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20 janvier 2020 1 20 /01 /janvier /2020 13:26

    Le sociologue américain William Isaac THOMAS est le sociologue dont les analyse marquent la naissance, d'après de nombreuses biographies, de ce que l'on appelle usuellement l'École de Chicago. Auteur, avec Florian ZNANIECKI, d'une imposante étude sur l'immigration polonaise, The Polish Peasant (1918-1920) il est connu également pour avoir formulé le "théorème de Thomas". A l'instar de l'école pragmatiste de John DEWEY, William JAMES et George Herbert MEAD, il est amené à donner une importance primordiale à la subjectivité des individus? Sociologue engagé dans le réformisme social, ses points de vue sur le crime et la sexualité passent à l'époque pour iconoclastes, dans l'environnement puritain des États-Unis. Sa carrière est marquée par une arrestation pour "interaste transport of females for immoral purposes" (transport, avec franchissement de frontières d'un État fédéré, de femmes à des fins immorales) par le FBI, ce qui l'oblige à quitter Chicago pour terminer sa carrière à New York.

    A la fois sociologue et psychosociologue, il est, jusqu'en 1918, le personnage central de l'École de sociologie de Chicago. Ses travaux consacrés principalement à l'étude des groupes d'immigrants (au-delà du cas des Polonais) et aux différents problèmes d'assimilation que ces groupes connaissent dans une communauté urbaine. Son livre, écrit avec Florian ZNANIENCKI, n'est pas seulement une remarquable monographie fondée sur l'étude intensive de biographies et sur l'analyse des documents personnels, mais une véritable théorisation du développement de la personnalité et du changement social, l'exposé d'une typologie des personnalités et d'une définition de l'approche situationnelle, un effort pour perfectionner les techniques d'enquêtes par l'utilisation des groupes de contrôle?

Son principal souci est d'étudier les phénomènes et les individus dans la totalité de leur contexte social. Rejetant le déterminisme économique ou technologique considéré comme seul facteur de changement social, THOMAS voit dans les valeurs et attitudes humaines des éléments importants dans la transformation des sociétés. Il contribue ainsi à la création d'une discipline psychosociologique autonome.

Concernant ses démêlés avec la police et la justice, THOMAS s'est occupé de la position des femmes, des différences entre les groupes ethniques, de la criminalité. Or se préoccuper des femmes est plutôt mal perçu, dans une époque marquée par la répression des mouvements féministes. Et ses enquêtes sur le crime "gêne" au minimum une organisation d'État qui doit faire ses premières preuves de compétence. Par ailleurs, il est vrai que ses méthodes d'enquêtes - directement sur les groupes concernés - attirent les suspicions. On présente toujours un peu trop l'évolution des sociologues comme celle de fleuves un peu tranquilles alors qu'ils opèrent en pleine conflictualité.

Ses travaux sur la "désorganisation sociale" se situe dans la ligne directe de ceux effectués vingt ans plus tôt par Émile DURKHEIM sur l'anonie. Mais contrairement à son "confrère" français, THOMAS attribue aux facteurs subjectifs et à la conscience individuel un poids essentiel. Chez lui, la notion de valeur est un "fait social", une donnée objective. (Daniel DERIVRY)

 

Le théorème de THOMAS

    Ce théorème, terme emprunté aux mathématiques sans doute pour rendre scientifique la chose, veut rendre compte du fait que les comportements des individus s'expliquent par leur perception de la réalité et non par la réalité elle-même. Sa forme la plus célèbre est "Si les hommes définissent des situations comme réelles, alors elles sont réelles dans leurs conséquences". (The child in America, 1938).

En 1923, THOMAS présente dans "The Unadjusted Girl" la notion de définition de la situation. La définition de la situation est selon lui le moment préalable à l'action au cours duquel l'individu examine la situation à laquelle il fait face et réfléchit à ce qu'il souhaite faire. Contrairement au modèle behavioriste, il affirme que l'action n'est pas la réponse à un stimulus, mais qu'elle résulte d'un point de vue particulier sur une situation donnée. THOMAS considère notamment que les individus tendent à définir la situation se façon hédoniste (recherchant d'abord le plaisir), tandis que la société leur enjoint de la définir de façon utilitaire 'plaçant la sécurité au premier plan). En 1928, il enrichit son analyse dans "The child in America". Puisque la définition de la situation d'un individu produit constitue au préalable à son action, alors pour saisir les comportements individuels il ne faut pas se référer à la réalité mais à la façon dont les individus la perçoivent. Cette proposition, parfois perçue comme une tautologie a une grande postérité en sociologie. Elle exprime l'importance qui doit être accordée dans l'explication sociologique aux représentations, même fausses, qui prennent une plus grande importance que la réalité "objective".

     THOMAS lui même ne revendique pas la production d'un théorème, c'est King MERTON, dans "éléments de théorie" et "méthode sociologique' qui le baptise ainsi. Il en déduit deux notions, celle de prophétie autoréalisatrice et celle de prophétie autodestructrice. Prophétie autoréalisatrice lorsque l'individu croit qu'elle va advenir et agit en conséquence et prophétie autodestructrice lorsqu'il, au contraire, même s'il croit qu'elle va advenir, agit au contraire, modifie son comportement pour qu'elle n'advienne pas.  A la différence du théorème de Thomas, toutefois, ce ne sont plus ici les conséquences d'un fait, mais le fait lui-même qui devient vrai ou faux.

Sans qu'une filiation soit toujours revendiquée, de nombreuses théories sociologies (l'interactionnisme symbolique de BLUMER, l'approche dramaturgique de GOFFMAN, la construction de BERGER et LUCKMANN ou l'effet pygmalion de ROSENTHAL) s'en inspirent. La place accordée dans les relations entre individus sur la représentation de la situation qu'ils s'en font, plus que sur la situation réelle elle-même, est grande dans une partie de la sociologie. En stratégie internationale, la représentation des acteurs (de leur position et de celle de leurs partenaires ou adversaires) est plus importante que leur situation réelle. En matière de stratégie nucléaire, le principe est encore plus important : la représentation de la volonté et des capacités de l'adversaire l'emporte sur la réalité de son arsenal et de sa position stratégico-politique, et il s'agit pour chacun d'agir sur les représentations des autres de la réalité.

 

William Isaac THOMAS, The polish peasant in Europe and America, en 5 volumes, 1918-1920 ; The Unadjusted Girl : with cases and standpoint for behavior analysis, 1923 ; The child in Amerika, 1928, Primitive behovior, an introduction to the social sciences, 1937. A notre connaissance, pas encore de traductions en Français.

Ervin GOFFMAN, La mise en scène de la vie quotidienne ; 1. La présentation de soi, Les éditions de Minuit, 1973. Robert K. MERTON, Éléments de théorie et de méthode sociologique, Plon, 1965.

Daniel DERIVRY, Thomas William Isaac, dans Encyclopedia Universalis, 2014

 

 

 

 

 

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20 janvier 2020 1 20 /01 /janvier /2020 13:02

      Le cas français d'une glose sans fin au service d'une prophétie auto-réalisatrice est celle d'une stratégie nucléaire du faible au fort à laquelle les promoteurs et les défenseurs prêtent des vertus qualitatives qui doivent compensent une infériorité absolue en quantité. Impossible de rivaliser durant la guerre froide avec les stratégies nucléaires américaines et soviétiques, et sans doute demain, chinoises, mais il suffit de pouvoir causer des dommages irréparables pour dissuader n'importe quel adversaire sur-puissants.  Il faut pour cela, quel que soit les attendus et les variantes des stratégistes professionnels ou non, que soit sauvegardé un niveau technologique minimum à la crédibilité d'une force dont tout le monde espère que personne ne s'en servira. Cette stratégie nucléaire dite de dissuasion, prônée plus ou moins complètement (et totalement) par les puissances nucléaires d'hier, d'aujourd'hui et sans doute de demain repose sur une perception commune dans le monde entier, que rien pourtant ne laisse supposer qu'elle le sera partout et toujours. Les stratégistes - minoritaires - qui pensent utilisation du feu nucléaire sur un champ de bataille eux-mêmes n'ont pas le moindre idée des conséquences de ce que pourrait être un guerre nucléaire. Et c'est invariablement, sur cette perspective de destruction totale que repose à la fois les progrès théoriques et pratiques des armements nucléaires et les dispositifs complexes de mise en oeuvre éventuelle.

  En tout cas, dans le vaste "débat stratégique" dominant, il s'agit réellement d'une glose entre et à partir des travaux de quatre officiers (AILLERET, BEAUFRE, GALLOIS et POIRIER) qui ont pensé l'arme nucléaire de la France. A l'instar de François GERÉ, nous percevons effectivement ce débat plus que cinquantenaire maintenant, comme un cercle dont on ne sort pas, et cela au de plus en plus suivant que nous avons affaire à des textes officiels qui en reproduisent les résultats.  Ces officiers, qui appartiennent à la même génération, se révèlent autant logiciens que pédagogues, pour diffuser à la fois chez les responsable politiques et dans l'opinion publique ce qu'est la stratégie nucléaire de la France. Chacun dans un registre personnel, propre aussi à certaines étapes du programme nucléaire français, apporte sa musique à un concert qui finalement apparait comme (trop?) harmonieux en abordant la quasi-totalité du champ stratégique. La révolution nucléaire, les moyens de se protéger, la question des capacités, l'invention même de cette stratégie de dissuasion, les "lois" de la dissuasion nucléaire, les problèmes de stabilité et d'escalade, les fondements logiques de cette dissuasion, le jeu du risque, des enjeux et des probabilités, l'interface politico-stratégique, la problématique de la crédibilité, les finalités politiques suprêmes, la question des alliances, la recherche de la dissuasion absolue, tout cela est abordé par AILLERET (1907-1968), BEAUFRE (1902-1975), GALLOIS (né en 1911) et POIRIER (né en 1918). Polytechnicien, le premier a plus volontiers exploré la stratégie nucléaire du point de vue de la technique appliquée et de la méthode de raisonnement tactique, le second a travaillé beaucoup sur l'interface entre stratégie et politique, plus classiques le troisième et le quatrième ont davantage recherché la formalisation théorique de la stratégie.

 

La révolution nucléaire

   L'arme atomique apporte une puissance de destruction hors de proportion avec les moyens anciens, et opère une mutation, une discontinuité dans l'évolution des phénomènes militaires.   

    Même si leur aspect surprenant et spectaculaire frappent les esprits, l'arme nucléaire cependant, surtout avec le temps, s'inscrit bien dans une même logique d'accroissement des moyens violents d'imposer sa volonté à un adversaire ou même à un partenaire. il faut toujours avoir à l'esprit le même étonnement et la même surprise causée par l'apparition de la poudre à canon, qui faisaient écrire, de même à Nobel avec l'invention de la dynamite, que l'utilisation de ces nouvelles techniques ne se feraient jamais, tant les destructions paraissaient déjà dantesques. L'ingéniosité humaine à l'oeuvre dans les laboratoires d'armement, veut rapprocher les armes classiques des armes atomiques, par leur aspect destructif (voir la méga-bombe classique utilisée par les Américains il n'y a pas si longtemps...), sans avoir les effets radioactifs propre au nucléaire. Aussi, tous les commentaires, dont ceux d'AILLERET sur le saut qualitatif que représente l'arme atomique ne doit pas camoufler qu'est toujours à l'oeuvre cette logique-là...

   Toujours est-il que l'aspect destructif et "bon marché" de l'arme atomique avait à l'époque et possède encore aujourd'hui (heureusement, par certains côtés), un aspect mythique, qui fait percevoir une nouvelle période, celle d'une ère nucléaire. Son potentiel de destruction fait de cette nouvelle arme une arme essentiellement politique, sa possession même, sa maitrise technique surtout, confère à la puissance qui devient atomique un aspect égalisateur à celle-ci, au niveau qualitatif, même si quantitativement, elle ne parvient pas à en construire autant que ses rivales sur la scène internationale.

L'arme nucléaire change les conditions de la guerre. Rien, souligne AILLERET, ne sera plus comme avant et cela contraint à changer jusqu'aux méthodes de raisonnement stratégique et tactique. De ce point de vue, le réflexe d'AILLERET, comme celui de GALLOIS, se réfère à la seule théorie qui correspond quelque peu à la décision par destruction du potentiel par bombardement massif au-delà des lignes de front. de l'italien DOUHET. Ils en examinent les effets pratiques au même moment, l'un dans le cadre des Armes spéciales dont il a la charge, l'autre au sein de l'OTAN. GALLOIS aboutit rapidement à l'obsolescence de cette conception : "En fait, l'association de l'avion et de l'explosif atomique permit de porter à distance de tels coups qu'aussitôt mis en pratique le "douhetisme" se trouva dépassé". AILLERET s'interdit d'allier si loin, qui se contente de répertorier aussi précisément que possible les formes d'opérations militaires (têtes de pont, fronts continus, concentrations de grandes unités, etc.) désormais interdites et se garde de conclure immédiatement sur un éventuel blocage des arsenaux nucléaires des adversaires. Circonspect à l'égard des premiers écrits de Henry KISSINGER dont il suit de près l'évolution théorique, il affirme pourtant dès mars 1958 la primordiale nécessité pour la France de "disposer d'une force de représailles nucléaires capable d'écarter dans le cadre du deterrent la menace d'une agression atomique ou d'une agression armée massive de tout autre type".

 

Les moyens de se protéger...

   La réaction première des stratèges et stratégistes militaires fut de considérer les parades contre l'arme thermonucléaire. Tandis qu'aux États-Unis des hommes comme NITZE et Edward TELLER s'interrogeaient sur les conditions qui permettraient s'assurer la victoire américaine en cas de guerre nucléaire, en France on se livrait également à de très sérieuses spéculations, mais sur l'adaptation nécessaire des forces armées et des populations  aux attaques atomiques.

Convergence jugée remarquable, les réflexions des quatre stratèges français les ont conduit à rejeter cette approche à la fois parce qu'elle n'exprimait pas une rationalité politico-stratégique suffisante pour toute puissance nucléaire ; ensuite, et a fortiori, parce qu'elle ne pouvait constituer un objectivement raisonnablement accessible pour les capacités limitées de la France.

Pour le général GALLOIS, "il n'existe que quatre types de protection possibles : la destruction préventive des armes adverses, l'interception des armes atomiques, la protection physique contre les effets des explosions, et la menace de représailles..."

Finalement, la base fondamentale de l'invention de cette nouvelle stratégie est la prise de conscience que la formidable capacité de destruction unitaire, ajoutée au fait balistique, ne laisse plus de place qu'à une défense par la menace de représailles. "Militairement, la politique de dissuasion a pour origine cette carence de la défense aérienne... à partir du moment où le pouvoir de destruction d'un seul projectile est un multiple élevé de ce qu'il était auparavant, la défense est inefficace et la menace de représailles doit lui être substituée" (GALLOIS). S'il est bien exact, comme le soutient TELLER, que l'homme est capable "d'absorber" des dommages parfois beaucoup plus élevés que ce que l'on pouvait imaginer, et c'est incontestablement la leçon de l'échec des bombardements "stratégiques" ou de terreur de la Seconde Guerre mondiale, en revanche, le taux d'échec d'une défense antimissile qui ne peut jamais atteindre les 100% devient rapidement insupportable à l'ère nucléaire.

Sur un plan plus nettement politique, la possession de l'arme nucléaire ou sa non-possession modifie le statut des États. Dès 1950, selon AILLERET, il est clair que disposer de l'arme atomique reviendrait à la France à "être la plus forte possible ; à disposer d'une défense relativement indépendante, c'est-à-dire rester un pays libre de son destin... et cet armement lui donnera des armées d'une grande puissance".

   Il faut noter, par ailleurs, que le débat stratégique au sommet de l'État et dans ceux qui s'y intéressent dans l'opinion publique, tend à prendre une tournure technico-stratégique, plus qu'opérationnelle et concrète. Car la France est un pays où l'anti-américanisme et l'anti-communisme traversent les partis, les générations et les populations. Ce qui donne à la doctrine officielle adoptée seulement au retour du général de GAULLE au pouvoir, car entre-temps, il faut techniquement mettre au point l'arme atomique, avec tous les essais (au Sahara) et toutes les conditions de lancement (maitrise de trajectoire...), et cela va mettre au moins une vingtaine d'années..., une tonalité "tous azimuts" dans une doctrine (voir le Livre de la défense...) où l'ennemi n'est pas nommé.

 

La question des capacités...

    Une fois posée la nécessité de posséder cette arme nucléaire continuer de jouer un rôle sur la scène internationale (déjà que cela a été un résultat difficile d'une politique pour être à la fin de la seconde guerre mondiale du côté des vainqueurs, à l'inverse d'une position officielle de l'État français durant quatre ans...), AILLERET et GALLOIS eurent à mener campagne contre une foule d'objections de toute nature dont le premier fournit, dans ses Mémoires, un relevé assez complet :

- L'arme atomique a une très grande puissance dont il convient de se garder par toutes les mesures appropriées, mais elle reste soumise aux règles classiques de la stratégie et de la tactique.

- Nous serons toujours très en retard. Une dizaine de petits engins explosifs ne pèseraient rien face aux arsenaux des grandes puissances.

- Le programme nucléaire militaire retarderait voire interdirait le développement des programmes civils.

- Par la déclaration Parodi devant les Nations Unies, en juin 1946, la France a renoncé à l'utilisation militaire de l'atome.

- Nous sommes protégés par les armes américaines, les grosses dépenses doivent aller à la protection civile.

- De toute façon, la France n'a ni les moyens financiers, ni les moyens énergétiques en suffisance pour se lancer dans un programme d'armements nucléaires.

     La réflexion des quatre hommes s'unit sur les mêmes vérités premières, les mêmes raisons logiques, les mêmes aberrations. Même si périodiquement reviennent ces fausses innovations que seuls leurs promoteurs croient nouvelles. Ainsi du chimique dont a a parlé comme du "nucléaire du pauvre", ainsi, de la prétendue révolutions de la précision et des armes "intelligentes". Loin de dénier l'importance de ces évolutions techniques, GALLOIS en tire au contraire argument. Le renforcement de la précision est d'abord celui des forces nucléaires signifiant l'affaiblissement croissant des forces classiques, donc l'impossibilité de se fonder sur elles pour garantir la sécurité de l'Europe. Les nouvelles doctrines OTAN constituent donc pour le général GALLOIS autant de scénarios inadéquats, et seul le renforcement de la dissuasion par l'accroissement des moyens de frappe nucléaire serait en mesure d'apporter la sécurité face au dispositif soviétique.

Voilà donc pour ce qui est de la continuité. Elle se combine évidemment avec la conjoncture. De 1950 à 1958, AILLERET et GALLOIS pensent dans un contexte particulier et s'adressent à des interlocuteurs spécifiques : les décideurs militaires et surtout politiques qu'il s'agit de convaincre de la nécessité et de la possibilité d'en doter la France (GALLOIS "instruit" aussi bien Guy MOLLET que de GAULLE, le général POIRIER "INITIA" Georges MARCHAIS (Parti communiste français) comme les bon évêques).

 

L'invention d'une stratégie de dissuasion nucléaire française

    Pour le général BEAUFRE, "on demandera à la dissuasion d'abord de maintenir la paix et le statu quo territorial, mais on lui demandera aussi d'empêcher telle ou telle action adverse, de limiter l'étendue ou l'intensité des conflits, voire éventuellement de paralyser toute action adverse à une nation amie. Ce rôle protéiforme de la dissuasion, depuis l'intention la pus défensive jusqu'à son influence au profit d'actions foncièrement offensives, oblige à reconnaître et à délimiter aussi exactement que possible les véritables pouvoirs de la dissuasion."

     Le retour sur la généalogie française du concept de dissuasion nucléaire intéresse beaucoup, selon François GERÉ, qui envisage trois de ses aspects.

1 - la définition du concept par rapport à d'autres notions voisines de coercition, persuasion, etc. ;

2 - la valeur nouvelle prise par le concept de dissuasion dès lors que c'est l'arme nucléaire, elle et nulle autre qui sert la dissuasion ;

3 - la position de la dissuasion nucléaire par rapport à la stratégie générale de la France et, plus théoriquement, par rapport à toute stratégie militaire.

      1 - C'est par une distinction entre coercition et dissuasion que je général BEAUFRE introduit son étude de la dissuasion : "Toute action de coercition (et en particulier la guerre) vise, par l'emploi de divers moyens, un objectif psychologique positif en forçant une puissance, par sa capitulation, à prendre la décision de renoncer à s'opposer à son adversaire. La dissuasion au contraire, vise à empêcher une puissance adverse en présence d'une situation donnée, de prendre la décision d'employer les moyens coercitifs (violents ou non) en lui faisant craindre l'emploi de moyens coercitifs existants." Définition qu'il faut comparer aussitôt avec une seconde, du même auteur : "L'objet de la dissuasion est d'ordre psychologique : il s'agit de faire renoncer l'adversaire à prendre la décision d'intervenir. Cet objet est moins radical que celui de la guerre qui vise à faire prendre la décision de capituler. Par contre la guerre dispose du moyen de pression que constitue l'emploi des forces, tandis que la dissuasion doit obtenir ses effets par la simple menace d'emploi des forces." Ainsi, la comparaison de ces deux premières définitions permet de dégager l'importance de trois éléments : le caractère éminent du facteur psychologique ; la positivité du but de la coercition qui s'oppose au caractère négatif du but de la dissuasion ; la capitulation comme critère de réussite de l'action de coercition procède d'une conception de la guerre totale à but absolu qui, sans être particulière au général BEAUFRE, puisque aussi bien il l'emprunte à de LATTRE, lui-même influencé par LUDENDROFF, oriente l'ensemble de ses analyses selon une perspective remarquable. Dissuader consiste donc à s'opposer au projet d'autrui et à le conduire au renoncement de son action. Contraindre c'est, au contraire, amener à renoncer à s'opposer à son action.

L'opposition établie par le général BEAUFRE entre situation de non-guerre et situation de guerre le conduit à séparer l'emploi effectif de la force et la menace d'emploi. Toutefois, la coercition peut aussi bien s'exercer par la seule menace d'emploi. C'est le cas si fréquemment évoqué de Hitler devant la Tchécoslovaquie. Conscient de la difficulté, le général BEAUFRE précise : Si la dissuasion se limite à empêcher un adversaire de déclencher sur soi-même une action que l'on redoute, son effet est défensif, tandis que, si elle empêche l'adversaire de s'opposer à son action que l'on veut faire, la dissuasion est alors offensive. Mais qu'est-ce que cette dissuasion offensive, sinon une coercition? La difficulté est levée avec l'introduction par Lucien POIRIER d'une catégorie absolument fondamentale : l'antinomie entre emploi et emploi virtuel. "Il importe donc, dit ce dernier, de distinguer rigoureusement la stratégie de dissuasion et celle de défense active qui suivrait son échec ; d'éviter le glissement qui trop souvent intègre la seconde dans la première."

Cela signifie que, pour chaque mode stratégique, aussi bien l'action que la dissuasion, il peut y avoir chaque fois ce qu'on peu appeler, dixit François GERÉ, deux dimensions : l'une où l'effet physique est représenté, l'autre où il est actualisé. Cela est fondamental puisque la dissuasion nucléaire s'autonomise par rapport à tout ce qui n'est pas encore ou tout ce qui adviendrait en dehors de sa sphère d'influence (ou domaine). Nous ne savons donc rien de ce que serait l'échec de la dissuasion, parce que l'emploi réel des forces ferait basculer la situation stratégique dans une autre dimension (comme le rêve et la réalité). En effet une fois la dissuasion violée, et plus grave encore, une fois la représaille essuyée par l'adversaire, nous ne savons rien de son comportement. Pourquoi rispoterait-il?  "Certes l'URSS pourra toujours, si elle le veut "vitrifier" notre territoire... Mais est-ce un but politique rationnel?... Dans ces conditions il est faux (GERÉ le souligne) de prétendre que le dissuadeur ne saurait décider rationnellement sa  riposte massive, parce qu'il devrait compter avec une inévitable contre-réaction de l'agresseur", ajoute Lucien POIRIER.

Faisons là la parenthèse obligée : tout est basé sur la détermination de la France, et un autre cas de figure peut se présenter. La dissuasion nucléaire ne se joue pas seul. L'adversaire aussi n'ignore pas les ressorts de la peur d'une destruction. L'échec de la dissuasion peut tout aussi bien signifier l'abandon en rase campagne du combat... par la France. C'est dire que du côté des armements nucléaires, il se peut qu'il ne se passe rien dans une guerre, qui redevient alors tout-à-fait classique... C'est un scénario, celui de l'échec de volonté de la part de la France, qui est, pour les quatre théoriciens et d'ailleurs pour la très grande majorité des penseurs sur la question, qu'ils soient en poste ou pas, rigoureusement impensable... donc impensé!

 C'est donc dans la droite ligne de BEAUFRE que s'inscrit Lucien POIRIER lorsqu'il énonce encore : la dissuasion se donne pour fin de détourner autrui d'agir à nos dépens en lui faisant prendre conscience que l'entreprise qu'il projette est irrationnelle (...) transposée dans l'âge nucléaire (...) la stratégie de dissuasion nucléaire est un mode préventif de la stratégie d'interdiction qui se donne pour but de détourner un candidat-agresseur d'agir militairement en le menaçant de représailles nucléaires calculées de telle sorte que leurs effets physiques probables constituent, à ses yeux, un risque inacceptable eu égard aux finalités politiques motivant son initiative".

  2 - Pour le général GALLOIS, il n'est de dissuasion que nucléaire. Soucieux de la situer dans sa totalité stratégique, le général BEAUDRE oppose le calcul du risque classique fondé sur la crainte d'être vaincu par rapport à l'espérance de victoire dialectique fondant une dissuasion qui "tend à être instable dès que les espérances du succès cessent d'être d'être minimes". Par opposition à son avis, la dissuasion nucléaire a pour base "la certitude des destructions qu'entrainerait l'emploi de ces armes... c'est cette menace de destruction qui crée la dissuasion à cause de la valeur certaine du risque qu'elle comporte".

"Prise dans son acception courante, la dissuasion est une forme tactique ou stratégique banale et aussi ancienne que les conflits. En effet, l'interdiction des actions positives adverses peut toujours adopter deux formes : la défense, c'est-à-dire la réaction effective, par engagement de forces, aux actions ennemies ; la dissuasion par déploiement d'armées dont les capacités affichées semblent telles que l'ennemi, conscient de l'inégalité des forces en présence ou de son insuffisante supériorité, est conduit à renoncer parce que la probabilité de conquérir l'enjeu lui parait trop faible."

Même si comme le dit POIRIER, la dissuasion a existé de tout temps, elle est surtout une redécouverte de la fin du XXe siècle. Elle ne s'énonce que parce qu'on l'associe au renouveau des conceptions politiques de stabilité par équilibre des puissances (balance of power). Avec le succès final de 1914 qui fonde la critique de POIRIER, cette conception n'a jamais conduit qu'à la course aux armements en vue de la recherche de la supériorité ou de la compensation de l'infériorité (supposée), ou bien encore à des décisions fondées sur un sentiment de confiance en la qualité de sa compétence dans l'art de la guerre. Si bien que l'on peut considérer que la dissuasion, en tant que mode de prévention de la guerre, n'a jamais été qu'une vue de l'esprit contemporain incapable de l'inscrire dans les faits jusqu'à l'apparition des armes nucléaires.

  3 - Action et dissuasion, tel est le diptyque formant l'unité stratégique selon le général BEAUFRE. Pour le colonel POIRIER, "la dissuasion nucléaire ne saurait résumer, à elle seule, la stratégie militaire d'aucun État." Cela correspond à la "nature dualiste de toute stratégie militaire cohérente qui compose toujours l'interdiction des actions adverses visant nos intérêts (but négatif) et l'action soutenant les nôtres (but positif)". Cette conception est à entendre à tous les niveaux de ce que POIRIER nomme structure politico-stratégique.

 

Les lois de la dissuasion nucléaire...

    Pierre GALLOIS présente ces lois, qui selon lui, gouvernent le fonctionnement de la dissuasion nucléaire. Conclusions de plusieurs années d'étude et de responsabilité de la conception du programme de planification stratégique de l'OTAN. Il pose ces règles fondamentales : "Aujourd'hui, l'armement nucléaire pose de manière entièrement nouvelle le classique problème de la guerre :

- Entre l'enjeu convoité et le risque à courir pour l'emporter en usant de la force, il n'y a plus aucune commune mesure...

- Une certaine égalité peut être établie entre les peuples. En matière de Défense et de Sécurité, il ne peut plus y avoir de nations fortes et de nations faibles...

- Parce que de nouvelles armes, fondées également sur le principe de la fission de l'atome, mais de plus faible puissance commencent à figurer dans les panoplies des deux Grands, le concept de dissuasion s'applique non seulement à la défense d'enjeux d'importance majeure mais aussi aux conflits seconds...

- En associant l'explosif thermonucléaire au missile balistique à grande portée, les techniciens ont créé une arme actuellement imparable... Aussi, l'avènement des missiles balistiques à ogives thermonucléaires ne facilite pas l'agression, mais au contraire, permet que, moyennant certaines précautions, elle devienne à peu près irréalisable."

  La dissuasion française serait "proportionnelle" et le pouvoir de l'atome "égalisateur". le développement de la capacité offensive balistico-nucléaire paralyse l'agression, dans l'ensemble des théâtre de l'affrontement.

Cette dissuasion, selon GALLOIS, "peut être assimilée à un produit de deux facteurs dont l'un, purement technique, représente la valeur opérationnelle des moyens militaires utilisés pour exercer la représaille, et dont l'autre, subjectif, exprime la volonté de la nation menacée d'user de la force plutôt que de composer." Même approche chez BEAUFRE, pour qui "la dissuasion repose sur un facteur matériel... et un facteur psychologique beaucoup plus important et beaucoup plus impondérable."

Ni l'un ni l'autre ne parlent du second facteur comme étant "politique". En fait, il comporterait une forme opérationnelle qui relève effectivement de l'action psychologique, mais, dans la mesure où elle met en jeu la volonté nationale et la résolution du chef de l'État, elle présente un caractère hautement politique.

Le premier facteur comprend ce que BEAUFRE nomme "modalités de la stratégie atomique", soit "une grande puissance de destruction, une bonne précision et une bonne capacité de pénétration". Ces caractéristiques ont pour but de garantir le franchissement des capacités de protection de l'adversaire. Le général GALLOIS précise encore les propriétés de la "force de frappe", ajoutant qu'elle devra être "capable d'échapper à la destruction si elle est attaquée par surprise sur ses bases, conçue pour franchir les défenses adverses, et organisée de manière qu'une certaine automaticité décide de son emploi" et qu'elle "devrait encore représenter une quantité de destruction suffisante pour que l'éventuel agresseur la redoute".

Le second facteur est psycho-politique : la "rare volonté", c'est la problématique de la crédibilité qui est une composante "technique" de la dissuasion nucléaire, mais qui touche aussi au politique. Quant à l'opinion publique, un effort absolument constant doit être fait afin de maintenir par d'invisibles liens psychologiques l'adhésion nationale à la stratégie mise en oeuvre.

Reste un dernier problème, essentiel : Sur quoi faire porter la menace?. Le débat est bien connu : anti-forces ou anti-cités? On doit constater ici la remarquable convergence des quatre stratèges pour qui, compte tenu de la position française, il ne saurait être question d'autre chose que d'une capacité de représailles contre ce que GALLOIS nomme parfois les "oeuvres vives" et POIRIER la "substance même" de l'adversaire. Celui qui ne dispose que de moyens réduits recherche nécessairement, dans une stratégie en mode virtuel, à brandir la menace du plus grand mal possible qu'il peut infliger. Pour le général GALLOIS, il s'est toujours agi de "tirer le meilleur de l'atome : qu'il impose la non-guerre dans l'inégalité des potentiels de destruction. La notion de suffisance étant substituée à celle d'abondance".

 

Problèmes de stabilité et d'escalade

      Les études de l'Institut Français d'études stratégiques dirigé par le général BEAUFRE ont mis l'accent sur la question de la stabilité de la dissuasion nucléaire, et, à la suite des recherches américaines - dont il faut dire qu'elles prennent toutefois une direction bien différente de la perspective française - surtout celles de l'Hudson Institute de Herman KAHN, sur les problèmes d'escalade sur lesquels la crise de Cuba avait attiré l'attention - dans un cadre stratégique général. On retient avec François GERÉ quelques propositions qui étayeront et guideront l'évolution de la pensée stratégique française. Ainsi, "l'évaluation de la stabilité nucléaire dépend de la dialectique des deuxièmes frappes, c'est-à-dire de la comparaison entre l'efficacité des ripostes des deux adversaires". Il apparait de ce fait que la conservation d'une capacité de représailles joue un rôle essentiel. Et dans la mesure, précise BEAUFRE, où cette "deuxième frappe doit être en priorité anti-ressources", elle autorise un État disposant de moyens même limités à exercer une dissuasion suffisante. Car "les situations instables n'existent que si le risque de riposte est nul ou très faible. Dès que le risque de riposte cesses d'être faible, on se trouve dans ces situations de stabilité plus ou moins absolue"... encore nommée "stabilité relative". Autre conclusion d'une grande importance, l'excès de stabilité peut conduire à produire l'effet inverse de celui qu'on recherchait. En effet, la paralysie mutuelle au niveau nucléaire laisse une marge de manoeuvre indirecte considérable, en particulier au niveau de la guerre classique, pourvu qu'elle reste limitée. En sorte que l'excès de stabilité sommitale provoque l'excès d'instabilité aux niveaux inférieurs. Comment éviter cette situation paradoxale? D'une part en établissant une relation entre le niveau nucléaire et le niveau classique : "il est indispensable que ce niveau soit rendu complètement solidaire du niveau nucléaire par la menace d'emploi des armes atomiques tactiques. Ce n'est qu'à ce prix - et à ce risque - que la dissuasion nucléaire peut être pleinement efficace sur le niveau classique."

Ambivalence donc et réversibilité des effets. Telle est bien la nature du mécanisme chargé d'organiser cette descente de la stabilité nucléaire vers le niveau classique, à savoir l'escalade.

Dès lors qu'on a admis la stabilité nucléaire et la paralysie résultant de la parité des forces de riposte des deux adversaires (postulat que récuse GALLOIS... et bien d'autres), il convient de pouvoir contrôler les situations de conflit dans les niveaux inférieurs de façon à éviter que leur dégénérescence involontaire et imprévisible ne vienne soudainement affecter la stabilité nucléaire et placer au bord de ce gouffre de la guerre nucléaire totale que l'on cherche à éviter. Le développement volontaire dans le domaine du virtuel de la stratégie de dissuasion, permet de stabiliser les niveaux inférieurs en organisant la représentation pour l'adversaire des risques qu'il encourrait à provoquer par une première action au niveau inférieur la remontée des divers barreaux de l'escalade conduisant à la guerre nucléaire totale.

 

Sur les fondements logiques de la dissuasion nucléaire

   Dans toute la littérature sur la stratégie nucléaire française, ses théoriciens se targuent d'être très logique, énonçant à longueur de colonnes ce qu'ils appellent les fondements logiques de la dissuasion nucléaire. "L'agression atomique devrait conférer à celui qui s'y résout de bien considérables avantages pour les pays d'un tel prix", écrit GALLOIS. De son côté, POIRIER croit "en une vertu rationalisante de l'atome, en une sorte de grâce d'état accordée aux hautes instances politiques et stratégiques des puissances nucléaires et qui, dans un univers gouverné par l'intérêt bien compris, devrait tempérer les écarts de leur imagination et régulariser les inévitables processus conflictuels... Pratiquement, et si l'on suspend tout jugement moral, le seul critère de rationalité applicable aux conduites humaines, en politique comme en tout autre domaine de l'activité individuelle ou collective, est celui de l'intérêt".

Pour le général BEAUFRE, "lors intervient un second degré de persuasion fondé cette fois au contraire sur l'irrationalité... C'est qu'en réalité l'élément décisif repose sur la volonté de déclencher le cataclysme. Faire croire que l'on a cette volonté est plus important que tout le reste". En réalité, lorsqu'il parle de "fou" et d'irrationalité, BEAUFRE renvoie pour François GERÉ, mais sans le dire, aux modèles de théorie des jeux américaines du type chicken game où il s'agit de faire croire que l'on pourrait bien être assez fou pour affronter sa propre mort.

 

Logique probabiliste, enjeu, risque...

    "La force de frappe peut être proportionnelle à la valeur de l'enjeu qu'elle défend... à l'âge de l'explosif nucléaire, les périls d'une politique d'expansion usant de la force ou de la menace d'y avoir recours, sont assez grands pour que les risques courus soient constamment comparés à la valeur des buts que poursuit cette politique", écrit POIRIER. Mais poussant le raisonnement jusqu'à ses limites, il envisage le cas où "le fort attache une valeur vitale à la possession" (du faible). "Dans l'hypothèse extrême, précise-t-il, d'une lutte décisive pour l'hégémonie avec l'autre Grand, il pourrait alors accepter le risque de représailles du faible ; et c'est l'un des cas limites où la dissuasion nucléaire du faible au fort n'est pas concevable." On a vu toutefois que la propriété de l'arme atomique est de contraindre le candidat agresseur à prendre en compte la notion de risque comme jamais auparavant on ne l'avait fait. D'où l'importance de la loi de l'espérance politico-stratégique qui procède, selon son créateur, Lucien POIRIER, de l'inversion de la procédure décisionnelles traditionnellement à l'oeuvre dans le cacul stratégique : "Une entreprise politico-stratégique n'est rationnelle que si l'espérance politico-stratégique est positive ; si l'espérance de gain attachées à son projet est, dans le moment de la décision et demeure, durant l'exécution, supérieure aux risque consécutifs aux oppositions qu'elle rencontrera nécessairement dans le champ de la compétition, de la concurrence, voir du conflit armé."

L'énoncé recourt à la logique probabiliste. Cette dimension, aussi fondamentale que la distinction entre réel et virtuel qu'elle complète, introduit un facteur essentiel : l'incertitude. "C'est en fin de compte l'incertitude qui constitue le facteur essentiel de la dissuasion. Aussi doit-elle faire l'objet d'une tactique particulière dont le bue est de l'accroître... il faut absolument éviter toute action ou toute déclaration qui viendrait lever l'une des hypothèses que l'adversaire peur craindre."

Aussi; dans la manoeuvre psychologique pour la dissuasion, le facteur déclaratoire joue donc un rôle essentiel. Non seulement parce qu'il est "pédagogie" à l'égard de l'adversaire, mais  aussi parce qu'il dit la liberté du dissuadeur.

"Ne comparer que l'enjeu et le risque entendu dans le sens de coût, écrit POIRIER, c'est évacuer les facteurs de probabilité, donc les incertitudes, et prêter le flanc à ceux qui, ignorant l'essence de la stratégie, identifient crédibilité à certitude. Il précise : "On commet une erreur quand on assimile la stratégie nucléaire à une défense de "ligne Maginot" ; celle-ci visait à réduire les incertitudes dans le calcul prévisionnel et la conduite des opérations du défenseur ; celle-là se fonde, au contraire, sur une dialectique des incertitudes."

L'architecture logique de la stratégie de dissuasion nucléaire du faible devant le fort apparait alors comme la résultante d'une double mutation du calcul stratégique sous l'effet des propriétés de l'arme nucléaire.

- il doit intégrer le risque au lieu de l'écarter ;

- il doit intégrer la contrainte d'une interrogation permanente sur les conditions politico-stratégiques d'occurrence du risque.

Cette conjonction rend compte de l'efficacité inhibitrice absolument exceptionnelle de l'arme nucléaire et de la stratégie de dissuasion qui la met en oeuvre. Reste à savoir si, au-delà du domaine de la stratégie d'interdiction, les propriétés des armes nucléaires, du seul fait de leur possession, sont susceptibles d'effets et lesquels.

"L'effet dissuasif escompté de la menace de réaction nucléaire à une initiative adverse, c'est la combinaison d'une certitude et d'une incertitude : certitude partagée par tous les États, quant à l'existence permanente d'un risque nucléaire prohibitif, d'une possibilité d'action dont l'existence soudaine et imparable ne serait jamais tout à fait improbable dès lors que seraient remplies les conditions politico-stratégiques la justifiant ; incertitude sur la nature exacte de ces conditions et sur le moment critique où l'un des adversaires les jugerait remplies et où le risque s'actualiserait", écrit encore POIRIER.

Pour comprendre complètement ce rôle décisif de l'incertitude, on considérera qu'elle fonctionne par rapport à deux objets fondamentaux. D'une part l'architecture de la relation entre les duellistes, d'autre part, elle gouverne l'inscription opérationnelle ou, si l'on veut, le transfert sur un théâtre d'opérations de cette relation d'incertitude conflictuelle. Ce transfert est pris en compte chez POIRIER par le concept de seuil critique d'agressivité. "C'est le concept central de la dissuasion du faible au fort : le seuil d'agressivité critique dont le franchissement justifierait le faible d'exécuter sa menace." "La stratégie de dissuasion nucléaire du faible au fort s'identifie à une dialectique des incertitudes entre candidat agresseur et dissuadeur : si les opérations militaire devaient être engagées et se développer dans l'espace non sanctuarisé, chacun des duellistes sait qu'un seuil existe, qui déterminera leurs décisions irrévocables, et que la situation concrète le fera émerger dans la plage d'incertitudes."

"Le concept d'incertitude est un des plus difficiles à manipuler pour le non-spécialiste". Par cette phrase, François GERÉ semble estimer que le citoyen non-spécialiste justement n'a pas à s'y intéresser et encore moins à entrer dans une discussion avec les spécialistes, dont il fait bien entendu partie...  Pour se faire comprendre, cet auteur continue : "Ainsi emploie-ton des forces réelles capables de produire des effets physiques concrets au service d'un but stratégique qui se situe dans l'ordre du virtuel et qui, lorsqu'il réussit, conduit au maintien d'un but politique réel, parfaitement concret, qui est le ,non-déclenchement du conflit. Cette difficulté est renforcée par la façon dont POIRIER lui-même développe le concept de seuil d'agressivité critique en distinguant de façon très clausewitzienne le seuil "selon son concept" qu'il nomme théorique et un seuil critique dit "concret". S'il est possible d'établir une notion théorique de seuil, l'affaire est tout autre dès lors que l'on passe à l'inscription opérationnelle de l'affrontement des volontés et des forces et qu'il fait considérer le hic et nunc dans lequel se nouerait le passage du virtuel au réel." "Afficher, écrit POIRIER, cité toujours par GERÉ, en temps normal un seuil défini serait, pour le dissuader, autoriser l'agresseur à agir impunément jusqu'à sa borne... C'est pourquoi la théorie suggère que, pour l'information permanente d'un éventuel agresseur, le dissuadeur ne peut afficher en temps normal... que le seuil théorique s'indentifiant à l'interface des espaces sanctuarisé et non sanctuarisé."

Le seuil d'agressivité critique forme à la fois la liaison entre politique et stratégie et s'achève de "boucler" la logique de la dissuasion nucléaire du faible au fort. Le seuil critique d'agressivité, selon POIRIER, "est dérivé de celui d'intérêt vital , celui-ci est déterminant celui-là... seuil critique et intérêt vital sont deux interprétations d'une même réalité : la première en langage stratégique, la seconde en langage politique. Toutes deux expriment d'abord la loi de l'espérance de gain politico-stratégique". L'étroit emboîtement des concepts fondamentaux nous conduit au niveau ultime de la structure. 

Avant d'en arriver-là, il convient de noter que dans la réalité, les responsables en charge de la défense de la France entendent toujours lier le vraisemblable de la menace de représailles à leur volonté de dissuasion. En oeuvrant toujours à perfectionner les armements nucléaires, instruments indispensables. Sans performances techniques - toujours d'ailleurs mieux connues des adversaires potentiels que de l'opinion publique - il n'est pas possible de garder constamment à l'esprit de ces adversaires la stratégie de dissuasion nucléaire.

 

 La grammaire théorique liée toujours aux réalisations matérielles...

    Comme l'écrit Nicolas ROCHE, apprendre ou "réapprendre la grammaire du nucléaire, disposer des outils d'analyse" et ajouterions-nous pour le spécialiste comme pour le non-spécialiste, "permettant de mieux réfléchir à sa place dans les politiques de défense contemporaine et les conflits futurs, c'est d'abord avoir une vision la plus claire possible de l'histoire nucléaire française. Bien des choix faits dans les années 1950 et 1960 (et notamment par le jeu rhétorique des quatre théoriciens cités dans cet article), puis au tout début des années 1990, conditionnent aujourd'hui encore la structure de la défense de ce pays. Bien des circonstances historiques, de la débâcle de juin 1940 à la crise du canal de Suez en passant par la défaite de Bien Bien Phu, expliquent la relation spécifique que conserve l'opinion publique française à la dissuasion."

Connaitre ces évolutions du programme nucléaire français éclairent l'effectivité de la stratégie nucléaire, en même temps qu'elles jettent la lumière sur des décalages constants de la théorie et de la pratique, la stratégie déclaratoire qu'est la stratégie nucléaire voyant son caractère déclaratoire justement prendre le pas sur les mises en place réelles des outils matériels. Les théoriciens, dans leurs raisonnements, sont pris dans une logique qui les lie et les distancie en même de cette réalité. Accrochés aux nécessités stratégiques (ces fameux intérêts vitaux), dans un rapport polémique avec les stratégies elles-mêmes affichées par les deux Grands que sont les États-Unis et l'Union Soviétique, ils produisent constamment des discours, parfois auto-justifiants - qui sont parfois durs à tenir devant les évolutions technologiques des armements, mais qui persistent, de Livre Blanc en Livre Blanc, dans l'énoncé des doctrines officielles. Les contestations de ces discours, qu'ils proviennent des opposants aux principes mêmes de la dissuasion nucléaire, opposants à l'arme comme à la doctrine d'emploi, ou des "techniciens" qui veulent adapter à tout prix cette doctrine nucléaire aux évolutions technologiques, notamment par la réintroduction de l'arme nucléaire (étant donné que les premières doctrines d'emploi relevaient effectivement du champ de bataille) dans le combat. Les armements nucléaires tactiques et les armes dites non-stratégiques (pas par tout le monde d'ailleurs) sont le produit de ces évolutions technologiques contre les effets desquels nos quatre théoriciens français se battent...

 

François GERÉ, Stratèges français du nucléaire, dans Dictionnaire de la stratégie, Sous la direction d'Arnaud BLIN et de Gérard CHALIAND, tempus, 2016. Nicolas ROCHE, Pourquoi la dissuasion, PUF, 2017.

 

STRATEGUS

 

 

 

 

 

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17 janvier 2020 5 17 /01 /janvier /2020 13:20

   L'existence de la revue le Ravi, mensuel satirique en région Provence-Alpes-Côte d'Azur, née en 2004, tirant à 5 000 exemplaires, montre qu'il n'existe pas seulement dans la presse, seulement Le Canard Enchaîné ou Charlie Hebdo ou encore Le Crapouillot, sur le registre de la critique politique.

   Mélangeant enquêtes et satire, articles et dessins, portant sur la vie politique, sociale et culture de la région Paca, ce journal indépendant se veut résolument acteur de l'économie sociale et solidaore. Se revendiquant du Slow Media, le Ravi est édité par l'association "La Tchatche", sise à Marseille, parait chaque premier vendredi du moins et est présent dans les kiosques (sur toute la région) ou par abonnement (partout ailleurs...).

Le mensuel, illustré par des dessins de presse, organise ses pages selon un rubriquage en cinq grandes parties : Les enquêtes, La grosse enquête (dossier du mois), RTT (culture, gastronomie), La vie de la Tchatche (sur les différentes actions du journal en lien avec la société) et Reportages. Le journal joue aussi avec les codes plus traditionnels de la presse. Chaque mois, une personnalité, le plus souvent politique, se voit décerner dans l'esprit de la "noix d'honneur" du Canard Enchaîné (dont nous recommandons par ailleurs l'album L'incroyable histoire du..., Les arènes BD, 2019) un "Ravi de plâtre" plus horrifique qu'honorifique. Le journal propose également un portrait satirique "Poids lourd" basé sur les déclarations publiques (sélectionnées avec soin) d'une personnalité de la région en "surpoids médiatique". S'ajoutent les reportages dessinés, les strips récurrents des dessinateurs du journal, la recette de cuisine du mois, un reportage dessiné... Le journal propose également à ses lecteurs un agenda des différentes manifestations à venir.

    L'ambition de l'équipe est donc de participer à sa manière à la vie démocratique et de faire oeuvre en même temps d'éducation à la presse (dans le droit fil de l'Éducation populaire)....

   L'équipe de ce journal d'investigation, avec le rédacteur en chef Michel GAIRAUD (directeur de publication : Nicolas MEUNIER, mais la direction est en fait collégiale et bénévole), est formée d'une petite dizaine de journalistes (parmi d'autres, on y trouve Séphore BELEY, Agnès CHAPAL, Clément CHASSOT, Frédéric LEGRAND...) et d'une grande dizaine de dessinateurs, ayant d'ailleurs chacun leur propre site (Jimo, Na!, Red!, Tone, Trax, Isope, Babouse et les autres...).

   Sur son site, leravi.org, on trouve d'autres informations, tant sur la vie du journal que sur l'actualité (audio et video)....

   Le numéro 180 de janvier 2020, porte entre autres sur Le palmarès 2020 des villes à fuir, un reportage (Surprendre et frapper) sur les géants de l'agroalimentaire, un dossier sur les marchés publics, sur les inondations, etc... Beaucoup de rubriques... Le numéro précédent abordait comment la sécurité est le principal produit d'appel des candidats républicains aux élections municipales en Paca, comportait un entretien avec l'auteur de science fiction dystopique Alain DAMASIO et donnait des indications sur la mobilisation contre un entrepôt d'Amazon à Montélimar...

 

le Ravi, Enquête et sature. Site leravi.org

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17 janvier 2020 5 17 /01 /janvier /2020 11:01

  D'emblée, avertissons que la Révolution écologique dont on veut parler a un double sens, puisque l'expression est accolée à Transitions énergétiques. D'une part, la Révolution écologique sur notre planète est en cours ; les changements de condition de vie n'épargneront pas l'espèce humaine, dont les individus ne survivent que dans d'étroites conditions de température et de pression. D'autre part, si l'on veut éviter que les changements climatiques ne rendent pas invivable pour nous la planète Terre, on est bien obligé de constater que les transitions énergétiques, politiques publiques ou privées devant faire passer l'économie de l'ère du charbon, du pétrole, du gaz, à l'économie des "énergies renouvelables" ne suffiront pas, et qu'il faut envisager - quitte à ce qu'il y ait une crise économique terrible (et sans doute terrifiante) - une assez brutale révolution dans notre façon de vivre. Il y a comme une course, avec une ligne d'arrivée qui se rapproche de plus en plus vite, entre la vie et la survie de notre espèce et les changements en cours.

   Les multiples conflits entre groupes humains, comme d'habitude, font oublier d'autres conflits bien plus importants : la vie et la survie de l'espèce humaine a toujours été un combat ambigu mais réel avec une nature hostile à bien des égards. Notre rapport à la nature, que l'industrie veut dompter et en soutirer le maximum de richesses, s'est durci, par rapport à une période où l'agriculture dominait encore. Il faut bien dire que beaucoup considère encore notre environnement comme une surface et comme un sous-sol qu'il s'agit d'exploiter au maximum, et du coup, il y a bien conflit entre nous et la nature - en dépit des mythes gentils - et que nous avons perdu le sens de ce conflit, et surtout que nous nous sommes trompés depuis le début sur le rapport de forces, oubliant que nous faisons partie, qu'on le veuille ou non de cette nature... Et au lieu de nous concentrer sur ce conflit-là, nous préférons nous adonner à nos petits jeux conflictuels favoris sur la répartition des richesses et des territoires. Il est en effet plus "facile", une fois évacué les scrupules moraux, de se livrer à des combats sans pitié entre nous plutôt que de prêter attention aux soubassements de notre existence...

    Face aux changements climatiques, véritable révolution écologique qui modifie courants océaniques et phénomènes atmosphériques de même que l'existence et la répartition des espèces et dont nous ne voyons sans doute que les débuts, avec perceptives de sécheresses et d'inondations toujours plus importantes, avec toutes conséquences sur les ressources à disposition de l'espèce humaine, qu'opposent aujourd'hui les différents pouvoirs publics et privés? Afin de "réduire" les gaz à effets de serre, des politiques de transitions énergétiques se mettent en place, avec une lenteur, il faut dire, assez désespérante. Entre les freins en oeuvre au sein mêmes des administrations publiques en charge (et de multiples déviations, tels que d'inclure les ravalements de façades d'immeubles au sein des mesures à cet effet), les réticences de nombreux parlementaires liés à de puissants intérêts privés financiers et/ou industriels, l'ignorance assez crasse de nombreux dirigeants en matière scientifique et les réactions d'opinions mal informées (fake news à foisin, financées par les pétroliers notamment), les politiques de transition énergétique peinent à se placer à la hauteur des changements en cours. La position emblématique des États-Unis contre toute politique publique dans ce sens, la persistance dans les esprits de nombreux dirigeants du modèle de croissance occidental, les vues à court terme de ces mêmes dirigeants, qui ont l'oeil plus sur les cours de la Bourse que sur les taux de pollution de leurs propres capitales, tout cela se ligue pour, malgré les politiques de nombre d'États américains et les initiatives de maintes fondations privées, pour que les transitions énergétiques arrivent trop tard (elles auraient d'ailleurs dû débuter il y a 50 ans!) produisent des effets réels. Il semble bien que seuls des événements importants sur le plan scientifique notamment puissent inverser maintenant la tendance à des catastrophes de plus en plus irréversibles...

    C'est pourquoi il est nécessaire que se mette en place de véritables révolutions écologiques, face aux changements actuels, qui ne sont seulement, faut-il encore et encore le rappeler, climatiques. Des cocktails à n'en plus finir de pollutions des terres, mers et de l'air s'en mêlent et s'emmêlent pour rendre de moins en moins vivables notre planète. Entre les pesticides que des puissances économiques veulent à tout prix continuer d'imposer aux agriculteurs (vendus conjointement avec les semences!), les radiactivités émanant de plus en plus de sites nucléaires endommagés, les produits divers présents maintenant en masse dans notre eau et dans notre alimentation... et sur nos corps (déodorants et compagnie), notre environnement est de moins en moins propice à la vie telle que nous l'avons toujours connue.  Quelles peuvent être les "ingrédients" de telles révolutions écologiques?

 Tout d'abord, il est vrai que l'évolution des rapports de force entre intérêts publics et intérêts privés, entre État en tant que protecteur et rassembleur des citoyens et multinationales privées de toutes sortes a de quoi rendre pessimiste quant à la possibilité de gagner cette véritable course actuelle à la vie ou même à la survie. Même en admettant qu'aujourd'hui on arrête de produire et de relâcher dans l'atmosphère tous ces gaz à effet de serre, même si on stoppe production et distribution de toutes ces substances polluantes, et même si tout de suite sont remplacés ces automobiles (qui portent si mal leur nom) à carburants par des véhicules électriques, il n'est pas sûr que la courbe actuelle des catastrophes écologiques s'inverse suffisamment tôt pour épargner à l'espèce humaine un destin des moins enviables. L'histoire des sociétés humaines au cours des millénaires passés ne prête pas à l'optimisme : leur destruction est souvent l'issue d'une évolution qui pourtant n'a pas manqué sans doute d'avertisseurs (parfois prophétiques). Plus une civilisation est complexe, plus elle est résiliente et moins elle est capable de survivre, autrement que par petits groupes qui s'en sont détachés à temps.

Aussi en est-on à espérer des événements - au sens exact du terme, inflexion radicale de la vie sociale des humains, par nature imprévisibles.

Soit subits, faisant cesser les activités humaines essentielles qui provoquent ces changements dans l'environnement, crise économique "dure", dix fois 1929 par exemple, qui se traduisent bien entendu par des guerres et des épidémies massives.

Soit en provenance des activités humaines, notamment scientifiques. Du même ordre sans doute que la révolution provenant de l'invention de l'électricité. Car les technologies qui permettent d'inverser (trop progressivement...) la courbe des émissions de gaz à effet de serre sont connues (et même parfois gelées dans des brevets acquis par des sociétés industrielles et/ou financières pour empêcher qu'on les exploite) et commencent à être utilisées. Car les recherches en matière de radioactivité sont pratiquement au point mort (transformation des éléments radioactifs en éléments stables,), sauf si l'on compte sur l'exploration spatiale pour en trouver d'autres qui ne figurent pas dans notre tableau périodique des éléments. Car enfin la transformation de techniques agricoles et industrielles est jugée trop aléatoire. Ce qui manque certainement dans l'impact de nouveautés, c'est l'absence de planification possible à l'échelle mondiale, sabotée aujourd'hui, aux Nations Unies par exemple, à la fois par des États (souvent gangrenés par des corruptions en nombre) et par des mutinationales en rêve de puissance et de capitaux.

L'issue du grand conflit actuel entre puissances privées court-termistes et puissances publiques encore ancrées dans la recherche du bien commun, aura certainement un effet sur cette course entre révolution écologique humaine et révolution écologique de la nature en cours...

  Parmi les événements possibles capables de provoquer une sorte de point d'inflexion dans la marche du monde, mondialisation, financiarisation, désastres écologiques et bouleversements climatiques ensemble, avec une crise économique d'ampleur rebattant toutes les cartes géo-économiques, figurent de grandes épidémies, pandémie à l'échelle mondiale. Celle de janvier-février 2020, dite du coronavirus pourrait peut-être faire pencher la balance... si bien entendu l'humanité est encore capable de la combattre à temps (et pas trop tôt pour que les pouvoirs politiques se décident enfin à changer...)... (addition du 29 février 2020)

 

Complété le 29 février 2020

 

 

  

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15 janvier 2020 3 15 /01 /janvier /2020 14:12

    Au premier numéro sorti en 1999, cette très jeune revue, en papier et en ligne, résolument à gauche, se caractÉrise par une combativité certaine et une volonté de rompre avec l'actualité immédiate.

    Comme le journal s'affiche d'emblée : "C'est qu'on aime bien la castagne : on passe même notre temps au tribunal (contre un patron du CAC 40, un journaliste aux ordres, un politicien imbus). Tous gag,és, pour l'instant, les procès. On les remporte, parce qu'on n'aime pas trop les éditos, ni les chroniques. Nos dossiers s'appuient sur des reportages, des recherches dans les archives. Ce prend du temps, de l'énergie, mais qu'est-ce qu'on ne ferait pas pour vos beaux yeux? (Et vos euros...). On n'aime pas trop "l'actualité", non plus. C'est le "bruit des vagues en surface" répète notre rédac'chef. "Nous, ce qui noue intéresse, il poursuit (un peu grandiloquent), c'est la réalité : le mouvement des plaques tectoniques en profondeur". On a donc consacré des dossiers à l'intérim, à la psychiatrie, aux contrats emploi solidarité, à un accident du travail, à une salle de muscu dans un quartier popu. Ou même à "la métaphysique du tuning". C'est qu'on aime bien, enfin, cette variété, cette surprise. Que le lecteur ne sache pas trop sur quoi il va tomber au prochain numéro, ou même à la page d'après. Comme un cadeau surprise. Qu'on évite le côté "militant chiant", avec la litanie des violences policières, des sans-papiers maltraités, avec toujours les mêmes photos de défilé, de gens alignés à la tribune. Et tant pis si les purs et durs se plaignent de nos impostures, ou de nos papiers culs. Bon, tous ces "On aime/On n'aime pas", ça fait pas une ligne bien droite. Plutôt tordue. Tant mieux ou tant pis."

    Comptant sur les bonnes volontés, des laïcards anars et des chrétiens sociaux lancent ce journal et le maintiennent depuis, au rythme de 5 numéros par an, avec peu de finances (subventions annulées au dernier moment) et beaucoup de temps consacré à la distribution, ne cessent de fustiger à longueur de pages "ce monde ultra-libéral fabriqué par des soixante-huitards"....

    Avec à sa tête comme directeur de publication Fabian LEMAIRE, l'équipe dynamique (on trouve souvent la signature de François RUFFIN) porte le journal, avec des thèmes déclinés non sans humour : le numéro 91 de décembre 2019-janvier 2020 en témoigne : Changeons d'imaginaire ! où s'égrène les rubriques de dossiers et d'enquêtes. Ce numéro est consacré à une réflexion sur l'invasion publicitaire, d'autant plus d'actualité que l'installation sur des bâtiments parisiens de panneaux glorifiant des produits de luxe devient une habitude place de la Concorde... et se remarque particulièrement depuis l'Assemblée nationale.

Des dossiers séparés sont également diffusés (Vive la banqueroute, Pauvres actionnaires!, Contre les gourous de la croissance, présentés dans une "boutique" Fakir Shop). Le combat écolologique, la sortie de la macronmonarchie, la question des retraites, la guerre des pauvres entre eux... sont quelques-uns des thèmes abordés souvent par la revue.

 

Association Fakir, 4 rue blanquetaque, 8000 AMIENS. Site internet : fakirpresse.info.

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14 janvier 2020 2 14 /01 /janvier /2020 09:58

     Le sociologue et linguiste américain d'origine canadienne Erving GOFFMAN est considéré comme l'un des principaux représentants de l'École de Chicago.

    Étudiant d'abord la chimie à l'université du Manitoba, il s'inscrit en sociologie à l'université de Toronto où il obtient son baccalaureate of arts en 1945. Entre-temps, il est engagé par le Canadian Film Board (1943-1945), pour participer à la réalisation de films de propagande militaire. C'est au lendemain de la seconde guerre mondiale qu'il s'inscrit au département de sociologie de l'université de Chicago, sous la direction de William Lloyd WARNER. Il commence à construire une théorie de l'interaction à la fois orginale, multidisciplimaire, analytique et enracinée dans l'observation directe.

       Rattaché à la seconde école, il s'écarte des méthodes dites "quantitatives" et statistiques pour privilégier l'observation participantes. Il définit avec ses recherches la notion d'institution totale, "lieu de résidence et de travail où un grand nombre d'individus, placés dans la même situation, coupés du monde extérieur pour une période relativement longue, mènent ensemble une vie recluse dont les modalités sont explicitement et minutieusement réglées" Si les traductions françaises donnent "institutions totalitaires" (attirant la sympathie d'une partie de l'intelligentsia de droite anti-communiste), de manière très contestables, certaines de ces institutions ne sont pas liberticides  et oppressantes. Prisons, camps de concentration, asiles, couvents, mais aussi orphelinats, internats, peuvent être considérés comme des "institutions totales" (que Michel FOUCAULT rapprochent des institutions disciplinaires). Une grande partie de son travail est consacré à la métaphore théâtrale, à la métaphore du rituel et à la métaphore cinématographique.

 

L'interactionnisme

    Dans sa thèse de 1953, soutenue sous la direction de William Lloyd WARNER, au département de sociologie de l'université de Chicago, Communication Conduct in an Island Community, GOFFMAN, au lieu d'étudier la stratification sociale, décrit des interactions conversationnelles. Dans le chapitre II, intitulé "Social Order and Social Interaction, il commence à décrire l'ordre de l'interaction. The interaction Order, sa dernière conférence en tant que président de l'American Sociologic Association, représente l'ultime état de sa théorisation. Il part de ce qu'il nomme "l'ordre social" en supposant que cet ordre "macro-social" s'applique au niveau micro-sociologique, par exemple à celui de "la conversation entre deux personnes réelles". Cet ordre global signifie : intégration des acteurs, attentes réciproques, règles sociales normatives, sanctions des déviances, corrections infligées aux déviants, etc. Or, constate-t-il, dans la plupart des interactions qu'il a observées, domine non pas ce modèle coercitif mais un "comportement d'accommodement" grâce auquel les partenaires peuvent "maintenir l'interaction", alors même que des normes ont été transgressées. Il appelle working acceptance ce type de compromis, ce "travail de la tolérance" qui montre, selon lui, que l'interaction de face-à-face constitue un ordre particulier du social, irréductible à une simple transposition de l'ordre global.

Cet ordre de l'interaction est gouverné par des "présuppositions cognitives et normatives partagées" et par des "conventions, normes et contraintes" liées à des circonstances et à des comportements particuliers: "la ligne de notre attention visuelle, l'intensité de notre engagement et la forme de nos actions initiales permettent aux autres de deviner notre intention immédiate et notre propos (...). Corrélativement, nous sommes en mesure de faciliter cette révélation ou de la bloquer, ou même d'induire en erreur ceux qui nous regardent." Il existe ainsi toute une gamme de "stratégies de gain", depuis la coopération jusqu'à la guerre froide.

 

Une approche dramaturgique

     GOFFMAN utilise le terme "dramaturgie" pour qualifier son approche de l'interaction. C'est en même temps une méthode et un point de vue sur le social. Elle est à la fois technique (les moyens), politique (les sanctions), structurale (les positions) et culturelle (les valeurs). Les termes "scène", "représentation", "mouvement", "séquence", "rôle", "cadre", "jeu", issus du théâtre et du cinéma, désignent cette "mise en scène partagée", cette ritualisation du "social" que les membres des sociétés modernes réactualisent constamment comme les rites religieux réactualisent les dieux et le "sacré" dans les sociétés traditionnelles.

 

Les institutions totalitaires

    En 1955-1956, GOFFMAN bénéficie d'un contrat de recherche et va vivre parmi les malades mentaux de l'hôpital Sainte Elisabeth de Washington. Il en tire un ouvrage, Asylums, paru en 1961, devenu un classique de la sociologie des institutions totalitaires (total institution), comme il appelle ces organisations prenant en charge toute l'existence de leurs membres et suscitant de leur part des "adaptations secondaires". Il écrit dans la foulée 6 ouvrages dans lesquels il développe et discute de sa théorie de l'interaction : The Présentation of Self in Everyday Life (1959), Encounters (1961), Behavior in Public Places (1963), Interaction Ritual (1967), Strategic Interaction (1969) et Relations in Public (1971). Il le fait sans oublier cette grande expérience où constamment sont mises en jeu prétentions de l'organisation à propos de ce que doit être l'individu et stratégies adaptatives des individus.

 

Identité et stigmatisation

     Cette théorie de l'identité se trouve au coeur de l'ouvrage Stigma, publié en 1963, qui peut être considéré comme une sorte de chef d'oeuvre caché. GOFFMAN y avance en effet masqué, car il ne prétend pas théoriser une question aussi controversée que celle de l'identité personnelle. Il analyse une relations qu'il appelle stigmatisation et qui lie un "normal" et un "handicapé", c'est-à-dire quelqu'un affecté d'un stigmate, qu'il s'agisse d'un handicap physique ou social, quelqu'un de discrédité ou de "discréditable" socialement.

Ce dialogue du "normal et du "stigmatisé est en fait une métaphore de la vie sociale. Ce sont des points de vue qui se confrontent. Dans l'interaction, lors de la rencontre entre soi et autrui, chacun cherche à "typifier" l'autre pour l'identifier. Il suffit d'une différence (de la couleur de peau à l'accent en passant par la démarche) soit traitée en inégalité pour que l'étiquette attribuée à autrui devienne un stigmate. cette "identité attribuée par autrui" risque de ne pas correspondre à l'indentité "revendiquée par soi" que l'autre espère qu'on lui reconnaisse. Cet écart entre les deux facettes de l'identité provoque du malaise dans la communication et de la souffrance chez le stigmatisé. Il suscite des stratégies identitaires de "gestion du stigmate", depuis l'affrontement jusqu'à la résignation par la fuite et la négociation.

 

Autres ouvrages

    En 1974, dans Frame Analysis, GOFFMAN rompt avec l'analyse dramaturgique pour développer une théorie des structures de l'expérience à partir des principes de structuration de la vie sociale elle-même, au-delà des interactions directes. En 1979, Gender Advertisments traite des rapports de genre à travers "l'arrangement entre les sexes", et son dernier ouvrage, Forms of Talk, publié en 1981, représente un exercice d'analyse conversationnelle proposant une structuration systématique des manières de parler, à partir des questions-réponse jusqu'au monologue intérieur, en passant par la conférence publique. (Claude DUBAR)

 

     Ervin GOFFMAN fait partie et initie grandement de tout un courant sociologique, l'interactionnisme, qui se développe au cours de la décennie 1960 dans les universités californiennes, bien au-delà donc de l'université de Chicago. Ce courant se diversifie en de multiples tendances, avec celle proprement dite de GOFFMAN, appelée parfois modèle théâtral : la sociologie compréhensive ou phénoménologique issue des travaux de SCHÜTZ, l'ethnométhodologie de GARFINKEL, l'analyse conversationnelle de SACKS, la sociologie cognitive de CIRCOUREL... Le regain d'intérêt en France pour la sociologie du quotidien s'inspire également de ce courant. (Jean-Pierre DURAND, Robert WEIL).

Ce courant interactionniste, dont le nom est inventé dès 1937 par H. BLUMER se caractérise par de nombreuses monographies, devenues références obligées aux États-Unis : études de terrain et de petites communautés, étude des groupes de déviants ou de marginaux, notamment... Malgré quelques renouvellement, il est fortement critiqué dans les années 1970, surtout pour ses explications limitées sur les phénomènes de pouvoir. Lewis COSER notamment, président de l'influente Association américaine de sociologie, procède en 1975 à un attaque en règle en dénonçant leur tendance à se limiter à l'observation directe, leur ignorance des facteurs institutionnels du pouvoir central, leur affirmation de l'impossibilité d'une approche objective. Les accusations concernent aussi leur caractère sectaire, la trivialité des objets d'étude, leur bavardage, leur subjectivisme et leur négligence de structures latentes au profit des contenus manifestes (Alain COULON, l'ethnométhodologie, PUF, 1987). On peut écrire aussi que ces critiques sont le lot des courants qui se déclarant parfois hégémoniques, finissent par ne plus produire d'analyses pertinentes et surtout opérationnelles.

 

Erwin GOFFMAN, Asiles, Étude sur les conditions sociales des malades mentaux, Minuit, 1972 ; Stigmates, Les usages sociaux des handicaps, Minuit, 1975 ; La Mise en scène de la vie quotidienne, Minuit, 1979 ; Les Rites d'interaction, Minuit, 1984 ; Façons de parler, Minuit, 1987 ; Les Moments et les hommes (recueil d'articles par Y. Winkin, précédé d'une introduction générale, Seuil-Minuit, 1988 ; Les Cadres de l'expérience, Minuit, 1991 ; L'Arrangement des sexes, La Dispute, 2002.

J.NIZET et N. RIGAUX, La sociologie d'Erving Goffman, La Découverte, 2005.

Claude DUBAR, Erving Goffman, dans Encyclopedia Universalis, 2014. Jean-Pierre DURAND, Robert WEIL, Sociologie contemporaine, Vigot, 1997.

 

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13 janvier 2020 1 13 /01 /janvier /2020 09:23

    La Revue française de science politique (RSFP) créée en 1951 par la Fondation nationale des sciences politiques et l'Association française de science politique, éditée par les Presses de Sciences Po, est l'une des rares revues de référence pour un grand ensemble de formations politiques, de droite ou de gauche. La volonté de s'approcher de l'esprit scientifique - souvent par l'intermédiaire du droit - pour un domaine qui relève beaucoup de l'idéologie partisane, et la permanence de l'effort dans ce sens, justifie pleinement cette position dans l'édition. Principale revue de la discipline en France, avec six numéros par an, elle se caractérise aussi par une grande stabilité - qui vient d'un comité de rédaction ancré dans les institutions universitaires, sur le plan de sa direction. Après Jean-Luc PARODI, Yves DELOYE est directeur de publication depuis janvier 2009.

    Ses numéros portent sur des questions institutionnelles, centrés sur la France, et suit d'assez près l'actualité institutionnelle (électorales mais aussi politique en général et parfois culturelle). La revue tente de tenir souvent à la fois la réflexion sur l'évolution structurelle de la société et l'événement proprement dit. Ainsi en 1997, le n°47-3-4 portent sur les Institutions et élections et en 1998, le n° 48-3-4 sur Cuisine, manière de table et politique. Elle ne néglige pas non plus ce qui se passe dans les autres pays, sur les formes de démocratie en sercice (ainsi en 2001, le n° 51-4, porte sur Italie et Japon aujourd'hui : deux démocraties "hors normes" à l'épreuve de la crise). Les numéros de la revue ne porte pas forcément sur un thème central : en 2019, nombre d'entre eux sont constitués de varia, divers travaux universitaires , de la sociogéographie des électorats Le Pen en 2017 aux problèmes du chômage des jeunes en France et en Allemagne.

    En 2010, une nouvelle formule pour la revue est lancée. Afin de marquer le 60e volume de la Revue française de science politique, le Comité de rédaction de la revue ainsi que les Presses de Science Po souhaitent en modifier la maquette extérieure comme intérieure. Changement de visuel (sommaire apparent en première et quatrième de couverture), adaptation du projet éditorial en trois objectifs majeurs (large place aux travaux de recherche, intensification des recensions bibliographiques, place plus importante accordée aux débats et controverses), lancement d'une édition électronique.

   La Revue est conçue à l'origine pour être la vitrine de la Fondation et de l'Association. En juin 1951, son comité de direction, présidé par André SIEGFRIED, réunit les incontournables du moment : Raymond ARON, Jacques CHAPSAL, Jean-Jacques CHEVALLIER, Maurice DUVERGER, François GOGUEL et Jean STOETZEL. Sans comité de rédaction, point n'est besoin! selon leur formule... Se succèdent à la direction de la revue Jean MEYNAUD (1951-1955), Jean TOUCHARD (1955-1971), Georges LAVAU (1973-1991) et Jean-Luc PARODI (1991-2008). Après Mai 1968, la revue se dote d'un Comité scientifique et d'un Comité de rédaction en 1970, avant que ne soit limité dans le temps le mandat de directeur (1991).

Si la revue invite la communauté des Instituts d'Études Politiques (IEP), des facultés de lettres et de droit à lui adresser des articles, elle reste très longtemps exclusivement parisienne et essentiellement constitué de l'intelligentsia présente autour de Saint-Germain-des-Prés. Le mouvement de décentralisation et d'extension des disciplines contributrices (longtemps cela a été une revue de droit...) est très récent. La ligne éditoriale des années MEYNAUD et TOUCHARD se décline autour des deux "noyaux durs", "Pensée politique" et "Pouvoir et Institutions". Seules les contributions des historiens Pierre RENOUVIN, Jean-Baptiste DUROSELLE et René RÉMOND offrent des incursions du côté de l'histoire politique, tandis que celle des chercheurs du CERI assurent une bonne représentation des relations internationales et des études comparées. A partir des années 1960, la sociologie électorale portée par la jeune génération du CEVIPOF témoigne d'un tournant sociologique. Il faut néanmoins la création des rubriques (Forces politiques, Conflits internations, Bibliographie) au milieu des années 1960 et l'autonomisation de la discipline (création de l'agrégation en 1971) pour que s'opèrent une spécialisation et une diversification des thèmes traités (Marie SCOT)

 

Les articles de la Revue française de science politique sont disponibles sur le site cairn.Info.

 

Revue française de science politique, Association Française de Science Politique, 27 rue Saint Guillaume, 75337 PARIS CEDEX 07

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10 janvier 2020 5 10 /01 /janvier /2020 15:43

   Mouvements, revue politique et culturelle française fondée en 1998 par Gilbert WASSERMAN, se réclame de gauche, et même à gauche de la gauche (dans la mesure où cette dernière existe encore...), composée de chercheurs, de journalistes et de militants, et se veut un espace de discussion entre "les idées et les luttes".

   Elle prend le relais de la revue M, fondée elle en 1986, par Henri LEFEBVRE et Gilbert WASSERMAN. Cette dernière, sous-titrée "mensuel, marxisme, mouvement", rassemble alors principalement des communistes rénovateurs. Rapidement, la revue s'ouvre aux autres gauches radicales ainsi qu'aux courants féministes et écologistes. Des intellectuel(le)s comme Yves SINTOMER, Georges LABICA, André TOSEL, Marc SAINT-UPÉRY rejoignent à ce moment le comité de rédaction.

    En 1998, la maison d'éditions La Découverte en devient propriétaire et veut y jouer son rôle de passeur entre plusieurs courants de gauche. Le comité de rédaction s'étoffe alors beaucoup, jusqu'à compter plus de 45 personnes. On y relève un temps (car cela change...) les noms de Renaud EPSTEIN, Seloua Luste BOULBINA, Philippe MARLIÈRE, Gustave MASSIAH et de Patrick SIMON... Tous travaillent de manière indépendante et sont rattachés à des rédactions spécifiques de natures diverses. La rédaction en chef est assurée par Catherine ACHIN, Jean-Paul GAUDILLIÈRE et Olivier ROUEFF.

 

   Dans la revue sont publiés des articles sur l'altermondialisme, les arts, les déchats, la domination, l'écologie, le féminisme, les gauches, les inégalités, l'international, le langage, l'intersectionnalité, la justice, le langage... Ainsi les numéros sont axés sur un thème, la Classe (n°100, décembre 2019), les Révoltes sexuelles (n°99, octobre 2019), Réinventer la lutte contre la finance (n°97, mars 2019), la Prison (n°89, novembre 2016), le Travail contre nature? Syndicats et environnement (n°80, novembre 2014).

   La revue se définit elle-même comme composée de "chercheur.e.es, journalistes et militant.e.s (qui s'essayent) ensemble, à décrire le monde social et (veulent) contribuer au débat d'idées. C'est le pari lancé par la revue Mouvements : se constituer en espace d'information critique, d'enquêtes sociales, de travaux théoriques et d'interpellation politique afin d'intensifier les échanges entre travaux de recherche, espaces de résistance et de proposition politique. Ni journal en ligne, ni liste de diffusion partisane, ni blog collectif, mouvements info est un espace réactif de réflexion politique et théorique. Dans le contexte d'une crise sans précédent de la presse généraliste et des revues de sciences humaines, Mouvements entend conjuguer le sérieux et la rigueur à un souci de réactivité aux grands débats et faits du moment, et montrer que les sciences humaines peuvent contester ou utilement éclairer les prises de position politique. (...)

La vocation première de mouvements.info est d'agir en passeur de savoirs et de connaissances, mais aussi en facilitateur de débats et d'élaboration d'idées, en offrant un accompagnement attentif de ses lecteur.rice.s (nous avons un peu horreur de cette écriture dite discursive dans ce blog, car cela complique la frappe des textes, pour un gain "idéologique" mineur! mais bon...) : pour chaque texte mis en ligne, des notes complémentaires expliquent pourquoi nous le publions; l'inscrivent dans le contexte de sa parution, reviennent sur le parcours de son auteur et proposent des liens vers des sites référents. (...) Parallèlement à l'activité du site, Mouvements continue de publier chaque trimestre une version "papier" de la revue, organisée autour d'un dossier thématique qui prend le temps et la place d'analyser en détails et dans la durée quelques unes des questions majeures du débat contemporain. (...) Mouvements.info reste fidèle à la mission d'origine (...) : devenir un espace contre hégémonique pour une gauche exigeante et critique."

 

 

Revue Mouvements, Éditions La Découverte, 9 bis, rue Abel-Hovelacque, 75013 PARIS. Site Internet : mouvements.info

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9 janvier 2020 4 09 /01 /janvier /2020 14:47

        Sous-tiré Le jeu trouble des identités, le livre de la spécialiste de relations internationales et professeur au Département de science politique de l'Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, visite à la fois l'histoire de la seconde guerre mondiale et l'histoire du cinéma.

Comme l'écrit dans une préface Christophe MALAVOY, comédien, réalisateur et auteur, "le conflit de la Deuxième Guerre mondiale a donné aux cinéastes une matière hors norme pour témoigner de la tragique destinée d'un monde précipité vers le chaos. La propension de l'homme à détruire son milieu naturel, à ruiner son avenir, est incommensurable et vertigineuse. L'homme détruit, pille, saccage, épuise, exploite sans vergogne, sa frénésie à tuer est insatiable, sans limites, rien ne l'arrête... (...) le cinéma nous a livré des images saisissantes de cet appétit dévastateur. (...)". Assumant une hétérodoxie et un bricolage méthodologique, l'auteure "a pour ambition de restituer dans un seul mouvement d'analyse ce qui se joue aussi bien sur la scène mondiale que ce qui bouleverse l'économie psychique des individus." "Nous considérons que ces deux dimensions ne devraient jamais être dissociées car il s'agit d'une même configuration sociohistorique. En fait, il n'y a guère que cette épistémologie du mixing micro/macro qui permette de mettre en oeuvre une sociologie compréhensive au sens wébérien du terme."

        Dans son Introduction, l'auteure justifie son propos : "Pourquoi recourir à des matériaux cinématographiques pour aborder ce moment historique exceptionnel? Nous faisons l'hypothèse que la transposition, le "mentir vrai" (Aragon) sur lequel se fonde toute création artistique est beaucoup plus à même de restituer la vérité d'un tel événement qu'une simple analyse savante se limitant aux protocoles traditionnels. Nous considérons que la création de personnages imaginaires peut parfois permettre de gagner en puissance explicative face à la saisie de témoignages qui - en raison même de leur singularité -, portent en eux une logique d'enfermement. Enfin, nous postulons que le vraisemblable peut s'avérer d'une acuité bien supérieure au vrai, au point de conquérir le statut paradigmatique d'un idéal-type wébérien et de revêtir ainsi une valeur d'universalité. En d'autres termes, en recourant à des oeuvres de fiction plutôt qu'uniquement à des archives ou à des matériaux classiques propres aux sciences sociales telles que la prosopographie, les entretiens non directifs ou bien encore le recoupement de données statistiques, nous nous approchons au plus près du politiquement indicible.

Comme la littérature, le cinéma d'auteur a pour ambition "d'écrire le réel et non de le décrire" (selon les mots de Pierre Bourdieu dans Les Règles de l'art, 1992), de le transposer de manière telle qu'il le rende plus intelligible et universel. Il opère ainsi un saut qui fait "trembler le sens" et peut faire surgir de fortes potentialités conceptuelles. Ce faisant, le septième art offre la possibilité d'échapper à une recherche académique trop étroite grâce au travail de transposition artistique et d'inventions formelles accompli dans nombre de ces créations. En effet, force est de constater que la singularité de l'expression cinématographique permet d'appréhender une réalité subjective et de rendre compte de manière plus compréhensive de la complexité de ce moment historique."

     La sélection de 20 oeuvres classiques de différentes nationalités - emblématiques de cette production cinématographique) réparties en quatre chapitres et deux parties (le règne de l'anomie ; la fragilité des rôles ; les solidarités combattantes ; l'altérité libératrice) permet à l'auteure d'appuyer sa démonstration, en détaillant le contexte et le propos de chacune d'entre elles. Ainsi d'Allemagne, année zéro, de Roberto ROSSELLINI (1948) à Monsieur Klein, de Joseph LOSEY, en faisant ce parcours qui est celui de l'évolution même de la seconde guerre mondiale, Josepha LAROCHE, qui a bien conscience de puiser là dans une très vaste cinématographie, , sans vouloir du tout établir une typologie des oeuvres non plus, entend se limiter "à la question identitaire présente sous bien des formes dans quantité de films." "En effet, le concept d'identité offre l'avantage de saisir dans un même mouvement d'analyse les échelles micro et macro du politique. Il permet par exemple d'aborder aussi bien la définition de soi que celle de la nation, tout en mettant en exergue les intrications existant entre les deux niveaux. L'identité embrasse toutes les dimensions de la vie d'une société et renvoie en outre à son histoire. Elle marque la singularité en forgeant un sentiment d'appartenance commun et en créant, à ce titre, du lien entre les acteurs sociaux. Décliner son identité implique donc tout à la fois de s'identifier et d'être identifié dans un ensemble plus large."

Les identités, poursuit-elle, "ne se présentent pas comme des réalités intangibles, des données immuables qu'il s'agirait d'essentialiser, loin s'en faut.  Ce sont au contraire des construits sociaux qui évoluent dans le temps, se transforment au gré des interactions sociales et des événements. Elles procèdent d'un travail incessant de construction, de représentations et d'images. En fonction de tel ou tel dessein politique, on voit se mettre en place des stratégies identitaires plus ou moins différenciées qui permettent de mobiliser autour d'une cause. L'on observe par ailleurs des résistances identitaires qui sont parfois affichées - voire revendiquées - comme autant de ressources destinées à étayer et caractériser un combat politique.

Si cette notion d'identité tient un rôle si considérable dans la vie politique, c'est précisément en raison des ambiguïtés dont elle est porteuse. En effet, elle affirme autant du commun et du permanent entre les individus qu'elle garantit à chacun une spécificité. Paradoxalement, elle connote un ensemble de traits stables, tout en revêtant dans le même temps des significations fluides et plurielles qui peuvent s'avérer le cas échéant contradictoires en raison d'allégeances multiples (militantes, religieuses, politiques, familiales, ethniques, transnationales) susceptibles d'entrer en concurrence, sinon en opposition frontale. A fortiori, on comprend aisément que les identités ne sauraient se vivre pareillement dans une conjoncture routinière ou dans des circonstances historiques d'ordre exceptionnel, comme par exemple un conflit international.

Ainsi en a-il été de la Deuxième Guerre mondiale. Durant cette séquence historique, les gens ont été traversés par des contradictions et des déchirements d'une extrême intensité. Plus que jamais, la question s'est posée pour eux de savoir, qui ils étaient vraiment et plus encore qui était qui? Plus que jamais, toute identité qui se déclinait clairement impliquait à l'époque une prise de risque qui pouvait s'avérer mortelle." Nul doute que l'auteure a bien plus à l'esprit les tourments des résistants ou des collaborateurs dans des pays occupés que ceux des soldats habitués à obéir aux ordres, quoique parmi eux, des questionnements, dans un camp comme dans l'autre, se sont fait jour au gré des batailles gagnées ou perdues. "Quant aux assignations identitaires, elles ont proliféré et connu quantité d'inversions dues aux retournements de rapports de force particulièrement instables. Finalement, elles ont souvent eu pour conséquence de fragiliser la vie d'un grand nombre d'individus. (...) La Deuxième guerre mondiale a favorisé (...) un jeu trouble des identités. (...), elle a suscité de nouvelles affiliations, certains s'identifiant dans le conflit à tel ou tel leader politique, ou bien défendant telle ou telle idéologie; tandis que d'autres se tenaient plutôt en retrait, cherchant au contraire à se désaffilier. Enfin, des acteurs sociaux se sont retrouvés dessaisis - parfois avec la plus extrême des violences - de tous les liens qui leur avait permis jusque-là d'être intégrés à un collectif et de manifester par là même leur attachement à différentes allégeances, à commencer par celle envers leur nation. Autant dire que ce conflit planétaire a désorganisé - et souvent détruit - aussi bien les fondements des sociétés belligérantes que les parcours individuels."

    

Josepha LAROCHE, La Deuxième Guerre mondiale au cinéma, Le jeu trouble des identités, L'Harmattan, collection Chaos international, 2017, 190 pages.

 

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8 janvier 2020 3 08 /01 /janvier /2020 15:09

   Rappelons tout d'abord que la politique comparée est un domaine d'étude de la science politique et plus largement des sciences sociales. Elle tente de répondre à des questions politiques en appliquant une méthodologie rigoureuse. La politique comparée emprunte une démarche typologique qui cherche à classifier et théoriser les différents phénomènes politiques. Selon le politologue Giovanni SARTORI, "Classifier, c'est ordonner un univers donné en classes qui sont mutuellement exclusives et collectivement exhaustives. Les classifications permettent donc d'établir ce qui est le même et ce qui ne l'est pas." (Revue internationale de politique comparée, volume 1, n°1, 1994). Rappelons également que les pères fondateurs tels TOCQUEVILLE, MARX, WEBER ou DURKHEIM sont les premiers comparatistes à utiliser l'approche historique, qui n'est pas seulement narration mais surtout analyse critique.

    La Revue internationale de politique comparée répond à un double besoin à la fois théorique et pratique, selon ses fondateurs. "Développer l'analyse comparée, c'est faire progresser la scientificité de la science politique. Comparer permet d'expliquer les effets spécifiques des structures et des processus politiques indépendamment de leurs conditions d'environnement. La vie politique ne cesse par ailleurs de s'internationaliser. La politique comparée aide à mieux discerner ce qui relève des comportements généraux et des singularités. Elle offre de ce fait aux décideurs des bases plus sûres pour développer leurs politiques."

Première revue de politique comparée dans le monde francophone, elle permet à ses spécialistes d'atteindre une audience dans la communauté scientifique internationale tout en publiant dans leur langue. Elle souhaite visualiser l'effort qui se fait dans ce domaine - notamment dans les pays francophones -, et contribuer par là la marche cumulative de la science.

     La Revue bénéficie du soutien de l'Institut de Sciences Politique Louvain-Europe (UCL), des Instituts d'Études d'Aix en Provence, de Bordeaux et de Lille, du Programme de recherche sur la Gouvernance européenne (Université du Luxembourg) et de l'Université catholique de Lille. Elle est publiée avec le concours du CNRS français et du Fonds national de la recherche scientifique de la Communauté française de Belgique.

    Éditée par De Boeck Spérieur, la Revue est dotée d'un comité de rédaction dirigé par Virginie VAN INGELGOM et Karine VERSTRAETEN.

     Sa parution ne suit pas une périodicité régulière, bien que se voulant trimestrielle, et la revue alterne les numéros à thème et les Varia.

   Ainsi le numéro 2018/1-2 (volume 25), porte sur Liban, Syrie, Circulations et réactivations des réseaux militants en guerre, où plusieurs articles portent sur les conséquences de la guerre syrienne sur le Liban.

   Le numéro 2015/4 (volume 22) portait sur Après-guerre : mémoire versus réconciliation, avec un Avant-propos de Valérie ROSOUX, et des contributions de Philippe PERCHOC, Sarah GENSBURGER et d'Yves SCHEMEIL. On pouvait lire dans l'Avant-propos : "Après la guerre, les urgences se bousculent. reconstruire, gouverner, juger, se projeter à nouveau. Entre ces priorités difficiles à départager, une question s'immisce : comment passer de l'événement au récit quand il s'agit de dire l'horreur, l'abject, l'inavouable? Comment favoriser l'émergence d'un récit commun qui fasse une place à toutes les parties en dépit des conflits qui les ont déchirés? Telles sont les questions qui balisent un pan des recherches consacrées à l'après-guerre. Le terrain est en grande partie défriché. Il est traversé par une question fondamentale : peut-on "réparer l'histoire"? L'interrogation est à la fois politique et morale. Elle se décline sur tous les tons : comment "rectifier", "compenser", "restituer" après le crime? Comment prendre au sérieux l'injustice passée? Ce questionnement prend l'allure d'un défi qui s'apparente plus à un horizon d'attentes qu'à un plan stratégique - le premier demeurant dans le paysage, tandis que le second est en principe susceptible d'être atteint.

Pour faire face à ce défi, praticiens et chercheurs se positionnent souvent de manière normative. L'ambition de ce numéro spécial est différente. Plutôt que de suggérer un modèle qui relèverait d'une forme de prêt-à-penser post-conflit, il s'agit d'aborder la question de manière pragmatique. Les contributions rassemblées se concentrent sur le poids et les usages politiques du passé. C'est à partir d'une démarche comparative que chacune d'elle s'interroge sur les conditions de transformation des relations au lendemain de violences de masse. Il ne s'agit pas de dénoncer et de prescrire les bons/mauvais usages du passé, mais d'observer les positions de chaque partie en présence, pour mieux comprendre leurs interactions. C'est dans cette perspective que les contributions tentent d'éclairer l'une des tensions qui caractérisent tout contexte post-conflit, à savoir la tension mémoire et/ou réconciliation. Chacune d'entre elles proposent un format et un ancrage disciplinaires spécifiques, qu'il s'agisse de la sociologie politique de l'action publique, des relations internationales ou encore de la philosophie politique.

Les études de cas choisis renvoient à la fois à des situations de guerres civiles (Rwanda, Afrique du Sud, Liban) et de conflits internationaux (Seconde Guerre mondiale). certaines réflexions montrent d'ailleurs les limites d'une telle distinction. Chaque contribution décortique les dispositifs mis en place pour façonner les mises en récit publiques du passé. Loin de se concentrer sur l'aspect strictement historique des cas évoqués, le dossier s'interroge sur ce qui est publiquement "dicible" et donc négociable au lendemain de crimes de masse. ce faisant, il s'inscrit à maints égards dans le prolongement du dossier que la Revue internationale de politique comparée consacra à l'utilisation politique des massacres.(...)".

 

Revue internationale de politique comparée, Place Montesquieu, 1/7, Bte L2.08.07, B- 1348 Louvain-la-Neuve. www.uclouvain.be

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