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20 juin 2008 5 20 /06 /juin /2008 15:17
   Il s'agit là d'un témoignage historique, venu d'un soldat du rang affecté au "maintien de l'ordre", de la réalité d'une guerre coloniale, la guerre d'Algérie,  cette guerre qui n'en avait pas le nom officiellement.
Écrites dans une période de quatorze mois par Jean Martin aux membres de sa famille, elles révèlent le quotidien d'un appelé qui effectue ses "besognes" sans états d'âmes particuliers, dans l'attente de la prochaine permission. Parce qu'elles émanent ni d'un héros, ni d'un contestataire, elles prennent le caractère d'un témoignage d'autant plus intéressant, que souvent l'historiographie prend un peu trop de hauteurs politico-morales, pour nous faire toucher la réalité d'une guerre.
  Précédées d'un avertissement qui précise que Jean Martin est le nom d'emprunt d'un fusilier-marin, présentées dans leur contexte par l'historien Claude LIAUZU dans une cinquantaine de pages très instructives et suivies d'une chronologie de la guerre d'Algérie (1954-1958) et d'une autre sur les dénonciations des crimes entre novembre 1954 et mai 1958, ces lettres (cinquante au total) constituent une illustration de la "banalité du mal" tant analysée par Hannah ARENDT.
 
    Dans sa présentation, l'éditeur écrit : "En 1956, Jean Martin, appelé du contingent affecté au "maintien de l'ordre" en Algérie, écrit régulièrement à sa famille. Dans une de ses lettres, il prend des nouvelles de ses proches tout en écrivant : "Demain je suis de corvée de torture... que voulez-vous, même pas agréable, on le fait à chacun son tour". Dans une autre, il rassure ses parents sur la nourriture : ce n'est plus la peine de lui envoyer des colis, désormais "ils" se font suffisamment respecter et les "bougnoules" se sentent bien forcés de leur donner tout ce qu'ils exigent : "il faut bien leur faire comprendre qui est le maître!" Plus loin, il raconte avec force détails, sans état d'âme, une opération de représailles : "on leur a fait creuser des trous pour enterrer tous les morceaux de ferraille, et un trou plus grand. Puis on les a tous tués, des plus âgés aux plus jeunes". A peine perçoit-on parfois une sorte de lassitude, par exemple, à la veille d'une permission qu'il attend depuis des semaines..."
  
  


    Jean MARTIN, Algérie 1956 : Pacifier, tuer, Lettres d'un soldat à sa famille, Éditions Syllepse, 2001, 180 pages
     www.SYLLEPSE.NET
 
 
Complété le 17 juillet 2012

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19 juin 2008 4 19 /06 /juin /2008 14:43


   Ce livre est destiné à tous ceux qui veulent s'informer sur la véritable histoire de la Bible et sur son historicité en général, en dehors des dogmes religieux et des élucubrations de certaines sectes.

  Se basant sur les nouvelles révélations archéologiques provenant des toutes dernières récentes fouilles en Palestine, les auteurs revisitent l'"histoire sainte".  Selon eux, il est possible de répondre aux questions que se pose l'honnête homme sur les auteurs de la Bible, sur le moment de la naissance du monothéisme, sur les véritables pérégrinations du peuple d'Israël, sur le rôle réel de Jérusalem...
Déplaçant l'histoire des Juifs tel que la raconte la Bible de plusieurs siècles en avant, ils montrent comment, dans l'époque des conflits entre les royaumes de Juda et d'Israël, comme avec leurs puissants voisins, s'est constitué le corpus le plus influent de l'histoire de l'humanité. Ils donnent ainsi à la vision que nous avons des prophètes et de leurs prophéties une vision plus réaliste.
Avec cette remise à plat historique, on comprend beaucoup mieux par exemple, quels ont pu être les relations entre les Grecs et les Juifs, et comment le christianisme est né par la suite. Dans la dernière partie du livre, on peut s'informer amplement de la discussion, toujours ouverte, autour de la conquête israélite par exemple, ce qui est utile pour suivre les résultats de fouilles archéologiques qui continuent encore aujourd'hui.
 
   L'éditeur présente ce livre de la manière suivante, dans un style qui n'appelle pas à tout prix la polémique, plutôt consensuel : "Quand et pourquoi la Bible a-t-elle été écrite? Que savons-nous des premiers patriarches? Quand le monothéisme est-il apparu? Comment le peuple d'Israël est-il entré en possession de la Terre promise? Jérusalem a-t-elle toujours été le centre de l'ancien Israël? Pour la première fois, il est possible de répondre à ces questions avec un haut degré de certitude. Car les auteurs, Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman, puisent leurs arguments dans les découvertes archéologiques les plus récentes, entreprises en Israël, en Jordanie, en Egypte, au Liban et en Syrie. Loin de sortir désenchanté de cette mise à plat historique du Livre des livres, le lecteur est d'autant plus fasciné par ces nomades et ces agriculteurs d'il y a trois mille ans, qui ont su fabriquer, en des temps de détresse ou de gloire, un récit dont la fécondité n'a cessé d'essaimer au-delà de ce peuple."
 
   Bien entendu Israël FINKELSTEIN, archéologue israélien et directeur de l'Institut d'Archéologie de l'Université de Tel-Aviv et Neil Asher SILBERMAN, directeur historique du centre Ename de Bruxelles pour l'archéologie et l'héritage public de Belgique, fournissent là une somme d'informations qui relativisent les données "factuelles" inscrites dans la Bible.
Ils ne peuvent que déstabiliser les partisans de fondements de la politique d'Israël, à la conquête du Grand Israël, directement tiré d'une vision biblique de la Palestine. La polémique fait encore rage contre un ensemble d'études du même type, comme ceux de Pierre BORDREUIL et Françoise BRIQUEL-CHATONNET (Le temps de la Bible, Fayard, 2000). Ceux-ci réécrivent dans leur livre toute l'histoire du peuple juif, à la lumière de l'exil à Babylone, là où la communauté se forge un passé qui remonte à la création du monde. Les auteurs, après avoir reproché aux premiers archéologues à partir de 1900, d'avoir simplement recherché en chaque découverte une illustration du texte biblique, reprennent l'ensemble du Livre et le confrontent aux résultats des fouilles archéologiques. Face aux réactions d'une partie de la communauté juive, notamment celle attachée à une politique sioniste, d'autres auteurs et responsables religieux valident en grande partie leurs conclusions.
Les revues de presse parues notamment lors de la publication du livre dans Publisher's Weekly, le Library Journal et dans New York Times vont dans un sens positif à l'égard des thèses développées par les deux auteurs. Les lecteurs dont Lise WILAR (http://écrits-vains.com) a pu examiner les réactions parfois viscérales sont trop attachés à leurs traditions pour accepter une relecture des événements deutéronomiques en les transposant à une époque plus récente, les Catholiques plus que les Protestants ou les Musulmans d'ailleurs. Il s'agit des lecteurs américains et les réactions sont beaucoup plus mesurées en Europe.
Dans un interview, relaté par la même auteure, donnée au Nouvel-Observateur par Israël FINKELSTEIN, on mesure bien l'esprit de leur travail :
- NO : Les royaumes de David et de Salomon ont-ils réellement existé?
- F : Pas comme ils sont présentés dans la Bible. Les dernières découvertes archéologiques nous apprennent que David et Salomon étaient plutôt les roitelets d'un Etat-cité, Jérusalem, qui était à l'époque une ville assez misérable, située sur une colline, entourée de villages. La population était clairsemée et, dans l'ensemble, illettrée.
- NO: Pourquoi est-ce dans le petit royaume de Juda qu'on a écrit ces textes extraordinaires, alors que les empires assyrien, babylonien ou égyptien, qui avaient développé une civilisation raffinée, n'ont rien produit de comparable?
- F : Effectivement, c'est une chose fascinante. Ce récit se trouve à la fondation des trois religions monothéistes, alors que les auteurs ont grandi dans un minuscule royaume provincial où une population peu nombreuse menait une vie précaire. L'exploit est d'autant plus remarquable que l'Ancien Testament comprend à la fois des éléments d'histoire, des légendes, des mythes, mais aussi un code légal ainsi que des prescriptions sociales et des exhortations éthiques, dont les enseignements ont influencé une grande partie de l'humanité pendant des siècles.
- NO : Vous remettez en question l'exactitude du récit biblique qui, pour des millions de croyants, est la vérité révélée et donc intouchable. N'êtes-vous pas attaqué en Israël?
- F : Les milieux religieux m'ignorent. L'étude critique de la Bible ne les intéresse pas. Ils s'en tiennent au texte, un point c'est tout. En revanche, ceux que j'appellerais les vieux sionistes, ceux qui ont vécu la fondation de l'Etat d'Israël, sont scandalisés par notre approche. Pour eux, l'archéologie doit - comme du temps d'Igal Yadin, le chef de l'archéologie classique - apporter des preuves du récit biblique, jamais le contredire ou le mettre en doute. Ils ont tort. L'archéologie moderne n'affaiblit pas le message de la Bible. Au contraire, elle montre le génie et la force de cette création littéraire et spirituelle unique.
 
  De nombreux textes argumentent pour ou contre les thèses des deux auteurs. Par exemple de la part de J M VAN CANGH (www.upif.org) ou de Jean-Michel MALDAMÉ (http://biblio.domuni.org) pour prendre deux argumentations développées. Un point scientifique sur la question des désaccords de datation, sur lequel repose nombre d'arguments de leur livre est fait dans un compte-rendu de congrès qui rassemble les contributions professionnelles (T Levy and T Higham, editors, "Radiocarbon Dating and the Iron Age of the Southern Levant : The Bible and Archeopology Today, 2005).
 
  Un film documentaire en 4 parties (52 minutes chacune) est réalisé à partir du livre par Thierry RAGOBERT, sous le même titre. (2005, France 5), et édité en DVD ensuite (février 2006, Editions Montparnasse). 
 
    Israël FINKELSTEIN est aussi l'auteur de plusieurs autres études parues dans des revues professionnelles, au fur et à mesure que continuent les fouilles. Il écrit en 2001 (traduit en France en 2006, aux éditions Bayard), toujours avec Neil Asher SILBERMAN, Les rois sacrés de la Bible, A la recherche de David et Salomon, ce dernier étant collaborateur de la revue Archeology.
 


   Israel FINKELSTEIN et Neil Asher SILBERMAN, La Bible dévoilée, Les nouvelles révélations de l'archéologie, Editions Gallimard, folio histoire, 2004, 554 pages. Il s'agit de la traduction de l'anglais par Patrice GHIRARDI de l'ouvrage "The Bible unearthed" publié par The Free Press, a division of Simon & Schuster, Inc à New York (USA) en 2001.
 
 
Complété le 31 Juillet 2012

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11 juin 2008 3 11 /06 /juin /2008 13:10
     Avec comme sous titre Volontaires internationaux contre Franco, il s'agit là d'une véritable "somme" sur les Brigades Internationales engagées dans la guerre civile espagnole de 1936-1938.
Résultat d'un Colloque international organisé à l'Université de Lausanne en 1997 (Les brigades internationales. entre solidarité révolutionnaire et politique du Komintern), ce rassemblement de contributions (au nombre de 32), dotée d'une solide introduction historique de Jean BATOU, constitue un apport important à l'historiographie de la guerre d'Espagne.
   
     A l'heure où certaines révisions historiques s'opèrent sur la base d'un égalitarisme des victimes, il était important de dresser une histoire politique et sociale qui déconstruire un certain nombre de mythes. Parmi ceux-ci, la participation active des femmes à la guerre civile, l'image type de l'intellectuel troquant sa plume contre une arme, l'élan enthousiaste et spontané de révolutionnaires volontaires ne sont pas les moindres. Refusant de se limiter à une histoire de la guerre, cet ouvrage veut montrer certaines de ses causes et de ses conséquences, dans beaucoup de leurs nuances, abordant des éléments souvent occultés. Le rôle de l'Union Soviétique, du Komintern, des réseaux des partis communistes y sont abordés sans complaisance particulière. C'est aussi, faite pour la première fois, à une analyse minutieuse des trajectoires et motivations de nombreux contingents de combattants étrangers que se livrent les participants de cet ouvrage collectif.
 
   Nous pouvons lire cette présentation de l'éditeur, qui ne cache pas son enthousiasme :
"Si un spectre hante le 20e siècle, c'est bien celui de la guerre civile d'Espagne. En effet, ce conflit en révèle l'anatomie profonde : il en éclaire les humeurs les plus sombres comme les élans d'espoirs les plus audacieux, alimentés par la perspective récurrente d'une révolution sociale. Ce livre prend le parti d'envisager ce condensé de l'âge des extrêmes, d'abord du point de vue des acteurs de la société civile internationale qui y prennent part. "Tant pis si la lutte est cruelle", elle parait essentielle à ces dizaines de milliers de volontaires des cinq continents qui s'engagent dans le camp antifranquiste. Pour la première fois, une analyse minutieuse des trajectoires et motivations de nombreux contingents de combattants étrangers. Agés le plus souvent de 25 à 30 ans et d'origine ouvrière, ceux-ci sont mus avant tout par une solidarité de classe, quelle que soit leur obédience politique : antifasciste, socialiste, communiste, révolutionnaire... Une attention particulière vouée aux représentants des groupes opprimés qui font de l'Espagne une étape incontournable de leurs propres combats d'émancipation : féministes de tous les pays, nationalistes des territoires coloniaux ou dépendants d'Asie, d'Afrique et d'Amérique Latine, militants afro-américains luttant pour l'égalité des droits contre le racisme, opposants des pays autoritaires d'Europe, mais aussi du Japon, etc. Les conflits qui agitent la galaxie des volontaires ne sont pas négligés. En réalité, ils reflètent certes la diversité des composantes du mouvement ouvrier de l'Etat espagnol, mais incarnent avant tout la virulence des antagonismes qui traversent le mouvement ouvrier international. Au-delà des brigadistes enrôlés par le Komintern, il est donc amplement question des miliciens anarchistes et de ceux qui luttent avec le POUM. En arrière-plan, le rôle de l'Union soviétique de Staline, du Komintern et des réseaux qu'ils contrôlent, est abordé en détail : dates et modalités des décisions d'intervention en Espagne, implications des partis communistes, missions particulières de personnages clés comme Marty, Thorez ou Togliatti, parcours de figures emblématiques comme le général Kléber, alias Manfred Stern, etc."
 
    C'est un bel ouvrage où chacun peut piocher selon ses centres d'intérêts. La diversité des contributions rend aisée la possibilité de recherches dans des directions différentes. Notons aussi une riche bibliographie, une iconographie qui va à l'essentiel et une contribution sur le cinéma documentaire sur la guerre d'Espagne. 
 
    Stéfanie PREZIOSO, professeure à l'université de Lausanne, l'une des membres de l'équipe coordinatrice, est aussi l'auteur d'un ouvrage collectif, Le totalitarisme en question. Sur cette notion multiforme, elle réfléchit, avec Jean-François FAYET et Gianni HAVER, aux problèmes liés à l'émergence du concept et à son instrumentalisation. Edité par L'Harmattan en 2008.
     Jean BATOU, professeur d'histoire internationale contemporaine à l'université de Lausanne, est aussi l'auteur de "Feux d'enfer", dans l'ouvrage dirigé par Mike DAVIS, Les héros de l'Enfer (Textuel, 2006).
     Ami-Jacques RAPIN, maître d'enseignement et de recherches à la faculté de sciences sociales et politiques et à l'Ecole polytechnique, est aussi l'auteur de Jomini et la stratégie : une approche historique de l'oeuvre (Payot, 2002).
 
  

 

Sous la direction de Stéfanie PREZIOSO, Jean BATOU et Ami-Jacques RAPIN, Tant pis si la lutte est cruelle, Volontaires internationaux contre Franco, Editions Syllepse, 2008, 559 pages
    Site : wwww.syllepse.net link
 
Complété le 14 juillet 2012

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4 juin 2008 3 04 /06 /juin /2008 09:16
     Très loin de l'historiographie officielle, cette histoire des Etats-Unis part d'une même chronologie, mais avec une tonalité différente pour le moins.
De l'arrivée des premiers colons européens et de leurs heurts avec les civilisations indiennes d'Amérique du Nord aux élections de 2000 et de la "guerre contre le terrorisme", l'auteur trace une autre vision de l'Amérique. Il met à mal certains idées lénifiantes sur le modèle étatsunien, loin du consensus partisan colporté par des médias complaisants. Des luttes violentes des classes, de l'oppression persistante des Noirs, des résistances tenaces et renouvelées au système avec ses aspects multiformes, de l'opposition aux guerres (VietNam, Golfe) aux lutes "sociétales" (femmes, environnement, homosexualité), c'est vraiment le portrait d'une autre Amérique que l'auteur nous fait découvrir.
 
   Cette histoire des Etats-Unis présente le point de vue de ceux dont les manuels d'histoire parlent habituellement peu.
L'auteur, historien et politologue américain, professeur au département de science politique de l'Université de Boston durant 24 ans, confronte avec minutie la version officielle et héroïque (de Christophe Colomb à George Walter Bush) aux témoignages des acteurs les plus modestes. Les Indiens, les esclaves en fuite, les soldats déserteurs, les jeunes ouvrières du textile, les syndicalistes, les GI du VietNam, les activistes des années 1980-1990, tous, jusqu'aux victimes contemporaines de la politique intérieure et étrangère américaine, viennent ainsi battre en brèche la conception unanimiste de l'histoire officielle. Ce livre, édité en 1980 aux Etats-Unis, il a fait l'objet de 5 rééditions. Vendu à plus d'un million d'exemplaires en anglais, il n'est publié que plus de vingt ans plus tard en français.   
 
       Jacques COUBARD, dans L'humanité du 12 mai 2003, rapporte Bibliomonde au printemps 2004 (voir le site atheles.org), écrit, entre autres : "Faire prendre conscience de l'histoire réelle, des mensonges commis par les gouvernements pour justifier les guerres est donc important. Il en retrace les hauts faits depuis la conquête du Mexique à celle de Cuba, puis des Philippines - légitimées comme aujourd'hui, par le dieu invoqué par Bush pour envahir l'irak - à la guerre au VietNam montre la voie à suivre. Au début, deux tiers des Américains étaient pour. A la fin, deux tiers étaient contre. Ce peuple a développé l'idée de quitter le VietNam. Il faut s'en souvenir, car on entend souvent qu'on ne pourra jamais rien changer."
    Ce livre existe en version courte (seulement le XXe siècle) et a reçu le prix des Amis du Monde diplomatique 2003.
 

 

 
    Howard ZINN (1922-2010) est l'auteur d'une bonne vingtaine de livres sont les thèmes (monde ouvrier, désobéissance civile et "guerre juste") se trouvent entre travail de recherches et engagement politique. Outre Une histoire populaire des Etats-Unis, nous pouvons citer parmi les ouvrages traduits en français, Karl Marx, le retour (Agone, 2002), L'Impossible Neutralité. Autobiographie d'un historien et militant (Agone, 2006), En suivant Emma (Agone, 2007), La Mentalité américaine : au-delà de Barak Obama (Lux Editeur, 2009), Désobéissance civile et démocratie (Agone, 2010), La bombe. De l'inutilité des bombardements aériens (Lux Editeur, 2011). Notons également le site officiel http://howardzinn.org. Un long entretien avec Howard ZINN est disponible sur www.la-bas.org.


   Hoxard ZINN, Une histoire populaire des Etats-Unis de 1492 à nos jours, Agone, 2003, 806 pages.
     Agone : BP 70072 - 13192 MARSEILLE CEDEX 20, site : www.agone.org
 
Complété le 27 juin 2012

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27 mai 2008 2 27 /05 /mai /2008 14:36

       Préfacé par Antoine DANCHIN, généticien à l'Institut Pasteur et publié par les Editions Syllepse, ce gros livre (un pavé de 890 pages) sera utile pour tous ceux qui s'intéressent à la notion d'information. Cette notion est si largement utilisée dans nombre de disciplines, qu'une explication sur le conflit serait aujourd'hui impossible sans elle.
Etude historique sur la mise en place des réseaux informatiques (guerres chaudes et guerre froide y ont beaucoup contribué), c'est aussi une exploration de champs aussi divers que la physique quantique, la théorie du signal, la thermodynamique, les mathématiques, la biologie moléculaire... Découpé en de multiples contributions et agréablement mis en page malgré l'aridité du sujet au premier abord (et seulement au premier abord...), ce livre constitue une véritable encyclopédie de la révolution de l'information du XXème siècle.

 

   Nous pouvons lire dans la présentation de ce livre que "la notion d'information est une des plus importantes notions en jeu dans les sciences et les technologies, eu égard au très large spectre de ses utilisations et de ses terrains d'application. Nonobstant le passé "analogique" de ces technologies, le 0 et le 1 des ordinateurs numériques symbolisent cette prégnance, cette omniprésence. Une telle diversité impliquait l'ampleur panoramique qui caractérise ce livre. A travers la mise en évidence de l'importance du contexte historique dans lequel toute activité scientifique s'inscrit, Jérôme SEGAL aborde, notamment, la place de l'eugénisme dans l'oeuvre de Fisher, les différents types d'organisation de la recherche dans l'entreprise Siemens et les Bell Labs, l'importance des recherches militaires pendant la seconde guerre mondiale et leurs liens avec le monde universitaire et industriel, le rôle des fondations américaines, le contexte politique de la France d'après 1945, le poids de la guerre froide dans l'établissement des premiers réseaux informatiques, ou encore le cadre dans lequel s'inscrivent les différents discours sur l'unité des sciences. De même, il explore des champs disciplinaires fort distincts : physique quantique, théorie du signal, thermodynamisme, mathématiques, biologie moléculaire, linguistique, informatique, etc. Ainsi la notion d'information peut être qualifiée de cruciale et considérée comme indispensable pour comprendre l'histoire scientifique et technologique du 20e siècle. En regard de son énorme fécondité conceptuelle et pratique, cette période a constitué, de ce point de vue, le formidable socle de notre 21e siècle, à peine advenu et déjà si gros des promesses fondées ou aberrantes d'une "société de l'information et de la communication" qu'il faut résolument apprendre à connaître et à maîtriser".

Jérôme SEGAL, maître de conférences en histoire des sciences et épistémologie à l'UFM de Paris et chercheur au Centre Cavaillès de l'Ecole normale supérieure de Paris, livre ici une somme dont on peut difficilement se passer et de par l'abondance de notes et de références bibliographiques, permet d'aller plus loin sur de nombreux aspects.

 

     L'auteur est également critique à nonfiction.fr et coordinateur depuis 2011 du Collège doctoral d'histoire et de philosophie des sciences à l'Université de Vienne.

 

   

 

 

Jérôme SEGAL, Le Zéro et le Un, Histoire de la notions scientifique d'information au 20e siècle, Editions Syllepse, Collection Matériologiques, 2003, 890 pages.

 

 

Complété le 2 juillet 2012

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15 mai 2008 4 15 /05 /mai /2008 09:51
   Il est des ouvrages d'histoire que l'on se plaît à consulter car ils allient souci de l'exactitude et  de vision d'ensemble. Le livre de Pascal CHARBONNAT, préfacé par Guillaume LECOINTRE, biologiste, est ce ceux-là : dans un domaine (les relations entre sciences et société) où la bataille idéologique fait actuellement rage (créationnistes contre évolutionnistes, religieux réactionnaires contre scientifiques progressistes), il permet de connaître - enfin - une histoire du matérialisme depuis ses origines grecques jusqu'au début du XXIe siècle.
On voit à quel point le matérialisme, apparu au VIIe siècle avant J-C, a frayé son chemin jusqu'au Ier siècle de notre ère, puis s'est éteint jusqu'au XVIIe siècle où il renaît et se développe tout au long des XVIIIe au XXe siècle. On comprend comment beaucoup d'oeuvres de naturalistes (on pense à DESCARTES et à LEIBNIZ entre autres) se sont trouvés en butte à la répression ecclésiastique la plus féroce, comment les monothéismes, providences des absolutistes de tout genre, désireux de passer pour l'incarnation de Dieu sur Terre ont drainé un obscurantisme persistant. Et comment l'esprit scientifique est toujours menacé par le dogmatisme religieux, alors qu'il vient de sortir meurtri du stalinisme et du maoïsme dans certaines régions du monde. Il est difficile de résumer un débat encore en cours comme le montre la conclusion de l'auteur et la préface de Guillaume LECOINTRE.
 
     On suivra avec la même intensité ce débat, où l'évolutionnisme se taille parfois la part du lion, dans la collection Matériologiques fondée aux Editions Syllepse par Marc SILBERSTEIN. Je recommande en particulier l'ouvrage de Jean DUBESSY et de Guillaume LECOINTRE, "Intrusions spiritualistes et impostures intellectuelles en sciences", paru dans la même collection en 2003.
   
       Le matérialisme est l'un des courants philosophiques, selon l'auteur, qui a suscité le plus de controverses, ce qui lui a valu d'être malmené et caricaturé à de nombreuses reprises. Cet ouvrage se propose de montrer le contenu réel de ses concepts, d'en fournir une définition nouvelle et de le relier à ses racines idéologiques et sociales. Dans chaque période, de l'Antiquité au XXe siècle, il est au coeur d'enjeux idéologiques de premier plan, parce qu'il est à l'intersection des progrès de la connaissance et des préoccupations métaphysiques.
     Jusqu'à présent, il n'existait pas d'histoire complète et synthétique de ce courant de pensée, alors qu'il a joué un rôle fondamental dans la vie scientifique et culturelle du monde occidental. La seule entreprise de ce genre fut l'ouvrage de Friedrich Albert LANGE (1828-1875), publié en 1866 et traduit en France en 1910, devenu largement incomplet. Cet ouvrage, Histoire du matérialisme (avec Critique de son Importance à notre époque), de 857 pages, réédité par les Editions Coda (avec une préface de Michel ONFRAY) et maintenant (pour l'instant, espérons-le) épuisé, faisait déjà l'exposé des philosophies de DEMOCRITE à D'HOLBACH. Pascal CHARBONNAT reprend le projet avec une autre ampleur, donnant réellement aux philosophies matérialistes le statut de fil rouge conducteur pour comprendre une grande partie de l'histoire de l'humanité.
 
     L'auteur veut décrire le panorama d'un champ conceptuel en constante agitation, uni par l'idée que les mythes et le sacré ne sont pas les seuls horizons pour penser la place de l'homme dans l'Univers. Il s'agit de rendre compte tout en indiquant où passent les lignes de fracture.
L'enseignement de l'histoire des idées en France néglige encore cet héritage intellectuel, en le confiant à un cercle restreint de spécialistes. Cet ouvrage voudrait indiquer que les interrogations soulevées par le matérialisme s'adressent à tous. Il est en effet indispensable, selon l'auteur, que cette philosophie soit mieux représentée dans les programmes et manuels, qui semblent oublier qu'une part importante de la population ne se réfère pas à la transcendance pour donner un sens au monde. L'histoire du matérialisme est également incontournable pour saisir les enjeux du travail des sciences de notre temps. En dévoilant comment les savoirs d'aujourd'hui sont les fruits de luttes contre des traditions conservatrices, elle invite à ne verser ni dans une positivisme naïf, ni dans une défiance figée à l'égard des résultats scientifiques. Etre matérialiste consiste moins à désenchanter le monde qu'à en restituer le libre cours. 
 
     Pascal CHARBONNAT, professeur de lettres et d'histoire-géographie dans un lycée professionnel parisien et docteur en philosophie, est l'auteur, après ce livre de Quand les sciences dialoguent avec la métaphysique (Vuibert, 2011, 224 pages). Préfacé par Francine MARKOVITZ-PESSEL, il s'agit de la réécriture pour le grand public d'une thèse d'épistémologie et d'histoire des sciences. Il s'attaque à la téléologie et au créationnisme pour lequel l'auteur à des lignes fermes, en même temps qu'il montre comment la science est sortie de la coque métaphysique.
 

 


    Pascal CHARBONNAT, Histoire des philosophies matérialistes, préface de Guillaume LECOINTRE, Editions Syllepse, collection Matériologiques, 2007, 650 pages.

 
Complété le 26 Juin 2012. Relu le 20 juin 2020

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6 mai 2008 2 06 /05 /mai /2008 14:31
        Voilà un livre qui permet de relativiser nos connaissances historiques, singulièrement celles de l'Antiquité, et par exemple des méandres des relations entre philosophies grecques!  L'auteur, essayiste et poète vénézuelien, suite à ses fortes impressions des destructions de la guerre en Irak, s'est attaqué à une entreprise salutaire qui montre combien les destructions des supports des connaissances, par les inondations et autres catastrophes naturelles, mais aussi par les guerres et multiples autodafés, ont pu retarder, freiner, dévier le cours de l'histoire de l'humanité.
        Voilà bien un ouvrage qui va permettre de commencer à tordre le cou au mythe de l'avancée des savoirs et des techniques grâce aux guerres et autres activités militaires! Toutes les périodes historiques, ou presque, sont visitées au cours de ces 527 pages publiées aux Editions Fayard, en 2008, après sa parution en Amérique Latine en 2004.
 
     "Là où l'on brûle les livres, on finit par brûler des hommes". C'est par cette citation de Heinrich Heine que Fernando BAEZ débute sa passionnante et terrifiante enquête sur l'histoire de la destruction des livres de l'Antiquité à nos jours. L'auteur remonte à l'anéantissement des tablettes sumériennes, évoque le saccage de la bibliothèque d'Alexandrie, les grands classiques grecs disparus, l'obsession d'uniformité de l'empereur chinois SHI HUANGDI, les papyrus brûlés d'Herculanum, les abus de l'Inquisition, la censure d'auteurs tels que D.H. LAWRENCE, James JOYCE ou Salman RUSHDIE, les autodafés des nazis...
L'auteur tente d'élaborer une théorie partielle du bibliocauste, néologisme pour désigner la destruction de livres. C'est toujours une tentative d'annihiler une mémoire qui constitue une menace directe ou indirecte pour une autre mémoire supposée supérieure. On ne détruit pas les livres parce qu'on les hait. Cela fait partie d'une stratégie et se marie avec la propagande. Les exterminateurs sont très souvent créatifs même si les circonstances de ces destructions sont souvent noyées dans un certain chaos, consécutif à une siège de ville, à une manifestation   de fureur populaire bien orientée. Mais d'autres destructions sont réalisés lors de véritables cérémonies, autodafés ont sont parfois conjoints livres et vaincus. Tout naturellement, le destructeur, surtout dans la période contemporaine, de livres est dogmatique, mais dans l'Histoire ce dogmatisme est souvent très ordinaire, justifié, dans l'ordre des choses. 
   A la fin de son introduction, l'auteur écrit : "Tout naturellement, lorsque quelque chose ou quelqu'un ne confirme pas la posture décrite, une condamnation survient, immédiate, superstitieuse et officielle. La défense théologique d'un livre considéré comme définitif, irrécusable, indispensable ne tolère pas de divergences. D'une part parce que la déviation ou réflexion critique équivaut à une rébellion ; d'autre part parce que le sacré n'admet ni conjectures ni citations : il suppose un ciel pour ses gendarmes et un enfer aux teintes de cauchemar combustible pour ses transgresseurs. Il y a un aspect déterminant qui veut que la domination ne s'instaure pas sans une relation de conviction. Il n'y a pas d'hégémonie religieuse, politique ou militaire sans hégémonie culturelle. Ceux qui détruisent des livres et des bibliothèques savent ce qu'ils font : leur objectif est clair : intimider, démotiver, démoraliser, favoriser l'oubli historique, diminuer la résistance et, surtout, instiller le doute. On ne doit pas ignorer que les droits humains fondamentaux qui l'on viole dans les bibliocaustes sont nombreux : le droit à la dignité, le droit à l'intégrité de la mémoire écrite des individus et des peuples, le droit à l'identité, le droit à l'information et le droit à l'investigation historique et scientifique que les livres rendent possible.
     
    Traduit en douze langues, cet ouvrage érudit d'un passionné de la première heure, passionnant de bout en bout, démontre que, loin d'être détruits par l'ignorance, les livres sont anéantis par volonté d'effacement de la mémoire et de l'histoire, c'est-à-dire de l'identité des peuples.
       L'essayiste s'est rendu en 2003 en Irak après l'invasion nord-américaine, en tant que membre des différentes commissions d'investigation sur la destruction des bibliothèques et des musées. Il fait aujourd'hui partie du Centre international d'études arabes et est conseiller de divers gouvernements sur la destruction des biens culturels. 
 
   Doté d'une grosse bibliographie et de très nombreuses notes, c'est un outil bienvenu sur l'étude de l'ampleur des pertes historiques de l'humanité.
   
     On pourrait étendre cette enquête à l'archéologie et aux multiples techniques perdues depuis les premiers temps. De nombreux ouvrages aujourd'hui demeurent des constructions énigmatiques (des grandes pyramides d'Egypte aux cathédrales européennes), à cause de destructions d'archives et de massacres de populations... Une étude intéressante de même serait de réaliser une enquête sur les techniques et savoirs perdus de l'Empire Romain...
 
   Traducteur d'ARISTOTE, spécialiste de la bibliothèque d'Alexandrie dont il a retracé la destinée, Fernando BAEZ a ainsi consacré douze années à la préparation d'une thèse de doctorat dont cet histoire est issue. 
 

 

 
Fernando BAEZ, Histoire universelle de la destruction des livres,  Des tablettes sumériennes à la guerre d'Irak, Fayard, 2008, 527 pages. Traduction de l'espagnol (Historia universal de la destruccion de libros. De las tablillas sumerias a la guerra de Irak,  Guillermo Schavelzon & Asoc., Agencia Literaria info@schalvelson.com) par Nelly LHERMILLIER.
 
Complété le 11 Juillet 2012
Complété le 16 novembre 2017

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