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23 février 2009 1 23 /02 /février /2009 15:13
         Le commerce des armements, lourds ou légers, suscite des documentaires qu'on pourrait penser plus nombreux que ceux qui existent, vu l'ampleur de celui-ci. Aux difficultés du documentaire proprement dit (plus difficile à réaliser qu'une fiction, malgré une opinion très répandue) s'ajoute celui du genre abordé, où les informations, pour être véridiques, doivent faire l'objet d'une enquête approfondie, malgré les obstacles tenant à l'importance des intérêts mis en jeu dans un commerce où la frontière entre le légal et l'illégal paraît bien fragile, surtout (mais pas seulement) lorsqu'il s'agit d'armes légères.
 
L'arsenal
    L'Arsenal (1977), documentaire de 58 minutes réalisés par Pierre NADEAU et Jacques GODBOUT, constitue une sorte de prototype dont peuvent s'inspirer bien des réalisateurs. Les deux habitués de l'Office National du Film canadien ont choisi de forcer la porte des marchands de canons et des états-majors pour briser le mur du silence. Ils nous apprennent par la voix de spécialistes aussi célèbre que Sam Cummings (société Interarms) des faits ignorés du grand public. C'est de la bouche des responsables militaires ou industriels que Pierre NADEAU, dans des interviews très francs, que sortent des réalités de l'organisation du commerce des armes, de tout ordre, même bactériologique au détour d'un catalogue de la General Motors... L'Arsenal ne veut présenter aucune thèse, ne veut favoriser aucun camp, et les deux réalisateurs communiquent une impression d'absurde en accumulant interviews, témoignages, images publicitaires diffusées par des sociétés spécialisées. Très documenté en chiffres, le film dénonce, par petites touches, tour à tour le complexe militaro-industriel, la technologie sophistiquée des armements, la politique d'exportation sur tous les marchés, les laboratoires de recherche qui permettent une escalade sans fin dans le perfectionnement des "engins de mort".
 
Le cauchemar de Darwin
     A contrario, pourrait-on dire, Le cauchemar de Darwin (2004), documentaire d'1h50 d'Hubert SAUPER, se présente comme un film à thèse. Il prend pour départ, pour dénoncer la mondialisation telle qu'elle se pratique aujourd'hui, les trafics autour de l'aéroport de Mwanza, en Tanzanie, sur les bords du lac Victoria. A travers le parcours d'un poisson, la perche du Nil, préparée sur place dans des usines financées par des organisations internationales, une partie de la production restant sur place pour nourrir la population locale, remplaçant les petits poissons locaux pourtant plus faciles à conserver, le réalisateur veut montrer tous les trafics liés à une urbanisation sauvage : prostitution, sida, violences diverses. Il suggère, sans le démontrer que des avions cargos alimentent un trafic d'armes à destination de la région des Grands Lacs. Ce sont les images qui sont censées démontrer l'existence de tels trafics qui ont suscité une polémique  intense, qui se termine seulement maintenant devant les tribunaux.
François GARçON, historien, auteur d'un livre sur le documentaire, met en doute la véracité du film, et accuse  le réalisateur de falsification.  Même lorsque l'on sympathise avec une cause, ici la lutte contre une forme de mondialisation, il faut toujours se rappeler à la vigilance quant à l'impact des images et dire qu'un documentaire n'est jamais objectif. A cet égard, nombre de documentaires présentés lors de journaux télévisés ne le sont pas non plus. Hubert SAUPER ne fait d'ailleurs aucun mystère de son opinion et dit clairement ce qu'il entend démontrer, par un exemple pris dans le commerce international. Mais à vouloir trop démontrer, parfois... Doit-on se demander si ce documentaire entre dans un environnement journalistique assez médiocre, qui expliquerait son succès et la reconnaissance de nombreux festivals?  Doit-on se demander si tout documentaire sur les trafics d'armes plus ou moins légaux ne suscite pas des campagnes médiatiques orientées?

 

 
Armes, trafics et raisons d'État
     Armes, trafics et raisons d'État (2008), un film de Paul MOREIRA et de David ANDRE, d'une heure et demie, diffusé sur la chaîne télévisée ARTE, possède de nombreux éléments intéressants :
- une analyse sérieuse de la mondialisation du commerce des armes légères et de sa déréglementation ;
- l'indication claire de l'orientation du film, qui tout en s'entourant de grandes garanties de véracité des informations, ont suivi deux associations, Amnesty International et l'Oxfam, qui militent contre ces ventes d'armes ;
- l'utilisation d'images dont l'origine est transparente, sans appel à des techniques de téléréalité et sans mélange entre oeuvre de fiction et oeuvre de "réalité", comme on le pratique trop (le docudrama), et qui peut être source de grandes confusions. (on pense à la série sur les origines de l'homme).
 
Bowling for Columbine
     Bowling for Columbine (2002), un film documentaire américain de Michael MOORE, porte sur la dissémination des armes à feu aux Etats-unis. Il part de la fusillade du lycée Columbine en 1999 où 12 lycéens et un professeur furent tués par deux élèves. Film très controversé, tant par le sujet que par la manière dont les images sont obtenues et présentées, et revendiqué par son réalisateur comme tel, il emporta le Prix du 55 ème anniversaire du Festival de Cannes de 2002.
Bowling for Columbine atteint exactement l'objectif qu'il s'est fixé : susciter le débat sur la prolifération des armes légères. Michael MOORE, membre de la gauche radicale aux États-Unis, s'est fait une spécialité, sans prendre beaucoup de pincettes c'est un euphémisme, de combattre le système capitaliste américain, et notamment l'administration Bush (sur la guerre en Irak et sur le système de santé entre autres).

 

 
The Lab
      The lab (2013), film documentaire israélien de Yotam FELDMAN, produit par Yoav RAEH et Aurit ZAMIR, décrit une partie du complexe militaro-industriel d'Israël, pays en conflit armé plus ou moins ouvert avec ses voisins depuis sa fondation. En état de guerre permanent, le pays a développé et développe encore une industrie d'armement, des systèmes universitaires où travaillent des docteurs en "philosophie militaire", des filières commerciales qui vont directement de l'expérience d'armes sur le terrain (entendre les multiples opérations anti-guérilla) à l'organisation de salons de démonstrations ou de stages d'étude ouverts aux états-majors de pratiquement tous les pays du monde (y compris... des pays arabes). Forts de leur années d'expérience sur le peuple palestinien, les industriels de l'armement (de nombreux officiers supérieurs travaillent pour eux, dans une sorte de prolongement de carrière) et des techniciens sécuritaires ont développé un savoir-faire qui s'exporte très bien à travers le monde. Acheter israélien, c'est la garantie d'obtenir des armes testées grandeur nature. Que ces armes soient utilisées et vendues de manière abondante, le documentaire le montre bien, mais, comme le dit Dominique VIDAL, dans le supplément au DVD du documentaire, il n'est pas sûr que l'efficacité à terme de leur emploi soit réelle.
Depuis plus de 50 ans, les techniques de guérilla ne sont venues à bout d'aucune insurrection, que ce soit au Moyen-Orient ou ailleurs. Ce qu'elles ont réussi par contre, et les promoteurs s'en vantent dans le documentaire, c'est transformer des villes en trous de gruyères... Le réalisation Yotam FELDMAN enquête là dans un univers glaçant (des spécialistes de mort vous racontent en souriant leurs exploits...) auprès de ces maîtres de guerre qui se livrent sans complexes devant la caméra. Pour eux, la guerre est un buziness, Gaza un showroom mondial et les Palestiniens, une simple variable dans une équation (comme le raconte un de ces professeurs d'université bien cotés...). Comme le dit le Général BEN-ELIEZER, dont la citation se situe en haut de la jaquette du DVD, Ministre du Commerce et de l'Industrie (2009-2011), "Quand Israël vend une arme, elle a déjà été expérimentée, utilisée. (...). C'est pour cela que la demande est si forte, ça rapporte des milliards de dollars au pays" (environ 5 milliards en armes, 5 milliards en matériels techniques). Ce qui permet à Israël de rivaliser avec la France et les autres pays européens, même si il reste très très loin derrière les États-Unis...

 


        Il existe aussi de nombreux petits documentaires, comme supports de campagnes contre les ventes d'armes, comme celle du Collectif "Armes légères" en 2008.

        Quelquefois, la chaine télévisée ARTE propose des Thema sur le commerce des armes, ainsi en 1995 ou en 2008, dans lesquels on peut voir de petits documentaires ainsi que des téléfilms (comme L'affaire Lucona de  1994, une oeuvre de Jack GOLD sur cette affaire qui avait ébranlé à l'époque la classe politique autrichienne).
Malheureusement, si la qualité des petits documentaires est indéniable, la plupart des téléfilms présentés ne touchent au problème des ventes d'armes que de façon incidente, vu la rareté de ceux qui l'abordent de front.
Cette chaine de télévision se fait  ainsi l'écho des campagnes d'envergure contre le commerce d'engins de mort, que ce soit des armes destinées aux armées ou des armes en vente libre, comme les matraques tous usages.

        Par ailleurs, les organismes d'État, comme l'ancien SIRPA devenu DICOD, et les sociétés d'armements produisent des documents filmés, surtout des vidéos, dont certaines disponibles sur Internet, présentation d'armements à l'exportation et justification de politique de défense. La Délégation Générale pour l'Armement présente régulièrement, à l'occasion de manifestations commerciales comme Satory ou Le Bourget, des petits films très bien faits et mettant en valeur les matériels.

Philippe RYSMAN et Gilbert GIRONDEAU, Armement, dans CinémAction-Tricontinental, "le tiers-monde en films", 1982 . François GARçON, Enquête sur le cauchemar de Darwin, Flammarion, 2006.
On consultera avec profit les sites Internet : www.michaelmoore.com ; www.defensegouv.fr ; www.darwinsnightmare.com ; www.afrik.com ; www.espacestemps.net ; www.africultures.com ; www.onf.ca.
Yotam FELDMAN, The Lab, 60 minutes, DVD VOST, 2013.

     

Actualisé le 14 mars 2016. Relu le 14 janvier 2019.

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10 décembre 2008 3 10 /12 /décembre /2008 15:03
         Si l'actualité a encore le souvenir du retentissant long métrage américain  "Lord of War",  d'Andrew NICCOL, avec Nicolas CAGE, qui raconte en 2005 les pérégrinations criminelles d'un marchand d'armes appelées légères dans la terminologie militaire (encore qu'on y trouve du bon gros matériel dans certains passages du film), le cinéma en général est plutôt avare dans la représentation du commerce des armements.
        On a connu toutefois en France deux films qui abordent ce thème, l'un de façon centrale, l'autre dans une dénonciation plus globale du système économique. "La raison d'Etat",  d'André CAYATTE, de 1977, avec Jean YANNE et "Mille milliards de dollars", d'Henri VERNEUIL en 1982, avec Patrick DEWAERE.

      La raison d'Etat met en scène un biologiste en possession d'un document donnant la preuve de la responsabilité de la France dans un massacre commis dans un pays d'Afrique et un groupe de pacifistes déterminé à alerter l'opinion publique. S'appuyant sur une réalité de l'organisation du secteur de l'armement de l'époque, aux responsables à peine caricaturé campés par des acteurs populaires, le film avait comme mérite rare de décrire une partie du système économique (300 000 travailleurs dans les années 1970) et de permettre d'introduire nombreux débats dans diverses salles de cinéma par la suite. Touche de réalité : des scènes ont été tournées dans les locaux de l'Union Pacifiste de France pour les images de réunions de militants pacifistes...
Parce que c'était une oeuvre de fiction, la presse à l'époque ne décrit qu'un banal drame politique. Pourtant, surtout dans les passages où sont évoqués les méthodes commerciales, il constitue un des films les plus proches de la réalité.

 



     Mille milliards de dollars, où le personnage principal - un journaliste - est informé de malversations touchant une puissante entreprise multinationale, jour encore peut-être plus sur les ressorts mélodramatiques d'un beau polar se déroulant dans les milieux financiers. Surtout que le journaliste réussit à alerter l'opinion et que l'industriel coupable se tire une balle dans la tête. Mais au-delà d'une dramaturgie classique des bons et des méchants - donnant au film un caractère encore plus de fiction que La raison d'Etat - la toile de fond de l'histoire racontée est bien réelle. Il s'agit du trafic d'armement effectué par les firmes américaines avec l'Allemagne jusqu'en 1942. Une partie du film d'ailleurs narre comment ces firmes demandèrent après la guerre réparations des dommages sur leurs usines bombardées existantes en Allemagne... Une très grande partie des Mille milliards de dollars en question provient précisément de ce commerce tout à fait légal selon la législation internationale en vigueur. Le seul élément illégal est un détournement - qui du point de vue du directeur de ladite multinationale n'est qu'un petit accident de parcours. C'est cet élément illégal qui fait scandale et qui fait le méchant, mais l'ensemble de l'affaire est bien décrite, à l'aide notamment d'un bon documentaire dans le film introduit pendant l'action...



       Doté de moyens très importants, encensé par la critique, soutenu même par Amnesty International, Lord of War, pendant un peu plus de deux heures, montre l'activité d'un commerçant ordinaire dans le trafic international d'armes de guerre, même si cette activité passe souvent de la légalité à l'illégalité, suivant les causes soutenues par les gouvernements en place. Le scénario de ce film repose sur quelques biographies d'hommes qui se sont illustrés dans l'alimentation régulière des multiple guerres ainsi que sur des enquêtes menées par le FBI et la CIA sur leurs agissements. C'est dans toute son humanité que le personnage incarné par Nicolas CAGE est saisi. Ce n'est pas à proprement parler un méchant - si ce n'est pas lui qui livre, ce sera un autre - malchanceux dans son domaine commercial et qui s'est recyclé dans une activité bien plus lucrative même si elle est extrêmement dangereuse... Tout est bien décrit : les rivalités entre commerçants de la même branche, la destructivité des armements circulant, la rapacité étatique ou presque étatique de se fournir en matériels nombreux et performants, les équivoques et les ambivalences des services secrets et du gouvernement américain qui a besoin de ce genre de Monsieur encombrant...et les misères personnelles de ce fournisseur bien utile.
      Bien dans son époque puisque les stocks d'armements laissés dans les entrepôts par des puissances militaires qui ne le sont plus ou qui le sont moins n'ont jamais été aussi nombreux et variés, Lord of War tourne le regard du spectateur vers un commerce dont la presse parle peu.

 

 
La raison d'Etat, André Cayatte, 1977, France, Alpes-Cinéma, Milda Produzioni Cinematograph et Paris-Cannes Production, sorti en salles le 26 avril 1978. Mille milliards de dollars, Henri VERNEUIL, 1982, France, V Films, SFP Cinéma, Film A2, sorti en salle le 10 février 1982. Lord of War, Andrew NICCOL, Etats-Unis, Warner Bross, sorti en salle le 16 septembre 2005.
   Il est particulièrement conseiller de se procurer le DVD collector de Lord of War pour les bonus qui s'y trouvent : un documentaire sur les marchands de mort. L'acteur Nicolas CAGE s'est engagé personnellement contre le commerce des armes, ainsi que le réalisateur auquel nous laissons la parole : "Presque tous les événements du film ont un précédent réel. Des hélicoptères militaires ont bien été vendus comme des engins destinés à des interventions de secours, des trafiquants d'armes ont bien changé les noms et paramètres d'enregistrement de leurs navires une fois en mer, un célèbre trafiquant d'armes a été libéré des prisons américaines après des pressions mystérieuses, des stocks d'armements militaires soviétiques ont été pillés après la chute de l'URSS... Tout cela est avéré."
  
    Il est dommage qu'il n'existe pas de long métrage traitant du commerce d'armements et de la coopération militaire entre l'Allemagne et l'Union Soviétique avant le début de l'opération Barabarossa de l'invasion de l'URSS. Laquelle coopération permit la mise en oeuvre d'armements performants et de troupes remarquables alimentant la seconde guerre mondiale entre alliés devenus ennemis, sans compter que la bienveillance soviétique permit à l'Allemagne de contourner dans les années 1930 les dispositions du Traité de Versailles devant brider une possible remilitarisation du principal vaincu de la Première Guerre mondiale... Cela permettrait de mettre en perspective ce commerce mondial d'armements et de services militaires, sans qui, des États-Unis à l'Union Sovitique, la seconde guerre mondiale n'aurait pas eut lieu...

                                                                                 FILMUS
 
Relu le 26 novembre 2018.

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25 août 2008 1 25 /08 /août /2008 14:20

 

     Réalisé en 1979, ce film français d'un peu plus de deux heures se veut une réflexion sur les comportements humains. Et notamment à partir des thèses d'Henri LABORIT - qui apparait dans le film - sur les relations de l'homme face à son environnement, le conflit, la fuite ou l'inhibition d'action. Centré sur l'histoire d'un homme politique et littéraire joué par Gérard DEPARDIEU, ce film fourmille de parenthèses introductives et explicatives de son comportement. On y trouve ainsi la thèorie de Paul MAC LEAN sur les niveaux cérébraux et un constant parallèle entre le comportement humain en société et celui du rat, animal social par excellence. La relation au mensonge est un thème fort du film, ce mensonge sauve le couple et la vie familiale du héros principal.
   Il faut être un spectateur attentif aujourd'hui pour voir ce film - vu tout de même par 369 000 spectateurs en 9 semaines lors de sa sortie - car il fait très peu appel aux ressorts dramatiques, le promenant constamment sur trois niveaux : l'histoire racontée, les représentations mentales des membres de la famille et des connaissances du héros, influencées autant par... le cinéma que par leurs souvenirs propres, et les images d'expériences sur ces fameux rats. Faute de quoi, il ne perçoit pas à la fin du film leurs éclairages sur les personnages et sur la solution qu'ils apportent à leurs problèmes.
 
    Ce film présenté au Festival de Cannes de 1980, reçu dans l'ensemble de bonnes critiques, sauf de ceux qui n'ont pas compris la différence entre les conceptions d'Henri LABORIT et certaines thèses des neurosciences ou biosociales. Ainsi, on peut lire sur le site avoir-alire.com que nous recommandons d'ailleurs :
"Le film commence par le gros plan d'un coeur qui bat avec en fond sonore des bribes de phrases des futurs protagonistes. Intervient alors le professeur Henri Laborit (1914-1985), biologiste réputé pour ses études sur le cerveau et le stress. Labrit explique que l'homme satisfait des besoins de consommation et gratification  et que face à une situation de tension, il réagit par la fuite, le combat ou l'inhibition. N'était le brillant générique ayant présenté une cinquantaine de comédiens, on pourrait croire à un documentaire scientifique lorsque la voix off annonce les trois personnages principaux du récit avec indications sur leur parcours professionnel et familial. Mon oncle d'Amérique s'avère alors une brillante illustration ludique des thèses du biologiste, tout en s'inscrivant dans la thématique chère à Resnais. De l'enfance de Jean (Roger-Pierre, à contre emploi), où son grand père (Alexandre Rignault) lui apprend la cuisson des crabes, à son retour sur l'île où l'attend Janine (Nicole Garcia et sa belle voix mate), des livres scolaires lus en cachette par René (Gérard Depardieu), à son licenciement par le directeur général (Pierre Arditi), de la gifle assénée par la mère de Janine (Véronique Silver), aux coups que la jeune femme porte sur son ex-amant, on retrouve les constantes de l'univers du cinéaste depuis Hiroshima mon amour : la mémoire qui réveille les souvenirs enfouis, l'aller)retour entre le passé et le présent, l'exploration d'un univers mental, le montage est alors passionnant, abolissant les frontières temporelles et géographiques, entre le réel et la fiction, l'intervention récurrente de Laborit ne versant ni dans la pédanterie, ni dans la diversion de narration.
Elle fait d'ailleurs le prix d'un film et sans elle, le scénario de Jean Gruault n'aurait été qu'un aimable romance à la Lelouch, avec ses hasards et coïncidences. D'aucuns ont regretté l'insistance avec laquelle les auteurs établissent le parallèle ente le comportement des rats et celui des personnages : quand Veestrate, son rival (Gérard Darrieu), décroche le téléphone avant René (Gérard Depardieu), lorsqu'Arlette (Nelly Borgeaud, exquise), supplie Janine de lui rendre son mari pour quelques semaines, quand celui-ci comprend la trahison de son protecteur (Philippe Laudenbach), la réaction des intéressés ne fait qu'obéir à des réactions chimiques et pavloviennes, conformément aux schémas de Laborit. Ce parallèle en lui-même doit être pris au second degré, Resnais semblant s'amuser également du matériau et du projet initial. Aidé de la belle photo de Sacha Vierny (les prises de vue sur l'île) et d'une musique envoûtante d'armé Dzierlatka, le cinéaste multiplie les mises en abîme, allant même jusqu'à incruster des plans de Danielle Darieux, Jean Marais et Jean Gabin pour appuyer l'identification des personnages à leurs idoles, procédé qui annonce On connait la chanson. L'ensemble aurait pu paraitre indigeste et prétentieux. IL n'en est rien, et le film marque un tournant dans la carrière du réalisateur de par l'humour et la légèreté qu'il manifeste. Cette oeuvre culte obtint le Grand Prix du Jury (présidé par Kirk Douglas) au Festival de Cannes 1980 et sera l'un des plus gros succès de Resnais. 

    Alain RESNAIS, Mon oncle d'Amérique, 1979, France, 125 minutes, scénario de Jean GRUAULT, avec Gérard DEPARDIEU, Nicole GARCIA, Roger PIERRE..., Couleur et Noir et Blanc, Production Les films Galatée avec Gaumont, Andréa Films et TF1. Disponible en cassette VHS et en disque DVD.
 
Complété le 8 mai 2018

 

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