Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
4 juin 2014 3 04 /06 /juin /2014 08:19

    Des statistiques plus ou moins sérieuses sur la démographie des Etats à celles nettement plus folkloriques des audiences d'émissions télévisées, sans parler de celles farfelues qui circulent sur les audiences des sites Internet, notre information quotidienne est remplie de chiffres qui représentent parfois autant d'arbres qui cachent les forêts de la réalité... L'histoire des statistiques, derrière la "scientificité" des chiffres qui sont censés représenter la réalité sociale, économique et politique, nous indique que la subjectivité l'emporte de loin sur la froide comptabilité. Alors qu'un plus un fait deux dans les mathématiques, il est possible qu'il s'agisse en fait de un plus un, soit vingt-deux, soit tout à fait l'inverse! Ce n'est pas tant la multiplicité des statistiques que leur présentation dans les différentes presses écrites et audiovisuelles qui nous irrite. Aux yeux de beaucoup de nos concitoyens inattentifs, les différentes étapes de la construction d'une statistique et de sa présentation sont souvent confondues, ajoutant une certaine confusion de la représentation de la réalité. Il ne s'agit pas tant, à la lecture d'une statistique, de la comprendre réellement, à travers les graphiques, tableaux et interprétations proposés, que de savoir pourquoi, comment et par qui elle est présentée. Sauf à croire que les chiffres ne font que révélés la froide réalité, on oublie un peu facilement que ceux qui les produisent et les présentent ne sont pas des machines, et même si on en venant à robotiser l'ensemble de la chaine de la production et de la distribution des statistiques, il y aurait quand même des humains pour paramétrer l'ensemble de leurs caractéristiques. Et comme chacun sait, non seulement l'erreur est humaine, mais l'humain est un animal avant tout politique et qu'une statistique, avant d'être calculée est pensée dans une stratégie ou une intention précise. On ne calcule pas la réalité pour le plaisir de la calculer, sauf sans doute pour quelques techniciens un peu perdus, mais pour la présenter d'une manière ou d'une autre, pour favoriser ou défavoriser des perceptions de cette réalité. Il est vrai qu'à l'heure des vastes populations et de la mondialisation, il est difficile de se passer des statistiques, des évaluations chiffrées, mais il faut savoir que toute statistique part d'une intention, et que cette intention se prévaut souvent de l'intérêt collectif, et que cet intérêt souvent n'est pas si collectif que cela!

 

   Loin de se réduire à une succession d'actes techniques, l'élaboration des statistiques s'inscrit dans des dynamiques de conflits et de coopérations. Si le terme "statistiques" est relativement récent (XVIIe siècle), l'activité de recueil de données comme d'élaboration de tableaux de présentation de ces données est très ancienne et répond aux besoins d'organisation du gouvernement des grands empires comme des grands royaumes. Dénombrement liés à l'armée, aux impôts et à l'évaluation des richesses, les recensements connus apparaissent sur les tablettes d'origine sumérienne, pour des listes de biens et de... dettes. C'est de l'Empire romain que proviennent les dénombrements les plus systématiques, absolument indispensables pour le dressement des listes des assujettis à l'impôt ou à l'enrôlement dans les armées. Si les progrès, notamment mathématiques, apparaissent à la fin du XVIIe siècle, on trouve déjà depuis longtemps les différents protagonistes de l'élaboration des statistiques :

- les "cibles" de ces statistiques, plus ou moins rêtives de se prêter au dénombrement, à commencer par le dénombrement des "feux" (foyers) dans les villages permettant de desser les listes d'impôts. Les progrès des statistiques sont très liés aux politiques fiscales des différentes entités politiques et... commerciales. Ne parlons pas des réticences de plus en plus grande des sondés des multiples questionnaires, qui ont plutôt tendance à répondre à côté ou à carrément mentir...

- les enquêteurs qui collectent les données auprès des populations "cibles", dont la qualité varie de membres d'administration locale ou d'envoyés spéciaux du gouvernement "central". Suivant cette qualité, on peut déjà trouver un jeu entre recensés et recenseurs qui orientent dans un sens ou dans un autre l'importance des données recueillies. N e parlons pas de ces collecteurs de données qui, pour bien promouvoir quelques avancements, "arrangent" un peu leurs résultats...

- les commanditaires de ces enquêtes, gouvernements ou organisations privées, qui entendent avoir une vue globale sur les territoires ou/et les populations sur lesquelles ils/elles entendent exercer un certain pouvoir, et qui "attendent" des résultats "exploitables" ou simplement "présentables"... Il va de soi que si les résultats ne sont pas terribles, surtout lorsqu'il s'agit de mesurer la compétitivité de l'entreprise vers les actionnaires ou les pourvoyeurs de fonds, il faut absolume trouver de très bons analystes qui rendront les choses un peu plus optimistes...

- les analystes pris entre les impératifs des commanditaires, une certaine expertise arthmétique, une "conscience professionnelle" de recenser "dans le vrai" et les pressions, soit des enquêteurs ou même parfois directement des "cibles" des enquêtes...

   De la collecte des données aux analyses finales, en passant par l'élaboration des statistiques elles-mêmes, des phénomènes sociologiques de tout ordre interviennent. De plus, l'élaboration de la "science statistique" n'est pas uniforme dans toutes les civilisations et les différentes méthodes d'élaboration des statistiques, à commencer par la définition des données recueillies, peuvent donner des résultats différents, même si la présentation finale semble s'accorder sur les mêmes termes... De là des distorsions parfois importantes dans le temps et dans l'espace qui obligent à effectuer diverses analyses de fond avant de pouvoir faire des comparaisons "exploitables"...

 

    Pour rester dans notre époque aux statistiques surabondantes que l'on retrouvent pratiquement dans n'importe quelle activité humaine, les statistiques constituent, ni plus ni moins, des enjeux de pouvoirs.

  Nous ne prendrons pour exemple que quelques cas, sans plus les développer, qui attirent notre irritation ou simplement notre attention, soit qu'ils peuvent nous induire carrément en erreur sur la réalité, soit qu'ils constituent des déformations fortes, laissant au vestiaire toute notion d'honnêteté ou de probité intellectuelles, et ce parfois de manière définitive, par la force des habitudes.

 

  Tout d'abord, rares sont les ouvrages et encore moins les articles qui considèrent d'un oeil critique les données chiffrées qu'ils présentent, surtout dans le domaine économique. La confusion de l'information économique et de la propagande commerciale n'y est sans pas pour rien. Ainsi les éditions successives de l'Etat du monde renferment un certain nombre d'observations très utiles pour la compréhension des statistiques. Comme il dresse un état du monde par régions et par pays dans lequel les données chiffrées ont presque plus d'importance que les analyses globales, soit 50 indicateurs portant sur la démographie, la culture, la santé, les forces armées, le commerce extérieur et d'autres grands indicateurs économiques et financiers, il indique les limites des comparaisons possibles d'évolution d'une année sur l'autre, comme les limites des considérations sur les données brutes. "Les décalages que l'on peut observer, pouvons-nous lire par exemple dans l"'dition de 2006, ppour certains pays entre les chiffres présentés dans les tableaux peuvent avoir plusieurs origines : les tableaux, qui font l'objet d'une élaboration séparéen privilégient les chiffres officiels plutôt que ceux émanant des sources indépendantes (observatoires, syndicats...), et les données "harmonisées" par les organisations internationales ont priorité sur celles publiées par les autorités nationales. Il convient de rappeler que les statistiques, si elles sont le seul moyen de dépasser les impressions intuitives, ne reflètent la réalité économique et sociale que de manière très approximative, et cela pour plusieurs raisons. D'abord parce qu'il est rare que l'on puisse mesurer directement un phénomène économique et social : le "taux de chômage officiel" au sens du BIT (Bureau international du Travail), par exemple, même lorsqu'il a été "harmonisé" par les organisations internationales, n'est pas un bon outil pour comparer le chômage entre pays différents. Et même lorsqu'on compare la situation d'un même pays dans le temps, il se révèle être un indicateur trompeur, tant il existe de moyens pour l'influencer, surtout en période électorale. il faut aussi savoir que la définition des concepts et les méthodes pour mesurer la réalité qu'ils recouvrent sont différents d'un pays à l'autre malgré les efforts dh'armonisation accomplis depuis les années 1960. Cela est particulièrement vrai pour ce qu'on appelle "impôts", "prélèvements", "dette publique", "subvention", etc. De minimes différences de statut légal peuvent ainsi faire que des dépenses tout aussi "obligatoires" partout apparaissent comme des "impôts" dans les comptes d'un pays et comme des "consommations des ménages" dans l'autre."

  Et les auteurs de L'état du monde ne font référence qu'à des difficultés d'origine technique ou des différences qui tiennent à des traditions administratives divergentes d'un pays à l'autre, ou à des distorsions possibles en période politique importante. Des statistiques de population peuvent faire l'objet aussi de "distorsions" volontaires de la part des pays qui les présentent. L'état de collecte (en tant que machine administrative capable de les faire) des données différe d'une région du monde et parfois radicalement. Quoi de commun entre l'appareil administratif ramifié des pays industrialisés avec ceux aux compétences restreintes au plan géographique, avec une tradition de contrôle très faible, ou tout simplement une immensité des populations à couvrir... Quel crédit peut-on finalement apporter, d'autant que s'y mêlent des considérations tout simple stratégiques, aux chiffres de la population chinoise ou africaine?  Quel attention faut-il accorder à des comparaisons complètement hors de la réalité entre certains flux migratoires ou entre taux d'emploi, quand le statut de citoyen ou de travailleur varie du tout au tout?  Et cela est encore plus brouillé par les présentations officielles ou officieuses, et par une presse de plus en plus paresseuse... Et encore faudrait-il que les différents médias sachent compter!  Or, en dehors de la question de fond posée par une étude relativement récente, combien de journalistes savent-ils lire les pourcentages des statistiques et combien de lecteurs comprennent qu'un doublement d'une quantité donnée ne se traduit pas 200% mais 100%!!!

  Le délabrement de structures administratives chargées des statistiques économiques, comme par exemple des services de recensement, sous les coups de butoirs d'un néo-libéralisme qui ne pense qu'à supprimer des emplois et d'un informatisation qui prétend remplacer les évaluations périodiques de populations ou de résultats économiques par des projections vérifiées simplement par sondages très sélectifs, provoque la question de la fiabilité même des données recueillies et analysées. 

   Pour ce qui est des chiffres proposés par les entreprises au public ou même à leurs actionnaires, comment ne pas se poser la question de leur fiabilité. Outre qu'ils ont toujours été soumis à au moins deux impératifs contradictoires : effectuer la publicité de leurs activités et de celles de leurs gestionnaires et tenter au contraire d'échapper à l'impôt jugé trop lourd, d'autant que semble bien l'emporter le désir de "participer" à la fraude fiscale généralisée.

   Conjonturellement, il semble bien que les fausses statistiques chassent les vraies comme on dirait de la monnaie!   Seules échappent sans doute à cette tendance les statistiques qui portent sur des réalités physiques, comme celle des changements climatiques actuels...

 

    On termine cette charge par une étude qui en dit long sur la perception des réalités économiques... En effet, Yvan DEFFONTAINE, informaticien, s'exprime dans une Tribune libre de Le Monde du 4 mai 214, s'étonnant que pour la grande presse et même la presse économique, nous soyons depuis toujours ou presque, depuis au moins 1793, année du "choc pétrolièr" en crise et que pour autant nous ne soyons apparemment pas entré dans une descente aux enfers socio-économique, ni dans une décroissance croustillante. Il se penche alors sur les statistiques de base pour voir les effets de la crise sur le PIB de la France : 1973 : 177,5 milliards d'euros ; 2013 : 2 060 milliards d'euros. trouvant cela bizarre de voir ces graphiques en couleurs et en noir et blanc montrer des pentes descendantes du PIB... En fait, les économistes oublient de dire, et peut être même l'ont-ils oublié eux-mêmes!, que pour que cette courbe soit orientée vers le haut, il faudrait que la croissance soit logarithmique (vous savez ce que c'est, j'espère...), ce qui est bien sûr impossible pour une économie déjà développée. En fait, tout repose sur un "mauvais" enchaînement des pourcentages : Année 1, vous produisez 100 ; Année 2, vous produisez 110. Bravo, les économistes vous adorent. Année 3, vous produisez 120... Bien, bien, mais hé, vous dises ces bons docteurs, votre taux de croissance est passé de 10% à 9,09%... Pas bien, ça, on vous mal vous noter. Année 4, vous produisez 130 et vous êtes content de vous. mais non, vous vous faites tapez sur les doigts, la croissance baisse, dises les mêmes docteurs : 8,33%... Alors que vous pensize avoir progressé de 30% en 3 ans... Vous renouvelez 40 fois l'opération. Ben, mon vieux, il est temps de prendre la retraite, la croissance n'est plus que de 2,04%! La mort est proche, les notations baissent, les financiers froncent les sourcils, la presse économique vous rétrograde.. En fait, à force de regarder pas plus loin qu'une année, ces bons docteurs on tout simplement oublié les chiffres... Et cela pour toute sorte de statistique. En fait, les graphiques devraient montrer, en prenant les chiffres de base, des courbes en pente ascendante!  mais ce n'est pas tout, les politiques, menés par le bout du nez par les erreurs de ces bons docteurs,  assènent à la population des morales sur l'endettement. D'où, conclusion de notre informaticien, nécessité de trouver de nouveaux indicateurs économiques afin de produire des statistiques qui reflètent quand même un peu plus la réalité!   En fait, cela reflète le court-termisme de nombreuses politiques économiques, qui à force de ne penser qu'en terme d'années (électorales?) oublient les données chiffrées sur plusieurs années... Même si nous ne partageons pas forcément l'optimisme finale de Yvan DEFFONTAINE qui en déduit que le monde s'est finalement considérablement développé et que la crise en fait est au moins partiellement fictive, à tout le moins, voilà de quoi s'alamer sur la fiabilité des statistiques!

 

On consultera avec profit : Alain DEROSIÈRES, L'histoire de la statistique comme genre, style d'écriture et usages sociaux, dans Genèses, n°39, 2000. Libby SCHWEBER, l'histoire de la statistique, laboratoire pour la théorie sociale, dans Revue Française de sociologie, n°37-1, 1996. L'Etat du monde 2006, La Découverte, 2005. Et aussi, en ce qui concerne les questions économiques de la défense : François BELLAIS, Martial FOUCAULT et Jean-Michel OUDOT, Economie de la défense, La Découverte, 2014.

 

MOTUIS

 

 

 

Repost 0
17 décembre 2013 2 17 /12 /décembre /2013 14:39

    Rappelons qu'un aphorisme est une sentence énoncée en peu de mots, voire en une phrase, qui résume un principe ou cherche à caractériser un mot, une situation sous un aspect singulier. Une formule ou prescription résumant un point de science ou de morale. Généralement inverse du lieu commun (mais pas toujours!), polémique, catégorique, ne souffrant pas le débat, tout en l'appelant, l'aphorisme, proche de la maxime, est une expression d'une pensée souvent autoritaire et fermée, voire bornée, mais là encore pas toujours. Par son allure de généralité, l'aphorisme n'est pas orienté contre quelque chose ou quelqu'un en particulier, même si elle vise à couvert à dénoncer un groupe social, une profession, une manière de faire, une habitude, ou encore à prononocer, à l'inverse, une évidence à laquelle tout le monde ne peut que se plier, faisant partie tout simplement de la marche du monde depuis des lustres. 

 

      Tous les genres peuvent être concerné par l'aphorisme et ici, le conflit se prête particulièrement bien à cette forme d'expression. L'aphorisme peut viser tout le monde comme il peut chercher à ridiculiser tel ou tel groupe, telle ou telle profession ou tout simplement énoncer une vérité commune. Il peut être moral, général, poétique ou politique .Il peut être très gentillet à la limite, ou d'une ironie un peu méchante.

Mais il existe des aphorismes tendancieux, qui font mal, sur le comportement de certaines catégories de personnes. Souvent ceux-ci sont si cruels, si outranciers, si "jusqu'au-boutistes" que leur sens se retourne parfois contre l'opinion exprimée...  Ils peuvent se présenter sous des variantes à l'infini, souvent en jouant sur les mots et les contextes. 

Ainsi "Les absent ont toujours tort" peut être dérivé en "Les absents ont toujours tort de revenir", "L'argent ne fait le bonheur" en "L'argent ne fait pas le bonheur des pauvres". "Le travail, c'est la santé", en "Le travail, c'est la santé, ne rien faire c'est la conserver"...

   Tous les grands auteurs s'y sont essayé et il y en a un qui a notre préférence. Il est de VALÉRY : "La guerre, un massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent mais qui ne se massacrent pas". Généralement, ces manieurs de la langue française - mais les aphorismes existent dans toutes les langues bien sûr - forment des aphorismes polis et châtiés. Rien n'oblige à respecter la convenance, mais elle subsiste toujours dans la formulation. 

   Sans doute, les aphorismes peuvent-ils se partager entre généraux et spécifiques à telle ou telle classe sociale. Les pauvres n'auront en tête pas les mêmes aphorismes que les riches, les chrétiens que musulmans, des occidentaux comme des orientaux, des ruraux comme des citadins. Nul ne s'est encore essayé de catégoriser les aphorismes selon leur provenance historique ou sociale, mais il se peut que quantité d'aphorismes constituent le lot (facilement mémorisé) de "sagesses", populaires ou non. Méchamment, nous pourrions écrire que beaucoup se contentent d'enfiler les aphorismes comme pensée courante sur les gens et sur les choses ; cela évite de réfléchir, cela passant par-dessus sans doute une vocation de l'aphorisme, précisémment, faire réfléchir... Mais cela suppose une distorsion de sens dans l'énonciation de l'aphorisme, entre celui qui le prononce et celui qui l'entend... Or, souvent, l'aphorisme met d'accord deux personnes  - en désaccord sur un sujet - comme pour trouver une cohésion de groupe. Il y aurait sans doute une "science" de l'aphorisme à formuler, au-delà d'une compilation, même ordonnée suivant leur genre...

 

         Pour Véronique KAUBER, auteure d'un article sur l'aphorisme dans l'Encyclopédia Universalis de 2014, c'est "un genre spéculaire par excellence : sa briéveté, la précision du geste vers laquelle tend l'auteur attirent son regard sur le mouvement de sa propre pensée, comme l'éclair s'insinue dans l'oeil. Spéculaire, l'aphorisme l'est aussi par sa situation ambiguë qui fait "réfléchir" (au sens optique et au sens intellectuel du mot). (...) Le critère de la "spécularité" pourrait permettre de distinguer l'aphorisme des autres "formes simples", plus normatives ou davantage orientées vers un but mnémotechnique, comme les préceptes, les maximes, les adages et les brocards. Le caractère réflexif de l'aphorisme est lié à l'introspection, tandis que la visée universelle de la maxime provient de l'observation des autres. Les moralistes français ne s'expriment que rarement en aphorismes. Celui-là en est-il un : "Les vieillards aiment à donner de bons préceptes, pour se consoler de nêtre plus en état de donner de mauvais exemples" (La Rochefaucauld)?

  L'"expansion" et l'"inflation du verbe (Cioran) peuvent être jugulées par la concision, mais contrairement à la maxime qui recherche le vrai, "l'aphorisme ne coïncipe jamais avec la vérité : il est une demi-vérité ou une vérite et demie" (Karl Kraus). Le souci de concision qui rapproche maxime et aphorisme emprunte souvent les mêmes voies rhétoriques, tellement visibles que l'Oulipo en a fait un jeu combinatoire. Mais tandis que la maxime épingle les phénomènes en les isolant, l'"aphorisme (est) le plus pet tout possible" (Musil)"

   Ce qui laisse un peu sur la faim...

 

Repost 0
9 décembre 2012 7 09 /12 /décembre /2012 10:29

      D'abord restreint au sens de dégradation des corps vivants (en Grèce ancienne), le mot corruption voit sa signification s'étendre au fil des siècles à la dégradation sociale : corruption morale, puis dans un monde dominé par les questions économiques, corruption économique, corruption sociale... Comme l'écrit Gaspard KOENIG dans ce qu'il faut bien appeler un éloge de la corruption, à la suite de Bernard MANDEVILLE, philosophe libéral néerlandais du début du XVIIIe siècle, le terme de corruption "recouvre une réalité plus vaste que les pots-de-vin, allant de la dégradation morale à la putréfaction." Il s'étonne, avec nous d'ailleurs, bien que notre orientation ne soit pas la sienne, qu'on ne trouve guère de réflexions sur la corruption dans les bibliothèques. Les philosophes comme les magistrats délaissent ce thème, pourtant sous-jacent à certains aspects de leurs activités (pratiques et théoriques).

 

 

       Il n'est pas étonnant finalement que Bernard MANDEVILLE (1670-1733) soit bien connu de certains théoriciens de premier ordre du capitalisme libéral (Adam SMITH, HAYECK par exemple, William PETTY dans un autre domaine...) et qu'en même temps, vu la manière ouvertement "positive" dont il écrit sur la corruption, il soit tu par eux. On peut se demander si de même que les crises du capitalisme font partie de son fonctionnement normal, la corruption ne fait pas partie du fonctionnement normal de sociétés qui clament la vertu (vers le plus grand nombre) et qui favorisent avant tout une petite partie de la population, dotées d'institutions politiques ad hoc. Au moment où la corruption financière semble alimenter le système financier lui-même vers des sommets de plus en plus élevés de rentabilité à court terme, ce livre vient à point nommé. Il nous rappelle un autre livre dans un tout autre registre, De l'utilité des guerres, où les aspects sociaux, économiques et politiques de celles-ci étaient présentés de manière très positive. Souvent, on pourrait aussi se rappeler des passages du livre de PROUDHON, La propriété, c'est le vol, tant on pourrait reprendre de nombreuses vertus de la corruption et les trouver tout à fait valables pour le vol pur et simple, à l'encontre de la morale officielle.

 

    A travers des personnages historiques comme, dans le plus grand désordre, RICHELIEU, Sir Robert WALPOLE, BERLUSCONI, François MITTERRAND, Giulio ANDREOTTI, TALLEYRAND, FOUQUET, Gaspard KOENIG déploie toute une problématique de la corruption.

Il faut distinguer selon lui la corruption "kleptomane" (menée par des kleptocraties - comme celle de MOBUTU au Zaïre) de la corruption "raffinée", du corrupteur qui tisse patiemment ses réseaux, entretient ses alliances, se garde d'exprimer des exigences excessives et déploie ses largesses dans son propre pays, au lieu d'en rapatrier l'essentiel ou la totalité à l'extérieur pour son propre profit personnel. La figure de TALLEYRAND est particulièrement mise en valeur dans son livre, en s'appuyant sur une biographie de SAINTE-BEUVE par exemple, lequel dans son court essai sur TALLEYRAND, écrit dans sa conclusion que "le problème moral que soulève le personnage de TALLEYRAND, en ce qu'il a d'extraordinaire et d'original, consiste tout entier dans l'assemblage, assurément singulier et unique à ce degré, d'un goût exquis et d'une corruption consommée, recouverte de dédain, de laisser-aller et de nonchalance".

         Quels sont les effets positifs, au point qu'elle est indispensable, de la corruption selon lui?

- Elle se donne comme une pratique sociale, modelant profondément les moeurs et la culture d'une époque. Tout au long de son existence, chacun est amené à se demander, pour paraphraser les quatre grandes questions de KANT : Que dois-je payer? Qui puis-je rencontrer? Où réside mon intérêt? Qu'est-ce qu'un échange honnête?

- Uniforme à travers les différentes sphères sociales, elle ne tient pas à une malignité particulière de la nature humaine, mais plutôt à sa dynamique même. Soit dit en passant, l'auteur de Les vertus discrètes de la corruption, est ici un peu rapide et néglige l'existence des cercles de la corruption, cercles dans lesquels les membres ne correspondent qu'avec leurs semblables au point de vue social. Certes, la corruption peut être généralisée, mais rien de commun entre les bakchichs de certaines douanes et les trafics d'influence et de biens sociaux, qui ne sont ni à la même échelle ni aux mêmes niveaux de valeurs monétaires. A ce placer beaucoup du point de de vue de la morale, on peut facilement confondre les deux niveau. 

- Le système de cadeaux, don et contre don, dans certaines économies étudiées par l'anthropologie, n'est qu'un vaste système où la corruption est la norme.

- Elle crée des liens là où n'existeraient que des intérêts, forme des clans qui traversent les différents partis, bouscule souterrainement les lignes de partage les plus visibles de la société, en un mot : rétablit la complexité humaine derrière la simplicité des chiffres.

- La corruption synthétise les intérêts des individus et des groupes. Une société corrompue est mieux à même de déterminer spontanément son propre intérêt. Cette idée de MANDEVILLE, reprise par Samuel HUNTINGTON (Political Order in Changing Societies, 1968, au chapitre Modernization and Corruption), place la corruption comme facteur de modernisation et de progrès économique. 

- La corruption d'une société reflète son degré de liberté. Là où l'art de la combinaison l'emporte sur les mécanismes anonymes de la paperasserie, là où l'individu de talent peut forcer les codes sociaux ou les règles administratives, on peut supposer que la culture est encore bien vivace.

- La corruption a pour plus farouche adversaire le totalitarisme, et elle constitue une résistance contre celui-ci. Passons sur le haut degré de corruption et de népotisme des régimes hitlérien et stalinien, et élevons-nous contre l'imposition au-dessus des règles sociales, d'une vérité morale que chacun doit prendre à son compte.

Nous ne croyons pas à la valeur de cet argument et nous aurions même tendance à penser le contraire : pas de totalitarisme sans grande corruption. Cette corruption permet la vie et la survie de ce totalitarisme, à condition que soient bien établies certaines règles de base. Les cercles de la corruption constituent bien des cercles à porosité faible : entre cercles au pouvoir économique et financier énormes, corruption massive et presque institutionnalisées ; entre cercles "pauvres", la "débrouillardise" à tous les niveaux entre fausses apparences miséreuses et train de vie convenable.... et les membres de ces différents cercles ne se mélangent!

- Mener une vie corrompue, c'est mener une vie de bon vivant, à l'inverse de la personnalité austère qui réprime toute expression des sentiments et des désirs (y compris sexuels, bien entendu...) 

   Opposant l'exemple de corrompus célèbres à des juges (Eva JOLY en ligne de mire...), à des associations internationales (Transparency International...), Gaspard KOENIG estime que la corruption est le meilleur rempart contre un monde à la Georges ORWELL, un remède contre des révolutionnaires comme ROBESPIERRE. Voire, le pouvoir de dissimulation croit avec l'ampleur de la corruption... Dans un monde officiel blanc comme neige, la noirceur des pratiques est très bien dissimulée

 

     C'est de La Fable des abeilles de Bernard MANDEVILLE, fable politique parue en 1714, que s'inspire Gaspard KOENIG. Même si rares sont les écrits théoriques qui évaluent cette Fable, sa significations réelle favorise le libéralisme économique : sa thèse principale est que les actions des hommes ne peuvent pas être séparées en actions nobles et en actions viles, et que les vices privés contribuent au bien public tandis que des actions altruistes peuvent en réalité lui nuire. Les vices des particuliers sont les éléments nécessaires du bien-être et de la grandeur d'une société. L'Angleterre est comparée à une ruche corrompue mais prospère et qui se plaint pourtant du manque de vertu. 

Ses positions à son époque ont violemment choqué l'opinion de la majorité des intellectuels, notamment les moralistes spitirualistes comme HUCHESON ou BERKELEY. La position d'Adam SMITH mérite d'être relevée : il trouve que cette poésie vise juste sur le fond (la conjonction des vices privés fait le bien public) mais critique ses aspects moraux (Théorie des sentiments moraux ; dernière réédition : PUF, 2011).

 

    Cet éloge de la corruption est bien dans l'air du temps imposé par un système social qui glorifie l'individualisme, via toute une armée de journalistes, d'hommes politiques et d'analystes économiques. Même si la réprobation morale les frappe de temps à autre ; finalement leurs agissements sont jugés bénéfiques, sinon anodins, à la marge. On commence par circonscrire, minimiser les chefs d'accusation et on finit, vu l'ampleur de certains faits, par se dire qu'on ne peut rien faire contre la corruptibilité des hommes et des sociétés...

 

Bernard MANDEVILLE, La ruche bourdonnante ou Les crapules virés honnêtes, mise en vers français de Daniel BARTOLI, préface et postface de François DAGOGNET, traduction de The Grumbling Hive or Knaves Turn'd Honest, Editions La Bibliothèque, 2006. Cette édition contient aussi la traduction en prose de Jean BERTAIN (1740) et le texte anglais (1714). Voire aussi La Fable des abeilles, première partie, suivi de "Essai sur la charité et les écoles de charité" et de "Défense du livre", Vrin, collection des textes philosophiques, 1998.

Gaspard KOENIG, Les discrètes vertus de la corruption, Grasset, 2009, 280 pages.

 

FURIUS

Complété plus furieusement (mais c'est très relatif et la corruption requiert une analyse dans la Philosophie Politique) le 11 novembre 2013

Repost 0
25 décembre 2011 7 25 /12 /décembre /2011 09:29

       Dans certains médias circule la question du pourquoi de la croyance au Père Noël... Nous savons que beaucoup de journalistes ont la mémoire courte, mais il suffit de rappeler que c'est tout simplement parce que... leurs parents et leurs amis leur ont mentis lorsque leurs enfants étaient tout petits sur l'existence de ce personnage somme toute étrange.

       

       Ce personnage, pourtant relativement récent dans l'imaginaire collectif (au XIème ou XIIème siècle dans les pays d'Europe du Nord et de l'Est surtout) en regard de la fête de noël et de sa signification religieuse pour des millions d'individus, concentre beaucoup de détournements et de mystifications de l'imagination enfantine. Si de nos jours, de moins en moins d'enfants sont dupes de cette tromperie qui tendrait à faire d'eux des imbéciles heureux et des niais, c'est moins parce que cet imaginaire collectif s'affaiblit - dans les représentations (des images fixes au cinéma...) sa présence s'accroîtrait plutôt - mais tout simplement parce que les enfants ont tendance à de moins en moins croire les adultes, et à commencer leurs parents, lorsqu'ils prétendent être responsables, justes, conséquents et lucides... La généralisation du mensonge, et à commencer par le mensonge commercial qui justement voudrait revivifier la mythologie du personnage, fait que leurs esprits sont pris entre l'indifférence, l'amusement, le second degré, voire la roublardise visant à obtenir toujours plus de leurs géniteurs ou tuteurs, tout en leur faisant croire en la possibilité d'enfants sages comme des images (qui ne le sont plus d'ailleurs!)... La confusion des représentations du Père Noêl, qui n'est plus réductible à un apporteur de cadeaux qui descend du haut de cheminées qui d'ailleurs n'existent pratiquement plus, avec la figure de Saint Nicolas (qui est pourtant à son origine... ), avec celle du Père d'Halloween, ou nous ne savons plus encore, confusion qui découle aussi de l'interpénétration des cultures latines, anglo-saxonnes et bientôt musulmanes (pourquoi pas?), fait que de toute façon... cela n'a plus beaucoup d'importance!  Le moment de Noël se confond aussi avec le moment du Père Noël, dans un salmigondis de commerce et de rappel aux bonnes résolutions pour l'année suivante, résolutions assez vite oubliées d'ailleurs, passé le premier janvier...

     

          Entre les remises en cause des fondements des religions des adultes et les multiples incohérences éducatives, les enfants ont depuis longtemps oublié, et cela de plus en plus jeunes, une significative un tant soit peu morale rattachée à l'existence d'un personnage, qui semblait porteur d'une telle morale - n'oublions pas la double face du Père Noël et du Père fouettard (lui-même introduit plus tard, au XVIème siècle, à un moment où l'attention collective envers l'enfance s'accroît notablement). Si les cadeaux étaient censés récompenser les enfants sages, les martinets étaient toujours distribués avec une ardeur toute réjouissante!  Et d'ailleurs, c'est peut-être heureux, car vu que son existence (du père Fouettard, pas du martinet!) relève d'un domaine situé entre le fantastique, l'absurde, le mythe, le flou entre vérité et non vérité (il est vraiment vrai, nous demandent parfois ces marmots... et ces marmottes!), les valeurs qu'il est censé porter n'ont pas besoin de lui pour être démolies les unes après les autres...

 

           Quand tu descendras du Ciel, Cher papa Noël, remontes-y vite!  La seule leçon que l'on peut tirer de cette légende maintenant en voie de perdition (dans le magma commercial...), perdition d'ailleurs mise en évidence par sa dense postérité cinématographique (à côté de lénifiantes comédies américaines du style Disney, combien d'ordures mises en scène?), est qu'il vaut mieux... l'oublier!

 

        Pour une revue serrée des représentations du Père noël au cinéma, témoin de l'évolution et des composantes de son image dans la société, on peut se reporter au petit livre bien conçu, divertissant, très illustré et plus érudit qu'il en a l'air, de Félix TANNENBAUM et de ses collaborateurs, Descendus du Ciel, Les pères Noêl au cinéma, à Dreamland éditeur, paru en 2002.

Repost 0
11 juillet 2011 1 11 /07 /juillet /2011 16:39

          Le commun des hommes estime sans doute possible de trouver le repos dans un éloignement du cadre habituel de ses occupations et le fait de changer par là le lien social (d'autres relations, d'autres rencontres...). Si bien entendu, le corps n'est pas une machine et que de plus nous vivons dans un monde du travail ou même du non-travail qui réduit l'homme à bien des égards à une machine, nous avons besoin de nous reposer, ce serait une illusion de penser que simplement en se déplaçant et en s'installant ailleurs, nous nous éloignons d'une manière temporaire de conflits dont nous n'avons que plus assez....

Autrement dit : les conflits prennent-ils des vacances ou exprimé encore autrement, nous débarrassons-nous des conflits en nous éloignant de ceux que nous connaissons d'habitude? Notre impression est qu'il s'agit d'une grosse illusion et que ce n'est pas parce que en tant qu'acteur de la vie sociale (si peu que ce soit...), nous nous déplaçons (parfois fort loin) qu'ils cessent d'exister. Nous aurions même plutôt tendance à penser que nous participons à de nouveaux sans que les habituels disparaissent pour autant...

 

    Nous pouvons sérier avec une certaine ironie (un peu méchante il est vrai...) l'entassement du bon peuple sur des plages de plus en plus polluées, l'exploitation de ce même bon peuple par toute une floppée de commerçants révisant gracieusement leurs prix à cette occasion, le nombre impressionnant pendant la période estivale des "bouchons" sur les routes et autoroutes, des accidents de circulation occasionnant blessures et morts inattendues, l'aggravation de la situation économique des parties du monde et du territoire national soumis à l'invasion de bipèdes se considérant en territoire conquis pour un tourisme de plus en plus sauvage...

 

       Sans compter bien entendu du profit tout à fait réel pour des gouvernants à l'affut de bonnes occasions pour aggraver les clivages sociaux que constitue ce massif détournement d'attention qui va de pair avec une libération de l'espace réellement utile à leurs entreprises. Pour ces bonnes gens en vacances, c'est l'occasion de préparer les bons sauts après leurs reculades-retraits vers des conflits encore plus durs lorsqu'ils rentreront.

 

        Le seul fait positif sans doute, c'est l'augmentation substantielle pour une partie pas très noble de la population de se faire quelque argent en visitant des habitations et des bâtiments administratifs désertés...

 

    Au lieu de construire pendant leur vie active un monde plus solidaire, ces bonnes dames et ces bons-messieurs enfourchent leurs boites roulantes pour s'évader de ce monde-là le plus souvent possible, enfin tant qu'ils en sont les moyens. car ceux qui restent, me direz-vous, et vous avez absolument raison, ne rendent pas ce monde meilleur pour autant! Et puis de toute façon, c'est l'occasion souvent, pendant les vacances, de ne penser qu'à soi et à sa petite personne de manière un peu plus intense que dans la vie courante...

 

    Bref, ceci est une bonne diatribe, mais qui conserve tout de même une certaine importance, autre qu'un bon défoulement, car elle veut pointer un mal maintenant massif généré par un tourisme qui rappelle les migrations invasives antédiluviennes des populations nomades cherchant ailleurs d'autres ressources naturelles ou non à piller...

 

MOQUS

 

Notez bien : Cet avis n'est ABSOLUMENT PAS partagé par toute l'équipe...MOQUS est bien connu pour se moquer, et parfois, par un juste retour des choses, on se moque bien de lui!

 

Notez bien encore : Je me moque de l'avis de cette équipe qui part en vacances tout le temps!  Et puis, quand ils rentrent, il faut qu'ils rattrapent le temps perdu!  et travaillent encore plus! Et en plus, il y en a un qui a écrit un ouvrage de 1 600 pages sur le droit à la paresse!

MOQUS

 

Notez bien bien encore encore : La ferme, Moqus! Et en plus tu commences à exagérer!

 

 

Repost 0
5 juillet 2011 2 05 /07 /juillet /2011 09:13

              Un esprit mathématique un peu disjoncté qui traduit tout en terme de probabilités peut facilement s'amuser à quantifier un raisonnement sur l'erreur humaine. De toute façon, on a quantifié plus bêtement déjà que cela, alors sur ce sujet grave, allons y gaiement!

        Quatre grandes opérations lient les décisions aux raisons de ces décisions :

- De bonnes décisions pour de bonnes raisons.

- De bonnes décisions pour de mauvaises raisons

- De mauvaises décisions pour de bonnes raisons

- De mauvaises décisions pour de mauvaises raisons.

Le même esprit tordu évalue donc dans un premier temps les vraies bonnes décisions au quart des décisions, en se plaçant d'abord dans le cas le plus simple : l'individu raisonneur qui agit en tout bon égocentrisme et dont les décisions orientent sa vie personnelle.

En effet, seules les bonnes décisions pour de bonnes raisons sont réellement bonnes, car :

- Ce sont les seules bonnes décisions (pour de bonnes raisons) dont l'expérience peut être reproduite afin de produire, à environnement inchangé, de nouvelles bonnes décisions, à partir de bonnes raisons ;

- Les bonnes décisions pour de mauvaises raisons sont sans doute les pires, car elles amènent à reproduire les mêmes raisons pour déclencher des catastrophes de plus en plus importantes ;

- Les mauvaises décisions pour de bonnes raisons, peuvent conduire à la croyance que les raisons sont mauvaises, dont à éviter de bons raisonnements parce qu'ils semblent toujours provoquer de mauvaises décisions ;

- Les mauvaises décisions pour de mauvaises raisons, peuvent encore être corrigées, car ce sont les situations les plus faciles à mettre en évidence, d'autant plus que les conséquences premières sont cuisantes et que nous n'avons pas envie de les reproduire...

 

      Nous nous sommes placés du seul point de vue de l'individu égocentrique et les choses semblent plutôt simples au premier abord. Mais en fait, comme l'individu isolé n'existe pas ou dépérit assez rapidement (physiquement ou mentalement...), et qu'il existe toujours au moins un duo, la confrontation entre les quatre possibilités s'étend à beaucoup plus d'autres, et met en face de l'autre de chacun des protagonistes, pour chaque couple décision/raison (en supposant toujours bien entendu que chaque décision soit le fruit d'un raisonnement, ce qui est loin d'être toujours le cas, le nombre de personnes impulsives s'accroissant avec la multiplication des acteurs...). Ce qui fait au moins huit possibilités, au sens strict. Se confrontent 4 couples de décisions de l'un à 4 couples de décision pour l'autre. La paresse inhérente à la personne qui écrit cet article lui interdit de remuer davantage ses méninges, sur les croisements de ces possibilités. 

 

     Sachons seulement, suivant une méthode mathématique qui laisse toujours à désirer (mais bien entendu les mathématiques sont d'indécrottables absents du désir), le nombre de possibilités des couples décision.raison s'accroît de façon exponentielle avec le nombre d'acteurs en présence (toujours en se plaçant dans un environnement inchangé... ce qui bien entendu n'existe pas...), à raison de n puissance n-1 relations.... Ce qui veut dire qu'à trois, on a droit à 9 possibilités, à quatre à 64 possibilités en ainsi de suite (je connais des professeurs de mathématiques qui vont me mettre au piquet...). mais attention ces 9 possibilités (pour prendre seulement - par paresse toujours, ah c'est les vacances quand même! - le premier cas) existent pour un seul type de couple décision/relation, or nous en avons quatre...

 

      Au fur et à mesure que le nombre de relations entre les couples augmentent (quoi, quoi?... pas de grivoiseries!), la proportion de bonnes décisions pour de bonnes raisons chute lamentablement...Et l'erreur devient générale, lié à l'espèce humaine de manière admirativement solide. Et le nombre de points de vue sur la qualité des bonnes et mauvaises raisons et des bonnes et mauvaises raisons augmentant, cela produit un phénomène vraiment intéressant : de bonnes raisons peuvent devenir mauvaises en changeant de point de vue et de mauvaises devenir bonnes illico, et pareil par les décisions.

 

            Du coup, la statistique se ramasse une sacrée difficulté, car à vouloir tout quantifier on en oublie la qualité des décisions et des raisons. Or, comme la qualité d'une relation n'est pas quantifiable, et qu'elle varie dans le temps et dans les changements de lieu, cette sorte de mathématique sur les relations sociales est de toute manière condamnée à de produire que des statistiques inutilisables, dont le seul résultat, comme beaucoup de raisonnements mathématiques, est assez tautologique, voire comique : l'erreur est humaine. De là à penser que plus de monde on est, plus les catastrophes peuvent arriver, le pas est déjà franchi avant même que vous ne l'ayez écrit... ou pensé...

 

            Ces lignes veulent relativiser tous les nobles efforts réaliser à longueur d'ouvrages pour mathématiser les relations sociales. De la lutte pour la vie mathématisée aux tentatives de socio-histoire (vous savez, Hari Seldon de la série Fondation d'Isaac Asimov... Non, vous ne savez pas, laissez tomber, il fait chaud!), il est assez vain d'utiliser les mathématiques pour prévoir le résultat des relations sociales. Car pour comble de malheur, si vous parvenez à finaliser des calculs à environnements constants, cela s'avère inutile, car précisément tous les environnements changent (et ne me racontez pas d'histoires sur les marges!). Et si vous parvenez à finaliser avec des environnements changeants, et aboutir à une connaissance exacte de ce qui se passe et de ce qui va se passer, alors vraiment vous avez perdu votre temps, parce qu'en fait, comme vous avez toutes les sciences infuses, vous le saviez déjà avant de commencer les calculs!

 

  Notez bien, pour finir, que de l'expérience, on peut corriger de mauvaises décisions, à condition toutefois, de posséder la capacité de produire de bons raisonnements, ce qui n'est pas donné à tout le monde... et à condition aussi de comprendre les causes des décisions, ce qui est donné à encore moins de monde!

 

 

     Pourquoi tout de même, tant d'erreurs et tant de décisions en fin de compte mauvaises, même du point de vue des objectifs des intéressés et des bénéficiaires de ces décisions? Pourquoi tant de propension dans l'erreur... Est-ce parce que les individus sont en grande partie stupides? Parce que l'humanité se distingue par sa stupidité? Individuellement stupides ou collectivement stupide, cette espèce?  Sont-ce les individus qui sont stupides ou l'espèce toute entière?  Qu'est-ce qui l'emporte dans une espèce, l'addition des stupidités individuelles ou la studité rattachée à l'espèce? Prenons les insectes par exemple : individuellement stupide l'insecte, collectivement intelligente l'espèce... Prenons les humains : individuellement intelligent l'individu, collectivement stupide, l'humanité?

   En tout cas, l'humanité est souvent dans le pétrin, comme l'écrit l'historien de l'économie italien Carlo Maria CIPOLLA (1922-2000). Il dégage même quatre lois fondamentales de la stupidité humaine. 

1 - Chacun sous-estime toujours inévitablement le nombre d'individus stupides existant dans le monde. Si élevé que l'on juge le niveau de stupidité humaine, que l'on retrouve dans toutes les sociétés, dans tous les groupes, qu'ils soient puissants ou misérables, riches ou pauvres, matérialistes ou spiritualistes, dans toutes les catégories sociales et socio-professionnelles, dans le même pourcentage alpha, "on est régulièrement frappé, de façon récurrente, par le fait que :

a) Les gens que l'on croyait rationnels et intelligents s'avèrent outrageusement stupides ;

b) Jour après jour, avec une monotonie imparable, chacun est harcelé par des individus stupides qui surgissent à l'improviste, dans les lieux les plus malcommodes et aux moments les plus improbables".

2 - La probabilité que tel individu soit stupide est indépendante de toutes les autres caractéristiques de cet individu". Rien à voir avec la couleur de ses cheveux ni la longueur de son pénis. Qu'il soit jaune, marron, noir, blanc (si ça existe...), rose, rouge, vert, bleu... rien de cela  ne détermine sa stupidité et sa stupidité, ajouterions-nous, ne fait pas varier la couleur de ses cheveux, la taille de son pénis, ni la couleur de sa peau... Notons toutefois que Carlo M CIPPOLA a tendance à accorder une part naturelle à cette stupidité... Mais c'est une part de cette stupidité qui serait naturelle..

3 - Est stupide celui qui entraîne une perte pour un autre individu ou pour un groupe d'autres individus, tout en n'en tirant lui-même aucun bénéfice et en s'infligeant éventuellement des pertes. Cette Loi fondamentale "part du principe que l'humanité se divise en quatre grandes catégories : les crétins, les gens intelligents, les bandits et les êtres stupides." L'historien se paie même un schéma, genre graphique, pour expliquer la répartition des individus... 

4 - Les non-stupides sous-estiment toujours la puissance destructrice des stupides. En particulier, les non-stupides oublient sans cesse qu'en tout temps, en tous lieux et dans toutes les circonstances, traiter et/ou s'associer avec des gens stupides se révêle immanquablement être une erreur coûteuse.

   Dans son court exposé, Carlo M CIPOLLA ne chiffre jamais ce fameux taux de stupidité alpha, même s'il effectue une comparaison de la puissance d'impact de la stupidité dans les société anciennes d'une part, et dans nos sociétés modernes d'autre part. Les richesses produites par le monde moderne tendrait à amoindrir cet impact... Voire, vu le pétrin actuel de l'humanité face à une nature qu'elle a elle-même en partie détruite...

 

Carlo M CIPOLLA, Les lois fondamentales de la stupidité humaine, PUF, 2012, 70 pages. Il s'agit de la traduction de l'anglais d'un texte écrit  en 1976 en édition limitée et numérotée, chez un éditeur arborant le nom impossible de "Mad Millers", les Meuniers Fous. Il fut d'abord traduit en italien en 1988. A l'automne 2011, l'éditeur italien Il mulino faisait paraître en anglais, The Basic Laws of Human Stupidity, texte qui sert de base à la traduction française... C'est un texte savoureux, méchant, et... pseudo-scientifique (mais pas à la manière de certaines impostures intellectuelles...!.

 

Complété (pour la stupidité) le 12 février 2013

 

 

MOQUS

Repost 0
21 novembre 2010 7 21 /11 /novembre /2010 08:43

                      Les conflits d'intérêts menacent directement la démocratie, dans une mesure beaucoup plus importante que ce qu'on peut voir, entendre et lire des médias.

     Conflits d'intérêts entre fonction publique et fonction privée, entre mandat exécutif et mandat législatif se répandent comme le feu à la poudre. Avocats d'affaires sur les transactions immobilières légiférant sur l'habitat ou les bureaux, financiers s'activant à faire et à défaire les lois sur le fonctionnement des marchés et du système monétaire... poursuivent toute une tradition, mais à plus large échelle que les propriétaires de vignobles proposant et votant des lois sur le commerce du vin et des alcools... Professionnels qui légifèrent directement sur leur profession deviennent légion dans les Assemblées.

Pas étonnant que les services publics se transforment tous en services privés!  Passe encore que ce soient des activités "complémentaires" ou "temporaires" de ces élus, mais lorsque ces personnages cumulent dans l'esprit et le corps activités privées et activités publiques, lorsqu'ils érigent en principe les confusions, le devoir de servir et le pouvoir de se servir, cela s'appelle sobrement de la corruption.... Personnels politiques qui, maire un jour applique les lois, député un autre jour qui prépare, discute et vote ces mêmes lois... Personnes qui cumulent des mandats dans un exécutif local et dans un législatif national, hommes de lois qui appliquent plus ou moins consciencieusement les mêmes lois, cela s'appelle sobrement aussi de la corruption... Même si la deuxième corruption semble moins grave que la première, elles se nourrissent l'une de l'autre dans une joyeuse mesure pour certains, dans une plus triste mesure pour d'autres, beaucoup plus nombreux.

 

                     Corruption de l'esprit de la démocratie. Il est tout-à-fait légitime que tous les lobbies, que tous les intérêts divers des nations sollicitent, assiègent même, les instances législatives. Il est tout-à-fait possible d'organiser la confrontation des différents points de vue, y compris en termes industriels et commerciaux. Mais là où un pas est franchi dans la décadence, c'est lorsque les intérêts privés eux-mêmes légifèrent.... Les affaires qui de temps en temps émergent dans les médias ne sont que la partie émergée !précisément) d'icebergs de corruption. Constamment, lobbies pharmaceutiques, de l'armement, du textile, de la chimie, du pétrole... guident directement l'activité des commissions parlementaires. En France plus qu'aux Etats-Unis, le Parlement est sensible au déploiement d'énergie des intérêts privés : les moyens du député ou du sénateur de base sont rachitiques par rapport à ce qui existe outre-Atlantique. Pour tout citoyen qui a eu la pénible obligation de prendre rendez-vous avec son député est frappé de la petitesse de son bureau, condamné à payer de sa rémunération pitoyable - par rapport à celle des ministres - frais de bureau et frais de personnel, notamment son secrétaire qu'il est obligé d'aller chercher dans sa mairie, lequel doit partager son temps entre Paris et la circonscription! 

 

                 De manière générale, l'appareil politique actuel des pays dits démocratiques fonctionne sur la "synergie" chaotique entre intérêts privés plutôt que sur la mise en marche d'un intérêt général.

Peu importe encore une fois que le député ou le sénateur soit agriculteur, avocat ou chef d'entreprise, pourvu qu'il ait en tête l'intérêt général. Or ce n'est plus le cas. Ce sont d'abord ses intérêts qu'il a en tête! Plus encore, la majeure partie des élites politiques, justifie, revendique cet individualisme possessif, au nom des principes de la concurrence à tous les niveaux, voire du libéralisme le plus épuré. Tant et si bien que les élus ne réclament même plus de statut d'élu - un statut qui en France leur ferait bénéficier de moyens conséquents propres à assurer leur indépendance et leur liberté d'action. Ceci est réduit à l'état de slogan électoral utile!

 

                Cette corruption recouvre un mépris des lois, en définitive, qui se propage à toute la société.

L'exemple venu de très haut du mépris du droit lorsqu'il contrecarre les nouveaux (et les anciens) privilèges distille à l'ensemble de tous les corps sociaux. Comme une gangrène, cette corruption pourrit toute la société. Et le citoyen, conscient que ses intérêts sont continûment bafoués n'a... plus aucun intérêt à respecter à son tour la loi... Cela devient le règne d'abord gentillet de la débrouillardise, puis dominant de la combinazione, et enfin agressif du chacun pour soi ou de sa famille... C'est le retour aux principes claniques, c'est la dominance de préoccupations individuelles étendues aux proches. C'est aussi la vie au jour le jour, le mépris absolu de toute perspective d'ensemble et à long terme érigé du bas en haut des hiérarchies sociales...

Une sorte de guerre civile larvée s'instaure, où tous les coups ne sont d'abord pas permis, où la violence dans un premier temps est évitée. Avant qu'elle n'éclate par accident, avant qu'elle ne soit banalisée, revendiquée, admise et que la guerre civile devienne une guérilla violente de tous les jours... Une guerre civile d'abord dans les esprits, puis dans les faits....

C'est d'abord de circuler dans les transports collectifs sans payer, frauder à la petite semaine comme les financiers le font à la grande... avant de virer les huissiers à son domicile, séquestrer de façon habituelle les employeurs, pirater de manière monotone les serveurs des administrations publiques et privées... avant de voler de manière quotidienne supermarchés, contrôleurs de fisc... avant de transformer des quartiers entiers, et demain des villes entières, en camps retranchés de marchés parallèles, clandestins.. et ensuite fonctionnant de manière ouverte, armées de protection en appui. Avant bref de transposer en petit ce qui se fait en grand dans les hautes sphères sociales et ceci de manière généralisée et banalisée...

Pour ceux qui pensent que cela reste utopique ou peu probable, qu'ils songent un instant à un pays au million de personnes derrière les barreaux, à des quartiers entiers vivant en dehors des lois ou presque : les Etats-Unis d'Amérique!

 

                Il n'est pas besoin de relire un Montesquieu ou un Tocqueville, pour voir dans cette corruption rampante, souterraine et ample, la fin de la démocratie. 

 

          La corruption fait vraiment monter la moutarde au nez dans certaines circonstances.

Parmi ces circonstances, le spectacle de la présidence française de Nicolas SARKOZY place la barre assez haut... et les odeurs vraiment d'un niveau très fort...

Nous recommandons un livre, une fois n'est pas coutume parce que nous n'aimons pas dans ce blog entrer, de quelque manière que ce soit, dans la politique politicienne française (outre l'aspect provincial, il y a le danger de se noyer dans des conflits particuliers) : celui de Michel PINÇON et Monique PINÇON-CHARLOT, Le président des riches, Enquête sur l'oligarchie dans la France de Nicolas Sarkozy, La Découverte/Poche, 2011, nouvelle édition revue et augmentée, de 281pages. Il donne à voir un précipité de divers types de corruptions d'intérêts toutes ouvertement mises en oeuvre. 

 

       Un autre aspect de cette corruption, en France toujours, mais importée des Etats-Unis, réside dans la collusion/confusion de l'activité de la presse et de la finance, particulièrement vive dans la presse économique. Les journailstes économiques, de concert avec la grande majorité des économistes, font l'apologie des affaires de la finance... en s'enrichissant eux-même du système libéral. La pénétration de la finance dans le monde universitaire, et notamment des sciences économiques, est l'objet d'un autre livre que nous recommandons, même s'il est publié en pleine campagne électorale : Les imposteurs de l'économie, de Laurent MAUDUIT, publié, non pas par une maison d'édition bien connue, tant elles sont gangrenées par cette corruption-là, mais à Jean-Claude Gawsewitch Éditeur, 2012, (295 pages).

    Nous en profitons pour dire aux lecteurs, qu'ils peuvent tout-à-fait en proposer d'autres, dans la rubrique Commentaires.

 

 

                                                                                                                                                                               REVOLTUS

 

 

Complété le 12 Avril 2012

Repost 0
14 novembre 2009 6 14 /11 /novembre /2009 13:49
         Inculte! C'est le mot qui blesse d'autant plus que cela est souvent vrai. Et là, dans ce domaine crucial de la santé, l'inculture semble générale! 

         L'embarras de pratiquement tout le monde devant la nécessité, la possibilité, le devoir moral, l'opportunité... de se faire vacciner face à la menace d'une grippe dont le germe est semblable à celui de la fameuse grippe qui fit plus de mort que la Première Guerre Mondiale tout de suite après celle-ci, est révélateur d'une inculture qui traverse absolument toute la société.
       Incultes, ces journalistes qui ânnonent des chiffres impossibles d'ailleurs à constituer sur les victimes de la grippe.   

       Incultes, ces laboratoires pharmaceutiques qui ne savent même pas si leur vaccin est efficace et dont le gouvernement vient d'interdire l'utilisation pour les enfants de moins de six mois.
         Incultes ces hommes politiques qui se contentent de répéter ce que leurs amis du complexe médico-financier leur dit de dire sans en comprendre un traître mot, sauf que leur carrière peut être détruite s'ils renouvellent les erreurs de certains acteurs de l'affaire du sang contaminé.

       Incultes, tous ces hommes et toutes ces femmes qui ne connaissent même pas leur propre corps alors qu'ils se vantent d'en connaître un rayon sur leur automobile ou leur télévision.

           Incultes, tous ces citoyens qui ne font pas la différence entre un rhume et une attaque sérieuse de leurs voies respiratoires!  Pas étonnant que le monde soit rempli de buveurs et de fumeurs vus qu'ils ne connaissent même pas le moindre effet que leurs passions ont sur leur propre corps!

     Il serait temps pour le système scolaire de passer à quelque chose d'aussi important sinon plus que de connaître son histoire ou sa géographie. Il serait temps, passant outre un certain pouvoir médical au passage, que tout enfant apprenne son propre corps. Et possède ainsi un véritable savoir médical, au lieu de rudiments parfois mal appris de sciences naturelles.
       Tous les responsables des exercices de sauvetage en savent quelque chose de cette ignorance crasse!

           On en finirait sans doute plus vite au passage avec tous ces charlatans de la psychanalyse à l'emporte pièce qui encombre les ondes et les hôpitaux!  

          Bien entendu, beaucoup préfèrent rester ignares plutôt que de penser à ces choses-là, qui tout de suite, quand on en parle au moindre quidam, voient surgir des idées lubriques, ou des réflexions de peur profonde ! 
          Et que dire de certaines religions qui font de l'ignorance des femmes de leur propre corps leur meilleur fond de commerce!

                                                                      
MOTUS CONFLICTUS
Repost 0
11 mars 2009 3 11 /03 /mars /2009 11:05

           Avez-vous remarqué la prolifération (qui ne date pas d'aujourd'hui) des noms communs en isme?

          En philosophie (hégélianisme, kantisme, aristotélisme, je ne suis pas sûr que ça fonctionne bien mais enfin..., platonisme...), en sociologie (weberisme, c'est moins fréquent), en théorie politique (alors là, vous en avez... marxisme, blanquisme, lockisme, machiavélisme...), en psychanalyse (freudisme, kleinisme...), cela existe depuis un certain temps.
Cela se justifie, comme catégorisation, pour des doctrines, des théories, des hypothèses qui marquent l'histoire des idées.
        Mais alors, maintenant, gaullisme, pompidolisme, giscardisme, mitterrandisme, chiraquisme, sarkozysme, cela dépasse la cadre d'un (très gros) dictionnaire, si vous n'oubliez pas le tibérisme, le jospinisme, le chevénementisme, le poppérisme (vous l'aviez oublié, celui-ci, hein!), le royalisme (en voulez-vous, vous en avez, heureusement que personne n'a eu l'idée de s'appeler République!)...
   Cela dépasse les bornes et révèle plusieurs choses sur l'ego des hommes politiques, sur la paresse du journalisme d'aujourd'hui, sur le flou aussi de ce que peuvent recouvrir comme pensées politiques (lorsqu'il y en a une...) ces dénominations parfois bien fumeuses... Cela évite d'analyser les choses et l'action des hommes, comme ceux qui sont au pouvoir économique depuis des lustres et dont le crétinisme amplifie jusqu'au vomissement la dégénerescence actuelle du capitalisme.   
         Comment cela est-ce possible? Quand la presse fourmille de parvenus ou d'installés carriéristes, les yeux rivés sur l'audimat, quand la plupart des analyses tournent en rond autour d'idées fixes ou d'images hypnotisantes, quand le court terme et l'anecdoctique émotionnel l'emporte sur les véritables perspectives d'avenir, des générations d'étudiants, puis des générations de faiseurs d'opinion reproduisent des schémas obsolètes depuis longtemps, jusqu'à s'obnubiler sur des éléments purement de représentation, coupés de la réalité.
     Un élément de cette obnubilation est de persister à mélanger l'anecdotique et l'historique comme  le fait cet éditorialiste très bien en vue qui compare Bonaparte à l'actuel président de la République (il s'agissait, à l'époque de Nicolas SARKOZY)... C'est de persister à faire croire aussi qu'à travers les changements de sigles ou de noms de partis politiques, on assiste à des changements de politique. Un des exempleles plus caricaturaux à mon avis est la longue série de noms du principal parti de droite en France. Souvenez-vous, MFP, MRP, UDR, RPR, UMP... Jusqu'à transformer le sens des sigles! UMP, ce n'est plus l'Union pour la Majorité Présidentielle, c'est l'Union du Mouvement Populaire!   J'ai du mal à ne pas traduire ça personnellement...
(Légèrement) révisé le 8 novembre 2013
Repost 0
14 janvier 2009 3 14 /01 /janvier /2009 16:08

 

    On a l'habitude de considérer l'injure comme faisant partie d'un ensemble de pratiques qui servent de défouloirs, surtout dans les registres satiriques. On pourrait penser aussi qu'il s'agit de dérivatifs, "pis aller" pour ne pas aller (!) vers le combat physique.
 Pourtant l'injure fait partie d'une sorte de continnum dans les relations conflictuelles, qui peut s'arrêter au combat verbal, ou marquer une étape vers le combat physique. La tendance serait de justifier l'injure - jusqu'à un certain point et les systèmes pénaux sont d'une mansuétude tout à fait variable à ce sujet - et à trouver le passage au combat physique ainsi provoqué. 

    C'est ce qu'aurait tendance à penser Nancy HUSTON, romancière et écrivain de pièces de théâtre, mais ausi de quelques essais,  dans son livre "Dire et interdire".
  "Les innommables dont nous avons parlé (il s'agit des mots interdits dans le registre sexuel ou religieux) se situent apparemment toujours à deux extrémités : au plus loin les puissances divines et, au plus près, le corps. A tout objet et à tout phénomène entre les deux, l'homme assigne sans difficulté un nom. Or, la nomination est un jugement. Elle opère toujours une violence, dans la mesure où elle découpe le réel de manière arbitraire et lui impose les catégories de la pensée humaine." "...l'usage de la parole confère aux êtres humains non seulement un privilège mais aussi une responsabilité (...). Comme le langage est le seul moyen dont ils disposent pour se repérer, s'identifier et se distinguer de tout ce qui les entoure, il ne faut pas qu'ils disent n'importe quoi. La nomination injuste - l'injure, au sens fort - dépossède les êtres de ce qu'ils ont de plus précieux, leur nom, pour leur en attribuer un autre."
  "La violence verbale (...) est la plus arbitraire de toutes, et ne peut être efficace que parmi les usagers d'une même langue. Elle annonce et ponctue presque toujours les actes de violence physique."
  L'écrivain cite ensuite quatre types d'injures, qui peuvent se combiner de différentes manières :
            - la nomination littérale, le simple fait de "traiter" l'autre de ce qu'il est : injures racistes et politiques, rehaussées par une déformation phonétique, de même que les injures sexuelles (pédé, parfois rendu plus offensant par une débauche de description : "enculé") ;
                - la nomination antiphrastique, où l'ennemi est désigné par  l'opposé diamétral de son "idéal du Moi". Dire pédé à un macho est assez efficace ;
            - la nomination métaphorique; où l'on évoque des objets ou des qualités dont on prétend qu'ils ont des traits en commun avec l'adversaire. Salaud latin se disait autrefois, salope reste encore en usage ;
             - la nomination métonymique, où l'on réduit le tout à l'une de ses parties, injures passe-partout (con, couillon, petite merde) et d'un emploi très fréquent.
   L'agression verbale, utilisant l'exhibitionnisme masculin, est assez efficace envers les femmes, selon Nancy HUSTON, dans une société où des tabous forts existent envers la sexualité féminine. De la même manière, celle qui utilisait autrefois des attributs négatifs, accolés aux classes sociales inférieures ou supérieures, pouvaient générer des affrontements sérieux dans une société aux cloisonnements importants. On songe là aussi à des sociétés à castes, où traiter son voisin membre de la même caste d'un attribut accolé à une autre caste peut provoquer des luttes physiques mortelles. En parcourant le glossaire présenté par l'auteur en fin de son ouvrage, on mesure l'évolution des sociétés qui rendent des injures inexpiables, auparavant au mieux drolatiques et au pis incompréhensibles. Dire à quelqu'un aujourd'hui qu'il est une chose provoque au plus l'amusement, mais allez dire cela dans un société victorienne lorsque chose voulait signifier pine ou con!
     Dans le registre plus de l'analyse que de la description, Béatrice FRACCHIOLLA, linguiste et Maitre de conférences à l'Université de Paris VIII, s'attache au sens de l'injure. 
"Insulte, injoure, outrage, invective... La lanche française foisonne de mots parents, voire synonymes pour désigner de manière équivalente un certain type de paroles proférées qui ne renvoient pas exclusivement à des mots reconnus en soi comme grossiers mais qui sont identifiables comme verbalement violentes dans leur ensemble. L'injure a, néanmoins deux formes. D'une part, on la reconnait comme un phénomène plutôt orale, comportemental, spontané et immédiat, qui est associé à la violence physique ou au contraire s'en distingue comme un moindre mal (voir, entre autres, É LARGUÈCHE, L'effet injure, PUF, 1983). D'autre part, elle possède également un versant juridique spécialisé, où elle rejoint le champ notionnel de l'outrage (DESMONS et PAVEAU, Outrages, insultes, blasphèmes et injures : violences du langage et polices du discours, L'Harmattan, 2008). De nombreux travaux sur l'injure portent en réalité en linguistique sur ses formes lexicales, qui impliquent un jugement de valeur négatif - sous-ensemble de la catégories des axiologiques (C KERBRAT-ORECCHIONI, L'énonciation de la subjectivité dans le langage, Armand Colin, 1980) qui désignent les termes impliquant tout jugement de valeur, négatif comme positif. De nombreux chercheurs s'accordent aujourd'hui à dire que la prise en compte de facteurs pragmatiques est fondamentale pour sa compréhension (voir par exemple le Petit Traité de l'insulte, de L ROSIER, paru chez Labor en 2006). Ainsi, peut-on y voir avant tout un acte social porteur de conséquences (LAFORÊT et VINCENT, La qualification péjorative dans tous ses états, dans Les insultes : approches sémantiques et pragmatiques, Langue française, 2004, Sous la direction de D LAGORGETTE et P LARRIVÉE). C'est pourquoi il semble pertinent de réflécir en termes d'anthropologie de la communication sur ce que l'on nomme injure, à partir des effets qu'on lui reconnait. Car le terme "injure", en même temps qu'il est souvent une qualification péjorative est avant tout un projectile verbal et désigne la "nature d'un certain effet et ce qui est la cause de cet effet" (É LARGUÈCHE, 2009)."

     Nancy HUSTON, Dire et interdire, Eléments de jurologie, Petite Bibliothèque Payot, 2002.
     Béatrice FRACCHIOLLA, article injure, dans Dictionnaire de la violence, PUF, 2011
Complété le 7 novembre 2013
Repost 0