces études soulignent que l'acquisition de compétences sociales exige aussi l'apprentissage d'inhibitions. Un jeune mâle doit, par exemple, savoir inhiber l'expression de son agression lorsqu'il se trouve devant un mâle puissant, mais l'exprimer lorsqu'il est autrement menacé. Les signes élevés seuls et isolés ou uniquement en contact avec des pairs, mais sans les adultes, n'acquièrent pas la capacité d'exprimer des agressions. Par conséquent, ils sont socialement rejetés et incapables de créer le réseau social nécessaire à l'obtention d'un rang social satisfaisant dans le système hiérarchique du groupe. Le même rejet social par des pairs a été observé pour des enfants agressifs ou victimes d'agressions. L'interaction entre les facteurs génétiques et les variables de l'environnement permet par ailleurs de présager l'acquisition de certaines compétences sociales." J W RENFREW (Agression and its causes : A biopsychological approach, Oxford University Press, 1997)  avance avec d'autres ce genre d'arguements fondés sur l'interactionnisme bio-psychologique.

 

          D'autres auteurs, comme Kenneth MOYER, conçoivent les agressions comme des réactions essentiellement effectrices, liées à l'économie adaptative de l'espèce, et issues d'un processus d'adaptation de sélection naturelle. Concevoir les conduites agressives comme des modalités comportementales spécifiques résultant d'un processus d'adaptation amène à distinguer différents types de conduite, en fonction de la nature de la situation dans laquelle elle se produit : agression prédatrice, agression défensive, agression maternelle... Pour les tenants de cette position, les conduites agressives ne renvoient pas nécessairement à une conception unitaire.

 

               Edward O WILSON (né en 1929)  propose une conception théorique globale, d'inspiration darwinienne, mais seulement d'inspiration..., qui a pris une grande importance dans l'explication des conduites agressives. Le fondateur de la sociobiologie se réclame des courants théoriques qui soutiennent que les génotypes déterminent de façon assez directe et étroite les comportements. Il existe un mécanisme inné dans tout organisme qui essaie d'assurer le maintien et la survie de son génotype. Ce besoin fondamental entraînerait une sélection de comportements permettant la survie de ce génotype, y compris les comportements de favoritisme au bénéfice des individus porteurs d'un génotype proche ou identique. On reconnaît parfois la trame de la réflexion de Konrad LORENZ dans l'explication des comportements agressifs et amicaux... 

 

             R B et B D CAIRNS (Par exemple dans Social networks and agressive behavior : Peer support or peer rejection, avec H J NECKERMAN, S D GEST et J L GARIEPY, Developmental Pyschology, n°24, 1988) insistent sur l'importance du rôle des facteurs biologiques dans le développement des individus, y compris dans le développement des comportements agressifs :

- la capacité d'agression est propre à l'homme ;

- la différence due à l'âge et au sexe, dans le comportement agressif se produit pendant la période de la puberté ;

- durant cette période, l'agression physique joue un rôle moins important pour les femmes que pour les hommes ;

- de l'adolescence et au début de l'âge adulte, les manoeuvres indirectes pour contrôler les relations interpersonnelles sont utilisées plus par les filles que par les garçons. 

Ils concluent qu'une théorie viable concernant le développement du comportement social doit tenir compte de l'impact de tous les processus jouant un rôle dans le développement de l'individu, et doit dire de quelle façon ils interviennent dans les différentes périodes de son évolution pour former des structures comportementales stables. Sans doute ces auteurs s'aventurent-ils quand ils veulent préciser cette théorie. Ainsi selon eux, la jalousie sexuelle est le mobile le plus important dans les meurtres violents commis par les hommes jeunes. Partant de cette constatation, vérifiée par de nombreuses études criminologiques, ils pensent qu'au cours de l'évolution de l'espèce humaine, la jalousie serait née du renforcement par la sélection naturelle de la tendance psychologique du mâle à rechercher puis à assurer sa paternité auprès de la progéniture des femelles avec lesquelles il a eu des rapports sexuels. La survie de son génotype est à ce prix...

 

              Comme l'explique Farzaneth PHALAVAN, ces arguments fondés sur la biologie évolutionniste sont ignorés par les psychosociologues, qui refusent de qualifier le comportement agressif de "naturel". Ce qui les renforcent dans cette attitude, ce sont les études comparatives du système nerveux central d'animaux de différentes espèces, en particulier de l'homme, qui mettent en évidence le développement progressif de structures nerveuses dont la fonction est d'augmenter la maîtrise exercée par les centre de commande cognitive sur les activités liées aux émotions (ANDY et STEPHAN, 1974 ;  J PANKCEPP, notamment dans Emotions as natural kinds within the mammalian brain, dans Handbooks of emotions, The Guilford Press, coordonnés par LEWIS & JM HAVILAND-JONES, 2000). 

     C'est sur précisément la présence de ces structures cérébrales que se fonde l'approche d'Henri LABORIT, pour proposer un modèle biologique, physiologique et psycho-sociologique des comportements agressifs.

Le surdéveloppement de l'importance de l'apprentissage dans l'espèce humaine amène à concevoir l'ensemble des processus biologiques dans une autre perspective tout autre qui serait tirée de l'étude des autres espèces, même de primates. Même les théories mécanicistes du comportement agressif, sur lesquels nous reviendrons plus tard, regroupées sous le terme de théorie de la frustration n'intègrent pas suffisamment cet aspect. 

 

     Farzaneh PAHLAVAN, Les conduites agressives, Armand Colin, collection Cursus, 2002.

 

                                                                                                                                                                 ETHUS

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2 octobre 2010 6 02 /10 /octobre /2010 15:34

            La compréhension de l'effet des drogues sur l'organisme, des mécanismes de dépendance, des addictions... est encore rendue difficile par deux phénomènes qui se rapportent à l'histoire des sciences, et plus précisément sans doute à l'histoire de la médecine : la confusion d'approches moralisatrices et des approches cognitives, les unes interagissant sur les autres par le jeu des préoccupations sociétales et des financements préférentiels et une certaine opacité persistante dans la circulation des informations scientifiques, soit par le jeu direct des conflits entre acteurs de la recherche, soit par la compétition entre laboratoires de recherches, elles-mêmes mues par des objectifs plus économiques que purement scientifiques. Malgré ces deux types d'obstacles, le nombre d'études, dans le cadre notamment de conflits entre acteurs prônant la pénalisation et la prohibition et acteurs qui les combattent (pour des raisons très diverses), ce qui entraîne d'ailleurs de nombreux risques d'instrumentalisation de résultats d'expérience, s'accroît. Jamais la littérature grise (documents de travail, brochures, rapports...) n'a paru aussi importante, si l'on en juge leur circulation de plus en plus importante sur Internet par exemple, sur tous les phénomènes biologiques et psychologiques liés aux diverses substances communément reconnues comme drogues (illicites ou licites)  et sur d'autres d'ailleurs moins communément reconnues comme telles (alcool, tabac...). Les études sur les phénomènes de dépendance notamment s'accumulent, directement reliées à une demande sociale forte.

Pour s'en tenir seulement au niveau de la biologie, quels sont aujourd'hui les approches qui permettent de se faire une idée précise sur l'activité de toutes ces substances ? Un aspect qui revient constamment dans beaucoup d'études concerne l'homéostasie.

 

         Au coeur de la problématique se trouve en fait toute la biologie du plaisir et de la douleur. Jean-Didier VINCENT tente de définir les contours de ces deux sensations/sentiments : "Concept obscur, sentiment lumineux, le plaisir doit être conçu à la fois comme état et acte, un affect qui ne peut être dissocié du comportement qui lui a donné naissance. Récompense pour l'individu, il est le moteur de son apprentissage et de l'évolution des espèces. l'homme seul dit son plaisir : mais à observer l'animal en action, nous concluons parfois qu'il y prend du plaisir. Modalité de l'état central, le plaisir est plus facile à vivre qu'à définir." "La douleur a la particularité d'être à la fois affection et sensation. A ce titre, on décrit des récepteurs, des nerfs et des voies dans le système central spécifiques de la sensation douloureuse. ces voies nerveuses qui montent dans les étages successifs de la moelle épinière et du cerveau mettent en place à chaque niveau leurs propres systèmes inhibiteurs." 

  Alexander BAIN (1818-1903) et Herbert SPENCER (1820-1903) donnent un rôle clé au plaisir dans l'adaptation face à la sélection naturelle. "Des décharges spontanées d'énergie nerveuse provoquent des activités musculaires diffuses : les mouvements qui s'accompagnent de plaisir sont sélectivement renforcées, ceux qui provoquent du déplaisir s'affaiblissent et disparaissent. Ce choix favorise l'adaptation de l'espèce : ce qui est bon pour elle entraîne du plaisir, et ce qui est mauvais, du déplaisir. (...) Même l'école béhavioriste, préoccupée d'apprentissage plutôt que d'évolution, ne pense pas autrement lorsque, par la loi de l'effet, elle établit qu'une réponse comportementale n'est conservée que si elle est suivie d'une récompense : or il n'est d'autre récompense que le plaisir qui en résulte. (...)  Quelles que soient les théories proposées pour expliquer la formation des assemblées neuronales qui sous-tendent les comportements, on peut dire que le plaisir est au coeur des processus d'association."

La quantification du plaisir est tentée par des méthodes physiophysiques, afin de déterminer les zones de cerveau impliquées par les excitations de plaisir, ainsi que les voies du système nerveux central et du système nerveux périphérique par lesquelles transitent les influx en feedback (tests effectués surtout sur des rats). En 1954, par exemple, James OLDS (1922-1976) et Brenda MILNER (née en 1918) décrivent le phénomène d'autostimulation et les structures nerveuses qui s'y rapportent et José DEGALDO (né en 1915) montre que des stimulations électriques appliquées dans les régions médianes de l'hypothalamus provoquent la fuite de l'animal. De la même manière des tests permettent la recherche des neurohormones intervenant dans la genèse du plaisir : quels sont les neurotransmetteurs impliqués dans le phénomène d'autostimulation? Peuvent-ils être considérés comme les médiateurs chimiques du plaisir? Parmi les substances trouvées figurent les catécholamines (noradrénaline notamment), les peptides opiacés et le GABA. Jean-Didier VINCENT illustre l'aboutissement de ces différentes recherches par le cas du toxicomane.

Le modèle de Neal MILLER (1909-2002), inspiré des conceptions de Louis LEWIN (1850-1929) postule que tous les comportements - dimensions cognitives comprises, s'inscrivent dans un champ de forces opposées : approche-plaisir, lié à l'hypothalamus latéral, et évitement-aversion, lié aux structures médianes. Walter Rudolf HESS (1881-1973) établit une classification des effets de la stimulation électrique de l'intérieur du cerveau : les points de stimulation se répartissent en deux systèmes selon la nature des réponses. Le système throphotrope, qui correspond à l'hypothalamus latéral et antérieur, soutiendrait l'activation du système nerveux parasympathique : chute de la pression artérielle, ralentissement du pouls et de la respiration, salivation, fermeture des pupilles, digestion, défécation, érection et sommeil ; fonction qui concourent, dans l'ensemble, au repos, à l'assimilation et à la reproduction. Le système ergotrope, au contraire, qui correspond aux structures médianes et postérieures, serait responsable de l'activation orthosympathique : accélération du pouls et de la respiration, hypertension, dilatation des pupilles, horripilation, éveil, alerte, peur et colère ; fonction de dépense, de destruction et d'attaque. "Autrement dit, commente Jean-Didier VINCENT, un boudha trophotrope et un démon ergotrope cohabiteraient au centre du cerveau. Reconnaissons que HESS se garde bien de tout manichéisme physiologique. le bien et le mal n'ont pas de localisation cérébrale. Une telle idée est une fantaisie dangereuse qui hante pourtant certains esprits (le cinéma fantastique en fait un usage extensif, dirions-nous...). Nous laisserons également de côté le couple Eros et Thanatos, non pour contester les vertus théoriques - malgré les mises en garde de FREUD (...), mais pour ne pas succomber aux délices analogiques (...). Finalement le plaisir n'est rien sans le déplaisir (...)"

Ce plaisir et ce déplaisir ont une dimension extracorporelle, les objets de plaisir et de dégoût, une dimension corporelle, représentée par le fonctionnement des organes et la composition du milieu intérieur et une dimension temporelle où trône le rôle de l'apprentissage dans l'acquisition du stock individuel de représentations d'objets de plaisir. Ces trois dimensions sont bien illustrées par l'expérience du toxicomane : acquisition de l'expérience du plaisir par l'intermédiaire d'une substance extérieure qui active d'anciennes représentations excitatives, accoutumance à la drogue qui se traduit par une diminution progressive de ses effets et qui oblige à augmenter les doses. Les différentes substances possèdent soit des effets atténuateurs de la douleur, soit des effets activateurs du plaisir. 

L'étude précise des récepteurs de la douleur, du fonctionnement de leur activation, acheminement des sensations par la moelle épinière, aboutissement au thalamus et au tronc cérébral, transmission au cortex qui effectue la représentation finale. La découverte des morphines endogènes entre 1968 et 1972, l'extraction par HUGUES et KOSTERLITZ en 1974 d'un facteur pouvant se fixer sur les récepteurs de la morphine (enképhaline)... permettent de mieux comprendre l'action des drogues sur la douleur.

 

            Parmi les très nombreuses études sur l'action des différentes drogues, sans entrer dans des détails qui n'ont pas leur place dans ce blog (il vaut mieux se reporter aux ouvrages de médecine et de biologie), prenons-en seulement deux, celle sur le rôle des psychostimulants sur l'axe du stress et une étude sur l'addiction (dépendance) aux drogues.

    Catherine RIVIER, dans Rôle des psychostimulants sur l'axe du stress, de 1999, expose le fait que "la santé des mammifères dépend de leur capacité de maintenir et/ou de restaurer l'homéostasie quand ils sont soumis à des menaces pour la cohérence du "milieu intérieur". L'organisation de la réponse à ces menaces de l'homéostasie (les "stresseurs") est constituée d'un stimulus d'entrée, d'un système de calcul central et d'une réponse de sortie. L'un des principaux systèmes responsables de la restauration de l'homéostasie est le système Hypothalamo-Pituito-Adrénalien (HPA) qui, en réponse à des stress, orchestre la production du CRF Cortico-Releasing Factor) et de la vasopressine (VP) à partir des noyaux paraventriculaires de l'hypothalamus, de l'ACTH (Adreno Cortico Trophic Hormone) à partir de l'hypophyse et des corticoïdes à partir des surrénales. L'exposition à des drogues telles que l'alcool représente un enjeu homéostatique et comme attendu, elle stimule l'axe HPA chez les animaux de laboratoire et les êtres humains. (...) Nous illustrons d'abord l'activation de l'axe HPA par une injection aiguë d'alcool, traduite par une augmentation dans le plasma des niveaux d'ACTH (une réponse qui dépend de la présence de CRF et de VP endogènes) et la régulation supérieure de la réponse neuronale PVN (qui implique le CRF, les récepteurs CRF et les corps cellulaires VP). Nous décrivons ensuite  nos recherches récentes concernant l'effet à long terme de l'alcool. Ce paradigme consiste en l'exposition de rats à 3 injections quotidiennes consécutives d'alcool ou à un autre stress, ensuite l'étude de la réponse de l'axe HPA à une injection aiguë d'alcool administrée 3 à 12 jours plus tard. Au-delà, nous démontrons que tandis qu'une exposition initiale à l'alcool stimule significativement l'axe HPA en termes d'activités PVN (CRF) et de sécrétion d'ACTH, des réponses endocrines consécutives à des traitements additionnels médicamentaux sont significativement altérées. Nous proposons que si ce phénomène de tolérance sélective se retrouve chez l'humain, il peut jouer un rôle dans les comportements de recherche de drogue parce que certains individus peuvent essayer de restaurer la réponse de leur axe HPA initial en consommant des doses croissantes d'alcool." (Dr Jean-Michel THURIN).

    Florence NOBLE présente, en 2009, des données récentes sur l'addiction aux drogues. "Elle a posé le problème en termes de maladie chronique et récidivante du système nerveux central. En situation physiologique basale, dans la mesure où l'activité du système nerveux central est globalement régulé par des molécules excitatrices et inhibitrices, l'équilibre très fin qui existe entre ces deux grands groupes de neuro-transmetteurs et de neuropeptides permet de maintenir l'homéostasie du cerveau. Mais une prise de drogue va fortement déséquilibrer cette balance, et la répétition de cette prise de drogues va entraîner une réaction d'adaptation pour tenter de rétablir un nouvel équilibre : la prise chronique de drogues perturbe cette homéostasie, et de nombreuses réactions d'adaptation de l'activité du système nerveux se mettent en place, à l'origine de cette maladie chronique. Ces mécanismes se prolongent dans le temps : il faut donc traiter cette maladie par une pharmacologie adaptée pour aider le toxicomane à vaincre cette abstinence. L'usage de traitements de substitution chez des personnes dépendantes aux opiacés a montré son utilité au cours des années passées : ces traitements ont pour finalité de conduire le malade dépendant à une réduction de la consommation de drogues opiacées. On utilise pour les cures de sevrage des agonistes opioîdes comme la buprénorphine ou la méthadone qu'il faut utiliser avec précaution, car ces molécules, utilisées pour les traitements de substitution, présentent de propriétés pharmacodynamiques et pharmococinétiques particulières. Les progrès dans de nombreux domaines, neuro-imagerie, biologie moléculaire, modèles animaux, ont permis, ces dernières années, de mieux comprendre les mécanismes neubiologiques et neurochimiques des addictions."

 

         La recherche du plaisir et la fuite devant la douleur constituent les motivations de consommation des drogues. La recherche de solutions à un malaise existentiel ou tout simplement la recherche de nouvelles sensations modifient l'homéostasie générale du corps (ou les différentes homéostasies en relations dans le corps), d'abord de manière ponctuelle, avec un rétablissement plus ou moins rapide, puis au fur et à mesure des nouvelles absorptions, de manière constante, alors même que les sensations éprouvées s'amoindrissent dans le temps. C'est un véritable piège dans lequel l'organisme est plongé, dans un assouvissement de plus en plus difficile en parallèle avec des déséquilibres de plus en plus profonds et prolongés. Tant que l'usage d'une drogue quelconque s'effectue dans un contexte plus ou moins ritualisé, dans le cadre d'une activité collective quelconque, il est possible d'effectuer un contrôle qui s'appuie sur une connaissance et une expérience de ses effets. Mais à partir du moment où sa prise s'effectue individuellement et même en secret, dans un climat de réprobation sociale, il n'existe que très peu de possibilités de rétablir, par un moyen ou par un autre, sauf dans de nouvelles douleurs, l'homéostasie rompue.

 

    Jean-Didier VINCENT, biologie des passions, Odile Jacob, collection Points, 1986 ; Bernard CALVINO, Editorial de présentation des travaux du Congrès de Strasbourg de novembre 2008 de la Société française d'étude et de traitement de la douleur, Springer Verlag France, 2009 ; Jean-Michel THURIN, présentation du travail de Catherine RIVIER, Rôle des psychostimulants sur l'axe du stress, 2000.

   A noter que Jean-Didier VINCENT indique dans son livre qu'on trouve une documentation sur la biologie de la toxicomanie dans les livres de C KONETSKY et G BAIN (Effects of Opiates on Rewarding Brain Stimulation, Smith and Lane,  ; The neurobiology of Opiate Reward Porcess, Elsevier Biomedical Press, 1983). L'article de R SOLOMON, complète t-il, sur le coût du plaisir et le bénéfice de la douleur, illustre bien le caractère des processus opposants à l'oeuvre chez le toxicomane : R.L. SOLOMON, The Opponent-Porocess Theory of Acquired Motivation : the Costs of Pleasure and the Benefits of Pain, dans la revue American Psychology, n°35, 1980.

 

                                                                                                            ETHUS

 

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