Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
30 juillet 2010 5 30 /07 /juillet /2010 13:25

            Figure de proue du mouvement de l'éducation nouvelle, courant pédagogique qui défend le principe d'une participation des individus, dont les enfants, à leur propre formation, Maria MONTESSORI consacre sa vie à une nouvelle perception de l'enfance et de l'éducation, donc du coup à une nouvelle perception des conflits impliquant les enfants.

Première femme italienne médecin et première femme diplômée de médecine en Italie, elle travaille plus de dix ans en psychiatrie infantile (à partir de 1896), avant de s'intéresser aux enfants "normaux". Entreprenant en 1901 des études de psychologie et de philosophie - Jean-Jacques ROUSSEAU, à travers L'Émile l'inspire beaucoup - elle se consacre surtout aux activités pratiques (fondation de Maisons des enfants...) qui lui permettent d'acquérir une expérience très concrète de l'évolution des enfants, notamment des jeunes enfants, dans la vie scolaire. Elle se fait connaître dès 1913 par des conférences internationales où elle diffuse ses idées sur les nouveaux principes pédagogiques et les pratiques nécessaires au développement de l'être humain. Elle-même et de nombreux collaborateurs et collaboratrices formulent ce qu'on appelle la Pédagogie Montessori, une pédagogie reprise notamment en Inde où elle séjourne de nombreuses années à partir de 1936 (suite à la fermeture par le gouvernement fasciste de toutes les écoles italiennes). Cette pédagogie est utilisée de par le monde par environ 4 500 écoles, dont seulement quelques unes se trouvent aux États-Unis et en France. Les idées de Maria MONTESSORI sont surtout bien accueillies en Inde.

 

             Ses oeuvres sont pour la plupart publiées après son décès, grâce aux efforts de sa famille notamment. Mais déjà, elle se fait connaître dès 1935 par des écrits plus techniques que généraux (psycho-geometrica, psycho-grammar, psycho-arithmetica, ce dernier publié en 1971) où elle expose une nouvelle manière d'apprendre les mathématiques ou la langue, en tenant compte des aptitudes de l'enfant, et en faisant de lui un acteur du monde qu'il découvre. L'enfant, de 1935, livre déjà une vision d'ensemble de sa pédagogie, qui se complète au fil des ans par d'autres ouvrages, De l'enfant à l'adolescent (1958), Pédagogie scientifique (1958), Découverte de l'enfant (1969), L'enfant créateur (1972), L'école pour enfants (1976),  The secret of chilhood, 1986 en Inde, The formation of Man, 1991, toujours en Inde, To Educate the Human Potential, toujours en Inde, L'esprit absorbant de l'enfant, traduction en français de 1959, qu'elle présente comme son oeuvre définitive.

Dans le foisonnement des écrits, souvent tirés directement ou résumés de ses conférences, deux ouvrages retiennent notre attention, Education and Peace, 1972 en Inde encore et surtout le plus accessible pour le public français, L'Education et la paix, publié en 2002, car ils lient précisément les conditions de l'éducation de l'enfant et l'évolution sociale vers la paix ou vers la guerre. 

 

            La pédagogue italienne, influencée les idées de Peter NUNN ou d'Ovide DECROLY, veut surtout développer des attitudes envers l'enfant, beaucoup plus qu'élaborer une théorie éducative. Elles s'appuie sur une connaissance très précise de l'évolution psycho-sociale dans la première enfance (jusqu'à 6 ans environ), montrant la nécessité, par l'observation attentive et bienveillante, d'utiliser très tôt les aptitudes à la découverte du monde. Elle élabore une théorie de la perception très proche de celle de PESTALOZZI, qui doit permettre à l'éducateur en général de proposer le développement des "embryons intellectuels". Avec son langage médical, elle propose d'aider l'enfant à se construire psychologiquement, dès sa naissance, à utilisant son "esprit absorbant" dans les meilleures conditions possibles.

      Un des concepts de base du système éducatif de Maria MONTESSORI est l'"activité indépendante". "Un individu est ce qu'il est, non point à cause des maîtres qu'il a eus, mais du fait de ce qu'il a accompli lui-même." Elle va jusqu'à introduire l'idée d'"autocréation" qu'elle applique non seulement à la perception sensorielles et à l'intellect, mais aussi à la coordination de tous les aspects humains du développement de la personnalité. Ce processus ne peut réussir que s'il se déroule dans la liberté, laquelle s'entend comme alliant de pair avec la discipline et la responsabilité. Les enfants sont doués d'une compréhension intuitive des formes d'épanouissement par l'activité indépendante. "Les enfants semblent avoir la sensation de leur croissance intérieure, la conscience des acquisitions qu'ils font en se développant eux-mêmes. Ils manifestent extérieurement, par une expression de joie, le fait supérieur qui s'est produit en eux". Pour elle, "cette prise de conscience toujours croissante favorise la maturité. Si l'on donne à un enfant le sentiment de sa propre valeur, il se sent libre et son travail ne lui pèse plus." (De l'enfance à l'adolescence, cité par Hermann RORHS). 

 

                   L'éducation et la paix se compose des textes des conférences (entre 1932 et 1939) où Maria MONTESSORI lie l'éducation et la paix, en soutenant l'idée positive d'une réforme sociale constructive. A la base de ces discours il y a la conviction que l'humanité doit s'organiser dans une coopération universelle, car la frontière la plus vulnérable n'est pas la limite géographique séparant deux pays, mais l'impréparation de l'homme et l'isolement des individus. 

  Pierre CALAME introduit ainsi ce recueil de textes : "Plus que jamais la paix reste à faire. Plus que jamais, peut-être, elle sera dans les prochaines décennies un enjeu de survie de l'humanité. Plus que jamais elle se fera dans la tête des hommes. Car la paix, comme l'avait bien compris Maria Montessori, n'est pas la non-guerre. Ce n'est pas seulement affaire de diplomatie, d'armée et de cessez-le-feu. Nous le savons bien, trop souvent les peuples qui gagnent la guerre perdent la paix qui suit car les valeurs nécessaires pour gagner la guerre - simplification, obéissance aux ordres, clarté de la distinction entre amis et ennemis, etc - n'ont rien à voir avec les valeurs nécessaires pour construire une paix durable - la capacité à admettre et comprendre la complexité, la capacité à coopérer avec l'autre, l'esprit critique, le sens du compromis, la perception aigüe de l'unité et de la diversité simultanée du monde. Oui, la paix n'est pas le résultat de négociations, c'est une construction. Maria Montessori parlait de la nécessité de redéfinir le concept de paix. Elle le reliait au progrès de la raison et n'hésitait pas à parler de science de la paix. (...) La paix s'apprend. Elle s'apprend d'autant plus que (...) dans la construction de la paix, il n'est pas de petite chose et de petite échelle. Elle soulignait que la construction de la paix commençait par la construction de l'harmonie entre l'enfant et l'adulte. Elle avait compris le caractère profondément fractal, dirait-on pour faire moderne, de la question de la paix : ce qui se joue entre les femmes et les hommes, entre les enfants et les adultes, entre les enfants eux-mêmes ; à l'échelle de la famille, de la classe, du quartier, se retrouve à l'échelle des rapports entre nations. La tolérance, la capacité à reconnaître que l'autre est à la fois semblable à moi et digne du même respect, se pose à l'échelle des rapports interindividuels comme à l'échelle des rapports entre les civilisations et les religions.(...). Ceux qui, à l'école primaire, apprennent à huit ans à être médiateurs entre leurs camarades seront certainement ceux qui, à une toute autre échelle, apprendront demain à être médiateurs entre les peuples."

  A Genève en 1932, à l'Office international de l'éducation, au centre alors du mouvement européen pour la paix, elle dénonce le fait que la paix n'a jamais fait l'objet d'une démarche cohérente de recherche qui puisse porter le nom de science et souligne l'importance de mettre clairement en lumière la profonde différence entre les objectifs moraux contradictoires de la guerre et de la paix. Toutes les nations de la terre, au lieu de former une alliance en vue d'éviter un conflit armé (ce qui est une critique indirecte de la vision limitée de la Société des Nations), demeurent aveugles aux causes premières de la guerre car nous vivons dans un état de paralysie morale qui obscurcit la raison. Pour éliminer ces manques, il faut donc prendre l'enfant comme point de départ et surtout croire en sa capacité de régénérer la race humaine et la société : la déficience, la faiblesse, la servitude et l'arrêt de la personnalité sont toujours le résultat d'une éducation qui n'est qu'un affrontement aveugle entre le fort (l'adulte) et le faible (l'enfant). Voilà pourquoi est indispensable la construction d'un environnement qui puisse libérer l'homme de ses frustrations et qui ne pose pas de limites à ses aspirations infinies.

  A Bruxelles en 1936, au cours d'une conférence toujours, devant le Congrès européen pour la paix, elle salue la naissance de l'humanité en tant que organisme et dénonce en même temps l'incapacité de l'homme à grandir au rythme des progrès qu'il a accomplis dans son environnement matériel. 

  A Copenhague en 1937, au sixième Congrès international Montessori, elle dénonce la condition de l'enfant comme celle d'un "citoyen oublié" et considère l'éducation de l'enfant et le développement de son autonomie comme une question sociale de la plus haute importance. Ce processus de libération est extrêmement important car l'enfant qui est libre d'agir se guérit de toutes ses déformations psychiques et devient le maître de ses propres dynamismes : l'amour n'est pas la cause mais l'effet du développement normal de l'individu. Nos efforts doivent se consacrer à aider l'enfant à se perfectionner lui-même par le contact avec la réalité car nous ne pouvons pas élever le niveau de l'humanité seulement par la culture.

   En 1937, sous les auspices de la Société scientifique d'Utrecht, elle fait trois conférences devant l'École internationale de philosophie.

   En 1939, elle fait une conférence devant la Fraternité mondiale des croyances, une organisation religieuse internationale.

 

    Pour Maria MONTESSORI, les rapports de soumission caractérisant nos sociétés et engendrant la guerre nous sont imposés surtout au moyen de l'éducation et pas exclusivement au moyen des institutions. Dans cette optique, les injustices que nous subissons au sein de notre environnement sont les mêmes que nous reproduisons à chaque génération, car nous n'avons pas eu la possibilité de développer librement notre autonomie individuelle. La reproduction à chaque génération de relations conflictuelles et ressenties comme telles entre enfants et adultes enferme l'humanité dans un cercle vicieux dont elle doit sortir, sous peine de renouveler des événements aussi catastrophiques qu'une guerre mondiale. il s'agit de substituer aux relations souvent violentes entre générations des formes de coopération qui tiennent compte des potentialités de l'enfant. Elle considère que les remèdes à l'inhumanité de la guerre doivent être recherchés non au sein de la culture, produit des adultes, mais au sein d'un éducation favorisant le développement des forces positives présentes à chaque génération. (Diego SALCO, 2005).

 

Maria MONTESSORI, L'enfant, Desclée de Brouwer, 1935 ; De l'enfant à l'adolescent, Desclée de Brouwer, 1958 ; L'Education et la paix (Traduction d'Educazione e Pace, 1949), Editions Charles Léopold Mayer, Desclée de Brouwer, 2001, préface de Pierre CALAME. 

 Une grande partie des oeuvres en anglais ou en allemand n'ont pas été encore traduites en français.

Gilbert GIANNONI, Encyclopedia Universalis, 2004. Diego SALCO, www.montessorien.net, 2005. Hermann ROHRS, dans Perspectives, revue trimestrielle d'éducation comparée, UNESCO, 1994 (n°1-2). 

 

Relu le 23 janvier 2020

Partager cet article

Repost0
29 juillet 2010 4 29 /07 /juillet /2010 15:50

            Si l'Éducation à la Paix en tant que discipline à part entière, acquiert peu à peu toute sa place dans le domaine des sciences sociales, son existence et son évolution reste très incertaine suivant les contextes socio-politiques. Ses origines lointaines peuvent se situer au début du XXe siècle, aux alentours de la Première Guerre Mondiale, où la question de la paix revêt une substance dramatique : un certain nombre de pédagogies voient le jour, telle la pédagogie Montessori, celle de Célestin FREINET, dans la mouvance du mouvement coopératif...

Mais la perception de la nécessité d'une éducation à la paix, spécifiquement, demeure très récente, et émerge dans les années 1960 à 1980, dans les milieux qui précisément s'intéressent de près à la construction de ce qu'on appelle aujourd'hui une culture de la paix. C'est principalement dans le milieu enseignant, mais pas seulement, que cette préoccupation se précise et plusieurs colloques sur l'Éducation à la Paix dans les années 1980, entre autres sous l'égide de la Ligue de l'Enseignement en France, en témoignent. Le directeur de l'UNESCO d'alors, Amadou-Mahtar M'BOW estime que "l'éducation à la paix concerne la jeunesse, plus que toute autre classe d'âge, sans doute - puisqu'elle est la première victime désignée de la guerre et la première bénéficiaire de la paix. La jeunesse, est paradoxalement, perméable aux conditionnements psychologiques et aux préjugés de nationalité, de race ou de couleur que certains sont tentés de lui inculquer ; en même temps qu'elle est réceptive aux idéaux d'égalité, de justice, de solidarité, sur lesquels se fonde toute action en profondeur pour la paix et la compréhension internationale. D'où l'importance d'une éducation à la paix qui s'adresse spécifiquement aux jeunes, et qui, loin de commencer ou de s'arrêter au seuil de l'école, s'élargit au contraire, à toutes les instances sociales par où passe l'éducation au sens le plus large du terme."(1986).

 

            Alors que le mouvement éducatif en faveur des méthodes coopératives est devenu largement minoritaires, que la conception d'une classe coopérative a laissé la place à une pédagogie institutionnelle qui place de fait les élèves en compétition et en dépendance totale vis-à-vis du maître ou du professeur, la plupart des enseignants favorables à un enseignement de la paix, à la fois contenu et méthode, présentent la coopération entre eux et leur autonomie comme une des conditions nécessaires à son succès. Il existe une véritable contradiction à tenter d'introduire dans le système scolaire des méthodes coopératives. il existe une véritable révolution à opérer de l'intérieur de ce système - et les volontaires pour le faire aujourd'hui ne manquent pas - un système qui s'est enraciné dans l'organisation du travail scolaire sur le modèle de la caserne, pour ne pas dire du couvent. De plus, les systèmes scolaires en Europe furent réellement mis en place au moment des affirmations nationales, voire nationalistes, souvent empreintes d'idées agressives, voire guerrières. En cela, la généralisation - la démocratisation - de l'enseignement (obligatoire et gratuit...)  ne faisait que reproduire en masse ce qui existait déjà de manière très lointaine dans les classes dirigeantes, une éducation qui donnait une grande place dans la préparation de la guerre.

  Si en France, la véritable révolution culturelle de mai 1968 ne finit pas de produire ses effets, malgré les résistances que certains qualifieraient d'arrière-garde de la part d'une fraction très importante des cadres enseignants, mettant en cause de manière de plus en plus générale l'autorité de savoirs transmis verticalement, il n'en est pas de même dans toute l'Europe et encore moins aux États-Unis ou dans certains autres pays.

      Les sympathies grandissantes et très récentes des pouvoirs publics en faveur de l'éducation à la paix, qui se manifestent par des débats sur les politiques éducatives dans les Parlements (Assemblée Nationale, Sénat, 2005, France...) proviennent en partie de leur appréhension et de celle d'une partie des populations face à la montée de ce qu'on appelle communément (et sans doute de manière confuse) la violence scolaire. La nécessité de répondre à un certain climat dégradé dans de nombreux établissements aux États-Unis comme en France induit la mise en place de politiques contre les violences scolaires qui trouvent vite leurs limites si elles se résument à des mesures répressives ou de contrôle. En France, pour prendre un exemple, la mise en place de conseils de coopération entre les élèves et les professeurs, est supposée prévenir et guérir un certain malaise persistant. Les efforts fournis ne sont pas négligeables pour parvenir à instaurer un climat serein, mais ils se heurtent vite à la réalité d'un système qui semble être là surtout pour perpétuer les compétitions et les inégalités sociales.

 

          De manière générale, les "militants" pour l'Éducation à la Paix sont extrêmement conscients des obstacles qui se dressent contre la mise en place véritable d'une éducation à la paix à l'école. Ainsi, Eveline CHARMEUX, formateur à l'IUFM, insiste sur le fait que "toute violence est réponse à une autre violence reçue ou perçue comme telle. La violence des adultes d'aujourd'hui est de toute évidence réponse à des violences dont l'éducation - certes involontairement, mais ça ne change pas grand chose! - est responsable. La raison en est que nos principes d'éducation se trouvent depuis toujours coincés entre deux directions contradictoires :

- celle qui vise l'épanouissement de la personnalité de chaque individu et s'efforce de protéger celle-ci de toute influence extérieure, en vue d'une prétendue liberté - au nom de laquelle, on le sait, bien des crimes ont été commis!,

- et celle qui cherche, par la soumission, à adapter l'individu à des normes sociales posées à l'avance, au nom de prétendues valeurs, que symbolisent contraintes et efforts."

  Pourtant, "éduquer, ce n'est pas choisir entre ces deux directions, c'est apprendre à résoudre dialectiquement la contradiction. Ce n'est pas davantage former l'enfant (...) c'est l'équiper, par l'exploitation des deux tendances, dialectiquement associées, pour qu'il se construise lui-même, en toute lucidité, sa forme, sa vie, sa personnalité dont il a appris à ne pas être dupe, et son insertion dans une société, dont il est, de surcroît, capable d'analyser le fonctionnement pour éventuellement le modifier." Eveline CHARMEUX insiste également sur la contradiction entre des discours généreux sur la paix et les pratiques, pédagogiques entre autres, des enseignants en particulier, des adultes en général. Elle ne fait que reprendre par ce discours celui très général de l'éducation populaire dont Célestin FREINET (1896-1966) et Maria MONTESSORI (1870-1952) furent les promoteurs. C'est d'ailleurs, en quelque sorte, par l'intermédiaire de cette idée qui gagne du terrain, l'Éducation à la Paix, que ses principes reviennent dans le débat public. 

 

        L'éducation à la paix, rappellent souvent les membres des différentes institutions ou organisations qui s'attachent à la faire progresser, ne constitue pas une matière supplémentaire à placer dans les disciplines enseignées à l'école, au même titre que les mathématiques ou l'histoire. Elle est surtout une méthode qui, pour produire les résultats qu'ils en attendent, qui imprègnent à la fois tout l'enseignement et la manière dont il est transmis. A ce titre, il ne suffira pas de temps libre ou de cours de morale civique pour la faire progresser. C'est sans doute l'ensemble du système scolaire qui doit être refondu en fonction des nouveaux objectifs. Cette position radicale n'empêche pas, dans le cadre du système tel qu'il est, de nombreux enseignants d'effectuer un travail, souvent discret, pour la promotion d'une culture de paix, à travers de multiples méthodes, telles que l'organisation de jeux entre enfants, jeux coopératifs parfois avec l'aide de certains matériels adaptés, ou d'activités "libres" qui ouvrent les enfants aux réalités du monde qui les entourent. 

     Ce qui motivent beaucoup d'enseignants, à défaut d'être l'objet de programmes ou de doctrines officielles, c'est ouvrir les esprits des enfants aux possibilités de résoudre ou de vivre les conflits autrement que dans l'agression ou la violence, par la pratique de la médiation par exemple.

 

Actes du  Colloque L'éducation à la paix, octobre 1986, Ligue Internationale de l'enseignement, de l'éducation et de la culture populaire, Ligue française de l'enseignement et de l'éducation permanente, Jeunes pour une action démocratique en Europe.  Eveline CHARMEUX, L'éducation à la paix, est-ce l'affaire de l'Ecole?, 2006. Répertoire sur l'éducation à la paix, Ligue internationale de l'enseignement, de l'éducation et de la culture populaire, Ligue française de l'enseignement et de l'éducation permanente, Collectif Education à la paix, 1988. Non-violence Actualités, Spécial Guide de ressources sur la gestion non-violente des conflits, n°294 - Septembre-octobre 2007.

Des renseignements utiles peuvent être trouvés sur le site officiel du Ministère de l'Éducation.

 

                                                                                                                                            PAXUS

 

Relu le 25 janvier 2020

Partager cet article

Repost0
27 juillet 2010 2 27 /07 /juillet /2010 14:35

              Ce livre de 1983 est l'édition des actes du Colloque "pour une Pédagogie de Paix " organisé l'année précédente par le Collectif Éducation à la Paix, qui regroupe plusieurs associations, mouvements et personnes. Un des premiers livres à ouvrir en France un vaste champ pour l'Éducation à la paix, La colombe et l'encrier aborde un assez grand nombre de sujets, ce qui en fait une bonne introduction aux pratiques et aux réflexions dans ce genre. 

            Ainsi, après une introduction qui replace ce livre dans son contexte (exploration de la complémentarité de plusieurs voies), le lecteur peut trouver des contributions très diverses, du plaidoyer au programme de travail sur un travail, surtout dans le domaine scolaire, mais pas seulement, à propos de la paix qui n'est en aucune façon simplement une absence de guerre. Elle est un contenu pédagogique et doit devenir un art de vivre. "Les enseignants, les éducateurs doivent se préparer à être capables de créer une mentalité de paix en nous-mêmes et chez les enfants avec qui ils vivent. Sans réflexion sur la paix, la violence, le racisme, les droits de l'homme, pas de véritable démocratie possible et donc pas de véritable paix possible."

 

              Cet ouvrage composite comprend ainsi entre autres (sur presque quarante petits chapitres) une contribution d'André KASTLER, Prix Nobel de physique, Désarmer les esprits, qui commente surtout la Déclaration sur la prévention de la guerre nucléaire de Jean-Paul II de septembre 1982 ; un appel au "premier devoir pédagogique, La Paix" de Danielle LE BRICQUIR, directrice d'école maternelle et présidente de Résistance Internationale des Femmes à la Guerre ; une démystification des guerres comme ayant uniquement des causes économiques, de Jean BACON ; des considérations d'ordre stratégique (La guerre atomique, c'est pas de jeu!) d'Alain JOXE ; une explication des raisons de parler de la guerre et de la paix à l'école, de Lise TOURTET, présidente de club UNESCO ; la défense d'une pédagogie qui ne font pas des peuples des enfants, par Claude BOURDET, président du Mouvement pour le Désarmement, la Paix et la Liberté ; une présentation des Villages internationaux d'enfants, de Mme DURANTON, une réflexion sur les jouets guerriers, de Jeanne CHARLES, une présentation de l'association École, Instrument de Paix, de jacques MUTHLETHALER (Président d'EIP), une approche du sexisme et du racisme, de Catherine VALABREGUE...

Nicole BERNARD met bien en garde sur les intentions des animateurs de ce colloque : il ne s'agit pas d'élaborer et d'enseigner un catéchisme pacifiste : "Par cette éducation à la paix, dont nous traçons ici les grandes lignes, nous ne proposons pas aux enfants un endoctrinement, nous ne leur donnons pas à apprendre un catéchisme antimilitariste (...). Bien au contraire : nous parions sur leurs capacités à prendre position, à agir pour le seul art de vivre possible sur terre : la paix. Et donc à agir pour le désarmement. Mais cela, ils le découvriront eux-mêmes puisque nous leur aurons donné les connaissances, les capacités de réflexion, d'analyse, les possibilités de parole, de participation et d'action."

 

               La conclusion, écrite par Guy GUYOT, indique bien que pour les participants de ce colloque, qui se retrouvent dans ce livre, il ne s'agit là que d'un commencement d'une activité qui est allé croissante depuis. Les enseignants surtout, mais pas seulement, trouveront là matière à réflexion et... à action.

 

       L'éditeur présente l'ouvrage de la manière suivante : "... Hier à la télé, on a vu des gens qui manifestaient contre les armes atomiques, contre les guerres... Ça ne sert à rien, c'est pas les gens qui décident, c'est les gouvernements... Les armes, c'est bien, on peut être les plus forts... Et puis, d'abord, la guerre atomique, c'est pas d'jeu!". Que pouvons-nous répondre à ces enfants, comment pouvons-nous leur donner les moyens d'être, aujourd'hui et demain, des créateurs de Paix? D'Alfred Kastler à Pierre Lespine, d'Hubert Tison à Catherine Valabrègue, de Claude Bourdet à Pierre Daninos et de Lise Tourtet à Alain Joxe, écrivains, chercheurs, scientifiques, enseignants, éducateurs, parents et militants pour la paix et le désarmement, donnent leurs propres éléments de réponse."

 

    Danielle LE BRICQUIR est aussi l'auteure, avec Odette THIBAULT, de Féminisme et Pacifisme, même combat, Les lettres libres, 1985.

 

Nicole BERNARD et Danielle LE BRICQUIR,  La colombe et l'encrier, pour une pédagogie de la paix, Syros, collection contre-poisons, 1983, 215 pages

 

 

Complété le 27 octobre 2012. Relu le 26 janvier 2020

 

 

 

Partager cet article

Repost0
23 juillet 2010 5 23 /07 /juillet /2010 13:15

              Education à la paix constitue une expression relativement récente, née dans le sillage des préoccupations portées par de nombreux mouvements de paix et quelques chercheurs en matière de paix, de désarmement, voire d'alternatives de défense. Les différents discours sur l'éducation à la paix se caractérisent souvent par une pluralité, parfois non explicitée, sur les objectifs, les moyens et les thèmes abordés.

Derrière cette expression générique existe soit un projet éducatif visant la paix, soit une recherche pédagogique sur les processus de paix, soit un message sur une ou des conceptions de la paix, soit encore une mise en évidence des relations entre paix, justice, développement, désarmement, Droits de l'homme... dans un sens global, soit encore une activité visant à promouvoir des relations entre les personnes non basées sur des expressions agressives (et guerrières, mais cela va de soi, dans notre civilisation en tout cas...), et ce au niveau de l'enfance, de l'adolescence ou de l'adulte, et ce dans les milieux scolaire, de travail, de bureau, ou même "dans la rue"..., soit encore une activité visant à promouvoir la paix entre populations aux relations "difficiles"... soit encore tout cela à la fois!  Cette énumération n'exclut pas bien entendu l'existence de différentes approches pour obtenir ces objectifs, approches qui s'expriment d'ailleurs de manière très large et jusqu'au niveau international, puisque l'UNESCO inclus dans ses activités, précisément, l'éducation à la paix. Les mouvances non-violentes en particulier sont assez souvent orientées autour de l'éducation à la paix, et plus précisément, l'éducation non-violente, ou à la non-violence, ou encore pour la non-violence. On le voit, en poursuivant, se multiplient vite les pistes... Éducation à la paix, éducation pour la paix, éducation pacifique...

          L'impression d'un concept non encore bien défini se vérifie à la lecture de contributions regroupées sous le titre  Peut-on éduquer à la paix? (L'Harmattan, 2009). Outre des textes qui discutent beaucoup plus de l'idée de paix que de l'idée d'éducation à la paix (celui de Jacques ANNEBEAU, par exemple, Principes historiques de l'éducation à la paix), sont considérés des domaines aussi divers que les relations entre éducation à la paix et albums pour la jeunesse, la question de la formation militaire, la question de la légitimité de la force armée, l'apport de l'analyse transactionnelle, de la musique et de la littérature, sans compter la diplomatie, le dialogue interreligieux ou la réinsertion des anciens belligérants. 

 

            Johan GALTUNG, alors directeur de l'Université des Nations Unies à Genève, pose en 1982 d'ailleurs la question, vu le foisonnement d'initiatives sous cette expression, du contenu de l'éducation à la paix.

"Il est grand temps de prendre au sérieux l'éducation à la paix. En fait, ceci ne constituerait qu'une partie d'une perspective plus large dans laquelle la recherche pour la paix, l'action pour la paix et l'éducation à la paix se compléteraient et s'intégreraient à l'intérieur d'un ensemble naturel unifié. Il est évident qu'il n'y a pas de domaines plus intimement liés que ceux-là. Imaginons par exemple, comme thème de recherche pour la paix, le thème très important de la recherche sur l'action pour la paix dans le passé et dans le présent : comment l'esclavage a été aboli, comment les révolutions socialistes ont amélioré les conditions matérielles des masses, comment les mouvements d'opposition à la colonisation ont pris naissance et ont fini par avoir un certain succès (quoique limité), comment la mobilisation contre la violence structurelle en général est possible. On peut imaginer des programmes de recherche sur l'éducation à la paix non seulement à partir des images que les gens s'en font, mais aussi à propos de la question de savoir comment et pourquoi ces images changent, que ce soit avec ou sans action pour la paix. 

Mais quel est en fait le message à transmettre? Ce message sera étroitement lié à l'idée qu'on se fait de la recherche pour la paix et ne pourra être convainquant que si l'on maintient une unité de vues entre la recherche, l'éducation et l'action pour la paix."

Ensuite, l'auteur indique cinq étapes dans tout projet de recherche pour la paix, qui peuvent faire débat : analyse, définition des objectifs, critique, formulation, action. L'analyse, selon lui, doit être dynamique, orientée vers l'avenir à partir d'un présent bien cerné, pour ce qui des facteurs jugés essentiels (appareil de guerre, justice, liberté...). L'optique de Johan GALTUNG est essentiellement celle du chercheur en sciences sociales. Il tente de cerner un "programme" d'éducation à la paix". La définition des objectifs distingue obligatoirement l'éducation à la paix de l'éducation sur la physique ou sur la géographie. Il ne s'agit pas de connaissance pure. Il y a derrière la volonté d'établir un programme d'éducation à la paix l'objectif d'atteindre quelque part une utopie, et au moins d'atteindre un monde meilleur. Précisément partir du monde réel à un monde souhaité exige l'utilisation de modes d'action particuliers qui imbrique la participation de ceux qui ont l'intention d'élaborer et de mettre en pratique un programme d'éducation à la paix à des acteurs qui... n'ont pas forcément en vue cet objectif. Il y a dans "cette" affaire" la question de certaines compétences liées à des corpus de connaissances bien précis. Dans l'approche que cet auteur propose, il y a bien les deux aspects d'une problématique sur l'éducation à la paix que l'on rencontre souvent : l'aspect connaissance et l'aspect pratique. Il s'agit non pas simplement d'analyser, mais aussi et surtout sans doute d'agir.

            L'éducation à la paix passe par un processus de conscientisation (qu'elle n'est pas là et pourquoi!) qui la rapproche de la problématique des pédagogies de libération élaborée en Amérique Latine par de nombreux théologiens (considérés ensuite comme dissidents par les Églises officielles) et enseignants. Nous ne pouvons que rejoindre la remarque que Johan GALTUNG sur le fait qu'il ne faut pas exagéré le rôle de l'éducation à la paix, comme constitutif et générateur d'une situation de paix. Finalement, nombreuses sont les pratiques qui précèdent les théorisations. L'Éducation à la paix se rapproche aussi, si elle n'en est pas issue dans l'esprit de nombreux militants et chercheurs, de l'Éducation populaire, et est considérée parfois comme une facette de celle-ci. Des instituteurs et professeurs, depuis le XIXe siècle, partagent les préoccupations pacifistes et celle d'éducation pour la justice et la fraternité.

 

         De très nombreux textes circulent dans le monde sur l'éducation à la paix, et le mouvement s'accélère avec la Décennie d'une culture de non-violence et de paix décidée par l'ONU (et organisée sous l'égide de l'UNESCO) de 2001 à 2010. Il s'agit d'un programme d'actions à travers le monde de promotion d'une culture de paix dans huit champs d'action :

- renforcer une culture de paix par l'éducation ;

- promouvoir le développement économique et social durable ;

- promouvoir le respect de tous les droits de l'homme ;

- assurer l'égalité entre les femmes et les hommes ;

- favoriser la participation démocratique ;

- développer la compréhension, la tolérance et la solidarité ;

- soutenir la communication participative et la libre circulation de l'information et des connaissances ;

- promouvoir la paix et la sécurité internationales.

     De multiples manifestes circulent pendant cette dizaine d'années et sans doute après (Manifeste 2000, Charte éthique...) qui tournent autour de ces huit champs d'action. La Charte éthique de la coordination française, qui regroupe de très nombreuses organisations à cette occasion, affirme la nécessité de passer d'une culture de la violence à une culture de non-violence et de paix (voir le site de l'UNESCO). Particulièrement actifs dans cette coordination, les mouvements de paix et les mouvements non-violents prolongent dans ce programme d'action une activité déjà ancienne en faveur de l'Éducation à la Paix. Notons simplement ici les associations Mouvement pour le Désarmement, la Paix et la Liberté, Résistance Internationale des Femmes à la Guerre, École instrument de paix, Mouvement pour une Alternative Non-violente. La revue Non-violence Actualité effectuait - car elle a aujourd'hui disparu - un travail militant particulièrement actif dans le domaine de l'Éducation à la non-violence, en milieu scolaire par exemple.

 

          Il existe dans de nombreux ministères de l'Éducation, en Europe et en Amérique du Nord, qui font de l'Éducation à la Paix un axe de leurs actions dans les établissements scolaires, mais aussi au-delà. Il existe depuis une vingtaine d'années déjà une forte institutionnalisation autour de cette préoccupation, même si les approches pédagogiques restent très diverses, de même que les objectifs socio-politiques d'ailleurs.

 

          Pour clarifier dans un premier temps, il convient sans doute de discerner plusieurs domaines où différents acteurs sociaux agissent au nom de l'Education à la Paix :

 - L'enseignement des conditions de la paix. Il s'agit là de programmes, d'histoire notamment, mettant en relief les conditions d'établissement de la paix, entendue parfois comme la conquête de libertés publiques et de la justice politique, économique ou sociale.

  - L'apprentissage de la vie en collective avec une manière pacifique de résoudre les conflits (souvent qualifiée de non-violente) en milieu scolaire ou péri-scolaire, en direction des enfants et des adolescents. Certains veulent confondre cela avec le retour des cours de morale ou de morale civique et il y a sans doute de cela dans les programmes officiels des ministères de l'Éducation. Mais, de manière plus diffuse et sans doute en marge des programmes officiels, parfois dans le cadre des heures "libres" laissées à l'initiative des enseignants, de multiples initiatives fleurissent, notamment par l'intermédiaire de l'organisation de jeux.

   - La pédagogie de la paix qui se rapproche de la pédagogie populaire promue par une partie des institutions scolaires (syndicats, mouvements d'éducation populaire) dans les pays d'Europe et d'Amérique du Nord, ou qui se rapproche de manière plus offensive de la pédagogie de la libération dans des pays où l'oppression économique revêt des dimensions particulièrement violentes. 

   - Dans des zones de guerre ou de crise constante comme en Palestine, de multiples initiatives prenant la dénomination d'Éducation à la paix, entendent rapprocher des populations de part et d'autre de frontières plus ou moins bien définies.

   Cette liste n'est pas limitative et se veut simplement une introduction à un certain nombre d'articles sur l'une ou l'autre de ces acceptions.

 

Johan GALTUNG, Quel est le contenu de l'éducation à la paix?, dans Éducation à la paix, Textes fondamentaux pour l'éducation et l'action, Critères pour l'action, Université de paix de Namur, 1982. Sous la direction de Nicole BERNARD et de Danielle Le BRICQUIR, La colombe et l'encrier, Pour une pédagogie de la paix, Syros, collection contre-poisons, 1983. Revue Non-violence Actualité, BP 241 F, 45202 MONTARGIS CEDEX (Site nonviolence-actualite.org) ; Sites de l'UNESCO et de la Décennie d'une culture de non-violence et de paix (www.decenie.org). Sous la direction de Anne GUIBERT-LASSALE et Denis LEMAITRE, Peut-on éduquer à la paix? , L'Harmattan, 2009. 

 

 

                                                                                                                                                  PAXUS

 

Relu et complété le 27 janvier 2020

Partager cet article

Repost0
21 mai 2010 5 21 /05 /mai /2010 14:08

        Dans la période trouble des Royaumes Combattants de la Chine antique, entre 479 et 372 av J.C., les partisans de Mozi (Maître Mo) élaborent une philosophie qui s'oppose directement au confucianisme sur beaucoup de points, tout en y puisant ses sources d'inspiration. On trouve dans la littérature consacrée au Mozi et dans le texte lui-même, dont on fait porter le même nom, des éléments qui montrent une préoccupation importante sur les méthodes à mettre en oeuvre afin de remédier aux misères causées par l'existence dans toute cette période de multiples guerres. 

       Selon Léon VANDERMEERSCH, le moïsme est la seule des Cent Écoles de l'âge d'or philosophique chinois "qui ait donné naissance à une véritable pensée scientifique" en ce sens que la logique moïste privilégie la relation de causalité. "Le tout premier article du Canon du Mozi est consacré à la raison causale (gu) définie comme "ce qu'il faut obtenir pour qu'une conséquence devienne.""

Le moïsme est aussi la seule philosophie de la Chine ancienne qui ait cherché à se donner une base théologique. "Le recueil des textes attribués à Mozi comportait en effet originellement trois chapitres critiquant la conception confucéenne d'un déterminisme cosmique impersonnel, trois chapitres consacrés à la défense d'une conception très personnaliste de la volonté du Ciel et trois chapitres consacrés à démontrer le caractère surnaturel - la transcendance - des esprits".

Anne CHENG indique de son côté que la dernière partie du Mozi est "consacrée à des techniques militaires comme la défense des cités, destinés à étayer les convictions pacifistes de l'école (Robin YATES). Apprenant que le fameux charpentier Gongshu Pan était en train de construire des "échelles à nuages" (servant à escalader les remparts d'une ville assiégée) pour le compte du grand royaume de Chu dans le but d'attaquer le petit pays de Song, Mozi, qui se trouvait à l'autre bout de la Chine d'alors, se serait mis en route sur-le-champ et aurait marché dix jours et dix nuits jusqu'à la capitale de Chu pour persuader le roi de renoncer à campagne de conquête. On sait d'autre part que se constitua autour de Maitre Mo un groupe de disciples formés aux techniques de défense et organisés dans des expéditions d'intervention antimilitariste.

L'éthique moïste aurait ainsi des éléments communs avec celle des "chevaliers errants redresseurs de torts."

           Présentant des oeuvres choisies du Mozi, Patrick de Laubier, professeur honoraire de l'Université de Genève n'hésite pas à faire de Mozi, "le penseur le plus capable de constituer un pont entre la pensée chinoise et la philosophie grecque. La surprenante variété des réactions qu'il a suscitées manifeste le statut inclassable d'une oeuvre capable de provoquer l'hostilité du courant confucéen dominant, la sympathie des savants missionnaires chrétiens pour son monothéisme par contraste avec l'agnoticisme des disciples de Confucius, l'intérêt de Sun Yat-Sen (1866-1925) voyant en lui un inspirateur de la démocratie et l'attitude positive des communistes qui retenaient, avant la révolution, sa contestation de l'ordre établi et lui attribuaient une origine familiale dans les milieux d'artisans." 

 

       Le combat de Mozi, combiné à sa critique de la société féodale basée sur la transmission héréditaire des charges et des pouvoirs, serait-il celui d'un Artisan de paix? 

En tout cas, cette préoccupation est cohérente avec la conception de l'amour universel qu'il développe, cohérence renforcée avec une rationalité que l'on ne trouve pas dans la majeure partie du confucianisme. Dans le Mozi, l'on trouve des phrases édifiantes sur cette conception de l'amour : "Il faut donc considérer l'état des autres comme le sien, la maison des autres comme la sienne, la personne d'autrui comme soi-même. Quand les seigneurs féodaux s'aiment les uns les autres, il n'y a plus de guerres ; quand les chefs de maison s'aiment les uns les autres, il n'y a plus d'usurpations réciproques, quand les individus s'aiment les uns avec les autres, le fort n'abuse pas du faible, le grand nombre n'opprime pas le petit nombre, le riche ne se moque pas du pauvre, le grand ne méprise pas le humble et le rusé ne trompe pas l'ingénu."

Dans le Mozi,  tout un livre, le livre 5, est consacré à la Condamnation de la guerre offensive, et constitue un grand témoignage de cette période des Royaumes Combattants. Nous pouvons y lire par exemple : "Dès lors que les armées sont conçues pour la destruction réciproque, c'est évident : si le général n'est pas courageux, si les soldats ne sont pas braves, si les armes ne sont pas acérées, si les manoeuvres ne sont pas fréquentes, si les forces ne sont pas nombreuses, si les généraux ne sont pas en bons termes, si le pouvoir n'est pas imposant, si un siège n'est pas soutenu, si un assaut n'est pas rapide, si le peuple n'est pas fortement solidaire, si la détermination n'est pas ferme - s'il en est ainsi, les autres seigneurs féodaux s'en douteront. Quand les seigneurs féodaux seront soupçonneux, les ennemis s'agiteront et causeront de l'inquiétude et la morale s'affaiblira. Si en revanche tous les préparatifs sont en bon ordre et que l'état parte en guerre, l'état perdra ses hommes et le peuple négligera ses métiers. Ne savons-nous pas qu'on dit que, quand un état en guerre se met en campagne, il doit y avoir plusieurs centaines d'officiers, il doit y avoir plusieurs dizaines de milliers de soldats et de prisonniers avant que l'armée puisse se mettre en branle? Cela peut durer plusieurs années, ou, au moins, plusieurs mois. Le supérieur n'aura alors pas le temps de s'occuper du gouvernement, les dignitaires n'auront pas le temps de remplir leurs charges, les paysans n'auront pas le temps de semer ni de moissonner, les femmes n'auront pas le temps de tisser ni de filer ; c'est-à-dire que l'état perdra ses hommes et que le peuple négligera ses métiers. De plus, les chars se briseront et les chevaux s'épuiseront. De même pour les tentes, les fournitures de l'armée et l'équipement des soldats : s'il pouvait en revenir un cinquième, ce serait déjà au-delà de toute espérance. En outre, d'innombrables hommes seront manquants ou perdus le long de la route, tomberont malades à cause de la faiblesse des rations, de la faim et du froid, et mourront dans les fossés. C'est donc une effroyable calamité pour le peuple et pour le monde. Pourtant les souverains aiment à s'y livrer. Ce qui veut dire qu'ils aiment faire du tort au peuple et l'exterminer : n'est-ce pas de la perversité?"

        Pour qu'une société fonctionne sur le grand principe d'amour universel que prône le Mozi, il est indispensable que du sommet au bas de la pyramide sociale existe une discipline et un esprit d'obéissance, afin que le fils du Ciel (l'empereur) assure la stabilité et la justice, le bonheur de tous et les bienfaits de la paix. Mozi fait tout-à-fait l'impasse sur le fait que souvent cette recherche de l'amour n'est absolument pas le fait des princes, mais précisément lui et ses adeptes parcourent la Chine pour les convaincre d'arrêter les guerres, au nom de la philosophie  qu'il s'efforce de diffuser.

Son école s'efforce de le faire pendant près de deux siècles, mais sans parvenir à de grands résultats. Sa philosophie apparait maintenant très marginale par rapport à l'ensemble de la culture chinoise, mais sans doute son influence s'est-elle faite sentir de façon indirecte, dans le "débat" intellectuel" avec les autres écoles. 

 

Mozi, Oeuvres choisies, traduction de Pierre de Laubier et de Mei Yipao, introduction de Léon Weger et avant-propos de Patrick de Laubier, Editions Desclée de Brouwer, 2008. On trouve sur Internet une version anglaise (Chinese Text Project, site http://chinese.dsturgeon.net) d'une partie du Mozi.

Anne CHENG, Histoire de la pensée chinoise, Seuil, collection Essais, 2009. Léon VANDERMEERSCH, une tradition réfractaire à la théologie : le confucianisme, dans Extrême-Orient, Extrême Occident, n°6, 1985. Robin YATES, Towards a Reconstruction of the Tactical Chapters of Mo-tzu, thèse, Berkeley, University of California, 1975.

 

                                                      PAXUS

 

Relu le 9 décembre 2019

Partager cet article

Repost0
13 avril 2010 2 13 /04 /avril /2010 14:04

     Ce petit livre (mais dense) de Xavier RENOU, militant associatif membre de plusieurs collectifs dont Les Désobéissants, ancien responsable de la Campagne sur le désarmement nucléaire de Greenpeace, expose quelques éléments de la désobéissance civile en action.

   C'est l'un des derniers ouvrages d'une longue série sur la désobéissance civile qui se réclament plus ou moins de l'héritage culturel de David Henri THOREAU et du Mahatma GANDHI.

 

        Il nous entraîne à la fois dans le concret d'une action de défense contre une injustice ou une autre et dans la réflexion de fond sur la violence, "souvent contre-productive". Très pédagogiquement, dans ses chapitres Désobéir, Préparer, Passer à l'action, Terminer l'action et évaluer, l'auteur nous indique ce qu'il pense être un moyen efficace d'une résistance citoyenne, à de multiples méfaits du "désordre établi". Un véritable répertoire de l'action non-violente est entre autres dressé sur les objectifs de telles méthodes : pour sensibiliser le public, pour ternir la réputation, pour harceler démocratiquement, pour contester la légitimité ou pour faire perdre de l'argent ou du temps.

 

    Ce livre constitue une mise en forme du contenu des nombreux stages de formation à la désobéissance civile que les Désobéissants, à la suite d'autres mouvements par le passé, organisent encore aujourd'hui.

 

    L'éditeur présente ce livre de la manière suivante : "Faucheurs d'OGM, démonteurs de panneaux publicitaires, clowns activistes, dégonffleurs de 4x4 de ville, inspecteurs citoyens de sites nucléaires, intermittents du spectacle, activistes écologistes, hébergeurs de sans-papiers : tous pratiquent des formes différentes de désobéissance civile non violente. Ces nouvelles formes d'action politique se multiplient, s'amplifient, se diffusent, notamment par le biais du Collectif des Désobéissants. Connus pour leurs coups médiatiques, les Désobéissants organisent depuis trois ans des stages de désobéissance civile à destination de militants de toute sorte d'organisations (associatives, politiques, syndicales). Ce manuel est issu de ces stages : pratique et très clair, c'est un véritable guide de formation. Il comporte une dimension théorique, avec des réflexions, toujours abordables, sur la désobéissance et la non violence ; les aspects pratiques des actions sont également détaillés, de leur organisation à leur réalisation ; enfin deux parties sont consacrées aux médias (comment communiquer efficacement) et à la justice (évaluation des risques, guide juridique). Toutes ces parties sont illustrées par des exemples d'action et des photographies."

 

     Xavier RENOU, par ailleurs docteur en sciences politiques, animateur du site desobeir.net, est aussi l'auteur de La privatisation de la violence (Agone, 2006), et de plusieurs autres ouvrages sur la désobéissance (en collaboration avec d'autres membres de Les Désobéissants) : Désobéir à la voiture, Désobéir pour l'école, Désobéir pour le logement, Désobéir pour le service public, tous édités par Le passager clandestin (voir le site www.lekti-ecriture.com). Il est également l'auteur d'un jeu de société satirique, des Thunes et des Urnes (Contrevents, 2004)

 

Xavier RENOU, petit Manuel de désobéissance civile, à l'usage de ceux qui veulent vraiment changer le monde, Editions Syllepse, 2009, 142 pages.

 

Complété le 24 janvier 2013

Relu le 30 novembre 2019

Partager cet article

Repost0
2 février 2010 2 02 /02 /février /2010 14:58
       Dans chacun des organes de la SDN et de l'ONU, des procédures précises de vote  sont définies dans les articles qui suivent, et qui constituent des points d'ancrage importants de la formation, à l'intérieur de chacune des deux organisations internationales, des différents regroupements politiques. Pour la SDN, il s'agit des article 5 et 15 ; pour l'ONU, des articles 18, 27, 31 et 32.

SDN

    Article 5
         1 - Sauf disposition expressément contraire au présent Pacte ou des clauses du présent Traité, les décisions de l'Assemblée ou du Conseil sont prises à l'unanimité des Membres représentés à la réunion.
          2 - Toutes questions de procédure qui se posent aux réunions de l'Assemblée ou du Conseil, y compris la désignation des Commissions chargées d'enquêter sur des points particuliers, sont réglées par l'Assemblée ou par le Conseil et décidées à la majorité des Membres de la Société représentés à la réunion.
         3 - La première réunion de l'Assemblée et la première réunion du Conseil auront lieu sur convocation du Président des États-Unis d'Amérique.
 

  Article 15, alinéa 4 et suivants
          4 - Si le différend n'a pu se régler, le Conseil rédige et publie un rapport, voté soit à l'unanimité, soit à la majorité des voix, pour faire connaître les circonstances du différend et les solutions qu'il recommande comme les plus équitables et les mieux appropriées à l'espèce.
         5 - Tout Membre de la Société représenté au Conseil peut également publier un exposé des faits du différend et ses propres conclusions.
         6 - Si le rapport du Conseil est accepté à l'unanimité, le vote des représentants des Parties ne comptant pas dans le calcul de cette unanimité, les Membres de la Société s'engagent à ne recourir à la guerre contre aucune Partie qui se conforme aux conclusions du rapport.
        7 - Dans le cas où le Conseil ne réussit pas à faire accepter son rapport par tous ses Membres autres que les représentants de toute Partie au différend, les Membres de la Société se réservent le droit d'agir comme ils le jugeront nécessaire pour le maintien du droit et de la justice.
        8 - Si l'une de Parties prétend et si le Conseil reconnaît que le différend porte sur une question que le droit international laisse à la compétence exclusive de cette Partie, le Conseil le constatera dans un rapport, mais sans recommander aucune solution.
       9 - le Conseil peut, dans tous les cas prévus au présent article, porter le différend devant l'Assemblée. L'Assemblée devra de même être saisie du différend à la requête de l'une des Parties ; cette requête devra être présentée dans les quatorze jours à dater du moment où le différend est porté devant le Conseil.
     10 - Dans toute affaire soumise à l'Assemblée, les dispositions du présent article et de l'article 12 relatives à l'action et aux pouvoirs du Conseil, s'appliquent également à l'action et aux pouvoirs de l'Assemblée avec l'approbation des Représentants des Membres de la Société représentés au Conseil et d'une majorité des autres Membres de la Société, à l'exclusion, dans chaque cas, des Représentants des Parties, a le même effet qu'un rapport du Conseil adopté à l'unanimité de ses membres autres que les Représentants des Parties.


 ONU

   Article 18
        1 - Chaque Membre de l'Assemblée Générale dispose d'une voix.
       2 - Les décisions de l'Assemblée Générale sur les questions importantes sont prises à la majorité des deux tiers des membres présents et votants. Sont considérés comme questions importantes : les recommandations relatives au maintien de la paix et de la sécurité internationales, l'élection des membres non permanents du Conseil de sécurité, l'élection des membres du Conseil économique et social, l'élection des membres du Conseil de tutelle conformément au paragraphe 1c de l'article 86, l'admission de nouveaux membres dans l'Organisation, la suspension des droits et privilèges de Membres, l'exclusion de membres, les questions relatives au fonctionnement du régime de tutelle et les questions budgétaires.
      3 - Les décisions sur d'autres questions, y compris la détermination de nouvelles catégories de questions à trancher à la majorité des deux tiers, sont prises à la majorité des membres présents et votants.

  Article 27
      1 - Chaque membre du Conseil de Sécurité dispose d'une voix.
      2 - Les décisions du Conseil de Sécurité sur des questions de procédure sont prises par un vote affirmatif de neuf membres.
      3 - Les décisions du Conseil de Sécurité sur toutes autres questions sont prises par un vote affirmatif de neuf de ses membres dans lequel sont comprises les voix de tous les membres permanents, étant entendu que dans les décisions prises aux termes du Chapitre VI et du paragraphe 3 de l'article 52, une partie à un différend s'abstient de voter.

  Article 31
      Tout Membre de l'Organisation qui n'est pas membre du Conseil de Sécurité peut participer, sans droit de vote, à la discussion de toute question soumise au Conseil de Sécurité, chaque fois que celui-ci estime que les intérêts de ce Membre sont particulièrement affectés.

 Article 32
      Tout Membre des Nations Unies qui n'est pas membre du Conseil de sécurité ou tout État qui n'est pas Membre de l'Organisation, s'il est partie à un différend examiné par le Conseil de Sécurité, est convié à participer, sans droit de vote, aux discussions relatives à ce différend. Le Conseil de Sécurité détermine les conditions qu'il estime juste de mettre à la participation d'un Etat qui n'est pas membre de l'organisation.

       André LEWIN, ministre plénipotentiaire, analyse l'article 18 de la Charte de l'ONU d'abord comme une des réalisations du fondement du principe d'égalité de tous ses membres. Cette notion ne fait que reprendre la pratique d'autres organisations internationales, en particulier de la Société des Nations (certaines autres organisations internationales, comme le FMI, la Banque Mondiale ou la FIDA pratiquent une pondération des votes). Des discussions eurent lieu sur une pondération des votes lors de la multiplication des membres et de l'admission dans les années récentes de nombreux États exigus et peu peuplés, sans aboutir à des réalisations concrètes.
   Sur les paragraphes 2 et 3 concernant le type de majorité à atteindre pour le vote des résolutions, "l'évolution de la pratique montre que les règles de majorité édictées par la Charte ne suscitent plus guère aujourd'hui le même intérêt (qu'auparavant)."
"En effet, la progression du nombre des membres qui font partie du Mouvement des non-alignés (essentiellement pour les décisions de nature politique) ou du groupe des 77 (surtout pour les décisions de nature économique) assure, dans la quasi totalité des cas, une large majorité aux résolutions soumises au vote et les auteurs d'un projet de résolution qui ne seraient pas assurés du patronage ou du soutien des non-alignés ou des 77 ont peu de chances de voir leur texte approuvé ; les projets qui divisent les non-alignés existent, certes, et quelquefois ils sont importants (comme la représentation du Kampuchéa ou le problème du Sahara occidental), mais ils sont finalement peu nombreux." 
    La recherche du consensus poussent finalement les majorités vers l'unanimité et rejettent un nombre limité d'États membres vers le vote négatif ou l'abstention (comme Israël et l'Afrique du Sud au moment de la période de l'apartheid). La pratique est de considérer un texte comme adopté, par constatation du Président de l'Assemblée Générale en séance d'un consensus, alors que la Charte ne mentionne pas cette procédure de consensus, ni d'ailleurs le Règlement intérieur (qui dispose tout de même dans son annexe V, "que l'adoption de décisions et de résolutions par consensus est souhaitable lorsqu'elle contribue à un règlement efficace et durable des différends et, partant, à un renforcement de l'autorité de l'Organisation". La pratique des Nations Unies montre par exemple que "de sa XXVe à sa 33ème session, sur plus de 1900 résolutions adoptées, près de la moitié (948) ont été adoptées par plus de deux tiers des voix, et 24 seulement à la majorité simple, cependant que 932 résolutions l'étaient pas consensus".
André LEWIN conclue que "l'abus du principe majoritaire et son inefficacité ont ainsi conduit à une revanche du principe unanimitaire ; mais c'est en quelque sorte introduire le droit de veto à l'Assemblée Générale, car il est évident que le refus de se joindre au consensus n'empêche la formation de celui-ci que s'il émane de puissances importantes". La recherche du consensus, écrit encore l'auteur, "peut certes, aboutir à des résolutions fades et sans vigueur (nous pensons d'ailleurs cela très dommageable pour l'effectivité du pouvoir de l'ONU), où chacun trouve, ou croit trouver, son compte. Mais, une fois dépassée l'ère de la majorité écrasante et des triomphes faciles et sans signification pratique, le consensus a réintroduit la négociation dans le processus de prise de décision aux Nations Unies."
  
           Paul TAVERNIER, professeur à l'université de Rouen, pointe avec raison le fait que "le fameux droit de veto qui a fait l'objet de vives discussions à la conférence (préparatoire de la Charte) de San Francisco (...) demeure la cible des attaques les plus virulentes à l'heure actuelle, au nom de l'égalité souveraine des États solennellement proclamée à l'article 2, paragraphe 1."
Le texte de l'article 27 fut amendé le 17 décembre 1963 lorsque le nombre de membres du Conseil de Sécurité passa de 11 à 15. La majorité des voix, prévue aux paragraphes 2 et 3 a été portée de 7 à 9.
Alors que le texte parle de questions de procédures, "le Répertoire de la pratique suivie par les organes des Nations Unies et le Répertoire de la pratique du Conseil de Sécurité montrent que la distinction entre les questions de procédure et les autres questions reste très difficile à préciser."...  La tendance est "plutôt à un élargissement du domaine du veto grâce à une interprétation extensive des questions qui ne sont pas des questions de procédure".
Le texte mentionne un vote affirmatif alors que dans la pratique est prise en compte l'abstention au vote, "ce qui constitue un cas remarquable d'une coutume modificative d'un traité". La non-participation au vote est interprétée comme une abstention et des résolutions, même si cela est plutôt rare, peuvent être adoptée sans qu'aucun des membres permanents ne lui apporte un vote positif (1973, Moyen-Orient).
    L'application de l'article 27 a soulevé trois séries de difficultés d'interprétation :
- la distinction entre le Chapitre VI et le Chapitre VII de la Charte, mais comme "le Conseil de Sécurité précise rarement la base juridique de son action et que le doute est souvent permis", finalement...cela importe peu (du moins jusqu'en 1991) ;
- la distinction entre différend et situation est peu usitée car de toute façon la distinction en est malaisée...
- l'identification des "parties" à un différend est souvent très délicate. Du coup, cette règle n'est pratiquement pas appliquée....
 Pour se rendre compte de la réalité de la diplomatie interne des Nations Unies, il faut savoir que plus de 30% des décisions du Conseil de Sécurité sont adoptées sans vote... La pratique du consensus, sans être aussi systématique que dans l'Assemblée Générale, infléchit finalement fortement le fonctionnement de l'ONU par rapport à la Charte...
   Dans ces conditions, et avec notamment la résolution Acheson de l'Assemblée Générale votée en 1950, la réforme du droit de veto n'est "pas pour demain", ni non plus d'ailleurs l'abus de ce droit intervenu surtout pour l'admission de nouveaux membres ou l'élection du Secrétaire Général. Et ceci d'autant plus que ce droit de veto ne peut être discuté et à plus forte raison supprimé qu'avec l'accord précisément de ses principaux bénéficiaires, à savoir les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité...
    Toutefois, comme l'écrit le même auteur dans l'édition de 2005, la question du droit de veto fut discutée depuis 1992, dans le cadre du Groupe de travail à composition non limitée chargé d'examiner tous les aspects de la question de la représentation équitable au Conseil de sécurité, de l'augmentation du nombre de ses membres à d'autres questions. "Le Rapport du Groupe de travail présenté à la 58ème session de l'Assemblée générale (2004), fait état des opinions exprimées sur cette question sans prendre formellement position". De plus, depuis la fin de la guerre froide, (en 1990), le nombre de veto a considérablement diminué et "on relève l'absence de veto certaines années (1991, 1992, 1998 et 2000)..."   
    
Commentaire article par article de La Charte des Nations Unies, Economica, Editions de 1991 et de 2005.    
 
Relu le 5 novembre 2019          

      


 

Partager cet article

Repost0
21 janvier 2010 4 21 /01 /janvier /2010 14:21
           Chaque religion ou sagesse développe une réflexion et des préceptes, plus ou moins directement, sur la violence. Certaines tendances de la plupart des religions organisées affirment une nette préférence contre la violence, voire prônent une attitude non-violente devant la vie et dans la société. Mais on ne peut pas dire - en dehors du rôle qu'elles jouent effectivement dans les phénomènes de violence - qu'elles livrent dans l'ensemble des préceptes non-violents. Seules des minorités à l'intérieur de certaines religions font nettement entendre une tonalité non-violente.
  Au moment d'une laïcisation de la société, plus ou moins importante et intervenue tardivement dans l'histoire, souvent d'ailleurs en prolongement d'une philosophie non-violente développée à l'intérieur du monde religieux, des personnes et des groupes affirment une non-violence plus politique que religieuse, à visées directement sociétales, sans référence au plan divin.
  Aujourd'hui existe de par le monde une multitude de mouvements qui se réclament de la non-violence et qui oeuvrent directement pour l'émergence d'un monde en tout cas moins violent, ou d'une société non-violente. Soit en faisant vivre dans des communautés plus ou moins autarciques leur idéal, soit en luttant directement contre la guerre, la militarisation, les différentes courses aux armements. Les arguments moraux, philosophiques et politiques, voire stratégiques dominent tour à tour ou simultanément le discours de ces mouvements.


     Ramin JAHANBEGLOO, dans son travail pour l'UNESCO, Penser la violence, aborde son histoire et ses tendances actuelles sous quatre angles différents :
"D'abord, en situant ses racines culturelles dans les grandes sources éthiques et religieuses de l'histoire de l'humanité. Ensuite, en l'envisageant par rapport à la pensée et à l'action de ceux qui ont contribué à sa formulation dans les temps modernes. Troisièmement, en accordant notre attention aux combats menés par les quatre grandes figures contemporaines de la non-violence (l'auteur pense à Henry David THOREAU, à Léon TOLSTOI, au Mahatma GANDHI et à Martin Luther KING). Et enfin, en prolongeant cette réflexion par un regard rapide sur les personnages et les mouvements qui ont représenté la non-violence dans les vingt dernières années (l'auteur pense ici à Nelson MANDELA, à Desmond TUTU, au Delaï-Lama et à Mère Teresa - ce qui est loin de complètement correspondre à nos propres idées des tendances de fond...) et en tentant d'approfondir son sens à travers les combats non-violents qu'ils ont menés pour la paix et les droits de l'homme."
Cela correspond grosso-modo aux évolutions historiques de la non-violence, si l'on ajoute certaines luttes politiques et syndicales, ainsi que les résistances non-violentes à des occupations militaires, à des coups d'État ou à des régimes autoritaires.


      Les différentes religions discutent de la violence dans les textes fondateurs comme dans les exégèses.

Dans la civilisation chinoise, le Taoïsme, né entre le VIe siècle et le IVe siècle av J.C., (à travers Tao Te Ching, le traité le plus ancien) invite les hommes à prendre le chemin d'une vie simple, paisible et sobre - une vie où il n'y a aucune trace de pouvoir, de notoriété et de richesse. Il opte donc pour la non-violence : la seule manière de se venger, par exemple, est de faire le bien. LAO-TSEU condamne la guerre et pourrait être considéré comme l'un des précurseurs de la non-violence comme JÉSUS et BOUDDHA. N'oublions pas que le taoÏsme a toujours été considéré par les pouvoirs en place comme une force d'opposition, la philosophie d'une minorité de personnes qui se regroupèrent en sociétés secrètes pour les combattre et s'opposent aux principes confucéens de la discipline et du devoir.

Le Bouddhisme (de Diddharta GAUTAMA, appelé BOUDDHA, né en 550 avant J.C.) repose sur quatre vérités (sur la douleur, l'origine de la douleur, la cessation de la douleur et sur le chemin qui mène à la cessation de la douleur) qui donnent une importance centrale à l'ahimsa : le premier des cinq préceptes qui est l'interdiction de tuer. La non-violence est considérée par un grand nombre de bouddhistes comme la plus haute des vertus, selon Paul CARUS dans son livre L'évangile du Bouddha. En tout cas, cette source bouddhiste du refus de la violence se manifeste de nos jours dans la vie et l'enseignement du chef spirituel des Tibétains, le Delaï-Lama TENZIN GIATSO (né en 1935) comme nous le rappellent Christian MELLON et Jacques SÉMELIN.

La Bhagavad-Gita, le livre le plus lu et le plus vénéré de la culture hindoue indique dans certains de ses passages que l'exercice de la violence doit être réservé aux membres de la caste des guerriers, celle des Brahmanes devant s'en abstenir. Certains penseurs occidentaux furent très influencé par ce texte, mais même si le mot ahimsa y apparaît à quatre reprises, la non-violence n'apparaît pas comme un impératif catégorique. Une des branches du bouddhisme, par contre, fondée par MAHARIVA à la fin du VIe siècle avant J.C., le jaïnisme, place l'ahimsa au centre de son éthique. Cette tradition, restée très minoritaire (quelques millions de fidèles aujourd'hui) affirme fortement le devoir de respecter toute vie, humaine et animale.

Le Judaïsme, par la Bible, enseigne la réconciliation et le pardon, même si les textes fondateurs mettent en scène un Dieu guerrier. Il faut citer dans ces grands textes les figures de JOSEPH et de JACOB pour prendre toute la mesure du renoncement à la vengeance et la force du pardon.

De nombreux chrétiens, à diverses époques de l'histoire, ont pris à la lettre les enseignements du Nouveau Testament, notamment le Sermon sur la Montagne (Évangiles de Matthieu et de Luc) qui constitue une pièce maîtresse de la littérature sur la non-violence.
Le christianisme primitif, entendre les premières communautés chrétiennes, n'a jamais envisagé de se défendre par les armes contre les persécutions dans l'Empire romain. Le métier des armes est considéré comme incompatible avec la foi, en raison du refus de l'idolâtrie et du refus du meurtre. Vers la fin du IIe siècle, apparaissent les premiers témoignages sur la présence de chrétiens dans l'armée, présence qui soulève l'indignation de certains Pères de l'Église, comme ORIGÈNE (185-252). Après la justification théologique par AUGUSTIN (354-430)  de la guerre, des groupes minoritaires chrétiens continuent tout au long des siècles d'exprimer leur refus de la violence : émergence de la vie monastique, Vaudois, Franciscains (fondé par François d'ASSISE en 1209)... A la Renaissance, ÉRASME (1469-1536) affirme de nouveau ce refus, mais sans aller jusqu'au refus de la légitime défense.
Certains courants minoritaires de la Réforme mettent le refus de la violence au centre de l'éthique chrétienne : Mennonites (de MENNO SIMONS, 1469-1561), Anabaptistes. Georges FOX (1624-1691) fonde la Société des Amis (Quakers) et celle-ci a un rôle historique important, depuis la fondation de la Pennsylvanie par William PENN (1644-1718) jusqu'à leurs activités culturelles dans le monde politique et même diplomatique. Léon TOLSTOÏ (1828-1910) refuse la violence, par fidélité au Sermon sur la Montagne et dans son oeuvre dominent souvent les aspects tragiques de la guerre. Par ailleurs, il expose sa théorie dans Le royaume des Cieux (1893) et fut excommunié de l'Église orthodoxe pour ses critiques vigoureuses contre la trahison aux idéaux des Évangiles. GANDHI découvrit sans doute par TOLSTOÏ le message non-violent de l'Évangile.
Bon nombre de croyants chrétiens ont renouvelé au XXe siècle la critique de la violence au nom des Évangiles,  comme Simone WEIL (1909-1943). C'est surtout dans les milieux protestants que cette critique se développe, avec la création du Mouvement International de la Réconciliation à la fin de la Première Guerre Mondiale et l'activité des pasteurs Henri ROSER (1899-1981), André TROCMÉ (1901-1971) et Jean LASSERRE (1908-1985). Du côté de l'Église catholique, le Concile Vatican II (1962-1965) marque un tournant important, confirmé par Jean-Paul II en 1988. On peut noter d'autre part l'activité de Pax Christi, de la Commission épiscopale Justice et Paix, et de quelques évêques américains ou français. Pour la France, l'engagement de Guy RIOBÉ (1911-1978) ou de Jacques GAILLOT dans les luttes sociales et contre certains aspects de la militarisation (service militaire, défense nucléaire, essais nucléaires, extension du camp militaire du Larzac), sont bien connus du grand public.
  Les positions actuelles des chrétiens non-violents proviennent des luttes et des réflexions de figures telles que Albert LUTHULI (1898-1967) et Desmond TUTU en Afrique du Sud, Martin LUTHER KING (1929-1968), César CHAVEZ (1927-1993), Dorothy DAY et les frères BERRIGAN aux États-Unis, Dom Helder CAMARA, Adolfo Perez ESQUIVEL et Luis Perez AGUIRE en Amérique Latine. En France trois personnalités très différentes tirent des Évangiles leur engagement : Lanza del VASTO (1901-1981) fondateur des Communautés de l'Arche, Jacques de BOLLARDIERE (1907-1986), un des fondateurs du Mouvement pour une Alternative Non-violente et Jean GOSS (1912-1991), membre du Mouvement International de la Réconciliation.

L'Islam, à travers son texte sacré Le Coran ne développe pas d'exclusion de toute violence de l'action publique et défend plutôt majoritairement une justification religieuse de la guerre. Le Djihad, pourtant, est l'objet d'intenses controverses, notamment dans les mystiques arabes et iraniennes. Le poète SAADI (Sheikh MUSLEH-ED-DIN, né autour de 1200) laisse une oeuvre (Golestan surtout) qui prône l'amour et critique l'égoïsme et la violence. Il invite les hommes à ne pas se réjouir de la destruction de leurs ennemis.

   La référence la plus marquante de la non-violence reste celle de la pensée gandhienne, de Mohandas Karamchand GANDHI, qui après une activité contre le racisme en Afrique du Sud, participa au mouvement d'indépendance de l'Inde. A la fois symbole de la lutte pour l'auto-détermination des peuples, partisan d'une politique économique et sociale qui sorte des millions de ses concitoyens de la misère, il a élaboré une conception originale de la non-violence. Conception qui s'inspire à la fois de la tradition indienne du Bhagavad-Gita et des Upanishad, du message chrétien, des penseurs occidentaux, tels que Henry David THOREAU, John RUSKIN ou TOLSTOÏ. Il inspira et inspire à son tour de nombreux chrétiens, mais aussi membres d'autres confessions et des non-croyants. Il est toujours l'auteur-acteur de la non-violence le plus étudié et, à l'instar de Martin Luther KING, qui s'en est inspiré à son tour, sa notoriété dépasse largement le cadre de la non-violence.
Les multiples actions non-violentes de désobéissance civile massive menées pendant des décennies constituent des exemples concrets de ce que peuvent être des actions d'ampleur efficaces, souvent mis en concurrence avec les stratégies armées élaborées par d'autres mouvements de décolonisation.

   Pour rester dans le cadre du monde européen ou américain, les tendances de la non-violence aujourd'hui se partagent entre des approches plutôt spirituelles ou plutôt politiques.
   Comme l'écrivent Jacques SÉMELIN et Christian MELLON, "bon nombre de non-violents chrétiens d'aujourd'hui récuseraient les termes d'un ORIGÈNE ou d'un TOLSTOÏ pour exprimer les fondements spirituels et théologiques de leurs engagements. Ils voient dans le Sermon sur la Montagne une source d'inspiration, une invitation à entrer dans une dynamique non-violente, plutôt qu'une Loi divine portant sur toute violence un interdit moral absolu.
Quelles que soient les circonstances, Desmond TUTU est un bon témoin de cette position, déclarant par exemple, en 1987 : "Quant à la violence contre l'apartheid, je ne la justifie pas. Du point de vue chrétien, la violence sous toutes ses formes est mauvaise. Mais il peut venir un moment où, ayant essayé tous les autres moyens, et une fois réunies les conditions très strictes d'une guerre juste, on peut dire que le moindre mal est encore le renversement d'un système injuste".
  Une plus grande attention aux médiations politiques et stratégiques a fait reculer le fondamentalisme évangélique qui caractérisait hier bien des chrétien non-violents. Aussi se montrent-ils davantage préoccupés de chercher des moyens concrets pour sortir de la violence que de prononcer des condamnations morales générales contre ceux qui, parfois au nom de valeurs proches des leurs, estiment que seule la violence est efficace pour lutter contre l'inacceptable. Cette évolution et ce pluralisme se reflètent bien dans le document collectif Lutter autrement, élaboré et signé en 1989 par des milliers de chrétiens français (Lutter autrement pour une action non-violente responsable et efficace, Nouvelle cité, 1989). Allant jusqu'à récuser la notion même de "non-violence évangélique", en raison de sa connotation fondamentaliste, certains non-violents chrétiens diraient plutôt qu'ils trouvent dans l'Évangile des raisons spécifiques de se joindre au courant qui fonde la non-violence sur une éthique séculière. Cette perspective, il est vrai, s'est développée dans des sociétés sécularisées, où les instances religieuses ne régulent plus guère les comportements sociaux globaux. Il en va autrement dans des pays comme les Philippines, où l'identité chrétienne collective reste très affirmée : la population peut alors êtres mobilisée en masse pour une action non-violente à partir d'un argumentaire spécifiquement religieux (...)".

     Une éthique proprement politique, sans référence religieuse, se développe, d'abord sur une réflexion de philosophie politique, comme le font Emmanuel MOUNIER, Paul RICOEUR, Hannah ARENDT, Eric WEIL... et bien d'autres...
  En France, parmi ceux qui élaborent ou s'inspirent d'une telle éthique politique, préférant d'ailleurs parler d'action et de programme politiques, s'activent dans les années 1970-1990, nombre de militants venus à la non-violence par l'action politique ou syndicale. Nombre d'entre eux, d'ailleurs, pour se démarquer d'une approche religieuse et pouvoir influer et participer aux débats politiques proprement dits,  fondèrent des organisations comme le Mouvement pour une Alternative Non-violente (MAN). Force de propositions, notamment sur la défense, ce mouvement non-violent, se situant nettement à gauche dans l'échiquier politique, développe alors une argumentation politique pour convaincre de la nécessité d'actions non-violentes.
  On pouvait lire dans un texte d'orientation : "Ce qui fait la force des masses populaires, c'est la possibilité de bloquer, par leur nombre et leur organisation, la machine économique. Ce n'est pas leur armement : ni celui qu'ils ont (c'est trop évident), ni celui dont elles pourraient éventuellement prendre le contrôle ; il resterait sans proportion avec l'armement dont dispose la bourgeoisie. Ce qui fait leur faiblesse, ce n'est donc pas leur désarmement, c'est leur division, le manque d'accord sur les objectifs, sur la stratégie, etc. Plutôt que d'armer le peuple (préparant ainsi le conflit sur le terrain où l'adversaire est et restera le plus fort), ne vaut-il pas mieux qu'il devienne lui-même une arme par son unité dans la transgression massive de la légalité bourgeoise." 
L'insistance constante sur le fait de ne pas se placer sur le terrain de l'adversaire et la mise sur pied de techniques de combat non-violent sont les deux éléments qui reviennent souvent dans leurs textes. Il s'agit de trouver une efficacité à court, moyen et long terme, ce que ne permet pas l'utilisation de la violence insurrectionnelle, par exemple.
De même, dans leurs réflexions sur la défense, il s'agit à la fois de mettre sur pied une défense efficace et qui respecte la démocratie. Ce qui passe par une révision des concepts usuellement utilisés, réduits à une formulation militaire. Il s'agit de civiliser la défense, c'est-à-dire "restituer aux citoyens la pleine responsabilité des outils dont ils ont été dépossédés au bénéfice d'États-majors dont la technologie homicide n'a plus rien à voir avec le civisme responsable" (Politique de défense et démocratie).
 
   La non-violence est encore une idée neuve en Europe pour le plus grand nombre, malgré les diverses campagnes de mobilisation (Larzac, centrales nucléaires...) qui datent maintenant de plusieurs décennies en France. 
Comme telle, elle est souvent perçue à travers de nombreux malentendus et confusions qui altèrent sa véritable signification. Lorsque la plupart entendent parler de non-violence, c'est le plus souvent la méfiance et le scepticisme. C'est que nous somme les héritiers de traditions qui ont donné une grande et belle place à la violence et d'un passé très guerrier.
  Si le mot non-violence vient de GANDHI, traduction littérale du mot sanscrit Ahimsa (a privatif, himsa : nuisance, violence), les réalités que l'ahimsa recouvre en Inde ne reflète pas ce que la majorité des militants ou leaders non-violents mettent dans non-violence. Il a été suggéré effectivement que ce mot était mal choisi et qu'il entretenait par lui-même de nombreuses ambiguïté. D'ailleurs GANDHI préférait beaucoup plus parler de "satyagraha" (attachement à la vérité) forgé par-lui même pour exprimer positivement son idéal. Il a pourtant l'avantage de nous obliger à regarder en face les nombreuses ambiguïtés de la violence, alors que nous les occultons souvent pour mieux nous en accommoder.
  Il nous faut prendre, écrivent ses partisans comme Jean-Marie MULLER, "conscience du formidable conditionnement qui pèse sur nous depuis des siècles et qui nous fait penser que la violence est non seulement nécessaire mais qu'elle est légitime. Plus encore, qu'elle est honorable. Le plus souvent, qu'il appartienne à la légende ou à l'histoire, le héros présenté à notre admiration est violent de quelque manière. Si la violence était vraiment la vertu de l'homme fort qui se bat pour faire prévaloir la justice et défendre la liberté, la non-violence alors ne pourrait être que la faiblesse de celui qui n'a pas le courage d'être violent."
"Il n'est possible, poursuit encore l'un des fondateurs de la mouvance non-violente en France, de dégager la signification de la non-violence qu'après avoir précisé la signification de la violence. Pour cela, il nous faut distinguer ce que nous avons l'habitude de confondre, c'est-à-dire : le conflit, l'agressivité, la lutte, la force et la violence proprement dite. La violence est un processus de meurtre, qui pervertit radicalement toute relation à l'autre. L'éveil à la non-violence se fait par la prise de conscience de la violence comme une réalité radicalement contraire aux exigences de la raison. C'est en effet notre expérience de la violence dans le monde qui nous fait découvrir la requête de la non-violence que nous portons en nous. Certes, cette requête de l'esprit humain est en nous avant même que nous rencontrions la violence et c'est elle qui nous révèle l'inhumanité de celle-ci. Mais c'est en nous heurtant à la violence que nous prenons conscience de sa déraison. Le jugement éthique, en identifiant la violence comme la négation de l'esprit humain, lui oppose un non catégorique et lui refuse toute légitimité. C'est ce refus qui fonde le concept de non violence.
Ainsi, la non-violence appartient-elle à l'ordre philosophique et, par voie de conséquence, à l'ordre politique. Une philosophie qui s'accommode de la violence se nie comme philosophie. Et il en est de même de la politique. La faillite des idéologies dominantes, c'est précisément d'avoir légitimé la violence, de l'avoir conciliée avec les idéaux de notre culture. Dès lors que la violence est déclarée légitime, elle devient un droit pour l'homme : celui-ci pourra prendre prétexte de ce droit pour y recourir chaque fois qu'il estimera que la défense de ses intérêts lui commande de le faire. Lorsque l'idéologie légitime la violence, les hommes courent le risque de s'installer dans la pratique de la violence en perdant peu à peu conscience qu'elle contredit radicalement les aspirations les plus profondes de l'humanité. Dire non à la violence en affirmant l'exigence éthique de la non-violence, c'est refuser de lui reconnaitre la légitimité qu'elle sollicite en nous afin de devenir maitre de notre destin."
    Les théoriciens et les praticiens de la non-violence sont les premiers à dénoncer les idéologies religieuses "également venues apporter leurs cautions à la violence en la légitimant. Ce faisant, elles s'opposaient elles-mêmes à la requête spirituelle de l'homme et rejetaient l'exigence éthique de la non-violence. En laissant à leurs adeptes la possibilité de penser que la violence pouvait être mise au service même de la cause de Dieu, les religieux historiques - et tout particulièrement les trois grandes religions monothéistes, le judaïsme, le christianisme et l'islam - ont davantage prédisposé l'homme au fanatisme violent qu'à la sagesse non-violente.
Parce que l'exigence éthique de la non-violence doit devenir l'un des fondements de la philosophie politique qui inspire notre action dans le monde, elle nous commande de rechercher les moyens d'une stratégie qui nous permette d'assumer les inévitables conflits qui divisent et opposent les hommes et les peuples. En recherchant l'efficacité politique par d'autres méthodes que celles offertes par la violence, la stratégie de l'action non-violente veut réconcilier la "morale de conviction" et la "morale de responsabilité"."

Ramin JAHANBEGLOO, Penser la non-violence, UNESCO, 1999 ; Gandhi, Aux sources de la non-violence, Editions du Félin, 1998. Christian MELLON et Jacques SEMELIN, La non-violence, PUF, collection Que sais-je?, 1994. Mouvement pour une Alternative Non-violente, Une non-violence politique, pour le socialisme autogestionnaire, 1981. Mouvement International de la Réconciliation- Internationale des Résistants à la Guerre, Politique de défense et démocratie, 1981. Jean-Marie MULLER, lexique de la non-violence, Alternatives non-violentes/Institut de Recherche sur la Résolution Non-violente des conflits, n°68, 2ème trimestre 1988.

                                                                         PAXUS
Révisé le 3 septembre 2014
Complété le 20 janvier 2017
Relu le 27 septembre 2019


       
       

   


  

     

Partager cet article

Repost0
19 janvier 2010 2 19 /01 /janvier /2010 09:55
      Ce livre, malgré la date de sa parution, 1989, reste représentatif de toute une partie de l'Église catholique en matière de réflexion et d'action pour la paix. Dans le foisonnement de mouvements religieux du monde catholique pour la paix, cette réflexion et cette action est largement dominante. René COSTE, prêtre à l'Église de Saint-Sulpice à Paris, professeur honoraire à la faculté de théologie de l'Institut catholique de Toulouse, ancien président de Pax Christi France et ancien consulteur du Conseil pontifical "Justice et Paix" et du Conseil pontifical pour le dialogue avec les non-croyants, reste actif dans le dialogue oecuménique et le dialogue interreligieux pour la promotion de la paix. Ce théologien est l'auteur de très nombreux ouvrages, depuis Le problème de la guerre et de la paix dans la pensée de Pie XII en 1962 jusqu'à Nous croyons en un seul Dieu de 2007.

      Dans son avant-propos, il se présente comme : "Témoin avant tout, depuis plus d'un quart de siècle, de la recherche et de l'effort de promotion de la paix de tant d'instances et d'acteurs divers :
- Le Saint-Siège, l'Église qui est en France, le Mouvement Pax Christi, des organismes oeuvrant pour la promotion de la paix, de la justice, de l'environnement ;
- les Églises orthodoxes, les Églises issues de la Réforme.
Mais aussi des organismes non confessionnels. Des croyants et des non-croyants. Des hommes d'État et d'autres responsables de haut niveau de la vie en société. Des jeunes et de gens de tout âge, acteurs de la paix, de la justice et d'un meilleur environnement dans leur quartier, leur commune ou leur entreprise".
   Il se présente aussi comme "Acteur également. Quoique très modestement, sans la moindre prétention. Mais acteur tout de même, avec bien d'autres.
Par la recherche théologique, axée avant tout sur la promotion de la paix (toujours sous son sens englobant), par la participation à tant de comités (ou commissions), par des conférences, des sessions, des prédications, par l'enseignement, par des publications (...)."  Il mentionne particulièrement Pax Christi comme cadre de son action.

     En une Introduction, cinq gros chapitres (Convergences, Paix, Justice, Gérance de la Création, La diaconie de l'Église, Symboles d'un monde nouveau) et une conclusion "pour construire la cathédrale de la paix", René COSTE condense ici une réflexion, mise en actualité face aux nouveaux dangers encourus sur cette planète, de plus d'un millénaire...

    Convergences, en Introduction,  met en liaison la dynamique de l'ONU, la dynamique du concile Vatican II, la dynamique de la Sixième Assemblée du Conseil oecuménique des Églises de 1983 de Vancouver et celle de la Déclaration finale de la première Assemblée de la Conférence mondiale des religions pour la paix de 1970 faite à Kyoto, pour "l'éveil du sens humain".
Avec une certaine emphase optimiste, l'auteur évoque ces dynamiques : "Celle de l'ONU, dont c'est la mission propre, en dépit de ses déficiences de structures et de fonctionnement. Celle de l'Église catholique et des autres Églises et communauté chrétiennes, qui, à travers un sens renouvelé de leur nécessaire fidélité à la mission de salut confiée à son Église par le Seigneur ressuscité, comprennent mieux qu'elles doivent oeuvrer en profondeur - et ensemble - en vue de la promotion d'un monde plus juste et plus fraternel. Celle des religions non chrétiennes, qui commencent à nouer entre elles et avec les Églises et communautés chrétiennes des relations de dialogue et de coopération en vue du même objectif. "...Par nature tout ce qui est foi monte ; et tout ce qui monte converge inévitablement", remarquait Pierre Teilhard de CHARDIN (1881-1958). Il ajoutait avec bonheur : "En somme, on pourrait dire que la foi en l'Homme, de par son universalité et son "élémentarité" réunies, se découvre à l'examen  comme atmosphère générale au sein de laquelle peuvent le mieux (ou même seulement) croître et dériver l'un vers l'autre, les formes supérieures, plus élaborées, de croyance auxquelles nous participons tous à des titres divers. Non pas formule, mais million d'union."

    Le premier chapitre, Paix, met en relief l'un des  "trois axes, trois visées, trois préoccupations" : "Promotion de la paix, promotion de la justice, promotion de la gestion responsable de la création". Avant de le développer, l'auteur insiste beaucoup sur l'indissociabilité de ces trois axes. Son point de départ est une théologie de la paix, pour une raison tout simplement humaine (l'aspiration commune à la paix) et pour une raison théologique (L'Évangile de la Paix).
  "C'est le péché (dû au mauvais usage de la liberté par l'homme) qui a introduit dans le monde la violence, en même temps que la rupture avec Dieu et la discorde au sein de l'humanité, même au sein de la cellule familiale. Les chapitres 3-11 de la Genèse sont la saisissante description de cette humanité de péché et de violence, de cette humanité barbare : de cette humanité de tous les temps, qui est la nôtre plus que jamais. Le XXe siècle a fait éclater le vernis de civilisation qui nous masquait notre barbarie." Face à ce péché, symbolisé par le meurtre de Caen par Abel, le Dieu libérateur prononce le célèbre commandement "Tu ne tueras point". Pour René COSTE, dans le livre d'Isaïe, "livre phare" dont la rédaction s'étend sur plusieurs siècles, la Paix est présentée comme le don messianique par excellence. Invoquant des passages de l'Ancien puis du Nouveau Testament (suivant la phraséologie chrétienne), il mentionne le Sermon sur la Montagne, les Béatitudes et regroupe ces deux textes sous le titre non-violence et réconciliation. Il insiste sur le fait pour lui acquis que "les moyens non-violents pour promouvoir la justice et la paix sont les seuls pleinement dignes de l'homme et les seuls capables d'y parvenir sans injustices nouvelles et sans provoquer un besoin de revanche."  Cette revalorisation de la non-violence ne doit pas, en revanche, "déprécier la fonction militaire" quand celle-ci est vécue dans l'exercice de la "juste défense". Se gardant de stigmatiser donc l'institution militaire, René COSTE prône, avec bien des mouvements chrétiens, citant Jean-Paul II et son message de Noel 1988 à l'ONU, l'élimination des armes de destruction massive et l'abandon de toute stratégie nucléaire. Combattre la guerre elle-même se trouve bien dans la Charte du mouvement Pax Christi et son élimination est bien un idéal historique concret.

     Dans le deuxième chapitre, Justice, René COSTE part de deux aphorismes de Carl-Friedrich von WEIZAKER, "Pas de paix sans justice, pas de justice sans paix", "Pas de justice sans liberté, pas de liberté sans justice" pour cerner cette notion. Des Évangiles, il tire le choix prioritaire pour les pauvres (enseignement social de l'Église à partir de l'Encyclique Rerum novarum de Léon XIII en 1891), un lien entre justice sociale et solidarité sociale (Synode des évêques de 1971), et, au coeur de la promotion de la justice, la promotion des droits de l'homme (discours de Jean-Paul II à l'ONU du 2 octobre 1979). Justice mondiale et solidarité mondiale, en référence à l'encyclique Sollicitudo rei socialis de Jean-Paul II, prolongement direct de celle, Populorum progressis de Paul VI, oblige à se préoccuper du "si grave problème de la dette internationale, en raison des conséquences dramatiques qu'un remboursement rigide pourrait entraîner pour les peuples pauvres".

      Dans Gérance de la création, le prêtre se réfère à HEIDEGGER pour dénoncer le comportement de "seigneur de la terre" de l'homme.
"La foi biblique est le démenti radical de ce comportement démiurgique, qui se veut totale libération et qui risque de conduire à la pire aliénation". Revenant à la Genèse, il rappelle que l'homme est le gardien de la création, de cette planète-terre qui est la planète de Dieu. "Le sens du péché de l'homme et de ses conséquences concrètes, exprimées symboliquement dans le livre de la Genèse" est clair : "rupture avec Dieu, par refus de reconnaître sa dépendance par rapport au Dieu Créateur et Père, il entraîne la rupture des relations interhumaines, leur "brisure" en égoïsmes et en violences, ainsi que la transformation du travail épanouissant et créatif en travail aliéné, fréquemment exploité et opprimé." L'appel à une gérance responsable du patrimoine commun de l'humanité va de pair avec le combat pour l'homme, pour le respect de la dignité humaine. Pour René COSTE, l'exhortation apostolique Familiaris consortio (sur les tâches de la famille chrétienne d'aujourd'hui) de Jean-Paul II en 1981, comme l'instruction Donun Vitae (sur le respect de la vie humaine naissante et la dignité de la création : réponses à quelques questions d'actualité) de 1987, qui avaient suscité d'intenses controverses (et qui continuent de le faire d'ailleurs...) doivent être comprises dans la perspective de cette nécessaire gérance de la création.

      Le chapitre La diaconie de l'Église expose la théologie de la communion ecclésiale qui "est désormais au coeur de la conception catholique de l'Église". En s'appuyant constamment sur les enseignements de Vatican II, pourtant bien remis en cause par une grande partie de l'Église catholique aujourd'hui, René COSTE affirme le service de la paix qui incombe à l'Église, un ministère ecclésial de la réconciliation. "Nous avons à comprendre et à faire comprendre que la réconciliation avec Dieu suppose la réconciliation avec nos frères humains et avec cette nature qui nous entoure et qui nous a été donnée pour que nous la gérions de façon respectable". Prière, action (actes concrets en faveur des opprimés, des exploités, des persécutés et des pauvres), dialogue et coopération oecuméniques sont indissociables à ses yeux.

       Dans Symboles d'un monde nouveau, l'auteur choisi, parce "nous avons besoin de symboles, non seulement de signes, mais de réalités concrètes de notre univers visible évocatrices de l'univers invisible ou de valeurs transcendantes", trois symboles de l'inhumain ou du mal destructeur - Babel, Hiroshima, Auschwitz-Brikenau - et trois symboles de l'espérance - Pentecôte, Jérusalem et "esprit d'Assise".
Babel, c'est la Cité souveraine, la Cité impériale, la Cité dominatrice, la Cité orgueilleuse, comme la Cité romaine qui a fait régner la paix autour du bassin méditerranéen au prix de la domination et de l'exploitation du monde. Hiroshima, c'est la guerre absolue, l'auto-anéantissement de l'humanité. Auschwitz-Birkenau, c'est l'injustice absolue, la perversion incarnée. La Pentecôte, c'est le récit d'une nouvelle création, d'une nouvelle convivialité, d'une nouvelle aurore de l'humanité. Jérusalem, c'est la Cité de la Paix, en dénégation de la situation présente, si chère au coeur des Juifs, des Chrétiens et des Musulmans. L'esprit d'Assise enfin, en référence précisément à la vie et aux enseignements de François d'Assise, fondateur de l'Ordre des Franciscains, c'est non seulement le symbole de l'oecuménisme chrétien, mais aussi de l'oecuménisme religieux.

     En conclusion, l'édification de La cathédrale de paix exige "de creuser encore plus profondément notre sillon".
Par là, René COSTE veut dire "descendre jusqu'aux sources de l'éthique, jusqu'en ces profondeurs où l'on s'engage de tout son être, avec lucidité et avec le courage nécessaire pour affronter les obstacles." Pour construire une civilisation du partage, de la solidarité et de l'amour, et renouer avec "l'audace de Jésus-Christ".
Il cite de nouveau Teilhard de CHARDIN, qui écrit dans L'avenir de l'homme (1959) : "L'amour a toujours été soigneusement écarté des constructions réalistes et positivistes du Monde. Il faudra bien qu'on se décide un jour à reconnaître en lui l'énergie fondamentale de la Vie, ou, si l'on préfère, le seul milieu naturel en quoi puisse se prolonger le mouvement ascendant de l'évolution. Sans amour, c'est véritablement devant nous le spectre du nivellement et de l'asservissement : la destinée du termite et de la fourmi. Avec l'amour et dans l'amour, c'est l'approfondissement de notre moi le plus intime dans le vivifiant rapprochement humain. Et c'est aussi le jaillissement libre et fantaisiste sur toutes les voies inexplorées. L'amour qui resserre sans les confondre ceux qui s'aiment, et l'amour qui leur fait trouver dans ce contact mutuel une exaltation capable, cent fois mieux que tout orgueil solitaire, de susciter au fond d'eux-mêmes les plus puissantes et créatives originalités." 
Bienheureux sont ceux qui oeuvrent pour la paix, reprend l'auteur, suivant en cela les propos de Paul VI à Nazareth le 5 janvier 1964.
René COSTE termine par une "constatation" optimiste, que beaucoup ne partagent pas actuellement, sous un magistère (celui de Benoit XVI) que d'aucuns jugent rétrograde : "Nous avons constaté que les Églises sont de mieux en mieux convaincues de leur responsabilité par rapport à la trilogie. Elles comprennent maintenant mieux qu'autrefois que la promotion de la paix, de la justice et de la gérance de la création est une dimension intégrante de la mission qui a été confiée à son Église par le Ressuscité, qui est celle de l'évangélisation du monde. Elles ont à le penser comme une grâce. C'est dans l'accomplissement même de leur mission spécifique qu'elles rendent le plus grands service à l'humanité."

Son ouvrage  comporte en Annexe, des "Prières franciscaines".

 René COSTE, Paix, justice, gérance de la création, Nouvelle Cité, 1989, 168 pages.
 
 
Relu le 28 septembre 2019

Partager cet article

Repost0
18 janvier 2010 1 18 /01 /janvier /2010 13:48
    Fondée en 1973, la revue trimestrielle Alternatives non-violentes se veut depuis l'origine une revue de débats et de recherches, indépendante de tout mouvement, Église, syndicat et parti.
"Face à la violence, incapable d'apporter une solution humaine aux inévitables conflits qui constituent la trame de l'histoire de l'humanité, la non-violence propose une alternative. La philosophie de la non-violence veut déconstruire l'idéologie de la soit-disant violence nécessaire et légitime qui domine nos cultures et sociétés, tout en développant une culture de non-violence, avec des méthodes d'action permettant la gestion positive des conflits. La cohérence entre la fin et les moyens s'avère être un impératif autant éthique que stratégique. L'action non-violente a été historiquement mise en oeuvre dans les luttes de résistance pour les droits de l'homme, avec au premier rang la lutte pour l'indépendance de l'Inde menée par Gandhi. L'action non-violente est résistance, non-coopération, désobéissance aux lois injustes ; elle vise alors à créer un rapport de forces pour combattre les situations d'injustice et d'oppression. Mais la non-violence est aussi une force de proposition ; elle veut réaliser un programme constructif qui vise, ici et maintenant, dès la phase de résistance, à anticiper la société solidaire de demain, en mettant en place les structures alternatives garantes de la justice et de la liberté." Voilà comment ses fondateurs, Christian DELORME, Georges DIDIER, Christian BRUNIER et Christian MELLON, et sa petite équipe actuelle menée depuis 1989 par François VAILLANT conçoivent l'orientation de la revue.
Depuis sa fondation jusqu'en juin 1978, la revue était dirigée par un trio : Christian DELORME, Christian MELLON et Georges DIDIER (directeur de publication). Puis Christian MELLON est rédacteur en chef jusqu'en avril 1979. Jacques SÉMELIN et Christian MELLON co-dirigent la revue ensuite jusqu'en mars 1989. Puis François VAILLANT jusqu'en juin 2014. Depuis 2014, Paola CAILLAT est rédacteur en chef. De avril 2016 à mars 2017, Émelline BOULOGNE était rédactrice en chef par intérim. En 2019 encore, Paola CAILLAT passe le relai à Alexandra, journaliste multimédia et militante engagée dans différents réseaux.

       Alternatives non-violentes, avec un dossier à chaque fois, en moyenne de 68 à 72 pages, un lectorat de base d'un millier d'abonnés (1 500 dans les années 1970), constitue une revue de référence en ce qui concerne la pensée et l'action non-violentes. On peut trouver sur Internet pour chaque numéro un article de la revue.
Elle fait largement appel dans ses numéros à des collaborations extérieures.  Jusque dans les années 1980, elle était un lieu de débat presque incontournable sur les questions d'objection de conscience, de militarisation de la société, des alternatives à la défense armée.. .notamment dans un dialogue de haut niveau entre composantes de ce qui s'appelait la gauche de la gauche, tout ce que le pays comptait de personnes et de groupes réfléchissant à l'élaboration d'une autre société, en rupture avec le capitalisme. Aujourd'hui encore, elle offre à travers des dossiers très élaborés sur des questions aussi diverses que le "problème des banlieues", la publicité, l'éducation, les religions... des éléments d'informations et de réflexions non négligeables, même si les temps ne sont plus à la pensée d'une alternative globale à la société actuelle. Des numéros comme ceux sur Jaurès, la désobéissance civile ou les luttes non-violents au XXe siècle fournissent de solides bases de réflexion, accessibles à un large public, même si l'on ne partage pas les idées de la non-violence.
 
       Un des numéros de la revue (n°160) porte sur Désobéir par éthique professionnelle. L'éditorial de François VAILLANT présente ce numéro : "Le phénomène est récent. Des fonctionnaires, maintenant rejoints par des salariés du privé, osent désobéir à des consignes et règles de leur hiérarchie qui voudrait les contraindre à des pratiques professionnelles déshumanisantes." Après avoir fait référence à l'ouvrage d'Elisabeth WEISSMAN, qui intervient d'ailleurs dans ce numéro, (La désobéissance éthique, Stock, 2010), il situe cette forme de désobéissance :  "La désobéissance éthique englobe en quelque sorte les postures de la désobéissance civile et de l'objection de conscience, qui, elles, sont spécifiques (voir ANV numéros 142 et 143). La désobéissance éthique est souvent isolée, individuelle, et s'organise peu à peu pour critiquer des règles imposées par l'employeur, alors que la désobéissance civile, elle, se situe dans l'opposition collective à une loi générale valable pour tous les citoyens. Il y a la désobéissance éthique dans tout acte de désobéissance civile, mais l'inverse ne vaut pas au sens strict. La désobéissance éthique a un bel avenir devant elle, tant elle apparaît adaptée au monde du travail tel qu'il va aujourd'hui. Et force est de constater que "éthique" renvoie, dans "désobéissance éthique" à la notion de non-violence pour qui l'humanité de tout homme vaut plus que n'importe quel profit ou rendement. Les médias font actuellement connaître cette forme de résistance/désobéissance. (L'auteur évoque la désobéissance alors en croissance dans le monde enseignant). Mais il est lamentable que les centrales syndicales ne s'y intéressent pas encore vraiment, tant elles demeurent encore rivées à des modes de lutte traditionnels ; ce qui peut être une raison de plus pour se syndiquer et se faire entendre. (...)" Les derniers numéros portent sur La non-violence contre attaque (n°192), L'art de partager le pouvoir (n° 191, 2019), Pour une Europe verte et jaune, Médiations nomades, une autre convivialité nocturne, Non-violence : la filière corse (Hors série)...
    Chaque numéro s'articule dorénavant autour de 4 rubriques principales :
- Dossier de réflexion critique sur un thème précis, qui attire l'attention sur les dimensions éthique, politique, économique, sociale et écologique des événements. Il explique les mécanismes qui engendrent la misère, l'oppression, la révolte et la violence ;
- Actuel : écho des combats non-violents, la revue promeut les initiatives de solidarité internationale, de régulation non-violente des conflits et d'action non-violente. Cette rubrique relaie les informations sur les engagements de tous ceux qui, venant d'horizons divers, désirent une vraie justice ;
- Culture où la revue approfondit les fondements historiques, culturels, psychologiques et politiques de la non-violence. Elle transmet des outils, des programmes d'éducation, des annonces et des recensions ;
- Informations du Mouvement pour une Alternative Non-violente (MAN) : intiatives des groupes locaux, campagne actuelle, événements, travaux des réseaux thématiques (Tensions sociales, Solidarité internationale, Éducation, Formation, Non-violence et écologie), etc. A noter que cette rubrique veut combler en partie la disparition de la revue Non-Violence Actualités...

         Depuis 1989, la revue est associée à l'Institut de Recherche sur la résolution Non-violente des Conflits (IRNC), lui-même fondé en 1984, qui axe ses activités, avec son équipe d'une quinzaine de membres, sur des recherches scientifiques pluridisciplinaires sur l'apport de la non-violence dans la résolution des conflits que ce soit en France ou dans le monde entier. L'IRNC co-organise des formations ainsi que des colloques, et entretient des relations avec de nombreux instituts similaires dans le monde. Il participe à certaines initiatives de l'UNESCO.

   Alternatives non-violentes, c/o Mundo-M, 47, avenue Pasteur, 93100 MONTREUIL
   Site : http://alternatives-non-violentes.org
   Site IRNC : www.irnc.org.
 
Actualisé le 16 Avril 2012
Actualisé le 3 octobre 2019

Partager cet article

Repost0

Présentation

  • : LE CONFLIT
  • : Approches du conflit : philosophie, religion, psychologie, sociologie, arts, défense, anthropologie, économie, politique, sciences politiques, sciences naturelles, géopolitique, droit, biologie
  • Contact

Recherche

Liens