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3 août 2020 1 03 /08 /août /2020 15:22

   Quand on relit l'ouvrage qui date de 1992 du maître de conférences au département des Sciences de l'information et de la communication de l'Université de Rennes 2, on ne peut s'empêcher de penser que depuis, on n'a pas fait de progrès patent sur la compréhension du rôle de la publicité dans nos sociétés, tant du côté de son influence idéologique que du côté de sa place réelle dans la dynamique économique.

    Sous-titré Idéologie et savoir-faire des professionnels de la publicité dans l'audiovisuel, ce qui délimite son approche, l'ouvrage, produit dans une période où les téléspectateurs français découvrent à leurs corps défendant les vertus du libéralisme (années 1980-1990), avec un certain "retard" par rapports à leurs voisins anglo-saxons et allemands, veut décrire des modes de représentation exclusifs définis par la publicité "qui ne correspondent que fort peu au réel". C'est en grande partie à ce réel très médiatisé qui fait en quelque sorte écran par rapport à la réalité que l'auteur s'attaque, très au fait de certains aspects occultés par les grands médias. Il s'agit pour Jacques GUYOT de "s'interroger de façon critique sur la manière dont l'acteur publicitaire a réussi à asseoir sa légitimité sociale et culturelle sur le thème de la modernité : modernité médiatique, mais aussi économique et technologique."

    L'auteur aborde successivement en quatre parties serrées l'analyse des changements d'attitude du public vis-à-vis de la publicité, l'évolution rendue possible grâce à une problématique de la création publicitaire, l'articulation de la publicité autour du concept de modernité et l'importance du facteur publicitaire sur le plan économique.

   L'évolution du rejet à l'adhésion (relative) à la publicité, laquelle subit des changements bien évidemment en dehors du champ du livre dans les années 2000, du fait de l'intrusion d'Internet dans le paysage audio-visuel quotidien, est étudiée de manière minutieuse sur les quatre continents. La problématique de la création publicitaire, que ses promoteurs situent parfois carrément entre l'art et la technologie, s'aidant en cela du langage des sciences sociales et de la sémiologie, situe la publicité dans une légitimité sociale qui la place dans les représentations du réel et dans le symbolique des relations sociales. Cela est d'autant plus fort qu'elle se situe dans le développement de la publi-information dans l'édition et la presse comme dans une sorte de symbiose dans l'apprentissage de l'art cinématographique par toute une génération de cinéastes, boulevard d'ailleurs dans l'éclosion d'un cinéma fantastique et des effets spéciaux. Que ce soit dans les messages eux-mêmes, qui promeuvent un idéal de vie individualiste (ou familial de manière très précise) basé sur la consommation des objets les plus récents, sorte de modernité. La place de la publicité dans la vie économique - et l'auteur rend bien compte des coûts occultés de la publicité dans la programmation des chaines de télévision - est le quatrième sujet - et presque un des moins traité par lui, ne fait l'objet que de peu d'études. Notamment, la relation entre les compagnes publicitaires et le succès des produits et services promus est une question peu abordée et par les publicitaires et par leurs clients. Outre le fait que souvent les enquêtes sur la progression de ces produits et services sur le marché sont le fait même de ceux qui les promeuvent, il semble qu'il y ait comme un mimétisme et une spirale où l'obsession de la concurrence remplace l'évaluation scientifique coûts publicitaires/valeurs des ventes... Dans sa conclusion, l'auteur met l'accent sur l'accroissement de l'importance des nouvelles technologies où s'opèrent de grands investissements du monde publicitaire, lequel propose une vision du monde très aseptisée et très consensuelle, à mille lieux des multiples conflits sociaux qui agitent le monde réel. Et plus les nouvelles technologies de l'image et du son sont mises à contribution, plus le monde proposé apparait envahissant, tendant même à remplacer - mais cette course de l'apparence souffre tout de même de grosses exceptions (heureusement) - la vie réelle.

Les paradigmes décrits par l'auteur gouvernent encore en très grande partie le fonctionnement et l'impact de la publicité dans les médias, peut-être plus encore avec Internet, mais de manière très différentes selon les contrées, les classes sociales et les habitudes nationales (entre Français et Allemands par exemple) et l'auteur pointe bien ces différences d'appréciation des différents publics et nationalités, chose que l'évolution d'Internet accentue d'ailleurs.

 

Jacques GUYOT, qui travaille particulièrement dans le Centre d'Études et de Recherches sur la Communication et l'Internationalisation (CERCI), sur la création télévisuelle et sur les stratégies publicitaires, est également l'auteur d'autres ouvrages : Les Techniques audiovisuelles, dans la collection Que sais-je? des Presses Universitaires de France (1999) ; Production télévisée et identité culturelle en Bretagne, Galice et Pays de Galle, Presses Universitaires de Rennes (2000) ; avec Thierry ROLLAND, Les archives audiovisuelles (Armand Colin, 2011) ; avec Fabien GRANJON et Christophe MAGIS, Matérialismes, culture et communication (Presses des Mines, 2019, en 3 tomes) ; Cultures de résistance, aux Presses des Mines, 2020.

Jacques GUYOT, L'Écran publicitaire, Idéologie et savoir-faire des professionnels de la publicité dans l'audiovisuel, L'Harmattan, collection Logiques sociales, 1992, 350 pages.

  

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19 juillet 2020 7 19 /07 /juillet /2020 07:39

       Robert DÔLE écrit là un essai - court mais dense - sur "les vestiges du puritanisme dans la mentalité américaine actuelle", à la mesure de toute son expérience d'états-unien expatrié volontaire au Canada, suffisamment loin pour ne plus en subir les effets, mais suffisamment près (en dehors de son vécu antérieur) pour en mesurer la puissance. Américain d'origine puritaine, polyglotte, a choisi le Québec comme terre d'exil. Depuis 1977, professeur d'anglais à l'université du Québec à Chicoutimi, il a vécu et enseigné en Europe, aux universités de Metz, de Bonn et de Lodz.

Son court essai étaie une hypothèse fondamentale tout sorti de ce qu'il a vécu pendant 22 ans (enfance et adolescence, à Washington DC) et de qu'il a pu, en partie par introspection, comprendre de la mentalité des Américains des États-Unis. Son hypothèse veut "que la mentalité américaine d'aujourd'hui soit le produit du puritanisme du XVIIe siècle.

"Cette idée, écrit-il dans son Introduction, peut paraître banale à première vue, surtout si on pense à l'hypocrisie en matière sexuelle (...) ou au mouvement des born-again Christians. Ce qui m'intéresse pourtant, ce sont les vestiges de la mentalité puritaine précisément là où on ne les soupçonnerait par de prime abord", d'autant que, selon lui une grande partie du monde est contaminée par cette mentalité. "Je pense, entre autres, à la politique extérieure des États-Unis, au mouvement de libération des homosexuels et au féminisme américain. Dans l'esprit des Américains, toute intervention militaire ou politique dans d'autres pays est justifiée par le fait que les Américains sont toujours le peuple élu de Dieu, ce dont les puritains du XVIIe siècle étaient entièrement convaincus", même si, en réalité, beaucoup se sont exilés parce que nombre de leurs compatriotes leur ont demandé d'exercer leur sectarisme ailleurs (la formule est de nous...). "Le féminisme américain hérite aussi de cette tradition de pensée en donnant aux femmes le statut de peuple élu par rapport aux hommes déchus." (on ne s'en convainc, dirions-nous qu'en ayant accès à la grande masse des écrits de ce féminisme-là, qui pourrait paraitre indigeste à nombre d'entre nous...). "Le mouvement homosexuel est une manifestation de la tradition de confession publique qui joue un rôle primordial dans le comportement puritain. Établir des liens entre les sermons des pasteurs du XVIIe siècle et l'articulation des mouvements homosexuel ou féministe ne sera pas toujours tâche facile, mais le plaisir d'un raisonnement est aussi grand que le défi qu'il présente".

"Voici mon hypothèse, poursuit-il, A l'insu des Américains, il existe  un caractère américain, une mentalité américaine, un comportement américain qui sont propres au peuple américain et qui le distinguent d'autres nationalités. Les Américain, par contre, tendent à croire que leur mentalité est universelle. La manière de penser et d'agir des Américains remonte au XVIIe siècle. Ces derniers pensent généralement que leurs politiques gouvernementales et leurs relations interpersonnelles dérivent de l nature universelle de l'homme et des lois de la logique. Dès lors, ils sont aveuglent à ce qui est unique chez eux et ne comprennent pas le chox culturel que vivent maints étrangers lorsqu'ils arrivent aux États-Unis.

Les Américains croient aussi que leurs tendance actuelles sont tout à fait modernes. Mon hypothèse de l'influence durable de leur passé puritain aurait de quoi les surprendre. Il reste qu'à mon avis le caractère américain a été façonné par l'expérience puritaine qui a laissé toutes sortes de traces, parfois évidentes, mais parfois trop subtiles pour être décelées au premier coup d'oeil. Les intérêts américains changent, changent aussi les tendances sociales et philosophiques, mais il existe quand même quelque chose de permanent dans le caractère américain, et c'est précisément ce quelque chose que je veux retrouver chez les ancêtres puritains. Devant toutes ces nouvelles idées politically correct qui se manifestent année après année, j'ai la réaction suivante : plus ça change, plus c'est pareil.

Je vais me concentrer sur quatre aspects de la mentalité et de la vie puritaine du XVIIe siècle et sur leurs vestiges au XXe. L'individualisme, la division entre les élus de Dieu et les non-élus, la cruauté et la confession publique. Je montrerais que ces aspects de la mentalité puritaine sont présents dans la vie contemporaine des États-Unis, telle qu'on la retrouve présentées dans les romans récents de Joyce Carol Oates. Finalement, j'exposerai les idées critiques d'autres auteurs à l'égard du marasme social et spirituel des Américains d'aujourd'hui. (...)". L'auteur met en garde contre une interprétation de sa pensée : il ne veut pas critiquer tout ce qui se passe dan la culture américaine contemporaine en la comparant aux excès de ses ancêtres. "Plutôt, j'essaie de retrouver dans les origines lointaines des tendances qui ont abouti aux phénomènes culturels actuels. Bien sûr, je condamne les expressions de la cruauté américaine telles que les bombardements des grandes villes, la peine capitale et le manque de programmes sociaux. La cruauté qui motive ces phénomènes fait partie d'une tradition qui trouve ses racines dans l'expérience puritaine du XVIIe siècle. Les Américains d'aujourd'hui admettent que la violence est un aspect omniprésent de la vie sociale. Ils disent : Violence is as American as apple pie (La violence est aussi américaine que la tarte aux pommes). (...) Pourtant, tout acte de violence implique la cruauté. Il est quand même curieux qu'un peuple se voit comme violent, mais ni en même temps son caractère cruel. Si je condamne la cruauté, je n'ai rien contre la confession publique et je tends moi aussi à diviser le monde en deux classes : les élus et les non-élus. Pour moi, les élus sont les exploités et les non-élus, les exploiteurs. C'est un mariage du puritanisme et du marxisme qui me convient parfaitement. Je peux donc sympathiser avec les mouvements féministe et homosexuel qui dérivent de la tradition puritaine sans accepter les actes de cruauté commis par le gouvernement américain, lesquels découlent de la même tradition. (...)".

  L'auteur consacre donc un chapitre à chacun des aspects de la mentalité américaine : l'individualisme, la division entre élus et non-élus, la cruauté et confession publique, argumentant sa réflexion de nombreuses citations. Après avoir exposé ce qui lui semble être le témoignage de Joyce Carol OATES - rappelons que la romancière américaine née en 1938 est l'un des plus prolifiques écrivains de la littérature contemporaine aux États-Unis, avec d'importantes réceptions dans de nombreux pays - il livre d'autres analyses de la mentalité américaine qu'il divise "facilement" entre groupes d'avant le XXe siècle et du XXe.

  Dans sa conclusion, il présente ce qu'il nomme comme à la fois un plaidoyer en faveur d'une transformation radicale du système socioéconomique des États-Unis et un avertissement pour les autres pays, en ne cachant pas qu'il puise une grande partie de ses opinions à une lecture attentive de la Bible. Il espère que le matérialisme qui est souvent synonyme d'américanisme peut évoluer en quelque chose de plus positif que certaines manifestations désespérantes de la vie américaine.

Robert DÔLE, Le cauchemar américain, Essai sur les vestiges du puritanisme dans la mentalité américaine actuelle, vlb éditeur, 1996, 140 pages

 

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16 juillet 2020 4 16 /07 /juillet /2020 09:07

   Marchand d'armes depuis quarante ans, grande gueule (selon ses propres termes) toujours flanqué de jeunes femmes (bisexuelles, un atout toujours selon lui) disponibles pour recevoir des informations (dans le lit, ce sont les meilleures) de ses concurrents et "amis", si tant est qu'on peut en avoir dans cette "profession" d'intermédiaires, à la population nombreuse, Bernard CHEYNEL délivre dans ce livre en quelque sorte ses Mémoires... Dont maints passages constituent autant d'occasion de se plaindre des malheurs qu'il a dû enduré dans ses entreprises (solitaires), qui nous font arracher des tonnes de larmes de crocodiles (notez que les sauriens n'ont pas de glandes lacrymales...)...

   Par-delà le témoignage très détaillé de ses entreprises de relations publiques-privées visant à "faciliter", moyennant commissions normalement substantielles (qu'il s'est fait volé maintes fois) (forts pourcentage sur le montant total des contrats), nous révélant au passage les turpitudes de maints hauts responsables de sociétés privées et publiques d'armement (Safran, Dassault, Thomson, Thalès, Direction des Constructions Navales, Sagem, Sfim...) et de responsables politiques (de Jacques CHIRAC à Nicolas SARKOZY...), de la révolution iranienne à l'affaire Karachi, c'est une véritable description de la manière dont fonctionne réellement les marches d'armements. Constamment relancés à l'occasion du renouvellement d'armes obsolètes (notamment dans l'aéronautique), ces marchés qui n'existeraient pas sans les intermédiaires comme Bernard CHEYNEL capables de mettre en relation responsables d'État des matériels en question et décideurs des sociétés commerciales, fonctionne en France suivant des caractéristiques que l'auteur désigne comme dommageables pour l'industrie d'armement elle-même, trop dépendante des manoeuvres politiciennes de candidats à l'élection présidentielle soucieux avant tout de financer leurs campagnes électorales et leurs partis politiques. C'est ce système d'interpénétration des intérêts privés d'hommes politique et des intérêts publics (mal) gérés selon lui par, souvent des Polytechniciens (qu'on pourrait croire Poly-imbéciles!) qu'il dénonce comme responsables de ses déboires personnels et des déboires de l'industrie française d'armement face à ses concurrents européens, russes et américains...

   Très documenté - comme un dossier de procès comprenant autant de pièces à charge - en photographies (valorisantes pour l'auteur) et en reproductions de documents (compromettantes pour leurs signataires) - ce livre est instructif effectivement de la manière dont cette économie des armes fonctionne réellement, par-delà tous les calculs de coûts de production ou de ratios commerciaux, basée surtout sur des rapports personnels entre gens qui se connaissent très bien et se haïssent aussi bien (autant que des camarades de cours d'école maternelle!), vivant (très bien) de leurs entreprises, voyageant constamment en jets et résidant dans les meilleurs hôtels, passant vite des hautes sphères politiques à la prison... ou à la tombe!

  Bien entendu, le livre ne donne qu'un éclairage, dirait-on au quotidien, suivant une chronologie d'ailleurs bien rigoureuse et précise - qui jette par exemple une lueur - crue - sur les relations entre chiraquiens et baladuriens - et ne remplace pas une vue d'ensemble macro-économique et politique sur le commerce des armements.

 

Bernard CHEYNEL, avec la collaboration de Catherine GRACIET, Marchand d'armes, Seuil, 2014, 270 pages.

Catherine GRACIET est déjà l'auteure de plusieurs livres, dont La Régente de Carthage (La Découverte, 2009), Le Roi prédateur (Seuil, 2012) et Sarkozy-Kadhafi, Histoire secrète d'une trahison (Seuil, 2013).

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6 juillet 2020 1 06 /07 /juillet /2020 13:15

    L'ouvrage assez récent (2015) de Marie-Claude BADICHE, assistante sociale, spécialisée dans la protection de l'enfance et dans l'insertion des jeunes en difficultés, Maurice BADICHE, diplômé de l'ESSEC qui a fait toutes sa carrière chez Renault de 1952 à 1986 et pour l'essentiel aux affaires internationales et de Martine SEVEGRAND, historienne et spécialiste du catholicisme français au XXe siècle, dessine en creux l'histoire, une histoire de l'Église catholique. D'une Église qui n'a pas su faire, même avec Vatican II, dont maints prêtres-ouvriers se défient d'ailleurs, faire le lien entre une hiérarchie prise dans ses dogmes et la masse des "pêcheurs". Il s'agit en effet de l'histoire du "Groupe Chauveau" (1957-2011), d'un de ces groupes de Prêtres-Ouvriers, qui ont dû désobéir en fin de compte à cette hiérarchie pour pouvoir porter le témoignage d'un christianisme qu'il estime véritable auprès des ouvriers.

   "Convaincu que les formes traditionnelle d'apostolat n'arriveraient pas à franchir "ce mur qui sépare l'Église de la masse", le cardinal Suhard, archevêque de Paris, créa en 1943 la "Mission de Paris" : une équipe de prêtres déchargés de toute fonction paroissiale. Mais il n'était pas encore dit que ces prêtres devraient adopter la condition ouvrière pour la vie entière." L'introduction de Maurice BADICHE nous permet de nous remémorer cette initiative et son histoire.

"C'est à partir de 1945-1946 que certains d'entre eux, constatant les limites d'une action de quartier, hors des lieux de travail, demandèrent au cardinal l'autorisation de s'embaucher en usine comme ouvriers." Le cardinal acquiesça en leur demandant de prendre leurs responsabilités dans cette nouvelle vie et de l'informer de leurs progrès. "Pour ces "prêtres-ouvirers", selon l'expression lancée par le titre du livre d'Henri Pertin : Journal d'un prêtre-ouvrier en Allemagne (Seuil, 1945), il ne s'agissait pas d'un petit stage pour s'informer de la condition ouvrière, mais très vite d'un engagement à vie, "sans esprit de retour". C'était pour eux leur manière de vivre leur ministère, ce à quoi le cardinal Suhard donnait son aval." "Et voici qu'au début de 1954, ils reçurent l'ordre de quitter leur travail. La moitié d'entre eux refusèrent d'obéir, rappelant les promesses faites. On les appela plus tard "les insoumis"."

Plusieurs ouvrages, dont certains autobiographiques, ont raconté leur histoire. Ce livre se focalise sur une vingtaine d'entre eux, seul groupe des insoumis qui poursuivit sa recherche collective depuis l'automne 1957 jusqu'à la disparition du dernier de ses membres en 2011. Abandonnés par l'institution, ils gardèrent néanmoins des contacts avec elle, sans se reconnaitre dans l'action des prêtres envoyés en mission après Vatican II en 1965.

   Marie-Claude et Maurice BADICHE, en conclusion, estiment que "certes, les PO ont définitivement fait exploser le modèle du prêtre en col romain, fonctionnaire du culte ; ils ont aussi, en reconnaissant la réalité de la lutte des classes, remis en question la doctrine sociale de l'Église qui prône leur collaboration, avec une conception des "pauvres" qui appelle à la charité plutôt qu'au combat contre les causes de leur exploitations. Ils s'interrogent aussi sur les bouleversements qui surviennent au sein même de la classes ouvrière du fait, notamment, du passage d'un capitalisme des producteurs à un capitalisme financier. Mais ce qui nous interpelle le plus aujourd'hui et qui rend si actuelle leur démarche, c'est qu'ils ont osé questionner la foi des chrétiens, à la manière de l'expérience d'une vie commune avec d'autres hommes qui luttent pour un monde meilleur, fait d'amour et de justice, et qui ne revendiquent pas nécessairement leur appartenance à une croyance religieuse."

"Ce faisant, ils ont vu les limites du discours dogmatique de hiérarques qui présentent comme vérités de foi des affirmations le plus souvent inadaptées mais qu'ils disent détenir de Dieu lui-même pour mieux asseoir leur pouvoir. Ils soulignent encore comment cette prétention d'apporter des réponses à tout stérilise toute avancée spirituelle. On sait bien enfin que cette soumission à des certitudes soit-disant révélées aboutissent à l'intégrisme, à la théocratie et leurs pires abominations. Cette critique qui s'applique évidemment aussi bien à l'islamisme radical qu'à l'intégrisme chrétien n'épargne pas des doctrines profanes comme le communisme ou le capitalisme dit "libéral" capables d'engendrer des dictatures ou de créer les plus mauvaises conditions d'exploitation des travailleurs, au nom de lois prétendues"naturelles" ou scientifiques."

  La lecture de ces pages rapprochent irrésistiblement le combat de ces Prêtres-ouvriers, d'autres militants, également en rupture avec leur propre institution, venant d'horizons "opposés" au religieux. Ils rappellent les multiples interrogations de ces militants communistes envers les directives de leur parti et leurs propres dilemmes quant à l'attitude à tenir envers le Parti Communiste, entre conscience de ses erreurs de tout ordre et de la nécessité pour la classe ouvrière pour "prendre le pouvoir" d'une organisation de masse. Comment christianiser en se plaçant en dehors de l'Église, "mère" de leur propre foi et collectif indispensable à la masse des "pécheurs", alors que l'on se rend compte que la christianisation, précisément, est en "panne" à cause dea actions de cette Communauté, et ce dans les milieux qui "en ont le plus besoin"... A travers les doutes, les questionnements de ces PO, sur de longues décennies, que cet ouvrage rend bien, maints chrétiens se remémoreront la substance de bien des combats...

 

Martine SEVEGRAND est également l'auteure aux mêmes Éditions de La sexualité, une affaire d'Église? De la contraception à l'homosexualité, 2013 et de Israël vu par les catholiques française (1945-1994), 2014.

 

Marie-Claude et Maurice BADICHE et Martine SEVEGRAND, Des prêtres-ouvriers insoumis en 1954. Le "Groupe Chauveau", 1957-2011, Ruptures et découvertes, Éditions Karthala, 2015, 250 pages.

 

 

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23 juin 2020 2 23 /06 /juin /2020 11:39

      Cet ouvrage collectif de 2015, réalisé en plein boom éditorial sur la question du climat, sous la direction d'un conseiller spécial de l'IFRI et senior fellow de la Brooking Institution, membre du Cercle des économistes, articule la réponse aux changements climatiques autour de propositions autour du "prix du carbone", question centrale encore pour beaucoup (voir les débats actuels autour de la taxe carbone) pour un réorientation, toujours capitaliste, de l'économie. Convaincu que, après la crise financière de 2008 que tout est à reprendre pour ouvrir une nécessaire ère nouvelle, une ère d'économie bas-carbone, Jacques MISTRAL a regroupé les contributions d'une quinzaine de spécialistes, surtout des économistes.

   Les auteurs condensent dans cet ouvrage pour contribuer à la grande mutation du XXIe siècle, leurs analyses et propositions, Jacques MISTRAL l'introduisant - par entretien interposé de Geoffrey PARKER, par un rappel du précédent historique du "petit âge glaciaire" du XVIIe siècle. Fort de l'irruption des études scientifiques sur le climat dans le débat public, malgré les dénégations de climato-sceptiques pas très objectifs (et bourrés de conflits d'intérêts), dénonçant d'ailleurs "un lobbyisme éhonté", les auteurs se situent maintenant dans la perspective d'une nécessité historique, même si tous ne partagent pas leur conception du futur. Sachant qu'une évolution du climat peut transformer une crise en catastrophe et conscient aujourd'hui que le climat n'est pas une variable mineure de l'évolution des sociétés, ces auteurs présentent chacun une facette de ce qu'ils espèrent être une solution à ce problème (existentiel).

   

     Jean TIROLE, par exemple, (Économie politique du réchauffement climatique) tirant les leçons du processus du Kyoto (amorcé par le protocole de 1997), déplore les lacunes des accords passés (surtout absence d'engagements fermes pour 2020 et promesses généreuses pour 2050) et propose, outre le renforcement d'institutions internationales de soutien des accords (entraide et contrôle), une feuille de route - définir une politique de lutte contre la pollution, tenir compte de la prépondérance des intérêts nationaux - et un processus qui comprendrait :

- un accord sur une bonne gouvernance : un chemin pour les émissions de CO2, globales, un marché mondial de CO2, un schéma de gouvernance internationale comprenant un mécanisme exécutoire, des carottes et des bâtons, l'abandon des politiques inefficaces comme les MDP.

- le lancement d'un système de suivi des émissions par satellite permettant de mesurer précisément l'évolution des émissions au niveau de chaque pays ;

- un processus de négociation pour la conception des compensations et les problèmes restants.

"Cette feuille de route laisse un certain nombre de questions ouvertes. Nous en avons évoqué quelques unes, mais d'autres viennent à l'esprit. Par exemple, puisque des négociations impliquant près de 200 pays sont assez improductives, il semblerait souhaitable de parvenir d'abord à un accord entre les grands émetteurs (actuels et futurs), qui exerceraient ensuite une pression délicate sur les autres pays. Dans ce processus en deux étapes, on pourrait commencer par un accord entre par exemple, les États-Unis, l'Union Européenne, la Chine, la Russie, le brésil, le Canada, le japon, l'Australie, l'Inde, etc. (...)"  Ces lignes ont été écrites avant l'élection de Donald TRUMP à la présidence des États-Unis et un tel schéma est bien entendu difficile à réaliser avec les États-Unis en ce moment...

   Si la contribution de Jean TIROLE reste globale, on entre vite dans le détail d'un sujet (le marché carbone) qui prend en compte des données économiques très diverses. De Christian de PERTHUIS et Pierre-André JOUVET (Négociation climatique et prix du carbone), à Jean-Marie CHEVALIER (transitions énergétiques, transitions économiques, de Pierre-Noël GIRAUD (Ressources naturelles et croissance verte : au-delà des illusions) à Anton BRENDER et Pierre JACQUET (Comment "financer le climat"?), de Jean-Paul BETBÈZE (Ambition politique et lucidité économique : pourquoi est-il si difficile d'agir pour le climat?) à Katheline SCUBERT et Akika SUWA-EISENMANN (Les pays du Sud face au changement climatique), de Bruno FULDA (Le leadership américain à l'épreuve du climat) à Patrick ARTUS (La Chine : plus une menace pour le climat?), sans oublier une postface de Michel ROCARD sur Le réchauffement climatique et l'évolution de l'Arctique, tous abordent un aspect bien précis d'une question d'ensemble. Ce qui fait de ce livre, malgré l'accélération de l'Histoire et la pandémie du COVID-19, un ouvrage intéressant.

Même si aucun ne remet véritablement en cause le capitalisme d'aujourd'hui, sauf à des aménagements qui peuvent être considérables, et tente en définitive de faire changer celui-ci sans changer de système économique. Le Cercle des économistes est bien connu pour son attachement au capitalisme de manière générale, même si la crise financière de 2008 a rebattu les cartes des positionnements. Mais par-delà son attachement au capitalisme, que ne partagent pas tous les auteurs cités d'ailleurs, il faut noter en cette moitié de la décennie 2010 que le vent a changé par rapport au problème climatique. Il n'est plus possible de le nier. Il s'agit de changer les choses pour que le système perdure. Si les considérations économiques abondent, au mot sur les conflits sociaux, même causés par des politiques plus fermes en matière de climat ou de pollution. Les considérations sont surtout géopolitiques et macro-économiques, même si les entreprises (et les entreprises privées s'entend) ne sont pas du tout oubliées dans les processus analysés et les propositions émises.

 

Sous la direction de Jacques MISTRAL, Le climat va-t-il changer le capitalisme? La grande mutation du XXIe siècle, Eyrolles, 2015, 270 pages.

 

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20 juin 2020 6 20 /06 /juin /2020 11:05

  Il est de ces petits livres, comme celui-ci, d'à peine une soixantaine de pages très éclaircies, aux accents (involontaires) de Nous sommes le peuple, écrits dans des moments charnières de l'histoire de l'humanité - ce moment d'un changement climatique global - qu'il ne faut pas négliger. Autant dans notre histoire intellectuelle et culturelle que dans notre histoire tout court, cette "lettre à tous" n'est ni unique ni la dernière à faire office de déclaration-appel. Rédigée par les fondatrices (de 17 et 19 ans) du mouvement Youth for Climate, ce court texte, texte néerlandais à l'origine, éclaté lui-même en très courts chapitres, cette lettre se situe dans un contexte d'actions-rassemblements de milliers de personne dans les rues de Bruxelles. En quelques mois en 2019, elles sont devenues le visage d'une génération qui refuse de se laisser endormir par les discours rassurants des politiques. Ses rédactrices la considèrent comme une main tendue aux gouvernements, aux jeunes et au moins jeunes, avec l'objectif d'agir tous ensemble avant qu'il ne soit trop tard.

   "Ceci est une lettre, écrivent-elles, qui n'exclut personne. Nous voulons nous adresser à tous, car le climat nous concerne tous, sans exception. Cette lettre est destinée aux politiques, à la génération de nos parents et de nos grands-parents, et à notre génération. C'est une lettre à tous et nous espérons que tous la liront. Oui, nous vous entendons venir. Cet espoir est naïf : mais que cette naïveté soit justement notre force! Nous ne nous lasserons pas distraire par tout ce qui est dit à propos du climat, par ce qu'on promet ou ce qu'on élude. Nous nous en tenons aux faits. Naïf est l'enfant du conte de fées qui dit que l'empereur est nu. La politique climatique actuelle n'a pas grand chose sur elle non plus. Voilà ce que nous dénonçons.

Mais nous croyons aussi en la croissance. Dans cette lettre, nous expliquerons pourquoi et ce que cette croissance recouvre pour nous."

Malgré la multiplication des annonces, suite à une mobilisation mondiale pour le climat, le mouvement organise des actions dans tout le pays pour protester notamment contre la lenteur des prises de décisions du monde politique, et là, notamment, de l'Union Européenne.

Par cet appel, elles (ils) désirent, comme des milliers d'entre elles et d'entre eux, qu'ensemble, autorités et citoyens, l'ensemble de la société relève les défis - et s'il le faut avec le soutien d'actions massives de désobéissance civile - posés par ce changement climatique, déjà depuis si longtemps annoncé. La fraicheur et la candeur de leur discours ne doit pas camoufler leur détermination.

   

 

Anuna de WEVER, Kyra GANTOIS, avec Jeroen OLYSLAEGERS, Nous sommes le climat, Lettre à tous, Éditions Stock, 2019. Traduction du texte néerlandais (Belgique), publié à l'origine la même année aux éditions De Bezige Bij à Amsterdam.

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11 juin 2020 4 11 /06 /juin /2020 07:37

   Ce gros livre (580 pages environ) est le compte-rendu détaillé du rapport de la commission internationale Dewey, appelée à interrogé directement Léon TROTSKI sur les accusations portées contre lui lors des procès de Moscou, dirigé par STALINE, pour réduite à néant les oppositions à sa politique et à sa personne.

   Comme l'explique Patrick Le Tréhondat, animateur des éditions Syllepse, dans un copieux avant-propos, la Commission Dewey, du nom du philosophe américain John Dewey,  qui interrompt à 78 ans, en 1937, les travaux d'un ouvrage qui parait plus tard sous le nom de Logique. La théorie de l'enquête, pour se rendre à Mexico où s'est exilé le révolutionnaire russe. Est du voyage Albert GLOTZER, militant trotskiste, sténographe des auditions des treize sessions publié dans ce livre. Le groupe de voyageurs d'une petite dizaine de personnes ne constitue qu'une sous-commission de la "commission d'enquête sur les accusations pesant sur Léon Trotsky  lors des procès de Moscou" qui a commencé son travail plusieurs mois auparavant et qui ne se limite pas aux enquêteurs américains.

    Il s'agit des accusations portées contre TROTSKI, et auquel il veut répondre, lors de plusieurs procès qui touchent également de nombreux opposants (17 d'un coup par exemple en janvier 1937). Ces procès, intentés par une bureaucratie en perte de contrôle face à des oppositions de plus en plus fortes à la politique de STALINE. Les opposants, à l'extérieur (exilés, expulsés...) et à l'intérieur du Parti communiste, dont on ne sait ce qu'ils seraient advenus sans les entreprises d'HITLER, sont de plus en plus nombreux, se multipliant sous les effets de la paranoïa même de STALINE, touchant toutes les strates de la société, civils comme militaires. Ce qui explique cette grande mise en scène justificatrice du régime, tentant ainsi de faire revenir au stalinisme une partie de l'opinion publique (soviétique, car malgré le poids des répressions, elle existe) et surtout internationale. Les travaux de cette commission, prélude à bien d'autres calquées sur son modèle, soit des commissions ou des tribunaux en provenance de diverses sociétés civiles (Tribunal Russel entre autres) ne se concentrent pas uniquement sur des accusations précises (pour ce qu'elles ont de précisions...), mais sont l'occasion de visiter tout un pan de l'histoire de la révolution et du régime soviétiques.

   Dans un jeu de questions-réponses qui rend extrêmement vivant et dynamique l'ensemble des audiences, retranscrites telles quelles, avec description de l'ambiance comme des incidents. Car dans ses réponses, TROTSKI ne se défend pas seulement sur des faits "factuels", c'est-à-dire limités aux accusations des procès de Moscou, il expose également de nombreux tenants et aboutissants de son action politique. Ce compte-rendu permet d'ailleurs à de nombreux soviétologues de profiter de certains éclairages, qui même partiels, jettent une grande lueur sur les luttes à l'intérieur du Parti. certains passages éclairent également des aspects des oeuvres de TROTSKI, à un point qu'il est extrêmement intéressant de lire en parallèle quelques unes d'entre elles avec certains thèmes abordés lors de ces audiences.

En fin de compte, les accusations précises portées contre TROTSKI et ses partisans (ou présumés partisans) (d'assassinat ou de participation à l'assassinat de Serguei KIROV... prétexte au déclenchement des procès de Moscou) apparaissent historiquement secondaires par rapport aux méthodes staliniennes et dans le jeu des pouvoirs à la tête du Parti comme de son contrôle sur le pays...

   Publié en anglais en 1938, ce document est resté inédit en français jusqu'à aujourd'hui. Il constitue un apport précieux, notamment après le Livre rouge, Le procès de Moscou, de Léon SEDOV, édité par le Parti ouvrier internationaliste en 1936.

                

 

Commission Dewey, Trotski n'est pas coupable : contre-interrogatoire (1937), Editions Syllepse/Page2, 2018, 585 pages.

 

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25 février 2020 2 25 /02 /février /2020 13:19

  Préfacé par Jack LANG, le livre de l'institutrice en milieu rural pendant 15 ans et enseignante d'espagnol au collège, professeur agrégé, docteur en sciences de l'éducation (Université de Bordeaux), membre de l'Observatoire international de la violence à l'école,montre combien, malgré toutes les réformes (ou en dépit d'elles, ou à cause d'elles...) entreprises dans le système scolaire, la question du sexisme y reste non résolue. Se penchant sur le système de punitions au collège et constatant que 80% des élèves punis au collège sont des garçons, elle pose la question de la persistance des rapports sociaux de sexe traversés par le virilisme, le sexisme et l'homophobie qui perturbent la relation pédagogique.

  Se défendant d'incriminer qui que ce soit, étant elle-même enseignante, et connaissant bien la difficulté "d'être juste et de garder la tête froide face aux provocations de certains élèves, quand la fatigue s'accumule ou que les choses en prennent pas le cours que l'on aurait souhaité." Elle entend soulevé des faits, qui mettent en doute, comme l'écrit Jack LANG, "la réalité des principes fondamentaux sur lesquels nous voulons croire assise notre École : égalité de traitement des sexes, dimension éducative de la punition, préparation et formation à la vie en société."

  C'est après une enquête dans cinq collèges aux caractéristiques socioculturelle très différentes, qu'au-delà des chiffres, elle cherche à dégager les processus par lesquels on arrive à cette situation, "c'est-à-dire les voies et les moyens, le pourquoi et le comment des choses". Elle propose de placer la variable genre au centre "pour revisiter les transgressions et le système punitif à la lumière des rapports sociaux de sexe." Dans une tradition fondée par FOUCAULT, dans la suite également de très nombreuses études sur l'univers du collège (que certains estiment encore structuré, institutionnellement, dans le temps et dans l'espace, architecturalement aussi - j'ai longtemps confondu de l'extérieur collège et caserne de CRS! - comme une prison...), dans la suite également de nombreuses études sur le genre, notamment depuis les années 1990, et enfin dans le sillon creusé par l'interactionnisme (voir les théories d'Erwing GOFFMAN dans l'arrangement des sexes), Sylvie AYRAL analyse les stéréotypes sexuels encore à l'oeuvre. Non seulement l'asymétrie sexuée est perpétué par l'activité des aujourd'hui nombreux intervenants dans l'univers scolaire, alors même que l'appareil punitif se présente comme un système de pouvoir autonome à l'intérieur des établissements, mais les élèves eux-mêmes instrumentalisent dans leur comportement les sanctions pour prouver leur virilité (notamment à l'égard de leurs camarades...).

Au fil des chapitres, elle expose les éléments de ses enquêtes en milieu riual, urbain, périurbain, public ou privé, et détaille à la fois les modes de sanctions privilégié et les qualifications usuelles (d'ailleurs divergentes), la quantité et la qualité des punitions (parfois très fluctuantes dans le même établissement - détail, qu'elle n'approfondit pas d'ailleurs, de conflits au sein même du personnel enseignant), la plus ou moins évidente proportionnalités des sanctions par rapport aux fautes commises, un principe d'individualisation des sanctions, parfois aléatoire - et les comportements de violences infligées entre les élèves. S'y révèlent les voies et les moyens par lesquels les sanctions du personnel enseignant et les violences infligées entre les élèves perpétuent rituellement les schémas de la domination masculine, de la virilité et de l'homophobie.

   Elle montre, avec énormément d'exemples concrets à l'appui, comment cette domination masculine, cette virilité et cette homophobie s'auto-entretiennent, dans les pratiques mais aussi dans les discours. Sans oublier de mettre en évidence le comportement des garçons par rapport aux filles et vice-versa, ces dernières étant souvent cantonnées, mais il semblerait que cela change en ce moment, dans le rôle de victimes et de faire-valoir... Rites virils et rites punitifs se renforcent mutuellement pour produire des garçons dont le caractère et le comportement, décidément, change lentement.

   Aux antipodes de la tolérance zéro - à laquelle elle ne croit pas réalisée et réalisable dans les faits dans  ces établissements scolaires - et du tout répressif - malgré une idéologie de l'autorité très mal assumé d'ailleurs par le corps enseignant, l'auteur plaide pour une éducation non sexiste, une mixité non ségrégative et la formation des enseignant au genre. Elle constate d'ailleurs dans la formation des instituteurs et professeurs, le genre brille encore par son absence dans l'ensemble des préparations à l'enseignement. Pourtant, Sylvie AYRAL estime que ces propositions apparaissent comme une urgence si l'on veut enrayer la violence scolaire. Bien entendu, ce n'est pas le manque de moyens actuels en personnel et en matériels qui va arranger les choses.

 

Sylvie AYRAL, La fabrique des garçons, Sanctions et genre au collège, Le Monde/PUF, 2014 (quatrième tirage), 205 pages.

 

 

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3 février 2020 1 03 /02 /février /2020 09:43

    Sous-titré Comment la seconde guerre mondiale a bouleversé nos vies, le livre de Keith LOWE fera sans doute date dans l'historiographie de ce conflit armé. L'auteur, considéré comme l'un des plus talentueux historien de sa génération, nous livre là son étude des conséquences alors que généralement on se penche plutôt sur les causes de cette guerre mondiale. Il le fait sur un mode plutôt risqué car il part des témoignages de personnes (de tout bord) qui ont traversé la deuxième guerre mondiale, souvent à titre de victime, comme Georgina, autrichienne de naissance qui fut obligée pendant son enfance à changer de pays (l'Angleterre) et de régions plusieurs fois, sans parvenir à se fixer dans un lieu auquel elle a le sentiment d'appartenir.

   Dans son Introduction, l'auteur indique les motivations de son approche en même temps qu'il tente de la justifier en tant qu'historien. "Mon intérêt pour l'histoire de Georgina est triple. Premièrement, en tant qu'historien de la Seconde Guerre mondiale et de ses suites, j'avoue être un collectionner d'histoire invétéré. La sienne constitue l'un des 25 récits que j'ai recueillis pour ce livre, un par chapitre. J'en ai réuni certains personnellement, en procédant par entretien ou en correspondant par e-mail, j'en ai glané d'autres dans des documents d'archives ou des Mémoires publiés, certains émanant de gens connus et d'autres de personnes qui ne sont connues que de leur famille et de leurs amis. Ces histoires ne sont elles-mêmes que de menus échantillons sur des centaines que j'ai examinées, et parmi les milliers - les millions - d'histoires individuelles qui composent notre histoire commune.

Deuxièmement, autre aspect plus important, Mme Sand est une parente de ma femme, et fait donc partie de ma famille. Ce qu'elle avait à me dire éclaire ce rameau de mon arbre familial - leurs peurs et leurs angoisses, leurs obsessions, leurs désirs, dont une part s'est transmise silencieusement à mon épouse, à moi, à nos enfants, presque par osmose. Aucune expérience vécue n'est la propriété exclusive de personne : elles font toutes partie de la trame que des familles et des groupes humains construisent ensemble, et l'histoire de Georgina, en cela, n'est pas différente.

Enfin, et c'est le plus important, du moins dans le contexte de ce livre, son récit possède quelque chose d'emblématique. Comme Mme Sand, des centaines de milliers d'autres juifs européens - ceux d'entre eux qui ont survécu à la guerre - ont été contraints de fuir leur foyeer et dispersés à la surface du globe. Leur descendance et eux-mêmes habitent désormais dans toutes les grandes villes du monde (...). Comme Georgina, des millions d'autres individus germanophones, peut-être 12 millions au total, ont été déracinés et exilés au lendemain de la guerre - un lendemain chaotique. Son récit rencontre donc des échos d'un bout à l'autre de l'Europe, mais aussi en Chine, en Corée et en Asie du Sud-Est ainsi qu'en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, où les avancées et les replis de vastes armées ont provoqué des perturbations irréversibles tout au long des années du conflit. Ces échos sont plus faibles, mais encore perceptibles dans les histoires des réfugiés de conflits ultérieurs (...). Ils ont été transmis aux enfants des réfugiés, et aux communautés auxquelles ils appartiennent, tout comme Georgina a pu partager ses souvenirs avec sa famille et ses amis, et sont maintenant entre-tissés dans la trame même des nations et des diasporas du monde entier.

   Plus on étudie, poursuit-il, les événements que cette rescapée et d'autres comme elles ont subis, plus leurs conséquences semblent profondes et étendues. La Seconde guerre mondiale n'a pas été une crise comme une autre : elle a directement affecté plus d'habitants de cette planète que tout autre conflit dans l'histoire. Plus de 100 millions d'hommes et de femmes ont été mobilisés, un nombre qui éclipse aisément celui des combattants de toutes les guerres précédentes (...). Des centaines de millions de civils dans le monde ont eux aussi été entrainés dans le conflits (...). Pour la première fois dans l'histoire moderne, le nombre de civils dépassa largement celui des soldats, et l'écart ne se chiffrait pas  en quelques million, mais en dizaines de millions. Quatre fois plus de victimes périrent durant la Seconde guerre mondiale que pendant la Première. Pour chacune d'elles, des dizaines d'autres individus durent indirectement affectés par les bouleversements écrasants, psychologiques et économiques, qui furent le lot de ce conflit.

   En 1945, le monde se rétablissait à peine, et des sociétés entières en furent transformées. (...) Le désir universel d'inventer un antidote à la guerre engedra un flux sans précédent d'idées inédites et d'innovations." Un mot "Liberté" se trouvaient "sur toutes les lèvres".

   Ce livre est, dixit son auteur, "se veut une tentative d'examiner les changements majeurs, tant destructeurs que constructeurs qui eurent lieu dans le monde à cause de la Seconde guerre mondiale. De ce fait, il couvre nécessairement les principaux événements géopolitiques. (...) Afin de rendre ces questions plus touchantes, j'ai choisi de placer au coeur de chaque chapitre l'histoire d'un homme ou d'une femme qui, comme Georgina Sand, ont survécu à la guerre et à ses suites, et qui en ont été profondément affectés. Dans chaque chapitre, cette histoire individuelle sert de point de départ pour guider le lecteur et lui laisser entrevoir certains aperçus du plus vaste contexte lequel elle s'inscrit. (...° Ce n'est pas seulement un procédé stylistique, c'est absolument fondamental par rapport à ce que j'essaie d'exprimer dans ces pages. Je ne prétend pas que le récit d'un individu puisse jamais condenser toute la palette des expériences vécues par le reste du monde, mais ce sont-là autant d'élément de l'universel qui se manifestent dans tout ce que nous faisons et tout ce que nous nous remémorons, en particulier dans nos échanges avec autrui où il est question de ce que nous sommes et de notre passé. L'histoire a toujours impliqué une forme de tractation entre le personnel et l'universel et cette relation n'est nulle part plus pertinente que dans l'histoire de la Seconde guerre mondiale".

   Et c'est précisément là que l'historien prend un risque, celui de tenter de décrire l'Histoire à partir de personnes, dont le nombre ne sera jamais assez grand pour couvrir toute la palette des événements pertinents. C'est une tendance bien anglo-saxonne (bien qu'il s'agisse seulement d'une dominance intellectuelle) de penser l'individu d'abord et la société ensuite, à l'inverse d'une tendance qui la désincarne d'une manière ou d'une autre. Même si l'auteur se défend d'adopter complètement les sentiments des individus qui racontent ici leur histoire, et même de les replacer là où il faut : des histoires et non l'Histoire. Même s'il multiplie les points de vue en choisissant les personnes dans des contextes, des lieux et des temps très différents, l'auteur concède qu'il y a davantage dans son livre "des protagonistes défendant des conceptions progressistes de gauche que de droite", choix délibéré, tant il est vrai qu'au sortir de la seconde guerre mondiale, c'est l'espoir d'une vie meilleure pour tous, d'un progrès social et économique qui domine. Il reste que ce livre est une grosse tentative méritoire de mesurer au plus près des hommes et des femmes en quoi la Seconde guerre mondiale et ses conséquences matérielles et psychologiques, ont modelé nos existences.

Il faudra bien entendu du temps et quelques générations de plus pour savoir si ces espoirs de liberté ont porté leurs fruits ou si à l'inverse, ils n'ont pas conduits l'humanité dans une impasse, dans ses oublis notamment que sa base économique repose sur une nature dont on a oublié sans doute, en développant par exemple des industries consommatrices d'énergie fossile et en généralisant les modes de déplacement dévoreurs de ressources, qu'elle n'est pas seulement un réservoir où l'on peut puiser éternellement, multipliant les conflits entre la nature (nombreuses de ses composantes animales, végétales et physiques) et l'humanité. Mais ce n'est pas évidemment l'objet du livre qui évoque tout de même, dans une sixième partie des "séquelles" comme le développement de l'individualisme, des inégalités de toutes sortes, et, in fine, des déceptions en cascades concernant les espoirs de paix et de prospérité. Il met bien en évidence l'usage d'une certaine martyrologie de nations et de groupes sociaux, et les "émotions délibérément suscitées par ceux qui souhaitent les exploiter à leur profit - politiciens sans scrupule, magnats des médias, démagogues religieux et ainsi de suite"...

 

Keith LOWE, Comment la seconde guerre mondiale a bouleversé nos vies, Perrin/Ministère des Armées, 2019, 630 pages.

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25 janvier 2020 6 25 /01 /janvier /2020 09:33

   Dans ce gros livre, suivi de Totalitarisme pervers, Alain DENEAULT livre le résultat de son enquête sur l'une des principales multinationales françaises, le groupe Total, dont les activités ne se limitent pas, loin s'en faut, au secteur pétrolier. Le philosophe et directeur de programme au Collège international de philosophie à Paris détaille l'histoire de cette société, née sous l'appellation de Compagnie Française des Pétroles (CFP) en 1924, qui évolue au sein d'un cartel pétrolier au Moyen Orient, pour devenir au fil des ans une multinationale disposant de milliers de structures dans les régions les plus diversifiées du monde. L'ensemble de ses activités forme une sorte de tradition en dehors du droit, où les impératifs économiques sont qualifiés de stratégiques pour le pays. Si la multinationale a été mêlée à des affaires de vente d'armes, de travail forcé, de complicité de crimes, de corruption, de trafic d'influence ou d'évitement fiscal, tout cela a été fait dans la légalité et l'état de droit français ne prévoit aucune sanction. Si des indélicatesses, frisant parfois l'incident diplomatique, ont été commises, au nom de la raison d'État, elles sont passées soit sous silence (gare aux journalistes qui tentent d'en faire des affaires) soit réglées dans les procédures si compliquées que même les juristes ne s'y retrouvent pas...

   Alain DENEAULT démontre dans ce livre que ces pratiques indélicates, héritées de pratiques coloniales ou colonialistes,  n'appartiennent pas, contrairement aux voix de son maître Total, au passé. "Ce passé, écrit-il, n'est pas passé. C'est au moyen d'activités légales de cette nature que la firme a accumulé dans son histoire le capital dont elle dispose massivement aujourd'hui. A ce capital financier hors du commun, qui traduit à lui seul, de manière aigüe, des décennies de controverses, s'ajoutent un capital culturel d'égale envergure, soit l'appartenance à d'importants réseaux de relations commerciales, industrielles, mercenaires et politiques ainsi qu'à un savoir-faire en matière d'intervention et d'influence qui se révèle tout-à-fait redoutable. Le trésor financier de Total, les méthodes auxquelles elle est toujours à même de recourir en les adaptant au gré des circonstances, les pratiques qu'elle peut toujours avoir dans des régions où seuls de vifs rapports de force prévalent sont la résultante de compétences qu'elle s'est données dans son passé chargé. Il fait pour les comprendre rappeler les cartels auxquels a pris part la CFP au Moyen-Orient d'abord, et des pratiques d'inspiration mafieuse élaborée par Elf dans des régimes néocoloniaux d'Afrique ensuite. Par ces antécédents s'explique la puissance dont la firme fait désormais montre, dans un esprit de conquête qui l'amène à se projeter à la manière d'une autorité souveraine d'un nouveau genre. Se demander de quoi Total est la somme revient à s'interroger sur ce dont elle est maintenant capable, sur la façon dont elle compte disposer des richesses, réseaux et outils hérités de sa sulfureuse histoire. Notamment en ce qui concerne ses moyens de représentation et de pression auprès des législateurs, organes judiciaires et institutions internationales pour que se développe, sous une apparente neutralité, un cadre favorisant la légalisation de ses activités.

Se pencher sur l'histoire de Total et de ses composantes d'origine, soit exposer les ressorts de son pouvoir d'action bien contemporain, c'est montrer comment l'état du droit et la complicité des États ont permis à une firme, souvent légalement, de comploter sur la fixation des cours du pétrole ou le partage des marchés, de coloniser l'Afrique à des fins d'exploitation, de collaborer avec des régimes politiques officiellement racistes, de corrompre des dictateurs et représentants politiques, de conquérir des territoires à la faveur d'interventions militaires, de délocaliser des actifs dans des paradis fiscaux ainsi que des infrastructures dans des zones franches, de pressurer des régimes oligarchiques en tirant profit de dettes odieuses, de polluer de vastes territoires au point de menacer la santé publique, de vassaliser des régimes politiques pourtant en théorie souverains, de nier des assertions pour épuiser de simples justiciables, d'asservir indirectement des populations ou de régir des processus de consultation." Chacune de ces actions : comploter, coloniser, collaborer, corrompre, conquérir, délocaliser, pressurer, polluer, vassaliser, nier, asservir, régir sont autant de titre des différents chapitres à ce qui ressemble par moment à de véritables réquisitoires.

     L'entreprise, au fil des chapitres, se révèle avoir la compétence optimum d'évoluer en univers capitaliste, se payant le luxe, tout en niant la responsabilité des pétroliers dans le changement climatique actuel, de prôner un éco-capitalisme...  C'est à travers des dossiers circonstanciés, documentation très importante à l'appui, parfois issue de Total même, que l'auteur décrit cette puissance qui permet de se jouer des réglementations internationales et bien entendu de la simple morale, étant entendu que le capitalisme n'en a pas... L'auteur termine par un constat d'impuissance des juridictions instituées, elles-mêmes gangrénées par un lobbying doté de moyens très importants.

  Dans un texte complémentaire, le totalitarisme pervers, Alain DENEAULT dénonce ce qu'il appelle une perversion de langage, pointe la genèse libérale du totalitarisme, système de domination à l'échelle du monde plaçant le destin de la planète sous la direction des puissants et non sous la régulation de la loi. Citant souvent dans l'ensemble du livre Christophe de MARGERIE, feu PDG de Total, l'auteur indique qu'au cours de sa rencontre d'une heure, "dira qu'il ne fait pas de politique, qu'il ne se reconnaît pas même l'autorité de faire des propositions aux politiques mais seulement des suggestions, puis dédaigneux, il fera passer la politique pour le menu fretin qui l'encombre et dont il se désintéresse pour se poser finalement, lui, en "chef d'entreprise", avec des allures de supériorité, en intégrant la politique sous son aile, en en faisant plus-que-sa-chose, en la digérant complètement dans la prestation même de son acte de pouvoir, jusqu'à ce qu'elle se dissipe dans un principe suprême : "L'entreprise, c'est la politique"."

Cette arrogance n'est pas évidemment l'apanage des dirigeants de Total, on retrouve chez maints autres, et pas seulement parmi les entreprises du secteur pétrolier ou de l'énergie, la même suffisance...

  Livre engagé bien entendu, cet ouvrage est particulièrement à recommander, ne serait-ce que pour éclairer bien des faits et jeter de la lumière sur la part d'ombre du système capitaliste français dont Total est un des fleurons.

   Alain DENEAULT, né en 1970, intervient souvent comme spécialiste à des émissions pour parler d'affaires publiques ou d'actualité. Il est l'auteur de plusieurs monographies sur le fonctionnement de l'économie, notamment au Québec, dont Paradis fiscaux : la filière canadienne, Éditions Écosociété, 2014, Offshore : paradis fiscaux et souveraineté criminelle;, Paris-Montréal, La Fabrique éditions/Éditions Écosociété, 2010. Et aussi, parmi d'autres, Politiques de l'extrême centre, Montréal-Paris, Lux Éditeur, 2013 ou encore une sorte de trilogie sur l'Économie (de la nature, de la foi, esthétique, Montréal, Lux Éditeur, 2019-2020). A noter qu'il a préfacé et traduit de l'allemand Psychologie de l'argent, de Georg SIMMEL (Allia, 2019), auteur dans lequel il se spécialise. Prolifique auteur de livres et d'articles, il est également réalisateur de films documentaires, dont L'impossible exil du Doktor Mabuse, Les productions Valence, France, 2006.

 

Alain DENEAULT, De quoi Total est-elle la somme? Multinationales et perversion du droit, Rue de l'échiquier/Écosociété, 2017, 515 pages.

 

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