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24 mars 2020 2 24 /03 /mars /2020 12:24

   Socialist Review, magazine mensuel du British Socialist Workers Party (Parti socialiste ouvrier britannique), sur papier et en ligne, a connu plusieurs étapes dans son histoire, fortement liée aux vicissitudes de la vie politique britannique et aux débats à l'intérieur du mouvement ouvrier de la grande île et du monde.

Par là, elle a en même temps pu échapper à la marque d'une "orthodoxie" et profiter - non sans conflits - d'une multitude de points de vue. A la publication originale fondée en 1950 et stoppée en 1962, succède le magazine mensuel de 1978-2005, le supplément à Socialist Worker de 2006)2007 avant l'actuel mensuel à partir 2007. Ces successions de variation du titre sont dues autant aux débats politiques internes qu'à des difficultés communes à la presse politique dans son ensemble (baisse de lectorat)

  Cette dernière formule, d'abord éditée par Judith ORR et maintenant Sally CAMPBELL (secondés par Simon GUY) , est alimentée par des écrivains réguliers comme Mark SERWOTKA, Billy HAYES et Lindsay GERMAN. Depuis cette relance, le magazine a réalisé des entretiens avec des peersonnalités telles que Naomi KLEIN, George GALLOWAY, Tony BENN, Tom MORELLO et Howard ZIN... Le magazine participe aussi à la réalisation de longs métrages §sous la direction de Mary PHILLIPS, Alan GIBSON et Noel HALIFAX). Le magazine est bien entendu fortement lié au Parti, d'orientation socialiste, et diffuse des informations sur les campagnes et la vie du SWP. Ce dernier lutte entre autres contre l'économie de guerre permanente et la participation de la Grande Bretagne aux guerres extérieures, de même que contre le capitalisme. Il se différencie des trotkystes sur plusieurs analyses.

    La revue couvre les événements courants, la théorie et l'histoire, des luttes populaires notamment, l'actualité littéraire et artistique, dans une perspective socialiste révolutionnaire.

Dans le numéro 454, de février 2020, les rédacteurs de la revue proposent une analyse des incendies en Australie, qui avaient été prévues depuis longtemps par des scientifiques. Les enjeux pour l'élection du nouveau dirigeant du Parti travailliste britannique sont également abordés.

 

Socialist Review, PO Box 74955, London E16 9EJ.

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24 mars 2020 2 24 /03 /mars /2020 10:35

      Sociologue, politologue et philosophe française de tendance marxiste d'origine grecque, Nicos (ou Nikos) POULANTZAS, avec les influences particulières d'Antonio GRAMSCI et de Louis ALTHUSSER travaille surtout les questions du pouvoir politique.

     Après des études de droit en Grèce durant les années 1950, actif dans le mouvement étudiant (il rejoint l'Alliance démocratique grecque - EDA, organisation émanant du Parti communiste grec alors interdit), il vient en France en 1960. Il y obtient un doctorat en philosophie du droit (publié dans Nature des choses et droit, essai sur la dialectique du fait et de la valeur). Influencé d'abord par Jean-Paul SARTRE, Georg LUKACS et Lucien GOLDMAN, il se détourne progressivement de ces approches jugées "historiques" et se rapproche de Louis ALTHUSSER et de la mouvance structuraliste, qu'il ne rejoindra cependant jamais complètement, avant de l'abandonner dans les années 1970, jugeant ses premiers travaux "théoricistes".

Professeur à l'Université Paris 8, en sociologie (de 1968 à sa mort), il est membre du Parti Communiste grec durant les années 1960 et après la scission intervenue en 1968 à la suite de l'établissement de la dictature, du Parti communiste grec de l'intérieur.

 

       Ses travaux renouvellent et approfondissent considérablement ceux de MARX, LÉNINE, GRAMSCI et WEBER et portent notamment sur le rôle complexe et multiple de l'État dans les sociétés occidentales, les caractéristiques de la "nouvelle petite bourgeoisie', la problématique de la division du travail intellectuel/travail manuel. Il opère une distinction fondamentale entre l'appareil d'État et le pouvoir d'État et veut mettre en lumière les multiples fonctions dudit État ainsi que les rapports de force et les contradictions qui s'y manifestent. Ses travaux sont publiés chez Maspéro : Pouvoir politique et classes sociales de l'État capitaliste, 1968 et Fascisme et dictature, la IIIe Internationale face au fascisme, 1970 et aux Éditions du seuil : Les classes sociales dans le capitalisme aujourd'hui, 1974.

Pour Nicos POULANTZAS, l'État capitaliste est distinct de l'instance économique mais agit constamment sur elle. L'État est dirigé par un "bloc au pouvoir" composé de différentes fractions des classes dominantes, ce bloc assurant son hégémonie en parvenant à travers des compromis avec les autres classes et fractions de classes, ainsi qu'à l'aide des Appareils idéologiques d'État (AIE)

     Vers la fin des années 1970, après la chute des dictatures portugaises (1974), grecque (1974), espagnoles (1978), il tente d'esquisser les contours théoriques d'une voie originale vers un socialisme démocratique, proche des conceptions de l'eurocommunisme. En même temps, il développe avec le concept d'étatisme autoritaire une analyse des mutations sécuritaires des États démocratiques occidentaux. Ses contributions sur ce thème ont été recueillies après da mort dans Repères et sont précisées de façon plus systématique dans L'État, le pouvoir, le socialisme, ouvrage marqué par l'influence des travaux de FOUCAULT. Il ne peut continuer dans cette voie, se suicidant en octobre 1979.

 

   Lorsqu'il publie en 1968 son livre Pouvoir politique et classes sociales, il n'est pas exagéré de dire qu'il n'y a pas en France de véritable théorie marxiste de l'État. Les esprits exigeants doivent se contenter de quelques textes de GRAMSCI et de quelques commentaires sur les classiques de la théorie de l'État. C'est apparemment un livre bardé de références dogmatiques, formulé dans une langue rébarbatives (encore plus de nos jours...), mais en même temps plein de vigueur juvénile et qui bouscule les règles établies. Nicos POULANTZAS est à l'époque, très profondément influencé par Louis ALTHUSSER, mais il ne développe pas pour autant la pensée d'un maître ; il part, en réalité, à l'aventure, un peu comme s'il s'enivrait de découvertes qu'il est très difficile de maîtriser et qu'il fait à cause de cela, emprisonner dans une terminologie familière et bien connue. On peut, bien entendu, critiquer sévèrement l'importance qu'il attribue alors aux définitions et aux classifications, à la taxonomie. On ne doit pas oublier que cet ouvrage permet à beaucoup de rompre, à ce moment-là, avec un marxisme simpliste, qui ne voit dans l'État que l'instrument de la classes dominante et dans la politique qu'une manipulation. Jean-Marc VINCENT, dans la lancée de cette présentation, estime que Nicos POULANTZAS est beaucoup plus loin du structuralisme qu'on ne l'a dit. Son livre  Fascisme et dictature, de 1971, le montre bien. Il s'intéresse de très près aux processus qui ont mené les fascistes italiens et les national-socialistes allemands à prendre le pouvoir. Dans cet ouvrage, il fait preuve d'une très grande sensibilité aux évolutions des rapports de force entre les classes et aux glissements politiques et idéologiques qu'on observe comme conséquences directes des affrontements entre les grandes organisations représentatives des couches opprimées et de la bourgeoisie. La politique pour laquelle il se passionne n'est certainement pas le reflet de l'économie et des rapports économiques ; elle est, au contraire, la réaffirmation toujours renouvelée de la lutte des classes ; elle est faite d'une suite d'interventions qui bouleversent des relations apparemment très établies et cristallisées. On peu dire que la théorie de Nicos POULANTZAS se centre autour de la contradiction entre les déterminismes sociaux structuraux et l'innovation latente, et porteuse d'avenir, des conflits de classe. Dans cet esprit toujours, il n'y a pas de pire adversaire du marxisme authentique que l'économisme, qui résume toutes les conceptions fatalistes de l'histoire et toutes les conceptions déterministes de la société. Pour lui, le caractère irrésistible des processus économiques auxquels les hommes d'aujourd'hui sont confrontés, particulièrement dans un contexte de prolifération des sociétés multinationales et de désordres monétaires internationaux, ne renvoie donc pas à une loi d'airain du devenir social, mais à un certain agencement des rapports de classes, à des dispositifs favorables, dans une conjoncture donnée, à la classe dominante.

La domination de l'État, sa suprématie apparente dans tous les débats qui secouent la société ne sont pas le fait d'une entité maîtresse d'elle-même, d'une sorte de démiurge qui ferait face consciemment aux problèmes qu'il doit affronter. Ils sont plutôt l'expression d'un fonctionnement aveugle : l'État capitaliste contemporain est tout autant dirigé qu'il dirige. Comme dit POULANTZAS dans son dernier ouvrage L'État, le Pouvoir, le Socialisme (1978), l'État est de nature relationnelle. IL exprime et traduit des relations sociales complexes au niveau global, ou plus précisément national, sans qu'on puisse dire qu'il s'impose comme l'organisateur véritable de la société. Il est condensation, matérialisation des rapports de force entre les classes. En d'autres termes, on est bien en présence d'une immense machinerie, mais d'une machinerie qui n'a pas en elle-même ses forces motrices ni son principe de fonctionnement. L'État doit donc être désacralisé et débarrassé de tous les investissements idéologiques qui en font un instrument privilégié de conservation ou de transformation de la société.On ne peut évidemment ignorer des phénomènes tels que le nazisme et le stalinisme, qui sont l'irruption d'une sauvagerie étatique rationalisée ; mais ils doivent être replacés dans le cadre de modifications radicales des rapports de classe, alors même qu'ils semblent précéder celles-ci, voire les mettre en oeuvre de façon paroxystique. Il en découle logiquement qu'on ne doit pas simplifier - comme le fait une partie de la tradition marxiste (et là on ne peut s'empêcher de penser que l'oeuvre de Louis ALTHUSSER est visée, et notamment tout ce qui tourne autour de l'Appareil Idéologique d'État...) - le problème de la disparition ou du dépérissement de l'État, (comme la question de sa pérennité d'ailleurs...). La métaphore de la destruction de l'appareil d'État ne doit pas nous conduire à oublier que la lutte pour faire régresser la part de la coercition politique dans les rapports sociaux ne saurait s'épuiser dans la destruction de certaines institutions étatiques. Il faut, en réalité, qu'il y ait concomitance des transformations politiques et des transformations sociales, dans un contexte général d'extension de la démocratie. (Jean-Marie VINCENT)

     Pour Jean-Marie VINCENT, l'oeuvre prématurément interrompue de Nicos POULANTZAS se clôt sur une mise en question très claire du dogmatisme et sur une invite à ne pas se laisser prendre dans les filets de l'étatisme.

    L'oeuvre de Nicos POULANTZAS est beaucoup moins visitée et commentée que dans les années 1970, sans doute parce qu'elle paraît discuter de dictatures aujourd'hui dépassées - du moins en Europe - que l'est celle par exemple de Louis ALTHUSSER. Sans doute parce qu'elle est moins obsédée par la question de la conquête de l'État et du pouvoir qui apparait encore comme nostalgie tenace chez beaucoup d'auteurs marxistes, et plus "événementielle" (quoique...) que d'autres. Ses oeuvres semblent appartenir à une autre époque, celle où nombre de forces politiques et sociales pensaient possibles d'autres conquêtes démocratiques à travers l'action de l'État. 

Sans être oubliée, cette oeuvre ne fait pas l'objet de beaucoup de productions éditoriales. Pourtant, elle pose la question des formes d'État par rapport aux configurations des rapports entre classes sociales. Cette question reste actuelle, même si les pouvoirs d'État se trouvent concurrencés sur bien des plans par des sociétés privées multinationales, qui ne quittent pourtant pas des yeux les perspectives des leviers politiques, économiques, idéologiques qu'ils offrent encore à leurs propres stratégies.

 

Nicos POULANTZAS, Nature des choses et droit, essai sur la dialectique du fait et de la valeur, Librairie général de droit et de jurisprudence, 1965 ; Pouvoir politique et classes sociales de l'état capitaliste, Maspéro collection Tetes à l'appui, 1968, Petite Collection Maspéro, 1971 ; Fascisme et dictature, la IIIe Internationale face au fascisme, Maspéro, collection Texte à l'appui, 1970, Éditions du Seuil, 1974 ; La crise des dictatures : Portugal, Grèce, Espagne, Maspéro, 1975 ; Les classes sociales dans le capitalisme aujourd'hui, Éditions du Seuil, 1974 ; L'État, le pouvoir, le socialisme, PUF, 1978, Les Prairies ordinaires, 2013 ; Repères, hier et aujourd'hui, : texte sur l'État, Maspéro, 1980.

Sous la direction de Christine BUCI-GLUCKSMANN, La Gauche, le pouvoir, le socialisme : hommage à Nicos Poulantzas; PUF, 1983.

Jean-Marie VINCENT, Nicos Poulantzas, dans Encyclopedia Universalis, 2014.

 

 

     

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23 mars 2020 1 23 /03 /mars /2020 08:47

     SUN TZU ou SUN ZI ou SOUEN TSEU, ou encore SUN WU (encore que...) est un général chinois dont on situe l'existence entre 544 et 496 av.J.C. Son historicité elle-même est mal établie, et on ne le connait que parce qu'il est l'auteur de "traités" d'art militaire.

 

Une historicité incertaine

     Célèbre pour être l'auteur de l'ouvrage militaire le plus ancien connu, L'Art de la guerre, on trouve sa trace surtout dans Les Mémoires historiques de SIMA QIAN et les Annales des Printemps et des Automnes de ZHAO YE. Il y est présenté comme un stratège militaire de la fin de la période des Printemps et des Automnes, général de l'État de WU sous le RÈGNE DU ROI HE LU. Ce serait lui qui aurait conçu l'attaque de WU contre l'État de CHU. Des auteurs plus anciens, de la dynastie HAN, mentionnent également SUN ZI en tant que stratège militaire (XUNZI et HAN FEI) mais sans précision particulière sur l'auteur. 

De fait, les rares données dont on dispose pour tenter de reconstituer un profil biographique fiable de cet éminent stratège appartiennent à des oeuvres très postérieures à l'intervalle de temps présumé de sa vie. Malgré tout, on convient ordinairement que SUN TZU est originaire du pays de Qi, grande principauté de l'est de la Chine. Le monarque HELÜ du pays de Wu (règne de 514 à 496 av. JC.) l'aurait choisi comme général de ses armées. Selon ces informations tardives, à la tête des troupes de WU, SUN TZU aurait accompli de considérables exploits militaires, parmi lesquels la prise de la ville de Ying, capitale du pays de CHU, l'une des grandes puissances géopolitiques de l'époque.

La véridicité de ce récit repose en grande partie sur l'autorité de SIMA QIAN (vers 145-85 av. JC.), archiviste de la dynastie HAN, qui consacre quelques lignes de son oeuvre, Mémoires historiques , au  célèbre chef d'armée. La notice biographique de SIMA QIAN s'organise autour d'un entretien entre SUN TZU et le roi HELÜ à l'issue duquel le premier se voit nommé général des armées. Ce même récit figure, à quelques variantes près, dans un ensemble de manuscrits exhumés en 1972 dans une tombe scellée entre 140 et 118 av. JC. dans la localité de Yinqueshan, située dans l'actuelle province du Shandong. Parmi cet abondant matériel manuscrit se trouve la copie la plus ancienne de L'Art de la guerre de SUN TZU ainsi qu'une version très proche de l'anecdote biographique rapportée par SIMA QIAN. Or il n'existe pas de différence notable de présentation matérielle ou de calligraphie entre les manuscrits de L'Art de la guerre et le récit de l'entrevue entre le roi HELÜ et SUN TZU trouvés à Yinqueshan et, par conséquent, on peut affirmer que cette anecdote n'est pas étrangère à l'oeuvre traditionnellement attribuée à SUN TZU et qu'il est probable que les deux textes circulaient et étaient lus conjointement, du moins sous la dynastie HAN. Cela semble confirmer l'hypothèse que l'anecdote vise moins à retracer un itinéraire personnel qu'à cristalliser dans un seul épisode dramatisé l'essence de la pensée stratégique telle que les écrits traditionnellement attribués à SUN TZU la conçoivent, si bien que ce récit aurait plutôt valeur d'emblème. (Albert GALVANY, Philosophy, biography and anecdote : On the portrait of Sun Wu, Philosophy East and West, 2011, volume 61, n°4)

Il s'agit encore que d'hypothèses et les historiens sont encore en quête de traces écrites ou archéologiques.

   Ceci d'autant plus que à l'époque des Printemps et des Automnes et des Royaumes Combattants, les auteurs ne signaient pas leurs ouvrages et utilisaient un nom d'emprunt. C'était une pratique fort répandue dont le but était de donner une antériorité à leur oeuvre et ainsi de l'auréoler d'un certain prestige en reprenant des noms de personnage de folklore.

  Si SUN TZU attire plus l'attention que justement tous les autres, c'est que son oeuvre se situe entre deux périodes historiques de la Chine antique. Et que contrairement à de nombreux auteurs, loin de se préoccuper surtout des problèmes techniques, il s'efforce de dégager l'essence de la stratégie militaire et sa liaison avec le politique. Cette oeuvre et son auteur serait passé inaperçus à l'époque moderne en Occident s'il n'y avait pas de corrélation entre SUN TZU et CLAUSEWITZ, dans leur approche commune de la guerre comme relevant d'abord de l'ordre politique, comme le montre précisément son "redécouvreur" en Europe, Basil Liddell HART, après la seconde guerre mondiale.

 

Une période de changements profonds

   A l'époque où écrit SUN TZU - celle des Royaumes combattants (Ve-IIIe siècle av. J.C.) - la Chine est, depuis un siècle et peut-être davantage, en mutation accélérée. La vertu antique et la morale chevaleresque - mythique ou réelle - sont mortes. On raconte que, au VIIe siècle av. J.C., le marquis de SONG laisse les troupes de CHU traverser une rivière et former leurs rangs de l'autre côté avant de les attaquer en déclarant qu'ils se refusaient d'attaquer un adversaire en état d'infériorité. Il fut défait. Vraie ou imaginaire, l'anecdote dépeint un état d'esprit où le combat reste essentiellement ritualisé. La magie et la divinisation, d'ailleurs comme en Grèce antique dans les Temps Anciens (avant l'époque classique), jouent un rôle essentiel pour déterminer le temps et l'espace des combats. C'est à cette époque, vers le Ve siècle av. J.C., que naissent les grands arts conjecturaux. Époque de mutations considérables dans le commerce, l'organisation économique tendant déjà à être  centralisatrice, comme dans la guerre et sa conception. La charrerie aristocratique cède le pas à l'infanterie, de plus en plus nombreuse vers la fin du VIe siècle. En revanche, la cavalerie n'apparaît que vers la fin du IVe siècle, en réponse aux incursions nomades. De plus en plus de ressources, matérielles et humaines, sont concentrées pour faire la guerre ; elle devient coûteuse et pour le vainqueur et pour le vaincu, en plus des dégâts matériels causés plus importants et en tout cas ressentis comme tels. SUN TZU préconise d'en limiter la durée et l'ampleur, en mettant en avant des manoeuvres basées sur la connaissance du terrain et des moyens de l'adversaire comme de ses intentions, tout en cachant les siens. Son traité L'art de la guerre concerne l'intelligence des rapports de force et l'utilisation la plus rationnelle, voire la plus économe, des troupes. Il faut chercher à soumettre l'armée adverse par une combinaison de ruse, de surprise et de démoralisation. Ce dernier facteur est fondamental, et rarement dans le passé a-t-on davantage insisté sur l'importance  de la guerre psychologique : rumeurs, intoxication, usage de la "cinquième colonne", entretien de la discorde chez l'ennemi, la subversion et la corruption chez l'adversaire, notamment dans l'encadrement de ses armées. Ces pratiques sont d'autant plus aisées qu'il s'agit souvent de troupes mercenaires, de généraux aux loyautés peu assurées, de conflits dont l'issue est très rarement d'importance vitale pour la dynastie ou le potentat qui l'entreprend. L'univers intellectuel de SUN TZU s'inscrit encore dans un monde où la guerre se pratique au sein d'une même société avec des moyens et des buts relativement limités, dans le cadre des règles généralement acceptées. En ce sens, la guerre dont parle SUN TZU est plus proche, dans ses motivations, ses moyens et ses desseins, des conflits médiévaux ou des guerres limitées du XVIIIe siècle européen que des ruées nomades que la Chine connaîtra peu après la rédaction de L'art de la guerre. (BLIN et CHALIAND) Seulement, et c'est sans doute ce qui pousse SUN TZU à l'écrire, l'ampleur des combats commence à changer et plus on avance dans le temps, plus les ravages et les enjeux deviennent importants, jusqu'à mettre en danger la destinée d'une dynastie ou la prospérité d'un peuple. Car c'est une période où les légistes et les taoÏstes prennent le pas sur les premiers disciples de Confucius, permettant une plus grande emprise de l'État sur les populations, donc permettant à ses maîtres de mobiliser bien plus de ressources pour leurs entreprises.

 

Yann COUDERC, Sun Tzu, Pardès, collection "Qui suis-je?", 2017 ; Pierre FAYARD, Sun Tzu, Stratégie et séduction, Dunod, 2009.

Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, Dictionnaire de stratégie, tempus, 2016. Albert GALVANY, Sun Tzu, dans Dictionnaire de la guerre et de la paix, Sous la direction de Benoît DURIEUX, Jean-Baptiste Jeangène VILMER et Frédéric RAMEL, PUF, 2017.

  

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22 mars 2020 7 22 /03 /mars /2020 09:49

  Revue trimestrielle américaine, Dissent se centre sur la politique et la culture aux États-Unis et dans le monde. Fondée en 1954 par Irving HOWE, Lewis COSER et Meyer SCHAPIRO en double réaction contre le maccarthysme et le communisme, elle tire son titre du désaccord avec l'atmosphère du conformisme qui imprègne la vie politique et intellectuelle des États-Unis, encore aujourd'hui même sous une forme atténuée par rapport à l'époque de sa fondation. Située politiquement dans la mouvance de la gauche libérale des États-Unis, elle accueille des contributions issues de diverses sensibilités de la gauche.

    Dirigée actuellement par Michael WALZER (philosophe, théoricien de la société) et Mitchell COHEN (mais les noms peuvent changer...), la revue avec ses rédacteurs et membres de la publication, d'une bonne vingtaine de personnes (on y retrouve les noms passés et récents de Richard WRIGHT, Richard RORTY, Norman MAILER, Jurgen HABERMAS, Hannah ARENDT...), offre un large panorama d'opinions sur l'actualité.  Surtout destiné à un public intellectuel de gauche, elle propose des articles de fond, relativement longs, sur la politique américaine ou internationale. Les sujets abordés sont souvent transversaux, traitent l'actualité de manière critique, en alliant plusieurs angles d'approche : géopolitique, économique et culturel. Elle garde depuis ses origines son indépendance et c'est l'un des seuls magazines des États-Unis à offrir une réflexion de qualité sur les problématiques européens et moyen-orientales. Elle propose également dans chaque numéro des critiques de livres.

    Le site de la revue propose en théorie quatre années de contenu mais il semble que maints liens qui devraient permettre d'accéder aux numéros antérieurs à un an ne fonctionnent pas, et, à l'image du magazine, n'est pas organisé en rubriques. Son ton incisif et non ampoulé est bien connu : sur le blog, on trouve une rubrique qui revient régulièrement : Connait ton ennemi, avec des contributions de John GANZ ou de Matthew SITMAN et Sam ADLER-BELL, et le titre de certains articles est sans concessions : L'infrastructure électorale est-elle stupide? (14 février 2020, de Todd GITLIN)

Dans le numéro d'Hiver 2019, Dissent propose un article de Naomi KLEIN qui présente les thèses de son livre en faveur d'un "New Deal" écologique : le mouvement Extinction Rebellion a-t-il un avenir? Également au sommaire du numéro, Barcelone en Catalogne, Jacksonville au Mississippi : peut-on construire le "socialisme dans une seule ville"?

   Publiée par la Foundation for the Study of Independant Social Ideas, avec la collaboration de l'University of Pennsylvania Press, la revue diffuse, en anglais, à a peu près 40 000 exemplaires par trimestre. On peut quelques uns de ses articles traduits en Français dans la revue Courrier International.

 

Dissent, 120 Wall Street, Floor 31, New York, NY 10005. Site : dissentmagazine.org

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21 mars 2020 6 21 /03 /mars /2020 14:41

Des analyses d'ALTHUSSER....

  Parmi les travaux de Louis ALTHUSSER, ceux publiés dans La Pensée en 1970, repris en 1976 dans Positions, sous le titre "idéologie et appareils idéologiques d'État eurent un retentissement durable au-delà du milieu universitaire marxiste. Ils sont le plus intéressant exemple d'une sociologie critique de toute sociologie (fut-elle marxiste) qui entendait produire dans le champ du "matérialisme historique" la connaissance scientifique de nouveaux objets réglés par la justesse des thèses philosophiques composant le "matérialisme dialectique". De plus, étudier la question de l'appareil idéologique d'État au moment où en Union Soviétique, il exerce une emprise certaine sur les populations, revient à porter l'éclairage sur des éléments soigneusement caché par les autorités politiques qui se targuaient toujours d'avoir instaurer une société communiste. Même si l'étude est orientée contre la sociologie dite "bourgeoise", s'attirant les critiques de Pierre BOURDIEU, qui se voit là concurrencé dans ses recherches...

   A la différence de l'enquête de BOURDIEU et de PASSERON, exclusivement consacrée au système éducatif, et même s'il reconnait en ce système un rôle déterminant dans la pérennisation des inégalités sociale, l'article d'ALTHUSSER s'efforce de penser, sous un concept unitaire (appareil idéologique d'État, AIE), le fonctionnement et l'efficacité historique communs à l'ensemble des institutions généralement nommées culturelles et supposer constituer autant de "bastions" de la "société civile". Aux côtés du système scolaire, il distingue entre autres, en une énumération qui bouleverse les tranquilles certitudes du marxisme orthodoxe, l'Église certes, mais aussi la famille, le système judiciaire, le système politique et syndical, ces deux derniers étant composé en particulier des organisations de "la classe ouvrière". ALTHUSSER regrette plus tard de ne pas y avoir inclus les institutions psychiatriques et la psychanalyse.

   Une thèse générale, empruntée à MARX, gouverne l'approche de ces institutions et vise à justifier la triple qualification, au premier abord surprenante, d'appareil, de réalité fondamentalement idéologique et d'instance étatique : à l'instar de toute organisation sociale, la société capitaliste se produit elle-même, en produisant, et cette autoproduction est en réalité déterminée par la nécessité de sa propre reproduction. Se reproduire comme structure sociale, c'est, en raison de la centralité que leur accorde ici la théorie, reproduire les rapports sociaux de production. Ceux-ci étant appréhendés dans la figure d'un antagonisme de classe, c'est fondamentalement le rapport d'exploiteurs à exploités qui est reproduit (éternisé disait MARX) et c'est sous les modalité de se reproduction qu'il peut seul et doit être saisi dans son essence. La domination de classe,qui est aussi, intrinsèquement, "idéologique", produisant quant à sa propre nature des effets de méconnaissance, les formes réelles de sa reproduction ne peuvent être portées au concept que si l'on adopte dans la théorie le point de vue des dominés, c'est-à-dire celui des "individus" sur lesquels elles s'exercent et qui leur opposent une résistance suceptible de les transformer radicalement. C'est en ce sens qu'ALTHUSSER soutient à la fin de son étude que le point de vue de la reproduction coïncide "en dernière instance" avec celui de la "lutte des classes".

  L'analyse des AIE ne prétend traiter qu'un aspect seulement du "procès d'ensemble de la réalisation de la reproduction des rapports de production" selon l'expression risquée pae ALTHUSSER. Cet aspect est déterminant même si MARX, pour des raisons historiques, n'avait pu en mesurer l'importance (et donnait aux facteurs économiques stricto sensu l'explication de ces rapports de production). La contribution propre des AIE à ce processus, identifiée dans le mécanisme par lequel  est reproduite indéfiniment la soumission des exploités à l'ordre de classe existant, apparait comme le fondement de l'assujettissement continu des dominés et des dominants eux-mêmes à "l'idéologie dominante". Dans la conceptualisation codée de l'époque, fixée par ALTHUSSER lui-même à un degré de précision quasi maximale, il est postulé, conformément à la thèse du primat des "rapports de production" sur les "forces productives" que la reproduction de la "force de travail" s'effectue "pour l'essentiel" en dehors de l'entreprise. Outre sa reproduction proprement matérielle (reconstitution physique) assurée par l'octroi du salaire, la réinscription indéfinie de la force de travail dans la structure des rapports de production implique la reproduction de sa compétence ou de sa qualification selon un mécanisme qui, loin de répondre aux seules exigences de la division technique du travail, se produit intégralement selon ALTHUSSER dans les formes de l'"assujettissement idéologique". Il s'agit ici, selon ALTHUSSER de l'apprentissage des savoir-faire et de la "culture" qui s'accomplit dans l'institution scolaire au premier chef sous la contrainte invisible d'une "inculcation massive" de valeurs, exercée à travers des discours de nature principalement "juridico-morale", éternisant les rôles, légitimant les fonctions et "naturalisant" l'ordre productif. Adressé à des "individus", tout discours institutionnel les transforme par ce seul mécanisme interpellatoire en "sujets", les arrimant à une identité, une fonction, un poste, une position également fixes : répondant à l'adresse et reconnaissant dans ce qu'elle dit d'eux ils sont pas là déterminés à méconnaitre leur position, leur réalité, leur intérêt propres et à rejoindre quotidiennement la même place, qui n'est pas la leur et qu'ils occupent "librement" en la faisant leur (ALTHUSSER, 1976).

Faisant fond sur la théorie explicative des conditions et des mécanismes de la reproduction construite par MARX, en particulier dans le Livre II du Capital, la recherche d'ALTHUSSER est simultanément adossée aix concepts et aux dispositifs théoriques dans lequel de L'idéologie allemande à la Critique du programme de Gotha, MARX a réfléchi, de manière embryonnaire, le politique et l'idéologique : on y retrouve la distinction entre pouvoir d'État et appareil d'État (qui ne prenaient en compte que les "appareils répressifs d'État" tels que l'armée, la police et les tribunaux) ainsi que la "topique" établie en 1859, représentant le tout social dans la métaphore d'un édifice composé d'une base et d'une super-structure, dont ALTHUSSER  a l'ambition de dépasser l'allure descriptive. C'est en particulier à L'idéologie allemande, ouvrage seulement publié en 1932 et qu'Antonio GRAMSCI (1891-1937) ne put utiliser dans l'élaboration de son concept d'hégémonie, qu'ALTHUSSER emprunte pour les "rectifier" et les refonder conceptuellement, ses grandes thèses relatives à l'idéologie, qui énoncent notamment qu'à l'instar de l'inconscient elle n'a pas d'histoire, et que, sous sa modalité de "télécommunication" pratique, elle exerce une double fonction de reconnaissance et de méconnaissance, à quoi s'oppose, comme au dedans le dehors, le processus de connaissance scientifique. C'est ici particulièrement la théorie de MARX elle-même qui délivre aux "sujets" le savoir de leur assujettissement et leur indique le chemin de leur émancipation. Définie non pas comme la représentation imaginaires des conditions réelles d'existence; mais comme la représentation de rapport imaginaire que les individus entretiennent avec les rapports réels sous lesquels ils vivent. L'idéologie est ainsi affectée d'un indice de secondarité et localisée précisément dans la structure sociale. Mis au jour dans son fonctionnement et son efficacité, l'idéologie pourrait concourir autrement, en faveur cette fois des exploités, "à cette forme de la lutte des classes, vitale pour la classe dominante, qu'est la reproduction des rapports de production" (Idem).

L'alternative à la reproduction est ainsi précisément formulée : en même temps, la théorie de MARX interpelle à son tour, comme toute idéologie, en "sujets" les individus qu'elle oriente vers la déprise de leur assujettissement. Si elle est probablement le seul des essais consacrés au XXe siècle, à l'idéologie qui ait quelque consistance théorique, l'analyse d'ALTHUSSER achoppe sur une impasse qui en révèle aussi l'impuissance. La thèse même selon laquelle les individus sont "toujours-déjà" assujettis rend proprement impensable le principe d'une libération collective qu'il s'agissait précisément d'élucider : paradoxalement elle éclaire en revanche les raisons de l'échec de toutes les révolutions "prolétariennes" de même que MARX éclaire celles du succès du capitalisme historique par une analyse des lois de la reproduction. (Bruno THIRY, Antimo FARRO et Larry PORTIS).

 

... aux conséquences tirées par ses continuateurs ou détracteurs

     On se rend alors bien compte à quel point la réflexion théorique est en quelque sorte tiraillée - notamment pour les penseurs marxiste - entre la volonté d'affiner le concept d'appareil idéologique, pour continuer malgré tout à combattre le système capitaliste dans ses fondements et celle de contester cette analyse qui rend caduque le combat au final des prolétaires... Si elle rend compte d'un échec global, si elle pose elle-même la question de l'idéologie "soviétique" comme par ricochet et effet-miroir, cette analyse peut rendre compte d'une certaine fragilité de tout l'édifice d'État - et partant, dans la logique marxiste, de tout le système capitaliste - qui repose non plus tant sur des mécanismes matériels que sur des mécanismes psychologiques de représentation...

    Étienne BALIBAR, après avoir resitué la notion d'appareil (Dictionnaire critique du marxisme) que l'on retrouve dans maintes parties des écrits marxistes, pose la question de la pertinence de "l'articulation de la métaphore conceptuelle de l'appareil et du concept de l'idéologie". "Schématiquement, explique t-il, ou bien on emprunte la "voie" de Gramsci,ou bien on emprunte la "voie" d'Althusser." Ce dernier a construit sa théorie en réaction à celle de Gramsci dans cette vaste influence-confrontation des marxismes français et italiens.

La voie de Gramsci conduit finalement à restreindre et à éliminer tendanciellement la notion de l'"appareil", pour l'État comme pour le parti, non sans que Gramsci ait d'abord tenté de l'incorporer à son étude en parlant d'appareil hégémonique ou d'appareil d'hégémonie. Mais, pour lui, l'hégémonie idéologique est essentiellement un phénomène "organique", un phénomène de "consensus" obtenu à travers l'action des "intellectuels organiques" d'une classe. D'où également le rétablissement du primat de la "société civile", même s'il en modifie le concept.

La voie d'Althusser, au contraire précise le sens de la notion d'appareil et en étend systématiquement l'usage, en définissant comme un tout inséparable le concept d'"appareil idéologique d'État". Ce qui veut dire :

1- il n'y a pas d'appareils idéologiques qui ne soient en même temps des appareils d'État, réalisant dans leurs pratiques quotidiennes les contraintes de l'idéologie dominante, et en même temps

2 - il n'y a pas des appareils d'État soit répressifs, soit idéologiques, mais tout appareil d'État fonctionne toujours à la fois à la répression et à l'idéologie.

Les AIE sont fonctionnellement insérées dans le procès de reproduction des rapports d'exploitation. Ils développent autant de modalités (religieuses, scolaires-culturelles, professionnelles, politiques, juridiques, morales-familiales...), d'assujettissement ou d'interpellation des individus en sujets. Ils sont à la fois le lieu et l'enjeu des luttes de classes, auxquelles ils confèrent leurs formes historiques concrètes. Dès lors la position d'Althusser représente probablement la tentative la plus radicale pour fonder la thèse marxiste classique selon laquelle le noyau de l'idéologie bourgeoise dominante est l'idéologie juridique (distincte du droit, bien que l'une n'existe pas sans l'autre) et par conséquent, pour penser l'histoire et la politique en dehors des catégories de cette idéologie. Mais, en même temps, tout en maintenant que seule l'idéologie de la classe dominante peut être organisée en système complexe, il tend à poser que, dans la lutte des classes idéologique et permanente, l'élément déterminant en dernière instance est paradoxalement la position occupée dans l'idéologie par les classes dominées et exploitées.

Ce qui veut dire qu'aucune idéologie d'État ne peut exister sans "base populaire", enracinée dans les conditions de travail et d'existence et donc sans "exploiter" à sa façon l'élément progressiste et matérialiste que comporte l'idéologie des classes dominées. On peut dès lors s'expliquer pourquoi, alors que Gramsci désigne dans le parti révolutionnaire un "prince nouveau" que son action au sein des masses conduite à faire État lui-même, Althusser, lui, insiste contradictoirement et sur l'impossibilité pour le parti révolutionnaire de s'arracher entièrement à la détermination de l'AIE politique §dont il constitue aussi un élément), et sur la nécessité de constituer un "parti hors État" dans la perspective du communisme, qu'ébauchent déjà les luttes ouvrières. (Étienne BALIBAR).

 

Penser l'appareil d'État et l'idéologie autrement?

    A la suite de ces réflexions et à l'heure précisément où l'État perd de son influence sans que le système capitaliste s'affaiblisse par ailleurs, ne peut-on pas penser l'appareil d'État et l'idéologie autrement? Si il est difficile de penser l'État sans l'idéologie, l'idéologie (dominante) sans l'État ne se développe-t-elle pas, par de multiples canaux, d'entreprises ou d'Églises? Il est vrai que de manière générale les appareils idéologiques se déploient et sont analysés par des penseurs marxistes en tant que tels, de même qu'il existe toujours des appareils idéologiques d'État en bonne et due forme (singulièrement dans la Chine "communiste" d'aujourd'hui, où vit une très grande part de l'humanité).

C'est que le débat ouvert par Louis ALTHUSSER apparait comme une étape de la pensée marxiste aujourd'hui, de manière plus ouverte et avec une pointe d'agacement sans doute vis-à-vis d'une recherche de l'impure pureté du concept comme l'écrirait François MATHERON. Par ailleurs, la réflexion sur l'Appareil Idéologique d'État n'est pas la seule voie ouverte par ALTHUSSER. Le champ abordé est en effet vaste (et pas encore délimité...) et touche presque tous les aspects théoriques de l'approche marxiste ; chaque penseur qui se réclame plus ou moins de l'approche ouverte par MARX et ENGELS, y développe sa propre réflexion, sans obligatoirement passer par l'étape proposée par le philosophe français. 

 

François MATHERON, Louis Althusser ou l'impure pureté du concept, dans Dictionnaire Marx contemporain, Actuel Marx Confrontation/PUF, 2001. Étienne BALIBAR, Appareil, dans Dictionnaire critique du marxisme, PUF collection Quadrige, 1999. Bruno THIRY, Antimo FARRO et Larry PORTIS, Les sociologies marxistes, dans Sociologie contemporaine, Vigot, 2002.

 

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19 mars 2020 4 19 /03 /mars /2020 16:55

    Revue politique britannique au premier numéro datant de janvier-février 1960, New Left Review, engagée à gauche, participe activement aux débats marxistes en portant à la connaissance du public anglophone une grande partie de la littérature continentale.

    Dirigée à ses débuts par Stuart HALL, sociologue, une des figures centrales des Cultural Studies britanniques, puis par Perry ANDERSON, auteur de travaux sur le post-modernisme, intellectuel et historien britannique, qui propose un format proche du livre avec des articles plus longs, des notes de bas de page et une pagination d'au moins 96 pages par numéro. Robin BLACKBURN, auteur de nombreux ouvrages sur le marxisme et l'histoire de l'esclavage en Amérique, prend sa succession de 1982 à 2000.

   La NLR couvre l'actualité des mouvements anti-impérialistes du tiers-monde et se fait l'écho des mouvements étudiants des années 1960 et 1970. Elle rend compte également des crises politiques traversées par les régimes communistes en Russie et en Europe de l'Est. Dans les années 1990, elle publie d'importants textes de Robert BRENNER, Giovanni ARRIGHI, Favid HARVEY, Peter GOWAN et Andrew GLYN sur la crise capitaliste. La revue se trouve à la pointe de la littérature anglo-saxonne en matière d'informations sur les divers mouvements contestataires, marxistes ou non, dans le monde.

  Maintenant bimensuelle, NLR couvre depuis 2008 la crise économique et ses répercussions économiques globales et continue de publier des textes de référence des plus importants auteurs de gauche du monde anglo-saxon. Elle propose pour chaque numéro papier environ 160 pages d'analyses variées sur de très nombreux domaine, ainsi que sur son site Internet.

   Son comité éditorial étoffé est mené actuellement par Susan WATKINS, Rob LUCAS pour l'édition digitale. Dans le numéro 121 de Janvier-Février 2020, New Left Review, propose les contributions entre autres de R. Taggart MURPHY (Learning from Japan), Franco MORETTI (Jameson's way), Michael BURAWOY (Class and Utopia), Susan WATKINS (Beyond Brexit), Dylan RYLEY Reply to Burawoy).... Dans le numéro précédent, de novembre-décembre 2019, Michael HARDT et Antonio NEGRI se proposent de repenser l'empire à l'ère de Donald TRUMP ; s'y trouvent également des analyses sur les révoltes de la jeunesse en Indonésie, des réflexions sur la carrière de Jean-Claude JUNCKER, ancien président de la Commission européenne, et sur la culture politique de l'Union.

   La revue Agone consacre un de ses numéros chaque année à une retranscription en Français d'articles de la NLR.

 

New Left Review, 6 Mead Street, London, W1F OEG, Site : newleftreview.org

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19 mars 2020 4 19 /03 /mars /2020 14:21

  On commence par une excuse, à cause d'un tropisme européen.

   Le Pacifique, s'il a bien fait l'objet de batailles pendant la seconde guerre mondiale en constitue à beaucoup d'égards, le théâtre souvent principal de cette guerre. En effet, si les batailles dont il est le lieu de la seconde guerre mondiale commencent en 1942 de manière formelle après l'attaque "surprise" de Pearl Harbor, ces opérations se déroulent dans des logiques antagonistes qui remontent bien plus loin en arrière, dans la dernière phase de la colonisation occidentale de l'Asie, de la Chine aux Indes, du Japon à l'Australie. Les guerres chinoises se déroulent de 1927 à 1945 et constituent une trame qui influe et qui est influencée par le déroulement du conflit armé américano-japonais. Plus, les conquêtes nippones en Asie constituent un élément d'un vaste échiquier mondial de l'Atlantique au Pacifique, où les plans des adversaires tiennent compte de la possibilité d'une véritable jonction opérationnelle forte entre forces alliées, que ce soit entre Allemagne, Italie et Japon qu'entre Grande-Bretagne et États-Unis et Union Soviétique, la France étant souvent moins acteur (colonial) qu'objet (enjeu, possessions de ses territoires et de ses armées).

   Aussi s'attend à voir dans les films et documentaires, une grande partie consacrée à ce "front" bien plus large que le front européen et même européo-africain-moyen-oriental, surtout si l'on considère que la guerre se situe très à l'Ouest pour l'Empire soviétique. Dans des conditions parfois bien plus éprouvantes qu'en Europe, dans des climats et des territoires souvent hostiles à l'homme, les armées se livrent à de gigantesques parties, dont malheureusement les document filmés rendent insuffisamment compte.

 

Avant l'entrée en guerre des États-Unis...

   Deux métrages, un documentaire et une série de trois films rendent compte largement de cette période. D'une part le documentaire Le Monde en guerre 39-45, dans  le Volume 1 du DVD 2, intitulé Conquêtes nippones et d'autre part Chinese WARS, la trilogie de films officiels sur la guerre civile chinoise (1927-1949).

Concernant ces trois films, The first August (2007), My long March (2006) et Night Attack (2007), d'à peu près 90 minutes chacun et aux trois réalisateurs différents, respectivement de Song Mainland, Zhai Junjie et de Lan An, il s'agit essentiellement d'une oeuvre de propagande très nationaliste à la gloire du Parti Communiste, basée sur des faits réels, avec un vrai souci historique. Même s'il magnifie des soldats héros communistes de cette guerre civile, ces trois films permettent de se faire une idée précise de ce qu'elle fut, ce qui est utile étant donné le vide existant de production pour cette période ailleurs. le premier film particulièrement est plus axé sur la stratégie que sur la peinture de héros campés d'ailleurs par des acteurs jouant sobrement. La Longue marche est moins subtil dans son discours et renferme une vision quelque peu glorifiée de cette grande retraite où l'armée populaire perdit l'essentiel de ses moyens. Avec Night Attack, on entre fièrement dans le film de propagande et l'ensemble est plutôt gonflé de morale facile, de métaphores hallucinantes et de bons sentiments sirupeux. (Laurent, 28 septembre 2010, site darksidereviews.com). Lors de sa sortie en DVD (Pretty Pictures), seul moyen d'ailleurs qui le rend visible au public français, les métrages sont accompagnés d'un commentaire critique de Jean Louis MARGOLIN, agrégé d'histoire et maitre de conférences à l'université d'Aix en Provence et directeur adjoint de l'institut de recherche sur le Sud-Est asiatique, qui thématise un discours bien construit sur ce que les films montrent, sur ce qu'ils déforment et sur ce qu'ils ne montrent pas.

Autrement, une partie de documentaire et une partie de série montrent plutôt les conditions dans lesquelles les États-Unis entrent en guerre :

- dans le documentaire 39-45 Le monde en guerre, les USA en route (1939-1942) dans la partie concentrée sur les DVD volumes 1 et 3

 

- dans la série Les Orages de la guerre, Parties 1 et 3, à travers notamment des missions d'un officier supérieur attaché naval, qui a l'oreille du président des États-Unis.

 

Des documentaires qui "ramassent" les batailles du Pacifique en une seule partie...

    On peut citer dans cette catégorie La bataille du pacifique (décembre 1941-août 1945) dans la série française Les grandes batailles des années 1960 et 1970 d'Henri de TURENNE et de Jean-Louis GUILLAUD, d'une durée tout de même de presque trois heures, partagée en deux partie, Banzaï! et La Reconquête), parmi les 11 "batailles" présentées dans cette série. Images d'archives et interviews, plus des commentaires des auteurs dressent un tableau vivant et serré des stratégies employées par les deux camps.

 

   Une présentation dérivée (avec images colorisées) de ces batailles est présentée dans la série Apocalypse : La deuxième guerre mondiale, dans la quatrième des six parties L'embrasement (1941-1942 et un peu au-delà), la dernière partie L'enfer (1944-1945) évoquant les bombardements nucléaires du Japon et sa capitulation.

     Enfin, encore plus ramassé, Ils ont filmé la guerre en couleurs, L'enfer du pacifique de BOUYER.

  

  

   Le documentaire La bataille de Midway, dans le coffret Grandes batailles de la seconde guerre mondiale, se concentre pour la guerre dans le Pacifique sur cette bataille de juin 1942, décisive et spectaculaire, succession de coups de théâtre dans lesquels le hasard et la chance jouèrent un rôle déterminant. Le Japon y laisse ses 4 plus gros porte-avions, la totalité de son aviation (laissant la maitrise des airs aux États-Unis) et ses meilleurs pilotes.

 

 

 

"La" série incontournable sur la guerre dans le Pacifique.

   Dans la série The Pacific (L'enfer du pacifique en France), américano-australienne, en dix épisodes d'environ 1 heure chacun, produite par Tom HANKS et Steven SPIELBERG, diffusée pour la première sur le réseau HBO en mars 2010, on peut suivre, au coeur de plusieurs batailles importantes de la guerre du Pacifique, plusieurs membres d'un corps de Marine. Analogue à une autre série sur le front européen, Band of Brothers (Frères d'armes), elle est basée sur deux livres de vétérans du Corps des Marines, et raconte d'ailleurs les histoires des deux auteurs Eugene SLEDGE et Robert LECKIE.

    Chaque épisode montre à la fois le combat des Marines et les enjeux stratégiques des batailles dans lesquels nous les voyons :

- Guadalcanal/Meckie. On découvre le groupe de soldats, leur enrôlement dans les marines, leur débarquement sur l'île de Guadalcanal, les premiers affrontements (Bataille d'Alligator Creek). La bataille de l'île de Savo est brièvement dépeinte.

- Basilone : Bloqués sur l'île, sans soutien, ils résistent à l'armée japonaise jusqu'à la victoire.

- Melbourne : Envoyés en Australie pour se reposer, ils boivent et séduisent des Australiennes. La pensée de la mort n'est cependant jamais loin.

- Gloucester/Pavuvu/Banika : les marines débarquent en Nouvelle-Bretagne et doivent résister face aux attaques japonaises. Cet épisode se concentre sur Robert LECKIE, ses problèmes de santé et ceux avec son son officier supérieur.

- Peliliu Landing : SLEDGE arrive au front, retrouve son ami d'enfance, ainsi que LECKIE, puis débarque avec les Marines à Peleilu (l'enfer...).

- Peleilu Airfield : SLEDGE, LECKIE, SHELTON, RUNNER et les marines continuent leur progression sur Peleilu, et doivent pour cela traverser l'aéodrome à découvert.

- Iwo Jima : Johne BASILONE demande sa réintégration, et est transféré à la 5ème division de Marines, qui débarque à Iwo Jima.

- Okinawa : SLEDGE et la 1ere division de Marines participent à la bataille d'Okinawa, dernier bastion avant la mère patrie japonaise.

- Home : Le Japon se rend. SLEDGE, LECKIE et les autres rentrent chez eux.

  C'est bien entendu un point de vue américaine qui s'exprime dans la série, mais on est loin d'une présentation officielle glorifiante. C'est le vécu des soldats qui est mis en avant et à de nombreuses reprises les critiques sur le commandement s'expriment, entre artillerie qui décime les frères d'armes et ordres à l'évidence inadapté au terrain, sans compter les informations plus qu'approximatives sur l'évolution de la situation. La férocité des combats est bien rendue et on voit que le moral des soldats, qui souvent attendent la relève plus qu'autres choses, ne tient souvent qu'à un fil. La réalité de la guerre, loin des cartes d'état-major et des calculs stratégiques, à laquelle pourtant elle est intimement liée. Le vécu des "héros" de la série, sans jamais tomber dans la romance (notamment lors du séjour en Australie), est bien rendue, et la série semble bien suivre le récit des auteurs. Dans un DVD 6 est précisée la vie des vrais marines présentés dans The Pacific, les éléments de la réalisation et dans un petit documentaire de dix minutes, une analyse de la guerre du Pacifique. Retenons simplement une réflexion émise par un ancien Marine : Comment les dirigeants japonais ont-ils pu croire pour tenir tête aux États-Unis, plus peuplé, plus industrialisé, plus conscients des enjeux? C'est un de perplexes interrogations.

 

 

Des films qui éclairent (mais il faut parfois prendre garde aux propagandes qui y sont distillées plus ou moins intelligemment) quelques grandes batailles-clés.

   Plusieurs films éclairent, parfois de manière infidèle quant aux faits, cette guerre du Pacifique. A éviter bien entendu, pour comprendre la seconde guerre mondiale, les films tournés alors que les combats ne sont pas terminés...

- Tora, tora, tora!, de Richard FLEISCHER, de 1970, reprenant le code japonais de l'attaque de Pearl Harbour de 1941. Durant 144 minutes, nous voyons se déployer l'histoire depuis 1939, année de l'embargo imposé par les États-Unis au Japon, pour freiner son expansion en Asie, jusqu'aux conséquences, dont l'entrée en guerre des États-Unis dans la seconde guerre mondiale. Les aspects stratégiques et tactiques sont bien détaillés, ainsi que le résultat de cette attaque aérienne sur l'un des plus importantes bases américaines dans le Pacifique, soit en réalité un demi-échec, puisque les éléments principaux de la flotte n'ont pas été touchés, soient les porte-avions, même si par ailleurs, l'US Navy doit reconstituer une partie de sa force. Ce dont l'amiral YAMAMOTO, commandant de la flotte japonaise est parfaitement conscient. Succès public, le film n'est jamais caricatural et ne comporte que peu d'erreurs factuelles.

 

- Pearl Harbor, film américain de Michael BAY, sorti en 2001, évoque surtout l'attaque japonaise, mais aussi la bataille d'Angleterre qui la précède et le raid de Doolittle sur le Japon qui la suit. C'est à travers la romance de deux amis d'enfance féru d'aviation que l'action se déroule. Il me semble que la version DVD inclut beaucoup plus de scènes de bataille que la version cinéma. Grand succès public et critique mitigée. Si les maitres d'oeuvre du film disent avoir voulu retranscrire aussi le point de vue japonais, cela n'apparait pas trop à l'écran, surtout en regard de Tora, tora, tora!, qu'on lui, somme toute, préférera (d'ailleurs le film reprend certaines scènes à l'identique du film de Richard FLEISCHER...

- Les diables de Guadalcanal, de Nicholas RAY, de 1951, détaille des aspects de cette bataille, avec des personnages fortement typés mais justement dépeints (John WAYNE dans le rôle principal). De 97 minutes, de son vrai bon titre (le tire français est très souvent non représentatif de l'intention du film et est choisit pour des raisons strictement commerciales) Flying Leathemecks, ne déroule pas l'action uniquement sur Guadalcanal, se passe sur deux années et se centre sur des pilotes américains appartenant à la même escadrille.

 

- Le pont de la rivière Kwai, de David LEAN, de 1957, est une adaptation du roman de Pierre BOULLE, avec notamment William HOLDEN et Alec GUINNESS. Des groupes de soldats britanniques, prisonniers en Birmanie des Japonais, sont contraints de participer - et même prennent en quelque sorte la direction des opérations, sous les ordres d'un officier - à la construction d'un point de chemin de fer d'importance stratégique. Un des prisonniers évadés est envoyé avec une équipe saboter l'ouvrage... Succès critique malgré un scénario où s'affrontent des caractères complexes, grâce notamment à des décors en réel et extérieurs et un montage bien rythmé, le film toutefois ne correspond que très globalement à la vérité historique, surtout sur le rôle joué par les acteurs (l'officier britannique qui inspire le personnage du colonel qui prend carrément en main la construction de l'ouvrage, n'a jamais collaboré avec les Japonais... et l'évadé n'a jamais existé, le sabotage étant l'oeuvre d'une unité de commandos). Par contre, la construction du pont par des prisonniers et son sabotage - mais ce n'est pas le seul point de ce genre... - a bien existé. Un film reflète bien plus la réalité et insiste mieux sur la condition très dure des prisonniers de guerre : Chungkai, le camp de survivant de David L. CUMMINGHAM, réalisé en 2001, tiré des mémoires du capitaine Ernest GORDON (1916-2002).

 

- Iwo Jima, d'Allan DWAN, de 1950 (avec John WAYNE) partage avec Les diables de Guadalcanal, une même peinture de la guerre, et décrit la vie quotidienne d'un commando de Marines en janvier-février 1945, stationné dans un camp en Nouvelle-Zélande. Outre l'entrainement et les permissions, ces soldats participent à deux combats meurtriers : celui sur l'île de Tarawa et surtout la prise du mont Suribachi sur l'île Iwo Jima, position stratégique devant servir de base avancée à l'aviation américaine chargée de pilonner le Japon au bord de la capitulation. D'une durée de 105 minutes, le film décrit bien l'aspect sanglant des combats. C'est lors de cette prise d'Iwo Jima que la célèbre photo du drapeau américain plantée au sommet fut prise - la mini-série The Pacific restitue bien les circonstances de cette mise en scène de propagande...

 

- La bataille de Midway, de Jack SMIGHT en 1976, de 132 minutes est l'un des rares à avoir exploité les effets spéciaux Sensurround (à l'instar du film Tremblement de terre). Le film décrit le raid de Doolittle sur Tokyo, mentionne la bataille de la mer du Corail, puis raconte cette bataille qui décide du sort de la guerre dans le Pacifique. Jusque là, la marine japonaise était invaincue et surclassait l'US Navy. Chrlston HESTON incarne le héros du film, avec une intrigue amoureuse secondaire, qui est l'occasion de montrer l'internement des familles d'origine japonaise à Hawaï, même de nationalité américaine. Malgré quelques anachronismes historiques qui sautent aux yeux des spécialistes - le visionnage du documentaire de John FORD sur La bataille de Midway, corrige un peu ces erreurs -  le film montre bien et l'atmosphère de la guerre et les enjeux stratégiques de la bataille. Sans doute parce qu'il est produit bien plus tard que d'autres sur la guerre du Pacifique, le film est bien moins glorificateur de l'armée américaine. A remarquer que l'utilisation d'images d'archives, pas très adroite, donnent des séquences un peu incohérentes, et le réalisateur, pour les intégrer, a dû baisser la qualité de l'image du film... Il existe une version télévision plus longue de 33 minutes.

 

- Kamikaze, assaut dans le Pacifique, de Taku SHINJO, de 2007, montre un point de vue japonais sur la guerre du pacifique à la fin, lorsque l'état-major aux abois demande aux pilotes de mourir en kamikazes, en jetant leur avion rempli de bombes sur les navires ennemis. Ce métrage de 135 minutes, avec des acteurs renommé comme Hiroshi KATSUNO, fait partie d'un ensemble de films récents japonais voulant donner un éclairage autre sur la guerre du Pacifique. Voisin est le film de Takashi YAMAZAKI, Kamikaze, le dernier assaut (The Eternal Zero), de 2013, assez long lui aussi, de 144 minutes.  Ce dernier film accentue encore plus l'aspect redécouverte de l'univers culturel et mental de ces pilotes de la seconde guerre mondiale. Notons que le roman (Eien no zero, 2006) de Naoki HYAKUTA qui inspire ce film a également été adaptée en une série manga en cinq volumes dessinée par Soïchi SUMOTO, publiée au Japon entre 2010 et 2013. Un drama est sorti également sur TV Tokyo en 2015 sous le titre Kamikaze. Cela participe d'une certaine "réhabilitation" aux accents parfois nationalistes, de l'armée japonaise sous la seconde guerre mondiale.

 

- Battleship Island, film coréen réalisé par Ryoo SEUNG-WAN, sorti en 2018, est une vision cette fois coréenne de la seconde guerre mondiale, telle que l'ont vécue des centaines de Coréens faits prisonniers sur l'île d'Hashima par les forces coloniales japonaises. Un résistant infiltré sur l'île élabore un plan d'évasion, afin de sauver le plus grand nombre possible de prisonniers. Très bon film qui fait voir la condition de ces prisonniers mis en esclavage au service de la production de charbon dans les mines. En fait, aucun prisonnier ne s'est réchappé de cette île au large du Japon, du côté de Nagasaki (le film s'achève au moment de l'explosion atomique, tuant d'ailleurs beaucoup de Coréens demeurant au Japon à ce moment-là...).

(liste qui peut se poursuivre...)

   Contrairement aux sirènes de la propagande, l'attaque japonaise contre Pearl Harbor ne fut pas une victoire japonaise, l'objectif de détruire l'essentiel de la flotte américaine (surtout d'ailleurs les porte-avions) n'étant pas atteint, ne fut pas non plus une grande défaire américaine, le jour d'infamie clamé alors n'en étant pas un pour tout le monde aux États-Unis, bon prétexte plutôt pour l'exécutif américain d'entrer en guerre ouverte contre les forces de l'Axe, et ne fut pas non plus célébré de façon unanime au Japon : pour l'amiral YAMAMOTO, l'opération ne mit pas hors jeu un temps la flotte américaine comme prévu. Et pour plus d'un centre de recherches (dont le célèbre Institut de la guerre totale fondé en octobre 1940) au Japon, ignorés superbement par toute la gens militaire, l'aventure de Pearl Harbor scelle tout simplement le destin de l'Empire du Japon, la défaite en moins de quatre ans... (Pierre GRUMBERG, dans Les mythes de la seconde guerre mondiale)

FILMUS

 

Complété le 1 décembre 2020

 

 

 

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16 mars 2020 1 16 /03 /mars /2020 17:19

   Harper's Magazine est un mensuel généraliste des États-Unis fondé en 1850 et publié depuis sans interruption. Tant par ses thèmes de discussion sur la vie politique, les finances, la littérature, la culture et les arts que par la qualité de ses contributeurs, le deuxième plus vieux magazine américain (après Scienfic Americain fondé en 1845), constitue une référence très lue et très visitée (Internet).

   Créé par la société d'éditions de New York Harper & Brother, et d'abord réimpression (pirate) de morceaux d'oeuvres de DICKENS, THACKERAY, des soeurs BRONTË, le magazine publie ensuite des écrits d'artistes et d'hommes politiques américains. Puis assez vite, notamment au début des années 1900, il s'ouvre à d'importants reportages sur de nombreux sujets. Aujourd'hui, elle se situe relativement vers la gauche américaine, critique envers les politiques intérieures et extérieures des États-Unis. Notamment, Harper's propose de longs articles sur la situation en Irak pendant les guerres du Golfe. Le magazine se signale aussi pour des récents articles sur les Conventions républicaines. C'est que l'on compte parmi ses illustres contributeurs, dans le désordre, Noam CHOMSKY, Alexander COCKBURN, Theodore DRESER, Jack LONDON, Stanley MILGRAM, John Stuart MILL, George SAUNDERS, John STEINBECK, et bien d'autres....

    Dans son numéro 2037 de février 2020, la revue propose un reportage sur une convention de jeunes conservateurs américains qui débattent de ce que devrait être la droite après M. Donald TRUMP, et qui, ont au moins en commun de détester Google et Facebook.

    Avec un tirage de 200 000 exemplaires, mené actuellement pour son président John R. MacARTHUR, doté d'un site Internet des plus fournis à faire vraiment pâlir d'envie de nombreux journaux nationaux européens... (un blog conséquent...), Harper's se veut le reflet des idées qui agitent l'élite culturelle et politique des États-Unis.

 

Harper's Magazine, 666 Broadway, 11the floor, New York, NY 10012, Site harpers.org

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16 mars 2020 1 16 /03 /mars /2020 10:05

      Si dans ce blog, nous ne traitons pas volontairement de l'actualité, les moments historiques ne peuvent que faire exception.

       Nous vivons en effet un événement planétaire historique qui en train de rebattre les cartes de perception des différents conflits, et des choix de politiques économiques, sociaux, culturels... liés à ces conflits.

Si pendant longtemps l'humanité, face aux épidémies, lorsque les connaissances scientifiques faisaient défauts, où les autorités avaient tendance à les remplacer par des foi-croyances hasardeuses, tentait de trouver des coupables bouc-émissaires parmi elle-même, aujourd'hui, alors que la circulation des idées et des personnes est globale, elle choisit de plus en plus de combattre celles-ci là où elles se trouvent. Les virus, globalement, pour se développer pouvaient compter (pardon pour l'anthropomorphisme évident!), sur leurs hôtes pour faciliter leur prolifération. Les processions religieuses censées demander l'aide du Ciel pour s'épargner les résultats des épidémies, rassemblements propices à leur propagation, étaient la règle.  Maintenant que l'humanité peut connaître ses véritables ennemis, il s'agit d"éviter au maximum les relations entre individus pour freiner, précisément, cette propagation...

   Si longtemps, dans les sociétés humaines, le réflexe a été de chercher les propagateurs des malheurs parmi ses membres, prolongeant-là à la fois ses conflits picrocholines (ah, que j'aime ce mot!) et ses grands comme ses petits conflits sociaux et idéologiques, et même religieux, maintenant l'heure de vérité a en quelque sorte sonné : l'humanité est un tout indivisible et chacun comme tous doivent combattre le réel ennemi. Le pire sans doute qu'elle doit affronter, ennemi invisible et énormément petit, car il utilise les principes mêmes de l'existence (duplication et absorption de matériel génétique) des organismes qu'il phagocyte (détruisant d'ailleurs par là à terme les bases mêmes de son existence biologique, mais entre-temps, ils auront détruits bien des vies...). Enfin... les hommes et les femmes choisissent de combattre ensemble (enfin pas partout...) ce fléau commun, reléguant leurs conflits là où ils n'auraient jamais dû quitter, une sphère secondaire, même si elle existera toujours, d'un coup relativisant ces conflits et s'attaquant enfin à leurs causes. De multiples comportements vont enfin en ce sens, même si encore des nostalgiques de qui pourrait être demain le véritable vieux monde, s'accrochent à des intérêts qui contredisent celui de leurs frères et soeurs.

   Mais, et là nous mettons un sérieux bémols à cet "optimisme", car pour l'instant l'heure est dramatique. En parcourant l'expérience de nombreuses crises de l'humanité, encore vécues en particularismes géographiques, non planétaire comme aujourd'hui. Car souvent, on revient, les crises passées, aux très mauvaises habitudes. La crise financière de 2008, pourtant déjà planétaire, avait été l'occasion de grandes résolutions de changements politiques, économiques, sociaux. Mais, les classes dominantes, notamment financières, ont tout oublié, et ont maintenu leurs jeux des marchés, où les acteurs sont autant de joueurs inconscients, uniquement soucieux de leurs personnels (et éphémères) gains et pertes. Et on pourrait dire même qu'à cette occasion, la mondialisation, les conditions mêmes de diffusion dans le monde du virus aujourd'hui, s'est accélérée. Comme ces fêtards, épuisés d'un coup de bambou au cours de leur fête, qui se remettent à danser de plus belle, jusqu'à épuisement...

     Last but not least, les conditions mêmes de diffusion - de même que son arrêt apparent dans la région de Chine où il est apparu - du coronavirus baptisé, avec la bénédiction de l'OMS covid-19, laissent soupçonner le rôle du changement-rechauffement climatique en cours, facteur d'éclosions de nouvelles maladies (ne serait-ce que par la remontée vers le Nord, d'agents infectieux qui auparavant, ne s'y plaisaient pas...). Le développement de la pollution très forte en Chine, liée à la mondialisation qui y concentre une grande part de la production industrielle, plus ou moins incontrôlée d'ailleurs, en même temps qu'une grande négligence envers les systèmes de santé qui pourtant pouvaient y être mis en place (scientifiquement s'entend), a sans doute eu un effet fort sur les capacités immunitaires des populations qui y vivent. Sans doute va-t-on le vérifier pour les États-Unis dans les semaines qui viennent, probable futur épicentre de la pandémie, où des populations entières sont laissées carrément sans système de santé, donc absolument invisible aux différentes vigies épidémiologiques...

      Après tant d'alertes successives, après les incendies massifs catastrophiques d'Australie et de Californie, cette pandémie va peut-être, il faut l'espérer, sonner le moment de changer de mode de vie et dans la même dynamique de changer aussi les perceptions sur l'importance des conflits les uns en comparaison des autres...

 

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14 mars 2020 6 14 /03 /mars /2020 13:11

       SUBOTAÏ, chef de "peuple des Rennes", tribu de Mongolie centrale, est considéré comme l'un des meilleurs généraux de GENGIS KHAN, et selon certains (mais on le dit d'autres figures...), comme l'un des plus grands stratèges de tous les temps. C'est l'un, ou l'architecte principal de sa stratégie militaire. C'est l'un des quatre chiens féroces, avec QUBILAI, DJÉBÉ le Flèche et DJELMÉ.

    Lors du conflit entre DJAMUQA et le futur GENGIS KHAN, il prend parti pour ce dernier. Il élabore notamment le plan d'invasion du Khwarezm lors de la campagne de 1220-1223. Il y effectue, en compagnie de DJÉBÉ, avec une armée de 20 000 hommes un raid de reconnaissance de plus de 20 000 km les amenant notamment jusqu'en Russie où ils défont les princes russes venus à leur rencontre avec  80 000 hommes, SUBOTAÏ et DJÉBÉ font alors demi-tour après avoir pillé Kiev. Il est également à la tête de l'armée de 200 000 hommes lors de la campagne de 1237 qui envahit les steppes russes pour fonder la Horde d'or.

SUBOTAÏ participe à une soixantaine de batailles, la plupart victorieuses, pour GENGIS KHAN et pour son successeur OGÖDAÏ.

     Il n'est pas lié par le sang au clan gendishkhanide, les voies du pouvoir politique lui sont donc fermées, mais il trouve dans la guerre un moyen d'exploiter tous ses talents et d'assouvir ses ambitions. C'est lui qui insiste après la mort de GENGIS KHAN pour s'engager dans la conquête de l'Europe, les Mongols étant jusque là exclusivement préoccupés par l'Asie et le Moyen-Orient.

SUBOTAÏ est non seulement un remarquable stratège et tacticien, mais aussi un excellent organisateur et logisticien, capable d'orchestrer des campagnes compliquées où il doit rassembler des armées éparpillées sur des espaces gigantesques. Surtout, il permet aux armées mongoles de toujours progresser avec le temps, s'appropriant les techniques de ses adversaires tout en s'arrogeant les services de leurs meilleurs stratèges et ingénieurs.

   En ce sens, les armées turco-mongoles sont de tout temps beaucoup plus ouvertes aux techniques étrangères que ne sont à leur époque les armées occidentales. Ainsi, lors de la fantastique campagne qu'il orchestre en Europe en 1241 contre la Pologne-Lituanie et la Hongrie, SUBOTAÏ se sert des techniques apprises lors de ses campagnes de Chine pour surprendre et vaincre l'armée hongroise à Mohi. On retrouve cette approche chez TARMERLAN notamment, puis chez BABOUR (BLIN et CHALIAND)

   Les capacités de SUBOTAÏ suppose une bonne connaissance de la cartographie, chose facilitée par le caractère de nomades qui parcourent de manière traditionnelle de vastes distances et traversent d'immenses territoires. Et sans doute, une capacité de transmission d'ordres, ce qui suppose une "véritable armée de lettrés" et de relais "postaux" (une suite de services de chevaux) à son service.  L'Empire mongol ne compte pas cependant de grandes lignées de chefs militaires, mais plutôt de véritables génies de temps en temps. C'est, pour maints historiens, une unique anomalie : les capacités stratégiques et tactiques de SUBOTAÏ sont perdues à sa disparition, ce qui forcent d'autres à les redécouvrir.

D'ailleurs, c'est très longtemps après la disparition-dislocation de l'Empire mongol que l'Occident découvre les capacités stratégiques de SUBOTAÏ, notamment par Basil Liddell HART qui relate dans son livre Great Captains Unverlead after World War I, les tactiques et stratégies de l'Empire mongol. En faisant la comparaison avec les les initiatives initiales en 1940-1941, les invasions de la France et de la Russie. Erwin ROMMEL et George PATTON sont d'avides étudiants des campagnes mongoles.

 

Jean-Paul ROUX, Histoire de l'Empire mongol, Fayard, 1993. Jack WEATHERFORD, The Secret History of the Mongol Queens ; How the Daugthers of Gengis Khan Rescued His Empire, 2010. Ce livre, ou ce qu'il en reste, commenté par Jack WESTHERFORD, fut écrit pour la famille royale mongole après la mort de Gengis Kahn en 1227. Il est le plus ancien texte écrit en mongolien, et fut traduit en chinois (vers la fin du XIVe siècle) dans une complitation de textes par la dynastie Ming (The Secret History of the Yuan Dynasty). Richard A. GABRIEL, Subotaï the Valiant : Gengis Khan Greatest General, Praeger Publishers, 2004.

Gérard BLIN et Gérard CHALIAND, Dictionnaire de stratégie, tempus, 2016.

 

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