Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
11 avril 2009 6 11 /04 /avril /2009 09:40
       Depuis le XIIIème siècle, mais sans doute avons-nous tout simplement peu d'informations sur les périodes précédentes et peut-être l'ombre de l'Empire Romain est-elle encore présente auparavant, fleurissent des projets de paix, sous une forme ou une autre, d'au moins Pierre DUBOIS (1250-1320) jusqu'à Aristide BRIAND (1862-1932) et au-delà.
Ces projets de paix, perpétuelle ou non, n'ont pas les mêmes mobiles, même si des auteurs comme Denis de ROUGEMONT (1906-1985) cherchent à dégager de l'histoire intellectuelle de l'Europe une conscience spécifique, liant ces projets, certains d'entre eux en tout cas à l'idée de fédération européenne. C'est d'ailleurs précisément parce que le seul élément qui les lie - faisant fi des relations entre les peuples et encore plus de la forme des gouvernements - réside dans l'idée qu'il ne peut y avoir de bénéfices pour les Puissances que dans la paix et que la paix seule peut apporter la stabilité nécessaire à des actions efficaces dans un ensemble géographiques soumis à des guerres incessantes. Même si la mythologie, l'idéologie de l'Europe comme entité (Franciszek DRAUS) constitue une escroquerie intellectuelle, l'Union Européenne constitue l'aboutissement d'une histoire longue d'échecs de constitution d'empires par la violence.
   Il ne faut pas perdre de vue que la construction européenne doit plus à la réalité économique et aux nécessités stratégiques d'une époque où dominent les rapports de force Est-Ouest qu'à la force d'une idée qui n'a jamais été dominante. On peut par ailleurs très bien constater la mythologie européenne, comme il y a une mythologie française, anglaise ou allemande, et se réjouir que cette représentation du passé (appelée souvent mensonge) qui sera certainement remplacés par d'autres mensonges (ou représentations orientées de la réalité) par la suite, soit finalement bénéfique à des centaines de millions de personnes.

    Dans l'examen des projets de paix, il faut éviter toute vision téléologique et justificatrice qui les relieraient en quelque sorte tous. Malgré tout, surtout depuis le Projet pour rendre paix perpétuelle en Europe (1713) de l'Abbé de Saint Pierre (1658-1743), l'idée de paix nécessaire s'est imposée peu à peu, même si à de nombreuses reprises, beaucoup de philosophes ou d'hommes politiques ont voulu constater sa réalisation impossible. Il existe une réelle chaine intellectuelle, par les commentaires que ce dernier suscite, qui va de jean-Jacques ROUSSEAU (1712-1778) à Emmanuel KANT, (1724-1804)  de William PENN (1644-1718)  à Edouard HERRIOT (1872-1957) à condition de bien voir que cette chaine intellectuelle vivifie un projet d'abord diplomatique. Les projets sociaux ou socio-politiques chez Ernest RENAN (1823-1892) ou Aristique BRIAND (1862-1932) ne sont bien entendu pas les mêmes.
  Enfin, c'est bien en Europe et pour l'Europe que l'on se soucie le plus de cette paix difficile, difficile puisqu'il a fallu deux guerres mondiales pour parvenir à une ébauche de paix universelle, que l'on retrouve successivement dans les motivations de la Société des Nations (1919) et de l'Organisation des Nations Unies (1945).

     Pour commencer le parcours de ces différents plans de paix, rien de vaut la constitution d'une liste, même si nous ne nous attardons que sur certains d'entre eux, surtout ceux de l'Abbé de Saint Pierre, d'Emmanuel KANT et de William PENN. Dans cette liste, nous tentons de résumer chacun de ces plans, de dégager leur objectif, suivant l'ordre chronologique, en nous inspirant du travail de compilation d'Edith WYNNER et de Georgia LLOYD réalisé en 1946.

     Franciszek DRAUS, Sur les prétendus précurseurs historiques de l'intégration européenne, Conflits Actuels ; Edith WYNNER et Georgia LLOYD, Searchlight on Peace Plans, New York E.P. Dutton and Company Inc, 1946.


                                                    PAXUS
Repost 0
30 mars 2009 1 30 /03 /mars /2009 17:07
          Où commence et où s'arrête l'objection de conscience? On ne trouve pas l'expression dans les dictionnaires de  philosophie ou de philosophie politique. Pourtant, l'objection constitue bien une argumentation qui s'oppose à une opinion pour la réfuter, et l'objecteur de conscience est celui qui, en temps de paix ou en temps de guerre, refuse d'accepter des obligations militaires, en argumentant que ses convictions l'obligent au respect inconditionnel de la vie humaine et s'oppose par là aux institutions politiques.
 Par extension, nombre de médecins refusent de pratiquer l'avortement par objection de conscience, par respect absolu de la vie.

       Beaucoup d'auteurs font débuter l'histoire de l'objection de conscience au christianisme primitif. "On voit (...) que deux notions risquent de s'opposer quand on cherche à déterminer la valeur d'une règle sociale : sa légalité et sa légitimité ; sa légalité aux yeux des hommes qui l'ont promulguée ou acceptée, sa légitimité aux yeux de Dieu ou plutôt de ceux qui interprètent ses commandements." (Jean-Pierre CATTELAIN).  Par la suite, les autorités religieuses ne reconnaissent plus cette objection de conscience. La loi est forcément légitime aux yeux de nombre de théologiens et la question ne se pose pas... sauf, mais cela déborde les convictions individuelles, lorsqu'il s'agit de s'opposer à un pouvoir politique qui entend s'autonomiser de l'Église.

      Quelques mouvements réformateurs mettent en avant l'objection de conscience durant la Réforme : les Vaudois et les Hussites de la fin du XIIème siècle, les Anabaptistes, les Frères Moraves en Westphalie. Nombreux sont les groupes religieux qui objectent à certaines prérogatives du pouvoir politique, refusent sa légitimité même, et cela se traduit souvent par leur exil ou leur départ volontaire en d'autres contrées qu'ils espèrent plus propices à l'épanouissement de leur foi. Ainsi, les Frères Suisses au XVIème siècle, les Mennonites aux Pays-Bas, puis aux Etats-Unis, les Amish à partir du XIXème siècle en Alsace et aux Etats-Unis, les Doukhobors en Russie au XVIIIème siècle, les Monachki en Russie au XIXème et au XXème siècles, et les Témoins de Jéhovah qui, eux, souvent restent dans leur pays.
   Avec George FOX et la fondation de la Société des Amis en 1652, s'affirme le droit de tout individu, en conscience, à résister au pouvoir civil si celui-ci lui parait aller à l'encontre de la loi divine ou du simple bon sens. Non qu'il soit bien sûr pas le premier groupe à exprimer ses opinions mais son développement, son émigration aux Etats-Unis où ils tentent d'implanter une communauté respectueuse de la paix, en Pennsylvannie, donne à ces conviction sans doute le plus grand impact, et ceci dans l'ensemble des sociétés européennes. L'activité des Quakers, que l'on retrouve parfois en bon nombre dans des organisations internationales oeuvrant en faveur de la paix (dans le personnel diplomatique de l'ONU par exemple), persistante et couvrant l'ensemble du globe terrestre, n'est certainement pas étrangère aux solidarités qui s'expriment ici ou là à l'occasion de mouvements d'objection de conscience, qu'ils soient individuels ou collectifs.
 
      De l'objection de conscience, d'abord individuelle, peut venir des mouvements de désobéissance civile plus ou moins importants. Discours de la servitude volontaire de LA BOETIE en 1548, Discours de la désobéissance civile de Henry David THOREAU (1817-1862), des passages de La révolution russe de TOLSTOI, les multiples ouvrages de GANDHI, ceux de Danilo DOLCI, ou plus proche dans le temps et dans l'espace de LANZA DEL VASTO, de Jean-Marie MULLER... scandent diverses étapes, souvent en liaison avec les actions de leurs auteurs, de la réflexion de nombreux objecteurs de conscience. Ce sont en effet autant de références pour des générations d'objecteurs en Occident et encore aujourd'hui face par exemple aux guerres des Etats-Unis dans le Proche Orient, qui veulent donner à leur action un sens collectif.

        Autant par le regroupement des objecteurs de conscience eux-mêmes que par les tentatives des différents gouvernements de réduire l'influence ou l'impact de leur pensée et de leur action, une sorte de classification s'est établie. On peut distinguer ainsi les différents objections de conscience :
                                      - à caractère religieux, pour leur grande majorité. Cela va des membres de mouvements réformateurs chrétiens, soucieux de montrer au grand jour leur opposition, aux Témoins de Jehovah, qui se veulent discrets, refusent toute discussion et préfèrent se laisser enfermer en prison plutôt que d'accepter d'effectuer un quelconque service civil ;
                                       - à caractère politique, contre une guerre précise ou contre une politique de défense. Ainsi des objecteurs de conscience se sont joints partout à travers le monde, même s'ils ne sont pas très nombreux, à d'autres acteurs politiques et sociaux pour prôner des alternatives à la défense armée. Se définissant souvent comme non-violents, ils allient leur réflexion à des actions concrètes et souvent spectaculaires contre divers aspects de l"a militarisation de la société" ;
                                       - à caractère libertaire, par principe de refus de participer à une société telle qu'elle est, avec son cortège d'injustices et d'atteintes aux libertés. Souvent, l'anarchiste est un insoumis, le refus de la conscription apparaissant même pour les plus politiques d'entre eux comme un devoir civique ;
                                        - à caractère de "convenance personnelle" (!), tout simplement pour échapper au service militaire n'entrant pas dans leur projet d'avenir. Cette catégorie polémique est parfois évoquée par les tenants d'une service civil obligatoire...
                                        - à caractère psychopathologique, que même certains auteurs favorables à l'objection de conscience admettent l'existence. A la suite d'une thèse du docteur CHARLIN en 1952, qui constitue surtout une sorte d'hypothèque des partisans de l'ordre social existant, sur la crédibilité des arguments des objecteurs de conscience. En vertu de cela, dans certains pays, l'examen médical d'incorporation comporte une partie psychiatrique.

        Par-delà les aspects historiques et les situations très variables suivant les pays (que nous ne manquerons pas par la suite de détailler et de discuter), les tolérances plus ou moins grandes vis-à-vis de l'objection de conscience des Etats, les services civils plus ou moins longs placés en remplacement des services militaires, l'objection de conscience pose des questions de fonds :
           - sur les motivations, toujours, affirmées par les objecteurs de conscience et souvent déniées par les fonctionnaires des pouvoirs publics et certaines autorités politiques et même religieuses. Car comme le rappelle le pasteur Henri ROSER, dans Les cahiers de la Réconciliation de novembre-décembre 1967, on a sacralisé la loi, on a fait de l'obéissance une vertu cardinale, on a divinisé l'Etat ; l'objecteur de conscience est alors le sacrilège qui récuse la notion de raison d'Etat et ne rejette la loi écrite que pour lui substituer le pouvoir de la conscience. L'attitude de l'objecteur de conscience est souvent stigmatisée par de nombreux secteurs de la société.
            - sur l'attitude envers la société et la démocratie. Cela se révèle bien entendu pas seulement à propos de l'objection de conscience à la guerre ou aux activités militaires, mais aussi à diverses autres aspects, objection médicale, objection à l'impôt pour des questions corporatrices ou sociétaires. Cela fait référence à certains écrits de David Henri THOREAU par exemple : "tout vote est une sorte de jeu, comme les échecs ou le tric-trac, augmenté d'une légère touche morale ; un jeu où le bien et le mal, les questions éthiques sont en jeu" (La désobéissance civile). Cela peut rester une position individuelle isolée. Cela peut refléter l'opposition de vastes parties de la société à un pouvoir politique issu de mécanismes institutionnels, parlementaires et présidentiels, ressentis comme "truqués" ou au moins porteurs de mensonges de grande ampleur...
              - sur l'efficacité dans la lutte contre ce à quoi l'objection de conscience s'oppose. Ainsi de nombreux débats ont opposé, par rapport aux combats contre "la militarisation" ou "l'encasernement" ou encore "l'armée bourgeoise capitaliste", les tenants d'une lutte à l'intérieur de l'institution militaire à ceux qui préfèrent concentrer leurs efforts de l'extérieur de celle-ci. Cela reflète bien entendu des divergences d'objectifs politico-sociaux.

       Jean-Pierre CATTELAIN, L'objection de conscience, PUF, collection Que sais-je?, 1975 ; Alternatives non-violentes, n°29-30, 1978, dossier sur l'objection de conscience ; Présentation de HEAM DAY, Bible de l'objecteur de conscience, L'Internationale des Résistants à la guerre, 1957 ; Lanza DEL VASTO, technique de la non-violence, Denoël/Gonthier, 1971 ; Henry VAN ETTEN, George FOX et les Quakers, Editions du Seuil, collection "Maitres spirituels", 1956 ; Jean-Marie MULLER, Lexique de la non-violence, Alternatives non-violentes-Institut de Recherche sur la Résolution des Conflits, 1988.

                                                              PAXUS


Repost 0
28 mars 2009 6 28 /03 /mars /2009 16:23
        Parmi les grands courants des pacifismes, ceux issus directement de lectures des Évangiles (notamment du Sermon de la Montagne), courent depuis les origines de cette religion jusqu'à nos jours et inspirent non seulement des mouvements chrétiens très divers, mais influencent également les politiques mêmes des institutions religieuses et politiques.

        On peut distinguer le christianisme primitif que certains auteurs situent comme pacifistes et animé du refus de participer aux armées impériales romaines, de celui institué ensuite par l'empereur Constantin par l'édit de Milan de 313 et le concile de 314. L'Empire devient ensuite chrétien et les théologiens admirent le devoir chrétien de le défendre. St Augustin (354-430) fit de la paix le souverain bien de la Cité terrestre et céleste. Il devient la référence du monde médiéval occidental pour la doctrine de l'Église sur la guerre et la paix.
      L'Egise, qui ne condamne pas la guerre en soi, s'efforce à la fois d'affirmer la prépondérance de son pouvoir sur celui des rois et des princes, et d'instaurer des périodes de Paix de Dieu ou de trêve de Dieu, au moins entre les membres de la Chrétienté (face à l'Islam notamment, et aux hérésies de toute sorte...). Par la question des croisades, l'Eglise introduit la notion de guerre juste, et les guerres de religion ensuite marquent définitivement la fin des restes d'un pacifisme chrétien institutionnalisé.

        C'est de la marge de l'Eglise que s'affirment ensuite des pacifismes chrétiens (qui se disent en tout cas chrétiens...), sans grandes influences sur le moment.
       Pierre DUBOIS (1255-1312), avocat normand, confie à Philippe le Bel, roi de France, un plan de paix perpétuelle entre tous les Etats crhétiens (1307).
       St Thomas (1225-1274) précise les conditions d'une guerre juste, qui interdirait les guerres féodales.
       Antonio MARINI, avocat dauphinois, suggère au roi de Bohême, Podiebrad, un Projet de paix chrétienne perpétuelle (1463), qui sera repris à plusieurs reprises par la suite en autant de tentatives de constituer un tribunal supranational d'arbitrage des conflits entre les différentes royautés.
      Inspirés à la fois par la sagesse antique et l'évangélisme chrétien, ERASME (1469-1536), Thomas MORE (1478-1535) proposent, à l'encontre d'un Nicolas MACHIAVEL, de réglementer la guerre ou plus de la banir, comme moyens de résoudre des questions de frontières ou de possessions.
      
      C'est dans le sillage de la Réforme que naît un nouveau pacifisme chrétien préconisé par des Eglises d'origine anabaptiste et par la Société des Amis (Quakers). Des émigrants britanniques et hollandais, entre autres, tentent d'établir dans le Nouveau Monde où ils s'exilent, des règles de  vie inspirée d'un pacifisme plus ou moins intransigeant. Dans la descendance de ce pacifisme, TOLSTOI (1828-1910) s'inscrit de manière discutable pour la théologie officielle : la renonciation à la guerre passe "en effet par une simplification outrageuse du christianisme (...) associée à un antiétatisme presque anachiste" (Shinji KAYAMA).

        Les pacifismes chrétiens contemporains sont multiples et représentés par des organisations et des personnalités très diverses, dont certaines s'appuient sur les encycliques Pacem in Terris de 1963 ou Gandum et Spes de 1965 (Vatican 2). Des voix isolées ici et là rencontrent un certain écho dans le contexte de certaines luttes sociales ou antimilitaristes, et sous la pression d'un mouvement de sécularisation qui balaie à grande vitesse les influences morales des Églises officielles, du moins en Occident. On pense à René COSTE, à Jacques GAILLOT, à Jean et à Pierre TOULAT en France par exemple. Les attitudes pacifistes vont de la résistance non-violente à certaines activités militaires (Larzac, essais nucléaires...), de la condamnation totale de la guerre à l'idée d'une limitation sélective de celle-ci. Des réflexions sur la paix doivent répondre par exemple à d'autres mouvements dans l'Église qui luttent contre la pauvreté, en Amérique Latine notamment où progresse jusque dans les années 1980 la théologie de la libération.
          La rédaction du Dictionnaire Critique de Théologie, dans un chapitre intitulé Théologie systématique pense que la discussion proprement théologique sur la paix se trouve à l'entrecroisement de plusieurs problématiques.
Celle de l'anthropologie spirituelle, qui veut que si la paix règne entre Dieu et l'homme, elle doit régner également entre l' homme et lui-même. On retrouve là l'influence de certains philosophes qui ne craignent pas de s'affirmer chrétiens comme Paul RICOEUR.
Celle de la communion, où l'Église a le devoir d'être présente dans l'histoire comme communauté pacifiée. L'idée d'une ontologie de la communion n'a qu'une faible force descriptive. Par contre, comme l'Eglise est la seule société à croire possible une existence fidèle aux Béatitudes, elle doit vouloir incarner concrètement la paix qu'elle annonce dans énormément de ses textes. Autant dire, qu'entre l'attitude de l'Eglise Catholique et les objectifs affichés de paix universelle, il existe énormément de chemin à faire...
Celle du lieu où la béatitude des artisans de paix doit être audible. Pas seulement dans l'Eglise, mais également dans la Cité : les chrétiens sont citoyens. Les théologiens ont tendance à penser, même s'ils n'en donnent pas toujours les bonnes impulsions dans les lieux officiels où ils se trouvent, que les chrétiens n'auront de véritable pouvoir ou influence sur la vie de la Cité que s'ils donnent d'abord l'exemple dans les communautés où ils veulent partager leur foi. Responsabilités politiques et responsabilités ecclésiales sont indissociables. C'est d'ailleurs pourquoi l'Église ou les Eglises tentent toujours d'avancer des arguments spirituels sur nombre de sujets de société (politiques familiales, recherches scientifiques), avec le souvenir des temps anciens où elles faisaient la loi terrestre, et avec des habitudes d'activités politiques (on le voir dans des pays comme l'Italie et l'Espagne) qui ne provoquent d'ailleurs pas toujours, c'est un peu une litote, des effets pacifiques.

         Il est intéressant de lire un passage du livre (Chrétiens devant la guerre et la paix) d'un partisan du pacifisme chrétien et de la non-violence, Christian MELLON, écrit dans une période de guerre froide prolongée : "Qu'on le veuille ou non, la paix est une oeuvre politique, puisqu'elle concerne la manière dont les hommes organisent les rapports entre sociétés, entre Etats. De plus, par fidélité à certaines exigences éthiques essentielles, l'Eglise peut être amenée à "condamner" telle ou telle guerre, à mettre en garde contre telle ou telle politique de défense. Certains, chrétiens ou non, estiment alors que l'Eglise sort de son rôle, qu'elle "s'occupe de politique". Ne devrait-elle pas se contenter de prêcher l'Evangile et laisser aux politiques et aux militaires la liberté totale de définir les moyens de défense d'un peuple? (...) Nous n'aborderons pas ici la question très générale de la légitimité des prises de position de l'Eglise dans des domaines qui recoupent le moral et la politique. Si l'on estime que les Eglise s'occupent de ce qui ne les regarde pas quand elles s'intéressent aux droits de l'homme, au mal-développement, à l'euthanasie ou aux risques de guerre nucléaire, inutile d'aller plus loin. Dans le cas contraire, on peut avancer, mais en sachant que cette question est complexe. En effet, si l'Evangile reste pour tout chrétien et pour l'Eglise comme corps la source d'inspiration de toute action, y compris politique, il ne se présente pas comme un livre de "recettes" qu'il suffirait d'appliquer pour résoudre les problèmes de la vie en société."

      Jean DEFRASNE, Le pacifisme, PUF, collection Que sais-je?, 1983 ; Shinji KAYAMA, article Paix dans Dictionnaire Critique de Théologie, sous la direction de Jean-Yves LACOSTE, PUF, Quadrige, 1998 ; Christian MELLON, Chrétiens devant la guerre et la paix, Editions Le Centurion-CERAS (CEntre de Recherche et d'Actions Sociales, Jésuites), collection "Eglise et Société", 1984 ; Albert PAYET, Pacifisme et christianisme aux premiers siècles, Bibliothèque rationaliste,Les oeuvres représentatives, 1934.

Repost 0
26 août 2008 2 26 /08 /août /2008 15:56

     D'emblée, le pacifisme a mauvaise presse encore, que ce soit dans le langage courant (ce qu'atteste la plupart des dictionnaires de langue française) ou dans les milieux politiques institutionnels (surtout en France où le spectre des accords de Munich de 1938 plane toujours). Pourtant, les pacifismes ne peuvent se comprendre qu'en se plaçant dans une perspective historique longue. Nous sommes très loin désormais d'une culture guerrière de l'Antiquité ou du Moyen-Age. Les innombrables écrits de glorification et d'exaltation de la guerre sont difficiles à trouver en librairie. Surtout avec l'avènement du christianisme, la culture guerrière a fait place progressivement à une culture pacifique.

   Pour autant, l'ensemble des activités humaines, plus orientées aujourd'hui sur la coopération que sur le conflit, reste sous-tendue par une vision négative des pacifismes. Avant d'entrer dans une analyse des dynamiques sociales qui orientent le destin de l'humanité vers des avenirs qui laissent de moins en moins place à un image positive de la guerre, il est intéressant de se livrer à un effort de définition et de classification.
  On peut effectuer une classification par type de motivations des acteurs sociaux ou encore  une classification qui donne une échelle qui va du pacifisme intégral et inconditionnel à l'anti-pacifisme intégral, soit l'esprit guerrier digne des klingons de la série  télévisée de science fiction Star Trek ou mieux pour rester dans les degrés des pacifismes stricto sensu, du pacifisme à tout prix justifié moralement au pacifisme instrumental qui ne croit pas réellement aux vertus de la paix. Reste aussi une forme de classification suivant l'évolution historique, des Perses antiques à l'irénisme contemporain.

    Tout en se réservant toutes ces possibilités, qui seraient longues à détailler dans cet article, on peut s'inspirer de la classification établie en 1927 par Max SCHELER, dans son livre "L'idée de paix et le pacifisme", reprise par Yves SANTAMARIA. Ce philosophe allemand, adepte de la coopération économique et politique internationale distinguait ainsi :
        - le "pacifisme héroïque" du refus de la guerre décliné sous sa forme individuelle, dicté our des raisons morales, sans exclure des raisons d'efficacité politique ou sociale. Une forme collective de ce pacifisme peut exister, et souvent ses adeptes refusent le terme "héroïque" pour affirmer sa nécessité, sous forme de désobéissance civile massive par exemple.
         - le "pacifisme chrétien", demi-pacifisme qui privilégie le règlement négocié des conflits et leur humanisation, mais qui laisse une large place aux guerres justes, qualifiées par les Eglises de défensive, même quand elles prennent la forme de croisades plutôt offensives.
         -  le "pacifisme économique", des économistes utilitaristes, anglo-saxons notamment, favorables au libéralisme et souvent opportuniste.
         - le "pacifisme juridique" qui ancre de plus en plus, progressivement, de manière multi-séculaire dans des institutions la théorie du "droit naturel" et du "droit des gens". La criminalisation progressive de la guerre, favorisée par l'impérialisme anglo-saxon est considérée par nom de conservateurs, notamment allemands, comme une mystification.
             - le "demi-pacifisme" du "communisme" et du socialisme marxisme qui en fait une matrice de la guerre idéologique contre le capitalisme. Il est du même ordre que l'anti-militarisme anti-bourgeois pour une fraction importante des tenants de la révolution marxiste.

     Jean DEFRASNE dans son petit livre "Le pacifisme" ne réfute pas une telle classification, mais l'enchaînement historique des événements est si complexe que l'on trouve des pacifismes mêlés à presque toutes les tendances idéologiques, des royalistes aux républicains, des démocraties aux dictatures... C'est dans les réalités telles qu'elles se sont mises en place que les pacifismes trouvent leurs expressions, plus que dans les écrits des philosophes. C'est face d'ailleurs aux réalités et aux conséquences de tout ordre des guerres que se sont développés et affirmés des états d'esprits de moins en moins guerriers ou de plus en plus pacifiques, voire pacifistes...
       Sans aucun doute, les pacifismes ne trouvent leurs meilleures justifications qu'en regard des valeurs des acteurs qui les incarnent, des projets de société qu'ils entendent défendre. C'est en regard de leurs conceptions sur la justice et la liberté notamment que l'on mesure les vérités qu'ils renferment. On peut penser que les pacifismes se conjuguent à l'humanisme, au cosmopolitisme, au socialisme, au fédéralisme, plutôt qu'au nationalisme ou au libéralisme, mais seules les réalités concrètes nous montrent leur vérité. L'avenir seul dira, avec l'action de tous les membres de l'humanité, si la paix n'est qu'une idée.

  Jean DUFRASNE, Le pacifisme, PUF, collection Que sais-je?, 1995
  Yves SANTAMARIA, Le pacifisme, une passion française, Armand Colin, 2005

                                                                                                             PAXUS
         
Repost 0