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2 mai 2008 5 02 /05 /mai /2008 13:36

    La sociologie marxiste : le matérialisme historique

       Point de départ de nombreuses approches du conflit, Karl MARX et Friedrich ENGELS, par le matérialisme historique, ont élaboré toute une explication du monde et une stratégie de changement global autour du primat de l'économie dans la vie des hommes.
   A travers leur théorie de la valeur travail, à la fois sur la production et l'exploitation des marchandises, et leur théorie de l'aliénation, de la domination et de l'oppression d'hommes par d'autres hommes, de classes sociales par d'autres classes sociales, ils explicitent les mécanismes économiques et sociaux des conflits, au delà des apparences idéologiques. Une méthode scientifique de la mise à jour des conflits sociaux montre la voie, par le rôle clé du prolétariat, des révolutions nécessaires. L'apport du marxisme à la compréhension est irremplaçable, même s'il doit être complété, corrigé parfois, dépassé sans doute par des approches mettant plus l'accent sur les aspects idéologiques et culturels. Sûrement car nous sommes tout de même passés d'une société industrielle à une société post-industrielle, où les services dominent dans l'économie. Processus en devenir, le capitalisme, avec ses effets pervers,  demande toujours un renouvellement de la pensée, hélas figée un temps par des systèmes totalitaires qui n'avaient de communistes que le nom. Ce renouvellement est combattu aujourd'hui par des idéologies partisanes d'un développement toujours plus explosif du capitalisme.
   Henri LEFEBVRE, dans son petit livre sur "le marxisme", au chapitre de la sociologie, montre bien la dialectique de la lutte des classes avec leurs rapports et leurs modes de production. Après son analyse du capitalisme, Henri LEFEBVRE définit le communisme, étape nécessaire après le communisme primitif, l'esclavagisme, le féodalisme et le capitalisme : "le développement sans limites internes des forces productives, le dépérissement des classes sociales, l'organisation rationnelle, consciente, contrôlée par la volonté et la pensée, des rapports de production, correspondant au niveau atteint par les forces productives".
  Cette sociologie tranche parfois avec celle d'autres sociologies qui veulent présenter une vision "objective" des conflits : elle est une sociologie de combat en faveur des classes prolétarisées, que ce soit économiquement ou culturellement.     Et après MARX, il est difficile pour des sociologues de se définir comme neutres...

   Karl MARX et Friedrich ENGELS, Le Capital, 1872-1875; Les luttes des classes en France, 1848-1850; L'idéologie allemande, 1845-1846 ; Henri LEFEBVRE, Le marxisme, Presses Universitaires de France, collection Que sais-je?, 1974.

                                                                                                           SOCIUS

     

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1 mai 2008 4 01 /05 /mai /2008 12:39

       Une sociologie du dynamisme social.

            On rentre dans une explication sociologique qui rend compte du dynamisme social avec Georges BALANDIER. Les sociétés traditionnelles (entendre avant l'industrialisation) révèlent le conflit social fondamental par leurs mythes et légendes. Loin d'être des événements exceptionnels, au contraire d'une logique sociale aux dysfonctionnements intermittents, les conflits permanents sont domestiqués en quelque sorte par les religions. Ces élaborations logico-mystiques, ces institutions organisées avec leurs rites et leurs guides, permettent une distanciation des conflits liés fondamentalement aux différences entre sexes et entre âges.
          Georges BALANDIER, Anthropo-logiques, PUF, 1974.
 

     Une sociologie de classes sociales comme acteurs sociaux.

           Alain TOURAINE, sociologue engagé à des lieux d'une pseudo analyse neutre, prolonge l'analyse de la dynamique sociale en la concentrant sur les formes modernes des conflits. Considérant les classes sociales comme des acteurs sociaux, il examine des rapports sociaux, pas seulement des rapports de concurrence, pas seulement des superpositions dans l'ordre social, ni seulement des conflits entre classe dirigeante qui dit l'histoire, fait l'historicité et s'en sert, et classes populaires qui résistent à la domination. L'opposition des intérêts, qui se maintient également dans la société post-industrielle, n'apparaît plus seulement entre capitalisme et classes ouvrières sur le plan économique, mais plus largement entre système social dominant et l'ensemble des classes dominées sur le plan culturel. Les mouvements sociaux participent au déplacement de l'enjeu des conflits. Un véritable système d'action historique met aux prises des classes sociales non seulement sur ce qu'elles sont mais aussi sur ce qu'elles pensent être. C'est par les conflits qu'une société évolue et que les différentes classes sociales de cette société évoluent, et ces conflits mêlent aspects économiques et aspects culturels.
     Alain TOURAINE, Pour la sociologie, Seuil, 1974; Sociologie de l'action, Seuil, 2000.
 

    Une sociologie des espaces sociaux.

          Avec Pierre BOURDIEU, on aborde clairement la question de l'espace social des différentes classes sociales. Chaque classe sociale, dotée d'un capital, lequel est défini au sens large (économique, culturel...) évolue dans différents champs sociaux. Du coup, les conflits y sont reconnus, dans ces champs sociaux, comme une dimension permanente des pratiques sociales. Il y a bien lutte des classes, les agents des différentes classes sont en concurrence pour l'obtention de biens rares, de tout genre, économiques, sociaux, symboliques. Particulièrement symboliques, car c'est la domination dans ce champ qui est la plus importante. Elle assure la domination en douceur, sur la répartition des biens rares de toutes sortes. Notamment d'ailleurs dans le champ scolaire qui assure la reproduction et la légitimation de l'arbitraire culturel défini par les classes dominantes. Pierre BOURDIEU étudie les pratiques sociales de distinction, de séparation entre les diverses classes sociales qui se déroulent dans l'espace social hiérarchisé. L'espace social est finalement un champ de forces opposées et les conflits structurent la vie quotidienne de tous les acteurs sociaux, qu'ils soient collectifs ou individuels.
    Pierre BOURDIEU, La distinction, critique sociale du jugement, Les éditions de minuit, 1980; La reproduction, éléments pour une théorie du système d'enseignement, Les éditions de minuit, 2005.
 

  Une sociologie de la complexité sociale

      Edgar MORIN pose la question de l'analyse des phénomènes complexes en tenant compte de leurs dimensions contradictoires (conflit/consensus, raison/imaginaire...) et surtout de la méthode d'analyse elle-même. Se haussant à la hauteur du projet d'un DESCARTES (Discours de la méthode), il tente d'élaborer une science du complexe toute en élaborant une méthode de changement du monde. Ordre et désordre, organisation et processus de désorganisation ont tous des interactions où se rencontrent constamment antagonismes et coopérations. Tout cela - le changement réel, vers un monde meilleur ou moins mauvais - n'est possible que par l'existence d'une éthique dont il tente de cerner les termes : autonomie d'esprit, véracité, justesse et justice, intégrité, prudence et tolérance. Il rejoint alors plus des préoccupations philosophiques que sociologiques.
     Edgar MORIN, La complexité humaine, Flammarion, Champs, l'essentiel, 1994; Edgar MORIN, Sociologie, Fayard, 1984.

                                                                                SOCIUS

    

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30 avril 2008 3 30 /04 /avril /2008 12:22
  Quelle sociologie du conflit ?
          Une approche sociologique du conflit est inséparable d'une option psychologique, philosophique, sociale générale. Il faudrait être légèrement niais pour concevoir l'approche sociologique du conflit d'un auteur en pensant qu'il l'aborde selon une option froide, objective, à la manière d'une science exacte. Et même s'il se met à écrire qu'il cherche par son étude à rapprocher les sciences sociales des sciences de la nature, son approche signe déjà sa préférence, disons-le, politico-sociale, sa position dans la société, selon qu'il considère l'individu ou la société comme la source du conflit, suivant qu'il pense le conflit comme normal ou pathologique, suivant encore qu'il possède une "tendance naturelle" à nier ou à minorer certaines formes de conflit, à amplifier et à majorer certains autres.
    Ainsi, on peut déjà effectuer une distinction entre des sociologies du conflit et des sociologies du consensus ou de cohésion sociale, dans la mesure où les options prises apparaissent dans les prémisses des écrits des auteurs... ce qui n'est pas toujours le cas!  Appelons un chat un chat : lorsque Marx et les marxistes mettent l'accent sur la lutte des classes et qu'ils élaborent des outils de compréhension de la production et de l'appropriation des richesses, ils ne présentent pas du tout la même sociologie que lorsque Boudon et Bourricaud, par exemple, partent des interractions individuelles pour expliquer les conflits.
  
         Dans un premier temps, évoquons l'attitude des différentes sociologies vis-à-vis du conflit. Comme l'expliquent Pierre ANSART dans son "Sociologies contemporaines" (Seuil, 1998) et Pierre DURANT et Robert WEIL dans leur "Sociologie contemporaine" (Vigot, 2002), un moyen sûr de comprendre ce qui rapproche et ce qui sépare les auteurs comme Marx et Boudon est d'opposer leur analyse du conflit.

    Une sociologie dite de l'individualisme méthodologique
          Aujourd'hui, en France, une grande part de la sociologie dominante repose sur ce que l'on appelle l'individualisme méthodologique, qui fait des acteurs individuels les éléments premiers de l'analyse.
    Les comportements individuels constituent la source des conflits de tout genre. Et, dans les système d'interdépendance et d'interaction que constituent les sociétés, les conflits seraient autant de dysfonctionnements. L'agrégation des conduites des différents acteurs, dans un cadre donné (une usine, une administration, un Etat...), conduit à toute une série d'effets non désirés et pervers, parfois violents. L'analyse d'un conflit renvoie à l'analyse des motivations, des choix et des actions des acteurs. Selon Raymond BOUDON, la logique du conflit social, c'est la logique de l'interprétation des situations par les acteurs qui choisissent des degrés de coopération et de conflit souhaitable pour eux, en faisant référence à la théorie des jeux.
          Raymond BOUDON, la logique du social, Hachette littératures, 2001; Raymond BOUDON, François BOURRICAUD, Dictionnaire critique de la sociologie, PUF, Quadrige, 2004.

         Une sociologie des organisations
                    S'intéressant surtout à la sociologie des organisations (industrielles, bureaucratiques), Michel CROZIER considère, lui, l'affaiblissement des relations interpersonnelles.
     Les conflits sont déterminés par la structure bureaucratique de l'organisation et les acteurs sociaux utilisent pour leurs propres objectifs, l'existence même des tensions induites par l'impersonnalisation des relations dans l'entreprise. Ils utilisent les zones d'incertitude du comportement de leurs collaborateurs proches ou lointains et manipulent leurs propres zones d'incertitudes dans une sorte de jeu collectif. Particulièrement, les acteurs cherchent à accroître leurs propres zones d'incertitude et à affaiblir celles de leurs collaborateurs. Une telle conception majore fortement la part d'activité des différents acteurs, possédant chacun leur système d'action, sans nier que les marges de liberté sont variables selon les acteurs et selon les organisations. Cela minore bien souvent l'intensité des conflits.
            Michel CROZIER et Erhard FRIEDBERG, l'acteur et le système, Seuil, 1977 ; Michel CROZIER, le phénomène bureaucratique, Seuil, essais, 2005.

                                                                                                 SOCIUS

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