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14 mars 2020 6 14 /03 /mars /2020 08:46

     Magazine bimensuel américain fondé en 1970 par Samuel P. HUNTINGTON et Warren Demian MANSHEL, Foreign Policy constitue une référence dans le domaine de la politique étrangère et l'économie des États-Unis. Revue prestigieuse dans le monde entier, publiée jusqu'à fin 2009 par la Fondation Carnegie à Washington D.C; (racheté depuis par The Washington Post Company), elle recueille les articles des éditorialistes les plus prestigieux en langue anglaise. La revue se produit sur Internet quotidiennement et existe en plusieurs versions étrangères (mais pas en Français...)

    Depuis 2008, Susan GLASSER assure les fonctions de rédactrice en chef de la revue. Le contenu de la revue est équilibrée entre articles spécialisés de spécialistes chercheurs et contributions générales. Elle n'hésite pas à prendre parti (elle n'est pas favorite des habitudes non partisanes d'une grande partie de la presse anglo-saxonne, ni républicaine ni démocrate) pour un candidat à la présidence des États-Unis. Elle a soutenu la candidature par exemple d'Hillary CLINTON en 2016.

Dans son numéro 235 de l'hiver 2019, Foreign Policy aborde les questions de la politique internationale de la Russie : Contrairement aux idées reçues et aux affirmations de la propagande occidentale, la Russie n'accumule pas les succès stratégiques. Elle discute également de la social-démocratie : une social-démocratie qui ne voudrait pas réorienter le capitalisme mais plutôt le transcender est-elle possible, en particulier aux États-Unis?

  Pour qui veut suivre l'évolution des idées politiques et des politiques étrangères officielles (ainsi que les débats institutionnels), Foreign Poicy, malgré un patronage et des origines  parfois très orientées (vers la droite) sur le plan idéologique (voir les thèses de Samuel HUNTINGTON sur le choc des civilisations...) et grâce à l'apport d'un spectre large (notamment sur Internet dans ses différentes rubriques et sa newletter) de rédacteurs souvent occasionnels, est indispensable.

 

Foreign Policy, Site Internet : foreignpolicy.com

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13 mars 2020 5 13 /03 /mars /2020 14:23

   L'Empire russe, quel qu'ait été sa dénomination, ses limites géographiques et même son centre, a mis longtemps à se constituer réellement et il faut pratiquement attendre l'avènement des Romanov pour que se construise une entité aux dimensions internes et externes de plus en plus développées.

   Officiellement, l'Empire russe est l'entité politique de la Russie de 1721, sous le règne de Pierre 1er, à 1917, année de la déposition de Nicolas II. Il constitue à la fin du XIXe siècle le plus grand Empire connu, plus peuplé que l'Empire allemand et que les États-Unis,  presque 1/6 des terres émergées du globe. En plus des territoires de l'actuelle fédération de Russie, la Russie compte les provinces baltes, la majeure parties de l'Ukraine, la Béliorussie, une partie de la Pologne, la moldavie orientale (actuelle République de Moldavie), le Caucase, le grand-duché de Finlande et une partie importante de l'Asie centrale, sans compter les colonies russes des Amériques, essentiellement l'Alaska vendue aux États-Unis en 1867), et la ville fortifiée de Port-Arthur, louée à bail à la Chine en 1894. En 1914, l'Empire russe se subdivise en 81 gouvernements et 20 régions, survivances d'anciens fiefs de boyards, qui entretiennent avec le centre des relations très diverses et... très compliquées...

   L'Histoire de la Russie est celle de la formation d'un vaste empire qui, du Xe au XXe siècle, s'est peu à peu étendu, à partir des plaines de l'Europe orientale aux rives du Pacifique et aux montagnes d'Asie centrale. Le mot "Russie" désigne un domaine où se sont rassemblés - avec peine et avec des phases d'expansion et de retours en arrière - des peuples divers, en grosse majorité slaves orientaux (Russes, Ukrainiens, Béliorusses), qui, dans leur progression vers l'Est, occupant une Sibérie presque vide d'hommes et promise désormais de nos jours à cause du réchauffement climatique à une autre histoire, ont européanisé la partie nord du continent asiatique et englobé, en Europe même ainsi qu'aux marges des pays conquis, quelque deux cents nationalités allogènes, d'importance relative très variée, où domine l'élément turc.

   Ce fut d'abord, expliquent Michel LESAGE et Roger PORTAL, le Grand Empire qui s'étendait sur tout le bassin du Dniepr avec Kiev pour capitale. Les princes de Kiev nouèrent des relations avec Byzance et adoptèrent la religion orthodoxe et l'alphabet grec. Au XIIe siècle, la prépondérance passa de Kiev aux cités russes du bassin de la Volga. Au XIIIe siècle, l'invasion des Mongols mit un terme à cette expansion vers l'Est. L'asservissement des principautés russes à l'empire de la Horde d'Or dura jusqu'au XVe siècle. La Russie fut détachée de l'Europe pour être incorporée à l'Asie. Cet écartèlement ne cessa de peser sur son destin. Parmi les vassaux de la Horde figuraient les princes de de Moscou, ville située au carrefour de routes fluviales, d'autant plus importantes qu'elles étaient les seules praticables dans une région de vastes forêts. Comment la petite principauté de Moscou parvint-elle à fonder une nouvelle Russie? Probablement grâce à la politique prudente de ses princes, qui se firent les agents zélés de la domination mongole jusqu'au moment où ils se sentirent assez forts pour se retourner contre elle. Une première insurrection échoua au XIVe siècle. C'est sous le règne d'Ivan III, contemporain du roi de France Louis XI, que fut libérée et unifiée la Russie, à la fin du XVe siècle, tandis qu'étaient renoués les liens avec l'Europe. Mais un long temps s'écoula avant qua l'influence européenne ne devint prépondérante. C'est Pierre le Grand, qui, au XVIIIe siècle, a fait de la Russie un État moderne, favorisant l'évolution de la société, développant l'économie et une fiscalité, encourageant la naissance d'une nouvelle culture, amorçant la constitution d'une administration permanente, tant civile que militaire. Avec Catherine II, la Russie prend place parmi les monarchies dites éclairées de l'Europe. Non sans une brutalité qui est de temps temps la marque d'un régime autocratique et autoritaire, d'autant plus importante qu'il s'agit de populations turbulentes à velléités d'indépendance (Pologne, États baltes...). Cette brutalité s'exprime lors des différents partages de la Pologne, jusqu'aux conditions de la victoire des alliances européennes contre la France de Révolution et de Napoléon.

La Russie ne renonce jamais à regarder vers l'Orient où s'effondre la domination turque et n'échappe pas, bien qu'elle ait été l'un des inspiratrices de la Sainte-Alliance, à la contagion révolutionnaire. Libéral, Alexandre II doit revenir sur ses réformes après l'insurrection polonaise de 1863 et les progrès de l'opposition. La répression est encore aggravée par Alexandre III ENTRE 1881 et 1894. Elle ne fait que retarder une échéance qui paraît inévitable. La révolution de 1904-1905 annonce l'effondrement de la dynastie des Romanov en 1917. La république socialiste fédérative soviétique sera pour plus de 70 ans la plus puissante des républiques de l'Union Soviétique. La Fédération de Russie, qui fait partie depuis décembre 1991 de la Communauté des États indépendants, se pose en successeur de l'URSS. (Michel LESAGE et Roger PORTAL).

       La géopolitique russe, au temps moderne, est d'abord celle d'un État multi-ethnique et multi-confessionnel, enclavé, et qui cherche à accéder à des façades maritimes : Baltique, mer Noire, mer Caspienne.

Au XVIIIe siècle, l'affaiblissement de ses voisins ottomans, perses, chinois, suédois, polonais, permet à la Russie de s'agrandir; tout en devenant une puissance européenne à part entière, surtout après qu'elle eût repoussé les armées françaises de NAPOLÉON. Durant le XIXe siècle, la Russie se servit du panslavisme et de la panorthodoxie pour s'étendre. Elle est aussi devenue une puissance américaine, présente en Alaska et en Californie. Mais surtout, elle est une puissance incontournable du concert européen, notamment à la suite du partage de la Pologne. Dès lors, ses objectifs se tournent vers le Sud, vers la conquête du Caucase, de la mer Noire, de la mer Caspienne et des steppes transcaspiennes de l'Asie centrale. La Russie déploie aussi des ambitions encore plus lointaines vers le golfe Persique, le Proche Orient arabe, la périphérie de la Chine - Tibet, Turkestan chinois - vers l'Inde et la Corée. Dans cette voracité territoriale, que rien ne semble arrêter, la Russie s'oppose à la Grande-Bretagne qui poursuit , en partie, les mêmes objectifs et qui s'alarme de l'avance russe, vers l'Inde, à travers la Perse et l'Afghanistan. L'essor de la rivalité austro-russe dans les Balkans où Saint-Petersbourg souhaite prendre pied par le truchement des peuples slaves et orthodoxes aboutit, au XXe siècle, à une refonte du dispositif géopolitique russe. L'Autriche, appuyée par Berlin, voit progressivement la Russie se rapprocher de la France et de la Grande-Bretagne pour contenir la poussée germano-autrichienne dans les Balkans. Dans ses calculs stratégiques, la Russie, lorsqu'elle entre en guerre en 1914, veut démembrer l'Empire ottoman et l'Empire perse, s'installer à Constantinople, au Moyen-Orient et dans les Balkans, et si possible sur l'océan Indien. (Aymeric CHAUPRADE, François THUAL). Le déroulement de la première guerre mondiale met en échec toute cette stratégie, d'autant que les dissensions internes reviennent au premier plan, malgré toutes les répressions effectuées tout au long du règne des Romanov. L'incapacité du régime de faire face à ses divisions tant politiques que sociales et économiques, joint à la perte de prestige liée aux échecs militaires, précipite le pays dans la guerre civile.

 

Une longue maturation historique grevée par des rivalités entre nobles.

    Alors qu'en Occident, et cela est d'autant plus vrai qu'on se tourne vers l'Ouest, un mouvement centrifuge favorisé par un maillage religieux (nommé catholique), entraine la formation d'États au détriment de toute une chaîne de seigneuries féodales, les rivalités tenaces entre boyards à puissances plus ou moins équivalentes, alors même que les pouvoirs établis à Kiev et à Moscou tentent des entreprises hégémoniques contrariées (notamment par de nombreuses invasions...), figent des situations centripètes fortes, et cela même en dépit d'un autre maillage chrétien, celui de la religion orthodoxe. La situation géographique des contrées observées ici a bien entendu une importance majeure, de même que les conditions d'exploitation des sols et des voies navigables, mais le poids de certaines traditions (familiales notamment) détermine souvent l'issue des possibles.

 

L'Empire Rus' de Kiev

    Le premier pôle où se manifeste une stratégie d'Empire se situe dans uns partie des actuelles Ukraine, Biélorussie et Russie. Fondée à l'origine par les Varègues et centré sur Novgorod, la Rus' établit son pôle à la fin du IXe siècle à Kiev, cité slave prise par les Varègues en 864, auparavant occupée surtout par un peuple turc semi-nomade. Au XIe siècle, la Rus' de Kiev est l'État d'Europe le plus étendu, atteignant la mer Nore, la Volga, ainsi que le royaume de Pologne, culturellement et ethniquement diverse, comprenant des populations slave, germaniques, finno-ougriennes et baltes. La Rus" st d'abord dirigée par une dynastie d'origine scandinave, les Riourikides, rapidement slavisés. Pendant les règnes de Vladimir le Grand (980-1015) et se son fils Iaroslav le Sage (1019-1054), les conversions à l'orthodoxie se multiplient, et émerge la langue slave écrite, notamment dans des codes juridiques. Cet essor, dû aux voies commerciales alors existantes entre la Scandinavie (bois, peaux, esclaves contre cire d'abeille, soie et or) et Constantinople, voies contrôlées par la Rus'. Les conditions de l'accumulation des richesses aux mains de Kiev sont celles du résultat de luttes sanglantes au sein de la même famille de Riourik, et sont en fin de compte mal connues, les historiens se contestant les uns les autres... Essentiellement, c'est sous forme de tributs imposés aux vaincus, par une série de rois relativement chanceux en terme de victoires de leurs armées (Oleg le Sage (fondateur du royaume en 880, Sviatoslav 1er (945-972)), et poussant jusqu'à tenter de piller Constantinople, que cette accumulation permet de payer les armées, de recruter des chefs militaires, et dans une deuxième période de son histoire de tenter d'instaurer un ordre successoral cohérent, condition importante pour la pérennité des conquêtes. La religion orthodoxe constitue alors un moyen de cimenter les fidélités pour Vladimir Le Grand. Des guerres civiles (notamment de 1015 à 1019) et des invasions (notamment venant de Pologne en 1018) constituent de grandes épreuves pour la dynastie régnante, prise également dans la difficulté de faire reconnaitre une lignée légitime, difficulté qui n'est surmontée qu'en cédant aux nombreux prétendants des territoires, jusqu'à transformer la Rus" en principautés dynastiques (1097) au congrès de Lioubetch - accalmie avant reprise de guerre civile - qui fait du pouvoir à Kiev un pouvoir plus nominal qu'effectif, un peu à l'image, mais sans doute en plus dégradé, du Saint Empire Romain Germanique... C'est précisément cette guerre civile aux multiples acteurs, tous enclins chacun à prendre le plus de rapines possibles, qui entraine le déclin de Kiev et l'essor de centres régionaux au XIIe siècle. Point de volonté d'Empire chez ces prétendants (jusqu'à 64 principautés), seulement la même manie kleptomane que l'on retrouve aussi ailleurs... et cela avant même l'invasion mongole. Parmi ces principautés, celle de Vladimir-Souzdal donne "naissance", par scission, à la principauté de Moscou en 1276, à la suite de la succession d'Alexandre NEVSKI.

Quels sont donc les ressorts insuffisants de cette puissance balbutiante qu'est la Rus' de Kiev? Ce n'est pas seulement une question d'histoire, c'est aussi encore un enjeu culturel pour l'Ukraine dont les historiens - contre les historiens russes jusqu'alors hégémoniques - veulent se réapproprier la réalité, les logiques... et le prestige!  Disons tout de suite que cette querelle est très contemporaine, puis que la notion même d'identité russe, biélorusse et ukrainienne est étrangère aux populations du moment...

- une société sans institutions fortes. Malgré une culture assez avancée par rapport à l'Europe occidentale (alphabétisation, urbanisation avec système d'égout et pavage en bois des rues, droits accordés aux femmes, système pénal surtout avec système d'amendes)n la société ne dispose pas d'institutions fortes basées sur les classes sociales ni de mouvement communal (pouvoir venant des villes) comme plus à l'Ouest. Si les artisans et les commerçants exercent une certaine influence politique via l'assemble municipale, le vetché, qui opère d'ailleurs sur les dirigeants une pression constante, génératrice d'une instabilité permanente (expulsion, remplacement...). A la base de la société se trouve un nombre importants d'esclave et la classe de paysan tributaire de leur seigneur, proche des serfs, fait qu'il n'existe pas dans la Rus' à la différence de l'Europe occidentale ou dans l'Empire russe ultérieur, de système généralisé de servage. La plus grand classe sociale est composé de paysans libres qui ne rend que peu de compte à des seigneurs...

- un système de succession qui disperse de richesses. Les prétendants au trône changent de fief à chaque fois que leur place dans la hiérarchie féodale change. Ils s'occupent, au fur et à mesure de leur ascension d'un territoire plus lucratif en abandonnant l'autre, laissant ainsi aux classes inférieures - surtout les artisans et les marchands - une grand latitude dans les décisions, quitte à attendre qu'un "mauvais" prince dégage de la scène. Les boyards - seigneurs - n'ont aucune pouvoir légal pour s'opposer à la volonté du prince, mais il semble que dans la Rus' de Kiev, ils soient devenus consultants et conseillers du prince, avec tous les conflits entre eux que cela comporte. D'importantes frictions opposent le vetché, assemblée d'hommes libres, aux princes, facteur de fragmentation de l'ensemble du Rus'.

- un commerce, notamment agricole, qui rend la classe des marchands très riches, soumis aux aléas de conflits armés... Il existe une certain circularité entre richesse en produits agricoles, transit de marchandises de plus en important, augmentation des convoitises, attaques des convois et entreprises de contrôles des routes de plus en plus fréquentes...

- la persistance d'un paganisme empêchant le christianisme d'avoir son rôle fédérateur puissant. La multiplicité des divinités empêche le système des princes d'acquérir la légitimité religieuse. L'évolution de l'art religieux, de la canonisation des saints et de l'influence de la société sur la religion permettent à l'orthodoxie de progresser, mais trop lentement pour conforter un pouvoir qui de toute façon n'attire les princes que temporairement, ceux-ci "circulant" d'une principauté à l'autre au fur et à mesure que les places se libèrent, et les places se libèrent vite dans un monde où l'espérance de vie est courte et les combats violents fréquents...

      On pourrait écrire que l'Empire Rus' ne subsiste que difficilement, à part dans certaines périodes, à cause d'un désintérêt des puissants, à la poursuite de situations plus attractives, poussés d'ailleurs vers la sortie par les vetchés... Les strates supérieures de la société semblent plutôt être attirées par le prestige des relations "au haut niveau" avec les classes princières ou royales situées plus à l'Ouest, pris dans des stratégies matrimoniales... et par une mobilité importante (toute la maison voyage), que par la gestion de leurs propres domaines, sans doute jugés d'appartenance temporaire...

    Les Slaves ont fait, à la fin de l'Antiquité, leur entrée dans l'Histoire, surtout via le groupe oriental - ancêtres des Biélorusses, des Russes et des Ukrainiens - série de tribus déjà groupées autour de centres proto-urbains, dont l'un fut à l'origine de la ville de Kiev. Cette mosaïque, encore unie - lâchement - par la langue écrite, la culture et la religion subit le choc des invasions mongoles de 1237-1240, dont on considère généralement qu'elles marquent la période "kiévienne" et le début de l'histoire différenciée des peuples slaves orientaux modernes.

 

L'Empire de la Moscovie

      Du XIII au XIVe siècle, l'une des principautés, la Moscovie, dirigée par des princes habiles - en tout cas plus que leurs homologues dans d'autres principauté - annexe progressivement tous les autres pour devenir la Russie. Ce mouvement centripète est toutefois très contrarié par la tradition de partage des territoires entre les différents fils de prince, engendrant des dissensions et même une guerre civile (c'est-à-dire une suite de combats plus longs et plus étendus que les autres) entre 1425 et 1453. Profitant de la division de l'Empire mongol (en plusieurs khanats), une succession de princes s'essaient à libérer la Moscovie de leur joug et notamment Ivan III (monté sur le trône en 1462) et à absorber les autres principautés russes. En 1458, Ivan III prend le titre de "souverain de toute la Rus'", donnant le coup d'envoi à l'expression de nouvelles ambitions. Ses successeurs Vassili III !1505-1533) et Ivan IV "Le Terrible" (1547-1584), sans doute pas plus (mais pas moins!) terrible en réalité que les autres précédents, mais probablement en but à plus d'oppositions qui s'expriment notamment en diffusant cette image, d'autant que ce dernier prend le titre contesté de "tsar", poursuivent cette oeuvre d'unification, sans parvenir à obtenir l'accès à la mer Baltique (se heurtant à une coalition entre l'Empire suédois, la Pologne et la Lituanie). Désormais, l'expansion de la Russie vers l'Est n'a plus d'obstacle sérieux. La colonisation par les paysans russes du vaste bassin de la Volga et de l'Oural prend son essor... Des paysans, des fugitifs et sans doute pas mal d'exilés (l'habitude d'éloigner les rivaux en leur confiant des terres à l'Est s'ancre bien...), parmi eux les cosaques s'installent sur les marges et s'organisent en "armée" tout en jouant les rôles de pionniers et de garde-frontières. Ivan IV peut se considérer comme l'unique héritier de Vladimir, bien qu'il ne possède pas la ville de Kiev aux mains de la dynastie lituanienne des Jagellons. Cette dernière avait alors conquis la plupart des territoires de la Rus' occidental.

 

Le tsarat de Russie

    Une nouvelle période s'ouvre, celle du tsarat de Russie, où des dirigeants ambitieux tentent, tant bien que mal, car leur puissance est basée surtout sur leur capacité à fédérer un moment des nobles très sourcilleux, de consolider leur territoire, pris par ailleurs vers 1600-1603 dans un changement climatique provoqué par des éruptions volcaniques en Islande.

   Il est parfois difficile pour les historiens de savoir si les titres que se donnent les souverains russes, qui les mettent sur un pied d'égalité avec les empereurs byzantins, le khan mongol ou les rois européens qui les reconnaissent en tant que tels, coïncident avec une réalité du pouvoir à l'intérieur de leurs propres territoires et une emprise réelle sur les puissances diverses nommément sous leur autorité. Toujours est-il que la cour de Moscou adopte le cérémonial byzantin, les rituels, les titres et les emblèmes. C'est surtout à partir du règne d'Ivan IV le Terrible que sans doute une réalité du pouvoir (fiscal, celui de lever les armées, juridique, soutien de l'Église orthodoxe, organisation administrative, contrôle des routes et des points de passage avec les pays voisins...) se manifeste.

Toujours est-il que l'expansion militaire de la Russie se poursuit, signe d'une capacité à lever des troupes et à les mener. Sur le plan interne, ce dernier souverain développe une hostilité à l'égard de ses conseillers, du gouvernement, et des boyard, jusqu'à constituer une gestion du pouvoir en deux parties : un domaine privé (sur les territoires les plus prospères) et les régions qui conservent leurs anciennes administrations. Les méthodes employées sont souvent brutales et confiscation rime avec exil, massacre et exécutions. Par cette politique, Ivan IV réussit à briser le pouvoir économique des principales familles de boyards, mais en contrepartie assoit sa légitimité non sur la fidélité mais sur la peur, la terreur. Cette "gouvernance" par la violence est la marque du tsarat, même après lui, et il suffit de mauvaises récoltes, d'une mauvaise conjoncture économique pour que le pouvoir central soit menacé, les ambitions de la Pologne ou de la Suède se manifestant sous la forme d'une ingérence non seulement territoriale mais aussi dynastique. La Pologne occupe d'ailleurs le Kremlin à Moscou en 1609 et des boyards acceptent un moment Ladislas IV Vass, fils du roi Sigismond III de Pologne, comme tsar de Russie. Guerre civile et guerre étrangère se mêlent, usurpateurs soutenus par des camps opposés s'aident d'armée de "volontaires" financées de manière obscure et pendant ce temps, aux environs des grandes villes, les terres changent parfois de mains, des fonctionnaires mettant mains basses sur elles pour accroitre leur domaine et transformer le domaine viager en fief héréditaire, s'efforçant de faire tomber les tenanciers en servage... C'est presque une tradition nationale : aux moments de faiblesses de l'État central (comme au moment de la chute de l'URSS), les fonctionnaires transforment des domaines publics en domaines "réservés" ou privés... Ce n'est, conjoncturellement, qu'au moment où se confondent "sursaut national" provoqué par les exactions mêmes des soldats "étrangers", désunion dans les pays voisins et regain de commerce et de récoltes, qu'une famille princière réussit à acquérir une légitimité pour asseoir une nouvelle dynastie aux membres préoccupés de rétablissement d'ordre et de sécurité militaire. C'est ce qui se passe avec les Romanov à la fin de la guerre polono-russe (1605-1618).

 

L'ère des Romanov et de l'Empire russe

     La maison Romanov règne sur la Russie depuis l'élection du 21 février 1613 de Michel Ier jusqu'à l'exécution le 16 juillet 1918 de Nicolas II. Pendant toute cette période vit réellement un Empire ; la maison des Holstein-Gottorp, une branche de la maison d'Oldenbourg, est originaire de Novgorod. C'est une des nombreuses familles des boyards qui font vivre et pillent en même temps des portions d'un vaste territoire, qui, grâce à l'action de Kouzma Minime, se hisse au trône impérial et bon an mal s'y maintient... Une succession d'hommes et de femmes consolident ce que le premier d'entre eux, nomme Empire de Russie (les précédents s'appelant encore Tsars) :  Pierre 1er (1682-1725), Catherine 1er (1725-1727), Pierre II (1727-1730), Anne 1er (1730-1740), Ivan VI (1740-1741), Elisabeth Petrovna (1740-1762), Pierre III (1762), Catherine II (1762-1796), Paul 1er (1796-1801), Alexandre 1er (1801-1825), Nicolas 1er (1825-1855), Alexandre II (1855-1881), Alexandre III (1881-1894), Nicolas II (1894-1918). Tous se succèdent les uns les autres possédant réellement le pouvoir ou étant possédé par lui. Loin d'être simplement une succession de père ou mère à fils ou fille, cette suite de monarques règne dangereusement (quelques assassinats, quelques tutelles), pris dans des intrigues qui mêlent ambitions rivales et velléités de prises d'autres trônes à l'extérieur de la Russie... Et n'ayant pas, et parfois pas du tout, les mêmes conceptions du pouvoir sur leurs sujets et n'ayant pas non plus les mêmes marges de manoeuvre pour régner, sans compter des alliances très changeantes parmi les nobles. Varient aussi l'orientation culturelle de beaucoup, et ce n'est qu'à partir du règne de Catherine II - qualifiée de "despote éclairée" - que réellement est choisie délibérément l'inscription de la Russie dans un ensemble européen, nonobstant la conservation de l'emprise sur tout l'Est, et sur une partie, anciennement byzantine ou turque au Sud de l'Empire.

Mais l'essentiel à propos de cette dynastie des Romanov n'est sans doute pas là. Car l'illusion de cette permanence du pouvoir - qui est une sorte de stratégie idéologique d'occupation du pouvoir, stratégie d'ailleurs soutenue par l'Église orthodoxe - qui fait ériger au titre de monarque des enfants (et même un bébé), est surtout entretenue par les plus proches de leurs conseillers directs, qui ne sont pas loin de posséder les leviers du pouvoir symbolique, mélanges de nobles et d'ecclésiastiques, dont aucun ne se dégage en compétence et en rigueur, à l'égal d'un Colbert ou d'un Vauban.

   Dans cette Maison des Romanov, qui se maintient d'ailleurs à force de consanguinité, seuls s'en dégagent Pierre 1er, qui fait de la Russie une nation européenne par des réformes profondes, Catherine II et Nicolas 1er.

 

Une structure sociale "traditionnelle" et pratiquement immuable... ou une sorte de fuite en avant vers la puissance extérieure au détriment d'un véritable renforcement intérieur des soutiens de la population envers le régime. Un empire à puissance extensive croissante mais à cohésion interne fragile.

     La structure des classes sociales n'est pas du tout, et ne le sera jamais, de type occidental, et seules certaines d'entre elles adhérent à l'idéal des Lumières au XVIIIe siècle. Ce qui frappe toutefois, c'est la netteté des frontières qui séparent les boyards (métier des armes, offices publics, propriétaires les plus importants), les bourgeois des villes (commerçants et artisans), religieux (prêtres et moines de l'Église orthodoxe, qui assure la cohésion de l'ensemble, et qui se plient pour une grande part aux réformes de Pierre 1er), et les paysans (la plus grande partie de la population, divisés entre hommes libres possesseurs des terres, liés au trône par le service militaire et serfs, captifs eux des boyards et des monastères, soumis aux corvées et assignés à résidence). Les hiérarchies sont très marquées, de même que le caractère patriarcal (du trône aux villages) de l'autorité exercée, souvent de manière brute, brutale et parfois violente. Les institutions administratives centrales restent longtemps rudimentaires, assurant tout juste la collecte des impôts et le contrôle des mouvements de population, l'essentiel des pouvoirs (de justice, d'administration...) restant locales, et cela d'autant plus que de véritables États provinciaux (autant de Russies) subsistent jusqu'à la veille de la Révolution. Malgré des tentatives d'occidentalisation dans l'organisation judiciaire (tant dans l'ordonnancement des attributions que dans le contenu des peines), le pouvoir s'exerce, dans d'immenses territoires pas toujours accessibles et parfois peu visités par les souverains - tout orientés en esprit par la diplomatie européenne. On remarque cette persistance, sauf chez certains empereurs réformateurs, d'un manque d'intérêt pour leurs propres territoires, même en pleine industrialisation...

   Le développement économique, auquel s'intéresse une partie de la noblesse, elle-même surtout occupée à faire fonctionner l'État, intervient donc surtout dans le courant du XVIIIe siècle. Un ensemble d'évolution la favorise en même temps qu'elle renforce l'État, dans des conditions que rendent celui-ci en fin de compte extrêmement fragile. On peut écrire que les entreprises napoléonienne ont joué un rôle accélérateur dans l'évolution de l'État et de la société vers un régime absolutiste, conservateur, expansionniste.

- Après une longue guerre avec la Suède, la Russie de Pierre le Grand obtient un accès à la mer Baltique. Construction de Saint-Petersbourg (à partir de 1712 la nouvelle capitali), constitution d'une industrie métallurgique, la première d'Occident à l'époque, qui soutient l'effort de guerre, extension des frontières vers l'Ouest (au détriment de la Pologne), conquête de l'Ukraine et de la Biélorussie, colonisation par les Cosaques de la Sibérie, exploration de l'Alaska, font de la Russie l'État le plus important d'Europe...

- Un code édicté en 1649 lie désormais le paysan et ses descendants à la terre et à son propriétaire, généralisant et officialisant le servage, à contre-sens de l'évolution du statut du paysan en Europe occidentale. Cette disposition permet au tsar de s'attacher personnellement les propriétaires terriens, qui ne sont pas, contrairement encore à l'Occident, reliés dans une cascade de droits féodaux, et ne sont dépendants que de lui. C'est sur cette masse de propriétaires que le souverain compte pour asseoir son pouvoir. Le mécontentement des paysans et d'une classe naissante d'ouvriers, exploités par ces propriétaires, lourdement taxés par la fiscalité ce l'État en pleine croissance déclenchent au XVIIe et XVIIIe siècles de nombreuses révoltes paysannes dont la plus importante, menée par le cosaque POUGATCHEV, parvient à menacer le trône avant d'être écrasée (1773). L'Église à l'époque joue un rôle idéologique essentiel dans la société russe, leurs monastères étant dotés par les tsars et par les grands boyards d'immenses domaines, tant pour assurer les Romanov de la fidélité de la plus grande partie des propriétaires  que pour assurer de la même loyauté les masses paysannes et les ouvriers par rapport à l'État, donc aux propriétaires...

- Si la période située entre 1725 et 1762 est caractérisée comme l'époque des révolutions de palais (en 87 ans, 6 souverains), et si sous le régime absolutiste, la personnalité du souverain a une très grande importante dans la mesure où le monarque détient la totalité du pouvoir, ces révolutions de palais et le caractère des personnes proclamées tsar ne peuvent pas être considérés comme les événements principaux de cette époque. Car la haute administration, chapeautée par les conseillers directs, conserve l'intégrité de l'État. Au premier rang de laquelle figure la garde, à la fois armée personnelle du souverain et corps de protection de sa personne. Organisation policière militaire, très homogène, aux membres annoblis et donnant naissance à des familles illustres, elle personnifie la noblesse russe "distinguée". Elle est très différente de celle du XVIIe siècle, à une époque où les strelzi - les soldats de la garde de Moscou - étaient encore étroitement liée aux habitants des faubourgs et pouvaient constituer un danger pour la noblesse. Ces révolutions du palais, risibles pour les observateurs étrangers, ne concernaient que des cercles retreints et ne mettaient en jeu que les intérêts des côteries de la haute noblesse. La bureaucratie de la garde, structurée grâce à un "Tableau des Rangs", constitue alors pleinement un corps de fonctionnaire fidèle à la Monarchie comprise globalement, fonctionnant en roue libre, son "chef" pouvant changer sans changer ni sa fonction, ni ses objectifs, ni son fonctionnement, tout entier orienter vers l'accomplissement des droits régaliens : levée de l'armée, rentrées fiscales, stabilité civile...

- Plus que les mouvements divers au sommet de l'État, qui n'influent guère alors sur les changements profonds dans l'appareil d'État, l'évolution de la situation dans la hiérarchie bureaucratique influe sur la réalité de l'Empire. La fonction, le mérite, l'ancienneté du service prend plus d'importance que le lignage, à contresens d'une représentation traditionnelle de la noblesse sur elle-même. Avec l'identification entre la vocina (le patrimoine nobiliaire) et la pomestié (le domaine octroyé par l'État), la mise en application du "Tableau des Rangs" et la suppression plus ou moins complète de l'obligation du Service, la noblesse russe "distinguée" perd les caractères qu'elle héritait du Moyen Age et les anciennes distinctions formelles qui la divise s'effacent. Désormais, ce ne sont plus les services rendus par ses ancêtres qui déterminent la situation d'un noble dans la société mais l'importance de ses possessions et le rang auquel il s'est personnellement élevé dans l'administration en raison de son ancienneté. Vers le milieu du XVIIIe siècle, après l'échec des tentatives oligarchiques des membres du conseil secret suprême (les verkhovniki), les intérêts de la minorité aristocratique se confondent déjà, pour l'essentiel, avec ceux de l'ensemble de la noblesse. Cependant, l'exploitation des paysans et des couches laborieuses des villes s'intensifie, provoquant un mécontentement qui parfois tourne à l'émeute. La politique extérieure plus active conduit en effet l'État à être plus exigeant et à renforcer les pouvoir des fonctionnaires et de l'armée. Ces transformations vont par la suite faire de l'appareil d'État une immense machine bureaucratique indépendante et aboutir à la toute puissance des fonctionnaires et de la police sur un peuple dépossédé de tous ses droits.

- Cette aggravation de la lutte des classes oblige les gouvernements que domine la noblesse à prendre des mesures législatives "sociales". Tandis que la condition des serfs s'aggrave au point de se confondre avec l'esclavage, les privilèges et les droits de la noblesse sont continuellement renforcés. Les restrictions qui limitaient la faculté de disposer des serfs sont en particulier abolies et les charges se son "service" allégées. Tout se passe comme si, au fur et à mesure des besoins de l'État, la noblesse se décharge de plus en plus sur les serfs pour assurer les besoins en matériels, en hommes, en ravitaillement... Et dans le même mouvement, cette même noblesse se trouve pourvue de plus en plus de droits et détachées de plus en plus d'obligations. Et cela s'aggrave notablement dans la foulée d'une première industrialisation vers 1750 où l'activité de la noblesse se transforme. Elle s'efforçait d'utiliser le système du servage dans des conditions nouvelles et surtout la haute noblesse entreprend de monopoliser toutes les branches d'activité économiques liées à l'exploitation de la terre et des serfs. Pris d'une fièvre industrielle, ses membres deviennent propriétaires de fabriques et de grosses exploitations, organisent des sociétés commerciales, réclament des droits de monopole sur certaines marchandises. Ce développement industriel et commercial enrichit la noblesse et dans une certaine mesure les couches les plus aisées des villes et des campagnes. Malgré les progrès de son importance économique, la bourgeoisie en train de se former n'a cependant que des droits politiques très inférieurs à ceux de la noblesse et les nouveaux riches n'aspirent qu'à entrer... dans la noblesse. Les anciens comme les nouveaux tendent à reproduire dans les usines les mêmes conditions de travail et de subsistances que pour les serfs, même si les ouvriers sont présents de manières beaucoup plus concentrées dans les fabriques.

- Devant l'aggravation des inégalités de tout ordre et surtout devant comme un rétrécissement et un allongement de la pyramide sociale vers le haut, laissant l'énorme base dans le besoin et bien plus exposée aux aléas des mauvaises années, que ce soit de récoltes ou de méventes de produits industriels, se multiplient des projets de réformes, surtout vers 1780, dont on discute beaucoup dans les salons - donnant l'impression d'un siècle des Lumières russes, mais qui n'aboutissent que rarement de manière concrète. Parmi eux, les projets  - aristocratiques, mais aussi tendant à réduire les privilèges de la noblesse - du comte Petr Ivanov SUVALOV furent particulièrement nombreux et importants. Dans l'ensemble, les "intellectuels" étaient bien plus préoccupés, ainsi que la Monarchie, par une réforme des douanes, des impôts indirects et de l'état de la monnaie, pour réduire les dépenses et augmenter les recettes de l'État que d'améliorer le sort de la paysannerie ou de la classe ouvrière, envers lesquels le sentiment le plus marquant dans les cours princières était le mépris.

- L'attention des tsars se porte bien plus sur les réformes nécessaires de l'armée, tant pour maintenir un ordre intérieur traversé de révoltes tant au long des XVIII et XIXe siècles que pour faire face à des revers cinglants dans la politique d'expansion, que sur les moyens économiques. Mais ici, les réformes militaires entreprises portent souvent leurs fruits, tant celles entreprises vers la fin du XVIIIe siècle (et qui allaient permettre de vaincre les armées françaises et faire de l'armée russe la première d'Europe) que celles du milieu du XIXe siècle (1861-1874).

Cependant, la disproportion entre la grandeur des desseins politiques et la faiblesse des moyens économiques et financiers du pays est sensible, et si par l'industrialisation , notamment par conquête des marchés asiatiques, la Monarchie tente d'y pallier, l'effort reste trop faible et tardif (postérieur à 1880).

- Malgré toutes les difficultés et les mécontentements à la ville et à la campagne,, la monarchie réussit à maintenir son pouvoir jusque dans la seconde moitié du XIXe siècle. La constitution d'un prolétariat vers les années 1880, concentré dans des grandes villes et des régions déterminées, la montée d'oppositions dans un nouvelle intelligentsia recrutée parmi les éléments des classes moyennes, popes, fils de popes, cadets d'écoles militaires, nobles ruinés, médecins, instituteurs, ens instruits et véritables "émigrés de l'intérieur" qui refusent l'absolutisme, qui développe des actions alternativement ou parallèlement pacifiques et violentes, la floraison de propositions "révolutionnaires" populistes, pas seulement en provenance des milieux marxistes, une manière de gouverner inchangée, faites d'oukases (non tout-à fait officiels des mesures gouvernementales, malgré précisément une élévation considérable d'éducation niveau scolaire et universitaire, elle-même nourrie par une vie culturelle foisonnante dans de nombreux foyers, une perte d'autorité de la monarchie suite à des défaites militaires (côté asiatique notamment), alors que précisément celle-ci compte depuis des lustres sur le prestige de la force de sa police et de son armée, tout cela forme un cocktail auquel elle ne résiste pas. Les révoltes sporadiques vite réprimées font place à un climat de violences politiques continuelles dans certaines campagnes et dans certaines villes, là où précisément le pouvoir veut tirer l'essentiel de ses ressources. Malgré la mise sur pied - tardive - d'une réforme politique qui transforme le régime en une monarchie constitutionnelle, au début du XXe siècle, la vie politique participe à ce climat de violence, venant de nombreux partis politiques. Devant les désastres militaires de la première guerre mondiale, l'armée n'étant pas préparée à la nouvelle guerre moderne ni moralement (un état des relations entre soldats et officiers... conflictuel!) ni matériellement, et l'industrie ne pouvant faire face à l'alimenter d'armements nouveaux, les mouvements de révoltes et d'insurrections débouchent sur la révolution de 1917.

- Avec l'avènement de l'URSS s'achève l'ère des Romanov et c'est une toute autre époque historique qui s'ouvre, même si ce n'est pas celle dont rêvaient les révolutionnaires, notamment marxistes. C'est une autre forme de stratégie impériale qui se met en place, mais après une guerre civile, qui est aussi une guerre idéologique et politique entre puissances occidentales capitalistes et forces armées soutenant une nouvelle idée de l'organisation du pouvoir (économique notamment) qui dure jusqu'à l'orée des années 1930. A noter que bien des caractéristiques sont héritées par le régime soit-disant soviétique et communiste qui se met alors en place : une conception très rigide de l'autorité, un rapport de soumission au pouvoir plutôt que de participation au pouvoir, Staline étant vu comme un nouveau tsar, et le Parti remplaçant d'Église, un fonctionnement économique qui depuis des lustres - et ici pour des impératifs militaires - favorise les grandes villes au détriment des campagnes, une vie culturelle et institutionnelle surveillée par une police politique très active, cette manière de répondre aux soulèvements par la répression brutale et sanglante et par des déportations, servant également de méthode de colonisation de régions peu développées (goulag, non inventé par les marxistes...)...

 

Michel LESAGE et Roger PORTAL, Histoire de la Russie, dans Encyclopedia Universalis, 2014. Tchoudinov Alexandre V. et Roi-Tanguy Hélène, Gilbert Romme à propos de l'armée russe au XVIIIe siècle, dans Cahiers du monde russe, volume 40, n°4, octobre-décembre 1999. www.perse.fr, 2018. Sigurd O. SCHMIDT; La politique intérieure du tsarisme au milieu du XVIIIe siècle, dans Annales, Économies, sociétés, civilisations, 21e année, n°1, 1966. www.persee.fr, 2019.

 

STRATEGUS

 

   

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11 mars 2020 3 11 /03 /mars /2020 16:15

   Le magazine Faim et Développement, fondé en 1965, est une publication du CFFD-Terre solidaire, anciennement Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement (CCFD). Cette organisation, créée en 1961 est soutenue par des dons privés, via notamment le réseau des paroisses de l'Église catholique, et utilise principalement trois leviers pour réaliser sa mission : soutenir des projets de développement humain dans les pays en développement du Sud et de l'Est ; en France, sensibiliser l'opinion publique à la situation des pays pauvres par l'éducation au développement ; obtenir des règles internationales plus justes en menant des actions de plaidoyer (ou travail d'influence) auprès des décideurs politiques et économiques. A noter que dans son Rapport 2008-2012, le CCFD-Terre solidaire déclare que la paix constitue une condition sine qua none du développement et vice-versa. Pour l'association, prévenir et résoudre les conflits c'est aussi travailler pour le développement. Cela exige, selon elle, d'agir sur les causes et les facteurs des conflits armés : la circulation irresponsable des armes et l'exploitation des ressources naturelles pour financer les conflits. Le CCFD-Terre solidaire a rejoint en 2003 la mobilisation mondiale pour un Traité international sur le commerce des armes (TCA). CCFD-Terre solidaire plaide pour la souveraineté alimentaire, le partage des richesses financières, la prévention et résolution des conflits, la responsabilité sociétale des entreprises et de bonne condition pour les  migrations internationales.

   A raison de huit numéros par an, la revue propose des reportages de terrain sur les enjeux du développement dans les pays pauvres, des témoignages d'organisations partenaires du CCFD-Terre solidaire, un dossier qui décrypte les enjeux du monde actuel et des rubriques culture et actualité. Il s'agit de l'un des rares magazines spécialisé sur les questions de solidarité internationale, disponible uniquement par abonnement. Le numéro 311 de décembre comporte un dossier sur les migrants. Malgré les restrictions politiques européennes et nationales, de nombreuses associées épaulées par des municipalités organisent l'accueil des migrants, leur apportant aide matériel et solidarité humaine.

 

Site internet : ccfd-terresolidaire.org

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11 mars 2020 3 11 /03 /mars /2020 13:09

   Ce titre abrupt ne doit pas faire illusion. Il est difficile d'isoler les sociologies marxistes en France du reste de l'Europe et même du continent euro-asiatique, tant la diffusion de celles-ci, avec différentes "déformations éditoriales", ou différentes réceptions, en cours de route dans le reste du monde s'accompagne aussi d'influences en retour d'autres sociologies marxistes vers la France, et cela d'autant plus que les différents courants marxistes de différents pays ou régions sont constamment en débat, depuis le début de leur émergence, après les premiers textes des deux fondateurs (et certains écrivent même d'avant...).

   Ceci dit, les recherches marxistes menées en France dans le camp de la sociologie au cours des années 1960 et 1970 conduit à deux constats, pour Bruno THIRY, Antimo FARRO et Larry PORTIS :

-d'une part, ces travaux sont principalement consacrés à l'étude des institutions et pratiques sociales propres aux sociétés contemporaines avec une référence explicite à la théorie de l'État esquissée par Karl MARX ;

- D'autre part, leur méthodologie privilégie, dans un même geste de fidélité théorique, le point de vue de "la reproduction des rapports sociaux de production".

  Le recul d'environ trois décennies permet de distinguer comme les plus représentatives des contributions à ce projet commun, celles de Louis ALTHUSSER (1918-1990), de Nicos POULANTZAS (1936-1979) et de quelques théoriciens de la sociologie urbaine : Henri LEFEBVRE, Manuel CASTELLS et Michel VERRET.

 

La situation de la sociologie "marxiste" aujourd'hui...

   Pour ce qui concerne les recherches ultérieures des années 1980 à nos jours, d'une part le recul parait insuffisant, notamment pour savoir si les lignes d'orientations des recherches ont réellement bougé en France, pour tracer avec suffisamment de garanties scientifiques, les apports des pensées dominantes en matière de sociologie marxiste. Toutefois, on peut s'y essayer et surtout indiquer des directions de recherches.

   Car il faut bien constater un prolongement de l'influence des auteurs cités précédemment, boostée certainement par les événements de mai 1968, dont les effets n'ont pas fini de provoquer des changements dans la société française. Le fait marquant - tant il est difficile de dissocier les divers aspects du marxisme en général, sur la plan philosophique et politique - est l'éloignement de plus en plus grand de la mouvance marxiste des sphères du pouvoir politique, du fait de la chute des appareils communistes (Parti, influence syndicale, organisations de jeunesse...), bien avant d'ailleurs l'effondrement de l'URSS et du bloc communiste aux début des années 1990. C'est dans le prolongement de tout le mouvement communiste critique que de nombreuses recherches, surtout réalisées aux croisements des sociologies politique et du travail, sont portées par la réflexions théoriques des auteurs emblématique de la période précédente. D'autant que de nombreuses oeuvres ne sont découvertes éditorialement que vers la fin des années 1960 et dans les années 1970, portant leur écho loin avant. (d'Ernst BLOCH, de GRAMSCI, dont l'influence est réelle en France, d'ALTHUSSER...). De multiples recherches nées dans les mouvances des grandes "hérésies" marxistes dans le domaine des sciences historico-sociales se poursuivent, parfois de manière souterraines (du point de vue de leur exposition médiatique), parallèlement au développement de quantités d'approches non marxistes et mêmes libérales qui deviennent dominantes dans le mode universitaire.

La dynamique même du capitalisme mondial provoque, même chez les chercheurs non marxistes, de multiples recherches sur les inégalités sociales, sur les conditions de vie, comme sur les conditions d'exercice du pouvoir politique et du pouvoir économique. Parmi ces recherches en sociologie, éclosent mille marxismes, dont beaucoup n'ont pas abandonné toute perspective politique (au sens d'applications concrètes de perspectives marxistes). Ces mille marxismes, qu'analyse pour la France et l'Italie André TOSEL, "se présentent sous forme inédite qu'il faudra interroger, ne serait-ce que parce que la fin de l'unité coercitive (et toujours provisoire) d'une orthodoxie marxiste légitime laisse indéterminé le pluralisme des milles marxismes. Quel est en effet le consensus minimal sur ce qu'il convient de nommer une interprétation marxiste légitime, étant entendu que cette légitimité est "faible" en ce qu'elle a fait son deuil de son devenir orthodoxe ou même hérésie. cette question est celle-là même que pose l'historien Éric J. Hobsbawm, le maître d'oeuvre de la dernière histoire en date du marxisme (Storia del marxismo, 1982)." On peut mesurer par les termes mêmes de cette interrogation, l'écho encore fort d'une problématique orthodoxie/hérésie qui traversait, bien avant les années 1960, la mouvance marxiste. D'ailleurs, surtout parmi ceux qui travaillent dans le domaine des sciences sociales - et nombreux qui nient ou camouflent encore aujourd'hui la genèse marxiste de leurs approches - cette manière de penser le marxisme a peu d'importance par rapport à l'approfondissement de leurs analyses sociologiques sur le fonctionnement du monde telle qu'il est, avec toutes ses contradictions, dans de multiples domaines (santé, logement, manière de faire de la politique, ect...). Pour prolonger la réflexion d'André TOSEL, nous pourrions écrire que la période qui commence après 1991 est le commencement de mille sociologies marxistes éclatées qui s'installent dans maints endroits de la société française, portant la critique marxiste sans en dire le nom et surtout sans prétentions hégémoniques aucunes, tant les débats orthodoxie/hérésies leur paraissent lointains, comme parait lointain encore l'horizon de l'application de principes politiques, économiques, sociaux qu'ils peuvent tirer de leurs recherches. Et d'ailleurs, maints auteurs, d'abord d'inspiration libérale ou proche, devant l'ampleur des effets sociaux, politiques et économiques, et maintenant environnementaux du développement du capitalisme en viennent à adopter des attitudes et des manières de penser critiques qui les distinguent de moins en moins de leurs collègues de formation marxiste...

      Ce n'est pas pour autant que certains sociologues ne se revendiquent pas marxistes. Pleinement, même s'ils s'épanouissent parfois à l'ombre de penseurs qu'ils diraient socio-démocrates ou libéraux comme André GLUCKSMANN, Bernard HENRY LÉVY et plus encore de Karl POPPER et de HAYEK. André TOSEL pense pouvoir établir une sorte de typologie suivant les prises de position, ce qui laisse d'ailleurs dans l'ombre les sociologues qui travaillent peu la sociologie politique, mais qui exercent leurs recherches de manière très sectorielle : "sortie hors du marxisme, tentative d'un retour à MARX et à un MARX minimal avec l'espoir d'une reconstruction accomplie par greffes d'autres courants de pensée, maintien du marxisme comme réserve d'une utopie critique en attente de jours meilleurs pour une reprise devenue inassignable de la théorie".

Il décrit alors le panorama d'un post-althussérisme, d'une déconstruction et refondation marxistes en France, qui concerne bien au-delà du travail des sociologues qui se réclament encore du marxisme.

Ayant souligné le fait que la France est un des pays où la crise du marxisme a été très violente, il relève un certain nombre d'éléments, dont il n'est pas sûr qu'ils fassent complètement le tour de la question :

- Les "nouveaux philosophiques" présentèrent une "note à payer" condamnant le communisme pour le goulag de l'Union Soviétique, l'échec à satisfaire les besoins des populations et le régime totalitaire (bien avant la chute de 1991) : l'humanisme semblait se présenter comme une sorte d'alternative au communisme, ce qui donna lieu à des recherches intéressantes comme celles de Lucien SÈVE (Marxisme et théorie de la personnalité, 1968, 1974), ce denier auteur restant dans une lecture conventionnelle du matérialisme dialectique ;

- D'autres tendances, plus sensibles aux impasses du marxisme, tentèrent une philosophie de la praxis. Comme Jacques TEXIER, Christine BUCI-GLUCKSMANN, André TOSEL (Praxis, une refondation de la philosophie marxiste, 1984).

- D'autres encore, tentèrent une reconstruction, fortement théorique, avec bilan à la clef, comme Henri LEFEBVRE (Le droit à la ville, 1968, 1973 ; La production de l'espace, 1974 ; De l'État, en 4 volumes, 1975-1978 ; Une pensée devenue monde, 1980).

- Certains tentèrent de mener cette reconstruction d'une autre manière, ainsi Georges LABICA et G. BENSUSSAN) dans leur difficile entreprise d'un Dictionnaire critique du marxisme (1982)...

- En cette période de délégitimation virulente du marxisme, se maintint un marxisme post-althussérien (mais non anti-althussérien), d'auteurs qui poursuivent des recherches, même privé de "rapport organique à la pratique", en un double sens : découverte continue de la complexité d'une oeuvre inachevée (Jacques BIDET, Que faire du Capital? Matériaux pour une refondation, 1985 et Jacques ROBELIN, Marxisme et socialisation, 1989) et poursuite d'une certaine productivité théorique (Étienne BALIBAR, Lire le Capital et J. WALLERSTEIN, sur les questions nationale et "raciale" et encore Yves SCHWARTZ, Expérience et connaissance du travail, 1988, et encore Toni ANDRÉANI, De la société à l'histoire, 1986...).

   "Toutes ces recherches, écrit André TOSEL, proposent une sorte de relecture critique de Marx et il conviendrait de préciser sur quel minimum doctrinal elles s'accordent pour se qualifier de "marxistes". En tout cas (outre le fait que, nous l'avons dit nous-mêmes, que maints sociologues ne s'en soucient pas... même si leur sociologie est emprunte, parfois fortement, mais sans un vocabulaire trop "marqué" de marxisme...), même si la victoire à la Pyrrhus de la nouvelle gauche "socialiste" les a alors renvoyé à la confidentialité en imposant les théoriciens sociaux-libéraux résignés à l'éternité du capitalisme et si elle a pu faire croire un instant aux vertus d'une politique du jugement déconnectée de toute critique substantielle des rapports sociaux néo-capitalistes pilotant l'ainsi nommée "modernisation", elles ont fait mieux que tenir bon, elles ont exploré les limites et impasses de cette modernisation, elles ont actualisé à leur manière la période anticapitaliste dont parlait le vieux Lukas (l'auteur fait référence aux dernières de ses oeuvres...), et cela avec la conscience du caractère irrémédiablement daté, fini et improposable des formes d'organisation et des stratégies du communisme historique. Leur propre faiblesse a résidé précisément dans précisément dans leur séparation d'avec tout processus politique à même de traduire positivement leurs instances critiques."

En effet, dans un univers des avoirs aujourd'hui éclatés en autant de disciplines et de sous-disciplines, malgré des volontés d'interdisciplinarités, les sociologies marxistes françaises font figure plutôt d'outils de résistance face à un capitalisme médiatiquement encore triomphant mais aux failles de plus en plus évidentes aux yeux de plus en plus de sociologues, même non marxistes.

 

Bruno THIRY, Antimo FARRO et Larry PORTIS, Les sociologies marxistes, dans Sociologie contemporaine, Sous la direction de Jean-Pierre DURAND et de Robert WEIL, Vigot, 2002. André TOSEL, Devenir du marxisme : de la fin du marxisme-léninisme aux mille marxismes, France-Italie, 1975-1995, dans Dictionnaire Marx contemporain, Sous la direction de Jacques BIDET et d'Austache KOUVÉLAKIS, PUF,  collection Actuel Marx Confrontation, 2001.

 

SOCIUS

 

 

 

 

 

 

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10 mars 2020 2 10 /03 /mars /2020 11:57

   La revue littéraire mensuelle Europe, fondée en 1923 sous l'égide de Romain ROLLAND (1866-1944), constitué une référence encore aujourd'hui. Née sous les auspices du pacifisme de l'entre-deux-guerre, longtemps proche du Parti Communiste Français, dans le cadre d'un "antifascisme compagnon de route", elle compte parmi ses animateurs historiques des membres de l'Abbaye de Créteil, puis des écrivains comme Jean GUÉHENNO, Jean CASSOU, Louis ARAGON, Pierre ABRAHAM ou encore Pierre GAMARRA.

Rappelons simplement ici que l'Abbaye de Créteil est un groupe fraternel d'artistes, communauté littéraire et artistique, s'inspirant de l'Abbaye de Thélème imaginée par RABELAIS dans Gargantua et du compagnonnage §avec principal initiateur Charles VILDRAC), fondée en 1906 et fermée en janvier 190!, mais dont l'organisation perdure à Paris pendant plus d'une année, le temps de créer une maison d'édition du même nom.

   Publiée par les éditions Rieder, sous la direction en janvier 1924 d'Albert CRÉMIEUX, elle considère, que l'Europe, entre Orient et le Nouveau Monde, est le carrefour où se rejoignent les civilisations. C'est à tous les peuples que les membres de la revue veulent s'adresser, "dans l'espoir d'aider à dissiper les tragiques malentendus qui divisent actuellement les homme" (René ARCOS, dans le numéro 1, année 1). Actuellement (2011), alors qu'elle est éditée maintenant par SEP Europe, elle compte dans son comité de rédaction, entre autres, Michel APEL-MULLER, Henri BÉHAR, Charles DOBZYNSKI, Henri MITTERAND, Jean-Baptiste PARA, Pierre VILAR... Avec son rédacteur en chef Jean-Baptiste PARA, le comité de rédaction propose des dossiers sur nombre d'éléments de la culture européenne, que ce soit des auteurs de la "haute" littérature (dans maints domaines, du roman à la philosophie) (Rolan DUBILLARD, pour le n°1065-1066 de janvier-février 2018) ou de la littérature populaire (Tintin, pour le numéro 1085-1086 D'OCTOBRE 2019). Mais chaque numéro comporte, outre ce dossier, car la revue s'attache à publier régulièrement des Cahiers de création qui font place à des nouvelles, des proses et des poèmes inédits français et étrangers. Chaque livraison de la revue propose également une série de "Chroniques" consacrées à l'actualité du roman, de la poésie, de la musique, du cinéma et des arts plastiques. Enfin, les "notes de lecture" viennent compléter le panorama de la vie littéraire et culturelle.

Le numéro 1087-1088 de novembre-décembre 2019 porte sur deux écrivains majeurs de l'Empire austro-hongrois : Adalbert STIFTER, lu par notamment Jacques Le RIDER, et Joseph ROTH, à la lumière d'une étude de la Marche de Rodetzky, par Karl ZIEGER. Cet ensemble de textes est sous le parrainage implicite de Caludio MAGRIS.

Le numéro 1000 livrait un abécédaire de la culture européenne, car pour leurs animateurs, Europe n'est rien moins qu'une encyclopédie des cultures. Selon l'opinion de nombreux spécialistes et de... nombreux lecteurs, la revue est l'une des rares en France de niveau international.

 

Europe, 4 rue Marie Rose, Site : europe-revue.net

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9 mars 2020 1 09 /03 /mars /2020 09:17

  Très récente revue bisannuelle, Zllsel, fondée en 2017 (mais en gestation depuis 2013, faisant référence à des entretiens avec Edgar ZILSEL...), est conçue comme la suite de carnets de recherche (blog), qui abordent la question des techniques et des savoirs sous l'angle interdisciplinaire de l'économie, de la sociologie, de l'histoire, de l'anthropologie et de la philosophie. Reliés par des recherches antérieures et des intérêts de connaissance communs, associés via des séminaires au Collège international de philosophie (Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines), les fondateurs et rédacteurs de Zilsel espèrent attirer pour chaque numéro thématique des contributeurs extérieurs, parvenant à constituer un "collectif stabilisé et en progrès".

  La rédaction, dirigée par Jérôme LAMY et Arnaud SAINT-MARTIN, avec un comité de rédaction d'une vingtaine de personnes, sous la coordination éditoriale de Louis WEBER, se propose d'explorer "les régions surpeuplées, les confins, les zones périphériques, les espaces désertés et les frontières" d'un espace Science, technique et société. Chaque numéro est composé de six rubriques, reflétant des discussions critiques sur tel ou tel sujet : Confrontations (articles "varias"), Frictions (sujet disputé), Libres échanges (entretiens de l'équipe éditoriale), Friches (analyses bibliographiques) et Critiques (comptes rendus d'ouvrages). Publiée par les Éditions du Croquant qui publient aussi Savoir/Agir et un certain nombre d'ouvrages critiques), la revue en est à son numéro 1 de 2020 : 2020/grève !, référence directe à l'attitude des membres du comité de rédaction de la revue envers les mouvements contre la réforme des retraites.

Dans son numéro 6, d'octobre 2019, la revue proposait une réflexion sur "Des revues paysantes et de leurs conséquences sur la recherche". Des articles sur l'examen de la spécificité des raisonnements en sciences de l'homme, l'usage de leurs réseaux par les normaliens, et une retour sur la légitimation douteuse de M; Emmanuel Macron par les intellectuels.

 

Zllsel, Éditions du Croquant, Vulaines-sur-Seine.  Site editions-croquant.org

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9 mars 2020 1 09 /03 /mars /2020 09:00

     Vu les modes en matière de communications aujourd'hui, on se sent obligé de commencer pour un avertissement : ceci n'est pas un article sur les réseaux sociaux d'Internet.

 

   L'analyse des réseaux est une approche issue de la sociologie, et précisément de l'interactionnisme structural. La théorie des réseaux sociaux conçoit les interactions sociales en termes de noeuds et de liens. Les noeuds sont habituellement les acteurs sociaux dans le réseau mais ils peuvent aussi représenter des institutions, et les liens sont les interactions ou des relations entre ces noeuds. Il peut exister plusieurs sortes de liens entre les noeuds. Dans sa forme la plus simple, un réseau social se modélise pour former une structure analysable où tous les liens significatifs entre les noeuds sont étudiés. Il en va de même pour les trous structuraux, c'est-à-dire une absence de liens directs entre deux sommets. Il est entre autres possible par cette approche et méthode de déterminer le capital social des acteurs sociaux.

 

Des définitions diverses

     Désignant un ensemble d'éléments interconnectés, la notion de réseau a un caractère polysémique dans le langage courant. D'un côté, elle possède souvent une connotation positive lorsqu'elle est employée à propose d"une forme organisationnelle ou de voies de communication. le réseau,renvoie ainsi, dans le domaine du management à des modes d'organisation souples et décentralisées, pensée comme plus efficaces que des structures hiérarchiques traditionnelles. D'un autre côté, les réseaux sont fréquemment associés au secret, aux activités clandestines et aux luttes d'influence quand il en est question dans les univers économique, médiatique, politique ou administratif. Dans ce dernier univers, la référence au réseau est d'autant plus péjorative que celui-ci se démarque du mode légitime d'organisation, analysé par le sociologue allemand Max WEBER : la bureaucratie. En effet, le réseau présente les avantages et les inconvénients d'une organisation non bureaucratique : il n'y a pas de fonction clairement définie, n'agit pas selon des règles écrites et impersonnelles et ne poursuit que des objectifs de court terme.

La notion de réseau s'est imposée récemment en sciences sociale. Dans son acception dominante, elle vise à caractériser soit un système de relations inter-individuelles ou inter-organisationnelles (un réseau complet), soit les relations propres à un individu (un réseau personnel). Ces relations peuvent être symétriques ou non. Elles sont définies par l'existence de contacts (interconnaissance, participation conjointe à un événement), la forme prise par des interactions (collaboration, contrôle, etc.) ou la nature du bien matériel ou symbolique échangé (amitié, commerce, etc.). le réseau est considéré comme un cadre dans lequel s'insère l'action d'un individu et qui est de nature à contraindre ou au contraire à faciliter. Quelle que soit la perspective adoptée, il s'agit de porter l'attention plus sur les propriétés relationnelles des individus que sur un attribut attaché a priori à leur personne ou aux groupes dont ils sont issus. La démarche des analystes de réseaux se veur "méso-sociologique" : ni individualiste ni structuraliste stricto sensu, mais une combinaison des niveaux d'analyse individuel, relationnel et structurel. (François DENORD)

 

Une élaboration théorique en trois grandes périodes

   Il existe aujourd'hui une association internationale de chercheurs en analyse de réseaux (International Network for Social network Analysis - INSMA) qui utilisent peu ou prou le même vocabulaire, mais la théorie des réseaux mobilise des éléments qui changent de signification d'une période à l'autre. Ces chercheurs ne puisent pas tous dans leurs conceptions à la même source et surtout n'ont pas - et parfois ils ne les abordent même pas - de réflexions sur les conflits et les coopérations.

    A. DEGENNE et M. FORSE, écrivent en 1994 (Les Réseaux sociaux) que "les fondations de ces différents édifices ont été construites entre les années 1940 et les années 1960 (outre les textes de certains auteurs classiques de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, comme ceux de BOUGLÉ et de SIMMEL). Dans les années 1960 et 1970 se sont développées des recherche méthodologiques destinées à assurer la mise en oeuvre rigoureuse. Des années 1980 à aujourd'hui, elles ont été amendées et perfectionnées, parfois par leurs auteurs aux-mêmes, parfois par d'autres et dans le même temps de nouvelles pistes se sont ouvertes".

L'analyse des réseaux se fonde sur :

- un cadre théorique qui repose sur une conception large de la structure sociale et de nombreuses études empiriques démontrant que "les comportements des individus sont liés aux structures dans lesquelles ils s'insèrent" (DEGENNE et FORSE, Les Réseaux sociaux, Armand Colin, 1994), chose d'ailleurs que les interactionnistes n'ont pas découverte. La sociométrie des individus a aussi contribué à l'essor de l'analyse des réseaux sociaux. L'apport empirique de la sociométrie est dû en partie à l'oeuvre de MORENO, qui est perçu comme un des précurseurs de l'analyse de réseau et de la psychologie sociale?. Enfin l'analyse de réseaux repose aussi sur l'apport des mathématiques aux sciences sociales : "Tôt dans le développement théorique de l'analyse de réseaux, des chercheurs ont trouvé des utilités aux modèles mathématiques" (S. WASSERMAN ET K. FAUST; Social network analysis. Methods and applications,  Cambridge University Press, 1994) ;

- un cadre méthodologique qui se réfère, quant à lui, à l'usage fait par le chercheur de données de types quantitatifs et qualitatifs et du traitement analytique de ces données.

    En 1957, Elisabeth BOTT publie son étude sur les systèmes de relations des familles. Elle émet l'hypothèse que "le degré de ségrégation des rôles entre mari et femme varie dans le même sens que la densité du réseau social de la famille" (Family and social network, The Free Press, 1971, 2ème édition) ; c'est-à-dire que la séparation distincte dans la répartition des tâches domestiques selon le genre tend à être plus élevées dans un réseau social où les membres sont fortement liés entre eux. L'hypothèse de BOTT demeure valide et non réfutée jusqu'à ce jour. Pour sa part, Stanley MILGRAM met en place, en 1967, un dispositif expérimental d'investigation qui fait encore aujourd'hui référence dans les recherches sur le "petit monde" (The small world problem, Psychology Today, n°1, 1967). Il a tenté de calculer le nombre de liens moyens qui séparent une personne de n'importe quelle autre personne sur Terre. Des recherches sur le petit monde sont encore menées actuellement.

   Aujourd'hui, les sujets de recherche en analyse de réseaux sont multiples, la famille, les relations de travail, la camaraderie, etc. Cette approche est actuellement aussi utilisée à d'autres fins que celles de la recherche scientifique, par des conseillers en relations professionnelles ou encore à des fins commerciales. Alors qu'au début, il s'agit surtout de mettre sur pied une approche qui permette de comprendre comment les individus interagissent les uns avec les autres, l'analyse des réseuaux dispose de nos jours d'outils variés et puissants.

  Outre l'ensemble des instruments qui permettent d'appréhender la structure d'un réseau (son diamètre, sa densité, etc.) trois niveaux d'analyse sont classiquement mis en oeuvre : le premier consiste à positionner les agents dans une structure relationnelle à l'aide d'indicateurs sociométriques ; le deusxème, à mettre en évidence l'existence de sous-groupes cohésifs au sein d'une population ; le troisième, à regrouper les agents en fonction de leurs profils relationnels, ce qui permet de passer du plan individuel au plan structural. A ces approches s'ajoutent des modèles plus complexes tentant d'articuler attributs des individus et propriétés relationnelles.

  L'une des vertus essentielles de l'analyse des réseaux est de mettre l'accent sur un type de ressources paradoxalement souvent délaissé par les sociologues : le "capital social", au sens non pas du droit des sociétés mais de la sociologie, notions théorisée dans les années 1970 et 1980, par Pierre BOURDIEU et James S. COLEMAN, notamment. Un individu peut tirer de son insertion dans des réseaux sociaux des profits qui ne sont réductibles ni à ses revenus, ni à son capital culturel. Peut-on pour autant parler d'une théorie des réseaux sociaux? Depuis les années 1960, un certain nombre d'auteurs ont voulu faire de l'analyse des réseaux un nouveau paradigme. Une telle démarche présente au moins deux risques : celui de penser le réseau comme autosuffisant et de laisser de côté les propriétés autres que "relationnelles" des individus (âge, sexe, origines sociales, etc.) ; celui de faire du réseau la texture "naturelle" du monde social, en omettant que les réseaux sont aussi des constructions sociales et historiques. C'est pourquoi l'analyse des réseaux doit avant tout être envisagée comme un ensemble de méthodes qui, en tant que telles, sont mobilisables par la plupart des grands courants théoriques : analyse stratégique, interactionnisme, structuralisme génétique, etc. (François DENORD)

 

Analyse des réseaux et problématiques coopération/conflit

      Même si certains auteurs n'oublient pas la lointaine référence aux études de Georg SIMMEL, penseur du conflit, il faut bien se rendre compte que les différentes études autour de la méthode d'analyse des réseaux font bien plus la place aux modalités de coopération des noeuds-individus ou organisations, qu'aux possible conflits entre eux. La "théorie" des réseaux ne semble s'intéresser qu'à ce qui se passe à l'intérieur d'une structure sociale donnée - ce qui n'est pas sans... intérêt - et semble peu utilisée pour comprendre les contradictions à l'intérieur d'un système social, que ce soit la famille, l'entreprise ou même une administration publique ou privé. Elle pourrait constitué néanmoins un outil utile pour comprendre comment dans une structure donnée, s'instaure des relations de coopération et de conflit, et surtout pour comprendre comment, ces structures s'insérant souvent dans un ensemble plus grand, des noeuds passent d'une attitude de coopération plus ou moins forte envers d'autres noeuds d'un même réseau pour nouer des relations avec un autre réseau, en contradiction avec cette dernière. On a souvent affaire, dans la réalité, à des relations entre réseaux, qui ont une importance égale, voire parfois supérieure, aux relations à l'intérieur d'un réseau. Si les auteurs se concentrent sur les conditions de l'efficacité des interactions dans un réseau, étudiant en fait souvent des relations entre noeuds dans des ensembles bureaucratiques, leurs études débouchent parfois sur un questionnement sur les conflits générés par ces interactions. Ce qui frappe, finalement, c'est aussi la porosité de ces réseaux, leur malléabilité et souvent leur précarité dans l'espace et dans le temps. On peut se poser aussi la question, en terme d'économie de moyens, si les questionnements micro-sociaux ainsi fréquemment posés, débouchent réellement sur des actions qui permettent précisément d'améliorer le fonctionnement desdits réseaux.

La mise à disposition des chercheurs d'outils mathématiques et informatiques peut souvent donner l'illusion d'une recherche qui progresse. Mais est-ce réellement le cas? Est-ce que, souvent, les chercheurs ne s'arrêtent-ils pas en cours de route - après tout, cette approche peut être fructueuse - dans leurs conclusions, sans doute freinés par la provenance même des commanditaires de telles études?

 

François DENORD, Théorie des réseaux, Encyclopedia Universalis, 2014.

 

SOCIUS

 

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7 mars 2020 6 07 /03 /mars /2020 07:35

      Intitulée les cahiers de la médecine utopique, la revue trimestrielle Pratiques, créée en 1975, entend occuper "une place particulière dans le paysage des revues." Elle se situe au carrefour du social, du politique, des sciences, de la philosophie, de l'anthropologie, de l'art... et "s'efforce de repérer, décrypter et analyser les différentes dynamiques à l'oeuvre dans les questions de soin et de santé.

Pour les responsables de la revue, "les lieux de soins ne peuvent remplir leur fonction qu'à la condition que la personne puise y être entendue et prise en compte dans toute sa complexité et sa singularité. Ils doivent  lui permettre de repérer l'influence de l'environnement, des conditions de vie et de travail et des dysfonctionnements de la société, sur la santé dans toutes ses composantes." A partir de là, Pratiques propose une réflexion, à partir de savoirs croisés, "qui nous concerne tous". Son ambition est de contribuer à la défense d'un système de santé de qualité, solidaire et accessible à tous. Ses colonnes sont ouvertes aux collaborations extérieures, notamment aux "acteurs de la santé et du social, aux professionnels des sciences humaines et aux usagers de la médecine, les invitant à partager leurs expériences, leurs points de vue et leurs initiatives dans le champ de la santé."

La revue Pratiques, les cahiers de la médecine utopique, qui veut mener "une analyse critique constructive et indépendante, sans publicité ni subvention", est animée par des personnes bénévoles et n'a pas d'autres ressources que ses lecteurs. Médecins généralistes et spécialistes, psychiatres et psychologues, médecins du travail, infirmières, assistantes sociales et universitaires se partagent les tâches.

    La revue a déjà une assez longue histoire derrière elle. Créée en marge du Syndicat de la Médecine Générale, par des jeunes médecins qui voulaient pratiquer la médecine autrement, aller au-delà de la formation reçue dans les amphithéâtres de la Faculté, elle se caractérise par une indépendance affirmée vis-à-vis de l'industrie du médicament, omniprésente dans les études médicales et dans la pratique des médecins, qu'ils soient de profession libérale ou hospitaliers. Pratiques ne partagent que peu de choses avec les autres revues médicales, sauf avec la publication Prescrire. Depuis, les liens ont été coupés avec le SMG, rédactionnellement et financièrement, et est publiée depuis décembre 2006 par une société éditrice indépendante, Les Éditions des cahiers de la médecine utopique. La revue ne survit que grâce au soutien de ses lecteurs, privé de subventions (notamment du Centre national du livre)

    Pratiques aborde parmi ses premiers thèmes, la contraception, le maintien à domicile, l'alimentation des enfants, les antibiotiques, l'Ordre des médecins. Elle soutien les réseaux de santé, car seuls les liaisons entre différents intervenants peuvent assure une médecine efficace. Elle lutte aussi pour d'autres modalités du paiement des médecins, militant pour une politique du paiement à la fonction et non à l'acte, pour orienter fortement la politique de santé vers la prévention. A travers ses publications papier et son site Internet, la revue entend participer à l'actualité du monde médical et de la santé.

   Peu de thèmes, à travers ses 100 pages par numéro, ne sont pas abordés par la revue. Dans ses rubriques Santé et soin au jour le jour, Lu ou vu pour vous, lu ou vu par nous, Annonces et Communiqués, Humeurs et agacements, elle aborde pratiquement tous les aspects de l'actualité du moment et les dossiers les plus divers. Dans son numéro 87, d'octobre 2019, elle traite des déserts médicaux qui s'étendent et de la médecine libérale en crise, et des hôpitaux qui s'étranglent. Elle s'interroge sur comment les soignants peuvent garder le sens de leurs métiers.

 

Revue Pratiques, 52, rue Gallieni, 92240 Malakoff, Site : pratiques.fr

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5 mars 2020 4 05 /03 /mars /2020 09:15

   Se présentant comme le seul magazine chrétien français des droits de homme, le bimestriel Humains est le journal de l'ACAT (Action des chrétiens pour l'abolition de la torture), fondé en 1974, pour "le respect des droits de tout être humain, qu'il soit libre ou prisonnier.". L'Association française de la Fédération internationale de l'ACAT (FIACAT, dotée du statut consultatif auprès des Nations Unies), avec une trentaine de milliers d'adhérents et de donateur (36 600 en 2017), regroupe des chrétiens protestants, catholiques et orthodoxes ainsi que des membres d'autres confessions et des laïcs. Ses fondatrices, Hélène ENGEL et Edith du TERTRE, ont été sensibilisées à la question de la torture à la suite d'une conférence du pasteur italien Tullio VINAY à son retour du Sud-Vietnam en 1974.

    Le magazine milite tout particulièrement contre la torture et les mauvais traitements, pour l'abolition de la peine de mort partout dans le monde, et pour la défense du droit d'asile en France.

   Tous les deux mois, Humains propose en une vingtaine de pages l'analyse en 4 pages d'une situation et problématique dans un pays et une proposition d'action correspondante, des article brefs ou longs sur l'actualité des droits de l'homme en France et partout dans le monde, un dossier de fond sur un sujet concernant les droits de l'homme, des ressources pratiques en vue de la mobilisation, une rubrique Méditer, espace spirituel et de réflexion sur les lien entre religions et droits de l'homme "pour nourrir action et foi", des informations sur les campagnes de l'ACAT, des propositions d'action.

Ses articles soutiennent des actions-campagnes de l'ACAT, par exemple sur les ententes entre services secrets français et marocains pour étouffer des cas de tortures envers deux citoyens marocains (février 2014) ou sur une exportation d'armes françaises vers l'Arabie Saoudite (mars 2019). Dans le n°14, de novembre-décembre 2019, le magazine consacre un dossier de réflexion à la dignité humaine, dont la négation est un outil de domination dans nombre de régimes autoritaires.

L'ACAT a publié en mars 2016 un rapport intitulé "L'ordre et la force", à propos de l'usage de la force par la police et la gendarmerie française, qui dresse un état des lieux des violences policières en France entre 2005 et 2015.

Humains, ACAT, 7 rue Georges Lardennois, 75019 Paris, Site acatfrance.fr

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5 mars 2020 4 05 /03 /mars /2020 09:06

   Alors que beaucoup croyaient (et espéraient) que le marxisme ne fournirait plus d'explications valides et ne servirait plus à rien nu à personne, les événements, faits d'accroissement des inégalités et de divers problèmes de tout ordre, prouvent le contraire. C'est d'ailleurs, souvent, les politiques économiques et sociales opposées aux conceptions socialistes du monde, de par leurs propres effets sur la réelle marche du monde, qui provoquent le regain des études marxistes - et de la pensée marxiste en général - dans le monde, y compris dans les régions considérées les plus rétives, au coeur du capitalisme mondial, aux États-Unis (mais pas seulement) par exemple.

   Et, également, c'est parce que maints régimes politiques officiellement marxistes (et qui l'étaient si peu) ont aujourd'hui disparu, et que maints régimes prétendant encore l'appliquer (on pense à la Chine et à la Corée du Nord par exemple), sans plus illusionner personne (et à commencer par leurs propres bureaucraties), qu'est rendu possible un regain de la manière marxiste de penser le monde... et de le transformer (malgré tous ceux qui disent encore que cela n'est pas possible...).

   Il n'y a pas une sociologie marxiste, comme il n'y a jamais eu un seul marxisme, surtout après MARX (et même de son vivent, sans doute!), mais des sociologies marxistes. On ne saurait donc pas définir la sociologie marxiste parce qu'il n'existe pas en tant que telle : si les principes théoriques communs habitent, comme l'écrivent Bruno THIRY (de l'Institut d'Études Politiques de Paris), Antimo FARRO (de l'Université "La Sapienza" de Rome) et Larry PORTIS (de l'Université américaine de Paris), les différentes productions théoriques, ils ne sont pas suffisants pour rassembler celles-ci en un corps homogène. Les principes ou paradigmes peuvent s'énumérer ainsi :

- le principe de contradiction (emprunté à HEGEL) qui fonde le matérialisme dialectique ;

- l'existence de classes sociales différenciées, aux intérêts souvent contradictoires ;

- le rôle de l'État ancré dans les rapports de force ;

- le privilège accordé à l'étude des conflits et des mouvements sociaux,issus des contradictions sociales ;

- l'importance accordée aux "structures sociales" pour expliquer les trajectoires et les comportements individuels...

   "De plus, expliquent-ils encore, les sociologues marxistes ont été toujours profondément influencés par les débats qui ont eu cours dans la philosophie (LUKACS, KORSCH, GRAMSCI, ALTHUSSER) ou dans l'économie marxiste, pesant à leur tour sur les disciplines voisines.

En même temps, s'il est impossible de définir la sociologie marxiste, celle-ci a profondément influencé la sociologie en général parce que l'objet même de la théorie de Marx est au coeur de la sociologie. On peut redire avec Henri LEFEBVRE (1901-1991) que "Marx n'est pas sociologue, mais (qu') il y a une sociologie dans le marxisme".

En effet, à côté du Marx savant, le Marx militant, organisateur de la classe ouvrière et des mouvements sociaux, n'a pas cessé d'influencer la production scientifique du premier. Di autrement, l'existence même de mouvements sociaux renvoie au marxisme, même s'il n'en est pas l'initiateur, pour au moins savoir ce qu'il peut en dire. Historiquement, le contexte économique, politique et social fortement conflictuel a été favorable à l'épanouissement d'un marxisme théorique et de sociologies marxistes." Ils continuent en écrivant que "le dernier exemple historique est la longue période de croissance des Trente glorieuses. Dans certains pays, un mouvement syndical puissamment revendicatif, proche de partis communistes eux aussi assez forts, a attiré des intellectuels qui ont actualisé et développé les travaux de Marx. C'est vrai en France, en Italie, en Amérique Latine, mais ce l'est beaucoup moins, sinon pas du tout, aux États-Unis et en Grande-Bretagne où les intellectuels marxistes n'ont pas ou peu de rapport avec le mouvement ouvrier. Durant ces mêmes Trente Glorieuses, les mouvements de libération du tiers-monde (Algérie, Viet-Nam, Afrique Noire) et les tentatives de développement (Algérie, Cuba, Amérique Latine...) ont aussi favorisé un retour aux thèses de Marx sur la critique et le dépassement du capitalisme. Ainsi, la conjonction du renforcement du mouvement ouvrier et du développement des luttes de libération du tiers-monde créait un climat favorable au rayonnement du marxisme et à la production de nouvelles théories ou sociologies, profondément influencées ou se réclamant du marxisme", les sociologies marxistes.

A ce constat qui date de la fin des années 1990, en un temps où déjà les effets des Trente Glorieuses se sont beaucoup atténués (depuis les années 1980), il faut ajouter que le développement du capitalisme (mondialisation, financiarisation, informatisation avec Internet) engendre de nouvelles configurations sociales et oblige à prendre en compte nombre de données sociologiques nouvelles (et notamment la perte d'importance des masses ouvrières et paysannes). Et que le développement des effets de ce nouveau développement capitaliste provoque lui-même la résurgence d'analyses marxistes, notamment en Amérique Latine, aux États-Unis mêmes, en Asie et en Afrique.

  Si ces auteurs se concentrent sur les sociologies marxistes en France, en Italie, en Grande-Bretagne et aux États-Unis, d'autres élaborations théoriques se sont développées ailleurs. En tout cas; ce qui sépare les sociologies marxistes des autres, c'est la prise en compte du facteur économique dans la société, et même souvent, une prépondérance de ce facteur dans l'explication sociologique. Sans compter le fait que les sociologues autour du marxisme refusent de camper dans une position neutre, optant pour la défense de classes sociales ouvrières et paysans, mais pas seulement, tout en insistant sur le caractère scientifique de leurs travaux.

    Le constat du renouveau des études marxistes date maintenant déjà du début des années 2000, et ses causes sont multiples, la principale étant au coeur de l'économie, précisément l'élément capital (sans jeu de mots) du marxisme. Tony ANDRÉANI, de l'Université Paris VIII, écrévait dans le premier livre d'une série de livres Marx contemporain :

"Il y a quelques années des sociologues et des économistes s'interrogeaient sur le dépassement du taylorisme et du fordisme, certains croyant en l'avènement d'un nouveau modèle productif, baptisé "toyotisme" ou "udevallien", qu'ils croyaient porteur d'une réduction de la division du travail, d'une requalification de la main-d'oeuvre, d'un nouveau compromis social plus favorable au salariat. On mesure aujourd'hui l'étendue de leurs illusions et la pertinence de l'analyse marxienne. Non que Marx ait anticipé la forme actuelle du système productif mais il avait décrypté les tendances de fond du système capitalite, et l'on voit bien qu'elles sont toujours à l'oeuvre : la tendance à la prolongation du travail ; la tendance à l'intensification du travail,qui est aujourd'hui confirmée par toutes les études ; la tendance à l'accroissement de la division du travail, qui se manifeste par la coupure entre une élite intellectuelle high tech surpayée et le reste du salariat, qui crée d'ailleurs de forts clivages au sein même du monde des cadres ; la tendance à la déqualification, qui affecte la plus grande partie des opérateurs, notamment parmi les employés ; la tendance à la mise en concurrence de tous avec tous, qui entraine une énorme dégradation du climat social ; la tendance à traiter la force de travail comme un outil, comme lui "employable", "mobile" et "flexible" (selon les termes de l'idéologie managériale du moment) à volonté, et plus généralement comme un coût et non comme une source de richesse." Il y ajoute, dans la longue série de ces causes du regain à la fois des études marxistes et des luttes de classes, la crise économique chronique qui frappe le monde : tendance à la surproduction, au chômage de masse (souvent camouflé dans les chiffres officiels), à la constitution permanente d'un lumpen-prolétariat aux caractéristiques diversifiées...

 

Tony ANDRÉANI, Pourquoi Marx revient... ou reviendra, dans Marx contemporain, Éditions Syllepse, 2003. Bruno THIRY, Antimo FARRO et Larry PORTIS, Les sociologies marxistes, dans Sociologie contemporaine, Sous la direction de Jean-Pierre DURAND et de Robert WEIL, Vigot, 2002.

 

SOCIUS

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