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10 mai 2008 6 10 /05 /mai /2008 17:45
                 Le concept d'opposition (opoz en radical international, gegensatz ou gegensetzung ou encore widerstreit en allemand, opposition en anglais, opposizione en italien) - contradiction et contrariété - est non seulement l'un des acquis les plus anciens de la logique formelle (ARISTOTE), mais aussi l'un des plus féconds, tant il permet d'analyser des phénomènes aussi divers que traitent, dans le désordre historiquement, la linguistique, l'anthropologie, la psychologie, la sociologie, la cosmologie....
  
         D'abord, l'opposition est la relation de deux objets placés l'un en face de l'autre, ou de deux mobiles qui s'écartent ou se rapprochent d'un même point (Vocabulaire technique et critique de la philosophie).
 
         Par métaphore, André LALANDE précise : tout ce qui est antithétique. Il rappelle que, par exemple, des idées plus saines se sont faites sur la nature des phénomènes chimiques le jour où on a découvert le caractère opposé des bases et des acides. Pour ceux qui ne sont pas férus en chimie, il s'agit de substances qui, misent en contact, réagissent, parfois violemment (chaleur intense, explosions, effervescence...) et qui se neutralisent en donnant des sels. De même, en physique, toute action appelle une réaction et c'est par ce principe qu'on lance des fusées. Les minéraux s'opposent donc, les végétaux et les animaux également, et l'on comprend qu'une petite pincée d'anthropomorphisme suffise pour qu'on parle des forêts agressives, de racines combattantes, de combats des chefs dans une fourmilière... Sans tomber dans cette dérive, on peut s'adonner à une logique des oppositions qui traverse l'univers... de notre compréhension en tout cas du monde.
 
        Gabriel TARDE, dans son "L'opposition universelle" explique qu'"il importe beaucoup de ne pas confondre les deux formes sous lesquelles l'opposition se présente à nous, l'une sous laquelle le combat des deux termes juxtaposés a lieu dans l'individu même (résistance) et l'autre dans laquelle l'individu n'adopte que l'un des termes opposés (lutte).. et où le combat n'a lieu que dans ses rapports avec d'autres hommes".
 
     En logique (KEYNES, formal logic), deux termes sont dits opposés quand ils sont ou corrélatifs, ou contraires, ou contradictoires ; deux propositions quand, ayant le même sujet et même prédicat, elles diffèrent soit en qualité, soit en quantité, soit à la fois en quantité et en qualité.
Les quatre sortes d'opposition sont la contrariété, la subcontrariété (deux propositions particulières opposées, l'une affirmative, l'autre négative), la contradiction et la subalternation (rapports des deux propositions subalternes). Si l'on cite ici de la logique pure, ce n'est pas pour ajouter une complexité à un article déjà complexe... mais pour dire simplement que dans l'effort pour comprendre ce que TARDE appelle l'opposition universelle, les hommes comme les choses s'opposent, mais aussi qu'à l'intérieur des hommes et des choses existent également des oppositions...
     C'est d'un monde de conflits partout que les logiciens veulent discuter. Dans l'effort pour comprendre le monde, nombre d'auteurs ont acquis la conviction qu'ils le comprennent mieux en mettant en évidence ces oppositions. C'est une conception si générale, qu'on se demande si - tout comme le conflit semble consubstantiel à la relation - la façon dont le cerveau humain, jusqu'ici en tout cas, parvient à utiliser plus efficacement les choses physiques dans lequel il baigne, comme toute compréhension opérationnelle, doit passer par une vision conflictuelle du cosmos.
                    Déjà toute la pensée antique grecque travaille et est travaillée par la logique des oppositions, et le fait que les sociétés grecques étaient des sociétés guerrières n'y est certainement pas étranger.
      La réalité formelle est étudiée par ARISTOTE selon quatre types d'opposition (Alain DELAUNAY, article Opposés, Encyclopedia Universalis, 2004) : les relatifs (double, moitié...), la privation (cécité, surdité...), la contrariété (bien, mal...), la contradiction (repos, mouvement).
On doit mentionner HERACLITE par la mise en parallèle systématique des opposés : jour et nuit, hiver et été, guerre et paix, surabondance et famine. Selon Jean-François PRADEAU, qui l'introduit dans la dernière édition des fragments retrouvés de ses pensées, HERACLITE a cherché à concilier deux hypothèses qui peuvent paraître contradictoires : d'une part que tout se meut et change, d'autre part qu'il existe un monde un et ordonné, soumis à une loi comme à une mesure. On y reviendra bien sûr, dans l'étude d'ensemble de la deuxième partie.
    Cette conception des oppositions qui traversent et forment le monde physique comme le monde social, a un pendant oriental incontournable : le yueng et le yuang chinois sur lequel nous reviendrons également.
       
       Dans une deuxième partie, nous tenterons de suivre le cheminement intellectuel, en le faisant historiquement si possible, d'auteurs tels que DESCARTES (encore, diront certains, mais je m'en explique dans la note au bas de cet article), KANT, FICHTE, SCHELLING, HEGEL, FREUD, Lancelot WHYTE, Robert BLANCHE, JOCOBSON, Claude LEVI-STRAUSS, WALLON, PIAGET et quelques autres...

Note un peu liminaire : On oppose souvent dans les études de genre, si j'ose dire, le cartésianisme français au romantisme allemand, sans mentionner qu'une continuité existe entre philosophes qui connaissent très bien, mieux que leurs lecteurs et commentateurs du reste, leurs prédécesseurs. DESCARTES fut très lu pendant la période de la prépondérance intellectuelle française et au-delà. De même, plus tard, lorsque les oeuvres d'HEGEL seront publiées et commentées à leur tour, il sera de bon ton de se positionner comme hégélien ou kantien. Or les lignes de partage se situent plus du côté des positions socio-politiques et économiques des auteurs, du côté de leur attitude face aux pouvoirs constitués, qu'ils soient ecclésiastiques ou politiques que du côté d'une pensée plus ou moins déiste sur la réalité du monde. Précisément sur le conflit, on distingue bien les philosophes qui confirment l'ordre établi, de ceux qui le contestent. Les philosophes, même quand ils discutent logique pure, sont tributaires de la...logique de leur position sociale et ce ne sont pas les encyclopédistes qui ont écrit le contraire!

                                                                                                                               PHILIUS
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24 avril 2008 4 24 /04 /avril /2008 09:48

 

    Au coeur même du conflit se situe sans doute l'altérité. La nécessité ou le sentiment de cette nécessité de sauvegarder son identité, de se situer autre que l'autre, déclenche des actes de différenciation de l'autre. La conscience de l'existence de l'autre passe par la conscience de l'existence de soi et l'existence de soi par la conscience de l'existence de l'autre. Faire reconnaître sa conscience à l'autre fait partie de sa propre existence et exister ne peut se faire sans l'autre, car si je suis isolé dans l'univers, si l'autre ne me reconnaît pas comme ayant une existence propre, cela s'avère... invivable!
 
    Or, dans les relations avec l'autre, être et avoir conduit au conflit. Combattre pour être et avoir, c'est exister. Mais exister suppose l'existence de l'autre, car il est la base de ma définition de moi-même. Sans l'autre, je n'ai pas d'identité. Mais si je m'identifie totalement à l'autre, si ce que je suis et ce que j'ai sont totalement ce qu'est et ce qu'a l'autre, alors mon identité n'est tout simplement pas.
Penser l'altérité, c'est aussi penser l'identité. Si je combats impitoyablement, inversement, l'autre, et vise à le détruire,  je ne suis pas non plus, car son existence même - passée, présente et future - constitue le préalable de ma propre existence.  Si je détruis l'être et l'avoir de l'autre, je me détruis aussi, et pourtant dans l'entreprise de mon identification propre, je peux passer toute mon existence à tenter de détruire totalement l'autre. Et paradoxalement, si j'y parviens, je me détruis moi-même puisque une partie au moins de mon être et de mon avoir vient de son existence physique ou morale.
Cela parait abstrait, mais il suffit de remplacer "autre" par "père", "mère", "frère", "ami", "compagnon" ou "compagne" pour se rendre compte du concret de la chose. On peut penser aussi que les réflexions qui précèdent "poussent le bouchon un peu loin", mais c'est ce qui se passe effectivement, dès la première étincelle de conscience, si l'on en croit les acquis de la psychologie et de la psychanalyse.
Bien des philosophes, DESCARTES, KANT, HEGEL, RENOUVIER, SCHELER, HEIDEGGER, SARTRE, LEVINAS, RICOEUR, comme FENELON, MERLEAU-PONTY et bien d'autres ont écrit sur l'altérité. D'une manière ou d'une autre, ils ont tenté de cerner ce qui faisait l'altérité et l'identité.
Et même si tous n'ont pas relié cette notion au conflit, du moins directement, les implications d'une grande partie de leur philosophie y mènent. Le propos de ce qui précède n'est maladroitement qu'une énième tentative de le faire.
                                                                        
PHILUS

 

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