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28 février 2020 5 28 /02 /février /2020 13:59

       L'interactionnisme structural ou encore sociologie whitienne, ou sociologie des dynamiques relationnelles ou relational sociology est à la fois une méthode et une approche qui s'est développée principalement depuis 1992, autour de l'ouvrage "Identity and Control" du docteur en physique théorique du MIT (Masachusetts Institute of Technology) Harrison WHITE. Ses précurseurs sont Georg SIMMEL, Célestin BOUGLÉ, Pierre BOURDIEU. Elle est lié au réalisme critique, à l'interactionnisme symbolique, à la théorie des acteurs-réseaux (B; LATOUR et J. LAW), à l'analyse des réseaux, et à un ensemble de sociologies, même marxistes, et à ce titre fait beaucoup de place que l'interactionnisme antérieur au conflit, à la dynamique coopération-conflit.

Harrison WHITE, qui veut expliquer l'action sociale par l'aversion à l'incertitude qui tend à pousser à agir de façon à réduire les incertitudes liées à l'existence, ainsi qu'à réguler les interactions sociales, de façon à faire baisser l'angoisse provoqué par l'incertitude, veut fonder un nouveau paradigme prenant en compte l'ensemble des grandes conceptualisations de la sociologie. Il s'agit d'une tentative qui ne fait bien entendu pas consensus chez les sociologues.

   La difficulté d'intégration de tant d'approches antérieures est suffisamment grande pour que l'auteur de Identity and Control s'y reprenne une deuxième fois pour élaborer un texte abordable, avec la participation et à la demande de son introducteur en France, Michel GROSSETTI. Une réécriture profonde, une présentation plus approfondie est réalisés en 2008.

 

Définition et axiomes

  Comme toute nouvelle approche, même si elle fait appel à de nombreux éléments provenant de nombreuses sources, pour définir l'interactionnisme structural, il faut s'initier à un vocabulaire particulier. L'individu, comme la société, n'est pas en soi une unité d'analyse qui existe d'emblée, comme par "nature", mais comme étant une formation sociale qui a émergé au fil d'interactions sociales et à laquelle un observateur peut donner du sens ; un "identité sociale" comme les autres. En d'autres termes, "individu" n'est pas un terme interchangeable avec homo sapiens ; "individu" n'est pas un terme neutre ; il s'inscrit dans un contexte social de sens, historique. La biophysique ne peut pas expliquer ce qu'est un "individu", car il s'agit d'une identité sociale (porteuse de sens) et non pas de l'organisme biologique. Dans l'interactionnisme structural, les identités sociales déterminent (influencent dans un sens faible et non fort) les structures sociales, via leurs interactions sociales, tout comme, simultanément, les structures sociales influencent les interactions et les identités sociales. Ils se "co-influencent".

A noter que les habitués des analyses marxistes ou marxisantes ne seront pas bouleversés par une telle présentation, à l'inverse de ceux qui, mettant leur confiance à une sociologie hélas encore dominante, ont trop souvent placé l'individu comme le deus ex machina de la marche du monde. Les familiers du darwinisme (le vrai...) comme ceux d'une grande partie de la sociologie française non plus. Cette présentation pourrait même paraitre décidément "basique" pour certains..

"Structure sociale" et "identité sociale" sont ici des notions utilisées pour désigner des "formations sociales" ayant émergé (pris forme) dans un contexte social spécifique ; un Netdom - concept comparable à celui du cercle social chez SIMMEL. Le chercheur vise à expliquer l'émergence des formations sociales, ainsi qu'à comprendre leurs évolutions ou dissolutions. Toute régularité sociale est, ici, comprise comme étant le résultat de dynamiques relationnelles (ou "holomorphes") d'"efforts de contrôle de part et d'autre, qui font émerger des identités sociales.

  On pourrait présenter l'interactionnisme structural comme l'une des deux théories sociologique en analyse des réseaux sociaux, l'autre relevant entièrement de l'individualisme méthodologique et principalement portée par James COLEMAN, et en France par Raymond BOUDON. Elle se distingue d'autres approches par son recours au formalisme. On peut noter par ailleurs que à l'inverse, le renouvellement du marxisme actuel est marqué par précisément un abandon d'un formalisme qui s'est longtemps confondu avec un marxisme idéologique au service de régimes politiques nommés faussement socialistes ou communistes.

   Bien que cette approche vise à expliquer l'action sociale, elle s'éloigne cependant radicalement des approches classiques en termes d'"action sociale" en ne prenant pas l'individu et le sens qu'il donne à son action (sa rationalité) comme point central de l'analyse, comme le faisait encore l'interactionnisme symbolique. Dans ces analyses, Harrison WHITE et ses collaborateurs, "l'individu" est simplement un cas particulier d'identité sociale et non pas l'unité fondamentale à préconiser et la rationalité de l'acteur y est conceptualisée comme un "style" (une façon de faire), et non pas comme explicative de l'action sociale. Le cumul des interactions successives produit des relations, basées sur une certaine confiance (réduction de l'incertitude), devenant de véritables histoires structurantes et explicatives des formations et faits sociaux - en place de la rationalisation qu'en donne l'acteur social. On ne peut s'empêcher de penser aux réflexions d'un Michel CROZIER sur la sociologie des organisations, qui lui aussi, donne une place très importance à la question des "zones d'incertitude".

  

     Trois axiomes reviennent souvent dans l'interactionnisme structural :

- Le chaos est endémique (permanent). l'incertitude est endémique et angoissante ;

- Il existe des "efforts de contrôle" qui sont déployés par les entités sociales à la recherche d'appuis et de réduction des incertitudes ;

- Le chercheur doit se concentrer sur l'étude des histoires contenues dans les relations.

  Le chaos est endémique - et sans doute la concentration des populations et leur importance numérique y est pour quelque chose dans cette perception des choses  : les interactions premières ont eu lieu dans un chaos intrinsèque qui tend vers l'organisation, via un processus de régulation sociale qui permet de limiter les coûts des interactions hasardeuses et incertaines. C'est à force d'efforts de régulation des interactions qu'émergent les "formations sociales". Mais celles-ci demeurent toujours menacées de dissolution ; rien ne se maintient éternellement et trop d'incertitudes ou d'imprévisibilités existent pour que ces formations sociales soient à l'abri des fluctuations, influences et contrecoups du reste de ce qui les entourent. Elles tentent cependant à exister et à se maintenir en cherchant à s'ancrer dans la réalité. Pour cela, elles veillent à réduire les incertitudes. Dit autrement, les formations sociales sont constamment soumises à des forces centripètes et des forces centrifuges, et plus ces formations sont importantes, plus elles subissent ces tensions.

Ce qui explique l'action sociale dans cette approche est la réduction des incertitudes par des "efforts de contrôle" sur les interactions. En agissant de façon à réduire les incertitudes, les entités sociales produisent du sens.

A force d'"effort de contrôle" des interactions de la part des formations sociales à la recherche d'appuis, elles en viennent à se distinguer socialement et prendre assez de sens pour être reconnues par un observateur, il s'agit alors d'une identité sociale ; qui en son sens général défini par Harrison WHITE, désigne : toute source d'action qui n'est pas explicable par le biophysique et à laquelle un observateur peut attribuer du sens. Ainsi, pour continuer à se maintenir et à exister, malgré un chaos endémique (l'absence de régularité intrinsèque, d'un ordre naturel), les identités sociales vont déployer toutes sortes "d'efforts de contrôle" pour survivre - sauf à se transformer, voire disparaître.

C'est essentiellement à travers les histoires ; les sens que prennent les identités sociales, que leurs actions sociales s'étudient. le sens dont il est ici question est entièrement construit dans l'interaction sociale : il ne provient jamais d'un seul acteur social isolé. Les récits se construisent à travers les interactions. Les relations sont des histoires d'interactions. L'étude de la coévolution des formations sociales implique de s'intéresser aux histoires qui sous-tendent les relations et au sens qui a été posé socialement lors d'interactions sociales, sur et par les formations sociales elles-mêmes.

   Pour certains, l'interactionnisme structural est une approche subversive qui prend pour fondement que rien de sociologique n'existe d'emblée ; que si l'on observe des "sociétés", des "cultures", des "individus", des "castes... c'est parce qu'au fil des interactions sociales, se sont construites toutes ces formations sociales. Pourtant, irrésistiblement, on ne peut s'empêcher de penser que par rapport à des approches marxistes, qui mettent en avant surtout des contradictions, ce que Harrison WHITE et ses collaborateurs ne font pas, du moins directement, que le chemin parcouru par la sociologie - notamment américaine - est décidément laborieux pour parvenir à ce qu'une autre sociologie savait déjà : les formations sociales, comme les actions sociales, en question, ne vont pas toutes dans la même direction ou vers le même buts...  Par ailleurs, bien entendu la formation sociale, dans leur sens, ne recouvre pas exactement le sens qu'en donne les penseurs marxistes.

 

Une portée considérable, rendue possible par de nombreux auteurs, en dépassant un certain formalisme

     L'ouvrage, surtout avant sa révision, de Harrison WHITE est très aride et très dense, difficile d'accès. Ne serait-ce que avec beaucoup de circonvolutions, il multiplie les emprunts à des approches déjà bien fructueuses en elles-mêmes... Un lexique de l'interactionnisme structural est d'ailleurs bien plus aisé à établir à partir de l'ouvrage de 2008 que à partir de celui de 1992. Il suscite d'ailleurs de nombreux commentaires, en Europe comme aux États-Unis, et stimule pas mal de recherches. Il est difficile de tracer un parcours des influences, tant que travaux interdisciplinaires se sont multipliés à partir des travaux d'Harrison WHITE.

En 2013, par exemple, un appel à publication lancé par la section "Recherches sur les réseaux sociologiques" de l'Association allemande de sociologie, en arguant que bien que les avancées en sociologie relationnelle se produisent majoritaires aux États-Unis, la sociologie relationnelle a des racines profondes dans la sociologie de langue allemande. En plus de SIMMEL, MARX, ÉLIAS et LUHMANN, cette traditions allemande inclut des sociologues comme Leopold von WIESS, Karl MANNHEIM, Theodor LITT, Alfred SHÜTZ et Helmauth PLESSNER. Deux livres sur la sociologie relationnelle de F. DEPELTEAU et C.POWELL sont publiés en 2013, Conceptualizing Relational Sociology and Applying Relational Sociology. 

 

Michel GROSSETTI et Frédéric GODART; Harrison White : des réseaux sociaux à une théorie structurale de l'action. Introduction au texte de Harrison White, Réseaux et Histoire, SociologieS, 2007. Harrison WHITE, traduit et remanié avec Frédéric GODART et Michel GROSSETTI, sous la direction de H.C. WHITE; Indentité et contrôle, Les éditions de l'EHESS, septembre 2007.

 

   

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25 février 2020 2 25 /02 /février /2020 16:20

      Alors que l'ensemble des batailles en Afrique du Nord - que ce soit des escarmouches ou des batailles rangées de chars - constitue un enjeu majeur dans la Deuxième Guerre Mondiale, enjeu d'ailleurs pas seulement militaro-stratégique, mais aussi politique (une partie est française, tiraillée entre État Français et France libre - les premières unités française combattantes étant d'ailleurs en Afrique...), la filmographie est plutôt chétive, surtout en comparaison du traitement fait à la période de la libération de l'Europe.

   

    C'est surtout côté documentaire qu'on trouve la matière la plus importante,

que ce soit La bataille du désert (1h 21 minutes), dans la série Les Grandes Batailles ;

 

La guerre du désert, dans 39-45 Le monde en guerre ;

 

la troisième partie des six d'Apocalypse La deuxième guerre mondiale (Le choc)

 

La bataille d'El Alamen dans la série Grandes batailles de la deuxième guerre mondiale...

 

Autre documentaire, La guerre du désert, présente de manière exhaustive et chronologique les événements qui se sont déroulés durant ces trois années, entre 1940 et 1943. Durant 60 minutes en noir et blanc. Édité sous la bannière AAA, il s'agit d'une partie d'une longue série documentaire (non authentifiée sur la jaquette), formée uniquement d'images d'archives et dictée directement en français (sans problème de mixage donc avec le narrateur américain d'origine). Sous le titre The war in Africa, écrit par Michael LEIGHTON et édité par Peter JONSON, en 2007, Edgehill Publishing Ltd. Cela ressemble aux documentaires présentés aux élèves ou étudiants dans les établissements scolaires aux États-Unis. Très pédagogique et très sec.

 

  Ces documentaires ne se contentent pas de décrire les opérations du point de vue des états-majors, mais décrivent bien les conditions "spéciales" de la guerre dans ces reliefs avec ce climat rude pour les combattants de deux camps.

Le livre sous la direction de Nicolas LABANCA, de David REYNOLD et de Olivier WIEVIORKA, commandé par le Ministères des Armées et co-édité avec Perrin, de 2019, décrit bien les tenants et aboutissants de cette série de batailles, en 347 pages grand format.

   

        Côté films de fiction, on relève le film de Robert WISE, Les rats du désert. Sorti en 1953 et de 88 minutes, le métrage se centre surtout sur la bataille de Tobrouk.

Laquelle est aussi le sujet du film Tobrouk, commando pour l'enfer, de Arthur HILLER, sorti en 1967. Le métrage de 110 minutes se centre surtout sur l'enjeu stratégique des réserves de carburant de l'armée allemande, qu'un commando doit détruire avant que ROMMEL ne l'utilise pour son offensive.  

   

   Enfants de salauds, film britannique réalisé par André de TOTH et sorti en 1968, s'inspire des opérations menées par des unités alliées comme le Long Range Desert Group, la Ppski's Private Army ou encore le Special Air Service ayant opéré pendant la guerre du désert. Pendant ces 118 minutes, il est question aussi de ces dépôts de carburants et d'autres objectifs militaires précis. A noter que le réalisateur, à l'inverse sans doute des deux premiers films cités ici, n'a pas cherché à glorifier ni la guerre ni les combattants. On trouve dans ce film que certains qualifient (c'est peut-être aller un peu loin) d'antimilitariste, des militaires engagés pour l'argent, des officiers déséquilibrés n'hésitant pas à trahir leurs hommes, des mutineries, des pillages et des viols... Le lot en fait de toutes les guerres...

FILMUS

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25 février 2020 2 25 /02 /février /2020 13:19

  Préfacé par Jack LANG, le livre de l'institutrice en milieu rural pendant 15 ans et enseignante d'espagnol au collège, professeur agrégé, docteur en sciences de l'éducation (Université de Bordeaux), membre de l'Observatoire international de la violence à l'école,montre combien, malgré toutes les réformes (ou en dépit d'elles, ou à cause d'elles...) entreprises dans le système scolaire, la question du sexisme y reste non résolue. Se penchant sur le système de punitions au collège et constatant que 80% des élèves punis au collège sont des garçons, elle pose la question de la persistance des rapports sociaux de sexe traversés par le virilisme, le sexisme et l'homophobie qui perturbent la relation pédagogique.

  Se défendant d'incriminer qui que ce soit, étant elle-même enseignante, et connaissant bien la difficulté "d'être juste et de garder la tête froide face aux provocations de certains élèves, quand la fatigue s'accumule ou que les choses en prennent pas le cours que l'on aurait souhaité." Elle entend soulevé des faits, qui mettent en doute, comme l'écrit Jack LANG, "la réalité des principes fondamentaux sur lesquels nous voulons croire assise notre École : égalité de traitement des sexes, dimension éducative de la punition, préparation et formation à la vie en société."

  C'est après une enquête dans cinq collèges aux caractéristiques socioculturelle très différentes, qu'au-delà des chiffres, elle cherche à dégager les processus par lesquels on arrive à cette situation, "c'est-à-dire les voies et les moyens, le pourquoi et le comment des choses". Elle propose de placer la variable genre au centre "pour revisiter les transgressions et le système punitif à la lumière des rapports sociaux de sexe." Dans une tradition fondée par FOUCAULT, dans la suite également de très nombreuses études sur l'univers du collège (que certains estiment encore structuré, institutionnellement, dans le temps et dans l'espace, architecturalement aussi - j'ai longtemps confondu de l'extérieur collège et caserne de CRS! - comme une prison...), dans la suite également de nombreuses études sur le genre, notamment depuis les années 1990, et enfin dans le sillon creusé par l'interactionnisme (voir les théories d'Erwing GOFFMAN dans l'arrangement des sexes), Sylvie AYRAL analyse les stéréotypes sexuels encore à l'oeuvre. Non seulement l'asymétrie sexuée est perpétué par l'activité des aujourd'hui nombreux intervenants dans l'univers scolaire, alors même que l'appareil punitif se présente comme un système de pouvoir autonome à l'intérieur des établissements, mais les élèves eux-mêmes instrumentalisent dans leur comportement les sanctions pour prouver leur virilité (notamment à l'égard de leurs camarades...).

Au fil des chapitres, elle expose les éléments de ses enquêtes en milieu riual, urbain, périurbain, public ou privé, et détaille à la fois les modes de sanctions privilégié et les qualifications usuelles (d'ailleurs divergentes), la quantité et la qualité des punitions (parfois très fluctuantes dans le même établissement - détail, qu'elle n'approfondit pas d'ailleurs, de conflits au sein même du personnel enseignant), la plus ou moins évidente proportionnalités des sanctions par rapport aux fautes commises, un principe d'individualisation des sanctions, parfois aléatoire - et les comportements de violences infligées entre les élèves. S'y révèlent les voies et les moyens par lesquels les sanctions du personnel enseignant et les violences infligées entre les élèves perpétuent rituellement les schémas de la domination masculine, de la virilité et de l'homophobie.

   Elle montre, avec énormément d'exemples concrets à l'appui, comment cette domination masculine, cette virilité et cette homophobie s'auto-entretiennent, dans les pratiques mais aussi dans les discours. Sans oublier de mettre en évidence le comportement des garçons par rapport aux filles et vice-versa, ces dernières étant souvent cantonnées, mais il semblerait que cela change en ce moment, dans le rôle de victimes et de faire-valoir... Rites virils et rites punitifs se renforcent mutuellement pour produire des garçons dont le caractère et le comportement, décidément, change lentement.

   Aux antipodes de la tolérance zéro - à laquelle elle ne croit pas réalisée et réalisable dans les faits dans  ces établissements scolaires - et du tout répressif - malgré une idéologie de l'autorité très mal assumé d'ailleurs par le corps enseignant, l'auteur plaide pour une éducation non sexiste, une mixité non ségrégative et la formation des enseignant au genre. Elle constate d'ailleurs dans la formation des instituteurs et professeurs, le genre brille encore par son absence dans l'ensemble des préparations à l'enseignement. Pourtant, Sylvie AYRAL estime que ces propositions apparaissent comme une urgence si l'on veut enrayer la violence scolaire. Bien entendu, ce n'est pas le manque de moyens actuels en personnel et en matériels qui va arranger les choses.

 

Sylvie AYRAL, La fabrique des garçons, Sanctions et genre au collège, Le Monde/PUF, 2014 (quatrième tirage), 205 pages.

 

 

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25 février 2020 2 25 /02 /février /2020 09:17

   Campagnes solidaires est le mensuel de la Confédération paysanne, syndicat agricole "engagé avec les paysans et les acteurs du mouvement social dans l'"émergence d'autres mondes possibles". Se positionnant politiquement très à gauche, le syndicat comme sa revue, se veulent "un point de ralliement pour ceux qui veulent comprendre les réalités de la vie et des luttes paysannes dans le monde et ici en Europe. C'est aussi un espace pour ceux qui veulent s'exprimer sur ces réalités et la manière d'agir sur elles. Informer, c'est contribuer au débat sur les sujets de société tels que les OGM, la sécurité alimentaire et la mondialisation"...

   Rappelons simplement ici que la Confédération paysanne est le deuxième syndicat agricole français, membre de la coordination paysanne européenne et de la Via Campesina. Fondée en 1987, elle est le fruit de la fusion de deux syndicats minoritaires, la FNSP et la CNSTP. Présente dans la quasi-totalité des départements français, elle est classée à gauche alors que le principal syndicat agricole, la FNSEA, est classé à droite et que la Coordination rurale est parfois considérée comme proche de l'extrême droite. La Confédération paysanne milite pour une agriculture paysanne, respectueuse de l'environnement, de l'emploi agricole et de la qualité des produit. Avec le réseau Via Campesina, elle se bat pour une reconnaissance du droit à la souveraineté alimentaire. Elle est connue pour ses actions offensives qui ne se limitent pas à des manifestations de tracteurs en direction de Paris.

    Avec ses rubriques régulières Vie syndicale, Actualité, Point de vue, Internationales, Agriculture paysanne, Culture, Action, Courrier, Terrain, chaque numéro se présente avec un dossier complet sur un thème majeur. Ainsi le numéro de février 2020, (n°358) s'ouvre sur un dossier sur Les prédateurs du revenu paysan et le numéro de décembre 2019 présente un dossier sur l'élevage, qui ne se résume pas à la "production animale" industrielle et maltraitante. Au contraire, dixit le journal, c'est une activité précieuse pour un alimentation de qualité respectant le bien-être des bêtes dans un environnement sain. L'éditorial du numéro de février 2020 porte sur les pesticides et sur la nécessité et les moyens de s'en affranchir.

 

Confédération paysanne, 104 rue Robespierre, 93170 Bagnolet. Site Internet : confederationpaysanne.fr/campagnes_solidaires.php?type=CS

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22 février 2020 6 22 /02 /février /2020 09:23

  Revue française mensuelle spécialisée dans les affaires au sens large du Maghreb, Le courrier de l'Atlas constitue une des références dans le monde francophone au sujet de l'Afrique du Nord. C'est d'ailleurs la première et unique revue française qui traite l'actualité du Maghreb en Europe depuis plus de 10 ans. Fondée en 2007, elle cible les lecteurs actifs et jeunes qui veulent entretenir un lieu avec cette région du monde. Avec un tirage de 50 000 exemplaires, le magazine est diffusé partout en France, au Maghreb (Maroc, Tunisie, Algérie), en Belgique, au Canada, au Portugal et en Suisse. Sur papier et en ligne sur Internet, Le courrier de l'Atlas constitue une véritable petite entreprise. Sont employés dans ce véritable journal, entre autres, Jehan LAZRAK-TOUB, Yassir GUELZIM, Nadia SWEENY et Hassan AALOUACH. L'équipe de Le courrier de l'Atlas, emmené par le directeur de la rédaction Abdellatif EL AZIZI, se compose d'une douzaine de journalistes.

   Ce magazine donne une large place aux thèmes de société en proposant des dossiers thématiques, des sujets économique et politiques ainsi que de la culture et des loisirs. Il occupe un espace vacant dans la presse magazine et ambitionne de montrer la diversité de la communauté maghrébine en France et en Europe en lui donnant la parole. Ainsi, le numéro 143 de janvier 2020 propose un dossier sur les Juifs du Maghreb, une longue histoire et le numéro précédent de décembre un dossier sur les violences et bavures policières, qui, bien souvent, avant la crise des "gilets jaunes", touchaient déjà les quartiers populaires. Y figurait un entretien avec Mme Assa TRAORÉ, soeur d'une victime. On retrouve sur le site Internet des informations qui suivent de plus près l'actualité que le mensuel, de nombreux articles sous diverses rubriques, France, Maroc, Algérie, Tunisie, International, Politique, Débats § Idées, Économie, Culture, Société, Sport...

 

 

Le Courrier de l'Atlas, DM Presse, 75723 PARIS CEDEX 15, BP 50037, Site : lecourrierdelatlas.com

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20 février 2020 4 20 /02 /février /2020 14:02

   Dedans/dehors est la revue - française - de l'Observatoire International des Prisons (fondée en 1990 à Lyon). La section française de l'OIP est une association loi 1901, née en 1996 qui agit pour le respect des droits de l'homme en milieu carcéral et un moindre recours à l'emprisonnement. Elle dispose du statut consultatif auprès de l'Organisation des Nations Unies (ONU).

A noter que depuis la disparition du secrétariat international en 1999, les différentes sections nationales sont entièrement indépendantes. Ont notamment subsisté les sections nationales de France, de Belgique et d'Argentine.

   L'OIP a quatre grandes missions principales et émet régulièrement des rapports sur la situation dans les prisons et sur le système judiciaire.

- Observer les conditions de détention et dresser un état des lieux des prisons française. Elle enquête sur les violations des droits de l'homme en prison et alerte l'opinion et les pouvoirs publics sur ces violations.

- Informer les personnes détenues et leurs proches ainsi que les intervenants dans les prisons (éducateurs, enseignants, accompagnateurs, aumôniers...) en les soutenant dans leurs démarches pour les faire respecter. C'est par ce biais)là qu'elle parvient à rendre visible ce qui se passe dans les prisons françaises.

- Opérer une action juridique, dans les contentieux. Elle attaque régulièrement certaines administrations pénitentiaires et l'État français, quelquefois devant la Cour Européenne des droits de l'homme pour non-respect des droits de l'homme dans les prisons. L'idée de ces actions contentieuses est de contraindre l'État à respecter la loi mais aussi de la faire avancer. Il existe des points aveugles dans le droit comme par exemple les absences de droit de recours pour certaines décisions prises sur le permis de visites notamment. Lorsqu'il y a refus, il n'existait pas de voie de recours. Elle a engagé toute une action pour faire reconnaitre ces points aveugles et faire évoluer le droit.

- Défendre le recours limité à l'incarcération auprès du grand public, des gouvernements et des institutions européennes. Elle plaide pour la révision de la durée des peines, la dépénalisation de certains délits et la promotion des alternatives à l'incarcération.

 

     La revue Dedans/dehors, a priori trimestrielle mais pouvant produire plus de numéros par an, traite de l'actualité pénale et pénitentiaire, avec des dossiers thématiques, des enquêtes, des entretiens et des témoignages. Ainsi, la revue a traité des Femmes détenues : les oubliées, de l'Enfermement des mineurs, du Travail en prison, de la Sexualité en prison... Souvent, la revue donne la parole aux prisonniers et un numéro comme le numéro 100, de juillet 2018 est écrit entièrement par des personnes détenues. Le numéro 105, d'octobre 2019, traite du cas des neuf cent adolescents incarcérés dans les prisons françaises. Le nombre des jeunes écroués ne cesse d'augmenter, souligne la revue. Une version numérique de la revue est disponible sur son blog sur le portail de Médiapart.

La revue bénéficie du travail de membres de l'association dont le secrétariat national est composé de 13 salariés appuyés par des volontaires en service civil et des stagiaires. Une cinquantaine de bénévoles prennent part aux activités militantes de l'association.

Un guide du prisonnier est également édité par l'OIP, qui rassemble toutes les informations sur le parcours en détention, de l'entrée à la sortie de prison. Périodiquement, l'OIP publie un Rapport sur les conditions de détention en France, qui décrypte les politiques pénales et pénitentiaires, ainsi que leurs conséquences sur les conditions de détention. En décembre 2014, l'OIP a publié le livre Passés par la case prison, qui raconte les parcours de huit anciens détenus qui ont travaillé par huit écrivains.

 

Dedans/dehors, Site Internet oip.org

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19 février 2020 3 19 /02 /février /2020 13:11

   Pseudonyme du colonel SUIRE, ou encore de Leprince, X, B..., Éric MURAISE est un écrivain prolifique française, autour tout autant d'ouvrages sur l'histoire militaire que de romans à destination des adolescents. Il n'est pas le seul à travailler sous couvert d'anonymat, car tant dans le grand public que dans l'édition, peu d'esprits acceptent facilement l'idée que l'on puisse écrire sur des registres si différents...

   Éric MURAISE est ainsi l'auteur sous ce nom de Voyance et prophétisme (1980), de Sainte Anne de Bretagne (1980), d'Histoire sincère des ordres de l'Hôpital (1978), de Testament pour un monde futur (1977), d'Introduction à l'histoire militaire (1964), ou de Cavaliers des ténèbres (1958). Féru d'histoire militaire prise dans son ensemble selon une historiographie reconnue comme d'histoire ésotérique (la figure du Grand Monarque, dixit Nostradamus, l'a toujours fasciné, il contribue à l'élargissement du champ de l'histoire militaire.

      La défaite de 1940 a suscité un réel effort de pensée dans les milieux militaires, dont témoigne l'enseignement de l'histoire à l'École de guerre, pour s'assimiler les apports de la psychologie, de la sociologie et des l'histoire des structures économiques, sociales et mentales, sans pour autant négliger l'histoire des institutions militaires et cette histoire des batailles dont J.P; BERTRAND a montré qu'elle pouvait être reprise et enrichie par les aspects nouveaux de la recherche historique. La Revue historique de l'Armée et la Revue de la Défense nationale, fondées aux lendamins de la seconde guerre mondiale, font une large place aux rapports de l'armée et de la société. De nombreux ouvrages dont ceux du colonel Eugène CARRIAS et ceux d'Éric MURAISE (colonel SUIRE) attestent également de ce réveil. (André CORVISIER, Aspects divers de l'histoire militaire, dans Revue d'Histoire moderne & contemporaine, 1973, n°20-1.). Son Introduction à l'histoire militaire (rééditée chez Lavauzelle en 2008) ainsi que son ouvrage écrit avec Fernand GAMBIEZ sur l'Histoire de la première guerre mondiale en 1968, contribuent à ce renouveau de l'histoire militaire.

Dans ce dernier ouvrage, il s'agit d'étudier l'histoire du comportement des hommes dans la guerre, ouverture d'un immense domaine d'étude, et pour commencer celui des opérations militaires qui ne peuvent être analysées en soi (à la manière d'une historiographie pour qui ne comptent que les batailles et leurs résultats "techniques"), mais en fonction des mentalités et des dispositions des soldats. Les deux auteurs (GAMBIEZ et SUIRE) montrent par exemple comment les infanteries française et britannique qui, en 1918, sortaient de plusieurs années de tranchées étaient en fait incapables de manoeuvrer. Leur étude commence alors à combler d'immenses lacunes dans la compréhension des comportements des soldats comme de l'"arrière", lacunes qui suscitent encore aujourd'hui l'intérêt des historiens. (Jean-Jacques BECKER, L'évolution de l'historiographie de la première guerre mondiale, dans Revue historique des armées, 2006, n°242)

   Le portrait de l'écrivain ne serait pas complet en ne laissant apparaitre que sa participation à l'évolution des historiens sur la guerre.

Dans le site des Amis du Signe de Piste (bien connu des milieux scouts); on y raconte la biographie de Maurice SUIRE.

De souche poitevine, né en Berry, il fut Saint-Cyrien. A sa sortie de cette école, il fit l'école des Chars, partit en Syrie, revint en France, fut fait prisonnier en mai 1940 sur le canal de la Sambre, passa 5 ans de captivité à l'Oflag X.B. (il reprit ces lettres plus tard pour pseudonyme), années consacrées à l'étude, qui lui permirent de préparer la base de certaines oeuvres signées MURAISE.

De 1945 à 1953, il occupa différents postes, tant en Wartemberg qu'à Berlin ou en Palatinat. Après un court séjour en France, il repartit pour la Tunisie et l'Algérie. De 1960 à 1967, il fut à Pari où il termina sa carrière comme conférencier à l'École de Guerre et adjoint commandant l'Institut des Hautes Études à la Défense Nationale. Il s'intéresse tout au long de sa carrière à l'Histoire, au mystère entourant la destinée de Louis XVII et ses ouvrages servent d'appui à Jean-Pierre FONCINE et Antoine de BRICLAU pour écrire Le Lys éclaboussé, ainsi qu'à la légende du Grand Monarque, à Nostradamus, aux prophètes... La tonalité de ces oeuvres expliquent l'emploi de différents pseudonyme. On ne voudrait pas dans certains milieux militaires qu'ils entachent le sérieux de ses ouvrages d'histoire... Parmi ses romans, publié par Signe de Piste, Ruban Noir et leurs rééditeurs, on peut citer Le Raid des quatre châteaux, La neuvième croisade, Les Signes de l'Empire, Le Chant des Abîmes...

 

Eric MURAISE, histoire sincère des ordres, 1960 ; L'insurrection royaliste de l'Ouest 1791-1800, 1966 ; Du Roy perdu à Louis XVII? Psychanalyse d'un mythe national, 1967. Colonel SUIRE, L'épée de Damoclès, la guerre en style indirect; 1967 ; Histoire de la première guerre mondiale, en deux volumes, 1968 ; Introduction à l'histoire militaire, 1964.

 

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18 février 2020 2 18 /02 /février /2020 13:09

   Politique africaine est une revue française trimestrielle, sur papier et en ligne, axée sur affaires politiques africaines. Fondée en 1981, elle est publiée par l'Association des chercheurs de Politique africaine, des Éditions Karthala. Elle se veut pluridisciplinaire et offrir des travaux innovants inédits sur les sociétés africaines et leurs diasporas, et sur les rapports du continent avec le reste du monde.

    Chaque numéro de la revue est structuré autour d'un dossier thématique constitué d'une demi-douzaine d'articles. Chaque dossier équivaut ainsi à un mini-ouvrage collectif, réalisés par les meilleurs spécialistes du sujet. Ainsi, sont abordés les deux Congos dans la guerre (n°72), Besoin d'État (n°61) ; Intellectuels africains (n°51), ou La politique africaine des États-Unis (n°12). Chaque numéro comprend également des articles "hors dossier" qui traitent d'autres sujets. Il s'agit d'associer étroitement la recherche fondamentale à l'analyse de l'actualité, afin de fournir à un lectorat large des clefs de compréhension des dynamiques du continent.

     Dans le numéro 153, 2019/I, Politique africaine abordait la situation du secteur audio-visuel africain en pleine expansion, avec l'émergence de petits entrepreneurs qui défient les grands groupes continentaux et internationaux. Une production locale de qualité parvient à faire bon ménage avec les industriels.

  Dirigée par Vincent BONNECASE et julien BRACHET, à la tête d'un comité de rédaction d'universitaires ou d'écoles supérieures, venant de paris, d'Italie, d'Allemagne, du Canada, de Belgique et de pays d'Afrique. Bilingue, la revue se veut également en rupture avec les approches classiques et s'est imposée en France et à l'étranger, comme une publication de référence pour l'ensemble de la communauté internationale spécialiste du continent.

 

 

Politique Africaine, Les éditions Karthala, 22-24 boulevard Arago, 75013 Paris. Sites Internet : polaf.hypotheses.org ; politique-africaine. com ; cairn.info ; karthala.com

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17 février 2020 1 17 /02 /février /2020 10:24

    Stratégie indirecte, guerre indirecte, style indirect et approche indirect, comme l'écrivent Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND dans leur Dictionnaire de stratégie, pour citer des éléments d'une terminologie "multiple (qui) reflète l'étendue d'un domaine fondamental de la stratégie qui fut souvent négligé au cours des siècles, surtout en Occident". On pourrait même écrire que la stratégie dite directe n'est qu'un élément - minoritaire, même s'il est évidemment important et... survalorisé - de la stratégie en général. "Dans une perspective historique, ajoutent-ils, ce qui indique bien leur véritable place, "il serait tout aussi approprié de parler de stratégies indirectes tant les circonstance ont pu modifier la forme selon laquelle fut pratiqué un mode de combat qui refait surface aujourd'hui, après un siècle et demi de guerre totale et de stratégie "directe"."

    Ces stratégies indirectes apparaissent dans les textes les plus anciens, dont L'Art de la guerre de SUN TZU, qui, de manière paradoxale, n'est pas représentatif d'un état raisonné de la guerre en Chine de son époque (Ve-IIIe siècles av. J.C.). Il indique bien, mais il y a des textes bien plus anciens encore (pour ceux qui aiment la Bible, recherchez dans l'Ancien Testament...) la pérennité de la guerre indirecte, dont les fondements demeurent inchangés au cours des âges : intelligence des rapports de force, économie des efforts, harcèlement physique et moral, manipulation et épuisement de l'adversaire, surprise... La stratégie indirecte peut être militaire mais aussi, comme c'est le cas souvent en ce début du XXIe siècle, politique. Que les moyens soient militaires ou pas, les principes de la stratégie indirecte sont identique. L'objectif est toujours de déséquilibrer et de disloquer l'ennemi afin d'exploiter ses faiblesses pour accomplir le but à atteindre, soit la victoire militaire ou politique, en tout cas de lui imposer ses propres vues. Traditionnellement, l'emploi de stratégies indirectes fut déterminé principalement par des considérations géographiques et culturelles. De nos jours, le contexte politique international est favorable à l'usage de telles stratégies qui ont généralement pour objectif des victoires essentiellement politiques, avec des moyens qui ne sont plus exclusivement militaires. C'est pourquoi les analyses contemporaines tendent à souligner la divergence entre stratégie politique et stratégie militaire alors que les analyses historiques ont tendance, plus simplement, à interpréter le phénomène de la stratégie indirecte sous son aspect strictement militaire. Il y a là certainement plus un effet d'optique déformant qu'autre chose. Il est vrai qu'aujourd'hui, mais cela n'est pas un phénomène qui se vérifie partout (encore moins sur le plan théorique), les armées de masse, les troupes au nombre important de matériels et de soldats, moyens de stratégies directes violentes, ne sont plus maintenues par les États, soit dit en passant, en perte de vitesse sur bien des plans (ce qui n'est pas irréversible...).

Pour André BEAUFRE, dont les écrits coïncident avec les guerres d'indépendance des années 1950 et 1960, les stratégies directes et indirectes se définissent selon la nature de leurs objectifs, militaires pour l'une, politiques pour l'autre. BEAUFRE fait la distinction entre l'approche indirecte et la stratégie indirecte, la première se situant au niveau de la conduite des opérations militaires et ayant pour but la victoire militaire (stratégie directe), alors que la stratégie indirecte "est celle qui attend l'essentiel de la décision par des moyens autres que la victoire militaire". La stratégie indirecte se joue au sein d'une marge plus ou moins grande de "liberté d'action" définie selon les rapports de force du moment et les conséquences qu'une telle stratégie pourrait avoir sur l'échiquier international.

Alors que BEAUFRE situe son discours au niveau de la stratégie globale, LIDDELL HART définit sa doctrine de l'"approche indirecte" sur le plan plus restreint de la stratégie militaire générale où la dimansion stratégique ne dépasse pas le cadre de la guerre. Le but du stratège est de créer une situation stratégique si avantageuse que, si la situation en elle-même  ne suffit pas à provoquer la décision, celle-ci est accomplie par le seul fait que les combats continuent. Le but de la stratégie ainsi défini, l'objectif, selon LIDDELL HART, est de déséquilibrer et de disloquer l'adversaire. Les moyens de cette dislocation sont multiples et constituent l'approche dite indirecte, clé du succès militaire à toutes les époques. La supériorité de l'approche indirecte réside dans la concentration sur deux éléments essentiels de la guerre : le rapport des forces et l'économie des efforts. Si le rapport de forces est défavorable à l'un des deux adversaires, il sera obligé d'avoir recours à l'approche indirecte. S'il est favorable, alors il voudra remporter la victoire de manière moins coûteuse et adoptera également l'approche indirecte. De toutes les façons, LIDDELL HART souligne le fait que l'on n'est jamais complètement sûr de sa supériorité.

Fernand GAMBIEZ, qui préfère parler de style de guerre, est également convaincu que le style "indirect" à toute époque, n'a qu'une fin, son économie, qu'il s'agisse du style indirect "naturel" des peuples d'Asie centrale, du style indirect "artificiel" des armées européenne massives ou de la composition moderne entre les deux styles. Que l'on parle d'approche ou de style indirects, le but est le même : la dislocation de l'adversaire.

Le théoricien et historien militaire Éric MURAISE définit la guerre de deux manières, directe et indirecte, et introduit le facteur culturel comme déterminant essentiel de cette typologie de la guerre, la guerre directe ayant été l'apanage des Occidentaux alors que la guerre indirecte dut surtout pratiquée en Orient. Là encore, le but de la guerre indirecte réside dans la dislocation de l'ennemi, provoquée la plupart du temps par un harcèlement physique et psychologique de l'adversaire. Pour des raisons géographiques et psychologiques, la guerre indirecte est mieux adaptée au monde oriental. Les Occidentaux, pour des raisons d'ordre moral et religieux, ont du mal à pratiquer un art qu'ils jugent déloyal. Les grands espaces des steppes d'Asie centrale appellent naturellement les peuples nomades, montés à cheval, à pratiquer une guerre fondée sur la mobilité et la liberté d'action. Selon MURAISE, "la stratégie indirecte n'est pas exclusive des combats. Elle y mêle un arsenal de feintes, d'effacements, d'entreprises contre la logistique adverse. Il s'agit de disloquer l'ennemi avant de l'achever (...) il faut, sans se mettre en prise, miner sa sûreté, ses ressources, son moral et ne frapper qu'à coup sûr".

Au niveau de la tactique, le harcèlement continu permet de faire craindre le combat sans avoir à le livrer. Depuis l'antiquité jusqu'à nos jours, la tactique indirecte est toujours la même : harcèlement, ruse, mouvements d'aller-retour, raids (razzias). C'est cette tactique qui permet aux nomades d'Asie centrale de surprendre les Occidentaux dans de nombreuses occasions. On se souvient du récit de PLUTARQUE relatant l'expédition désastreuse de CRASSUS (54 av. J.C.) face aux Parthes, mettant aux prises sur un terrain défavorable une cavalerie d'archers pratiquant le harcèlement face à une infanterie lourde recherchant le choc. Jusqu'aux Mongols et au-delà - Cosaques contre la Grande Armée napoléonienne par exemple - ce type de rencontre s'est maintes fois reproduit, même si, du côté des sédentaires, on est passé de l'usage de l'infanterie à celui de la cavalerie lourde. Toutefois, la stratégie indirecte est également pratiquée par les Occidentaux, souvent par nécessité et au contact de leurs adversaires. Les Byzantins, en particulier, surent s'adapter à un nouveau style de guerre que pratiquaient leurs rivaux. Les stratèges français des guerres coloniales, comme BUGEAUD, appliquèrent eux aussi une méthode de combat pratiquée par leurs adversaires. Sur le plan individuel, de nombreux stratèges, tel DU GUESCLIN, au Moyen-Âge, ou MAURICE DE SAXE au XVIIIe siècle, adoptèrent un style de guerre indirect. Une des conditions essentielles favorisant la pratique de la stratégie indirecte est la présence de refuges et de sanctuaires. Ceux-ci peuvent être géographiques, politiques ou populaires. Pour les nomades d'Asie centrale - décidément beaucoup cités par les stratégistes - ce refuge est constitué par l'immensité de l'espace, semblable à l'espace maritime pour le combat naval. Les régions montagneuses, la forêt tropicale, les marécages sont des refuges classiques pour les pratiquants de la petite guerre. La guérilla urbaine utilise l'immensité des grandes villes métropolitaines (des hauteurs des immeubles aux bas-fonds), alors que le terroriste se réfugie habituellement dans un sanctuaire politique (Libye, Iran).

   Après l'ère des guerres totales qui se terminent en 1945, et en dehors de quelques guerres classiques régionales (Inde-Pakistan, Israël-pays arabes, Corée, Iran-Irak, Malouines, guerres du Golfe), nombre des conflits dans le monde contemporain sont réglées par des stratégies indirectes. La guerre froide et la création d'arsenaux nucléaires ont donné  aux peuples colonisés ou semi-colonisés une liberté d'action croissante, leur permettant d'exploiter au mieux  les avantages de la stratégie indirecte. La perspective, intolérable,  d'une guerre atomique oblige les deux superpuissances à se replier vers une stratégie indirecte, complément logique de la stratégie nucléaire. Dans la phase de décolonisation, la guerre révolutionnaire a joué un rôle considérable auquel les Occidentaux, en particulier les Français et Américains, n'ont pas toujours su s'adapter. Si la guérilla est une technique d'irréguliers, fondée sur la suprise et le harcèlement, destinée à affaiblir une armée régulière, la guerre révolutionnaire chercher pour sa part, par les mêmes moyens politiques et militaires, à encadrer une population afin de s'emparer du pouvoir. La formule de Raymond ARON, "survivre, c'est vaincre", s'applique parfaitement à une situation où les mouvements de libération l'emportent souvent, à la longue, sur le plan politique, par lassitude des opinions politiques métropolitaines et parce que l'enjeu ne remet en cause , pour les dominateurs, rien de vital. A l'ère de la communication de masse, la guerre psychologique devient d eplus en plus souvent le substitut du militaire dans les esprits. Depuis 1945, la stratégie indirecte est conforme à la définition que lui donne André BEAUFRE, c'est-à-dire qu'elle attend ses résultats autour de moyens autres que militaires. Plus que jamais, la stratégie indirecte dépend des esprits et des volontés : guerre psychologique, propagande, désinformation. Le terrorisme,qui représente la forme la plus violente de la guerre psychologique, est un instrument à la fois efficace et peu onéreux, exploitant au maximum les nouvelles données médiatiques et leur impact sur l'opinion publique. Les guerres d'Indochine, d'Algérie, du Viet-Nam démontrent la supériorité de la victoire politique par rapport à la victoire militaire (même si celle-ci est tangible sur le terrain pour les puissances coloniales...), des forces morales par rapport à la puissance physique, et soulignent la difficulté à vouloir contrer une stratégie indirecte par une stratégie directe. (BLIN et CHALIAND)

  

      Vincent DESPORTES définit les styles de guerre - donc de stratégie, selon lui - par leur position sur un continuum.

    A l'une des extrémités, pour lui, le style indirect va rechercher la meilleure efficience opérationnelle possible en évitant la bataille ou en la réduisant au minimum. Privilégiant la manoeuvre dans les différents espaces de la guerre, "attendant l'essentiel de la décision de moyens autres que la victoire militaire" (BEAUFRE), le style indirect va rechercher une situation avantageuse permettant au mieux d'imposer sa volonté en évitant la bataille, au pire, si la bataille ne peut être évitée, d'obtenir le meilleur rendement opérationnel des forces engagées, le plus souvent en frappant l'ennemi en un point faible - existant ou suscité - et en recherchant son effondrement.

La stratégie indirecte ne vise pas la destruction organisée de l'adversaire, mais cherche, dans les champs d'action non militaires et militaires, à le priver de sa liberté d'action aux différents niveaux de la guerre puis, si nécessaire, à disloquer la structure adverse et donc sa capacité à agir en tant qu'organisation capable de produire de la violence et d'imposer sa volonté. Au niveau militaire, la stratégie indirecte va chercher la dislocation par la destruction de l'élément-clé - la clé de voûte - ou en s'attaquant à la source de la puissance plutôt qu'à la puissance elle-même. le but est toujours d'obtenir un effet de levier par l'application d'une supériorité relative ponctuelle sur une vulnérabilité décelée et d'obtenir, par effet d'entraînement, l'annihilation du système adverse. Les succès sont proportionnels aux risques pris plus qu'aux effets, auxquels ils visent d'ailleurs à être largement supérieurs.

      A l'autre extrémité, le style direct va rechercher l'affrontement visant la destruction cumulative des moyens adverses. Il voit la guerre comme une confrontation de puissances plus que d'intelligences et privilégie la réflexion quantitative. L'usure de l'autre, plus que son effondrement, est recherchée ; le succès est perçu comme le résultat de l'effet cumulatif de la force et de la puissance de destruction matérielle. Au coeur de la démarche directe, la recherche de l'efficacité peut se traduire par des "approches indirectes" dont l'idée centrale, selon BEAUFRE, est de "reverser le rapport de forces opposées avant l'épreuve de la bataille par une manoeuvre et non par le combat (pour) compenser , par un jeu subtil, l'infériorité où l'on se trouve". L'archétype de la stratégie directe est l'offensive ouverte qui n'exclut pas la "manoeuvre sur les derrières" parfaitement réalisée par l'empereur NAPOLÉON à Ulm (1805) et Iéna (1806), par MACARTHUR à Incheon (1950) ou le "débordement", comme dans le plan Schlieffen mis en oeuvre en août 1944 par les armées allemandes.

    Les deux types de stratégie relèvent de deux visions différentes de l'ennemi et de soi même. La perception de sa propre puissance pousse à la stratégie directe, qui tend souvent à n'être qu'une addition de tactiques visant l'efficacité technique. A l'inverse, la faiblesse, la vulnérabilité pousse à la réflexion, à la stratégie permettant la valorisation de ses éléments de force, leur rendement optimal, bref à l'efficience et l'organisation du rendement opérationnel.

La stratégie directe adopte une vision quantitative de l'ennemi, perçu comme une addition de forces dont la domination suppose une supériorité relative, initiale d'abord, puis progressivement accrue par l'usure infligée. L'action est menée d'abord dans le champ matériel ; l'adversaire est compris comme un ensemble de capacités dont on recherchera l'anéantissement, avec une prédilection pour l'offensive et l'attaque frontale. La bataille, souvent centralisée et conduite de manière scientifique, en constitueta l'argument majeur. A l'inverse, la stratégie indirecte relève d'une vision systémique. L'ennemi étant moins perçu comme une accumulation de puissance que comme un système innervé, irrigué, géré, avec ses points faibles, ses vulnérabilités. La cible de l'action n'est pas constituée des composants du système, mais de sa cohérence ; c'est la stratégie de l'adversaire, ses plans, qui seront de préférence attaqués, avant sa force. Il s'agit davantage de paralyser que de détruire, ce type de stratégie favorise l'économie des moyens, permet la victoire du faible ; il laisse une large part à la décentralisation et à l'initiative, indispensables à l'exploitation rapide des vulnérabilités décelées. L'action vise d'abord les champs psychologiques et la désintégration morale : "l'acte décisif" est recherché plutôt qe "l'acte destructeur" (CLAUSEWITZ). Le blitzkrieg allemand en constitue l'exemple type. (Vincent DESPORTES)

 

     Les visions exposées ci-avant restent dans la sphère des guerres, assimilant souvent stratégie et guerre et pensant surtout la stratégie indirecte dans le cadre d'une stratégie politico-militaire globale. Il existe une autre manière de concevoir la stratégie indirecte, notamment en élargissant la vision à l'après conflit direct souvent violent. Surtout la référence reste le conflit armé entre entités pré-étatiques et étatiques, même si la théorie s'élargit de nos jours aux phénomènes où les civils deviennent des acteurs à part entière dans les confrontations armées, dans une perspective qui prend en compte non seulement les éléments mêmes de la confrontation mais également les conséquences de cette confrontation. Gagner une guerre, même de manière indirecte, n'a jamais garantit une perspective de paix. Les conditions de son déroulement influent souvent plus que la victoire ou la défaite. Le continuum ne se réduit pas à la situation de guerre avec stratégie directe ou indirecte, il concerne également toutes les variantes des conflits au sens large.

 

André BEAUFRE, introduction à la stratégie, Hachette, 1998. Carl von CLAUSEWITZ, De la guerre, Minuit, 2006. Vincent DESPORTES, Comprendre la guerre, Économica, 2011. LIDDELL HART, Stratégie, Perrin, 1998. Eric MURAISE, Introduction à l'histoire militaire, Paris, 1964. SUN TZU, L'art de la guerre, Paris, 1972. MAO ZEDONG, La stratégie de la guerre révolutionnaire en Chine, Paris, 1951.

Vincent DESPORTES, Stratégie, dans Dictionnaire de la guerre et de la paix, Sous la direction de Benoît DURIEUX, Jean-Baptiste JEANGÈNE VILMER et Frédéric RAMEL, PUF, 2017. Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, Dictionnaire de stratégie, Perrin, tempus, 2016.

 

 

 

 

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16 février 2020 7 16 /02 /février /2020 08:19

    Crée en 1991, la revue Confluences Méditerranée traite de questions politiques et culturelles liées aux pays du bassin méditerranéen. Publiée trimestriellement par les Éditions L'Harmattan sous forme de numéros de 150 à 200 pages présentant des dossiers d'actualité rédigés par des spécialistes du domaine, les rédacteurs venant des mondes universitaire, journalistique et diplomatique.

    La revue se veut "sans aucun parti pris idéologique, elle privilégie avant tout le débat entre les acteurs, les témoins et les décideurs, ausii différents soient-ils. Les membres du comité de rédaction ont choisi cette orientation parce qu'ils sont convaincus que le dialogue est une philosophie de l'action politique. Ni l'ampleur des divergences ni la gravité des oppositions ne doivent empêcher que soient patiemment recherchées les possibilités de confluences. Cet attachement au dialogue et à la confrontation des idées vient de la conviction que seul le dialogue peut permettre de construire durablement de nouvelles formes de configurations politiques, à la fois équilibrées et fécondes."

    L'équipe de rédaction regroupe près de 40 personnes, sous la direction de Jean-Paul CHAGNOLLAUD et la rédaction en chef de Pierre BLANC. On trouve des personnalités comme Élie BARNAVI, Alain GRESH, Théo KLEIN ou Gilbert MEYNIER dans son comité scientifique.

    Chaque numéro porte sur un thème central : Mondes du travail : mutations et résistances (2019/4) ; Jordanie : une stabilité de façade (2019/3) ; La Chine : nouvel acteur méditerranéen (2019/2) ; L'Islam de France : nouveaux acteurs, nouveaux enjeux (2015/4) ; La question énergétique en Méditerranée (2014/4)....

 

Confluences Méditerranée, c/o Jean Paul Chagnollaud, 50 rue Descartes, 75000 Paris. Site Internet : iremmo.org et confluences-mediterranee.com

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