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11 novembre 2008 2 11 /11 /novembre /2008 16:06
 
      Publié en France en 1968, ce livre iconoclaste à bien des égards se présente (ironiquement?) comme un "rapport sur l'utilité des guerres" qui aurait été commandité par le gouvernement américain et élaboré par quinze experts dans la perspective de faire face à une "situation de paix permanente".
     Destiné donc, le jure l'économiste J.K. GALBRAITH, à analyser les conséquences de l'absence de guerre dans toute une série de domaines - économiques, politiques, sociaux et culturels - le "rapport" étudie les fonctions de la guerre de manière extrêmement froide, on en jugera à la lecture très aisée de deux centaines de pages d'un texte  assez aéré.  On y trouve par exemple des considérations sur la guerre en tant que facteur de libération sociale (elle procure les réajustements nécessaires aux critères du comportement social civique), en tant que stabilisateur des conflits entre générations et en tant que clarificateur des idéologies...
       Les fonctions économiques de la guerre sont particulièrement étudiées dans ce rapport, celle-ci étant considérée comme régulatrices d'un système économique sujet à des crises régulières.
  
     Le grand mérite de ce "rapport" est de mettre l'accent sur les fonctions non militaires de la guerre, notamment sur les aspects curatifs à propos des conflits sociaux, et à son corollaire immédiat sur la fonction étatique de contrôle social des citoyens. Dans sa seconde partie, il examine d'ailleurs les substituts à ces fonctions non militaires, dans la situation particulière angoissante d'une prolongation indéfinie de la paix. Pour l'économie, il préconise "une consommation de richesses, à des fins totalement non productives, d'un niveau comparable à celui des dépenses militaires telles que les rendent nécessaires l'ampleur et la complexité de chaque société". Dans le domaine politique, un "substitut durable posant en principe l'existence d'une menace externe d'ordre général pesant sur chaque société, menace d'une nature et d'une intensité suffisantes pour exiger, d'une part, l'organisation, de l'autre, l'acceptation d'une autorité politique." En écologie, il faut trouver un moyen de contrôle démographique de l'espèce humaine aussi performant que la guerre... On le comprend, le "rapport", tout en mettant en garde les responsables politiques contre certaines conséquences catastrophiques de la paix, est loin de faire des propositions concrètes et précises, ce que l'on peut déplorer, si l'on garde le ton général de l'ouvrage...
 
     En quatrième de couverture, on peut lire cette introduction : "Quinze experts réunis en secret par le gouvernement américain "d'examiner avec réalisme les problèmes qui se poseraient aux États-Unis si une situation de "paix permanente" se produisait? Ont-ils été également chargés de préparer un programme de gouvernement pour le cas où cette hypothèse viendrait à se réaliser? Et leurs travaux ont-ils vraiment eu pour conclusion qu'une situation de paix permanente présenterait pour "la stabilité de la société" de tels dangers qu'ils en sont venus à envisager le maintien du "système fondé sur la guerre" comme préférable à celui qui serait fondé sur la paix?
La lecture de ce rapport laisse le problème entier. Oeuvre de pure imagination ou monumentale indiscrétion? Dans sa préface J. K. GALBRAITH déclare "garantir l'authenticité de ce document, dans la mesure où il peut être fait confiance en sa parole et sa bonne foi". Le sérieux de l'argumentation, la précision des raisonnements, la froideur, le manque de subjectivité, le détachement absolu de toute idée ou sentiment préconçu font de ce rapport un document passionnant par son intelligence et terrifiant par son cynisme. Il est comme l'annonce d'une nouvelle civilisation : celle où les questions de vie et de mort ne dépendront plus du coeur des hommes mais des circuits des machines à penser."
Il est à noter que dans ses conclusions, le Rapport propose une méthodologie pour une Agence de Recherches sur la Guerre et la Paix, orientée vers l'exploration dans tous les domaines évoqués de substituts aux bienfaits apportés par la guerre...  vu que "malheureusement" l'état de guerre semble devoir prendre fin...
 


     Rapport sur l'utilité des guerres, La paix indésirable?, Préface de H McLandres, pseudonyme de J.K GALBRAITH, Introduction de Léonard LEWIN, Calmann-Lévy, 1968, 209 pages. Traduction de l'ouvrage américain "Report from iron mountain on the possibility and desirability of peace", paru en 1967 chez Leonard C.LEWIN.
 
Complété le 1er novembre 2018

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26 août 2008 2 26 /08 /août /2008 14:56

     D'emblée, le pacifisme a mauvaise presse encore, que ce soit dans le langage courant (ce qu'atteste la plupart des dictionnaires de langue française) ou dans les milieux politiques institutionnels (surtout en France où le spectre des accords de Munich de 1938 plane toujours). Pourtant, les pacifismes ne peuvent se comprendre qu'en se plaçant dans une perspective historique longue. Nous sommes très loin désormais d'une culture guerrière de l'Antiquité ou du Moyen-Age. Les innombrables écrits de glorification et d'exaltation de la guerre sont difficiles à trouver en librairie. Surtout avec l'avènement du christianisme, la culture guerrière a fait place progressivement à une culture pacifique.

   Pour autant, l'ensemble des activités humaines, plus orientées aujourd'hui sur la coopération que sur le conflit, reste sous-tendue par une vision négative des pacifismes. Avant d'entrer dans une analyse des dynamiques sociales qui orientent le destin de l'humanité vers des avenirs qui laissent de moins en moins place à un image positive de la guerre, il est intéressant de se livrer à un effort de définition et de classification.
  On peut effectuer une classification par type de motivations des acteurs sociaux ou encore  une classification qui donne une échelle qui va du pacifisme intégral et inconditionnel à l'anti-pacifisme intégral, soit l'esprit guerrier digne des klingons de la série  télévisée de science fiction Star Trek ou mieux pour rester dans les degrés des pacifismes stricto sensu, du pacifisme à tout prix justifié moralement au pacifisme instrumental qui ne croit pas réellement aux vertus de la paix. Reste aussi une forme de classification suivant l'évolution historique, des Perses antiques à l'irénisme contemporain.

    Tout en se réservant toutes ces possibilités, qui seraient longues à détailler dans cet article, on peut s'inspirer de la classification établie en 1927 par Max SCHELER, dans son livre "L'idée de paix et le pacifisme", reprise par Yves SANTAMARIA. Ce philosophe allemand, adepte de la coopération économique et politique internationale distinguait ainsi :
        - le "pacifisme héroïque" du refus de la guerre décliné sous sa forme individuelle, dicté our des raisons morales, sans exclure des raisons d'efficacité politique ou sociale. Une forme collective de ce pacifisme peut exister, et souvent ses adeptes refusent le terme "héroïque" pour affirmer sa nécessité, sous forme de désobéissance civile massive par exemple.
         - le "pacifisme chrétien", demi-pacifisme qui privilégie le règlement négocié des conflits et leur humanisation, mais qui laisse une large place aux guerres justes, qualifiées par les Eglises de défensive, même quand elles prennent la forme de croisades plutôt offensives.
         -  le "pacifisme économique", des économistes utilitaristes, anglo-saxons notamment, favorables au libéralisme et souvent opportuniste.
         - le "pacifisme juridique" qui ancre de plus en plus, progressivement, de manière multi-séculaire dans des institutions la théorie du "droit naturel" et du "droit des gens". La criminalisation progressive de la guerre, favorisée par l'impérialisme anglo-saxon est considérée par nom de conservateurs, notamment allemands, comme une mystification.
             - le "demi-pacifisme" du "communisme" et du socialisme marxisme qui en fait une matrice de la guerre idéologique contre le capitalisme. Il est du même ordre que l'anti-militarisme anti-bourgeois pour une fraction importante des tenants de la révolution marxiste.

     Jean DEFRASNE dans son petit livre "Le pacifisme" ne réfute pas une telle classification, mais l'enchaînement historique des événements est si complexe que l'on trouve des pacifismes mêlés à presque toutes les tendances idéologiques, des royalistes aux républicains, des démocraties aux dictatures... C'est dans les réalités telles qu'elles se sont mises en place que les pacifismes trouvent leurs expressions, plus que dans les écrits des philosophes. C'est face d'ailleurs aux réalités et aux conséquences de tout ordre des guerres que se sont développés et affirmés des états d'esprits de moins en moins guerriers ou de plus en plus pacifiques, voire pacifistes...
       Sans aucun doute, les pacifismes ne trouvent leurs meilleures justifications qu'en regard des valeurs des acteurs qui les incarnent, des projets de société qu'ils entendent défendre. C'est en regard de leurs conceptions sur la justice et la liberté notamment que l'on mesure les vérités qu'ils renferment. On peut penser que les pacifismes se conjuguent à l'humanisme, au cosmopolitisme, au socialisme, au fédéralisme, plutôt qu'au nationalisme ou au libéralisme, mais seules les réalités concrètes nous montrent leur vérité. L'avenir seul dira, avec l'action de tous les membres de l'humanité, si la paix n'est qu'une idée.

  Jean DUFRASNE, Le pacifisme, PUF, collection Que sais-je?, 1995
  Yves SANTAMARIA, Le pacifisme, une passion française, Armand Colin, 2005

                                                                                                             PAXUS
         

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10 juillet 2008 4 10 /07 /juillet /2008 12:41

      Écrit par Erica FRATERS, qui n'est que l'anagramme du mot Réfractaires et le nom collectif de nombreux anciens participants à l'Action Civique Non Violente (ACNV), ce livre témoigne de la résistance d'une foule de "citoyens ordinaires" à la guerre coloniale d'Algérie.
  
     Préfacé par l'avocat Jean-Jacques de FELICE, qui eut à défendre de nombreux réfractaires contre l'Etat français d'alors, rédigé par d'anciens membres du mouvement de désobéissance civile suivant un ordre chronologique qui permet d'en comprendre les motivations et les actions, ce livre se veut à l'honneur des insoumis, des objecteurs, des réfractaires de toute origine, qui eurent le courage de s'opposer physiquement et moralement à une guerre qui a encore aujourd'hui des répercussions sur les mentalités collectives, tant en Algérie qu'en France.
   Abondamment illustré de photographies d'époque, de reproduction d'articles de presse, pourvu d'une solide charpente de rappels historiques et en fin d'ouvrage doté de biographies d'acteurs de l'ACNV, il permet une réelle remémoration collective de cette époque troublée. Jetant une lueur sur les différences entre légalité et légitimité sur lesquelles nous aurons l'occasion de revenir, il montre le cheminement et l'engagement de ceux qui permettront quelques années plus tard l'instauration d'un statut des objecteurs de conscience et d'un service civil.
Ce livre raconte aussi l'histoire de l'action non-violente en France depuis la fondation de la communauté de l'Arche en 1957 à la résistance des réfractaires traduits devant les tribunaux en 1963. 
  
     Non dénué d'émotion pour ceux qui y ont participé, cet exercice de mémoire, initié sur le plateau du Larzac, montre une partie de la société civile en action et est très utile pour qui veut réfléchir sur ses possibilités d'agir ici et maintenant.
   
       L'éditeur présente ce livre de la manière suivante : "Quarante ans après la fin de la guerre d'Algérie, un groupe d'anciens réfractaires et de solidaires décident de témoigner. Avoir l'envie de se rencontrer pour se raconter tant d'années après était particulièrement déraisonnable. Déraisonnables, ils avaient déjà montré qu'ils pouvaient l'être. Leur livre nous apprend comment ils ont décidé ensemble de dire non et d'attiser une conscience, si actuelle, de la désobéissance civile comme forme incontournable de toute civilisation humaine..."  
Est reproduite en quatrième de couverture, également, un extrait de la préface : "Honneur à vous, les insoumis, les déserteurs, les objecteurs, les réfractaires qui avez le courage de "résister", de dire non, à la pacification, à la torture, aux répressions, aux camps d'internement, le courage de "désobéir aux ordres", à la loi même, aux violations des droits de l'homme, droits individuels et collectifs, droit à l'autodétermination et à l'indépendance du peuples algérien (...). Vous étiez et vous restez modestes, vous faisiez ce que vous dictait votre conscience, et vos refus étaient multiples, variés, personnels ; ils étaient riches de leur diversité."
 

   

 

  

   Erica FRATERS, Réfractaires à la guerre d'Algérie, 1959-1963, Avec l'Action Civique Non Violente, Editions Syllepse, 2005, 224 pages. Préface de Jean-Jacques de FÉLICE, avocat.
Site www.syllepse.net.
Complété le 4 avril 2013.

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