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26 août 2017 6 26 /08 /août /2017 19:19

   Les unes des médias sont occupées par les divers attentats de par le monde, mais surtout en Occident (car les morts du Tiers-Monde ont beaucoup moins d'intérêts...) depuis le lancer d'avions à New York le 11 septembre 2001.

Bien qu'auparavant, de nombreux attentats avaient eut lieu, notamment au Moyen-Orient, on se trouva tout d'un coup dans une débauche de plans anti-terroristes, d'états d'urgence, d'alertes plus moins bien déterminées, sous les yeux surpris (ils avaient d'abord été horrifiés par les attentats eux-mêmes, surtout ceux qui faisaient beaucoup de morts ou se déroulaient dans des lieux-sanctuaires comme écoles et églises...)... de l'ensemble de la population. On voit depuis déambuler comme des fantômes un peu hagards, car très fatigués, des soldats mitraillettes à la main, dont on ne sait si elles sont chargés ou non, dans les endroits les plus divers, par groupes de trois ou plus. On les voit stationner devant d'improbables cibles (du moment qu'il y a un notable national quelconque).. On nous explique que c'est pour protéger la population, pour empêcher les terroristes d'agir, que c'est pour la rassurer, la convaincre que la classe politique n'est pas là uniquement pour se servir ou servir les amis...

Nous apprenons ainsi que c'est pour faire échec à des terroristes dont les moyens diminuent  régulièrement en importance (des bouteilles de gaz à des couteaux de cuisine) (un peu dramatiquement d'ailleurs pour continuer à alimenter ainsi les colonnes des médias), dont les moyens pourraient être utilisés par n'importe quel "déséquilibré", "malade mental", "mal dans sa peau", "frustré", "au bout du rouleau"... L'usage des moyens militaires dans une population européenne est généralement mal vu, mais là, à renfort de propagande, on a pu les faire passer pour indispensable au maintien de la paix publique... 

   Mais qui donc terrorise qui?  Les populations, mais permettez de dire qu'elles ont en vus d'autres, pendant la seconde guerre mondiale et après (guerre d'Algérie en France, attentats "irlandais" à Londres, attentats d'extrême droite et d'extrême gauche...) mais à l'époque Internet et les médias presse-boutons et autocopieurs n'existaient pas...

Permettez de dire qu'après les manifestations de deuil ou de solidarité (très courte...), ce n'est pas la peur qui transparait sur les fronts de nos concitoyens, tout juste une légère crainte dans des lieux publics de transports (et encore... pas longtemps après)... Cela donne l'impression que les plus terrorisés ne sont pas les populations mais les élites politiques qui donneraient des signes d'impuissance... A ce compte-là, même, on peut se demander qui terrorise qui... les bombardements au Moyen Orient et en Afrique sur les bandes armées qui se baptisent soutiens de califat ou d'un Dieu dont on se demande s'il y retrouverait ses petits, tant les arguments ont l'air de lecture de troisième ou de quatrième main des livres sacrés, ont vite fait changer de camp la peur, si peur il y a eu... A ce compte-là aussi, tout ce qui compte de stratèges ou de tacticiens dans ces groupes armés fait preuve de myopie intellectuelle rare ou d'un sens de l'histoire qui se réduit à leur village natal... L'histoire du terrorisme est l'histoire de multiples contre-productivités, surtout celle de groupes qui n'ont pas de réels supports dans les populations, ont des moyens intermittents limités et qui se servent notamment de la vulnérabilité des réseaux de transports et de vie en Occident. Echec, c'est le seul bilan de ces petits chefs de bande, qui, parce qu'ils ont trouvé les moyens de profiter de certaines informations, les moyens de se procurer des armes (abondantes tant les contrôles sont rachitiques), se prennent pour des califes ou des héros ou encore des martyrs... On peut dire d'ailleurs que leurs meilleurs alliés ne se trouvent pas dans leur région, avec les affinités qu'ils peuvent avoir, les injustices de tout ordre dont ils peuvent profiter, mais dans les pays où les mass-médias ont les moyens de faire passer en boucle pendant des heures et des heures les mêmes images de résultats d'attentats. Tous ces commentateurs, tous ces pseudos-spécialistes qui se pressent pour chanter leur chanson sur les ondes de toute portée, peuvent s'honorer de leur avoir donner leur quart d'heure de gloire!

    On ne peut s'empêcher de penser que les pouvoirs politiques des Etats, les pouvoirs économiques des grands organismes financiers, bénéficient sur le long terme de cette politique de la peur. D'abord détournement des vrais problèmes, déformation relative de la réalité (ne serait-ce que sur le plan des dangers quotidiens : on risque bien plus de mourir d'un accident de la route ou domestique que d'un attentat...), puis accaparement des esprits par ces "menaces" venus "d'ailleurs", tout ce bruit permet de justifier toutes les "mesures" attentatoires aux libertés, jusqu'à entraver la marche même de l'économie (le contrôle aux ports et aéroports fait chuter à terme d'abord l'envie de voyager et le nombre des voyages lui-même, sans compter le ralentissement directement effectué...). 

   En fin de compte, si les "terroristes" se donnent là de merveilleux instruments pour se faire battre (interventions militaires croissantes au rythme des attentats) jusqu'à les faire disparaitre au profit d'autres "terroristes" (car de toute façon le réservoir des rancoeurs est immense), on peut se demander si ce ne sont pas les pouvoirs dominants en place, médiatico-politico-financiers, qui profitent de cette "terreur". Les hommes au pouvoir font semblant d'avoir peur pour communiquer la peur à leurs populations, décidément revêches à ce genre de manipulations (du moins en Occident). Mais remettons cent fois sur le même métier... Les manifestants tournent en ridicule cette prétention d'apprenti-terroristes : à quand l'usage des casseroles pour commettre des attentats? Les résistances à la peur sont soutenues par une très forte résilience des sociétés qui en ont vu d'autres, ce que les commanditaires ou simplement revendicateurs de toute sorte semblent ignorer, centrés qu'ils sont dans leur petit univers mental où ne se distingue pas l'esprit de bande avec leurs petits chefs et petits sous-chefs, qui se nourrissent de "coups" fumants dans leur petit quartier et l'esprit pseudo-religieux et empreint de martyrologie de bandits autosacrés icônes religieuses et résistantes qui combattent principalement grâce aux produits de rapines et de grand banditisme. 

 

RAGUS

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10 juillet 2017 1 10 /07 /juillet /2017 08:35

  Chaque année, les armées de nombreux pays se livrent, notamment à l'occasion de leur fête nationale, à l'exhibition de (certaines) de leurs troupes et de (certains) de leur matériel. Surtout pour l'aspect tape-à-l'oeil et spectaculaire, avec une certain a-propos stratégique et tactique diplomatique, des défilés rappellent aux peuples la valeur de la violence armée pour la défense de leur pays, en même temps que l'événement souvent fondateur du régime politique en vigueur. Pour la France, évidemment, il s'agit du 14 juillet de chaque année, afin de rappeler que la révolution est mère de toutes les républiques qui ont suivis l'année 1789. Mais pas de tous les régimes politiques qui s'y sont succédés, car des restaurations royales eurent lieu entre temps et des remises en cause de la République notamment. C'est dire que ces commémorations, plus que les autres (car il y en a une floppée...), ont une forte charge idéologique dans l'ensemble du pays.

    Défilés militaires, rassemblements autour de monuments, allocutions très officielles, festivités redondantes mais toujours appréciées des publics (mais pas de tous...) constituent le lot principal des commémorations, dont on peut se demander ce qu'elles remémorent. A part le souvenir douloureux de souffrances ou de joies passées, peu de choses, hormis quelques films ou émissions télévisées, ou encore éditions ou rééditions de livres... rappellent ce qui s'est réellement passé, avec souvent quelques bonnes orientations nationalistes et une dose plus ou moins grande d'informations fallacieuses ou de déformations historiques (la fête de la Jeanne d'Arc en France constitue là une perle brillante...). Peu de vraies réflexions incluant causes et conséquences des événements célébrés, orientations idéologiques fortes (qui peuvent parfois diviser plus que rassembler) en fonction de l'actualité du moment, effervescence médiatique jusqu'à la logorrhée, voilà ce qui caractérisent ces commémorations en tout genre. Il ne suffit pas en effet de rappeler des faits bruts, des dates clés, des relations "éternelles", il faut encore comprendre ce qui s'est réellement passé. Or entre dénégations de massacres et de profits (notamment des industries d'armement...) et glorification de personnages ou d'entités politiques, et parfois des polémiques où le négationnisme se taille la part du lion, il ne reste plus grande place pour la réflexion et éventuellement le changement ou l'affermissement des comportements envers bien des aspects de la vie politique, économique ou/et sociale. 

    Ce qui devrait être l'occasion d'une réflexion sur les causes et les effets des événements célébrés devient simplement l'affirmation de postures et de réaffirmation d'allégeance ou encore - on peut se demander si c'est pire ou c'est meilleur - de rappel pour beaucoup de citoyens oublieux de leur propre histoire. 

   Les critiques précédentes découlent en fait de l'inscription des commémorations diverses et variées dans un roman tribal, national, fédéral...entre interprétation historique plus proche de la falsification que de la simplification et manipulation idéologique plus ou moins cohérente et plus ou moins constante, lequel vise très souvent à faire entrer ou à maintenir des populations parfois relativement variées dans une même communauté. Suite souvent à un conflit majeur dont beaucoup d'acteurs participants veulent clore les conséquences sur l'histoire de leur pays ainsi "unifié" dans une même ferveur collective. Il s'agit pour eux et pour maints observateurs extérieurs d'indiquer un nouvel avenir à partir d'un événement fondateur plus ou moins fabriqué à une époque où la "vérité historique" est la moindre des préoccupations. Il s'agit de construire une histoire tribale, nationale ou fédérale qui fasse le moins possible de place à l'expression de conflits souvent sanglants et difficiles à résoudre réellement, qui, même s'ils perdurent, sont ainsi mis "en perspective" par rapport aux bienfaits et aux nécessités d'un "vivre ensemble". Ce faisant, les esprits tendent à faire de ces mêmes conflits des repères parfois magnifiés pour tourner la page d'une histoire parfois sombre même si beaucoup y avaient placés de grands espoirs. Ces repères permettent à la fois de se rappeler plus ou moins clairement (de moins en moins clairement vus les sédiments festifs et commerciaux qui s'y rapportent) des conflits et souvent la "fin" de ceux-ci et d'opérer dans des manifestations rituelles le rapprochement qui scelle un destin commun. Jusqu'à faire de ces manifestations régulières dans le temps et dans l'espace des jalons de cette vie commune qui apparait comme quelque chose d'irrémédiable, d'acquis plus ou moins définitivement, d'obligatoire et porteur de bienfaits. Même si en définitive, il s'agit là de mythes et de rites, ceux-ci permettent de faire d'agir, plus ou moins consciemment, plus ou moins volontairement sur certains aspects de ces conflits, au moins dans leur représentation. Ces dates, annuelles ou plus éloignées, constituent comme des repères dans ce "vivre ensemble", sortes d'exorcisme de leurs causes, effets et conséquences, en faveur de quelque chose d'autre que ce qu'ils ont accompagnés de douleurs et de séparations. Même si ce quelque chose d'autre n'est pas évoqué, il est pourtant nommé dans ce roman, dans ce mythe... dans les nominations mêmes de ces fêtes : royales, républicaines, fédérales, même si les uns et les autres ne mettent pas dans ces appellations la même chose...

  De ce fait même, de cette célébration, les conflits souvent non résolus sont mis en perspective des coopérations nécessaires entre les membres de populations plus ou moins étendues. Ces fêtes même donnent à ces conflits et à ces coopérations des "couleurs" des tonalités, des "sons" qui, d'une certaine manière, contribuent à les rendre moins dramatiques, plus banals, et surtout moins importants en regard des coopérations qui apportent aux communautés ainsi "soudées" en coeur et en esprit, les moyens de rendre leur vie possible, agréable et parfois, paisible. 

 

RAGUS

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10 décembre 2016 6 10 /12 /décembre /2016 08:59

   Sans craindre les anachronismes historiques, osons une comparaison entre les comportements lors des grandes pandémies en Europe au Moyen-Age et à la Renaissance et lors des pollutions chroniques contemporaines. 

Mettons pour l'instant de coté le fait que la dernière grande pandémie découle directement de la Première Guerre mondiale et que les grandes épidémies de peste proviennent en partie d'opérations militaires de siège de villes, suite à l'utilisation de cadavres d'hommes ou d'animaux comme armes biologiques. 

Lors des grandes pandémies au MA en Europe, contrairement à ce qu'on pourrait croire, les premières réactions ne furent pas de procéder à des prophylaxies radicales. Au contraire, entre le report des causalités sur des phénomènes religieux et les accusations contre les minorités, notamment dans les villes (juifs, autres confessions), il s'git d'abord comme aujourd'hui de désigner des coupables dont le châtiment est censé faire reculer le fléau. Les bûchers d'autrefois sont remplacés par des procès aux pollueurs, mais l'intention de bouc émissaire reste la même. On veut croire à des événements exceptionnels dont on peut éliminer les conséquences par des actes ponctuels contre des coupables (facilement) désignés. 

Il ne s'agit pas de prendre des mesures globales, et à cela plusieurs grandes raisons qui alimentent le déni sur la gravité et la profondeur et la longévité des maux :

- les intérêts économiques du moment interdisent des mesures radicales. Les premières réactions (qui perdureront d'ailleurs un certain) lors des épidémies anciennes étaient de fermer les portes des villes, non seulement pour empêcher des malades d'y entrer, mais surtout pour empêcher les populations de sortir, le commerce serait alors détruit, et avec la position financière des puissants... Comme aujourd'hui, malgré l'ampleur des pollutions (au caractère parfois spectaculaire!), il ne faut surtout pas bouleverser les grands équilibres économiques et encore moins toucher aux intérêts industriels, commerciaux et financiers des firmes polluantes (quel que soit la modalité de la pollution...). Le chantage à l'emploi demeure encore la meilleure arme pour dissuader de prendre des mesures profondes contre les atteintes (radicales)... à l'environnement

- les mentalités religieuses des époques anciennes mettent sur le compte de manifestations surnaturelles ces pandémies dévastatrices. La chasse aux sorciers et aux sorcières (juifs de préférence) demeure la meilleure manière de faire cesser le fléau. Il s'agit alors de les mettre sur le compte de puissances extra-humaines. Aujourd'hui, les climatosceptiques ne sont pas très différents de ces hommes-là : ils mettent sur le compte de phénomènes naturels malheureux (l'activité du soleil, des conjonctions malheureuses du climat...) ce qui pourtant s'avèrent bel et bien le résultat d'activités humaines. Sans compter que se conjuguent souvent entre eux ignorance scientifique, foi religieuse parfois outrageuse et intérêts matériels très bien compris... La recherche d'un bouc émissaire domine la nécessité de trouver des remèdes...

- les réactions sont d'abord individuelles et groupales plutôt que collectives. L'intérieur particulier passe avant un intérêt général mal compris. Les réactions des bourgeois à la peste sont d'abord de fuir les lieux où elle se manifestent, en tentant - mais les autorités des villes les contrarient pour cela - de quitter la ville pour la campagne (qui empeste moins...).

- L'hygiène était très défaillante à ces époques (on pouvait se laver tout habillé...), notamment dans les rues des villes, les épidémies pouvaient s'y propager très vite. L'hygiène envers l'air étant très défaillante à notre époque, les pollutions s'alimentent les unes aux autres, gaz toxiques et micro-particules alimentent les poumons de manière très collaboratives. Ce qui ne se voit pas immédiatement - les microbes comme les gaz polluants - est ignoré, n'existe pas, est soit-disant dilué dans un tout immense, sauf que la planète est une sphère fermée et cela rend difficile l'évacuation éternelle des polluants... Et lorsque cela est connu, notamment des autorités savantes (au MA) ou scientifiques (de nos jours), l'ensemble des autorités politiques préfèrent ignorer le mal pourtant massivement là, car tout changement dans les manières de faire menacent les "grands équilibres économiques". Au MA, cela signifie la conjonction des systèmes pénitentiels des Eglises et des petits commerces (notamment de viande et d'eau, mais aussi des chevaux) des villes. De nos jours, cela signifie la conjonction des croyances aux bienfaits des techniques et des petits (et des grands) commerces autour de la voiture et du pétrole.

- Enfin, dernier point d'analogie, les différents comportements des différentes couches de la population. Les classes sociales capables de comprendre le danger de la peste comme de la pollution cherchent d'abord à s'en prémunir - par isolement de quartiers des villes ou par emploi de technologies filtrantes dans les habitations, sans s'occuper de la totalité de la communauté. Des solutions techniques (illusoires mais c'est une autre affaire) sont recherchées, qui permettent des protections tout en gardant le fonctionnement "normal" de la société... Alors que ce sont souvent les classes les plus pauvres qui souffrent les premières de la pollution, des politiques globales ne sont mises en place que lorsqu'il apparait évident que les classes les plus riches ne peuvent s'en protéger... Et souvent, il est trop tard pour empêcher la propagation de la peste (ou du choléra) comme de la pollution, car on a perdu du temps à rechercher des solutions techniques particulières... 

RAGUS

 

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1 novembre 2016 2 01 /11 /novembre /2016 10:28

  On passe généralement sans s'arrêter à l'expression Société à Responsabilité Limitée comme à celle d'ailleurs de Société Anonyme. Pourtant, ce qui ne serait dans leur esprit que garantie juridique contre toute attaque concernant leur commerce, constitue un élément institutionnalisé d'une irresponsabilité qui court tout le long du système économique dans lequel nous vivons. Peu importe si l'on vend de la viande à la qualité limite (et parfois assez bien pourvue en staphylocoques), peu importe si l'on vend des boissons très sucrées ou très alcoolisées, peu importe si l'on fait circuler des objets plus ou moins dangereux, du moment que le chiffre d'affaires est garanti et que les comptables disent que l'affaire est rentable... Courre à travers tous les maillons de la chaîne économique, du producteur au consommateur une indifférence totale sur les conséquences de la circulation de milliards de produits, dont plus personne d'ailleurs ne veut contrôler la situation du moment que les soucis financiers s'évaporent... Ignorants ou/et stupides, les responsables politiques et notamment ceux qui sont chargés nommément de la sécurité au sens large des citoyens, se moquent de savoir si l'amiante est nocive, si les nanoparticules sont plus incontrôlables encore que les particules, si les divers objets dont ils protègent la destinée marchande soient dangereux ou pas. Le petit commerçant inoffensif et la grande multinationale rapace sont pourtant co-responsables de ce qu'ils font ou ne font pas...

Dans le même ordre d'idée, à nos yeux, les commerçants des ventes d'armes sont les premiers responsables de l'usage des objets qu'ils vendent à renfort de publicités tapageuses. Les vendeurs d'armes d'ailleurs sont les premiers informés de possibles guerres - donc de marchés juteux - dans maintes partie du monde, et ils se gardent bien de les prévenir (ils s livrent plutôt à une course à la vente...)... Ils sont aussi responsables des destructions et des victimes que les utilisateurs des divers armements et si maints champs de bataille en milieu urbain se multiplient à l'heure actuelle, c'est bien parce qu'elles distribuent à tout va les armements les plus performants et les plus miniaturisés possibles, afin que même le civil qui n'a jamais porté d'armes puisse tirer au but. Par comparaison, ils sont aussi responsables que s'ils distribuaient des couteaux de divers formats dans des cours de récréation de maternelles. Et d'ailleurs, on en retrouve sinon dans des maternelles, mais dans des cours d'écoles ou d'universités... Et ne venez pas me dire que ces officines ne vendent qu'à des responsables adultes, car on peut se demander précisément s'ils sont si adultes que cela...

  Malgré cette culture de l'irresponsabilité, les choses bougent peu à peu. On en est pas à inclure dans tous les contrats des clauses de suivi des objets vendus et des attendus de justice financière ou pénale, mais on y vient petit à petit. Diverse traçabilité sont inclues dans les législations et les règlements. Sous la pression d'urgences écologiques ou/et humanitaires, de plus en plus de marchandises sont déclarées sous surveillance voire interdites (mais cela prend du temps, voyez l'amiante dont les industriels connaissaient dès le début les propriétés toxiques...)... De plus en plus également, des voix s'élèvent pour les sociétés commerciales en général ne se désintéressent plus des conséquences sociales de leurs agissements économiques...

Il est dommage d'ailleurs que des avancées juridiques dans la responsabilité civile et pénale de mise en circulation de matières dangereuses ne soient pas toujours suivies des moyens adéquats de mise en oeuvre. L'affaiblissement des Etats, les défaillances de système de gouvernance faisant appel au secteur privé, une certaine mansuétude double à l'égard des "pauvres" commerçants et financiers engagés dans des affaires un peu sulfureuses et à l'égard de la violence au sens large, le regard constamment porté sur le court terme financier, tout cela se ligue pour retarder nombre de mesures nécessaires... Il est encore loin le système économique où feront place à des SARL et des SA, des sociétés responsables civilement et pénalement, mais surtout moralement. On en est encore à faire porter le poids des réparations aux multiples désastres (sociaux, financiers, écologiques...) causés à l'ensemble des populations (d'ailleurs victimes en première ligne souvent) plutôt qu'aux acteurs factuellement responsables. Quand on sait que même les erreurs financières du secteur privé sont prises en charge par les politiques publiques, il y a de quoi faire rager...

  La culture de l'irresponsabilité n'est pas que concentrée sur ces sociétés ; elle est largement partagée par nombre d'opinions publiques... C'est le comportement du déni qui l'emporte encore face aux multiples urgences planétaires... C'est encore un comportement focalisé sur le court terme, sur les plus proches, qui sous-tend la majeure partie des actes de la vie quotidienne. A croire que l'humanité n'est en définitive pas une espèce viable... Pour ne pas sombrer dans le pessimisme... dont se nourrit (encore une fois!) tout le système économique... les acteurs de la société civile ou/et de l'Etat ont fort à faire. Entre un sentiment qu'il est trop tard de toute manière (et l'enchainement des catastrophes soutient ce sentiment de plus en plus partagé) et la volonté coûte que coûte de renverser le cours des événements, beaucoup doutent et hésitent. Et pourtant, comme dans une situation de guerre, il faudra bien pour survivre que l'emporte la responsabilité.

 

RAGUS

 

 

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22 septembre 2016 4 22 /09 /septembre /2016 07:24

   La temporalité, définie dans les dictionnaires comme caractère de ce qui est dans le temps ; le temps vécu, conçu comme une succession dévénements et pourrait-on ajouter conçu comme relation entre les événements, est un mot peu utilisé dans le langage courant. On le retrouve cependant dans certains traités de sociologie, mais là aussi son usage est peu répandu. Pourtant, il a l'avantage de signifier certains décalages dans la succession des événements, suivant le domaine considéré.

La temporalité sociologique, la temporalité économique, la temporalité politique, la temporalité psychologique.... voilà des temporalités qui, si elles sont présentes dans la vie réelle ne vont pas au même ryhme. Il est pourtant une temporalité, celle des médias de tout genre, et plus la circulation de l'information est rapide dans ceux-ci, plus le phénomène s'enfle, qui est très caractéristique de nos société dites développées, qui contribue tant souvent à toutes les confondre (dans les représentations).

Ainsi, des politiques économiques dont les effets sont pourtant lents à se faire sentir, sont-ils mis régulièrement au compte de l'activité de personnels politiques qui n'étaient même pas là au moment des prises de décision invoquées. Ainsi une situation économique est-elle interprétée comme s'il y avait instantanéité entre activité politique et activité économique et même conséquences sociologiques. De quoi introduire dans des esprits qui ne suivent qu'en pointillé tout ce qui dépasse les frontières de leur petit monde domestique, des confusions en chaîne aux effets qui peuvent être redoutables. Invoquer de même les afflux migratoires récents pour expliquer des difficultés économiques structurelles, techniques favorites de nombre de démagogues relève de la même confusion. Un certain populisme s'alimente de confusions de ce genre, tant le populisme en soit n'existe que par une ignorance relative de la part des populations  du fonctionnement de leur propre société. 

Confusion aussi souvent dans le domaine de la défense entre temporalités tactiques et temporalités stratégiques. Un exemple flagrant vient de la temporalité médiatique de la guerre froide par rapport aux évolutions technologiques réelles dans les deux camps de l'Est et de l'Ouest. Souvent l'annonce d'une montée en puissance est confondue avec une réelle montée en puissance, que ce soit la sienne ou celle de l'aversaire, cette puissance qui pourtant met du temps à ... monter, étant déjà considérée comme réelle où moment où elle est annoncée, alors qu'il s'agit souvent que des premières évolutions (à moins que, plus, il ne s'agissent que d'anticipation) - qui ne trouvent parfois pas leur aboutissements - de puissance.

On en vient même à calquer une temporalité criminelle récente sur une temporalité psychologique, celles d' auteurs d'actes criminels importants (en nombre de victimes notamment), elle-même reliée à une temporalité politique...et même stratégique, celle d'une radicalisation des esprits dont on a peine tout de même à imaginer les cheminents... Comme si la vision d'informations sur Internet pouvaient modifier radicalement la personnalité... (ou alors il s'agit réellement d'esprits particulièrement faibles!)

La temporalité médiatique, celle par laquelle est perçue l'événement rassemble alors dans une même séquence temporelle, ne serait-ce qu'en quelques jours, temporalité psychologique, temporalité criminelle et temporalité politique (l'allégéance à une groupe politico-religieux), dans une certaine naïveté d'ailleurs en croyant qu'il s'agit de crier Allah akbar pour faire partie de la communauté des sauvés dans l'au-delà, naïveté dont on a l'impression qu'elle est partagée autant par les auteurs d'actes prétendument martyrs que par les multiples journalistes de dernière catégorie qui rapportent les événements eux-mêmes, eux-mêmes soutenus d'ailleurs par un tas d'experts auto-proclamés en terrorisme, qui trouvent là une source de notoriété et de revenus conséquents...

Le premier devoir de l'analyste, qu'il soit politique, économique ou criminel, est pourtant de démêler ces différentes temporalités, agglutinées par la grâce de la plume, du verbe ou de l'électronique, dans une même séquence courte. On peut regretter à cet égard la faible investigation dont font preuve maints orateurs, tout occupés par le court terme, par les multiples arrangements tactiques avec la vérité, et très peu par des perspectives stratégiques à moyen ou long terme.

Un des télescopages les plus navrants des temporalités est bien entendu la confusion entre temporalité économique et temporalité écologique. Croire que l'on peut en même temps sauver les emplois partout et l'avenir de nos petits enfants, face aux conséquences des bouleversements climatiques relève bien souvent soit de la naïveté, soit de l'irresponsabilité, soit encore de ce court-termisme qui est la calamité des temps qui courent. Plus on retarde les mesures économiques indispensables, plus on en subira les conséquences les plus néfastes. Plus nous tardons à les prendre, plus la manière dont ces conséquences peuvent être évitées seront douloureuses, voire sanglantes. Ne pas comprendre la temporalité de la nature, le temps long par excellence, avec ses à-coups souvent meurtriers et sa différence essentielle avec la temporalité économique, qui elle-même est déjà peu rapide, et encore la différence entre cette dernière et la temporalité politique qui se mesure en durées brèves de mandats. On peut  peut-être l'admettre de la part d'hommes et de femmes qui ont déjà abdiqués plus ou moins leurs statuts de citoyens. Mais pas de ceux qui, par leur formation intellectuelle et leurs activités, sont à même de comprendre l'urgence qu'il y a à penser des réformes en tenant compte de ces multiples temporalités et surtout de la nécessité à les entreprendre.

 

RAGUS

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9 juin 2016 4 09 /06 /juin /2016 07:24

 Sans esprit partisan, la première approche de l'idéologie consisterait à écrire qu'il s'agit tout simplement d'un ensemble d'idées cohérentes les unes aux autres, avec un projet de société, une vision du monde, une perspective du futur... Loin d'en faire un mot péjoratif, contrairement à une certaine presse bien complaisante qui dissimule sa vraie nature intellectuelle derrière ses attaques assez faciles contre l'idéologie communiste, l'idéologie anarchiste, l'idéologie socialiste, comme si l'idéologie libérale, l'idéologie néo-libérale, l'idéologie d'un système politique donné - d'ailleurs de tout système politique passé, présent et futur - n'existaient pas. Ce serait d'ailleurs faire injure à beaucoup de philosophes, pour ne parler que d'eux, qu'ils soient de "droite" ou de "gauche" de dire qu'ils n'ont pas d'idéologie, ce qui voudrait dire qu'ils n'ont pas d'idées, et encore moins d'idées cohérentes entre elles. Je ne méconnait pas le fait que des hommes politiques donnent parfois l'impression qu'ils ont des idées en l'air (LR... sans doute. oup, je l'ai dit!..), ce qui n'est peut-être pas vrai, guidés qu'ils sont souvent par des conseillers en communication qui, ont, sans doute encore (que je suis charitable, là!), le cerveau relativement pauvres en idées réelles (les yeux et le cerveau rivés sur les sondages quotidiens...). Mais notre propos est ailleurs.

   Il s'agit de bien voir que sans idéologie aucune politique n'est possible, même celle qui consiste à favoriser la propriété privée, la concentration des richesses, l'imbecillité médiatique, l'esprit en l'air généralisé (ça y est, je recommence!) par des outils de "communication" constamment utilisés (on regardait autrefois sa montre plusieurs fois par heure, maintenant c'est le smartphone!, et pas seulement pour l'heure qu'il est...). On peut même écrire que plus l'objectif est à long terme, plus on a besoin d'un ensemble d'idées qui guide l'action, que cet ensemble d'idées soit facilement catalogable selon des critères politiciens ou médiatiques, ou pas. Enfin, les idéologies n'existent pas dans les limbes, elle sont l'expression de représentations du monde et des intérêts... qui ne coïncident pas forcément (et d'ailleurs dans la majorité des cas, il y a de fortes discordances) avec la réalité. 

   Il faut en finir avec le sens péjoratif d'idéologie et d'idéologique, sauf à tirer un trait sur de nombreuses philosophies politiques sur la presque totalité du vaste champ de positions partisanes. A moins qu'effectivement, il y ait, dans le marché politique électoral, de moins en moins de gens avec des idées très précises et de plus en plus d'opportunistes carriéristes... Plus calmement, nous avons tendance à penser qu'un certain nombre de forces politiques aimeraient bien que certaines idées n'existent plus. Pourquoi pas alors ne pas les qualifier d'idéologiques, pour signifier qu'elles ont perdu tout lien avec la réalité bien comme il faut...

 

MORDUS

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14 mai 2016 6 14 /05 /mai /2016 09:59

     Ce n'est pas seulement par humour que ce titre apparait, car dans le monde de l'édition des revues, circule en permanence des publications qui déclarent ou ne déclarent pas leur appartenance religieuse. Comme les temps sont à la tolérance religieuse, à l'introspection des religions et aux multiples études sur les religions dont l'ampleur dépasse largement de nos jours le prosélytisme religieux ou l'affermissement de la foi religieuse ou même l'engagement de certaines asociations religieuses dans les domaines les plus divers, il n'est pas certain que la couleur religieuse des publications soit facile à identifier au premier abord.

L'ensemble du monde éditorial religieux, autrefois dominé par une Eglise ou une autre, chargé de diffuser sa foi auprès de plusieurs sortes de populations (diversifiant les présentations et les formats des ouvrages... ainsi que leurs contenus!), subit, suit, encourage (c'est selon) tout le mouvement de sécularisation du monde occidental et bien au-delà. Pour ce qui est de l'Europe. Le public averti sait bien que les Editions ouvrières sont liées à l'histoire du monde catholique, que les Editions Odile Jacob présentent des thèses plus ou moins favorables à une lecture conservatrice des textes sacrés. Le public en général discerne assez bien la provenance des journaux La Croix, Témoignage Chrétien ou L'Humanité (non suspect de favoritisme au sujet de la religion), mais il existe des passerelles, des accointances plus ou moins avouées entre certains intégrismes intolérants et certains journaux conservateurs et même d'autres, qui peuvent se permettre de distiller des idées sur l'invisible, des doutes sur la valeur de la recherche scientifique en général par exemple.

 C'est qu'il n'est plus possible aujourd'hui sans rire de diffuser des vulgarisations illustrées des Livres Saints ou des prêches plus ou moins conservateurs confinés à un public largement conservateur et... relativement intolérant envers les religions non chrétiennes, et parfois même particulièrement acides envers l'Islam en particulier. On admirera ici le zèle de ces missionnaires des Témoins de Jévohah capables de débiter plus d'un postulat à la minute... Le fait que ces revues diffusent dans l'extrême droite ne doit pas étonner. Toute la toile religieuse conservatrice, plus ou moins grossie par des événements comme le schisme de Monseigneur Lefèbvre ou encore les flambées médiatiques sur un "renouveau" religieux qui touche surtout les associations évangélistes, a tendance parfois à déborder sur des publication a priori profanes. Les écrivains sérieux sont parfois sollicités par cette mouvance qui n'hésite pas à mêler la violence physique à la violence verbale, mais ils préfèrent de loin diffuser leur prose dans des journaux, des revues ou des publications considéréres comme "sérieuses" et/ou scientifiques. Que l'on déplore le fait qu'ils le fassent souvent sous couvert de diplômes universitaires (parfois inventés!) et non au nom de leur foi est une chose, mais les faits sont là.

Des scientifiques de toutes les branches des sciences sociales ou des sciences politiques ou même des sciences physiques délivrent leurs messages plus ou moins élaborés, sans proclamer leur appartenance et cela encore plus dans le monde (de l'édition s'entend) européen que dans le monde américain. Car si aux Etats-Unis et en Grande bretagne, on admet le "mélange" et même "l'alliance" entre la science et la foi, on en est plus circonspect en Europe... Aux Etats-Unis, les fondations américaines "pieuses" financent et s'immiscent ouvertement dans les domaines les plus divers, distribuant au passage la charité, et cela n'émeut personne. En Europe, les associations qui font le même genre d'entreprise préfèrent se cacher pour mieux défendre leur foi.

Mais ce qui nous intéresse particulièrement ici, ce sont les revues qui traitent directement de la religion dans une perspective de recherche. Celles qui diffusent tout-à-fait officiellement une réflexion sur des aspects de la spiritualité (que l'on pense aux revues Etudes ou Projet) ou sur l'histoire, la sociologie... de phénomènes de manière "non" religieuses mais dans une perspective d'approfondissement en définitive de la foi et qui n'hésitent d'ailleurs pas à réaliser des études sur l'incroyance ou le paganisme sortent pour l'instant de notre champ. Car elles opèrent souvent aux marges d'une Eglise (mais de l'intérieur) avec un esprit critique tendant à les tirer souvent hors de ses conservatismes... et de sa bigoterie...

Et parmi les revues nous intéressent dans un premier temps, au détour d'une étude plus générale sur la tolérance, qui traitent directement de la religion, celles qui étudient leur histoire, leur sociologie, voire leur économie ou les relations entre politique et religieux, les Archives des sciences sociales des religions, la Revue de l'histoire des religions, ThéoRèmes, Cahiers d'études du religieux, la Revue des Sciences religieuses, Chrétiens et Sociétés, et pour dépasser un certain christiano-centrisme, la Revue des Etudes Juives et la Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, puis pour aller au-delà de la sphère des revues plus ou moins bienveillantes envers les religions, Athéisme, l'homme debout et La Pensée, d'où est issue La Pensée Libre.

On peut observer que le niveau de compréhension de la religion dans ces revues est parfois bien supérieur à la moyenne des prêcheurs de tout bords. On peut tout juste souligner qu'en Europe, on est encore sourcilleux sur le mélange des genres qu'implique le "Godbusness" outre-atlantique...

     Le ton général qui se dégage de toute cette recherche n'est pas facile à distinguer, tant nous sommes plutôt dans un éclatement général des convictions qui s'éloignent très souvent de tout dogme clair, à l'image sans doute du monde des Eglises proprement dit, jusque dans l'Eglise catholique, le "dernier rempart" du dogmatisme en univers chrétien semblant se trouver dans l'Eglise orthodoxe en Russie, qui semble reprendre nombre de pouvoirs spirituels et temporels que l'URSS lui avait déniés. Même en terre d'Islam et bien entendu en terre judaïque (mais là, il s'agit d'une tradition pluri-séculaire), le paysage est tellement bigarré qu'on serait même en peine de distinguer conservateurs et progressistes, à moins de prendre comme élément de sondage l'accointance des uns et des autres aux pouvoirs économiques et politiques. On peut même pointer l'existence au sein de ces recherches sur les religions une résistance forte dans toutes les occasions de revitalisation des vieilles lunes bibliques (créationnisme, péché originel...), par exemple lors de l'épidémie du SIDA sur la morale sexuelle, lors des élucubrations plus ou moins fortes des neurosciences à l'égard de problématiques de l'inné et de l'acquis...

 

FURIUS

 

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3 janvier 2016 7 03 /01 /janvier /2016 09:05

Le fossé qui sépare aujourd'hui le citoyen lambda de l'élite politico-économique ne tient pas seulement à l'écart des revenus (et des possibilités d'échapper à l'impôt), à la technicité des débats économiques ou à l'éloignement progressif des priorités politiques (entre les cours de la Bourse et l'emploi par exemple), ni non plus au désintéressement croissant vis-à-vis des affaires de la cité, individualisme ambiant oblige, mais aussi d'une tendance structurelle à la promotion dans les entreprises ou dans les institutions politiques. Cette tendance se résume à la promotion, à un moment de leur carrière, des individus à leur niveau d'incompétence, de manière individuelle et collective, les solidarités à la même échelle socio-économico-politique consolidant cette même tendance... Mais, il ne s'agit pas cela de cela : il existe, parallèlement à cette désaffection sur la chose publique (les intérêts privés, quels qu'ils soient, primant en fin de compte), une tendance à la médiocrité générale. A la démocratie se substitue la médiocratie : une mauvaise démocratie (le déni du vote direct des citoyens ou une mauvaise conception de la représentation de ceux-ci, par exemple) produit de mauvais citoyens, comme de mauvais citoyens (vivant sciemment leurs individualismes au mépris du collectif) produisent une mauvaise démocratie, en un cycle infernal qui mène tout droit à la dictature consentie et désirée... Si cette médiocrité générale touche le domaine public, il n'épargne pas les activités économiques privées, ni la vie privée...

La multiplication des sollicitations d'attentions, l'auto-imposition, sous forme d'addiction, de sources de détournement d'attentions (smarphone, tablettes et autres) se traduit par un buzz constant de bruits ou d'informations parasites qui font de la vie quotidienne une mutitude d'interruptions d'actions, une discontinuité carrément de l'espace et du temps). Pas étonnant qu'au bureau, dans les relations de travail ou même dans les relations interpersonnelles au travail, dans les relations entre adultes et entre parents et enfants au domicile soient empreints de cette sorte de perte de continuité, qui fait qu'on passe constamment dans la journée du coq à l'âne, si à une relation se superpose dans le même temps  ou dans le même espace ou presque, une autre relation... Le travail et la qualité de la relation en subit les conséquences, sans que l'on ne s'en aperçoive immédiatement... La médiatisation à travers la télévision se trouve démultipliée par ces petits appareils que l'on garde pratiquement en permanence sur soi... A la relation immédiate avec l'entourage, se substitue en importance (de qualité et de quantité) les perceptions médiatisées de la réalité, induisant une décroissance d'efficacité dans l'action, d'où une certaine médiocrité de toutes sortes de prestations de biens et de services, comme des relations entre individus... La médiocratie dont on parle ne ressort pas immédiatement de ce phénomène, mais cela pfait partie du 'tableau d'ambiance". Revenons donc pour le moment à ce que des sociologues et les managers appellent le principe de Peter, qui combinés avec d'autres éléments, forment la médiocratie... Les auteurs qui analysent ce principe et ceux qui traitent de la médiocratie ne se penchent pas sur ce phénomène-là, où le ludique immédiat se mêle à une baisse d'attention généralisée...

  Le principe de Peter, appelé parfois par des spécialistes (de ressources humaines notamment) "syndrome de la promotion Focus", est une loi empirique relative aux organisations hiérarchiques, proposée par Laurence Johnston PETER (1919-1990), pédagogue canadien, professeur agrégé de l'Education, installé en 1966 à l'Université de Californie du Sud et Raymond HULL (1919-1985), écrivain canadien, poète, travaillant surtout à la télévision, dans leur ouvrage du même nom publié en 1970.  

Selon ce principe, dans une hierarchie, tout employé a tendance à s'élever à son niveau d'incompétence et avec le temps, tout poste sera occupé par un employé incapable d'en assumer la responsabilité. L'ouvrage de PETER et Hull est rédigé sur un ton satirique mais le principe exposé fait ensuite l'objet d'études universitaires et de réflexions managériales, qui examinent sa validité en le confrontant au réel, avec des conclusions d'ailleurs de validité complète et partielle. Il existe des réflexions dans le management tendant à vouloir corriger les incidences du Principe de Peter dans l'entreprise. Mais comme ce principe touche tous les stades de la hiérarchie, plus on monte dans celle-ci, plus des solidarités socio-professionnelles s'opposent aux efforts déployés pour contrecarrer ses effets. La nature trop générale (toutes les organisations hiérarchiques) du principe de Peter, le fait que toutes les promotions ne se font pas suivant les compétences et le fait que les nominations ne soient pas toujours du fait des hiérarchies elles-mêmes (processus d'élection ou de sélection extérieure), modèrent la validité d'un tel principe. Les exemples pris par ces deux auteurs sont relativement nombreux, ce qui frappent le plus concernant le monde de l'enseignement. C'est sur cet exemple qu'enchaine l'étude d'Hans Magnus ENZENSBERGER (né en 1929), comme l'écrit Alain DENEAULT dont le livre sur la médiocratie inspire cet article, portant sur l'être de "l'analphabète secondaire". Cet être est produit en masse par les institutions d'enseignement et de recherche ; il se fait fort d'une connaissance utile, moyenne, qui n'enseigne toutefois pas à remettre en cause ses fondements idéologiques. "Il se considère comme informé, sait déchiffrer modes d'emploi, pictogrammes et chèques, et le milieu dans lequel il se meut le protège, comme une cloison étanche, de tout désaveu de ca conscience" résume ce dernier dans son essai Médicroté et folie (Gallimard, 1991 (1988)). Le savant médiocre ne pense jamais par lui-même, il délègue son pouvoir de pensée à ses instances qui lui dictent ses stratégies aux fins d'avancement professionnel. L'autocensure est de rigueur pour autant qu'il sait la pésenter comme une preuve de roublardise, d'autant plus, ajouterions-nous, qu'il n'accorde pas dans sa vie une importance centrale à son activité officielle... Depuis un long processus déjà analysé par Karl MARX (Introduction générale à la critique de l'économie politique, 1857) où il réfléchit sur les conséquences des multiples pertes de qualification professionnelles entrainée par la révolution industrielle, le métier étant ravalé au rang de "moyen" interchangeable, les sociétés occidentales subissent une médiocrisation du savoir-faire général. La tendance à l'exclusion des non-médiocres (gêneurs, ennuyeux, voire dissidents) se voit confirmée régulièrement, mais comme l'écrit Alain DENEAULT, "on le fait aujourd'hui en prenant le parti de la médiocrité. Pour lui, "des psychologues trouvant toute leur place dans des écoles de commerce inversent les rapports de valeur en présentant les formes singulières de compétence comme un surcroit de "maitrise de soi". Il pointe les travaux par exemple de Christy Zhou KOVAL, de la Duke University's Fuqua School of Business, qui "présente les travailleuses et travailleurs qui se trouvent exigents envers eux-mêmes comme des sujets quasi responsables du fait qu'on finit par abuser d'eux. Il leur revient d'apprendre à restreindre leur activité à un cadre étroit. Leur propension au travail bien fait et au sens large des responsabilités passe désormais pour un problème. Ils dérogent ainsi à leurs objectifs "personnels", soit leur carrière telle que la paramètrent leurs institutions de tutelle.".

Notre auteur s'appuie pour définir cet ordre médiocre érigé en modèle sur les travaux d'Alexandre ZINOVIEV (1922-2006), dans sa description des aspects généraux du régime soviétique en des termes qui le font ressembler à nos démocraties libérales. Dans son roman satirique Les hauteurs béantes, il déploie ses théorèmes : Je parle de la médiocrité, comme d'une moyenne générale. Il ne s'agit pas du succès dans le travail, mais du succès social. Ce sont des choses bien différentes. (...). Si un établissement se met à fonctionner mieux que les autres, il attire fatalement l'attention. S'il est officiellement confirmé dans ce rôle, il ne met pas longtemps à devenir un trompe-l'oeil ou un modèle expérimental-pilote, qui finit à son tour par dégénérer en trompe-l'oeil expérimental moyen."

Dans cette vision des choses l'expert s'érige comme la figure centrale de la médiocratie. "Sa pensée, écrit notre auteur, n'est jamais tout à fait la sienne, mais celle d'un ordre de raisonnement qui, bien incrné par lui, est mû par des intérêts particuliers." On peut aisément reconnaitre que la plupart des experts économiques aujourd'hui adoptent un modèle que la moyenne reconnait comme seul valide, lequel s'avère nettement incapable des performances attendues. De la même manière, la plupart des experts politiques, conseillers politiques à tous les étages des hierarchies des partis ou des institutions, est adûlée cas adoptant le système politique moyen comme référence, lequel a une facheuse tendance à être contre-productif dans bien des domaines... L'expertise n'est vendable à large échelle que si elle confirme, émet, embelli une opinion commune très moyenne, et du coup, comme l'ensemble de la société considère les experts, surtout médiatisés, comme des références indépassables, celle-ci adopte des solutions moyennes à ses conflits de tout ordre, lesquels ont alors une fâcheuse tendance à s'accumuler, à croître en nombre et en puissance, à s'aggraver et à faire sombrer l'édifice social vers des lendemains qui chantent faux... La majorité des universitaires s'érige bien entendu comme la figure centrale de la médiocratie (Edward SAÏD, Reith Lectures de la BBC, en 1993). Cette médiocrité ambiante se camoufle sous le nom de professionnalisation, laquelle se présent socialement à la manière d'un contrat tacite entre, d'une part, les différents producteurs de savoirs et de discours, et, d'autre part, les détenteurs de capitaux. 

Notre auteur est sans concessions : "Les premiers fournissent et formatent sans aucun engagement spirituel les données pratiques ou théoriques dont les seconds ont besoin pour se légitimer. Saïd reconnait conséquemment chez l'expert les traits distinctifs des médiocres : "faire" comme il faut selon les règles d'un comportement correct - sans remous ni scandale, dans le cadre des limites admises, en se rendant "vendable" et par-dessus tout présentable, apolitique, inexposé et "objectif". Le médiocre devient dès lors pour le pouvoir l'être-moyen, celui par lequel il arrive à transmettre ses ordres et à imposer plus fermement son ordre.

Ce fait social mène fatalement la pensée politique à un point de conformisme qui se présente sans surprise comme le milieu, le centre, le moment moyen érigé en programme politique. Il se fait l'objet d'une représentation électorale porté par un vaste parti transversal n'ayant à offrir au public pour toute distinction qu'un ensemble de fétiches que Freud désignait par les termes de "petites différences". Les symboles plus que les fondements sont en cause dans cette apparence de discorde. Il faut voir comment, dans les milieux du pouvoir, comme les parlements, les palais de justice, les institutions financières, les ministères, les salles de presse ou les laboratoires, des expressions telles que "mesures équilibrées", "juste milieu" ou "compromis" se sont érigés en notions fétiches. Tellement, qu'on n'est plus à même de concevoir quelles positions éloignées de ce centre peuvent encore exister pour qu'on participe, justement, à cette proverbiale mise en équilibre. N'existe socielement d'emblée que la pensée à son stade pré-équilibré. Si sa gestation la prépare déjà dans les paramètres de la moyenne, c'est que l'esprit est structurellement neutralisé par une série de mots centristes, dont celui de "gouvernance", le plus insignifiant d'entre tous, est l'emblème. (...).(...) on évincera les esprits qui ne participent pas à la duplicité, et ce, bien entendu, de manière médiocre, par le déni, le reniement et le ressentiment. Cette violence symbolique est éprouvée.

La médiocratie nous incite de toute part à sommeiller dans la pensée, à considérer comme inévitable ce qui se révèle inacceptable et comme nécessaire ce qui est révoltant. Elle nous identifie. Que nous pensions le monde en faction de variables moyennes est tout à fait compréhensible, que des êtres puissent ressembler à tout point de vue à ces figures moyennes va de soi, qu'il y ait une injonction sourde ordonnant à tous d'incarner à l'identique cette figure moyenne est, par contre, une chose que d'aucuns ne saurait admettre. Le terme "médiocratie" a perdu le sens de jadis, où il désignait le pouvoir des classes moyennes. Il ne désigne pas tant la domination des médiocres que l'état de domination exercé par les modalités médiocres elles-mêmes, les inscrivant au rang de monnaie du sens et parfois même de clé de survie, au point de soumettre à ses mots creux ceux et celles qui aspirent à mieux et osent prétendre à leur souveraineté."

   Si nous exposons ici des termes de réflexion sur le principe de Peter et une médiocratie qui, non seulement aurait remplacé une démocratie au niveau politique, mais aurait installé des comportements de même type dans les milieux économiques et jusqu'aux aspirations sociales, c'est parce que cette dérive massive constitue un élément de négation des conflits, et parfois même de toute notion de conflit. Le conformisme tend à réserver le terme de conflits à des contradictions mineures et il faut l'éclatement fort de la violence pour qu'un réveil ait parfois lieu dans nos sociétés où les gens semblent devenus en majorité gras et paresseux...

 

Alain DENEUAULT, La médiocratie, Lux éditeur, 2015. Laurence PETER et Raymond HULL, Le principe de Peter, ou pourquoi tout va toujours mal, Le livre de poche, 1969 (réédition 2001). 

 

FURIUS

      

      

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20 novembre 2015 5 20 /11 /novembre /2015 07:27

Le déferlement d'images liées aux attentats de novembre à Paris (loin d'être aussi intense que lors de l'attentat de New York de 2001, mais il y a une différence dans l'ampleur de dégâts et du nombre des victimes comme dans la nature de la naïveté politique de la majeure partie de la population...) oblige à mettre les points sur les i en ce qui concerne les responsabilités collectives. Si le recrutement de terroristes est si important, si les armes se trouvent en abondance dans une économie parallèle en expansion, si les moyens financiers des commanditaires sont si amples, ce n'est pas seulement et de manière simplette parce que des islamistes riches et hargneux en veulent à des peuples qui n'adhèrent pas à leur moralité (sexuelle notamment) et à leurs croyances figées depuis des siècles dans des superstitions envahissantes. C'est aussi parce qu'ils trouvent dans les sociétés occidentales aux fortes injustices économiques un vivier miséreux (tant sur le plan matériel que moral) dans lequel ils peuvent puiser à loisir. C'est aussi parce que les responsables politiques ont libéralisé tous les marchés, y compris celui des armes légères, sans contrôle dans une sorte de démission collective. C'est aussi parce que les commanditaires s'enrichissent constamment des produits d'une rente pétrolière alimentée par les finances des millions de consommateurs de produits fossiles. Pour prendre un raccourci pourtant réaliste, nous payons les terroristes pour nous faire peur, nous payons les armes avec lesquels ils nous attaquent. L'étude des circuits financiers d'un groupe comme "Etat islamique" indique des sources (privées, mais cela s'explique par l'organisation tribale de ces sociétés...) concrètement présentes dans des Etats pétroliers parmi les plus riches de la planète. Nos économies, basées sur l'alimentation de cette rente pétrolière, financent - indirectement certes, mais la mondialisation financière est ce qu'elle est - les attaques terroristes dans le monde entier. S'il fallait une raison de plus, vus les changements climatiques actuels, pour renoncer à plus ou moins court terme aux substances fossiles, ce serait bien celle-là. La multiplication de discours guerriers - et de plans anti-terroristes sur les sols nationaux - ne changera rien à la réalité financière. Ce n'est pas que les différentes administrations et responsables politiques occidentaux ne l'ont pas compris - après tout les premières mesures américaines après le 11 septembre 2001 visaient les actifs financiers de certains milliardaires du Proche Orient - mais il existe une contradiction fondamentale entre stopper le terrorisme et continuer de libéralisation l'économie. Et réduire, c'est dans la logique, la puissance des Etats, donc leur capacité à défendre leurs citoyens contre ces mêmes menaces terroristes. Les Etats et organisations internationales ne peuvent intervenir efficacement dans ces circuits financiers qu'au prix d'une révision déchirante des a-prioris libéraux et néo-libéraux. Ils ne peuvent intervenir efficacement également qu'au prix de changements fondamentaux dans les fonctionnements énergétiques des économies. Ils ne peuvent réellement agir - au-delà d'une gesticulation médiatique assez vaine, sauf à contrôler davantage leurs propres populations - que s'ils effectuent un virage important dans la gouvernance mondiale, qui se traduirait concrètement par un retour aux contrôles inter-étatiques ou internationaux de tous les marchés : finance et commerce des armes possèdent trop de ramifications dans des domaines trop divers, de l'alimentation aux services de tout genre. Il s'agit aussi d'assécher le vivier miséreux dans lequel - sinon - les commanditaires continueront de puiser, dans une véritable armée de réserve nourrie de la misère économique et du marasme moral. Et pour cela, réorienter les économies vers la satisfaction des besoins les plus élémentaires de l'ensemble des populations, et cesser de faire des paiements des dettes la priorité des priorités des budgets des Etats. Les gouvernements doivent choisir entre continuer de payer les yeux fermés des dettes qui ne pourront de toute façon jamais diminuer et financer de déjà super-riches commanditaires d'attentats ou assurer la sécurité des populations dont ils ont la charge. Combattre le terrorisme est en définitive impossible sans restructuration des dettes publiques et privées.

Il faut donc cesser d'avoir des vues à court terme et des visions étroites des réalités. Celles-ci bousculent le confort - certains écriraient bourgeois - dans lequel s'est installé une grande partie des populations occidentales, mêlant ainsi égoïsmes personnels et collectifs et perception paresseuse de la vie. Il faut en finir avec des attitudes pavloviennes qui font qu'à chaque attentat - qu'on oublie quelques semaines après - lamentations et mesures sécuritaires passe-partout interviennent systématiquement en lieu et place de réflexions larges du phénomène terroriste. Ce n'est pas seulement en détruisant Daesh militairement, car cela est bien évidemment possible matériellement, que l'on va éradiquer toute forme de terrorisme. Avant lui et après lui, il a existé et existera toujours des commanditaires pour exprimer leurs désirs de puissance et leurs soifs d'une moralité affichée et pas toujours réellement suivie (mais tout de même imposée aux subalternes), tant la corruption des moeurs atteint même les milieux les plus réputés purs et religieusement conformes...

RAGUS

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17 mai 2015 7 17 /05 /mai /2015 10:38

   Au moment où de nombreuses élites entendent vivre en circuit fermé, tant en habitat qu'en économie, drainant vers eux les ressources nécessaires pour jouir dans le luxe et le raffinement quasi aristocratique, au moment où l'ensemble des médias, sous la coupe de ces mêmes élites, vantent encore, dans une sorte de déni, les joies et les vertus du capitalisme, de nombreux indices coucourent à mettre en valeur l'adage bien connu des dictateurs de toutes tendances selon lequel il vaut mieux avoir affaire à des masses populaires incultes et pauvres pour mieux gouverner. Incultes et s'il le faut à rendre incultes comme le fait actuellement ce pseudo Etat islamique régit par des lois barbares venant du fond des âges, qui efface toute trace de mémoire qui ne serait pas la célébration d'une certaine lecture du Coran, ou même d'une partie du Coran. Bien utiliser Internet et les canaux de communication pour duper à la fois cette masse sous son pouvoir et les populations voisines et agir sous le couvert d'un Islam noir pour opérer ces fameux pillages qui, sans cet oripeau, indiqueraient ce qu'ils sont, ni plus ni moins, des bandits armés. Tant que le capitalisme appauvrit (et affame) suffisamment les populations environnantes et dans le territoire ainsi mis en coupe (occupé), il y aura toujours une masse de réserve pour constituer des bandes armées disciplinées se réservant droit de pillage et de viols au nom d'une religion dont ils abaissent par la même occasion l'honneur et la spiritualité. 

   Cette manière de faire n'est pas réservé à des bandes "islamiques" relativement faciles en fin de compte à stigmatiser (ce qui donne un regain de couches de vertu à d'autres groupes mus par les mêmes mobiles...). Elle est également de fait de gouvernements arabes, de gouvernements africains et d'Asie et d'Amérique Latine, et aussi de gouvernements pseudo-démocratiques en Europe, pour ne prendre qui ne s'émeuvent même pas que les élus de leur pays soient de plus en plus mal élus. Détruire le système éducatif et le système de santé, pour ne réserver qu'à un petit nombre le bénéfice des découvertes pédagogiques et médicales, semble être la précoccupation de nombreux gouvernements européens, sous le prétexte fallacieux de rembourser une dette souvent fabriquée de toute pièce par de comptables pourvus d'une imagination débordante dans un marché aussi libre que des loups dans un poulallier. Ces mêmes masses d'argent iront alors à des élites qui font d'une pierre deux coups : rappatrier dans leurs beaux quartiers des richesses de toutes sortes et appauvrir des populations de plus en plus démunies intellectuellement et matériellement qui ne leur oppose qu'une résistance de plus en plus affaiblie...

   A la façon de l'Empire Romain, vivant dans un coktail permanent de jeux et de distribution de pain, des gouvernants favorisent des entreprises d'occupation du peuple à coups de divertissements, non plus à domicile comme au temps de la télévision d'antan, mais au corps même, l'envahissant de musiques et de jeux défouloirs. Tout est bon pour que le bon peuple se voit doter de bijoux technologiques de plus en plus élaborés, et dans le même mouvement, tout est bon pour mieux contrôler ses sautes d'humeur. Il est quand même mieux pour la paix sociale et la tranquilité d'élites hyper-riches (qui ne savent même plus au passage quoi faire de leur argent), pour mieux gouverner leurs semblables ignorants et manipulables à merci...

   De même que l'utilité des guerres est avérée, de même l'utilité de l'ignorance et de la pauvreté populaire sont des vertus cardinales d'une austérité et bientôt d'un puritanisme est décidément bien confirmée!

 

J K GALBRAITH, La paix indésirableRapport sur l'utilité des guerres, Calmann-Lévy, 1968. Christophe LASCH, La révolte des élites et la trahison de la démocratie, Flammarion, Champs essais, 2007.

 

RLB

 

 

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