Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
18 juillet 2020 6 18 /07 /juillet /2020 12:49

  Mary FISHER (Mary Fisher) Bayley CROSSE est l'une des Valiant Sixty (Soixante Vaillants), du groupe d'itinérants prêcheurs dont la mission est de répandre le message du fondateur des Quakers, George FOX. Dans le climat de l'époque, elle se considère comme véritable missionnaire de la vraie Parole de Dieu...

 

Prêches et persécutions

  Née dans le Yorkshire, en Angleterre, servante dans une famille à Selby, elle entend en décembre 1651, le prêche de George FOX, et conquise, elle y commence dès 1652 comme Diffuseuse de Vérité., avec publications à l'appui Emprisonnée assez vite, car les prêches des quakers sont plutôt véhéments et audibles quel que soit le lieu, au château de York, avec Élisabeth HOOTON et quatre autres quakers, qui se joignaient à elle dans le pamphlet False False Prophet and False Teachers Described (1652), appelant à quitter en urgence l'église d'État et dessinant une Lumière Intérieure. En 1653 et 1654, elle est emprisonnée à York pour offenses contre l'Église à Pontefract.

   En décembre 1653, accompagnée d'Elisabeth WILLIAMS, elle marche dans Cambridge dans une campagne prosélyte pour le sud de l'Angleterre. Elle rebute les étudiants en théologie du Sidney Sussex College. Par ordre du maire, elles sont exposées comme vagabondes, et deviennent les premières quakers à être publiquement fouettée pour leur ministère. En 1655, FISHER est de nouveau emprisonnée par le prieur de Newport PAGNELI à Buckinhamshire.

 

Mission dans le Nouveau Monde

    En 1655, Mary FISHER et d'autres prêcheurs quakers, dont Ann AUSTIN, voyagent dans le Nouveau Monde, d'abord aux Barbades dans les Caraïbes, où ils convertissent le lieutenant gouverneur. Le 11 juillet 1656, date emblématique pour la communauté quaker américaine, ils deviennent les premiers quakers à visiter les colonies anglaises d'Amérique du Nord, arrivant à Boston sur le Swallow, navire affrété grâce aux nombreux fonds recueillis un peu partout. Ils rencontrent une forte hostilité de la part de la population puritaine et du gouverneur de la colonie, Richard BELLINGHAM, les nouvelles sur leurs vues hérétiques les ayant précédés.

A l'arrivée, ils sont emprisonnés, les femmes sont examinées comme sorcières, leurs ouvrages saisis. FISHER et AUSTIN sont déportées aux Barbades après cinq semaines d'emprisonnement. Elles retournent en Angleterre en 1657.

 

Mission dans l'Empire Ottoman

    En 1658, Mary FISHER voyagent dans un groupe de 6 quakers dans la Méditerranée et visitent l'Empire Ottoman, pour exposer leur vérité au jeune Sultan Mehmed IV, après des péripéties de Venise en Grèce, en Macédoine et en Thrace. Elle peut, dans ses récits §notes de Turquie), comparer ses impressions par rapport à des précédents voyages en terres chrétiennes. Les quakers y furent mieux traités et elle constate qu'il y a moins d'intolérance en Turquie qu'en Amérique...

Elle termine là ses voyages en 1659 et retourne en Angleterre et termine son ministère et sa vie en Caroline du Sud (Nouvelle-Angleterre) où elle émigre en 1678, après s'être mariée (deux fois, le premier mari ayant péri en mer).

 

Mary FISHER, Quakers in the World, 2013 (qfp.quaterweb.org). Les écrits de Mary FISHER sont éparpillés dans de nombreux ouvrages, présents partiellement dans plusieurs sites, dont Panels of the Quaker Tapestry (web.archive.org) et Essay on the Valiant Sixty (ibid). On peut consulter les sites quakersintheworld.org et quakerhistory.org

Geraldine LEATHEROCK, Preaching Truth and Listening for Truth : Early Qauker Mary Fisher and Prospects for interreligious Dialogue, Indiana, 2013, site erquaker.blogspot.com

   

    

Partager cet article
Repost0
16 juillet 2020 4 16 /07 /juillet /2020 09:07

   Marchand d'armes depuis quarante ans, grande gueule (selon ses propres termes) toujours flanqué de jeunes femmes (bisexuelles, un atout toujours selon lui) disponibles pour recevoir des informations (dans le lit, ce sont les meilleures) de ses concurrents et "amis", si tant est qu'on peut en avoir dans cette "profession" d'intermédiaires, à la population nombreuse, Bernard CHEYNEL délivre dans ce livre en quelque sorte ses Mémoires... Dont maints passages constituent autant d'occasion de se plaindre des malheurs qu'il a dû enduré dans ses entreprises (solitaires), qui nous font arracher des tonnes de larmes de crocodiles (notez que les sauriens n'ont pas de glandes lacrymales...)...

   Par-delà le témoignage très détaillé de ses entreprises de relations publiques-privées visant à "faciliter", moyennant commissions normalement substantielles (qu'il s'est fait volé maintes fois) (forts pourcentage sur le montant total des contrats), nous révélant au passage les turpitudes de maints hauts responsables de sociétés privées et publiques d'armement (Safran, Dassault, Thomson, Thalès, Direction des Constructions Navales, Sagem, Sfim...) et de responsables politiques (de Jacques CHIRAC à Nicolas SARKOZY...), de la révolution iranienne à l'affaire Karachi, c'est une véritable description de la manière dont fonctionne réellement les marches d'armements. Constamment relancés à l'occasion du renouvellement d'armes obsolètes (notamment dans l'aéronautique), ces marchés qui n'existeraient pas sans les intermédiaires comme Bernard CHEYNEL capables de mettre en relation responsables d'État des matériels en question et décideurs des sociétés commerciales, fonctionne en France suivant des caractéristiques que l'auteur désigne comme dommageables pour l'industrie d'armement elle-même, trop dépendante des manoeuvres politiciennes de candidats à l'élection présidentielle soucieux avant tout de financer leurs campagnes électorales et leurs partis politiques. C'est ce système d'interpénétration des intérêts privés d'hommes politique et des intérêts publics (mal) gérés selon lui par, souvent des Polytechniciens (qu'on pourrait croire Poly-imbéciles!) qu'il dénonce comme responsables de ses déboires personnels et des déboires de l'industrie française d'armement face à ses concurrents européens, russes et américains...

   Très documenté - comme un dossier de procès comprenant autant de pièces à charge - en photographies (valorisantes pour l'auteur) et en reproductions de documents (compromettantes pour leurs signataires) - ce livre est instructif effectivement de la manière dont cette économie des armes fonctionne réellement, par-delà tous les calculs de coûts de production ou de ratios commerciaux, basée surtout sur des rapports personnels entre gens qui se connaissent très bien et se haïssent aussi bien (autant que des camarades de cours d'école maternelle!), vivant (très bien) de leurs entreprises, voyageant constamment en jets et résidant dans les meilleurs hôtels, passant vite des hautes sphères politiques à la prison... ou à la tombe!

  Bien entendu, le livre ne donne qu'un éclairage, dirait-on au quotidien, suivant une chronologie d'ailleurs bien rigoureuse et précise - qui jette par exemple une lueur - crue - sur les relations entre chiraquiens et baladuriens - et ne remplace pas une vue d'ensemble macro-économique et politique sur le commerce des armements.

 

Bernard CHEYNEL, avec la collaboration de Catherine GRACIET, Marchand d'armes, Seuil, 2014, 270 pages.

Catherine GRACIET est déjà l'auteure de plusieurs livres, dont La Régente de Carthage (La Découverte, 2009), Le Roi prédateur (Seuil, 2012) et Sarkozy-Kadhafi, Histoire secrète d'une trahison (Seuil, 2013).

Partager cet article
Repost0
15 juillet 2020 3 15 /07 /juillet /2020 13:08

   Abolitionniste et éducateur américain, Anthony BENEZET (né Antoine BÉNÉZET) est surtout actif à Philadelphie en Pennsylvanie. Un des plus anciens abolitionnistes fonde un des premières sociétés anti-esclavagiste, la Society for the Relief of Negroes Unlawfully Held in Bondage (après sa mort, Société pour la promotion de l'abolition de l'esclavage), une des premières écoles pour filles en Amérique du Nord, et the Negro School at Philadelphie, qui opère au XIXe siècle. Végétarien, et avocat de la cause animale, Anthony BENEZET veut intégrer ce combat dans son enseignement.

 

      Issu d'une famille de huguenots en France (Saint-Quentin), il doit en partie suite à la saisie du commerce de son père qui choisit l'exil plutôt que de renoncer à sa foi. Sa famille émigre d'abord à Rotterdam aux Pays-Bas, puis brièvement à Greenwich en Angleterre, puis à Londres. En 1727, Anthony BENEZET rejoint la Société des Amis.

    En 1731, tout la famille migre à Philadelphie en Pennsylvanie, fondée par les quakers et l'une des colonies anglaises du Nouveau Monde. A 18 ans, Anthony BENEZET rencontre John WOOLMAN, un des premiers abolitionnistes américains.

  Il est convaincu que la propriété d'esclaves est contradictoire avec la religion chrétienne. Il milite, après la guerre d'Indépendance, pour la mise au ban de l'humanité de l'esclavage et l'État de Pennsylvanie l'abolit graduellement à partir de 1780.

   Entretemps, après avoir échoué dans une entreprise commerciale, il commence à enseigner en 1739 dans une école germanique, avant de changer en 1742 pour une école de la Société des Amis, où il inclut 9 classes pour esclaves noirs. En 1755, il quitte l'école de la Société des Amis pour fonder sa propre école pour enfants noirs. Beaucoup d'abolitionnistes, continuent d'enseigner, comme Abigail Hopper GIBBONS, à la Benezet Negro School dans les années qui précèdent la guerre civile américaine.

    Il fait publier de nombreux écrits, en support de son action militante et institutionnelle. En support de son programme d'enseignement, il écrit par exemple plusieurs manuels scolaires et un livre plaidant pour une éducation bien conduite. Maints anti-esclavagistes, comme Thomas CLARKSON et John WESLEY sont très influencé par ses plaidoyers. Ses intérêts s'étendent au delà de l'éducation et de l'esclavagisme, et touche la tempérance, le pacifisme et la Réforme de la condition des Amérindiens.

 

Anthony BENEZET, Observations on the inslaving, importing and purchaing of Negros. With some advice theorem, extracted from the Epistle of the yearly-meeting of the people called Quakers held at London un the year 1748, 1760 ; A short account of the part of Africa inhabited by the negroes, 1762 ; Some observations on the situation, disposition and character of the Indian natives of this continent, 1784. On peut trouver nombre de ses écrits sur le site Internet : resource.nim.nith.gov

Maurice JACKSON, Let Thie Voice Be heard : Anthony Benezet, Father of American Abolitionism, University of Pennsylvania Press, 2009.

 

 

Partager cet article
Repost0
12 juillet 2020 7 12 /07 /juillet /2020 08:11

  Homme d'État américain, administrateur et professeur, James LOGAN est le quatorzième maire de Philadelphie. Il sert comme secrétaire colonial de William PENN et est un des fondateurs du collège de Philadelphie, prédécesseur de l'Université de Pennsylvanie. Même s'il n'est pas aussi prestigieux que les leaders des quakers comme William PENN, il fait partie de ce "personnel" qui permet le rayonnement des conceptions quakers de gouvernement, parmi les nombreuses commnautés d'origine diverses qui viennent s'établir en Amérique du Nord, étant lui même originaire d'Irlande.

  Comme beaucoup de membres de la Société des Amis de sa génération, il se converti au quakerisme en Irlande. Obligé de suivre ses parents pendant la guerre de 1689-1691, d'abord à Edinbourg, puis à Londres et Bristol, où en 1693, James LOGAN remplace son père comme professeur. Il vient à la colonie de Pennsylvanie en 1699, comme secrétaire de William PENN. 

Plus tard, il soutient la cause des droits de propriétaires en Pennsylvanie et mène une carrière politique, étant élu maire de Philadelphie en 1722. Pendant son mandat, il encourage la participation massive à la vie de la cité des immigrants catholiques irlandais. En l'absence de gouverneur de Pennsylvanie, il exerce cette fonction avant de devenir effectivement gouverneur de 1736 à 1738. Durant son mandat, il oppose le pacifisme quaker à la taxe de la guerre, et encourage les Pacifistes Quakers à abandonner leur siège à l'assemblée de Pennsylvanie pour que soit réalisées les réquisitions de guerre. En 1736, il répond à la requête des Américains natifs de contrôler les ventes d'alcool qui créent de graves problèmes sociaux, en installant des pénalités. Il faut noter que le thème de l'alcoolisme et de ses ravages dans les populations blanches et indigènes occupe énormément de temps dans le mandat de gouverneur. De même d'ailleurs que la lutte, ce n'est pas suffisamment développé dans les présentations, contre le commerce non autorisé des armes. James LOGAN joue un rôle central en tant que Chief Justice, Président de la Cour Suprême de Pennsylvanie (1731-1739) et que Gouverneur (1722-1723).

Durant son installation au poste de gouverneur, il joue un rôle actif pour l'extension territoriale de la colonie et poursuit des relations amicales avec le peuple Delaware. Il s'agit de contrôler avec le maximum de tranquillité l'expansion indéfinie de la colonie durant toute cette période, vu l'afflux des émigrants. Tout en poursuivant ses activités politiques LOGAN mène des travaux philosophiques (dans American Philosophical Society notamment) et apporte des contributions dans les sciences naturelles (botanique). Il développe les moyens de diffusion des connaissances et de la culture (bibliothèques, établissements universitaires...). C'est grâce à l'extension de ces moyens-là que se répand en partie les enseignements des quakers.

 

James LOGAN, Écrits divers dans les archives de l'Université de Pennsylvanie (en Anglais). Il n'existe pas d'ouvrages traduits en Français.

E. WOLF, James Logan, Bookman, Extraordinary. Proceedings of the Massachusetts Historical Society, 1967 ; The Romance of James Logan's Books. The William and Mary quaterly, 3, 1956. STRAHAN (ed.) EDWARD, A Century After, picturesque glimpses of Philadeplphia and Pennsylvania, Philadelphia, Alla, Lane & Scott and J.W. Lauderbach, 1875. Claus BERNET, James Logan (statesman), In Bautz. Traugott (ed.), 2010.

Partager cet article
Repost0
11 juillet 2020 6 11 /07 /juillet /2020 08:02

    Le réformateur religieux et homme politique anglais William PENN est un des plus grands promoteurs du quakerisme en Amérique, fondateur de la ville de Philadelphie et de la province de Pennsylvanie, devenue l'État Pennsylvanie des États-Unis.

    Issu d'une famille de militaires et de commerçants aisés, élève brillant, William PENN dévie cependant de la voie qui lui semble promise en adhérant aux principes de la Société des Amis. Chassé de l'Université d'Oxford pour ses positions protestantes "trop radicales", il est expédié par son père (l'amiral Sir William PENN) en France "pour apprendre les bonnes manières" et "tenir son rang". Après un séjour à la Cour du Roi, il s'inscrit à l'Académie protestante de Saumur où il passe les années 1662-1663, logeant chez Moïse AMYRAUT. La gestation de sa conversion définitive au quakerisme est longue ; elle intervient finalement en Irlande (où son père l'a envoyé en 1667 pour s'occuper du domaine familial, et surtout pour l'éloigner de Londres).

William PENN est alors persécuté comme les autres quakers sur le sol britannique : de décembre 1668 à juillet 1669; il est notamment incarcéré à la Tour de Londres.

Il se rallie progressivement au projet de s'exiler dans les territoires d'Amérique du Nord pour y fonder une colonie où les Amis pourront y vivre selon leurs principes. Quelques quakers se sont déjà installés dans le New Jersey en 1667. Mais William PENN a désormais les moyens d'un projet plus ambitieux grâce à l'héritage à la mort de son père et négocie notamment une importance créance due par la Couronne contre des terres en Amérique du Nord. Le 14 mars 1681, Charles II lui octroie par charte un vaste territoire situé à l'Ouest du New Jersey.

William PENN y fonde en 1682 la ville de Philadelphie, en y appliquant les préceptes du gouvernement d'une société libérale idéale. La jeune colonie quaker devient rapidement prospère (commerce). Il souhaitait que cette cité serve de port et de centre politique. Même si Charles II lui en avait donné la propriété, il achète la terre aux Amérindiens afin d'établir avec eux des relations pacifiques (signature d'un traité d'amitié avec TAMANEND, chef de la nation Delaware, à Shackamaxon dans les environs de Philadelphie). Gouverneur de la province, William PENN veille à développement (1682-1684). 

Mais William ne reste pas en Amérique. De retour en Angleterre, son amitié avec le duc d'York, devenu Jacques II en 1685, l'incite à approuver les déclarations d'indulgence du souverain, en 1687 et 1688 ; il est l'un des rares non-conformistes qui acceptent alors une tolérance surtout favorable aux catholiques romains. Plusieurs fois mis en cause pour ses sympathies avouées envers les jacobites après la Glorieuse Révolution (1688), il se tire d'affaire, redevient prédicateur itinérant des quakers, avant de retourner en 1699 en Pennsylvanie, où il exerce difficilement son autorité jusqu'à sa mort.

La province de Pennsylvanie s'engage dans la lutte pour l'Indépendance : le texte original de la Déclaration d'Indépendance et de la Constitution est signé au Capitole de Philadelphie (aujourd'hui appelé Independance Hall). La colonie rachète également d'autres terres, dans l'Ouest du New Jersey à William BERKELEY en 1674. Les idéaux qui y furent mis en pratique ont alors une influence importante sur les futures institutions américaines.

 

   Comme quaker pacifiste, William PENN considère les problèmes de la guerre et de la paix de manière large, dans le temps et dans l'espace, dans toutes les implications économiques et sociales. C'est un des premiers penseurs à proposer le projet d'États-Unis d'Europe, à travers la création d'une assemblée européenne de députés discutant et tranchant les questions de tout ordre pacifiquement. Il est aussi le premier à suggérer la création d'un Parlement Européen. Homme de profondes convictions religieuses, il exhorte de revenir au "christianisme primitif", détaché de toute ambition temporelle partisane.

 

William PENN, A collection of the Works of William Penn, deux volumes, J. Sowle, 1726 ; Primitive Christianity Revived, 1696 ; My Irish Journal, 1669-1670, Isabel Grubb, Longmans, 1952

Hans FANTEL, William Penn, Apostle of Dissent, William Morrow and co, New York, 1974. William Dixon, William Penn, An Historical Biography, Philadelphia, Blanchard and Lea, 1851. Kohn MORETTA, William Penn and the quaker Legacy, 2006. Jeanne Henriette LOUIS et Kean-Olivier HÉRON, William Penn et les quakers : ils inventèrent le Nouveau Monde, Gallimard, 1990.

(Voir Oeuvres de et sur William PENN : site Internet : oriabs.oclc.org)

Partager cet article
Repost0
8 juillet 2020 3 08 /07 /juillet /2020 16:27

     George FOX, théologien anglais, fondateur de la Société religieuse des Amis (Quakers), témoin de grands bouleversements sociaux, s'oppose au consensus religieux et politique, en proposant une nouvelle approche plus rigoureuse de la foi chrétienne. Son journal, qui contient une description très vivante des périples de son auteur, s'est imposé comme une oeuvre littéraire majeur. Grand voyageur, en Europe et aux Amériques, il influe nombre de communautés, qui ne reprennent pas tous tous les éléments de sa pensée.

   Toutes les particularités du quakerisme s'expliquent par les conditions ecclésiastiques de sa naissance. Son fondateur George FOX, anglican par sa famille, avait été choqué dès la fin du règne de Charles 1er, et encore plus pendant le Commonwealth cromwellien, par l'abondance des groupements, sectes et Églises qui prétendaient tous à la vérité et dont le formalisme et l'exclusivisme lui inspirent de l'aversion. Il devient alors un "chercheur" (seeker), c'est-à-dire un homme détaché de toute appartenance ecclésiastique, en quête d'une vérité à découvrir personnellement. La mystique de Jacob BOEHME, dont les écrits viennent alors d'être traduits en anglais, semble l'avoir beaucoup influencé. A cela il faut ajouter une introversion quasi maladive qui joue, chez lui, dans le sens de l'individualisme mystique. Comme beaucoup de seekers de son temps, le père de la Société des Amis participe à la fermentation antinomienne caractéristique des sectes du Commonwealth. Il n'hésite pas à interrompre les cultes de l'Église officielle pour proclamer son message, à braver les autorités ou à les apostropher durement. Ainsi, le sobriquet de quakers (c'est-à-dire trembleurs) attribué à ses disciples viendraient, selon certains, du conseil qu'il aurait donné à un juge qui l'interrogeait : "Fais ton salut avec crainte et tremblement." A moins que les "Amis" n'aient été dénommés trembleurs à cause des manifestations d'émotion frénétique qui se produisaient habituellement dans leur culte et leurs prédications. Parmi les premiers Amis, certaines donnèrent le spectacle de véritables déviances, tel James NAYLER, qui se prenait pour Jésus lui-même. Quoi qu'il en soit des liens possibles entre les quakers - pacifistes absolus et se refusant à tout serment - et certains mouvements révolutionnaires du Commonwealth, tels les diggers, les levellers et les ranters, le quakerisme se caractérise par une attitude de protestation radicale, sociale et religieuse. En rejetant le vouvoiement, les formules et les gestes de politesse, les appellations traditionnelle des jours de la semaine, en refusant même de donner aux églises d'autre nom que celui de "maisons à clocher" (steeple houses), les premiers quakers mettent en cause toutes les relations sociales et religieuses de l'époque et du lieu, de même qu'ils dénoncent, avec toutes les branches de la Réforme radicale, le lien entre la culture de la société globale et le christianisme (véritable). (Jean SÉGUY)

 

Une jeunesse rebelle à son milieu

   Dès l'enfance, George FOX, issu d'un père tisserand et d'une famille anglicane pratiquante, se montre enclin au sérieux et à une forte religiosité. Il ne connait aucune scolarité mais apprend néanmoins à lire et à écrire, étudiant la Bible avec assiduité. Selon lui-même, "lorsque j'atteignais l'âge de onze ans, je connaissais la pureté et la vertu car, au cours de mon enfance, on m'enseigna le chemin à suivre pour rester pur. Le Seigneur m'apprit à être fidèle en toutes choses, et à agir fidèlement de deux manières : intérieusement envers Dieu et extérieurement envers les hommes."

Malgré le désir de ses proches de faire de lui un prêtre, il devient apprenti auprès d'un cordonnier et d'un berger. Cette situation convient à son caractère contemplatif, et il est vite renommé pour sa compétence auprès des marchands de laine ayant affaire avec son maître. L'obsession constante de FOX est la poursuite de la simplicité dans la vie, c'est-à-dire la recherche de l'humilité et le refus du luxe (qu'il constate chez les prêtres anglicans), autant de valeurs qui lui ayant été inculquées par son expérience de berger. La Bible lui donne quantités de modèles de bergers dont il faut suivre l'exemple (Noé, Abraham, Jacob, Moïse...).

Cela ne l'empêche pas de cultiver l'amitié de personnes plus éduquées. Goerge FOX rend régulièrement visite à Nathaniel STEPHENS, le prêtre de son village, et engage avec lui de longues conservations théologiques, même s'ils se trouvent souvent en désaccords. Il compte également des amis parmi les professeurs anglicans, mais finit par les mépriser à la fin de son adolescence en raison de leur comportement, notamment de leur dépendance à l'alcool.

 

Premiers voyages et premières tentatives de "conversions"...

    Cette expérience du milieu des prêtres anglicans le pousse à quitter Drayton-in-the-Clay en septembre 1643 et à errer sans destination précise, dans un certain état de confusion mentale. Il trouve refuge dans le bourg de Barnet, à Londres, et peut s'enfermer dans sa chambre pendant des jours tout comme s'aventurer seul dans la campagne. Ses méditations tournent alors principalement autour de la tentation de Jésus par Satan dans le désert; épisode biblique qu'il compare à sa propre condition spirituelle. Notons qu'il n'est pas le seul dans ce cas à cette époque de l'histoire de l'Angleterre, peuplée de mystiques de tout ordre. George FOX attire parfois l'attention de quelques théologiens, mais il les rejette comme menant une vie indigne des doctrines qu'ils enseignent. Il recherche également la compagnie des membres du clergé mais n'y trouve aucune réconfort, car eux aussi semblent incapable de répondre aux maux qui le tourmente (fumer du tabac, réciter des psaumes, saignées sont fréquemment conseillés!). Après un retour auprès de sa famille (qui pousse à se marier ou au service militaire...), il recommence ses errances, mais avec plus de circonspection dans ses rencontres, et également avec plus de ténacité dans l'expression de ses désaccords, voie qui le conduit plus tard à provoquer les ecclésiastiques en plain sermon...

Dans les quelques années qui suivent, George FOX voyage plus loin, à travers le pays et raffermit ses convictions religieuses. A savoir :

- Les chrétiens, bien qu'ils pratiquent leur religion de diverses manières suivant les endroits, seront tous "sauvés" par leur foi. Les rites religieux n'ont donc aucune incidence pourvu que le croyant soit pur en son for intérieur.

- La capacité pour exercer la prêtrise est donnée à un homme par le Saint-Esprit, et non par des études religieuses. Cela implique que n'importe quelle personne, y compris une femme, a le droit de guider les fidèles.

- Dieu "habite le coeur de son peuple obéissant"  : l'expérience religieuse ne doit donc pas être confinée au seul bâtiment de l'église. FOX, de fait, refuse de qualifier un édifice d'"église". Il préfère pratiquer son culte au milieu des champs, dans l'idée que la présence de Dieu peut aussi se faire sentir au sein de la nature.

   il cultive des relations avec les "Dissidents anglais", des petits groupes de croyants ayant rompu avec les églises établies en raison de l'originalité de leurs idées. Il espère un temps que ces "Dissidents" soient en mesure de l'aider dans son accomplissement spirituel, mais ses attentes sont déçues et il doit quitter un de ces groupes parce qu'il s'évertue à maintenir que les femmes possèdent elles aussi une âme.

 

La fondation de la Société des Amis et les premiers emprisonnements...

   George FOX commence à exercer ce qu'il appelle son ministère en 1648. Prêches sur les marchés, dans les champs, dans les "maisons-clochers"... Prêches puissants, dits avec conviction, se basant sur les Saintes-Écritures, mais puisant dans son expérience personnelle, au milieu souvent de querelles entre de nombreux courants chrétiens aux vues très opposées... Probablement cette confusion est profitable au trublion, notamment parce que la justice sociale se situe souvent au milieu de son discours moralisant. Nombreux sont ceux qui adhèrent alors à ses vues... dans les années 1650 le mouvement s'accélère...

Il est d'ailleurs inculpé de blasphèmes, souvent, et passent de longues semaines en prison, où les geôliers se voient refuser par lui le paiement de ses séjours (en effet, les prisonniers devaient payer leur pitance et les soins à leurs chevaux...) et le traitent durement. Il connait plusieurs périodes d'emprisonnement et ne doit sûrement qu'à ses nouveaux amis de ne pas tomber dans les oubliettes : à Londres en 1654, à Launceston en 1656, à Lancaster en 1660 et 1663... à Woercester en 1674... Bien que les lois interdisant la pratique d'un culte non autorisé aient été peu appliquées dans la pratique en Angleterre, elles sont parfois soulevées contre les quakers, sans doute par la manière volontairement provocatrice de leurs interventions. En plus, nombre d'Amis refusent de prêter serment devant les tribunaux, refusant l'allégeance à la Couronne.

Même pendant ses séjours en prison, George FOX continue d'écrire et de prêcher. Il considère sa condition de prisonnier comme une bonne occasion d'entrer en contact avec les gens qui ont besoin de son aide, geôliers ou prisonniers.

Très tôt, George FOX est confronté à des "adeptes" exaltés, mystiques, qui dans leur élan "évangélisateur" se désignent eux-mêmes comme nouveaux prophètes délivrant la Parole. Notamment vers 1656, chez l'un de ses meilleurs collaborateurs du moment, James NAYLER. Il vit vite le danger de ces "Messies" et reconnût que lui-même pouvait avoir les mêmes élans et la même intransigeance morale et c'est en partie pour se sauvegarder de ce danger qu'il prône une organisation communautaire de la gestion de la vie religieuse des Amis comme surtout une expression collective des opinions des membres.

 

La Société des Amis prend de l'ampleur de l'importance... politique!

  Dans les années 1650, les réunions organisées par le Amis attirent déjà des fidèles par milliers. Le Commonwealth, craignant un complot monarchiste, redoute que la population voyageant en compagnie de George FOX n'ait pour but de renverser le gouvernement. En 1655, FOX est arrêté et conduit à Londres pour un entretien avec Olivier CROMWELL. Après avoir assuré le Lord Protecteur qu'il n'a aucune intention de prendre les armes, FOX peut discuter avec lui des différences existant entre les Amis et les Églises plus traditionnelles, avant de lui conseiller d'écouter la voix de Dieu et d'y obéir. Son Journal rapport qu'au moment où il prend congé, CROMWELL, les larmes aux yeux, lui proposant de revenir le voir. Ce qui se passe en 1656 pendant plusieurs jours. Si l'entrevue se passe bien sur un plan strictement personnel, de même qu'en 1658, il n'en résulte que peu de choses, car CROMWELL est déjà très affaibli (il meurt en septembre 1658). Les nombreuses persécutions ne cessent guère (environ un millier en prison en 1657), parallèlement d'ailleurs à un développement considérable de la Société des Amis à travers tout le pays.

La restauration de la monarchie anglaise, avec l'avènement de Charles II, laisse les quakers dans une position précaire, vu les relations avec CROMWELL. Toutefois, ils bénéficient de la recherche de l'apaisement tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de Charles II, lui-même à l'écoute des appels à la recherche de la paix (il met un terme aux prises de serment et aux jeux de hasard...). Des centaines de quakers sont libérés de prison, malgré l'incertitude du gouvernement sur leurs possibles liens avec d'autres mouvements violents.

C'est dans ce contexte que de nombreux Amis peuvent émigrer en Amérique, dans une relative quiétude, même si après un temps passé en Nouvelle-Angleterre, nombreux sont bannis par les colons. Charles II facilite leur retour en Angleterre tout en faisant publier un édit interdisant ce bannissement. Les allers-retours d'Amis aux deux rives de l'Atlantique suscitent alors un grand intérêts pour le Nouveau-Monde, et pas seulement dans les cercles quakers...

 

Voyages en Amérique et en Europe.

   George FOX part en voyage (marié en 1669) en 1671 à la Barbade, puis dans les colonies anglaises d'Amérique du Nord. Parvenu au Maryland, il participe à une grande réunion de quatre jours avec les quakers locaux. Tandis que ses compagnons de voyage parcourent les autres colonies, il préfère rester un certain temps pour rencontrer quelques Indiens qui se disent intéressés par le mode de vie des quakers. Très impressionné par leur caractère, qu'il qualifie d"affectueux" et "respectueux". En Caroline du nord, il a d'ailleurs l'occasion de s'opposer fermement à un homme qui déclare que "la lumière et l'esprit de Dieu ne sont pas dans les Indiens".

Ailleurs dans les colonies, FOX aide à structurer les communautés d'Amis selon les mêmes principes que ceux adoptés en Angleterre. Il prêche également auprès de non-quakers, dont certains se convertissent. D'autres, notamment les catholiques, restent sceptiques.

Après avoir longuement parcouru les colonies américaines, George FOX regagne l'Angleterre en 1673. Vite renvoyé en prison, sa santé commence à en souffrir. Sorti de prison grâce à une demande de sa femme au Roi, il est devenu trop faible pour reprendre tout de suite ses voyages. Occasion d'écrire davantage, se consacrant à la question du serment, convaincu de son caractère crucial pour les quakers. Il rend ensuite visite aux Amis des Pays-Bas (1677 et 1684), et brièvement à des Amis allemands. Pendant ce temps, FOX écrit régulièrement en Angleterre pour participer aux débats à propos notamment du rôle des femmes dans les réunions. Au cours des dernières annés de sa vie, il continue de participer aux réunions annuelles de la communauté anglaise, et se rend même au Parlement pour y dénoncer les souffrances subies par ses compagnons. L'Acte de Tolérance (Act of Toleration) de 1689 récompense ses efforts, et permet à de nombreux Amis de sortir de prison.

A sa mort en 1691, et malgré les persistantes persécutions, il y a 50 000 quakers en Angleterre et en Irlande, sur une population d'environ 5 millions d'habitants. Il y a des groupes également en Hollande, en Nouvelle-Angleterre, en Pennsylvanie, au Maryland, en Virginie et dans les Carolines, qui prospèrent ensuite dans des conditions diverses.

 

Une oeuvre religieuse et littéraire très diffusée

  Le Journal de George FOX est publié pour la première fois en 1694, après avoir été édité par Thomas ELLWOOD, un ami de John MILTON et de William PENN. L'oeuvre en tant qu'autobiographie à tonalité religieuse est souvent comparée aux Confessions de SAINT-AUGUSTIN ou aux écrits de John BUNYAN. Le Journal, malgré son caractère extrêmement personnel, réussi à captiver tant les lecteurs ordinaires que les historiens en raison de la richesse des détails concernant la vie au XVIIe siècle ou les villes et villages visités par l'auteur.

  Des centaines de lettres écrites par FOX, pour la plupart des épîtres destinés à tous mais aussi quelques missives personnelles, ont également été publiées. Composées à partir des années 1650 sous des titres tels que Amis, recherchez la paix de tous les hommes ou aux Amis pour se reconnaître dans la lumière, les lettres donnent un aperçu essentiel de la pensée de l'auteur, et montrent sa détermination à la répandre. Ces écrits ont trouvé un public au-delà de la communauté quaker, de nombreux autres courants chrétiens les utilisant pour illustrer les principes du christianisme.

  L'influence de FOX sur la Société des Amis fut naturellement considérable, et la plupart de ses idées ont été largement reprises par la communauté. Toutes cependant n'ont pas reçu l'approbation de l'ensemble des quakers : son rejet puritain de toute forme d'art et de la théologie n'ont empêché le développement de ces matières chez les quakers que pour quelque temps.

Il est considéré de manière générale comme un pionnier. Son attitude pour la justice sociale et pour la paix (contre le service militaire et tout enrôlement dans des armées) est reconnu bien au-delà des frontière idéologiques.

 

George FOX, Journal de Georg Fox, 1624-1690, fondateur de la Société des Amis, Éditions "Je sers", Paris, 1935 ; Pensées de George Fox, fondateur de la Société des Amis, Quakers, 1944. (voir le site de l'Université George Fox : www.georgefox.edu

Henry Van ETTEN, George Fox et les Quakers, Éditions du Seuil, collection "Maîtres spirituels", 1956.

 

Partager cet article
Repost0
7 juillet 2020 2 07 /07 /juillet /2020 13:19

    Dialogue, la revue trimestrielle du Groupe Français d'Éducation Nouvelle, à ne pas confondre avec la revue - estimable elle aussi - du même nom (Revue de recherches cliniques et sociologiques sur le couple et la famille édité par Eres), sur papier et sur Internet, se veut une revue de recherche, d'échange et de confrontation de pratiques d'éducation nouvelle en rupture avec les pratiques dominantes.

   Pour le GPEN, il n'y a pas d'éducation "paisible" qui se suffirait de "bonnes méthodes". Il assume donc les multiples conflits dans l'éducation, qui, elle, est une source de transformation de l'individu qui se construit et construit en même temps ses savoirs avec les autres.

  La revue, comme les autres moyens de diffusions des idées (brochures, livres...), rend compte de pratiques émancipatrices, fondées sur l'idée que tous les êtres humaines sont des chercheurs, des créateurs à part entière. C'est un levier d'action "qui permet à chaque auteur d'article, à chaque lecteur d'être dans un processus de réflexion et d'action sur son activité au quotidien. Dialogue "porte une visée positive qui transforme les réussites en véritables pouvoir d'agir, les controverses en occasion de développement professionnel, personnel, collectif. Elle est un espace commun de travail où s'expriment les regards croisés de femmes et d'hommes, enseignants, formateurs, chercheurs, éducateurs, parents, travailleurs sociaux, militants associatifs, artistes... tous en recherche sur les questions d'éducation."

    Rappelons simplement ici que le GFEN, dont la devise est "Tous capables!", a été fondé en 1922 comme section française de la Ligue internationale de l'éducation nouvelle. Henri BASSIS (1916-1992), résistant, militant communiste, poète et auteur dramatique a rédigé le Manifeste de l'éducation nouvelle et le GFEN a été présidé successivement par Paul LANGEVIN, Henri WALLON, Gaston MIALARET, Robert GLOTON, Henri BASSIS, puis Odette BASSIS, et enfin actuellement par Jacques BERNARDIN.

A partir du GFEN, d'autres groupes, belge, romand, valdotain, luxembourgeois, haïtien... ont vu le jour. De ces différents groupes est né en 2001 le Lien international de l'éducation nouvelle (LIEN), qui met en synergie des groupes d'éducation nouvelle du monde entier et de langues diverses. Le GFEN partage les idées de l'éducation nouvelle avec d'autres associations, dont Pédagogie Montessori, les Centres d'Entraînement aux Méthodes d'Éducation Active (CEMEA), ou encore le Réseau des écoles démocratiques au Quebec (REDAQ)...

   Parmi les numéros de Dialogue, notons ceux d'avril 2017 (n°164 - Objets disciplinaires, Pensée complexe), d'avril 2018 (n°168 - Revenir aux fondamentaux pour bâtir les savoirs?), d'octobre 2018 (n°170 - Éros et logos, Éducation et sexualité) et de juillet 2020 (n°177 - Pour que les élèves se saisissent pleinement de leur travail personnel)...

  

 

Dialogue, GFEN, 14 avenue Spinoza, 94200 Ivry-Sur-Seine. Site Internet : gfen.asso.fr.

Partager cet article
Repost0
6 juillet 2020 1 06 /07 /juillet /2020 13:15

    L'ouvrage assez récent (2015) de Marie-Claude BADICHE, assistante sociale, spécialisée dans la protection de l'enfance et dans l'insertion des jeunes en difficultés, Maurice BADICHE, diplômé de l'ESSEC qui a fait toutes sa carrière chez Renault de 1952 à 1986 et pour l'essentiel aux affaires internationales et de Martine SEVEGRAND, historienne et spécialiste du catholicisme français au XXe siècle, dessine en creux l'histoire, une histoire de l'Église catholique. D'une Église qui n'a pas su faire, même avec Vatican II, dont maints prêtres-ouvriers se défient d'ailleurs, faire le lien entre une hiérarchie prise dans ses dogmes et la masse des "pêcheurs". Il s'agit en effet de l'histoire du "Groupe Chauveau" (1957-2011), d'un de ces groupes de Prêtres-Ouvriers, qui ont dû désobéir en fin de compte à cette hiérarchie pour pouvoir porter le témoignage d'un christianisme qu'il estime véritable auprès des ouvriers.

   "Convaincu que les formes traditionnelle d'apostolat n'arriveraient pas à franchir "ce mur qui sépare l'Église de la masse", le cardinal Suhard, archevêque de Paris, créa en 1943 la "Mission de Paris" : une équipe de prêtres déchargés de toute fonction paroissiale. Mais il n'était pas encore dit que ces prêtres devraient adopter la condition ouvrière pour la vie entière." L'introduction de Maurice BADICHE nous permet de nous remémorer cette initiative et son histoire.

"C'est à partir de 1945-1946 que certains d'entre eux, constatant les limites d'une action de quartier, hors des lieux de travail, demandèrent au cardinal l'autorisation de s'embaucher en usine comme ouvriers." Le cardinal acquiesça en leur demandant de prendre leurs responsabilités dans cette nouvelle vie et de l'informer de leurs progrès. "Pour ces "prêtres-ouvirers", selon l'expression lancée par le titre du livre d'Henri Pertin : Journal d'un prêtre-ouvrier en Allemagne (Seuil, 1945), il ne s'agissait pas d'un petit stage pour s'informer de la condition ouvrière, mais très vite d'un engagement à vie, "sans esprit de retour". C'était pour eux leur manière de vivre leur ministère, ce à quoi le cardinal Suhard donnait son aval." "Et voici qu'au début de 1954, ils reçurent l'ordre de quitter leur travail. La moitié d'entre eux refusèrent d'obéir, rappelant les promesses faites. On les appela plus tard "les insoumis"."

Plusieurs ouvrages, dont certains autobiographiques, ont raconté leur histoire. Ce livre se focalise sur une vingtaine d'entre eux, seul groupe des insoumis qui poursuivit sa recherche collective depuis l'automne 1957 jusqu'à la disparition du dernier de ses membres en 2011. Abandonnés par l'institution, ils gardèrent néanmoins des contacts avec elle, sans se reconnaitre dans l'action des prêtres envoyés en mission après Vatican II en 1965.

   Marie-Claude et Maurice BADICHE, en conclusion, estiment que "certes, les PO ont définitivement fait exploser le modèle du prêtre en col romain, fonctionnaire du culte ; ils ont aussi, en reconnaissant la réalité de la lutte des classes, remis en question la doctrine sociale de l'Église qui prône leur collaboration, avec une conception des "pauvres" qui appelle à la charité plutôt qu'au combat contre les causes de leur exploitations. Ils s'interrogent aussi sur les bouleversements qui surviennent au sein même de la classes ouvrière du fait, notamment, du passage d'un capitalisme des producteurs à un capitalisme financier. Mais ce qui nous interpelle le plus aujourd'hui et qui rend si actuelle leur démarche, c'est qu'ils ont osé questionner la foi des chrétiens, à la manière de l'expérience d'une vie commune avec d'autres hommes qui luttent pour un monde meilleur, fait d'amour et de justice, et qui ne revendiquent pas nécessairement leur appartenance à une croyance religieuse."

"Ce faisant, ils ont vu les limites du discours dogmatique de hiérarques qui présentent comme vérités de foi des affirmations le plus souvent inadaptées mais qu'ils disent détenir de Dieu lui-même pour mieux asseoir leur pouvoir. Ils soulignent encore comment cette prétention d'apporter des réponses à tout stérilise toute avancée spirituelle. On sait bien enfin que cette soumission à des certitudes soit-disant révélées aboutissent à l'intégrisme, à la théocratie et leurs pires abominations. Cette critique qui s'applique évidemment aussi bien à l'islamisme radical qu'à l'intégrisme chrétien n'épargne pas des doctrines profanes comme le communisme ou le capitalisme dit "libéral" capables d'engendrer des dictatures ou de créer les plus mauvaises conditions d'exploitation des travailleurs, au nom de lois prétendues"naturelles" ou scientifiques."

  La lecture de ces pages rapprochent irrésistiblement le combat de ces Prêtres-ouvriers, d'autres militants, également en rupture avec leur propre institution, venant d'horizons "opposés" au religieux. Ils rappellent les multiples interrogations de ces militants communistes envers les directives de leur parti et leurs propres dilemmes quant à l'attitude à tenir envers le Parti Communiste, entre conscience de ses erreurs de tout ordre et de la nécessité pour la classe ouvrière pour "prendre le pouvoir" d'une organisation de masse. Comment christianiser en se plaçant en dehors de l'Église, "mère" de leur propre foi et collectif indispensable à la masse des "pécheurs", alors que l'on se rend compte que la christianisation, précisément, est en "panne" à cause dea actions de cette Communauté, et ce dans les milieux qui "en ont le plus besoin"... A travers les doutes, les questionnements de ces PO, sur de longues décennies, que cet ouvrage rend bien, maints chrétiens se remémoreront la substance de bien des combats...

 

Martine SEVEGRAND est également l'auteure aux mêmes Éditions de La sexualité, une affaire d'Église? De la contraception à l'homosexualité, 2013 et de Israël vu par les catholiques française (1945-1994), 2014.

 

Marie-Claude et Maurice BADICHE et Martine SEVEGRAND, Des prêtres-ouvriers insoumis en 1954. Le "Groupe Chauveau", 1957-2011, Ruptures et découvertes, Éditions Karthala, 2015, 250 pages.

 

 

Partager cet article
Repost0
5 juillet 2020 7 05 /07 /juillet /2020 06:59

   Conrad GREBEL est le cofondadeur des Brethen de Suisse (ou "Frères suisses") et considéré comme le "Père des Anabaptistes". Sa pensée, concentrée dans quelques écrits, influence par la suite de nombreux croyants et notamment ceux qui font partie des courants pacifistes.

   Fils d'un important commerçant suisse de Zurich, il est surtout éduqué à Bâle, Vienne et Paris. Il se lie d'amitié vers la fin des années 1510 avec Joachim VADIAN à l'Université de Vienne, un éminent professeur humaniste suisse. Il passe finalement en 6 ans par 3 universités sans finir ses études.

En 1521, il s'associe au groupe d'Ulrich ZWINGLI dont il devient un fervent soutien. C'est dans ce groupe qu'il devient également l'ami de Félix MANZ. C'est surtout là qu'il acquiert une solide formation en Grec classique, en Bible latine, en Ancien Testament hébreu et en Nouveau Testament grec. Il se converti en été 1522 et devient un fervent prêcheur.

 Mais avec 15 autres personnes, en 1523, il finit par se séparer de ZWINGLI à cause d'une dispute sur l'opportunité d'abolir la Messe et ses "abus". Le second sujet qui accentue leur division est celui du baptême des enfants. ZINGLI s'oppose à MANZ et GREBEL sur cette question. Le conseil municipal vote en faveur de ZINGLI et du baptême des enfants, exige du groupe de GREBEL qu'il cesse ses activités et ordonne que tout enfant qui n'avait pas été baptisé lui soit présenté pour le baptême dans les 8 jours, faute de quoi l'exil du canton serait prononcé.

Conrad GREBEL réunit son groupe, malgré l'interdiction, à la maison Félix MANZ en Suisse, le 21 janvier 1525 et exerce le premier baptême du croyant du mouvement. Date qui est généralement considérée comme celle de la fondation de l'anabaptisme. Les participants quittent ensuite la réunion, durant laquelle il y eut plusieurs baptêmes (dont le "baptême de la foi" de Georges BLAUROCK), avec le sentiment d'avoir une nouvelle mission. En octobre 1525, après plusieurs mois d'évangélisation dans des villes comme St Gall et Grüningen, après que de nombreux anabaptistes aient été arrêtés et parfois assassinés, GREBEL lui-même est finalement arrêté et emprisonné. C'est durant ce séjour en prison, qu'il prépare la défense de la position anabaptiste sur la question du baptême. Avec l'aide de ses proches, il s'évade en mars 1526. Il parvient à faire publié son pamphlet rédigé en prison avant de mourir de la peste.

 

    Toute la production littéraire de GREBEL se résume à 69 lettres écrites de septembre 1517 à juillet 1525, trois poèmes, une pétition au conseil de Zurich et le pamphlet contre le baptême des enfants. Trois lettres écrites par lui en 1523, 1524 et 1525 ont été conservées. Ses correspondances avec Andreas KARLSTADT, Martin LUTHER et Thomas MÜNTZER (1524) sont parmi les plus marquantes.

Bien qu'il n'ait vécu que 30 ans, qu'il ne se soit consacré au christianisme que 4 ans et n'ai donné qu'un an et demi à l'anabaptisme, l'impact de son action lui vaut le titre de "Père des Anabaptistes" et de chef du groupe des anabaptistes de Zurich.

Ses croyances ont laissé une empreinte profonde dans l'existence et la pensée du mouvement anabaptiste. La liberté de conscience et la séparation de l'Église et de l'État sont parfois considérés comme deux héritages des anabaptistes de Zurich. (voir Sébastien FATH, Les baptistes, une Église professante et militante, sur clio.fr)

    Ses croyances ont une forte influence dans la vie et la pensée d'Amish, de Baptistes même, et aussi au sein des églises mennonites comme pour d'autres mouvements piétistes. Il est considéré, avec Petr CHELCICKY (1390-1460) de Bohême, comme un des premiers nonresistants chrétiens de la Réforme.

 

Harold S. BENDER, Conrad Grebel, the Founder of the Swiss Brethen, notamment dans Mennonite Encyclopedia (5 volumes). Voir notamment le Global Anabaptist Mennonite Encyclopedia Online (gameo.org)

 

Partager cet article
Repost0
2 juillet 2020 4 02 /07 /juillet /2020 11:33

   A une époque qui se dit rationnelle, les épidémies comme celle du COVID-19 son l'occasion de vérifier que persistent nombre de superstitions, entretenues par certaines religions (évangélistes américaines pour ne pas les nommer) et alimentées par une méconnaissance profonde du fonctionnement de la nature, corps humain compris... Ainsi a t-on pu voir aux États-Unis mais aussi un peu ailleurs, des manifestations religieuses - et sur les réseaux sociaux d'Internet en particulier, des élucubrations angoissées, fleurir pour exorciser les forces de l'univers qui font abattre sur l'humanité des fléaux invisibles ou pour pardonner des fautes et des péchés qui auraient attirer sur les peuples la colère de Dieu... Pourtant, maintes études d'anthropologies et de sociologies démontrent que la maladie est un fait social, qui s'inscrit dans l'évolution des sociétés depuis des millénaires.

 

Pendant les épidémies, les exhortations religieuses...

    Jean-Pierre DEDET, professeur de parasitologie à la Faculté de médecine de Montpellier, rappelle que, malgré les quelques mentions anciennes que nous pouvons retrouver dans l'Histoire sur les caractéristiques et les effets des maladies infectieuses (choléra, peste, rage) et éruptives (lèpre, variole, rougeole), la notion même de maladie infectieuse était méconnue des médecins antiques. Elles n'étaient pas distinguées des autres maladies, dont les causes étaient expliquées suivant les théories en cours dans les époques et les civilisations correspondantes. Elles étaient généralement attribuées à la volonté des dieux ou de génies châtiant les coupables (Mésopotamie, IIe siècle av. J.C.). En Égypte ancienne, les maladies étaient causées par des démons subtils véhiculés dans l'air, particulièrement les jours néfastes. A Rome, Fébris, la déesse de la fièvre, possédait trois temples. Cette conception du châtiment divin traverse les âges, relayées avec une belle constances par les trois grandes religions révélées : Judaïsme, Christianisme et Islam, qui ne pouvaient se priver de cet aiguillon de la Foi... Elle reste fichée dans l'inconscient collectif des populations les plus développées. Dans la Bible, depuis le Pentateuque jusqu'au nouveau Testament, la lèpre est de nombreuses fois citée, et toujours associée au surnaturel, à l'impureté, au péché.

Ailleurs, les maladies étaient et sont encore parfois rapportées à l'action de facteurs internes, comme un déséquilibre entre les trois dosas, éléments constitutifs du corps (vent, bile et phlegme) dans l'Ayurveda de l'Inde ancienne, ou entre le souffle (K'i) et le sang (hine) dans la médecine chinoise depuis les Han. En France, on parlait encore, au XVIIe siècle, "d'humeurs peccantes". Les maladies furent ailleurs attribuées à des causes externes : miasmes contenus dans l'air (Hippocrate), dans le brouillard (Jean de Mésué, 776-855) ou encore dans l'air et l'eau (Avicenne, 980-1037).

      En Occident, le Moyen Âge se caractérisa par une longue période d'obscurantisme médiéval avec une domination de la médecine par l'Église qui imposait le respect inconditionnel de certains dogmes hérités de l'Antiquité et compatibles avec le monothéisme.

Même si le Moyen Âge n'est pas totalement la période noire et obscure décrite parfois, il faut bien reconnaître que le poids de l'Église fut lourd dans bien des domaines pour empêcher toute réflexion. Heureusement que, en son sein, et notamment dans plusieurs monastères d'ordre religieux (qui se situaient souvent hors du temps...), maints esprits observateurs consignèrent des réflexions, conservées et ensuite enseignées, qui fit évoluer bien des esprits...

Malgré certains espaces de liberté - souvent chèrement acquis - tout essai de révision ou de discussion était considéré comme hérétique. Jusqu'au XVIIe siècle, la maladie était considérée comme voulue par Dieu, à la fois châtiment individuel (collectif en cas d'épidémie) pour les péchés des hommes et injonction se faire pénitence et de se préparer à mourir. La grande peste était un fléau envoyé par Dieu pour châtier les hommes d'avoir péché. Les artistes de l'époque figuraient souvent sur leurs toiles des flèches envoyées par Dieu du haut du ciel et frappant les corps aux lieux de prédilection des bubons pesteux. Cette relation avec le ciel dura jusqu'à la fin de la troisième pandémie et joua un rôle essentiel dans la lutte contre la maladie. La syphilis de même demeura longtemps considérée par certains comme une punition divine du péché de luxure.

Intéressant à la fois l'âme et le corps, la maladie relevait du magistère de l'Église, plus du prêtre en tout cas que du médecin, qui très longtemps n'était pas seulement connu pour des capacités à guérir, mais à préparer des potions, à conseiller sur des sujets qui relève de l'astrologie (dressant des calendriers), et de manière générale faisait partie d'une cercle d'érudit plus porté sur l'examen des vieux textes qu'à servir au chevet des malades et des blessés. S'ils distribuaient potions et remèdes divers, ne s'approchaient jamais du sang, tâche réservée aux barbiers... D'ailleurs, qui cherche réellement à étudier les maladies - souvent à l'occasion des épidémies d'ailleurs - s'adresse plutôt aux moines. De toute manière, la maladie se combat d'abord par la prière et la pénitence et si quelques préparateurs de mixture avaient quelques succès auprès de malades, ils s'attiraient plutôt la méfiance des autorités que leur reconnaissance. On s'adresse donc plutôt à Dieu ou plutôt à ses saints, dont certains sont très spécialisés, on fait confiance en la piété qu'en la science...

La conception surnaturelle de la maladie s'est maintenue dans mes civilisations traditionnelles. Dans les sociétés africaines, les maladies sont souvent la signature d'une faute, la conséquence de la transgression d'un interdit, le résultat d'un sort jeté. Elles sont déclenchées par les dieux ou les mauvais sorciers. Ceux-ci, qui ont le pouvoir d'envoûter, sont aussi les guérisseurs. Le traitement consiste à rechercher d'où vient la faute, qui est le responsable, voire le coupable. C'est une facette du mécanisme du bouc émissaire tant étudié par René GIRARD.

Même de nos jours, dans des sociétés modernes et rationnelles, un fond de superstition demeure sur la cause et le traitement des maladies, infectieuses ou non, prêt à ressurgir à l'occasion, comme ce fut le cas lors de l'irruption du Sida, au début des années 1980. Cette maladie, ne touchant au départ apparemment (car l'historiographie a montré que c'était plus complexe que cela) que des homosexuels et des drogués, fut assimilée par certains ecclésiastiques et certains groupes religieux à un châtiment divin provoqué par les moeurs dissolues du temps. Bonne occasion d'ailleurs de prôner le rigorisme moral et sexuel.

 

L'essor de la médecine, contrarié...

    A l'époque de la Renaissance, la médecine connut un essor remarquable dans divers domaines, y compris celui des maladies infectieuses. L'histoire des maladies infectieuses est dominé à cette époque par Girolamo FRASCATOR (1485-1553). Celui-ci fit, dans un poème de 1530, une description précise de la syphilis, mal communiqué en punition par les dieux au berger Syphile. Il est surtout l'auteur d'un ouvrage sur la contagion (1546) dans lequel il distingue deux modes de transmission des maladies : la contagion directe d'un individu à un autre (phtisie ou lèpre) et la contagion indirecte due à des sortes de germes, les "seminaria", transportés par l'air, les vêtements ou les objets usuels, et spécifiques pour une maladie donnée. Si le concept était abstrait, puisque les "seminaria" étaient composées, selon FRASCATOR, d'une combinaison forte et visqueuse ayant pour l'organisme une antipathie à la fois matérielle et spirituelle, la notion de leur spécificité pour chaque maladie constitue alors une intuition intéressante... qui intéresse plusieurs médecins. Cette hypothèse suscite un mouvement de recherche et d'observation qui ne cesse plus et revisite la notion de contagion. Toute une recherche s'éloigne définitivement des considérations spirituelles pour accorder à l'expérimentation toute sa place. Par tâtonnements successifs et souvent sous la surveillance tatillonne des autorités religieuses et politiques, les différents chercheurs profitent des conflits de plus en plus fréquents entre plusieurs d'entre elles pour effectuer leurs observations, elles-mêmes facilitées par l'élaboration d'instruments optiques permettant de voir des choses jusqu'alors invisibles. Ainsi Antoine van LEEUWENHOEK (1632-1723), drapier de son état, en qui l'on s'accorde généralement à voir l'inventeur du microscope, accède au monde des êtres minuscules et décrit de multiples observations, même si, parmi tant d'autres, il n'eut pas réellement dans ce domaine de postérité immédiate.

    Une succession impressionnante de chercheurs, dans des domaines multiples, livrent des observations cumulatives (grâce à l'imprimerie), qui aboutissent à la formation d'une véritable science, la microbiologie, même si bien entendu, le nom n'existe que bien plus tard. C'est grâce à tout un mouvement séculaire d'idées, reposant sur la science, indépendantes des idées religieuses et souvent contre elles, que naissent alors au XIXe siècle les deux grandes écoles complémentaires et antagonistes initiées par Louis PASTEUR (1822-1895) en France et par Robert KOCH (1843-1910) en Allemagne.

 

Types de sociétés, types de morbidités, socio-genèse des maladies....

  Jean-François CHANLAT, professeur en sciences de la gestion à l'Université Paris IX Dauphine, se situant dans la logique de la perception de la maladie comme fait social et non seulement comme fait biologique ou fait psychologique, entend, comme tout un courant actuel de chercheurs en sciences sociales, ne pas faire impasse sur le social et ceci de manière dynamique : la maladie est située comme généré par la société, et la maladie génère elle-même des conséquences qui ne sont pas seulement médicales. Plus, à des types de sociétés correspondent des types de maladies et tel type de maladie engendre tel type de conséquence sociale... Dans cette perspective, l'activité économique qui tire de la cueillette et de la chasse ses ressources ne "produit" pas les mêmes maladies que celle qui tire de l'agriculture ses produits.

     Les recherches en paléonthologie sont riches en enseignement à cet égard. La période paléolithique est marquée par de nombreux changements climatiques. De quatre glaciations différentes, c'est surtout la dernière, au paléolithique supérieur, qui nous livre le plus d'informations. Cette période, qui correspond par ailleurs à l'émergence de notre ancêtre direct, l'homo sapiens, est marquée par la prédominance des accidents traumatiques et par la présence quasi générale d'osthéarthrose chronique. Ces lésions frappent des personnes jeunes. L'espérance de vie à cette époque ne doit pas dépasser la trentaine. En revanche, on ne remarque aucune carie, aucune trace de tuberculose, de syphilis ou de rachitisme. Au néolithique, période marquée par la fin du nomadisme général, de la chasse, de la cueillette et de la pêche comme activités principales, est la période d'explosion démographique, de sédentarisation des populations, d'exploitation de la terre, du défrichement des forêts, de la domestication des animaux. Et on constate de profondes modifications dans le tableau de la morbidité. Certaines pathologies, absentes dans les sociétés paléolithiques, apparaissent. C'est le cas de maladies de carence (caries, scorbut, rachitisme) en raison de changements observés dans le régime alimentaire. C'est le cas également de certaines maladies transmissibles comme la tuberculose et le paludisme qui semblent désormais fréquentes dans les villes et villages surpeuplés de l'Antiquité. Selon l'historien V.P. COMITI (Mes maladies d'autrefois, dans La Recherche, n°115, octobre 1980), trois grands groupes de maladies ont émergé à cette époque :

- les affections à transmission inter-humaine sans possibilité de survivance en dehors d'importantes concentrations humaines (poliomyétile, rougeole, rubéole, variole...) ;

- les affections dues aux rapports de plus en plus étroits entre l'homme et les rongeurs (peste, melloïdiose, tularémie)....

- les maladies diarrhétiques du fait d'un besoin de plus en plus grand d'eau.

   A partir de l'Antiquité  jusqu'au siècle des Lumières, les sociétés affrontent non seulement les épidémies périodiques d'origine diverses, dont la plus meurtrière reste la Peste Noire du XIVe siècle, mais aussi des maladies infectieuses qui sévissent de manière endémique (grippe, lèpre, typhus, diphtérie, variole...). Certains populations indigènes, à la suite de l'élargissement de l'espace mondial aux XVe et XVIe siècles, voient leur population s'effondrer dramatiquement, et parfois sont anéanties sous l'assaut des microbes importés (comme en Amérique Centrale avec l'arrivée des conquistadores européens).

La surmortalité observée dans les sociétés agricoles a des origines sociales. Contrairement à l'image bucolique que certains peuvent avoir de la vie quotidienne à cette époque, les villes et les campagnes européennes, en particulier aux XVIIe et XVIIIe siècles sur lesquels on a beaucoup de données, sont de véritables foyers d'infections (hygiène inexistante, pollution des eaux, absence de canalisation, entassement humain...) auxquels de nombreuses guerres, la soldatesque errante, les famines périodiques prêtent leurs concours pour décimer régulièrement les populations. Les taux de mortalité infantile et juvénile sont très élevés. Il faut remonter aux grandes villes de l'Antiquité pour rencontrer de tels phénomènes, lesquelles pour certaines ont réussit avec plus ou moins de bonheur et avec pas mal de brutalités à endiguer ces maux (destruction de quartiers entiers, établissement de canalisations d'eau potable, sans cesse d'ailleurs à entretenir et à étendre...).

     C'est sur cet arrière-plan socio-sanitaire peu reluisant que les premiers éléments de la Révolution industrielle se mettent en place.

Commencée en Angleterre, à la fin du XVIIIe siècle, la Révolution industrielle gagne peu à peu, au cours du XIXe siècle, tous les pays occidentaux. Et l'on peut commencer à suivre, suivant ces progrès de l'industrie, le cheminement, villes après villes importantes, des affections nouvelles. Dans la première moitié du XIXe siècle, la sous-alimentation chronique, l'absence d'hygiène, l'entassement humain, les longues heures de travail et les dures conditions de travail, affaiblissant les organismes, maintiennent ou accentuent les taux de mortalité infantile et juvénile de la période précédente. L'espérance de vie reste peu élevée. Les épidémies de typhus, l'apparition du choléra et la chronicité de la tuberculose provoquent, par ailleurs, des coupes sombres dans les populations. Ce n'est qu'à partir du milieu du XIXe siècle, grâce aux luttes du mouvement ouvrier, à l'augmentation de la production agricole, à l'amélioration des conditions de vie, que les statistiques de mortalité se mettent peu à peu à présenter des régressions et un déclin des maladies infectieuses.

  Puis, au fur et à mesure que l'impact du développement économique se fait sentir, on observe ensuite un retournement en matière de santé. Les maladies infectieuses, qui constituaient encore au début du XXe siècle les premières causes de mortalité, cèdent la place, après la seconde guerre mondiale, aux maladies chroniques, au cancer, aux accidents et à la maladie mentale. La baisse considérable de la mortalité infantile entraîne une augmentation des espérances de vie. Tout comme l'émergence des maladies infectieuses après la révolution néolithique est en partie le produit de changements sociaux, la montée des maladies chroniques est attribuable à un nouveau mode de vie. La suralimentation, la consommation de tabac et d'alcool, les stresseurs propres aux sociétés industrielles avancées (crise économique, chômage, rythme du changement, mobilité (automobile), déqualification du travail, éclatement des liens sociaux, pollution de l'air, des eaux, de l'alimentation...) en sont les principaux responsables.

On observe même, au début du XXIe siècle, une inversion des courbes de la longévité humaine, une dégradation de la santé de la majeure partie des habitants, due à une fragilisation intense des organismes soumis à de multiples pollutions et stress sociaux, à commencer par les sociétés les plus industrialisées (États-Unis, Chine). Cette fragilisation offre un terreau favorable à de nouvelles épidémies (comme celle en cours du COVID-19).

   Jamais, malgré les adages de l'égalité de tous devant la mort (comme issue inéluctable il est vrai...), la maladie ne frappe pas avec la même vigueur toutes les catégories socio-professionnelle d'une même société. C'est un phénomène observé depuis qu'il existe des documents pour le rappeler. Des auteurs comme HIPPOCRATE, LUCRÈCE l'évoquent. Mais au cours des épidémies de peste au Moyen-Age, on ne semble pas observer de mortalité sociale différentielle, tellement elles rapides. Mais l'absence de documents est peut-être la cause essentielle de la non-observation du phénomène, même dans ces cas extrêmes. En effet, dès que l'on a accès à de nombreuses données, comme c'est le cas à partir du XVIIe siècle, la mortalité sociale différentielle est observée régulièrement aussi bien en temps d'épidémie qu'en temps normal. Au XVIIe et XVIIIe siècles, on meurt ainsi plus dans les paroisses rurales pauvres que dans les paroisses rurales riches, plus dans les quartiers misérables des cités que dans les quartiers aisés. Cette surmortalité des classes pauvres est attribuable principalement à la sous-alimentation chronique et à l'absence totale d'hygiène qui les affectent plus que toute autre catégorie sociale.

Si la situation s'améliore au XXe siècle, des écarts importants subsistent dans tous les pays industrialisés qui possèdent des statistiques régulières. A en croire certaines recherches, cet écart serait d'ailleurs demeuré le même depuis la fin du XIXe siècle, contrairement à ce que pourrait laisser croire le vaste déploiement de système de santé (mais il faut remarquer que ce système varie énormément d'un pays à l'autre, singulièrement aux États-Unis...).

   C'est en partie d'ailleurs cette différenciation qui fait dire par maints représentants des élites que pauvreté, faible moralité et maladie sont liées et que Dieu frappe fort justement les plus coupables des hommes et des femmes. C'est en partie à cause du même phénomène social que de nombreuses mesures de prévention puis de combat contre les épidémies sont prises avec parcimonie (avant qu'il ne soit trop tard...) par une grande partie des classes aisées, notamment commerçantes... Souvent, dans un premier temps, les élites mieux protégées contre les effets des épidémies pensent y échapper et ne pas devoir donc prendre les mesures indispensables pour tous...

 

Jean-François CHANLAT, Types de sociétés, types de morbidités : la socio-genèse des maladies", dans Traité d'anthropologie médicale. L'institution de la santé et de la maladie, Sous la direction de Jacques DUFRESNE, Fernand DUMONT et Yves MARTIN, Québec, Les Presses de l'Université du Québec, Institut québécois de recherche sur la culture (IQRC), Presses de l'Université de Lyon, 1985, www.uqac.ca. Jean-Pierre DEDET, La microbiologie, de ses origines aux maladies émergentes, Dunod, 2007.

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : LE CONFLIT
  • : Approches du conflit : philosophie, religion, psychologie, sociologie, arts, défense, anthropologie, économie, politique, sciences politiques, sciences naturelles, géopolitique, droit, biologie
  • Contact

Recherche

Liens