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31 mars 2018 6 31 /03 /mars /2018 07:08

      S'inscrivant dans le regain d'intérêt pour la pensée et l'action des fondateurs du marxisme, le film réalisé par Raoul PECK et sorti sur les écrans en 2017, préparé à un moment où il est risqué en France de traiter un tel sujet, constitue une réussite captivante et vivifiante. Il s'agissait pour l'auteur d'intéresser notamment les jeunes aux débuts militants et politiques des deux fondateurs du marxisme, Karl MARX et Friedrich ENGELS, tous les deux visibles presque autant à l'écran, sans faire un mémoire ni un pensum. Il s'aide, selon ses propres propos, de la Correspondance échangée par les deux hommes en utilisant clairement les codes cinématographiques usuels : centrage sur les personnages, trame narrative aux moments dramatiques forts, décors abondants, dialogues au service de l'action. Pour ceux qui ne connaissent ni l'ambiance "révolutionnaire" de l'époque, ni le jeu complexe au sein du socialisme européen, ni les conditions de vie des différentes classes sociales (riches comme pauvres), le réalisme des événements relatés offre la possibilité de comprendre même s'ils n'approuvent l'éclosion du marxisme.

    L'action début en 1844, où de toute part en Europe, en ébullition, aux monarchies en fin de course, les ouvriers, premières victimes de la Révolution industrielle, cherchent à s'organiser devant un capitalisme effréné qui dévore tout sur son passage. Karl MARX, journaliste et jeune philosophe de 26 ans, victime de la censure d'une Allemagne répressive, s'exile à Paris avec sa femme Jenny von WESTPHALEN où ils font une rencontre décisive avec Friedrich ENGELS, fils révolté d'un riche industriel allemand. Le trio s'active dans les milieux socialistes, où domine en France PROUDHON, et décide que "les philosophes n'ont fait qu'interpréter le monde alors que le but est de le changer". Entre parties d'échecs endiablées, nuits d'ivresse et débats passionnés; ils rédigent fièrement à tour de bras libelles, pamphlet et acticles de journaux, avant, en pleine bataille au sein du Parti qu'ils ont créé, de rédiger la "bible" des révoltes ouvrières en Europe : La Manifeste du Parti Communiste, publié en 1848, une oeuvre révolutionnaire sans précédent, dont la petite histoire nous dit qu'il est rédigé sous la pression de la base et des autres dirigeants. 

    Réalisé avec des participations financières et artistiques française, belge et allemande, joué entre autres par deux acteurs de théâtre talentueux et polyglottes, August DIEHL et Stefan KONARSKE, par Raoul PECK, haïtien né en 1953, déjà réalisateur de Lumuba et d'un documentaire I am Not your Negro, ce film fera sans doute date dans la longue filmographie consacrée aux fondateurs du marxisme et à leurs successeurs. Signalons que Raoul PECK fut ministre de a culture de la République d'Haïti de 1995 à 1997. Actuel président de la Fémis (depuis 2010), il ne cache pas ses sympathies envers la pensée marxiste qu'il estime encore pleine d'actualité. 

 

Raoul PECK, Le jeune Karl Marx, Agat Films & Cie, Velvet Film, Rohfilm et Artémis Productions, 2017, 118 minutes. 

 

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29 octobre 2017 7 29 /10 /octobre /2017 07:18

     Si cette série documentaire américaine de 2016 n'est probablement pas la meilleure qu'on puisse produire sur la guerre du VietNam, elle a le mérite de vouloir couvrir l'ensemble de cette guerre (du colonialisme français et de l'impérialisme américain) avec la volonté de contribuer à une réconciliation entre peuples et à l'intérieur des Etats-unis. Diffusée par la chaine ARTE en 2017 avec une durée de 9 heures (la version américaine dure 18 heures), elle suscite beaucoup de commentaires qui indiquent que les plaies ne sont pas encore refermées. Ce documentaire, bien qu'il situe parfois bien les protagonistes, s'arrête souvent aux considérations morales (le courage des soldats de tout bord) et à une vision politique intérieure (les mensonges des diverses administrations américaines, la division de l'opinion publique). Si elle dénonce bien les absurdités stratégiques (l'expérience française n'a pas été prise en compte par les états-majors américains), les destructions insensées au VietNam et dans les pays voisins, les multiples souffrances, elle ne montre pas les ressorts économiques de cette guerre. Rien sur les complexes militaro-industriels en action, rien non plus sur le rôle économique et financier de la guerre aux Etats-Unis, rien encore sur l'imbrication complexe des relations entre Russes, Chinois, Américains, par grand chose non plus sur le commerce des drogues commencé sous administration française...

Ce qui importe en fait le plus pour les réalisateurs et les producteurs de ce grand documentaire (qu'on ne peut qu'encourager à visionner), par ailleurs auteurs d'un autre documentaire important sur la guerre civile dite de Sécession, c'est de tenter de comprendre (encore qu'ils disent explicitement qu'il encore difficile de le faire) cette "deuxième guerre civile américaine". On a affaire donc à une problématique intérieure américaine plus qu'à autre chose et des critiques n'ont pas manqués à ce propos. Toutefois, et c'est là un des mérites de cette série cinématographiquement très bien faite, si l'on est bien attentif à bien des propos exprimés par pratiquement tous les protagonistes (sauf les responsables des commerces d'armement...), elle indique bien la manière dont les peuples sont entrainés dans une guerre qui les broient au nom d'intérêts très souvent opaques, idéologie servie par les médias en prime. Il faut justement l'intervention d'éléments de ce "quatrième pouvoir" pour que l'opinion publique prenne conscience et de l'existence de cette guerre "sale" et de son ampleur, dans un contexte, il est important de bien le voir, de contestation généralisée du système consumériste et productiviste américain : campagnes pour les droits civiques, montée du mouvement des consommateurs et des mouvements écologistes, des mouvements féministes... Tout cela se conjugue pour effectivement fracturer la société américaine et pas seulement d'ailleurs celle-là. L'ensemble des contrées occidentales est touché, nous sommes-là entre 1968 et les années 1970, par une vague qui remet en question bien des fondements des sociétés.

Il faut noter enfin que le public européen n'a pas les même possibilités que le public américain pour apprécier cette série. L'amputation de la moitié de la durée, si elle se justifie dans le passage à l'antenne sur ARTE, aurait pu être évitée, pour l'apprécier pleinement, dans l'édition en DVD. Après tout, d'autres programmes (on pense aux séries sur la seconde guerre mondiale) dépassent allègrement les vingt heures de programme... Il est déjà difficile de décrire les événements sur plus d'un siècle de cette guerre aux protagonistes nombreux, et on peut comprendre que aborder d'autres aspects que ceux évoqués demanderait sans doute un autre documentaire...

    En neuf épisodes de 52 minutes chacun, les réalisateurs Ken BURNS et Lynn NOVICK proposent donc un récit de la guerre du Vietnam, en se concentrant surtout sur les trente ans de la période américaine. Indochine, la fin (1858-1961), Insurrection (1961-1963), Le bourbier (janvier 1964-décembre 1965), Le doute (janvier 1966-décembre 1967), Révoltes (janvier-juillet 1968), Fantômes (juin 1968-mai 1969), Mer de feu (avril 1969-mai 1970), Guerre civile (mars 1970-mars 1973), L'effondrement (mars 1973 à nos jours) sont les titres de ces épisodes, dont le découpage général, vu les coupes réalisées, peut parfois dérouter dans le déroulement chronologique des événements. Il faudrait pourvoir visionner la version américaine pour bien s'en rendre compte...

Les deux réalisateurs nous font revivre, pour la première fois avec tant d'ampleur, la guerre du VietNam au plus près de ceux qui l'ont vécue, VietNamiens et Américains. Simple militaire ou dirigeant, journaliste ou activiste, déserteur, diplomate ou soeur d'un soldat défunt, qui se retrouvent chacun presque tout au long de ces épisodes, tous ont fait, observé ou subi cette guerre, "mère de toutes les guerres modernes", comme le dit la présentation du dossier de presse officiel. "Au coeur d'un récit où le rythme s'accélère d'épisode en épisode, une foule d'archives inédites, fruit de 10 ans de recherche, de célèbres photos devenus emblématiques, de films amateurs ou d'enregistrements sonores qui dévoilent des coulisses de la maison Blanche, racontent une histoire commune. L'histoire de la fin du colonialisme, de la montée en puissance de la Guerre froide et de la victoire d'un peuple de paysans contre la machine de guerre la plus dévastatrice au monde. L'histoire d'une guerre qui a divisé l'Amérique et l'opinion mondiale pour toujours."

Les réalisateurs, qui ont travaillé ensemble sur des documentaires fleuve, dont Baseball (1994), The Civil War, puis The War (2007), reviennent dans un long entretien sur leur dix ans de travail et précisent leur vision. Même si on peut ne pas partager tous leurs points de vue (ils discutent du conflit entre trois pays, les USA, le VietNam du Nord et le VietNam du Sud...), il entendent se détacher d'une certaine culture médiatique de leur pays : "Dans notre culture médiatique d'aujourd'hui, disent-ils, où tout est binaire, manichéen, surtout dans (notre) pays, nous montrons qu'une vérité et son contraire peuvent toutes les deux être vraies au même moment. Nous souhaitions donner un espace d'expression à des gens d'opinions politiques différentes, voire opposées, et questionner la notion de courage : est-ce aller à la guerre ou refuser de la faire? Au final, la réponse est oui, pour les deux opinions. Quant à ceux qui nous gouvernent, les archives révèlent leurs doutes, leur côté ordinaire. Démystifier ceux qui sont au sommet de la hiérarchie et glorifier en quelque sorte les gens ordinaires est important pour (nous). Et ce que nous disons depuis The War, c'est précisément qu'en temps de guerre, il n'y a pas de gens ordinaires." "Notre travail est de créer une narration à partir du chaos de l'Histoire. Et de ce processus a émergé un thème essentiel, celui de la perte de notre innocence quant à la place de l'Amérique dans le monde. Pour nous Américains, ce fut un effondrement : ceux qui nous gouvernent savent-ils vraiment ce qu'ils font? Avant cette période, les Américains avaient une forme de confiance naïve en leurs dirigeants, ils les voyaient comme des personnages héroïques, "bigger than life". Mais pendant la guerre du VietNam, cette confiance a été détruite. Et n'a jamais été restaurée. C'est le moment où tout un pan de l'Amérique s'éveille à une nouvelle conscience politique et une nouvelle forme d'activisme, avec la bataille pour les droits civiques. C'est relativement nouveaux aux Etats-Unis et cela va essaimer dans le monde entier. Depuis on a toujours le sentiment qu'il y a deux Amériques. Ce sentiment courts tout au long de notre film, de l'innocence du début des sixties jusqu'aux fractures du début des servantes. Le VietNam est au centre de cette trajectoire, à travers l'histoire intime de certains de nos personnages qui ont eux-mêmes vécu cette guerre." "Ce que nous avons cherché à faire, c'est éclairer d'un regard neuf un sujet très important et mal compris, ou mal connu, chez nous et ailleurs. Cette guerre a tellement divisé aux Etats-Unis qu'on ne veut plus en parler. Et il s'avère que c'est aussi très compliqué pour les Vietnamiens. Comment faire face à une histoire aussi tragique avec tant de souffrances et d'épisodes horribles? La leçon que nous, réalisateurs, en retirons, c'est qu'éviter de parler de quelque chose de douloureux n'en atténue pas la douleur. L'ignorer ne signifie pas qu'on a réglé le problème, bien au contraire, cela ne fait que l'aggraver. Et si aujourd'hui en Amérique nous apparaissons si divisés, si polarisés, en colère, si peu sûrs de nous, je crois que beaucoup de ces réactions ont pris naissance dans les profondes divisions apparues chez nous durant la guerre du Vietnam. Cette histoire a valeur d'avertissement pour nous tous."

Ken BURNS et Lynn NOVICK, Vietnam, série documentaire, Production Florentine Films, en association pour la partie diffusée en France avec ARTE France et PBS/WETA, Etats-unis/France, 2017, 9 x 52 minutes. Durée du DVD : 8 heures trente, avec les bonus. 

 

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18 avril 2016 1 18 /04 /avril /2016 07:02

  Jean-Luc GODARD (né en 1930) occupe dans le paysage cinématographique une place bien à part, son caractère légèrement égocentrique y étant sans doute pour quelque chose (mais dans ce paysage, les individualités à ego surdimensionné abondent, comme si la fonction d'apparaitre à l'écran ou dans les festivals favorisaient cela...). D'abord critique de cinéma, cinéaste à messages (parfois à tiroirs), expérimentateur de formes esthétiques et narratives, bateleur de foire médiatique, à la fois personnage intriguant et rassurant, maître en communication, en la critiquant et en en profitant. Son film Histoire(s) de cinéma (1988-1998), mélange à la fois itinéraire personnel, course du cinéma dans le siècle (le XXe) et bouleversement de l'Europe. Pour le réalisateur, ce film est à la fois un retour sur son passé, sur le passé du cinéma et celui de l'Histoire. Apparemment un film d'historien, ce qu'il n'est pas, mais surtout un film de critique des manquement du cinéma avec l'Histoire. 

   Histoire(s) de cinéma est constitué de 4 chapitre, chacun divisé en deux parties, composant ainsi 8 épisodes. Les deux premiers, Toutes les histoire (1988) et Une histoire seule (1989) durent respectivement 51 et 42 minutes ; les 6 épisodes suivants, réalisés en 1997-1998, durent chacun moins de 40 minutes. Hisoire(s) du cinéma est en grande partie composé de citations visuelles de films, plus ou moins reconnaissables et explicitement nommés (ce qui pose lors de sa diffusion de nombreux problèmes de droits...). Le réalisateur y énonce des jugements sur le cinéma, jugements souvent répétés dans le même film, et force à chaque énoncé de faire réfléchir le spectateur, en reprenant souvent le même thème sous un angle différent, cela de manière saccadée, volontairement heurtée, sous forme de cartons ou avec sa voix et celles de quelques autres, comme s'il entendait reprendre le spectateur sur ce qu'il croit avoir compris, à moins que, suivant certains critiques féroces, il n'aie finalement pas grand chose à dire...

  Antoine de BAECQUE, loin d'être le critique le plus "méchant" envers ce film de 266 minutes, écrit que "le cinéaste explique (le rapport qu'il a) avec l'histoire par sa situation singulière au sein d'une double histoire superposée, une place générationnelle. Comme si les Histoire(s) du cinéma ne pouvait provenir que d'un artiste issu de la Nouvelle Vague, "peut-être la seule génération qui s'est trouvée au milieu à la fois du soècle et du cinéma", Godard semble avoir été tôt compris, et assumé, la puissance de cette incarnation, comme si le croisement de l'histoire personnelle et de l'histoire du siècle, en ce point précis nommé Nouvelle Vague, était le tremplin duquel s'élancer pour rendre visible l'histoire. Ce destin, il le formule dans un épisode des Histoire(s) de cinéma : "Le cinéma, c'est la seule façon de faire, de raconter, de se rendre compte, moi, que j'ai une histoire en tant que moi dans une histoire en tant que tous. S'il n'y avait pas de cinéma, je ne saurais pas que j'ai une histoire ni qu'il y a de l'histoire." La seule façon de raconter l'histoire, ou de faire d el'histoire, c'est le cinéma. Comme si Godard était le dépositaire d'un héritage qui le dépasse tout en le faisant riche d'une promesse à accomplir : faire basculer l'histoire du siècle vers l'histoire du cinéma. Et inversement.

Mais la thèse godardienne est d'abord un constat d'impuissance : l'histoire du cinéma, comme rendez-vous manqué avec l'histoire, contretemps auquel Godard tente de remédier par ses Histoire(s). Cette démission hante les deux premiers épisodes, qui sont largement centrés sur la faute collective du cinéma au moment de la montée des périls, du nazisme, de la guerre, de l'Occupation, de la collaboration et de la solution finale. L'épisode 1A, surtout, est marqué par cette culpabilité des clercs du cinéma, ces "grands réalisateurs incapables de contrôler la vengeance et la violence qu'ils avaient vingt fois mise en scène", et se voyant rendus responsables, par le montage godardien, impitoyablement accusateur comme il peut être par ailleurs incroyablement salvateur, de la catastrophe stalinienne et hitlérienne. La succession illustrée des chronologies hollywoodienne, réaliste-socialiste, fasciste, national-socialiste, est très cruelle : le cinéma aurait été comme enchaîné par l'industrie, instrumentalisé par la propagande, et finalement transformé en un vecteur de mort. Godard remonte les films que les cinéastes - ceux qui oubliaient l'histoire ou s'en détournaient -n'ont pas faits. Les Histoire(s) deviennent dès lors une entreprise salvatrice : de ces images coupables (d'avoir délaissé l'histoire, d'avoir aveuglé les hommes, d'avoir conduit à la catastrophe), Godard fait des innocents puisque, tout à coup, le lyrisme des fragments, des associations et des parallèles, elles sont susceptibles de sauver le monde, devenues icônes de l'histoire. "Même rayé à mort, un simple rectangle de trente-cinq millimètres sauve l'honneur de tout le réel..." résume-t-il en une phrase saisissante. (...)".

  Dans cette histoire du cinéma, ce sont les documentaires, contrairement aux fictions, qui sauvent précisément cette honneur. Il existe chez GODARD une tentation de réaliser un Somme, mais cette épopée, si elle veut se hisser au niveau de l'Histoire, veut rester celle de l'histoire d'un homme, lui-même. Ce long album, qu'on ne peut pas regarder bien sûr d'une traite, surtout avec ce montage heurté, sonne comme un testament, également, celui d'une vision de l'Histoire à travers le vécu individuel. Mais GODARD tente d'aider à voir, à comprendre à la fois le cinéma et l'Histoire, et c'est peut-être cela qui nous intéresse le plus ici. 

  Jean-Luc GODARD est fortement influencé dans la conception de ce film par Le Musée Imaginaire d'André MALRAUX. Essai édité en 1947, puis remanié deux fois, en 1951 et en 1965, il porte sur l'oeuvre d'art, la relation nouvelle de l'homme moderne par rapport à l'art. Dans ce musée, se cotoie les oeuvres (de peintures surtout) les plus dirverses. La confrontation de ces oeuvres, cette confrontation de contradictions (de signifiants entre autres, comme on dirait par ailleurs) est une prise de conscience de la quête de tout le possible de l'art, d'une recréation de l'univers qui donne la plus haute idée de l'homme. L'aspect kaléodoscopique, que GODARD rend à son film, le montage heurté, reproduit cette recherche du sens de l'art. Aujourd'hui, il est possible, grâce à la photographie et au cinéma, d'avoir à disposition les oeuvres de toutes les civilisations, dans le désordre. Il devient possible de confronter toutes les oeuvres et il devient en même temps nécessaire de les relier en quelque chose d'intelligible dans la marche de l'Histoire.    

      Son film se conçoit également comme un grand poème épique et funèbre, où se juxtaposent et se confrontent, la vie et la mort, les anciens et les modernes dans l'histoire souffrante et éternelle de la beauté chercha,t à s'imposer et parfois hélas à collaborer avec la mort et l'horreur (Jean-Luc LACUVE, qui s'insire ici de Marie Anne LANAVÈRE, dans le site de l'Encyclopédie Nouveaux Médias, réalisation du Centre Georges Pompidou, 2005).

 

Jean-Luc GODARD, Histoire(s) du cinéma, scénario de Jean-Luc GODARD, avec comme Acteurs Juliette BINOCHE, Julie DELPY, Anne-Marie MIÉVILLE, André MALRAUX, Ezra POUND, Paul CELAN, France-Suisse, Producteurs Canal+, CNC, France 3, Gaumont, La Sept, Télévision suisse romande, Vega Films, 266 minutes au total, 1988. Disponible en coffret 4 DVD.

Jean-Luc GODARD, Histoire(s) du cinéma, 4 volumes, Gallimard, 1998.

Jean-Luc LACUVE, www.cineclubdecaen.com. Antoine de BAECQUE, Histoire(s) de cinéma, dans Dictionnaire de la pensée du cinéma, PUF, 2012.

 

 

 

 

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13 octobre 2015 2 13 /10 /octobre /2015 13:20

Les documentaires sur le terrorisme, surtout lorsqu'ils se veulent approcher le problème que l'on désigne sous ce terme de manière globale, appartiennent à un genre plutôt problématique.

Entrant parfois dans la mode de mettre en avant le terrorisme comme prisme de compréhension de l'actualité internationale ou même nationale, ces films ou téléfilms posent problème, comme l'explique Marc VERVEL.

"Sans préjuger de l'hétérogénéité des pratiques liées au documentaire écrit-il dans Rue Descartes, il apparait qu'un problème fondamental pour ces films, lorsqu'ils s'efforcent de cerner le "phénomène terroriste", concerne la compréhension même de l'événement choisi. De fait, face à la terreur, comment élaborer un dispositif visant une saisie critique du réel? A supposer même qu'un hasard exceptionnel permette au documentariste de tourner au moment même où se déroule l'événement à penser comme terroriste, comme ce fut le cas dans 09/11, on obtient alors des images condamnées à suivre frénétiquement un mouvement sur lesquels elles n'ont plus aucune prise, comme si la disparition du plan fixe, objet privilégié du documentariste dans sa capacité à stabiliser l'objet, incarnait l'impossibilité de quelques surplomb face à l'attentat."

L'auteur cite ensuite à l'appui un certain nombre de documentaires - L'orchestre noir (sur l'attentat de Milan du 12 décembre 1969), 12 décembre (sur le même attentat) de PASOLINI et BOFANTI - qui indiquent plutôt la confusion du public (et même des "experts") (dans l'attribution comme dans les causes ou conséquences) face à ce type d'événements.

"Face à un objet qui pose éminemment question, le documentaire est donc appelé à évoluer, à intégrer les éléments qui nourrissent l'interprétation de l'acte qu'il vise à saisir dans un après-coup lui-même en devenir." Les controverses sucitées après chaque documentaire, qu'ils attribuent ces attentats (Loose Change attribuait dans un premier temps, avant remaniements, à la CIA, celui du 11 septembre...) ou qu'ils présentent le point de vue d'anciens activistes (d'Action Directe dans Ni vieux ni traites de Pierre CARLES et Georges MINANGOY, 2004), le film tend à épouser des points de vue - celui des Etats ou celui des sympathisants, bien plus qu'à éclairer réellement la situation. On le voit également dans le plaidoyer de l'avocat VERGÈS dans L'avocat de la terreur.

Un documentaire diffusé en 2012 illustre hélas cette analyse. Il s'agit de la série de trois documentaires de Michaël PRAZAN (auteur et réalisateur), de 52 minutes chacun, visible sur la chaine de télévision FRANCE 3 (et en VOD sur Internet). Co-produit par Doc en Stock et l'INA notamment (le producteur de référence étant Elodie Polo ACKERMANN), ce documentaire présente trois époques, trois actes, dans Une histoire du terrorisme. D'abord Les années de libération (1945-1970) (parfois titré De la résistance à la guérilla), puis Les années de poudre (1970-1989) (ou Terreur et médias), et enfin Les années Jihad et la guerre contre le terrorisme (1989-2011) (ou Les Démocraties contre le terrorisme). Télérama en faisait une critique plutôt nuancée (mais négative dans l'ensemble) sous la plume de Samuel GONTIER : "En préambule, des images de l'attentat du World Trade Center et un postulat asséné par le commentaire : "L'hyperterrorisme fonde notre modernité" (Diable!). Michaël Prazan (auteur du magistral Einsatzgruppen, les commandos de la mort) entend revenir "aux origines du terrorisme, tracer son histoire". Pourquoi alors le définir en une phrase (Et au singulier!, écririons-nous) puis évacuer d'une autre toute l'histoire antérieure à la Seconde guerre mondiale? L'enquête donne ensuite la parole à une pléiade d'acteurs de premier plan, d'anciens terroristes, juges, avocats et enquêteurs. Plus ambitieuse encore (Et là, bien plus téméraire intellectuellement!), elle tente de mettre en évidence "les influences idéologiques, les liens entre organisations, les échanges de savoir-faire". Ainsi apparaissent les figures tutélaires de la violence politique (Franz Fanon, ou, moins connu, Sayyid QUTB, théoricien du Johad), la succession de creusets du terrorisme (Cuba, Algérie, Afghanistan, Soudan...), le destin de la théorie du "foco" (foyer insurrectionnel). C'est la part la plus intéressante du travail de Michaël Prazan (D'ailleurs, pour l'exploiter, je conseille de prendre des notes sur ces passages ou de les revoir séparément). Mais (Trois fois hélas, en effet!), elle est noyée dans un déluge d'images spectaculaires (voire abominables) déversées à un rythme (publicitaire, dirions-nous!) d'enfer, parfois sans rapport avec le récit. En outre, la volonté de ne rien oublier de soixante-cinq ans d'histoire lui confère un air d'inventaire. Une histoire du terrorisme n'assume pas la subjectivité de son titre : faute de véritable point de vue, elle se limite à une somme riche, copieuse... mais un peu indigeste." Nous pouvons ajouter que sans doute UNE histoire du terrorisme est impossible, car les terrorismes sont réellement distincts, de par leurs filiations et de par leurs idéologies, des uns des autres. Seul, sans doute, le point de vue de l'Etat, s'appuyant sur une émotion populaire (qu'il faut ensuite entretenir à coup d'opérations Vigipirates!), peut faire apparaitre les différents terrorismes comme un même ennemi, et encore....

Samuel GONTIER, Critique du 3/3/2012, htpp//:television.terama.fr. Marc VERVEL, Des documentaires sur le terrorisme, Rue Descartes, 2008/4 (n°62).

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24 avril 2015 5 24 /04 /avril /2015 09:07

  Le film allemand de 108 minutes réalisé en 2008 par Dennis GANSEL relate de façon très romancée (notamment pour la fin du film...) l'expérience menée par le professeur Ron JONES avec des élèves de première de l'école secondaire Cubberley à Palo Alto (Californie, Etats-Unis) pendant une semaine en avril 1967. La Vague raconte l'histoire d'un professeur de lycée allemand en classe politique qui doit montrer à ses élèves très sceptiques sur le retour d'un régime totalitaire de nos jours, dans le cadre d'un atelier d'une semaine, le contenu et le vécu de l'autocratie. Il pousse son expérience si loin, et pourtant avec si peu de moyens que ses étudiants s'identifient comme membre d'une communauté, La vague, qui ne tarde pas à réaliser des démonstrations à l'extérieur de l'école. Ce qui n'est au début qu'un jeu de rôle, présenté d'ailleurs clairement comme tel, devient une réalité sociologique qui échappe au contrôle du professeur. Celui-ci décide de mettre fin à l'expérience mais ne parvient pas à éviter une tragédie. Ecrits par Dennis GANSEL, Todd STRASSER et Peter THORWARTH, le scénario s'inspire directement de l'expérience de Palo Alto. Il bénéficie de la contribution directe de l'écrivain américain Todd STRASSER, romancier multiforme (il s'est attaché notamment à Star Wars) même si son oeuvre la plus connue est The Wave (New York, Dell, 1981, réédité en 1985 et en 1988 chez Puffin Books).

    Lequel s'inspire déjà de l'étude expérimentale du fascisme menée par le professeur d'histoire Ron JONES dans le cadre d'un cours sur l'Allemagne nazie. Ne parvenant pas à expliquer à ses élèves comment les allemands avaient pu laisser sans réagir (en fait, il y en a eu, des réactions, une véritable résistance à Hitler même...) le parti nazi procéder au génocide de populations entières, il organise une mise en situation. Il fonde un mouvement nommé "la troisième vague", dont l'idéologie vante les mérites de la discipline, de l'esprit de corps, de l'obéissance, visant la destruction de la démocratie, considérée comme un mauvais régime en raison de l'accent qu'elle place sur l'individu plutôt que sur la communauté. Si l'expérience s'arrête au bout de cinq jours de manière suffisamment habile pour que les élèves opèrent un "atterissage" en relative douceur, nombre de ceux-ci des années après et même de nos jours restent marqués. On peut dire d'une certaine manière que la "conscientisation" du professeur JONES est réussie. L'expérience montre la facilité inquiétante qu'à l'idéologie totalitaire a prendre emprise sur les esprits, même baignés auparavant dans une ambiance démocratique et même individualiste... Autre phénomène inhérent à l'installation d'un système autocratique, faisant l'objet de relations contradictoires de la part de l'auteur, de témoins..., la faiblesse de résistances : alors que 200 élèves sont concernés par l'expérience, seuls quelques uns expriment leur désaccord, la plupart dénoncés par leurs camarades. Mais tout de même vers la fin de l'expérience, un groupe d'élèves aurait sucité un boycott soutenu par 500 parents d'élèves de l'université et même organisé la sequestration du professeur, vite délivré avec la promesse de mettre fin à l'expérience (ce qu'il avait prévu au départ). La mise en situation s'était avérée plus réaliste qu'espéré...

  Le professeur, lui-même impressionné par elle, décrit son expérience en 1972, sous le titre The Third Wave et  publie ses souvenirs en 1976 sous le titre Take As Directed, dans un magazine interactif, The CoEvolution Quaterly. L'expérience demeure confidentielle, malgré l'intérêt manifesté par des psychologues (Philip ZIMBARDO, de l'université Stanford, par exemple). Jusqu'en 1981, lorsqu'elle inspire un téléfilm, The Wave, produit par Norman LEAR et réalisé par Alexander GRASSHOFF sur un scénario de Johnyy DAWKINS, téléfilm couronné par un Emmy Award et un prix Peabody. Sous le pseudonyme de Morton RHUE, le romancier Tod STRASSER publie alors en 1981 son roman, non directement de l'expérience, mais du téléfilm, sorte de novellisation, genre dans lequel ce romancier exerce.   Par la suite, Ron JONES est sollicité à maintes reprises pour des conférences, notamment en Allemagne.

  Le réalisateur du film de 2008, Dennis GANSEL, contribue ensuite à faire connaitre encore davantage cette expérience. Après lui, un film documentaire Lesson Plan sort en 2010. Dans celui-ci, Ron JONES et le principal du lycée se remémorent l'expérience et expriment leurs réactions. La video est distribuée en France sous le titre L'expérience de la troisième vague. Notons encore qu'elle inspire un opéra-rock français de Gilles RAMADE, présenté en 2013.

 

Dennis GANSEL, La vague (Die Welle), Allemagne, Drame de 108 minutes, 2009. Le film est disponible en DVD, édité Bac Films. On peut trouver comme bonus une interview inédite de Ron JONES, un journal intime video du réalisateur, une fin alternative, un clip musical... (parfois dans un coffret comportant également un autre film de Dennis GANSEL, Le quatrième pouvoir).

 

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1 mars 2015 7 01 /03 /mars /2015 13:51

     Série documentaire que l'on peut qualifier de magistrale du réalisateur américain Ilan ZIV, écrite par Bruno MAHAN, diffusée par la chaine de télévision ARTE en 2014, Capitalisme retrace l'histoire des théories et des pratiques économiques en Occident et dans le monde entier, à partir d'une origine qui se trouve bien en-deça des écrits d'Adam SMITH jusqu'aux crises financières des années 2000. En six parties (Adam Smith : à l'origine du libre marché?, "La richesse des nations", nouvel Évangile, Ricardo et Malthus, vous avez dit liberté?, Et si Marx avait raison?, Keynes/Hayek, un combat truqué?, Karl Polanyi, le facteur humain), la série livre une enquête aux quatre coins du monde sur les dynamismes du capitalisme, avec pour guide des économistes renommés comme Robert BOYER et Thomas PIKETTY. D'une tonalité critique sur le seul système économique aujourd'hui en action, dans le fil droit d'une évolution dans la "science économique" vers des approches de plus en plus contestataires des points de vue officiels, elle donne, sur une durée totale de 312 minutes (6 fois 52 minutes) , des éclairages forts instructifs. Il s'agit clairement d'une revisitation de l'histoire économique mondiale qui n'épargne pas les considérations sociales, à l'inverse d'une certaine présentation académique qui sévit dans les écoles et les universités. Anthropologie, sociologie et économie sont mêlés dans une lecture claire. Mise en relief du rôle de la violence dans le fonctionnement du capitalisme, informations sur les structures esclavagistes et coloniales des ressorts du système économique, mise en évidence des conséquences de tout ordre, sociales notamment, de cette marche d'un système qui crée et détruit en même temps d'innombrables richesses, dans un processus de croissance et d'extension géographique, à travers ses innombrables crises. Loin d'être ce système d'équilibre vanté dans les manuels officiels, le capitalisme est foncièrement un système qui vit et génère déséquilibres et destructions. Toutes les leçons de son passé ressurgissent dans les crises financières que nous vivons.

   Ilan ZIV (Israël, 1950), diplomé de la New York University Film School et fondateur en 1978 du Festival du film moyen-oriental de New-yORK, fait figure aux Etats-Unis de pionnier en développant un nouveau genre documentaire télévisés où des gens "ordinaires" travaillant en collaboration avec des professionnels produisent des témoignages sur leur vie. Il a produit et coproduit la série video Diares pour la BBC, ARD (Allemagne), la télévision israélienne, IKON (télévision néerlandaise), PBS (Etats-Unis) et Channel 4 (Royaume Uni). Il est le réalisateur de longs métrages, comme Jésus en politique (2008) et de moyens métrages comme Au nom des victimes (2006).

     Dans la sixième partie (Karl Polaniy, le facteur humain) qui couronne en quelque sorte la série, les auteurs examinent les enseignements de cet auteur qui gagne à être connu, sur Sumer et Babylone où le rôle de la dette est majeur. L'avertissement de Karl POLANYI sur le danger représenté par une société qui devient tributaire de l'économie, et non l'inverse, prend tout son sens dans notre XXIe siècle.

 

Capitalisme, film en six parties de Ilan ZIV, 2 DVD, 312 minutes, Zadig productions, 2014, ARTE.

 

FILMUS

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17 novembre 2014 1 17 /11 /novembre /2014 21:01

    Le travail et le monde du travail en général ne sont guère cinématographique au sens où il y existe peu de spectaculaire. Tout est dans le quotidien aux violences plutôt souterraines et une dynamique lente. Même les actions des ouvriers en grève, à l'inverse de scènes d'émeutes dont sont plutôt friandes les agences de presse, sont marquées par une progressivité toute tactique, un arrêt de la production guère plus spectaculaire, par un face à face dans les bureaux ou dans la rue, finalement très rarement marquées par des événements visibles dont on pourrait aisément construire autour une dramaturgie.

     Pourtant, le travail fait depuis longtemps l'objet de représentations filmiques (des Temps modernes de Charles CHAPLIN à Humain trop humain de Louis MALLE). Mais ces films et ces documentaires ne font ni - ou rarement - la une des devantures de cinéma ou des périodiques de critiques. Un genre "travail" n'existe pas et même dans certains dictionnaires il n' en est même pas question, au point que les commentaires, des Temps Modernes par exemple, portent plus sur la forme que sur le fond, sur les évènements dramatiques qui peuvent se dérouler sur le lieu ou à propos du travail et non à partir ou sur le travail lui-même. Sa mise en scène filmique procède d'un paradoxe puisqu'il s'agit, pour les auteurs et réalisateurs qui s'y frottent, de rendre visible l'invisible. L'essentiel de "travailler" est en effet "invisible pour les yeux" du fait de l'engagement subjectif qu'il suppose. Filmer les gestes, le poste de travail, enregistrer le bruit assourdissant des machines, contribuent à révéler des aspects du travail, à les rendre tanfibles, mais ne suffisent probablement pas à rendre compte du réel du travail, qui se fait d'abord connaitre sous la forme de la résistance à la maîtrise...

  C'est ce que constatent Isabelle GERNET et Aurélie JEANTET : "Rendre visible le travail ne peut se limiter à l'activiter de "représentation" du travail et de sa réalité, même si elle en constitue une forme cardinale. Les conditions de révélation du travail, par la fiction, mais aussi par le documentaire, par le romain, ou encore par la mise en scène du théâtre, requièrent également une mise en forme par le filtre de la subjectivité du réalisateur, du metteur en scène, ou de l'écrivain. (...) La mise en scène, qui résulte elle-même d'un travailspécifique, consiste en effet à inventer une forme de rhétorique pour rendre visible une partie de la dimension énigmatique du travail. Ce processus contribue à susciter, chez le réalisateur, comme chez le spéectateur, un mouvement d'élaboration pour penser ce qui résiste de l'expérience du travail, qui, sinon, risque toujours d'être occulté.

Les productions artistiques et culturelles, qui se distinguent des productions scientifiques, interrogent donc les conditions et les modalités de la circulation des idées portant sur les rapports entre subjectivité, travail et action. L'inflation du discours sur les risques psychosociaux contribue à renouveler le débats sur les formes de l'action dans le champ de la critique du travail, mais ne suffit pas à l'épuiser, loin de là. En psychodynamique du travail, traiter de la question de l'action suppose de pouvoir favoriser l'émergence d'une vision critique du travail et de son organisation, à partir de la transformation du rapport subjectif au travil, en tant que condition préalable et sine qua non à la transformtion de l'organisation du travail."

 

 

    Catherine Pozzo di BORGO, professeur associé à la faculté de philosophie et Sciences humaines et Sociales, Université Picardie Jules-Verne à Amiens, proposait pour l'année universitaire 2006-2007, une filmographie Cinéma et Travail, suivant 11 thèmes :

 

     - Filmer le travail, illustré par Le Tonnelier de Georges ROUQUIER et Portrait de la série d'Alain CAVALIER consacré aux petits métiers en disparition. Figurent Humain, trop humain, de Louis MALLE (1972), immersion sans parole dans la chaîne de montage des usines Citroen, Le sang des autres (1975) du cinéaste militant Bruno MUE (la chaîne chez Peugeot) avec paroles d'ouvriers et d'ouvrières.

L'universitaire pose la question : Comment filmer le travail? Certes, on peut filmer les machines et les gestes des ouvriers. Cela donne lieu à de belles images, mais cela ne rend pas tellement compte des poussières, des odences, des cadences infernales, de la souffrance ni des relations sociales et mentales tissées d'invisible.

Si filmer le travail industriel est difficile, c'est encore plus de traiter du secteur tertiaire. On le voir bien avec le film de Jean-Louis COMOLLI, La vraie vie dans les bureaux (1993).

    - Les luttes ouvrières. Une des raisons pour lesquelles il n'est pas facile de filmer le travail est que les entreprises laissent rarement les cinéastes pénétrer sur les lieux de production. Ce n'est en définitive que dans les moments de conflits, comme les grèves qu'ils ont l'occasion d'y pénétrer. De nombreux films prennent donc pour thème les conflits du travail, notamment lorsqu'ils parviennent au niveau visible . Elle cite Sochaux, 11 juin 68 (1970) du groupe Medvedkine, qui évoque ce dur conflit qui se solde par un affrontement sanglant avec les "forces de l'ordre" ; Chers camarades (2006), de Gérard VIDAL qui a filmé de l'intérieur les grandes grèves dans les usines Chausson de 1975 et de 1983 ; Maryflo (1997), d'Olivier LAMOUR (dans une usine textile) ; Dockers de Liverpool (1996), de Ken LOACH ; Paroles de grève (1996), de Sabrina MALEK et Arnaud SOULIER ; On n'est pas des steaks hachés (2002), de Alima AROUALI  et Anne GALLAND ; L'épreuve de la solidarité, de Jean-Luc COHEN (quelque mois de travail d'un délégué syndical d'une petite entreprise de travaux publics). 

      - Les fermetures d'usine, où sont illustrées ces situations traumatiques, et les réactions diverses des ouvrier(e)s. Comme dans 300 jours de colère (2002) de Marcel TRILLAT (les dix mois de résistance des 123 salariés de la filature de Mosley) ; Métaleurop (2003), de Jean-Michel VENNEMANI ; Mon travail, c'est capital (2000) qui suit cinq ouvriers de l'usine Moulinex.

      - Le chômage, avec les films Le chomage a une histoire, de Gilles BALBASTRE (historique du développement du chômage massif à partir de la fin des Trente Glorieuses) ; Sans travail fixe (1993), de Françoise DAVISSE ; Chômage et précarité, l'Europe vue d'en bas (2004), de l'auteure, sur les mécanismes du chômage à travers l'étude comparée de quatre pays européens...

       - La mondialisation, comme le film Le cauchemar de Darwin, de Hubert SAUPER, Ouvrière du monde, de Marie-France COLLARD ; Le Business des fleurs, de Jean-Michel ROGRIGO ; L'emploi du temps, de Carole POLIQUIN.

          - La souffrance au travail dans par exemple Managers, encore un effort, de Bernard BLOCH ; La chaîne du silence, d'Agnès LEJEUNE, Pression(s), d'Elodie BOULONNAIS...

        - Les maladies professionnelles, avec Les Vaches bleues, de l'auteure, sur la mine d'or de Salsigne, dans l'Aude ; Mourir d'amiante, de Brigitte CHEVRET ; Porto Marghena, de Paolo BONALDI...

          - Le cas du nucléaire, avec Radiactive Days, du suédois Torgny SCHUNESSON ; Arrêt de tranche, les trimardeurs du nucléaire ; Le travail, la santé, l'action, trois petits films de René BARATTA, réalisé pour le Comité central d'Entreprise d'EDF...

          - Les mutations du travail vues par la télévision. Elle distingue trois grandes périodes : les années 1960, qui coïncident avec les débuts de la télévision où l'on voit de jeunes réalisateurs communistes aller à la rencontre d'une classe ouvrière méconnue ; les années 1970-1980, où le documentaire sur le travail laisse la place à des magazines et à des reportages qui ne traitent plus tant du travail lui-même que de son contexte de délocalisations, de fermetures d'entreprises, de chômage et de flexibilité ; les années 1990 où les documentaires réapparaissent sous l'impulsion du ministère du travail, en collaboration avec la chaîne 5. Elle cite 200 à l'heure, des années 1950 ; Ouvriers, de Claude MASSOT, des années 1960-1970 ; Sommes-nous condamnés aux cadences ; Les prolos, de Marcel TRILLAT...

          - Le film d'entreprise où l'objectif est dinformer, de former, de promouvoir ou de sensibiliser. Elle cite entre autres Le chant du styrène, d'Alain RESNAIS ; Hôtel des invalides, de Georges FRANJU et L'Ordre, de Jean-Daniel POLLET.

          - La fiction et le monde du travail. Après avoir évoqué surtout des documentaires, Catherine Pozzo di BORGO évoque les peu nombreux films de fiction. Souvent, ils magnifient l'image du héros ouvrier et approchent de façon romanesque la dure réalité du travail. Quelques réalisateurs ont évité toutefois ces écueils : par exemple Ken LOACH avec Riff Raff et Laurent CANTET avec Ressources humaines.

 

    ici et là, notamment sur Internet, sont cités (par exemple là sur le site JeJournalduNet) quelques films de fiction qui ont émergé dans l'actualité cinématographique et disponible actuellement en DVD : Le couperet (2004), de Costa GAVRAS ; Stupeur et trenblements (2003), d'Alain CORNEAU ; Violence des échanges en milieu tempéré (2003), de Jean-Michel MOUTOUT ; Ressources humaines (1999), de Laurent CANTET ; La firme (1993), de Sydney POLLACK ; Les grandes familles (1958), de Denys de La PATTELIÈRE ; Mon oncle d'Amérique (1980), d'Alain RESNAIS ; Les temps Modernes (1936), de Charles CHAPLIN...

   On peut citer également J'ai (très) mal au travail (2007) de Jean-Michel CARRÉ ; Le placard (2001), de Francis WEBER ; La Méthode (2006), de Marcelo PINEYRO ; Trois huit (2001), de Philippe Le GUAY, comme le fait la médiathèque Elie Chamard à Cholet...

 

   Pour notre part, citons les films suivants, qui mettent en relief à la fois les coopérations et les conflits, très loin du ton et des objectifs des très nombreux documentaires d'entreprise sur le travail, parfois entre la technique et la propagande commerciale.

- Metropolis (1927) d'Abel GANCE, film expressionniste de science fiction allemand produit pendant la courte période de la République de Weimar, avant donc que la censure nazie ne déferle sur toute la culture. Adaptation du roman du même nom de Thea von HARBOU, ce métrage de 145 minutes (selon la version restaurée de 2010), malgré une fin en forme de happy end de réconciliation, montre bien l'opposition entre une caste dirigeante riche et une masse ouvrière laborieuse. C'est l'un des rares films muets qui représente aujourd'hui encore quelque chose d'important pour les cinéphiles comme pour le public. Vision très pessimiste à peine tempérée par la fin...

- La Grève (1925), de Sergueï EISENSTEIN, premier film du réalisateur soviétique, montre dans l'Empire russe de 1912 la lutte des ouvriers d'une usine, réprimée de manière sanglante. Ce film de 78 minutes (selon cerraines versions), muet et en noir et blanc, est malgré tout un film de propagande, même si avec le recul, son message apparait assez universaliste. Fresque épique et polémique où la masse des grévistes est le véritable héros. La Grève est constituée d'une seule et unique et très longue scène d'action collective avec six "mouvements" symphoniques...

- Les Temps modernes (1936) de Charles CHAPLING, dernier film muet de son auteur, présente le personnage de Cahrlot qui lutte pour survivre dans le monde industrialisé, aux prises avec les cadences infernales de l'usine. D'une durée de 87 minutes, cette comédie dramatique étatsunienne constitue un des films les plus populaires qui traverse les époques. Grande fresque contre le machinisme attaqué au nom de la dignité humaine...

- Germinal, au moins dans ses trois versions de 1913, 1963 et 1993, adaptation du roman du même nom d'Emile ZOLA représente la vie laborieuse du mécanicien Etienne LANTIER. La version de 1913, de Albert CAPELLANI est une suite de tableaux d'une durée totale de 140 minutes. Le film de 1963, réalisé par Yves ALLÉGRET met bien en relief la situation dans les mines du Nord, traversés par les idées révolutionnaires. Ce drame historique d'une heure 52 minutes est une co-production franco-italo-hongroise. Le film franco-belge de 1993, réalisé par Claude BERRI, de 170 minutes, montre le conflit croisé entre patrons, ouvriers "modérés" et anarchistes révolutionnaires.

- Blue Collar, film américain réalisé par Paul SCHRADER, sorti en 1978, est un drame de 114 minutes.

- De la belle ouvrage, téléfilm de Maurice FAILEVIC, de 1970, est une chronique d'un milieu ouvrier dans le Paris et la banlieue populaires, où un ouvrier se révolte à la suite d'un changement technique. De 80 minutes, ce film dramatique, disponible en DVD, est édité par l'INA.

- En gagnant mon pain, film soviétique de 1939, réalisé par Marc DONSKOÏ,inspiré de l'oeuvre de Maxime GORKI, présente les tribulations d'un jeune prolétaire, Aliocha, entre apprentissage raté et recherches laborieuses de travail. DE 97 minutes, ce drame a reçu de nombreux prix internationaux.

- Fair play, film français de 2006 réalisé par Lionel BAILLIU, pose la question de la violence dans les rapports d'entreprises. Il montre bien les rapports de soumission et de domination.

- F I S T, film américain de Norman JEWISON sorti en 1978 présente les aventures de deux manutentionnaires injustement licenciés qui deviennent membres de la Fédération des Commionneurs. Au cours d'une grève longue et difficile, pour faire face aux milices patronales, l'un d'eux, interprété par Sylvester STALLONE, fait alliance avec la maffia. Réalisé d'après l'oeuvre de Joe ESZTERHAS, s'inspirant de la vie réelle de Jimmy HOFFA, le métrage de 145 minutes montre bien l'ambiance des luttes syndicales aux Etats-Unis. 

- L'Eté des Lip, téléfilm français réalisé par Dominique LADOGE, diffusé en 2012, met en scène l'affaire Lip des années 1970. En 110 minutes, sont relatés les initiatives des ouvriers pour faire échouer la fermeture de leur usine, optant pour une appropriation collective et autogestionnaire des outils de production et de commercialisation d'horlogeries. 

- Norma Rae, film américain de 1979 réalisé par Martin RITT, basé sur le livre du journaliste Henry "Hank" LEIFERMAN, raconte l'histoire vraie de la militante syndicaliste Crystal Lee SUTTON et de son combat, aux côtés du syndicaliste Eli ZIVHOVICH pour affilier les employés d'une usine en Caroline du Nord au syndicat des employés de l'industrie du vêtement et du textile. Film de 110 minutes spécifique du cinéma social américain des années 1970, il montre bien les difficultés de la vie syndicale aux Etats-Unis.

- The Navigators, film britannique de 2001 réalisé par Ken LOACH montre les réactions des cheminots en Angleterre à la privatisation de British Rail sous le gouvernement de JoHN MAJOR. Inspiré de l'échec de la Connex South Central et de la Connex South Eastern, qui perdirent leur franchise à cause de leur mauvains fonctionnement et de la piètre qualité de leur service, ce film de 96 minutes se situe dans la lignée d'une (longue) liste de film consacré par le réalisateur aux problèmes sociaux.

- 35 heures, c'est déjà trop, film américain de Mike JUDGE de 1999, montre la vie d'un cadre informatique dans une grande société de développement logiciel. Ce drame de 89 minutes montre l'organisation d'une arnaque à virus informatique pour voler l'entreprise. A noter que ce film indique combien les entreprises sont fragilisées par le tout informatique, surtout si elles licencient à un moment leur employés spécialistes, bien que le traitement spectaculaire de la situation mette plus l'accent sur l'aspect policier (le vol) que sur l'aspect social.

- A nous la liberté, film français de René CLAIR, de 1931, raconte les aventures de deux amis détenus dont l'un se lance dans le commerce des disques, son entreprise prospérant jusqu'à devenir conglomérat gigantesque. D'une durée de 100 minutes, ce film culte est devenu ensuite un slogan pour la jeunesse lettrée des années 1930, dans une époque où le danger réside plus dans l'américanisme, la suproduction que dans la grève ou la misère. En tout cas, avec le temps, le film est bien surfait, sec laborieux, d'un burlesque bien timide, et l'absence de réelle intrigue n'arrange rien. La courte séquence du travail à la chaîne inspire plus tard Charles CHAPLIN pour Les Temps Modernes...

- Antitrust (Conspiracy), film américain de 2001, réalisé par Peter HOWIT, met en scène de jeunes programmeurs idéalistes et une grande entreprise qui attire des talents avec des salaires importants et un environnement de travail plaisant et favorisant la créativité. Pendant 108 minutes, le film montre les tourments d'un jeune prodigue de l'informatique découvrant des pratiques douteuses dans l'entreprise... Qualifié de techno-thriller, ce film est bien représentatif d'une tendance à monter beaucoup moins le monde ouvrier et beaucoup plus le monde des services, dont l'ambiance apparait moins violente.

 

   On consultera avec profit le livre Filmer le travail, film et travail - Cinéma et sciences sociales (avec un DVD), Université de Provence, de Corine EYRAUD et Gut LAMBERT.

  Par ailleurs, l'association Filmer le travail, fruit d'un partenariat entre l'Université de Poitiers et l'Association Régionale pour l'Amélioration des Conditions de Travail (ARACT), se donne pour objectif de faire connaitre à un public large la production cinématographique sur le thème du travail, à un moment où l'on assiste à un retour du travail dans le cinéma, d'analyser et de dynamiser l'usage de l'image (fixe ou animée) en Science Sociales et d'ouvrir un espace de réflexion et de débats sur l'évolution et l'avenir du travail aux citoyens. L'association organisation un festival annuel pour la présentation de la production cinématographique sur ce thème.

  Ciné-travail (voir cine-travail.org) s'est constitué depuis quelques années pour permettre des rencontres entre représentants du monde du travail et de l'entreprise, des consultants, des syndicalistes, des chercheurs en sciences humaines et sociales, des universitaires, des étudiants, des professionnels de l'audiovisuel. 

 

Jacques LOURCELLES, Dictionnaire du cinéma, Les films, Robert Laffont, collection Bouquins, 1992. Jean-Pierre DURAND, Cinéma et travail : la rubrique Champs et contrechamps, La nouvelle revue du travail, thème santé au travail : regards sociologiques, n°4, 2014. Isabelle GERNET et Aurélie JEANTET, Editorial du numéro 27, 2012/1, revue Travailler. Catherine Pozzo di BORGO, Cinéma et travail, une filmographie, programme de 36 heures de cours, année universitaire 2006-2007, Faculté de Philosophie et Sciences humaines et Sociales, Université Picadie Jules-Verne (Amiens).

 

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27 mars 2014 4 27 /03 /mars /2014 11:16

   La série télévisée danoise Borgen de 3 saisons et 30 épisodes de 58 minutes, diffusée en 2010-2013, nous fait entrer dans les méandres de la démocratie parlementaire d'un pays européen de moins de six millions d'habitants.

 

   Située au Danemark, et principalement au Château (borgen), siège du Parlement et des bureaux du Premier ministre et aux sièges des deux grandes rédactions des médias, la série met en scène "une femme au pouvoir", du parti du Centre, parvenue au sommet de l'Etat bien que minoritaire. Birgitte concilie tant bien que mal (et souvent plutôt mal) vie privée et vie politique, idéaux politiques et décisions difficiles. A travers l'actrice principale, que l'on voit autant dans son milieu familial que sur la scène politique, c'est tout le fonctionnement d'un système parlementaire au demeurant assez compliqué comme il est coutume de le rencontrer dans les pays du Nord de l'Europe, qui est décortiqué, vu de manière très franche et très... pédagogique.

L'action très lisible, malgré la multiplicité des groupes mis aux prises, permet de voir ce système confronté à des problèmes économiques (l'action se situe dans le temps même de la diffusion de la série), sociaux et politiques (intérieurs et internationaux).

   Loin de se limiter à l'activité des protagonistes, il s'agit bien d'une réflexion souvent subtile sur de nombreux enjeux de société qui sont autant de conflits souvent ardents. Le rôle des médias, dont le travail a tendance à rivaliser avec celui des élus eux-mêmes, est très bien mis en évidence, jusqu'à la possible corruption du système. On peut comprendre dans les débats au sommet du pouvoir quels sont les tenants et aboutissants des décisions, ainsi que souvent le décalage qui existe entre les vraies raisons de celles-ci et leur présentation au grand public. Se posent pour la Premier ministre constamment les questions de comment utiliser au mieux la majorité péniblement rassemblée autour de son nom et jusqu'où peut-on aller pour garder le pouvoir...

 

  Les scénaristes nous gratifient de polémiques (assez réjouissantes il faut dire) entre pratagonistes où se mêlent arguments politiques, rivalités professionnelles et chassé-croisés sentimentaux. Ils savent comment soutenir le suspence de la série et à aucun moment on a l'impression d'assister à des cours de démocratie politique (et pourtant!). Bien que nos sympathies n'aillent pas à la coloration politiques de l'actrice principale (qui n'est pas présentée comme une héroïne, qualité supplémentaire...), on ne peut que louer le réalisme de la présentation qui est faite de la vie politique danoise. La présentation des idées d'extrême droite est faite de manière assez savoureuse...

   Loin aussi d'une présentation hollywoodienne, même si le tempo musical très discret est suffisamment prenant, les histoires présentées brillent par leur sobriété et leur franchise. Il est relativement rare de voir abordés, autrement que sous l'angle apologétique ou humoristique, la vie parlementaire pour qu'on le signale ici. Sont abordés souvent crûment, entre autres, les questions du racisme, de l'immigration, de l'agriculture industrielle, de la pollution, de la prostitution, de la drogue, des relations entre hommes et femmes, de l'indépendance des médias et du pouvoir politique, de l'influence des milieux bancaires et industriels sur le travail législatif...

Dans la troisième saison, on assiste, Birgitte ayant été écartée du pouvoir, à la naissance d'un nouveau parti, avec un sens de la description assez remarquable...

    Son succès au Danemark (ensuite étendu aux autres pays européens et aux Etats-Unis), est tel que l'on s'est demandé dans le pays si elle avait eu une influence sur les élections législatives de 2011... Le réseau américain NBC envisageait en 2012 d'en faire un remake.

 

 

Borgen, créé par Adam PRICE, produite par Camilla HAMMERICH, 30 x 58 minutes, chaine télévisée danoise DR1, 2010-1013. Une présentation existe en DVD - coffret des trois saisons, avec des bonus assez intéressants - diffusée par ARTE.

Site : www.dr.dk/dr1/borgen.

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21 août 2013 3 21 /08 /août /2013 09:30

          Parmi la vague de fims de fiction (Le jour d'après par exemple) et de documentaires consacrés aux bouleversements climatiques actuels, l'un des premiers à faire date, Une vérité qui dérange, sorti aux Etats-Unis en 2006, donne la tonalité générale. Entre ton responsabilisant (voire maoralisateur), un certain catastrophisme volontairement affiché pour faire prendre conscience de l'urgence de la situation, présentations de données scientifiques en provenance d'une recherche encore hésistante, et contestation en provenance des lobbys pétroliers qui avance masquée sous la signature de scientifiques plus ou moins directement appointés, ces documentaires (surtout ces documentaires), qui relèvent d'un genre docu-fiction ou fiction documentaire au statut parfois indéfini, se veulent un appel à l'action contre des pratiques, énergétiques notamment, qui changent le visage de la planète, et pas forcément, à terme, en faveur de l'espèce humaine telle que nous la connaissons.

           Le documentaire américain engagé, en pleine résurrection depuis les années 2000, relayé ou précédé d'autres européens ou d'ailleurs, se concentre beaucoup sur les changements climatiques, par ailleurs enjeu crucial de conflits mettant aux prises scientifiques indépendants, entreprises énergétiques et opinion publique, par l'intermédiaire de la presse écrite, audio-visuelle ou électronique. 

 

          Le réalisateur américain, tout au long d'une heure trente quatre minutes, s'est contenté de capter l'une des conférences de l'ex vice-président Al GORE. Si on trouve ici ou là des élémentes bibliographiques narrés par l'homme politique lui-même, le gros du film consiste en un grand cours magistral, avec forces documents filmiques, graphiques... Cette conférence se situait dans une campagne multi-média de sensibilisation sur le réchauffement climatique. Al GORE soutient de bout en bout les démonstrations du film et on peut dire qu'il "porte" le documentaire à lui tout seul. Mise en scène, mise en spectacle, effets dramatiques, introductions des différents documents, il fait tout cela, soutenant réellement l'attention du spectateur de bout en bout dans un exercice de pédagogie qui parfois donne à certaines données scientifiques une portée qu'elles n'ont pas d'elles-mêmes. Aux critiques nombreuses sur des faits qui y sont relatés, Al GORE lui-même répond plus tard, mais on peut dire pour paraphraser une formule maintes fois utilisée que la réalité dépasse aujourd'hui la docu-fiction. Une réactualisation, plus de 6 ans plus tard, donnerait sans doute au documentaire une plus grande gravité. 

 

        La vérité qui dérange (A Inconvenient Truth) est également le titre d'un manuel d'Al GORE qui atteint la première place des bestsellers du New York Times (du 2 juillet au 13 août 2006) et qui se maintient encore pendant de nombreux mois sur la liste. Le film lui-même fut présenté en avant-première en 2006 au Festival du film de Sundance, puis au Festival de Cannes 2006. il se classe en troisième position des plus grands succès au box-office en matière de documentaire, derrière Farenheit 9/11 et La Marche de l'empereur, et devant Bowling for Columbine. En ce sens, l'objectif de sensibilisation au problème du réchauffement climatique a été atteint. Le film peut d'ailleurs utilement introduire à des débats sur le réchauffement climatique. Toujours est-il, comme pour l'ensemble des documentaires, faut-il le présenter comme un premier outil introductif à cette problématique, et non s'y arrêter. Et de plus, comme écrit auparavant, la réalité dépasse la docu-fiction...

 

      Produit par la Paramount Pictures, le film est disponible en DVD et peut être obtenu au site www.climatecrisis.net. 

 

    Parmi les autres documentaires consacrés aux changements climatiques, nous pouvons citer, entre autres :

- Home (2009, réalisation de Yann ARTHUS-BERTRAND, production par Luc BESSON), de 120 minutes (90 dans une version courte)n sur le lien entre l'Homme et la Terre, diffusé gratuitement sur Internet (après notamment une présentation en plein air au Champ de Mars à Paris et une diffusion sur la chaîne de télévision France 2) . Il montre l'état de la Terre vue du ciel, la pression que l'homme fait subir à l'environnement et les conséquences sur le climat. 

- Le syndrome du Titanic, réalisé en 2008 par Nicolat HULOT et Jean-Albert LIÈVRE, suivant le livre éponyne de Nicolas HULOT sorti en 2004. Produit par Mandarin Cinéma, Studio 37, Mars films, WLP et TF1 Films Production, il est sorti en octobre 2009. Il développe les thèmes récurrents autour de l'évolution de l'environnement et de l'érosion de la biodiversité.

- Climat en crise, de 50 minutes, présenté par Robert T WALSON, directeur du GIEC pendant 6 années,  décrit les prévision du super-calculateur Earth simulator pour répondre aux questions de l'aridification des terres, des ressources alimentaires planétaires, des vagues de chaleur dans les zones tempérées, des phénomènes météorologiques extrêmes, des équilibres éconologiques et des menaces inattendues, de l'habitat planétaire et des réfugiés de l'environnement sinistré et des solutions envisagées. Il prend pour paramètre principal l'augmentaire des émissions de gaz à effet de serre dans l'atmosphère. (www.cnes.fr).

- 2012 : Time For Change, long métrage de 85 minutes de 2010, du réalisateur brésilien Joao AMORIN, basé en partie sur les livres de Daniel PINCHBECK. il présente une alternative radicalement positive à la catastrophe apocalyptique, à l'aide de rémoignages, entre autres, de David LYNCH, STING, Buckminster FULLER et Bernard LIETAR... (www.2012timeforchange.com)

- La 11ème heure, le dernier rivage, sorti en 2007, des réalisatrices américaines Nadia CONNERS et Leila CONNERS PETERSON, produit par Leonardo DICAPRIO. Il montre l'état de l'environnement et de la biodiversité au début du XXIe siècle et les méfaits de l'homme sur ces dernier. Nous le recommandons pour la diversité des rencontres (une cinquantaine) avec des scientifiques, connus ou pas du publics et leaders politiques réputés dans leur domaine de compétences et impliquées dans l'action contre le réchauffement climatique.

- L'odyssée climatique du Souther Star, série de 4x52 minutes réalisé par Thierry ROBERT (produite par Paco FERNANDEZ, Injam Production avec la participation de planète Thalassa), à l'occasion de l'Année Polaire Internationale. Premier navigateur français à avoir traversé l'Océan Glacial Artique à la voile, Olivier PITRAS nous montre les effets sur place des changements liés au réchauffement climatique. (www.films&documentaires.com)...

 

Davis GUGGENHEIM, Une vérité qui dérange, Paramount Pictures, 2006.

 

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18 juillet 2013 4 18 /07 /juillet /2013 09:25

    Adaptation d'un roman de l'écrivain belge de science-fiction Joseph-Henri ROSNY (de son vrai nom BOEX) aîné (1856-1940) paru pour la première fois en France en 1911, lui-même ayant déjà fait l'objet d'une première adaptation en 1914 (réalisateur et acteur Georges DENOLA), le film de fiction du réalisateur français Jean-Jacqies ANNAUD relance en 1981 l'intérêt pour la période préhistorique de la vie de l'humanité. 

     Le roman situe l'action au coeur de la Préhistoire, soit environ cent mille dans le passé et relate l'histoire d'une tribu (Oulhamers) organisée autour du feu. Lorsque les cages dans lesquelles le feu est entretenu (ils ne savant pas l'allumer) sont détruites au cours de l'affrontement avec une tribu ennemie, c'est la catastrophe. Le clan fuit, en proie à la faim et au froid, et envoie un des siens rapporter du feu. Le roman suit l'aventure de ce volontaire, qui, avec ses deux compagnons doivent affronter les multiples dangers d'un monde hostile : Mammouths, Aurochs, Dévoreurs d'Hommes, avant de rapporter finalement le feu à leur peuple. Cette oeuvre, remarquable par son scénario, comme les films qui s'en inspirent, puise ses sources dans les connaissances de leur temps. Avec les découvertes archéologiques effectuées de 1980 à 2010, nous comprenons mieux les modes de vie des hommes préhistoriques. Nous savons que les comportements décirts dans le roman et les films ne correspondent pas à la réalité préhistorique, pour autant qu'on puisse le... savoir! outre une postérité filmique, le roman, est également adapté en bande dessinée, entre autres dans les années 1950 dans le Journal de Mickey, journal de prédilection dans la jeunesse de l'auteur de ces lignes,et à partir de 2012 dans un album réalisé par Emmanuel ROUDIER.

 

    Le film franco canadien de 96 minutes de Jean-Jacques ANNAUD, met en scène une tribu du Paléolithique (les Ulam) qui subit la même mésaventure que dans le roman. le trio explorateur à la recherche du feu perdu rencontre deux autres tribus, trois types d'humains aux caractéristiques très éloignées étant présentés dans le film. Ainsi, ils entrent dans le territoire des Kzamn, une tribu qui ne dédaigne pas capturer des menbres de la tribu des Ivaka pour les manger, mais qui sont passé maitre dans l'art de produire le feu. Toute une histoire (d'amour) se noue entre un des membre du trio (Naoh) et une femelle Ivaka prisonnière (Ika) , lorsque le "héros" est capturé. Naoh réussit à leur voler le feu, s'enfuit avec elle, est fait prisonnier cette fois par les Ivaka. Ceux-ci lui font subir toutes sortes de bimades avant de l'accepter et de lui montrer leurs techniques, cette tribu étant la plus avancée dans le domaine de la maitrise du feu et de l'art, le prisonnier étant adopté par cette tribu et participe même à leurs activités... capturant ses compagnons et leur faisant subir des épreuves... Ces derniers s'évadent en enmenant par force Naoh, Ika les aidant. Sur le chemin du retour, le quator doit se battre contre un ours et un groupe de renégats qui faisaient partie autrefois de la tribu des Ulma. Ils mettent en fuite ceux-ci en utilisant plusieurs propulseurs de sagaies volés aux Ivaka et mettent en fuie leurs ennemis. Lorsqu'ils sont sur le point de rejoindre la tribu des Ulam, le compagnon  qui était chargé de porter le feu tombe à l'eau et Noah tente de l'allumer. N'y parvenant pas, il laisse Ika prendre les choses en main. Parvenu enfin à destination, dans sa tribu, Naoh découvre qu'Ika est enceinte de leur enfant, départ d'une postérité grâce à la science et la technologie...

   Le film tient le pari d'intéresser le spectateur à une histoire qui si elle ne concentrait pas en une courte poignée d'années des événements distants sans doute de plusieurs millénaires, le réduisait au même ennui qui se dégage parfois des films animaliers qui se concentrent sur une seule espèce pendant plus d'une heure... Ils suscitent même, comme le roman à son époque des vocations scientifiques...

Aussi s'accumulent des anachronismes, en regard de ce que nous connaissons de la réalité (des espèces aussi différentes ont-elles pu se rencontrer?) et des anatopismes (anachronismes géographique) (ces hommes ont-ils pu passer réellement aussi rapidement des montagnes enneigées à la savane exhubérante?). Par ailleurs, si ces espèces sont telle différentes, leurs membres peuvent-ils réellement s'accoupler et engendrer?)

 L'attention du réalisateur s'est concentrée sur la question du langage (avec ses sonorités inventées) et des difficultés de communication entre tribus différentes (entre partiquement espèces différentes). Un travail soucieux de s'approcher de la réalité tel qu'on peut la concevoir, malgré les remarques précédentes, qui transparait fortement à l'écran, est remarqué par la critique et c'est précisément ce qui permet à nombre de futurs passionés et à des naturalistes de discuter des représentations du film, très loin tout de même de nombreuses autres présentations caricaturales de la préhistoire. Notamment la lenteur de l'évolution des personnages est marquée dans le tempo du film, ce qui est un paradoxe quand on voit l'accumulation d'événements représentés : la modification des rapports hommes/femmes, dans la manière de s'accoupler, le passage d'un relief à un autre, le refus du cannaibalisme, la découverte d ela médecine (avec une mixture d'herbes), la problématique de la transmission et de la production du feu... Ce qui fait la force du film tient précisément à ce tempo qui marque bien la dépendance de l'homme face à la nature et sa fragilité face aux éléments. 

  L'élément le plus important est évidemment le rôle, la place du feu dans la civilisation de cette période. L'importance du feu comme agent de survie du groupe, censé protéger du froid et éloigner les bêtes féroce obéit sans doute plus à un cliché et à l'imaginattion qu'à la réalité. Le genre Homo a survecut, sans le feu, de - 3 millions d'années à - 400 000 ans en Europe. L'étape de la connaissance du feu sans maitrise de sa production est théorique et peu probable dans la mesure où les techniques de production du feu par percution ou par friction sont extrêmement simples et compatibles avec les connaissances techniques dont témoignent les outils de pierre. Mais précisément, en retour pourrait-on dire, pourquoi avoir attendu si longtemps avant de le découvrir, surtout en regard des bénéfices qu'il procure? C'est que, sans doute, le processus de l'homonisation, avec le surdéveloppement des capacités cognitives, est-il très lié à la découverte et à la pratique du feu... En tout cas, si le genre Homo ne dépendait pas du feu pour sa survie, sans doute lui permit-il de se développer, au détriment d'autres lignées. Guerre? Certains auteurs estiment que la notion de guerre est un anachronisme pour le Paléolithique (Laurence KEELEY, dans Les guerres préhistoriques, Editions du rocher, estime au contraire que les conflits de chasseurs cueilleurs étaient plus meurtriers que nos guerres modernes), la guerre ne naissant qu'au Néolithique et singulièrement avec l'apparition de l'Etat. De plus, le feu, dans un monde où les hiérarchies ne sont pas pérennes (et où la durée de vie des individus est très courte...), est facilement partagé, que ce soit à l'intérieur même de la tribu ou entre tribus différentes. Dans cette dernière conception, dans le mode de production communautaire, le feu est très répandu, partagé, mis en commun, sans référence à une spécialisation... 

 

     En fin de colmpte, si le film peut propager une image peu avantageuse des hommes préhistoriques, il est à prendre uniquement pour ce qu'il est : une oeuvre de fiction, un film d'aventures. Le fait qu'il suscite tant de débats lui donne toutefois une dimension supplémentaire, en dehors de '"l'entertainement" général de la production cinématographique contemporaine (phénomène qui comporte de notables exceptions tout de même, même si les publicités racoleuses parfois dénaturent la portée de certains films...). Ce film est un point de départ, en aucun cas un documentaire de vulgarisation scientique qui doit comporter un certain nombre de caractéristiques de présentation de la réalité. Même si l'équipe réalisatrice, par un certain souci du détail et sur le tempo et le rendu visuel, veut communiquer un peu de l'atmosphère de cette période. Si la musique de Philippe SARDE couvre presque entièrement le film, elle se fait souvent discrète, même si des sonorités épiques parsément le métrage...

 

Jean-Jaques ANNAUD, La guerre du feu, 1981, scénario de Gérard BRACH, avec Everett MCGILL, Nameer EL-KADI, Ro PERLMAN et Rae Dawn CHONG, Producteurs : Stéphan Films/Famous Players, International Cinemedia Centre Ldt, Royal Bank of Canada et Ciné Trail, distribué par AMLF. Disponible en DVD.

 

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