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4 juin 2008 3 04 /06 /juin /2008 15:53
        Le mot Conflit n'apparaît pas dans le "Dictionnaire de biologie" de LENDER-DELAVAULT-LE MOIGNE de 1979 (PUF), pas plus que dans plusieurs autres dictionnaires de biologie plus récents (celui de Jacques BERTHET, De BOECK, 2005 par exemple).
    Toutefois, une problématique conflictuelle figure bien lorsque sont décrites les bactéries, virus et autres pathogènes pour le corps humain, comme lorsque est détaillé le fonctionnement du système immunitaire. Il s'agit de l'action d'un "ensemble de tissus lymphoïdes assurant par des réactions immunologiques la protection d'un organisme contre toute intrusion de substance organique étrangère dans son milieu intérieur. Ce sont : la moelle osseuse, organe hématopoiétique, à l'origine des érythrocytes, des leucocytes polynucléaires, des plaquettes sanguines et des lymphocytes ; le thymus où se différencient les lymphocytes T ; la rate, les ganglions lymphatiques, les nodules lymphoides des muqueuses où les cellules provenant du thymus et de la moelle entrent en contact avec les antigènes, ce qui entraîne les réactions de l'immunité cellulaire et humorale ; le sang et la lymphe qui transportent les antigènes et les anticorps. Les cellules immunologiquement compétentes amplifient ces phénomènes de défense immunitaire".
"L'immunologie", dit le même dictionaire, "est la science qui étudie les différents aspects des réactions immuniaires qui permettent à un organisme de reconnaitre et de réagir contre un autre organisme vivant (bactérie, virus, tissu greffé) en contact avec son milieu intérieur. Elle étudie les mécanismes d'apparition et les conséquences des réactions immunitaires."
  Idem pour "l'Atlas de biologie" de Gunter VOGEL et d'Hartmunt ANGRMANN, où se trouve décrit le système biologique de défense. Gardons à l'esprit que si l'on peut parler de réactions de défense d'un organisme, ce sont justement des réactions automatiques, d'une cascade de séquences biochimiques et neurobiochimiques qui se déplient en présence de corps étrangers, il faut se garder de parler de Conflit au sens strict qui implique la notion d'intentionnalité et possède une dimension d'enjeu. Or, s'il existe un enjeu, celui de garder ne vie l'organisme, les virus et les bactéries ne sont pas les soldats d'une armée qui opère en vue d'objectifs à plus ou moins longs termes. Si ces dernières lignes sont écrites, c'est pour ne pas tomber dans une certaine imprudence intellectuelle, car si le monde des humains est effectivement conflictuel, ils ont tendance à percevoir l'univers entier comme conflictuel. En même temps, si l'on regarde au microscope électronique une lamelle sur laquelle on dépose un liquide quelconque (de la salive par exemple), que voit-on? Une véritable bataille entre micro-organismes qui ne laissent sur le terrain que des vainqueurs affaiblis et des cadavres, des organismes décomposés en leurs plus simples éléments inanimés.
  
  Tout en se gardant donc de tout anthropomorphisme dans ce domaine, que ce soit pour des organismes monocellulaires ou pour des organismes multicellulaires (végétaux, animaux, humain), Henri LABORIT  a développé toute une "nouvelle grille", basée sur ses travaux sur la "réaction organique à l'agression". Son approche sur les mécanismes complexes à l'oeuvre chez les êtres vivants établit un continuum entre les divers comportements réactifs aux agressions, qu'ils soient physiques ou sociaux.

   Versant souvent par contre dans un anthropomorphisme populaire, Jean-Marie PELT a écrit beaucoup d'ouvrages, dont le moindre sur le conflit en biologie n'est pas "La loi de la jungle", où la guerre fait rage, même chez les plantes.

  Théodore LENDER, Robert DELAVAULT, Albert LE MOIGNE, Dictionnaire de biologie, PUF, 1979 ; Gunther VOGEL et Hartmunt ANGERMANN, Atlas de biologie, le livre de poche, 2005 ;  Henri LABORIT, Biologie et structure, Gallimard, collection idées, 1968 ; La nouvelle grille, Robert Laffont, collection "Libertés 2000", 1981 ; Jean-Marie PELT et Franck STEFFA, La loi de la jungle, Fayard, 2003.


  
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21 mai 2008 3 21 /05 /mai /2008 13:25
              Le "Dictionnaire de l'éthologie" de Klaus IMMELMANN (Pierre Mardaga éditeur, 1990) comporte une entrée "Conflit de générations" (Eltern-Nachklommen-konflict, Parent-offsprinc-conflict) et cela figure, d'après lui, dans le vocabulaire de la sociobiologie (discipline devenue un peu douteuse).
Il tire donc de TRIVERS (1974) et de STAMPS (1978) la définition suivante: conflit d'intérêt qui oppose le jeune à sa mère ou à ses deux parents. D'après la théorie de la parentèle, le jeune tendrait vers un investissement maternel optimal, tandis que sa mère doit, dans l'intérêt des jeunes à venir, indispensables au renforcement de son succès reproducteur, limiter cet investissement. L'ampleur du conflit, continue-t-il, varie en fonction de l'âge de la mère ou de ses parents : on note une différence entre le géniteur relativement jeune pour lequel la probabilité de produire d'autres descendants est encore relativement élevée, et le géniteur plus âgé, qui peut investir davantage dans les rejetons susceptibles d'être les derniers. L'âge du jeune jouerait également un rôle : plus il grandit, plus il devient apte à subvenir à ses besoins, moins important est l'avantage qui résulte des soins maternels.
     Nombre d'observations viennent effectivement étayer cette thèse : ainsi, chez les chiens et chats, la période des soins parentaux peut se diviser en 3 phases. Au cours de la première, l'initiative des contacts comme des soins émane essentiellement de la mère ; au cours de la phase suivante, cette initiative est partagée et au cours de la dernière phase, peu avant le sevrage, le jeune sollicite de sa mère davantage de soins, que celle-ci, qui lui manifeste quelquefois de l'agressivité et tente de l'éconduire, n'est disposée à lui accorder. Une évolution similaire, susceptible de déboucher sur un "conflit de sevrage", est également attestée chez les rats, un nombre important de primates et divers oiseaux.
             On trouve dans ce Dictionnaire par ailleurs la définition du Comportement Conflictuel : conduite qui se manifeste dans une situation conflictuelle, c'est-à-dire quand deux tendances comportementales incompatibles (attaque et fuite par exemple) sont activées simultanément et qu'aucune ne prédomine franchement. Parmi les comportements conflictuels, on distingue le comportement ambivalent, les comportements de substitution et les activités de redirection.
         
           Plus intéressant pour notre propos, est la Compétition, terme qui s'emploie quand deux individus au moins prétendent aux mêmes ressources naturelles. C'est entre congénères que la compétition est la plus intense puisqu'elle porte non seulement sur les possibilités de survie et de reproduction (ressources alimentaires, sites de nidification et de repos, matériaux de construction...), mais également sur les "ressources sociales" (partenaire sexuel par exemple). C'est la raison pour laquelle l'agression, qui contribue à réduire la compétition par l'éviction du compétiteur, est particulièrement véhémente entre individus conspécifiques. L'établissement de territoires, qui assurent la répartition plus ou moins homogène des individus dans l'espace disponible, peut également atténuer la compétition directe. Il arrive toutefois que des espèces différentes, parfois étroitement apparentées, éprouvent des besoins physiologiques à ce point identiques qu'elles se fassent concurrence. Il s'ensuit des adaptations particulières, comme la mise en place d'une territorialité interspécifique. Si la compétition devient active (confrontation ou menace), on parle de rivalité.
     Il est difficile, en matière d'éthologie, même si l'on conteste beaucoup des affirmations de Konrad LORENZ, de faire l'impasse sur son ouvrage fondateur "L'agression, une histoire naturelle du mal".

       Au terme Agression, ou Comportement Agressif, on trouve, toujours dans ce "Dictionnaire de l'éthologie" la définition suivante: Terme qui englobe toutes les manifestations de l'attaque, de la défense et de la menace. On distingue entre agression intra- et interspécifique selon que les affrontements mettent aux prises des congénères ou des sujets d'espèces différentes. Sur le plan interspécifique, il convient de distinguer l'agression prédatrice propre aux espèces carnassières du combat défensif livré contre un prédateur ou même un compétiteur. Des conduites très diverses peuvent intervenir au cours de l'agression, qu'elle soit intra ou interspécifique.
    Au terme Agressivité, on note comme signification : Disposition à l'attaque chez un individu ou une espèce. Cette disposition se situe manifestement entre deux marges fixées pour chaque espèce (compte tenu de variations saisonnières liées à la reproduction) et elle est très variable, même entre espèces apparentées. A l'intérieur de ces marges, certaines influences extérieures, surtout des expériences précoces, déterminent l'importance de l'agressivité individuelle. On n'a toujours pas établi avec certitude s'il existe une pulsion d'agression propre (querelle intellectuelle à propos de l'instinct et de la pulsion sur laquelle nous discuterons souvent), c'est-à-dire; poursuit Klaus IMMELMANN, si et dans quelle mesure des facteurs internes peuvent déterminer la motivation de combat d'un individu, jusqu'à quel point l'agression est répressible et si elle peut même s'exprimer spontanément.
     
        Ces deux notions d'Agressivité et d'Agression sont également développées dans le "Dictionnaire du Darwinisme et de l'évolution" (Sous la direction de Patrick TORT, PUF, 1996).
       Jacques GERVET y écrit, à l'article Agression/Agressivité (Agression, Agressiveness) : En éthologie, les conduites considérées comme agressives ont pour objet d'exclure tendanciellement l'individu ou le groupe qui en est la cible de l'accès à certaines ressources, et ont par là pour effet éventuel de limiter sa descendance totale. En cela, l'agression est agent de la sélection naturelle (parmi d'autres). Sur un plan plus directement idéologique, l'homologie déclarée des violences humaines avec les "conduites agressives" animales rencontre une intuition profonde assimilant l'agressivité à quelque bestialité originelle dont un processus purement humain, la Grâce ou la Raison selon le modèle dominant de l'heure, peut seul combattre l'action décisive.
 Plus loin le même auteur développe : Dans la plupart des cas, il parait plus pertinent de rapporter l'apparition d'agressions, effectives ou ritualisées, à des situations précises que l'on peut qualifier de situations de conflit. Dès lors que des objets (aliment, territoire, partenaire sexuel...) déclenchent une réaction d'approche simultanée chez deux membres de l'espèce, la détection de l'autre, perçu alors comme rival, déclenche une réaction agressive. celle-ci résulte plus d'un heurt de motivations que d'une motivation distincte... ce qui n'exclut pas que, comme tout comportement animal, elle soit aussi conditionnée par des facteurs génétiques.
Le point décisif reste pourtant qu'à l'intérieur d'une même espèce, la différence entre deux observations dont l'une seule a donné lieu à des conduites agressives, a plus de chance à priori de relever d'une différence de situation que d'une différence dans quelque instinct endogène.
Qu'elle s'exprime sous forme brutale ou sous une forme ritualisée, l'agression garde sa fonction organisatrice ; à l'intérieur d'un groupe social, une bande de Singes, par exemple, attitudes de menace, attitudes affilitives, gestes d'apaisement... jouent des rôles complémentaires dans l'équilibre social qui règle sa persistance. Une certaine dose d'agression, éventuellement ritualisée sous forme de dominance sociale, est une composante, parmi d'autres, de cet équilibre. La forme de l'intensité des conduites agressives peut varier fortement d'une espèce à l'autre ; mais il n'est pas d'espèce où elles ne coexistent avec des conduites qui en atténuent les effets.
Dans la plupart des espèces, le déclenchement d'agressions fortes, parfois sanglantes, reste possible dès lors que sont dépassées les possibilités régulatrices des réponses ritualisées. Elles interviennent notamment quand repères sociaux ou repères territoriaux sont rompus : un rival brusquement rencontré au coeur du territoire, un membre du groupe ne respectant pas le rituel... et un violent combat peut se déclencher, éventuellement meurtrier si les processus régulateurs n'apparaissent pas rapidement.
Certes, de telles conditions d'environnement concourent avec des réglages endogènes, de nature génétique ou physiologique, mais à ce niveau la remarque est triviale (on l'avait compris). Le véritable enjeu, notamment pour l'étude de l'agressivité humaine, est de voir si un facteur endogène peut expliquer la diversité des observations ou si le niveau le plus pertinent pour l'expliquer, ou y mettre fin, reste la prise en compte du degré d'organisation de l'environnement.
        On ne pourra que revenir sur ces notions, tellement elles sont porteuses d'enjeux, tant scientifiques qu'idéologiques.

        Plus loin et plus intéressant, peut-être, pour le propos de cet article de ce blog, est la définition, sous la plume de Charles DEVILLERS, dans ce même "Dictionnaire du Darwinisme et de l'évolution", du principe de Compétition-exclusion (Competitive exclusion principale) :
     On peut admettre que la conséquence d'une compétition est que deux espèces similaires ne peuvent occuper les mêmes niches (écologiques) mais doivent s'exclure l'une l'autre de telle façon que chacune prend possession de telles sortes de nourriture et modes de vie qui lui donnent un avantage sur sa compétitrice (GAUZE, 1934). Deux espèces ayant les mêmes impératifs écologiques ne peuvent coexister sur de longues durées. Ou bien l'une des formes est éliminée, ou bien elle modifie ses impératifs écologiques. Sous l'apparence d'une constatation banale, ce principe impose, pour bien la comprendre, de définir au préalable Compétition et Niche écologique.
 Il y a compétition quand des organismes, animaux ou végétaux, de même espèce ou d'espèces différentes, utilisent les mêmes ressources, qui sont en quantité limitée, ou se nuisent mutuellement en cherchant ces ressources. Une niche écologique peut être décrite comme un volume à n dimensions, où chaque dimension est l'une des composantes de la niche : conditions physiques et chimiques du milieu, ressources nutritives, habitats, lieux de reproduction... Comme il est hautement improbable que toutes les utilisations des dimensions des niches de deux espèces soient strictement les mêmes, on dira que l'une d'entre elles est différente pour que la coexistence ait lieu.
Ce principe a ses partisans et ses adversaires, mais dans la pratique, il incite à rechercher la causalité des coexistences, de mettre à jour les différences écologiques, parfois subtiles, qui les rendent possibles.

   Quant à la Compétition intra et interspécifique, Vincent LABEYRIE, dans ce même Dictionnaire, écrit justement que pour qu'il y ait compétition, il faut qu'il y ait à la fois même habitat et même niche. Là aussi, on retrouve la notion que tant pour une même espèce que pour des espèces différentes, elle ne concerne que des individus ayant à un moment donné des exigences communes.

     Toute une modélisation (une mise en équations mathématiques) a été faite, pour mesurer la dynamique des populations, compte tenu des différentes composantes des niches écologiques. On trouve, par exemple, des "Leçons sur la théorie mathématique de la lutte pour la vie" de Vito VOLTERRA (Editions Jacques Gabay, 1990, première édition en 1931).


                                                                              ETHUS
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5 mai 2008 1 05 /05 /mai /2008 14:33
      Au mot Conflit,  Le "Dictionnaire de l'ethnologie et de l'anthropologie" publié au PUF (Collection Quadrige, 2002) sous la direction, notamment,  de Pierre BONTE et de Michel IZARD,  renvoie immédiatement à Max GLUCKMAN.
     Celui-ci, anthropologue britannique (1911-1975) a étudié sur le terrain de nombreuses peuplades, dont les Zulu (Afrique du Sud), les Lozi du Barotseland, les Tonga et les Lamba. Il a publié de nombreux ouvrages comme "Custom and Conflict in Africa" (1956) ou "Order and Rebellion in tribal Africa" (1963). Le conflit, pour Max GLUCKMAN, loin de menacer l'unité du corps social, permet l'intégrité même de celui-ci. "Un conflit et son mode de résolution peuvent faire l'objet d'une mise en scène rituelle qui, dans le même temps, libère l'expression d'une rébellion contre l'ordre social et le résorbe".
     Visiblement, et on le comprend, tellement les études des sociétés dites primitives ont fait l'objet de batailles rageuses (allant jusqu'à la falsification de résultats d'études sur le terrain) entre différents auteurs, les coordonnateurs de ce Dictionnaire ne se sont pas hasardés définir le conflit.
    Faute de consensus sur une définition sur cette discipline aux frontières extrêmement mouvantes, on rappelera simplement ici différentes facettes qui sont autant de renvois à partir du mot conflit. La guerre (ses origines, ses modalités ancestrales), les structures de parenté et leurs système de répression sociale, notamment sur la prohibition de l'inceste, les relations conflictuelles de l'économie du don et du contre-don, la chasse (chasseurs-cueilleurs nomades et agriculteurs sédentaires), et les inégalités entre sociétés, constituent autant de thèmes beaucoup étudiés par les anthropologues et les ethnologues.
    
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2 mai 2008 5 02 /05 /mai /2008 15:01
   Henri PIERON (en fait Daniel LAGACHE comme contributeur), dans son Vocabulaire de la psychologie (PUF, Quadrige, 2000), donne du conflit une définition assez succinte : Etat de l'organisme soumis à l'action de motivations incompatibles. Et il aiguillonne tout de suite sur la psychanalyse. La psychanalyse ramène la névrose à un conflit entre le besoin de sécurité, ou, en termes "topiques", à un conflit entre les pulsions du ça et la défense du Moi. Il n'en dit finalement pas beaucoup plus qu'André LALANDE dans son "Vocabulaire technique et critique de la philosophie" (même édition, même collection, 2002). L'expression "conflit de tendances" est usuelle en psychologie et en psychanalyse, spécialement en ce qui concerne les conflits entre le conscient et l'inconscient dans les phénomènes de refoulements.
 
     Il faut donc ouvrir le "Vocabulaire de la psychanalyse" (Jean LAPLANCHE et J-B PONTALIS, PUF, 1976) pour prendre connaissance du conflit psychique. C'est donc par une exégèse de l'oeuvre de Sigmund FREUD que l'on continue. On retiendra surtout cette définition, écrite en caractère gras : On parle en psychanalyse de conflit lorsque, dans le sujet, s'opposent des exigences contraires. le conflit peut être manifeste (entre un désir et une exigence morale, par exemple, ou entre deux sentiments contradictoires) ou latent, ce dernier pouvant s'exprimer de façon déformée dans le conflit manifeste et se traduire notamment par la formation de symptômes, des désordres de la conduite, des troubles de caractère... La psychanalyse considère le conflit comme constitutif de l'être humain et ceci dans diverses perspectives : conflit entre le désir et la défense, conflit entre les différents systèmes ou instances, conflits entre les pulsions, conflit oedipien enfin où non seulement se confondent des désirs contraires, mais où ceux-ci s'affrontent à l'interdit. On peut difficilement faire mieux dans une définition du conflit intérieur à la personne.
  Au cours de son exégète très instructive, les deux auteurs indiquent que FREUD, dans l'ensemble de son évolution sur le conflit, il a toujours cherché à ramener celui-ci à un dualisme irréductible que seule peut fonder, en dernière analyse, une opposition quasi-mythique entre deux grandes forces contraires ; entre deux pôles, la sexualité d'une part toujours, et d'autre part des réalités changeantes : Moi, Pulsions du Moi, Pulsions de mort.
   Le conflit nucléaire de l'être humain demeure le complexe d'Oedipe. Le conflit, avant d'être conflit défensif, est déjà inscrit de façon pré-subjective comme conjonction dialectique et originaire du désir et de l'interdit.
   On rencontre une exégèse semblable, quoique moins développée, sous la plume de Roger PERRON dans le "Dictionnaire international de la psychanalyse" (Sous la direction d'Alain de MIJOLLA, Calmann-Lévy, 2002).

      Dans le "Dictionnaire de la psychiatrie et de la psychologie clinique" de Jacques POSTEL (Larousse, 2003), on retrouve sous la rubrique Conflit psychique (anglais mentionné : psychical conflict), la définition suivante : expression d'exigences internes inconciliables, telles que désirs et représentations opposées, et plus spécifiquement, de forces pulsionnelles antagonistes. Le conflit psychique peut être manifeste ou latent. Et l'on repart pour une description du cheminement de  FREUD et de ses conceptions du conflit.

    C'est dire qu'en psychologie et en psychiatrie domine la conception freudienne du conflit (même si cette domination ne veut pas dire adhésion de l'ensemble des psychiatres ou des psychologues à la psychanalyse, tant s'en faut), sans doute parce que justement le conflit intérieur n'a jamais été aussi bien décrit et analysé.

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30 avril 2008 3 30 /04 /avril /2008 12:36
       Commencer par discuter d'un mot ou d'une expression, c'est souvent aller au fond, par-delà l'étymologie. En s'appuyant souvent sur l'étymologie, c'est faire la philosophie du mot ou de l'expression, et nous nous conformons bien sûr à cette règle.
     
      André LALANDE, dans son Vocabulaire technique et critique de la philosophie (PUF, Quadrige, 2002), indique le radical international de conflit, konflikt, que nous utiliserons par la suite. Le latin conflictus (legum), terme juridique bien entendu, cotoie l'allemand widerstreit, l'anglais conflict et l'italien conflitto. Dans tous ces cas, il s'agit du rapport de deux pouvoirs ou de deux principes dont les applications exigent dans un même objet des déterminations contradictoires. LALANDE cite en particulier conflit de devoirs, dans la morale appliquée, un même acte paraît à la fois légitime et illégitime suivant la règle à laquelle on le rapporte. Il peut y avoir conflit d'une seule autorité avec elle-même, si elle ne peut s'appliquer à un objet donné sans y aboutir à une contradiction. Le conflit de la Raison avec elle-même selon Emmanuel KANT (Critique de la raison pure) est l'ensemble des contradictions où s'engage la raison lorsqu'elle s'efforce de trouver, dans les phénomènes, un inconditionnel d'où dépendraient tous les inconditionnés.
    
        Cette référence à KANT figure également dans le Vocabulaire Bordas de la philosophie de LEGRAND. Le conflit de la raison avec elle-même désigne la série des contradictions, selon KANT, insolubles, qui président à la recherche d'un élément dépassant toutes les conditions. LEGRAND signale que le même caractère de conflit intérieur se retrouve dans la pensée de type religieux (PASCAL) ou existentialiste (CAMUS). La contradiction à assumer par-delà le conflit semble avoir été l'une des motivations initiales, selon LEGRAND toujours, de NIESTZSCHE.

    Joel WILFERT, dans les pages Vocabulaire de son ouvrage consacré à Emmanuel KANT (Ellipses, 1999) explique bien cette notion en se référant à l'antinomie, ce conflit entre les lois de la raison pure. Les antinomies kantiennes, écrit-il, exposent les thèses opposées que la raison peut soutenir tour à tour lorsqu'elle prétend obtenir une connaissance à partir de l'idée de monde, synthèse objective de tous les phénomènes de sens externe. On ne peut que citer KANT lui-même : "Elle (la raison) croit avec beaucoup d'apparence y rendre valable son principe de l'unité inconditionnée, mais elle s'embrouille bientôt dans de telles contradictions qu'elle est forcée de renoncer à ses prétentions en matière cosmologique". (Critique de la raison pure).
   
     Comme pour toute définition, donc, qui se respecte, nous nous voyons dans l'obligation de renvoyer, en philosophie, le mot conflit au mot ANTINOMIE.
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29 avril 2008 2 29 /04 /avril /2008 17:04
           1 -   Pour le sens commun, nous pouvons noter, avec un dictionnaire comme "Le petit Robert", qu'il s'agit d'un nom commun masculin (A noter qu'en Français, la coopération est féminin...), qui apparaît à la fin du XIIème siècle, et qui vient du bas latin conflictus (Choc).
Dans ce même dictionnaire, plusieurs sens sont mentionnés :
a) Lutte, combat.
b) Rencontre d'éléments, de sentiments contraires, qui s'opposent. Le dictionnaire renvoie alors à d'autres termes : antagonisme, conflagration, discorde, lutte, opposition, tiraillement.
c) Contradiction entre deux puissances qui se disputent un droit : conflits inter-étatiques, arbitrage d'un conflit, conflit armé (voir le terme Guerre).
d) Contestation de compétence entre juridictions, conflit d'attribution.
    
Les mêmes constatations sont établies par "Le Larousse" : Conflit, nom commun masculin (du bas latin conflictus, de confligere, heurter).
- Lutte, combat entre deux ou plusieurs pays : un conflit sanglant.
- Situation opposant deux types de juridiction (conflit d'attribution) ou deux tribunaux (conflit de juridiction), qui prétendent tous deux se saisir d'une affaire (conflit positif) ou refusent l'un et l'autre de s'en saisir (conflit négatif).
- Au figuré : opposition de sentiments, d'opinions, d'intérêts : conflits de passions. Régler un conflit entre patrons et syndicats.
- En psychanalyse : situation dans laquelle s'opposent avec la même force les pulsions primaires et les motivations résultant de l'apprentissage des interdits sociaux et moraux.
- Conflits de lois, problème né du choix de la loi à appliquer dans un litige pouvant être résolu par des lois naturelles différentes.
- Elever le conflit, pour l'autorité administrative, demander au tribunal des conflits de dessaisir une juridiction administrative (tribunal des conflits, voir tribunal)

Dans ces deux dictionnaires, encore plus pour "Le Larousse" que pour "Le petit Robert", la définition du conflit est très influencée par une conception juridique, qui veut limiter, encadrer, régler, justement, le conflit.
Cette influence provient sans doute de "l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert" comme de la pratique en vigueur au XVIIIème siècle. Dans cette encyclopédie, l'entrée Conflit est immédiatement couverte par Conflit de juridiction, même si le nombre d'occurrences au terme conflit est très élevé et couvre bien d'autres domaines.

Dans le Dictionnaire historique de la langue française Le Robert, supervisé par Alain REY, paru en 1992, on relève les précisions suivantes :
   "Curieusement, c'est le participe passé latin d'usage rare qui est passé en français, mais pas le verbe confligere, "heurter, combattre", à la différence d'autres composés de l'archaïque fligere "battre" (affliger, infliger). Le mot signifiant "action d'être aux prises, combat physique", a vieilli lorsqu'il concerne un affrontement entre personnes ; il s'est maintenu en parlant d'une lutte armée entre deux peuples, Etats, servant d'euphémisme pour guerre. Son extension dans le domaine de l'opposition morale (dès les premiers textes), d'abord à propos d'un combat intérieur, s'élargit à partir du XVIIème siècle aux relations avec autrui. Il faudra la spécialisation du mot en psychanalyse (1949, liquidation d'un conflit) pour que se retrouve l'idée de "violent dualisme intérieur". Le XVIIème siècle avait situé l'antagonisme sur le plan abstrait entre forces intellectuelles, morales, affectives, sociales (1686) et l'avait placé sur le terrain du droit (avant 1680, conflit de juridiction). L'adjectif moderne conflictuel(lle) (1958 - LEVI-STRAUSS) dérivé savant du radical latin, appartient à l'usage didactique (psychanalytique, social) tout en étant relativement courant.

 

 Notons enfin que Le Grand Robert 2014 définit le conflit en 4 éléments, son étymologie stricte partant du bas latin conflictus et du supin de confligere (se heurter) :

- Lutte, combat. Un conflit entre personnes, entre groupes. Le conflit des armées. Un sanglant conflit. Conflits entre cités.

Choc (de plusieurs choses), qui renvoie à Collision, Heurt.

- Rencontre provoquant une opposition (d'éléments, de sentiments contraires) qui renvoie à Antagonisme, Conflagration, Désaccord, Discorde, Lutte, Tiraillement. Conflit d'intérêts, de passions, de devoirs, d'idées. Conflit religieux, racial. Le conflit de générations. Conflit psychologique, conflit intérieur (voir Conflictuel). Conflit de classes (voir Lutte). Intervenir dans un conflit pour le régler (voir Arbitrage). Rester hors du conflit (Voir Neutralité). Résoudre, trancher un conflit (voir Dispute). En conflit, c'est entrer en conflit avec quelqu'un (Voir Compétition, Rivalité).  Il mentionne également la notion (1949) en psychologie et psychanalyse : Action simultanée de motivations incompatibles, son résultat (Conflit affectif). Surmonter un conflit. Liquider un conflit. En psychanalyse : Opposition d'exigences internes contraires, considérée comme constitutive de l'être humain. Conflit oedipien.

- Contestation entre deux puissances qui se disputent un droit. Les conflits internationaux peuvent trouver une solution pacifique. Arbitrage d'un conflit - Conflit armé ou conflit (voir Guerre). Menace de conflit. En cas de conflit. Origines, enjeu d'un conflit. Prendre part à un conflit.

- Rencontre (1680) (de plusieurs lois, textes, principes) empêchant leur application normale, de par les contradictions qu'elle entraîne. Conflit de lois, dans leur application. Conflit de juridiction, entre deux tribunaux de même ordre sur leur compétence respective pour juger une affaire. Conflit d'attribution, entre deux tribunaux d'ordre différent. Les conflits de juridiction sont terminés par un règlement de juges; les conflits d'attribution sont jugés par le tribunal des conflits (voir Litige).
 

   2 - Au terme conflit, conflictuel, le "Vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines" donne la définition suivante, un peu insuffisante, mais déjà instructive :
   Du latin conflictare, se heurter contre, du préfixe cum, ensemble et fligere, heurter. Terme qui signifie toujours une forme violente de lutte ou d'antagonisme, mais sa signification doit être spécifiée pour chaque domaine où il en est usage. Ces domaines sont :
 

- Socio-politique  a) au sens premier, lutte entre individus et surtout entre collectivités ; exemple un conflit armé ;
b) forme de lutte, ouverte ou non, entre des groupes ayant des intérêts différents ou opposés (à l'intérieur d'une nation ou entre nations) et qui peut aller de la dissuasion à la révolte, à la  révolution ou à la guerre civile ou d'un différend politique ou économique et à la guerre militaire.
- Ethnologie. Conflit de civilisation : incompatibilité entre valeurs culturelles.
- Morale. Conflits de devoir, cas de conscience.
- Pédagogie, Psychologie, Sociologie. Conflit de générations.
- Psychologie. Conflit de tendances entre deux sources d'intérêts ou de plaisirs.

- Psychanalyse. Situation conflictuelle du Moi qui se défend contre les pulsions de l'inconscient, ou contre les exigences de la conscience morale.

  Dans un troisième temps, il est intéressant de sérier les définitions que certains auteurs proposent, chacun dans son domaine : par exemple, PIERON, dans son Vocabulaire de la psychologie ; LALANDE, dans son Vocabulaire technique et critique de la psychanalyse ; LEGRAND, dans son Vocabulaire de la philosophie ; LAPLANCHE et PONTALIS, dans leur Vocabulaire de la psychanalyse ; BOUDON et BOURRICAUD dans leur Dictionnaire critique de la sociologie. On y trouve matière à réflexion et d'emblée, suivant l'orientation intellectuelle de chaque auteur, une conception même sur son existence, sur sa provenance et sur son traitement...

   3 - Tous les dictionnaires de langue française partent d'une correspondance latin/français. Le dictionnaire français/latin de L QUICHERAT et Emile CHATELAIN (1891), publié par la librairie Hachette en 1984 par exemple nous rappelle que conflit, masculin, choc, combat, vient de conflictus, conflictio, conflictionis. Au figuré, conflictio signifie contestation, débat, lutte..

Le dictionnaire latin/français, Le Grand Gaffiot, de Félix GAFIOT, Hachette, 2000 distingue bien également les différentes origines :
- conflictio(ones) : action de heurter contre, choc, par exemple choc de deux armées ; action de lutter contre
 - conflictio(onis) : choc, heurt ; lutte, débat, conflit
 - conflictus : choc, heurt, lutte, combat
 - confligo(gere) : heurter ensemble, faire se rencontrer, mettre au prise.

 

  En règle générale, le conflit est défini sous un angle fortement juridique. Ainsi, le Larousse Encyclopédie en couleurs de France Loisirs (1978) donne du conflit la définition suivante :

- Nom masculin (bas latin conflictus, de confligere, heurter). Lutte, combat entre deux ou plusieurs pays. Un conflit sanglant.

Situation opposant deux types de juridiction (conflit d'attribution) ou deux tribunaux (conflit de juridiction), qui prétendent tous deux se saisir d'une affaire (conflit positif) ou refusent l'un et l'autre de s'en saisir (conflit négatif).

Figuré : Opposition de sentiments, d'opinions, d'intérêts : Conflit des passions. Régler un conflit entre patrons et syndicats.

Psychanalyse : Situation dans laquelle s'opposent avec la même force les pulsions primaires et les motivations résultant de l''apprentissage des interdits sociaux et moraux.

Conflit de lois, problème né du choix de la loi à appliquer dans un litige pouvant être résolu par des lois nationales différentes.

Elever le conflit, pour l'autorité administrative, demander au tribunal des conflits de dessaisir une juridiction judiciaire au profit d'une juridiction administrative.

Tribunal des conflits. Voir Tribunal.

- Conflictuel(lle), adjectif. Relatif à un conflit.

Relatif à un antagonisme dans le domaine des relations personnelles. Les relations conflictuelles d'un fils et d'un père.

 

    C'est en reprenant l'étymologie du mot conflit, que Tim TRZASKALIK, docteur en études germaniques, du laboratoire "Centre d'étude et de recherche sur les conflits d'interprétation" (CERCI), de l'Université de Nantes, écrit l'épilogue de l'ouvrage qui rassemble les contributions issues des travaux de deux journées de séminaire "Le lien social" de la Maison des sciences de l'homme Ange-Guépin, de 2004. 

  "Selon le Historisches Wörterbuch der Philosophie de Joachim Ritter, le Dictionnaire historique de philosophie, dans "conflit" sont contenus les verbes confligere (zusammmenstoBen, streiten, kämpfen/entrechoquer, disputer, battre, lutter) et conflictare (zu kämpfen haben mit, heimgesucht werden von/avoir à se battre avec, être visité de ou être hanté par).

S'y expriment deux postures : une activité au moins en partie volontaire et une passivité qui afflige ou frappe le "posteur", définissant pour lui ce avec quoi il aura à se battre. Présupposant leur discernabilité, ces deux postures épellent l'origine du conflit aussi bien que le mode d'entrer en conflit. Ainsi, elles figurent une scène conflictuelle au sein même du concept de conflit. Et cela d'autant plus s'il s'agit du conflit en psychanalyse, c'est-à-dire du conflit dans son "domaine propre", si j'ose dire, depuis Freud. Cette scène interprète le rapport entre les deux modes d'entrer en conflit et les différentes forces, accidentelles et constitutives du conflit. Interprétation précisément à partir du mot "conflit", dont les deux pôles, confligere et conflictare, se rencontrent, créant une relation ou un rapport. Ce rapport, à son tour, fonde la possibilité de contagion. L'antisémie, le sens opposé, le Gegensinn au sein du mot nous visite, nous oblige à repenser, entre rapport et contagion, le rapport conflictuel entre confligere et conflictare, rapport dans lequel leur discernabilité s'avère largement affectée. (...)"

   

Sous la direction d'Olivier MÉNARD, Le conflit, L'Harmattan, collection Logiques sociales, 2005.

 

Complété le 12 Avril 2012, le 2 Mai 2012, le 12 novembre 2013...

 

 

 

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Published by GIL - dans DEFINITIONS
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