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27 juin 2017 2 27 /06 /juin /2017 10:24

    Antonio Manuel de Oliveira GUTERRES (né en 1949), homme d'Etat portugais socialiste et fervent catholique, est le neuvième secrétaire général de l'ONU. Elu par l'assemblée général en octobre 2016, il entre en fonction le 1er janvier 2017, après plusieurs tours (de nombreux Etats souhaitaient voir une femme à ce poste). Recentrant le parti socialiste vers la droite, Premier ministre du Portugal de 1995 à 2002, il est connu pour ses positions morales conservatrices. Il possède une grande expérience de Haut Commissaire aux réfugiés (2005-1015), expérience importante de nos jours où de nombreuses guerres, notamment au Moyen-Orient, provoque des mouvements de population très importants. La planète fait face en effet à la plus grande crise de réfugiés depuis la fin de la Seconde guerre mondiale. 

   Le nouveau secrétaire général se donne pour mission de réaliser les "Objectifs du développement durable" (ODD) adoptés en 2015, dans le contexte d'une omniprésence du thème du développement durable devenu un slogan mondial, dans le contexte également d'un changement climatique aux effets de plus en plus graves. Il entend également rendre, comme maints prédécesseurs, l'ONU plus efficace mais aussi plus démocratique. Ceci à double tire, au niveau de la représentation des Etats devenus parmi les plus importants bloquée notamment par la pratique du veto et au niveau du recrutement du personnel, trop encore inégal. 

   Il se déclare lors de son élection "pleinement conscient des défis auxquels est confronté l'ONU et des limites entourant le Secrétaire général" ll reconnait que "le Secrétaire général à lui seul ne possède pas toutes les réponses, et ne cherche pas non plus à imposer son point de vue." Son rôle est d'être un "rassembleur, un médiateur, quelqu'un qui établit des ponts et un intermédiaire honnête" dans le but d'aider à trouver des solutions qui profitent à toutes les personnes impliquées. Il exprime son engagement envers les personnes les plus vulnérables de la planète, la protection et l'autodétermination des femmes et des filles, la diversité sous toutes ses formes, le développement durable, les droits de l'homme, ainsi que pour une diplomatie capable d'apaiser les tensions et d'apporter des solutions pacifiques. Même si cela apparait comme un discours de langue de bois, il s'inscrit dans la ligne suivant laquelle pour la première fois dans l'histoire de l'ONU, le choix du secrétaire général s'est effectué publiquement, avec des débats particulièrement suivis. Le nouveau secrétaire général parait très soucieux de la transparence qui doit caractériser le fonctionnement des Nations Unies, notamment dans la phase actuelle d'un certain repli des activités et de l'importance au niveau mondial de l'organisation internationale.

Chloé MAUREL, Une brève histoire de l'ONU au fil de ses dirigeants, éditions du croquant, 2017.

 

PAXUS

   

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22 juin 2017 4 22 /06 /juin /2017 07:28

    Ban KI-MOON (né en 1944), diplomate et homme politique sud-coréen, est le huitième secrétaire général de l'ONU, pour deux mandats, pendant 10 ans ou presque (9 ans, 11 mois et 30 jours...). Précédemment ministre des affaires étrangères et du commerce de son pays de 2004 à 2006, il débute sa carrière diplomatique avec un premier poste à New Delhi en Inde. En 1978, nommé premier secrétaire de la mission sud-coréenne auprès de l'ONU, il devient en 1980 directeur du bureau des Nations unies au ministère des affaires étrangères sur-coréen (jusqu'en 1983). En 1996, il devient conseiller à la sécurité nationale du président sud-coréen Kim YOUNG-SAN. En 2001-2002, il est président de l'Assemblée générale des Nations unies.

   Elu par acclamation secrétaire général de l'ONU, il se caractérise par sa discrétion et son manque de charisme. Très diplomate, il brille surtout par sa capacité à éluder les questions sensibles. Après des décennies d'hostilité des Etats-Unis, avec un secrétaire général d'un pays allié, la super-puissance retrouve une certaine considération pour une organisation internationale qui devient discrète, à un point qu'on a pu qualifier Ban KI-MOON de promoteur d'une "diplomatie discrète".... Mais sa "diplomatie" se révèle dans l'ensemble aux yeux de beaucoup d'observateurs et de pays membres beaucoup trop favorable aux Etats-Unis (ménagement dans l'affaire de l'Irak, mansuétude sur la peine d mort en vigueur dans de nombreux Etats...). Cependant, d'autres aspects sont plus positifs, dès le premier mandat : beaucoup de femmes ont été nommées à des postes importants à l'ONU, il a joué un rôle majeur pour convaincre le Soudan de permettre aux Casques bleus de pénétrer au Darfour. 

Mais le secrétaire général est pris dans la tendance au népotisme et au favoritisme (beaucoup de Sud-coréens sont nommés à l'ONU) qui caractérisent bien des pays du Sud. Par ailleurs, pris dans le mouvement de diminution des dépenses qui caractérise le libéralisme ambiant, le recrutement des Casques bleus se dégrade en qualité : la majorité des casques bleu déployés par l'ONU vient de pays du Sud, vu le peu d'attractivité des salaires et traitements. Ils ne sont pas toujours bien formés et encadrés, donnant aux forces armées déployées des défauts caractéristiques des armées sans réels codes moraux (corruptions, abus sexuels) prêtant le flan à des soupçons d'inefficacités sur le terrain. 

Des efforts importants sont réalisés dans le domaine du climat, domaine probablement crucial pour le devenir de l'humanité. Le réchauffement climatique est identifié par Ban KI-MOON comme un enjeu majeur de son mandat. Les sommets de Rio en 2012 et de Paris en 2015 (COP 21) apparaissent comme des avancées importantes dans la mobilisation des Etats et des entreprises. Beaucoup ont pointé en revanche l'organisation peu regardante sur le plan social des conférences sur le climat, indication certaine du peu de tonalité sociale de ses mandats.

Dès le début de son mandat, le secrétaire général poursuit les réformes de l'ONU, par exemple la division du département des opérations de maintien de la paix (DOMP) en deux départements et fusion des affaires politiques et du désarmement.

Il stagne, comme son prédécesseur, sur la réforme du Conseil de sécurité, malgré les travaux d'un groupe de travail interne à l'ONU créé en 1993, qui propose en 1996 d'ajouter cinq sièges de membres permanents, dont l'Allemagne et le Japon, et quatre sièges de membres non-permanents, afin d'accroitre sa représentativité. La situation reste bloquée, mais certains observent qu'à son époque la SDN s'était heurtée au même problème. Sans doute conviendrait-il d'abord de renforcer les moyens de l'ONU, ses capacités en termes de maintien de la paix et d'avancée dans maints domaines, plutôt que de s'affairer sur des affaires de structures internes qui mobilisent par trop certains départements de certaines chancelleries. Se focaliser sur le conseil de sécurité fait oublier que dans l'équilibre des pouvoirs entre le secrétariat permanent, l'assemblée générale et le conseil de sécurité, c'est l'assemblée générale qui apparait la plus consistante et la plus productive. 

    Même s'il est trop tôt pour tirer un bilan de ses deux mandats et encore plus sur l'ensemble de l'activité des Nations Unies, certains constats sont sévères. Ainsi Chloé MAUREL parle d'une paralysie de l'ONU. "En outre, dans les faits, l'ONU a échoué à imposer son arbitrage dans la plupart des conflits qui ont éclaté sur la scène internationale depuis 1945.Paralysée pendant 45 ans par la guerre froide (dont la fin, pensons-nous, permet d'ailleurs une analyse sur plusieurs décennies), elle a, à partir du début des années 1990, été court-circuitée ou instrumentalisé par les Etats-Unis devenus la seule hyper-puissance planétaire, "gendarme du monde" (ou sans doute, préférons-nous, en suivant les analyses par exemple de Alain JOXE, de "semeur de chaos"). Elle s'est révélée impuissante à faire appliquer des sanctions, et ses textes, déclarations, recommandations, conventions, résolutions, restent souvent lettre morte". Ce qui fait résonner encore plus cette critique d'ensemble, c'est l'incapacité de l'ONU de saisir l'occasion historique de la fin de la guerre froide pour organiser l'état du monde,tant au niveau politique qu'au niveau économique, mais est-ce imputable uniquement aux secrétaires généraux? 

   Dans un entretien accordé à Romuald SCIORA en 2008, Ban KI-MOON déclare qu'il est entré en fonctions "déterminé à rendre cette organisation plus efficace et plus transparente, donnant davantage confiance à la communauté internationale. L'humanité est confrontée à de nombreux défis auxquels il nous faut répondre à l'échelle globale, tels le changement climatique ou la crise alimentaire mondiale, et nous devons poursuivre nos efforts en vue d'atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement. Je me suis engagé à réaliser ces objectifs et à faire face à ces défis en étroite coordination avec les Etats membres. Les Nations unie ont besoin d'un puissant soutien des Etats". Pour répondre à ces défis, sur lesquels il s'étend le plus dans cet entretien, il est essentiel pour lui de changer le fonctionnement de l'Organisation : "Au cours des soixante-deux dernières années, les Nations unies ont mis en place un vaste ensemble de systèmes et de structures. Certains, pourtant,se sont révélés inefficaces et contre-productifs. Je fais donc une priorité de les réformer, de sorte que l'ONU puisse réellement répondre aux besoins et aux attentes. Elle doit travailler de manière plus efficace, productive, responsable, flexible et transparente. J'ai déjà effectué certains changements, mineurs mais nécessaires. J'ai par exemple signé individuellement avec tous les directeurs une sorte d'engagement écrit afin qu'ils identifient leurs propres priorités et en soient rendus responsables à la fin de leur affectation. Cela servira à fonder une décision de renouveler leur contrat, ou non. De plus, un Bureau de la déontologie a été établi et il inclut désormais tous les fonds et programmes des Nations unies. J'ai également commencé à promouvoir la mobilité du personnel afin de la rendre plus polyvalent, multifonctionnel et efficace." Sur la fonction du secrétaire général, Ban KI-MOON précise également son point de vue : "La charte des nations unies dit que le secrétaire général est le plus haut fonctionnaire de l'Organisation, celui qui dirige l'administration, mais quand vous y regardez de plus près, vous voyez qu'il y a beaucoup de programmes qui nécessitent en réalité l'intervention directe et les capacités de commandement du secrétaire général. C'est pourquoi je pense que tout secrétaire général doit allier les qualités de secrétaire et de général. Il faut donc agir comme un PDG, ce qui ne signifie pas seulement donner des ordres. Vous devez être constamment engagé dans des négociations et faire preuve de diplomatie avec les Etats membres. J'essaie donc constamment de combiner ces divers aspects du travail de secrétaire général."

 

    Victor-Yves GHEBALI écrit que "la nomination de Ban Ki-Moon, dont la nationalité prêtait au soupçon de proaméricanisme inconditionnel ) - la Corée du Sud est en effet protège par quelques 40 000 soldats américains -, et dont le profil bas contrastait avec le charisme de Kofi Annan, fut généralement accueillie avec réserve, pour ne pas dire avec scepticisme, par la presse internationale. Le huitième en date des secrétaires généraux de l'ONU inaugura d'ailleurs son mandat par une bévue de taille : le jour de son entrée en fonction, il déclara (au sujet de la pendaison du dictateur irakien Saddam Hussein) que la peine capitale relevait de la volonté de chaque Etat souverain, oblitérant ainsi - par maladresse, conviction ou réflexe conformiste d'un haut fonctionnaire dont le pays appliquait la peine de mort - la position doctrinale de l'ONU en la matière. Depuis lors, Ban-Ki-moon s'est évertué à dissiper les doutes concernant sa personnalité par une activité diplomatique débordante, ainsi que par des prises de position tranchées au sujet, entre autres, de la fermeture de la prison américaine de Guantanamo, du déploiement au Kosovo d'une mission de l'Union Européenne, de la réélection frauduleuse du dictateur Robert Mugabe au Zimbabwe en juin 2008, ou de l'opération Aube de l'Odyssée en Libye en mars 2011.

Dans le cadre d'une feuille de route pour 2015 sans grande originalité (renforcement de la capacité de l'ONU à gérer les conflits affectant la sécurité internationale, concrétisation des "objectifs du millénaire pour le développement" et amélioration de la protection des droits de l'homme), Ban Ki-moon a assigné à son action en tant que secrétaire général trois priorités majeures respectivement liés à la réforme du secrétariat, au réchauffement climatique et au conflit du Darfour. Sur la base de normes déontologiques privilégiant "la transparence, l'efficacité et la responsabilité" (et, parallèlement, l'accroissement de la mobilité et de la polyvalence du personnel onusien), la première priorité vise à "restaurer la confiance des gouvernements" éprouvée par le scandale du programme irakien Pétrole contre nourriture - objectif louable, mais qui fait abstraction de l'élément essentiel du problème : la responsabilité des Etats, grands comme petits, dans la crise de crédibilité de l'ONU. S'agissant de la deuxième priorité, Ban Ki-moon n'hésite pas à qualifier le réchauffement de la planète de "plus grand défi du XXIème siècle" et de considérer qu'un tel défi place le monde "au bord de la catastrophe". En conséquence, il plaide en faveur de l'ouverture de négociations, comportant un calendrier ainsi qu'une date butoir, destinées à réactualiser et renforcer les engagements du Protocole de Kyoto de 1997 sur les changements climatiques - instrument devant expirer en 2012. Malheureusement, au stade actuel, peu de pays paraissent disposés à accepter des réductions significatives de leurs émissions de gaz à effet de serre, ce qu'a bien montré la XVème conférence sur les changements climatiques tenue à Copenhague en décembre 2009. Quant au règlement du conflit du Darfour qui a causé près de 300 000 morts et déplacé 2,7 millions de personnes, cette priorité est non moins problématique que les précédentes en raison de la multitude des factions en présence, des difficultés rencontrées par les 20 000 casques bleus de la Minuad pour faire respecter un ces-le-feu, enfin de la mauvaise volonté du gouvernement soudanais qui bénéficie du soutien diplomatique de certains pays comme la Chine.

Il convient de rappeler que le secrétaire général de l'ONU est bien davantage que le chef d'une administration internationale. L'article 99 de la Charte des Nations Unies l'autorise à attirer l'attention du Conseil de sécurité sur toute affaire susceptible de compromettre la paix et la sécurité internationales. Autrement dit, il est habilité à se manifester comme un "général" (aussi bien que comme simple "secrétaire") censé pouvoir exprimer une vision oecuménique de l'ONU et même résister aux pressions des Etats. Pour espérer voir renouveler son mandat en 2012, Bean Ki-moon doit ainsi démontrer qu'il est à la hauteur de ce que le premier détenteur de la fonction, Trygve Lie (1946-1952), avait crument estimé être le métier le plus difficile du monde, "the world's most impossible job"."

Entretien de Romuald SCIORA avec Ban KI-MOON, dans l'ONU dans le nouveau désordre mondial, Les éditions de l'atelier/Les éditions ouvrières, 2015. Chloé MAUREL, Une brève histoire de l'ONU au fil de ses dirigeants, éditions du croquant, 2017. Victor-Yves GHEBALI, Ban Ki-moon, dans Encyclopedia Universalis.

 

PAXUS

 

Complété le 5 Août 2017.

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17 juin 2017 6 17 /06 /juin /2017 08:01

     Kofi Atta ANNAN (né en 1938), septième secrétaire général de l'organisation internationale, commence à travailler pour l'Organisation mondiale de la santé à partir de 1962, puis après plusieurs postes successifs à l'ONU, il devient sous-secrétaire général de Boutres BOUTROS-GHALI en 1993. Gestionnaire de formation, cet originaire du Ghana est notamment sous-secrétaire général à la planification des programmes au budget et à la comptabilité, puis contrôleur de 1990 à 1992. En 1990, après l'invasion du Koweit par l'Irak, il reçoit du secrétaire général la mission spéciale d'organiser le rapatriement de l'Irak de plus de 900 fonctionnaires internationaux et ressortissants des pays occidentaux.

    Elu secrétaire général pour un premier mandat en janvier 1997, il a le plein soutien des Etats membres. Il tente dès le début de son mandat d'agir, dans la foulée de son prédécesseur, pour un renouveau de l'ONU. Dès son discours d'investiture du 17 décembre 1996, il annonce que son mandat a pour objectif d'"assainir les Nations Unies, les rendre plus présentes et plus efficaces, plus sensibles aux souhaits et aux besoins de ses membres et plus réalistes dans leurs buts et engagements". Il ne reprend pas les trois agendas de son prédécesseur, mais entend poursuivre son oeuvre de réformes internes. Mais ses objectifs sont contrecarrés à la longue notamment par les Etats-Unis, qui ne sont pas près d'entrer réellement dans un multilatéralisme. Vers la fin de son second mandat, l'hostilité de la seule superpuissance est évident, avec toujours la ferme intention de ne pas contribuer à l'organisation si celle-ci ne se plie pas aux impératifs de ses stratégies...

    Malgré les oppositions, et avec malgré tout avec le soutien d'une grande majorité à l'Assemblée générale, qui est rappelons-le, le lieu d'un véritable pouvoir face au conseil de sécurité, surtout si celui-ci est paralysé sur une question ou une autre, par le veto d'un membre permanent; le secrétaire général, durant ses deux mandats, mène des actions importantes et amène des innovations.

Il contribue à la création de la Commission pour la consolidation de la paix (Peacebuilding Commission, créée en 2005) et du Conseil des droits de l'homme en 2006. Ce dernier remplace l'ancienne Commission sur les droits de l'homme, discréditée à cause de la politisation de ses sessions et de la partialité de son travail. Divers Etats, peu scrupuleux à vrai dire à propos des droits fondamentaux, cherchaient à s'y faire élire pour se soustraire aux critiques sur le non-respect des droits de l'homme.

Il soutient également la mise en place de la Cour pénale internationale (CPI), juridiction universelle permanente chargée de juger les personnes accusées de génocide, de crime contre l'humanité, de crime d'agression et de crime de guerre. La CPI est créée en 1998 et commence ses travaux en 2002, malgré la réticence des Etats-Unis. 

Il met en place des groupes d'experts informels comprenant des représentants de gouvernements, d'ONG et de personnalités pour faire mûrir des idées.

En 1998, alors que les Etats-Unis veulent bombarder l'Irak qui refuse de laisser les inspecteurs de l'AIEI visiter certains sites, Kofi ANNAN se rend en personne à Bagdad, et amène, grâce à sa médiation, Saddam HUSSEIN à consentir à ce que les inspections reprennent.

Les Etats-Unis, sous la présidence de CLINTON, restent réservés à l'égard de l'ONU après l'arrivée de Kofi ANNAN : tout en commençant à payer une partie de sa dette à l'Organisation, l'administration Clinton négocie ardemment une réduction de la part américaine du budget total de l'ONU, ce qui affaibli l'organisation internationale. 

En avril 2000, le secrétaire général publie un Rapport sur le millénaire intitulé Nous les peuples : le rôle des Nations Unies au XXIème siècle, écho entre autres au Nous le peuple de la Constitution des Etats-Unis. S'en inspirent la Déclaration du millénaire et les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). Ce rapport appelle les chefs d'Etat et de gouvernement à faire de la lutte contre la pauvreté et contre les inégalités la priorité du début du nouveau millénaire. Réélu par acclamation par l'Assemblée générale pour un second mandat en juin 2001, il reçoit dans la foulée, quelques mois plus tard, en décembre, le prix Nobel de paix.

En 2003, il cherche par tous les moyens à éviter la guerre en Irak, exhortant les Etats-Unis et le Royaume-Uni à ne pas envahir l'Irak sans le soutien de l'ONU. Il déclare illégale en septembre 2004 la guerre des Etats-Unis en Irak. Ses prises de position, qui seront avalisées par les événements et les révélations sur les mensonges (sur l'existence d'armes bactériologiques en Irak) par la suite lui valent l'estime de nombreux pays, et même de nombreux citoyens des Etats-Unis. 

Lors du sommet mondial organisé par l'ONU en 2005, Kofi ANNAN fait reconnaitre le principe de la "responsabilité de protéger" (R2P) aux chefs d'Etats et de gouvernement.

   Tout au long de ses deux mandats, Kofi ANNAN oeuvre pour la diplomatie préventive, rédigeant trois rapport sur cette question (2001, 2003 et 2006). Sans doute a-t-il plus en tête la nécessité de construire cette diplomatie, plus que la réforme qu'il juge pourtant nécessaire, du Conseil de sécurité. Cette question est irrésolue, vue les différentes luttes internes d'influence à l'ONU entre les prétendants, les conservateurs et les nombreux pays observateurs qui s'y impliquent... Soutien de cette diplomatie préventive, une force de réaction rapide placée en permanence à la disposition du Conseil de sécurité, proposée déjà dans les années 1990 par certains Etats comme le Canada et les Pays-Bas est remise sur le chantier. Mais cette idée est "torpillée non seulement par les grandes puissances, mais aussi par un grand nombre de petits et moyens pays qui la considérèrent comme le cheval de Troie d'un dangereux droit d'ingérence" (Victor-Yves GHEBALI, L'ONU face à la mondialisation : le problème du passage du multi latéralisée au système-monde, dans Relations internationale, 2005/4, n°124). La Déclaration finale du sommet de 2005, laisse ouvert le débat, appelant à "la constitution d'une force de police permanente", mais sans prendre de décision concrète.

  Dans le fil droit de l'idéologie libérale qui tend à vouloir à tout prix externaliser les fonctions non régaliennes (et en partie régaliennes, d'ailleurs aussi...) des Etats, Kofi ANNAN propose aux Etats membres en 2006, dans un rapport à l'Assemblée Générale, une vaste réforme de l'administration de l'ONU. Il présente une série de mesures prévoyant notamment l'externalisation de certains services, qu'ils soient sous-traités à des entreprises privées. Dans son rapport Investir dans l'ONU pour lui donner les moyens de sa vocation mondiale, il affirme l'inadaptation des structures administratives actuelles aux défis qu'elle doit relever. Il propose une réforme de grande ampleur du fonctionnement de l'ONU, s'inspirant du courant du new public management, qui préconise d'appliquer à la fonction publique les méthodes managériales du secteur privé. Observant que les procédures budgétaires et financières des Nations Unies manquent de flexibilité et de transparence, et soucieux de les améliorer, il développe l'idée de "bonne gestion", de "bonne gouvernance", estimant que les Nations Unies devraient en cela largement s'inspirer des principes et méthodes de l'économie privée. Mais cette tendance, comme l'écrit si justement Chloé MAUREL, "sur une pente dangereuse, l'ONU n'étant pas une entreprise privée cherchant à être "rentable" mais un service public international. Elle consiste à recevoir de plus en plus d'argent du secteur privé, et à externaliser (donc à privatiser) une part croissante de son activité. L'ONU serait ainsi en passe de "se vendre au monde des affaires"(voir Gilles GRIN, Les crises financières des Nations Unies, dans Relations internationale, 2006/4, n°128), ce qui est préoccupant."

   Ce qui sans doute va influencer l'activité future de l'ONU, est la mise sur pied de panels de haut niveau de spécialistes sur une question ou sur une autre, spécialistes issus suivant leurs compétences des Etats ou des sociétés civiles. C'est ainsi qu'en 2006, un groupe de quinze espères internationaux, originaires quasiment à parité de pays du Nord et du Sud, co-présidé par les premiers ministres du Pakistan, du Mozambique et de la Norvège, réfléchissent aux problèmes de l'ONU et à la manière de réformer cette institution. Ils soulignent l'"incohérence opérationnelle" des Nations Unies, les chevauchements entre structures - générateurs entre autres de conflits de compétences - les doublons sur le terrain. Le panel retient l'idée de l'établissement d'un Conseil pour le développement durable. Il suggère aussi la nomination de l'administrateur du Programme des Nations Unies pour le développement comme coordinateur pour le développement des Nations unies ; l'idée étant d'en faire un alter ego du président de la Banque mondiale et de diminuer l'impression de dispersion des activités des Nations Unies.

Le panel avance aussi l'hypothèse d'une réforme partielle du financement des agences, fonds et programmes des Nations unies, avec la mise en place d'un fonds central (le millenium Development Goals funding messianisme). Les débats sont intenses sur cette question du financement : les états-Unis plaident avec vigueur pour le maintien du caractère volontaire du financement du système onusien (et donc la préservation pour les pays donateurs d'une "ONU à la carte"). La dichotomie entre contributions volontaires (données volontairement par des Etats, sur fonds extra-budgétaires, pour des actions que ces Etats eux-mêmes décident, ou ne décident pas, de financer) et contributions obligatoires (constituant le budget régulier de l'ONU, contributions qui sont réparties entre les Etats en fonction de leur richesse, et qui financent le programme officiel de l'ONU, voté par tous les Etats membres) amènent à un fossé de plus en plus grand, les contributions extra-budgétaires représentant aujourd'hui plus du double du montant du budget régulier. Cela pose problème car ce sont ainsi de plus en plus les états donateurs de contributions extra-budgétaires qui ont le pouvoir de décision sur les actions de l'ONU. Cela confère à certains membres de l'ONU le statut pratiquement de membres "supérieurs" aux autres, avec la possibilité d'instrumentaliser pour leur stratégie propre toute l'organisation.

Par ailleurs, le panel propose aussi la constitution d'un forum mondial des "chefs" (Global Leaders Forum), dont le fonctionnement s'inspirerait du G7. Cela traduit la volonté de donner plus de pouvoir de décision, de leadership à l'ONU, en resserrant toutefois le nombre d'acteurs chargés de prendre des décisions.

Sans doute heureusement, mais ce ne sera pas certainement la seule proposition de ce genre, la plupart des recommandations contenues dans son rapport en 2006 sont restées lettre morte...

     Dans un entretien accordé en 2005 à Romuald SCIORA, Kofi ANNAN répond d'abord sur l'évolution de la fonction de secrétaire général : "Quand j'ai été élu, on s'intéressait surtout à la dimension politique de la fonction du secrétaire général, à son rôle de médiation et de bons offices. Il restait cependant des domaines où l'Organisation souffrait d'un réel déficit de communication ; je pense notamment à l'action déployée pour le développement économique, pour la lutte contre les maladies et, plus généralement, à nos relations avec le public. Le chef de l'ONU doit donc renforcer la confiance de l'opinion publique dans l'Organisation. (...)". Il estime que "dans un monde en profonde mutation, l'ONU devait nécessairement d'adapter pour pouvoir apporter des réponses efficaces aux problèmes de la planète. Il m'est apparu nécessaire non seulement de modifier nos structures, mais aussi de revoir nos objectifs afin de renforcer la cohérence du système onusien. Je crois que nous avons aussi amélioré l'interaction entre le siège central de New York, les cinq missions économiques régionales et les nombreux programmes et fonds mis en place par l'ONU. J'a également voulu mettre en avant la vocation des Nations unies de servir les intérêts des peuples. Nous ne devions pas être une bureaucratie installée dans notre Palais de verre. Il nous fallait aller au-devant des gens pour mieux percevoir leurs besoins et pour qu'ils saisissent, à leur tour, ce donc nous étions capables. Cela a engendré un travail en partenariat, non seulement avec les gouvernements, mais aussi avec la société civile, les organisations non gouvernementales, le secteur privé, les universités, les fondations, etc. Nous animons aujourd'hui un réseau très dense en vue d'atteindre un objectif commun."

Parmi les plus grands succès de l'ONU depuis son élection, il cite "les Objectifs du millénaire pour le développement, adoptés en 2000 et remarquablement accueillis par tous les gouvernements, les institutions internationales et les ONG. C'est à ma connaissance la première fois que nous définissons un tel cadre commun pour enrayer la pauvreté." Et parmi les échecs les plus importants, il cite "l'Irak, bien sûr... J'avais pourtant gardé l'espoir que les Nations unies pouvaient éviter la guerre en contrôlant la crise de façon pacifique. Hélas, cela n'a pas été le cas et de profondes divisions entre les Etats sont apparues. Elles se résorbent lentement, mais l'épisode irakien a incontestablement rompu l'harmonie qui prévalait auparavant entre les Etats membres. L'autre échec est représenté par l'incapacité d'intervenir dans des situations désespérées. Après la tragédie au Rwanda on a dit "plus jamais ça". Pourtant, l'histoire se répète aujourd'hui au Darfour, où nous avons tant tardé à agir."

Sur l'épidémie du SIDA, où il est beaucoup intervenu, il dit que "la pandémie du sida est l'une des crises les plus importantes qui menace l'humanité, ou du moins notre génération. Les pays développés offrent des traitements à la plupart des malades. Or, en Afrique, ce virus paralyse l'action des gouvernements, emportant les enseignants, les infirmiers, les fonctionnaires, les agriculteurs et laissant derrière lui des millions d'orphelins. Sans une politique ambitieuse pour stopper cette épidémie, nous allons au-devant de problèmes très graves, non seulement en Afrique, où elle cause le plus de dommages, mais aussi en Asie et en Europe de l'Est. Il est urgent d'établir un fonds mondial contre le sida, la malaria et la tuberculose pour venir en aide aux victimes et développer les politiques de prévention. Il faut promouvoir l'utilisation des préservatifs, intensifier les campagnes de vaccination et s'assurer que les femmes enceintes reçoivent les médicaments qui leur sont nécessaires. Des êtres innocents viennent au monde avec ce fardeau du sida alors que nous pourrions l'éviter."

Au reproche - d'ailleurs un peu paradoxal - d'une partie de l'opinion publique d'inféodation de l'ONU aux Etats-Unis, et d'un autre qu'elle ne prend en compte que les intérêts des pays en développement, également paradoxal d'ailleurs, Kofi ANNAN répond que "du fait de leur poids politique, les Etats-Unis jouent un rôle très important au sein des Nations Unies, mais ils ne sont qu'un pays sur 190. Ils doivent souvent aller plaider leur cause auprès des autres nations ; cela est particulièrement vérifié dans l'affaire irakienne, où Washington n'a pas réussi à convaincre certains des autres membres du Conseil de sécurité de soutenir la guerre en Irak. Quant à la perception selon laquelle l'ONU servirait avant tout les intérêts des pays du tiers-monde, il faut rappeler que grand ou petit, riche ou pauvre, chaque Etat dispose d'une voix, à la différence de ce qui se passe à la Banque mondiale et au FMI, où les pays votent selon leur pourcentage de contribution. Les Etats-Unis, qui contribuent à hauteur de 22% du budget de l'ONU environ, ont un vote égal aux pays qui contribuent à 0,1% de ce même budget. Il peut arriver que des groupes de pays s'allient pour faire barrage aux Etats-Unis, mais, d'une façon générale, je crois pouvoir affirmer que les Etats membres parviennent à travailler ensemble en bonne intelligence. Certes, les négociations sont souvent longues.(...)" Pour lui, le secrétaire général doit agir dans un cadre où "chacun a pris conscience que nous habitons un village global et que le monde n'a jamais été aussi interconnecté, au vu également des menaces planétaires, comme le terrorisme. Face à de tels défis, les Nations unies sont un gage d'efficacité, car elles peuvent mettre en réseau tous les gouvernements du monde pour qu'ils s'attellent ensemble à ces problèmes communs. Il s'agit de questions qu'aucun pays, quelle que soit sa puissance, ne peut affronter seul."

 

    Philippe MOREAU-DEFARGES décrit l'activité de Kofi ANNAN comme secrétaire général de l'ONU : "En 1997, (il) hérite d'une ONU en désarroi, en plein reflux. Aucune des grandes opérations, lancées à grand fracas dans la première moitié des années 1990, n'a été un plein succès. En Somalie, l'affaire s'est terminée en 1995 par un repli discret et piteux. En ex-Yougoslavie, à la suite des accords de Dayton (décembre 1995) sur la Bosnie-Herzégovine, et devant l'insistance des Etats-Unis qui éprouvent une méfiance viscérale vis-à-vis de l'ONU, celle-ci doit laisser la place à l'Alliance Atlantique. Par ailleurs, l'organisation vit dans la hantise permanente de la faillite, nombre d'Etats du Tiers Monde et, surtout, les Etats-Unis, dont la contribution représente un quart du budget de l'ONU, accumulant des retards de paiement.

La démarche de Kofi Annan est guidée par deux priorités. La première vise à rétablir un lien de confiance - ou au moins de moindre méfiance - avec les Etats-Unis. Dans cette perspective, le secrétaire général soumet l'ONU aux contraintes de la gestion privée : suppression de couches bureaucratiques, mesure stricte des coûts, notamment des actions extérieures... De plus, il se montre attentif à ne pas prendre d'initiative qui froisse l'ombrageuse Amérique.

La deuxième priorité de Kofi Annan est plus ambitieuse : il s'agit, par touches discrètes, de restaurer l'image de l'ONU, de marquer qu'elle n'est pas seulement un instrument au service des grandes puissances mais qu'elle est porteuse d'un ordre mondial plus juste, garantissant la dignité des hommes. En 1999, au lendemain de la guerre menée par l'OTAN contre la Yougoslavie, c'est à l'ONU qu'est confiée l'administration du Kosovo, réaffirmant la mission centrale de l'organisation mondiale dans la construction de la paix. En Afrique, le continent abandonné, et, plus précisément, face à l'atroce guerre civile de Sierra Leone, Kofi Annan essaie d'amener le Conseil de sécurité à être moins indifférent, plus responsable. Il se fait le porte-parole d'une transformation de la souveraineté de l'Etat : selon lui, celle-ci n'a pas pour objet de laisser l'Etat libre de faire ce qu'il veut chez lui, au nom de la sacro-sainte non-ingérence dans les affaires intérieures ; l'Etat est désormais comptable de sa souveraineté tant devant sa propre population que devant la communauté internationale.

Kofi Annan apparait comme un Africain, un homme du Tiers Monde qui, avec doigté, a bousculé la rhétorique établie. En outre, il est parvenu à un règlement du très difficile dossier de la contribution budgétaire des Etats-Unis. Ce secrétaire général, dit de transition, se révèle être un de ces sages qui, sans trop de vacarme, rendent le monde moins dangereux, moins violent. C'est sans doute la raison pour laquelle il est réélu à l'unanimité par le Conseil de sécurité dès juin 2001, alors que son mandat ne venait à échéance qu'en décembre et qu'il reçoit le prix Nobel de la paix, avec l'ONU, la même année. Après les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, Kofi Annan fait de la sécurité mondiale et de la lutte contre le terrorisme deux de ses priorités. En 2003, il critique la décision des Etats-Unis de déclarer la guerre à l'Irak sans l'approbation du Conseil de sécurité, marquant ainsi le début d'une période de relations tendues avec la Maison-Blanche. Quelques mois plus tard, il crée un groupe de personnalités de haut niveau sur les menaces, les défis et le changement afin d'étudier la réponse apportées par l'ONU à diverses questions planétaires. Nombre des recommandations formulées par ce groupe seront intégrées dans le grand projet de réforme que Kofi Annan présente à l'Assemble générale en 2005. Certaines de ces mesures seront adoptées par la suite, d'autres, comme la proposition d'élargir le Conseil de sécurité de 15 à 24 membres, seront abandonnées. En 2005, le secrétaire général se trouve au centre d'une controverse à la suite d'une enquête sur le programme "pétrole contre nourriture" autorisant l'Irak à vendre, sous contrôle de l'ONU, une quantité limitée de pétrole afin d'importer de la nourriture, des médicaments et d'autres produits de première nécessité. Un rapport révèle en effet que le programme est entaché de corruption et que le fils du secrétaire général travaille dans une société suisse qui vient d'obtenir l'un des contrats liés au programme. Bien que Kofi Annan soit lavé de tout soupçon, il est critiqué pour son incapacité à superviser efficacement le programme. A la fin de son mandat, en 2006, il est remplacé par le Sud-Coréen Ban Ki-moon."

Après son mandat à l'ONU, Kofi Annan continue de travailler pour les mêmes objectifs : président de l'Alliance pour une révolution verte en Afrique, acteur dans la résolution de la crise qui éclate au Kenya après les élections présidentielles et législatives contestées du 27 décembre 2007, envoyé spécial conjoint de l'ONU et de la Ligue arabe pour tenter de mettre fin à la crise syrienne (il en démissionne six mois plus tard, n'ayant pu imposer son plan de médiation)...

 

 

 

Entretien de Romuald SCIORA avec Kofi ANANA, dans L'ONU dans le nouveau désordre mondial, Les éditions de l'atelier/Les éditions ouvrières, 2015. Chloé MAUREL, Une brève histoire de l'ONU au fil de ses dirigeants, éditions du croquant, 2017. Philippe MOREAU-DEFARGES, Kofi Annan, dans Encyclopedia Universalis.

 

PAXUS

 

Complète le 5 Août 2017.

 

 

 

   

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14 juin 2017 3 14 /06 /juin /2017 07:48

  Sixième secrétaire général des Nations Unies, Boutros BOUTROS-GHALI (1922-2016), juriste, politologue, homme d'Etat et diplomate égyptien, par ailleurs francophone, suit d'abord une carrière en droit international, professeur d'Université au Caire de 1949 à 1977. Membre de la commission du droit international de 1979 à 1981, il se pose en défenseur du tiers-monde, étant ministre d'Etat égyptien des Affaires étrangère à partir de 1977 et vice-premier ministre égyptien chargé des affaires étrangères en 1991. Il prend les fonctions de secrétaire général de l'organisation internationale le 1er janvier 1992 pour un mandat de cinq ans, gr^ce notamment au soutien de l'Organisation de l'unité africaine (OUA).

  Boutros BOUTROS-GHALI propose dès son arrivée à la tête de l'ONU l'idée de "peace enforcement", soit que l'ONU devrait pouvoir imposer la paix par la force dans un pays donné au besoin en affrontant militairement ses combattants. Il crée au sein de l'organisation internationale deux nouveaux départements : le Département des opérations de maintien de la paix (DOMP) et le Département des affaires politiques. Il augmente dès 1993 le nombre des troupes de l'ONU, le faisant passer à 80 000. Dès son arrivée également, il fait publier l'Agenda pour la paix, contribution importante à la doctrine de la diplomatie préventive. Ce rapport novateur vise à mieux organiser les opérations de maintien de la paix, qui en cette période de fin de guerre froide augmentent de manière exponentielle et font s'envoler le budget. Le coût des opérations de maintien de la paix passe de 320 millions de dollars en 1988 à 3,6 milliards de dollars en 1993. Cet agenda pour la paix résulte des réflexions d'une session exceptionnelle du Conseil de sécurité tenue fin janvier 1992 avec la participation des présidents BUSH, ELTSINE, MITTERRAND et du premier ministre John MAJOR, qui réfléchissent aux moyens d'utiliser le conseil e sécurité et l'ONU pour assurer la paix et la sécurité dans le monde. Parmi les propositions originales contenues dans ce rapport, il y a la collecte permanente d'informations sur la situations politique, économique et sociale des Etats membres ; un système d'alerte rapide sur les menaces contre la paix ; le déploiement préventif d'observateurs ou de forces de maintien de la paix en cas de vives tensions. Le rapport recommande que le Conseil de sécurité utilise l'article 42 de la Charte et puisse décider d'entreprendre des actions militaires en cas de besoin : cela suppose que les Etats membres mettent à disposition de l'ONU des forces armées à titre permanent. Il recommande aussi que les Etats membres fournissent des "unités d'imposition de la paix" composées de volontaires biens entrainés et placées sous l'autorité du secrétaire général. 

L'Agenda pour la paix introduit aussi le concept nouveau de "consolidation de la paix" (peacebuilding). Par un ensemble de mesures économiques et politiques, il faut apporter la possibilité d'un avenir décent à toutes les parties en présence à la fin de conflits intérieurs. C'est dire que l'ONU ne doit pas se contenter de rétablir la paix dans un pays, sur le plan militaire, mais doit ensuite accompagner ce pays, sur le long terme, vers la démocratie, en formant sa population, l'aidant à acquérir les valeurs démocratiques, à organiser des élections, etc.

Tous ces aspects novateurs, qui en fait ne font que de vouloir transposer dans la réalité ce qui existe déjà dans la Charte en vertu des chapitres VII et VIII, reviendraient à doter l'ONU d'un service de renseignement autonome, d'une armée complète, d'une force de police, de services économiques et sociaux considérables à l'échelle des pays concernés par des conflits. Mais bien vite, la reapolitik prend le dessus après l'enthousiasme immédiat d'un après guerre froide où se réconcilieraient Etats-Unis et Russie, pour plusieurs raisons : les pays du Sud craignent pour leur souveraineté, sans compter que la Chine, pourtant membre du conseil de sécurité, n'a pas été suffisamment pris en compte. Certains craignent aussi que par là, l'Occident, ne cherche à imposer ses valeurs "démocratiques". Les grandes puissances craignent que le secrétariat général, nantis de ces capacités d'action, ne prennent trop de pouvoir, face au conseil de sécurité et surtout face à l'assemblée générale. Finalement, ces deux dernières instances ont longuement discuté de l'Agenda pour la paix, mais ne l'ont pas adopté dans son ensemble. Comme à chaque fois que les pouvoirs régaliens des Etats sont en danger d'être pris en charge par une organisation internationale, les efforts pour coordonner les activités de l'ONU sur un plan militaire ou policier sont souvent mis en échec, soit théoriquement comme pour l'Agenda pour la paix, soit ou plus grave, sur le terrain comme dans certains conflits où il intervient de manière plus ou moins massive.

  En cela les échecs de la force onusienne dans la crise somalienne est exemplaire. Dans les opérations mettant en cause des milliers d'hommes (là au plus fort de l'intervention, 44 000 hommes dont 24 000 soldats américains) dans ce pays, l'ONU est confrontée aux multiples problèmes de base d'une armée en campagne : l'armée américaine se comporte comme une armée d'occupation et non de libération. Elle prend position dans le conflit en faveur de l'une des parties. Au lieu de calmer le jeu, son activité accroit le chaos et le désordre. On observe le même problème en campagne. Faute d'une autorité forte et unifiée, l'ONU se trouve confronté à des problèmes très classiques : le désordre engendre le pillage et le pillage est le fait en définitive de tous, surtout si les corps d'armée sont composés d'éléments hétéroclites. Faute d'une logistique forte, les pratiques de corruption peuvent se multiplier, de l'anodin au sordide. Dans les deux cas en Somalie et au Rwanda, l'ONU doit se retirer devant l'intensification de la guerre civile.

  En réponse aux critiques contre l'ONU générées par cette impuissance répétée, le secrétaire général gèle le budget de l'ONU et effectue une réorganisation de l'organisation. Il crée en 1995, la "Lessons Learned Unit" (unité des leçons apprises) pour répondre aux critiques des Etats-Unis. Mais cela n'empêche par la superpuissance de mettre en veto à ce qu'il ne soit pas réélu.

   Le bilan de Boutros BOUTROS-GHALI ne se mesure pas uniquement à cet échec. Car son mandat est marqué par la publication de plusieurs rapports importants. La commission sur la gouvernance mondiale publie en 1995 le rapport Our Global Neighbourhood, qui souligne l'interdépendance des Etats et appelle au renforcement de l'ONU. La "Commission sur l'intervention humanitaire et la souveraineté des Etats", établie par le Canada en 2000 dont les travaux ont été préparés bien en amont, publie en 2001 le rapport The Responsabilité to Protect. La "responsabilité de protéger" est une notion qui sera ensuite communément désignée par le sigle R2P. Cette idée recouvre l'idée que les Etats, et plus encore la communauté internationale, ont le devoir de protéger les populations et d'éviter les massacres, et que la communauté internationale a le devoir d'intervenir dans des situations de crise sir l'Etat concerné s'avère incapable de le faire (voir Chloé MAUREL, Histoire des idées des NATIONS unies, L'ONU en 20 notions, L'Harmattan, 2015).  La commission sur la sécurité humaine publie de son côté le rapport Human Security Now, qui introduit en 1994 la notion de "sécurité humaine", une conception de la sécurité : économique, alimentaire, sanitaire, environnementale, personnelle, communautaire, politique. Le secrétaire général publie sous sa propre responsabilité deux autres rapports importants l'Agenda pour le développement (1995) et l'Agenda pour la démocratisation (1996) qui complète son Agenda pour la paix de 1992.

    Dans la foulée de la fin de la guerre froide, l'ONU s'est engagée dans un rôle de superviseur pour la transition politique en Europe de l'Est. Mais ses avis n'ont pas été écouté et le niveau de vie a chuté dans maints pays, comme en Russie. L'ONU a donc échoué (certains disent a été fait échouer), dans ce rôle. la transition n'a pas été réellement "démocratique", de nombreux pays d'Europe de l'Est échouant à des régimes autoritaires et parfois xénophobes. Sa seule réussite est dans un rôle de coordination technique, d'harmonisation des normes techniques entre Est et Ouest de l'Europe. 

  Sous la responsabilité du secrétaire général se tient durant son mandat, une vague de grandes conférences de l'ONU. Dans les années 1990, beaucoup place leur espoir dans une revitalisation du multilatéralisme face aux grands problèmes du monde. Ces conférences rencontrent du succès et redonnent de la visibilité à l'organisation internationale : Conférence sur les enfants (1990, New York), sur l'environnement (Rio, 1992), les droits de l'homme (Vienne, 1993), la population (Le Caire, 1994), les femmes (pékin, 1995), le développement social (Copenhague, 1995), l'habitat (Istanbul, 1996), l'alimentation (Rome, 1996). Beaucoup de ces conférences accueillent des chefs d'Etat et de gouvernement, et en marge d'elles, se déroulent souvent des forums d'ONG très importants. 

  S'interrogeant sur l'efficacité de ces grandes conférences, Chloé MAUREL écrit : "Plusieurs avancées conceptuelles y sont obtenues et des engagements officiels pris. Ainsi, à la conférence de Vienne sur les droits de l'homme, les pays du Nord doivent accepter la notion de  "droit au développement". A la conférence du Caire sur la population, l'expression de "santé reproductrice" est forgée pour faire accepter au Vatican et aux pays musulmans que l'avortement soit traité comme une question relevant de la santé. Les gouvernements y reconnaissent le droit des femmes à déterminer le nombre de leurs enfants et celui des couples à utiliser les méthodes de planning familial (avec toutefois la limite qu'elles ne sont pas "contraires à la loi" de leur pays). A la conférence de Copenhague sur le développement social, les pays du Nord ont dû reconnaitre, sous la pression des pays du Sud, que les programmes d'ajustement structurel imposés par les institutions financières internationales aux pays en difficulté ne prennent pas assez en compte l'éducation, la santé et les questions sociales."

  Mais, la réforme de l'ONU voulue par le secrétaire général s'est révélé beaucoup plus difficile que prévu, chose prévisible tant l'organisation est devenue une énorme bureaucratie. Le personnel lui-même relève les défauts de l'ONU, une certaine auto-censure camouflant un décalage entre des discours officiels et des réalités sur le terrain. Il se communique à l'ONU une culture étatique dans le mauvais versant, culture qui n'épargne d'ailleurs pas les grandes organisations privées internationales, qu'elles soient commerciales ou caritatives. Malgré toutes les difficultés de mises en oeuvre, Boutros BOUTROS-GHALI dirige plusieurs initiatives de réorganisation : création en 1992 du Département des affaires politiques, qui regroupe six anciens départements (affaires du Conseil de sécurité, les questions de politique spéciale, affaires de l'Assemblée générale, le désarmement et la recherche, le centre anti-apartheid), suppression de 18 postes de haut niveau. Mais ces initiatives ne sont pas perçues de la même façon par les pays membres : si aux Etats-Unis, on peut se féliciter de ces cures d'amaigrissement et on pousse à en faire davantage, maints pays pauvres du Sud considèrent que tout cela constitue un prétexte pour réduire l'activité des Nations Unies en leur faveur. C'est d'ailleurs pour cette raison que le secrétaire général se voit freiner dans ses initiatives : échec de la fermeture du l'Institut international de recherche et de formation pour l'avancement des femmes, tentative de revitalisation de la conférence des Nations unies pour le commerce et le développement (CNUCED)... 

  L'impopularité aux Etats-Unis de l'ONU est pour beaucoup dans l'échec de Boutros BOUTROS-GHALI à se faire réélire en 1996. Du fait de cette hostilité, relayée plus ou moins par les critiques sur la situation financière de l'organisation internationale, en Europe notamment, il est l'un des seuls secrétaires généraux de l'ONU à ne pas avoir été réélu pour un second mandat. Pour lui, les Etats-Unis voyaient d'un mauvais oeil ses réticences à approuver les bombardement de l'OTAN en Bosnie, alors que dix Etats membres du Conseil de sécurité, menés par des pays d'Afrique, promouvaient une résolution soutenant sa réélection. il évoque plus tard avec regret l'abandon de ses trois plans d'action, l'Agenda pour la paix, l'Agenda pour le développement et l'Agenda pour la démocratisation, une semaine après son départ. 

Dans deux entretiens accordés en 2005 et 2007, à Romuald SCIORA, l'ancien secrétaire général, sur le bilan à tirer des cinq ans de mandat, dit : "Je retiens que rien n'est possible si les protagonistes d'un conflit n'ont pas de volonté réelle de trouver une solution. Cela étant, nous avons réussi au Salvador ce qui était pourtant une opération difficile, ainsi qu'au Mozambique et au Cambodge. Nous avons pu mettre fin à l'apartheid en Afrique du Sud. En revanche, notre bilan est nettement plus contrasté en ex-Yougoslavie, et le Rwanda a été un échec, particulièrement sévère, qui s'est soldé par un génocide. (...) Nous avons également échoué en Angola, en Sierra Leone, ou en Somalie, où toutes les troupes se sont retirée." Sur la perception américaine d'un acte fondateur du 11 septembre, il répond qu'à ses yeux, "l'acte fondateur, c'est l'effondrement de l'Union Soviétique ; à partir de ce moment, les Etats-Unis se sont sentis porteurs d'une mission à l'échelle planétaire - un peu comme les marxistes en 1917. Selon les Américains, la paix dans le monde est liée à l'exportation du modèle de démocratie occidentale et l'écart entre le Nord et le Sud ne peut se combler qu'avec la généralisation de l'économie de marché." Sur son maitre-mot, la fracture Nord-Sud, "ce n'est pas sans raison que le fossé entre le Nord et le Sud continue de se creuser. Les Nations-Unies restent dominées par un certain européocentrisme. Beaucoup plus d'efforts ont été déployés pour la Yougoslavie que pour le Liberia par exemple. Encore aujourd'hui, des tragédies se déroulent dans l'indifférence la plus totale... Il suffit d'observer ce qui se passe au Darfour! (...) Nous vivons encore à l'échelle de l'Etat-nation où chaque pays veut défendre son pré carré et refuse de partager sa richesse avec des populations lointaines. Or, l'humanité s'est engagée dans l'ère de la mondialisation et la seule certitude aujourd'hui, c'est que les problèmes ne peuvent plus être résolus qu'à l'échelle planétaire." Sur sa vision de l'avenir de l'ONU, il pense que "les Nations Unies traversent une crise très grave, qui a commencé avec la fin de la guerre froide. Tant que durait le rideau de fer, les deux superpuissances avaient intérêt à limiter tout conflit pour qu'il ne dégénère pas en guerre mondiale. Quand l'Union Soviétique s'est retirée, il n'est resté qu'une seule super-puissance, et l'ONU s'est trouvée confrontée à une multitude de conflits sans avoir ni la capacité, ni les infrastructures nécessaires pour les gérer. Aucune conférence internationale n'a eu lieu après 1989, comme il est toujours arrivé à la suite d'un conflit. (...). Dès lors, les Etats-Unis ont utilisé les Nations Unies à la carte, dans le cadre d'une politique particulièrement unilatéraliste et le scandale du programme "Pétrole contre nourriture" n'a rien arrangé. Pour autant, je trouve très exagéré de dire que l'Organisation ne fonctionne pas. Nous ne pourrons cependant pas plus longtemps faire l'économie d'une réforme en profondeur. (...)". Il rappelle les grandes lignes de plusieurs plans de réforme : "Avec la mondialisation, les Etats perdront une partie de leur autorité mais continueront néanmoins à être les principaux sujets de la politique internationale. Après, c'est à nous de trouver des méthodes pour engager tous les acteurs dans l'élaboration des normes qui doivent réguler la globalisation. Je pense notamment aux parlementaires, aux partis politiques, aux entités régionales et aux ONG. Dans cet esprit, j'avais d'ailleurs conclu un accord avec l'Union parlementaire internationale et j'ai tenu pour la première fois des réunions avec les représentants des différentes organisations régionales." Pour en revenir aux réformes essentielles de l'ONU, sur le Conseil de sécurité, il estime "qu'aujourd'hui la conjoncture internationale est très différente de celle de 1945 et de nouvelles grandes puissances mériteraient un siège au Conseil de sécurité, tels la Chine, l'Inde, l'Union européenne, le Brésil. (...) Des réformes secondaires aussi pourraient être conçues, envisageant par exemple un Conseil, une Assemblée générale, qui ne soient pas représentatifs uniquement des Etats mais aussi d'acteurs non étatiques." Pour lui, la réforme essentielle est à penser dans le cadre "d'une troisième génération d'organisation (la première étant la Société des Nations, la deuxième les Nations Unies) au sein de laquelle les Etats seraient amenés à consacrer la même volonté politique aux affaires internationales qu'aux préoccupations internes. Pour atteindre cette mobilisation étatique il faut faire appel aussi aux acteurs non étatiques, issus de la société civile, plus proches de l'opinion publique. (...) Nous avons le devoir, en ce début du XXIème siècle, d'ouvrir nos fenêtres sur le monde et nos esprits au dialogue et au partage que nous impose notre destin commun."

      Philippe Moreau DESFARGES décrit le mandat de Boutres BOUTROS-GHALI comme celui d'un mandat démarré avec ambition mais se passant "plutôt mal". "Boutres-Ghali veut être un grand secrétaire général, non un simple exécutant du Conseil de sécurité, mais le porte-parole de la majorité des Etats membres, et d'abord des pays du Tiers Monde, ces ignorés des grandes puissances. Cette ambition est formulée dans le célèbre Agenda pour la paix (janvier 1982). Ce document vise à clarifier et à évaluer les possibilités d'intervention de l'Organisation : développement de la diplomatie préventive afin de stopper les engrenages faisant basculer les différents dans la guerre ; promotion d'accords mettant en permanence à la disposition de l'ONU des forces nationales mobilisables très rapidement ; enfin expérimentation de processus de construction de la paix (peace-building), transformant progressivement des zones traditionnelles d'affrontement en zones de paix et de coopération. (Son) mandat se passe plutôt mal. (Il) critique, en Africain, l'excessif engagement de l'ONU en Europe (ex-Yougoslavie- et pousse à sa réorientation vers le Sud. En 1992-1995 se déroule l'opération de Somalie : le contingent onusien avec, pendant quelque temps pour fer de lance des marines américains, s'y enlise, échouant à dompter les seigneurs de la guerre qui se partagent le pays. L'échec majeur du mandat reste, en 1994, l'incapacité de l'ONU à prévenir, puis à arrêter le génocide au Rwanda, malgré la présence sur place d'une mission (la Minuar) depuis l'année précédente. Boutros-Ghaili réclame une ONU allant au-delà du maintien de la paix, et promouvant une action économique et sociale en profondeur. Sa démarche exaspè re les Etats-Unis, qui se méfient de l'ONU. C'est pourtant leur enfant, mais celui-ci s'est à leurs yeux dévoyé, l'Assemblée générale ayant manifesté, en particulier dans les années 1970, un tiers-mondisme anti-américain virulent. Pour les Etats-Unis, qui paraissent souvent au bord de quitter l'Organisation, le secrétaire général n'a pas à être un personnage politique. La Maison-Blanche, qui n'ignore pas la nécessité de l'ONU, doit sans cesse négocier la contribution financière américaine à l'Organisation avec les parlementaires de Washington, pour lesquels les invectives contre la bureaucratie onusienne sont électoralement très payantes. Dans ces conditions, le secrétaire général, au lieu de se poser en conscience universelle, doit se concentrer sur la remise en ordre de la maison (maîtrise du budget, réduction des effectifs...). En 1996, le renouvellement du mandat de Boutres-Ghali déclenche un bras de fer, principalement entre les Etats-Unis, qui ne veulent plus de l'Egyptien, et la France, très attachée à l'occupation du poste de secrétaire général par un francophone, francophile de surcroit. Les Etats-Unis ne pouvaient que l'emporter. Boutro-Ghali, amer, n'obtient pas de second mandat. Il est le premier secrétaire général de l'Organisation internationale de la francophonie de 1997 à 2002."

 

Entretien de Boutros BOUTROS-GHALI par Romuald SCIORA, dans L'ONU dans le désordre mondial, Les éditions de l'atelier, /Les éditions ouvrières, 2015. Chloé MAUREL, Une brève histoire de l'ONU au fil de ses dirigeants, éditions du croquant, 2017. Philippe MOREAU DESFARGES, Boutros Boutros-Ghali, dans Encyclopedia Universalis, 2014.

 

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Complété le 1 Août 2017.

 

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7 juin 2017 3 07 /06 /juin /2017 09:24

   Cinquième secrétaire général de l'ONU, Javier Pérez de CUÉLAR GUERRA (né en 1920), diplomate et homme politique péruvien, est depuis longtemps dans la mouvance des Nations Unies puisqu'il est membre déjà en 1946 de la délégation péruvienne à l'Assemblée générale de l'organisation internationale. En 1971, représentant permanent du Pérou, il est à la tête de la délégation de son pays jusqu'en 1975. Cette même année, il est nommé représentant spécial du secrétaire général à Chypre jusqu'en 1977 où il retourne dans son pays au sein du ministère des Relations extérieure du Pérou. Deux ans plus tard, il revient dans les instances de l'ONU où il est nommé secrétaire général adjoint aux affaires politiques spéciales de l'organisation internationale. A partir d'avril 1981, alors qu'il est toujours à ce poste, il exerce les fonctions de représentant personnel du secrétaire général pour les questions relatives à la situation en Afghanistan, et en mai poursuit conjointement cette activité et réintègre le ministère péruvien des Relations extérieures. Il est élu le 1er janvier 1982 secrétaire général des Nations unies, après que plusieurs autres candidats se soient heurtés à un veto. Réélu en 1986 pour un second mandat qui débute l'année suivante. A la demande des membres du Conseil de sécurité, il commence même un troisième mandat jusqu'à ce qu'un accord soit trouvé sur son successeur.

   Il s'efforce de mettre entre parenthèses ses appartenances nationales et pendant ses deux mandats, il exerce avec impartialité les médiations entre le Royaume Uni et l'Argentine dans le cadre de la guerre des Malouines en 1982 et encourage les efforts du Groupe de Contadora pour ramener la paix et la stabilité en Amérique Centrale (mais un projet de résolution condamnant l'invasion de Panama par les Etats-Unis se heurte au veto des Etats-Unis, de la France et du Royaume-Uni). Il intervient également dans les négociations pour l'indépendance de la Namibie, dans le conflit au Sahara occidental entre le Maroc et le Front Polisario et dans le conflit à Chypre. Il mène également des efforts de médiation dans la guerre Iran-Irak (qu'il contribue à terminer), et dans le retrait de l'URSS d'Afghanistan, où les troupes de moscou sont empêtrées. La mission de bons offices des Nations Unies en Afghanistan et au Pakistan (UNGOMAP) surveille, de 1988 à 1990, le retrait des forces soviétiques et facilite le retur volontaire des réfugiés. 

Pour augmenter l'efficacité de l'ONU dans le règlement des conflits, le secrétaire général établit une unité consacrée à collecter et analyser l'information pour alerter le Conseil de sécurité sur les situations qui menacent la paix et la sécurité. 

  Sous son mandat, un boycott des institutions onusiennes par les Etats-Unis continue. Ainsi, ils se retirent de l'UNESCO en décembre 1984, institution qu'ils critiquent, accusant le Directeur Général Amadou MAHTAR M'BOW de tiers-mondisme, de gaspillages et de corruption. Ce retrait américain cause une grosse perte financière pour l'UNESCO. L'année suivante en 1985, le Royaume Uni et Singapour imitent les Etats-Unis et se retirent eux aussi (le Royaume Uni n'y retourne qu'en 1996, les Etats-Unis en 2003). Auparavant, en 1982, parce que l'AIEA adopte une résolution hostile à Israël, les Etats-Unis boycotte cet organisme, bloquant le versement de leur contribution financière jusqu'à ce qu'il se montre plus conciliant envers ce pays (stratégie qui fonctionne). De manière générale, et de la part d'un Etat qui se réarme alors moralement et militairement cela se comprend, notamment parce que l'ONU mène des diplomaties qui contrecarrent de plus en plus ouvertement et efficacement la sienne, en 1985-1986, les Etats-Unis, critiquant la "politisation" de l'organisation, qu'ils jugent pencher de plus en plus pour le camp pro-communiste et tiers-mondiste, refusent de payer leur contribution budgétaire, plongeant l'ONU dans une crise budgétaire et politique.

Pour résoudre cette crise, en décembre 1985, un groupe de 18 experts est créé pour enquêter sur le fonctionnement de l'ONU, pour introduire des réformes et améliorer l'efficacité de l'institution. Le groupe émet 71 recommandations en août 1986, que l'Assemblée générale approuve en décembre. Cela aboutit à des réformes pour des raisons financières. Les Etats-Unis se montrent satisfaits des résultats et reprennent leurs versements. 

La focalisation sur les Etats-Unis ne doit pas faire oublier, qu'à leur exemple, l'URSS bloque des fonds destinés à l'organisation internationale au gré de certains désaccords sur tel ou tel point. 

     Si le conflit ONU-Etats-Unis se dénoue, c'est à la détente de la fin des années 1980 plus qu'à un réel rapprochement des points de vue : le multilatéralisme onusien rencontre depuis toujours  et encore aux Etats-Unis soit un isolationnisme soit un hégémonisme partagés l'un et l'autre par une partie de la classe politique et des électeurs.

De même le différent ONU-URSS est amoindrit en 1987 lorsque GORBATCHEV décide de régler les dettes soviétiques. Car, devant une certaine décomposition interne et externe de l'URSS, il veut utiliser le conseil de sécurité pour régler certains conflits. La réconciliation de l'URSS avec les Nations Unies influence l'attitude des Etats-Unis. De même que GORBATCHEV, REAGAN abandonne publiquement son attitude jusqu'alors extrêmement critique et exprime à l'Assemblée générale son appréciation pour le travail de l'organisation, son secrétaire général et ses forces de maintien de la paix. Selon lui, les Nations Unies ont maintenant l'occasion de fonctionner comme jamais auparavant. Cependant, il reste opposé à l'accroissement des actions et du budget de l'ONU, à l'inverse de ce que souhaite Pérez de CUÉLLAR. Cette chance à saisir, les Etats espère t-ils réellement, que l'ONU va le faire? 

   Commentant le bilan de Perez de CUÉLLAR à la tête de l'organisation, Chloé MAUREL souligne le souvenir mitigé qu'il laisse tout compte fait aux anciens fonctionnaires de l'organisation internationale. Son manque d'énergie est pointé par certains anciens du Secrétariat. "Perez de Cuéllar lui-même, poursuit-elle, lui-même conserve des regrets à la suite de son mandat, celui de n'avoir pas prêté assez d'attention aux problèmes économiques et sociaux, et de n'avoir pas pris pour numéro deux un homme du tiers-monde (le numéro deux était un Français)." Toutefois, c'est sous son mandat que se tient la Conférence internationale des droits de l'enfant en 1989 ainsi que la consolidation, malgré les crises financières, de la majorité des activités de l'ONU. 

  Dans un entretien accordé à Romuald SCIORA en décembre 2004, Javier Pérez de CUÉLLAR, expose son point de vue, entre autres sur le conflit israélo-palestinien : "Aucune négociation n'aboutirait sans des concessions, de part et d'autre. Or, dans ce cas, je n'ai jamais eu l'impression que les parties étaient vraiment décidées à trouver une solution. Certes, Arafat disposait d'une marge de manoeuvre étroite, le soutien des pays arabes n'étant pas suffisamment puissant pour contrer l'appuie américain à Israël. De plus, le leader palestinien était un homme sympathique et chaleureux mais le charme qu'il exerçait au début sur tout le monde s'est peu à peu dissipé. On l'a traité de terroriste alors qu'en réalité il défendait une cause noble, ce qui l'a conduit parfois à autoriser des actes de violence. Mais quelle guerre de libération n'a pas engendré des violences irréparables?" A propos de la chute du mur de berlin et la désintégration progressive de l'URSS, il estime que "la fin de la guerre froide a ouvert des horizons nouveaux en faisant tomber les barrières idéologiques. Cette nouvelle donnée changea profondément le climat aux Nations Unies, surtout au sein du Conseil de sécurité. Mon second mandat comme secrétaire général fut en effet beaucoup plus productif que le premier. Ce fut comme si des chemins s'ouvraient vers une résolution pacifique des problèmes de la planète : l'indépendance de la Namibie et l'abolition des lois de l'apartheid en constituent des exemples." Sur son rôle précisément sur ces deux événements importants, pour lui "les deux affaires sont indirectement liées car la Namibie, ancien territoire allemand, se trouvait sous domination sud-africaine. (...) Le dialogue devint plus facile lorsque le premier ministre Pieter Botha, archétype du raciste, fut remplacé par Frederik de Klerk. Nous avons également bénéficié de l'inestimable coopération de Martii Ahtisaari, un diplomate finlandais hors classe qui travailla des années sous le Secrétariat général de Waldheim et le mien d'une manière remarquable. Je dois également saluer le soutien des Etats-Unis, qui avaient désigné un émissaire spécial avec lequel je prenais contact pour qu'il exerce à ma place une pression sur l'Afrique du Sud. Du côté namibien, en revanche, nous devions négocier avec le leader rebelle Sam Nujoma. Cet homme avait été un guérillero, mais il écoutait. Je lui donnais des conseils, en tant qu'originaire d'une ex-colonie. Nous avons ainsi poursuivi les négociations et sommes allés jusqu'à rédiger la Constitution du futur Etat. L'Union soviétique et cuba, à leur tour, ont apporté une aide précieuse à la conclusion des négociations (...). La déclaration d'indépendance permit l'assermentait d'un président élu, Sam Nujoma, en présence de Frederik de Klerk, alors devenu président sud-africain (...). L'indépendance de la Namibie apaisa le climat en vue de la fin de l'Apartheid. Frederik de Klerk engagea par la suite un processus qui porta au pouvoir Nelson Mandela, un homme que j'admire sans réserve." Sur sa vision de l'ONU face aux enjeux de ce début du XXIème siècle, il déclare que "les Nations Unies sont certes une "instance internationale supérieure pour la solution pacifique des problèmes, mais si les pays membres ne font pas appel à l'ONU, ou ne savent pas s'en servir, à qui la faute? Certes, j'admets des déficiences, qu'il est urgent de corriger ; c'est aux pays membres de le faire. (...). On parle également d'une réforme de la Charte. J'ai la conviction qu'il faut repenser le traité avec des critères beaucoup plus ouverts. Réaffirmer certains principes et en inclure d'autres, comme la démocratie (non mentionnée dans la Charte), les droits de l'homme, l'environnement. (...). Aujourd'hui, il faut surtout réfléchir à l'évolution de l'ONU face aux changements du monde. Je pense aux mutations visibles en Inde ou en Chine, deux pays à la démographie effrénée, et au potentiel économique et scientifique considérable. (...). Et puis, il y a l'Afrique - notamment subsaharienne - qui aurait besoin d'un effort coordonné des grands pays industrialisés pour enfin sortir du sous-développement. (...). De plus, nombreux sont les régimes politique, généralement corrompus, qui abusent de l'ignorance des peuples. Hélas, la communauté internationale reste indifférente face à ces sujets. Or la pauvreté est le terreau du terrorisme, une rébellion insensée qui surgit du sous-développement, du désespoir, de l'ignorance."

 

Entretien de Romuald SCIORA avec Javez Pérez de Cuéllar, dans L'ONU dans le désordre mondiale, Sous la direction de Romual SCIORA, Les éditions de l'atelier/Les éditions ouvrières, 2015. Chloé MAUREL, Une brève histoire de l'ONU au fil de ses dirigeants, éditions du croquant, 2017.

 

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6 juin 2017 2 06 /06 /juin /2017 09:18

    Quatrième secrétaire général de l'ONU, Kurt Josef WALDHEIM (1918-2007), homme d'Etat autrichien, mène une carrière politique et diplomatique, qu'il poursuit après son passage aux Nations Unies, comme président fédéral de la République d'Autriche de 1986 à 1992. Premier secrétaire à l'ambassade d'Autriche à Paris jusqu'en 1951, puis directeur du département du personnel du ministère des Affaires étrangères autrichien, il devient en 1955 observateur permanent de l'Autriche après de l'ONU, puis de 1956 à 1960 ambassadeur au Canada. Représentant de son pays à l'ONU de 1964 à 1968, il participe à des travaux sur l'utilisation de l'espace extra-atmosphérique, avant de retourner en Autriche. Représentant de son pays de nouveau de 1970 à 1972, il se porte candidat du parti conservateur autrichien aux élections présidentielles où il est battu. Elu en 1972 secrétaire général des Nations Unies, il accomplit deux mandats successifs à ce poste. Prolixe en ce quo concerne sa double carrière politique et diplomatique, Kurt WALDHEIM n'évoque que très peu son passé nazi, qui lui vaut d'être déclaré persona non grata aux Etats-Unis et dans d'autres pays au milieu des années 1980. Il faut sans doute écrire à sa décharge que n'être pas au moins sympathisant nazi sous la seconde guerre mondiale en Autriche pouvait coûter toute une carrière. A contrario, d'autres hommes politiques autrichiens ont choisi l'option de la résistance, souvent en s'exilant. En tout cas, compte tenu de ses orientations politiques conservatrices (tous les glissements idéologiques sont alors possibles), son action à la tête du secrétariat général des Nations Unies est plutôt jugée positive, dans le fil droit de ses prédécesseurs.

     A la tête de l'ONU, Kurt WALDHEIM voyage beaucoup, s'impliquant fortement pour régler les conflits (Inde/Pakistan en 1971, invasion du Cambodge par le Vietnam, révolution iranienne à partir de 1979, guerre Iran-Irak qui début en 1980, conflit israélo-arabe, en particulier la guerre du Kippour en 1973... affaire de Chypre), faisant preuve d'une diplomatie prudente, compte tenu de l'hostilité persistante des deux Grands à de trop grandes initiatives. Il contribue à l'invitation de l'Organisation de Libération de la Palestine (OLP) à l'assemblée générale en 1974. Il réagit aux massacres de Hutus au Burundi, que dans un rapport de juin 1972, il qualifie de génocide. Ses efforts ne sont pas toujours couronnés de succès : il échoue à sauver les otages américains à Téhéran en 1979, mais est toutefois réélu pour un second mandat par acclamation en 1978. 

    Sans établir de nouvelles politiques ou de nouvelles conceptions, il s'efforce de promouvoir le développement économique des pays les plus pauvres. Sous son double mandat se développe la pratique de grandes conférences thématiques (sur l'environnement, l'habitat humain, la sécurité alimentaire...), mais, critiqué par de nombreux Etats du tiers-monde qui le trouvent trop pro-occidental, ses efforts sont souvent contrariés... Seule conception à avoir été impulsée en partie par le secrétaire général, le "nouvel ordre économique international", apparu vers 1974 dans l'enceinte onusienne, tombe la décennie suivante en désuétude. 

   L'ensemble de l'activité de l'organisation internationale est obéré par l'opposition des Etats-Unis, qui cessent, faute de pouvoir ruiner politiquement son activité, de payer leur contribution financière à l'Organisation Internationale du Travail (OIT) en 1971 et s'en retirent en 1976-77 avec le soutien du principal syndicat américain, l'AFL-CIO (opposition à l'activité normative de l'OIT), y revenant seulement en 1980-81. Ils quittent aussi l'AIEA en 1982 pour y revenir l'année suivante, l'UNESCO en 1984...Une pratique courante des Etats-Unis pour freiner l'activité de l'ONU est de retarder le paiement de ses échéances, tarissant ainsi sa trésorerie. Dans la seconde moitié des années 1970, les Etats-Unis considèrent l'ONU comme un problème. Ils critiquent sa "politisation", estimant qu'elle penche trop du côté des pays communistes et des pays du tiers-monde. L'attitude des Nations Unies envers Israël et la question palestinienne est également critiquée par les Etats-Unis. La superpuissance occidentale dénonce la condamnation de la politique sociale d'Israël dans les territoires occupés en 1974 et l'admission de l'OLP comme observateur à l'UNESCO et l'OIT en 1975. C'est dans ce climat que Kurt WALDHEIM échoue à obtenir un troisième mandat, devant le veto de la Chine.

   Dans un entretien réalisé à Vienne en 2004 par Romuald SCIORA, Kurt WALDHEIM explique  entre autres que "depuis ses origines, le sort du tiers-monde s'est trouvé lié aux Nations Unies et les Etats décolonisés se sont organisés au sein de celles-ci. Des groupes régionaux se sont formés, tenant des conférences qui ont certainement contribué à développer la conscience nationale de la plupart de ces pays. Comme secrétaire général, j'ai vécu une belle expérience, j'étais vraiment heureux que ces peuples puissent espérer une vie meilleure, surtout d'un point de vue économique. Hélas, la pauvreté n'a toujours pas été dépassée. Les pays ne voie de développement, en Afrique, en Asie ou en Amérique Latine, ont néanmoins acquis un poids particulier au sein des Nations Unies, gagnant leurs galons auprès des grandes puissances et des état moyens. C'est pourquoi ces derniers ont systématiquement cherché à séduire les nouveaux Etats pour gagner leur soutien lors des votes onusiens, où chaque voix compte." En ce qui concerne l'évolution des rapports Nord-Sud les années suivantes, "il faut passer des discours aux actes. (...) Force est de constater que l'on a toujours pas réussi à combler ce fossé Nord et Sud ni à jeter les bases saines pour la vie en commun des peuples. Aussi longtemps qu'il n'y aura pas assez à manger pour tous, la stabilité du monde ne sera pas garantie. Les conflits politiques, jusque dans les aspects militaires, découlent de cette problématique". Il estime que "l'on a placé à l'époque (où il était secrétaire général) de trop grands espoirs dans les Nations Unies, et en particulier dans son secrétaire général. Aujourd'hui, les illusions ont cédé la place au réalisme. Chacun sait bien que le secrétaire général n'est pas Superman, et qui lui aussi a besoin de l'aide des Etats membres. Si tout le monde coopère, surtout les grandes puissances, la machine peut fonctionner et se révéler être un instrument incroyablement précieux au service de la communauté internationale pour rétablir la paix, résoudre les grands problèmes humanitaires et favoriser le développement économique." Face aux grands défis du XXIème siècle, il est "convaincu que l'ONU, malgré toutes ses faiblesses, reste irremplaçable. Hélas, on s'arrête généralement à l'aspect politique de son oeuvre, en négligeant ses efforts pour améliorer les conditions de vie et de travail des êtres humains par le biais de ses multiples branches sectorielles. (...). J'ai mesuré moi-même la reconnaissance des réfugiés lorsqu'ils reçoivent l'aide de l'Organisation par exemple. N'oublions pas non plus que le travail préventif des Nations-Unies sur le terrain permet souvent d'éviter le déclenchement de nombreux conflits. L'ONU est une organisation extrêmement utile, qu'il faut soutenir. Cependant, ses structures ont vieilli et les intérêts des Etats divergent tellement qu'il est aujourd'hui difficile de dire si toute négociation aboutira bien au but. Il appartient au comité de révision de la Charte de proposer les évolutions appropriées, avec prudence."

  L'ensemble des documents sur son activité à l'ONU est aux archives à New-York, des affaires administratives et de gestion aux opérations de secours d'urgence des Nations Unies.

   Paul PASTEUR précise qu'en décembre 1981, la République de Chine met son veto à un troisième mandat. "Entre autres crises, Kurt WALDHEIM a été confronté à la guerre du Kippour de 1973 ; à cet égard, une trop grande proximité avec l'Union Soviétique et surtout avec les pays arabes lui a souvent été reprochée." Et c'est non à cause de la polémique sur son passé sous le régime nazi, mais à cause de cette proximité (rivalité Chine-URSS oblige...) qu'il n'a pas été réélu. Rappelons simplement que ce n'est qu'en mars 1986 que le New York Times donne les premières informations qui entraineront, avec d'autres à leur suite, la grande polémique contre l'ancien secrétaire général, devenu alors président de l'Autriche.

      

Romuald SCIORA, entretien avec Kurt Waldheim, dans L'ONU dans le nouveau désordre mondial, Sous la direction de Romuald SCIORA, Les éditions de l'atelier/ Les éditions ouvrières, 2015. Chloé MAUREL, Une brève histoire de l'ONU au fil de ses dirigeants, éditions du croquant, 2017. Paul PASTEUR, Kurt Waldheim, dans Encyclopedia Universalis, 2014. 

 

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Complété le 12 juillet 2017.

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4 juin 2017 7 04 /06 /juin /2017 08:24

     Maha Thray Sithu U THANT (1909-1974), homme politique birman est le troisième secrétaire général des Nations Unies, durant un peu plus de dix. D'abord spécialisé dans la communication (dès l'indépendance de la Birmanie en 1948, il accède au poste de directeur de la radiodiffusion, puis en 1949 de secrétaire au ministère de l'information), U THANT est à partir du début des années 1950 le plus proche confident et conseiller de U NU. Il participe à la Conférence de Bandoug en 1955 en tant que secrétaire et joue un rôle très actif à l'ONU dès 1952, où il devient membre de la délégation birmane aux Nations Unies, puis de 1957  à 1961, représentant permanent de son pays à l'ONU.

   Il est élu à la mort de Dag HAMMARKSJOD, en 1961, à l'unanimité par l'Assemblée générale, réélu en 1966, pour démissionné en décembre 1971. C'est le premier non-Européen à accéder à cette fonction. "Au cours des dix années passées à la tête de l'ONU, écrit Chloé MAUREL, U Thant, calme, simple et direct, proche du courant socialiste, a suscité l'admiration pour son intégrité, son courage, et son talent de négociateur. Il a été ainsi un ferme opposant à l'apartheid en Afrique du Sud. Cependant il a aussi montré des défauts sur le plan de l'administration (...)". Religieux, bouddhiste, il accepte que le Vatican soit représenté par un observateur à l'ONU, et en cela se situe bien dans un mouvement général d'oecuménisme même si bien entendu l'ONU a un caractère strictement laïc. Il s'oppose souvent à la France, et ce n'est pas seulement parce qu'il ne parle pas français...

   Ses deux mandats sont marqués par la poursuite de la guerre froide, mais sur un mode moins violent. C'est sous son premier mandat que, dans la logique du mouvement de décolonisation, l'Organisation Internationale du Travail devient opérationnelle dans les pays du Sud. 

     Dans le fil droit d'une diplomatie volontariste impulsée par son prédécesseur, l'ONU s'implique dans plusieurs conflits, au Congo, à Cuba, en Inde, au Pakistan, en République Dominicaine, au Moyen-Orient et au VietNam. Confronté à la crise de Cuba en 1962, il tente de faire une médiation, appelant les deux parties à négocier, à un moment où l'évolution de la crise amène les protagonistes à se rapprocher. L'impact de son intervention reste à mesure, mais il semble que son rôle ait été modeste. Bien plus, le secrétaire général est occupé par le dénouement de la guerre civile au Congo, par le conflit gréco-turc concernant Chypre où il établit une force de maintien de la paix en 1964 et par la guerre indo-pakistanaise de 1965 où il se rend sur place pour élaborer un cessez-le-feu. U THANT est très fortement critiqué aux Etats-Unis et en Israël, car il accepte de retirer les troupes de l'ONU (FUNU), interposée entre l'Egypte et Israël, au Sinaï, à la demande de l'Eglype. Malgré ses efforts, il ne peut empêcher le déclenchement de la guerre des Six jours en juin 1967, et certains lui reprochent une erreur stratégique en retirant la FUNU. 

    Parce qu'il critique les Etats-Unis au sujet de la guerre du VietNam et qu'il tente des négociations pour y établir la paix, ses relations avec les Américains se détériorent, et le thème du retrait de l'ONU est relancé encore une fois. Par la suite, la diplomatie d'U THANT se fait largement plus prudente, tendant à adopter une position neutre dans dans les conflits. Ainsi Chloé MAUREL résume : "En août 1968, l'URSS réprime le printemps de prague en envoyant les armées de cinq pays du Pacte de Varsovie. Le lendemain, à la session du Conseil de sécurité de l'ONU, le ministre tchécoslovaque des Affaires étrangères s'élève avec force contre l'occupation de son pays. Mais l'URSS utilise son veto. Le 31 août, les représentants du printemps de Prague sont relevés de leurs fonctions. Finalement, l'ONU n'a pas pu intervenir dans cette crise. Les pays occidentaux n'ont pas vraiment insisté en ce sens, car ils voulaient poursuivre leurs bonnes relations avec l'URSS, en cette période de détente, et continuer les négociations Est-Ouest sur le désarmement atomique. En 1970, les Etats-Unis ont utilisé pour la première fois leur veto, au sujet de la Rhodésie du Sud. Ce pays ségrégationniste avait déclaré unilatéralement son indépendance du Royaume-Uni en 1965, et l'ONU a décidé, en 1970, d'isoler cet Etat qui ne respectait pas les droits de l'homme. Les Etats-Unis ainsi que le Royaume-Uni se sont élevés contre cette décision, protégeant le gouvernement raciste de Rhodésie, et agissant en faveur des multinationales qui faisaient du profit en commercialisant les métaux rares présents dans le sous-sol de la Rhodésie."

    Ne pouvant agir réellement sur le plan politique sur la scène diplomatique, le secrétaire général, poussé par les différentes forces issues et parties prenantes de la décolonisation, et également par l'entrée massive de pays du Tiers-Monde à l'ONU, favorise une expansion des activités économiques et sociales de l'organisation internationale. Il contribue à la mise en place de plusieurs structures onusiennes dans le domaine du développement, de la recherche et de l'environnement (Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) en 1966, Université des Nations Unies, Conférence des Nations Unies pour le commerce et le développement (CNUCED) en 1964, véritable tribune pour les pays du Sud, réunis d'ailleurs dans le puissant "groupe de 77", Institut des Nations Unies pour la formation et la recherche (UNITAB) en 1963, Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUB) en 1972). Le secrétaire général incite également l'ONU à s'occuper des catastrophes naturelles et des désastres causés par l'homme. Il établit le poste de coordinateur du bureau des Nations Unies pour les secours au désastre.

    Le mandat de U THANT est aussi marqué par l'adoption du texte important du Traité de non-prolifération. Son action est constamment marquée par le souci de la coexistence pacifique entre les deux super-puissances. 

    Bien qu'ayant fait connaitre sa décision de démissionner en raison de l'impossibilité où il était d'influencer le cours de la guerre du VietNam, il est réélu le 2 décembre 1966 secrétaire général de l'ONU pour un deuxième mandat de cinq ans. Le secrétaire général de l'organisation internationale se sent particulièrement en première ligne en cas d'échec sur une question ou sur une autre, et il faut dire que cette fonction est particulièrement usante sur le plan moral comme sur le plan physique... A l'expiration de ce mandat, il refuse le troisième mandat qui lui est proposé. (Paul MORELLE)

  La documentation sur les activités du secrétaire général U THANT est réunie en grande partie à l'ONU, répartie en différentes déclarations, discours et compte-rendus de commission, notamment autour des opérations de maintien de la paix, outre ses Souvenirs et différents Records privés. 

 

Chloé MAUREL, Une brève histoire de l'ONU au fil de ses dirigeants, éditions du croquant, 2017. Paul MORELLE, U Thant, dans Encyclopedia Universalis, 2014

 

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Complété le 2 juillet 2017.

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3 juin 2017 6 03 /06 /juin /2017 13:54

    Dag Hjalmar Agne Carl HAMMARRSKJOLD (1905-1961), homme d'Etat suédois, second secrétaire général de l'organisation internationale de 1953 à 1961, par ailleurs économiste (secrétaire d'un comité gouvernemental sur le chômage dans son pays), succède immédiatement à Trygve LIE après la démission de celui-ci de ce poste. Elu par l'Assemblée générale en avril 1953, il est réélu secrétaire général en 1957. Il prend précédemment en 1950 une part active à la conférence créant l'UNISSANT, un forum de consultation économique associant le Danemark, la Norvège, la Suède et le Royaume-Uni. Diplomate par tradition familiale, il prend une part active à plusieurs réseaux d'organisations internationales économiques tissées en Europe juste après la Seconde guerre mondiale, dont l'OECE. 

    Pendant les premiers mois, HAMMARRSKJOLD s'attache à remonter le moral des fonctionnaires et à restructurer le Secrétariat. Sous sa direction, celui-ci s'élève à un effectif de 4 000 personnes. Désireux de réaffirmer son contrôle managériale sur le Secrétariat, tout-à-fait dans la ligne prévue par les statuts, il met fin à l'interaction du secrétariat avec les délégations nationales. Spiritualiste, il décide de permettre la participation du Vatican à l'ONU à partir de 1956 (en 1964, le Vatican obtiendra le titre d'observateur permanent à l'ONU, sans être un Etat membre). Essentiellement, dans les deux mandats, dont le second est écourté par un accident d'avion encore soupçonné d'être un attentat dans le cadre de l'affaire du Congo belge, il met en place une diplomatie préventive qui sera une part importante ensuite de l'activité de l'organisation.

     Méthodique, calme, négociateur hors pair, il forge cette "diplomatie préventive, s'attachant à appréhender les causes économiques et sociales des conflits, afin de les désamorcer avant qu'ils ne dégénèrent. Chloé MAUREL écrit que "ses interventions dans la crise du canal de Suez en 1956 (il organise en huit jours une force d'urgence qui permet aux Anglais, Français et Israéliens de se retirer d'Egypte sans perdre la face) et dans la crise de Jordanie en 1958 lui valent la réputation d'un ardent défenseur de la paix." C'est au lendemain de la crise de Suez qu'il lance le prototype des missions de paix de l'ONU, dotant les membres militaires de ces missions de paix de casques bleus. L'action de maintien de la paix l'ONU, qualifiée par lui, faute d'accord entre les grandes puissances, de "chapitre VI et demi" de la Charte, perdurera ensuite et existe toujours aujourd'hui. "Avec cette hésitation, commente notre auteure, on touche à un paradoxe de l'ONU, qui fait que les opérations de maintien de la paix (OMP), bien qu'étant le type d'action le plus connu de l'ONU, résultent à l'origine d'une improvisation, pour remplir le vide créé par la paralysie du système de sécurité collective. En effet, la guerre froide a rapidement bloqué le Conseil de Sécurité collective prévu par le Chapitre VII de la Charte. La notion de sécurité collective prévoyait que l'ONU puisse imposer la paix par la force, sans même le consentement des parties. Au lieu de cela, c'est la notion de maintien de la paix qui s'est imposée, fondée sur l'idée de consentement des pays concernés et de non-utilisation de la force par les casques bleus (sauf pour se défendre). D'où ce mandat, finalement très limité, des casques bleus."

   C'est sous son mandat qu'est créé l'AIEA, (Agence Internationale de l'Energie Atomique) en 1957. Au total, durant son mandat, HAMMARSKJOLD voyage beaucoup sur le terrain pour tenter de résoudre les conflits, s'attachant notamment à assouplir les relations entre Arabes et Israéliens, et (mais en vain) à créer une force onusienne de maintien de la paix pour mettre fin à la guerre du Vietnam. 

      C'est sans doute sous son mandat que la guerre froide à l'ONU fut la plus intense. Les Etats-Unis et l'URSS semblent utiliser le plus possible les instances de l'organisation internationale comme tribune publique (le long discours de CASTRO en 1960, et la même année les chaussures de KHROUTCHEV...) tout en lui déniant une influence déterminante dans le cours des événements. Cela se vérifie particulièrement dans la crise du Congo qui lui coûte la vie. Si l'ONU parviendra finalement à restaurer l'unité du Congo, il ne peut empêcher l'arrivée au pouvoir du général MOBUTU par un coup d'Etat en 1965. Le bilan de l'action de l'ONU au Congo est donc mitigé, l'ONU n'a pas réussi à éviter les violences meurtrières ainsi que l'instauration d'une sévère dictature.

On ne compte plus sous ses deux mandats les campagnes de presse, notamment américaines pour obtenir soit son éviction soit carrément le retrait de l'ONU, campagnes suscitées précisément par la perte d'influence américaine dans l'organisation, au fur et à mesure que le nombre de membres augmente, et que nombre d'organisations reliées s'accroit avec dynamisme. Alors même que sa diplomatie est loin d'être favorable au camp de l'Est de manière générale et à ses différents soutiens dans les pays du Tiers-Monde, témoin son attitude envers Patrice LUMUMBA dans l'affaire du Congo (d'ailleurs sans doute commit-il là une erreur politique en n'accédant pas fermement à la demande du leader africain d'agir par la force pour briser la sécession du Katanga. C'est qu'en donnant à l'ONU sa place revendiquée de centre de la vie diplomatique internationale, le secrétaire général fait plus que de l'ombre à certains groupes politiques et économiques états-uniens. 

       En septembre 1961, Dag HAMMARSKJOLD est en route pour le Congo pour négocier un cessez-le-feu entre les forces de l'ONU et les troupes katangaises de Moïse TSCHOMBE lorsque, dans la nuit du 17 au 18 septembre, son avion s'écrase en Rhodésie du Sud. Il meurt avec quinze autres personnes. C'est un choc pour l'opinion mondiale.

L'année même de sa mort, il lui est attribué à titre posthume le prix Nobel de la paix. Plus récemment, Kofi ANNAN a créé la médaille Dag Hammarskjold qui est décernée à titre posthume aux personnes des forces de l'ONU mortes dans le cadre d'une opération de paix.   Elle a été attribuée pour la première en 1998. L'hypothèse d'un sabotage de son avion, ainsi que celle d'un abattage de l'avion par des mercenaires belges, a été évoquée à maintes reprises mais aucune preuve n'est jusque-là venue l'étayer.

Dag HAMMARSKJOLD laisse un bilan positif et il est très regretté par la communauté internationale à sa mort. Non seulement il parient à détacher relativement bien l'organisation des préoccupations intérieures de certains Etats membres, dans leur paranoïa anti-communiste, mais parvint à mettre l'organisation enfin en état de marche quant à ses missions. Il faudrait certainement faire une étude sur les réglementations mises en place quant aux responsabilités et aux droits du personnel, notamment du secrétaire général, pour mesurer toutes les limites mises à ces ingérences. Concernant précisément la chasse aux communistes maccarthysme, en arrivant à la tête de l'ONU en pleine crise, le nouveau secrétaire général prit le premier prétexte en nombre 1953 pour arrêter la longue enquête du FBI. Laquelle, comme d'ailleurs partout ailleurs sur le territoire des Etats-Unis, n'a pas conduit à des révélations sur une supposée infiltration communistes chez les agents américains de l'ONU ; finalement les USA ont dû payer des compensations aux onze employés de l'ONU inquiétés. 

     

     Patricia BURETTE écrit que les Cinq Grands "avaient choisi en lui un technocrate originaire d'un pays qui n'était pas directement engagé dans la guerre froide, dont ils espéraient un mandat sans éclat, consacré à des tâches essentiellement administratives. Mais Hammarkjöld se fait une toute autre idée de ses nouvelles fonctions. Son premier soin est de réformer le secrétariat afin d'assurer aux fonctionnaires internationaux une indépendance qui, le mandat de Trygve Lie l'avait démontré, leur faisait parfois défaut. Créant un nouveau corps de fonctionnaires, les sous-secrétaires, ainsi que plusieurs services, tous exclusivement dépendants de lui, il s'attache à préserver ses collaborateurs de toute influence. Profitant de l'absence de crise grave durant les premières années de son mandat, il s'emploie à gagner la confiance des Etats membres (...). Hammarskjold fera souvent appel à la méthode de la "diplomatie privée" au cours des nombreuses crises qui se déclenchant, dès la fin de 1955, dans le contexte de la guerre froide. Les combats opposant Israël aux Etats arabes, la crise de Suez, les troubles au Liban et en Jordanie lui permettent de jouer un rôle de premier plan dans la solution des conflits. Ses "navettes" entre les représentants des pays intéressés sont demeurés célèbres. L'appui qu'il trouva souvent auprès des délégations des pays qui n'étaient pas concernés par l'action en cours lui fut toujours précieux. C'est à elles qu'il fit appel lorsqu'il s'agit de mettre en place, dans le cadre d'opérations de maintien de la paix, d'une force d'urgence des Nations Unies. Face à une Assemblée générale souvent impuissante, à un Conseil de sécurité paralysé par les vétos, Hammarskjold usa de l'imprécision des termes fixant les limites du mandat du secrétaire général pour prendre, surtout au début, d'importantes initiatives. Mais elles lui valurent, lors de l'affaire du Congo notamment, de nombreuses critiques et, même, une violente opposition de la part de l'URSS. Très attaché au principe de la neutralité des fonctionnaires internationaux et à celui de la souveraineté des Etats, il refusa toute ingérence dans les affaires des Etats membres et sollicita toujours l'autorisation des pays en crise avant d'y envoyer le moindre observateur. C'est ainsi que l'Etat d'Israël refusa l'entrée des troupes de l'ONU sur son territoire en janvier 1957, que le gouvernement hongrois s'opposa à l'envoi d'observateurs à Budapest en 1956 et que Moïse Tschombé fit longtemps obstacle à l'entrée des Casques bleus a Katanga. Hammarskjold considérait comme nécessaire de soustraire les pays nouvellement décolonisés, dont la récente admission avait modifié la majorité à l'Assemblée, à la lutte d'influence, nouvelle forme de la guerre froide, entre l'Est et l'Ouest. Il s'agissait de tenir ces Etats en dehors de la guerre froide et, si possible, d'en faire une "troisième force". (...)"

La Bibliothèque Dag-Hammarskjold, au siège de l'organisation internationale à New-York,  consacrée à sa mémoire, est spécialisée dans deux domaines majeurs. Elle est le dépositaire principal des documents et des publications de l'ONU et maintient une collection de documents produits par les institutions spécialisées et par les organismes affiliés aux Nations Unies. La bibliothèque recueille également des livres, journaux et autres documents relatifs aux programmes et aux activités de l'organisation (www.library.un.org.fr).

 

Chloé MAUREL, Une brève histoire de l'ONU au fil de ses dirigeants, éditions du croquant, 2017. Patricia BURETTE, Hammarskjold, dans Encyclopedia Universalis, 2014.

 

PAXUS

 

Complété le 30 juin 2017

  

 

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1 juin 2017 4 01 /06 /juin /2017 13:11

       Trygve Halvdan LIE (1896-1968), homme d'Etat norvégien est le premier secrétaire général de l'ONU, de 1945 à 1952. Membre du Parlement norvégien (le Stroting) dès 1935, il dirige divers ministères successifs de 1936 à l'invasion allemande. Il fait partie en exil du gouvernement à Londres et devient ministre des affaires étrangères de ce Gouvernement en exil en 1941. C'est à ce titre qu'il préside la Délégation norvégienne à la conférence de Sab Francisco (avril-juin 1945) où est signée la Charte des Nations Unies. Il y préside d'ailleurs la commission chargée de rédiger le chapitre de la Charte traitant du Conseil de sécurité. Cette même commission place d'ailleurs comme principe que le secrétaire général des Nations Unies ne doit pas faire partie d'un pays membre du Conseil de sécurité, règle qui s'applique encore aujourd'hui. Cela n'empêche pas bien entendu les membres du Conseil de sécurité, notamment les membres permanents, d'exercer leur influence sur son élection.

Il préside ensuite, après la libération de son pays, alors qu'il est ministre des affaires étrangères en octobre 1945, la délégation norvégienne à la première session de l'Assemblée générale des Nations unies à Londres en 1946. Le 1er février 1946, il est élu premier secrétaire général pour une durée de cinq ans. Le 1er novembre 1950, l'Assemblée Générale prolonge son mandat de 3 ans. Mais il démissionne sous la pression soviétique du fait de son attitude pendant la guerre de Corée. Son mandat n'est guère défendu par les personnels de l'ONU, à cause de son attitude faite de mansuétude vis-à-vis de la "chasse aux sorcières" entreprises par les partisans du sénateur MacCarthy aux Etats-Unis. Il ne s'oppose alors guère aux enquêtes pour espionnage faite par le FBI à l'intérieur même de l'enceinte du bâtiment des Nations Unies à New-York. Rentré en Norvège, il y poursuit sa carrière politique, dans les milieux socialistes  et travaillistes dont il est resté une personnalité éminente, en occupant différents postes ministériels et en menant plusieurs missions diplomatiques. D'ailleurs ce faisant, il inaugure en quelque sorte une tradition, nombre d'anciens secrétaires généraux des Nations Unies étant appelés après leur mandat officiel à poursuivre, parfois officieusement, des missions pour l'ONU.

"D'après ceux qui l'ont côtoyé, écrit Chloé MAUREL, Lie était "un homme plutôt simple qui n'avait pas beaucoup de dons pour la diplomatie" (Yves BERTHELOT, J M JAKOBOWICZ, l'ONU pour les nuls, First, 2010). Dans ses Mémoires, il se demande encore pourquoi il a été choisi pour ce poste. La tâche était d'autant plus compliquée que le poste était nouveau et qu'il fallait en définir les limites. Trigle Lie aurait dit à son successeur, Dag Hammarskjold, en quittant son poste : "Vous allez prendre le poste le plus impossible sur terre!". Pour Brian Urquhart, ancien secrétaire général adjoint des Nations Unies, Trygve Lie était "un personnage médiocre et assez pathétique" ; "il n'avait aucune autorité morale et il était intellectuellement totalement inadéquat pour le poste"." Pour poursuivre sur la même mauvaise langue, dirions-nous, c'est sans doute pour cela qu'il a été choisi par les grandes puissances, d'une attitude très mitigée envers cette nouvelle organisation internationale. 

"Trygve lie, poursuit notre auteure, pour dresser en quelque sorte son bilan, "n'a pas réussi à empêcher plusieurs conflits d'éclater dans le monde sous son mandat, mais il a été pionnier dans l'usage de l'article 99 de la Charte de l'ONU." Rappelons que cet article évoque l'idée de diplomatie préventive et donne au secrétaire général la compétence de faire considérer par le Conseil de sécurité les questions qui peuvent menacer la paix et la sécurité internationales.

"Trygve Lie prônait aussi la création d'une armée des Nations Unies : il appelait de ses voeux une force de 1 000 à 5 000 hommes qui pourrait soutenir les missions de l'ONU. L'idée n'a pas porté ses fruits alors, mais cela aboutira plus tard à la création des Casques bleus. Par ailleurs, Trygve Lie était opposé à l'adhésion de l'Espagne à l'ONU, car il condamnait le régime de Franco. L'Espagne sera pourtant admise en 1955. Il était en outre en faveur de la reconnaissance de la République populaire de Chine (RPC) comme détenteur du siège de la Chine à l'ONU, ce qui sera fait seulement en 1971 ; en effet jusqu'à cette date c'est le régime nationaliste et anti-communiste de Taïwan qui est reconnu comme le représentant officiel de la Chine."

    C'est dans une atmosphère idéaliste et enthousiaste que le premier secrétaire général de l'ONU prend ses fonctions. Encore de taille modeste l'organisation rassemble alors des fonctionnaires et des employés qui croient en sa mission, d'autant qu'elle joue un rôle jugé crucial au lendemain de la Seconde guerre mondiale. C'est durant ces premières années que l'ONU prend véritablement forme, rôde en les interprétant ses statuts, notamment dans les rôles respectifs du secrétariat général, du conseil de sécurité et de l'assemblée générale. Le siège de l'ONU à New York n'est achevé qu'en 1952, le personnel ne se répartissant pas encore avant cette date dans tout cet immeuble dessiné par Le Corbusier et Oscar Niemeyer et réalisé par plusieurs architecte de différents pays. 

Le mandat de Triygve LIE est marqué par la Déclaration universelle des droits de l'Homme de 1948, et à contre courant du bel ensemble qu'elle représente, par une certaine passivité à l'égard du maccarthysme. Le personnel du secrétariat général de l'organisation en première ligne doit affronter plusieurs crises, la crise iranienne de 1946, le conflit israélo-palestinien, la guerre civile en Grèce (1946-1949) et surtout la guerre de Corée (1950-1953) qui voit l'opposition des Soviétiques à une activité déterminante de l'ONU dans ce conflit armé. La rivalité Est-Ouest est visible jusque dans les institutions spécialisées, comme celle concernant la santé, l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS). A un point tel que beaucoup considéreront la victoire remportée sur la variole comme une victoire de l'URSS contre les USA, qui préférait consacrer ses efforts à la lutte contre le paludisme...  On ne se rend peut-être pas compte que l'activité des organisations spécialisées est sujette à une conflictualité intense qui ne le cède en rien aux organes d'action de l'ONU. Après avoir été l'enjeu, autour de maladies infectieuses importantes, de combats entre les USA et l'URSS, elle est devenue après la guerre froide un des centres du combat (souvent feutré) mené par l'organisation contre une grande partie de l'industrie pharmaceutique, les lobbies du tabac et ceux de l'alcool. L'activité du secrétaire général est aussi une activité en faveur de la santé comme en faveur de la paix. 

Le deuxième mandat inachevé de Trygve LIE est donc marqué par le maccarthysme. Même s'il a publiquement blâmé la pression que les Etats-Unis ont fait peser sur des fonctionnaires onusiens, il a autorisé les agents du FBI à conduire des entretiens avec des employés américains de l'ONU. Un des objectifs de l'équipe de MCCARTHY était de faire, selon le diplomate britannique Brian URQUHART, ancien secrétaire général adjoint de l'ONU, des Nations Unies un centre important de la chasse aux sorcières, fabuleux détournement d'une organisation qui se voulait le centre de la vie internationale. Cette chasse aux communistes a suscité un grand malaise au sein de l'ONU, comme l'illustre le suicide d'un agent de l'ONU, Abe FELLER, accusé d'être un agent secret des Soviétiques. 

     

     Alain MENOTTI décrit l'activité du premier secrétaire général de l'ONU, à travers diverses affaires : "Lors de l'affaire iranienne - les Soviétiques, qui avaient occupé le nord de l'Iran à la fin de la guerre, cherchaient dans les premiers mois de 1946 à promouvoir, à leur profit, un gouvernement autonome en pays kurde et en Azerbaïdjan et refusaient d'évacuer leurs troupes -, Lie fait prévaloir une interprétation très larges des articles 97 et 99 de la Charte des Nations unies et se voit reconnaitre, par exemple, le droit de donner son opinion sur les matières débattues par le Conseil de sécurité. Par son action à la même époque, lors des affaires de Grèce et de Trieste, il élargit encore les possibilités d'action du secrétariat général ; il est aidé en cela par le fait qu'aucune de ces affaires n'engage les intérêts essentiels des deux Grands. Lors de l'affaire de Palestine (1947), Lie se fait le champion du partage de la Palestine et fait voter à l'Assemblée générale une résolution dans ce sens ; da,ns cette affaire, il affirme le droit du secrétaire général d'ouvrir des enquêtes publiques, d'organiser un exécutif, d'avoir ds entretiens privés avec le gouvernement en cause.

Il joue un rôle discret dans la négociation de Berlin, mais à cette occasion, il préconise une diplomatie "ouverte", avec mise au fait de l'opinion publique. C'est d'ailleurs dans cette optique qu'il aborde le délicat problème de la représentation de la Chine à l'ONU, puis présente au monde, en 1950, son plan pour la paix de vingt ans. Il entreprend alors la tournée des capitales pour expliquer les dix points de ce plan : fin de la course aux armements, assistance technique aux pays en voie de développement, utilisation de l'ONU pour libérer les peuples colonisés et pour développer le droit international, réunion périodique du Conseil de sécurité avec les chefs de gouvernement, contrôle international de l'énergie atomique.

Pau après avoir mécontenté plusieurs pays par sa position favorable à l'admission de la Chine Populaire au sein de l'ONU, Trygve Lie prend l'initiative de soutenir inconditionnellement les Etats-Unis dans l'affaire de Corée ; il déclare la Corée du Nord agresseur, et règle d'office de délicats et nombreux problèmes juridiques par cette phrase : "Il est du devoir du Conseil de sécurité de prendre les mesures nécessaires pour rétablir la paix." Lie assume directement la responsabilité d'avoir transformé l'ONU en force armée internationale. Il est alors l'objet de manifestations d'hostilité de la part de l'Union Soviétique.

Lorsque son premier mandat vient à expiration en 1951, il se trouve en butte à l'opposition violente de l'URSS, de la Chine nationaliste et de la Ligue arabe. Toute réélection est impossible, mais l'assemblée générale prolonge son mandat de trois ans. Le 10 novembre 1952, un an avant le terme de son mandat, il démissionne, considérant que son successeur sera plus qualifié pour assainir les rapports Est-Ouest ; il est remplacé par Dag Hammarskjöld.

Trygve Lie a montré beaucoup de logique dans son action : il s'est engagé dans la bataille pour l'ONU, pour son secrétariat général ; il a tenté de démontrer que l'ONU constituait la seule solution face à la guerre froide et à la division du monde en blocs (il a même, en 1948, préconisé la création d'une force internationale permanente recrutée par le secrétaire général)."

 

L'ensemble des archives de l'ONU est composé surtout des dossiers des réunions de l'Assemblée générale de 1945 à 1953, et pour comprendre cette période de l'ONU, en ce qui concerne l'activité du secrétaire général,  il faut se référer aux Andrew Cordier Papers à l'Université de Columbia à New York et aux Handwritten list of correspondants in Brefs du Ministère Royal des Affaires étrangères d'Oslo en Norvège ainsi qu'à divers types d'archives à la Bibliothèque National de Norvège.

Chloé MAUREL, Une brève histoire historique de l'ONU au fil de ses dirigeants, éditions du croquant, 2017. Alain MENOTTI, Trygve Lie, dans Encyclopedia Universalis, 2014.

 

Complété le 28 juin 2017.

 

PAXUS

 

 

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23 mai 2017 2 23 /05 /mai /2017 12:42

    Pour aborder cette série d'articles concernant l'ONU et sa place actuelle dans le monde, il est utile à la fois de revenir sur l'histoire (d'où cette série consacrée aux secrétaires généraux de l'organisation internationale) et sur la nature même, au réel, de celle-ci. En effet, s'il est utile et même indispensable de connaitre les rouages de son fonctionnement pour apprécier sa place dans le monde (d'où la comparaison faite entre l'ONU et la SDN à travers les articles fondateur), on doit avoir à l'esprit qu'elle n'est pas seulement une structure et un fonctionnement bien particuliers. 

Chloé MAUREL nous rappelle qu'en fait, dans la réalité des conflits d'aujourd'hui, nous avons affaire à "trois" ONU et non à une seule. L'ONU n'est pas une seule personne ni même un collectif de personnes, elle ne se confond pas avec son secrétaire général, dont la voix souvent est citée lorsque l'organisation agit ou n'agit pas. La docteur en histoire spécialisée dans les Nations unies et l'histoire globale, chercheuse notamment à l'IRIS décrit ces "trois" ONU.

"La "première ONU", écrit-elle, est constituée par les représentants des Etats membres, qui étaient 51 en 1945 et qui sont au nombre de 193 actuellement. Lors des grandes décisions prises à l'Assemblée générale ou au conseil de sécurité, ce sont les représentants des Etats membres qui s'expriment, qui votent", selon des règles précisées dans sa Charte. "L'ONU n'est donc, dans un certain sens, que la somme de ses Etats membres", pleinement responsables d'ailleurs de son fonctionnement ou de la réalisation ou non de ses objectifs.

"La "deuxième ONU" recouvre le personnel de l'organisation. ce personnel a connu une croissance exceptionnelle au fil des années. Alors que la première année en 1946, il y avait 300 à 500 employés, aujourd'hui le personnel des Nations Unies est d'environ 55 000 personnes, auxquelles il faut ajouter 20 000 employés des agences spécialisées. Cela n'inclut ni le personnel temporaire des opérations de maintien de la paix (à peu près 125 000 personnes), ni le personnel du FMI et de la Banque Mondiale (à peu près 15 000 personnes). Ces chiffres attestent d'une croissance importante des effectifs de l'organisation lorsqu'on les compare à ceux de la première année de l'ONU et aux 700 qu'a eus à son maximum son ancêtre la Société des Nations (SDN)". Ce personnel pèse d'un poids considérable, non seulement en tant que force d'exécution des décisions de l'ONU, mais également en tant, notamment dans les échelons hiérarchiques élevés, une force informée et très présente dans la diplomatie internationale, même lorsqu'elle n'agit malheureusement pas suivant cette force. Potentiellement, vu la situation de son personnel diplomatique, de la qualité souvent importante de toutes ses expertises, le personnel de l'ONU représente parfois ce qu'il y a de meilleur, suivant notamment les objectifs de l'organisation, dans le monde. 

"Enfin, la "troisième ONU" est formée de la nébuleuse des ONG et des nombreux experts et consultants associés à l'Organisation. Cette troisième ONU est indépendante des gouvernements et du Secrétariat". Depuis la disparition de la confrontation Est-Ouest, les initiatives sociales, sociétales, environnementales, sont surtout venues de cette "troisième ONU", aiguillon parfois turbulent médiatiquement pour les deux autres.

"Il est bon d'avoir cette superposition des "trois ONU" à l'esprit lorsqu'on analyse l'action de cette organisation, même si, il est vrai, le secrétaire général, qui peut apparaitre comme une sorte de personnification de l'ONU, est souvent en mesure de jouer un rôle moteur." C'est d'ailleurs parce que cette "coexistence" entre les trois ONU existe que ses initiatives peuvent avoir plus de poids que ne le voudraient les principales puissances parties prenantes de l'organisation. 

   Les secrétaires généraux qui se sont succédés, Trygve LIE, Dag HAMMARSKJOLD, U THANT, Kurt WALDHEIM, Javier Pérez de CUÉLLAR, Boutros BOUTROS-GHALI, Kofi ANNAN et Ban KI-MOON, de 1953 à 2016, avaient tous en commun d'appartenir à des ensembles politico-diplomatiques (divers) ayant des ramifications dans le monde entier. Dotés d'une connaissance juridique parfois profonde, d'un sens diplomatique variable, de réseaux d'influence toujours solides et capables de les aider dans leur tâche, même à titre officieux, les secrétaires généraux n'ont pas eu ni la même influence ni la même force dans l'ONU. Les défis qui attendent l'actuel secrétaire général Antonio GUTERRES sont à la mesure d'une mondialisation où seule l'ONU fait figure de possible centre diplomatique, même si les temps, encore sous l'emprise d'un néo-libéralisme ambiant, ne sont pas très favorables à son épanouissement pour un rôle qui est le sien. Il doit compter notamment, à la fois avec l'affaiblissement de centres de pouvoir globaux qu'étaient les Etats, malmenés par des puissances, notamment économiques, qui n'ont certainement pas les objectifs généraux de la Charte dans leur esprit et par des menaces que, l'humanité, depuis que nous en connaissons l'Histoire, n'a jamais connu. 

Chloé MAUREL, Une brève histoire de l'ONU au fil de ses dirigeants, éditions du croquant, 2017.

PAXUS

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