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14 juin 2010 1 14 /06 /juin /2010 09:17

                             Le Marché introuvable, Critique du mythe libéral, de l'essayiste et éditeur Michaël LAINE, veut réfuter le mythe du marché, tel qu'il est répandu dans les médias et dans l'opinion publique. Dans l'introduction de ce livre plutôt agréable à lire et ne nécessitant pas beaucoup de connaissances en économie, l'auteur annonce la couleur : "le marché s'autorégule. Voilà le mythe libéral. Pourquoi l'adhésion à ce concept nocif est-elle aussi massive? existerait-il une démonstration théorique de l'efficacité de la libre entreprise? Non pas. Ou plutôt si, mais avec des hypothèses tellement absurdes que l'on se demande si elles décrivent une économie réelle. Qu'en est-il, alors, des preuves empiriques de sa supériorité? Elles n'ont pas beaucoup plus de consistance. Nous avons beau fouiller, livrer notre imagination à tous les exercices de contorsionniste, le marché demeure introuvable. Nous allons pourtant partir à se recherche, puisque la quasi-unanimité des gouvernements de la planète met en oeuvre les prescriptions de sa "dure et juste loi". "En recherchant le marché autorégulateur des libéraux (le sens dessus), c'est la justification de cet ensemble de politiques et des salaires de chacun que nous nous efforcerons de trouver, c'est cet écart béant entre le sentiment de justice et le cours inique du monde que nous prendrons la mesure (le sens dessous). On pourrait croire que la science économique a accompli des avancées significatives que, à mesure que le temps passe, notre compréhension du monde gagne en richesse et en profondeur. Il n'en est rien." 

 

          Plutôt que de présenter les diverses théories économiques qui circulent depuis Adam Smith, l'auteur préfère s'attaquer aux références communes de la famille des "libéraux" dont il détaille simplement la complexité en annexe. Pour lui, "le magistère des libéraux, pour ne pas dire leur morgue, repose tout entier sur un modèle théorique doit d'équilibre général initié par Léon WALRAS et formalisé par deux "prix Nobel", Kenneth Arrow et Gérard Debreu, dans les années 1950. Tout le reste de leur "science" n'en est que l'appendice. Les raisonnements par lesquels ils fustigent l'intervention étatique ont ce modèle pour base implicite. Dès lors qu'on le sape, c'est l'ensemble de l'édifice qui s'effondre." C'est ce travail de sape que Michaël LAINÉ effectue en quelques chapitres sur l'Equilibre général, dont la théorie n'est qu'un déséquilibre de la pensée, sur les apories fondamentales du modèle d'Arrow-Debreu et sur l'impossible existence d'une loi de l'offre et de la demande. Terminant sur les modèles français et anglo-saxon, l'auteur se demande si l'on peut sortir du libéralisme. Il ne propose pas d'alternative et se contente de faire appel à "la mobilisation des énergies", son objectif étant surtout de montrer les fragilités des modèles économico-mathématiques sur lesquels reposent pratiquement toutes les politiques économiques officielles.

      Le lecteur désireux d'aller plus loin (et sans doute beaucoup plus loin) peut d'abord vérifier les aspects plutôt légers de ces modèles-là en reprenant les ouvrages de Kenneth ARROW (Social Choice and individuel Values, Yale University Press, 1963 - Collected Papers, Basil Blacwell, 1983) et de Gérard DEBREU (Théorie de la valeur, Dunod, 1984). 

 

     L'éditeur présente ce livre de la manière suivante (en quatrième de couverture) : "Ce livre se veut une réfutation du mythe du marché. Son pari est de pousser le libéralisme dans les retranchements logiques, afin de le faire imploser. Dans un premier temps, Michaël Lainé se fixe comme objectif de montrer que tout l'édifice théorique libéral repose, in fine, sur un seul modèle de référence. Dans un deuxième temps, il examine ce modèle en profondeur et en pointe les incohérences comme les impasses. Il en conclut que la théorie libérale est incapable de rendre compte de la réalité. Le troisième temps sert à démonter les "preuves" empiriques des prétendues réussites du marché libre et sans entraves. L'originalité de l'ouvrage consiste à prendre le libéralisme au mot. Il ne s'agit pas de se livrer à une critique externe qui manquerait (partiellement) son but, mais de suivre sa logique jusqu'au bout : ceci, afin de saper les bases du discours dominant, qui habille de science une véritable imposture. Le pari qui est ici tenté est de montrer qu'on ne peut, même en faisant preuve de la meilleure volonté, rien sauvegarder des conclusions comme des préconisations du libéralisme. Un véritable manuel de résistance au discours dominant."

    Denis CLERC, sans Alternatives Economiques n°283, de septembre 2009, écrit  : "(...) cette critique du fondement de l'analyse néoclassique est intéressante, même si elle n'est pas très originale (voir les travaux de Jacques Sapir ou de Bernard Guerrien). Mais l'auteur est allé y voir de près, il apporte des éléments novateurs, en soulignant par exemple l'écart croissant entre la vision des spécialistes de la gestion, plus proches de la réalité du terrain, et celles des économistes, qui construisent sur le sable une théorie sans consistance. Toutefois, sa critique porte davantage sur l'inconsistance de la théorie que sur l'inexistence du marché, contrairement ç ce que suggère le titre. Et une partie non négligeable des économistes libéraux (le courant "autrichien", avec Hayek notamment) ne se rallie pas à Walras et à son approche de l'équilibre général. Certes, la fin du livre renoue avec l'analyse des faits (parfois d'une façon discutable, comme cette contestation du fait que, en France, la part du travail n'a pas décliné sur le long terme), mais sans que le lecteur voie bien le lien entre la critique des fondements de l'analyse néoclassique et celle des méfaits du néolibéralisme : cela fait longtemps que l'on sait que la concurrence parfaite n'existe pas, ce qui n'empêche pas le capitalisme de prospérer. L'auteur nous annonce une suite plus positive, sur les alternatives possibles à ce dernier. On l'attend avec impatience."

 

     Michaël LAINÉ, eesayiste et éditeur est également l'auteur de 36 Mensonges du libéralisme (Albin Michel, 2002) et de Si Jean-Marie... (Prométhée, 2006).

 

       Michaël LAINÉ, le marché introuvable, Critique du mythe libéral, Editions Syllepse, Collection Sens dessus dessous, 2009, 192 pages

 

 

Complété le 21 novembre 2012

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1 juin 2010 2 01 /06 /juin /2010 15:27

           Ce livre du Poète et critique littéraire Jacques BELMANS (né en 1937), malgré sa relative ancienneté, traite du cinéma surtout à l'intention du cinéphile désireux de percevoir le cinéma de manière critique, mais aussi de manière non paranoïaque, comme le font d'autres ouvrages sur les relations entre cinéma et violence.

        L'auteur se situe dès les premières pages en dehors de toute considération morale (bien facile à mettre en musique). Dans des "Préliminaires pour un art difficile", il affirme que "la seule arme pour lutter contre la violence ambiante se situe au niveau de la réflexion et du raisonnement. Pour combattre la violence, il importe de la connaître, de la dépister, de la démasquer même sous des formes souterraines et anodines qu'elle sait si bien revêtir : préjugés, lieux communs, égocentrisme, lassitude et conformisme. Nous le savons que "le sommeil de la raison engendre les monstres"! Au premier degré, le cinéma ne fait que refléter l'état d'esprit de notre siècle. Au second degré, il devient capable de l'interpréter, comme nous le verrons, mais il nous faut bien admettre que la majorité des films se contentent d'illustrer les manifestations de la violence, voire de les célébrer sous le couvert d'une morale hypocrite imposant la défaite du méchant par la victoire du héros après quels longs combats jalonnés de victimes et de destructions!". "L'Histoire de l'humanité étant tissée d'une interminable suite de conflits, nous ne voyons pas pourquoi le cinéma ne s'en serait pas inspiré, d'autant plus qu'il s'adressait à l'énorme public qui trouvait en lui son livre d'images le plus passionnant. Cette violence est encore naïve : elle raconte des aventures où la vertu est récompensée et le vice puni. C'est dire l'irréalisme de l'écran! Le public sait bien que le héros vêtu de linge blanc et de probité morale s'en tirera toujours à son avantage. Chanson de geste ou roman courtois que ce cinéma-là...Avant de vaincre, le "bon" doit subir des épreuves, c'est la moindre des choses. Manichéisme. Plus tard, la censure veillera à ce que cet "art" suspect devienne une école du dimanche, ou, tout au moins, du samedi soir. Une école primaire, hélas! Triste sort. Les mythes et les archétypes s'installent. Cette réalité, qui n'a rien à voir avec le réalisme, est niée, bafouée, défigurée..." 

 

         Jacques BELMANS tente de décortiquer, avec une grande connaissance des films, la mythologie de l'évasion, la satire et l'art de s'en servir du cinéma et effectue un travail de critique face aux mécanismes sociaux et politiques qu'on aimerait bien plus souvent être mis en oeuvre par ceux qui se baptisent du nom de critiques de cinéma... A travers des oeuvres, qui ne sont pas ceux d'un divertissement de bas étage et des auteurs de films comme Jean-luc Godard, Alain Resnais ou Chris Marker, il veut faire réfléchir avec lui le cinéphile désireux de ne pas se laisser manipuler par la beauté des images ou la virtuosité de la mise en scène. Son livre appartient à une période fructueuse de critiques de la société qu'il serait bon de revoir aujourd'hui, à l'heure où la politique culturelle semble revenir aux beaux jours (pour ces messieurs disant posséder l'industrie culturelle) d'avant Mai 1968.  Il n'y a pas de conclusion à ce livre conçu comme un essai de problématique, qui veut inviter tout simplement à réfléchir.

 

    L'éditeur présente se livre de la manière suivante : "Poète ("Aux capitales traversées par la foudre", Prix Polak 1966, "Les Empires de Cendre" et "Le silence d'Alexandrie", Prix Orphée 1971), critique littéraire et conteur, Jacques Belmans s'est également passionné très tôt pour le cinéma en qui il voit l'une des formes d'expression les plus créatrices, les plus vivantes et les plus inventives de notre époque. A ce titre, ce jeune auteur, né en 1938, a déjà publié plusieurs ouvrages appréciés dont "Jeune Cinéma anglais", "Roman Polanski", "Humphrey Jennings" et "Antony Asquithe" en même temps qu'il collabore à plusieurs revues étrangères et belges. Très attentif au phénomène de la violence dans notre civilisation et à sa réflexion à travers l'univers filmique, l'auteur a conçu Cinéma et Violence comme un essai de problématique. Cet ouvrage n'a donc pas pour fonction de juger selon des critères moraux, mais bien d'analyser les diverses manifestations de la violence soit bien visibles pour n'importe qui (guerres, révolutions, rites et spectacles), soit - et surtout - souterraines (mécanismes sociaux, religieux, politiques, économiques) connotées dans des oeuvres importantes de préférence. Cinéma et Violence devient ainsi une somme qui s'attache moins à conclure qu'à souligner combien l'homme d'aujourd'hui vit souvent dans un climat sournois tissé de violence en dépit d'apparences aussi trompeuses que rassurantes. A ce titre, cet essai vient particulièrement à son heure..."

 

    Jacques BELMANS est aussi l'auteur d'autres ouvrages sur le cinéma comme  La ville dans le cinéma : de Fritz Lang à Alain Renaix, A de Boeck, 1977 ; La question raciale dans le cinéma américain, Editions Rencontres, Institut Provincial d'Education et loisirs, La Louvrière, 1963 ; La grande misère du cinéma espagnol, Editions Synthèses, Nruxelles, 1964 ; L'école de New-York, Editions Synthèses, 1963...

 

        Jacques BELMANS, Cinéma et Violence, Préface de Michel ESTÈVE, La Renaissance du Livre, 1972, 240 pages (avec l'iconographie).

 

 

Complété le 3 novembre 2012.

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23 mai 2010 7 23 /05 /mai /2010 13:25

        Cet Eloge de la violence du spécialiste des stratégies de communications institutionnelles au Québec Bernard DAGENAIS aborde la question de la violence sous l'angle de sa représentation dans les mentalités face aux réalités concrètes. 

               Alors que l'actualité est remplie de violences de toute sorte, "les moeurs politiques occidentales et la tradition judéo-chrétienne évacuent pourtant, du discours public, toute référence positive à la violence, sauf si elle est issue de l'autorité légale." L'auteur veut pointer ce paradoxe que les rapports de force sont basés sur l'usage de la violence et qu'en même temps celle-ci est dévalorisée. "L'étalement de cette violence et le recours à la force pour résoudre des problèmes sont considérés (pourtant) comme la norme au cinéma et dans les jeux videos. Des sports qui se qualifiaient parmi les exercices de finesse comme le judo ou le hockey comptent désormais sur la force et la robustesse. Quand au divertissement, il a mis l'accent sur la violence : séries policières, videoclips, dessins animés en sont remplis. La littérature sur la parole publique néglige, occulte et évacue cette forme d'expression. De ce fait, on raye de l'espèce humaine un trait fondamental de sa nature : la force. Elle est pourtant dans l'animal social qu'est l'être humain, elle est présente dans l'être humain comme partenaire social. Que la violence soit contrôlée, décriée, interdite ou condamnée, ses nombreuses manifestations témoignent de son omniprésence et de la volonté de la société de la conjurer, de la rejeter ou de l'amplifier. Car en même temps, elle est valorisée, justifiée, encouragée et récompensée."

 

              C'est sur ce paradoxe-là que le professeur de l'Université de Laval entend faire réfléchir. En fait, pour l'auteur, il s'agit moins d'un paradoxe que de maniement par les acteurs sociaux du discours et de l'action. Il s'agit de montrer finalement comment ils parviennent, tout en utilisant la violence sous une forme ou sous une autre, à le faire oublier par leur discours, et à utiliser ensuite un discours pour s'épargner le recours à la violence. Après avoir rappelé l'existence de la violence dans l'édification de toutes les institutions qui composent les sociétés (occidentales), il traite du discours des acteurs en prenant comme point de référence deux crises violentes : celle du Front de libération du Québec en 1970 et celle d'Al-Qaïda en septembre 2001 "pour montrer que la violence que l'on découvre de façon soudaine et inattendue est pourtant fort prévisible et même prévue."  Il survole ensuite (assez rapidement d'ailleurs) les différentes théories existantes sur la violence, surtout sur les recherches en éthologie animale, en psychologie et en sociologie, pour "démontrer" que finalement la violence constitue une nécessité dans les rapports sociaux.

 il se focalise ensuite sur le rôle des médias actuels dans leur mise en valeur des actes d'agressivité, faisant le jeu d'acteurs qui recherchent par leurs activités violentes une forme de reconnaissance sociale ou politique. Par leur penchant à soutenir les autorités légitimes dans les moments de crise (on reconnaîtra certains phénomènes de médiatisation des "problèmes de banlieue" en France), ils en deviennent leur porte-parole et attisent la violence des négligés. 

   L'auteur constate dans un dernier chapitre "que la violence est devenue un outil pratique pour la résolution de conflits." Outil de communication, elle représente "une stratégie gagnante en de multiples occasions, même si le discours qui l'entoure la condamne sans répit".

 

       "Comment éviter d'avoir envie de faire l'éloge de la violence, lorsque l'on considère que dans l'histoire, même contemporaine, ce sont les nations les plus violentes qui se sont imposées, ce sont les individus les plus cruels qui ont dicté leurs lois? Même dans la société civile, le taux de crimes non résolus est étonnant. Et les criminels politiques comme Pinochet et tous ceux qui lui ressemblent bénéficient d'une grande complicité pour leur éviter la condamnation. Alors que l'on s'acharne avec consternations sur des innocents, dont le seul crime a été de combattre la violence des autres..comme en Birmanie, en Chine et en Tunisie. Et pourtant, il faut constater que toute poussée de violence, qu'elle soit légale ou contestataire, entraîne des effets pervers. La violence contestataire amène un renforcement de la sécurité et somme toute des abus à l'endroit des droits et libertés individuelles." 

   Même en passant sur certaines affirmations un peu rapides (les nazis auraient gagné le monde entier selon cette forme de logique...), il faut constater  et regretter cette apologie de la violence, qui outre un certain ton banalisateur parfois, fait d'elle "un véritable moteur de vie."  

Cette apologie de la violence rappelle par certaines aspects, selon le même type d'argumentation, l'apologie de la guerre que l'on pouvait encore lire aux XVIIIème et XIXème siècles...avant les boucheries des deux guerres mondiales (la guerre revitalise la nation ou la civilisation..). Malgré certains analyses fort justes lorsqu'il aborde le rôle des médias de manière générale (presse, cinéma...), on a parfois l'impression que l'auteur s'égare quelque peu. 

    En fin de compte, cette apologie de la violence ressemble à une justification morale qui s'appuierait sur une interprétation des faits souvent rapide et sommaire.

 

      Si cet ouvrage figure sur ce blog, c'est bien parce qu'il incite à la réflexion sur la violence. (Une abondante bibliographie à la fin du livre, très ouverte, permet au lecteur de poursuivre plus avant celle-ci.)  Ce qui ne veut pas dire que nous adhérons aux analyses ou aux conclusions...Entre autres, sans vouloir attaquer ce livre (nous n'en parlerions alors pas du tout...) qui a le mérite de mettre en avant les aspects communicationnels, nous préférerons de beaucoup aux problématiques soulevées dans ce livre, qui nous semblent appartenir à un état de recherches sociologiques dépassé, d'autres problématiques se centrant sur les conflits, leur nature, leurs protagonistes, leurs moyens d'action...

 

   L'auteur présente lui-même cet ouvrage (en quatrième de couverture) de la manière suivante : "La violence constitue, pour nos esprits, une erreur de parcours de l'humanité. Pourtant, dans les livres d'histoire, elle est l'héroïne qui s'affirme à chaque chapitre : guerres, révolutions, conquêtes et défaites, tortures et massacres. Elle trace la trame du passé de tous les peuples. E de quoi est constitué le présent? Chaque semaine, les médias d'information projettent les barbaries de la vie quotidienne et toutes formes d'expression de la violence. Les manchettes décomptent jour après jour les accidentés de la route, exposent les meurtres les plus sordides, retracent aux quatre coins du monde les catastrophes les plus atroces et suivant avec attention les guerres qui n'en finissent plus d'étaler la réalité de la violence. (...) Que la violence soit contrôlée, décriée, interdite ou condamnée, ses nombreuses manifestations témoignent de son omniprésence et de la volonté de la société de la conjurer, de la rejeter ou de l'amplifier. Car en même temps, elle est valorisée, justifiée, encouragée et récompensée."

 

   Bernard DAGENAIS, professeur à l'université Laval au Québec, est l'auteur d'autres ouvrages tels que Le communiqué ou l'art de faire parler de soi (VLP Editeur, Montréal, 1990), Le plan de communication, l'art de séduire ou de convaincre les autres (Presses de l'Université de Laval, 1998), La publicité : stratégie et placement média. Ou comment choisir le mix-média le plus efficace (Presses de l'Université de Laval, 2008)...

 

 

       Bernard DAGENAIS, Eloge de la violence, Editions de l'Aube, 2008, 320 pages.

 

Complété le 7 novembre 2012

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13 avril 2010 2 13 /04 /avril /2010 15:04

     Ce petit livre (mais dense) de Xavier RENOU, militant associatif membre de plusieurs collectifs dont Les Désobéissants, ancien responsable de la Campagne sur le désarmement nucléaire de Greenpeace, expose quelques éléments de la désobéissance civile en action.

   C'est l'un des derniers ouvrages d'une longue série sur la désobéissance civile qui se réclament plus ou moins de l'héritage culturel de David Henri THOREAU et du Mahatma GANDHI.

 

        Il nous entraîne à la fois dans le concret d'une action de défense contre une injustice ou une autre et dans la réflexion de fond sur la violence, "souvent contre-productive". Très pédagogiquement, dans ses chapitres Désobéir, Préparer, Passer à l'action, Terminer l'action et évaluer, l'auteur nous indique ce qu'il pense être un moyen efficace d'une résistance citoyenne, à de multiples méfaits du "désordre établi". un véritable répertoire de l'action non-violente est entre autres dressé sur les objectifs de telles méthodes : pour sensibiliser le public, pour ternir la réputation, pour harceler démocratiquement, pour contester la légitimité ou pour faire perdre de l'argent ou du temps.

 

    Ce livre constitue une mise en forme du contenu des nombreux stages de formation à la désobéissance civile que les Désobéissants, à la suite d'autres mouvements par le passé, organisent encore aujourd'hui.

 

    L'éditeur présente ce livre de la manière suivante : "Faucheurs d'OGM, démonteurs de panneaux publicitaires, clowns activistes, dégonfleurs de 4x4 de ville, inspecteurs citoyens de sites nucléaires, intermittents du spectacle, activistes écologistes, hébergeurs de sans-papiers : tous pratiquent des formes différentes de désobéissance civile non violente. Ces nouvelles formes d'action politique se multiplient, s'amplifient, se diffusent, notamment par le biais du Collectif des Désobéissants. Connus pour leurs coups médiatiques, les Désobéissants organisent depuis trois ans des stages de désobéissance civile à destination de militants de toute sorte d'organisations (associatives, politiques, syndicales). Ce manuel est issu de ces stages : pratique et très clair, c'est un véritable guide de formation. Il comporte une dimension théorique, avec des réflexions, toujours abordables, sur la désobéissance et la non violence ; les aspects pratiques des actions sont également détaillés, de leur organisation à leur réalisation ; enfin deux parties sont consacrées aux médias (comment communiquer efficacement) et à la justice (évaluation des risques, guide juridique). Toutes ces parties sont illustrées par des exemples d'action et des photographies."

 

     Xavier RENOU, par ailleurs docteur en sciences politiques, animateur du site desobeir.net, est aussi l'auteur de La privatisation de la violence (Agone, 2006), et de plusieurs autres ouvrages sur la désobéissance (en collaboration avec d'autres membres de Les Désobéissants) : Désobéir à la voiture, Désobéir pour l'école, Désobéir pour le logement, Désobéir pour le service public, tous édités par Le passager clandestin (voir le site www.lekti-ecriture.com). Il est également l'auteur d'un jeu de société satirique, des Thunes et des Urnes (Contrevents, 2004)

 

         Xavier RENOU, petit Manuel de désobéissance civile, à l'usage de ceux qui veulent vraiment changer le monde, Editions Syllepse, 2009, 142 pages.

 

Complété le 24 janvier 2013

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5 mars 2010 5 05 /03 /mars /2010 14:48
              Ce gros livre (1100 pages environ), publié au voisinage du 150ème anniversaire de L'Origine des espèces, montre que l'héritage de Charles DARWIN est un formidable édifice de controverses jamais éteintes, toujours revivifiées, augmentées, complexifiées, selon les temes de Jean GAYON, philosophe des sciences, qui le préface. Ce dernier situe les enjeux de cet ouvrage, vaste point des connaissances couvrant de très nombreux domaines, qui intervient dans une conjoncture de regain spectaculaire de tensions entre sciences de l'évolution et religion, qui pointe bien l'enjeu de l'enseignement, à travers la définition des programmes scolaires comme à travers la formation problématique des enseignants, et qui constitue une contribution dans les rapports tendus entre les sciences naturelles, notamment biologiques et les science humaines. Ces trois enjeux forment le décor en arrière plan de cet ouvrage qui veut montrer la science de l'évolution à l'oeuvre.
    
        Il suffit de parcourir la table des matières pour s'en rendre compte : points sur les notions dégagées dans l'oeuvre de Darwin et de ses continuateurs (Variation, Hérédité, Sélection, Adaptation, Fonction, Caractère, Espèce, Filiation, Vie), parcours du "darwinisme en chantier" en épistémologie, en génétique, en biologie moléculaire, en phylogénétique, en immunologie, en sciences du comportement... Autant dire que cet ouvrage s'adresse plus à des étudiants ou à des enseignants en sciences du développement, en sciences naturelles... qu'au tout public, même si l'écriture reste toujours fluide d'un auteur à un autre. Ce ne sont pas moins de 48 auteurs qui sont sollicités pour décrire un véritable état des sciences naturelles, sans concessions, sans laisser de côté les ombres et les doutes, mettant en évidence les certitudes acquises comme les hypothèses considérées encore comme hasardeuses, mais faisant partie de la recherche scientifique. C'est l'occasion de considérer, début 2010, l'état de la théorie synthétique de l'évolution comme les avancées en linguistique. Chaque contribution est dotée d'une bibliographie plutôt impressionnante, qui permet de vérifier les informations, de confronter davantage encore si le lecteur le désire les analyses et les controverses.
 
     Après les états des connaissances purement scientifiques, une quatrième et dernière partie, sur seulement une cinquantaine de pages, porte sur le darwinisme reçu, que ce soit du côté du créationnisme, de l'état de l'enseignement, ou même des "dessous de l'hominisation, à savoir les origines de l'homme entre science et quête de sens".

     Cet ouvrage et celui publié voilà déjà plus de douze ans sous la direction de Patrick TORT, par les Presses Universitaires de France, d'un volume équivalent, Pour Darwin, constituent véritablement des outils précieux de travail.

          Sous la direction de Thomas HEAMS, Philippe HUNEMAN, Guillaume LECOINTRE et de Marc SILBERSTEIN, Les mondes darwiniens, L'évolution de l'évolution, Editions Syllepse, Collection Matériologiques,, 2009, 1103 pages. Préface de Jean GAYON, Postface de Richard LEWONTIN.

     

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18 février 2010 4 18 /02 /février /2010 09:52
                Même si ce livre des deux professeurs de lycée de Sciences de la vie et de la terre n'est pas à la portée de tous les publics, destiné principalement aux étudiants en biologie et aux candidats préparant des concours de recrutement de l'Education Nationale comme aux enseignants, sa présentation détaillée et claire des mécanismes de l'évolution en fait un ouvrage à recommander, pour tous ceux qui veulent comprendre quelque chose face aux flots des mauvaises vulgarisations et des informations fausses émanant de certaines organisations religieuses.
             L'ouvrage insiste beaucoup sur les apports de la génétique à la compréhension de l'évolution et de l'éthologie. Ainsi sont abordés en chapitres très pédagogiques les idées d'individus, de populations et d'espèces, l'origine de l'instabilité du génome, l'instabilité du milieu et ses conséquences, la phylogenèse et l'ontogenèse. On peut cerner combien la vie est une constante instabilité, et que du plus petit gène aux grandes populations, la sélection naturelle semble intervenir et interférer avec le dynamisme interne des constituants biologiques, à tous les niveaux. Ce sont des millions d'événements qui orientent la croissance de l'individu et de l'espèce...Selon les auteurs d'ailleurs "l'espèce est (...) produit de l'évolution biologique et non sa source. Cette façon de voir les choses permet de se débarrasser de bien des concepts encombrants dont la fameuse "survie de l'espèce" trop souvent présentée, dans une perspective finaliste, comme justification de nombreuses adaptations structurales ou comportementales. Si l'espèce est le produit de l'évolution, alors la naissance de nouvelles espèces, c'est-à-dire la spéciation, devient le thème majeur de l'étude de l'évolution biologique."
  Une impression majeure se dégage de ces explications des phénomènes génétiques et des interactions entre milieu changeant et êtres biologiques eux-mêmes changeants : les phénomènes naturels sont en déséquilibre constant. Il n'y a même pas, lorsqu'une stabilité d'une espèce s'établit, d'utilisation optimum des capacités biologiques et du milieu...
              
        Les auteurs, dans leur conclusion, indiquent qu'il n'y a pas aujourd'hui de théorie unificatrice des différents mécanismes de l'évolution. Si la théorie synthétique de l'évolution reprend bien des approches du darwinisme scientifique, elle pose à son tour des questions non résolues. Le propos essentiel n'est pas de rejeter l'une ou l'autre des approches, "mais de déterminer la part de variabilité qui persiste aléatoirement et celle qui le doit à la sélection naturelle." Cela ne veut pas dire que la théorie de l'évolution ne propose pas aujourd'hui de modèles acceptables de spéciation, mais le problème de la macroévolution n'est pas encore totalement résolu. C'est le lot de la recherche scientifique que d'écarter des explications pour améliorer notre compréhension de la nature.

         Luis ALLANO et Alex CLAMENS, L'évolution. Des faits aux mécanismes, Editions Ellipses, collection Sciences de la Vie et de la Terre, 2000, 160 pages.
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11 février 2010 4 11 /02 /février /2010 15:13
        Selon plusieurs auteurs, ce petit essai d'une figure de l'anthropologie française, écrit en 1952, constitue une tentative de comprendre l'évolution culturelle de l'humanité à travers les différences physiques qui la composent, à partir d'une relecture-correction de l'oeuvre d'Arthur de GOBINEAU (1816-1882) au-delà des déformations qu'a subie la diffusion de L'Essai sur l'inégalité des races humaines. Ce texte, qui faisait partie d'une série de textes de différents auteurs sollicités par l'UNESCO, texte consacré au problème du racisme dans le monde, s'efforce de lutter contre la déformation raciste tout en ne niant pas l'existence de différents groupes ethniques présents sur la planète.
      Dès le début, il signale qu'il n'entend pas élaborer une doctrine raciste à l'envers : "Quand on cherche à caractériser les races biologiques par des propriétés psychologiques particulières, on s'écarte autant de la vérité scientifique en les définissant de façon positive que négative. Il ne faut pas oublier que Gobineau dont l'histoire fait le père des théories racistes, ne concevait pourtant pas l'"inégalité des races humaines" de manière quantitative, mais qualitative : pour lui, les grandes races primitives qui formaient l'humanité à ses débuts - blanche, jaune, noire - n'étaient pas tellement inégales en valeur absolue que diverses dans leurs aptitudes particulières. La tare de la dégénérescence s'attachait pour lui au phénomène du métissage plutôt qu'à la position de chaque race dans une échelle de valeurs commune à toutes ; elle était donc destinée à frapper l'humanité toute entière, condamnée, sans distinction de race, à un métissage de plus en plus poussé." Nous laissons à Claude LEVI-STRAUSS la responsabilité de ce qui précède, mais n'oublions pas les passages sur la supériorité de la race blanche ni non plus les termes péjoratifs utilisés à propos du métissage justement, assimilé à quelque chose de négatif...
  Mais l'important ne se situe pas là, mais dans le replacement clair de la perspective du développement réel de l'humanité : "le péché originel de l'anthropologie consiste dans la confusion entre la notion purement biologique de race (à supposer, d'ailleurs, que, même sur ce terrain limité, cette notion puisse prétendre à l'objectivité, ce que la génétique conteste) et les productions sociologiques et psychologiques des cultures humaines. Il a suffit à Gobineau de l'avoir commis pour se trouver enfermé dans le cercle infernal qui conduit d'une erreur intellectuelle n'excluant pas la bonne foi à la légitimation involontaire de toutes les tentatives de discrimination et d'exploitation."

       Dans son discours sur la diversité des cultures, le fondateur du structuralisme indique qu'il y a en même temps à l'oeuvre, dans les sociétés humaines, des forces "travaillant dans des directions opposées : les unes tendant au maintien et même à l'accentuation des particularismes ; les autres agissant dans le sens de la convergence et de l'affinité" "...on en vient à se demander si les sociétés humaines ne se définissent pas, en égard à leurs relations mutuelles, par un certain optimum de diversité au-delà duquel elles ne sauraient aller, mais en dessous duquel elles ne peuvent, non plus, descendre sans danger."
 
         Survolant l'évolution des cultures archaïques et des cultures primitives, revenant sur l'idée de progrès, il réfléchit à la place particulière de la civilisation occidentale, et de son histoire stationnaire et cumulative. Revenant sur quelques éléments d'histoire des civilisations, il montre qu'il n'y a pas de société cumulative en soi (accumulation des connaissances et des techniques), mais plutôt des conduites, des modes d'existence, des manières d'être ensemble comme il l'écrit, qui favorise cet accroissement de pouvoir sur la nature et... sur les autres sociétés. A certains moments de leur histoire, les sociétés stagnent ou progressent, régressent ou même disparaissent, qu'elles que soient leurs caractéristiques ethniques.

       Dans son dernier petit chapitre, Claude LEVI-STRAUSS, constate que maintenant les différentes sociétés sur la planète sont en contact, et sont en quelque sorte prises dans un mouvement d'échanges de plus en plus importants. Et complètement,  à rebours du pessimisme d'Arthur de GOBINEAU,  il perçoit un double sens du progrès dans lequel les organisations internationales ont un grand rôle à jouer. Ce double sens, uniformisation et diversification tour à tour sur un plan ou un autre (économique, social, culturel...), doit permettre "de maintenir indéfiniment, à travers des formes variables et qui ne cesseront jamais de surprendre les hommes, cet état de déséquilibre dont dépend la survie biologique et culturelle de l'humanité."  Ce qui caractérise son approche, c'est bien de considérer qu'à la fois diversification et uniformisation sont positifs, pourvu que ces sociétés permettent aux hommes d'améliorer leur existence. La dégénérescence en soi constitue un non-sens lorsque l'on considère l'évolution de l'humanité.
   Constamment, l'auteur laisse pendante la question sociale (cela se voit d'ailleurs dans l'ensemble de son oeuvre...) même s'il ne camoufle pas les contradiction socio-économiques. Comme il regarde l'humanité dans son évolution à très long terme, il ne se penche guère sur les ressorts des solidarités et des différenciations qui traversent les sociétés de manière interne et qui régissent les relations des sociétés entre elles. "Quoi qu'il en soit, il est difficile de se représenter autrement que comme contradictoire un processus que l'on peut résumer de la manière suivante : pour progresser, il faut que les hommes collaborent ; et au cours de cette collaboration, ils voient graduellement s'identifier les apports dont la diversité initiale était précisément ce qui rendait leur collaboration féconde et nécessaire."
Cette contradiction insoluble, les organisations internationales doivent la gérer : leur mission est double : "elle consiste pour une part dans une liquidation, et pour une autre part dans un éveil". 
    La présentation de l'éditeur (en quatrième de couverture) est très brève : "La diversité des cultures, la place de la civilisation occidentale dans le déroulement historique et le rôle du hasard, la relativité de l'idée de progrès, tels sont les thèmes majeurs de Race et histoire. Dans ce texte écrit dans une langue toujours claire et précise, et sans technicité exagérée, apparaissent quelques-uns des principes sur lesquels se fonde le structuralisme."
Ce texte est beaucoup repris comme point de départ de réflexion dans les systèmes scolaires d'Europe. C'était d'ailleurs l'un des objectifs de l'UNESCO.
    Claude LEVI STRAUSS (1908-2009) est l'auteur de très nombreuses oeuvres, sont certaines fondent le structuralisme : Les structures élémentaires de la parenté (PUF, 1949), Tristes tropiques (Plon, 1955), Anthropologie structurale (Plon, 1958), La Pensée sauvage (Plon, 1962), Mythologiques, en quatre tomes (Plon, 1964, 1967, 1968, 1971), Race et Culture (Revue Internationale des sciences sociales UNESCO, 1971) Anthropologie structurale 2 (Plon, 1973), Regarder, écouter, lire (Plon, 1993), L'anthropologie face aux problèmes du monde moderne, Seuil, 2011)...

         Claude LEVI-STRAUSS, Race et histoire, Edition Denoël, collection folio/essais, 1987. Cette réédition est accompagnée d'un texte de Jean POUILLON, sur l'oeuvre de Claude LEVI-STRAUSS.
Complété le 4 septembre 2012
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10 février 2010 3 10 /02 /février /2010 10:54
            Le livre très facile à lire de l'enseignant d'anthropologie au Collège François Xavier-Garneau au Quebec, déjà auteur de L'apprentissage du racisme dans les manuels scolaires de 1990, dépasse ici le domaine scolaire, même s'il s'y refère encore souvent, pour montrer combien le racisme, le paradigme racialiste, imprègne nos mentalités.
   Dans sa propre présentation, on peut lire : "Sur une scène sociale où l'on continue de proclamer la mort des idéologies, la démarcation entre tenants et adversaires du racisme reste le clivage qui départage le plus radicalement des visions du monde opposées au sein de groupes de personnes qui ont pourtant en commun tout le reste de leur culture. Cette ligne de démarcation passe souvent en plein centre d'un département universitaire ou hospitalier, d'un quartier de classe moyenne ou d'un club de pétanque. Rien n'est plus étonnant que ce dialogue de sourds entre personnes qui utilisent le même langage, qui se refèrent aux mêmes éléments significatifs de l'histoire, de la biologie ou de l'économique, mais qui s'opposent systématiquement sur la valeur de ces éléments et, en définitive, sur le sens profond de l'aventure humaine."
      L'auteur, devant ce phénomène social, entend mettre à jour dans toute son ampleur, à travers une lecture de textes scolaires, universitaires, de recherche, ou même institutionnels..., une identité de l'homme occidental qui se fonde sur une vision d'une disctinction radicale sur nous et eux. Même dans les attitudes les plus progressistes, même chez ceux qui affirment l'unicité de l'espèce humaine, à un certaine moment, s'effectue une bifurcation entre ceux qui ont suivi le modèle occidental, ceux qui évoluent vers le progrès, ceux qui bénéficient des bonnes terres et de la bonne culture...et les autres. On peut regretter que l'auteur n'aille pas beaucoup plus loin que ce constat, mais son livre sonne comme un appel à la vigilance constante. En tout cas très loin d'une pensée molle qui applanit tout dans un consensus trompeur d'antiracisme.

        Denis BLONDIN, Les deux espèces humaines, Autopsie du racisme ordinaire, L'Harmattan, 1995.
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12 janvier 2010 2 12 /01 /janvier /2010 09:25
          Ces propos, tenus entre 1918 et 1955, préfacé par Bertrand RUSSEL montre une facette peu connue du grand public des activités du grand physicien. Ils sont pourtant emblématique de nombreux engagements scientifiques et politiques de par le monde, engagements partagés par une partie de la communauté scientifique, surtout depuis l'existence de la menace nucléaire.

      Il s'agit de dix-huit séries d'écrits d'Albert EINSTIEN dispersés dans une abondante correspondance ou dans de multiples publications sur des thèmes aussi larges que la réalité de la guerre pendant les deux guerres mondiales, la coopération internationale ou l'ère atomique. Il montre que les préoccupations du savants concernant la guerre et la paix ne datent pas seulement des conséquences de ses découvertes sur l'usage militaire possible de l'énergie atomique. La guerre qui éclate en 1914 a changé radicalement sa vie : son travail scientifique reste le centre de son existence, mais le conflit fait désormais de lui un citoyen du monde conscient, pour qui la résistance à la guerre est devenu la principale préoccupation politique. Le lecteur d'aujourd'hui, malgré la distance, peut se rendre compte, à la lecture de ces multiples petits textes, qu'ils demeurent malheureusement toujours d'actualité.

     Nous pouvons ainsi lire sur les réalités de la guerre en 1914-1919, une correspondance à un de ces amis astronomes ou à l'écrivain pacifiste Romain ROLLAND, sur la révolution en Allemagne de 1919 à 1922 ses impressions sur les événements, sur la coopération internationale et la Société des Nations en 1922-1927 ses confiances et ses espoirs, sur déjà la résistance à la guerre entre 1928 et 1932 où il s'exprime sur les liens entre la science et la guerre, sur l'arrivée du nazisme entre 1932 et 1933 où il communique de manière angoissée avec Sigmund FREUD...
Dès l'arrivée au pouvoir d'Hitler en Allemagne en 1933, Albert EINSTEIN cesse d'appuyer le mouvement de résistance à la guerre et commence à soutenir un réarmement des puissances occidentales, inévitable, compte tenu des menaces qui pèsent sur le monde. Il soutient tous les efforts dans ce sens entre 1933 et 1939, dans sa correspondance avec son amie la reine Elisabeth de Belgique comme dans les interviews accordés aux journalistes, américains notamment. Il exprime son rejet d'un certain pacifisme qui veut laisser l'Europe à sa ruine, tant que les Etats-Unis n'en pâtissent pas. Bien entendu, dans cet ouvrage, le lecteur trouve la fameuse lettre adressée au Président ROOSEVELT en 1939 où il le presse d'apporter toute son attention aux possibilités militaires de l'atome. Il reste sur cette ligne jusqu'à l'explosion nucléaire d'Hiroshima.
Puis, à partir de 1945, après la défaite des forces de l'Axe, le scientifique montre autant de zèle à oeuvrer pour l'abolition de l'arme atomique et la création d'un gouvernement mondial qu'il en avait mis auparavant en 1933 pour le réarmement des nations démocratiques. Dans ses écrits, il précise sa responsabilité dans la fabrication de la bombe atomique. Regroupés sous diverses rubriques (le militantisme, la nécessité d'une organisation supranationale, la lutte pour la sauvegarde de l'humanité, vers un désarmement mondial, la défense de la liberté de pensée, crépuscule, la menace de l'anéantissement universel) de multiples autres contributions s'échelonnent jusqu'en 1955.
  L'éditeur présente le livre de la manière suivante : "Physicien de génie, Einstein a marqué par son oeuvre toutes les données de la science moderne. Il fut aussi un homme de combat au service de la justice et de la paix. Son socialisme humaniste prenait la défense des droits fondamentaux des peuples et des individus. Des prémices de la première guerre mondiale à la guerre froide, son désir de voir s'instaurer une harmonie entre les nations n'a cessé de s'exprimer et jamais Einstein ne s'est laissé décourager par la haine que soulevait son action ou par les désillusions de l'histoire."
 Albert EINSTEIN (1879-1955), physicien théoricien allemand, puis apatride, suisse, et enfin de nationalité hélvético-américaine, est surtout l'auteur de travaux scientifiques (théorie de la relativité restreinte en 1905, théorie de la gravitation ou de relativité générale en 1915). En dehors de ces volumineux écrits, il est l'auteur de plusieurs ouvrages généraux : Pourquoi la guerre? (Rivages, 1933), avec Sigmund FREUD ; Comment je vois le monde (Flammarion, 1934, réédition 1989) ; Pourquoi le socialisme? 


      Albert EINSTEIN, Le pouvoir nu, Propos sur la guerre et la paix, 1918-1955, Préface de Bertrand RUSSEL, Hermann, éditeurs des sciences et des arts, Collection Savoir/Cultures, 1991, 222 pages. Il s'agit de la traduction en français par Sophie NARAYAN du recueil Einstein on peace, effectuée aux Etats-Unis en 1955 par Otto NATHAN et Heinz NORDEN.
Complété le 4 octobre 2012
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10 janvier 2010 7 10 /01 /janvier /2010 10:36
                  Les grévistes de la guerre, de 1971, écrit par Jean TOULAT (1915-1994), prêtre catholique, journaliste (membre de la rédaction de La vie), et militant pacifiste et non-violent apporte le témoignage de certaines luttes menées contre la guerre d'Algérie ou le service militaire et constitue un vibrant plaidoyer en faveur de la paix. Il figure parmi les ouvrages qui marquent toute une génération de pacifistes.

                Le livre s'ouvre contre la poudrière que constitue l'accumulation des armements : "Cela, les Français le savent-ils? Sont-ils conscients de leurs responsabilités devant, d'une part, la tendance à la militarisation du pays et, d'autre part, le "droit" de génocide accordé à quelques hommes? Attendront-ils, comme les Allemands, que le pire survienne pour dire (s'ils survivent) : "Nous ne savions pas? Nous ne voulions pas?". C'est maintenant qu'il faut dire Non. Non à l'ordonnance de 1959. Non à la stratégie anti-cités. Non aux essais atomiques. Non au Terrible et au Foudroyant (il s'agit du nom de sous-marins nucléaires). Non au second PC (poste de commandement) atomique du Mont-Verdun. Non aux ventes d'armes - tous ces refus s'inscrivant à l'intérieur d'un large oui à la vie, au développement, aux vrais moyens de bâtir la paix."  L'auteur prône la résistance à cette militarisation, et donne tout au long de cet ouvrage, maints exemples : la lutte pour l'obtention d'un statut des objecteurs de conscience en Europe et en France, le refus de participer à la guerre d'Algérie, le combat sous la forme de jeûne de trois anciens d'Algérie, le refus partiel de l'impôt pour protester contre les ventes d'armes, l'occupation d'installations militaires pour dénoncer les essais nucléaires, ou encore la lutte des travailleurs de l'armement pour une autre politique de défense.
    Jean TOULAT ne se contente pas de décrire ces actions en France. il parcourt également des luttes non-violentes menées ailleurs, contre la guerre du VietNam par exemple.

        Au passage, il explique l'évolution du christianisme, d'une morale de paix au cautionnement de la guerre. A la fin du livre, il reprend le commandement tant cité mais peu appliqué : Tu ne tueras pas. Il demande quelle nation, à l'instar du Japon à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, renoncera à la fabrication et à l'utilisation des armements.
     L'éditeur présente ce livre ainsi : "Suite à son cri d'alarme, La Bombe ou la Vie, Jean Toulat publie aujourd'hui Les Grévistes de la guerre. L'auteur, à juste titre fait remarquer que nous vivons sur une poudrière, l'arsenal atomique équivalent à quinze tonnes d'explosifs par habitant du globe. Des armes sont vendues "tous azimuts". Plus de trois cent conflits armés ont éclaté depuis 1945. A cette course à la guerre, des hommes et des femmes disent : NON. Objecteurs de conscience, des jeunes demandent un service civil. D'autres renvoient leur livret militaire, affectent à des oeuvres de la vie la part "militaire" de leurs impôts, refusent dans les laboratoires ou les usines, de préparer des engins de mort. Des officiers rejettent la doctrine nucléaire de représailles massives. Et partout dans le monde, de Joan Baez et des frères Berrighan aux bouddhistes du Vietnam, se lèvent des militants qui résistent au dieu Mars. Ces "grvistes de la guerre" se veulent en même temps bâtisseurs de la paix. Ils se mettent au service du tiers-monde, fondent des équipes d'action non-violente, cherchent à faire prévaloir, sur la stratégie de la terreur, le dynamisme de l'amour, cette arme absolue. jean Toulat dédie son enquête à José Beunza, objecteur de conscience espagnol, qui a reçu en prison le Prix Jean XXIII."
     Jean TOULAT, prêtre catholique à Poitiers, journaliste et écrivain, participa à toutes les grandes actions pour la paix des années 1970 à 1990, des luttes du Larzac jusqu'à la critique de La Marseillaise en passant par ses pamphlets contre la peine de mort. Il soutint son action par de nombreux ouvrages : Juifs mes frères (Fayard, 1963), Le Larzac et la paix (1972), L'avortement, crime ou libération (Fayard, 1973), La bombe ou la vie (Fayard ,1969), Objectif Mururoa avec Bollardière (Laffont, 1974), La peine de mort en question (Pygmalion,1977), Combattants de la non-violence : de Lanza Del Vasto au Général de Bollardière (Cerf, 1983), Oser la paix : requête au Président de la République (Cerf, 1985), Les forces de la foi : du cardinal Lustiger à soeur Emmanuelle (1986), Terres promises : de Québec à Jérusalem (1987), Dom Helder Camara (1989), Le Pape contre la guerre du Golfe : Jean-Paul II censuré (1991), avec l'Association Pour une Marseillaise de la fraternité, Pour une Marseillaise de la fraternité (1992)...

       Jean TOULAT, Les grévistes de la guerre, Editions Fayard, 1971, 210 pages.
Complété le 5 Septembre 2012
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