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17 novembre 2013 7 17 /11 /novembre /2013 08:28

    Le Grand Robert 2014 donne quatre acceptions du mot Agression, dont l'étymologie proprement dite remonte à 1395, du latin agressio, attaque.

- En droit pénal, il s'agit de l'attaque contre les personnes ou les biens protégés par la loi pénale. En droit international, d'une attaque armée d'un Etat contre un autre, non justifiée par la légitime défense. l'agression hitlérienne contre la Pologne. Condamnation des guerres d'agression. Politique d'agression et de violence, ou politique défensive.

- Attaque violente contre une personne. Agrssion nocturne. Agression à main armée (voir Attentat, hold-up). Agression suivie de violences, de viol.

- Par extension, Proles, comportement qui visent à blesser moralement. Cette critique est une véritable agression. En psychologie : Les agressions de la vie urbaine (voir Stress). La publicité est pour lui une agression insupportable.

- Tiré de l'anglais aggression, en psychophysiologie, c'est l'attaque de l'intégrité des fonctions physiques ou mentales de l'individu, par un agent externe générateur de maladie (voir Agresser, voir Stress). En psychanalyse, instinct, pulsion d'agression (tiré cette fois de l'allemand). Instinct fondamental de l'être vivant, lié (selon les uns) à la destruction (pulsion de mort) ou (selon les autres) à l'affirmation de soi. Egalement, agression tournée contre soi-même (voir Masochisme). Agression exercée contre autrui (voir Sadisme). 

Entre êtres vivants, en général : Interaction entre animaux qui s'affrontent, attitude d'un animal qui chercher à attaquer, repousser et à détruire un autre animal (de même espèce ou d'espèce différente). Instinct (ou "sous-instincts") d'agression. L'étude de l'agression est un des sujets essentiels de l'éthologie (voir aussi Agressivité).

- Sur les choses (là c'est une acception récente...). Action violemment nuisible (contre le milieu naturel) (voir Nuisance, pollution). L'agression du milieu par les altéragènes. En Technologie, action physique observée lors d'une collision entre véhicules (écrasements, torsions...). Agression de rigidité, agression de structure.

 

   De son côté, le Larousse encyclopédique en couleurs de 1977, indique, à partir de la même étymologie, attaque non provoquée et subite, prenant déjà L'agression de la Pologne par Hitler. Il décline les dérivés du mot en plusieurs points :

- Agresser, soit attaquer sans avoir été provoquer ;

- Agresseur : celui qui attaque en premier : L'agresseur a presque toujours le bénéfice de la surprise ;

- Agressif, agressive : qui a un caractère d'agression. Par exemple Un discours agressif. Porté à attaquer ; querelleur : Un voisin agressif. Provoquant : Toilette agressive ;

- Agressivement : De façon agressive ;

- Agressivité ; Caractère agressif d'une personne, d'un animal ou d'une chose : Les rebelles font preuve d'agressivité.

Dernier développement, tiré de la psychanalyse : Selon l'hypothèse de Freud, très généralement acceptée (là, le dictionnaire simplifie un peu...) : l'agressivité est fonction de la frustration :

1) sa force dépend surtout de la motivation frustrée ;

2) plus l'inhobition de l'agression est forte, plus la tendance au déplacement est nette ;

3) la forme de l'agressivité est modifiée par la culture de l'individu.

 

   Xavier PIN, Juriste et agrégé de droit privé et sciences criminelles, enseignant du droit à la Faculté de droit de l'Université Jean Moulin Lyon III, décrit l'évolution de l'usage du mot Agression. 

"Une agression, écrit-il notamment, est dans un sens courant, une forme de violence physique ou morale, brutale et soudaine. Dans un sens plus juridique, l'agression peut être définie comme une atteinte à la liberté ou à l'intégrité, réalisée au moyen de la contrainte, de la menace, la surprise, la répétition ou l'insistance. Tel est du moins ce qui ressort de l'analyse de quelques "agressions" qualifiées expressément ainsi par la loi. Ces agressions légalement définies ne sont pas nombreuses et leur apparition dans la loi est relativement récente. En effet, le mot "agression" ou l'adjectif "agressif" n'ont véritablement fait leur apparition en droit interne qu'à partir des années 1990. Plus exactement, c'est avec la réforme du Code pénal de 1992 que l'emploi de ces termes s'est généralisé sous la plume du législateur. Auparavant, une "agression" désignait presque exclusivement une atteinte contre l'autorité ou la Nation, et le mot, issu des relations internationales, était d'inspiration militaire ou guerrière. En ce sens, le Code de la défense dispose toujours que la politique de défense a pour objet d'assurer l'intégrité du territoire et la protection de la population contre les "agressions armées" (...), ou encore que le ministre de la Défense établit les directives générales relatives à la préparation et à la mise en oeuvre des mesures de défense opérationnelle du territoire à prendre "en cas de menace extérieure, d'agression ou d'invasion" (...). Mais aujourd'hui, les occurences non militaires du terme "agression" se sont multipliées. Par exemple, le Code de l'éducation indique que le règlement intérieur des établissements scolaires détermine les modalités selon lesquelles sont mises en application "les garanties de protection contre toute agression physique ou morale et le devoir qui en découle pour chacun de n'user d'aucune violence" (...). Et dans la loi pénale, le mot "agression" apparait de plus en plus pour désigner certains actes de violence entre particuliers. (...).

Cette évolution sémantique, poursuit le dirigeant de l'Institut de sciences criminelles de Grenoble, est intéressante en ce qu'elle consacre une certaine banalisation de l'agression, qui traduit sans doute un abaissement du seuil de la violence tolérée dans notre société. Et le phénomène est d'autant plus remarquable que, d'un point de vue juridique, la consécration légale de ces différentes formes d'agression n'avait rien de nécessaire. En effet, le mot n'est pas suffisamment précis pour répondre à lui seul au principe de la légalité criminelle qui veut que chaque citoyen connaisse à l'avance les incriminations prévues par la loi pénale et les sanctions que celui-ci fulmine, afin de pouvoir y conformer sa conduite. D'ailleurs, toutes les agressions ressenties, individuellement ou collectivement comme telles, ne sont pas systématiquement nommées par la loi. On songe notamment aux "agressions verbales". Sous forme d'expressions outrageantes, de propos méprisants ou d'invectives, ces agressions sont fréquentes là où la politesse recule. Pour autant, le législateur n'a pas éprouvé le besoin de les condamner formellement en les désignant comme telles : les termes d'"injures", d'"outrage" ou de "tapage" suffisent aisément à désigner le comportement réprouvé. Bien plus, au regard du principe de la légalité criminelle évoqué plus haut, ces derniers termes méritent d'être préférés à l'expression "agression verbale" car ils sont, à certains égards, plus précis et constituent par conséquent, de meilleurs remparts contre l'arbitraire du juge.

Cela dit, l'émergence du mot "agression" dans le domaine du droit pénal est aujourd'hui une réalité. Et la lecture des circonstances qui la caractérisent permet de mieux comprendre la notion, tout au moins en ce qui concerne les agressions contre les particuliers. En effet, pour les traditionnelles agressions entre Etats ou contre la Nation, qui constituent des cas de rupture de la paix, la question de leur définition juridique se double de considérations de haute politique qui suscitent encore des controverses." (...)

 

Xavier PIN, Agression, dans Dictionnaire de la violence, PUF, 2011.

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14 novembre 2013 4 14 /11 /novembre /2013 13:14

      Selon le Grand Robert de 2014, l'étymologie d'agressivité a pour origine agressif, mot émis par GONCOURT en 1873.

Il retient quatre acceptions :

- Caractère agressif (voir Combativité, malveillance, violence. On a discuté ses propositions et il a aussitôt fait preuve d'agressivité. Pour les Animaux, tendance aux comportement, aux conduites d'agression. L'agressivité d'un animal. Agressivité et comportement d'apaisement.

- Tiré de l'anglicisme Agressif : l'agressivité d'un vendeur, d'un candiadat aux élections, comportement combatif.

- En psychologie et psychanalyse, Manifestation de l'instinct d'agression. Agressivité anormale relevant d'un traitement psychanalytique ou psychothérapeutique. Agressivité chez l'enfant : réaction d'opposition à l'autorité ou à la tyrannie de l'entourage. Il y a un lien entre agressivité et frustration. Sublimation, compensation de l'agressivité.

- Sur le choses, Pouvoir d'agression contre le milieu ; spécialement, pouvoir corrosif.

 

    Dans le Petit Robert de 1973, on trouve déjà : Caractère agressif (voir Violence).

En psychologie, Manifestation de l'instinct d'agression. Agressivité de l'enfant (réactions d'opposition à l'entourage). Agressivité constitutionnelle ou accidentelle chez l'adulte.

 

   Philippe CASTETS, Psychanalyste et membre de l'Association psychanalyste de France, donne de nombreuses précisions sur les sens utilisés du mot Agressivité :

"Face au caractère répétitif et énigmatique de nombreuses manifestations de violence, la référence à la psychanalyse peut prétendre, sinon en rendre compte, du moins y apporter quelque éclairage. La place qu'y tient l'agressivité engage à une telle démarche. Toutefois, l'usage du terme et l'extension que nous lui donnons ne vont pas sans difficulté. L'une de celles-ci est indiquée par la différence entre français et allemand, langue dans laquelle agression signifie à la fous "agression" et "agressivité". En les distinguant, nous séparons acte et disposition psychique, le premier aisé à définir, la seconde risquant d'être hypostasiée en une sorte d'entité faussement explicative. Cependant, nous ne pouvons pas ignirer le concept.

Nous pouvons considérer comme agression tout acte qui porte atteinte physique ou psychique à un être vivant, et rien n'interdit de parler d'agression par un animal. En revanche, parlerons-nous si aisément d'agressivité dans ce cas? Ou, du moins, ne percevons-nous pas un écart irréductible entre le sens qu'elle prend chez l'homme et celui que nous pourrions lui attribuer chez l'animal? Avec, ici, des comportements très stéréotypés, réglés de manière largement innée, assurant l'auto-conservation, et, là, des conduites où, si simples soient-elles d'un point de vue factuel, sont perceptibles des motivations qui renvoient à la vie psychique, c'est-à-dire à l'activité de l'inconscient. Non pas que l'instinct soit absent chez l'homme, mais il est "dépassé" au sens hégélien par la pulsion. On ne peut parler d'agressivité sans upposer une intention, une représentation ou, pour mieux dire du point de vue analytique, un fantasme. Autrement dit, tenter de la penser impose de s'interroger sur les fondements de la vie psychique.

Cette interrogation comporte deux dimensions corrélatives : celle d'une recherche des ressorts derniers qui animent la psyché (avec cette question : l'agressivité est-elle l'un de ceux-ci?) ; et celle d'une théorisation de la genèse de l'appareil psychique (lequel est enté dans la relation à autrui, marquée d'une conflictualité essentielle). Son abord sous l'angle de la seule agressivité est inévitablement réducteur, et il appelleraoit par ailleurs des développements relatifs à la haine, au désir de meurtre et d'emprise, au sodomasochisme ou encore à l'ambivalence." (...).

 

Philippe CASTETS, Agressivité, dans Dictionnaire de la violence, PUF, 2011

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14 janvier 2012 6 14 /01 /janvier /2012 13:14

                La délimitation de ce qu'on entend par "religion" est aussi difficile de ce qu'on entend par "violence", si nous suivons Danièle HERVIEU-LÉGER dans sa tentative de définition de la violence religieuse.

"... s'agit-il d'établir le lien à la violence de la religion en elle-même (...) ou bien se contentera-t-on de repérer ce qu'il en est de l'engagement des religions historiques dans des situations - les guerres par exemples - dans lesquelles la violence est massivement en jeu? On pressent que l'enjeu (...) est précisément de nouer entre eux ces différents niveaux de questionnement. Mais on se heurte alors à une autre difficulté, qui est celle du parasitage de celui-ci par des débats, des idées toutes faites et des enjeux culturels et politiques autant qu'intellectuels, qui en brouillent singulièrement l'abord. parmi les poncifs les plus courants, il y a celui qui oppose de façon parfaitement tranchée la violence intrinsèque des monothéismes universalistes à l'ouverture tolérante des polythéismes. Ou encire celui qui consiste à poser qu'il existe des religions "portées à la violence" par nature, et des religions qui, sauf dérives, sont au contraire intrinsèquement ordonnées à la paix. Au-delà de ces pseudo-différenciations, dans lesquelles se joue couramment la désignation de la religion de l'autre comme "mauvaise religion", il y a le point de vue qui impute la violence irréductible de toute religion quelle qu'elle soit à l'aliénation que la religion génère et entretien, ou à l'illusion dont elle est porteuse. Cette violence que la religion exercerait par définition contre les consciences ne saurait être éradiquée que par le triomphe sans reste de la raison sur la croyance religieuse. Mais ce point de vue rationaliste entre à son tour en conflit avec une autre perspective qui, en plaçant la violence de la vie elle-même à la source de la religion, fait de celle-ci une dimension irréductible de la condition humaine et sociale, en laquelle précisément cette violence est à la fois condensée et socialement conjurée. Comment ordonner, du point de vue des sciences sociales, la diversité de ces mises en perspective contradictoires?"  

   Pour sa réflexion sur la sociologie de la violence religieuse, Danièle HERVIEU-LEGER évoque entre autres les réflexions de Maurice BLOCH, de Maurice HALBWACHS et de Daniel DOUSSE, qui, eux-mêmes font référence à d'autres études sur ce thème.

  Avant de poursuivre avec l'auteur la réflexion sur l'anthropologie de la violence religieuse, sur les textes fondateurs des religions et la violence, sur la mémoire religieuse comme mémoire de combat, sur les conditions d'actualisation de la violence religieuse, puis sur une problématique entre religion et autodestruction, nous nous permettons d'exprimer le point de vue selon lequel la pensée religieuse, en fondant tout un système de relations entre les hommes et les choses et entre les hommes et l'univers, comme sur les hommes entre eux, sur une foi et non sur une connaissance, constitue sans doute un facteur aggravant ou supplémentaire de violence. La rationalisation à laquelle nous sommes attachés pour comprendre l'univers et nous-mêmes ne constitue pas certes pas une condition suffisante pour l'éradication de la violence, mais elle en est sans doute une condition nécessaire...

 

            Le point de vue anthropologique, si l'on suit l'auteur, s'emploie "à saisir la question de la violence à travers le lien qui existe entre le processus religieux, saisi à travers la structure minimale commune à une vaste population de rites et de mythes, et les processus biologiques qui définissent le vivant : naissance, croissance, reproduction, vieillissement et mort. L'anthropologue Maurice BLOCH (né en 1939) place cette structure irréductible  des phénomènes religieux dans la représentation de l'existence des êtres humains dans le temps assurée par le rite. La violence du religieux se définit, selon lui, par cette "violence en retour" par laquelle l'homme rompt le processus inéluctable qui le conduit vers la mort (violence de la vie par excellence), en sortant rituellement !et de façon le plus souvent violente, comme en témoigne la mise à mort symbolique des initiés) de la vie, afin de participer d'une transcendance qui lui permet de faire retour  vers ce monde-ci, afin d'y reconquérir la vitalité, prélevée, consommée, sur des êtres extérieur : le transcendant se procure l'énergie nécessaire pour substituer  à la vitalité ordinaire éliminée, une nouvelle vitalité prise de force (La violence du religieux, Odile Jacob, 1997). Le processus rituel dans son ensemble peut être compris comme la construction d'une forme de "violence en retour" à la fois au niveau public et au niveau personnel, violence qui peut, dans des circonstances données, développer des effets politiques et militaires, aussi bien qu'économiques. (...)" "...(Le) schéma commun à l'initiation et au sacrifice, sous la forme d'un mouvement hors de la vitalité et retour, mis en évidence par Maurice BLOCH, croise classiquement la théorie du sacrifice de Henri HUBERT (1872-1927) et de Marcel MAUSS (1872-1950), autant que l'étude menée par Edward E EVANS-PRITCHARD (1902-1973) sur le sacrifice Nuer. Mais il tient à distance la théorie générale du sacrifice de genre évolutionniste (comme c'est le cas de façon paroxystique chez René GIRARD (né en 1923) (La violence et le sacré, Grasset, 1989)) de l'identification du sacrificateur avec la victime l'anticipation encore primitive du sacrifice de soi du dieu. Cette identification, selon GIRARD, se trouverait accomplie de la façon la plus parfaite dans le sacrifice chrétien, dans lequel la violence du religieux serait ultimement abolie. Ce que Maurice BLOCH, de son côté, souligne spécifiquement, c'est le lien de continuité entre l'élément d'auto-sacrifice, l'élément de consommation (la "cuisine du sacrifice") et le déploiement agressif, militaire et politique, de la vitalité reconquise, au moins lorsque les circonstances historiques le permettent.

 

       Cette anthropologie nous invite "à reconsidérer l'évidence supposée d'une violence exclusivement attachée à la forme monothéiste du religieux. Mais elle ne dispense pas (...) de chercher à spécifier ce qui pourrait être un ressort propre de la violence monothéiste. La direction la plus immédiate d'une telle recherche est la considération des textes fondateurs des trois monothéismes. Ceux-ci articulent deux types de violence s'exerçant dans des sens différents : la violence des hommes entre eux et contre Dieu, d'une part, à travers meurtres, viols, rapts et tromperies qui enfreignent la Loi ; et la violence de Dieu lui-même qui exerce sa force en faveur de ses fidèles, d'autre part. Cette dernière est amplement mise en scène dans les textes bibliques, à travers la figure d'un Dieu combattant, qui prend parti pour son peuple vivant au milieu des nations idolâtres et approuve même les actes violents que les hommes mènent  pour assurer sa propre suprématie sur les faux dieux." Une logique de l'Alliance entre Dieu et son peuple s'exprime tout au long de son histoire, logique de l'acceptation ou du refus de cette Alliance. Logique ambiguë sur laquelle les textes mêmes argumentent, parfois contradictoirement d'un chapitre à l'autre. Cette ambiguïté du rapport divin à la violence se reconduit dans les Evangiles chrétiens, "même si la forme guerrière de la violence n'y occupe pas la même place". "Le Royaume de Dieu (...) suscite la violence et Jésus lui-même, qui fustige les marchand du Temple, est perçu comme violent dans la manière qu'il a de rompre avec les normes d'un ordre considéré par lui comme un obstacle à l'accueil du Royaume. Mais face à la violence qui règne dans le monde, et dont il est lui-même la victime, Jésus refuse de répondre par le moyen de la violence. Il résiste, de la même façon, à la tentation d'instaurer le Royaume par la force (...)" "Le Coran magnifierait-il davantage la violence que les textes juifs et chrétiens?" poursuit la sociologue, directrice d'Etudes à l'Ecole des Hautes Études en Sciences Sociales, faisant bien entendu référence à une opinion répandue dans les pays occidentaux habituée aux litanies médiatiques "anti-islamiques". Selon elle, "le verbe qatala (tuer) est bien employé ponctuellement dans le Coran comme une injonction faite aux croyants de "tuer ceux qui veulent vous tuer, éliminez les infidèles et ceux qui créent le désordre", mais cette formulation n'est pas en résonance avec la recommandation faite par ailleurs aux même croyants de ne pas garder rancune à ceux qui leur ont fait tort (DOUSSE, Dieu en guerre, Albin Michel, 2002)".

"En tout état de cause, l'ambivalence de la présentation de la violence (...) dans les textes sacrés ne permet pas d'imputer à ces récits, en tant que tels, le violence propre aux monothéismes. Elle ne permet pas, par elle-même, d'expliquer pourquoi, en dépit du lien que tous ces récits établissent entre le règne de Dieu et l'état de paix et d'harmonie entre les fidèles, les religions qui s'y réfèrent ont toutes largement recouru à la violence et se sont toutes employées, dans le cours concret de l'histoire, à la légitimer au nom de Dieu. Si les religions monothéistes ont bien une propension spécifique à la violence, attestée par la multiplicité des situations historiques dans lesquelles elles se sont trouvées et se trouvent au principe du déclenchement et de la justification de la violence, celle-ci découle du rapport à la vérité que ces religions construisent en affirmant non seulement la suprématie absolue et exclusive d'un Dieu transcendant qui ne compose avec aucune autre vérité, mais aussi la possession, par la communauté des fidèles, authentifiés par lui, du dépôt exclusif de la Révélation de cette vérité. le propre du régime exclusif de la vérité caractéristique des monothéismes est de conduire à "considérer les adeptes des autres religions comme des étrangers et des ennemis, à savoir des ennemis de Dieu. la religion des autres est désormais considérée comme la quintessence de l'ennemi", et la violence religieuse est une violence légitimement exercée au nom de Dieu lui-même. Selon l'égyptologue Jan ASSMANN (Violence et monothéisme, Bayard, 2009), cette conception exclusive de la vérité "bloque la forme antique de traductabilité" qui autorisait, entre les différents polythéismes, les jeux de la reconnaissance mutuelle des dix d'autrui." "L'opposition entre régime fort de la vérité (propre aux monothéismes) et régime faible de la vérité caractéristique des polythéismes n'a cependant qu'un valeur idéaltypiques. La violence sacrificielles des polythéismes peut aussi s'exercer (...) au nom de la volonté d'une divinité. En sens inverse, l'horreur du monothéisme pour la "religion fausse" peut se retourner (mais, nous semble t-il, c'est plus rare dans l'histoire...) en un refus radical de défendre la vraie foi par une violence qui lui serait contraire, et ceci éventuellement jusqu'au martyre."

 

        Maurice HALBWACHS (1877-1945) (Les cadres sociaux de la mémoire, Alcan, 1925) décrit la mémoire religieuse, qui est l'axe constitutif de la lignée croyante, comme une "mémoire de combat". Celle-ci est potentiellement présente dans toute religion, et elle est liée, selon HALBWACHS, à la nécessité d'intégrer et d'unifier des apports diversifiés des différentes composantes de la société. "La dynamique propre d'une tradition religieuse réside dans sa capacité d'organiser en système, du point de vue des enjeux actuels de la société, des rites et des croyances venus du passé et qui continuent de vivre dans les différents groupes. Tant que la société ne peut pas se débarrasser de ces croyances, elle doit composer avec elles en les intégrant à une synthèse religieuse continuellement réélaborée. Cependant, alors que toutes les expressions religieuses apparaissent relatives et dépendantes de conjonctures et déterminations variables dans le temps, les vérités religieuses se donnent toujours comme définitives et immuables. Cette logique d'absolutisation est portée à son paroxysme dans les systèmes monothéistes, qui formalisent théologiquement la vérité dont ils se prévalent, et qui inscrivent dans leur vision  de l'accomplissement eschatologique, le triomphe de cette vérité." Régulièrement en position défensive contre d'autres éléments de vérité, d'autres interprétations de l'expérience, cette mémoire a tendance à s'isoler et à se figer. Pour défendre cette mémoire, les institutions religieuses ont tendance à vouloir détruire toute menace, leur capacité à intégrer des dynamiques de changement étant généralement faible... quoi qu'il en soit de ces dynamiques de changement, les systèmes monothéistes sont chargés d'une violence potentielle à un triple titre : parce qu'elles prétendent au monopole de la vérité, et que ce monopole inscrit cette vérité "hors histoire", c'est-à-dire hors de portée de la délibération des humains d'abord ; pare qu'ils fabriquent des appartenances communautaires exclusives et excluantes ensuite : parce qu'ils justifient la conquête des consciences ad extra, et l'élimination de la dissension, ad intra."

 

     Cette violence potentielle ne s'actualise que dans certaines conditions politiques, économiques, sociales ou proprement religieuses (luttes religieuses), de manière plus ou moins explosive. "La mise au jour de cette conjonction qui suscite le déchaînement de la violence au nom de la religion requiert d'aller au-delà du repérage (...) des situations passées ou présentes dans lesquelles la religion a pu ou peut être instrumentalisée, ad extra, pour soutenir une cause identitaire, politique ou ethnique pour couvrir les antagonismes d'ambitions impérialistes et/ou pour "habiller" les confrontations brutales d'intérêts économiques divergents. Il est nécessaire pour conduire l'analyse à son terme, d'entrer aussi dans la logique proprement religieuse qui rend possible et efficace la mobilisation à des fins non religieuses (ou exclusivement religieuses) des ressources symboliques offertes par la religion." Des enchaînements complexes, "la problématique de l'"instrumentalisation" du religieux par la violence politique, à laquelle recourt couramment l'analyse des politistes, ne rend que partiellement justice. Elle doit être combinée à l'analyse des frustrations sociales, économiques, politiques et culturelles que l'espérance religieuse d'un monde différent vient cristalliser, et qui aiguisent - possiblement jusqu'à l'action violente - la volonté collective de faire advenir sur la terre toutes choses nouvelles (LANTERNARI, Les mouvements religieux des peuples opprimés, La Découverte, 1983). La vaste population historique des millénarismes préparant activement l'avènement du Messie et l'établissement de son règne sur la terre offre, à ce point de vue, un répertoire immense des formes de combinaison possible - mais non mécanique - entre violence et religion (DESROCHE, Dieux d'hommes, Dictionnaire des messianismes et millénarismes de l'ère chrétienne, Mouton, 1969). Cette approche ne saurait être séparée enfin de l'étude des logiques internes du religieux qui suscitent, mobilisent et entretiennent une violence dans laquelle les fidèles s'engagent avec la conviction de remplir un devoir religieux urgent et imprescriptible (COHN, Les fanatiques de l'Apocalypse, Payot, 1983)."

 

     Ce dernier élément introduit la relation entre religion et autodestruction. "Cette question a été posée par les historiens, mais aussi les psychanalystes, à propos des cas attestés de groupes religieux utopiques ayant opté pour la mort en vue d'une entrée immédiate dans le Royaume annoncé. Elle a été relancée à propos des martyrs volontaires qui commettent - avec la certitude d'un accès immédiat et glorieux au Paradis - des attentats suicides : Farhad KHOSROKHAVAR (Les nouveaux martyr d'Allah, Flammarion, 2002) a analysé les logiques mortifères, inséparablement religieuses et sociales, qui travaillent certains courants de l'islam chiite iranien. Les drames de Jonestown (Guyana), de Waco, de l'OTS (Ordre du Temple Solaire) ou de la secte ougandaise du Mouvement de restauration des Dix Commandements de Dieu, enfin, ont grandement ému les opinions publiques des pays occidentaux et fait surgir, en France, un débat public d'une grande intensité sur le "risque sectaire" et la manière dont les pouvoirs publics doivent y faire face (HERVIEU-LÉGER, La religion en miettes ou la question des sectes, Calmann-Lévy, 2001)". Toujours selon ce dernier auteur, "dans les sociétés modernes, le découplage de la religion du politique et la transformation des choix religieux en choix privés ont contribué à contenir la violence publique du religieux. Mais la violence que peuvent toujours générer la passion pour l'absolu et l'attente active d'un monde autre demeure néanmoins présente, sous une forme ou une autre". 

 

Danièle HERVIEU-LÉGER, article Religion dans Dictionnaire de la violence, sous la direction de Michela MARZANO, PUF, collection Quadrige, Dicos Poche, 2011.


Complété le 22 septembre 2012    

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26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 09:45

         Si pratiquement aucun dictionnaire ou encyclopédie de l'économie ne donne une définition de la violence économique ou de la violence dans l'économie - ne serait-ce sans doute parce que la plupart, dans le fil droit d'une certaine tradition économique libérale, occulte précisément tout conflit - nous pouvons trouver une approche de cette violence dans un Dictionnaire... de la violence (sous la direction de Michela MARZANO). Gaël GIRAUD introduit son approche au sujet des relations entre économie et violence par "la première thèse qui vient à l'esprit", celle du "doux commerce". " Le commerce adoucit-il les moeurs comme l'affirmait MONTESQUIEU ( De l'esprit des lois,1749), "son effet naturel" est-il de "porter à la paix"? La thèse qu'un voudrait défendre est qu'une certaine Modernité occidentale peut se caractériser par la rivalité de deux institutions majeures, candidates lune et l'autre à servir de rempart contre la violence sociale : l'Etat et le marché. Or  la violence, dont l'une comme l'autre est capable, tient au fait que c'est au sein de toute institution sociale que se loge la possibilité de la violence. Lutter contre cette dernière ne peut passer, dans le domaine économique, qu'à travers un travail consistant à se déprendre de l'idolâtrie du marché comme de l'Etat, afin de mieux les réformer l'un et l'autre."

 Le chercheur en économie au CNRS, membre du CERAS, situe les origines de la problématique du "doux commerce" autour des bouleversements nés, en Europe, de la déchirure de l'unité sociale attribuées à tort ou à raison à la chrétienté médiévale, et du déchaînement de la violence occasionnées par les guerres de religion. C'est donc dans le cadre de l'Occident, et même de l'Occident européen, que se confrontent plusieurs conceptions antagonistes du pouvoir politique. Les uns sont favorables à l'instauration de contre-pouvoirs, voire à l'abolition du pouvoir royal, les autres favorables au renforcement des privilèges régaliens, voire à l'absolutisme monarchique (Van KLEY, Les origines religieuses de la Révolution française, Seuil, 2002). C'est dans ce contexte que s'autonomise l'économie comme champ d'investigation politique spécifique (FOUCAULT, Naissance de la biopolitique, Cours au Collège de France 1978-1979, Gallimard-Seuil, 2004), à partir du moment où la politique du Prince ne va plus de soi et devient discutable. C'est à ce moment qu'il s'entoure de conseilles en économie, afin de répondre aux accusations de détournement de la richesse du pays, et plus avant, afin de mettre en pratique des politiques économiques nationales. C'est à travers les débats sur la manipulation des prix des métaux précieux que se focalisent un certain nombre de ces critiques et de ces... pratiques. Pour l'auteur, "tous les éléments du débat politique qui s'institue aujourd'hui autour de l'économie, dans les pays de l'OCDE sont donc en place dès le XVIème siècle. D'un côté, l'Etat que l'on somme d'être le garant de la paix civile mais que l'on soupçonne de ne pas toujours agir dans l'intérêt général ; de l'autre, des marchés où certains croient voir une alternative à la possible tyrannie des pouvoirs publics ; entre les deux, une violence civile qui a marqué les sociétés européennes jusqu'à aujourd'hui. Le scandale de la violence n'est donc pas "second" par rapport au champ économique ; il en est quasiment le paysage initial, indissociable de l'invention occidentale de l'Etat moderne comme unique détenteur de la violence légitime".

 

      Bien entendu, cette analyse diffère de celle que l'on pourrait avoir dans d'autres contrées et dans d'autres circonstances où les relations entre la religion, l'Etat et l'économie sont autres.

 

     Mais le point de vue adopté par Gaël GIRAUD permet d'aborder un certain nombre d'aspects reliant l'économie à la violence. Marché pacificateur où Marché fauteur de violences : ce débat ne peut avoir lieu si l'on ne pénètre pas les conditions du fonctionnement même du marché. Dans ce débat, l'intervention de l'Etat peut avoir lui-même des effets pacificateurs ou violents, correcteurs ou amplificateurs des effets du fonctionnement du marché. Loin des positions angéliques ou des positions apologétiques, il s'agit de savoir si le marché engendre de lui-même la violence (ou celle-ci est de nature...) ou si l'Etat ne fait qu'aggraver les choses. Pour l'auteur, "les conclusions de l'analyse économique contemporaine vont (...) à rebours des thèses du "doux commerce" et de la "main invisible" : les marchés ne suffisent nullement à écarter le spectre de la violence que l'injustice et l'inefficacité à laquelle ils peuvent conduire risquent de faire surgir. On comprend la thèse de Karl POLANYI (The Great Transformation :  The Political and Economic and Economic Origins of Our Time, Boston, Beacon Press, 1944) selon laquelle c'est le développement des échanges marchands de la fin du XIXème siècle qui, en provoquant des inégalités insoutenables puis le krach de 1929, a contribué à ce que tant de populations civiles se tournent vers des Etats totalitaires pour rétablir un semblant d'ordre social. C'est donc à un Etat démocratique et à la société civile de contribuer à corriger les distorsions sociales des marchés en s'efforçant d'assurer la justice et l'efficacité (par la fiscalité, la politique budgétaire, le soutien aux mouvements associatifs, etc.)".

Une double erreur doit être évitée, pour éviter la collusion entre l'Etat et les promoteurs d'un (dés)ordre marchand violent :

- Croire que les marchés peuvent imposer leur logique sans le concours de l'Etat. En réalité, le respect d'un contrat, sans lequel il n'y a plus de marché, n'est possible que dans une société de droit où un Etat (muni d'une appareil judiciaire et d'une police) est en mesure d'obliger les contractants à respecter leurs engagements. De même, la monnaie (sans laquelle il ne saurait y avoir de marchés) est bien, aujourd'hui, sous le contrôle de l'Etat.

- Croire qu'une fois le marché déshabillé des oripeaux bienfaiteurs dont on l'avait revêtu, il serait possible de s'en remettre aux Etats pour assumer ce qu'à l'évidence les marchés ne peuvent pas garantir, à savoir la défense du bien-être économique des populations au sein d'une répartition juste des biens sociaux - dans l'exacte mesure où ce sont la misère sociale et les inégalités qui provoquent la violence, non pas quelque ontologie humaine anhistorique sur laquelle personne n'aurait de prise. Un Etat peut se révéler lui aussi, dans l'exercice de ses propres responsabilités économiques, le formidable catalyseur d'une violence systématique.

 

Gaël GIRAUD, Article Economie, dans Dictionnaire de la violence, PUF, collection Quadrige/Dicos Poche, 2011

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22 septembre 2011 4 22 /09 /septembre /2011 15:47

            La notion de conflit en Écologie recouvre plusieurs réalités qui vont des multiples luttes entre micro-organismes biologiques aux heurts entre populations à propos de la distribution de ressources-clés, dans un environnement changeant. Sérier les différents conflits liés à l'écologie est autre chose que de décrire l'écologie d'un conflit, si tant cela ait un sens. Avant d'aborder ce qui fait la spécificité d'un conflit écologique et pour ne pas céder à une mode ou à ue dérive intellectuelle, il convient de comprendre la notion d'Ecologie, dont la lente émergence dans le vocabulaire scientifique et dans le vocabulaire courant, dans les sciences naturelles, puis sociales, puis encore socio-politique... dans tout son aspect conflictuel. Au début, c'est dans le développement même des réflexions sur l'évolution qu'elle naît, avec d'abord la botanique géographique.

 

     L'écologie, aux sens de Ernst HAECKEL (1834-1919) (1866, selon l'Atlas de biologie de Gunter VOGEL et d'Hartmunt AUGERMANN, est l'étude des interactions qui s'exercent entre êtres vivants et le milieu où ils vivent. Elle concerne toujours des systèmes supra-individuels. On peut l'appréhender sur 3 niveaux :

- Autoécologie : son objet est l'étude des relations entre l'individu et son environnement ; elle est en relation spécialement avec la physiologie et d'autres disciplines comme l'Ecophysiologie et l'Ecoéthologie.

- Démécologie : son objet est l'étude des relations entre l'environnement et les structures internes de la population, en relation avec la génétique des populations avec laquelle elle forme la biologie des populations, et a des liens étroits avec les sciences appliquées (dégâts dus aux parasites...).

- Synécologie : son objet est l'écosystème ; en passant du qualitatif au quantitatif, grâce à l'analyse systématique moderne, c'est la transition vers une écologie nouvelle, au sens d'Eugène ODUM (1913-2002). L'écosystème regroupe la communauté des êtres vivants (biocénose) et le lieu de vie (biotope) dans leurs dépendances réciproques.

L'action des facteurs abiotiques (lumière, température, eau, sol) est étudiée dans ces sciences naturelles, notamment pour les Végétaux. 

Pour les Végétaux comme pour les Animaux, trois effets écologiques sont distingués :

- l'effet directeur (Attirance, Répulsion) ; qui est le plus important pour les formes libres, se déplaçant activement que pour les espèces fixées. Les organismes fixés ne réagissent à l'effet d'attirance/expulsion des facteurs écologiques que par les mouvements des cellules isolées (Tropismes positifs ou négatifs). Chez les organismes qui se déplacent librement, cela conduit à des mouvements réactionnels orientés (taxies) pour rechercher des conditions favorables ou éviter les défavorables.

- l'effet modificateur (Modification ou Transformation) ; Cet effet ne concernent que le phénotype mais peuvent avoir une grande importance écologique : la réponse de l'organisme aux conditions du milieu dépend beaucoup de la durée d'action de ces facteurs.

- l'effet limitant influe fortement sur la répartition et les manifestations vitales des individus, que ce soit à grande échelle ou à échelle plus restreinte. Les facteurs biotiques fixent en général seulement la limite des possibilités d'existence (maximale au niveau des prédateurs, minimale au niveau de la prioe-nourriture.

       Un écosystème constitue la base des interactions entre espèces, ces relations allant de la concurrence à la neutralité, en passant par le parasitisme, la prédation, la symbiose, la coopération, la fructification et le commensalisme. Toutes ces relations peuvent être considérées sous l'angle coopération/conflit, à condition expresse de ne pas verser dans un certain anthropomorphisme, et d'exclure, sauf pour une partie du monde animal et l'espèce humaine, toute forme de conscience, la plupart des comportement étant commandée par soit des taxies ou des tropismes.

 

   La diversité des définitions données par HAECKEL n'a pas favorisé, selon Vincent LABEYRIE, la clarté des orientations ni la convergence des recherches. "Ses premières définitions, étroites et voisines de celle de l'éthologie (...) concernaient le champ d'étude des relations entre les êtres vivants et leur environnement. Elles n'apportaient rien de nouveau, car depuis HIPPOCRATE (490-370 av JC), chaque naturaliste sait qu'aucune étude sérieuse des êtres vivants ne peut être efficace si elle néglige le cadre de vie, si elle ignore l'existence des interactions. Ainsi, tout biologiste ou tout naturaliste pouvait faire naturellement de l'écologie ou de l'éthologie. Dans ce contexte, il était possible d'affirmer très tôt : "L'écologie est pour la biologie la science du réel". La première définition de l'écologie par Haeckel ne provoquait aucune rupture conceptuelle avec la position des naturalistes français du XIXème siècle. Il n'y avait par ailleurs aucune contradiction, a priori, entre cette définition et le positivisme ambiant puis Comte lui-même avait recommandé en 1834 de ne pas dissocier l'organisme de son milieu. Mais Ernst Haeckel  a donné de l'écologie une seconde définition beaucoup plus opérationnelle. Il a repris, dans une perspective évolutive, la notion finaliste de l'économie de la nature utilisée par Linné en 1749 dans la rédaction de la thèse de son élève Isaac J BIBERG. (...) C Limoges résume la pensée de Linné : "L'économie de la nature c'est, essentiellement, une conception de l'interaction finalisée des corps naturels; en vertu de laquelle un équilibre intangible se maintient au cours des âges... Dans cette conception de l'économie de la nature, la proportion se dit de l'équilibre constamment maintenu entre les populations spécifiques. Cette proportion n'est pas vraiment un effet des interactions des phénomènes naturels, mais plutôt le principe qui les régit. (...) Une économie de la nature comprise comme autoreproduction exacte à l'infini implique comme postulat premier une téléologie que l'école linnéenne, loin de récuser, se donne pour tâche ultime d'exhiber." Il est possible que ce finalisme béât des partisans du holisme de l'économie de la nature ait détourné pendant la première moitié du XIXème siècle - et éloigne encore - des naturalistes soucieux de comprendre le fonctionnement de la nature, mais pour lesquels méthode analytique et rigueur scientifique sont indissociables. En effet, les notions de base nécessaires à une étude scientifique du fonctionnement de l'écosphère et des écosystèmes étaient déjà acquises pendant la première moitié du XIXème siècle. (...). H Nicol trouve des raisons idéologiques à ce retard dans l'utilisation et la définition de la démarche holistique de l'écologie : "L'enseignement des relations de l'homme moderne avec la totalité de son environnement a été bâti sur des charpentes plus adaptées au XVIIIème siècle qu'au XIXème ou au XXème. C'est au contraire, en rupture avec le finalisme créationniste, et dans la perspective darwinienne d'un holisme matérialiste et évolutionniste, que Haeckel a introduit le concept d'écologie comme économie de la nature. Il en avait éprouvé le besoin pour expliquer l'origine des adaptations chez les êtres vivants. Haeckel précise sa position : "Cette science de l'écologie, souvent improprement considérée comme biologie dans un sens étroit, a longtemps formé le principal élément de ce qui est communément considéré comme l'histoire naturelle."".

Vincent LABEYRIE indique que des remarques très importantes avaient été faites avant DARWIN par exemple par J-B LAMARCK, dans les Recherches sur les causes des principaux faits physiques (1793). Il y montrait l'importance des organismes vivants dans la formation des cycles biogéochimiques de circulation de la matière. Comme la définition de l'écologie comme économie de la nature n'a été suivie d'aucun réel travail marquant de Ernst HAECKEL, la confusion est entretenue par la suite. "Parallèlement, le divorce dans les relations entre économie de la nature (écologie) et économie humaine, n'est apparu qu'à la fin de la première moitié du XXème siècle, quand la puissance d'intervention humaine est devenue telle que l'inadéquation des stratégies d'aménagement et de production a atteint des proportions catastrophiques. (...). L'intérêt de la définition de l'écologie comme étude  de l'économie de la nature a été reconnu très lentement. Il a fallu attendre 1935, avec l'introduction du conception d'écosystème par  Arthur George Tansley (1871-1955), pour que l'insertion de la démarche écologique se traduise par l'apparition de concepts complémentaires opérationnels. A travers l'étude holistique de ces systèmes spatiaux naturels, l'unité fonctionnelle de la nature du XVIIIème siècle était retrouvée." Notamment par les travaux de R L LINDERMAN en 1941 et de E ODUM (Fondamentals of ecology - 1953), pour expliquer le fonctionnement des écosystèmes, et en particulier étudier la circulation de l'énergie et de la matière entre les différents compartiments de l'écosphère." La forte demande sociale pour des études d'impact des activités humaines sur l'environnement se traduit par de grandes difficultés d'évaluation, dues précisément aux connaissances encore embryonnaire en écologie. 

La plupart des conflits sur l'utilisation de l'environnement, que l'on pourrait baptiser peut-être un peu rapidement conflits écologiques (cette fois strictement à l'intérieur de l'espèce humaine) se trouve aggravé par cette relative méconnaissance, malgré les progrès très importants réalisés ces derniers temps sous l'effet de l'urgence pour faire face aux changements climatiques accélérés. 

 

Par définition, en suivant toujours Vincent LABEYRIE, "l'approche écologique se situe aux interfaces. Elle se distingue des disciplines scientifiques traditionnelles qui se définissent en isolant l'objet de leur étude. le fonctionnement (l'économie) de la nature implique des flux qui transcendent les interfaces ; ainsi toute étude écologique exige la mise en relation d'au moins deux entités du système. Etude de fonctionnement des ensembles spatiaux, l'écologie s'intéresse aux relations entre sous-ensembles. Ainsi, il y a une écologie forestière, une écologie lacustre, une écologie prairale..., mais il n'y a pas d'écologie végétale ou d'écologie animale. De telles expressions sont contraires au concept d'écologie comme économie de la nature, puisque l'animal ou le végétal ne peuvent constituer à eux seuls des ensembles isolés. La circulation de la matière implique au moins la présence dans un même système de végétaux pour stocker de l'énergie sous forme de molécules organiques, et de micro-organismes pour précéder à leur minéralisation. Il est même difficile d'envisager une écologie du sol, ce dernier ne constituant pas un écosystème ; en revanche, aucune étude écologique ne peut ignorer les échanges impliquant le sol."

 

     La position privilégiée de l'homme en tant qu'espèce dans l'écosphère, capable d'entreprendre l'exploitation de tous les écosystèmes sans connaissance réelle des conséquences, met en danger la base même de son existence, ce surtout depuis l'ère industrielle. Du coup, l'ensemble des acteurs des sociétés humaines conscient de ce fait (se considérant aussi de cette manière) veut s'opposer de manière de plus en plus ample à des entreprises humaines idendifiées comme responsable de bouleversements environnementaux. Ils donnent à leur combat le nom d'écologie politique, dans le même temps où se développe de manière accélérée l'acquisition de connaissances sur l'écologie humaine, au sens d'interaction entre l'activité de l'espèce humaine et l'ensemble de l'environnement. A partir du moment où l'espèce humaine est considérée comme facteur écologique majeur, une philosophie issue de l'écologie se développe, l'écologisme. Ce terme, recouvre, à vrai dire, des courants idéologiquement divergents (sur les moyens d'action et/ou sur les objectifs), dont la plupart, la partie la plus combative en tout cas, refuse d'ailleurs d'être catalogué ainsi.

De toute manière, sous la poussée des effets de plus en plus dévastateurs de l'utilisation anarchique de l'écosystème, est né une écologie politique qui inclut la politique et la gestion de la cité. En ce sens le conflit écologique met aux prises des intérêts particuliers, toujours sur la lancée d'idées d'une époque où ces conséquences n'étaient pas encore perceptibles, à l'intérêt général qui commande une grande prudence dans l'exploitation de la nature et en même temps une refonte globale des relations humaines. 

 

      Jean-Paul DELÉAGE regrette la coupure persistante entre sciences de la nature et sciences humaines, "préjudiciable à la compréhension des nouveaux problèmes posés à nos sociétés." Mais la simple transposition, précise t-il "de concepts écologiques comme capacité de support, niche, stabilité, ect. à l'analyse sociale ne suffit pas à constituer une écologie humaine. Elle risque au contraire d'égarer les recherches dans les impasses d'une écologie gestionnaire qui s'accomoderait des injustices du monde". Nous pensons comme lui que "la rationnalité écologique ne peut à elle seule ni fonder la décision politique ni se substituer au calcul économique. En effet, et nous le suivons toujours, "toutes les sociétés historiques ont exploité des ressources et ont entretenu des rapports déterminés avec le monde naturel. "Dans les sociétés contemporaines, poursuit-il, ces rapports sont entrés en crise profonde. L'écologie scientifique, maintenant relayée par l'écologie politique, a l'irremplaçable mérite d'avoir ouvert un large débat  sur cette crise. Ce débat met en cause les modèles de gigantisme et d'uniformisation sociale, les régulations par la valeur d'échange ou la planification autoritaire et finalement la place de l'économie elle-même dans toutes les formations sociales."

"L'écologie pose ainsi une question essentielle, sans y apporter de réponse unique, parce qu'elle-même ne constitue pas une approche unique et simple des énigmes de la nature, parce qu'elle est le produit d'une histoire extrêmement complexe, fécondée par de multiples controverses." Il n'y pas d'autorité définitive scientifique d'un point de vue écologique, et le message écologique est plutôt un message de prudence, comme peuvent le témoigner les multiples dispositions regroupées sous des politiques de précaution. L'écologie est toujours travaillée par des forces contraires, de l'intérieur. "Ainsi perdure, écrit encore Jean-Paul DELÉAGE, à l'intérieur même de l'écologie le conflit majeur entre une conception réductrice de cette science et sa vocation originelle, animée de la grande idées humboldienne d'un souffle unique donnant vie aux plantes, aux animaux et aux humains. L'écologie nous incite à sortir des oppositions stériels entre réductionnisme et holisme, analyse et synthèse, conflit et coopération. Au-delà du remarquable progrès que constitue l'écologie opérationnelle rendue possible par l'ordinateur (Marcel BOUCHÉ, Ecologie opérationnelle assistée par ordinateur, Masson, 1990), l'écologie doit se familiariser avec l'incertitude de l'aléa, que permettent de formualiser les mathématiques du chaos". En fin de compte le défi des problèmes mondiaux de surpopulation, de déficit énergétique, des dangers climatiques...est bien celui de l'émergence d'une nouvelle citoyenneté écologique et planétaire, qui renverse toutes les variantes identitaires connues depuis des millénaires. 


    Yanni GUNNELL, qui exprime la peine à s'y retrouver dans le foisonnement d'études consacrées à l'écologie, et en se limitant à l'écologie en tant que discipline scienfitique propose de distinguer :

- tantôt une science à partie entière, avec des ambitions réductionnistes que l'on retrouve dans toute science. Cette science s'est longtemps contentée d'étudier la nature sans l'homme, ou en tout cas une nature dans laquelle elle postule ne pas avoir détecté d'impacts humains, et donc "vierge". Dans les précis et manuels d'écologie scientifique, une part si large est consacrée aux concepts et à la théorie que parfois on peine à croire que l'écologie est une science naturaliste faite d'observations, d'études de cas et de retours d'expériences vécues au contact de la faune et de la flore. Ce n'est évidement pas dans ce genre de science que nous pouvons trouver trace d'un quelconque type de conflit....

- tantôt une discipline qui fait la synthèse des résultats sectoriels acquis par plusieurs disciplines ; auquel cas elle se confondrait partiellement avec cette autre discipline "carrefour", la géographie. Une géographie, oublieuse de ses orgines de visées stratégiques, décidément bien paisible...

- tantôt non uns science, mais un domaine informel de recherches pluridisciplinaires. Dans ce cas, l'écologie court le risque de n'être que l'objet de colloques pluridisicplinaires plutôt que de revues spécialisées ou de manuels didactiques, sans parvenir la plupart du temps à proposer un discours cohérent et une visibilité académique distincte ; et sans se forger une légitimité auprès du public. Cette approche renoue cependant avec la tradition de l'écologie anglo-américaine comme discipline extra-académique, incarnée par des sociétés savantes rassemblant elles-mêmes des individus émargeant à des disiciplines variées et à des intérêts socio-économiques, il faut bien le dire, tout aussi variés....

- tantôt une science de l'environnement, qui s'occuperait de recherches sur la nature et ses états multiples, mais aussi de développement humain (appelé aujourd'hui durable...). L'écologie se développe sous la pression d'une demande sociale et cela revient à placer l'écologie dans une position de science applicable, avec des attentes concrètes et des obligations de résultat. Cette science de l'environnement se trouve souvent au coeur des enjeux socio-politiques, donc au coeur de conflits sociaux et culturels.



 

 

Günter VOGEL et Hartmunt ANGERMANN, Atlas de biologie, La pochothèque, Le livre de poche, 1994 ; Vincent LABEYRIE, article Ecologie, dans Dictionnaire du Darwinisme et de l'Evolution, PUF, 1996 ; Jean-Paul DELÉAGE, Une histoire de l'écologie, Editions La Découverte, Points Sciences, 1991 ; Yanni GUNNELL, Ecologie et société, Armand Colin, 2009.

 

ECOLUS

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20 janvier 2011 4 20 /01 /janvier /2011 09:45

      Antoine JEAMMAUD explique que "la notion de conflit entretient de multiples relations avec celle de droit. Par l'une de ses composantes majeures - l'organisation d'un service public de la justice et de procédures contentieuses - notre système juridique pourrait s'attacher à la solution des conflits troublant ou émaillant la vie sociale. Mais n'offre t-il pas seulement de régler des litiges? L'interrogation suppose une distinction entre conflit et litige, voire différend, et suggère d'analyser les relations entre ces types de rapports." La raison d'être du droit est selon Thomas HOBBES de sortir d'un "état de nature" ou provient directement selon les marxismes du conflit fondamental entre classes sociales. Si l'idée, comme le rappelle le professeur à l'Université Lumière-Lyon2, est communément partagée que le droit a pour fonction de régler les conflits dont il ne peut éviter l'éclatement, beaucoup d'auteurs préfèrent mettre en avant soit des impératifs philosophiques (voire de philosophie sociale) de justice soit des prescriptions de comportement des citoyens.

Après un détour par la sociologie et la linguistique, il propose d'entendre conflit comme "relation antagonique que réalise ou révèle une opposition de prétentions ou aspirations souvent complexes, plus ou moins clairement formulées, entre deux ou plusieurs groupes ou individus, et qui peut connaître une succession d'épisodes, d'actions, d'affrontement. Il s'agit donc d'une situation qu'il peut être malaisé d'appréhender et décrire dans tous ses éléments." "De bien moindre ampleur apparaît l'opposition de prétentions juridiques soumise à une juridiction civile, pénale, administrative ou arbitrale, appelée à la trancher par une décision. Réservons-lui le nom de litige. La naissance et le déroulement du procès supposent la constitution, par un minimum de formalisation, d'une telle relation d'opposition de prétentions, ou au moins d'opposition sur la ou les demandes de la personne ou de l'organe qui a saisi la juridiction (le défendeur ou le prévenu peut simplement prétendre au rejet de la prétention du demandeur, à l'irrecevabilité de son action, ou à la relaxe). Circonscrite par l'objet des demandes et au cercle des parties, cette relation est "cristallisée" par le procès". Pour lui, conflit et litige ainsi conçus appartiennent au genre commun de relations conflictuelles.

        Une autre question se pose : un litige n'est-il que la traduction ou la mise en scène juridique d'un conflit? Si Pierre BOURDIEU se représente le "champ juridique" comme "l'espace social organisé dans et par lequel s'opère la transmutation d'un conflit direct entre parties directement intéressées en un débat juridiquement réglé entre professionnels agissant par procuration et ayant en commun de connaître la règle du jeu juridique, c'est-à-dire les lois écrites et non écrites du champ", le passage d'une situation conflictuelle au litige n'est peut-être pas essentiellement un changement d'acteurs. François OST et Michel van de KERCHOVE, deux juristes théoriciens, estiment que les parties qui ont accepté de placer leur conflit sur le seul terrain du droit radicalisent l'opposition de leurs prétentions respectives et réduisent en même temps l'ampleur du conflit à ses seules dimensions juridiques plutôt que de le maintenir dans toute sa complexité psychologique et sociale.

Des analyses anthropologiques comme celle de René GIRARD situent cette démarche dans un processus de réduction de la violence. Plusieurs auteurs estiment de la même manière que les sociétés humaines se distinguent entre elles par la place qu'elles font à cette démarche ritualisée. 

 

  Antoine JEAMMAUD, article Conflit/litige, dans Dictionnaire de la culture juridique, sous la direction de Denis ALLAND et Stéphane RIALS, Lamy/PUF, 2010.

 

 

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11 octobre 2010 1 11 /10 /octobre /2010 09:45

                   Agressivité est défini dans le Petit Robert (comme nom féminin dérivé à partir de l'adjectif Agressif, nom apparu en 1875) comme le Caractère agressif. En psychologie, ce serait selon ce dictionnaire la manifestation de l'instinct d'agression. Conception bien ancrée qui n'est pas du tout en phase avec les connaissance scientifiques actuelles...

 

                  Pierre RENNES, dans Vocabulaire de la psychologie d'Henri PIERON, le défini comme le "comportement caractérisé par l'acte d'attaquer ou d'aller de l'avant et s'opposant à celui de refuser le combat ou de fuit les difficultés".

 

                 Jean BERGERET, dans Dictionnaire international de la psychanalyse, sous la direction d'Alain de MIJOLLA, écrit qu' "au sens propre du terme, l'agressivité correspond à des fantasmes ou à des comportements que Freud a déterminés du point de vue clinique, mais il a, de prime abord, hésité pour en donner une définition répondant aux exigences de ses propres repères métapsychologiques successifs. Ce n'est qu'après avoir montré l'importance de l'ambivalence dans le transfert (1912) qu'il s'est trouvé en mesure de considérer l'agressivité comme une manifestation relationnelle courante, mais n'ayant pas une origine unique ni même homogène. Il n'a jamais changé d'opinion par la suite et a toujours regardé l'agressivité comme l'alliance et la conjonction imaginaires ou symptomatiques de motions affectives hostiles d'une part et érotisées de l'autre."

 

                        Dans le Dictionnaire encyclopédique réalisé sous la direction de Richard GREGORY, "les comportements visant à blesser physiquement un autre individu doivent à l'évidence être considérés comme agressifs : c'est le coeur même de la notion d'agression. Les comportements visant à provoquer une blessure psychologique sont généralement eux aussi inclus dans la définition, et les fantasmes faisant intervenir la blessure d'autrui en sont proches. la question de l'intention est cruciale : une blessure provoquée par accident n'est habituellement pas considérée comme agression." Cette définition relativement proche de la tradition juridique part surtout de la provenance de l'agression, une blessure causée involontairement peut très bien être interprétée par l'organisme qui la subit comme une agression et sa réaction est d'ailleurs analogue à celle suivant une agression "intentionnelle".

De toute manière, l'auteur de l'article insiste sur l'hétérogénéité de l'agression : "Qu'elle qu'en soit la définition, la catégorie des comportements agressifs est très hétérogène, et on a souvent essayé d'établir des subdivisions." Il cite deux exemples :

- "Dans les études sur les enfants (FESHBACH, 1964 ; MANNING et collègues, 1978), quatre catégories se sont montrée utiles : l'agression spécifique ou instrumentale, visant à obtenir ou à conserver des objets ou des positions donnés, ou l'accès à des activités désirables ; l'agression gratuite ou hostile, visant surtout à irriter ou à blesser un autre individu, sans avoir pour but un objet ou une situation quelconques ; l'agression ludique, qui apparaît lorsque des jeux de combat dégénèrent jusqu'à ce que des blessures soient délibérément infligées ; l'agression défensive, provoquée par les actes d'autrui."

- "En ce qui concerne les adultes (TICKLOENBERG et OCHBERG, 1981) (il y a la) classification suivante de la violence criminelle : violence instrumentale, dont le motif est le désir conscient d'éliminer la victime ; violence émotionnelle, perpétrée sous le coup d'une forte colère ou d'une forte peur : violence par félonie, survenant à l'occasion d'un autre crime ; violence anormale, crimes de déments et des psychopathes sévères ; violence "dyssociales", actes de violences approuvés par le groupe de référence de leur auteur, qui les considère comme une réponse appropriée à la situations." 

  Ces définition ont été utiles à un moment de la réflexion, mais ils présentent des difficultés quand on examine les motivations en situation réelle. En outre, nous dirions que ces définitions mélangent fâcheusement les notions de violence et d'agressivité. Heureusement, le Dictionnaire ne s'y attarde pas et examine la complexité des motivations, les facteurs prédisposants immédiats à l'agression, le conflit entre groupes et les causes ultimes.

    Pour ce qui est de la complexité des motivations, elle est mise en évidence par les études de nombreuses espèces où se partagent les motivations spécifiques au contexte (nourriture, territoire) et tendances antagonistes à attaquer ou à fuir un rival. "La diversité du comportement pouvait être comprise en termes de variations de niveaux absolus et relatifs des diverses motivations (...). De manière analogue, il semble probable que chez l'homme, les divers types d'agression puissent être analysés comme diverses combinaisons des variables sous-jacentes dont il est fait l'hypothèse. Des possibilités évidentes sont "l'avidité spécifique", c'est-à-dire la motivation d'acquérir des objets ou des situations précises ; la domination, c'est-à-dire la motivation d'élever sa position ou de se pousser en avant ; et la peur (...), ainsi que la propension elle-même à se comporter de manière agressive, c'est-à-dire à blesser autrui (...)."

    Sur les facteurs prédisposants immédiats à l'agression, "certains auteurs ont considéré l'agression comme ne dépendant que de facteurs émotionnels, et d'autres, comme spontanée et devant inévitablement s'exprimer. (...) Mais aucune de ces deux manières de voir n'est exacte (...) Sans rejeter aucune (des) idées (comme la catharsis), les chercheurs ont tenté d'identifier les causes premières de l'agression." Mais, "rejetant toute idée d'un facteur primordial, les chercheurs actuels tentent d'identifier l'ensemble des facteurs, internes ou externes à l'individu, qui modifient l'incidence de l'agression."

    Dans la suite du développement sur l'agressivité, l'auteur met surtout en avant (causes ultimes) les facteurs de l'évolution, en termes de bénéfices/risques pour les espèces.

 

                 Jacques GERVET, dans le Dictionnaire du darwinisme et de l'évolution, indique que "la mode est un peu passée de tenter un traitement neuro-chirurgical des individus agressifs ; cela signifie sans doute que des conceptions moins simplistes ont remplacé une conception localisant précisément des structures responsables de l'agressivité."

Il rappelle la définition donnée par Henri LABORIT à l'agressivité : toute forme d'activité capable de détruire une forme organisée. "Cette définition très extensive peut englober bien des conduites qui ne sont pas agressives au sens des éthologistes. KARLI a tenté, quant à lui, d'étudier plus précisément le réglage du "comportement du Rat tueur de souris (conduite "muricide"), ce comportement possédant grossièrement certains traits des conduites agressives au sens habituel".

Après avoir rappelé les principaux résultats devenus classiques de ces expériences, l'auteur conclue, avant d'aborder des considérations touchant à la génétique,  qu'"en définitive, si l'on essaie de préciser un peu les termes, une conduite agressive implique une mobilisation générale de l'organisme, des conditionnements variés...en sorte qu'on ne peut guère la ramener à un processus physiologique ayant quelque spécificité. Cela ne signifie certes pas qu'il est impossible de diminuer l'"agressivité" d'un être par voie physiologique : que l'on pense par exemple aux "camisoles chimiques" ; mais l'effet produit n'est, aujourd'hui encore, pas extrêmement spécifique et affecte également d'autres fonctions."

Contrairement au dictionnaire encyclopédique réalisé sous la direction de Richard GREGORY, Jacques GERVET signale que "aucun généticien professionnel ne se proposerait aujourd'hui d'étudier "la génétique" de l'agression". Pour autant, les études sur l'hérédité de l'agressivité, sous forme d'influences de la présence de certaines formules chromosoniques sur certains comportement, continuent et continuent de susciter des débats. L'auteur insiste sur un cas de recherche et pense "qu'il illustre les fautes récurrentes de raisonnement commises à propos d'un problème sensible, et qu'il montre pourtant à quel point les généticiens, quant à eux, insistent aujourd'hui sur l'absence de relation causale simple entre une variation génétique et l'émergence d'un trait complexe comme celui qui se manifeste sous la forme d'une réaction taxée d'agressive."

 

       Sous la direction de Richard L GREGORY, Le cerveau, cet inconnu, Dictionnaire encyclopédique, Université d'Oxford, Robert Laffont, collection bouquins, 1993 ; Sous la direction d'Alain de MIJOLA, Dictionnaire international de la psychanalyse, Hachette Littérature, collection Grand Pluriel, 2002 ; Henri PIERON, Vocabulaire de la psychologie, PUF, collection Quadrige, 2000 ; Sous la direction de Patrick TORT, Dictionnaire du Darwinisme et de l'Evolution, PUF, 1996.

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9 mars 2009 1 09 /03 /mars /2009 10:29
      Rappelons simplement que l'esthétique est, selon le Vocabulaire technique et critique de la philosophie, "une science ayant pour objet le jugement d'appréciation en tant qu'il s'applique à la distinction du Beau et du Laid."
     
      Contrairement au Dictionnaire d'esthétique et de philosophie de l'art, le Vocabulaire d'esthétique définit le mot conflit et le rapproche ensuite du mot Agonistique, "terme à peu près synonyme de celui de conflictuel".
     En référence à HERACLITE, Etienne SOURIAU soutient "que tout oeuvre d'art est fondé sur un conflit, qui en fait l'âme dynamique : théâtre, musique, peinture..."
   "Il est facile de voir l'importance basique de faits de tension et de détente, où la tension procède de l'affrontement de deux tendances opposées en conflit. Certaines formes d'art donnent même primauté au conflit : ainsi l'art baroque, ou certains aspects du Romantisme."
   "Toutefois le conflit n'est pas toujours esthétiquement une force et une condition de valeur. Dans la pratique de l'art peuvent apparaître bien des conflits engendrant des fautes ou des infériorités : ce sont tous ceux qui témoignent d'une disharmonie que l'artiste créateur ou exécutant aurait voulu et n'a pas su éviter."
  Il peut y avoir conflit entre l'intention de l'artiste et son tempérament qui fourni une oeuvre qui échoue dans son projet. Cela est très vrai également des oeuvres collectives, où il peut y avoir des conflits divers dans la conception ou dans l'exécution, dans le cinéma par exemple.

     Sur l'Agonistique, Anne SOURIAU introduit ainsi ce mot : "Du grec (...), (l'agonistique) (est) compris soit comme lutte et concours, soit comme représentation théâtrale. Ce terme d'agonistique, passant du grec au français, n'a conservé que son sens d'art de la lutte gymnique ; en ce sens, l'art de la boxe ou du catch constituerait l'agonistique moderne. Mais l'esthétique peut conserver au terme d'agonistique les acceptions du grec, soit représentation, soit lutte spirituelle et non plus matérielle. L'agonistique théâtrale correspondrait alors à deux éléments essentiels du théâtre", que l'auteur détaille ensuite.
  Un renvoi indique les mots concours, conflit, jeu, mise en scène et représentation.


    Etienne SOURIAU, Vocabulaire d'esthétique, PUF, collection Quadrige, 2004 ; Jacques MORIZOT et Roger POUIVET, Dictionnaire d'esthétique et de philosophie de l'art, Armand Colin, 2007 ; André LALANDE, Vocabulaire technique et critique de la philosophie, PUF, collection quadrige, 2002.
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22 février 2009 7 22 /02 /février /2009 09:21
        Violence, soit Gewaltsamkeit ou Gewalttat en allemand, violence en anglais et violenza en italien et violent en radical international, est, selon le Vocabulaire Technique et Critique de la Philosophie, le caractère d'un phénomène ou d'un acte qui est violent. Ce dictionnaire renvoie à Violent comme adjectif (allemand violentem, anglais violent et italien violento) et dégage 4 ans à Violence :
                              - phénomène qui s'impose à un être contrairement à sa nature ;
                              - phénomène qui s'exerce avec une force impétueuse contre tout ce qui lui fait obstacle ;
                              - sentiment ou acte, auxquels se joint presque toujours l'idée qu'il s'agit d'impulsions échappant à la    
                                    volonté (passion violente, violent désir) ;
                              - personne (ou caractère) qui se comporte d'une manière violente contre ce qui lui résiste.
      Selon ce même dictionnaire, le mot violence a pris un sens "plus défini depuis NIETZSCHE, SOREL et le syndicalisme révolutionnaire, qui ont introduit des vues systématiques contre les directions ou les freins intellectuels, et préconisé "l'action directe"."

         Le Vocabulaire de la philosophie et des sciences sociales fait un assez long développement pour définir le mot Violence, dans plusieurs catégories. En ce qui concerne la Morale, Violence est "toute atteinte à la personne humaine, soit de la personne sur elle-même, soit sur celle d'autrui, soit d'une autre sur elle, ce qui vaut donc pour tous les individus les uns à l'égard des autres et des groupes humains, petits ou grands, les uns envers les autres." Ce dictionnaire cite de nombreux auteurs :  pour certains, la violence est inhérente à la nature de l'homme (MACHIAVEL, HOBBES, HEGEL, NIESTZSCHE, FREUD), pour d'autres, elle provient de la vie sociale (ROUSSEAU, PROUDHON, BAKOUNINE, STIRNER, MARX, SOREL, LENINE, MARCUSE). L'article se termine sur la mention de la Non-violence (GANDHI, TOLSTOI, THOREAU, LANZA DEL VASTO).

         Pour le Dictionnaire des auteurs et des thèmes de la philosophie, la référence est ARISTOTE, qui, en "opposant le mouvement violent ou forcé au mouvement naturel" considère qu'est violence "tout ce qui, survenant de l'extérieur, s'oppose au mouvement intérieur d'une nature."
 Dans l'introduction à l'article Violence le dictionnaire indique : "Lorsqu'on a défini l'homme comme sujet, c'est-à-dire comme intériorité absolue et comme volonté libre, la violence est devenue toute contrainte physique à laquelle on soumet par son corps une volonté à accomplir une action qu'elle ne veut pas."
  Ce dictionnaire cite également de nombreux auteurs, en plaçant l'hégélianisme, le marxisme et le freudisme comme phares dans la réflexion sur le sens de la violence.

      Pour Michel WIEVIORKA, "la plupart des approches classiques de la violence ont ainsi en commun de ne guère faire intervenir, sinon à la marge, les processus de subjectivation et de désubjectivation qui nécessairement (...) caractérisent ses protagonistes. (...)." L'auteur invite dans son livre "La violence" à théoriser celle-ci en plaçant le sujet au coeur de l'analyse.
      C'est également cette perspective que développe Hélène FRAPPAT dans le chapitre de son anthologie intitulé "L'autre de la philosophie", en reprenant (et en réinterprétant) de nombreux auteurs classiques. "L'origine de la philosophie repose sur cet acte initial de violence par lequel les participants au dialogue (de PLATON) tuent le père présocratique. Après ce meurtre symbolique commis en présence de SOCRATE, une tâche complexe s'offre à la philosophie : elle doit élaborer un discours qui accueille en son sein la violence du non-être, tout en dénonçant les artifices rhétoriques des sophistes (entendus comme utilisateurs d'une science des disputes et de l'art de persuader à l'aide de ruses et de mensonges habilement argumentés). Ces conceptions de la philosophie par rapport à la violence doivent beaucoup aux analyses de Jean-François LYOTARD et d'Eric WEIL, entre autres.

        Yves MICHAUD classe les philosophies de la violence entre ontologies de la violence et philosophies de la réciprocité.
                   Parmi les philosophies qui fondent leur réflexion sur la violence sur une conception de la nature des
                   choses, on rencontre : - les négativités de l'Etre où l'individu et la société sont compris à travers leurs
                    contradictions : HEGEL, MARX, les penseurs grosso modo de l'École de Francfort (ADORNO,
                                          HORKHEIMER, POLLOCK, LOEWENTHAL, MARCUSE pour une partie de son oeuvre) ;
                                                      - les philosophies de la vie, SPENCER, NIETZSCHE....

                  Parmi celles qui mettent l'accent sur la réciprocité, on retrouve HEGEL, SARTRE et GIRARD, selon des
                  acceptions bien entendu bien différentes.
  Dans sa "conclusion philosophique", Yves MICHAUD insiste sur le fait que "les philosophies de la violence sont des approches spéculatives où les généralisations audacieuses, les mythes et les proclamations définitives ne manquent pas." Comme sur toute question philosophique, et surtout sur la violence, c'est dire que les arguments d'autorité comptent peu : philosopher sur la violence, c'est surtout y réfléchir sur ses fondements.

             Les définitions philosophiques de la violence, loin de réduire celle-ci à un sens mécaniste où la nature joue un très grand rôle, et surtout les définitions philosophiques modernes, mettent l'accent sur une critique de la violence.

   André LALANDE, Vocabulaire technique et critique de la philosophie, PUF, collection Quadrige, 2002 ; Vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines, Louis-Marie MORFAUX, Armand Colin, 1980 ; Sylvain AUROUX et Yvonne WEIL, Hachette, collection Education, 1991 ; Michel WIEVIORKA, La violence, Hachette, collection Pluriel, 2005 ; Hélène FRAPPAT, La violence (textes choisis et présentés par), GF Flammarion, collection Corpus, 2000 ; Yves MICHAUD, La violence, PUF, collection Que sais-je?, 1988.


           
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5 janvier 2009 1 05 /01 /janvier /2009 14:13
      
       Défini par le Dictionnaire Le Petit Robert comme abus de la force, provenant du mot latin violentia (1215), le mot violence est très utilisé, sans doute parce qu'il fait partie intégrante de presque toutes les cultures humaines.
  Le Petit Robert (1972)  toujours y consacre quatre acceptions :
            - Faire violence (1538) : "agir sur quelqu'un  ou le faire agir contre sa volonté, en employant la force ou l'intimidation. Faire violence à quelqu'un : le contraindre en le brutalisant ou en l'opprimant ;
             - Une violence est l'acte par lequel s'exerce une force ;
             - Une disposition naturelle à l'expression brutale des sentiments ;
             - Force brutale (d'une chose, d'un phénomène).
   Mêmes définitions dans le Dictionnaire Hachette (2001) : force brutale exercée contre quelqu'un, actes de violences, brutalité de caractère de l'expression, intensité, force brutale d'un phénomène naturel ou d'un sentiment.
  Le Larousse encyclopédie en couleurs paru chez France Loisirs en 1989, lui, place au début de sa définition :
                   - Force intense, souvent destructrice, puis outrance (violence des expressions) ;
                   - Abus de la force (par opposition à la persuasion et à la conciliation), caractère emporté ;
                   - Faire violence à une personne, la contraindre par la force ;
                   - Faire une douce violence à quelqu'un, lui faire accepter une chose qu'il ne refuse de faire que par façon,
                        par délicatesse ;
                   - Violenter, c'est forcer quelqu'un par la violence à transgresser la règle naturelle ou morale.
  Le Grand Robert de 2014 reprend ces acceptions, tirant toujours l'étymologie du latin de 1215 (violentia, violentius) :
1 - a) Faire violence à : agir sur quelqu'un ou faire agir quelqu'un contre sa volonté, en employant la force ou l'intimidation (voir Forcer, obliger). Se faire violence, se dominer, se maitriser (voir se contenir), se contraindre, réprimer ses désirs, se vaincre. L'extrême violence que chacun se fait. J'ai dû me faire violence pour me taire. Par extension : Faire violence à quelque chose, à un texte (voir Dénaturer, forcer). Violence faite au droit d'auteur (voir Agression, attentat). Est cité de plus Faire violence à une femme (voir Violer).
- b) La violence est la Force brutale pour soumettre quelqu'un (voir Brutalité). Acte, mouvement de violence. La violence est la loi de la brute (voir Non-violence). La domination de la violence (voir Fascisme). La guerre est un acte de violence. réprouver la violence (Voir Non-violent). Exercer la violence contre quelqu'un (voir Liberté). Conquérir par la violence (par le fer et le feu). Extorquer, prendre par la violence (voir Arracher, usurper). User de violence. Se résoudre à employer la violence (voir Torture) (En venir aux extrémités). Recourir à la violence. Par violence, avec violence (voir Force - de vive force). Répondre à la violence par la violence. Groupe qui agit dans la violence (voir Agitation, révolte, révolution). Prendre le pouvoir par la violence. Emploi de la violence. L'escalade de la violence. La violence et le crime. Scène de violence dans un film. Rôle de la violence dans l'histoire, dans la société.
Est ajouté en Droit, la violence, cause de nullité d'une convention (Code civil, articles 110 et suivants). Attentats à la pudeur avec violence.
2 - Une, des violences. Acte par lequel s'exerce la violence (au sens  de Faire violence à (1.a...)). Violences physiques, sexuelles, morales. Coups et violences. Violences graves (voir Sévice). Rêver de violences (voir Gendarme). Commettre des violences sur quelq'un (voir Maltraiter, violenter). L'enfant a subi des violences (voir Maltraitance). Les violences de l'oppression, de la tyrannie, du terririsme. Violences révolutionnaires. Violences urbaines. lutter contre la violence en milieu scolaire. - Violences verbales : excès de langage ; insultes. Est ajouté à partir de l'usage de 1668, faire une douce violence sur quelqu'un. Locution ironique. Se faire une douce violence : accepter une chose avec plaisir après une feinte réristance (voir Céder, consentir).
3 - Disposition naturelle à l'expression brutale des sentiments : Il devient injurieux, puis honteux de sa violence (voir Agressivité, colère, fureur, irascibilité) (voir Répliquer). Parler avec violence (voir se Déchaîner, s'Emporter). Violence verbale (voir Invective). Allier la souplesse et la violence (voir Groissièreté). Préconiser une façon de voir avec la dernière violence. Réagir avec une incroyable violence (voir Autorité) (voir Fougue, passion, véhémence, virulence.
Est ajouté, le Caractère brutal d'une action. la violence d'un procédé (voir Humble). Assister à une scène d'une extraodrinaire violence (voir Exaspérer).
4 - A partir du sens de 1600 : Force irrésistible, néfaste ou dangereuse d'une chose. La violence de l'ouragan (voir Grêlon) ; de la tempête, du mistral, du vent qui emporte tout sur son passage (voir Fureur, furie, intensité) (voir Déclarer). Porte qui claque avec violence. Mélange qui explose avec une violence extrême. Chose qui se rompy avec violence. (voir Eclater. Commotion d'une violence inoïe. Qui produit des effets brutaux. La violence du venin (voir Gorgée). La violence d'un sentiment, d'une passion (voir Endormir) (voir Déchainement, intensité, virulence, vivacité). La violence du désir, du desespoir (voir Ardeur, Frénésie, Impétuosité).

       Yves MICHAUD dégage bien ces deux orientations : "d'un côté, le terme violence désigne des faits et des actions; d'un autre, il désigne une manière d'être de la force, du sentiment ou d'un élément naturel - violence d'une passion ou de la nature. Dans le premier cas, la violence s'oppose à la paix, à l'ordre qu'elle trouble ou remet en cause. dans l'autre, c'est la force brutale ou déchaînée qui enfreint les règles et dépasse la mesure".
 Cette étymologie, toujours selon Yves MICHAUD, nous apprend au moins trois choses :
         - Violence vient du latin violentia qui signifie violence, caractère violent ou farouche, force. Le verbe violare signifie traiter avec violence, profaner, transgresser. Ces termes se rattachent au mot vis qui veut dire force, vigueur, puissance, violence, emploi de la force physique, mais aussi quantité, abondance, essence  ou caractère essentiel d'une chose.
 Vis signifie la force en action, la ressource d'un corps pour exercer sa force, et donc sa puissance, la valeur, la force vitale ;
  Au vis latin correspond l'is homérique qui signifie muscle et encore force, vigueur et se rattache lui-même à bia qui veut dire la force vitale, la force du corps, la vigueur et, en conséquence, l'emploi de la force, la violence, ce qui contraint et fait violence.
Il se rattache au sanskrit j(i)yà qui veut dire prédominance, puissance, domination qui prévaut.
           - On retrouve donc rattachés constamment la force et la violence. Plus, si on laisse de côté les jugements de valeur, la force est non qualifiée. Elle devient violence lorsqu'elle dépasse la mesure ou perturbe un ordre.
           - L'idée de force qui constitue le noyau de la violence est soumise à de grandes variations dans le temps et dans l'espace, mais toujours la violence est d'abord une affaire de coups et de mauvais traitements et elle laisse des traces. Il y a autant de formes de violence qu'il y a de sortes de normes.

     Michel WIEVIORKA pense qu'une difficulté de définir la violence provient d'une dualité de perspectives : son objectivité, sa rationnalité, sa factualité, voire sa comptabilité en nombre de victimes ou en destructions matérielles et sa subjectivité, telle qu'elle est vécue, observée, représentée, voulue ou subie.
     Hélène FRAPPAT dans son anthologie sur la violence, relève elle aussi cette étymologie qui rend le mot violence si proche de celle de la force. "La violence serait la force en action, la force quand elle s'exerce : il n'y a pas de force que pour autant qu'elle se manifeste dans une action, un mouvement : associé à une contrainte, elle deviendrait violence. Le langage courant, qui tient souvent force et violence pour synonymes, confirme cette relation."

      Cette confusion entre force et violence est très fréquente et l'étymologie rend difficile une distinction. Même les auteurs favorables à la non-violence en conviennent, ainsi Jacques SEMELIN et Christian MELLON dans leur petit livre :
 "Deux raisons expliquent que cette distinction, pourtant essentielle, ne soit pas toujours perçue. La première tient à l'habitude d'utiliser, dans le langage courant, le mot violence comme un intensif de force : on dira d'un orage ou d'un sentiment qu'ils sont violents pour dire qu'ils sont très forts. La seconde tient à une interférence regrettable entre le registre de la description et celui des jugements de valeur. Sauf dans quelques idéologies extrémistes qui valorisent la violence pour elle-même, le mot violence a plutôt une connotation négative : il ne sert pas seulement à décrire des actes, mais à les stigmatiser. D'où la tendance à utiliser le mot force pour désigner toute forme de violence que l'on estime légitime (...). La clarté exigerait que soit respectée l'indépendance des deux registres : le mot violence doit pouvoir être employé - s'il s'agit d'actes portant atteinte à la vie ou aux droits d'êtres humains - même quand de tels actes sont considérés comme moralement et/ou juridiquement légitimes (...).".

     Par ailleurs, une autre confusion existe entre conflit et violence, malgré leurs étymologies plus éloignées. Toute conflit n'est pas forcément violent et toute violence ne provient pas forcément d'un conflit.

      Michel WIEVIORKA, La violence, Hachette littératures, collection Pluriel, 2006 ; Hélène FRAPPAT, La violence, textes choisis et commentés, GF Flammarion, collection Corpus, 2000 ; Yves MICHAUD, La violence, PUF, collection Que sais-Je?, 1988 ; Christian MELLON et Jacques SEMELIN, La non-violence, PUF, collection Que sais-je?, 1994.

Complété le 13 novembre 2013
     
 
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