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1 février 2021 1 01 /02 /février /2021 10:10

   Dans un ambitieux numéro de 2014 (n°4), la revue Transposition proposait plusieurs contributions sur le thème de Musique et conflits armés après 1945. Après une présentation amplement reproduite ci-après, Panagiota ANAGNOSTOU, avec Définir le peuple et sa musique : les débats sur le rebetiko dans la presse de gauche pendant et après la guerre civile grecque (1946-1961), Maurice Gomez GALVEZ, avec Un bruit lointain. Les musiciens chiliens face à la Guerre du Vietnam (1965-1975), Luis VELASCO-PUFLEAU avec Conflits armés, idéologie et technologie dans Für Paul Dessau de Luigi Nomo, Cornelia NUXOLI avec Mélodies d'empriunt. Chants de commandement et de stimulation morale parmi les combattants du RUF drant la guerre civile de la Sierra Leone, Morag Josephine GRANT avec Les voies de la musique comme torture, entre autres, présentent des morceaux d'un puzzle complexe. Parmi les autres contributions, notons les interviews de Didier FRANCFORT par Luis VELASCO-PUFLEAU (La musique comme voie possible d'une histoire comparé des conflits armés) et de  Florence GÉTREAU par Fanny GRIBENSKI et Isabelle MAYAUD (De la musique à ses objets et ses images. Tous articles visibles en lecture intégrale dans Openedition Journals.

   Après avoir commencé leur introduction par la considération des relations réciproques entre guerre et politique (De la guerre, CLAUSEWITZ), les auteurs font état des recherches historiques et musicologiques sur le rôle des oeuvres et des pratiques musicales au sein des conflits armés, ainsi que celles sur l'impact des conflits sur les oeuvres et les pratiques musicales. Elles ont connu un essor significatif durant les trois dernières décennies (voir l'ouvrage FRANT, Morag J. et STONE-DAVIS, Ferdia J. The soundtrack of conflict, The role of Music in Radio Broadcasting in Wartime and in conflict situations, Hildesheim, Georg Olms Verlag, 2013). Notamment en ce qui concerne les deux guerres mondiales du XXe siècle. De même, les recherches sur les rapports entre la musique et les conflits armés contemporains ont trouvé une place significative au sein des conflict transformation studies. Voir par exemple l'ouvrage collectif publié aux éditions Symétrie, à Lyon, de 2009, La Grande Guerre des musiciens. Sans compter des études sur le lien entre musique et violence ou musique et contestation, musique et régimes totalitaires. Mais les les conflits contemporains bénéficient, sur la musique, de moins d'attention que les deux guerres mondiales. Aussi, la revue compte renforcer le volet des conflits contemporains au sein de plusieurs zones géographiques. Suivant trois axes différents :

- l'analyse du déclenchement des processus d'identification des différents acteurs engagés dans les conflits armés par le biais de la création ou de la mobilisation d'oeuvres et de pratiques musicales ;

- l'analyse des utilisations et appropriations des oeuvres musicales par les acteurs engagés dans la violence armée ;

- l'analyse de la fonction sociale de sublimation des souffrances causées par les conflits armés des oeuvres et pratiques musicales.

Son regardées notamment la participation des oeuvres et des pratiques musicales à la ritualisation des actions et violences liées aux conflits armés, ainsi qu'aux modalités mémorielles qui en découlent : l'entrainement des combattants, l'engagement des musiciens dans la guerre, les pratiques de torture, les processus de consolidation des imaginaires sociaux ou encore la sublimation de la tristesse associée au deuil.

     Les usages des oeuvres et des pratiques musicales, tout-à fait à l'instar du sport et d'autres activités (on pointera notamment les jeux video) ne sont pas politiquement neutres... Ils ont une histoire spécifique dans de nombreux domaines. Morag Josephine GRANT montre par exemple l'utilisation de la musique dans des pratiques de torture. L'auteure analyse cinq voies différentes - mais interconnectées - de ces usages, certaines très anciennes, comme la tradition militaire, ou d'autres plus récentes, comme l'utilisation de la musique dans les pratiques de privation sensorielle développées durant la guerre froide et mises en oeuvre actuellement, notamment par l'armée des États-Unis dans le cadre de leur "guerre contre la terreur". GRANT analyse cette évolution dans une perspective historique, soulignant les rapports de domination et les conceptions philosophiques de l'être humain qui sous-tendent cette utilisation de la musique, ainsi que la dimension politique de ces pratiques. Autre éclairage, celui apporté par Jullian ROGERS, sur les liens entre la création musicale de Maurice RAVEL, la pratique du piano de Marguerite LONG et le processus de deuil en France dans le contexte de la Première Guerre mondiale. La dimension émotionnelle des pratiques musicales est capitale dans l'interaction avec l'expérience collective de la guerre et la douloureuses intimité du deuil.

   On consultera avec profit quelques ouvrages sur ces thèmes : Juliette VOLCLER, Le son comme arme. Les usages policiers et militaires du son, La Découverte, 2011. Peter SZENDY, Musique et torture, Les stigmates du son, dans La Poésie n°134 et 135, Belin, 2010.

 

Musique et conflits armés après 1945, Transposition n°4, 2014.

 

ARTUS   

   

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