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13 novembre 2008 4 13 /11 /novembre /2008 15:18
           Stratégies économiques
 
   C'est avec le triomphe du capitalisme industriel et financier au XIXème siècle que vient tardivement d'ailleurs l'extension de la notion de stratégie au domaine économique.
  Karl MARX (1818-1883), le premier, pense l'économie stratégiquement, dans la notion de rapports de forces liés aux rapports de production (entre les différents types de production et les différents types d'entreprises) et aux rapports de classes sociales. La lutte des classes exige une stratégie de prise du pouvoir politique et économique pour la classe ouvrière. Mais les penseurs économiques comme Adam SMITH et David RICARDO ne s'intéressent qu'aux interactions entre une multitude d'agents économiques et il faut attendre l'oeuvre de Joseph SCHUMPETER (1883-1950) pour voir apparaître fortement cette extension de la stratégie à l'économie.

   Dans "Theory of Economic Development" (1908), Joseph SCHUMPETER introduit l'acteur central du système capitaliste : l'entrepreneur doté d'une stratégie de conquête du marché. Dans "Capitalisme, Socialisme et Démocratie" (1942), comme dans "Business Cycles" (1939),  il développe l'idée, au contraire des partisans smithiens et ricardiens de la libre concurrence, que seuls de grandes entreprises monopolistiques peuvent sauver le capitalisme de ses crises périodiques. Dotés d'une véritable stratégie à l'échelle régionale et internationale, ils sont les mieux placés pour diffuser l'innovation, prendre des risques et imposer les transformations nécessaires.
  Après la Seconde Guerre Mondiale, notamment avec les travaux de John Maynard KEYNES (1883-1946), qui dans sa "Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie" (1936), place au centre du jeu économique l'intervention de l'Etat pour réguler l'économie. Il s'agit bien de doter l'Etat d'une véritable stratégie économique, pour endiguer les crises et financer les guerres.
  De manière générale, ces économistes ne s'étendent pas sur le sens du mot stratégie, comme s'il faisait partie "de la nature des choses" que l'entrepreneur est d'une certaine manière le capitaine de son entreprise, qu'il régente comme une armée.

     Plus tard, la "science" économique introduit progressivement des idées et des concepts permettant de comprendre les situations stratégiques et même des questions directement stratégiques comme les approvisionnements en matières premières, et les allocations de ressources rares. Joe BAIN et Edih PENROSE (Theory of the growth of the firme, 1959) initient une branche du savoir en économie intitulée Industrial Organization, dont l'objet est d'étudier la croissance de la firme et la structure des marchés dans des situations de concurrence imparfaite. (Thierry de MONTBRIAL). il s'agit d'étudier les conditions de fixation de prix assurant une rente à long terme aussi élevée que possible. Le "marché contestable" de BAUMOL, PANZAR et WILLIG (1982) est le terrain à étudier pour analyser les "bonnes" stratégies des distributeurs de marchandises et de services pour empêcher les consommateurs de découvrir une fois pour toutes le prix le plus faible. La théorie moderne de l'Industrial Organization (J.TIROLE, "The theory of Industrial Organization, 1988) étudie les problèmes comme la "sélection adverse" en cas d'incertitude sur la qualité des produits, par la recherche des moyens d'orientation de l'information sur ceux-ci (publicité, marketing).

       Dans un Dictionnaire de la stratégie, Philippe DE WOOT, compte tenu de toutes ces études théoriques et de nombre d'applications pratiques, comme de l'activité des branches des directions d'entreprises chargées de proposer les modalités de l'activité productive, commerciale ou/et financière de celles-ci, propose une bonne définition de la stratégie dans le domaine économique.
"Dans un monde concurrentiel, la stratégie vise essentiellement à conduire l'évolution de l'entreprise en vue de développer sa performance et d'éviter son déclin par vieillissement, manque d'initiative, perte de la maîtrise commerciale, technologique ou économique. (Elle) peut être définie comme l'ensemble des manoeuvres qui permettent à l'entreprise de mener victorieusement la conquête concurrentielle de ses marchés. il s'agit d'un processus de décision et d'action, délibéré et anticipatif. C'est par lui que l'entreprise définit ses priorités, oriente ses forces, alloue - et ré alloue - ses ressources rares. c'est aussi par lui qu'elle fixe les buts à atteindre et les normes du succès ou de la victoire." Il s'agit d'obtenir le plus de profits possibles en un minimum de temps en engageant le minimum de ressources.
  Avec l'affaiblissement des Etats et la montée en puissance d'entreprises à la taille proprement gigantesque, la stratégie des entreprise est devenu tout un domaine où foisonnent les experts. Ceux-ci manient les données économiques dans ce qu'ils considèrent souvent comme une guerre. Ainsi, Dominique FONVIELLE (De la guerre économique...) définit le marché comme un terrain de bataille où doivent se mener précisément des combats plus ou moins décisifs, en vue d'absorber des entreprises rivales ou tout simplement de prendre leurs parts du marché. Fixant le cadre général de l'action où l'information prend une place centrale, il transpose les notions d'agresseur et d'agressé de l'Etat à la firme. Mieux, il croise ces notions dans une perspective où le rôle de l'agressé et de l'agresseur est joué par un Etat ou une firme face à une firme ou un Etat. S'il s'agit d'un Etat face à un autre Etat, la recherche du leadership économique et politique, par la diplomatie, l'action des services spéciaux, les réglementations sont la règle, avec les créations de tensions et la possibilité de passer à la guerre militaire. Un Etat face à une firme en fait la cible du service de renseignement, et l'objet de l'action des stratégies d'influence en appui de firmes concurrentes. S'il s'agit d'une firme face à une firme, l'espionnage industriel, les coups tordus des "officines" sont la règle, en dehors des actions classiques sur les prix et les quantités de marchandises et de biens, mais aussi une firme face à un Etat cherche à exercer une domination politique et financière sur un pays étranger, appuyée par les services spécialisés de son pays, la corruption et la dépendance politique, sans compter l'action directe de "lobbying" de la firme sur son propre Etat. On a l'habitude de raisonner comme si sur la scène internationale, ce sont les Etats qui constituent les acteurs principaux, les références obligées, mais dans la réalité, les grandes firmes peuvent tout aussi bien, dans certaines circonstances, avoir des stratégies propres à rivaliser avec les Etats, même ceux dont sont originaires ces firmes. Ces firmes, dans leur stratégie considèrent alors certains Etats comme leurs propres agents de développement.
Dans un tableau saisissant, Dominique FONVIELLE récapitule les forces et faiblesses des entreprises françaises en mettant en relief la société de l'information, les nouvelles menaces non militaires et les stratégies économiques nationales. On peut juste reprocher à celui-ci de continuer à prendre comme référent absolu la nationalité des entreprises, comme si l'entreprise France existait finalement, alors qu'on a affaire plutôt à des entreprises de toutes tailles qui agissent dans un espace multinational en jouant sur les différentes réglementations (sociales, économiques, culturelles)  pour produire les plus grands bénéfices. En fait, les critères de choix d'investissement des entreprises obéissent à des nécessités de surprise stratégique ou d'éducation du marché à des marchandises ou des services, de création ou de destruction de valeurs, de respect du code éthique (variable) et de la conformité (variable) des dirigeants d'entreprises aux orientations politiques nationales.

Sous la direction de Thierry DE MONTBRIAL et de Jean KLEIN, Dictionnaire de stratégie, PUF, 2000 - Article Stratégie et Stratégie des entreprises (Thierry de MONTBRIAL et Philippe DE WOOT. Sous la direction de Jean-Marie ALBERTINI et d'Ahmed SILEM, Comprendre les théories économiques, Editions du Seuil, 2001. Dominique FONVIELLE, De la guerre... économique, PUF, collection Défense et défis nouveaux, 2002.

                                                                             STRATEGUS
 
Relu le 31 octobre 2018
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12 novembre 2008 3 12 /11 /novembre /2008 15:49
           A l'heure où les médias semblent s'affoler au rythme des chutes des cours des Bourses, au moment où certains ministres et certains responsables d'entreprise clament qu'on ne pouvait prévoir une telle crise financière, la lecture du livre de Patrick ARTUS et de Marie-Paule VIRARD, paru en 2005, vient à point pour mettre en évidence une certaine médiocrité politique et une imprévoyance économique bien partagée.
       "Le capitalisme est-il en train de s'autodétruire? La question peut sembler saugrenue, voire provocatrice au moment même où les grandes entreprises de la planète, à commencer par les entreprises françaises, affichent des profits très élevés et distribuent des dividendes records à leurs actionnaires, tandis que les salariés voient leur pouvoir d'achat se réduire dans un climat où l'inquiétude grandit, dominée par la multiplication des délocalisations, la permanence d'un niveau de chômage élevé et de la précarité sous toutes ces formes. Et comme plus la croissance est molle, plus les profits explosent, rien d'étonnant à ce que le débat sur la légitimité d'un tel "partage" des richesses monte en puissance. Pourtant, c'est au moment où le capitalisme n'a jamais été aussi prospère, aussi dominateur, qu'il apparaît le plus vulnérable, et nous avec lui..."  Qui écrivent cette introduction alarmiste? Des révolutionnaires marxistes? Non, une journaliste rédactrice en chef du magazine Enjeux-Les Echos et le directeur des études économiques du Groupe Caisse d'épargne et de la Caisse des dépôts et consignations...
                
        Après le constat d'un état du capitalisme où les richesses affluent vers le capital au détriment du travail (entendez les traitements et salaires), où les bénéfices accumulés servent à alimenter des stratégies de conquêtes d'entreprises rivales, où il n'existe plus de projet réel d'investissement dans ce que certains appellent l'économie réelle, les auteurs préviennent qui veulent bien les entendre que celui-ci risque de s'effondrer de lui-même. Loin de faire une analyse de chute tendancielle accélérée des taux de profits, ils mettent en relief le fonctionnement financier des entreprises, où l'imagination comptable ne semble pas avoir de bornes.
      Les deux économistes proposent d'ailleurs une réforme profonde de la gestion de l'épargne et de nouvelles règles de "gouvernance" aux gérants comme aux régulateurs, qui permettraient d'éviter une nouvelle crise du capitalisme, avec des conséquences politiques et sociales beaucoup plus graves que celles des précédents éclatements de diverses "bulles" financières.
       L'intérêt de proposer la lecture d'un tel livre n'est pas de jouer aux "On vous l'avait bien dit..." mais de montrer une aspect - dans l'actualité - de conflits non seulement ici entre grandes entreprises et travailleurs, mais également entre nécessités économiques toujours présentes (l'investissement vers des secteurs productifs et générateurs de progrès économiques et sociaux) et stratégies financières à court terme.
 
     L'éditeur présente ce livre de la manière suivante : "... Dans ce livre décapant et remarquable de clarté, les auteurs n'y vont pas par quatre chemins pour qualifier ce paradoxe : c'est au moment où le capitalisme n'a jamais été aussi prospère qu'il apparait le plus vulnérable, et nous avec lui. Parce qu'il s'agit  d'un capitalisme sans projet ; qui ne fait rien d'utile de ses milliards, qui n'investit pas, qui ne prépare pas l'avenir. Et face au malaise social, les gouvernements ne traitent le plus souvent que les symptômes, faute de prendre en compte le fond du problème. Ce problème, c'est l'absurdité du comportement des grands investisseurs, qui exigent des entreprises des résultats beaucoup trop élevés. Du coup, elles privilégient le rendement à trois mois plutôt que l'investissement à long terme, quitte à délocaliser, à faire pression sur les salaires et à renoncer à créer des emplois ici et maintenant. Voilà pourquoi il est urgent, expliquent les auteurs, de réformer profondément la gestion de l'épargne, d'imposer de nouvelles règles de gouvernance aux gérants comme aux régulateurs. Faute de quoi on n'évitera pas une nouvelle crise du capitalisme, avec toutes ses conséquences politiques et sociales."
 
    Dans Alternatives Economiques n°242, de décembre 2005, nous pouvons lire la critique de Christian CHAVAGNEUX : "Indéniablement, il se passe quelque chose chez les économistes français. Les ouvrages où ils annoncent, dénoncent, le dysfonctionnement du capitalisme contemporain se multiplient. La critique est féroce et semble paraitre comme le nouveau consensus, une victoire indéniable pour des auteurs comme Robert Boyer ou Michel Aglietta, dont les travaux nous alertaient depuis un moment sur le sujet. Que l'on en juge : nous présentions ici, le mois dernier,  le livre de Jean Peyrelevade (le capitalisme total) et on trouvera dans les pages qui suivent la présentation d'Elie Cohen (le nouvel âge du capitalisme). Mais le plus radical, venant d'économistes plutôt orthodoxes, est sans nul doute le livre que viennent de publier Patrick Artus et Marie-Paule Virard. La logique froide du raisonnement économique y est appliquée, mais présentée dans un style percutant et clair, pour dénoncer les rouages du piège à croissance faible dans lequel une bonne partie de l'Europe, dont la France, est tombée. Au départ, il y a le constat de la croissance rapide des profits des entreprises, des dividendes distribués aux actionnaires, des rémunérations accordées aux dirigeants et des retraites en or massif que se prépare tout ce beau monde. En face, les salaires stagnent, donc la demande, donc l'investissement, donc la croissance, donc les créations d'emplois manquent, donc le chômage augmente, poids supplémentaires pour compresser les salaires. On vous avait prévenu : la logique économique est implacable. Et comme quelques centaines de millions de Chinois et d'Indiens se sont mis en tête de nous tailler les croupières, les entreprises délocalisent pour baisser leurs coûts (et cette menace renforce la pression sur les salaires) ou engagent quelques investissements de productivité (d'où de faibles créations d'emplois). Malheureusement, les secteurs de haute technologie restent les moins bien lotis, et une bonne partie de l'Europe accumule un retard difficilement rattrapable en ce domaine. Résultat : le capitalisme français - car c'est bien de celui-là  dont il s'agit plus que du capitalisme en général - est un capitalisme sans projet, de croissance molle, mais qui finira par s'écrouler. Face à cela, le livre est riche de conseils sur les mauvaises réponses à éviter. Par exemple, relancer la consommation en augmentant la participation (les salariés des PME n'en touchent pratiquement pas, et ce sont les salariés les plus riches qui en bénéficient le plus) ou en engageant une hausse généralisée des salaires (problème de compétitivé, et le travail non qualifié est déjà cher, avancent les auteurs). Dans le même temps, les exemples proposés de modèles qui réussissent (Royaume Uni, Suède, Espagne) doivent leur succès à des augmentations de salaires qui suivent celles de la productivité, ou à des créations d'emplois. Bref, Patrick Artus et Marie-Paul Virard aimeraient bien que les entreprises s'engagent moins dans une course au rendement financier et nourrissent plutôt la demande en redistribuant à leurs salariés les plus qualifiés une partie de leurs profits et en investissant, au lieu d'amasser des trésors. Pour les salariés les moins qualifiés, ils réclament d'aller plus loin dans la prime pour l'emploi : ses effets macroéconomiques restent encore trop faibles (...) alors qu'elle est une bonne incitation au retour à l'emploi. Comment y arriver? Les nouvelles règles de la gouvernance d'entreprise ne le permettront pas : elles sont inadaptées. Et les nouvelles normes comptables mises en oeuvre depuis le début de l'année dans les sociétés côtées ne font qu'aggraver les choses. La conclusion du livre renvoie piteusement "à la responsabilité de chacun des acteurs", autant dire aux calendes grecques. Mais comme chacun sait, les économistes ne font pas de politique..."
 

 

 

 

 
   Patrick ARTUS (né en 1951), économiste français et directeur de la recherche et des études de NATIXIS, professeur associé à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, membre du Cercle des économistes, qui écrit régulièrement des chroniques et points de vue (Le Monde, Alternatives économiques, Challenge, Les Echos...), est l'auteur de nombreux ouvrages : Le choix du Système de retraites (Economica, 1999) ; La nouvelle économie (La Découverte, 2001) ; La France peut se ressaisir (Economica, 2004) ; Macroéconomie (Economica, 2005) ; Les incendiaires - Les banques centrales dépassées par la globalisation (Perrin, 2007)  ; Globalisation, le pire est à venir (avec Marie-Paule VIRARD, La Découverte, 2008) ; Est-il trop tard pour sauver l'Amérique. (avec Marie-Paule VIRARD, La Découverte, 2009) ; Sorties de crise. Ce que l'on ne vous dit pas (avec Olivier PASTRÉ, Editions Perrin, 2009) ; La France sans ses usines (avec Marie-Paule VIRARD, Fayard, 2011)....
 
   Marie-Paule VIRARD, rédacteur en chef du magazine Enjeux-Les Echos est l'auteure d'autres ouvrages : On comprend mieux le monde à travers l'économie (avec Patrick ARTUS, Pearson Eduction, 2008) ; La finance mène t-elle le monde? (Larousse, 2008) ; Le roman des grands patrons (Flammarion, 2001)...

Patrick ARTUS, Marie-Paule VIRARD, Le capitalisme est en train de s'autodétruire, La Découverte, collection Cahiers libres, 2005, 143 pages.
 
 
Complété le 20 octobre 2012. Relu le 31 octobre 2018.
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12 novembre 2008 3 12 /11 /novembre /2008 15:18
      Présentation générale de deux rapports de l'UNESCO sur la violence

             Établi en 1980, le recueil de ces travaux réalisés sous l'égide de l'UNESCO, organisme spécialisé en matière culture de l'ONU, provient d'un processus toujours en cours de recherches pluridisciplinaires et internationales sur la violence. Ce programme de recherches d'experts sur l'étude des causes de la violence débute dès 1975 et se poursuit avec la publication en 2005 d'un second recueil d'études (La violence et ses causes : où en sommes-nous?).
     Comme l'écrit, dans ce rapport d'étape en quelque sorte, le chef d'alors de la section de la philosophie et des sciences humaines de l'UNESCO, "Sur la base d'un échange de vues aussi large que possible, les différentes contributions du présent ouvrage incitent d'abord à établir, dans ses grandes lignes, une grille d'analyse des nouvelles formes de la violence qui prenne pleinement en compte les évolutions récentes et le fasse dans une perspective interdisciplinaire, en particulier dans les domaines de compétence de l'UNESCO (éducation, science, culture, communication et information). Il sera ensuite nécessaire d'identifier les thèmes clefs et prioritaires qui méritent d'être approfondis, notamment pour cerner les conséquences qu'auront à moyen et long terme les nouvelles formes de la violence et définir les besoins les plus urgents en matière de recherche. Enfin, il nous incombe d'identifier les personnes et les institutions les plus aptes à aborder ces thèmes dans une perspective interdisciplinaire. la violence est-elle un processus individuel ou collectif? Comment se fait éventuellement le passage de l'un à l'autre? S'agit-il d'un état ou d'un mécanisme?"
   
        Malgré la lourdeur et l'aspect un peu laborieux - probablement pour des raisons diplomatiques complexes - des différents travaux publiés par l'UNESCO (une monumentale et un peu indigeste "Histoire de l'humanité" a été élaborée dans les années 1960), le contenu des contributions incluses dans les deux rapports de 1980 et de 2005, avec la liberté d'expression permise à ses auteurs, possède le grand mérite de tracer des perspectives sérieuses de recherches non dénuées d'ailleurs d'applications pratiques dans différents pays.
   Dans cette même perspective, l'UNESCO organise dans le cadre d'une "Décennie de la culture de paix et de non-violence, 2001-2010" de multiples manifestations culturelles.

      L'ouvrage de 1980 comporte trois parties :
- Transdisciplinarité et causalité multiple ;
- Individus et sociétés : sciences sociales et disciplines normatives sur la violence ;
- Violence économique et sociale.
    Ces parties sont à mettre en regard à celles de l'ouvrage de 2005 :
- Nouvelles formes de violence et tentatives de réponses aux nouveaux défis ; Typologie des formes de violence ; Causes et sources de la violence ;
 - Violences extrêmes, terrorisme, crise du politique ;
 - Violence, fanatisme, sacrifice ;
 - Violence et corruption.
   
      Les textes de 2005 font plus référence qu'en 1980 à des problèmes concrets. Cette volonté de cerner les évolutions des formes de violence en allant aux réalités actuelles tranche avec l'aspect très théorique des textes du premier ouvrage, lesquels étaient d'ailleurs nettement plus longs.
 
 


La violence et ses causes, UNESCO, 1980, 287 pages ; La violence et ses causes : où en sommes-nous?; Economica, UNESCO, collection Défis, 2005, 144 pages.

                                                                                                    SOCIUS
 
Relu le 31 octobre 2018. Il semble bien que les réductions des ressources de l'UNESCO dans la décennie 2010 aient contracté l'effort de recherches de l'organisation internationale sur la violence...
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11 novembre 2008 2 11 /11 /novembre /2008 16:06
 
      Publié en France en 1968, ce livre iconoclaste à bien des égards se présente (ironiquement?) comme un "rapport sur l'utilité des guerres" qui aurait été commandité par le gouvernement américain et élaboré par quinze experts dans la perspective de faire face à une "situation de paix permanente".
     Destiné donc, le jure l'économiste J.K. GALBRAITH, à analyser les conséquences de l'absence de guerre dans toute une série de domaines - économiques, politiques, sociaux et culturels - le "rapport" étudie les fonctions de la guerre de manière extrêmement froide, on en jugera à la lecture très aisée de deux centaines de pages d'un texte  assez aéré.  On y trouve par exemple des considérations sur la guerre en tant que facteur de libération sociale (elle procure les réajustements nécessaires aux critères du comportement social civique), en tant que stabilisateur des conflits entre générations et en tant que clarificateur des idéologies...
       Les fonctions économiques de la guerre sont particulièrement étudiées dans ce rapport, celle-ci étant considérée comme régulatrices d'un système économique sujet à des crises régulières.
  
     Le grand mérite de ce "rapport" est de mettre l'accent sur les fonctions non militaires de la guerre, notamment sur les aspects curatifs à propos des conflits sociaux, et à son corollaire immédiat sur la fonction étatique de contrôle social des citoyens. Dans sa seconde partie, il examine d'ailleurs les substituts à ces fonctions non militaires, dans la situation particulière angoissante d'une prolongation indéfinie de la paix. Pour l'économie, il préconise "une consommation de richesses, à des fins totalement non productives, d'un niveau comparable à celui des dépenses militaires telles que les rendent nécessaires l'ampleur et la complexité de chaque société". Dans le domaine politique, un "substitut durable posant en principe l'existence d'une menace externe d'ordre général pesant sur chaque société, menace d'une nature et d'une intensité suffisantes pour exiger, d'une part, l'organisation, de l'autre, l'acceptation d'une autorité politique." En écologie, il faut trouver un moyen de contrôle démographique de l'espèce humaine aussi performant que la guerre... On le comprend, le "rapport", tout en mettant en garde les responsables politiques contre certaines conséquences catastrophiques de la paix, est loin de faire des propositions concrètes et précises, ce que l'on peut déplorer, si l'on garde le ton général de l'ouvrage...
 
     En quatrième de couverture, on peut lire cette introduction : "Quinze experts réunis en secret par le gouvernement américain "d'examiner avec réalisme les problèmes qui se poseraient aux États-Unis si une situation de "paix permanente" se produisait? Ont-ils été également chargés de préparer un programme de gouvernement pour le cas où cette hypothèse viendrait à se réaliser? Et leurs travaux ont-ils vraiment eu pour conclusion qu'une situation de paix permanente présenterait pour "la stabilité de la société" de tels dangers qu'ils en sont venus à envisager le maintien du "système fondé sur la guerre" comme préférable à celui qui serait fondé sur la paix?
La lecture de ce rapport laisse le problème entier. Oeuvre de pure imagination ou monumentale indiscrétion? Dans sa préface J. K. GALBRAITH déclare "garantir l'authenticité de ce document, dans la mesure où il peut être fait confiance en sa parole et sa bonne foi". Le sérieux de l'argumentation, la précision des raisonnements, la froideur, le manque de subjectivité, le détachement absolu de toute idée ou sentiment préconçu font de ce rapport un document passionnant par son intelligence et terrifiant par son cynisme. Il est comme l'annonce d'une nouvelle civilisation : celle où les questions de vie et de mort ne dépendront plus du coeur des hommes mais des circuits des machines à penser."
Il est à noter que dans ses conclusions, le Rapport propose une méthodologie pour une Agence de Recherches sur la Guerre et la Paix, orientée vers l'exploration dans tous les domaines évoqués de substituts aux bienfaits apportés par la guerre...  vu que "malheureusement" l'état de guerre semble devoir prendre fin...
 


     Rapport sur l'utilité des guerres, La paix indésirable?, Préface de H McLandres, pseudonyme de J.K GALBRAITH, Introduction de Léonard LEWIN, Calmann-Lévy, 1968, 209 pages. Traduction de l'ouvrage américain "Report from iron mountain on the possibility and desirability of peace", paru en 1967 chez Leonard C.LEWIN.
 
Complété le 1er novembre 2018
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11 novembre 2008 2 11 /11 /novembre /2008 15:37
   Plusieurs approches sont possibles lorsque l'on veut déterminer les influences économiques sur la conduite ou l'existence des guerres et inversement les causes et les conséquences économiques des guerres.
Ou même plus généralement encore sur toutes les relations entre Économie et Guerre.

          L'une d'elles peut essayer de confronter directement la pensée militaire ou stratégique à la pensée économique. C'est cette approche par exemple que tente Christian SCHMIDT (Penser la guerre, penser l'économie) en repérant les auteurs majeurs de stratégie qui réfléchissent sur l'économie ou à l'inverse les auteurs économiques majeurs qui intègrent la guerre dans leur doctrine. Il en dégage surtout trois, sur lesquels on aura l'occasion de revenir : Adam SMITH (La richesse des nations, 1776), Francis EDGEWORTH (Mathematical Psychics, 1881) et Jacques Antoine GUIBERT (Essai général de tactique, 1770).
           Une autre est de chercher les implications concernant la guerre (ou leur préparation) parmi les quatre grands courants économiques, à partir d'une lecture des théories économiques d'Adam SMITH, de Karl MARX, de John Maynard KEYNES et de Joseph Aloys SCHUMPETER. Non seulement à partir des écrits fondateurs, de l'utilisation pratique de ces écrits, mais aussi sur les théories et les attendus pratiques de leurs continuateurs, qui s'en écartent parfois plus ou moins. Rares sont les auteurs, comme Edmund SILBERNER ou Armelle LE BRAS-CHOPARD, qui explorent ces relations entre doctrines économiques et guerre.
           Une autre encore est de choisir une certaine profondeur historique, à la manière de Gaston BOUTHOUL (Traité de Polémologie) pour déterminer à la fois les causes et les conséquences économiques des guerres.
           Un approche plus contemporaine vise à comprendre comment les différents éléments d'une économie nationale, ou régionale, ou même de l'ensemble de l'économie planétaire, évoluent en fonction des dépenses militaires. Calculs économétriques et maniement (parfois délicat) des statistiques économiques sont les instruments d'une telle approche, comme celle que mène Jacques FONTANEL (L'économie des armes);
  
    Ces différentes approches peuvent être complétées par la prise en compte de la sociologie des doctrines et des pratiques économiques, à savoir la recherche des intérêts et des motivations personnels et collectifs de ces pensées économiques. L'influence des divers conflits sociaux et politiques permet de comprendre comment et pourquoi certaines idées sur les relations Économie et Guerre possèdent une influence plus ou moins importante sur les pratiques économiques.

     D'ores et déjà, on peut discerner plusieurs courants dominants en ce qui concerne la pensée économique et la guerre.
Deux options de présentation de dynamiques entre dépenses militaires, guerre et économie se confrontent constamment et traversent souvent les différents courants de la pensée économique. L'une prétend opérer un examen "objectif" des faits en mettant en évidence les effets bénéfiques des dépenses militaires sur la vitalité économique, voire les effets bénéfiques des guerres sur les progrès techniques et scientifiques. L'autre dénie ces effets, surtout sur le long terme, démontrant l'impact négatif des dépenses d'armement ou d'entretien des armées sur l'économie globale, notamment sur le moyen et le long terme et dénonce l'impact négatif des guerres sur la nature même des civilisations induites par celles-ci, que ce soit chez les vainqueurs ou chez les vaincus.
   Les débats entre ces deux options recoupent en grande partie les clivages entre militaristes et pacifistes - avec de très grandes nuances - dans presque toutes les formations politiques comme dans tous les grands courants d'opinion.

Christian SCHMIDT, Penser la guerre, penser l'économie, Editions Odile Jacob, 1991. Jacques FONTANEL, L'économie des armes, la Découverte/maspéro, 1983. Jean-Marie ALBERTINI et Ahmed SILEM, Comprendre les théories économiques, Editions du Seuil, collection Points Economie, 2001. Georges DUBY, Guerriers et paysans VIIe-XIIe siècle, premier essor de l'économie européenne, Editions Gallimard, nrf, bibliothèque des histoires, 1973. Gaston BOUTHOUL, Traité de Polémologie, Sociologie des guerres, Bibliothèque scientifique Payot, 1991. Edmund SILBERNER, La guerre et la paix dans l'histoire des doctrines économiques, Editions Sirey, 1957. Armelle LE BRAS-CHOPARD, La guerre, Théories et idéologies, Montchrestien, 1994.

                                                                                        ECONOMIUS
 
Relu le 2 novembre 2018
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10 novembre 2008 1 10 /11 /novembre /2008 13:56

       Stratégies civiles de défense

          Bien que minoritaires et à l'état de recherches, mais pouvant être tout-à fait mises sur le même plan que les spéculations stratégiques nucléaires des différents stratégistes, impulsées surtout par des parties de sociétés civiles occidentales, les stratégies civiles de défense dérivent au départ surtout des différentes campagnes de désobéissance civile massive, menées notamment en Inde au début du XXème siècle dans sa lutte pour l'accession à l'indépendance.
      Pour reprendre les termes d'"un état de la question" datant de 1985 et décrit par Jean-Marie MULLER, il s'agit d'établir à côté ou en alternative d'une stratégie militaire hégémlonique - envahissante pour certains - un ou plusieurs modèles de stratégie civile, basée surtout sur l'intervention d'organismes civils et de citoyens dans la défense de territoire, mais surtout dans celle d'un modèle de société démocratique et décentralisée. Ces modèles, issus également des différentes expériences des résistances à l'occupant nazi pendant la Seconde Guerre Mondiale, font appel à des principes généraux utilisés aussi pour la stratégie militaire (conduite par l'instance politique légitime des opérations de défense, recherche de combat décisif) mais plus largement à la diffusion dans la population en général des moyens et des volontés de défense, qui ne soient plus confiés à des organismes spécialisés parfois coupés de l'ensemble de la société.
            Il s'agit selon plusieurs chercheurs, présents surtout dans les pays anglo-saxons (Theodor EBERT, Johan NIEZING, Gene SHARP, Michael RANDLE, Adam ROBERTS, Wilhelm NOLTE, Christian MELLON, Jacques SEMELIN, Jean VAN LIERDE...) d'élaborer une dissuasion et une défense civiles à la fois efficaces et garantes des valeurs démocratiques, contre une invasion ou un coup d'Etat. Pour reprendre les termes de Gene SHARP (Université de Harvard, Boston, Etats-Unis), "ce que nous voulons, c'est proposer un système de dissuasion et de défense pour les pays d'Europe occidentale par des moyens qui produisent le maximum de sécurité et le minimum de destruction et de pertes en vie humaines et qui aient également des conséquences bénéfiques à long terme pour les peuples européens.". La plupart des études mettent l'accent sur l'appui mutuel entre citoyens de différents Etats, même potentiellement belligérants, pour mettre en échec des activités guerrières ou anti-démocratiques.
Pour Christian MELLON, il s'agit de crédibiliser une dissuasion civile en accroissant pour un adversaire potentiel les risques d'augmentation des coûts et des réductions des profits espérés, par des préparatifs de résistance militaire (risque de consommation de forces au-delà de ce que peut rapporter l'agression) et des préparatifs de résistance civile (réduction de possibilités de contrôle de la société convoitée). Certains chercheurs (en France et en Belgique par exemple) optent pour une stratégie non-violente de défense, par substitution progressive à la défense armée actuelle, dans un processus de transarmement.

        La plupart de ces recherches s'effectuent dans le contexte d'une guerre froide persistante (scénarios d'invasion soviétique...) et aujourd'hui, nombre d'entre elles se situent dans une perspective plus large d'une stratégie de paix, incluant la pacification (en termes réels) de pays déchirés par une guerre civile (ex-Yougoslavie par exemple).

Actes du Colloque international de Strasbourg de novembre 1985, Les stratégies civiles de défense, Institut de Recherche sur la Résolution Non-violente des Conflits (IRNC). Jean-Marie MULLER, Stratégie de l'action non-violente, Editions Fayard, 1972. Robert J BURROWES, The strategy of nonviolent defense, a gandhian approach, State University of New-York Press, 1996.
 
STRATEGUS
 
Relu le 2 novembre 2018. A noter que depuis la fin de la guerre froide, et surtout le début des années 2000, et la réduction des crédits de recherche théorique pour la défense comme de l'affaiblissement des différentes composantes de la mouvance pacifiste et non-violence, en Europe occidentale en tout cas, la recherche sur les stratégies civiles de défense n'a guère progressé... Et surtout en tout cas ne s'inscrit plus dans une perspective de changement global des sociétés.
 
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10 novembre 2008 1 10 /11 /novembre /2008 09:35

 

     Nous ne trouverons évidemment pas (encore que le terme évident n'a pas nos faveurs) de définition de la guerre dans les dictionnaires et atlas de la Biologie, mais ce que nous voyons dans la nature, microscopique ou végétale ou animale, a parfois l'apparence d'une guerre.
     Malgré un évident anthropomorphisme, Jean-Marie PELT (La loi de la jungle) attire notre attention sur le facteur temps qui nous dissimule des mouvements antagonistes des plantes. Par exemple, "diverses architectures végétales nous offrent d'autres modèles d'armes blanches ; ainsi des tiges, aux dents tranchantes alignées à la manière d'une scie, des palmiers rotangs ; de la pomme piquante du datura ou de celle du cactus, boule hérissée d'épines d'épines en forme de fléau d'armes ; sans oublier graminées et carex à feuilles coupantes comme des lames : le sang jaillit promptement de la blessure qu'elles vous infligent si vous les parcourez du doigt dans le sens de la longueur". "Dans toutes ces stratégies, la plante s'emploie à contrôler un territoire grâce à ses émissions chimiques. Ainsi se fait déjà jour chez les plantes la notion de "territoire" qui revêtira chez les animaux une importance considérable. Défendre son territoire suppose la mise en oeuvre de moyens offensifs et défensifs qui, tous, mettent en jeu des réactions agressives : attaquer ou défendre un territoire, c'est faire la guerre. Ici, chez les plantes télétoxiques, le territoire est contrôlé par l'émission de molécules qui ne vont pas sans évoquer les gaz de combat : le compétiteur est éliminé, mais, si l'arme chimique est sur-dosée, l'attaquant l'est aussi, comme on l'a vu dans le cas de la piloselle."
    Ecrire qu'il s'agit d'une guerre constitue un usage abusif du terme, surtout si l'on connait le tropisme qui régit la vie végétale. En physiologie, le tropisme est l'orientation prise par les Végétaux fixes en voie de croissance sous l'influence d'un stimulus. Ces tropismes peuvent être positifs, négatifs ou transversaux. Suivant le stimulus, on distingue le phototropisme (lumière), le géotropisme (pesanteur), le chimiotropisme (substance chimique), l'holotropisme (contact), l'hydrotropisme (humidité). Chez les animaux, termine le Dictionnaire de Biologie dont est tirée cette définition, tropisme et taxie sont souvent employés dans le même sens. En effet, malgré leur caractère complexe, les réactions et actions animales sur l'environnement et sur les congénères ou membres d'autres espèces, sont guidées par un ensemble d'influences, reproductibles lors d'expériences, d'ordre physique. Ces réactions gardent un caractère d'automaticité qui exclue toute forme de conscience élaborée que nous associons le plus souvent au phénomène guerre.

      Le monde de la biologie est très vaste, des organismes unicellulaires aux organismes multicellulaires, des virus aux mammifères, et quand nous entrons dans l'étude des détails, nous voyons bien une lutte constante qui se mène toujours et partout, une contradiction évidente des actions et réactions entre membres de toute espèce. Mais le tropisme ou la taxie que nous constatons ne les différencie guère de réactions simples entre acides et bases en chimie. Avec cependant chez les animaux une différence assez fondamentale, partagée des oiseaux aux primates que nous sommes, le sentiment de la souffrance, mais ceci constitue sans doute un autre débat. Aux frontières de la vie et de l'inanimé, les connaissances actuelles obligent souvent de recourir à la philosophie pour penser ce genre de choses.
  
     L'approche de la vie d'Henri LABORIT (Biologie et structure) nous aide à comprendre comment et pourquoi les êtres vivant agissent les uns sur les autres. "... la finalité d'un être vivant (est) le maintien de sa structure complexe dans un environnement moins complexifié. Or, la simple excitation, c'est-à-dire le seul fait pour lui de subir l'apport d'une énergie extérieure sous une forme autre que celle de ses substrats, constitue déjà une tendance au nivellement thermodynamique, et l'on constate une déstructuration des protéines par rupture des liaisons hydrogène : déstructuration réversible dans l'excitation, alors que dans l'irritation et la mort, elle est irréversible. C'est entre les deux que se situe l'état physiopathologique, la "maladie", mais il est bien difficile d'en définir les frontières, car à notre avis, ce sont des frontières temporelles."
Le biologiste continue la réflexion à l'échelon cellulaire comme à l'échelle des êtres pluricellulaires et cela l'amène à discerner différents types de réactions face aux excitations extérieures : la fuite ou la lutte, qui permettent en évitant ou en supprimant l'agent de ces excitations, le retour à l'état physiologique normal.
Léon BINET décrit dans son petit livre "Les défenses de l'organisme" les différentes réactions de l'organisme devant la douleur, devant le froid et la chaleur, devant l'asphyxie, devant les atteintes de l'organisme à son intégrité, devant l'hémorragie et les agressions de l'appareil respiratoire comme devant l'intoxication alimentaire, et même devant la gravitation, et pendant le processus de la mort, d'une manière qui nous fait comprendre également que du niveau cellulaire au niveau psychologique, c'est tout un ensemble de réactions aux stimulations extérieures qui se met en mouvement, de manière quasi-constante.

    A partir de là, nous pouvons concevoir comment le contact de différents membres d'une même espèce ou d'espèces différentes, luttant chacun pour son propre équilibre interne, se traduit par la destruction des uns et la revitalisation des autres, sans qu'il soit besoin de recourir à une notion aussi complexe que la guerre.
  Toutefois, l'espèce humaine mène réellement une véritable guerre contre toute une variété d'organismes biologiques, à travers notamment la médecine. Nous imaginons bien que les médecins se considèrent perpétuellement en guerre contre les agents pathogènes de toute sorte qui assaillent leurs patients. Comme nous comprenons bien qu'il s'agit pour les collectivité humaines de mener des guerres - avec des moyens biologiques - contre des facteurs d'épidémies de toutes sortes.
  L'histoire humaine elle-même est remplie d'événements de ces guerres particulières - sans doute les plus anciennes, qui mettent aux prises non seulement les organismes complexes que nous sommes à d'autres infiniment petits et agressifs (nous pensons, entre autres, aux virus et aux bactéries), mais également des civilisations différentes, porteuses de germes différents et dotés d'immunités différentes. L'approche de Jared DIAMOND nous est particulièrement utile dans cette perspective, dans la recherche des interactions entre populations humaines - entre elles et avec les différents environnements qu'elles rencontrent.

Jean-Marie PELT et Franck STEFFAN, La loi de la jungle, L'agressivité chez les plantes, les animaux, les humains, Fayard, 2003. Henri LABORIT, Biologie et structure, Gallimard, collection Idées, 1968. Léon BINET, Les défenses de l'organisme, PUF, collection Que sais-je?, 1961. Jared DIAMOND, De l'inégalité parmi les sociétés, Essai sur l'homme et l'environnement dans l'histoire, Gallimard, collection nrf essais, 2000. LENDER, DELAVAULT, LE MOIGNE, Dictionnaire de biologie, PUF, 1979.

   
 Relu le 3 novembre 2018

 

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3 novembre 2008 1 03 /11 /novembre /2008 17:02

 

   Voulez-vous des mots conflictuels sur la forme de conflit qu'est la guerre?

   En voilà !

   Les guerres entretiennent la santé des peuples comme les vents et les ouragans préservent les mers des pétufactions. (HEGEL)

   L'armée : la force des nations logiquement sacrifiée à la bêtise humaine. (H.DESCHAMPS)

   A l'heure où je parle, il y a cent mille fous de notre espèce couverts de chapeaux, qui tuent cent mille autres animaux couverts de turbans pour quelques tas de boue grands comme votre talon... Il ne s'agit que de savoir s'ils appartiendront à un certain homme qu'on nomme Sultan ou à un autre qu'on nomme, je ne sais pourquoi, César... Presque aucun de ces animaux n'a jamais vu l'animal pour lequel ils s'égorgent. (VOLTAIRE, Vue panoramique sur les guerres).

  La guerre nourrit les mâles vertus que la paix étouffe. (V. DURUY, 1811-1894)

  En pleine bataille, en présence de la mort, et en semant la mort, vous pouvez avoir l'âme en paix, absolument en paix. (Pierre MENEGOS, professeur de théologie, Université protestante de Paris)

  Ah! la guerre! il y a assez d'années que nous l'attendions. Et c'était un rude cauchemar! Quand elle a éclaté sans paradoxe, quel soulagement. (René BENJAMIN, Nos émotions pendant la guerre, 1916)

   L'antimilitarisme et l'Internationale que l'on propage, hélas, impunément, abaissent les caractères. (Mgr Charles PAUL, évêque d'Agen)

    La guerre a sa fumée et sa flamme, mais elle a aussi sa lumière... Moi, je sais pourquoi je me bats : pour vivre plus fort et plus haut! (H. de MONTHERLAND, Mors et vita, 1895-1972).

   Il n'est pas vrai que la guerre dégrade l'homme et obscurcisse l'humanité ; au contraire, elle l'illumine et l'exalte et nous savons tous avoir été meilleurs alors même que nos mains étaient lourdes de sang... (Charles DELCROIX, aveugle de guerre, L'éclaireur de Nice et du Sud-Est, 23 août 1935)

   Regardez ces bras, ces jambes, ces cervelles sanglants et tous ces membres épars, c'est le fruit d'une querelle entre deux ministres ignorants. (VOLTAIRE)

   Le nombre de phrases de ce genre - qu'ils soient en faveur ou en défaveur de la guerre - sont légions dans la littérature dite générale comme dans les sermons d'Église ou les pamphlets de tout genre.
  Il n'est pas étonnant que pour la guerre, conflit "de haute intensité" par excellence, les mots employés soient souvent crus et violents. Toute une étude psychosociale serait intéressante à réaliser d'ailleurs sur ce thème. Il faut remarquer que depuis les deux guerres mondiales, les "bons mots" militaristes ont cessé d'exalter les esprits et sont plutôt employés soit dans le sens grinçant, soit encore plus pour en montrer la monstruosité.
  
   Mais si ces mots sont écrits dans cette rubrique MOTS CONFLICTUELS , c'est moins pour entraîner la réflexion (ce qu'ils n'empêchent pas pour autant) que pour étaler avec une certaine complaisance la conflictualité des phrases, qu'elles soient guerrières ou non-guerrières.

   Dans d'autres registres, sur d'autres thèmes, comme l'argent, l'honneur, la religion, la politique, on trouvera énormément de mots conflictuels dans l'excellente compilation (quoique non regroupés par thèmes) de Jean-Claude LOEWINSKI (Recueil de bonnes et mauvaises pensées, Sentences, maximes, anathèmes et anecdotes, auto-édition, 2006, disponible chez Jean-Claude LOEWINSKI, 27 rue Paul François Avet, 94000 CRETEIL). Avec une préface (courte) de Jean-pierre MOCKY et une quatrième de couverture signée de Marc SILBERSTEIN (Rire et réfléchir. Réfléchir et rire...). 
 

 

Complété le 7 novembre 2013. Relu le 3 novembre 2018. Relu le 10 septembre 2021
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3 novembre 2008 1 03 /11 /novembre /2008 16:07

 

   L'heure des guerres révolutionnaires, contrairement à ce que laissent entendre les médias dominants n'est pas terminée avec la chute de l'Union Soviétique. Il n'est plus aujourd'hui besoin de qualifier de marxistes certaines luttes très violentes pour les discréditer et les mêler à des terrorismes aux intentions bien moins émancipatrices.
  Le livre de Carlos MONTEMAYOR, un des meilleur connaisseur du Mexique d'aujourd'hui, nous donne les éléments  pour comprendre réellement la rébellion du Chiapas et du sous-commandant Marcos, loin d'une musique romantique très prisée par certains médias. Partant de la réalité politique d'aujourd'hui (le livre date de 2001), et remontant aux conditions de la colonisation espagnole qui a spolié tout un peuple sous couvert d'évangélisation, l'académicien mexicain, en même temps journaliste et éditorialiste, fait saisir les multiples facettes de conflits séculaires. La culture indigène, la construction d'une véritable démocratie, la permanence des luttes des paysans mexicains, sont la toile de fond de la guérilla des montagnes.
   Dans ce livre très clair, illustré de cartes et de photographies parlantes, Carlos MONTEMAYOR montre les enjeux qualifiés de basse intensité par nombres de stratégistes occidentaux. Pour lui, l'EZLN (Armée Zapatiste de Libération Nationale), véritable organisation de masse, constitue une chance pour un futur Mexique pacifié, à la démocratie réelle et une justice sociale véritable. Face à des dirigeants particulièrement pervers (capables de signer des accords internationaux sans les respecter) d'appareils militaires et policiers qui militarisent une grande partie du pays, les zapatistes affirment toujours la même résolution.
   Une résolution qui vient de loin si l'on se réfère à un autre ouvrage paru aux mêmes éditions sur la Révolution mexicaine (1916-1926) où les mêmes injustices sociales et  dénégation culturelle avaient produits les mêmes effets.

Carlos MONTEMAYOR, La Rébellion indigène du Mexique, Violence, autonomie et humanisme, Presses de l'Université Laval, Éditions Syllepses, collection "Coyoacan",  2001, 189 pages. Avec une préface d'Ignacio RAMONET.
   Adolfo GILLY, Révolution mexicaine, 1916-1926, Une révolution interrompue, Une guerre paysanne pour la terre et le pouvoir, Éditions Syllepse, collection "Coyoacan", 1995, 299 pages. Il s'agit de la première traduction française d'un livre paru déjà plus de vingt ans auparavant au Mexique en langue espagnole et traduit en anglais.
    On lira, entre autres, avec intérêt les deux petits livres d'une trentaine de pages chacun, "Guerre sociale au Guerrero", toujours aux Éditions Syllepse.
 
Relu le 3 novembre 2018
  

 

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1 novembre 2008 6 01 /11 /novembre /2008 08:52

             Stratégies marxistes
 

        Deux moments clairs existent dans les stratégies revendiquées par des stratèges et des stratégistes marxistes : celui d'une stratégie révolutionnaire à cheval entre le XIXème et le XXème siècle et celui d'une stratégie d'Etat pendant et après la création d'Etats qui se proclament marxistes, comme l'Union Soviétique et la République Populaire de Chine.

       Les principaux et décisifs conflits étant entre classes sociales - capitalistes et ouvrières/paysannes - la stratégie révolutionnaire vise à employer tous les moyens politiques, idéologiques et militaires dont les classes dominées disposent. Stratégie de guerre totale au sens théorique, on en trouve de éléments chez Karl MARX et Friedrich ENGELS dont l'intérêt pour les conflits armés de leur époque a été constant.
  Dans "La lutte des classes en France", Karl MARX fait le constat que la classe possédante  utilise l'Etat comme "l'engin du Capital contre le Travail". Que ce soit dans les guerres dynastiques ou dans les guerres nationale, dans les guerres de défense ou de conquête, le mouvement ouvrier ne parvient pas à mettre en oeuvre comme à l'occasion de la guerre franco-prussienne, celle de 1870-1871, l'alliance des ouvriers pour mettre fin à la guerre. Déjà, en 1848, Karl MARX rêvait d'un nouveau soulèvement prolétarien (nous sommes alors en pleine révolution industrielle en Europe continentale et les grèves comme de véritables insurrections ont lieu un peu partout) en France, qui déclencherait une guerre européenne, puis mondiale, celle-là provoquant la victoire de la révolution sociale. (Georges LABICA).
     Rosa LUXEMBOURG, comme Jean JAURES gardent une vision de la guerre comme globalement néfaste envers la classe ouvrière, mais LENINE, STALINE et TROTSKI se font les chantres d'une stratégie révolutionnaire. GRAMSCI, lui, poursuit la transposition ds stratégies  du plan militaire au domaine de la lutte des classes. Il propose un couple conceptuel original avec la guerre de mouvement et la guerre de position. Le mot d'ordre de front unique n'était, selon lui, rien d'autre que la transformation de la guerre de mouvement, victorieuse en Russie, en guerre de position, seule capable de l'emporter en Occident, dans des conditions historiques différentes.
  
    Quelle est, en fait, cette stratégie révolutionnaire?  Claude DELMAS, dans son petit livre "La guerre révolutionnaire" en donne certains traits :
- harceler les arrières de l'ennemi (interruption de son ravitaillement et destruction de ses voies de communication) ;
- pousser l'ennemi à pratiquer une politique d'occupation plus dure, de manière à accroître l'hostilité de la population à son égard ;
- lutter derrière les lignes ennemies en qualité d'auxiiaires de l'armée régulière;
- procurer des renseignements ;
- immobiliser des forces ennemies par des opérations de diversion  ;
- alimenter la propagande officielle des "sacrifices héroiques" qui jouit du soutien populaire ;
- donner des preuves tangibles du châtiment réservé à toute personne qui collabore avec l'ennemi ou qui serait tenté de le faire ;
- mener une propagande pro-soviétique, pro-chinoise populaire, dans les régions occupées.
     Les éléments tactiques se mêlent étroitement aux éléments purement psychologiques et politiques.
    Selon entre autres Vo NGUYEN-GIAP, à propos de la guerre du peuple, aux affrontements entre deux formations de combat de type classique disposant de moyens industriels équivalents se substituent des guerres inégales dissymétriques opposant la puissance industrielle à une armée faible, dont la survie réside dans la durée, pour un véritable passage de la guérilla à la guerre de mouvement. (Trinh VAN THAO).

       Il n'existe pas de corpus unifié sur la stratégie marxiste révolutionnaire, ne serait-ce que parce que la lutte des classes est multiforme et changeante dans le temps. Et aussi parce que, à partir de 1917, les stratèges révolutionnaires eux-mêmes, pour ce qui concerne la partie occidentale, qui avaient mis en oeuvre les techniques insurrectionnelles et la démoralisation des troupes impériales russes comme françaises et allemandes dans le cadre d'un projet de révolution mondiale, durent réviser leur manière de faire. Dans la longue période 1917-1928, les dirigeants soviétiques sont passés par plusieurs phases - sur fond de luttes internes - pour arriver finalement à constituer une stratégie d'Etat.
   Edward Mead EARLE décrit ce changement de stratégie : "Ayant obtenu la victoire dans (la) première phase de la guerre civile en Russie, LENINE dut alors faire face à l'invasion allemande. Il ne fut jamais question de reprendre les opérations militaires, car l'armée russe était totalement démoralisée, en partie à cause de la propagande révolutionnaire qui avait été exercée dans ses rangs pendant deux ans ou plus et qu'il n'était pas facile de retourner." LENINE "était convaincu qu'on pourrait livrer une guerre diplomatique et psychologique contre les puissances centrales aussi bien que les Alliés. Ainsi, il pourrait atteindre le double objectif de défendre la Russie révolutionnaire et de transformer la guerre internationale en une guerre civile européenne." On sait que LENINE déchante assez vite et que le repli stratégique s'impose, que conclure la paix avec l'Allemagne doit se faire au plus vite, et qu'il faut réorganiser l'ensemble des forces armées. Il reste un partisan de la Realpolitik et la paix n'est pas une fin en soi, au contraire, il s'agit comme la guerre d'un moyen politique et ses successeurs le comprendront bien, usant de l'arme idéologique de façon constante à l'intérieur des pays capitalistes.
   La période d'intervention étrangère et de guerre civile fait office de grande Ecole de guerre pour l'Union Soviétique, comme l'écrit Edward Mead EARLE. C'est d'elle que sort l'Armée Rouge. TROTSKI, Mikhail FROUNZE (1885-1925), Sernion TIMOCHENKO (1895-1970), Klement VOROCHILOV (1881-1969) et STALINE, avec d'anciens membres de l'armée impériale, tels que Mikhail TOUKHATCHEVSKI (1893-1937) et Boris CHAPOCHNIKOV (1882-1945) la mettent sur pied et en font une véritable armée classique.
      Dans cette guerre sans bataille décisive, les dirigeants soviétiques durent changer complètement de position : de désorganisateurs de l'ancienne armée, il fallait devenir les organisateurs de la nouvelle, c'est-à-dire d'une armée disciplinée, à la démocratisation strictement limitée (élection des officiers supprimée), aux règlements sévères, ceci sans abandonner totalement la stratégie révolutionnaire. derrière les lignes ennemies. Les dirigeants soviétiques sortent de la guerre civile avec une conception compliquée du rôle de la guerre dans la société. Selon eux, l'attitude des "classes laborieuses" vis-à-vis de la guerre ne peut être catégorique : les batailles de la production comme la force des armées doivent garantir la victoire du prolétariat dans un monde où celui-ci est encerclé par les puissances capitalistes. Le pacifisme, la grève générale constituent des armes au même titre que la conquête de l'espace, au service de cette victoire.
      Jean Christophe ROMER tente d'établir l'évolution à partir de la reprise par les dirigeants soviétiques de l'expérience de l'Empire des tsars, auquel se mêle une conception particulière de l'espace. Ils  introduisent dans l'art militaire une catégorie intermédiaire entre tactique et stratégie qui leur sera longtemps spécifique. La tâche de l'art opératif n'est pas, à la différence de la stratégie, l'obtention de la victoire politique dans la guerre mais de la victoire militaire sur l'ensemble d'un théâtre d'opérations regroupant plusieurs fronts et non plus un seul champ de bataille tactique. Après une éclipse dans les années 1950 avec l'apparition des armes nucléaires de destruction massive, l'opération en profondeur reviendra à l'ordre du jour périodiquement, notamment dans les années 1980 (Dictionnaire de la stratégie).

     Il est toujours difficile de démêler la part de la réalité de la conception stratégique et de l'idéologie, comme le montre la lecture par exemple du livre du maréchal soviétique V. D. SOKOLOVSKY (1897-1968), "Stratégie militaire soviétique". On y trouve la description d'une stratégie d'Etat - notamment nucléaire - avec des éléments idéologiques de lutte des classes axés sur la propagande en faveur de la paix mondiale. Mais depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, il n'existe plus véritablement de stratégie marxiste mais bien d'une stratégie d'Etat de grande puissance. L'évolution est semblable côté chinois et vietnamien, quoiqu'avec un décalage dans le temps dû à la spécificité de la situation asiatique (guerre de Corée, guerre du VietNam...).

Edward Mead EARLE, Les maitres de la stratégie, tome 2,  Bibliothèque Berger-Levrault, collection Stratégies, 1982 (article La guerre selon les soviétiques). Thierry de MONTBRIAL et Jean KLEIN, Dictionnaire de stratégie, PUF, 2000 (article Stratégie Théoriciens Soviétiques de Jean Christophe ROMER). Georges LABICA et Gérard BENSUSSAN, Dictionnaire Critique du Marxisme, PUF, collection Quadrige, 1999 (articles Stratégie/Tactique de Jean-François CORALLO, Guerre de Georges LABICA). Claude DELMAS, La guerre révolutionnaire, PUF, collection Que sais-je?, 1959. Vassili Danilovitch SOKOLOVSKY, Stratégie militaire soviétique, Editions L'Herne, collection Classiques de la stratégie, 1984.

                                                                                            STRATEGUS
 
Relu le 3 novembre 2018
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