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9 mai 2016 1 09 /05 /mai /2016 07:42

        Les lance-roquettes, dont les bazookas, peuvent être considérés comme armes d'appoint ou armes collectives suivant leur calibre, l'organisation et le poids du tube de lancement. Les projectiles sont du type autopropulsé, contenant leur propre dispositif de propulsion. La tête active est une charge creuse, montée sur un corps cylindrique creux contenant la charge propulsive et terminé à l'arrière par une tuyère centrale et un empennage de stabilisation. La vitesse initiale et, par conséquant, la portée utile de ces projectiles sont limitées par le fait que leur précision n'est acceptable que si la combustion de la charge propulsive est terminée avant qu'ils ne quittent leur tube de lancement, ce qui est loin d'être toujours le cas. Mais actuellement, dans le cadre du combat antichar, le principal problème concernant ces systèmes d'arme réside encore dans leur signature au départ du coup, c'est-à-dire dans les énormes flammes et quantité de gaz dégagées par la roquette. Cet aspect de leur mise en oeuvre condamne pratiquement leur emploi pour le combat en zone urbaine et plus particulièrement le tir de ces armes en enceinte close.

A cet effet, l'Allemagne a étudié un système évitant ces inconvénients ; il s'agit de l'Armbrust (arbalète) qui est un système portable (coup complet 6 kg) et jetable. Tiré à l'épaule, la portée maximale pratique du projectile serait de l'ordre de 300 mètres. La charge creuse d'un calibre de 60 mm a une capacité de perforation de l'ordre de 300 mm d'acier à blindage.

D'un autre côté, le système français, le lance-roquette antichar (LRAC) de 89 modèle F1 représente la tendance la plus courante. Il est composé de deux fardeaux dont l'un est jetable après le tir. Le tube lanceur pèse environ 5,5 kg et la munition avec son conteneur qui s'adapte au bout du tube environ 3 kg. D'une portée voisine de 400 mètres, le projectile a un calibre de 89 mm, ce qui lui confère un pouvoir de perforation d'au moins 400 mm. Cette arme est remplacée par l'antichar à courte portée (ACCP) qui a une capacité de performation supérieure à 600 mm et une portée utile voisine de 600 mètres lorsque le lanceur est monté sur un petit poste de tir.

   Les roquettes font partie de la panoplie des armes antichars (mais ont des usages plus larges), avec le canon sans recul et les missile. Elles désignent les projectiles autopropulsés mais non guidés (à l'inverse des missiles).

Elles peuvent être utilisées, avec des appareillages à chaque fois différent contre des formations de bombardiers (avec chronométrage, air-air, à partir d'avion ou sol-air, à partir d'un lance-roquette à terre), ou contre des chars (sol-sol ou air-sol, à partir d'avion). Les bombardiers peuvent, dans les airs, ne pas constituer les seules cibles : avions de tout genre peuvent être visés, qu'ils soient de combat ou de transport de troupes... Non seulement, le multi-usage est la règle mais leur conception est relativement ancienne : les premières roquables sont utilisées probablement en Chine aux alentours du XIIe siècle contre les invasions barbares ; en Europe l'Allemand Conrad HAAS conçoit et lance une roquette à plusieurs étages en 1529 en Roumanie...

   Elles sont lancées par des... lance-roquettes de poids, de calibres variables, surtout à usage anti-char, mais il n'est pas interdit de viser un hélicoptère ennemi par exemple, par des fantassins. Un fantassin supporte généralement la lance-roquette à l'épaule, généralement à genou à terre pour l'appui. Lorsqu'il tire avec un lance-roquette, il doit s'assurer que derrière lui aucun soldat "frère" ne s'y trouve, notamment les servants qui l'accompagnent, munis de roquettes de rechange... car au tir, les gaz de moteur fusée sont éjectés à l'arrière. Cette zone de dégagement n'est pas toujours... dégagée et dans le feu de l'action les tirs fraticides ne sont pas rares... Le servant doit aussi faire attention aux projections de poudre lors du lancement.  L'existence de cette zone très dangereuse interdit l'utilisation de la roquette en zone non dégagée comme un bâtiment par exemple... Les lance roquettes sont dotées dans les armées modernes d'organes de visée optique ou électonique...

Parmi ces lance-roquettes figure le populaire bazooka très utilisé pendant la seconde guerre mondiale d'abord par les forces américaines. C'est une des premières armes anti-char destinées à être utilisées par un fantassin. A faible coût de production, de conception simple et fabriquable rapidement, de poids réduit, le bazooka est aussi facilement copiable et est copié en grande série, et d'abord par l'armée allemande qui en produit de plus gros formats

   

 

     De manière générale, les armes légères antichars utilisent exclusivement des projectiles équipés de charges creuses. Ces charges sont des charges explosives spécialement adaptées à la perforation de plaques de blindage épaisses. Leurs effets secondairs sont pratiquement nuls. L'ogive et le système d'amorçage sont organisés pour que la partie avant de la charge, creusée en forme de cône et garnie d'un revêtement métallique spécial, se trouve au moment de l'explosion à une distance bien déterminée de la plaque (distance d'attaque). Le revêtement est alors projeté à très grande vitesse, de l'ordre de 8 000 à 9 000 mètres à la seconde, suivant l'axe de la charge, sous forme d'un dard porté à très haute température. La profondeur de pénétration est évidemment fonction du poids de la charge, mais surtout de son diamètre. Le trou de sortie est d'un diamètre beaucoup plus faible que celui de la charge. 

Les projectiles d'armes légères percent au moins 300 mm de blindage homogène. Les charges creuses perdant rapidement leur efficacité à partir d'une certaine vitesse de rotation, les projectiles qui en sont équipés ne peuvent pas être stabilisés par effet gyroscopique. Il serait exagéré de dore que la perforation de la caisse d'un véhicule blindé par une charge creuse d'une arme légère entraîne automatiquement sa destruction, mais il est à peu près certain que les produits projetés à l'intérieur du char, en provoquant un début d'incendie, contraignent l'équipage à une évacuation plus ou moins temporaire.

Les armes antichars étant destinées à la destruction d'objectifs mobiles ne peuvent être que ds armes à tir tendu. L'efficacité des charges creuses ne variant pratiquement pas en fonction de la vitesse d'impact, la portée utile de ces armes est limitée par leur précision et leur vitesse initiale. Il est couramment admis dans ce domaine de prendre, comme portée utile de combat sur véhicule en mouvement, celle qui correspond à une durée de trajet de 1,2 secondes. Compte tenu du poids relativement élevé des charges nécessaires, il est pratiquement impossible d'obtenir par effet canon des portées utiles supérieures à 50 mètres. Les armes antichars sont donc pour la plupart du type roquette, ou sans recul. Dans les deux cas, le recul de l'arme est nul ou faible, mais les projections de gaz vers l'arrière sont très importantes. Ces armes présentent donc deux inconvénients : elles manquent de discrétion, car le panache des fumées d'échappement est visible, et elles exigent un espace plus ou moins grand, libre de tout obstacle et bien entendu de tout combattant à l'arrière du tube de lancement. A noter que dans l'excitation et dans le feu du combat, des "accidents" peuvent facilement se produire, surtout si les servants se déplacent ensemble sur des véhicules groupés différents...

Il existe aussi des grenades à fusil antichars qui nécessitent l'emploi d'un fusil spécialement équipé pour ce genre de tir. (François AMBROSI)

 

   

      Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les missiles prennent une place de plus en plus importante dans les arsenaux de la plupart des armées. Ils sont utilisés à des fins soit stratégiques, pour atteindre des objectifs au coeur du territoire adverse,souvent situés à des milliers de kilomètres de leur point de lancement, soit tactiques, pour des combats se déroulant sur le champ de bataille où les cibles ne sont distantes que de quelques centaines de mètre à quelques dizaines de kilomètres. Le champ de bataille est aussi le théâtre d'opération des roquettes. 

Si missiles et roquettes, tous deux des fusées, sont également propulsés par des motreurs à réaction, ils se différencient surtout par la présence ou non d'un système de guidage. Un missile est guidé par un dispositif interne ou externe, alors qu'une roquette ne l'est pas. La probabilité d'atteinte de la cible par une roquette est donc plus faible que par un missile. Pour cette raison, les rayons d'action (portée) des roquettes restent faibles (quelques centaines de mètres) par rapport aux missiles. (Jacques VILLAIN).

  Un missile est donc un projectile autopropulsé et guidé constitué :

- d'un propulseur, moteur-fusée, réacteur (généralement statoréacteur), voire les deux (une fusée donnant l'impulsion de départ, avant d'être relayées par un statoréacteur ;

- d'un système de guidage externe (téléguidage) ou indépendant (autoguidage) ;

- d'une charge utile, charge militaire (explosive, incendiaire, chimique, biologique...), système électronique (drone de reconnaissance, missile scientifique ou expérimental) voire un simple poids pour équilibrer l'engin (missile cible) ou masse inerte (missile de propagande transportant des tracts). 

Le missile se déplaçant sous l'eau est appelé torpille.

 Il existe autant de variantes de missiles que de lieux d'envoi et de types de cibles (air, mer, terre), avec à chaque fois des variantes dans les équipements de leur environnement.

Des classifications existent mais l'imagination des techniciens et ingénieurs militaires est sans limite... On les distingue en fonction de leur lieu d'envoi/destination, de leur portée (très courte de quelques kilomètres, courte de quelques dizaines de kilomètres, longue jusqu'à une centaine de kilomètres), voire dans le cas de missiles porteurs de têtes nucléaires, tactique et stratégique,  ou en fonction de leur type de vol, balistique ou de croisière, ou encore en fonction de leur système de guidage.

  On consultera avec profit l'ouvrage de Guillaume BELAN et de Patrick MERCILLON, La saga des missiles européens (1945-2005), paru en 2005 aux Editions TTU-Certes. Régulièrement des revues spécialisées se font l'écho des améliorations technologiques.

  Sa conception est également très ancienne car des fusées récréatives ou de guerre sont signalées en chine dès le VIe siècle. A la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle, des fusées à têtes explosives ou incendiaires sont testées dans les armées européennes. Mais le perfectionnement des canons durant la seconde partie du XIXe siècle entraine leur abandon. 

Durant la première guerre mondiale, l'armée allemande construit un biplan armé de torpilles lancé depuis un zeppelin, l'essaie en avril 1917, mais ne la déploie pas. Il serait intéressé de faire une recherche historique sur le couple zépellin-missile : il serait une illustration a contrario, puisque le zépelin est abandonné, de la solidarité technologique de nombreux armements si bien illustrée dans le cas du missile porté par avion. 

  Les premiers missiles opérationnels de l'Histoire sont utilisés par le Troisième Reich durant la seconde guerre mondiale. Mis au point dès 1932, ils sont utilisés d'abord notamment contre l'Angleterre (V1 et V2) en 1942-1944, et leur technologie est prise en compte (matériels et personnels) par les Etats-Unis dans le domaine des fusées spatiales et des missiles à longue portée.

   Les missiles téléguidés sont actuellement les armes antichars les plus puissantes dont peut disposer le fantassin. Le système Milan, dont l'exportation est tant vantée par les fabricants français et allemands puisqu'il est vendu à plus de 150 000 exemplaires, ou missile d'infanterie léger anti-char, est très représentatif de cette génération d'armes, qui s'étend du TOW (Tube, Opticaly, Wire) américain au SAGGER des pays de l'Est. Le Milan est un engin autopropulsé, filoguidé, équipé d'une tête militaire extrêmement puissante (capacité de perforation supérieure à la cible OTAN "triple char lourd", très convoité et très apprécié de toutes les armées non étatiques et étatiques du monde entier. Le missile atteint sa portée utile maximale, 2 500 mètres, en 13 secondes. Le poids de la munition en ordre de tir est de 11 kilos et celui du poste de tir voisin de 17 kilos. Le poste de tir comprend le système de visée, l'ensemble de mise à feu, la télécommande avec le calculateur associé.

Pendant toute la durée du vol du missile, le tireur maintient la lunette de tir pointée sur la cible en cours d'évolution et le poste de tir transmet automatiquement au missile, qui est suivi grâce à son traceur infrarouge, les corrections de vol, élaborées par le calculateur du poste de tir, nécessaires pour le conduire au but.

    

 

François AMBROSI, Armes légères, dans Encylopédia Universalis, 2014. 

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7 mai 2016 6 07 /05 /mai /2016 14:00

  Loin d'être d'une conception moderne, le char n'est que la tentative de réalisation d'un vieux rêve militaire ; celui du retour du chevalier invincible, comme variante de l'arme absolue. Depuis que la chevalerie a disparu, faute de pouvoir conférer à la cuirasse du cavalier toute sa glorieuse puissance invincible (à cause d'ailleurs des armes de jet, qui soit conduisent à l'anéantissement du chevalier, soit à le transformer en défense statique figée). C'est principalement pour rompre la logique des tranchées et des retranchements, comme celui des rafales de balles ininterrompues, que pendant la première guerre mondiale, est mise en oeuvre un engin blindé armé capable de franchir en une vitesse raisonnable une certaine longueur de terrain, devant les fantassins qu'il protège, avant les manoeuvres de "déblaiements". 

   Pour comprendre l'invention des véhicules blindés, il faut revenir à la période préindustrielle de l'Europe, au cours du XVIIIe siècle, marqué en sa fin par de grandes inventions, comme la machine à vapeur de Watt, les ballons des frères Montgolfier, le télégraphe de Chappe, inventions à applications militaires (du moins sur le papier dans un premier temps) immédiates. Reposant sur le principe inventé par l'ingénieur français Nicolas Joseph Cugnot en 1770, les premiers véhicules automobiles performants ne voient régulièrement le jour qu'au lendemain de la guerre de 1870. En Allemagne, la société Otto et Langen développe un moteur à essence et bientôt les commandements sont séduits par les potentialités d'un véhicule militaire. Les premiers véhicules automobiles suscitent de grands intérêts en France et aux Etats-Unis, mais leur lenteur (dix kilomètres par heure) en réserve l'usage aux missions de liaison. Plus tard, lors de la guerre de Boers (1899-1902) en Afrique du Sud, l'armée britannique étudie un système mis au point par le colonel Dundonald consistant en une mitrailleuse Maxim montée sur une bouclier blondé sur un chariot à deux roues tracté par un cheval. De nombreuses tentatives couplent un peu partout le cheval et la mitrailleuse... (Patrice VENTURA)

    La conception du char n'est pas vraiment nouvelle et la fonction qu'en donne Léonard de Vinci en 1482 reste valable : "Je fabriquerao des chars couverts et inattaquables qui entreront dans les lignes ennemies avec leur artillerie et enfonceront toutes formations de troupes, si nombreuses soient-elles. L'infanterie pourra suivre, sans pertes et sans obstacles." Trois paramètres du char de combat apparaissent dans ce texte : la mobilité, la puissance de feu et la protection. Le projet, comme tant d'autres, restera dans les titoirs, parce que, jusqu'à la découverte du moteur à explosion, le problème du rapport poids-puissance reste sans solution. (Hervé de WECK)

   En France, vers 1902, l'armée crée un détachement d'automobilistes militaires, commandé par le capitaine Genty, chargé de prendre en compte tous les problèmes liés aux automobiles militaires, tant dans l'instruction de conduite que dans l'entretien, la maintenance et l'emploi. Lorsque la société Panhar et Levassor produit une automobile de 24 chevaux atteingnant 70 kilomètres par heure, le capitaine Genty en achète une pour le compte du détachement d'automobilistes et y adapte, à l'arrière, une mitrailleuse Hotchkiss : c'est la première automitrailleuse légère française. Très peu de temps après, en 1906, poursuivant des études dans le domaine du blindage, la société Charron, Girardot et Voigt (CGV) propose un véhicule entièrement blindé, surmonté d'une tourelle fermée et armée d'une mitrailleuse. Peu adapté aux déplacements en tout terrain, inconfortablement pour l'équipage confiné, ce véhicule a un coût près de huit fois supérieur à celui d'une automobile normale. La Russie en acquiert une douzaine, dont deux sont saisis par l'Allemagne sous couvert des douanes. (Patrice VENTURA)

  L'emploi des automitrailleuses est important dès le début de la première guerre mondiale et très rapidement les équipages recouvrent leurs voitures de plaques de blindage afin de se protéger des tirs ennemis.

   Afin que les fantassins puissent progresser, sans trop de pertes, dans le terrain bouleversé qui s'étend entre les tranchées de départ et l'objectif de l'attaque, sur un front figé dans une guerre de position, Anglais et Français, chacun de leur côté, étudient un véhicule blindé et chenillé, capable de combattre à courte distance les positions ennemies qui auraient résisté à la préparation d'artillerie. C'est l'artillerie d'assaut, complémentaire de l'artillerie de l'arrière. 

La Royal Navy dirige les premières recherches en Angleterre, ce qui explique d'ailleurs la trminologie utilisée dans les formations blindées (tourelle, équipage...). Grâce à l'appui de Winston Churchill, premier Lord de l'Amirauté, les prototypes, testés à partir de septembre 1915, débouchent sur la construction du premier tank dont 30 exemplaires se trouvent sur la Somme en septembre 1916. Entre la mise au point des premiers plans et l'utilisation par la troupe, il ne s'est écoulé que quatorze mois, ce qui explique les lacunes des chars et des équipages. En France, il faut toute l'énergie du Colonel Estienne, l'appui du Général Joffre pour que 130 "canons d'assaut" combattent au Chamin des Dames en avril 1917. Pourquoi faut-il des appuis si puissants pour aboutir, alors que l'urgence dure depuis au moins deux ans sur le terrain. C'est que le corps de cavalerie, dans toutes les armées du monde, ainsi que toute l'organisation derrière, s'oppose à la mise en oeuvre de ces "chevaux avec essence". Tant et si bien que celle-ci déploie elle aussi des efforts pour proposer ses propres chars tirés par des chevaux et que ses réalisations font l'objet de démonstrations qui accaparent beaucoup de temps dans les états-majors. Ce mélange de mépris à moitié aristocratique et la volonté de sauvegarder bien des situations sociales et économiques constituent les plus forts remparts contre l'évolution technique des armées. C'est le même schéma des mentalités qui s'opposèrent auparavant à l'abandon de la chevalerie malgré les progrès foudroyants des armes de jet et des armes à feu. Plus tard, on voudra, décidémment les schémas mentaux ont la vie dure, discuter de la place de ces chevaliers de métal dans l'armée...

   Les engins anglais ou français, en nombre insuffisant, subissent des pertes terrifiantes, ce qui les empêche de créer la surprise stratégique. Ces échecs rendent les Allemands sceptiques : en 1918, ils ne disposent que d'une soixantaine de blindés. L'industrie française lance tout de même un engin plus léger, le Renault FT, le premier à comporter une tourelle à révolution complète. Jusqu'à la fin du conflit, elle ne produit plusieurs milliers. Pourtant, la défaite de l'Allemagne ne s'explique pas par l'apparition des chars d'assaut qui restent encore peu fiables (trouables et peu manoeuvrables...).

   Après 1918, l'Angleterre opte pour des blindés qui reprennent les missions traditionnelles de la cavalerie. Les faveurs du commandement vont à des chars adaptés à la guerre coloniale, mais peu crédibles face à des armes modernes. En mai 1940, l'armée anglaise, n'aligne qu'une division blindée et 300 chars. Estienne et Fuller, qui insistent alors sur le rôle stratégique de la nouvelle arme sont oubliés. En France, les blondés servent surtout d'appuis à l'infanterie. Le colonel De Gaulle critique cette doctrine, mais n'est pas suivi, bien qu'en 1938, les autorités décident la constitution de divisions cuirassées. En mai 1940, elles sont au nombre de trois. Les chars sont très nombreux (et d'ailleurs l'Armée allemande n'en aligne qu'un nombre tout à fait voisin, soit  3 000 environ), mais dispersés dans les unités alors que les Allemands les concentrent dans des divisions blindées en bonne et due forme qu'ils lancent profondément en territoire adverse, devant attendre souvent plusieurs jours pour que l'infanterie les rejoigne. Ces chars allemands ont été testés en secret en Union Soviétique malgré les dispositions du Traité de Versailles. L'URSS a donc obligeamment (comme ses fournitures en matérieux et minerais d'ailleurs) permis à l'armée allemande d'acquérir la technicité et les tactiques nécessaires à sa propre invasion plusieurs années plus tard. Chose qui devrait tout de même inspirer les divers gouvernements qui livrent, pour des raisons économiques exclusivement, des armements à tout va qui se retrouvent dans les mains ennemies plus tard...

   La concentration des forces de choc, le binôme char-avion, la souplesse du commandement sont les raions des triomphes initiaux de la Wehrmacht. Ensuite ses adversaires s'adaptent : en 1942 le combat mécanisé change. Avant de lancer les chars en rupture, une coordination entre artillerie et aviation s'organise et rend plus compliquée - et plus sanglante - les victoires allemandes. Les progrès des armes anti-chars provoquent un resserrement de l'infanterie portée sur l'échelon blindé. Le rapport défavorable des forces oblige la Wehrmacht à adopter une stratégie défensive. Ses formations mécanisées apprennent à déclencher des ripostes ou des contre-attaques destinées à rétablir la situation dans les secteurs tenus par l'infanterie, ce qui devient de plus en plus aléatoire, à mesure que l'adversaire renforce sa supériorité aérienne.

   Les belligérants mettent au point des engins plus performants et mieux armés. La pièce de 88 mm du Tiger tire des munitions dont la vitesse initiale dépasse 1 100 m par seconde. Son poids atteint 57 tonnes, 22 de plus que le Sherman dont 49 000 exemplaires sortent des chaînes de production pendant la guerre. Les Américains, champions de la standardisation, monte ce char en trente minutes, à partir des éléments préfabriqués, compensant par le nombre la relative faiblesse de son canon et de son blindage. D'autre part, les blindés se diversifient pour mieux remplir leurs missions : chars de combat destinés au duel mécanisé, chasseurs de chars, en fait des pièces antichars mobiles, véhicules transporteurs de troupe chenillés ou semi-chenillés, engins de reconnaissance utilisant la roue ou la chenille, chars de dépannage, chars du génie. Les rapports poids-puissance, les blindages s'améliorent ; la pièce du Sherman est stabilisée ; des chars amphibies ou équipés de schnorchel peuvent franchir un cours d'eau dans la foulée. Le char moderne date du deuxième conflit mondial. Malgré son coût, il reste vulnérable, parce que résultat d'un compromis entre la protection, l'armement, la vitesse, l'autonomie et le coût.

   L'avènement des moyens de destruction massive, en particulier des armes nucléaires tactiques, susceptibles d'être engagés sur le champ de bataille, valorise toutes les catégories de blindés qui fournissent une bonne protection contre le douffle, l'effet thermique et le rayonnement gamma. Les équipages, dans leur compartiment de combats étanche, se trouvent aussi à l'abri des toxiques de combat. En revanche, le blindage traditionnel n'est pas efficace contre les neutrons de la même du même nom, qui sont mieux arrêtés par des atomes légers contenus dans les céramiques ou les plastiques des blindages multiples. A cause de leur mobilité les formations blindées peuvent rester dispersées jusqu'au moment où elles passent à l'action, ce qui leur évite de "justifier" un feu nucléaire. Enfin, seuls les véhicules chenillés conservent la possibilité de faire mouvement dans des terrains bouleversés par l'arme atomique. 

   C'est pourquoi l'ensemble des formations, sur les théâtres européens du moins, devant collaborer avec les chars de combat disposent d'engins qui assurent la protection nucléaire-bactériologique-chimique : véhicules transporteurs de troupes ou véhicules de combat d'infanterie le plus souvent amphibies, obusiers blindés, chars de DCA, cgars poseurs de point, chars de sapeur, blindés porteurs de missiles nucléaires tactiques. Il faut dire, qu'à travers manoeuvres inter-armées et simulations électroniques, les ingénieurs-concepteurs de véhicules blindés sont mis à forte contribution pour imaginer ce que peut être une bataille en "ambiance" nucléaire... sans que, heureusement, cela ait été expérimenté à échelle et situation réelles...

   C'est d'ailleurs les réelles batailles, comme pendant la guerre du Kippour en 1973, au cours de laquelle les belligérants subissent d'énormes pertes en blindés, qui remettent les spécialistes dans la réalité. Les missiles antiaériens ou antichars dominent alors les champs de bataille, remettant en cause le rôle prépondérant du char et de l'avion et même toutes les constructions tactiques autour du couple char-avion. L'armée israélienne, qui croit encore trop aux vertus de la guerre éclair, se fait alors surprendre par l'engagement massif de ces moyens. Leur généralisation rend indispensable la collaboration interarmes. Avec l'appui de l'artillerie et de l'aviation, l'infanterie mécanisée peut encore détruire ces missiles qui restent peu mobiles, avant que les chars de combat n'opèrent leur poussée... du moment que ces missiles ne deviennent pas mobiles, tirables simplement à partir d'un ou deux fantassins, bien plus légers et surtout... moins coûteux!

   Le char de combat continue - c'est son rôle depuis 1916 - à garantir sur le champ de bataille la mobilité tactique d'une arme lourde et de ses servants.

Quatre facteurs expliquent que le canon reste son arme principale, dont le calibre oscille entre 105 et 120 mm :

- Seul un chasseur de chars peut tirer un missile qui met plusieurs secondes pour atteindre sa cible et doit être guidé pendant son vol ;

- Le missile coûte beaucoup plus cher qu'un obus ;

- Le canon convient bien aux combats entre 2 000 et 2 500 mètres, distances d'engagement habituelles en Europe ;

- L'obus-flèche lui donne une efficacité encore plus grande.

   Si le blindage multiple augmente la protection, des appareils de conduite de tir (des micro-ordinateurs), des télémètres à laser assurent un touché au premier coup, que le char roule ou fasse un arrêt de feu. De nuit, des dispositifs infrarouges, des amplificateurs de lumière ambiante permettent d'y voir comme en plein jour. Sur route, le char de combat atteint une vitesse proche des 70 kilomètres à l'heure. Son autonmie est de 500 kilomètres. Bien qu'il nécessite toujours plus d'équipements électroniques et informatiques sophistiqués, son équipage n'est pas en voie de se faire remplacer par la machine, mais des projets existent dans ce sens. (H de WECK)

   Dans l'ensemble des recherches concernant l'armement terrestre, le char se taille la part du lion, mais une véritable course technologique est encore en cours entre le char de plus en plus coûteux et le missile de plus en plus performant. Nous sommes toujours dans la course entre l'épée et le bouclier, mais avec la différence que le char veut concentrer à la fois les capacités défensives et offensives. 

  Depuis la fin de la guerre froide et la chute de l'empire soviétique, l'affrontement des divisions blindées dans les grandes plaine d'Europe centrale et orientale est dépassé. La question de la pertinence des engins blindés dans une armée moderne se trouve de plus en plus posée. D'une forme de combat où s'affrontent face à face des unités blindées, on est plutôt passé à une forme de combat en zone urbaine, dans un style proche de la guérilla où l'ennemi est mobile, polyvalent et de mieux en mieux doté en armement. Mais le véhicule blindé reste une arme d'une puissance de feu redoutable encore indispensable, l'expérience dans plusieurs récents combats l'indiquent. (Patrice VENTURA)

    Mais surtout sans doute, le véhicule blindé est un excellent outil d'occupation d'une zone que l'on veut "sécuriser". Il protège un certain espace, de manière mobile, ses instruments à vord pouvant être modulé soit pour des situations de combat, soit pour des situations de surveillance. Et de plus, le char garde un impact psychologique certain, auprès de populations des zones occupées, comme le montre son usage dans des territoires au Moyen-Orient. 

 

Patrice VENTURA, Blindés (matériels) dans Encyclopedia Universalis, 2014. Hervé de WECK, Blindés, dans Dictionnaire d'art et d'histoire militaires, PUF, 1988.

 

ARMUS

   

   

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5 mai 2016 4 05 /05 /mai /2016 12:50

Mitraillettes et mitrailleuses constituent des armements qui tournent définitivement la page par rapport à l'aspect décisif que de tout temps avait l'engagement au corps à corps dans une bataille. En mettant l'accent sur l'arrosage sans volonté de précision fine des ennemis sur le champ de bataille, mieux, en démultipliant le tir sur des cibles bien définies, on entre dans une ère où la guerre ne peut plus être une affaire d'honneur, comme l'aimerait le croire encore, quand ces armes apparaissent, surtout à l'orée de la première guerre mondiale (mais beaucoup "oublient" l'expérience de la guerre de Sécession américaine), nombre d'officiers ou de sous-officiers de toutes les armes. Il s'agit là de détruire l'ennemi avant même, si possible, celui-ci ait vu le combattant. L'apparition de cette arme va de pair avec l'apparition des canons à grande distance ou des obusiers de toute sorte. Une guerre avec de telles armes exigent beaucoup de combattants car les taux de pertes immédiates s'accroissent dans de grandes proportions, alors qu'auparavant les blessés pouvaient encore nuire, même s'ils mourraient en nombre ensuite d'infections. 

 

  Le pistolet-mitrailleur ou mitraillette, arme à feu individuelle utilisant une cartouche de pistolet, possède une morphologie variée, allant de l'arme d'épaule à l'arme de poing avec actuellement bien souvent des crosses pliantes pour s'adapter à tous les usages. Apparaissant pour la première fois pendant la première guerre mondiale, elle est d'abord de faible puissance et dotée de munitions elles-mêmes de faible poids. La faible puissance des munitions permet de développer ces armes légères automatiques à la portée du fantassin ordinaire. Elle s'impose lors des assauts face à la mitrailleuse trop lourde pour être transportée.

   La mitrailleuse apparait bien avant sous une forme primitive, dès le XIVe siècle, où de nombreux ingénieurs tentent de créer une arme de défense tirant à haute cadence des projectiles légers. Si les premiers brevets sont déposés au XVIe siècle, elle n'est réellement utilisée qu'au XIXe siècle dans l'armée américaine. Elle est déployée loin des mouvements de l'infanterie, mais est utilisée surtout comme un canon tirant de la mitraille. Elle est utilisée de manière semblable lors de la guerre franco-prussinne de 1870-1871. Ce n'est qu'au début du XXe siècle que l'infanterie l'emploie, dans des compagnies de mitrailleuses créées au sein des régiments. Durant la première guerre mondiale, l'apparition des mitrailleuses modifie complètement le déroulement des opérations militaires, d'autant que les commandements s'assurent que lorsqu'elles sont employées, elles fournissent un feu continu pendant un certain temps. 

 

    La première mitrailleuse digne de ce nom est la Maxim de 1883, adoptée par les Britanniques, alimentée par bandes et pouvant tirer 500 à 600 coups par minute. Peu après, les autres armées l'adoptent, les Japonais l'utilisant contre les Russes, avec grande efficacité lors de la guerre de 1904-1905. On améliore à la fois sa cadence de tir (jusqu'à 1 000 coups par minute) et son calibre (le 12,7 se répandant dans l'armée américaine pendant la seconde guerre mondiale).

  Les mitrailleuses, à cause de leur poids, ne pouvaient se déplacer au rythme de l'infanterie, aussi en complément de celles-ci on produsit des armes plus légères ayant les mêmes qualités tactiques, mais portée par un seul combattant  qui peut tirer en se déplaçant.

La nature des cartouches fait l'objet de maintes recherches car la cartouche tronconique utilisée dans les armes à feu portative convient mal aux armes à chargeurs et notamment aux armes automatiques.

  Dans les années 1920, une nouvelle cartouche est mise au point avec plusieurs modifications suivant les armées, notamment l'armée allemande qui utilise alors une arme automatique fonctionnant avec emprunt de gaz en unpoint du canon, tirant coup sur coup ou par rafales, alimentée par des boites-charges de 25 cartouches. La vitesse pratique de tir de cette arme est de 200 coups par minute et elle pèse 8,930 kg. D'une grande robustesse et d'une sûreté de fonctionnement remarquable (l'enraillement étant un problème chronique de la mitrailleuse, qui chauffe vite), elle es supérieure aux armes de ce type en usage dans les autres armées.

  Les armes à tir courbe connaissent un regain d'intérêt dans les tranchées au cours de la Grande Guerre. Les crapouillots improvisés par les combattants sont par la suite remplacés par des mortiers, de même aux grenades de fortune bricolés par les poilus en raison de l'insuffisance des stocks de grenade sont substitués des projectiles produits de façon industrielle. C'est dans la recherche tous azimuts de projectiles que se situent ces improvisations, improvisations qui touchent également les mitrailleuses. Au rythme affolant des tirs et des victimes concomitentes, les mitrailleuses sont parfois abandonnées sur place par l'un ou l'autre camp qui n'a pas eu le temps de les déplacer, plus par absence de munitions correspondances qu'autre chose... 

  Dans l'entre deux-guerres, en dehors de l'apparition du pistolet-mitrailleur (mitraillette), il n'y a aucun progrès sensible dans le domaine des armes à feu légères. En 1936 est mis en service le fusil du capitaine MONTEIL (MAS 36, de la Manifacture de Saint-Etienne). il comporte un magasin de cinq cartouches alimentés par lame chargeur dans la boite de culasse, pèse 3,75 kg avec sa baïonnette cruciforme et mesure 1,02 mètres. cette arme est robuste, simple et très précise. Mais les autres armes françaises sont médiocres et le meilleur pistolet-mitrailleur est italien (Vilar Perosa de 1915). Ce PM est l'objet de modifications qui touchent surtout, dans toutes les armées, la cadence de tir, sa longueur et sa robustesse. Le compromis est difficile à trouver entre une arme robuste mais lourde et sa maniabilité par le maximum de combattant.

  Le PM, tirant par rafales, est bien adapté au combat rapproché, qu'il soit utilisé par un combattant de ligne ou par un membre des multiples guerillas existantes pendant les occupations lors de la seconde guerre mondiale.

     En 1944, la Wehrmacht se dote d'une arme révolutionnaire, le fusil d'assaut (Sturmgewehr ou STG), malheureusement un peu tard pour influencer sur le cours de la guerre (comme d'ailleurs une multitude de leurs armes "secrètes"). A chargement automatique, il combine les avantages du fusil et du pistolet-mitrailleur et peut tirer coup par coup ou par rafales à la vitesse de 800 coups/minute. Ensuite, après guerre, l'Allemagne, l'Espagne, le Portugal et la Suisse se dotent d'une arme de calibre OTAN 7,62 mm, dérivé du Mauser STG 45 M. L'Automat Kalachnikov soviétique de 1947, dit AK 47, s'inspire des STG 43 et 44. Adoptépar les démocraties populaires et de nombreux autres pays, c'est avec 35 millions d'exemplaires l'arme la plus répandue dans le monde. Le CAL belge de 1969, de calibre OTAN 5,56 mm, a été acheté dans 30 pays. Il existe aussi une version fusil-mitrailleur de cette arme. Le M 16 américain de 1951, adopté pendant la guerre du VietNam est la première arme à utiliser un petit calibre (5,56 mm). Il est alimenté par un chargeur de 20 cartouches et utilise une munition légère de 11,6 grammes. L'arme pèse seulement 3 kilogrammes. Depuis les années 1980 il y a une tendance générale à réduire le calibre et en même temps le poids de l'arme. L'AKS soviétique a un calibre de 5,45 et l'IW britannique de 4,85 mm. 

  L'armée française prend après 1945 beaucoup de retard sur les principales puissances militaires dans le domaine des armes à feu légères. Le rythme de dotation des armées d'armes légères (PM, fusil-mitrailleur...) est relativement lent, et ce n'est qu'en 1979 que la France se dote d'un fusil d'assaut. Le FAMAS modèle Clairon a un calibre de 5,56 mm, sa longueur est de 0,757 mètre et son poids de 3,7 kilogrammes, sa cadence de tir de 950 coups par minute. Il est doté d'un baïonnette et d'un manchon lance-grenades. Il utilise l'action directe des gaz sur une culasse non calée dont le recul est ralenti par un système amplificateur d'inertie.

   Pour lutter contre les chards, on utilisé longtemps les armes classiques, en employant des balles perforantes, mais celles-ci sont le plus souvent incapables de percer les blindages. La découverte de la charge creuse, également utilisée dans les mines, transforme complètement le combatantichar. Ces charges sont en effet capables de percer plusieurs dizaines de centimètres d'acier et encore davantage de béton et sont aussi également utilisées avec profit contre les blaukaus.

    Les roquettes autopropulsées par un carburant solide, puis les missiles remplacent avantageusement les mitraillettes ou les mitrailleuses pour percer les blindages. Les progrès dans ces blindages rendent d'ailleurs ces dernières obsolettes et déjà sur les champs de bataille  de la seconde guerre mondiale les combattants préfèrent de loin utiliser des bazookas. Ils réservent les mitraillettes pour l'assaut contre des fantassins (les grenades sont assez prisées également...) et les mitrailleuses placées en arrière pour la préparation de cet assaut...

   Les multiples perfectionnement des pistolets mitrailleurs en font des armes très maniables à portée de presque tout le monde, qu'il soit militaire ou civil, avec un entrainement réduit. Ce sont ces armes-là qui font le plus de dégâts parmi les civils lors des attentats ou des guérillas urbaines. L'ingéniosité ne s'arrête pas, car non seulement l'arme elle-même peut encore se perfectionner (notamment sur la question du refroidissement), mais l'utilisation de balles composites rend le PM très attractif, dixit la publicité des différentes firmes qui font de la communication à-tout-va le concernant. 

 

Gilbert BODINIER, armes à feu, dans Dictionnaire d'art et d'histoires militaires, PUF, 1988.

 

ARMUS

   

 

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4 mai 2016 3 04 /05 /mai /2016 08:31

  Les sous-marins et porte-avions sont conçus bien avant leur possibilité de mise en action  militaire opérationnelle. La conception d'un engin sous-marin remonte à l'Antiquité et beaucoup de ses principes sont énoncés dès le XVIIe siècle. Celle d'une plate-forme pour avions l'est depuis la naissance de l'aviation militaire.

    

   Le sous-marin, navire submersible capable de se déplacer en surface et sous l'eau, est déjà décrit par John WILKINS (Mathematicall Magick) en 1648 selon ses avantages stratégiques :

- la discrétion, une personne pouvant se rendre sur toutes les côtes de façon invisible sans être découverte ou en être empêchée pendant son voyage ;

- la sûreté, par rapport aux marées et à la violence des tempêtes. Par rapport aussi aux pirates et brigands qui écument les mers, à la glace et aux grands froids, qui mettent en danger les passagers aux voisinages des pôles ;

- l'avantage sur les flottes ennemies, qui peut être minée par ce moyen sous l'eau, gravement endommagée, voire coulée (c'est le procédé mis en scène par Jules Verne dans Vingt mille lieues sous les mers) ;

- le dégagement par voie maritime d'une place assiégée, pour transporter au dessous de l'eau de façon invisible des ravitaillements et des munitions, et aussi par l'attaque surprise de toute place accessible par l'eau ;

- la possibilité d'un bénéfice important bien qu'inévaluable pour les expériemntations sous-marines.

Mais si les procédés de conservation d'air sous l'eau pour permettre aux passagers de respirer sont déjà bien au point, le problème demeure quant à la propulsion, qui n'est qu'humaine. le premier sous-marin, le Turtle, est une machine en forme d'oeuf propulsé manuellement par une seule personne. Durant la guerre de Sécession, plusieurs sous-marins, de la forme d'un navire de surface, sont construits mais ne peuvent devenir opérationnels.

La propulsion mécanique n'apparait qu'à la fin du XIXe siècle, avec un moteir à air comprimé, avec le plongeur de la marine nationale française  lancé en 1863. Ce n'est qu'avec la propulsion électrique, mis au point par le Polonais Stefan DRZEWIECKI en 1884, que les commandements militaires commencent à envisager son utilisation sur les champs de bataille maritimes.

  Pendant la première guerre mondiale, des tactiques adaptées et un grand nombre d'appareils qui fonctionnent encore en grande partie plus en surface que sous l'eau sont mis en activité par notamment l'Allemagne dans la bataille de l'Atlantique.

  

     Le porte-avion, navire de guerre permettant le lancement et la réception d'aéronefs (d'abord des avions de combat puis des hélicoptères) à partir de son pont, constitue une véritable base aérienne flottante. En 1909, le Français Clément ADER publie dans son ouvrage L'aviation militaire, la description de "navires porte-avion" servant à l'observation, au torpillage des navires ennemis et à la protection du territoire national.

Un pont le plus large possible permet l'installation et le décollage et la réception de nombreux avions, un îlot placé sur tribord du pont d'envol servant entre autres de tour de contrôle. Des ascenseurs permettent les mouvements des aéronefs entre le pont d'envol et les hangars. Sous le pont d'envol se trouvent les hangars où sont garés les avions et où s'effectuent leur entretien, les soutes à carburant et à munitions, les logements du personnel et les machines fournissant l'énergie et assurant la propulsion. Sur le pont d'envol se trouvent les catapultent permettant de raccourcir la distance nécessaire au décollage ainsi que les brins d'arrêt pour le freinage à l'appontage. Puissant élément d'une flotte, l'expérience montre dès la première guerre mondiale, qu'il faut l'escorter d'un grand  nombre et/ou de navires puissants capables de parer aux attaques aériennes et sous-marines.

 

    C'est surtout pendant la seconde guerre mondiale que porte-avions et sous-marins sont utilisés de manière décisives par tous les camps. Les tactiques et l'intégration de ces engins dans des stratégies se font à la lumière de l'expérience souvent meurtrières des batailles navales. 

Si les sous-marins allemands constituent la pièce maitresse pour casser l'approvisionnement des troupes et des populations dans les océans, avec leur tactique de meute (mettant en jeu des dizaines d'engins en même temps) permettant de détruire le maximum de bâtiments en escadre, les porte-avions américains représentent l'enjeu majeur des batailles du pacifique, permettant une réelle projection de puissance sur de très longues puissances. D'un côté les Allemands ne peuvent pas détruire plus de navires que les Américains en produit (objectif de l'état-major) étant notamment contrés par les destroyers et les croiseurs qui accompagnent à terme les convois, de l'autre les Japonais échouent à détruire ces plate-formes d'avions (même à Pearl Harbor), qui apportent la supériorité aérienne sur tous les fronts.

   On distingue aujourd'hui les porte-aéronefs, disposant d'hélicoptères et d'avions à décollage court, et les porte-avions qui utilisent des avions de combat ou de surveillance spécialisés. Trois types d'avion équipent les porte-avions modernes : les avions de guet aérien assurant la surveillance de la zone ; les avions de supériorité aérienne protégeant le porte-avions ; les avions d'assaut. La mise en oeuvre de l'aviation exige une plate-forme très stable et une vitesse suffisante (supérieure à 25 noeuds) pour créer un vent de face permettant l'appontage dans la plupart des conditions météorologiques. La propulsion du bâtiment est assurée soit par des turbines à vapeur (chadières à gazole ou nucléaires), soit par des turbines à gaz. Le porte-avion est équipé de radars puissants lui permettant d'assurer la veille aérienne. Il dispose d'importances réserves de munitions pour les avions. Lorsqu'il se déplace, il est généralement accompagné d'autres navires (dont un sous-marin) qui assurent sa protection et sa logistique. (Régis BEAUGRAND)

 

   C'est d'ailleurs surtout à partir de l'expérience de la seconde guerre mondiale qu'encore aujourd'hui les commandements conçoivent la défense marine. Toutes les parades et toutes les améliorations techniques (y compris les instruments de détection) viennent encore de là. L'irruption de la force nucléaire, tant de propulsion que de destruction, qui dotent des navires de plus en plus dotés d'électronique de défense, s'intègrent à toutes les améliorations techniques précédentes, avec plus ou moins de retard selon les puissances. 

 

    Jusqu'au début des années 1950, le sous-marin souffre d'une faiblesse congénitale et ne mérite que le nom de submersible. S'il dispose de la possibilité inappréciable de pouvoir se dérober dans les profondeurs, il rste tributaire de deux systèmes de propulsion et des performances en plongée liées à la capacité de ses batteries sont singulièrement limitées et lui font perdre la plus grande partie de son caractère offensif. C'est ce qu'avaient constaté les différents états-majors comme les capitaines des sous-marins lors des grandes campagnes de destruction des bâtiments ennemis. Autant, en l'absence d'escorteurs protégeant les convoies, ils pouvaient envoyer par le fond des centaines de milliers de tonnes,  autant ils devaient, même en l'absence de bâtiments ennemis, retournés à un moment ou à un autre à leur base. L'amiral DÖNITZ avait inauguré, au cours de cette seconde guerre mondiale, l'attaque de nuit, en meute et en surface (pour économiser carburant et batterie). Le sous-marin devenait un torpilleur rapide et peu visible (jusqu'à la généralisation des radars et sonars). En dépit de l'apparition (trop tardive en fait) en Allemagne, en 1944, de bâtiments à hautes performances dotés du Schnorchel, il fait attendre 1955 et l'entrée en service du sous-marin américain Nautilus doté d'un réacteur atomique pour assister à l'apparition de ce que les spécialistes appelle (avec quelque fierté...) le sous-marin intégral.

   L'apparition du sous-marin à moteur unique est à la mesure de la nouvelle mutation subie par les flottes de combat depuis 1945. Cette mutation, sous le signe d nucléaire, du missile et de l'électronique, s'effectue parallèlement à celle du porte-avions. Les grands bâtiments américains de 90 000 tonnes à propulsion nucléaire, type Nimitz, Eisenhower, Vinson et Enterprise, affichent une exceptionnelle capacité offensive.

   Ces nouveaux porte-avions disposent d'une centaine d'appareils : intercepteurs, avions d'assault, appareil d'exploration et de veille, avion de guerre électronique, hélicoptères. Ils peuvent intervenir dans des conflits limités ou lancer en profondeur sur le territoire adverse des appareils d'assaut dotés de missiles à tête nucléaire ou des bombes atomiques, dans une "ambiance" extrêmement complexe de guerre électronique.

  Ils possèdent, outre les armements, un ensemble d'équipements de navigation en surface et sous l'eau. Leur forme fusiforme allongée (acquise relativement tôt une fois les sous-marins rendus opérationnels dans l'Histoire), comme la présence d'une coque très résistante, l'existence d'un massif utilisé pour l'accès en surface qui sert à la tenue des mâts hissables (périscopes, etc), la répartion des locaux opérationnels, des locaux habités, de la propulsion, de manière à faciliter la circulation de l'équipage, d'assurer le maximum de sécurité même en cas d'atteinte par des tirs ennemis, des installations de contrôle et de régénération de l'atmosphère, tout cela fait de ces bâtiments les plus complexes conçus dans la marine jusqu'à nos jours. Il s'agit d'assurer l'équilibre du bâtiment, sa bonne tenue en plongée, une propulsion sûre et malléable au niveau de la vitesse et de la direction, une sécurité en plongée, une furtivité en mission...  (Jean LE TALLEC)

    Pour leur protection, et cela est aussi un enseignement de la seconde guerre mondiale, ces bâtiments, tout comme des navires d'approvisionnement, car ils ne peuvent emporter à bord une capacité de défense (DCA notamment) telle qu'elle pourrait nuire à leur capacité d'emport d'appareils, exigent toujours un environnement de navires de soutien, croiseurs destroyers, frégates et même parfois sous-marins. L'avion reste toujours, comme l'a montré l'affaire des Malouines, un des pires ennemis du navire de surface, surtout s'il emporte avec lui une certaine quantité de missiles. Il peut opérer en vol rasant, ou au moyen de missiles à tête chercheuse, dotés ou non de têtes nucléaires, et détruire tout un ensemble de bâtiments. Depuis la destruction spectaculaire, en 1967, du destroyer usraélien Elath par un missile soviétique Styx lancé d'une simple vedette, la plupart des bâtiments sont dotés d'engins surface-surface. 

    Mais la menace la plus grave concerne le sous-marin. Si la construction de bâtiments conventionnels, à propulsion diesel-électrique n'est pas abandonnée, ces navires ne soutiennent nullement la comparaison avec le sous-marin à moteur nucléaire. Ces navires sont totalement affranchis de la surface et bénéficient d'une vitesse élevée bien souvent supérieure à celle des bâteaux de surface et d'un rayon d'action pratiquement illimité, soumis à la seule résistance des équipages.

  Les grandes marines aujourd'hui entre"tiennent deux types de bâtiments à propulsion nucléaire:

- les sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE) qui constituent par leur discrétion les instruments majeurs de la dissuasion. Dotés de missiles à têtes nucléaires, leur puissance et leur portée, comme leur vitesse et leur précision ne cessent de s'accroitre.

- les sous-marins nucléaires d'attaque (SNA), d'un tonnage plus réduit que les SNLE, qui disposent d'un ensemble de torpilles filoguidées ou autoguidées. La qualité de leurs missiles en font les adversaires privilégiés des SNLE. 

Le seul obstacle à la course aux armements en mer est leur... coût. A chaque génération de SNLE et de SNA, il est parfois difficile d'en produire plus de quelques dizaines d'unités, et encore... 

  L'évolution des capacités opérationnelles font que le sous-marin nucléaire, bien plus que le porte-avions, devient le centre de la stratégie navale, chose rendue possible en fait par l'existence d'une multitude de variétés des missiles emportés par ces navires. Cette lutte contre les missiles débouche en fait sur un aspect entièrement nouveau de la guerre sur mer. La recherche et la destruction du vecteur, navire, aéronef ou sous-marin constituent toujours un impératif majeur. A cet aspect "traditionnel", s'en ajoute un autre franchement révolutionnaire. Alors que dans le passé il n'a jamais été question de détruire le boulet, l'obus ou la torpille, les nouveaux systèmes d'armes, à base de missiles à courte portée ou de canons multitubes à tir rapides, visent la neutralisation du missile lui-même.

  La variété des système d'arme, la richesse des informations, l'évolution extrêmement rapide des situations exigent une centralisation poussée de toutes les données et impliquent des appareils qui donnent en permanence une vue générale de la situation tactique et indiquent les moyens propre à parer à une menace. 

   Seules les grandes puissances (USA, Russie, et à un très moindre degré Grande Bretagne et France) peuvent se permettre d'avoir tout cet ensemble de défense, qui place sur un même plan stratégique ce qui se passe sur mer, sur terre et dans l'air, et même dans l'espace extra-atmosphérique proche de la planète (en attendant plus...). La plupart des marines secondaires se contentent de porte-aéronefs simplifiés, de navires de surface ou de sous-marins de technologie moindre. 

 

Philippe MASSON, Navires, dans Dictionnaire d'art et d'histoire militaires, PUF, 1988. Antony BEEVOR, La seconde guerre mondiale, Calmann-Lévy, 2012. Jean LE TALLEC, Régis BEAUGRAND, Navires, Encyclopedia Universalis, 2014.

 

ARMUS

 

 

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2 mai 2016 1 02 /05 /mai /2016 07:45

La guerre de Crimée consacre la supériorité des nouveaux projectiles sur les navires de bois qui n'y résistent pas, dans une période où précisément l'essentiel des buts d'une bataille navale est de couler le maximum de navires ennemis. Au lendemain du conflit, en 1856, le vaisseau de ligne, après deux siècles d'existence cède la place au navire-cuirassé, dont la frégate française Gloire et les anglais Warrior et Black Prince constituent les premiers échantillons.

Trois caractéristiques affirment la suprématie du nouveau type de bâtiment :

- la propulsion à la vapeur, associée à l'hélice ;

- une artillerie composée de canons rayés se chargeant par la culasse et tirant des obus explosif ;

- une ceinture cuirassé protégeant les oeuvres vives du navire.

Au cours des années suivantes, la rivalité entre le canon et la cuirasse se traduit par une croissance constante du tonnage. L'alourdissement des pièces avec l'augmentation énorme des calibres et la nécessité de protéger les servants obligent à limiter le nombre des canons, à renoncer au dispositif en batterie, au profit de système en casemate ou en réduit, avant que ne s'impose une répartition de l'artillerie lourde en tourelles disposant de larges champs de tir rendus possibles par la disparition complète de la mâture.

  Vers 1890, le cuirassé semble trouver son équilibre, difficilement en raison des multiples "pesanteurs" économiques et bureaucratiques, malgré des expériences militaires pourtant claires. Il déplace 15 000 tonnes, file 15 noeuds. Avec l'utilisation d'acier au nickel offrant une grande résistance pour une épaisseur relativement faible, le blindage comprend une ceinture latérale et un pont blindé assurant la protection des machines et des soutes à munition. Blokhaus, tourelles bénéficient d'une protection renforcée. Avec les progrès de la métallurgie et l'adoption de poudres lentes, on peut renoncer aux canons monstres des années 1880, réduire les calibres et obtenir des pièces à grande portée et grande vitesse initiale. L'artillerie principale comprend 4 pièces de 305 en deux tourelles tirant des obus perforants et 10 à 12 pièces de 150 mm dotées de projectiles à haute capacité d'explosifs.

L'armement comprend également des canons légers à tir rapide destinés à la lutte contre les torpilleurs. De fait, les cuirassés de la fin du XIXe siècle s'intègrent dans une nouvelle hierarchie avec des croiseurs de 4 000 à 10 000 tonnes rapides, bien armés, peu protégés, destinés à l'éclairage des escadres, à la guerre de course et à la protection des convois, ainsi que des torpilleurs et contre-torpilleurs. Dans le dernier quart du siècle, le torpilleur de 100 à 200 tonnes connaît, en effet, une vogue extraordinaire dans un certain nombre de pays, Russie, Etats scandinaves et surtout France où il se trouve à l'origine de la Jeune Ecole (navale). 

   Mettant en jeu la torpille automobile de l'ingénieur WHITEHEAD, mise au point à partir de 1876 et dont les performances s'améliorent rapidement, le torpilleur apparait comme l'ennemi mortel du cuirassé, à la faveur de la nuit et en bordure des côtes, au cours d'opérations de blocus en particulier. L'"engin venineux", le "fuseau d'acier" semble condamner le "mastodonte". Avec ce vocabulaire très utilisé dans la gens militaire, on se croirait revenu au temps de la chevalerie où le panache du chevalier/cuirassé est démoli par les traits/obus de l'archer/destroyé, avec des connotations morales par-dessus le marché, le nombre des victimes des engagements bavals se multipliant... En réalité, le cuirassé s'adapte à la menace. Il reçoit un armement défensif à base de projecteurs, de canons à tir rapide ou e filets d'acier. Il bénéficie aussi de la protection de destroyers ou de contre-torpilleurs de 800 à 1000 tonnes, armés de pièces légères et également de torpilles.

  Toutes les marines continuent à construire des torpilleurs ou des destroyers jusqu'au lendemain de la seconde guerre mondiale. Ces bâtiments n'échappent pas à la course au tonnage. En 1939, un torpilleur déplace 1 500 tonnes et certains destroyers frôlent les  3 000. L'emploi de la torpille devient d eplus en plus rare. Devenus les Maîtres Jacques des forces navales, ces navires sont essentiellement affectés à la protection des escadres et des convois contre l'adversaire aérien ou sous-marin.

   Auparavant, le cuirassé trouve son visage définitif en 1907, avec le Dreadnought anglais. A la veille de la première guerre mondiale, le tonnage réalise un nouveau bond et progresse de 17 000 à 24 000 tonnes. Avec l'adoptation de systèmes de direction de tir centralisés, l'artillerie principale obéit à un seul calibre, qui oscille du 280 au 380 mm. Avec des pièces de 76 à 150, l'artillerie secondaire a pour tâche essentielle de briser des attaques de torpilleurs. La Royal Navy et la marine allemande jouent encore la carte du croiseur de bataille, de même tonnage et de même armement que le cuirassé. Mais une protection inférieure donne à ce type de navire une vitesse élevée, lui accorde un rôle d'éclairage et de destruction des croiseurs légers ou cuirassés.

   Entre les deux guerres, le navire de ligne ne connait pas de mutation fondamentale ou plutôt on assiste à une fusion entre le cuirassé et le croiseur de bataille. Les progrès concernent le perfectionnement de la direction de tir avec l'adoption de la télécommande, le renforcement de la direction de l'armement (Défense Contre les Avions - DCA) contre l'ennemi aérien ou sous-marin. Avec l'amélioration des performances - les vitesses sont de l'ordre de 30 noeuds au lieu de 22 pour les cuirassés de 1914 - ces progrès se traduisent par une augmentation du tonnage, qui oscille de 35 000 à 45 000 tonnes... et des coûts. Les grandes marines se contentent de séries limitées ou de navires surpuissants comme les Bismark allemands, les New-Jersey américains ou les Yamato japonais.

On a bien entendu remarqué qu'au fur et à mesure que les siècles passent, le nombre d'unités engagées dans les combats navals baissent et même dans les derniers temps, chutent. Si dans les batailles entre galères, les bâtiments peuvent se compter par centaines, dans les batailles entre  frégates, par dizaines, celles qui engagent des cuirassés pendant la seconde guerre mondiale se comptent parfois tout juste en une dizaine d'unités. Ce qui explique que dans leurs comptes-rendus, les militaires puis la presse et ensuite encore le cinéma montrent des engagements épiques qui concernent... au plus 5 navires - en excluant bien sûr les grandes opérations de débarquement... On a remarqué aussi qu'il n'est plus question d'abordage et que la tendance à vouloir couler le maximum des vaisseaux adversaires s'est amplifiée, jusqu'à considérer comme un inconvénient majeur d'avoir à récupérer un vaisseau ennemi - il faut le remorquer, affaire compliquée - et même l'équipage ennemi...

   Au moment où le cuirassé atteint un remarquable point de perfection - dixit les commendaments militaires... et les compagnies d'armement - il se trouve ravalé - le "preux chevalier" - au rang de brilland second vis-à-vis du porte-avions auquel il apporte, sans parler de l'appui-feu des opérations amphibies, le soutien d'une artillerie antiaérienne considérablement renforcée. 

De fait, dès ses débuts, la seconde guerre mondiale - qui devient ensuite réellement la référence en termes de combats militaires dans beaucoup d'armées du monde - révèle la suprématie de l'avion sur toutes les autres armes. La recherche et l'exploitation de la supériorité aérienne devient le primat de la guerre moderne. Que ce soit sur terre ou sur mer, les armes et les armements ont alors tendance à se centrer sur l'acquisition et le maintien de cette supériorité. Dans cette guerre mondiale, pour l'instant, la faiblesse du rayon d'action des avions limite leur emploi à partir des côtes, à l'exception très notable des mers étroites et fermées. Cette faiblesse rend nécessaire l'utilisation de plate formes mobiles, à la fois d'opérations d'entretien et de ravitaillement, de porte-avions. A partir de 1941-1942, ce type de bâtiment devient le capital-ship des flottes modernes avec des unités de 27 000 tonnes type Essey ou de 14 000 tonnes, type Independance, mettant en oeuvre de 50 à 100 appareils.

     Les porte-avions constituent le sommet d'une nouvelle hiérarchie. Dans le cadre de Task-force et en liaison avec un train d'escadre composé de bâtiments-ateliers et de navires ravitailleurs, ils bénéficient d'un "environnement" de cuirassés rapides, de croiseurs et de destroyers, destinés à assurer leur protection contre des bâteaux de surface, des avions et en particulier des sous-marins. Depuis la seconde guerre mondiale, les flottes doivent, en effet, de plus en plus tenir compte du sous-marin qui permet de valoriser au maximum l'emploi de la torpille. Au cours des deux conflits mondiaux, ce navire s'est révélé comme un remarquable outil de la guerre de course et un instrument de combat redoutable. Si on veut faire une comparaison avec les combats sur terre, le sous-marin constitue un outil de guérilla - avec tout de même une technologie complexe - contre des flottes militaires et marchandes... 

 

     Les cuirassés constituent longtemps une des représentations de la puissance navale des pays. Les auteurs militaires, notamment Alfred MAHAN, ont beaucoup d'influence dans cette perception. La question de la maitrise des mers, avant d'être détrônée par celle de la maitrise des airs, est centrale au XIXe siècle. L'opinion de MAHAN influence beaucoup les responsables des flottes des principaux pays et du coup sur la course aux armements ainsi que les traités visant à limiter les cuirassés entre l'entre deux-guerres. Pour lui il faut créer une grande flotte constitué de cuirassés aussi puissants que possible ; sa réflexion s'oriente vers l'hypothèse de la "bataille décisive" dans la marine japonaise, tandis que la guerre de course (développée par la Jeune Ecole) ne peut aboutir. L'idée qu'une flotte de cuirassé puisse, par sa seule présence, décourager une ennemi même s'il possède de grandes ressources, amène même de petites puissances à désirer un impact stratégique notable.  En fait, comme c'est le cas souvent, le rôle des armements navals est surestimé. Dans les faits, le déploiement des cuirassés est plus complexe. Contrairement aux anciens navires de ligne, les cuirassés du XXe siècle sont plus vulnérables aux torpilles et aux mines, armes pouvant être utilisées même par de petits bâteaux. La Jeune Ecole des années 1870 et 1880 recommande de placer les torpilleurs aux côtés des cuirassés, se cachant derrière eux et ne sortant que protégés par la fumée des canons afin de lancer leurs toripilles. Mais ce concept est mis à mal par le développement d'obus sans fumée, la menace des torpilleurs et plus tard des sous-marins reste présente. Dans les années 1890, la Royal Navy développe les premiers destroyers, conçus pour intervepter les torpilleurs, ils deviennent les escorteurs des cuirassés.

La doctrine d'emploi des cuirassés attache beaucoup d'importance au groupe de combat. Afin que ce groupe de combat puisse engager un ennemi qui fuit le combat (ou pour pouvoir éviter la confrontation avec une flotte plus puissance), les cuirassés ont besoin de meilleurs moyens de localiser l'ennemi au-delà de l'horizon. Des navires de reconnaissance, ces navires essentiels pour l'éclairage de la flotte, sont utilisés pour cela, comme les croiseurs de bataille, des croisuers, destroyers, puis des sous-marins, ballons et avions. La radio permet de localiser l'ennemi en interceptant et en triangulant les communications. Ainsi, la plupart du temps, les cuirassé ne sortent que protégés par des destroyers et des crpoiseurs. Les campagnes en mer du Nord pendant la première guerre mondiale illustrent la menace des mines et des torpilles, malgré ces protections.

 La bataille navale change définitivement de forme avec ces cuirassés, mais aussi la stratégie, la manière de comprendre et d'utiliser ces mastodontes. Leur coût, la sophistication technique qu'ils représentent, l'entrainement des équipages que représentent leur capacité de manoeuvres, tout cela prend de plus en plus en plus d'importance dans les calculs d'états-majors. Une défaite ou une victoire en mer - même un navire qui revient au port ou un navire coulé - a bien plus d'importance qu'auparavant, autant sur le plan matériel que psychologique. Et cela va s'accroitre avec les porte-avions et les sous-marins, et encore plus avec l'irruption de l'armement et de la propulsion nucléaires. D'autant que sur le plan économique, le poids du secteur militaire s'accroit avec la complexification de ces armements. Pour les armements navals, l'enjeu, tant en paix qu'en guerre est d'assurer la sécurité des voies d'approvisionnement de toutes les armées (en minéraux, en matériels, en pièces détachée, en carburants...).

 

Philippe MASSON, Navires, dans Dictionnaire d'art et d'histoire militaires, PUF, 1988.

 

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27 avril 2016 3 27 /04 /avril /2016 10:36

   Ce n'est que vers le XVIIe siècle que s'installe durablement dans les marines de guerre un véritable bâtiment de combat.

Indépendamment de remarquables navires de raid, les Viking ne possèdent pas de bateaux de guerre et ignorent la tactique navale. Le situation n'est guère différente dans tout le Moyen-Age. Au cours des conflits qui opposent la Hanse ou l'Angleterre à la France, les batailles ne mettent aux prises que des bateaux improvisés dérivés de navires de charge, de viasseaux ronds ou Cogghes dotés provisoirement pour la circonstance de deux plate-formes de bois dominant la poupe et la proue. A partir de la fin du XIVe siècle, ces châteaux devenus permanents, intégrés à la coque, reçoivent des ouleuvrines, pièces d'artillerie légère de fer forgé se chanrgeant par la culasse et donnent naissance aux énormes caraques portugaises encore utilisées dans l'Océan Indien au XVIIe siècle. 

Car il est très coûteux d'armer des navires de guerre quand les moyens matériels restent dispersés durant la période féodale et encore au début des grandes monarchies européennes. De plus, la navigation se limite longtemps au cabotage le long des côtes et à l'habitude, même en pleine Méditerrannée de ne jamais perdre de vue la terre, pour y retourner le plus facilement possible. Ce n'est qu'au moment de l'établissement de cartes fiables de ce qui existe au-delà des colonnes d'Hercule (détroit de Gibraltar) sont mises au point, méthodiquement, voyages après voyages, dans lesquelles on mentionne soigneusement les différents courants rencontrés, qu'on s'éloigne de plus en plus et de plus en plus durablement des côtes. Ce n'est aussi qu'après la découverte d'un certain nombre de matériels pour gouverner de grands navires (qu'ils soient marchands ou de guerre), qu'on songe à s'aventurer beaucoup plus loin, tentant de gagner des îles d'attaches, qui parfois... n'existent pas! 

A ce siècle donc, le vaisseau de ligne constitue l'épine dorsale des grandes flottes européennes. Ce navire est l'association du galion, bâtiment marchand d'origine anglaise, aux formes de coque bien étudiées, aux lignes élancées, amputé des énormes châteaux des caraques, et de l'artillerie moderne composée de grosses pièces de bronze ou de fonte se chargeant par la bouche. Au lieu d'une étonnante collection de pièces légères hérissant les châteaux, l'artillerie se répartit sur les flancs en deux ou trois batteries percées de sabords. Avec la standardisation générale des calibres, on utilise au XVIIIe siècle des pièces de 8 à 36, les plus lourdes garnissant la batterie basse. Mis au point de 1635 à 1638, le Sovereign of the Saes de 104 canons, copié en France avec la Couronne de 70 canons, constitue le prototype de ce nouveau type de bâtiment qui inaugure son efficacité lors de la première guerre anglo-hollandaise de 1652-1654. C'est le point de départ d'un course aux armements qui concerne tous les grands Etats. Avant en ampleur peut-être que les canons terrestres, cette course aux armements met ne branle toute une chaîne  spécialisée militaro-industrielle (le nombre de composants d'un navire est proprement gigantesque...), qui préfigure les grandes courses aux armements modernes, de mer, de terre ou aériens...

  Ce qui ne veut absolument pas dire que les galères aient disparu de la circulation des mers. En effet, c'est précisément des engagements en mer opposant ce nouveau genre de navire à des galères (même nombreuses) qui ont montré l'efficacité des nouveaux gros bâteaux, que dépérit peu à peu le modèle de la galère, du fait de sa faiblesse de feu et qui garde sa faible maniabilité. Elle ne joue plus que le rôle de bâtiment auxiliaire. Il faut compter aussi, car même des commandants de navire trouvent plutôt embarrassantes ces "petites" embarcations armées, avec les solides intérêts économiques...

Tout au long du moyen Age, toute un écheveau d'intérêts économiques s'organise autour de la construction et de la mise en oeuvre de ces galères, dont certaines de dimensions respectacles. Les moindres ne sont pas les personnels attachés au fonctionnement de ces galères. Le métier de marinier de rame, qui est appelé à de grandes transformations (en marinieer de voile notamment) est celui d'un très grand nombre de personnels, qui ne suffisent plus à partir du moment où s'installe un commerce régulier de marchandises. Plus de rameurs sont requis, plus la pénurie commence à se faire sentir, et plus ces rameurs sont coûteux. Aussi, vers le XVe siècle prélève t-on des condamnés dans les prisons pour ramer sur les navires. Progressivement s'institue une peine de justice, et dès le XVe siècle, on condamne directement aux galères. Les galériens sont enchaînés, même sur les navires de guerre. Plus tard, la littérature transcrira leurs conditions sur celles des anciens esclaves alloués sur des galères (notamment sous l'Empire romain), qui eux bénéficiaient de bien plus d'attention, d'autant plus que leurs maîtres tenaient à les récupérer ensuite (espoir souvent déçu...). On en vient à ancrer dans l'imaginaire, des galériens condamnés dans toute l'Antiquité, alors que même la condition des esclaves est bien plus complexe que celle de leurs "collègue" postérieurs qui eux vivent dans des conditions épouvantables... Ce qui est réellement celle de ces galériens des XVe-XVIIIe siècles... qui gardent cette appelation même dans les temps de navires de ligne qui font beaucoup plus appel à la force du vent.

  En marge de quelques opérations amphibies ou de défense de places fortes littorales, les galères ne servent bientôt plus qu'à remorquer des vaisseaux à l'entrée ou à la sortie des ports, quand on ne les utilise pas tout simplement comme navires d'apparat pour le transport des hautes personnalités. La France supprime son corps de galères en 1748. Venise s'obstine à en conserver jusqu'la fin de son indépendance, et le dernier combat de galères oppose Russes et Suédois en Baltique en... 1808. 

      Jusqu'à sa disparition au milieu du XIXe siècle, le vaisseau ne cesse de se perfectionner. Tendance générale, on recherche l'augmentation de sa puissance, donc de son tonnage, tout en améliorant le tracé des formes et la répartition de la voilure. Comme pour l'armée de terre, toute une réglementation se met en place, harmonisant les calibres des canons et la vitesse du navire, fixant des classes de vaisseaux dont la puissance oscille de 50 à 100 canons, voire même 118 canons. Un des plus célèbres des trois-ponts français, les Etats de bourgogne, est lancé en 1780, devenu Océan en 1842 et n'est détruit qu'en 1855. 

   Indépendamment de ces mastodontes dont le Victory de Nelson est un des exemples les plus célèbres, la préférence des grandes marines concerne des navires de dimension plus modestes. A la fin du XVIIIe siècle, les vaisseaux les plus répandus sont des deux-ponts de 70 à 80 canons. Les navires français comptent parmi les plus réussis, encore que les bâtiments britanniques inaugurent des coques doublées de cuivre qui donnent de meilleures qualités nautiques dans les mers tropicales.

L'artillerie à bord ne cesse de s'améliorer dans le même temps. Elle gagne en précision et en portée, de l'ordre de 500 mètres, encore que les pièces ne soient réellement efficaces qu'à des distances dix fois plus courtes. Il est plus difficile d'atteindre le but qu'à terre, aussi dans les courses entre frégates par exemple, il faut trouver un compromis entre la vitesse et la portée des canons, faute de quoi, on risque de couler avant l'adversaire. Car si on recherche l'abordage finale pour récupérer le navire final, la préférence va à la bonne canonade précédente, surtout dans les combats impliquant de nombreux navires de part et d'autres. Les vaisseaux en général s'allongent et les flottes s'homogénéisent, pour les grandes puissances.

  A une flotte d'échantillons construits par des "maitres de hache" - praticiens, agissant par savoir-faire héréditaire et par expérience, à coup de secrets de famille jaloureusement et parfois violemment gardés -, succèdent des escadres de demi-séries imposées d'en haut, d'ingénieurs-constructeurs de la marine sortis des écoles de marine. L'administration voudrait des navires "standardisés" mais la série s'avère impossible à atteindre vus les multiples perfectionnements d'une année sur l'autre. Par contre dans la fabrication d'un certain nombre de composants comme les poulies fabriquées par la machine à vapeur dans les années 1770-1790, et comme les canons de bronze plein, l'industrie fonctionne de plus en plus en fonction de normes de production qui permet de les fabrication très vite.

  Les performances de ces grands voiliers progressent sensiblement. Au milieu du XVIIIe siècle, la vitesse ne dépasse que rarement 3-4 noeuds. Vers 1790, celle de 9-10 noeuds est devenue l'objectif. Parallèlement, la capacité d'emport en munitions et vivres passe d'une autonomie de 5 à 6 mois, mais beaucoup moins pour l'eau, ce qui met à portée des escadres des grandes puissances européennes l'ensemble des océans. 

   Mais le grand problème de ces navires est leur bois, surtout lorsqu'ils voguent à grande vitesse. Son usure est telle, conjuguée avec les effets des combats et des gros de tempête, que peu atteignent les 15 ans de service que l'on attend d'eux. De plus, si la production tourne ente les XVIIe et XVIIIe siècle à pleine régime, le nombre de navire complètement ratés reste important. Le problème dans ces cas-là, c'est que l'on en s'en "aperçoit" qu'assez tard, le pire l'étant évidemment en pleine mer! Apercevoir est mis entre guillemets car entre les armateurs, l'ingénieur, les possibles contrôleurs de la marine, le capitaine... les échanges courtois sont légions, si on n'ose pas parler de connivences coupables. Disons qu'entre gens de la marine, à ces époques-là, quantités d'arrangements peuvent avoir lieu, mais les problèmes n'interviennent pas seulement dans la marine. Dans toutes les armées, un certain nombre de dysfonctionnements est le résultat direct de malfaçons qui peuvent avoir de très graves conséquences, et parfois, seulement parfois, des sanctions en découlent. Le service du contrôle technique des armées se met en place très lentement, en fonction de la vitesse de fonctionnement des arsenaux et de la volonté politique de les doter de moyens suffisants... Très souvent, une grande partie des ateliers travaillent pour des radoutes, refontes et même reconstructions. Les prix grimpent vite, ce que les politiques  et les financiers (Choiseul notamment, dont les rapports sont très critiqués par les armateurs) voient souvent surtout. Mais c'est à ce prix que des navires conçus pour 15 ans de service peuvent aller jusqu'aux quarante ou cinquante ans... Mais sont-ce les mêmes navires? 

   Les navires de combat, au nombre important sur mer et sur les chantiers, se subdivisent, à la fin de l'Ancien Régime, en trois catégories principales :

- les vaisseaux de ligne, destinés au grands combats ;

- les frégates rapides, d'abord essentiellement destinés à l'éclairage et aux relations isolées, mais qui, grâce à un armement de plus en plus lourd, en arrivent à jouer un rôle très important, à dominer même tous les autres navires ;

- les corvettes et assimilés (chébeks en Méditerranée), plus légères, destinées aux convois côtiers et tâches annexes.

   On constate d'ailleur l'abandon des vaisseaux de 50 et de 64 remplacés par les puissances frégates. Cette puissance de base est entourée d'une "poussière navale" : brigs et avisos, chaloupes, cannonières (mais les brûlots deviennent rares), et aussi d'une flotte de service et de maintenance importante, flûte de transport (spéciales pour les mâts), anciens vaisseaux de ligne plus ou moins désarmés pour faire office de transport de troupes ou rasés en pontons portuaires, gabarres et chasse-marées, paquebots... Ainsi la flotte française de 1790 comporte 241 bâtiments à flot.

   La marine anglaise, beaucoup plus puissante, porte l'accent sur la supériorité numérique de ses vaisseaux sans négliger un "acccompagnement" de frégates, de plus en plus fourni. Alors que dans les trois grandes marines rivales (Angleterre, France et Espagne) les grands navires représentent de 30 à un tiers des unités, les autres marines importantes (Russie, Danemark, Hollande, Suède) réduisent la part de "poussière navale". D'ailleurs, ce n'est pas parce que les commandements les trouvent peu utiles, mais cette "poussière" est très chère. Les marines de troisième rang (dont celle des Deux-Siciles jusqu'en 1860 l'une des plus modernes) combinent quelques unités lourdes avec des bâtiments rapides, destinés à lutter surtout contre la piraterie. 

   A ces flottes de guerre permanente, édifiées en même temps que les autres corps permanents des armées, s'ajoutent des flottes "paraétatiques" dont les principales sont celles des trois compagnies des Indes orientales. Nécessairement armés, ces navires sont souvent conçus selon un compromis entre le bâtiment de guerre et bâtiment de commerce, combinant souvent leurs inconvénients. Après quelques naufrages, la compagnie française des indes se met à les construire dans ses propres arsenaux, avant après la guerre de Sept ans que le Contrôle général ne les intègre purement et simplement dans la Marine Royale. D'ailleurs, l'obligaton de construire une flotte de combat constitue la raison majeure de l'échec financier de la Compagnie française. seule la Compagnie anglaise, en adoptant de nouveaux matériaux (bois de teck) et certaines méthodes asiatiques (bords droits) fait bonne figure. Il faut encore ajouter à ces flottes des flottes, beaucoup plus réduites, pirates ou corsaires, dotées la plupart du temps de navires construits dans des chantiers navals officiels (concédés de gré ou de force..) qui écument les mers jusqu'à l'orée du XXe siècle...

   Les multiples transformations impliquent le recours constant à l'innovation. Arme technique par excellence, la marine stimule la recherche scientifique, suscite invention et innovation, qui, à leur tour, se heurtent parfois à des résistances mentales... et sociales car bousculant des situations établies. Les grandes marines sont, de ce fait, avant la révolution industrielle, l'un des domaines les plus dynamiques de l'Ancien Régime, l'un des secteurs de pointe, tant par leurs méthodes que par une partie de leur personnel.

Le bâtiment de combat représente un compromis d'une extraordinaire complexité entre les contraintes techniques, les tâtonnements des innovations scientifiques et techniques, les coûts de construction et d'entretien, les choix d'indépendance et de dépendance des marchés des matières premières comme des produits finis... Le navire reste à la fin du XVIIIe siècle fondé sur le couple du bois-moteur/voile-hommes : théoriquement l'on reste à l"intérieur d'un même "système technique". Sous ces apparences se cache pourtant une énorme dénivellation - plus encore intellectuelle que matérielle. Un "80" repréente un énorme progrès par rapport à un vaisseau du milieu du XVIIe siècle. Cette mutation s'est faite par acumulation de micro-innovations souvent imperceptibles.

     

      Les navires de ligne, de même que les galères d'avant, bataillent en groupe. Ce n'est que dans les opérations de corsaires et de pirates que l'on peut voir un combat avec peu de navires, voire deux seulement, et de manière totalement disproportionnée le plus souvent, sauf mission de couler un gros navire pour le compte d'une puissance étatique, entre un navire de guerre et un navire de commerce. Ces navires voyagent et combattent en escadre opérant sous un même chef (installé dans un navire-amiral). La flotte de guerre, comme sur terre, est ordonnée alors en avant-garde, corps de bataille et arrière-garde. Une escadre est généralement subdivisée en divisions. Fréquemment, en fonction du nombre de vaisseaux, la division comporte trois ou un multiple de trois vaisseaux (pour des questions de manoeuvres contre une flotte ennemie). A côté des vaisseaux de ligne formant la ligne de bataille, on trouve des frégates, chargées de diverses missions (liaison, reconnaissance, répétition des signaux ou aide au remorquage...), d'autres navires aux fonctions diverses (brûlots, transports, navires-hôpital...)...

 La tactique navale n'émerge en tant que discipline adoptée par toutes les grandes marines que dans les dernières années du XVIIIe siècle. Alors que du temps des galères, on peut chercher à mener une sorte de bataille terrestre sur bâteaux : préparation d'artillerie, abordage, bataille rangée (plus ou moins..° dans le navire ennemi... du temps des vaisseaux de ligne, la bataille a toujours pour but d'envoyer par le fond l'adversaire ou de le désemparer suffisamment pour pouvoir l'aborder, et obtenir rapidement sa reddition. Les vaisseaux voyagent souvent en ligne de file, mais dans la batille, pour pouvoir utiliser au maximum les bouches à feu, tous les vaisseaux se mettent en boucle deux par deux, chacun des adversaires tentant de mettre l'autre sous des feux croisés tout en évitant de l'être. La canonade constitue l'essentiel du combat entre les deux lignes, avec des résultats tantôt spectaculaires, tantôt décevants, une fois placées à des distances allant de quelques centaines à quelques dizaines de mètres. La forme de combat s'homogénéise tellement dans l'ensemble des grandes marines, qu'on en vient, comme sur terre avec ces agencements géométriques où chaque adversaire fait l'honneur de tirer chacun son tour, lorsqu'elles sont en confrontation à adopter les mêmes manoeuvres, les mêmes règles de combat, les mêmes scénarios de bataille tout à fait prévisibles... et qu'entre marins on se met en honneur de respecter... même si cela se solde par des engagements assez vains et pas du tout concluant. Même comme toujours, pour échapper au danger de ce fétichisme, apparaissent des marins et des officiers hardis et indisciplinés qui utilisent de belles combinaisons pour anéantir plus sûrement l'adversaire. C'est ainsi que le français SUFFREN et l'anglais NELSON réalisent des manoeuvres en T, disloquant leur propre formation pour lancer des navires par le travers de la ligne ennemis, la perçant de plusieurs points et la trançonnant pour isolér des éléments plus faciles à "réduire". (Général Pierre GOUBARD, site de l'ASAME (www.asame.org)

 

    Au milieu du XIXe siècle, le vaisseau de ligne atteint son apogée et les grandes marines néchappent pas à la tentation du gigantisme avec d'énormes trois-ponts de 4 000 tonnes, comme le français Valmy de 120 canons. Une remise en cause est cependant à la veille de s'imposer avec l'apparition de la vapeur et du "boulet creux". Les expériences menés dès 1817 sur le Triomphant, la réduction des forts de Saint-Jean-d'Ulloa en 1838 par l'escadre de Baudin soulignent les effets destructeurs des obus explosifs sur les coques et sur les murailles.

La guerre de Crimée, le premier grand conflit de l'ère industrielle, constitue le début d'une révolution dans le domaine de la marine de guerre, avec ces nouveaux boulets, dont l'usage signe le début d'une nouvelle course aux armements maritimes fondées sur des cuirasses, la proplusion à vapeur, l'hélice, une artillerie composée de canons rayés se chargeant par la culasse tirant des obus explosifs...

 

André CORVISIER, Dictionnaire d'art et d'histoire militaires, PUF, 1988.

 

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23 avril 2016 6 23 /04 /avril /2016 10:45

  Si se battre sur l'eau (au lac ou sur mer) requiert des conditions spéciales par rapport aux combats terrestres, longtemps à part le fait de tenter de couler les navires adverses, les soldats s'y battent avec les mêmes armes que sur terre. Le tout est souvent d'immobiliser au moins deux navires ami et ennemi et de faire manoeuvrer sur des ponts parfois improvisés entre eux des troupes. De plus, il faut compter avec des aspects plus ou moins hostiles des environnements aquatiques : vents et tempêtes, animaux marins plus ou moins agressifs, le tout avec le fait qu'il faut d'une certaine manière, même durant un court temps, habiter sur ces embarcations...

  A toutes les époques, le navire de guerre apparait comme un compromis s'efforçant de concilier avec plus ou moins de bonheur rayon d'action, habitabilité, protection et capacité offensive, que celle-ci repose sur l'éperon, sur des armes de jet, des canons, des torpilles, des aéronefs ou des missiles. Les bâtiments de combat s'intègrent également dans une hiérarchie, en raison des exigences de certaines missions ou de l'apparition d'armes nouvelles. Dans la marine ancienne, frégates et corvettes assurent l'éclairage des escadres, les liaisons, prêtent appui aux vaisseaux en difficulté ou se chargent de la répétition des signaux. Au cours de la première guerre mondiale, les cuirassés ne sortent qu'escortés de destroyers destinés à repousser ou à prévenir les attaques de torpilleurs ou de sous-marins. Les porte-aéronefs des flottes actuelles exigent un "environnement" de bâtiments aptes à la lutte aérienne et anti-sous-marine.

 

Philippe MASSON, chef de la section Etudes du Service historique de la Marine, constitue ici notre guide principal.

 

      Avant d'en arriver là, de l'Antiquité jusqu'au XIXe siècle, deux types de bâtiments constituent l'épine dorsale des marines de guerre, en fonction d'aires géographiques spécifiques : la galère d'origine méditerranéenne et le navire à voiles à capacité océanique, mais d'apparition tardive. De fait, la galère, sous des formes variées, est présente sur près de deux millénaires. En Méditerranée, elle constitue le bâtiment de combat dominant pendant toute l'Antiquité, le Moyen Age et sa carrière ne s'achève qu'à l'aube de l'époque contemporaine.

  Les galères, navires "longs", étroits, mus essentiellement à la rame et dotés d'une quille proéminente renforcée à l'avant de plaques de bronze, apparaissent chez les Phéniciens. Elle est dotée également d'un grand mat avec sa grand-voile et d'une plus petite à un autre mat. Mais ces voiles ne servent qu'à naviguer au gré du vent (pas de louvoiement) et la force des rames est largement préfére pour mouvoir par exemple la trirème. Durant le combat, on ne hisse la voile que...pour fuir!  Une légende tenace assimile les rameurs des galères à des galériens (le rapprochement ne vaut en fait que beaucoup plus tard, pendant la Renaissance en Occident...). Or le recrutement se fait avec soin : il vaut mieux utiliser des rameurs expérimentés faute de quoi, voguer sur ces galères serait plutôt pour le commandement... galère!  En Grèce comme à Rome, des professionnels sont donc rémunérés (soldes) sur le long terme (jusqu'à 25 ans...) pour tout ce qui concerne la manoeuvre des navires, sauf en cas d'urgence, où les citoyens possédant des esclaves sont "invités" à les mettre à disposition de la marine. Ce n'est qu plus tard que des galères, surtout marchands d'ailleurs, utiliseront des condamnés ou des esclaves en quantité. Les galères, selon des experts contemporains, s'apparentent à des... phoques! "En effet, écrit  J TAILLARDAT, les équipages perdaient la terre de vue le moins souvent possible parce que la trière était, en définitive, un vaisseau peu sûr ; au moindre coup de vent, on cherchait un abri sur la côte même. En outre, la trière, vite et légèrement construite, était incapable de tenir longtemps la mer sans carénage ; pour la calfatrer, pour l'entretenir, il fallait souvent toucher terre. Enfin, il y avait à bord d'une trière un extraordinaire tassement d'hommes et de matériel : on ne pouvait donc pas y embarquer de vivres pour très longtemps ; d'autre part, conséquence de l'entassement à bord, l'équipage ne pouvait vraiment se reposer qu'à terre et il passait les nuits, aussi souvent que possible, sur le rivage." Il explique aussi que la nécessité de garder le contact avec la terre, qui demeure jusqu'à l'Empire romain, a de graves inconvénients : accroissement des risques de perte par naufrage, impossibilité de tout blocus maritime, obligation de s'appuyer sur des bases nombreuses, obligeant pour la suprématie des mer, à contrôler le plus grand nombre d'iles possibles. 

    Avec les Grecs, l'épéron est associé aux pentokontores, des galères de 50 rameurs dont 25 de chaque bord, avant de constituer l'armement majeur de la birème apparue au VIIIe siècle avant J-C et de la trirème, née au milieu du siècle suivant, remarquable navire que l'on retrouve jusque sous l'Empire romain.

Une trirème d'Athènes, une des plus grandes puissances maritimes du monde grec, mesure au Ve siècle 38 mètres de long, 5 de large, avec un tirant d'eau de 1 mètre environ. L'équipage compte alors 170 rameurs, 13 matelots chargés de la manoeuvre des voiles, 7 officiers et une troupe de débarquement ou d'abordage composée d'une dizaine d'épihates. Compte tenu de l'imprécision des sources, la répartition des rameurs sur 3 niveaux, fait encore l'objet de débats entre experts. L'archéologie expériementale notamment tente de déterminer ce qu'avait pu être ces trirèmes. En tout cas birèmes ou trirèmes sont prévues uniquement pour l'attaque à l'éperon, une technique singulièrement délicate et aléatoire qui exige une habileté de manoeuvre importante, ne serait-ce que pour éviter à l'abordeur d'être abordé!  

En mer plus que sur terre, les manoeuvres fraticides, lorsque entre en jeu plusieurs navires de chaque côté, sont courantes. Ce qui explique d'ailleurs, que dès l'époque hellénistique, cette méthode de combat s'efface devant l'abordage préparé ou non par le tir d'armes de jet. Même si le gros des effectifs des flottes des Macédoniens ou des Ptolémées d'Egypte reste composé de trirèmes, cette orientation contribue certainement à l'apparition de navires de gros tonnage, voire même de géants des mers, à 6, 12, voire 20 ou 30 rangées de rameurs. D'après Athénée et Plutarque, le record semble appartenir à un monstrueux bâtiment à deux coques, sorte de catamaran, construit sur l'ordre de Ptolémée IV à la fin du IIIe siècle. Ce tessarakontores de 128 mètres de long aurait comporté 40 ranges de rameurs, soit 4 000 hommes sans oublier 2 850 soldats et 400 matelots! Les spécialistes ont du mal à y croire. 

   

  Jusqu'à ce qu'on tente de pratiquer l'abordage et le combat dans les navires eux-mêmes de manière systématique, la manoeuvre consiste surtout à se disposer en une seule file autour de l'adversaire en cherchant à resserer le cercle et attendre que le désordre s'installe chez l'ennemi avant d'aqquer à l'éperon, ou encore à se déployer les proues face à l'adversaire (Athènes), et à avancer afin de détruire ses avirons, de faire ensuite volte-face et d'attaquer par derrière ou de flanc, toujours à l'éperon...

   Indépendamment d'une meilleure tenue à la mer, les grands bâtiments se trouvent en mesure de recevoir un armement puissant à base de balistes et de catapultes. L'attaque à l'éperon s'efface complètement devant l'abordage précédé du tir de l'artillerie. On suite une évolution analogue à celui des armes et du combat terrestres. A la recherche du corps à corps après éperonnage succède les tirs à distance les plus intenses possibles pour éclaircir les rangs de l'ennemi ou mieux pour couler les navires adverses.

   Dans la Rome antique, au cours des guerres puniques, on recourt également à l'abordage, à partir de trirèmes ou de quadrirèmes dérivées de celles utilisées par Syracuse. Cette tactique est associée à une innovation technique, le corvus, une passerelle rabattable doté de grappins et destinés à s'abattre sur le pont du navire adverse, permettant ainsi l'assaut d'une solide compagnie de légionnaire. Comme le souligne Polybe, on trouve là une transposition de combat terrestre préféré des Romains. Quoi qu'il en soit, il reste plus difficile de se battre sur l'eau que sur terre, avec des taux d'attrition bien supérieurs. De bonnes capacités de manoeuvriers sont requises. 

Par une tendance que l'on retrouve à maintes reprises par la suite, l'Empire romain remet en cause le gigantisme, vu les résultats de bataille navale mettant en prise des gros mastodontes et des navires légers, comme à Actium. 

Pendant les cinq siècles de la paix romaine, la marine impériale, à l'exception de quelques mastodontes de prestige, utilise essentiellement de légères et rapides liburnes, à un ou deux rangs, chargés de la police des mers, de la répression de la piraterie et du maintien de lignes de communications vitales.

   A la chute de l'Empire Romain d'Occident, l'Empire byzantin assure sa suprématie sur la Méditerranée en faisant évoluer la galère vers le Dromon, autre bâtiment léger. Ces navires offrent  un bon compromis entre la puissance et la maniabilité. Relativement légers et rapides, ils sont dotés de 50 avirons de chaque bord répartis en deux rangées superposées. Le dromon dispose d'un éperon au-dessus de la ligne de flottaison. Mais le rôle de l'éperon n'est pas utiliser, comme auparavant à détruire le navire adversaire, mais à faciliter l'abordage préparé par des tirs d'armes de jet

 Pour contrer les forces arabes qui apprennent à fabriquer les mêmes navires, les Byzantins utilisent le feu grégois et pour ce faire les agrandissent. Ce célèbre feu grégois utilisé au moyen de siphones - lance-flammes - ou d'amphores projetés sur les ponts adverses par des catapultes. Les Byzantins utilisent surtout alors des birèmes. Progressivement, la voile alla trina d'origine arabe remplace la voile carrée.

   A partir du XIIe siècle, les galères utilisées par les cités italiennes dérivent de ce type de bâtiment. Les seules innovations notables concernent la propulsion. Avec l'adoption de la nage alla sensile, au XVIe siècle, ce dispositif cède la place à la nage a scaloccio où plusieurs hommes, de 5 à 7, n'actionnent qu'un seul aviron.

  Pendant toute l'époque médiévale, la galère reste le navire de combat dominant de la Méditerranée, de la Mer Noire ou de la Mer rouge. Elle répond parfaitement à des conditions de navigation spécifiquement liées à l'absence de marée, de vents et de courants réguliers. Indépendamment des engagements, la galère se prête admirablement aux opérations combinées, à la défense ou à l'attaque des ports, ainsi qu'à la lutte contre les communications, sans compter l'attaque des navires marchands...

   Les batailles ressemblent de plus en plus à des rencontres terrestres (Preveza, Lépante). Avec une aile appuyée à la côte, les deux flottes se présentent en ligne de front. L'art des amiraux consiste à obtenir une rupture au centre ou à tenter un débordement sur le flanc exposé à la haute mer. Quant à la tactique, elle ne diffère guère de celle utilisée depuis l'Antiquité, même si l'armement comporte à partir du milieu du XVe siècle trois ou cinq pièces de canon, placées à l'avant et tirant en chasse. Précédé du feu de ces pièces associé au tir des armes portatives, arcs, arbalètes, arquebuses, bref toutes les sortes d'armes à projectile qu'on a pu monté à bord, l'abordage consiste toujours la finalité d'une rencontre qui se solde par un combat au corps à corps. Pour faciliter l'assaut, l'éperon a complètement disparu et cédé la place à une plate-forme triangulaire.

   A la fin du XVIe siècle et au début du siècle suivant, la galère connait sa dernière évolution, avant de disparaitre (lentement quand même). Le développement de la puissance de feu se traduit par une augmentation sensible du tonnage et des effectifs. Un bâtiment ordinaire mesure 47 mètres de long, 6 de large et 2 ou 3 tirant d'eau. Il porte deux voiles latines de maniement extrêmement difficile et 25 paires d'aviron actionnées par une chiourne de 250 rameurs, au lieu de 144 un demi-siècle auparavant. L'équipage comprend encore 120 matelots destinés à la manoeuvre et à la navigation et une compagnie d'abordage d'une cinquantaine de soldats. Mieux avec certaines unités de prestige comme à Lépante pour la Real de don Juan qui porte 420 rameurs et 400 arquebusiers... Il faut noter que bien plus que sur terre le rapport soldats/servants est relativement faible, plus faible même, compte tenu de toutes les contraintes que pour, à terre, le rapport chevalier/servants... Car outre les rameurs, il faut compter tous les autres hommes d'équipage, et même en augmentant la taille des navires, il est relativement difficile de parvenir à de meilleurs rapports. Car l'enconbrement prend des proportions énormes. Tout accroissement de 50% du tonnage entraine une hause de 100% de l'équipage avec des résultats douteux. Pour un renforcement relatif de l'artillerie, les galères perdent leurs qualités de rapidité, de légéreté et de souplesse, pour devenir des bâtiments lourds, peu maniables et de faible rayon d'action.

Le cas est encore plus net avec les galéasses. Mus à la rame et accessoirement à la voile, ces navires sont dotés d'une artillerie latérale qui s'ajoute aux pièces installés en chasse. A Lépante, bataille navale ché dans l'histoire de la marine de guerre, ils jouent un rôle défensif et contribuent à briser les attaques de galères ottomanes. Mais, à l'usage ; ces navires hybrides, lourds, peu manoeuvrables et dotés finalement d'une puissance de feu limitée, se révèlent singulièrement décevants (par rapport aux calculs des constructeurs, des ingénieurs et aux attentes des commandements...). Tout comme les galères traditionnelles, ils se montrent incapables de rivaliser avec le vaisseau de ligne né dans les mers du Sud. 

 

Philippe MASSON, Navires, dans Dictionnaire d'art et d'histoire militaires, PUF, 1988. J. TAILLARDAT, La trière athénienne et la guerre sur mer aux Ve et IVe siècles (av JC), dans Problèmes de la guerre en Grèce ancienne, Editions de l'EHESS, 1999.

 

ARMUS

 

   

 

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21 avril 2016 4 21 /04 /avril /2016 08:37

   Depuis tout temps (et toute guerre), même lorsque la coutume voulait que ce soit la mêlée du corps à corps qui décide du "sort des armes", les armées ont tenté de trouver tout projectile qui pouvait abréger le moment de la confrontation directe. Ainsi l'emploi de divers projectiles incendiaires, utilisés souvent dans le siège des villes, prend une nouvelle tournure lorsque les propriétés de la poudre sont découvertes. Avant d'aller plus en avant, signalons que le mot grenadier ne désigne pas (ou plus) (seulement) à des soldats spécialisés dans l'emploi des grenades, mais surtout des membres des unités d'élite. 

Le mot "grenade" à d'origine française et provient du fruit du même nom, en référence à la taille des premières grenades, et parce que les éclats de shrapnel rappelaient aux soldats les nombreuses graines du fruit. Toutes les grenades ne sont pas lancées à la main. Il existe depuis longtemps des grenades à fusil, et des lance-grenades.

       Les grenades, en Occident, car dans d'autres contrées on connait la poudre bien avant, sont utilisées dès la fin du Moyen Age, surtout en Europe centrale sous des formes directes de projectiles creux et bourrés de poudre, apparentés aux bombes (appelées parfois bombines), lancés à la main, par des frondes ou des mousquets, après allumage de la mèche. Les soldats sont chargés de leur dangereux emploi sont des volontaires (plus ou moins contraints) combattant en "enfants perdus" en tête des colonnes d'attaque. Car il faut s'approcher relativement près de l'ennemi pour pouvoir faire de réels dégâts. 

La première grenade connue vient de Chine sous la dynastie Song (960-1279), connue sous le nom de Zhen Tian Li. Les soldats confinaient de la poudre noire dans des récipients en céramique ou en métal. En 1044, un livre militaire, Wujing Zongyao (principes généraux du Classique de la guerre) décrit divers types d'armes à feu, dont le prototype des grenades à main moderne. A la même époque, les peuples orientaux des Croisade développent des modèles de grenades incendiaires et explosives en céramique. Leur utilisation peut faire appel à des soldats spécifiques aussi bien sur les champs de bataille que dans les sièges. Ces grenades peuvent aussi être lancées par des machines de guerre, dont une adaptation d'arbalète à main, ancêtre du lance-grenade. En 1221 apparaissent en Chine les premières grenades et obus en fonte, qui n'existent en Europe qu'en 1467. En l'espace de deux siècles, les Chinois découvrent le potentiel explosif que peuvent représenter les boulets de canon métalliques creux remplis de poudre. 

Durant la Glorieuse Révolution d'Angleterre en 1688, des balles en fer de la forme de balles de cricket remplis de poudre noire et pourvues d'une mèche lente, sont pour la première fois utilisées contre les Jocobites. 

Ces grenades ne sont pas très efficaces, surtout parce que leur rayon d'action n'est pas asse grand et que le système de mise à feu n'est pas au point (nombreux "accidents"). Leur utilisation est assez faible jusqu'au XIXe siècle, mais la grenade fait partie (de manière variable) de l'arsenal des unités d'élites connues sous le nom de grenadiers. 

  L'institution des grenadiers vient de France. Il semble que les grenades y sont utilisées pour la première fois en 1536 au siège d'Arles, mais c'est seulement en 1667 que chaque compagnie d'infanterie est dotée de quatre hommes (appelés grenadiers) spécialement entrainés au lancement des grenades à main. A partir de 1671, des régiments d'infanterie sont progressivement dotés d'une compagnie par bataillon. On confie aux grenadiers des tâches particulièrement difficiles et périlleuses. Aussi reçoivent-ils un équipement très diversifié, fusil, baïnnette, hache, sabre, grenadière (sac contenant une dizaine de grenades).

     Cela exige des hommes forts, agiles et audacieux. Entre la quasi certitude d'y rester la plupart du temps (mais moins avec l'expérience...) et le prestige (et la richesse qui va avec) du "métier", les motivations sont diverses et variées... Vus leur courage et leur dextérité (surtout ceux qui reviennent...), les grenadiers sont très tôt considérés comme des soldats d'élite choisis pour leur robustesse et notamment leur haute taille, leur courage et leurs états de service. Les cmpagnies de grenadiers se recrutent dans les compagnies de fusiliers du bataillon et la charge de capitaine de grenadiers, non vénale, devient un moyen pour les militaires peu riches d'avancer en contournant l'obstacle de l'argent.

     Les modifications survenues dès le règne de Louis XIV dans l'art militaire font abandonner l'emploi de la grenade par l'infanterie. La grenade est laissée aux troupes d'artillerie et de génie. Dès ce moment, les compagnies de grenadiers ont le même éqipement que les compagnies de fusiliers dont elles se distinguent cependant par leir recrutement, leur solde plus élevée, quelques détails d'uniforme, des traditions (port de la moustache). Il faut un certain temps à propos de l'uniforme pour que les commandements s'aperçoivent de la gène de certains accoutrements réservés aux grenadiers (notamment le chapeau...), de la même façon qu'il lui faudra un certain temps pour s'apercevoir de la vulnérabilité des soldats de 1870-1871 due à la couleur de leur uniforme...

  Le nom de grenadier réservé à diverses unités d'élite, dès 1679 Louis XIV crée pour la garde du roi une compagnie de grenadiers à cheval de 50 hommes tirés de l'élite des régiments de cavalerie. Les bataillons de milice ont également leur compagnie de grenadiers. En 1745, celles-ci sont regroupées en bataillons de grenadiers royaux dont l'élite est conservée à la paix d'Aix-le-Chapelle pour former le régiment de grenadiers de France. Les grenadiers royaux sont remplacés dans leur bataillon d'origine par des compagnies de grenadiers postiches qui leur servent de réserve.

 A la Révolution, ces unités particulières sont supprimées, mais une compagnie de grenadiers est maintenue dans chaque batailloon d'infanterie et est introduite dans les bataillons de gardes nationales. La garde du Directoire se compose de deux compagnies de grenadiers, une à pied, l'autre à cheval. Dans l'armée d'Italie, le général Bonaparte organise quatre bataillons de grenadiers. Il en dote la garde consulaire. La garde impériale a un régime puis une division de grenadiers à pied et un régiment de grenadiers à cheval. A la Restauration, on ne conserve que les grenadiers à cheval, mais la garde du Second Empire comporte 3 régiments de grenadiers à pied. Il ne fait pas voir dans ces changements seulement des considérations militaires (efficacité), mais aussi des considérations politiques, dans la mesure où l'armée de la Révolution, comme celle de l'Empire est composée d'éléments idéologiquement "impurs" pour des yeux royalistes. Précisément, l'élite de l'élite de l'armée française, au fil des ans, est marquée par un esprit de loyauté particulière aux idéaux issus de la Révolution... 

   En France les grenadiers de la garde disparaissent en 1870, mais les compagnies de grenadiers de régiments de ligne ont été supprimées par la loi Niel en 1868, en même temps que les compagnies de voltigeurs créées sous le Premier Empire. Ces soldats d'élite sont remplacés par les soldats de première classe répartis dans toutes les compagnies. En effet, des critiques s'étaient élevées contre la constitution de ces unités d'élite qui écrémaient les troupes de leurs meilleurs éléments. Maurice de Sxe avait déjà exprimé l'avis qu'on les exposait trop facilement et inutilement. Plus tard, à l'inverse, on reproche à leurs chefs de les ménager en leur épargnant les fatigues courantes de la vie militaire et de les tenir trop en réserve.

     L'institution des grenadiers est imités dans toute l'Europe. L''évolution est la même qu'en France. Par tradition, l'appelation de grenadier est conservée jusqu'à nos jours à un certain nombre de régiments des armées allemande, anglaise, russe...

    En 1915, les bouleversements survenus dans l'art de la guerre ramènent l'emploi des grenades lancées à la main ou avec le fusil. dans chaque section d'infanterie, des soldats sont à nouveau affectés à l'emploi de cette arme, mais sans qu'il y ait spécialisation et constitution de corps d'élite. De manière générale, durant la Première guerre mondiale, les armées de la Triple-Entente et de la Tripl-Alliance n'ont que de faibles stocks de grenades. Les troupes improvisent des grenades (parfois une simple boite de conserve emplie de poudre et dotée d'une mèche). Ce n'est qu'après la grande guerre que se développent de manière industrielle la fabrication et le déploiement de divers types de grenades : Mills Bomb britannique (première grenade à fragmentation moderne), Stielhandgranate allemande (charge explosive contenue dans une boite métallique montée sur un manche en bois creux), cocktail Molotov russe (arme artisanale composée surtout d'une bouteille en verre remplei en partie de liquide inflammable). 

On distingue des grenades défensives (plus destructive que l'autre car entouré d'un matériau qui se fragmente à la détonation) et offensives (de plus courte portée, surpression générée par la quantité importante d'explosif), Grenades à fragmentation, à surpression, à percussion, Grenade sfumigènes, lacrymogènes, incendiaires, incapacitantes, de désencerclement (non-létale), et plus tard encore, grenade anti-char...

        L'emploi de la grenade (à la main ou à l'aide d'un fusil lance-grenade) est répartit ensuite chez tous les combattants et devient même un mode habituel sous la Seconde guerre mondiale de se débarrasser des "nids" d'ennemis rassemblés ou de "nids" de mitrailleuses, notamment pendant la seconde guerre mondiale.

 

André CORVISIER, Grenadiers, dans Dictionnaire d'art et d'histoire militaires, PUF, 1988.

 

ARMUS

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20 avril 2016 3 20 /04 /avril /2016 09:30

 Avec l'apparition et surtout la généralisation des armes à feu portatives, sans doute entre t-on plus qu'avec l'artillerie à feu, dans un autre univers mental du soldat.

François AMBROSI explique une de problématiques essentielles des armes à feu légères. "Etant au service du combattant à pied, les armes légères doivent le gêner le moins possible dans ses évolutions : marche, course, saut, rampé, accès dans les véhicules ; elles répondent donc à des impératifs de poids et d'ensombrement très sévères. Les limites les plus couramment admises (mais ceci après bien des expériences et des déboires, précisons-le nous-mêmes), sont pour les armes d'appoint 1 kg et 30 cm, pour une arme individuelle de base 4 kg et 80 cm, et pour une arme collective de 10 à 12 kg et 1,2 m en deux éléments au plus. Comme le fantassin, elles sont aptes au service, en tout temps et en tout lieu (cela est encore une utopie, en fait...). Leur fonctionnement doit, de ce fait être assuré de - 50 à + 55eC, sous la pluie, la neige, après passage ou chute dans l'eau, dans la boue, dans la poussière ou sur le sable, qu'elles soient lubrifiées ou encrassées (ces fonctionnements idéaux sont encore très théoriques en fait...). 

Quels que soient les appuis dont il puisse bénéficier (...) dans les phases les plus critique de son combat, l'assaut, la défense rapprochée ou le corps à corps, le fantassin ne peut compter que sur ses propres armes. Elles ont donc le privilège de remplir à faible portée un rôle normalement dévolu à des armes lourdes et ensombrantes. Leur puissance spécifique est donc souvent considérable.

Il faut enfin, que le combattant à pied puisse atteindre (mais pas forcément physiquement) son adversaire quel que soit le mode de locomotion ou de protection qu'il utilise (...). malgré un souci de standardisation et de simplification poussé à l'extrême (souci qui n'ait acquis que très tardivement d'ailleurs...), la technique moderne n'a pu répondre à ces impératifs que par un accroissement de la variété des armes légères." 

   

    Alors que dans les siècles précédents, le corps à corps, même retardé, apparait comme le moment de la décision sur le champ de bataille, il est possible peut-être de l'éviter et en tout cas d'éviter qu'il ne soit décisif, par le primat d' "un assaut à distance", où des rangs adverses, on lance des coups de feu plus ou moins précis afin de défaire et/ou de tuer l'ennemi. Il n'est plus immoral de l'emporter d'un coup de mousquet, de couleuvrine ou de pistolet. Il devient même important de pouvoir tirer sans être tiré, de le faire protéger, même si à terme, la cuirasse devient inutile. Il reste toujours le relief du terrain, et des murailles qui, malgré tous les efforts de l'artillerie, restent efficaces (pour un certain temps...). Avec en sa possesion la puissance (de plus en plus grande) d'un feu qui peut apparaitre comme "divin", le soldat se sent encore plus puissant que dans une cuirasse qui lui recouvre tout le corps, mais à terme plus vulnérable aussi (au moment où l'adversaire se dote des mêmes armes) dans la bataille. Avant que les feux combinés de l'artillerie et des armes à feu portative ne soient plus l'apanage de quelques très riches princes, le nouveau soldat de l'infanterie (qui peut dégommer cheval et cavalier à distance) devient l'élément principal de la guerre.

Après l'arc et l'arbalète qui avait déjà diminué l'impact des charges de cavalerie lourde ou légère, l'arme à feu portative dessine une nouvelle géométrie de la bataille, géométrie dont nous informent aujourd'hui les gravures et les dessins de travail des artistes et des ingénieurs de (ou pour) l'armée. Si les divers commandements recherchent à ce point - nonobstant une certaine échelle de valeur quant à la bravoure et au courage - cette évolution vers les armes à feu, ce n'est pas seulement parce que cela fait du bruit efficace (notamment sur les chevaux) et que cela fait plus de ravages que les flèches et les carreaux, c'est parce que de tout temps, et cela s'aggrave lorsque le nombre de combattants en jeu devient considérable, le corps à corps est redouté comme source d'incertitude sur le sort de la bataille et comme source de chaos. En effet, lorsque les corps à corps à deux ou trois se mutliplient sur un champ de bataille, il n'est plus possible de manoeuvrer, sauf à - et certains l'ont fait - sciemment provoquer des morts fraticides. Il y aurait là tout une sociologie à développer, non seulement à travers les comportements individuels des soldats qui passent des armes blanches à des armes à feu portatives, mais à travers également les comportements des commandements. La psycho-sociologie du corps à corps est tendu entre l'expression de l'hubris guerrier face à face et l'envie de l'éviter. Et ce n'est pas pour rien si, dans les temps reculés, lorsque la bataille semble vraiment indécisible entre deux armées semblables et importantes qui se font face à plusieurs dizaines de mètres de distance, parfois la coutume permet à des "champions" d'être désignés pour décider du sort des combattants et de la population derrière eux, pour déterminer à eux deux seuls de l'issue de la bataille.

   Les premières armes portatives apparaissent d'abord en Chine et au Japon, elles ne commencent à être connues en Occident qu'au milieu du XIVe siècle. Les diverses améliorations au cours des siècles touchent à la fois à la composition du baston à feu (le cylindre central), le mode de chargement de celui-ci, la qualité et la quantité de poudre et munition utilisées, le système de mise à feu...

De forme cylinfrique, elles sont fixées au bout d'une lance ou d'un piquet et projetait des cailloux ou des morceaux de fer. Le baton à feu ou trait à poudre qui lui succède, est constitué par un tube fermé à l'une de ses extrémités. La mise à feu s'effectue à l'aide d'une lumière. Il est prolongé par une tige qui passe sous le bras du servant. En 1364, la ville de Pérouse commande 500 de ces armes rudimentaires, dites scopettes, qui l'on retrouve partout à la fin du XIVe siècle. 

Au XVe siècle, le trait à poudre se perfectionne et donne naissance à la couleuvrine puis à l'arquebuse. Le tube s'allonge, l'arme mesure environ 1,50 mètre et est dotée d'une poignée et d'une crosse, son poids était d'environ 15 kilogrammes. Pour être utilisée, elle doit être appuyée sur une fourquine. La mise à feu s'effectue à l'aide d'une mèche. la poudre d'amorçage est placée dans une cavité appelée bassinet. Plusieurs perfectionnement interviennent rapidement : serpentin formé d'une tige en fer en forme de S pivotant autour d'un axe mettant la mèche au contact de la poudre, adjonction d'un ressort et d'une détente, couvre-bassinet empêchant la poudre de tomber quand l'arme est amorcée, mécanisme rassemblé sur une platine fixée sur le côté droit de l'arme... Au début du XVIe siècle, l'arquebuse s'allège considérablement : elle pèse de 5 à 7 kg et son calibre est d'environ 15 mm, sa puissance de perforation et sa portée restent toutefois faibles.

Pour remédier à ces insuffisances, les Espagnols les premiers adoptent en 1521 le mousquet, d'un calibre de 17 mm, qui tire une balle de 30 g et dont la portée est de 300 mètres. En France, le mousquet est utilisé tardivement notamment à cause de son poids, de 7 à 8 kg. L'adoption de l'arme à feu ne se fait pas sans résistance, beaucoup comme le chevalier BAYARD, la considérant encore comme une arme déloyale et selon MONLUC, c'est une invention du diable. A la fin du XVe siècle, un condottiere italien fait crever les yeux et couper les mains aux soldats pris en possession d'une arquebuse... 

Malgré cette résistance d'une chevalerie de toute façon en perte de vitesse, de nouvelles découvertes accroissent la maniabilité de l'arme et améliorent son efficacité. Dans la platine à rouet la mise à feu est produite par le jaillissement d'étincelles résultant du choc d'une pysrite de feu contre une roue d'acier. Auparavant et cela dure encore un certain temps, la mèche doit être allumée à la main. Ce perfectionnement, qui raccourcit la durée de recharge de l'arme, est suivi d'autres, par exemple et surtout : dans la platine à batterie, une pierre à feu est placée dans les mâchoires d'un chien libéré par une gâchette quand on appuie sur la détente.

     Très tôt apparait une arquebuse plus courte, dite périnal parce qu'on appuie la crosse sur la poitrine, dans la cavarie. L'invention de la platine à rouet permet de généraliser l'emploi de l'arme à feu dans les troupes montées. Au milieu du XVIe siècle, les troupes à cheval adoptent une arme courte et facile à charger, dont la bouche est évasée, l'escopette, et la pistole qui est ensuite remplacée par le pistolet. Celui-ci mesure environ 40 cm et se tire à bout de bras. C'est l'arme favorite des reîtres allemands qui pratiquent le combat à caracole.

    L'infanterie française reste fidèle à l'arme à mèche jusqu'à la fin du XVIIe siècle. La platine à rouet est d'un emploi plus pratique, elle craint moins la pluie que la mèche qui, en outre, fait repérer les soldats la nuit, mais son mécanisme est délicat et fragile. Un des moteurs de l'innovation de l'arme à feu portative est précisément la faculté de pouvoir l'utiliser par tous les temps. Très nombreuses sont les surprises de certains commandements, qui ont doté - à grand coûts - leurs troupes des premières armes à feu portatives, quand la pluie et le vent les rendent inopérantes, obligeant les soldats à recourir à de multiples astuces pour pouvoir les utiliser. L'obligation de monter ces armes sur des fourquines gêne également la manoeuvre qui s'allonge considérablement dans le temps... d'autant que pour y échapper, les soldats ennemis... courent plus vite pour parvenir à eux. Ce qui explique ces élans en masse qui sont trop mis sur le compte d'une "fureur guerrière", de troupes vers des arquebusiers ou des couleuvriniers en face d'eux. Il faut pouvoir les tuer avant qu'ils ne mettent en place ces "armes du diable". L'habitude de s'élancer comme ça vers l'ennemi, même lorsqu'ils pointent les armes droit devant eux, se généralise, même lorsque, surprise!, celui-ci se dote d'armes plus rapides à mettre en oeuvre, et ne se perd vraiment pas rapidement... La conjonction de la mise en oeuvre d'une discipline militaire plus stricte (des soldats surveillent à l'arrière le mouvement de possibles déserteurs...) et de la lenteur à parer aux conséquences de cette nouvelle rapidité, coûte cher en hommes. Il faut un certain temps pour que de nouvelles manoeuvres se mettent en place...

  L'allègement de l'arme à mèche, notamment du mousquet, ce qui permet son utilisation sans fourquine (mais oblige le soldat à maitriser plus son équilibre au moment du tir...), donne un avantage certain aux premières armées qui l'adoptent (les Suédois notamment). Le terme fusil, qui vient de l'italien focile qui désigne la pierre à feu, devient par déformation le nom de l'arme qui porte une platine à silex. Les premiers fusils apparaissent vers 1635. Plus légers mais d'un calibre moindre que le mousquet, ils sont interdits lontemps dans l'armée française. Les mousquets disparaissent, et progressivement sont remplacés par les fusils dans les armées européennes les unes après les autres (Autriche, puis Suède et Angleterre, puis France...). 

  La fameuse rainure hélicoïdale peu profonde pratiquée à l'intérieur du canon d'une arme à feu pour imprimer au projectile un effet de rotation qui en améliore la portée et la précision apparait au XVe siècle (souvent longitudinales, elles deviennent vite hélocoïdales). Mais ce n'est qu'au XVIIe siècle que l'on voit apparaitre les premières armes à feu à canon rayé (pour la chasse) et ce n'est qu'au XVIIIe siècle que l'armée s'en voit dotée, et même seulement au XIXe que les canons rayés sont introduits dans l'artillerie. Les premiers fusils rayés se chargent par le canon et l'adaptation du projectile aux rayures est d'abord une opération longue et difficile. Il faut attendre les chargements par la culasse pour que ces fusils se généralisent dans les armées.

  L'armée suédoise la première se dote de fusils à cartouches, sachets en papier qui permettent de transporter ensemble tous les composants : poudre d'amorçage, poudre propulsive et balle. Avec beaucoup de retard, la France le fait en 1702. Cela permet aux soldats d'augmenter sensiblement leur cadence de tir. Elle est d'un coup toutes les 10 minutes au début du XVIe siècle, un coup par minute vers 1700, deux à trois coups au milieu du XVIIIe siècle, 6 dans l'armée prussienne où l'on recherche plus la rapidité du tir que sa justesse de feu. Ce qui explique que sur les champs de batailles, les manoeuvres comme les engagements deviennent de plus en plus rapides. La vitesse de manoeuvre constitue, et pas seulement pour les armes à feu de l'infanterie, un facteur essentiel de décision du sort des armées. On retrouve ce souci de rapidité dans toutes les armes, dans la cavalerie et dans l'artillerie comme dans l'infanterie. 

  En 1717 est créé en France un fusil de calibre 17,5 mm destiné à remplacer les armes de modèles divers dont les troupes sont jusqu'alors dotées. Il est amélioré à plusieurs reprises et aboutit au modèle de 1777 qui est la première arme à avoir été fabriquée de façon scientifique et standardisée. Il tire une balle de 28 g, pèse 4,6 kg et mesure 1,52 mètre. Il est répandu dans les armées de la Révolution et de l'Empire; et n'est que très légèrement modifié en 1801 puis en 1822. L'infanterie légère, comme les fragons, reçoivent une arme plus courte de 10 cm.

   A la suite de la découverte du fulminate de mercure par HOWARD en 1800, les armes à feu sont dotées de systèmes à percussion dans les années 1840. Les armes anciennes sont alors modifiées pour recevoir ce nouveau système dans les années 1850. La grande innovation de cette époque est celle du fusil se chargeant par la culasse qui permet une cadence de tir beaucoup plus rapide que le chargement par la bouche. Cette innovation permet en outre de tirer dans la position couchée, accroissant encore plus la protection du tireur. Chaque soldat peut désormais blesser ou tuer avec des risques réduits, si le commandement prévoit bien les manoeuvres tenant compte strictement du relief (lieu surélevé ou sous-élevé, bois ou forêt...). La Prusse la première adopte ce nouveau fusil, même si c'est coûteux et même si des réticences dans les états-majors veulent freiner ce mouvement, au contraire de la France qui se dote d'un fusil rayé mais se chargeant toujours par la bouche.

     De multiples expériences se réalisent dans les entreprises d'armement ou dans les armées, beaucoup se concluent négativement : de l'accolage aux armes à feu de plusieurs canons aux formes courbées des fusils pour tirer dans les coins. De multiples armes individuelles réduites sont expérimentées également et aboutissent par exemple au révolver, avec l'invention du barillet qui permet de mettre au point des armes à répétition fiables. Bien que connu depuis le XVIe siècle, ce système ne se développe qu'avec l'apparition de la percussion à amorce (1835, Colt). C'est pendant la guerre de Sécession nord-américaine que ce révolver, à six coups, se diffuse dans les armées. Des carabines à répétition se diffusent également (Winchester, 1866), avec utilisation de cartouches qui deviennent peu à peu l'exclusif projectile des armes à feu. Dans les années 1870, pratiquement toutes les armées s'équipent en armes de ce type. Pour accroitre encore la cadence de tir, de l'approvisionnement des magasins à l'intérieur de la crosse ou du fût, on s'oriente vers la formule du magasin fixé dans la boîte de culasse (inventée en 1879). Encore plus, en remplaçant l'opération manuelle du rechargement par l'utilisation de gaz pour réarmer l'arme automatiquement, la vitesse de tir peut augmenter encore, et l'on peut commencer à obtenir sur le champ de bataille avec les armes à feu le même déluge de flèches et de lances de l'Antiquité, pour peu que l'on organise dans les rangs les cadences de tir. C'est le fameux déluge de feu que l'on rencontre sur les champs de bataille du début du XXe siècle. Les mitrallleuses et les pistolets utilisent ce nouveau système de rechargement. Expérimentées dans les années 1860, mais alors munies d'une manivelle pour entrainer ce fameux arrosage, les mitrailleuses, améliorées ainsi, équipent les armées britanniques dès les années 1880, suivies assez rapidement par les autres pays. Les Japonais, en plein dans l'occidentalisation de leurs armées, adoptent les mitrailleuses avant leurs ennemis russes dans la guerre des 1904-1905, guerre qui révèle le plus les capacités meurtrières de ces armes. Pendant la Grande Guerre, les mitrailleuses se multiplient dans les armées et contribuent avec les canons (et les gaz et les grenades...) aux hécatombes dans tous les camps. 

  Il y a alors longtemps que le soldat n'a plus de cible unique et n'a même pas besoin d'une  longue formation de tireur autre que celle de l'utilisation de l'arme elle-même : il suffit de tirer au bon moment... et dans la bonne direction. car avec la mitrailleuse, le nombre de pertes dues à des tirs fraticides augmente considérablement. D'autant qu'on facilite le tir en rafales, qui une fois amorcé, est difficilement stoppé. Entre les deux guerres mondiales se développent aussi des mitraillettes ou pistolet-mitrailleurs, seul progrès notable d'ailleurs dans le domaine des armes à feu durant cette période.

   Avec le développement des blindés surtout durant la seconde guerre mondiale, ces armes à feu transforment radicalement les champs de bataille. La tactique sur le terrain doit surtout tenir compte des multiples problèmes de logistiques et des... intempéries pour amener les munitions sur le terrain. Il s'agit de ne pas alourdir les soldats d'armes et de munitions qui peuvent être encombrantes à porter, notamment sur de grandes distinces. Le génie prend alors la même importance que sous l'Empire Romain. Si le nombre des servants du combattants chute avec l'adoption des armes à feu, il faut absolument veiller à ce que ces armes soient approvisionnées tout le temps (pendant les marches, pendant les manoeuvres, au repos - pour éviter les surprises), ce qui nécessite un système de transport (motorisé) fiable et des voies de communication en conséquence. Le soldat n'est plus l'élément majeur de la bataille ; la masse des soldats l'est bien plus, car il faut compenser les pertes accrues (et organiser un système de santé conséquent), et les manoeuvres tactiques doivent s'intégrer dans des stratégies plus vastes, d'autant que les armées européennes ne sont plus du tout dans des positions asymétriques. Les progrès de l'armement sont intégrés scientifiquement et de plus en plus rapidement dans la composition des armées. L'expérience de la seconde guerre mondiale est décisive à cet égard. Comme les armées pendant la première comme pendant la seconde, hormis celles des puissances périphériques, se dotent de puissance de feu et de manoeuvrabilité similaires, les batailles ne sont d'autant plus meurtrières et acharnées, la rapidité et l'effet de surprise étant alors les élements majeurs qui permettent de l'emporter. Le manque d'imagination  et souvent l'imprévoyance (notamment par rapport aux conditions météorologiques, surtout dans la marine) des états-majeurs peut s'avérer catastrophiques : témoins les tranchées de la première guerre mondiale et les multiples enlisements de la seconde (dans la neige ou les marais...). 

      

François AMBROSI, Armes légèrs, dans Encyclopedia Universalis, 2014. Gilbert BODINIER, Armes à feu, dans Dictionnaire d'art et d'histoire militaires, PUF, 1988.

 

ARMUS

   

 

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17 avril 2016 7 17 /04 /avril /2016 07:02

  L'artillerie, comme arme de jet à feu, commence à se développer au milieu du XIVe siècle en Europe, étant donné que d'autre contrées possèdent à ce moment-là, pour l'utilisation de la poudre à canon, une importante avance (qu'ils perdent plus tard), que l'on pense aux armées chinoises et japonaises. Les rois français se mettent à commander des canons et créent des corps d'artilleurs. Mais cette nouvelle artillerie ne joue un rôle notable qu'au XVe siècle, suivant des modalités assez diverses d'ailleurs. Lors du siège d'Orléans en 1429 par exemple, les Français utilisent des canons en tir direct et les Anglais en tir indirect. C'est seulement pendant la guerre hussite en 1419 que l'on employe pour la première une artillerie de campagne, avec des canons montés sur roues ou sur chevalets et transportés dans les chariots.

La recherche de la combinaison de la mobilité des pièces d'artillerie, avec la puissance de feu, qui début alors, ne cesse pas jusqu'à aujourd'hui, même si dans les premiers temps cette recherche n'est qu'intermittente et tatônnante. Une fois installée, toutefois, ces pièces mettent toujours un temps certain pour être chargées (par la bouche toujours). 

Au milieu du XVe siècle, l'artillerie fait d'important progrès techniques, même si la tactique met un  certain retard à suivre... On construit des pièces qui se rechargent par la culasse, se miniaturisent pour certaines. Les charges tirées sont également modifiées : boulets pleins ou boulets creux chargés de poudre à mise à feu au moyen d'une mèche, et elles le sont par des armes de calibres divers, jusqu'aux mortiers géants ou au tir plongeant de Mahomet II lors du siège du siège de Constantinople. Le bronze se substitue au fer pour plusieurs siècles car il résiste mieux à la poudre grenée dont les qualités propulsives sont supérieures à celle de la poudre fine. Les tubes s'allongent et les tirs deviennent plus précis, aidés en cela d'instruments de réglage. A la fin du XVe isècle, parmi bien d'autres expériences, on imagine de fabriquer un affût mobile constitué par l'adjonction de roues aux flasques relié à un avant-train égalkement muni de deux roues avec un essieu. Les deux ensembles se séparent au moment du tir. On ajoute aussi deux tourillons sur les côtés du tube s'enfonçant dans des logements pratiqués dans les flasques, ce qui permet de faire pivoter le tube dans le sens vertical. Les calibres des canons varient suivant le poids du boulet, les modèles de canons se mutlipliant, parfois pour seulement une campagne... Une fois l'expérience concluante, sont employés ribaudequin, fauconneau, coulevrine, double coulevrine, courtaud, serpentine, crapandin...

Le problème le plus difficile à résoudre est celui du pointage, qui progresse toutefois parallèlement aux connaissances balistiques. Au début du XVe siècle, seul le tir tendu est employé. Il n'y a pas de mécanismes de pointage en hauteur. On ne peut que placer des coins de bois entre la tranche arrière du tube et la semelle d'appui de l'affût. La visée s'effectue avec la génératrice supérieure externe "rez les métaux", ce qui donne la distance du "but en blanc". C'est en 1540 seulement que l'Italien Tartaglia ose dessiner une trajectoire qu'il imagine en trois parties. Ses travaux, joints notamment à ceux de Galilée, permettent d'établir à Blondel en 1699 les premières tables de tir. La relative lenteur des progrès réalisés dans ce domaine ne proviennent pas seulement des connaissances mathématiques ou mécaniques lacunaires de cette époque. Outre que le secret jaloux des techniques a du mal à être transcendés par les nécessaires solidarités entre compagnons artisans, il existe une véritable inertie sociale tant le statut (et les moyens de vivre) sont rattachés, dans certains métiers, à des techniques précises, même si elles sont défaillantes... La crainte en cas de représailles de la part des princes commanditaires furieux de leur défaite et recherchant un facile bouc émissaire ne suffit pas toujours pour faire évoluer les mentalités... 

A la fin du XVe siècle, l'artillerie devient de plus en plus importante tant par le nombre de ses pièces que par son rôle. Entre la possibilité de retirer en arrière les canons pour qu'ils ne tombent pas aux mains de l'ennemi et celle de tirer - exigeant du lourd - des boulets de plus en plus destructeurs, beaucoup d'armées hésitent : il ny a pas encore, dans ces armées des royautés qui se consolident, d'homologation de pièces... 

Dans la première moitié du XVIe siècle, on estime qu'il faut au moins une pièce pour 1 000 hommes. Une armée de 25 000 hommes, comme il s'en monte alors de plus en plus, doit être accompagnée par 30 bouches à feu qui nécessitent 474 chevaux, 5 200 boulets, 60 charettes de poudre, 94 canonniers et 1 500 pionniers. C'est dire que toute une industrie commence à prendre de l'ampleur, déplaçant beaucoup d'enjeux économiques et sociaux, des mines aux ateliers de construction, des forges aux moyens de transport.

Quelques nouveaux perfectionnement sont apportés au milieu du XVIe siècle : boulet lancé par un mortier explosant en touchant le sol, amélioration des projectiles à mitraille... établissement de toute une littérature technique qui commence à établir des normes de fabrication, d'installation et de tir, littérature qui correspond exactement à l'éclosion de travaux mathématiques (géométrie) et d'optiques... Puis une pause semble s'effectuer, plus aucune innovation jusqu'à la guerre de Trente ans, le temps qu'il faut pour que l'industrie, l'administration, les infrastructures se mettent en place pour la mise en action de toutes les améliorations de l'artillerie, sans compter la sorte de friction sociale (les statuts ne se laissent pas bousculer sans résistances) qui freine l'exploitation des nouvelles techniques. 

A l'intérieur des armées, s'opèrent de plus en plus la distinction entre les différents calibres, entre artillerie lourde (pour les isèges) et artillerie de campagne (pour les tirs sur les champs de bataille), distinction la plus poussée dans l'armée suédoise, puis française. La standardisation ne se fait réellement toutefois qu'au XVIIIe siècle, notamment en France avec l'adoption du système de Gribeauval (1765) qui allège le poids ds canons pour les rendre plus mobiles (par diminution de l'épaisseur et de la longueur des tubes), pour également accroitre considérablement l'efficacité des affûts, des accessoires et des appareils de pointage. Cette technique bénéfie surtout par la suite surtout aux armées de la Révolution et de l'Empire, montant sa supériorité sur nombre de champs de bataille, où, tactiquement, la préparation et l'exploitation par l'artillerie comptent beaucoup dans leurs victoires. 

Gilbert BODINIER nous informe que "pendant longtemps l'artillerie fut servie par des entreprises et des spécialistes civils que l'on rassemblait au début de la campagne. Elle fut militarisée pendant le règne de Louis XIV. L'artillerie comprenait alors un corps d'officiers sans troupe, le régiment Royal-Artillerie et le régiment Royal-Bombardiers. ces deux corps fusionnèrent en 1720 et donnèrent naissance à 5 bataillons. Deux ans plus tard les officiers du corps royal furent assimilés aux autres officiers. une école fut créée auprès de chaque bataillon. Les bataillons transformés par la suite en brigades donnèrent naissance à 7 régiments en 1765. A la veille de la Révolution ces régiments comptaient 20 compagnies de 71 hommes, 6 compagnies de mineurs de 82 hommes et 9 compagnies d'ouvriers de 71 hommes. Plus tard, l'artillerie comptait 976 officiers et 11 000 hommes, auxquels il faut ajouter les 127 officiers et les 2 000 hommes du corps royal d'artillerie des colonies.

Une partie de l'artillerie était dispersée sur toute la ligne de bataille en batteries de 4 à 10 canons. le combat commençait par une cannonade qui pouvait durer plusieurs heures. Au contact de l'ennemi on tirait à mitraille. Le reste de l'artillerie était installé sur une position favorable et devait couvrir l'armée, elle changeait rarement de place au cours de l'engagement.

En 1771, Du Puget demanda l'adoption par l'artillerie d'une tactique qui lui fût propre. Il répartissait les pièces en 4 divisions dont l'une était en réserve. En 1778, Du Teil préconisa un emploi massif de l'artillerie dont l'action pouvait être décisive dans la bataille, elle devait être utilisée contre l'infanterie et la cavalerie et non contre l'artillerie adverse. Guibert recommandait aussi de concentrer les feux sur un objectif afin d'obtenir des effets décisifs. L'artillerie française passait pour être la première d'Europe et d'Aboville le montra à Yorktown et à Valmy. Il ne lui manquait que d'adopter l'artillerie à cheval, ce qu'elle fit en 1792. Frédéric II avait innové en employant celle-ci dès 1759, imité par les Autrichiens en 1778.

L'artillerie à cheval était destinée à accompagner la cavalerie. D'une façon générale, en dehors de Frederic II, qui lui faisait jouer un rôle important en la concentrant au centre de son dispositif, les généraux du XVIIIe siècle et de la Révolution ne savaient pas utiliser l'artillerie. L'artillerie à cheval, dite aussi volante, connut un grand succès dans les armées républicaines, elle fut portée à 7 régiments en 1794. certains généraux estimaient qu'une compagnie d'artillerie à cheval équivalait à deux régiments de cavalerie comme le prouva le lieutenant Sorbier à Arlon en 1793.

Napoléon militarisa les charrois. Jusque là, les conducteurs étaient cvils et enclins à prendre la fuite avec les attelages quand une affaire devenait un peu vive. En 1800, furent créés 8 bataillons du train d'artillerie, portés par la suite à 27. L'artillerie comprit 8 puis 9 régiments d'artillerie à pied, 6 régiments d'artillerie à cheval, auxquels il faut ajouter l'artillerie de la Garde. Le nombre de pièces augmenta de façon constante : de 2 pour 1 000 hommes à Austerlitz,la proportion passa à 3 en 1812, et malgré la perte totale des canons pendant la campagnie de russie, à 3,5 en 1813-1814, mais à moins de 3 à Waterloo.

Napoléon réalisa une concentration des feux de plus en plus systématique en augmentant constamment sa réserve d'artillerie alors que les dotations des divisions (10 canons et deux obusiers par division d'infanterie, trois canons et un obusier par division de cavalerie) ne changèrent pas. (...) Ses adversaires augmentèrent aussi le nombre de leurs pièces et surclassèrent l'artillerie française à plusieurs reprises. (...). C'est à la moskova qu'eut lieu la plus forte cannonade de l'époque : 400 bouches à feu tirèrent plus de 100 000 coups."

On en tira plus plus tard dans les mêmes guerres napoléoniennes. Si nous reproduisons ces lignes, c'est parce plus qu'à une autre époque sans doute, il se produit en Europe, mais aussi aux Etats-Unis une explosion de réflexions, sous forme de rapports, traités et essais sur le rôle de l'artillerie dans les armées. Les activités de Gribeauval, Napoléon et quelques autres constituent ensuite une référence et une source de nouvelles expériences, qui donnent à la puissance de feu comme à la mobilité de l'artillerie un rôle sans précédent. 

        Entre 1850 et 1897, se généralise l'emploi des rayures de canons. Aux difficultés de fabrication s'ajoutent celles de la projection d'une munition de forme cylindro-ogivale qui remplace la forme sphèrique. L'usage de l'acier se généralise lui aussi. Ces perfectionnements sont rendus possibles par le développement industriel que connaissent de grands établissements. De 1848 à 1865, l'usine Krupp d'Essen passe de 72 à 8 200 ouvriers ; le premier canon en acier y est construit en 1858. En Angleterre, la frette d'acier est mis au point en 1868 chez Armastrong et Witworth. A leur succursale italienne de Pouzzoles s'ajoutent les fonderies de Turin, Naples, Gênes. Aus Etats-Unis, les manufactures de Watervliet et de Washington transforment les ébauchés des aciéries de Bethlehem. En France, Schneider rachète en 1836 les usines du Creusot, dont les premiers hauts fourneaux satent de 1782. Les établissements Pétin et Gaudet ouvrent à Saint-Chamond en 1859. La première bouche à feu en acier construite en France y est forgée et frettée. Krupp est le premier construction à réaliser un canon d'acier à chargement par l'arrière. Et toutes les améliorations techniques de l'artillerie se réalisent au rythme de la formation et du développement d'un complexe militaro-industriel, un des moteurs du capitalisme occidental. Tout un système d'enseignement d'armement se met parrallèlement en place. S'effectue plus ou moins, suivant les pays, une liaison entre l'ingénierie d'armement et celui-ci. Maintes branches industrielles et maints progrès scientifiques doivent beaucoup au développement de l'artillerie, non seulement terrestre mais également maritime. Un véritable bouleversement a lieu dans les chantiers navals qui substituent définitivement l'acier au bois des navires et qui y incorporent les nouvelles pièces d'armement. 

      Guerre après guerre, bataille après bataille, quelqu'en soient les lieux et les moments jusqu'à la moitié du XXe siècle, l'artillerie ne cesse de se perfectionner, et de rendre ces échanges de cannonades de plus en plus meurtriers. Les états-majors s'efforcent de compenser les pertes et accroissant sans cesse les effectifs, notamment ceux de l'infanterie. C'est la puissance qui possède les meilleurs canons, les industries inféodées les plus qualifiées pour les construire, les meilleurs ingénieurs et techniciens pour les manoeuvrer, qui a tendance a prendre le dessus. Chaque attaque pendant la première guerre mondiale est précédée d'une préparation d'artillerie qui peut prendre, bien plus longtemps que l'engagement face à face, plusieurs heures ou plusieurs jours. Ce n'est que contre l'aviation - encore faible avant la seconde guerre mondiale - que l'artillerie est impuissante. Si entre 1919 et 1939, l'artillerie évolue peu, notamment en France, car l'abondance de pièces héritées de la Grande Guerre constitue un frein majeur à la fabrication de matériels nouveaux. A l'orée de la deuxième guerre mondiale, à l'inverse d'une armée allemande qui multiplie ses éléments mobiles en artillerie, l'armée française répartit une artillerie fixe le long de lignes de défense statiques (Ligne Maginot). La seule innovation en France est constituée par la construction d'un canon antichar tirant une excellente munition mais produite en nombre insuffisant. La plupart des régiments sont alors encore hippomobiles, les véhicules automoteurs n'existant qu'à l'état de propotoype. Les Allemands, à l'artillerie motorisée, sont les premiers à se doter de véhicules automouvants. 

 Avec la seconde guerre mondiale, avant l'ère nucléaire qui commence à sa toute fin, on entre déjà dans une nouvelle époque, celle de la présence massive de chars d'assaut. 

 

M SCHMAUTZ, Artillerie, dans Encyclopedia Universalis, 2014. Gilbert BODINIER, Artillerie, dans Dictionnaire d'art et d'histoire militaires.

 

ARMUS

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