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12 juillet 2020 7 12 /07 /juillet /2020 08:11

  Homme d'État américain, administrateur et professeur, James LOGAN est le quatorzième maire de Philadelphie. Il sert comme secrétaire colonial de William PENN et est un des fondateurs du collège de Philadelphie, prédécesseur de l'Université de Pennsylvanie. Même s'il n'est pas aussi prestigieux que les leaders des quakers comme William PENN, il fait partie de ce "personnel" qui permet le rayonnement des conceptions quakers de gouvernement, parmi les nombreuses commnautés d'origine diverses qui viennent s'établir en Amérique du Nord, étant lui même originaire d'Irlande.

  Comme beaucoup de membres de la Société des Amis de sa génération, il se converti au quakerisme en Irlande. Obligé de suivre ses parents pendant la guerre de 1689-1691, d'abord à Edinbourg, puis à Londres et Bristol, où en 1693, James LOGAN remplace son père comme professeur. Il vient à la colonie de Pennsylvanie en 1699, comme secrétaire de William PENN. 

Plus tard, il soutient la cause des droits de propriétaires en Pennsylvanie et mène une carrière politique, étant élu maire de Philadelphie en 1722. Pendant son mandat, il encourage la participation massive à la vie de la cité des immigrants catholiques irlandais. En l'absence de gouverneur de Pennsylvanie, il exerce cette fonction avant de devenir effectivement gouverneur de 1736 à 1738. Durant son mandat, il oppose le pacifisme quaker à la taxe de la guerre, et encourage les Pacifistes Quakers à abandonner leur siège à l'assemblée de Pennsylvanie pour que soit réalisées les réquisitions de guerre. En 1736, il répond à la requête des Américains natifs de contrôler les ventes d'alcool qui créent de graves problèmes sociaux, en installant des pénalités. Il faut noter que le thème de l'alcoolisme et de ses ravages dans les populations blanches et indigènes occupe énormément de temps dans le mandat de gouverneur. De même d'ailleurs que la lutte, ce n'est pas suffisamment développé dans les présentations, contre le commerce non autorisé des armes. James LOGAN joue un rôle central en tant que Chief Justice, Président de la Cour Suprême de Pennsylvanie (1731-1739) et que Gouverneur (1722-1723).

Durant son installation au poste de gouverneur, il joue un rôle actif pour l'extension territoriale de la colonie et poursuit des relations amicales avec le peuple Delaware. Il s'agit de contrôler avec le maximum de tranquillité l'expansion indéfinie de la colonie durant toute cette période, vu l'afflux des émigrants. Tout en poursuivant ses activités politiques LOGAN mène des travaux philosophiques (dans American Philosophical Society notamment) et apporte des contributions dans les sciences naturelles (botanique). Il développe les moyens de diffusion des connaissances et de la culture (bibliothèques, établissements universitaires...). C'est grâce à l'extension de ces moyens-là que se répand en partie les enseignements des quakers.

 

James LOGAN, Écrits divers dans les archives de l'Université de Pennsylvanie (en Anglais). Il n'existe pas d'ouvrages traduits en Français.

E. WOLF, James Logan, Bookman, Extraordinary. Proceedings of the Massachusetts Historical Society, 1967 ; The Romance of James Logan's Books. The William and Mary quaterly, 3, 1956. STRAHAN (ed.) EDWARD, A Century After, picturesque glimpses of Philadeplphia and Pennsylvania, Philadelphia, Alla, Lane & Scott and J.W. Lauderbach, 1875. Claus BERNET, James Logan (statesman), In Bautz. Traugott (ed.), 2010.

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11 juillet 2020 6 11 /07 /juillet /2020 08:02

    Le réformateur religieux et homme politique anglais William PENN est un des plus grands promoteurs du quakerisme en Amérique, fondateur de la ville de Philadelphie et de la province de Pennsylvanie, devenue l'État Pennsylvanie des États-Unis.

    Issu d'une famille de militaires et de commerçants aisés, élève brillant, William PENN dévie cependant de la voie qui lui semble promise en adhérant aux principes de la Société des Amis. Chassé de l'Université d'Oxford pour ses positions protestantes "trop radicales", il est expédié par son père (l'amiral Sir William PENN) en France "pour apprendre les bonnes manières" et "tenir son rang". Après un séjour à la Cour du Roi, il s'inscrit à l'Académie protestante de Saumur où il passe les années 1662-1663, logeant chez Moïse AMYRAUT. La gestation de sa conversion définitive au quakerisme est longue ; elle intervient finalement en Irlande (où son père l'a envoyé en 1667 pour s'occuper du domaine familial, et surtout pour l'éloigner de Londres).

William PENN est alors persécuté comme les autres quakers sur le sol britannique : de décembre 1668 à juillet 1669; il est notamment incarcéré à la Tour de Londres.

Il se rallie progressivement au projet de s'exiler dans les territoires d'Amérique du Nord pour y fonder une colonie où les Amis pourront y vivre selon leurs principes. Quelques quakers se sont déjà installés dans le New Jersey en 1667. Mais William PENN a désormais les moyens d'un projet plus ambitieux grâce à l'héritage à la mort de son père et négocie notamment une importance créance due par la Couronne contre des terres en Amérique du Nord. Le 14 mars 1681, Charles II lui octroie par charte un vaste territoire situé à l'Ouest du New Jersey.

William PENN y fonde en 1682 la ville de Philadelphie, en y appliquant les préceptes du gouvernement d'une société libérale idéale. La jeune colonie quaker devient rapidement prospère (commerce). Il souhaitait que cette cité serve de port et de centre politique. Même si Charles II lui en avait donné la propriété, il achète la terre aux Amérindiens afin d'établir avec eux des relations pacifiques (signature d'un traité d'amitié avec TAMANEND, chef de la nation Delaware, à Shackamaxon dans les environs de Philadelphie). Gouverneur de la province, William PENN veille à développement (1682-1684). 

Mais William ne reste pas en Amérique. De retour en Angleterre, son amitié avec le duc d'York, devenu Jacques II en 1685, l'incite à approuver les déclarations d'indulgence du souverain, en 1687 et 1688 ; il est l'un des rares non-conformistes qui acceptent alors une tolérance surtout favorable aux catholiques romains. Plusieurs fois mis en cause pour ses sympathies avouées envers les jacobites après la Glorieuse Révolution (1688), il se tire d'affaire, redevient prédicateur itinérant des quakers, avant de retourner en 1699 en Pennsylvanie, où il exerce difficilement son autorité jusqu'à sa mort.

La province de Pennsylvanie s'engage dans la lutte pour l'Indépendance : le texte original de la Déclaration d'Indépendance et de la Constitution est signé au Capitole de Philadelphie (aujourd'hui appelé Independance Hall). La colonie rachète également d'autres terres, dans l'Ouest du New Jersey à William BERKELEY en 1674. Les idéaux qui y furent mis en pratique ont alors une influence importante sur les futures institutions américaines.

 

   Comme quaker pacifiste, William PENN considère les problèmes de la guerre et de la paix de manière large, dans le temps et dans l'espace, dans toutes les implications économiques et sociales. C'est un des premiers penseurs à proposer le projet d'États-Unis d'Europe, à travers la création d'une assemblée européenne de députés discutant et tranchant les questions de tout ordre pacifiquement. Il est aussi le premier à suggérer la création d'un Parlement Européen. Homme de profondes convictions religieuses, il exhorte de revenir au "christianisme primitif", détaché de toute ambition temporelle partisane.

 

William PENN, A collection of the Works of William Penn, deux volumes, J. Sowle, 1726 ; Primitive Christianity Revived, 1696 ; My Irish Journal, 1669-1670, Isabel Grubb, Longmans, 1952

Hans FANTEL, William Penn, Apostle of Dissent, William Morrow and co, New York, 1974. William Dixon, William Penn, An Historical Biography, Philadelphia, Blanchard and Lea, 1851. Kohn MORETTA, William Penn and the quaker Legacy, 2006. Jeanne Henriette LOUIS et Kean-Olivier HÉRON, William Penn et les quakers : ils inventèrent le Nouveau Monde, Gallimard, 1990.

(Voir Oeuvres de et sur William PENN : site Internet : oriabs.oclc.org)

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8 juillet 2020 3 08 /07 /juillet /2020 16:27

     George FOX, théologien anglais, fondateur de la Société religieuse des Amis (Quakers), témoin de grands bouleversements sociaux, s'oppose au consensus religieux et politique, en proposant une nouvelle approche plus rigoureuse de la foi chrétienne. Son journal, qui contient une description très vivante des périples de son auteur, s'est imposé comme une oeuvre littéraire majeur. Grand voyageur, en Europe et aux Amériques, il influe nombre de communautés, qui ne reprennent pas tous tous les éléments de sa pensée.

   Toutes les particularités du quakerisme s'expliquent par les conditions ecclésiastiques de sa naissance. Son fondateur George FOX, anglican par sa famille, avait été choqué dès la fin du règne de Charles 1er, et encore plus pendant le Commonwealth cromwellien, par l'abondance des groupements, sectes et Églises qui prétendaient tous à la vérité et dont le formalisme et l'exclusivisme lui inspirent de l'aversion. Il devient alors un "chercheur" (seeker), c'est-à-dire un homme détaché de toute appartenance ecclésiastique, en quête d'une vérité à découvrir personnellement. La mystique de Jacob BOEHME, dont les écrits viennent alors d'être traduits en anglais, semble l'avoir beaucoup influencé. A cela il faut ajouter une introversion quasi maladive qui joue, chez lui, dans le sens de l'individualisme mystique. Comme beaucoup de seekers de son temps, le père de la Société des Amis participe à la fermentation antinomienne caractéristique des sectes du Commonwealth. Il n'hésite pas à interrompre les cultes de l'Église officielle pour proclamer son message, à braver les autorités ou à les apostropher durement. Ainsi, le sobriquet de quakers (c'est-à-dire trembleurs) attribué à ses disciples viendraient, selon certains, du conseil qu'il aurait donné à un juge qui l'interrogeait : "Fais ton salut avec crainte et tremblement." A moins que les "Amis" n'aient été dénommés trembleurs à cause des manifestations d'émotion frénétique qui se produisaient habituellement dans leur culte et leurs prédications. Parmi les premiers Amis, certaines donnèrent le spectacle de véritables déviances, tel James NAYLER, qui se prenait pour Jésus lui-même. Quoi qu'il en soit des liens possibles entre les quakers - pacifistes absolus et se refusant à tout serment - et certains mouvements révolutionnaires du Commonwealth, tels les diggers, les levellers et les ranters, le quakerisme se caractérise par une attitude de protestation radicale, sociale et religieuse. En rejetant le vouvoiement, les formules et les gestes de politesse, les appellations traditionnelle des jours de la semaine, en refusant même de donner aux églises d'autre nom que celui de "maisons à clocher" (steeple houses), les premiers quakers mettent en cause toutes les relations sociales et religieuses de l'époque et du lieu, de même qu'ils dénoncent, avec toutes les branches de la Réforme radicale, le lien entre la culture de la société globale et le christianisme (véritable). (Jean SÉGUY)

 

Une jeunesse rebelle à son milieu

   Dès l'enfance, George FOX, issu d'un père tisserand et d'une famille anglicane pratiquante, se montre enclin au sérieux et à une forte religiosité. Il ne connait aucune scolarité mais apprend néanmoins à lire et à écrire, étudiant la Bible avec assiduité. Selon lui-même, "lorsque j'atteignais l'âge de onze ans, je connaissais la pureté et la vertu car, au cours de mon enfance, on m'enseigna le chemin à suivre pour rester pur. Le Seigneur m'apprit à être fidèle en toutes choses, et à agir fidèlement de deux manières : intérieusement envers Dieu et extérieurement envers les hommes."

Malgré le désir de ses proches de faire de lui un prêtre, il devient apprenti auprès d'un cordonnier et d'un berger. Cette situation convient à son caractère contemplatif, et il est vite renommé pour sa compétence auprès des marchands de laine ayant affaire avec son maître. L'obsession constante de FOX est la poursuite de la simplicité dans la vie, c'est-à-dire la recherche de l'humilité et le refus du luxe (qu'il constate chez les prêtres anglicans), autant de valeurs qui lui ayant été inculquées par son expérience de berger. La Bible lui donne quantités de modèles de bergers dont il faut suivre l'exemple (Noé, Abraham, Jacob, Moïse...).

Cela ne l'empêche pas de cultiver l'amitié de personnes plus éduquées. Goerge FOX rend régulièrement visite à Nathaniel STEPHENS, le prêtre de son village, et engage avec lui de longues conservations théologiques, même s'ils se trouvent souvent en désaccords. Il compte également des amis parmi les professeurs anglicans, mais finit par les mépriser à la fin de son adolescence en raison de leur comportement, notamment de leur dépendance à l'alcool.

 

Premiers voyages et premières tentatives de "conversions"...

    Cette expérience du milieu des prêtres anglicans le pousse à quitter Drayton-in-the-Clay en septembre 1643 et à errer sans destination précise, dans un certain état de confusion mentale. Il trouve refuge dans le bourg de Barnet, à Londres, et peut s'enfermer dans sa chambre pendant des jours tout comme s'aventurer seul dans la campagne. Ses méditations tournent alors principalement autour de la tentation de Jésus par Satan dans le désert; épisode biblique qu'il compare à sa propre condition spirituelle. Notons qu'il n'est pas le seul dans ce cas à cette époque de l'histoire de l'Angleterre, peuplée de mystiques de tout ordre. George FOX attire parfois l'attention de quelques théologiens, mais il les rejette comme menant une vie indigne des doctrines qu'ils enseignent. Il recherche également la compagnie des membres du clergé mais n'y trouve aucune réconfort, car eux aussi semblent incapable de répondre aux maux qui le tourmente (fumer du tabac, réciter des psaumes, saignées sont fréquemment conseillés!). Après un retour auprès de sa famille (qui pousse à se marier ou au service militaire...), il recommence ses errances, mais avec plus de circonspection dans ses rencontres, et également avec plus de ténacité dans l'expression de ses désaccords, voie qui le conduit plus tard à provoquer les ecclésiastiques en plain sermon...

Dans les quelques années qui suivent, George FOX voyage plus loin, à travers le pays et raffermit ses convictions religieuses. A savoir :

- Les chrétiens, bien qu'ils pratiquent leur religion de diverses manières suivant les endroits, seront tous "sauvés" par leur foi. Les rites religieux n'ont donc aucune incidence pourvu que le croyant soit pur en son for intérieur.

- La capacité pour exercer la prêtrise est donnée à un homme par le Saint-Esprit, et non par des études religieuses. Cela implique que n'importe quelle personne, y compris une femme, a le droit de guider les fidèles.

- Dieu "habite le coeur de son peuple obéissant"  : l'expérience religieuse ne doit donc pas être confinée au seul bâtiment de l'église. FOX, de fait, refuse de qualifier un édifice d'"église". Il préfère pratiquer son culte au milieu des champs, dans l'idée que la présence de Dieu peut aussi se faire sentir au sein de la nature.

   il cultive des relations avec les "Dissidents anglais", des petits groupes de croyants ayant rompu avec les églises établies en raison de l'originalité de leurs idées. Il espère un temps que ces "Dissidents" soient en mesure de l'aider dans son accomplissement spirituel, mais ses attentes sont déçues et il doit quitter un de ces groupes parce qu'il s'évertue à maintenir que les femmes possèdent elles aussi une âme.

 

La fondation de la Société des Amis et les premiers emprisonnements...

   George FOX commence à exercer ce qu'il appelle son ministère en 1648. Prêches sur les marchés, dans les champs, dans les "maisons-clochers"... Prêches puissants, dits avec conviction, se basant sur les Saintes-Écritures, mais puisant dans son expérience personnelle, au milieu souvent de querelles entre de nombreux courants chrétiens aux vues très opposées... Probablement cette confusion est profitable au trublion, notamment parce que la justice sociale se situe souvent au milieu de son discours moralisant. Nombreux sont ceux qui adhèrent alors à ses vues... dans les années 1650 le mouvement s'accélère...

Il est d'ailleurs inculpé de blasphèmes, souvent, et passent de longues semaines en prison, où les geôliers se voient refuser par lui le paiement de ses séjours (en effet, les prisonniers devaient payer leur pitance et les soins à leurs chevaux...) et le traitent durement. Il connait plusieurs périodes d'emprisonnement et ne doit sûrement qu'à ses nouveaux amis de ne pas tomber dans les oubliettes : à Londres en 1654, à Launceston en 1656, à Lancaster en 1660 et 1663... à Woercester en 1674... Bien que les lois interdisant la pratique d'un culte non autorisé aient été peu appliquées dans la pratique en Angleterre, elles sont parfois soulevées contre les quakers, sans doute par la manière volontairement provocatrice de leurs interventions. En plus, nombre d'Amis refusent de prêter serment devant les tribunaux, refusant l'allégeance à la Couronne.

Même pendant ses séjours en prison, George FOX continue d'écrire et de prêcher. Il considère sa condition de prisonnier comme une bonne occasion d'entrer en contact avec les gens qui ont besoin de son aide, geôliers ou prisonniers.

Très tôt, George FOX est confronté à des "adeptes" exaltés, mystiques, qui dans leur élan "évangélisateur" se désignent eux-mêmes comme nouveaux prophètes délivrant la Parole. Notamment vers 1656, chez l'un de ses meilleurs collaborateurs du moment, James NAYLER. Il vit vite le danger de ces "Messies" et reconnût que lui-même pouvait avoir les mêmes élans et la même intransigeance morale et c'est en partie pour se sauvegarder de ce danger qu'il prône une organisation communautaire de la gestion de la vie religieuse des Amis comme surtout une expression collective des opinions des membres.

 

La Société des Amis prend de l'ampleur de l'importance... politique!

  Dans les années 1650, les réunions organisées par le Amis attirent déjà des fidèles par milliers. Le Commonwealth, craignant un complot monarchiste, redoute que la population voyageant en compagnie de George FOX n'ait pour but de renverser le gouvernement. En 1655, FOX est arrêté et conduit à Londres pour un entretien avec Olivier CROMWELL. Après avoir assuré le Lord Protecteur qu'il n'a aucune intention de prendre les armes, FOX peut discuter avec lui des différences existant entre les Amis et les Églises plus traditionnelles, avant de lui conseiller d'écouter la voix de Dieu et d'y obéir. Son Journal rapport qu'au moment où il prend congé, CROMWELL, les larmes aux yeux, lui proposant de revenir le voir. Ce qui se passe en 1656 pendant plusieurs jours. Si l'entrevue se passe bien sur un plan strictement personnel, de même qu'en 1658, il n'en résulte que peu de choses, car CROMWELL est déjà très affaibli (il meurt en septembre 1658). Les nombreuses persécutions ne cessent guère (environ un millier en prison en 1657), parallèlement d'ailleurs à un développement considérable de la Société des Amis à travers tout le pays.

La restauration de la monarchie anglaise, avec l'avènement de Charles II, laisse les quakers dans une position précaire, vu les relations avec CROMWELL. Toutefois, ils bénéficient de la recherche de l'apaisement tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de Charles II, lui-même à l'écoute des appels à la recherche de la paix (il met un terme aux prises de serment et aux jeux de hasard...). Des centaines de quakers sont libérés de prison, malgré l'incertitude du gouvernement sur leurs possibles liens avec d'autres mouvements violents.

C'est dans ce contexte que de nombreux Amis peuvent émigrer en Amérique, dans une relative quiétude, même si après un temps passé en Nouvelle-Angleterre, nombreux sont bannis par les colons. Charles II facilite leur retour en Angleterre tout en faisant publier un édit interdisant ce bannissement. Les allers-retours d'Amis aux deux rives de l'Atlantique suscitent alors un grand intérêts pour le Nouveau-Monde, et pas seulement dans les cercles quakers...

 

Voyages en Amérique et en Europe.

   George FOX part en voyage (marié en 1669) en 1671 à la Barbade, puis dans les colonies anglaises d'Amérique du Nord. Parvenu au Maryland, il participe à une grande réunion de quatre jours avec les quakers locaux. Tandis que ses compagnons de voyage parcourent les autres colonies, il préfère rester un certain temps pour rencontrer quelques Indiens qui se disent intéressés par le mode de vie des quakers. Très impressionné par leur caractère, qu'il qualifie d"affectueux" et "respectueux". En Caroline du nord, il a d'ailleurs l'occasion de s'opposer fermement à un homme qui déclare que "la lumière et l'esprit de Dieu ne sont pas dans les Indiens".

Ailleurs dans les colonies, FOX aide à structurer les communautés d'Amis selon les mêmes principes que ceux adoptés en Angleterre. Il prêche également auprès de non-quakers, dont certains se convertissent. D'autres, notamment les catholiques, restent sceptiques.

Après avoir longuement parcouru les colonies américaines, George FOX regagne l'Angleterre en 1673. Vite renvoyé en prison, sa santé commence à en souffrir. Sorti de prison grâce à une demande de sa femme au Roi, il est devenu trop faible pour reprendre tout de suite ses voyages. Occasion d'écrire davantage, se consacrant à la question du serment, convaincu de son caractère crucial pour les quakers. Il rend ensuite visite aux Amis des Pays-Bas (1677 et 1684), et brièvement à des Amis allemands. Pendant ce temps, FOX écrit régulièrement en Angleterre pour participer aux débats à propos notamment du rôle des femmes dans les réunions. Au cours des dernières annés de sa vie, il continue de participer aux réunions annuelles de la communauté anglaise, et se rend même au Parlement pour y dénoncer les souffrances subies par ses compagnons. L'Acte de Tolérance (Act of Toleration) de 1689 récompense ses efforts, et permet à de nombreux Amis de sortir de prison.

A sa mort en 1691, et malgré les persistantes persécutions, il y a 50 000 quakers en Angleterre et en Irlande, sur une population d'environ 5 millions d'habitants. Il y a des groupes également en Hollande, en Nouvelle-Angleterre, en Pennsylvanie, au Maryland, en Virginie et dans les Carolines, qui prospèrent ensuite dans des conditions diverses.

 

Une oeuvre religieuse et littéraire très diffusée

  Le Journal de George FOX est publié pour la première fois en 1694, après avoir été édité par Thomas ELLWOOD, un ami de John MILTON et de William PENN. L'oeuvre en tant qu'autobiographie à tonalité religieuse est souvent comparée aux Confessions de SAINT-AUGUSTIN ou aux écrits de John BUNYAN. Le Journal, malgré son caractère extrêmement personnel, réussi à captiver tant les lecteurs ordinaires que les historiens en raison de la richesse des détails concernant la vie au XVIIe siècle ou les villes et villages visités par l'auteur.

  Des centaines de lettres écrites par FOX, pour la plupart des épîtres destinés à tous mais aussi quelques missives personnelles, ont également été publiées. Composées à partir des années 1650 sous des titres tels que Amis, recherchez la paix de tous les hommes ou aux Amis pour se reconnaître dans la lumière, les lettres donnent un aperçu essentiel de la pensée de l'auteur, et montrent sa détermination à la répandre. Ces écrits ont trouvé un public au-delà de la communauté quaker, de nombreux autres courants chrétiens les utilisant pour illustrer les principes du christianisme.

  L'influence de FOX sur la Société des Amis fut naturellement considérable, et la plupart de ses idées ont été largement reprises par la communauté. Toutes cependant n'ont pas reçu l'approbation de l'ensemble des quakers : son rejet puritain de toute forme d'art et de la théologie n'ont empêché le développement de ces matières chez les quakers que pour quelque temps.

Il est considéré de manière générale comme un pionnier. Son attitude pour la justice sociale et pour la paix (contre le service militaire et tout enrôlement dans des armées) est reconnu bien au-delà des frontière idéologiques.

 

George FOX, Journal de Georg Fox, 1624-1690, fondateur de la Société des Amis, Éditions "Je sers", Paris, 1935 ; Pensées de George Fox, fondateur de la Société des Amis, Quakers, 1944. (voir le site de l'Université George Fox : www.georgefox.edu

Henry Van ETTEN, George Fox et les Quakers, Éditions du Seuil, collection "Maîtres spirituels", 1956.

 

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5 juillet 2020 7 05 /07 /juillet /2020 06:59

   Conrad GREBEL est le cofondadeur des Brethen de Suisse (ou "Frères suisses") et considéré comme le "Père des Anabaptistes". Sa pensée, concentrée dans quelques écrits, influence par la suite de nombreux croyants et notamment ceux qui font partie des courants pacifistes.

   Fils d'un important commerçant suisse de Zurich, il est surtout éduqué à Bâle, Vienne et Paris. Il se lie d'amitié vers la fin des années 1510 avec Joachim VADIAN à l'Université de Vienne, un éminent professeur humaniste suisse. Il passe finalement en 6 ans par 3 universités sans finir ses études.

En 1521, il s'associe au groupe d'Ulrich ZWINGLI dont il devient un fervent soutien. C'est dans ce groupe qu'il devient également l'ami de Félix MANZ. C'est surtout là qu'il acquiert une solide formation en Grec classique, en Bible latine, en Ancien Testament hébreu et en Nouveau Testament grec. Il se converti en été 1522 et devient un fervent prêcheur.

 Mais avec 15 autres personnes, en 1523, il finit par se séparer de ZWINGLI à cause d'une dispute sur l'opportunité d'abolir la Messe et ses "abus". Le second sujet qui accentue leur division est celui du baptême des enfants. ZINGLI s'oppose à MANZ et GREBEL sur cette question. Le conseil municipal vote en faveur de ZINGLI et du baptême des enfants, exige du groupe de GREBEL qu'il cesse ses activités et ordonne que tout enfant qui n'avait pas été baptisé lui soit présenté pour le baptême dans les 8 jours, faute de quoi l'exil du canton serait prononcé.

Conrad GREBEL réunit son groupe, malgré l'interdiction, à la maison Félix MANZ en Suisse, le 21 janvier 1525 et exerce le premier baptême du croyant du mouvement. Date qui est généralement considérée comme celle de la fondation de l'anabaptisme. Les participants quittent ensuite la réunion, durant laquelle il y eut plusieurs baptêmes (dont le "baptême de la foi" de Georges BLAUROCK), avec le sentiment d'avoir une nouvelle mission. En octobre 1525, après plusieurs mois d'évangélisation dans des villes comme St Gall et Grüningen, après que de nombreux anabaptistes aient été arrêtés et parfois assassinés, GREBEL lui-même est finalement arrêté et emprisonné. C'est durant ce séjour en prison, qu'il prépare la défense de la position anabaptiste sur la question du baptême. Avec l'aide de ses proches, il s'évade en mars 1526. Il parvient à faire publié son pamphlet rédigé en prison avant de mourir de la peste.

 

    Toute la production littéraire de GREBEL se résume à 69 lettres écrites de septembre 1517 à juillet 1525, trois poèmes, une pétition au conseil de Zurich et le pamphlet contre le baptême des enfants. Trois lettres écrites par lui en 1523, 1524 et 1525 ont été conservées. Ses correspondances avec Andreas KARLSTADT, Martin LUTHER et Thomas MÜNTZER (1524) sont parmi les plus marquantes.

Bien qu'il n'ait vécu que 30 ans, qu'il ne se soit consacré au christianisme que 4 ans et n'ai donné qu'un an et demi à l'anabaptisme, l'impact de son action lui vaut le titre de "Père des Anabaptistes" et de chef du groupe des anabaptistes de Zurich.

Ses croyances ont laissé une empreinte profonde dans l'existence et la pensée du mouvement anabaptiste. La liberté de conscience et la séparation de l'Église et de l'État sont parfois considérés comme deux héritages des anabaptistes de Zurich. (voir Sébastien FATH, Les baptistes, une Église professante et militante, sur clio.fr)

    Ses croyances ont une forte influence dans la vie et la pensée d'Amish, de Baptistes même, et aussi au sein des églises mennonites comme pour d'autres mouvements piétistes. Il est considéré, avec Petr CHELCICKY (1390-1460) de Bohême, comme un des premiers nonresistants chrétiens de la Réforme.

 

Harold S. BENDER, Conrad Grebel, the Founder of the Swiss Brethen, notamment dans Mennonite Encyclopedia (5 volumes). Voir notamment le Global Anabaptist Mennonite Encyclopedia Online (gameo.org)

 

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16 avril 2020 4 16 /04 /avril /2020 17:38

    L'économiste de formation, militant pacifiste et socialiste américain Scott NEARING, promoteur de la "simplicité volontaire", est une des principales figures du mouvement de "retour à la terre" qui touche les États-Unis dans les années 1960 et 1970. Il publie de 1908 à 1979 des dizaines de livres et pamphlets sur des sujets économiques, politiques ou historique. En 1972, il publie une autobiographie remarquée intitulée The making of a Radical.

 

Une figure pacifiste et socialiste (tendance marxiste) de premier plan

    Doté d'un doctorat d'économie à l'Université de Pennsylvannie, Scott NEARIN enseigne de 1908 à 1915 l'économie et la sociologie à la Wharton School. Radical sur le plan politique, "socialiste tolstoïen", il devient suspect aux yeux du conseil d'administration de l'université l'informe en juin 1915 que son contrat de professeur ne sera pas renouvelé, décision qui fait grand bruit dans la presse à l'époque.

De 1915 à 1917, il enseigne les sciences sociales à l'Université de Toledo, puis à la Rand School of Social Science, établissement fondé en 1906 par le Parti socialiste d'Amérique. Parti prenante du mouvement pacifiste contre l'intervention américaine en Europe, il publie en 1917 son pamphlet The Great Madness : A victory for the American Plutocracy qui lui vaut une inculpation pour "obstruction to the recruiting ans enlistment service of the United States". Son éditeur, l'American Socialist Society, est également poursuivi. Le procès se tient en février 1919, plusieurs mois après la fin de la guerre. Scott NEARING est déclaré non coupable en mars mais l'American Socialist Society est reconnue coupable et doit s'acquitter d'une amende. Logique quand on considère d'une part que la guerre est terminée (l'activisme pacifiste proprement dit gêne beaucoup moins) et qu'un corps expéditionnaire formé entre autres d'éléments américains plus ou moins officiels combattent le nouveau pouvoir russe (la Russie a énormément déçu, les milieux militaires notamment...)

Dans les années 1920, Scott NEARING devient conférencier itinérant et demeure une figure majeure de la gauche américaine. Il rejoint le Parti communiste américain en 1927 mais en est exclu 3 ans plus tard.

En 1932, alors que la Grande Dépression frappe les États-Unis et n'ayant plus d'espoir de retrouver un poste de professeur, il part avec sa compagne s'installer dans le Vermont rural. Où il se lance dans les travaux de ferme et de retour à la nature, s'efforçant d'être le plus auto-suffisant possible.

En pacifiste convaincu, NEARING s'oppose à la participation américaine à la Deuxième Guerre mondiale, et logiquement il est renvoyé de Federal Press à cause de son positionnement anti-guerre, qualifié de "puéril" par le directeur de l'agence?

En 1954, après s'être installé deux ans plus tôt dans le Maine, il publie, avec sa femme Helen KNOTHE, Living The good Life : How to Live Simply and Sanely in a Troubled World. Le livre, qui traite de la guerre, de la famine et de la pauvreté, décrit leur expérience de 19 ans dans leur ferme du Vermont et promeut une agriculture domestique autosuffisante moderne ainsi que le régime végétarien. En janvier 1956, Allen GINSBERG, poète de la Beat generation, le cite en référence.

Alors que la guerre du Vietnam commence occuper le devant de la scène au milieu des années 1960, un vaste "mouvement de retour à la terre" se développe aux États-Unis et génère un nouvel intérêt pour ses idées. Son livre Living the Good Life connait un succès considérable (trente réimpression, 300 000 exemplaires).

En 1973, l'Université de Pennsylvanie revient officiellement sur sa révocation en lui remettant le titre de professeur émérite honoraire d'économie.

 

Des idées tirées autant de son expérience personnelle que des enseignements de professeurs.

   Né dans une famille d'affaires mobilières, où il développe une conscience sociale, témoins des dures politiques antisyndicales de son grand père. Un certain idéalisme (et une grand culture livresque) hérité de sa mère s'est heurté aux pratiques de l'entreprise. Avant d'obtenir son  doctorat, il est secrétaire de 1905 à 1907 du Pennsylvania Child Labor Commitee, une société bénévole qui travaille à résoudre le problème des enfants dans l'État.

Tout comme Karl MARX a tiré des implications radicales des idées du conservateur HEGEL, NEARING a pris la logique économique de son chef de département, Simon PATTEN, et a fait des inférences radicales sur la richesse et la répartition des revenus que son mentor avait hésité à tirer. Il croyait que la richesse sans entraves étouffait l'initiative et empêchait l'avancement économique, et espérait que les penseurs progressistes de la catégorie de propriété viendraient à réaliser l'impact négatif du parasitisme économique et à accepter leur devoir civique de leadership éclairé. De son côté, NEARING décrit un républicanisme économique fondé sur 4 concepts démocratiques fondamentaux : l'égalité des chances, l'obligation civique, le gouvernement populaire et les droits de l'homme. Au fur et à mesure qu'il avance dans son parcours intellectuel, il devient de plus en plus radical, surtout dans l'adversité, tout en restant un pédagogue hors pair auprès de ses collègues comme de ses élèves, s'attirant des sympathies même chez les plus conservateurs.

La première guerre mondiale approfondit ses convictions, dans le sens d'un pacifisme très proche de celui de THOREAU, également séduit par les aspects écologiques de sa pensée. Participant au Parti socialiste d'Amérique, il ne semble pas avoir pris parti pour l'une ou l'autre des factions qui s'y agitent, mais sympathise plus avec les anciens socialistes qui construisent alors les différents parti communistes. Il reste au Parti socialiste jusqu'à la fin de 1923, constatant son déclin spectaculaire et la chute du nombre d'adhérents (le parti des travailleurs d'Amérique - WPA - dépasse alors le Parti socialiste en taille et en force). 

La Grande dépression puis la Seconde guerre mondiale sont l'occasion d'approfondir encore ses convictions, multipliant les écrits sur les aspects intérieurs et extérieurs des États-Unis. En fait, son développement intellectuel suit de près la voie de la prise de conscience croissante de l'intransigeance des classes dominantes de la culture capitaliste refusant d'adopter des réformes qui, au vu des richesses accumulées, permettraient de faire accéder à l'ensemble du peuple le bénéfice de progrès dans tous les domaines... Jusqu'à ce qu'il pense que cette domination capitaliste est trop forte pour orienter les politiques intérieures et extérieures à des fins libérales. Ce qui le conduit à faire sécession de l'american way of life, à abandonner la vie politique pour prôner une sorte de mouvement par le bas, à partir d'une vie agraire. Il réalise alors ce qui pourrait être une synthèse des pensées de TOLSTOÏ, d'ÉMERSON et de THOREAU. mais il n'a pas écrit de théorie d'ensemble, son oeuvre étant éparses sur une quantité d'écrits, y compris dans des journaux les plus divers, notamment militants (Parti socialiste, parti communiste...).

 

Scott NEARING (avec John A. SALTMARSH, An intellectual Biography, Philadelphia : Temple University Press, 1981. Living the Good Life, 1954. On peut consulter sur le site goodlife.org, un grand nombre de ses idées, souvent élaborées avec son épouse Helen. Malheureusement, aucun de ses grands écrits n'a été traduit en Français.

David E. SHI, The simple life : Plain Living and High Thinking in American Culture, University of Georgia Press, 2007. Margaret O. KILLINGER, The goof life of Helen K. NEARING, UPNE, 2007.

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1 janvier 2020 3 01 /01 /janvier /2020 09:01

    Les Quakers, ou Société religieuse des Amis, mouvement religieux fondé en Angleterre au XVIIe siècle, font partie de cette grande dissidence de l'Église anglicane. Les historiens s'accordent à désigner George FOX comme le principal fondateur ou le plus grand meneur des débuts du mouvement. Mouvement qui s'est répandu dans les pays de colonisation anglaise. Avant au XXe siècle de se développer, avec un fort prosélytisme, en Amérique Latine et en Afrique. 350 000 fidèles quakers se déclarent dans le monde d'aujourd'hui, mais les chiffres varient (de manière certaine, 220 000 de par le monde, dont 120 000 en Amérique du Nord et moins de 25 000 en Europe)

  Durant les toutes premières années, les quakers se voient, à l'instar d'autres groupes religieux, comme un mouvement de rénovation de la vraie Église chrétienne, se débarrassant de tout credo propre et de toute organisation hiérarchique. C'est la "lumière intérieure" qui guide le quaker dans ses pensées et dans ses actions, et nombre d'entre les quakers se disent non-théistes.

   Même animés d'un esprit pacifique et de fraternité, les quakers ne sont pas exempts de nombreux conflits, à commencer, dans les débuts du mouvement, avec les autorités religieuses officielles, et entre différentes sensibilités. Le mouvement doit faire face très tôt aux persécutions, tant en Angleterre que dans les colonies. Robert BARCLAY pose en 1666 dans son Apologie de la véritable théologie chrétienne ainsi qu'elle est soutenue par le Peuple, les bases théoriques du mouvement.

Dans le grande mouvement d'émigration forcée vers les colonies, les Quakers fondent notamment la Pennsylvanie (William PENN, 1682), avec une constitution qui sert ensuite de base à celle des États-Unis. Cet État est un refuge pour tout monothéiste persécuté, même non quaker, caractérisé par le refus de l'esclavage et une attitude particulière envers les autochtones et les européens non anglais, avant d'être au courant du XVIIIe siècle, un État comme un autre, avec toutes ses caractéristiques régaliennes.

    La Société Religieuse des Amis connait au XVIIIe siècle de nombreux schismes. James et Jane WARDLEY fondent en Angleterre une bande dissidente, les shakers ou "shaking quakers", mouvement qui prospère ensuite aux États-Unis après le départ de plusieurs de ses membres, emmenés par la charismatique Ann LEE, en partie en réaction d'ailleurs de l'évolution générale des quakers par rapport aux autorités politiques et militaires. Au XIXe siècle, les quakers en Irlande et aux États-Unis vivent aussi plusieurs schismes.

   Si égalitarisme, pacifisme, simplicité de vie et de croyances, souci de l'éducation et intégrité, comme engagement extérieur, caractérisent l'ensemble des quakers, des différences notables existent entre hicksites-orthodoxes (rassemblés en 1827, autour du discours de Elias HICKS, unitarien), gurneyites-wiburites (autour de Joseph John GUERNEY et John WILBUR, issus de débats houleux autour d'un rapprochement avec les autres Églises chrétiennes, en 1842), beanites (opposés au développement du courant évangélique, autour de Joel BEAN, dans l'Ouest des États-Unis) et d'autres quakers qui se considèrent beaucoup plus comme universalistes, agnostiques, et même parfois athées ou non-théistes, devenus nombreux dans la seconde moitié du XXe siècle.    

   La Société des Amis est traditionnellement structurée en "Assemblée" dites locales, mensuelles, trimestrielles et annuelles, qui correspondent à des zones géographiques de tailles croissantes, avec une forte autorité décisionnelle dans les Assemblées mensuelles et annuelles.

 

Des principes communs

   Les Quakers croient à la présence en chque homme d'une "semence ou d'une lumière divine" qu'il doit retrouver dans la méditation silencieuse. Le culte est donc, chez eux, en principe, car il y des variantes, entièrement spontané. Les exhortations que chacun des participants est libre de faire doivent être le fruit de la communion réussie avec la lumière d'en-haut, dans le silence. Le même Esprit qui a inspiré la Bible peut inspirer tous les croyants. Les quakers ne connaissent pas d'autre canal à la grâce divine que celui de cette inspiration directe. Aussi rejettent-ils tous les sacrements, même le baptême et la Cène. Chaque acte du chrétien doit être un signe de la grâce de Dieu pour lui-même et pour les autres hommes. A ces conceptions il faut relier la pratique de la conduite des affaires de la Société dans les réunions (meetings) mensuelles, trimestrielles ou annuelles, dans lesquels réside l'autorité en matière de foi et d'administration. Tous les quakers, hommes ou femmes, y participent à égalité. Les "Anciens" n'y jouissent d'aucun pouvoir particulier, à partit l'autorité morale qu'ils peuvent s'être acquise. Les décisions ne sont pas prises à la majorité des voix, mais à l'unanimité. Il s'agit d'arriver à dégager the sense of the meeting (le sentiment de l'assemblée), ce qui se fait soit naturellement, soit par recours à des moments de méditation silencieuse.

     

Premiers quakers et évolution du quakerisme

   La référence commune à tous les quakers est la vie et l'action de George FOX (1624-1691), dont la biographie est abondamment diffusée et commentée au sein des groupes, sans excès particulier, avec un grand sens de la perspective historique et du contexte sociologique. Anglican par sa famille, George FOX est choqué dès la fin du règne de Charles 1er et encore plus pendant le Commonwealth cromwellien, par l'abondance des groupements, sectes et Églises qui prétendent alors tous à la vérité et dont le formalisme et l'exclusivisme lui inspirent de l'aversion. Il devient alors un "chercheur", un homme détaché de toute appartenance ecclésiastique, en quête d'une vérité à découvrir personnellement. La mystique de Jacob BOEHME, dont les écrits viennent d'être traduits en anglais, semble l'avoir beaucoup influencé. A cela, il faut ajouter une introversion quasi maladive qui joue, chez lui, dans le sens de l'individualisme mystique. Comme beaucoup de chercheurs (seekers) de son temps, le père de la Société des Amis, participe à la fermentation antinomienne caractéristique des sectes du Commonwealth. Il n'hésite pas à interrompre les cultes de l'Église officielle pour proclamer son message, à bravers les autorités ou à les apostropher durement. Ainsi le sobriquet de quakers (c'est-à-dire de trembleurs) attribués à ses disciples vient, selon certains, du conseil qu'il aurait donné à un juge qui l'interrogeait : "Fais ton salut avec crainte et tremblement". A moins que les "Amis" n'aient été dénommés trembleurs à cause des manifestations d'émotion frénétique qui se produisaient habituellement dans leur culte et leurs prédications.

Parmi les premiers Amis, certains donnent le spectacle de véritables déviances, tel James NAYLER, qui se prend pour Jésus lui-même. Quoiqu'il en soit des liens possibles entre les quakers - pacifistes absolus et se refusant à tout serment - et certains mouvements révolutionnaires du Commonwealth, tels les diggers, les levellers et les ranters, le quakérisme se caractérise par une attitude de protestation radicale, sociale et religieuse. En rejetant le voussoiement, les formules et les gestes de politesse, les appellations traditionnelles des jours de la semaine, en refusant même de donner aux églises d'autre nom que celui de "maisons à clocher", les premiers quakers mettent en cause toutes les relations sociales et religieuses de l'époque et du lieu, de même qu'ils dénoncent, avec toutes les branches de la Réforme radicale, le lien entre la culture de la société globale et le christianisme.

      Cette attitude de contestation radicale vaut au quakérisme d'être persécuté, et parfois, amalgamé à d'autres mouvances, plus violentes d'ailleurs. De 1650 à 1689, plus de 3 000 de ses disciples connaissent l'emprisonnement, la torture, les vexations ; 300 à 400 d'entre eux sont morts en prison. L'Amérique du Nord est leur secours, où se déploie l'extraordinaire fortune de l'État quaker, la Pennsylvanie, le "pays sans armée", qui demeure, de 1682 à 1756, sous la responsabilité des Amis.

Après l'époque exubérante des commencements, les quakers passent par une longue période de repli, caractérisée par la sclérose de la pensée. De ce phénomène témoigne déjà, au sein de la première génération, Robert BARCLAY, dont l'Apologie de la véritable religion chrétienne (Londres, 1713) est un exposé en forme scolastique d'une doctrine mystique. La non-mondanité quaker devient vite aussi une simple affaire de conformisme à des modèles vestimentaires et autres. Les infractions en ce domaine sont alors sévèrement punies, en particulier par l'excommunication. Ce fait et le manque de prosélytisme - mais aussi les divisions introduites au sein du "monde" quaker - expliquent qu'aujourd'hui le nombre des quakers soit si minime.

Le regain postérieur d'activité ne suffit pas à rendre attractive la vie quaker et à faire de la Société religieuse des Amis une force politique, religieuse ou sociale. Si les Amis ont joué un rôle de pionniers dans l'utopie sociale et politiques, ils se sont distingués dans l'éducation, mais aussi par leur aptitude à bâtir d'énorme fortunes charitables et sociales et par leurs convictions pacifistes. Aujourd'hui, les quakers jouent encore un certain rôle sur le plan diplomatique.  Ils collaborent aujourd'hui avec le Conseil Oecuménique des Églises et sont partisans d'une coopération à la base des chrétiens plus que de l'unité (bureaucratique) visible des Églises. (Jean SÉGUY)

 

Une notoriété qui perdure

    Loin de certaines manifestations exaltées de la foi de l'époque des fondations, les activités des quakers sont parfois importantes comme lors de l'aide alimentaire apportée en Allemagne après les deux guerres mondiales (secours quaker) ou de portée à long terme comme les activités diplomatiques. Les diplomates en général connaissent le plus souvent le mouvement quaker grâce à des organisations créées dans le but de faciliter les contacts informels, non officiels et par les actions de médiation entreprises sur le terrain. Entre 1952 et 1974, plus de 2 000 diplomates ont participé à des rencontres organisées à leur intention. La première conférence a eu lieu à Clarens dans le canton de Vaud en Suisse (voir afsc.org).

L'activité des quakers (qui n'ont toutefois pas de liens avec la marque de céréales Quaker Oats) est connue notamment par voie littéraire et cinématographique : VOLTAIRE déjà les fait connaître dans ses Lettres philosophiques en 1734. Les quakers sont bien connus aux États-Unis par leur "sainte expérience" dans l'État fondé par eux de Pennsylvanie et par leur implication dans les conclusions constitutionnelles de la révolte contre l'Angleterre. Si les quakers se sont ouverts au monde moderne et ont abandonné pour la plupart les comportements qui les rendaient très visibles par rapport à leurs contemporains (habillements, manière de parler, alimentation...), leur implication dans les mouvements anti-esclavagistes, contre la peine de mort, dans le monde pénitentiaire et dans l'éducation, pour la paix dans le monde et la place des femmes dans la société demeure une constance : ils alimentent - souvent discrètement - de multiples réseaux de contestation et de réforme sociales. Moins religieux (ne se disant même pas plus protestants que d'autres, vu l'évolution il est vrai des protestantismes officiels...), plus impliqués que jamais dans la société globale, les quakers exercent une véritable influence, d'autant qu'ils ne montrent généralement aucune préférence politique et qu'ils se réclament souvent d'une laïcité tolérante.

 

 

Henry VAN ETTEN, Le quakérisme, Paris, 1953 ; George Fox et les quakers, 1956. William J. WHALEN, Les Quakers : nos voisins, les Amis, Paris, 1976. Jeanne HENRIETTE-LOUIS, La Société religieuse des Amis (Quakers), Brepols, collection Les Fils d'Abraham, 2005.

Jean Séguy, Quakers, dans Encyclopedia Universalis, 2014.

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22 novembre 2019 5 22 /11 /novembre /2019 07:26

     Le dirigeant religieux chrétien anabaptiste frison (Pays-Bas) Menno SIMONS, d'abord prêcheur "évangéliste" après avoir été ordonné prêtre à Utrecht, est à l'origine, selon ses adeptes, du mouvement mennonite.

 

Du ministère catholique au ministère anabaptiste

    Influencé par les idées sacramentaires des premiers réformateurs hollandais et par sa lecture du Nouveau Testament aux alentours de 1526, il émet des doute sur la présence réelle du Christ dans l'Eucharistie. Rappelons que, longtemps, l'Église catholique enseigna que le corps et le sang de Jésus-Christ sont réellement présents lors de l'Eucharistie pendant la messe.

Entre 1526 et 1531, il se considère comme un prêcheur "évangélique" même s'il ne quitte pas l'Église catholique. Nommé curé à Witmarsum en 1531, il est en contact avec des disciples de Melchior HOFFMAN (les melchiorites) qui comment à appliquer le baptême de l'adulte. Même s'il ne les rejoint pas, on peut voir dans un de ses premiers écrits (La Résurrection spirituelle, 1534) que sa pensée se rapproche de celle des melchiorites.

En avril 1535, plusieurs centaines d'anabaptistes, inspirés par des messages venus de la ville de Münster, prennent le monastère d'Oldeklooster, en Frise. Après un court siège, la plupart des moines sont tués ou faits prisonniers. Et Menno SIMONS se sent responsable du désastre. Il écrit alors un pamphlet contre les dirigeants münstérites (Le Blasphème de Jan von Leyden). Même si son pacifisme a des limites (l'autodéfense est parfois nécessaire), il s'oppose au projet des leaders de Münster d'établir le royaume de Dieu sur terre par le glaive. Ce pamphlet n'est pas publié, car Münster tombe deux moins plus tard.

    En janvier 1536, Menno SIMONS quitte l'Église catholique, à la suite de ses doutes concernant les sacrements et pour diriger les fidèles anabaptiste dans une voie non-violente par rapport à leurs persécuteurs. C'est probablement au cours de cette période qu'il est rebaptisé. Par la suite, il se marie et a des enfants. Un an plus tard, il est ordonné ancien par le dirigeant melchiorite Obbe PHILIPS. A partie de ce moment, il est traqué.

En 1540, il publie Fondation de la doctrine chrétienne, livre de théologie sur les croyances et pratiques anabaptistes, vite traduit en d'autres langues. Cette publication et d'autres de Mennno SIMONS servent alors de fondations à l'anabaptisme et au mennonitisme. Les réformes radicales qui s'en inspirent sont à l'origine du développement du mouvement évangélique. Il vit un temps à Cologne, puis durant les treize dernières années de sa vie, dans le Schleswig-Holstein.

  Ses écrits sur la nonrésistance, la liberté de conscience, la discipline, la peine capitale, l'éducation et le bon usage des richesses font encore autorité dans la mouvance mennonite.

 

Donald B. KRAYBILL, Concise Encyclopedia of Amish, Brethen, Hutterites, and Mennonites; USA, JHU Press, 2010. The Complete Writings of Menno Simons, tranlated by Leonard Verduin and editited by John C. Wenger, with a biography by Harold S. Bender, Scottdale, PA, 1956. H.S BENDER and J. HORSCH, Menno Simons' Life and Writings, Scottdalen PA, Mennonite Publishing House, 1936.  Menno Simons.net

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18 novembre 2019 1 18 /11 /novembre /2019 09:45

    Les Amish (Amisch en Allemand de Pennsylvanie), communauté religieuse anabaptiste fondée en 1693 en suisse par Jokob AMMAN, sont connus pour mener une vie simple et austère, se tenant à l'écart du progrès et des influences du monde extérieur. Ils ont donc gardé une grande partie des valeurs du XVIIe siècle, et se caractérisent par une forte cohésion sauvegardée par un système d'autorité, qui est d'ailleurs contesté en son sein.

 

Une histoire marquée par la répression et l'émigration

Ils trouvent leurs racines dans les communautés anabaptistes pacifiques installés en Suisse, particulièrement dans le territoire relativement vaste à l'époque du canton de Berne. Comme ils refusent, de la même manière que d'autres communautés anabaptistes, le baptême des enfants, ils ont longtemps été en butte aux diverses autorités religieuses. Interdit par l'Édit de Spire du 4 janvier 1528, l'anabaptisme se maintient cependant dans les régions rurales où ils entretiennent des relations de bon voisinage. Ils sont même renforcés par les abus du patriarcat bernois qui provoquent un exode de certains paysans mécontents de l'Église réformée officielle vers ces groupes dissidents qui tentent de pratiquer les valeurs évangéliques.

La férocité de la répression menée par les autorités bernoises obligent divers groupes à émigrer vers Montbéliard et l'Alsace. Avant la grande émigration vers le Nouveau Monde ou les Pays-Bas à partir de la moitié du XVIIe siècle, mouvement accéléré par la répression française de Louis XIV (édit d'expulsion des anabaptistes d'Alsace de 1712), notamment grâce à l'accueil des communautés mennonites et quaker. Par la convention de foi de 1632, commune à tous les anabaptistes, des communautés amish, américaines surtout, restent soudées entre elles, même si la plupart de ces communautés n'ont finalement pas conservé leur identité Amish.

On peut écrire que l'autoritarisme manifesté par certaines responsables des communautés est la cause de nombreuses divisions non seulement entre communautés mais également à l'intérieur de celles-ci, nonobstant l'image qu'on peut en posséder de l'extérieur. Le pacifisme affiché, qui pousse véritablement les membres à refuser toute implication dans les conflits armés de leur entourage, et à pratiquer une non-violence quotidienne, fait contraste avec une certaine violence interne (basée sur l'obéissance aux aînés gardiens souvent tatillons), héritage précisément d'une société où les différends religieux se règlent de manière tranchée, rivée sur des interprétations des Évangiles.

Une premier schisme amish se déclenche à partir de 1693. Le pasteur anabaptiste Jakob AMMAN (1645-1730), provoque un débat avec l'ensemble des communautés. Il estime constater un relâchement doctrinal dans les communautés suisses, lesquelles, sous la persécution, doivent souvent leur survie au bon voisinage et aux respect de leurs voisins, alors que les Alsaciens bénéficient alors d'une tolérance totale. Il relève six points d'opposition, dont 3 concernent la discipline, estimant que la sanction d'ostracisme n'est pas suffisamment appliquée. Sur 69 pasteurs, 27 sont en sa faveur, dont 20 en provenance d'Alsace et 5 du Palatinat. La grande majorité des anabaptistes alsaciens deviennent donc amish. Vers 1700, Jakob AMMAN et plusieurs de ses partisans regrettent la division et proposent de s'excommunier eux-mêmes temporairement jusqu'à de que l'unité soit retrouvée, mais, ayant été trop vigoureux dans les débats, leur proposition est reçue avec méfiance. La notion d'exclusion totale mise en avant par les Amish est ce qui va donner à leur communauté la capacité de résister à toute intégration et à toute influence, particulièrement lorsqu'elle est regroupée dans une région isolée. En même temps, il renforce un isolement qui empêche la communauté de réellement s'étendre.

La division majeure qui a entrainé la perte de l'identité de nombreuses congrégations amish s'est produite au troisième quart du XIXe siècle. La formation de factions s'est passée à différents moments à différents endroits et son histoire n'est connue que de manière fragmentaire. En fait, le processus de fractionnement est plutôt un "tri". Les Amish sont libres de rejoindre une autre congrégation amish à un autre endroit qui leur convient mieux. Toutefois, dans les années qui ont suivi 1850, les tensions augmentent au sein des congrégations amish et autres différentes congrégations. Entre 1862 et 1878, des conférences ministérielles ont lieu chaque années à différents endroits, concernant la façon  dont les Amish doivent faire face aux tensions causées par les pressions de la société moderne. Les réunions elles-mêmes sont une idée progressiste : auparavant chaque congrégation obéissait à un responsable sans grande discussion ; pour les évêques l'idée même de se réunir pour discuter de l'uniformité est une notion sans précédent dans l'église amish, et d'ailleurs au cours des premières réunions, les évêques les plus traditionalistes décident de boycotter les conférences. Les membres les plus progressistes, comprenant environ les deux tiers des évêques sont appelés plus tard Amish Mennonites; et finalement unis avec l'Église mennonite, et d'autres dénominations mennonites, principalement au début du XXe siècle.

La situation s'est ensuite stabilisée, les groupes les plus traditionnels s'appellent Amish du Vieil Ordre. Les congrégations qui ne prennent pas parti dans la division après 1862 forment la Conférence conservatrice amish mennonite en 1910, pour finalement laisser tomber le mot "Amish" en 1957.

Parce qu'il n'y a pas à ce moment de division en Europe, les congrégations amish qui y sont restées prennent le même chemin que les Amish Mennonite en Amérique du Nord et fusionnent progressivement avec les Mennonites. La dernière congrégation amish d'Allemagne à fusionner ainsi est la congrégation d'Ixheim Amish, avec l'église mennonite en 1937. Certaines congrégations mennonites, dont la plupart en Alsace, descendent directement d'anciennes congrégations amish.

 

Une attitude traditionaliste et pacifiste persistante au XXe siècle

    En 1955, les Amish rejettent le système de protection sociale que l'État fédéral souhaite étendre aux agriculteurs, la communauté estimant pouvoir subvenir seule à ses besoins (ce qui est amplement confirmé!). En 1965, les plus de 65 ans sont exemptés par le Congrès de souscrire au régime d'assurance santé. A la fin des années 1960, ils font néanmoins une concession sanitaires en acceptant la décision des autorité de réfrigérer les cuves à lait avec des moteurs diesel (et non avec l'électricité publique, qu'ils refusent). Pendant la guerre du Viet-Nam, en 1966, le National Amish Steering Commitee défend les Amish qui refusent d'aller combattre avec la conscription, au non leur idéologie de non-violence.

Dans l'ensemble, les communautés sont fortement regroupées sous l'autorité de leur "Conseil des Anciens", avec un forte discipline, appuyée toujours sur l'arme suprême de l'excommunication et de l'exclusion sociale. Ces communautés rejettent tout ce qui peut les couper des Évangiles ou à se diviser, en particulier par l'orgueil ou la jalousie, ce qui se concrétise à la fois dans leurs habitudes vestimentaires et leur emploi du temps (travaux agricoles particulièrement intenses, entraide de réparation ou de construction...). Le plus souvent, le "Conseil des Anciens" refuse toute innovation technique ou sociale et d'entrer peu ou prou dans la société de consommation, quoique les situations diffèrent parfois d'une communauté à l'autre, notamment en ce qui concerne la liberté pour les adolescents de voisiner (dans la journée ou en soirée) avec des non-amish. Quels que soient les libertés admises (concédées surtout, souvent à contre coeur), les choix de vie sont toutefois très limités, vus les conditions draconiennes de présence sur le "territoire" de la communauté. On observe que 10% des jeunes toutefois quittent la communauté à l'issue d'une sorte de "rite de passage" consistant en une fréquentation limitée dans le temps et l'espace avec des jeunes "extérieurs"...

La fréquentation des "anglais", comme ils les appellent, produit des effets variés suivant les régions. Mais comme ceux-ci, de manière générale, ne montrent guère d'empressement à les fréquenter ni d'ailleurs à leur imposer les obligations formelles (notamment scolaire ou militaire) de l'ensemble de la société et qu'ils ne font eux-même guère de prosélytisme (à l'inverse des Quakers par exemple), les quelques 300 000 membres répartis dans 31 États des États-Unis ainsi que dans 4 provinces canadiennes, restent dans une société relativement stable. Dont les membres croissent de manière régulière depuis les années 1900, doublant tous les vingt ans, grâce à une forte natalité et un taux de rétention très élevé des jeunes élevés dans les communautés.

      La visibilité des Amish à l'ensemble des sociétés environnantes est assez faible, et réduite aux plus proches voisins, si l'on excepte une certaine popularisation (cinéma - dont le film Witness de 1985, reportages télévisés), et cela satisfait pleinement les "Conseils des Anciens". Parfois, un livre d'un ou d'une ancienne Amish reçoit un certain écho, comme celui de Saloma Miller Furlong (Pourquoi j'ai quitté les Amish, 2013, à notre connaissance non traduit en Français) qui veut dénoncer l'oppression intérieure qui selon elle régit les relations entre membres des communautés, tout en indiquant la très forte solidarité et la chaleur humaine qui les unissent.

 

Temporalités en conflit

    Sans doute est-ce dans le contraste de la perception du temps que se situe le plus grand décalage entre les communautés - rurales et agricoles - amish et la société globale américaine. Notamment dans le Vieil Ordre qui représente aujourd'hui quelques cent cinquante mille personnes appartenant à près de mille congrégations, qui forment autant d'Églises invisibles qui perpétuent la tradition d'un service religieux rotatif tenu non dans un temple mais au domicile des fidèles. C'est ce qu'étudie Fabienne RANDAXHE, de l'Université de Saint-Étienne/GRSL-CNRS/EPHE, qui condense ses observations dans un texte de 2002.

S'ils se regroupent en districts, somme toute comme bien des agriculteurs américains, les adeptes ne vivent pas dans des espaces réservés mais sont immergés au sein de la société où le communautarisme constitue le mode d'organisation commun. Ils n'en sont pas moins habités par un idéal religieux de vie agricole et de séparation du monde : "vocation, écrit-elle, qui vaut à la communauté d'être volontiers décrite comme un ordre archaïque, figé dans le temps. Mais il serait naïf de s'en tenir à cette imagerie populaire succombant à l'éternité présumée des systèmes traditionnels.

"Loin de se cantonner, explique la chercheuse en sciences sociales, à un strict refus de la modernité au nom de coutumes intangibles, l'Old Order de Pennsylvanie connaît une dynamique intense au sein de sa tradition." La question de l'acceptation du progrès technique - question qui provoque en 1910 et 1966 les schismes entre Peachy Amish et New Oder Amish d'une part et Vieil Ordre d'autre part - travaille constamment ces communautés. 'Le défi industriel et urbain, le progrès technique et les contacts croissants avec l'extérieur l'y contraignent. La rencontre avec la société moderne met en regard des expériences temporelles différentes et conflictuelles. Elle conduit les adeptes en quête de limites avec le monde à concevoir un système de temps duel qui articule un slow time et un fast time, symbolisant respectivement la tradition par la lenteur et la modernité par la vitesse. Ces deux rapports au temps - symétriques - s'intègrent à celui que la tradition exprime par ses activités, groupes et liens sociaux significatifs, mais aussi à travers l'expérience et la relation à l'espace."

"Clé de voûte de l'ordre communautaire traditionnel que représente l'Old Order, l'Ordnung incarne intrinsèquement une dualité temporelle. Prise entre les coutumes anciennes et les comportements progressistes, cette règle mélange le temps présent et celui de la fondation dans une réinterprétation de la praxis. L'Ordnung s'affirme comme le garant des arts de faire ancestraux et d'un être amish authentique, fidèle descendant des premiers anabaptistes. Englobante, la discipline définit aussi bien les manières de s'habiller, de travailler, de construire sa maison, de se transporter, d'éduquer les enfants que de se divertir. Elle fait loi : les usages établis ne pas préférentiels mais ont valeur de prescription ou d'interdit formels. Elle entend ainsi assurer les particularités d'un mode de vie contre-culturel, en marge du monde et de ses errements. Transmise de génération en génération, elle met en scène la tradition. Orthodoxie appliquée qui se rêve immuable, l'Ordnung n'en admet pas moins le changement. Nombre de ses principes renvoient à un passé proche, contemporain de beaucoup d'adultes. Le XXe siècle fut riche de transformations tant à l'intérieur des maisons qu'à la ferme et dans l'artisanat amish, et des aménagements redéfinissent les savoir-faire et les conduites quotidiennes, qui intègrent les pratiques anciennes de l'Ordnung et acquièrent le statut de ce qui est traditionnel. La règle représente en ce sens un structure d'invariance qui travestit le changement. En garantissant que les formes renégociées des comportements de l'être amish regagnent l'éternité de la tradition, elle se prétend un déni du temps qui passe. Représentation mythique de la communauté, elle est la mémoire cachée de l'évolution du Vieil Ordre." Les emprunts à la modernité s'opèrent suivant une sélection qui préserve un mode de vie local (la traction à cheval, les entreprises de petite taille, les relations entre adeptes, la solidarité communautaire, l'indépendance, la surveillance mutuelle, les principes enracinés dans la règle, la pratique d'une non-violence entre les personnes également). L'adoption des innovations techniques se fait au compte-gouttes, l'électricité et le téléphone est reléguée à l'usage individuel (lampes de poche mais non installations électriques générales) ou aux frontières de la communauté (téléphones communautaires installés en bordure de ferme) et prévient l'individualisme, les interactions et les influences extérieures, l'accès sans borne aux biens matériels, les frivolités ostentatoires, rappelle le devoir d'humilité et de modestie et d'obéissance aux règles. La mémoire anabaptiste est régulièrement mobilisée dans des cérémonies simples, où sont invoqués, dans une langue vernaculaire anglo-germanique, les textes majeurs que constituent la bible en haut allemand, les rares disciplines des premiers leaders, la Confession de Dordrecht de 1632 et les deux ouvrages retraçant l'époque européenne des adeptes (le Martyr Mirror et l'Ausbund)...

Temps religieux et temps quotidien sont inséparables dans pratiquement toutes les activités, suivant un rythme saisonnier rappelé d'ailleurs par des calendriers, où voisinent astronomie, conseils agricoles et extraits des textes fondateurs diffusé simultanément et périodiquement dans toutes les communautés. Même l'esprit de rébellion - qui se manifeste dans un temps très courts de manière ouverte et ostentatoire - propre aux adolescents est encadré, organisé dans l'ensemble des rencontres entre sexes et parentés. "Le système-temps du Vieil Ordre est ainsi fondé sur l'articulation de différents paramètres. Les rapports entre les domaines respectifs des activités, des groupes sociaux, des cycles religieux et des événements historique construisent un ordre temporel d'ensemble, source de cohésion et de sens pour la vie de la communauté. (...) L'observation participante (de plus) révèle que le rapport au temps est du domaine de l'expérience, expériences des activités et des savoir-faire significatifs, de l'appartenance socio-professionnelle, du sentiment religieux, de l'histoire de la communauté à travers une mémoire collective."

C'est l'éloge du temps lente mis en pratique quotidiennement qui fait la force du collectif, le marque face au monde extérieure et fonde sa personnalité. Il s'agit d'une véritable mise en musique de l'opposition slow time versus fast time articulant l'opposition entre intérieur et extérieur. Il s'agit non seulement de valoriser pour le bien-être collectif le mode de vie traditionnel mais également de montrer divers méfaits engendrés par le monde moderne extérieur. Il y a là un effet miroir entre adeptes et "anglais", qui renforce l'emprise communautaire. Cette manière de comprendre le monde extérieur est pour les Amish une façon de reconnaître dans le Vieil Ordre un conservatoire des origines et de l'innocence des choses et des hommes. "Une telle représentation, associée à celle des adeptes comme descendants des pèlerins fondateurs  (représentation elle-même reconnue par les "anglais") des premières colonies américaines, témoigne de la volonté de faire du Vieil Ordre un lieu (réconfortant) de mémoire. Cette ambition traduit aussi la recherche d'une certaine épaisseur historique par un pays qui peut juger en manquer. La rencontre entre la tradition de l'Old Order et le monde moderne figure aussi une dialectique où l'un et l'autre univers participent mutuellement à la construction de leurs rapports au temps réciproques, où mythe et histoire se croisent sans s'exclure."

 

Steven NOLT, Histoire des amish, Excelsis, Charols, 2010. Marie-Thérèse LASSABE-BERNARD : étude historique et sociologique, Honoré Champion, 2000. Paul-Emmanuel BIRON, Les Amish. Pacifiques et radicaux, Olivétan, Lyon, 2015.

Fabienne RANDAXHE, Temporalités en regard. Le Vieil Ordre amish entre slow time et fast time, dans Annales, Histoire, Sciences Sociales, n°2, 2002. www.persee.fr

RELIGIUS

 

Complété le 22 novembre 2019

 

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9 novembre 2019 6 09 /11 /novembre /2019 08:43

   Issu du courant pacifiste et communautaire de l'anabaptisme du XVIe siècle, l'huttérisme revêt une valeur sociologique exemplaire par la rigueur avec laquelle, jusqu'à l'époque actuelle et par-delà plusieurs migrations successives qui l'ont amenée finalement en Amérique du Nord, il est resté fidèle non seulement à son idéal religion primitif, mais aussi à se structure sociale initiale, ainsi qu'au dialecte et même aux vêtements de son milieu original. Fondé en Moravie à Nikolsburg (actuellement Mikulov, dans la partie orientale de la République tchèque), par un pasteur anabaptiste tyrolien, Jakob HUTTER, torturé et brûlé comme hérétique en 1536, l'huttérisme groupe des milliers de frères répartis dans des fermes communautaires, d'où est bannie la propriété privée et dans lesquelles le chef distribue le travail. Aujourd'hui, ce mouvement subsiste surtout au Canada (pour les trois-quart) et aux États-Unis (pour un quart) où environ 50 000 adeptes vivent en circuit fermé dans des communautés agricoles. Les huttériens sont divisés en deux groupes, les vieux huttériens et les nouveaux huttériens, ce derniers ayant été excommuniés par les premiers.

 

Le contre-exemple de la révolte de Münster

    La volonté de retour aux valeurs du christianisme originel qui travers tout le protestantisme et ses différents courants, dont l'anabaptisme ne doit pas faire oublier la tendance de fond, très visible dans certaines fractions de l'huttérisme, d'imposition autoritaire de manières de penser, y compris par la violence. C'est ainsi que la révolte de Münster peut se comprendre, entre aspirations spirituelles collectives d'assurer le salut (qui ne peut être que collectif et pas seulement individuel) et habitudes des relations de domination à l'intérieur des groupes religieux, même les plus progressistes. Cette révolte dans la ville allemande de Münster en Westphalie, de février 1534 à juin 1535 constitue une tentative de la part des anabaptistes d'établir une théocratie. Sous la conduite de Jean de LEYDE, qui prétend être directement inspiré par des visions divines, la ville est alors administrée sous la terreur alors que la polygamie est légalisée. La ville est reprise par les armes en juin par son ancien archevêque et les meneurs mis à mort. Cet épisode de la révolte de Münster n'a pas seulement laissé une image déplorable de l'anabaptisme, communauté religieuse engagée dans son immense majorité dans une non-violence absolue, il constitue pour ses adeptes-mêmes un avertissement sur des tendances de fond auxquelles tout fidèle doit être vigilant. Loin d'occulter cet épisode, maintes autorités religieuses conçoivent même cet épisode comme le contre-exemple de ce que doit faire la communauté pour assurer le salut individuel et collectif. La révolte de Münster marque un tournant dans l'histoire du mouvement anabaptiste qui pouvait alors aller un peu dans tous les sens. Il n'aura à et ne voudra plus jamais assumer le pouvoir politique ou civil et adopte des mesures strictes pour réprimer toute tentative en ce sens (notamment par l'exclusion). En août 1536, les dirigeants des différents groupes anabaptistes se réunissent à Bocholt dans une tentative de maintenir l'unité. La réunion comprend adeptes de Batenberg (de disciples de Jan van BATENBERG qui conserve les vues millénaristes de l'anabaptisme de Münster, polygamie et usage de la force), survivants de Münster, David JORIS et ses sympathisants et anabaptistes non-violents. Lors de cette réunion, les principaux différends entre les groupes sont le mariage polygame et l'usage de la force contre les non-croyants. La réunion n'empêche pas la fragmentation de l'anabaptisme.

Certains anabaptistes non-violents trouvent comme chef Menno SIMONS et les frères OBBE et Dirk PHILIPS, des dirigeants anabaptistes hollandais qui répudient la pensée radicale des anabaptistes de Münster. Et qui prend le nom de Mennonites. Ils rejettent toute utilisation de la violence et prêchent une foi basée sur l'amour de l'ennemi et la compassion. Mais la grande majorité reste dans le cadre des communautés huttérites, même si, c'est bien évident dans le contexte de violences et de destructions propres aux guerres de religion qui traversent alors l'Europe, il est bien difficile de retracer son histoire mouvementée... De 1536 à 1542, l'autorité reconnue au sein de la communauté est exercée par Hans AMON. Peter RIEDEMANN est à l'époque un théologien important, auteur de deux témoignages de la foi qui sont devenus des classiques du mouvement huttérite.

Les différents représentants huttériens après Peter RIEDMANN sont Andreas EHRENPREIS (de 1639 à 1669), Tobias BERSCH (1694-1701), Jakob WOLMAN (1724-1734), Jergi FRANK (1734-1746) et Zacharias WALTHER (1746-1761). Ce dernier abandonne ensuite la vie selon les préceptes huttériens pour rejoindre l'Église catholique). Ensuite, on entre dans une autre période...

 

Organisation et principes de la communauté huttérite

     Les huttérites se distinguent des autre anabaptistes par la pratique de la communauté des biens. Du simple partage du début de leur histoire, ils ont évolué vers une mise en commun de la propriété et de la production. La vie quotidienne se fait en commun. Les repas sont pris ensemble. L'éducation des enfants est également le souci de tous. On retrouve bien entendu ce genre de vie, à des degrés divers dans beaucoup de communautés, mêmes non religieuses.

   Quatre motivations sont à l'origine de cette mise en commun :

- l'idée que la communauté des fidèles rétablit un état paradisiaque supposé où la propriété est absente ;

- elle est à l'image de l'amour fraternel qui unit le Père et et Fils ;

- elle s'appuie sur un principe mystique, la résignation, par laquelle le fidèle ne peut plus désirer posséder et s'abandonne à la Providence ;

- c'est la destruction de tous les désirs égoïstes des hommes. Les huttérites prennent très au sérieux tous les avertissements que l'on peut trouver dans la Bible contre le désir et la jalousie.

    Les huttérites vivent généralement dans des communautés qui accueillent au maximum 300 personnes (à l'origine, maintenant plutôt 200). Chaque ferme est dirigée par un ancien, économe responsable de la discipline et de l'ordre économique. Chaque goupe de production a son maître qui surveille le travail, procure la matière première et s'occupe de la vente des produits. La production se faisait souvent en circuit fermé. Les matières premières étaient fournies par des coreligionnaires. Les prix étaient très bas car les frères huttériens n'était pas payés, puisqu'on ignore le salariat dans ces communautés. Leur efficacité économique leur assurait une prospérité économiques qui suscita souvent la jalousie du voisinage. Pendant la guerre de Trente ans par exemple, les seigneurs convoitent leurs fermes et se livrent parfois au pillage et à la destruction. Les huttérites acquièrent une véritable technique de la dissimulation des biens et des personnes (caves aménagées). Se cachant trop bien, ils exaspèrent les autorités, d'autant que les frères refusent de leur informer de quoi que ce soit. Établis à l'origine en Moravie, il sont interdits de territoire en 1622 par l'empereur Ferdinand II. L'errance des communautés va durer alors trois siècles.

 

Des errances en Europe à l'établissement (presque) définitif en Amérique du Nord

    Les communautés huttérites, après leur départ de Moravie se dispersent en Haute-Hongrie et Transylvanie, cheminent en Valachie (1767-1770), sous la poussée du retour du catholicisme, bien moins enclin à les tolérer que divers courants protestants, en Russie (1770-1874) (à l'appel du comte ROUMIANTSEV entre autres, pour exploiter ses immenses territoires incultes ou de Catherine II, pour coloniser les nouveaux territoires du Sud de l'empire, en leur garantissant la liberté de culte...), avant de finir d'émigrer en Amérique du Nord (depuis 1874)... Elles s'installent surtout dans le Dakota du Sud via Hambourg et New York. Au cours de la première guerre mondiale, des violences commises à l'encontre des huttérites parlant allemand, les incitent à émigrer au Canada. Là, les huttérites ont mieux traversé la crise économique que bien d'autres dans les années 1930.

Par la suite, leur population connait la croissance jusqu'à aujourd'hui. De la crise en Russie, ils ont tiré la leçon que des communautés trop importantes nuisent à la cohésion de l'ensemble. Dès lors, lorsque la colonie atteint environ 120 habitants, un autre est fondée et la moitié la rejoint.

Au cours de la seconde guerre mondiale, les huttérites sont l'objet d'une hostilité croissante ainsi que d'une législation discriminatoire. C'est la raison pour laquelle de nouvelles colonies sont également fondées aux États-Unis. Les trois groupes de huttérites se caractérisent par un degré différent d'ouverture par rapport à leur voisinage. Tous cependant vivent jusqu'à aujourd'hui relativement isolés du monde extérieur. Les huttérites sont caractérisés également par un fort sentiment familial qui privilégie les relations à l'intérieur des familles, formant de véritables "clans" (quinze familles environ...). Chaque famille appartient à l'un des trois grands groupes. Les huttériens se répartissent ainsi en Schmiedeleut (fondés sous Michael WALDNER, issus de la colonie de Bon Homme), en Lehrerleut (fondés sous Jokob WIPF, issus de la colonie d'Almspring, les plus traditionnels) et en Dariusleut (fondé sous Darius WALTER, issus de la colonie de Wolf Creek)... Il y en a d'autres, plus ou moins bien répertoriées... En tout cas, ces derniers, nommés Vieux huttérites, se distinguent des Nouveaux huttérites, car au sein des huttériens, les Bruderhöfer ou Arnoldlieut tiennent un rôle particulier. Ces communautés se sont rattachées aux huttérites pendant un temps, mais s'en sont séparés en 1995. Ils ne descendent pas des premières familles germanophones et ont été fondées en Allemagne bien plus tard dans les années 1920 par Eberhard ARNOLD et son épouse Emmy à Sannerz en Suisse... Cette présentation ne doit pas dissimuler que chaque communauté à des caractéristiques propres, et notamment par ses relations plus ou moins ouvertes sur le monde extérieur...

 

Sous la responsabilité de Marc VENARD, Histoire du Christianisme, tome VIII, Le temps des confessions, 1530-1620, Desclée de Brouwer, 1992. On doit signaler la grande qualité de l'article Wikipedia sur les Huttériens. La plus grande partie (très grande...) de la littérature consacrée aux Huttériens est en langue allemande, très peu d'écrits en Français...

 

PAXUS

 

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2 novembre 2019 6 02 /11 /novembre /2019 09:08

   Le mennonitisme, mouvement chrétien anabaptiste dissident de la Réforme protestante, est d'abord une appellation populaire que les Néerlandais utilisaient pour désigner les anabaptistes au XVIe siècle. Du nom d'un de leurs dirigeants célèbres, Menno SIMONS, prêtre catholique converti à l'anabaptisme. Et comment souvent, les membres de ce mouvement ont fini par adopter ce nom. Une grande partie de ses membres sont aujourd'hui rassemblés dans la Conférence mennonite mondiale.

 

Un protestantisme dissident

  C'est précisément à partir de l'anabaptisme pacifique dans un de ses versions néerlandaise, que Menno SIMONS (1496-1561) devient l'un des chefs de ce courant religieux, en Hollande et jusqu'en Allemagne. Son influence s'étend vite en fait, excepté la branche dite houttérienne, à l'ensemble de l'anabaptisme pacifique européen.

   L'anabaptisme pacifique né à Zurich au début de 1525, d'une scission entre ZWINGLI et certains de ses disciples, au moment de l'introduction de la Réforme dans la cité et dans le canton. Les disciples impatients, parmi lesquels Conrad GREBEL et Félix MANTZ, désirent la rupture du lien entre l'Église et l'État. Leur conception est celle d'une Église de convertis, opposant le Corpus Christi au Corpus christianum de la chrétienté médiévale. Elle trouve son expression symbolique dans le baptême des seuls adultes sur profession de leur foi, d'où leur nom de "rebaptiseurs"; puisque tous ses membres avaient déjà été baptisés enfants. Les intéressés refusent toute valeur à ce premier baptême, et refusent d'abord ce nom que les autres leur donne. Ils s'appellent "frères" entre eux et l'habitude a subsisté de désigner les anabaptistes suisses par le vocable de "frères suisses". Un strict refus de la mondanité, de l'usage de la violence et des fonctions politiques ainsi qu'une nette insistance sur l'indépendance des groupes locaux, ou assemblées, caractérisent ces dissidents. Partout le mouvement rencontre un succès certain, et dans toutes les classes sociales, spécialement chez les clercs et les intellectuels humanistes. Il attire également quelques personnes rescapées des mouvements révolutionnaire de Thomas MÜNTZER et du "royaume de Münster" ou, à celui, pacifique, de Melchior HOFMANN.

   La persécution s'abat vite sur le mouvement zurichois et sur l'anabaptisme suisse et non suisse. Elle est particulièrement ressentie en Hollande, où les anabaptistes hofmanien et de type münstérien sont assez répandus. Les pacifiques souffrent d'être confondus avec les autres, subissant ainsi le contre-coup des violences de la révolte de Münster et de son élimination, Menno SIMONS, après avoir adhéré à l'anabaptisme pacifique, en devient peu à peu l'un des chefs principaux en Hollande et dans l'Allemagne rhénane et septentrionale. Il réorganise les communautés hésitantes et son action réformatrice se fait sentir jusqu'en Suisse. Après sa mort, tous les anabaptistes pacifiques, à l'exception de la branche communautaire dite houttérienne, se rallient plus ou moins à ses principes et reçoivent progressivement le nom de mennonites. Menno Simons marque l'ensemble des communautés par son radicalisme en matière de pureté de l'assemblée et par le rôle prééminent qu'il accorde aux ministres du culte. Fruit d'une conjoncture sociale, la réorganisation mennonite des assemblées est contestée, dès le XVIIe siècle, en Hollande même, par suite des changements sociaux et politiques propres à ce pays (tolérance religieuse, participation des mennonites à la vie sociale...). Désormais, le mennonitisme hollandais connait un sort à part, acceptant la culture globale et participant aux courants théologiques les moins conservateurs. Le reste des communautés mennonites est formé, jusqu'à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, d'une majorité de cultivateurs, dont la réputation de progressisme agricole est encore bien vivante - au point de susciter d'ailleurs des appels venant de Russie... Mais, dans ces communautés rurales physiquement isolées de la société globale, la "non-mondanité" prend des aspects de formalisme, vestimentaire o autre, tandis que l'expression des croyances et le culte se sclérosent sous la direction d'anciens sans culture théologique. A la fin du XIXe siècle et au début du XXe, un réveil d'inspiration piétiste-revivaliste donne à l'anabaptisme pacifique un nouveau départ, prosélytique et même missionnaire. Cependant, les Hollandais demeurent, dans l'ensemble, en marge de ce mouvement, par leurs tendances libérales en Théologie. Un retour aux sources historiques de l'anabaptisme du XVIe siècle est également amorcé.

 

De grandes migrations mennonites

    Pacifistes, les mennonites refusent, en théorie, de porter les armes et de prêter serment. Combinée avec d'autres traits culturels et sous l'influence d'autres facteurs, cette attitude les obligent à de nombreuses migrations. Au XVIIe siècle, certains d'entre eux vont se fixer en Russie. Mais leur déplacement le plus important a lieu, dès le XVIIe et le XVIIIe siècles, et surtout au XIXe, vers l'Amérique du Nord. Actuellement, près d'un tiers de leurs effectifs (environ 230 000 sur près de 645 000 en 1980) habitent cette partie du monde. Ils y sont groupés en un certain nombre de "conférences" plus ou moins conservatrices, en particulier en ce qui concerne des formes de la non-mondanité. On y rencontre les monnonites les plus résolument conservateurs, les amish, qui refusent toute forme de contacts, même ecclésiastiques, avec les autres mennonites. Leur habillement particulier a été popularisé par la photographie. D'autres mennonites moins conservateurs, d'origine russe, retiennent l'attention des observateurs par leurs méthodes de colonisation agricole et les formes de leur vie sociale.

En 1980, et à la suite d'efforts missionnaires en provenance d'Europe, mais surtout d'Amérique du Nord, il existe plus de 90 000 mennonites africains, et près de 95 000 en Asie. L'Europe et l'URSS en compte la même année 95 500 (environ 2 000 en France). En 2018, le mouvement mennonite dans son ensemble compterait 2 130 000 membres (selon la Conférence mondiale mennonite), croyants baptisés dans 86 pays. Toujours très éparpillés, et présents surtout au Canada et aux États-Unis. En Europe, c'est surtout en Suisse (Jura bernois) et en Allemagne qu'ils résident. En France, ils se concentrent surtout en Alsace.

Les mennonites, persécutés, puis vivant volontairement à l'écart du monde, ont surtout, dans l'Histoire, une réputation de grande honnêteté, de souci du travail bien fait, de progressisme agricole, de charité agissante et d'hospitalité généreuse. La recherche actuelle tend à leur reconnaître un rôle particulier dans l'expérimentation des formes de vie en commun qui ont abouti, par des cheminements divers, au coopératisme. (Jean SÉGUY)

 

Des caractéristiques culturelles multi-séculaires

    Les mennonites sont très mobiles, comme les autres groupes anabaptistes avant eux. Ils doivent en effet échapper aux persécutions politiques et religieuses qui peuvent surgir un peu n'importe où. Les jeunes mennonites cherchent à se soustraire au service militaire que veulent leur imposer les différentes terres d'accueil, à l'encontre de leur foi.

Les mennonites de manière générale refusent :

- le baptême des enfants. Ils pratiquent le baptême du croyant, adolescent ou adulte, précédé d'une profession de fois personnelle, conçue comme renaissance ;

- l'usage des armes, et donc le service militaire ;

- pour une minorité d'entre eux, beaucoup de progrès techniques (automobile, outils agricoles mécanisés, téléphone, télévision...) ;

- comme les protestants, le rôle du pasteur qui serait intermédiaire entre les croyants et Dieu. Celui-ci est seulement un dirigeant élu par l'assemblée.

Ils croient pour la majorité d'entre eux à la nouvelle naissance comme porte d'entrée au salut et dans l'Église, à la séparation de l'Église et de l'État, à l'amillénariste (car Jésus règne maintenant depuis le ciel, siégeant à la droite de Dieu le père, est et restera avec l'Église jusqu'à la fin du monde). Ils se signalent enfin dans l'obligation de diffuser la Bonne Nouvelle et font oeuvre pour cela d'un prosélytisme constant.

 

 

H.S. BENDER, Conrad Grebel, The Founder of the Swiss Brethren, Goshen, 1950. C. J; DYCK, A Introduction to Mennonite History, Scottdale, Pennsylvanie, 1967. J.M. STAYER, Anabaptists and the Sword, Lawrence, Kansas, 1972. G. WILLIAMS, The Radical Reformation, Philadelphie, 1962. René EPP, Marc LIENHARD et Freddy RAPHAËL, Catholiques, protestants, juifs en Alsace, Édition Alastia, 1992. Autour de Pierre LUGBULL, Cent ans d'éditions mennonites, 1901-2001, Éditions mennonites, 2001. Confession de foi dans une perspective mennonite, Éditions mennonites, 2014. J.W WENGLER, Qui sont les mennonites? D'où viennent-ils, Cahoers de Chrit seul, n°4/1993, Éditions mennonites, Montbéliard. On trouve beaucoup d'informations sur les groupes et communautés mennonites dans le site Internet gameo.org, voir précisément leur Encyclopédie Mennonite (en anglais).

Jean SÉGUY, Mennonites, dans Encyclopedia Universalis, 2014 ; Utopie coopérative et oecuménisme, Paris-La-Haye, 1967 ; Les Assemblées anabaptistes-mennonites de France, Paris-La-Haye, 1977.

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