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4 juin 2008 3 04 /06 /juin /2008 14:28
       Anna FREUD, la psychanalyse clinique des enfants
              Alors que son père, Sigmund FREUD, pratique très peu la psychanalyse d'enfants, Anna FREUD (1895-1982) y passe une très grande partie de son travail.
 Installée en 1938 en Angleterre, elle se consacre aux services de l'éducation et de l'entraide aux enfants victimes de la  guerre, tant directement vers les enfants eux-mêmes, que vers les éducateurs et les enseignants envers lesquels elle a une grande influence.
 Dès son premier livre de 1936, "le Moi et les Mécanismes de défense" où elle fut la première à établir une distinction entre les défenses reconnues comme des motions pulsionnelles dérivées et les défenses contre les affects douloureux. Comme dans "Le Normal et le Pathologique chez l'enfant" en 1965, elle développe une psychanalyse des enfants différence de la psychanalyse des adultes, tellement le champ des troubles infantiles déborde les catégories traditionnelles de névrose, psychose et perversion. Toujours tendue vers les perspectives thérapeutiques, sa psychanalyse veut se servir des potentialités de l'enfant afin de lui permettre d'exprimer harmonieusement sa libido et son agressivité et d'atténuer les tendances destructrices induites par des environnements défavorables. Contrairement à Mélanie KLEIN et à son courant auquel elle s'oppose frontalement dès 1941, Anna FREUD pense que les rêves des enfants ne sont pas sources d'association sur lesquelles on pourrait agir. Le jeu et le dessin, simples matériels d'observation, ne sont pas directement interprétables. Comme l'enfant n'est pas considéré comme capable d'avoir conscience de sa souffrance, il est nécessaire d'établir une séduction active et délibérée de l'analyste, en s'appuyant sur les soignants et les parents. Il ne peut y avoir de transfert au cours de l'analyse, contrairement à ce que pense Mélanie KLEIN, et l'analyste ne peut venir qu'en plus et non en place des parents. Tant sur le plan clinique que sur le plan théorique, il faut suivre l'évolution des mécanismes de défense du Moi de l'enfant pendant tout son développement.

   Anna FREUD, Le MoI et les Mécanismes de défense, 1936 (PUF, 1946); Les Conférences d'Harward, 1952 (PUF, 1994); Initiation à la psychanalyse pour éducateurs, 1956 (Privat, 1968); Le Normal et le Pathologique chez l'enfant, 1965 (Gallimard, 1968).


   Mélanie KLEIN, la psychanalyse des enfants
         Formée surtout par Sandor FERENCZI qui s'intéresse alors beaucoup au cas du "petit Hans" en 1914, Mélanie KLEIN (1882-1960) s'établit très tôt à Londres (1925) et entreprend la construction d'une théorie psychanalytique un peu différente de celle de Sigmund FREUD, quoiqu'elle est toujours d'accord avec lui sur la pulsion de Mort. Les stades du développement libidinal ne sont pas rigoureusement programmé dans le temps mais se recouvrent parfois. L'Oedipe, que Sigmund FREUD plaçait tardivement, est à l'oeuvre beaucoup plus tôt, lors des stades archaïques et dépend autant des pulsions orales et anales que des pulsions génitales. Le SurMoi le précède probablement et sous une forme très sévère. Ses modèles de l'angoisse, des défenses et des relations, ses descriptions des positions dépressives et schizo-paranoïdes provoquent des controverses si importantes que deux sociétés psychanalytiques opposées voient le jour en Angleterre. Les descriptions fantasmatiques souvent crues qu'elle fait dans "La psychanalyse des enfants" (1932) font de l'amour et de la haine de véritables protagonistes d'une guerre interne chez l'enfant. L'effort que l'enfant désireux de contrôler ses pulsions destructrices, anthropophages, cannibales, doit faire pour s'intégrer dans des relations saines avec les parents et les autres, doit être soutenu par une cure serrée favorisant le transfert affectif vers l'analyste, à travers l'interprétation fine des rêves et des jeux. La plupart des psychanalyste aujourd'hui, sans être kleiniens au sens strict, admettent ses théories.

  Mélanie KLEIN, Essais de psychanalyse, série de conférences de 1923 à 1945, publié en 1947 (Payot, 1968); La psychanalyse des enfants, 1932 (PUF, 1959). Mélanie KLEIN et Joan RIVIERE, L'amour et la haine, le besoin de réparation, 1968, Petite Bibliothèque Payot. KLEIN, HEIMAN, ISAACS et RIVIERE, Développements de la psychanalyse, 1952 (PUF, Quadrige, 2001; première édition 1966).

                                                                                        PSYCHUS
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30 mai 2008 5 30 /05 /mai /2008 16:58

         La dissidence d'Alfred ADLER et la psychologie adlérienne

  Même si Affred ADLER (1870-1937) a renoncé sur le tard à qualifier sa théorie de psychanalytique, lui préférant celui de la psychologie individuelle, l'un des premiers disciples de Sigmund FREUD (qu'il rejoignit en 1901) gardera dans son oeuvre l'aspect conflictuel de la nouvelle discipline. Contre la primauté de la libido et la notion de refoulement, il rompt en 1911 pour développer une théorie personnelle : au centre de toute névrose comme au centre de tout fonctionnement psychologique, se trouve la lutte contre le sentiment d'infériorité, d'insuffisance, une lutte animée par un principe de "protestation virile", le désir sexuel n'étant que l'expression de cette visée de puissance et de domination.
   La compensation et la surcompensation, les stratégies de retournement et de contournement du sentiment d'infériorité, qu'il soit physique ou social, définissent une palette assez large de caractères, qui possèdent des traits de nature agressive (vanité, jalousie, envie, avarice, haine... ) ou non agressive (isolement, angoisse, pusillanimité, instincts indomptés exprimant une adaptation amoindrie...). Ses études sur le développement de l'enfant, notamment sur les symptômes d'inadaptation, ont beaucoup été suivis aux Etats-Unis, où il a émigré en 1933.

   Alfred ADLER, La compensation psychique de l'infériorité des organes, 1907 (Payot, 1956) ; Le tempérament nerveux, 1912 (Payot, 1926) ; Connaissance de l'homme, 1927 (Payot, 1949) ; L'enfant difficile, Payot, 1949.
Rudolph DREIKURS, La psychologie adlérienne, Blond et Gay, 1971. Sous la direction d'Alain de MIJOLLA, Dictionnaire international de la psychanalyse, Hachette, collection Pluriel, 2005.  La plupart des oeuvres d'Alfred ADLER sont disponibles en France chez Payot (Petite Bibliothèque Payot).


        La dissidence jungienne et la "psychanalyse" de l'inconscient individuel et collectif.

    Dès l'origine, Carl JUNG entendait suivre la voie de l'étude des psychoses et des mythologies. Rompant avec Sigmund FREUD en 1914, il voulait en fait depuis longtemps "libérer" la théorie et la pratique de tout ce qui touchait trop directement et trop crûment à la sexualité, à l'animalité de l'homme. La psychologie analytique qu'il fonde veut décrire les invariants de l'âme, elle-même de nature "paradoxale" : "Le conflit entre la Nature et l'Esprit n'est que la traduction de l'essence paradoxale de l'âme" écrit-il. Inventeur des notions d'intraversion et d'extraversion, il développe de nombreux concepts dont ceux des concepts-de-soi, d'individuation, d'archétypes... Il définit les quatre fonctions d'orientation du Conscient que sont la sensation, la pensée, le sentiment et l'intuition. Parfois, d'ailleurs, lorsque l'on lit ses livres, on a l'impression d'être dans des ouvrages de philosophie...
   Attachant beaucoup d'importance à l'introspection, il note les similitudes entre les dynamiques décrites par les alchimistes (personnellement, il me rappelle par certains côtés Gaston BACHELARD...) et celles des organisateurs inconscients structurant les processus à l'oeuvre chez ses analysés. Dans l'histoire de la culture occidentale, il existe un lien, une continuité entre la mythologie de la psyché pré-chrétienne, ces visions alchimistes et les images qui apparaissent de nos jours dans les rêves, avec des éléments communs à tous les individus.
Son courant a inspiré de nombreuses études psychothérapeutiques (travailler avec le dialogue intérieur de l'enfant...) et des analyses très en prises sur les angoisses contemporaines (modèle sociopsychologique du phénomène OVNI, que je ne partage pas du tout d'ailleurs, le trickster, sur lequel nous reviendrons...).

  Carl JUNG, Types psychologiques, Gerg, 1977 ; Wotan, 1936 ; Les racines de la conscience, études sur l'archétype, Buchet Chastel, 1971 ; Métamorphoses de l'âme et ses symboles, Gerg, 1993.
Sous la coordination de Aimé AGNEL, Le vocabulaire de Carl Jung, Ellipses, 2005.

                                                                                                   PSYCHUS
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28 mai 2008 3 28 /05 /mai /2008 12:53
  Les milieux de la psychanalyse sont si complexes (sans jeux de mots) et souvent traversés de conflits (sans jeux de mots non plus) qu'il est parfois difficile - malgré ou à cause d'une bibliographie surabondante - de retrouver les différentes conceptions du conflit qui s'y élaborent encore.
   Toutefois, comme précisément la notion de conflit psychique se trouve au coeur de la psychanalyse, on peut distinguer plusieurs courants, souvent antagonistes ou concurrents - qui ont réellement d'ailleurs des problèmes psychologiques à régler entre eux... D'ailleurs, dès l'origine de l'application de l'analyse psychanalytique au sein du groupe fondateur, selon les principes mêmes du conflit psychique et de ses projections en de multiples rebondissements, Sigmund FREUD (1856-1939) et ses disciples semblent avoir exacerbé entre eux des éléments longtemps refoulés. Ces courants adoptent vis-à-vis du conflit psychique des attitudes différentes, suivant leur analyse de développement de l'enfant, de l'adolescent et de l'homme et suivant aussi leurs préférences politiques et idéologiques. Souvent, ils mêlent - un peu trop sans doute - dans leurs écrits, l'exégèse des oeuvres du fondateur à leurs propres expériences de la cure psychanalytique, ce qui peut rendre obscures certaines notions.
   Pour comprendre les conceptions de ces courants, le mieux sans doute est de commencer par l'oeuvre de Sigmund FREUD lui-même, qui reste une grande référence aujourd'hui.

   Sigmund FREUD et ses variations du conflit psychique.
     Le traitement des hystéries, des névroses, de ses patients - d'abord parti d'une approche neurologique et psychiatrique - l'amène à se questionner longuement sur sa propre thérapeutique.
Puis il alterne, dès "Etude sur l'hystérie" (avec J BREUER en 1893) et surtout "L'interprétation des rêves" (1900), pratique et théorie pour l'analyse, au-delà des symptômes, de la vie psychique de ses patients et de l'homme en général.
L'étude du développement repose chez Sigmund FREUD sur, à la fois l'observation (souvent indirecte) de quelques  enfants et la reconstruction de positions infantiles à partir des névroses adultes. Il forge une "métapsychologie" qui explique les phénomènes de la vie intérieure des individus. Pour simplifier, car l'esprit scientifique de FREUD tendait toujours à douter de l'aspect définitif de ses découvertes, il élabore une première topique vers 1895-1920, la différenciation Conscient-Préconscient-Inconscient, et une seconde topique vers 1920-1939 qui distingue le Moi, le Ca et le SurMoi. L'opposition du principe du plaisir au principe de réalité, l'existence des pulsions (distinguées des instincts) dont les manifestations s'organisent en fonction de l'expérience personnelle, constituent les principes majeurs de la nouvelle discipline qu'il fonde, la psychanalyse, et qu'il s'efforce assez tôt d'institutionnaliser (la première "Société psychologique du mercredi" devient en 1908 la "Société psychanalytique de Vienne").
  Le conflit psychique, dont le moteur est la vie sexuelle elle-même, se déroule dans la première topique entre les pulsions sexuelles et les pulsions d'autoconservation, et dans la dernière topique entre les pulsions de vie (Eros) et les pulsions de mort (Thanatos). Les pulsions de vie regroupent les pulsions sexuelles et les pulsions d'autoconservation alors que les pulsions de mort tendent à la réduction complète des tensions et se manifestent sous la forme de l'autodestruction et de l'agression. Pour Sigmund FREUD, le conflit est avant tout interne et les conflits interpersonnels n'ont de sens que dans la mesure où ils réveillent ou expriment des conflits internes. Et dans les relations avec les autres, le mécanisme du refoulement des pulsions sexuelles est primordial. Le développement de l'enfant entraîne chez lui fixations et régressions, si ces refoulements sont exagérés et ne constituent pas seulement des sublimations. Les névroses et les psychoses se manifestent alors, interviennent, font partie même, de la personnalité de l'individu qui développe ces refoulements. A chaque étape du développement physique de l'enfant, de nombreuses modalités d'expressions des pulsions se font jour et ils se heurtent aux répressions extérieures.
Le complexe d'Oedipe, avancé tant dans "Les trois essais sur la sexualité" (1905), que dans "Totem et Tabou" (1912) est au coeur de la théorie psychanalytique. Le triptyque Mère-Père-Fils ou Mère-Père-Fille est le creuset de toutes les relations futures de l'individu.
  Et une grande partie du travail de Sigmund FREUD (pris entre sa rigueur intellectuelle, la nécessité de propager la nouvelle discipline et la polémique qui, très tôt, s'instaure entre lui et ses nombreux disciples) a été de sérier, de classer à la fois les phases du développement humain et les diverses sortes de symptômes des névroses et des psychoses et de fonder une étiologie des "maladies mentales". Loin d'en rester à une étude de l'individu, FREUD ne cesse, surtout vers la fin de sa vie, de tenter de relier le destin de la personne au destin de l'humanité.

   Sigmund FREUD, La science des rêves (1900); Psychopathologie de la vie quotidienne (1901); Trois essais sur la théorie de la sexualité (1905); Cinq leçons sur la psychanalyse (1909); Totem et Tabou (1912); Inhibition, symptôme et angoisse (1926) ; Daniel LAGACHE, La psychanalyse, PUF, collection que sais-je?, 1976 ; Roger PERRON, Histoire de la psychanalyse, PUF, même collection, 1997 ; BIDEAU, HOUDE et PEDINIELLI, L'homme en développement, PUF, 2002.


                                                                                            PSYCHUS
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