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17 juin 2010 4 17 /06 /juin /2010 16:35

       Film documentaire réalisé en 2009 par le prolifique réalisateur américain contestataire Michaël MOORE, Capitalism : A love story constitue un réquisitoire contre le capitalisme, et surtout contre le capitalisme financier. Axé sur la crise financière de 2007 à 2009, c'est un véritable acte d'accusation qui est dressé là, sur le plan autant économique que social et moral (des responsables religieux catholiques s'y expriment), mais aussi sur le plan politique. 

    Avec la dénonciation du capitalisme-casino de Wall Street, de l'influence de Goldman Sachs au plus haut niveau de l'exécutif et du système législatif à Washington, du niveau de pauvreté des pilotes de ligne (rappelons que sous la présidence Nixon, des milliers d'entre eux avait été licencié pour faits de grèves), de la vague de saisie immobilière et d'expulsions, c'est aussi la destruction de la démocratie par le capitalisme qui est mis en relief. Maniant la satire sociale et comique avec son habituel brio, se mettant en scène de manière quasiment constante, Michaël MOORE ne se contente pas de montrer les ravages du capitalisme aux États-Unis (à la fin, des images prises à la Nouvelle-Orléans suite à l'ouragan Katrina font plus que symboliser ceux-ci), il montre également les travailleurs licenciés des usines qui ferment lutter pour faire valoir leurs droits. Il cite des systèmes de cogestion à l'oeuvre en Amérique, et les indique comme modèles alternatifs au capitalisme.  

A de nombreuses reprises, il souligne le pouvoir potentiel du peuple américain (il salue d'ailleurs l'espoir né de l'élection à la Présidence de Barak OBAMA) et la crainte qui se devine à certains écrits des dirigeants financiers que celui-ci n'utilise "trop" ses droits politiques. Vers la fin du film, il évoque le New Deal entrepris par le Président Franklin Delano Roosevelt et son échec, et le contraste entre cet échec et les progrès politiques et sociaux accomplis en Europe et au Japon après la Seconde Guerre Mondiale. Nous avons éprouvé une certaine résonance entre l'évocation de cette seconde charte de droits, à inscrire dans la Constitution, et les acquis de la Libération de la France aujourd'hui menacés par la politique du président Sarkozy....

 

         Malgré quelques outrances ici ou là dans la dénonciation et certains raccourcis qui veulent frapper un peu trop les esprits à certains moments, ce film-documentaire d'un peu plus de deux heures, largement diffusé aux États-Unis, au Canada et en France (fin 2009) vaut le détour, rien que pour comprendre qu'il existe un cinéma de combat qui peut rivaliser avec certains productions lénifiantes. Ce cinéma reflète d'ailleurs un état des luttes sociales aux États-Unis que malheureusement beaucoup ne soupçonnent même pas dans notre pays... On ne s'y ennuie pas une seconde, même si l'on n'adhère pas à l'idéologie qui sous-tend ce film, tant l'humour reste ravageur du début jusqu'à la fin. Ce film est l'aboutissement de 20 ans de carrière cinématographique d'une véritable institution de gauche aux États-Unis. Le DVD d'ailleurs offre des bonus importants qui permettent de s'en rendre compte. 

            Michael MOORE a déjà réalisé de nombreux films contestataires auparavant, de Roger et moi en 1989 (dénonciation des mesures de restructuration des usines automobiles de Flint) à Canadian Bacon en 1995 (où le gouvernement américaine tente de monter les Américains contre les Canadiens pour relancer l'économie), sans oublier Bowling for Columbine en 2002 (la culture de peur véhiculée par les médias et les politiciens après le 11 septembre 2001), The Big One en 1999 (appauvrissement de certaines tranches de la population aux États-unis) ou encore Fahrenheit 9/11 en 2004 (attaque contre George BUSH et son administration et les liens de sa famille avec Ben Laden, contre l'entrée en guerre en Irak). Sa grande notoriété n'empêche pas des critiques contre le manque de transparence dans la manière dont il fait ses films.

Michael MOORE, Capitalism : A love Story, Paramount, États-Unis, 2009, 2heures 07minutes. 

 

FILMUS

 

Relu le 8 janvier 2020

 

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15 juin 2010 2 15 /06 /juin /2010 12:59

           Cette série télévisée américaine de 1996, d'un pilote (90 minutes) et de huit épisodes (45 minutes), raconte l'ascension d'un haut cadre dynamique, Jim PROFIT, au sein d'une multinationale. Cet employé, dès sa promotion, utilise des moyens immoraux et des méthodes extrêmes (chantage, corruption, extorsion) sur les membres de la direction de l'entreprise, pour parvenir à ses fins. On croit au début de la série qu'il s'agit pour lui de prendre le pouvoir, mais il s'avère que son objectif est de sauvegarder les intérêts de ce qu'il considère comme sa famille.

Loin d'être un psychopathe, un sociopathe ou un schizophrène, Jim PROFIT intègre absolument et complètement les valeurs du capitalisme. Il est proprement immergé dans un monde finalement à sa propre image, celui d'un homme éduqué uniquement par la télévision et qui dort nu là où il a toujours dormi depuis son enfance, dans une boite en carton portant le nom de la société dans laquelle il oeuvre... Les histoires sont racontées comme le présentant comme un anti-héros, mais à peine moins noir que toute la galerie de personnages qui gravitent autour de lui, que ce soit la direction de l'entreprise ou sa propre famille. Sa stratégie, manipuler les gens et les dresser les uns contre les autres est montrée de manière très fluide, comme si cela se pratique généralement dans les entreprises à un certain niveau de concentration de pouvoir. Il ne vit que pour son entreprise, que pour sa famille... Et "celui qui pense que dominer autrui est une science se trompe. C'est un art", dit souvent une voix off, d'où de multiples rebondissements, où malgré la noirceur du personnage, le téléspectateur en vient tout de même à s'identifier à lui... Enfin, une partie des téléspectateurs...

             Car, si la série traite bien de la famille (La dernière réplique de la série en fait foi : "Quand la fumée se dissipe et qu'on y réfléchit bien, il n'y a que trois choses qui comptent. Sa foi, sa droiture et sa famille"), elle n'eut guère de succès, tant le ton glacial et la franchise ont insupporté une majorité sans doute de téléspectateurs. Qui n'ont sans doute pas aimé que l'on montre ainsi les "vertus" de l'esprit d'entreprise... C'est vraiment à une critique virulente de l'entreprise capitaliste que la série se livre, même si ses auteurs s'en défendent (sans doute par pure tactique commerciale...). Elle eut pourtant un succès critique important, tant en France qu'aux États-Unis. 

                Diffusée en France en 1997 sur la chaine Canal Jimmy où nous avons eu le plaisir de la découvrir, Profit est diffusée actuellement en DVD depuis 2005. Elle fait partie de ces films, documentaires, téléfilms et série finalement assez rares qui montrent le monde de l'entreprise sous un jour cru, aux antipodes bien entendu des lénifiants documenteurs distribués par les services marketing des entreprises...

PROFIT, de John McNamara et de David Greenwalt, avec Adrian Pasdar et Lisa Zane, États-Unis, Fox, 1996.

 

                                                                                                                                 FILMUS

 

Relu (avec plaisir) le 10 janvier 2020

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27 janvier 2010 3 27 /01 /janvier /2010 12:40
         Rares sont les films historiques qui résistent à  rendre romanesque l'Histoire et ce film indo- britannique réalisé en 1982 sur le "Mahatma" Gandhi possède ce mérite. Pendant plus de trois heures, nous pouvons suivre l'itinéraire, d'abord en Afrique du Sud, puis en Inde, de cette figure de la non-violence qui mena son pays à l'indépendance.
Admirablement interprété par Ben Kingsley tout de sobriété pour le rôle titre, doté de grands moyens pour reconstituer les luttes massives non-violentes, notamment la fameuse marche du sel de 1930, ce film fut salué en son temps par la critique internationale et récompensé par plusieurs Oscars. S'inspirant du récit de ces combats contre le racisme et l'autodétermination par Gandhi lui-même et de nombreux témoins proches de lui, sans verser ni dans le sentimentalisme ni dans le spectaculaire à outrance (300 000 figurants tout de même), cette fresque constitue une bonne introduction pour qui n'a entendu parler de non-violence que vaguement, pour comprendre l'action et la philosophie non-violentes. On assiste au combat pour les droits civils en Afrique du Sud au début du XXe siècle, à la création de l'Ashram de Sabarmati, au massacre d'Amristar et au mouvement de désobéissance civile qui l'a suivie, à la marche du sel, à la mort de sa femme lors de sa captivité, à l'indépendance et la partition de l'Inde et enfin à son assassinat le 30 janvier 1948.
 
        Si dans l'ensemble, les critiques soulignent l'ampleur de la fresque historique, avec un certain soupçon tout de même d'hagiographie - difficile de faire autrement, les films de ce genre sont tous plus ou moins en faveur du personnage évoqué, voir par exemple Lawence d'Arabie - il faut remarquer qu'à moins d'une bonne culture en histoire, on peut s'y perdre. La mise en valeur de la non-violence est bien là et c'est sans doute l'essentiel. Ensuite, c'est au spectateur de poursuivre, les témoignages et les livres ne manquant pas.
Côté histoire précisément, si la personne de Gandhi est encore beaucoup révérée en Inde (au point où des oppositions se manifestèrent, du fait de certaines castes, estimant que Gandhi ne pouvait être joué que par un Indien) en témoignent les multiples tentatives de récupérations politiciennes, c'est qu'il est, et c'est très bien rendu par le film, c'est qu'il incarne véritablement l'Inde, dans ses multiples facettes.
Le classicisme, voire un certain académisme ici - regrettés par certains car cela enlève un certain souffle au métrage! - est au service d'une compréhension de l'histoire et ce n'est pas souvent...
 

Gandhi, un film de Richard Attenborough, 1982, 191 minutes, Columbia Pictures, disponible en vidéo et en DVD.
 
Relu et complété le 24 septembre 2019

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9 décembre 2009 3 09 /12 /décembre /2009 14:42
        De très nombreux films traitent en arrière-fond de la peur atomique, qu'elle soie issue du développement d'une course aux armements nucléaires et de l'utilisation industrielle de l'énergie nucléaire à des fins civiles. Moins nombreux sont les films, téléfilms ou docudrama traitant directement des effets d'une guerre nucléaire. Ceux-ci, nés pour la plupart dans les milieux de cinéastes sensibles aux dangers des armements nucléaires ou des plans de guerres nucléaires, proches parfois des mouvements pacifistes ou des mouvements de paix, décrivent la société telle qu'elle pourrait se trouver après le début d'une guerre nucléaire.

      La Bombe (The War Game) de Peter WATKINS, est un documentaire-fiction britannique sorti en 1965. Réalisé à la demande de la BBC, qui a refusé par la suite de le diffuser, le film pu sortir tout de même en salles. Récompensé d'un Oscar et du prix spécial du Festival de Venise, ce documentaire en noir et blanc de 65 minutes décrit, à partir de données recueillies à Hiroshima et Nagasaki, et d'autres lieux de bombardements intensifs pendant la Seconde Guerre Mondiale, les effets sur les populations de l'explosion d'une arme atomique. Construit comme un reportage de bout en bout, le réalisateur montre, avec forces images et entretiens d'acteurs de ce drame, les effets sur les gens de l'explosion atomique, notamment ceux qui ont été exposés directement (souffle, chaleur, éclair, radioactivité), sur plusieurs jours. Le chaos, la désorganisation des services publics, l'absence d'eau potable et d'électricité, les charniers, les répressions des pillages, tout cela est montré froidement. D'une manière si réaliste que les propos des autorités sur les mesures prévues semblaient vraiment très décalées par rapports aux effets réels des explosions.

      Malevil, de Christian de Chalonge, est un film français de 120 minutes sorti en 1981. Partant du roman de Robert Merle du même nom, le traitant dans un scénario qui reprend les mêmes personnages mais dans une histoire différente, le réalisateur, qui reste dans le flou quant à l'origine de l'explosion nucléaire (civile ou militaire), décrit les différentes péripéties de réfugiés qui cherchent un abri contre la radioactivité et les cendres tombantes. C'est une société autoritaire, un retour à une société médiévale, où la loi du plus fort l'emporte, qui s'établit, dans un environnement de pénuries de toutes sortes, essentiellement dans un train bloqué dans un tunnel.

     Le dernier Testament (Testament) est un film américain de Lynne LITTMAN, sorti en 1983. C'est autour d'une famille et dans une maison (très peu d'extérieurs) qu'est construit ce film sobre et triste en couleur de 90 minutes. Les membres de cette famille apprennent à la télévision que New York est détruit, se trouvent privés de plus en plus de provisions, tombent malades les uns après les autres, en premier les enfants. C'est une véritable tragédie humaine sans issue qui est relatée ici.

        Le Jour d'après (The day after) de Nicholas MEYER est un téléfilm américain de 1983. De 130 minutes environ, ce film est en revanche spectaculaire, montrant les paniques d'avant les explosions nucléaires, dans le cadre d'une montée des tensions entre l'Union Soviétique et les États-Unis, et les explosions nucléaires détruisant plusieurs villes. Il s'agit dans une seconde partie des conséquences de ces attaques sur des familles de ou des environ de Kansas City, avec son cortège de populations en errance sur les routes, de conflits autour de maigres points d'eau. Les survivants luttent pour survivre et rien d'autres, sans beaucoup d'espoir. D'un rythme soutenu jusqu'à la fin, le film rencontra tant de succès qu'il sortit ensuite sur les grands écrans, notamment en Europe. Nous étions alors en pleine crise des euromissiles et sa diffusion suscita de nombreux débats.

    Threads, faux documentaire télévisé anglais de Mick JACKSON sorti en 1984, décrit lui aussi en 110 minutes les effets d'une guerre nucléaire au Royaume-Uni et ses conséquences sur la population de Scheffield, après un échange croissant (210 mégatonnes tombent, sur un total de 3000 sur la planète entière) de missiles entre les États-Unis et l'Union Soviétique, reprenant tels quels les termes de la doctrine de la destruction mutuelle assurée. A l'atmosphère très oppressante, le film se termine 13 ans après l'apocalypse nucléaire sur la vision d'une société redevenue médiévale. Le film ne fut que très peu diffusé à la télévision britannique (trois fois sans doute...) mais est disponible en DVD. Attention le titre en français peut ne pas signifier la véritable signification du film, Les fils du Destin....

       Pour ceux qui s'intéressent aux films réalisés dans le contexte de la peur de la guerre nucléaire, et pas seulement sur ceux qui en montrent directement les effets, nous ne pouvons que conseiller l'ouvrage d'Hélène PUISEUX, L'apocalypse nucléaire et son cinéma, Editions du Cerf, collection 7ème art, 1988.
  La plupart de ces films est disponible en DVD.

    Signalons dans le domaine des oeuvres filmiques qui traitent des conséquences d'explosions nucléaires, la série télévisée américaine Jericho, diffusée de 2006 à 2008. Bien qu'elle ne soit pas la première qui traite du terrorisme nucléaire, elle aborde le thème de la menace atomique en tenant franchement compte des changements de la situation internationale.
 La menace nucléaire n'est plus le fait de l'accumulation d'arsenaux gigantesques (quoique ces armes soient toujours là...), mais bien celle due à la dissémination un peu partout dans le monde d'éléments pouvant être rassemblés pour pouvoir fabriquer à petite échelle de petites bombes atomiques de puissance tout de même considérable.
Une catastrophe nucléaire plonge la petite ville de 5000 habitants de Jericho, dans le Kansas, aux États-Unis dans une période de pénurie (alimentaire et énergétique, sans compter les problèmes de communication), de dangers dus aux retombées radioactives... Mais la série s'attache surtout (sans beaucoup d'effets spectaculaires) aux conséquences psychologiques et politiques de l'explosion de bombes nucléaires ayant rayé de la carte une vingtaine de villes américaines, plus qu'aux effets sur le climat ou l'exposition prolongée aux radiations, au prix de quelques invraisemblances météorologiques.
Après avoir attiré à ses débuts 10 millions de téléspectateurs, la série produite par la chaine CBS et créée par Stephen CHBOSKY et Jon TURTELBAUD fut interrompue au bout de deux saisons seulement de 29 épisodes (42 minutes par épisodes). Sans doute à cause du malaise diffus causé par la vision d'États-Unis désunis en trois alliances qui se déchirent et de la mise en cause de services secrets américains à l'origine de la catastrophe (causes possibles d'une baisse d'audience...)
  Cette série est disponible en DVD.

                                                                          FILMUS
 
Relu le 14 septembre 2019

   

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28 septembre 2009 1 28 /09 /septembre /2009 13:12
      S'il fallait trouver un film, ou une série de films, révélateur des conflits que peuvent entraîner le simple travail cinématographique d'anthropologues, provoquant une "contamination" directe de la société occidentale sur la société qu'elle prétend vouloir étudier, c'est bien Yanomamo : A multiplidisciniplary study, de Napoleon CHAGNON tourné en 1965.
Ce peuple "très primitif" de chasseurs-cueilleurs d'Amazonie est peut-être le peuple non occidental et non industrialisé le plus filmé au monde. "Dès 1978, se tint à Paris un festival cinématographique exclusivement consacré aux Yanomami, tantôt présenté en maîtres du monde des esprits, selon des cinéastes français, tantôt guerroyant, selon leurs homologues américains. Les documentalistes, les journalistes et les réalisateurs de films ethnographiques rivalisant pour tourner des séquences authentiques, le cinéma-vérité est devenu la principale source de revenus pour maints Yanomami vivant le long de l'Orénoque. Ces Indiens acculturés sont désormais des professionnels, créant des décors et montant des scènes de violence pour les besoins de l'objectif. Poussé par l'accroissement régulier de la demande, le coût d'un nouveau Shabono ou d'une nouvelle guerre a augmenté au fil des ans. Quels Yanomani ont fini par être suffisamment compétents pour se mettre à filmer les cinéastes, créant ainsi un nouveau genre : le "film noir yanomami"  (Patrick TIERNEY). La télévision française diffuse de temps à autre un document sur cette culture. Par exemple, pour prendre un exemple reculé, Yanomami, de Jean-Pierre MARCHAND en 1969, dans la série télévisée scientifique de Michel TREGUER, "Eurêka". En cherchant bien, on peut trouver des documentaires dans différentes médiathèques ou glaner des informations sur le site Internet d'Anthropologie et Cinéma.
    Ce qui nous intéresse ici c'est de savoir deux choses :
- que la société de ces hommes "primitifs" fut décimée en partie par la rougeole importée par les "civilisateurs" occidentaux, ce qui la désorganisa comme on l'imagine, surtout parce que quantités d'observateurs ont voulu jouer aux observateurs neutres tout en le pouvant pas, puisqu'ils étaient obligés de se livrer à une mise en scène pour délivrer des images "regardables" par le public de leur propre culture ;
- que toute cette entreprise d'observation "forcée" brouille beaucoup les pistes de la recherche anthropologique elles-même sur les relations qu'entretiennent ou qu'entretenaient les populations de chasseurs-cueilleurs avec le phénomène guerre.

      Cet exemple n'est sans que la caricature de ce que Jean-Paul COLLEYN appelle le cercle vicieux du documentaire : "Dans les films descriptifs de la tradition muséographique (...), la seule histoire racontée est celle d'un processus : la construction d'une maison, la préparation du beurre de karité, le limage rituel des dents, la cérémonie annuelle d'un culte agraire (nous pourrions ajouter la cérémonie initiatique, le rituel de lignage, l'enterrement d'un chef religieux,...) etc. Mais dans des films plus élaborés il arrive qu'un ressort dramatique - au sens originel de drama : action - soit utilisé, mais rarement de manière délibérée et heureusement sans doute, de façon moins stratégique que dans le cinéma de fiction. Souvent le sujet est choisi en fonction de l'action, du processus ou du problème qui permet de créer une tension narrative. Pour raconter une histoire plus complexe qu'une simple succession d'événements, le réalisateur recourt, de manière plus ou moins innocente, à d'autres procédés d'écriture, dont l'étude précise le cercle vicieux dans lequel le cinéma documentaire se trouve inévitablement inscrit. Quand ils ne les emploient pas, les documentaristes sont accusés de faire des films ennuyeux (et c'est vrai que beaucoup le sont) ; mais quand ils les emploient, ils sont accusés de fabriquer une pseudo-réalité. Nanook (1922), de Robert FLAHERTY, par exemple, est un film cinématographiquement admirable mais l'enquête filmée de Claude MASSOT (1989) prouve que la mystification atteignait une ampleur insoupçonnée. Nanook ne s'appelait pas Nanook, quand les membres de la famille s'éveillaient presque nus dans l'igloo, ils étaient presque dehors, l'igloo ayant été décaloté et ouvert pour des raisons de lumière et de recul ; de plus, les "femmes de Nanook", qui n'avaient, en fait, rien à voir avec lui, avaient été amenées par FLAHERTY! Non seulement, dans l'éthique d'un travail anthropologique, de telles manipulations ne sont évidemment pas acceptables, mais encore chaque auteur a-t-il le devoir de traquer chez lui une éventuelle imagerie inconsciente à laquelle il aurait tendance à sacrifier".

   Finalement, et singulièrement lorsqu'ils s'agit de retracer dans une société dite primitive un conflit, qu'il soit violent ou quotidien, le premier regard qui s'impose pour le spectateur est... la méfiance. Le travail de Jean ROUCHE, qui s'efforce de retranscrire les moeurs d'une société avec le minimum de "contamination" n'en est que plus remarquable. En mêlant sciemment documentaire et fiction et en mettant en place des repères pour que le spectateur en voie les différences, il cherche à atteindre le réel d'une société, tout en effectuant en fait un travail artistique. Les progrès d'enregistrement du son et de l'image permettent sans doute aujourd'hui un meilleure approche de la réalité. C'est en tout cas ce qui ressort de l'étude de Marc-Henri PIAULT, sur l'anthropologie et le cinéma, depuis le début du cinéma ethnologique.

    Aussi, peut-être le film sur d'autres sociétés que la nôtre, qui retrace une lutte ou un conflit, comme celui de Jorge SANJINES, sur la révolte d'un groupe de paysans indiens des Andes contre un "latifundiaire" (L'ennemi principal, 1975), engagé politiquement, offre t-il moins de chausse-trappes à l'esprit critique du spectateur, car il connait - et souvent partage - les opinions du réalisateur.
 
     Ceci posé, il existe aujourd'hui de nombreux films documentaires permettant de faire une première approche - mais ce ne doit être qu'une première approche, en aucun cas ne rester sur l'impression faite par le film. Nous citerons Initiation, Rites de passage chez les Moussey (1973, d'Igor GARINE) ; L'enterrement du Hogon (1973, de jean ROUCH) ; Dwo a tué! (1971, Guy LE MOAL) ; Le sang du sagou (1981, de Bernard JUILLERAT) et Temps du pouvoir (1985, de Eliane LATOUR), tous disponibles au CNRS, visibles sur commande sur sur site CNRS-Images.

Marc-Henri PIAULT, Anthropologie et Cinéma. Passage par l'image, Nathan, 2000. Patrick TIERNEY, Au nom de la civilisation, Comment anthropologues et journalistes ont ravagé l'Amazonie, Grasset, 2000. Jean-Paul COLLEYN, Manières et matières du cinéma anthropologique, Cahiers d'études africaines, XXX-I, 1990. Geneviève JACQUINOT, le genre documentaire existe-t-il?, article dans Panorama des genres au cinéma, CineAction n°68, 1994.
 
 
Relu le 30 avril 2019

    
  

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21 septembre 2009 1 21 /09 /septembre /2009 12:46
      Dans ce documentaire allemand de 200 à 220 minutes de 1938 de la réalisatrice officielle du Reich allemand, Leni Riefenstahl (1902-2003) raconte par l'image et le son les Jeux Olympiques d'été de 1936.
   Se déroulant à Berlin, ces Jeux Olympiques furent une véritable oeuvre de propagande pour le régime hitlérien ; l'Allemagne écrase ses concurrents, avec un total de 89 médailles, les États-unis n'arrivant que deuxième avec 56 médailles. 49 nations et 3963 athlètes y participèrent et ces Jeux furent l'occasion pour le Troisième Reich de prouver sa puissance et la "suprématie de la race aryenne". Et également - en liaison avec l'idéal olympique, de "prouver" son attachement à la paix.  C'est surtout sur le plan intérieur que ce fut une réussite pour le régime : cela renforça notablement l'adhésion populaire. Ces Jeux renforcèrent en eux-mêmes le régime nazi, malgré le boycott par une partie du monde sportif et par les Fronts populaires français et espagnols qui organisèrent des Olympiades populaires à Barcelone la même année, ceux-ci étant d'ailleurs interrompus par le pronunciamento militaire.

   Mais l'impact de ces Jeux Olympiques fut multiplié par le documentaire lui-même, qui met l'accent sur l'esthétisme des corps, les mouvements d'ensemble, avec des images révolutionnaires pour l'époque, tant par leur angle de vue que par les mouvements de caméra qu'elles impliquent. Les dieux du stade fixent les règles de base de prises de vue des compétitions sportives depuis lors. Le film constitue un double tour de force, au tournage et au montage (seuls 10% du métrage tourné fut utilisé). Cinématographiquement, c'est une oeuvre de toute beauté qu'il faut voir si l'on aime les films sportifs.
    Et précisément, c'est cette valorisation des corps et de leurs efforts pour vaincre l'obstacle du temps et de l'espace sur le stade, quel que soit la compétition, course, saut, lancer de poids, natation, athlétisme cyclisme, escrime, boxe, gymnastique... qui constitue le plus beau camouflage d'un régime fondé sur le sang, la haine et la mort. C'est cette représentation qui est capable de cacher les pires avanies des pires régimes. C'est cette confusion du beau et du bien qui mystifie les foules.
     Classé un peu tard "Oeuvre de propagande du Troisième Reich", le documentaire fut réhabilité par le monde du cinéma dès les années 1970, et aujourd'hui il est la propriété (depuis 2003) du Comité International Olympique. Quand on visionne de nouveau ce documentaire constitué en deux parties (fête des peuples et fête de la beauté), on ne peut que souscrire aux déclarations en 2003 faite à l'Équipe de la réalisatrice : "J'ai tourné Olympia comme une célébration de tous les athlètes et un rejet de la théorie de la supériorité de la race aryenne", tant les victoires étrangères (telle celle du noir américain Jesse OWENS, par exemple) et les défaites allemandes sont mises en valeur. Et c'est précisément cela qui peut sembler dramatique : même avec les meilleurs intentions du monde, un beau documentaire comme celui-ci peut servir les intérêts profonds d'une dictature.
   Toutefois, toujours à la vision de ces images, on se rend compte, comme le disent des auteurs, qu'on est très loin d'une image hédoniste et à fortiori de la valorisation sexuelle des athlètes (d'ailleurs dans le même temps le mouvement naturiste et tous les projets d'éducation sexuelle étaient balayés en Allemagne) : "Elles montrent, avec un pouvoir de séduction intemporel, l'être humain comme une forme pure, défini par ses seules attitudes et ses attributs identitaires, et non sa capacité à exister comme individu" (Les Jeux Olympiques, L'Équipe, 2003).
 
   Des moyens exceptionnels (un budget de 1,8 million de Reichsmarks, une équipe de 300 personnes, dont 40 cameramen), la mise au point de techniques novatrices (à l'aide de rails et multiples perches, travellings, contre-plongée), une préparation minutieuse et un montage serré, et de plus une post-production sur place avec des athlètes pour retourner des scènes... donnent à ce documentaire le rang de prototype de film sportif, sans compter une distribution en salles bien programmée. Le film est sorti en trois versions, allemande (20 avril 1938), anglaise (sortie aux États-Unis le 8 mars 1940) et française (22 juin 1938), sans compter les retouches effectuées par la réalisatrice après sa sortie. Plusieurs versions ainsi circulent de nos jours.
   
    Ce documentaire constitue pour le régime nazi le complément d'un autre, tourné par la même réalisatrice en 1935, Le Triomphe de la volonté. Les deux documentaires sont régulièrement diffusés en morceaux ou intégralement sur certaines chaînes de télévision, notamment la chaîne ARTE.
 


Leni RIEFENSTAHL, réalisatrice, scénariste et monteuse, Olympia (Les dieux du stade), production Olympia-Film, Allemagne, 1938.
On consultera avec profit l'ouvrage de Fabrice ABGRAMM et François THOMAZEAU, paru aux Editions Alvik, en 2006, 1936 : la France à l'épreuve des Jeux Olympiques de Berlin. Ainsi que celui de Jean-Michel BLAIZEAU, Les jeux défigurés Berlin 1936, Éditions Atlantica, agrémenté de 300 photographies.
 
FILMUS
 
Relu le 6 mai 2019

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28 mars 2009 6 28 /03 /mars /2009 13:11
     J'accuse, d'Abel GANCE, deux films français au même titre réalisés en 1919 et en 1938, Les sentiers de la gloire, de Stanley KUBRICK, film américain de 1957 et Johnny s'en va-t-en guerre, film américain de 1971, réalisé par Dalton TRUMBO constituent trois oeuvres cinématographiques très représentatives d'une perception pacifiste de la guerre.

 

    J'accuse, d'Abel GANCE, qui reprend là le titre d'une interpellation célèbre d'Emile ZOLA au moment de l'affaire DREYFUS, d'abord réalisé en version muette en 1919, porte sur la Grande Guerre Mondiale qui vient de s'achever. Film dénonciateur des horreurs et des hécatombes de cette guerre, il met en scène principalement le soldat Jean DIAZ, nettoyeur de tranchées. Comportant trois époques, faisant alterner mélodrame et description des horreurs de la guerre. On y accuse beaucoup le militarisme allemand, même si le film s'achève sur un ton de "Plus jamais ça!" avec une scène où les morts se réveillent et insistent pour que cette guerre soit vraiment la der des der. Une version en 1922, version présentée comme tronquée par Jacques LOURCELLES, car axée sur le mélodrame du mari trompé, eut beaucoup plus de succès que la première de 1919, et elle fit connaître dans beaucoup de pays le nom de GANCE. Il faut dire que le film de 1919 apparait sur les écrans au moment où l'opinion publique cherche à oublier les horreurs de la guerre, et cette ambiance persiste en 1922.
    Par contre, en 1938, avec le film parlant, mais toujours en noir et blanc, il s'agit de dénoncer les possibles retours d'une guerre aussi sanglante que celle de 1914-1918. Ce cri pacifiste, au style baroque et halluciné, mené par un héros-martyr qui sacrifie sa vie et son bonheur à la cause de l'humanité, constitue encore une exception dans le cinéma d'alors, quoique les inquiétudes dans l'opinion publique commencent à être très vives. Abel GANCE donne une forme fantastique à son message et son film aboutit à une apothéose optimiste, où encore une fois les morts se lèvent et s'avancent tous ensemble sur les routes. Cette armée de fantômes sème la panique, l'épouvante immobilise l'Europe et les gouvernements abolissent la guerre et décrètent le désarmement universel et intégral.
 



     Les sentiers de la gloire, de Stanley KUBRICK, de 1957, film en noir et blanc, est issu du livre du même titre d'Humphrey COBB paru en 1935. Il porte lui aussi sur la Première Guerre Mondiale et se situe en 1916 où le guerre piétine dans les tranchées. Devant la nécessité de faire un coup d'éclat et d'accomplir enfin une percée, l'état-major français ordonne aux soldats, malgré l'avis du colonel DAX, interprété par Kirk DOUGLAS, de partir une nouvelle foi à l'assaut pour prendre une position imprenable. Devant l'impossibilité d'avancer, DAX ordonne la retraite. Le général MIREAU, furieux devant ce qu'il considère comme un acte de désobéissance, veut faire exécuter 100 hommes de ce régiment. Son supérieur, le général BROULARD, le calme et fait réduire à trois le nombre d'homme à fusiller pour l'exemple. Ce qui sera fait, malgré les efforts de DAX pour les faire gracier. Ce dernier, dégoûté, ne peut qu'obéir, à la fin du film, devant l'ordre de repartir pour une autre bataille sans espoir.
Parti d'un fait réel en 1916 où des mutineries éclatèrent dans les troupes chargées de conquérir quelques mètres carrés dans un champ de bataille déjà en ruine - 600 soldats sont fusillés côté français pour refus d'obéissance ou abandon de poste - le film est surtout un film contre l'armée, plus antimilitariste que pacifiste. Stanley KUBRICK choisit de s'attaquer à la hiérarchie militaire et son style solide et brillant, fondamentalement classique, permet de classer Les sentiers de la guerre, comme un film de guerre où l'opposition ne se fait pas entre deux camps, mais à l'intérieur d'un camp. Cette démarche permet de centrer le propos sur la guerre et le film connaît toujours de fréquentes diffusions en salle (notamment dans les ciné-clubs) ou à la télévision pour alimenter des débats touchant l'armée ou la guerre. Le film ne sort qu'en 1975 en France, non parce qu'il a été interdit officiellement (il n'a même pas été présenté à la censure!), mais parce que les producteurs, connaissant le climat dans ce pays pendant les événements liés à la guerre d'Algérie, craignaient des pertes financières. Le propos du film est très proche d'un autre film, Pour l'exemple, britannique, de Joseph LOSEY, sorti en 1964, où un soldat accusé de désertion est défendu devant la cour martiale par un avocat commis d'office.



      Johnny s'en va-t-en guerre, film en noir et blanc et en couleurs de Dalton TRUMBO de 1971, est tiré du roman du même nom écrit par le réalisateur en 1939. Véritable réquisitoire contre les guerres en général, et les souffrances éprouvées par ses victimes, il raconte la mésaventure d'un jeune américain, interprété par Timothy BOTTOMS, plein d'enthousiasme qui s'engage sur le front pendant la Première Guerre Mondiale. Gravement blessé et mutilé par un obus, il perd ses quatre membres et est cloué sur un lit d'hôpital. Conscient de son état, il peine à communiquer avec l'infirmière qui se résout, devant sa souffrance physique et morale, à pratiquer l'euthanasie. Très pessimiste - fortement à déconseiller à ceux qui n'ont pas le coeur bien accroché et ce n'est pas en ayant l'habitude de regarder des films d'horreur qu'on peut l'avoir pour ce film - cette oeuvre en est réellement par moment difficilement supportable, non pas en raison des images (en fait seules les parties saines du corps du soldat sont montrées), mais par la prise de conscience, et l'identification que le spectateur peut avoir, de la torture mentale que subit le personnage. Alternent les scènes de la vie d'avant du soldat, une enfance heureuse et très colorée, et les scènes, qui peuvent paraître très longues tellement elles sont éprouvantes, au teintes neutres et glaciales.
Il constitue un double manifeste contre la guerre et pour l'euthanasie. Le roman et le film ont un impact important, l'un très peu avant la Seconde Guerre Mondiale, où beaucoup lui reconnurent un caractère antimilitariste, l'autre pour être sorti en pleine guerre du Viet-Nam, à l'heure où une grande partie de l'opinion publique veut la sortie des États-Unis de cette guerre sale et mutilante. Les divers mouvements pacifistes et antimilitaristes des années 1950, tant aux États-Unis qu'en France considèrent cette oeuvre comme majeure, un des plus violents réquisitoires de la littérature et du cinéma contre la guerre. Le film fut récompensé au Festival de Cannes en 1971 par le Grand Prix spécial du jury de la Critique internationale. A savoir que ce film devait être le premier d'une série de trois, Johnny got his gun, étant le pendant de Les plaisirs de la guerre, les deux autres devant être Les plaisirs d'être noir et Les plaisirs d'être pauvre. Dalton TRUMBO, suspecté de sympathies communistes, a comparu devant la Commission des activités anti-américaines, (il refusa de répondre) et figura sur une liste noire jusqu'en 1960.



Abel GANCE, J'accuse, 1919, 4 époques de 1500 mètres ; J'accuse, 1938, 116 minutes, production FRD (Société du film "J'accuse"). Stanley KUBRICK, Les sentiers de la gloire (Paths of glory), 1958, 86 minutes, production James B HARRIS et Kirk DOUGLAS. Dalton TRUMBO, Johnny s'en-va-t-en guerre (Johnny Got His Gun), 1971, 111 minutes, production Bruce CAMPBELL, Tony MONACO et Christopher TRUMBO.

Jacques LOURCELLES, Dictionnaire du cinéma, Robert LAFFONT, collection BOUQUINS, 1992.

    FILMUS
 
Relu le 25 janvier 2019

 

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23 février 2009 1 23 /02 /février /2009 15:13
         Le commerce des armements, lourds ou légers, suscite des documentaires qu'on pourrait penser plus nombreux que ceux qui existent, vu l'ampleur de celui-ci. Aux difficultés du documentaire proprement dit (plus difficile à réaliser qu'une fiction, malgré une opinion très répandue) s'ajoute celui du genre abordé, où les informations, pour être véridiques, doivent faire l'objet d'une enquête approfondie, malgré les obstacles tenant à l'importance des intérêts mis en jeu dans un commerce où la frontière entre le légal et l'illégal paraît bien fragile, surtout (mais pas seulement) lorsqu'il s'agit d'armes légères.
 
L'arsenal
    L'Arsenal (1977), documentaire de 58 minutes réalisés par Pierre NADEAU et Jacques GODBOUT, constitue une sorte de prototype dont peuvent s'inspirer bien des réalisateurs. Les deux habitués de l'Office National du Film canadien ont choisi de forcer la porte des marchands de canons et des états-majors pour briser le mur du silence. Ils nous apprennent par la voix de spécialistes aussi célèbre que Sam Cummings (société Interarms) des faits ignorés du grand public. C'est de la bouche des responsables militaires ou industriels que Pierre NADEAU, dans des interviews très francs, que sortent des réalités de l'organisation du commerce des armes, de tout ordre, même bactériologique au détour d'un catalogue de la General Motors... L'Arsenal ne veut présenter aucune thèse, ne veut favoriser aucun camp, et les deux réalisateurs communiquent une impression d'absurde en accumulant interviews, témoignages, images publicitaires diffusées par des sociétés spécialisées. Très documenté en chiffres, le film dénonce, par petites touches, tour à tour le complexe militaro-industriel, la technologie sophistiquée des armements, la politique d'exportation sur tous les marchés, les laboratoires de recherche qui permettent une escalade sans fin dans le perfectionnement des "engins de mort".
 
Le cauchemar de Darwin
     A contrario, pourrait-on dire, Le cauchemar de Darwin (2004), documentaire d'1h50 d'Hubert SAUPER, se présente comme un film à thèse. Il prend pour départ, pour dénoncer la mondialisation telle qu'elle se pratique aujourd'hui, les trafics autour de l'aéroport de Mwanza, en Tanzanie, sur les bords du lac Victoria. A travers le parcours d'un poisson, la perche du Nil, préparée sur place dans des usines financées par des organisations internationales, une partie de la production restant sur place pour nourrir la population locale, remplaçant les petits poissons locaux pourtant plus faciles à conserver, le réalisateur veut montrer tous les trafics liés à une urbanisation sauvage : prostitution, sida, violences diverses. Il suggère, sans le démontrer que des avions cargos alimentent un trafic d'armes à destination de la région des Grands Lacs. Ce sont les images qui sont censées démontrer l'existence de tels trafics qui ont suscité une polémique  intense, qui se termine seulement maintenant devant les tribunaux.
François GARçON, historien, auteur d'un livre sur le documentaire, met en doute la véracité du film, et accuse  le réalisateur de falsification.  Même lorsque l'on sympathise avec une cause, ici la lutte contre une forme de mondialisation, il faut toujours se rappeler à la vigilance quant à l'impact des images et dire qu'un documentaire n'est jamais objectif. A cet égard, nombre de documentaires présentés lors de journaux télévisés ne le sont pas non plus. Hubert SAUPER ne fait d'ailleurs aucun mystère de son opinion et dit clairement ce qu'il entend démontrer, par un exemple pris dans le commerce international. Mais à vouloir trop démontrer, parfois... Doit-on se demander si ce documentaire entre dans un environnement journalistique assez médiocre, qui expliquerait son succès et la reconnaissance de nombreux festivals?  Doit-on se demander si tout documentaire sur les trafics d'armes plus ou moins légaux ne suscite pas des campagnes médiatiques orientées?

 

 
Armes, trafics et raisons d'État
     Armes, trafics et raisons d'État (2008), un film de Paul MOREIRA et de David ANDRE, d'une heure et demie, diffusé sur la chaîne télévisée ARTE, possède de nombreux éléments intéressants :
- une analyse sérieuse de la mondialisation du commerce des armes légères et de sa déréglementation ;
- l'indication claire de l'orientation du film, qui tout en s'entourant de grandes garanties de véracité des informations, ont suivi deux associations, Amnesty International et l'Oxfam, qui militent contre ces ventes d'armes ;
- l'utilisation d'images dont l'origine est transparente, sans appel à des techniques de téléréalité et sans mélange entre oeuvre de fiction et oeuvre de "réalité", comme on le pratique trop (le docudrama), et qui peut être source de grandes confusions. (on pense à la série sur les origines de l'homme).
 
Bowling for Columbine
     Bowling for Columbine (2002), un film documentaire américain de Michael MOORE, porte sur la dissémination des armes à feu aux Etats-unis. Il part de la fusillade du lycée Columbine en 1999 où 12 lycéens et un professeur furent tués par deux élèves. Film très controversé, tant par le sujet que par la manière dont les images sont obtenues et présentées, et revendiqué par son réalisateur comme tel, il emporta le Prix du 55 ème anniversaire du Festival de Cannes de 2002.
Bowling for Columbine atteint exactement l'objectif qu'il s'est fixé : susciter le débat sur la prolifération des armes légères. Michael MOORE, membre de la gauche radicale aux États-Unis, s'est fait une spécialité, sans prendre beaucoup de pincettes c'est un euphémisme, de combattre le système capitaliste américain, et notamment l'administration Bush (sur la guerre en Irak et sur le système de santé entre autres).

 

 
The Lab
      The lab (2013), film documentaire israélien de Yotam FELDMAN, produit par Yoav RAEH et Aurit ZAMIR, décrit une partie du complexe militaro-industriel d'Israël, pays en conflit armé plus ou moins ouvert avec ses voisins depuis sa fondation. En état de guerre permanent, le pays a développé et développe encore une industrie d'armement, des systèmes universitaires où travaillent des docteurs en "philosophie militaire", des filières commerciales qui vont directement de l'expérience d'armes sur le terrain (entendre les multiples opérations anti-guérilla) à l'organisation de salons de démonstrations ou de stages d'étude ouverts aux états-majors de pratiquement tous les pays du monde (y compris... des pays arabes). Forts de leur années d'expérience sur le peuple palestinien, les industriels de l'armement (de nombreux officiers supérieurs travaillent pour eux, dans une sorte de prolongement de carrière) et des techniciens sécuritaires ont développé un savoir-faire qui s'exporte très bien à travers le monde. Acheter israélien, c'est la garantie d'obtenir des armes testées grandeur nature. Que ces armes soient utilisées et vendues de manière abondante, le documentaire le montre bien, mais, comme le dit Dominique VIDAL, dans le supplément au DVD du documentaire, il n'est pas sûr que l'efficacité à terme de leur emploi soit réelle.
Depuis plus de 50 ans, les techniques de guérilla ne sont venues à bout d'aucune insurrection, que ce soit au Moyen-Orient ou ailleurs. Ce qu'elles ont réussi par contre, et les promoteurs s'en vantent dans le documentaire, c'est transformer des villes en trous de gruyères... Le réalisation Yotam FELDMAN enquête là dans un univers glaçant (des spécialistes de mort vous racontent en souriant leurs exploits...) auprès de ces maîtres de guerre qui se livrent sans complexes devant la caméra. Pour eux, la guerre est un buziness, Gaza un showroom mondial et les Palestiniens, une simple variable dans une équation (comme le raconte un de ces professeurs d'université bien cotés...). Comme le dit le Général BEN-ELIEZER, dont la citation se situe en haut de la jaquette du DVD, Ministre du Commerce et de l'Industrie (2009-2011), "Quand Israël vend une arme, elle a déjà été expérimentée, utilisée. (...). C'est pour cela que la demande est si forte, ça rapporte des milliards de dollars au pays" (environ 5 milliards en armes, 5 milliards en matériels techniques). Ce qui permet à Israël de rivaliser avec la France et les autres pays européens, même si il reste très très loin derrière les États-Unis...

 


        Il existe aussi de nombreux petits documentaires, comme supports de campagnes contre les ventes d'armes, comme celle du Collectif "Armes légères" en 2008.

        Quelquefois, la chaine télévisée ARTE propose des Thema sur le commerce des armes, ainsi en 1995 ou en 2008, dans lesquels on peut voir de petits documentaires ainsi que des téléfilms (comme L'affaire Lucona de  1994, une oeuvre de Jack GOLD sur cette affaire qui avait ébranlé à l'époque la classe politique autrichienne).
Malheureusement, si la qualité des petits documentaires est indéniable, la plupart des téléfilms présentés ne touchent au problème des ventes d'armes que de façon incidente, vu la rareté de ceux qui l'abordent de front.
Cette chaine de télévision se fait  ainsi l'écho des campagnes d'envergure contre le commerce d'engins de mort, que ce soit des armes destinées aux armées ou des armes en vente libre, comme les matraques tous usages.

        Par ailleurs, les organismes d'État, comme l'ancien SIRPA devenu DICOD, et les sociétés d'armements produisent des documents filmés, surtout des vidéos, dont certaines disponibles sur Internet, présentation d'armements à l'exportation et justification de politique de défense. La Délégation Générale pour l'Armement présente régulièrement, à l'occasion de manifestations commerciales comme Satory ou Le Bourget, des petits films très bien faits et mettant en valeur les matériels.

Philippe RYSMAN et Gilbert GIRONDEAU, Armement, dans CinémAction-Tricontinental, "le tiers-monde en films", 1982 . François GARçON, Enquête sur le cauchemar de Darwin, Flammarion, 2006.
On consultera avec profit les sites Internet : www.michaelmoore.com ; www.defensegouv.fr ; www.darwinsnightmare.com ; www.afrik.com ; www.espacestemps.net ; www.africultures.com ; www.onf.ca.
Yotam FELDMAN, The Lab, 60 minutes, DVD VOST, 2013.

     

Actualisé le 14 mars 2016. Relu le 14 janvier 2019.

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10 décembre 2008 3 10 /12 /décembre /2008 15:03
         Si l'actualité a encore le souvenir du retentissant long métrage américain  "Lord of War",  d'Andrew NICCOL, avec Nicolas CAGE, qui raconte en 2005 les pérégrinations criminelles d'un marchand d'armes appelées légères dans la terminologie militaire (encore qu'on y trouve du bon gros matériel dans certains passages du film), le cinéma en général est plutôt avare dans la représentation du commerce des armements.
        On a connu toutefois en France deux films qui abordent ce thème, l'un de façon centrale, l'autre dans une dénonciation plus globale du système économique. "La raison d'Etat",  d'André CAYATTE, de 1977, avec Jean YANNE et "Mille milliards de dollars", d'Henri VERNEUIL en 1982, avec Patrick DEWAERE.

      La raison d'Etat met en scène un biologiste en possession d'un document donnant la preuve de la responsabilité de la France dans un massacre commis dans un pays d'Afrique et un groupe de pacifistes déterminé à alerter l'opinion publique. S'appuyant sur une réalité de l'organisation du secteur de l'armement de l'époque, aux responsables à peine caricaturé campés par des acteurs populaires, le film avait comme mérite rare de décrire une partie du système économique (300 000 travailleurs dans les années 1970) et de permettre d'introduire nombreux débats dans diverses salles de cinéma par la suite. Touche de réalité : des scènes ont été tournées dans les locaux de l'Union Pacifiste de France pour les images de réunions de militants pacifistes...
Parce que c'était une oeuvre de fiction, la presse à l'époque ne décrit qu'un banal drame politique. Pourtant, surtout dans les passages où sont évoqués les méthodes commerciales, il constitue un des films les plus proches de la réalité.

 



     Mille milliards de dollars, où le personnage principal - un journaliste - est informé de malversations touchant une puissante entreprise multinationale, jour encore peut-être plus sur les ressorts mélodramatiques d'un beau polar se déroulant dans les milieux financiers. Surtout que le journaliste réussit à alerter l'opinion et que l'industriel coupable se tire une balle dans la tête. Mais au-delà d'une dramaturgie classique des bons et des méchants - donnant au film un caractère encore plus de fiction que La raison d'Etat - la toile de fond de l'histoire racontée est bien réelle. Il s'agit du trafic d'armement effectué par les firmes américaines avec l'Allemagne jusqu'en 1942. Une partie du film d'ailleurs narre comment ces firmes demandèrent après la guerre réparations des dommages sur leurs usines bombardées existantes en Allemagne... Une très grande partie des Mille milliards de dollars en question provient précisément de ce commerce tout à fait légal selon la législation internationale en vigueur. Le seul élément illégal est un détournement - qui du point de vue du directeur de ladite multinationale n'est qu'un petit accident de parcours. C'est cet élément illégal qui fait scandale et qui fait le méchant, mais l'ensemble de l'affaire est bien décrite, à l'aide notamment d'un bon documentaire dans le film introduit pendant l'action...



       Doté de moyens très importants, encensé par la critique, soutenu même par Amnesty International, Lord of War, pendant un peu plus de deux heures, montre l'activité d'un commerçant ordinaire dans le trafic international d'armes de guerre, même si cette activité passe souvent de la légalité à l'illégalité, suivant les causes soutenues par les gouvernements en place. Le scénario de ce film repose sur quelques biographies d'hommes qui se sont illustrés dans l'alimentation régulière des multiple guerres ainsi que sur des enquêtes menées par le FBI et la CIA sur leurs agissements. C'est dans toute son humanité que le personnage incarné par Nicolas CAGE est saisi. Ce n'est pas à proprement parler un méchant - si ce n'est pas lui qui livre, ce sera un autre - malchanceux dans son domaine commercial et qui s'est recyclé dans une activité bien plus lucrative même si elle est extrêmement dangereuse... Tout est bien décrit : les rivalités entre commerçants de la même branche, la destructivité des armements circulant, la rapacité étatique ou presque étatique de se fournir en matériels nombreux et performants, les équivoques et les ambivalences des services secrets et du gouvernement américain qui a besoin de ce genre de Monsieur encombrant...et les misères personnelles de ce fournisseur bien utile.
      Bien dans son époque puisque les stocks d'armements laissés dans les entrepôts par des puissances militaires qui ne le sont plus ou qui le sont moins n'ont jamais été aussi nombreux et variés, Lord of War tourne le regard du spectateur vers un commerce dont la presse parle peu.

 

 
La raison d'Etat, André Cayatte, 1977, France, Alpes-Cinéma, Milda Produzioni Cinematograph et Paris-Cannes Production, sorti en salles le 26 avril 1978. Mille milliards de dollars, Henri VERNEUIL, 1982, France, V Films, SFP Cinéma, Film A2, sorti en salle le 10 février 1982. Lord of War, Andrew NICCOL, Etats-Unis, Warner Bross, sorti en salle le 16 septembre 2005.
   Il est particulièrement conseiller de se procurer le DVD collector de Lord of War pour les bonus qui s'y trouvent : un documentaire sur les marchands de mort. L'acteur Nicolas CAGE s'est engagé personnellement contre le commerce des armes, ainsi que le réalisateur auquel nous laissons la parole : "Presque tous les événements du film ont un précédent réel. Des hélicoptères militaires ont bien été vendus comme des engins destinés à des interventions de secours, des trafiquants d'armes ont bien changé les noms et paramètres d'enregistrement de leurs navires une fois en mer, un célèbre trafiquant d'armes a été libéré des prisons américaines après des pressions mystérieuses, des stocks d'armements militaires soviétiques ont été pillés après la chute de l'URSS... Tout cela est avéré."
  
    Il est dommage qu'il n'existe pas de long métrage traitant du commerce d'armements et de la coopération militaire entre l'Allemagne et l'Union Soviétique avant le début de l'opération Barabarossa de l'invasion de l'URSS. Laquelle coopération permit la mise en oeuvre d'armements performants et de troupes remarquables alimentant la seconde guerre mondiale entre alliés devenus ennemis, sans compter que la bienveillance soviétique permit à l'Allemagne de contourner dans les années 1930 les dispositions du Traité de Versailles devant brider une possible remilitarisation du principal vaincu de la Première Guerre mondiale... Cela permettrait de mettre en perspective ce commerce mondial d'armements et de services militaires, sans qui, des États-Unis à l'Union Sovitique, la seconde guerre mondiale n'aurait pas eut lieu...

                                                                                 FILMUS
 
Relu le 26 novembre 2018.

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25 août 2008 1 25 /08 /août /2008 14:20

 

     Réalisé en 1979, ce film français d'un peu plus de deux heures se veut une réflexion sur les comportements humains. Et notamment à partir des thèses d'Henri LABORIT - qui apparait dans le film - sur les relations de l'homme face à son environnement, le conflit, la fuite ou l'inhibition d'action. Centré sur l'histoire d'un homme politique et littéraire joué par Gérard DEPARDIEU, ce film fourmille de parenthèses introductives et explicatives de son comportement. On y trouve ainsi la thèorie de Paul MAC LEAN sur les niveaux cérébraux et un constant parallèle entre le comportement humain en société et celui du rat, animal social par excellence. La relation au mensonge est un thème fort du film, ce mensonge sauve le couple et la vie familiale du héros principal.
   Il faut être un spectateur attentif aujourd'hui pour voir ce film - vu tout de même par 369 000 spectateurs en 9 semaines lors de sa sortie - car il fait très peu appel aux ressorts dramatiques, le promenant constamment sur trois niveaux : l'histoire racontée, les représentations mentales des membres de la famille et des connaissances du héros, influencées autant par... le cinéma que par leurs souvenirs propres, et les images d'expériences sur ces fameux rats. Faute de quoi, il ne perçoit pas à la fin du film leurs éclairages sur les personnages et sur la solution qu'ils apportent à leurs problèmes.
 
    Ce film présenté au Festival de Cannes de 1980, reçu dans l'ensemble de bonnes critiques, sauf de ceux qui n'ont pas compris la différence entre les conceptions d'Henri LABORIT et certaines thèses des neurosciences ou biosociales. Ainsi, on peut lire sur le site avoir-alire.com que nous recommandons d'ailleurs :
"Le film commence par le gros plan d'un coeur qui bat avec en fond sonore des bribes de phrases des futurs protagonistes. Intervient alors le professeur Henri Laborit (1914-1985), biologiste réputé pour ses études sur le cerveau et le stress. Labrit explique que l'homme satisfait des besoins de consommation et gratification  et que face à une situation de tension, il réagit par la fuite, le combat ou l'inhibition. N'était le brillant générique ayant présenté une cinquantaine de comédiens, on pourrait croire à un documentaire scientifique lorsque la voix off annonce les trois personnages principaux du récit avec indications sur leur parcours professionnel et familial. Mon oncle d'Amérique s'avère alors une brillante illustration ludique des thèses du biologiste, tout en s'inscrivant dans la thématique chère à Resnais. De l'enfance de Jean (Roger-Pierre, à contre emploi), où son grand père (Alexandre Rignault) lui apprend la cuisson des crabes, à son retour sur l'île où l'attend Janine (Nicole Garcia et sa belle voix mate), des livres scolaires lus en cachette par René (Gérard Depardieu), à son licenciement par le directeur général (Pierre Arditi), de la gifle assénée par la mère de Janine (Véronique Silver), aux coups que la jeune femme porte sur son ex-amant, on retrouve les constantes de l'univers du cinéaste depuis Hiroshima mon amour : la mémoire qui réveille les souvenirs enfouis, l'aller)retour entre le passé et le présent, l'exploration d'un univers mental, le montage est alors passionnant, abolissant les frontières temporelles et géographiques, entre le réel et la fiction, l'intervention récurrente de Laborit ne versant ni dans la pédanterie, ni dans la diversion de narration.
Elle fait d'ailleurs le prix d'un film et sans elle, le scénario de Jean Gruault n'aurait été qu'un aimable romance à la Lelouch, avec ses hasards et coïncidences. D'aucuns ont regretté l'insistance avec laquelle les auteurs établissent le parallèle ente le comportement des rats et celui des personnages : quand Veestrate, son rival (Gérard Darrieu), décroche le téléphone avant René (Gérard Depardieu), lorsqu'Arlette (Nelly Borgeaud, exquise), supplie Janine de lui rendre son mari pour quelques semaines, quand celui-ci comprend la trahison de son protecteur (Philippe Laudenbach), la réaction des intéressés ne fait qu'obéir à des réactions chimiques et pavloviennes, conformément aux schémas de Laborit. Ce parallèle en lui-même doit être pris au second degré, Resnais semblant s'amuser également du matériau et du projet initial. Aidé de la belle photo de Sacha Vierny (les prises de vue sur l'île) et d'une musique envoûtante d'armé Dzierlatka, le cinéaste multiplie les mises en abîme, allant même jusqu'à incruster des plans de Danielle Darieux, Jean Marais et Jean Gabin pour appuyer l'identification des personnages à leurs idoles, procédé qui annonce On connait la chanson. L'ensemble aurait pu paraitre indigeste et prétentieux. IL n'en est rien, et le film marque un tournant dans la carrière du réalisateur de par l'humour et la légèreté qu'il manifeste. Cette oeuvre culte obtint le Grand Prix du Jury (présidé par Kirk Douglas) au Festival de Cannes 1980 et sera l'un des plus gros succès de Resnais. 

    Alain RESNAIS, Mon oncle d'Amérique, 1979, France, 125 minutes, scénario de Jean GRUAULT, avec Gérard DEPARDIEU, Nicole GARCIA, Roger PIERRE..., Couleur et Noir et Blanc, Production Les films Galatée avec Gaumont, Andréa Films et TF1. Disponible en cassette VHS et en disque DVD.
 
Complété le 8 mai 2018

 

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