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30 janvier 2020 4 30 /01 /janvier /2020 08:31

   Un des artisans de la politique de dissuasion nucléaire de la France, Pierre-Marie GALLOIS (de son vrai nom Pierre Gallois), est un général de brigade aérienne et géopolitologue français.

 

Une carrière militaire au plus haut niveau

Après avoir, pendant la seconde guerre mondiale (dès 1939), été chargé d'instruire les jeunes officiers à l'état-major de la 5e Région aérienne à Alger, puis rejoint en 1943 la Grande-Bretagne pour être navigateur au sein de la Royal Air Force (bombardiers lourds), il est affecté au début des années 1950 à l'OTAN. En pleine période de définition du rôle de l'arme nucléaire et d'émergence des vecteurs balistiques. En 1953 et 1954, il est affecté au cabinet du ministre de la Défense nationale pour y suivre les questions aéronautiques. En 1953, exerçant parallèlement  ses deux fonctions, le colonel GALLOIS est également affecté au Grand Quartier général des puissances alliées en Europe (SHAPE).

Dès 1953, il mène campagne pour l'arme atomique français, propageant la notion de "dissuasion personnelle" et l'idée d'une capacité d'intimidation du "faible par rapport au fort". Il est l'un des créateurs de l'opération "Gerboise bleue" et considéré comme le "père de la dissuasion nucléaire française". En 1954, toujours au SHAPE, donc très au fait de la coopération franco-américaine et des évolutions des États-Unis dans leurs aspects les plus confidentiels, il étudie un programme d'avion d'attaque à décollage court, qui donne naissance à une nouvelle génération d'avions de combat.

En 1955, il assiste aux essais nucléaires dans le Nevada. Le général américain Lauris NORSTAD le convainc d'aller exposer au général de GAULLE la transformation nucléaire de la doctrine défensive de l'OTAN. L'entretien du général GALLOIS avec le général de GAULLE, en avril à l'hôtel La Pérouse constitue l'aboutissement du travail effectué par le "lobby nucléaire" ("nucléocrate" pour les opposants). Ayant pris sa retraire en 1957, il mène toujours campagne pour un programme nculéaire militaire français et la mise sur pied d'un arsenal nucléaire approprié à une doctrine de dissuasion.

Il continue d'être actif les années suivantes, par exemple en 1979, il participe, selon Alain de BENOIST, à la rédaction sous le pseudonyme collectif de "Maiastra" de Renaissance de l'Occident?, paru aux éditions Plon. Avec Marie-France GARAND, il fonde notamment en 1982 l'Institut International de Géopolitique. En 1999, il signe pour s'opposer à la guerre en Serbie, la pétition "Les Européens veulent la paix", initiée par le collectif Non à la guerre. En 2003, avec l'ambassadeur de France Pierre MAILLARD, ancien conseiller diplomatique du général de GAULLE, et Henri FOUQUEREAU, président du Mouvement démocrate français, il fonde le Forum pour la France, un regroupement politique qui oeuvre pour "la souveraineté et l'indépendance de la France". Il a milité aussi pour le "non" au référendum sur le projet de traité constitutionnel européen.

Parallèlement à ces activités, il enseigne la stratégie nucléaire et les relations internationale dans les écoles de l'enseignement militaire supérieur français et étranger, notamment aux États-Unis, à Montréal, Tokyo, Séoul, Buenos Aires, Bruxelles... ainsi qu'à la Sorbonne et au Collège de France.

 

Au service de la stratégie de dissuasion française

   Profondément marqué par la défaite française de 1940, GALLOIS voit immédiatement le parti que peut tirer la France de ce qu'il va nommer le pouvoir "égalisateur" de l'atome. Dès 1960, il expose dans son ouvrage majeur, Stratégie de l'âge nucléaire, les propriétés de l'arme et surtout les implications stratégiques qui en procèdent. Il insiste sur la capacité de destruction unitaire du feu nucléaire qui bouleverse les rapports de force classiques et sur son efficacité qui dispense désormais de la recherche de la grande précision. Il fait valoir que, avec l'arme atomique emportée par des engins balistiques qu'aucune défense ne peut contrer efficacement, les notions traditionnelles de la stratégie subissent une transformation radicale. Le rapport traditionnel entre l'offensive et la défensive doit donc être reconsidérer. L'avènement de la stratégie de dissuasion nucléaire en procède directement.

GALLOIS montre que le coût exhorbitant que représente le risque, jamais nul, de représailles massives devient inacceptable dès lors que l'enjeu n'est pas suffisamment élevé. Il suffit de disposer d'une capacité de frappe nucléaire limitée mais assurée parce qu'elle peut survivre à une attaque surprise, susceptible d'infliger des dommages équivalent ou légèrement supérieurs à la valeur de l'enjeu qu'il représente pour un éventuel ennemi. Pour garantir le caractère insupportable de représailles éventuelles, sans avoir à surdimensionner les forces nucléaires et rester dans les limites de coûts supportables, il importe de ne pas prendre pour cible l'appareil militaire de l'adversaire mais bien ses forces vives, grandes villes et centres industriels riches et peuplés. La légitimité du but, protéger l'intérêt vital et lui seul, justifie cette posture choquante pour l'éthique traditionnelle. (Mais il faut dire que cette éthique a déjà bien été écornée par les bombardements massifs de la seconde guerre mondiale...). Car un principe de proportionnalité détermine la crédibilité de la dissuasion. Nul ne peut faire croire  qu'il mettrait en enjeu son intérêt vital pour des enjeux secondaires ou mineurs. Enfin, la crédibilité repose sur la volonté et la fermeté morale des responsables politiques, indépendamment de l'opinion populaire. Il en découle que la validité des alliances s'en trouve sérieusement ébranlée. face à la menace nucléaire c'est plus que jamais l'égoïsme sacré qui prévaudrait en cas de crise grave. Affirmant que dans la crise où se jouerait le vital il ne saurait y avoir délégation du feu nucléaire, GALLOIS tourne en dérision la "farce multilatérale", les acrobaties de la rhétorique de l'OTAN et du ministre de la défense américaine de l'époque MAC NAMARA au point de dénier toute crédibilité à la doctrine de riposte graduée adoptée par l'Alliance.

GALLOIS s'emploie constamment à dénoncer l'absurdité de la course aux armements des deux grandes puissances. Il critique dans L'Adieu aux armées, de 1976, l'incapacité des forces françaises, aux effectifs pléthoriques, d'épouser la logique de la stratégie de dissuasion nucléaire. Le souci de contrer les dérives, qui constamment menacent une stratégie fondée sur la suffisance, fait du général GALLOIS un auteur prolixe dont l'oeuvre se caractérise par la rigueur des raisonnements logiques et un sens aigu de la critique, non exempt d'esprit polémique, comme en témoigne sa querelle avec Raymond ARON.

    Progressivement, les études de GALLOIS s'orientent vers la stratégie classique et la réflexion sur l'enseignement des maîtres (Géopolitique, 1990). Tirant les conséquences de la guerre froide, il est parmi les premiers à déclarer révolu le temps de la dissuasion nucléaire qui doit momentanément laisser la place à une pratique stratégique plus complexe et plus traditionnelle. Ainsi poursuit-il une veille rigoureuse des insuffisances de la réflexion stratégique contemporaine. Au Livre Blanc de 1994, on le voir opposer un Livre Noir (1995) qui dénonce les manquements d'une stratégie sans objectifs perdant de vue les principes de l'autonomie et de l'indépendance nationale diluée dans un projet européen qu'il ne cesse de dénoncer depuis 1974. Fidèle à son engagement national, il combat ce qu'il considère comme les illogismes d'une défense collective européenne qui lui parait aussi utopique qu'incompatible avec les intérêts de la France. (François GERÉ)

 

Pierre-Marie GALLOIS, Le Sablier du siècle, Mémoires, Lausanne, L'Âge d'homme, 1999 ; L'Europe au défi, Plon, 1957 ; Stratégie de l'âge nucléaire, Calmann-Lévy, 1960 ; L'Alliance atlantique, Berger-Levrault (en collaboration), 1961 ; Paradoxes de la paix, Presses du Temps Présent, 1967 ; L'Europe change de maître, L'Herne, 1972 ; La Grande Berne, Plon, 1975 ; L'Adieu aux armées, Albin Michel, 1976 ; Le Renoncement, Plon, 1977 ; La Guerre de cent secondes, Frayard, 1985 ; Géopolitique, les voies de la puissance, Plon, 1990 ; Livre noir de la défense, Plon, 1994 ; Le Sang du pétrole, en deux tomes, L'Âge d'homme, 1995 ; Le Soleil d'Allah aveugle l'Occident, L'Âge d'homme, 1995 ; La France sort-elle de l'Histoire?, L'Âge d'homme, 1999 ; Écrits de guerre, L'Âge d'homme, 2001 ; Le Consentement fatal, Éditions Textuel, 2001 ; L'Année du terrorisme, L'Âge d'homme, 2002 ; L'Heure fatale de l'Occident, L'Âge d'homme, 2004.

Christian MALIS, Pierre Marie Gallois : Géopolitique, histoire, stratégie, L'Âge d'homme, 2009.

François GERÉ, Pierre-Maris Gallois, dans Dictionnaire de la stratégie, Sous la direction de Thierry de MONTBRIAL et de Jean KLEIN, PUF, 2000.

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29 janvier 2020 3 29 /01 /janvier /2020 14:11

   Bimestriel des États-Unis (basé à New York) à l'influence internationale, Foreign Affairs est publié par le groupe de réflexion Conseil des relations étrangères (Council on Foreign Relations - CFR). Fondé en 1922, il est diffusé à environ 100 000 exemplaires en 2004 pour sa version papier. Cette revue constitue la référence obligée de tout commentateur en politique internationale. Elle traite de politique étrangère et de relations internationales et d'économie et ses articles sont écrits par des universitaires, des chercheurs, des hommes politiques... Ainsi Woodrow WILSON, Hillary CLINTON, Zbigniew BRZESINSKI et Henry KISSINGER ont écrit pour la revue.

   La revue est d'autant plus suivie qu'elle est "nonprofit, nonpartisan, membership organization and think tank specialized", entendre qu'elle ne recherche pas le profit, n'est ni républicaine ni démocrate, est financée par ses membres, s'apparentant à ce qui est en Europe une Organisation Non Gouvernementale (ONG), et qu'elle a précisément et ouvertement vocation à influencer la politique étrangère des États-Unis. Elle est d'ailleurs considérée comme l'organe de presse - démultiplié d'ailleurs par Internet - le plus influent des États-Unis. Les articles publiés sont généralement assez longs et très argumentés.

   Il s'agissait en 1922 pour le Council on Foreign Affairs de rendre permanente les réflexions engagées auparavant lors de différentes rencontres entre diplomates, professeurs d'université, hommes de droit et économistes. Le Conseil nomma le professeur Archibald Cary COOLIDGE, de l'université d'Harvard, premier journaliste éditeur, auquel succèda assez vite Hamilton Fish ARMSTRONG (de Princeton, correspondant européen du New York Evening Post). A noter que le journal n'est pas la première tentative de ce genre, l'ont précédé le Journal of International Relations (1910-1922) et le Journal of Race Development (1911-1919).

  Le journal devint le plus influent des États-Unis surtout après le deuxième guerre mondiale, et le resta de 1945 à 1991. Il le reste, surtout avec l'éclosion d'internet et ne pâtit pas de la crise de la presse-papier, sauf que l'axe des réflexions centrales passe de l'Atlantique au Pacifique, alors qu'il reste fidèle à une prédominance des relations entre l'Europe et les États-Unis. Actuellement, depuis 2010, Gideon ROSE préside aux destinées du journal. Bien qu'il ne soit pas traduit en Français, il est beaucoup lu parmi les décideurs européens francophones, et ses articles entrent vite en résonance et la provoquent, avec l'actualité des activités du gotha diplomatique américain.

Très critique par rapport à l'administration Trump, la revue analyse, parfois avec inquiétude, les signes d'un certain déclin américain dans les affaires mondiales. Dans le numéro 6, volume 98, de novembre-décembre, figurent dans le journal des articles sur la politique moyen-orientale (un fiasco) de la présidence Trump, de Martin INDYK et Robert MALLEY sur l'obsession iranienne des États-Unis, sur le bilan (décevant) de la politique étrangère de Barak OBAMA... Dans le numéro 1, volume 99, de janvier-février 2020, est examiné notamment le futur du capitalisme.

    Le Council on Foreign Affairs exerce également des activités, sous forme de rencontres, entre responsables politiques et économiques et influe notablement les réflexions de la Commission Trilatérale et de Business Roundtable, de même que sur le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale.

  On peut écrire sans se tromper que le Conseil comme la revue-journal émettent les analyses et les défenses les plus intelligentes (au sens des plus élaborées) du capitalisme américain...

  

Foreign Affairs, Site foreignaffairs.com

 

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28 janvier 2020 2 28 /01 /janvier /2020 10:04

   Sigle de Ce qu'il faut dire, détruire, développer, CQFD (en maths, ce qu'il faut démontrer...) est le nom de la revue qui se présente comme un "mensuel de critique et d'expérimentation sociales". Fondée en 2003 autour du journaliste Olivier CYRAN, transfuge de Charlie Hebdo, elle se compose essentiellement de chômeurs et se présente comme un journal marseillais d'enquête et de critique sociale. Il ne faut pas la confondre avec Ce qu'il faut dire, journal libertaire, antimilitariste et pacifiste, fondé en avril 1916 par Sébastien FAURE et MAURICIUS pour s'opposer au "Manifeste des Seize".

   Sa rédaction aborde des sujets liés à la pauvreté, aux mouvements sociaux, à toutes les résistances sociales parmi les salariés, dans les périphéries urbaines et dans le milieu agricole. Elle présente régulièrement des expériences d'organisation nouvelle concernant les modes de vie. La revue, impliquée dans la critique du capitalisme et des médias à son service, traite des sujets les plus variés; locaux, nationaux et internationaux : le chômage, les luttes sociales passées sous silence par la grande presse, le culte du travail, les discriminations, les expulsions, les violences policières, les faux amis (dans les partis politiques notamment, les guerres, les syndicats pro-patronaux, les usagers pris en otage (par les politiques libérales), les prisons, les Directions des Ressources Humaines des entreprises, la croissance... Dans le numéro 182 de décembre 2019, la revue traite entre autres des conséquences des réformes Blanquer, qui aggravent les inégalités d'accès à l'école et de l'embrasement social au Chili. Chaque numéro traite ainsi de sujets très variés.

   Diffusant (en 2011) à 6 000 exemplaires, elle est surtout connue dans la région de Marseille. on note parmi ses collaborateurs Sébastien FONTENELLE, Éric HAZAN, Olivier CYRAN, Noëlle GODIN, Jean-Pierre LEVARAY, Jean-Marc ROUILLAN (après sa mise en semi-liberté en décembre 2007)...On y trouve également de nombreux dessins de CHARB, LUZ, JUL, HONORÉ, TUGNOUS, Rémi...

  En 2006, CQFD crée les Éditions le Chien rouge, qui publie et republie de nombreux ouvrages contestataires. Parmi eux notons Abrégé du Capital de Karl Marx (rédigé en 1878), de Carlo CAFIERO, Vive le feu!, de Sébastien FONTENELLE, La ville sans nom, Marseille dans la bouche de ceux qui l'assassinent, de Bruno LE DANTEC (112 pages) ou encore Marquis de Sade, Dialogue entre un prêtre et un moribond, de RÉMI.

   Comme beaucoup de publications de ce genre, CQFD rencontre régulièrement des problèmes financiers (les derniers en décembre 2019), ce qui ne l'empêche de produire de manière assez prolifique, sur papier ou sur Internet.

 

CQFD, BP 70054, 13192 MARSEILLE CEDEX 20. Site cqfd-journal.org

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26 janvier 2020 7 26 /01 /janvier /2020 07:36

    Très récente revue semestrielle, amorcée en janvier 2018, Paysageur s'adresse "à tous ceux et toutes celles qui s'émeuvent, qui se questionnent et qui se soucient du paysage sous toutes ses formes". S'inscrivant dans le courant de renouveau d'intérêts envers la nature, notamment sous les effets du changement climatique, la revue, dès le premier numéro, revendique un "esprit nomade" et veut dévoiler "le paysage à travers le reportage, la photographie, la littérature, le cinéma, l'illustration, la botanique et la marche". "Penser avec ses pieds, une promesse que la revue souhaite tenir."

    Le numéro 1, de 112 pages, intitulé Puissants paysages, invite à explorer des territoires, qu'ils soient sauvages ou habités, avec la subjectivité que cette notion recouvre. "Notre errance nous mène ainsi des Alpes-Maritimes à Istambul, du Grand Nord en Norvège à la Nouvelle-Zélande. Avec les contributions, entre autres, de Valérie CABANES (juriste en droit international), Julien JEDWAB (journaliste au Monde), Gilles CLÉMENT (ingénieur horticole) et de Lucie OLIVIER (diplômée de l'école nationale d'architecture de Bretagne). Le numéro 3 comporte un abécédaire des boues rouges, par lequel la revue explore les pollutions liées à l'industrie de l'alumine, ce matériau produit à Guardanne, dans les Bouches-du-Rhône, à partir de bauxite extraite en Guinée. Dans chaque numéro, qui prend son temps de gestation, un seul thème

     La revue est publiée par les Éditions Paradisier, fondées par Claire FAU (photographe et paysagiste) et Maxime LANCIEN (membre de l'association des journalistes du jardin et de l'horticulture). Collaborent régulièrement aux Éditions Paradisier, Matthieu BECKER (designer graphique), Véronique LE SAUX (journaliste et formatrice) et Charles NOLLET (développeur front-end). L'association à vocation cuturelle compte également produire et diffuser des monographies sur des jardins exceptionnels. A noter l'ouvrage de Gaspard D'ALLENS, recensé sur sa page Facebook (parfois Facebook sert à quelque chose...) Main basse sur nos forêts, qui raconte l'industrialisation des forêts en France, qui rejoint l'enquête publiée dans le 2ème numéro de Paysageur. Et qui ne devrait pas déplaire aux (très) anciens objecteurs de conscience à l'ONF...

 

Association Paradisier Vert, 17, rue du Goëlo, 22260 QUEMPER GUÉZENNEC. Site Internet : paysageur.com

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25 janvier 2020 6 25 /01 /janvier /2020 09:33

   Dans ce gros livre, suivi de Totalitarisme pervers, Alain DENEAULT livre le résultat de son enquête sur l'une des principales multinationales françaises, le groupe Total, dont les activités ne se limitent pas, loin s'en faut, au secteur pétrolier. Le philosophe et directeur de programme au Collège international de philosophie à Paris détaille l'histoire de cette société, née sous l'appellation de Compagnie Française des Pétroles (CFP) en 1924, qui évolue au sein d'un cartel pétrolier au Moyen Orient, pour devenir au fil des ans une multinationale disposant de milliers de structures dans les régions les plus diversifiées du monde. L'ensemble de ses activités forme une sorte de tradition en dehors du droit, où les impératifs économiques sont qualifiés de stratégiques pour le pays. Si la multinationale a été mêlée à des affaires de vente d'armes, de travail forcé, de complicité de crimes, de corruption, de trafic d'influence ou d'évitement fiscal, tout cela a été fait dans la légalité et l'état de droit français ne prévoit aucune sanction. Si des indélicatesses, frisant parfois l'incident diplomatique, ont été commises, au nom de la raison d'État, elles sont passées soit sous silence (gare aux journalistes qui tentent d'en faire des affaires) soit réglées dans les procédures si compliquées que même les juristes ne s'y retrouvent pas...

   Alain DENEAULT démontre dans ce livre que ces pratiques indélicates, héritées de pratiques coloniales ou colonialistes,  n'appartiennent pas, contrairement aux voix de son maître Total, au passé. "Ce passé, écrit-il, n'est pas passé. C'est au moyen d'activités légales de cette nature que la firme a accumulé dans son histoire le capital dont elle dispose massivement aujourd'hui. A ce capital financier hors du commun, qui traduit à lui seul, de manière aigüe, des décennies de controverses, s'ajoutent un capital culturel d'égale envergure, soit l'appartenance à d'importants réseaux de relations commerciales, industrielles, mercenaires et politiques ainsi qu'à un savoir-faire en matière d'intervention et d'influence qui se révèle tout-à-fait redoutable. Le trésor financier de Total, les méthodes auxquelles elle est toujours à même de recourir en les adaptant au gré des circonstances, les pratiques qu'elle peut toujours avoir dans des régions où seuls de vifs rapports de force prévalent sont la résultante de compétences qu'elle s'est données dans son passé chargé. Il fait pour les comprendre rappeler les cartels auxquels a pris part la CFP au Moyen-Orient d'abord, et des pratiques d'inspiration mafieuse élaborée par Elf dans des régimes néocoloniaux d'Afrique ensuite. Par ces antécédents s'explique la puissance dont la firme fait désormais montre, dans un esprit de conquête qui l'amène à se projeter à la manière d'une autorité souveraine d'un nouveau genre. Se demander de quoi Total est la somme revient à s'interroger sur ce dont elle est maintenant capable, sur la façon dont elle compte disposer des richesses, réseaux et outils hérités de sa sulfureuse histoire. Notamment en ce qui concerne ses moyens de représentation et de pression auprès des législateurs, organes judiciaires et institutions internationales pour que se développe, sous une apparente neutralité, un cadre favorisant la légalisation de ses activités.

Se pencher sur l'histoire de Total et de ses composantes d'origine, soit exposer les ressorts de son pouvoir d'action bien contemporain, c'est montrer comment l'état du droit et la complicité des États ont permis à une firme, souvent légalement, de comploter sur la fixation des cours du pétrole ou le partage des marchés, de coloniser l'Afrique à des fins d'exploitation, de collaborer avec des régimes politiques officiellement racistes, de corrompre des dictateurs et représentants politiques, de conquérir des territoires à la faveur d'interventions militaires, de délocaliser des actifs dans des paradis fiscaux ainsi que des infrastructures dans des zones franches, de pressurer des régimes oligarchiques en tirant profit de dettes odieuses, de polluer de vastes territoires au point de menacer la santé publique, de vassaliser des régimes politiques pourtant en théorie souverains, de nier des assertions pour épuiser de simples justiciables, d'asservir indirectement des populations ou de régir des processus de consultation." Chacune de ces actions : comploter, coloniser, collaborer, corrompre, conquérir, délocaliser, pressurer, polluer, vassaliser, nier, asservir, régir sont autant de titre des différents chapitres à ce qui ressemble par moment à de véritables réquisitoires.

     L'entreprise, au fil des chapitres, se révèle avoir la compétence optimum d'évoluer en univers capitaliste, se payant le luxe, tout en niant la responsabilité des pétroliers dans le changement climatique actuel, de prôner un éco-capitalisme...  C'est à travers des dossiers circonstanciés, documentation très importante à l'appui, parfois issue de Total même, que l'auteur décrit cette puissance qui permet de se jouer des réglementations internationales et bien entendu de la simple morale, étant entendu que le capitalisme n'en a pas... L'auteur termine par un constat d'impuissance des juridictions instituées, elles-mêmes gangrénées par un lobbying doté de moyens très importants.

  Dans un texte complémentaire, le totalitarisme pervers, Alain DENEAULT dénonce ce qu'il appelle une perversion de langage, pointe la genèse libérale du totalitarisme, système de domination à l'échelle du monde plaçant le destin de la planète sous la direction des puissants et non sous la régulation de la loi. Citant souvent dans l'ensemble du livre Christophe de MARGERIE, feu PDG de Total, l'auteur indique qu'au cours de sa rencontre d'une heure, "dira qu'il ne fait pas de politique, qu'il ne se reconnaît pas même l'autorité de faire des propositions aux politiques mais seulement des suggestions, puis dédaigneux, il fera passer la politique pour le menu fretin qui l'encombre et dont il se désintéresse pour se poser finalement, lui, en "chef d'entreprise", avec des allures de supériorité, en intégrant la politique sous son aile, en en faisant plus-que-sa-chose, en la digérant complètement dans la prestation même de son acte de pouvoir, jusqu'à ce qu'elle se dissipe dans un principe suprême : "L'entreprise, c'est la politique"."

Cette arrogance n'est pas évidemment l'apanage des dirigeants de Total, on retrouve chez maints autres, et pas seulement parmi les entreprises du secteur pétrolier ou de l'énergie, la même suffisance...

  Livre engagé bien entendu, cet ouvrage est particulièrement à recommander, ne serait-ce que pour éclairer bien des faits et jeter de la lumière sur la part d'ombre du système capitaliste français dont Total est un des fleurons.

   Alain DENEAULT, né en 1970, intervient souvent comme spécialiste à des émissions pour parler d'affaires publiques ou d'actualité. Il est l'auteur de plusieurs monographies sur le fonctionnement de l'économie, notamment au Québec, dont Paradis fiscaux : la filière canadienne, Éditions Écosociété, 2014, Offshore : paradis fiscaux et souveraineté criminelle;, Paris-Montréal, La Fabrique éditions/Éditions Écosociété, 2010. Et aussi, parmi d'autres, Politiques de l'extrême centre, Montréal-Paris, Lux Éditeur, 2013 ou encore une sorte de trilogie sur l'Économie (de la nature, de la foi, esthétique, Montréal, Lux Éditeur, 2019-2020). A noter qu'il a préfacé et traduit de l'allemand Psychologie de l'argent, de Georg SIMMEL (Allia, 2019), auteur dans lequel il se spécialise. Prolifique auteur de livres et d'articles, il est également réalisateur de films documentaires, dont L'impossible exil du Doktor Mabuse, Les productions Valence, France, 2006.

 

Alain DENEAULT, De quoi Total est-elle la somme? Multinationales et perversion du droit, Rue de l'échiquier/Écosociété, 2017, 515 pages.

 

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23 janvier 2020 4 23 /01 /janvier /2020 15:00

   Alternative libertaire, né en 1991, avant l'organisation du même nom, est l'héritier, qui dépasse les 30 ans de son existence actuelle, d'une longue tradition libertaire.

     Fondé lors de la guerre du Golfe, en ligne droite de l'ébullition créée par l'Appel pour une alternative libertaire, de janvier 1989, surtout animé par des jeunes libertaires (Collectif des...) et par des membres de l'Union des travailleurs communistes libertaires (d'environ 500 membres à travers la France), le journal est conçu pour être un "creuset, lieu de débat, sorte d'agora pluraliste et libre". En élaboration permanente, il accompagnait, avec à sa tête Alain CROSNIER (aujourd'hui défunt), le processus de construction de la nouvelle organisation. A partir de 1993, Alternative libertaire devient mensuel, tiré à un millier d'exemplaire, avec une équipe essentiellement non professionnelle, et tente de devenir un pôle de référence de la mouvement libertaire. Une nouvelle formule, née de la stagnation du lectorat, paraît en 2007, avec une équipe renouvelée, un tirage à 8 500 exemplaires, une pagination accrue, une nouvelle présentation et un nouveau rubriquage, enrichi d'un contenu culturel (hip-hop et contestation, science fiction et politique...). Il s'agit pour la nouvelle formule d'intéresser le grand public et être utile en même temps aux milieux militants. L'équipe veut vitaliser un journalisme ouvrier et équilibrer plusieurs exigences :

- assurer une cohérence d'ensemble, avec un sommaire conçu en amont et un choix assumé dans la hiérarchie des sujets ;

- éviter de publier un fanzine de militants qui perlent à d'autres militants, donc garantir un langage accessible, des titres attrayants ;

- ne pas se cantonner aux mêmes rédactrices et rédacteurs éprouvés, mais "pousser" également des camarades moins à l'aise avec l'écriture ;

- se situer dans le cadre des orientations politique d' Alternative Libertaire, sous le contrôle (bienveillant) de l'organisation.

   Rappelons qu'Alternative Libertaire était la principale organisation de tendance communiste libertaire en France. En 2019, elle fusionne avec la Coordination des groupes anarchistes, pour former l'Union communiste libertaire. AL disait fonder sa politique "sur l'action directe des classes et groupes sociaux dominés, dans une finalité anticapitaliste, révolutionnaire et autogestionnaire". Elle se réclamait des partisans de BAKOUNINE au sein de la Première Internationale, du syndicalisme révolutionnaire de la CGT d'avant 1914, de la Makhnovchtchina et de la plate-forme organisationnelle des anarchistes russes en exil en 1927, de l'anarcho-syndicalisme espagnol, de la Fédération communiste libertaire et du Manifeste communiste libertaire de Georges FONTENIS en 1984 et de l'Union des travailleurs communistes libertaires (UTCL), des travaux de Daniel GUÉRIN et du Projet communiste libertaire de 1986.... La nouvelle organisation reprend nombre des principes directeurs d'Alternative Libertaire et souhaite la mise en place de luttes auto-organisées, pour mener des combats féministes, antiracistes, pro-droits LGBTI et écologistes en même temps que la lutte anarcho-communiste et révolutionnaire.

   Présent en kiosque et en vente par abonnement, Alternative libertaire veut donner envie "de s'informer, de se révolter, de s'engager". Avec des rubriques récurrentes comme Pleins feux, Luttes, Politique, Antipatriarcat, Syndicalisme, Écologie, Histoire et Culture, avec des infographies et des argumentaires précis, avec la contributions de dessinateurs engagés et le souci de coller à l'actualité tout en publiant des analyses de fond.

Le numéro n°299 de novembre 2019 portait par exemple entre autres sur Vent de révoltes, la question des retraites, la contre offensive islamophobe (le numéro suivant traite de a marche du 9 novembre et débats soulevés au sein de l'Union communiste libertaire), le congrès de la Ferc-CGT, le climat et les anarcho-syndicalistes allemands dans la guerre d'Espagne. Le numéro 300 revient sur les ouvrages de Thomas PIKETTY, en se demandant s'il est anticapitaliste.

Citons l'édito du 23 décembre 2019 pour se faire un idée du ton du journal : "Gouverner sur les ruines. Qu'importe les énièmes casseroles, un cumulard de capitaux non déclarés est remplacé par un quelconque homme de main, servile comme il faut. Une marionnette remplace une marionnette. Qu'importent les subtilités de la stratégie politicienne, diviser pour mieux régner, le gouvernement marche sur la tête des directions syndicales réformistes, habituelles serpillères du pouvoir, qui ne demandaient pourtant qu'à collaborer. Le pouvoir ne prend même plus la peine de jouer à la démocratie" car ce temps est révolu. Cette arrogance repose sur des mirages : ceux de ne voir dans les colères exprimées que de simples colères localisées et de prendre pour un assentiment majoritaire le silence des autres ; ceux de croire à la résilience éternelle du système qu'ils servent et à leur inutilité totale, loin de la lame de froide et tranchante de la guillotine. Ce pouvoir ne gouverne pourtant que sur les ruines des illusions capitalistes, et ne tient que par sa police et sa justice. "Jusqu'ici tout va bien", se dit-il. Mais les colères débordent et cherchent encore leur lit commun. Et le temps vient où les affrontements désarticulés seront remplacés par de grandes batailles. Nous voulons l'effondrement total du capitalisme, nous voulons la fin de ce monde inique, et sur ses ruines, bâtir un monde meilleur."

  A noter un guide de féminisation du mensuel présent dans les pages internet de l'Union Communiste libertaire. Comme nous, il juge la fameuse nouvelle écriture inclusive pénible à la lecture comme à l'écriture d'ailleurs. Et suit les recommandations de l'Office québécois de la langue française, qui consiste à répéter simplement masculin et féminin dans une même phrase lorsqu'il y a lieu.

Alternative libertaire, BP 295, 75921 PARIS CEDEX 19. Site unioncommunistelibertaire.org

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22 janvier 2020 3 22 /01 /janvier /2020 14:52

   On pourrait imaginer que le cinéma a abordé pratiquement toutes les facettes des batailles de la seconde guerre mondiale, mais il n'en est rien, ne serait-ce que sur un plan géographique. Même dans les grands documentaires, les débuts de la guerre sont passés assez rapidement en revue, voire expédiés, pour arriver à la bataille de la France, sur laquelle se focalise énormément de films de fiction et de documentaires. Enfin, pas toute la bataille de France, car c'est surtout le front franco-allemand qui est examiné, parfois avec forces descriptions des détails des mouvements des troupes et analyses tactiques et stratégiques. Le front franco-italien ne fait guère l'objet que de courtes séquences et les batailles en Afrique ne sont guère présentées comme étant de premier plan, du moins celles de 1940, celles qui se déroulent précisément en même temps ou presque que les opérations sur le continent.

Ce que l'on nomme la "drôle de guerre" tant en France qu'en Angleterre, est regardé surtout sous l'angle de l'arrière et des civils français pris de panique. Et pourtant, il se passe bien des choses, sur le plan politique et sur le plan militaire, entre la déclaration de guerre, consécutive de l'invasion de la Pologne, et les premiers combats sur le sol français. En revanche, la bataille de France proprement dite (on a passé-expédié sur l'invasion de la Belgique...), fait l'objet de présentations et d'analyses, qui d'ailleurs changent avec le temps, car il ne s'agit en définitive ni d'une défaite en rase campagne, ni le résultat d'un laissez-aller sur le plan des matériels (voir les stigmatisations de l'effort d'armement pendant la période du Front Populaire). De fait, l'invasion (éclair, hum!...idée un peu fausse d'ailleurs) de la France a été une divine surprise pour HITLER, qui, sans doute, après l'invasion de la Tchécoslovaquie et de la Pologne, s'est auto-intoxiqué sur une pseudo-invincibilité de l'armée allemande de la "race supérieure"...

 

  Ce qu'on a appelé la "drôle de guerre" et la bataille de France sont évoqués dans deux documentaires  :

- 39-45, le monde en guerre, , Sur un fond de guerre et également La Chute de la France (septembre 1939-mai 1940)....

 

- Apocalypse, la seconde guerre mondiale, dans sa première partie.

 

Sur la période de la drôle de guerre, suivie de près par la chute de la France, également, deux films :

- Le discours d'un roi, de Tom HOOPER. Ce dernier, film de fiction, exprime un point de vue britannique, même si ce métrage de 2010, américano-australo-britannique, se centre sur les difficultés du prince (d'ordre physiologique d'élocution, mais aussi dynastique, à avoir sa position dans l'attitude bien ambigüe des membres de la maison des Windsor) à préparer et déclamer son discours de septembre 1939, dans lequel il proclame l'entrée en guerre du Royaume Unie contre l'Allemagne.

   

C'est aussi le point de vue britannique qui s'exprime dans Les heures sombres, de Joe WRIGHT. Ce film britannique sorti en salles en 2017 raconte les quelques jours avant l'arrivée au pouvoir de Winston CHURCHILL, fraichement nommé Premier ministre, et son succès face aux hommes politiques (proches de CHAMBERLAIN, et de Lord HALIFAX) partisans de négociations de paix avec l'Allemagne, en pleine bataille de France.

   

     La bataille de France fait l'objet de nombreux documentaires et films, avec en point d'aboutissement l'épisode de Dunkerque, où le corps expéditionnaire britannique et de nombreux soldats et pilotes français sont rapatriés en Angleterre.

- Dans la série des grandes batailles, de Daniel COSTELLE, Jean-Louis GUILLAUD et Henri de TURENNE, diffusée à la télévision française dans les années 1960 et 1970, la bataille de France, l'avant-dernière partie diffusée (2 mai 1974) la raconte en 1 heure et 49 minutes, avec beaucoup de détail et aussi beaucoup de finesses d'analyse, renversant pas mal d'idées encore reçues à cette époque. Les DVD, diffusé par TF1, sont placés dans un coffret dont le contenu n'est guère explicite....

 

- Le volume 1 de 39-45, le monde en guerre expose également les conditions de la chute de la France (voir avant)

- Apocalypse, seconde guerre mondiale, 2/6, l'écrasement, où l'on retrouve, il faut le dire maintes images des Grandes batailles... (voir avant)

 

- Pourquoi nous combattons? dans sa troisième partie Diviser pour régner expose les raisons d'aller combattre l'Allemagne nazie en se centrant sur la bataille de France.

 

- La bataille de France, de Jean AUREL, documentaire sorti en 1964, montage d'archives commenté par Cecil SAINT-LAURENT a un ton décalé particulier qui vaut le détour, à défaut d'être très didactique. Pendant 86 minutes se déroule sous nos yeux une façon particulière de voir cette défaite de la France.

- Juin 1940, Le grand chaos, de Christophe WEBER, montre en 90 minutes, en premier lieu l'exode des Belges et des Français devant l'avance des armées allemandes, et insiste sur les atrocités commises par celles-ci, notamment sur les prisonniers de guerre africains. Il montre la décomposition du gouvernement, du fait des conflits de personnes et de la pusillanimité des dirigeants civils et militaires, lesquels ne suivent qu'avec retard l'évolution des opérations (du fait de la quasi absence de communication en temps réel), alors que beaucoup de Français résistent avec l'énergie du désespoir. Le documentaire débute le 2 juin et s'achève le 22, par la répétition inversée de l'armistice de 1918, dans la fameuse clairière de Rethondes, avec un éclairage bref sur après...

 

- Dunkerque, d'Alex HOMES, mini série britannique, de 176 minutes au total, donne un tableau saisissant des événements, notamment des conditions du rapatriement.

- Dunkerque est aussi le titre du film de guerre américano-britannico-franco-néerlandais écrit et réalisé par Christopher NOLAN en 2017. Oscarisé, le film pèche pourtant sur le plan historique, se concentrant quasi-exclusivement sur le côté britannique : flotille hétéroclite des bateaux qui permet le rapatriement, débats au sein de l'état-major anglais, vues surtout des combattants britannique. La mise en scène fait surtout ressortir un côté survival, ce qui lui a été reproché par une partie de la critique.  On préférera de loin la série de Alex HOMES.

- D'autres cinéastes se sont penchés sur l'épisode de Dunkerque, qui semble en fait dans la filmographie celui le plus visité de cette bataille de France : Henry KING (1941, dans Un Yankee dans la RAF), Leslie NORMAN (Dunkerque, 1958), Henri VERNEUIL (Weed-end à Zuydcoote, 1964)... Avec NOLAN, VERNEUIL est le seul réalisateur à avoir reconstitué l'opération Dynamo sur les véritables plages de Dunkerque. On n'oubliera pas le film sorti en 1969 de Enzo CASTELLARI, réalisateur italien aux nombreux films de série B plus que recommandables d'ailleurs, Sur ordre du Fuhrer (mauvaise traduction française du titre original, La battaglia d'Inghilterra) (120 minutes, italo-franco-espagnol), où de Dunkerque, une poignée d'espions SS parvient à s'introduire en Angleterre dans le but de détruire la défense anti-aérienne de l'intérieur du pays permettant à la Luftwaffe de bombarder l'Angleterre. Même si l'action est centrée sur l'amitié impossible entre deux officiers, allemand et anglais, le métrage, très bien construit, spectaculaire et très rythmé (malgré l'abus des zoom et gros plans), montre bien l'atmosphère et le contexte de cet épisode important de la seconde guerre mondiale.

  Si on passe assez vite sur l'épisode belge, certains documentaires et séries montrent mieux l'invasion de la Pologne :

- Pourquoi nous combattons?, où elle constitue le véritable casus belli qui mène à la seconde guerre mondiale, et justifie que l'Amérique s'en mêle ou

- La deuxième partie de la série Le Souffle de la guerre, où est bien mis en évidence l'application du pacte germano-soviétique concernant la Pologne.

- Par ailleurs, la bataille de Westerplatte, lors de cette invasion est relatée dans le film polonais du même nom de Pawel CHOCHLEW, sorti en 2013. Cet affrontement entre les troupes allemandes et la garnison polonaise stationnée à Dantzig entre le 1er et 7 septembre 1939, est le premier de la seconde guerre mondiale. Cet avant-poste militaire devait être pris par les troupes allemandes pour favoriser la suite de l'invasion. Un film de 1967, Westerplatte, de Stanislaw ROZEWICZ, évoquait déjà cette bataille. (elle est relatée de manière très détaillée dans le livre de Chris MANN, Les grandes batailles de la seconde guerre mondiale, Parragon Eds, 2009).   On note d'ailleurs que les événements précédents l'invasion de la France font actuellement l'objet d'un regain d'intérêt (livres et films).

 

Certains mythes sur la bataille de France...

   La défaite de la France en 1940 a été souvent présentée comme inéluctable, pour diverses raisons (évolution historique de la France dans l'entre-deux-guerres, batailles perdues sur le plan diplomatique, démographie, décadence morale...), or même l'état-major allemand craint au moment de l'engagement les forces armées françaises et pour Hitler lui-même, le fait et la rapidité de cette défaite est une surprise... Sur le plan militaire, on a mis en avant l'infériorité qualitative et quantitative des armements et la faiblesse combative des Français. Or, et les documentaires le montrent bien - moins les films de fiction... - la campagne de 1940 menée par l'armée ne ressemble ni de près ni de loin à une guerre éclair, des combats acharnés ont eu lieu, et les plans stratégiques français, qui prévoient une guerre longue, gardent jusqu'au bout leur logique. Mais l'armée allemande ne se comporte pas du tout comme prévu, s'attaquant à des points vulnérables à des moments décisifs, des divisions s'enfonçant dans le territoire sans souci de la logistique suivante pour les troupes derrière elles - les forçant d'ailleurs à plusieurs reprises à ralentir leur avance... Mais si sur le plan qualitatif et quantitatif, les deux armées se valent largement, et même avec une tendance à quelques armements supérieurs du côté français, la répartition du matériel français, réalisée en dépit notamment des demandes de Charles de Gaulle, est parfaitement inadéquate. Les blindés sont dilués dans les divisions français au lieu de pouvoir être utilisés comme de véritables fers de lance. La seule supériorité matérielle flagrante du côté allemand est aérienne, les aéronefs anglais n'étant pas engagés dans la bataille de France, contrairement à certaines espérances françaises. C'est sur le plan stratégique que la décision se fait et également du fait de l'inaction française durant la "drôle de guerre" : au lieu de s'élancer directement après la déclaration de guerre en territoire allemand, comme le craignait d'ailleurs l'état-major allemand et une partie des diplomates (qui avaient d'ailleurs établis des plans de propositions de trêves en prévision de ce cas), à un moment où les armées allemandes n'étaient pas encore prêtes à l'Ouest, l'armée française attend sur pied, dans une position strictement défensive... Enfin, les forces allemandes bénéfices de chances incroyables à plusieurs reprises, preuve supplémentaire que la guerre est d'abord un chaos (dont l'inertie française face à un gigantesque embouteillage de 41 000 véhicules allemands dans le corridor des Ardennes...). Ernest MAY décrit bien cette rapide victoire de l'Allemagne bien plus difficile à expliquer qu'une finalement mythique inévitable défaite française (Strange Victory : Hitler's conquest of France, New York, Hill & Wang, 2000) plus intéressant que le livre de Marc BLOCH, L'Étrange défaite, Gallimard, 1990...) (Maurice VAISSE, dans Les mythes de la seconde guerre mondiale, Sous la direction de Jean LOPEZ et Olivier WIEVERSKA, Perrin, 2020)

FILMUS

 

Complété le 21 février 2020, le 27 juin 2020, Complété le 30 octobre 2020.

 

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21 janvier 2020 2 21 /01 /janvier /2020 15:50

      La Brique, nouvelle revue trimestrielle lilloise et de sa région datant de 2007, se veut un média libre ni brûlot propagandiste, ni organe militant, ne se rattache à aucune parti politique, organisation ou institution, ayant opté (ce qui a toute notre sympathie) pour l'absence de publicité (quitte à racketter comme ils disent, le mairie, la région ou l'État), auto-financé par ses ventes, canard "sérieux et documenté, veut participer à la formation d'un contre-pouvoir local et combat le racisme, l'antisémitisme comme il défend le féminisme.

   Son équipe, autogérée, s'attache à la fabrication de numéros collés à un agenda de luttes populaires locales, situées dans un ensemble plus général. Ainsi le numéro 60 d'automne 2019 : Invisibles, et pourtant... On est là et le numéro 59 d'été 2019 sur L'ordre règne comme le numéro 51 d'Été 2017 sur Crève travail.

Les rubriques de ce numéro d'Automne 2019 parlent d'elles-mêmes : Transparence de la vie publique, La démocratie selon V. Spillebout, Les petites affaires financières des Spillebout, Les CHU ont chu, Accès aux soins des personnes trans, Lutte des femmes de voyage à Hellemmes, Crêpes-Party des antispés, Liaisons Bien Dangereuses, Camenbert rose : culture! Agenda de l'automne, SNCF : espace "ventes" en colère, Chroniques en jaune et noir (poésie). A signaler un reportage au centre hospitalieer universitaire de Lille, où les journées de grève se multiplient depuis juin 2019.

   La Brique fait partie de ces journaux désireux de diffuser des informations alternatives et de contre-pouvoir local, présents dans l'Hexagone et souvent ouvert sur les activités militantes dans les régions frontalières des pays voisins. Ces journaux perpétuent une tradition anarchiste ou libertaire, de tirage souvent modeste, avec une équipe très restreinte et qui tentent, bon an mal an, avec leur santé financière fragile de paraitre (relativement et parfois carrément) régulièrement.

 

Journal La Brique, Journal local de critique sociale, 14 rue des Tours, 59800 LILLE. Site labrique.net

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21 janvier 2020 2 21 /01 /janvier /2020 07:53

Crédibilité politique de la dissuasion nucléaire

    Pour le général GALLOIS, nous rappelle François GERÉ, le problème le plus ardu posé par la dissuasion nucléaire est celui de l'adhésion de l'opinion publique dans les sociétés démocratiques, du soutien qu'elles apportent à leur gouvernement dans le cas d'une crise, et de la liberté de manoeuvre dont celui dispose par rapport à cette même opinion. De cette relation entre le soutien de l'opinion et la crédibilité de ce qu'il nomme la "rare volonté d'user de la représaille" qui fonde la crédibilité dissuasive nucléaire, on peut inférer trois propositions :

- Que le soutien de l'opinion à la stratégie doit être entretenu par un effort d'explication et de justification permanent à tous les niveaux de la société : masses, élites, intellectuels, etc.

-Que les actions de guerre psychologique menées par l'adversaire doivent être constamment contrées. A cet égard, les pouvoirs publics font preuve d'une paranoïa constante, assimilant souvent les attaques de la stratégie nucléaire menées en France par les opposants anti-nucléaires à des entreprises de subversion extérieures. Les théories du complot fleurissent bien avant Internet dans les sphères gouvernementales...

- Que pour recueillir l'adhésion du peuple et donc être crédible, la stratégie de dissuasion nucléaire ne peut s'appliquer qu'à la notion d'intérêt vital de la nation, c'est-à-dire la coïncidence stricte avec la population du pays qui la pratique. A cet égard, le mélange d'intérêt public et d'intérêts privés propre aux entreprises coloniales, doit être exclu, sous peine justement de faire de la dissuasion nucléaire un objet partisan.

   La "rare volonté" est celle d'un homme. Un seul : le décideur nucléaire à qui incombe la responsabilité non seulement du choix mais aussi de faire croire, constamment, tout au long de l'exercice de ses fonctions, que ce choix sera pour lui psychologiquement soutenable. La résolution du chef de l'État est donc un facteur aussi déterminant que son information.

  "A une stratégie totale implicite mesuré à l'estime et en quelque sorte intuitivement par les Chefs de gouvernement fait place une stratégie qui se doit d'être scientifiquement totale, précise BEAUFRE. La stratégie totale devient  une discipline de pensée indispensable au niveau des classes dirigeantes." Le chef de l'État est donc le stratège intégral, investi par le suffrage universel depuis 1962, porteur direct de la volonté nationale, il incarne l'interface politico-stratégique. Il n'y a pas, il ne saurait y avoir d'interrogation au-delà. Sauf celles que le chef de l'État, concepteur du projet politique, poserait lui-même légitimement. Reste que dans sa soumission logique au projet politique, la stratégie de dissuasion soumet le chef de tout État nucléaire à l'épreuve d'une rigueur eceptionnelle.

 

La stratégie nucléaire au service d'une finalité politique suprême

   L'arme atomique est garante de l'être national. Pour les quatre stratèges français, elle présente l'immense avantage de permettre enfin cette protection dont la France avait tant besoin. La dissuasion nucléaire est d'abord et surtout manoeuvre de sécurité garantissant la persévérance de l'être national. La menace d'emploi d'une arme sans équivalent assure la pérennité du projet politique minimal. "Toute action politique a pour objet, en premier lieu, de soutenir l'unité politique dans l'existence et dans son identité : sa première fin est donc de persévérer dans son être" écrit POIRIER. Et de GAULLE, lui-même, avait dit en 1943 : "il faut vouloir que la France existe. Plus jamais cela n'ira de soi."

Ainsi s'explique l'évaluation qui est faite des limites de validité de la dissuasion du faible au fort. "Parce que l'unanimité nationale ne pourrait être faite que devant une grave menace, le domaine d'efficacité de la stratégie de dissuasion est plus généralement limité à la défense des intérêts vitaux du pays qui pratique cette stratégie." écrit GALLOIS.

Cette notion d'intérêts vitaux est centrale pour l'avenir puisqu'il s'agit de l'adéquation entre le sujet individuel et la communauté : le sentiment d'appartenance générateur d'identité.

Le général POIRIER est amené à privilégier le concept d'autonomie de décision : "Faculté, pour un peuple, de choisir librement, à l'abri de toute pression étrangère, le projet politique qu'il juge conforme à ses intérêts et à ses ressources, le concept d'autonomie de décision répond à la volonté d'identité nationale." C'est le renoncement à l'autonomie de décision qui équivaut logiquement à l'abandon de l'être. En conséquence, "la stratégie militaire recevra donc pour premier but, et pour but constant, l'acquisition de l'autonomie de décision si on ne la possède pas encore, et sa sauvegarde devant toutes les formes de danger susceptibles de la compromettre, de l'aliéner immédiatement ou à terme".

   On voit bien à trouver cette réflexion qu'a contrario, même avec un arsenal nucléaire au niveau de cette dissuasion, même si sur la plan diplomatique, les responsables politiques des autres pays tiennent compte de celle-ci, alliés ou adversaires potentiels, si la volonté nationale n'existe plus, cette dissuasion perde beaucoup de son objet. Or, on se rend bien compte que dans la période où ces quatre stratèges expriment quasiment la position officielle de la France, il existe à la fois un projet - issu d'ailleurs de la volonté de renouveau de la Résistance à la Libération - d'une cohésion nationale et d'un lien réel entre les citoyens de ce pays. Et que, surtout à partir du moment où les idées libérales - lesquelles refusent d'ailleurs la planification d'État en général et la solidarité sociale en particulier - pénètrent dans l'appareil d'État (cela s'accélère au cours du dernier mandat de Jacques CHIRAC), la liaison entre autonomie de décision (laquelle est jugée dans de plus en plus de domaines sans... intérêt national) et stratégie de dissuasion se délite considérablement... Quels intérêts vitaux alors la stratégie de dissuasion nucléaire veut défendre?

 

La question des alliances

   "Les alliances n'ont pas de vertus absolues, quels que soient les sentiments qui les fondent", avait dit le général de GAULLE, le 11 janvier 1963.

Très tôt, des particularités de l'arme nucléaire, de GAULLE infère l'impossibilité des alliances. Les démocraties ne peuvent guère pratquer la stratégie de dissuasion qu'au service d'une cause absolument vitale, selon lui. Il est en effet indispensable pour l'efficacité et la crédibilité de la menace que l'opinion publique apporte son soutien. La dissuasion nucléaire "répond à une fin politique, précise POIRIER, qui ne peut partager avec aucun autre État la pérennité de l'être national". Et GALLOIS de mentionner ce qu'il accentuera par la suite : "S'il s'agit d'intervenir au profit d'un autre, fût-ce un pays ami, l'hésitation est d'autant plus probable que les lois de la stratégie nucléaire sont défavorables à pareille intervention."

Il devient clair qu'aucun État ne saurait envisager de courir le risque de la mort pour un autre que lui-même. Celui qui fait les frais, c'est l'allié abandonné, mais le nucléaire garantissant mieux la probabilité de non-passage à l'acte, on pourrait en inférer que l'allié est mieux protégé que par les noeuds sacrés d'alliances...

La condamnation en bloc d'une stratégie d'alliance et le repli égoïste sur le donjon nucléaire posent évidemment d'immenses problèmes, lesquels varient dans le temps, compte tenu de l'évolution du monde et donc de chacun des acteurs. Si l'on devait distinguer l'"alliance-protectorat" de l'"alliance-communauté de biens", on jugerait la situation actuelle intermédiaire. L'alliance à n'importe quel prix n'est plus justifiée, l'alliance communauté ne parvient pas encore à se définir.

A l'ère nucléaire, peut-il exister pour un État une défense efficace qui puisse se dispenser de la composante nucléaire? Dans l'absolu, cette position serait intenable : on ne peut se défendre par des moyens classiques contre une menace nucléaire. En fait, le recours à la seule défense classique ne peut se justifier que parce que l'on a pas d'adversaire nucléaire direct ou simplement proche. Cela devient le cas pour de nombreux pays depuis que l'Union Soviétique a disparu. Mais inversement, ça l'est de moins en moins à mesure que la mondialisation rapproche les États et leurs intérêts les uns des autres. L'Irak en a fait l'amère expérience. Même dans un monde où il n'y aurait pas d'adversaires, l'existence des armes nucléaires obligerait tôt ou tard soit à se doter de cette arme, soit à se choisir un protecteur, et alors, lequel.

On peut écrire que le succès de la doctrine de dissuasion française permet la dissémination à de nombreux pays - sous condition d'en avoir les accès technologiques - de la doctrine de dissuasion pour leur propre compte... Il existe donc une contradiction certaine entre certaines déclarations contre la prolifération nucléaire et le maintien d'une doctrine de dissuasion nucléaire.... D'ailleurs, cela se traduit par une participation - avec le consentement ou non d'ailleurs de l'État - par une communication de technologies nucléaires à de nombreux pays par les plus importantes entreprises françaises qui participent à la constitution et au maintien de l'arsenal nucléaire français... Parfois, la France justifie - dans le cas d'Israël par exemple - cette participation par le droit à tout État de se défendre...

 

La dissuasion absolue?

   Mais dans ce qui est présenté souvent comme un égoïsme sacré, il y a plus d'une nuance à apporter. Toute en rejetant ce qui lui parait être chez BEAUFRE recherche d'un impossible compromis, POIRIER se distingue de GALLOIS et d'AILERET en ce qu'il s'efforce dans la stratégie militaire générale (action et dissuasion combinées) d'accorder la sanctuarisation française et les relations privilégiées à finalités communautaires entre la France et ses partenaires européens.

D'où la métaphore des trois cercles (ils aiment beaucoup les métaphores...), la dilatation spatiale liée au seuil d'agressivité critique et, surtout, une problématique de la dissuasion qui, dans une période d'interrogation et de prospective comme celle que nous connaissons aujourd'hui, est riche de suggestions et ne peut que stimules l'invention stratégique.

La dissuasion absolue est définie par Lucien POIRIER comme "une stratégie complexe qui vise à détourner toute agression, même celles qui, en leur début, n'affecteraient pas notre territoire". La dissuasion absolue englobe dissuasion radicale et dissuasion limitée. "La première, fondée sur l'existence d'un risque nucléaire qu'une agression majeure, affectant le territoire du dissuadeur, actualiserait après le franchissement d'un seuil d'agressivité critique, sera dite radicale. La seconde, fondée sur l'existence d'une capacité d'intervention classique - en principe avec des alliés - à la mesure des agressions mineures affectant le glacis et suffisante pour enlever toute valeur aux espérances de gain que l'agresseur pourrait y convoiter, sera dite limitée."

Il n'est pas possible d'isoler totalement le sanctuaire parce qu'il y a des partenaires, parce que la Drance est, en Europe, interdépendante, à la fois dans l'exiguïté géographique et dans l'enchevêtrement des intérêts. Il faut donc articuler des modes stratégiques les uns aux autres. Mais, pour y parvenir, une transformation qualitative de la dissuasion est nécessaire. Dissuasion nucléaire  en deçà, dissuasion classique au-delà. Plus précisément encore une dissuasion limitée non nucléaire.

Distinguer entre forces conventionnelles qui complètent le dispositif dissuasif nucléaire et forces conventionnelles qui agissent au loin (corps expéditionnaire) et qui constituent le second volet, et auxquelles, le cas échéant, les forces nucléaires pourraient apporter le soutien de leur capacité de dissuasion (comme ce fut le cas pour les Américains en Irak) complète la dissuasion stratégique.

Aujourd'hui, le problème se repose en termes différents. Il n'y a pas de forces nucléaires à construire. Les besoins en matières fissiles sont largement couverts. Il s'agit donc d'un rééquilibrage dans la modernisation et l'adaptation des forces nucléaires, et d'une modernisation-équilibrage des forces conventionnelles au service d'une réelle dialectique stratégique action-dissuasion correspondant à la dialectique des buts politiques positifs (développer-prospérer) et négatifs (interdire-protéger-conserver).

A l'égard de ce problème crucial de l'alliance, chacun s'est prononcé. Ici, il y a division en deux camps : AILLERET, GALLOIS, POIRIER se trouvent unis pour considérer que le risque nucléaire ne se partage pas, ce dernier proposant une organisation stratégique permettant d'intégrer la notion d'alliance de façon qu'elle n'entre pas, dans sa logique, en contradiction avec celle de la dissuasion nucléaires. BEAUFRE, seul, s'essaie à cet exercice redoutable.

 

Frictions ou quatre "malédictions" théoriques

   Rigueur et vigueur de la pensée du stratège ne sont pas tout, estime François GERÉ, et puissance de la rhétorique, avons-nous envie d'ajouter, non plus. Après l'énoncé, écrit-il, il y a le passage à l'acte, l'affrontement avec la pesanteur des choses, le conformisme et le traditionalisme, les intérêts corporatifs, lesquels ajoutons-nous encore, sont puissants dans l'institution militaire... Notre auteur-guide, qui nous permet, autant le dire en passant, d'adopter, sans doute au détriment de ses convictions profondes, d'adopter une posture critique, passe alors en revue les notions-clés de chacun des quatre stratèges français, GALLOIS, BEAUFRE, AILLERET et POIRIER.

 

- GALLOIS, à propos des représailes massives.

Cet attachement à une doctrine qui le conduit à condamner avec une virulence croissante la position américaine procède paradoxalement de la plus étroite familiarité avec le nucléaire américaine. GALLOIS comprend que les États-Unis se détournent des représailles massives à cause de la montée en puissance de l'arsenal soviétique. Il calcule et prévoit cette évolution. Il constate l'inflexion vers la riposte graduée et en déduit qu'un allié ne peut plus être certain d'être protégé dans de telles conditions. Il en conclut dès lors qu'à partir du moment où KENNEDY a engagé les États-Unis dans cette voie, les propositions d'association ne sont qu'illusions (la "farce" multilatérale, écrira t-il) sans aucune fiabilité. Ce point de vue est d'ailleurs complètement partagé par BEAUFRE. Là encore, il s'agit bien davantage de choix du ton pour dire ce qu'impose la lucidité élémentaire. Il importe alors de se doter de façon autonome des forces nucléaires pour être en mesure d'opposer ses propres forces nucléaires indépendantes à celles de l'adversaire.

Cette conception a été attaquée dès le début avec une extraordinaire virulence par Raymond ARON. Pour comprendre la nature exacte de la controverse, il convient de repérer le moment charnière où elle s'inscrit : la mutation stratégique américaine qui fait poser des représailles massives à la riposte graduée. Mutation logique que les États-Unis qui cherchent à maintenir une coalition dans des termes qui ne soient pas antinomiques avec le souci de leur sauvegarde nationale. Il n'est donc pas plus cohérent de demander à la France de se satisfaire d'une garantie américaine douteuse que d'exiger des États-Unis qu'ils prennent un risque mortel pour autre chose que leur propre survie. L'accession à la bipolarité nucléaire ne pouvait qu'inciter chacun à suivre sa propre voie, en fonction des moyens dont il pouvait disposer. Ni ARON ni BEAUFRE ne semblent admettre que la recherche de la flexibilité procède de la logique américaine, mais GALLOIS, pour maintenir à la France une authentique garantie nucléaire américaine, demande à l'administration Kennedy un engagement qui correspond désormais à la seule position de la France.

La radicalité de GALLOIS sur un "tout ou rien" dont nul décideur ne saurait pourtant jamais in fine faire l'économie a souvent été présentée comme une dissuasion par improbable et insoutenable menace de "suicide". Le général BEAUFRE la présente en ces termes : "Déclancher une action dont la riposte entrainera sa propre mort n'est qu'une forme à peine déguisée de sanction par hara-kiri. Ce n'est pas une stratégie. Au contraire, tout doit être fait pour éviter cette extrémité". Objection que réfute POIRIER démontrant sans difficulté que "la thèse du suicide n'a guère de sens par rapport à l'espérance de gain politico-stratégique qui finalise l'action adverse." Il est en effet possible d'afficher dans le cadre de la manoeuvre contre-dissuasive que l'on a la ferme intention d'annihiler la France au cas où elle exercerait sa représaille nucléaire. Mais à quoi bon? Hormis une logique vindicative qui vaut sans doute pour certains individus mais qui n'est pas la logique des "monstres froids" que sont les organismes étatiques, quels que soient leur idéologie et le maintient extérieur de leurs dirigeants. A cela s'ajoute une fois de plus que la menace d'emploi se situe dans la dimension virtuelle. L'ensemble des raisonnements qui sont construits n'a de signification que pour la manoeuvre dissuasive qui vise à la suspension interminable de l'acte de guerre. "Il n'est de victoire concevable, écrit POIRIER, que dans l'absence de guerre ; absence par impossibilité et impossibilité par absurdité."

 

- BEAUFRE et la dissuasion multilatérale

Le général BEAUFRE refuse de considérer l'incompatibilité entre détention des armes nucléaires et alliance. C'est donc à ce défi logique qu'il entend répondre en développant les principes de la dissuasion multilatérale. Expression probablement malheureuse en cette période où l'administration Kennedy propose une force nucléaire multilatérale qui cache mal les véritables intentions américaines. Le général POIRIER a relevé avec une distance souveraine les contradictions de la position de BEAUFRE. Toutefois la pensée du général va plus loin que cette impossible tentative de conciliation qui lui est prêtée.

BEAUFRE réfute effectivement la validité de l'efficacité d'une dissuasion nucléaire du faible au fort dans les termes que propose GALLOIS à l'époque et qu'élabore POIRIER au même moment. Il écrit : "La dialectique d'un adversaire très fort opposé à un adversaire très faible aboutit normalement à la dissuasion du plus faible et à la liberté d'action du plus fort, sauf dans le cas limite où le plus faible serait menacé de la perte totale de son indépendance."

Mais il fonde la suite de son raisonnement sur la situation réelle. La France n'est point seule devant l'URSS, qu'elle le veuille ou non. Il ne sert à rien de penser la validité de la capacité de frappe nucléaire française en dehors de l'existence des capacités américaines. Dès lors, échappant au modèle logique de POIRIER, s'appuyant sur la réalité concrète stratégique, BEAUFRE élabore une sorte de contre-modèle théorique qui a le mérite de sauver la démarche française, mais sans en reconnaître les axiomes, et de dépasser l'état de fait, donc la suprématie américaine qui voudrait réduire la velléité française d'autonomie. Tentative intellectuelle désespéré? Certainement pas, selon François GERÉ. La reconnaissance de la valeur de la capacité française au sommet d'Ottawa en 1974 et, plus encore, la prise en compte par l'URSS du facteur français permettent de considérer que la démarche de BEAUFRE était bien plus qu'une acrobatie pour concilier l'inconciliable.

 

- AILLERET et la dissuasion "tous azimuts".

Cet article du général paru trois mois avant sa mort accidentelle a provoqué de furieux commentaires et d'étranges erreurs d'interprétation. "Un système de défense qui ne soit dirigé contre personne, mais mondial et tous azimuts, qui ait la puissance maximum permise par ses ressources nationales, et qui, manié avec autant de sang-froid que de détermination, devrait, par la dissuasion, lui permettre d'échapper à certaines grandes guerres et, s'il n'y échappe pas, d'y participer aux meilleures conditions ; enfin qui, au cours des crises peuvent dans l'avenir ébranler le monde, mettrait la France en mesure de déterminer librement son destin."

François GERÉ remarque que le chef d'état-major des armées n'a parlé que de défense tous azimuts et non de stratégie. Il note également la rigueur extrême du choix des mots qui vise à l'explicitation complète : mondial et tous azimuts sont dissociés. Chez AILLERET, artilleur de formation, azimut est lié à une direction ou, si l'on préfère à un ciblage. Il s'agit d'indiquer que le ciblage devrait être omnidirectionnel, ce qui pose incontestablement un problème technique que la proche accession de la France à l'arme thermonucléaire et le développement de sa force sous-marine peuvent permettre de résoudre. Mondial, intentionnel, opposé à "contre personne" pour signifier qu'il est désormais susceptible d'être dirigé contre tout le monde, renvoie à un contexte politico-stratégique, celui-là même qui a été défini à grands traits par le chef des armées.

"La situation mondiale nous offre le spectacle d'un tel désordre, d'une telle agitation..." AILLERET esquissait davantage une situation qu'il appelait de ses voeux (et le chef de l'État avec lui dont le discours de Phnom Penh est du 1er septembre 1967) que la réalité sur laquelle pesait encore très lourdement l'hypothèque soviétique. Il n'en est pas moins vrai que, par une remarquable conjonction des temps, la France approchait de la mise au point de l'arme thermonucléaire et que l'OTAN allait adopter officiellement MC-14/3 qui entérinait une flexible response pour laquelle les forces américaines de l'OTAN avaient, de fait, commencé à s'organiser. AILLERET décrit exactement la situation actuelle où une certitude d'ennemi laisse la place à une incertitude généralisée pour le futur proche. "Tous azimuts", c'était faire face à la liberté du monde. Aujourd'hui, après la levée de l'hypothèque soviétique, dans le grand large planétaire où n'apparait plus aucune de ces ennemis désignés dont nous avions, en France, de génération en génération, fait le pivot de notre stratégie, ce "tous azimuts" ne devient-il pas la clé logique ouvrant tout raisonnement de stratégie nucléaire?"

Sauf sans doute, et notre auteur en laisse une zone d'ombre, les divers Libres Blancs de la défense n'ont désigné tardivement l'Union Soviétique comme l'ennemi, qu'à l'occasion de la crise des euromissiles des années 1980. Il est vrai que, au sein de l'état-major des armées, loin de la rhétorique officielle, en revanche nul doute sur le nom de l'ennemi...

 

- POIRIER et la manoeuvre pour le test.

Ayant considéré qu'il était indispensable que le décideur de la représaille nucléaire bénéficât de l'information la plus assurée pour être en mesure, en raison, de décider de la suite à donner à une "aventure" de l'adversaire en direction du sanctuaire, le général POIRIER conçoit la manoeuvre pour le test à laquelle furent affectés les régimes Pluton d'armes nucléaires tactiques. D'inspiration napoléonienne, elle rappelle "une mission générale d'éclairage au profit de la manoeuvre des "gros" conduite par le chef de l'État". C'est là que se trouvent leur rôle les forces de manoeuvre aéroterrestres et aéronautiques dites conventionnelles et les armes nucléaires tactiques auxquelles en 1966 le CPE a donné feu vert. Cet armement assurerait une double fonction : sa seule existence contraindrait l'agresseur à s'engager plus puissamment, donc plus clairement...

Ensuite, dans les mains du chef de l'État, il permettrait un tir de semonce effectué sur les seules forces assaillantes, de matérialiser d'une manière non équivoque le moment où nous estimerions que l'agression ennemie va franchir le seul d'agressivité critique. Ultime élément de dialogue, instrument sémiotique, voici donc le rôle du nucléaire tactique pour la France. POIRIER, qui écarte toute idée de bataille, toute idée de volonté de résistance sur le terrain, de justification de la riposte par le sang répandu, ne prête donc guère le flanc aux critiques exprimées à l'encontre de l'ANT française par le général GALLOIS. Au demeurant, GALLOIS s'en prend à des dérives qui n'ont rien à voir avec le test mais bien avec l'organisation du corps de bataille. Comme le fait remarquer POIRIER, "on s'est contenté de plaquer le nouveau concept, embarrassant, sur le corps de bataille existant. Au lieu d'inventer une authentique manoeuvre de test, on s'est borné à rebaptiser ainsi la mission assignée jusqu'alors à la 1er armée. GALLOIS a cent fois raison pour la réalité de l'alibi. Mais celui-ci procède du concept et le CPE n'a pas construit le concept pour l'alibi".

Le problème est que, contrairement aux forces stratégiques répartis de manière autonomes sur les trois "espaces" air, terre, mer, les forces tactiques doivent être installées quelque part. Ces chars dotés d'ogives nucléaires sont placés en des bataillons spéciaux, lesquels ont une place dans le dispositif opérationnel composé de forces conventionnelles... Jusqu'à quel point se distinguent-ils du corps de bataille... Les états-majors se dont penchés sur la question en dehors de toute phraséologie sur la stratégie de dissuasion, ce qui donne des allures bizarres au mieux à l'ensemble du dispositif français... Sans compter la volonté de l'armée de terre d'avoir "son" arme nucléaire, par rapport à sa rivale, l'armée de l'air, qui s'est accaparée l'ensemble de la maitrise des forces nucléaires stratégiques...

Une des critiques les plus sereines est celle de POIRIER lui-même qui, dans un premier temps, reconnaît que sa théorie a servi d'alibi. Puis, plus profondément encore, en 1983 : "Je confesse avoir été mal inspiré en formulant ces notions... Alors qu'il ne peut être que le moyen de l'information au politique, le teste devait inéluctablement s'ériger en but de la manoeuvre : perçue comme une épreuve de force, la notion même de test s'évaporait dans celle, plus séduisante, de bataille pour les frontières..."

La disqualification de la stratégie nucléaire en général, de celle de la France en particulier, n'a pas peu contribué à favoriser l'état d'ignorance ou d'indifférence profond dans lequel nos alliés, américains en particulier, se sont cantonnés. Il est vrai que, côté français, l'effort est resté bien modeste pour faire comprendre la logique de notre stratégie et manifester ma solidité de sa charpente intellectuelle. Vaste chantier, la culture stratégique française depuis 1945, tout occupée à la création intellectuelle et opérationnelle, n'a guère pris le temps de son exposition. Cette appréciation de François GERÉ  sur l'effort d'explication laisse perplexe, dans la mesure où les discours sur les liens entre indépendance nationale et stratégie nucléaire ont été répétés sur tous les tons, et pas seulement par les quatre stratèges cités. Sans doute l'ont-ils été plus en direction des opinions publiques et des militaires eux-mêmes - qui se sentaient dépossédés des prestigieux outils de défense de la France - qu'en direction des alliés... quoiqu'en lisant les différents rapports publics de l'OTAN, on se rend compte que les Français n'ont pas été les plus silencieux....

En tout cas, comme l'écrit François GERÉ, aujourd'hui, les forces nucléaires dites stratégiques des deux "hyper-puissances" sont en cours de réductions importantes. Des expressions plus emblématiques que stratégiques comme la suffisance raisonnable ou la dissuasion nucléaire minimum semblent servir de référence à la Russie nouvelle et sont fréquemment évoquées aux États-Unis dans le centres de recherche et les instituts scientifiques. Il ne s'agit pas de dire avec suffisance que la stratégie française de dissuasion nucléaire peut et doit servir de modèle. Plus modestement, on peut considérer qu'elle fournit les éléments d'une base conceptuelle assurée, sorte de repère théorique, pour la construction des stratégies nouvelles dont les États du monde, commencent à se mettre en quête. A commencer, complèterions-nous, par les États encore non nucléaires qui cherchent à devenir des puissances nucléaires dotées d'une théorie du faible au fort...

 

Une discussion, pas seulement à quatre, qui tourne autour d'une même préoccupation : donner à la France un outil de défense à la mesure de son désir d'indépendance au lendemain de la Seconde guerre mondiale

    Cette préoccupation ne cesse de guider stratèges et stratégistes (dominants) dans la réflexion sur la dissuasion nucléaire. Dès octobre 1945, un article de l'amiral Raoul CASTEX dans la Revue de défense nationale décrit pour la première fois en France l'impact stratégique de l'arme nucléaire. Il cite déjà ces points qui restent encore pertinents aujourd'hui dans la tête de ceux-ci : cette arme est un engin nouveau par rapport à l'ensemble des armements utilisés depuis des centaines d'années ; cette bombe ne peut rester l'apanage d'une seule nation et on s'en rend compte aujourd'hui reste difficilement le monopole des grandes puissances ; cette arme bénéficie à la nation faible comme à la nation forte, incitation puissance pour des États rivaux au plan régional de l'acquérir ; les pays à forte densité de population sont des cibles magnifiques ; les Américains s'en sont servi (sur le Japon) car ils se savaient épargnés de représailles ; la puissance unitaire de l'arme fait que le nombre n'est plus un facteur clé, et aujourd'hui la compétition est bien plus qualitative que quantitative. Il s'agit d'un article précurseur, même si la réflexion se développe ensuite aux États-Unis d'abord dans les années 1950 et au début des années 1960.

   

   L'histoire du développement des armements nucléaires montre qu'il n'y a pas de continuité ni de concomitance entre la réalité de leur déploiement et l'émission des différentes stratégies nucléaires. Celles-ci se situent dans des contextes stratégico-politiques (relations avec les États-Unis et l'URSS, et ensuite par rapport à l'Europe) bien précis. Et ceci est particulièrement éclatant dans le cas de la France, ce qui permet le déploiement de contestations importantes dans l'opinion publique et dans les milieux militaires.

 

Charles AILLERET, Réalités atomiques, dans Revue des forces terrestres, n°1, janvier 1954 ; L'arme nucléaire, arme à bon marché, dans Revue de défense nationale, octobre 1954 ; L'Aventure atomique française, Paris, 1968. Raymond ARON, Le Grand Débat, initiation à la stratégie atomique, Calmann-Lévy, 1963. André BEAUFRE, Introduction à la stratégie, Librairie Armand Colin, 1963 ; Dissuasion et stratégie, Paris, 1964 ; Les armements modernes et la stratégie, dans Revue militaire générale, juin 1960 ; Introduction à l'étude de la dissuasion, dans Stratégie n°1, 1964. Raoul CASTEX, Aperçus sur la bombe atomique, dans Revue de défense nationale, octobre 1945. Lawrence FREEDMAN, The Evolution of Nuclear Strategy, Londres, 1981. Pierre GALLOIS, Stratégie de l'âge nucléaire, Paris, 1960 ; L'arme nucléaire, ses effets militaires et politiques, Départ, de sciences politiques, février 1975. Lucien POIRIER, Des stratégies nucléaires, Bruxelles, 1988. Camille ROUGERON, La Guerre nucléaire, armes et parades, Calmann-Lévy, 1962.

Nicolas ROCHE, Pourquoi la dissuasion, PUF, 2017. François GERÉ, Stratèges français du nucléaire, dans Dictionnaire de stratégie, Sous la direction d'Arnaud BLIN et de Gérard CHALIAND, Éditions Perrin, collection tempus, 2016.

 

STRATEGUS

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

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20 janvier 2020 1 20 /01 /janvier /2020 16:45

  Média d'analyse des problématiques sociales fabriqué par l'Agence belge Alter, la revue Alter Échos, selon sa propre présentation, s'adresse aux acteurs, décideurs, professionnels du social mais aussi à "tous les citoyens engagés et curieux". Elle se décline sous forme d'une publication mensuelle et une veille d'informations quotidiennes sur Internet. Tous les mois, Alter Échos s'accompagne de son supplément Focales, un carnet de photojournalisme qui "s'immerge dans des projets innovants".

    Lancé en février 1995 par deux journalistes, Pierre VERBEEREN et Thomas LEMAIGRE, Alter Échos était de répondre, avec les professionnels du social, à la question : "Comment faire pour garantir aux personnes en situation précaire l'exercice de leurs droits économiques et sociaux, quand celles-ci n'ont plus d'emplois?". Depuis cette même année, l'Agence Alter "cultive son positionnement d'association indépendante, active dans les domaines des médias, de la recherche et du conseil." Ces métiers se complètent au service de la défense des droits sociaux, économiques, culturels et politiques.

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Ses domaines d'intervention en matière d'expertise de rédaction et de recherche-action sur les politiques publiques et sociales, tournent autour de l'action sociale et de santé, l'emploi, la formation, l'insertion socio-professionnelle, l'aménagement du territoire, la mobilité, le logement, l'économie (sociale, collaborative, coopérative durable), les migrations et l'asile, l'aide à la jeunesse, le crédit et l'endettement.

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