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14 janvier 2021 4 14 /01 /janvier /2021 08:49

   Cette interprétation marxiste, comme le précise le sous-titre, est considéré comme une des trois oeuvres majeures d'Ernest MANDEL. Édité en anglais en 1980, réédité en 1995, augmenté de deux chapitres, il est enfin disponible au public francophone. Par-delà les aléas de l'histoire des vingt dernières années, cette analyse continue de fournir un certain nombre de clefs indispensables pour certains à la compréhension d'un monde capitaliste plus malade, instable et dangereux que jamais. Dans cette édition française, a été ajouté au livre proprement dit un texte de 1992, également inédit en France. Ernest MANDEL y dresse le "bilan intermédiaire" du débat international sur les ondes longues tel qu'il s'est déroulé notamment à l'occasion d'un colloque de 1989 à Bruxelles, dont il était l'organisateur. Introduit par Francisco LOUÇÂ, préfacé par Daniel BENSAÏD et actualisé par Michel HUSSON, cette édition constitue un outil précieux pour le débat "comme pour l'action, dixit l'Avertissement en début d'ouvrage.

    Ordonné en 6 chapitres, l'ouvrage de MANDEL comme dans ses autres oeuvres, s'attache à trouver les raisons de la vitalité du système capitaliste au sortir de la seconde guerre mondiale. Sa réflexion théorique, comme le rappelle Daniel BENSAÏD, sur les cycles d'accumulation et les crises constitue un de ses fils conducteurs de son oeuvre économique du Traité d'économie marxiste (1962) au livre sur les ondes longues, en passant par Le troisième âge du capitalisme (1972), La crise (1978), El Capital : Cien Anos de Controversias a la Obra de Marx (1985), inédit en français et paru au Mexique. Le théoricien marxiste demeure fidèle à la logique dialectique de MARX, à l'oeuvre dans la troisième section du livre 3 du Capital sur la baisse du taux de profit. Étrange loi pour beaucoup, elle exprime pourtant la seule logique du capital en général, lequel s'appuyant toujours sur des facteurs extra-économiques, ne cesse de s'élargir, de se transformer, de détruire ses propres anciennes formes pour laisser la place à de nouvelles. MANDEL distingue les cycles économiques d'un "cycle long de la lutte des classes, de montée et déclin de la combativité et de la radicalisation de la classe ouvrière, relativement indépendantes des ondes longues d'accumulation, mais entrelacé à elles dans une certaine mesure." MANDEL a toujours rêvé de vérifier empiriquement ce cycle long de la lutte des classes, mais c'est surtout dans le domaine de l'analyse économique proprement dite qu'il est le plus convainquant, suivant précisément les soubresauts du capital ainsi que son développement sur de longues années. Francisco LOUÇÀ rappelle lui utilement qu'un tel programme de recherche sur les ondes longues est aussi la préoccupation de plusieurs économistes, et ceci depuis le début du XXe siècle. MANDEL, quant à lui, privilégie toujours une approche historique et tente de suivre à la trace  - ce qui fait tout l'attrait de son oeuvre en général et de Les ondes longues en particulier - les phases de croissance et de crise des différentes formes du capital, insistant toujours sur l'existence de variables partiellement indépendantes dont l'évolution guide les âges du capitalisme. Chacun des chapitres de son ouvrage constitue à lui seul tout un programme : Les ondes longues : les faits et leur explication par les fluctuations du taux moyen de profit ; Ondes longues, révolutions technologique et cycles de la lutte des classes ; Ondes longues, inflation et fin du "boom" de l'après-guerre ; Les ondes longues, périodes historiques spécifiques ; Vieilles questions et nouvelles données, Le point du débat international ; Nouvelles questions, nouvelle clarification...

   Ernest MANDEL ne conclue pas réellement son ouvrage, car l'histoire même de ce capitalisme continue et le récit du colloque de janvier 1989 à Bruxelles l'illustre parfaitement. La post-face de Michel HUSSON montre que cette étude de la théorie des ondes longues, comme celle de la crise du capitalisme contemporain est toujours en cours... Les études de MANDEL en ont suscité beaucoup d'autres qui n'ont pas fini d'enrichir ce thème-là.

 

Ernest MANDEL, Les ondes longues du développement capitaliste, Une interprétation marxiste, Éditions Syllepse/Formation Léon Lesoil/M. Éditeur, 2014, 255 pages.

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12 janvier 2021 2 12 /01 /janvier /2021 08:03

   Le théologien français Jean BOUCHER, membre de la Ligue, recteur à l'Université de Paris, prieur, docteur de la Sorbonne et curé de Saint-Benoît, est l'un des peu nombreux monarchomaques catholiques importants.

   Il se signale notamment en étant l'un des premiers à faire sonner le tocsin de son église en septembre 1587 et à répandre des libelles séditieux pour exciter le peuple à la révolte. Il publie en 1589 La vie et faits notables de Henry de Valois, dans lequel il décrit les moeurs d'HENRI III et tente de le diaboliser. Il approuve le meurtre du roi car "il est permis à chacun de tuer l'hérétique ou son allié."

   Du 1er au 9 août 1593, une semaine après l'abjuration d'HENRI IV, il prononce en l'église de Saint-Méry à Paris, neuf sermons dans lesquels il réfute la conversion d'HENRI IV au catholicisme et invite le peuple à ne pas l'accepter comme roi. Il publie ces Sermons de la simulée conversion en mars 1594. Le roi demande la destruction de tous les exemplaires de ces Sermons. Le sacre de HENRI IV en février 1594 l'oblige à fuir la capitale. Il s'installe définitvement dans le Brabant où il reçoit un canonicat à Tournai, où il continue à se sognaler par de violentes diatribes. Il écrit en 1595 une Apologie pour Jean CHATEL (imprimée en 1595 et 1600 avec quelques autres de ses libelles) qui a tenté d'assassiner HENRI IV, dans laquelle il qualifie l'acte de juste et héroïque et recommande même une nouvelle tentative.

   Sous LOUIS XIII, il publie Couronne mystique, en 1623, dans lequel il propose la création d'une milice sacrée basée principalement sur une alliance entre LOUIS XIII et PHILIPPE IV d'Espagne.

 

   Proche des Guises et des catholiques anglais, Jean BOUCHER fait figure d'extrémiste même dans la littérature monarchomaque. Membre de la Ligue, il utilise de manière caricaturale des faits avérés et des événements historiquement vérifiables pour attaquer la monarchie, coupable de sacrilèges, prodigalités, avarices, vols, assassinats, luxures, paillardises, rapts, "violement" de filles, perfidies, trahisons, blasphèmes, mépris des ordonnances divines, de magie et d'athéisme, la cour étant une chose monstrueuse et horrible... Dans une étude globale de la Renaissance, les textes de Jean BOUCHER offrent un exemple saisissant de rupture entre un souverain et son peuple.

 

Jean BOUCHER,  La vie et faits notables de Henry de Valois, édition critique établie par Keith CAMERON, Paris, Honoré Champion, collection 'Textes de la Renaissance", 2003. (disponible sur wikisource) De nombreux écrits en latin ou en français sont disponibles à la Bibliothèque nationale de France. Peu de ses ouvrages ont été réédités.

 

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11 janvier 2021 1 11 /01 /janvier /2021 14:08

     De son vrai nom Philippe de MORNAY, seigneur du Plessis-Marly, également appelé Philippe MORNAY DU PLESSIS, Philippe DUPLESSIS-MORNAY, théologien réformé, écrivain et homme d'État français, ami d'Henri IV, est l'un des hommes les plus éminents du parti protestant à la fin du XVIe siècle. Il est considéré comme l'un des principaux auteurs monarchomaques.

   Polyglotte, ses très nombreux documents écrits sont une mine d'informations pour les historiens. Admirateur du chancelier Michel de L'HOSPITAL et admiré par TURENNE (mais détesté de SULLY...), Philippe DUPLESSIS-MORNAY s'oppose à toute contrainte en matière de religion. Même s'il fait partie des monarchomaques, il en est un des plus modérés.

    Il consacre toute sa vie à la cause protestante et semble davantage destiné au combat religieux qu'aux luttes politiques et militaires. Dans les ouvrages historiques, il est alternativement présenté comme un théologien, comme un diplomate, comme un homme politique ou comme un polémiste. Après ses études, il effectue des voyages en Italie et en Allemagne, de 1565 à 1575. Il échappe de peu au massacre de la Saint-Barthélémy en se réfugiant au domaine de Villarceaux de son cousin catholique François de MORNAY, puis en Angleterre. A son retour en France, il prend une part active aux tentatives des protestants pour relever leur cause en l'associant à François d'ALENÇON et se lie à Henri de NAVARRE, chef des huguenots dont il est le principal conseiller avant que celui-ci ne devienne HENRI IV, roi de France.

    Philippe DUPLESSIS-MORNAY a écrit divers ouvrages religieux dans lesquels il expose et défend les thèses calvinistes, le plus célèbre étant son Traité de l'eucharistie (1598). Dans son précédent ouvrage, De la vérité de la religion chrétienne, publié en 1583, il fait l'apologie du christianisme, dénuée de tout esprit de controverses avec le catholicisme.

 

Un monarchomaque modéré

  Très marqué par le massacre de la Saint-Barthélémy, il connait d'abord une période de doute sur la conduite à adopter par rapport à un prince - le roi CHARLES IX - qui fait massacrer ses sujets huguenots. Entre 1574 et 1576, le sentiment de profonde insécurité le conduit à manifester sa défiance ) l'égard du pouvoir royal  et il rédige les Vindiciae contra Tyrannnos, pour assurer la survie, puis le triomphe de la "vraie religion", le combat théologique doit se doubler d'un combat politique. Dans son esprit, le succès sur le terrain politique, qui permettrait le rétablissement de la paix civile, est en effet un préalable indispensable au véritable essor d'un débat théologique fructueux. Aussi, il s'engage auprès du roi HENRI III  de NAVARRE, futur HENRI IV, avec lequel il entreprend un combat politique et militaire, devenant dès 1576 son conseiller et son ambassadeur. A partir de 1583, son rôle est considérable dans l'accession au trône d'HENRI IV. Son activité pour transformer le "Vert galant" en modèle austère de prince chrétien est beaucoup moins probant. Au cours des années 1585-1589, il fournit - véritable auteur des textes signés par HENRI DE NAVARRE -les armes idéologiques qui permettent à ce dernier de l'emporter. L'oeuvre pamphlétaire produite par MORNAY durant cette période permet de constituer autour de l'héritier du trône un rassemblement dépassant le cadre confessionnel. Il insiste sur la distinction du politique et du religieux contre la Ligue qui défend l'idée que la religion conditionne la fidélité au prince. Sa volonté de politiser le conflit, face à la détermination des ligueurs à demeurer sur le terrain religieux, lui permet de développer une pensée susceptible d'entrainer l'adhésion de catholiques modérés, tel MONTMORENCY, et de la plupart des prince de la maison de Bourbon. Cela ne suffit cependant pas, notamment pour faire tomber Paris qu'HENRI DE NAVARRE assiège en vain pendant de longs mois : Pour devenir HENRI IV, il est obligé d'embrasser la foi catholique...

   Philippe DUPLESSIS-MORNAY oeuvre beaucoup pour le rapprochement entre le roi de France HENRI III et Henri de Navarre, aboutissant à l'accord conclu en 1589. C'est par cet accord que les protestants obtiennent La Rochelle et le Poitou, et Saumur comme place de sûreté. Il devient d'ailleurs le gouverneur de cette place en avril 1589, et le reste pendant 32 ans, jusqu'en mai 1921. Pendant cette période, il est la tête pensante des protestants et considéré comme le "pape des huguenots".

Mais dès l'accession au trône d'HENRI IV, il perd de son influence auprès du roi, qui tient de moins en moins compte de ses conseils. De son côté, il associe de plus en plus combat politique et combat religieux, se plaçant du côté protestant pendant que toute la politique royale, notamment internationale, vire du côté catholique. Entre 1593 et 1598, ses efforts aboutissent tout de même à la conclusion de l'Édit de Nantes. Une fois cet accord obtenu, il décide de privilégier le combat religieux. Les nouveaux écrits religieux de DUPLESSIS sont d'un ton vif, qui d'ailleurs irrite le souverain, lequel lors de la Conférence de Fontainebleau (1600) l'abandonne sur l'autel de la réconciliation entre la France et Rome.

En 1599, il fonde l'Académie protestante, afin d'assurer la formation des adolescents et des futurs pasteurs. Cette académie rayonne dans toute la France et est bien connue en Europe, attirant de nombreux étudiants. Dans celle-ci, enseigne l'humaniste Tanneguy LE FÈVRE dont la fille, par sa traduction d'Homère, ranime la querelle des Anciens et des Modernes. DUPLESSIS-MORNAY crée également à Saumur une Académie d'Équitation, qui donne naissance au XVIIIe siècle à l'actuelle École de Cavalerie de Saumur (le Cadre noir).

L'assassinat d'HENRI IV en 1610, dans lequel il voit la main des jésuites, provoque chez lui une émotion profonde et une violente colère. Élu président de l'Assemblée générale des églises réformées , il s'attache à défendre la liberté des protestants contre la politique de la régente Marie de MÉDICIS et du jeune roi LOUIS XIII. Il le fait en renforçant les place-fortes protestantes sur le plan militaire et en publiant d'autres pamphlets, dont Le Mystère d'Iniquité, où il dénonce l'évolution de la papauté sur le plan idéologique. Mis en difficulté par les autorités royales et ecclésiastiques, il reste au service de ses rois successifs plutôt que d'émigrer, comme beaucoup de ses coreligionnaires au Canada, en Angleterre et aux Pays-Bas. Dès 1620, une terrible crise entre protestants et catholiques dans tout l'Ouest du royaume, se mue en révolte qui prend de l'extension dans d'autres régions. Elle suscite la réaction royale et en mai, LOUIS XIII entre dans Saumur et suspend MORNAY dans toutes ses fonctions. Cela suscite la joie du camp catholique mais cela provoque le début du déclin de leur cité.

 

      Suivant une logique anti-absolutiste, DUPLESSIS-MORNAY entend "ramener le pouvoir des princes et le droit des peuples à des principes premiers et évidents". Il s'agit donc, pour lui, d'établir "la puissance légitime du prince sur le peuple et du peuple sur le prince". Tout d'abord, il estime qu'il existe un contrat entre les cioyens et le souverain et écrit dans Vindicae contra Tyrannos (voir www.constitution.org) :

"En somme, les princes légitimes reçoivent les lois de la main du peuple, et quant à la couronne et au sceptre, marques d'honneur et de puissance, cela les avertit de maintenir les loi, et de tirer leur gloire principalement de la conservation d'icelles.".

Mais ce contrat repose sur un autre, plus fondamental, qui est celui liant le roi à Dieu. C'est la raison pour laquelle DUPLESSIS-MORNAY décrit le souverain comme le "vassal de Dieu". S'il s'écarte des principes de justice, il entre en conflit avec Lui ainsi qu'avec le peuple qui l'a nommé en échange de lui jurer obéissance. Dès lors, celui-ci est délié du contrat puisque le roi parjure l'a rompu. Cependant, ce droit de résistance à l'oppression accordé au peuple sous-entend, dans son esprit, une définition restreinte de ce dernier, qu'il se refuse à confondre avec la "populace". Il reprend en fait ce qu'écrivait Théodore de BÈZE dans son Droit des magistrats de 1574 : seuls les magistrats sont aptes à déposer le monarque s'étant rendu coupable de tyrannie. Toutefois, cette déposition peut être "spontanée", par le fait d'un individu ou d'un groupe, sans qu'il soit fait appel à une procédure juridique complexe...

   C'est grâce aux multiples éditions de son oeuvre que nous devons de connaitre son oeuvre. Car, après sa destitution de sa fonction de gouverneur de Saumur, son château est pillé et sa bibliothèque dispersée.

 

Philippe DUPLESSIS-MORNAY, Traité de l'Église, 1578 ; De la vérité de la religion chrétienne. Contre les athées, épicuriens, payens, juifs, mahumédistes & autres infidèles, 1583 ; De l'institution sage et Doctrine du Saint sacrement de l'Eucharistie en l'Église ancienne, 1598 ; Pour le Concile, 1600 ; Avertissement aux Juifs sur la venue du Messie, 1607 ; Le Mystère d'iniquité, 1611 ; Mémoires et correspondance, 1624. Éditions contemporaines : Paris, Treuttel et Wurtz, 1824-1825, en 12 volumes. Réédition : Genève, Slatkine, 1969 ; Méditations sur les Psaumes (édition critique par Pascale BLUM-CUNY), Paris, Honoré Champion, 2004.

Hugues DAUSSY, Les huguenots et le roi : le combat politique de Philippe Duplessis-Mornay, Genève, Droz, 2002. Didier PAUTON, Duplessis-Mornay, le pape des huguenots, Perrin, 2000. Mario TURCHETTI, Duplessis-mornay, Philippe, dans Encyclopédie du protestantisme, PUF, 2006.

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10 janvier 2021 7 10 /01 /janvier /2021 09:10

   Jurisconsulte converti au protestantisme (1547) et écrivain polémiste français, François HOTMAN est connu pour son engagement dans le calvinisme et fait partie des principaux auteurs monarchomaques.

   Il s'installe après sa conversion en Suisse, puis à Strasbourg, où il enseigne et publie ses ouvrages. Il soutient par ses écrits ses coreligionnaires opprimés en France et contribue à construire le discours de résistance à l'oppression, tel qu'il est diffusé au moment de la conjuration d'Amboise en mars 1560. Il est le père de Jean HOTMAN, diplomate et partisan de l'irénisme religieux.

   Tenant de la rénovation des études juridiques (Antitribonian, 1567), dans le cadre de l'humanisme juridique, il intervient comme professeur de droit romain dans de nombreuses universités et son rôle lui ouvre les portes des cours de Prusse, de Hesse et d'Élisabeth 1ère d'Angleterre. Il se rend à Francfort avec CALVIN et se voir confier par les chefs huguenots allemands des missions confidentielles en se faisant accréditer par Catherine de MÉDICIS. Professeur de philologie à Lausanne, puis professeur de droit à Strasbourg en 1556, il se met au service du roi Antoine de NAVARRE en 1560. Ce parcours pourrait l'apparenter à un espion, mais outre qu'à cette époque diplomate et espion, grands voyageurs, s'assemblent bien, c'est un va-et-vient assez courant dans cette période troublée.

On lui attribue la rédaction du violent pamphlet, l'Épître au Tigre de France (1560), dirigé contre le cardinal CHARLES DE LORRAINE et les GUISE, accusés de fausse piété et de licence (les attaques à caractère sexuel sont également courantes à l'époque). La conclusion de ce texte est un appel au bannissement : le tigre doit retourner à sa "tanière". Il est nommé professeur de droit à Valence par l'évêque MONLUC, puis à Bourges en 1567.

    Pendant les guerres de religion, il est chargé du recrutement en Suisse de troupes pro-huguenotes. En 1572, après l'annonce des massacres de la Saint-Barthélémy, il s'enfuit de Bourges pour aller s'installer à Genève. Il passe ses dernières années en exil en Suisse.

 

Franco-Gallia (La France gauloise)

   Composé en réaction au massacre de la Saint-Barthélémy, publié en latin en 1573 puis en français l'année suivante, son ouvrage Franco-Gallia a un grand retentissement et inspire les générations suivantes. Sa théorie est parfois comparée avec celle du Contrat social de Jean-Jacques ROUSSEAU. Il y présente un idéal d'habileté politique protestante et propose un gouvernement représentatif et une monarchie élective. Il affirme que la Couronne de France n'est pas héréditaire mais élective, et que les gens ont le droit de déposer et de créer les rois. Il s'agit réellement du premier "programme politique" des huguenots dans l'éventualité d'une accession au pouvoir.

   François HOTMAN considère qu'à l'origine surgissent un certain nombre de règles et que la souveraineté réside dans le peuple du royaume. Il se lance dans une démonstration (longue) et s'élève contre l'absolutisme en fait et en droit. Il propose un retour de ce qu'il considère les anciens us et coutumes de France, rappelant que les carolingiens devaient leur couronne à l'élection. Le peuple prête le pouvoir et il est impératif que le roi consulte régulièrement les états-généraux, faute de quoi il risque de gouverner en dehors de l'intérêt général. Si le roi ne le fait pas, il y a rupture du contrat social. La révolte des sujets est par conséquent légitime.

   Dans ce livre, est mis en cause la théorie de l'origine divine du pouvoir en faveur de la souveraineté populaire.

   Dès sa parution, Franco-Gallia donne lieu à une polémique politique entraîne plusieurs réponses et réfutations, notamment Ad France, Hotomani.. Responsio (1575) attribué tantôt à Jean Papire MASSON, tantôt à Antoine MATHAREL, et Contra Othomani Francogalliam Libellus de Pierre TURREL (1576).

    Malgré ses faiblesses historiques, ce livre contribua fortement à l'idée que la monarchie devait être constitutionnelle.

 

     Dans l'ensemble, ses oeuvres Franco-Gallia et ANtitribonian exercent par la suite une grande influence sur la pensée politique européenne et les réformes juridiques des XVIIe et XVIIIe siècle.

François HOTMAN, L'Anti-Tribonian (1603), Presses Universitaires de Saint-Étienne, 1998 ; Le Tigre (1563), Slatkine, 1970.

R. DARESTE, Essai sur François Hotman, A. Durand, 1850. Daniel MÉNAGER, Le Tigre et la mission du pamphlétaire, dans Le pamphlet en France au XVIe siècle, Cahiers V.L. Saulnier n°1, collection de l'ENS de Jeunes Filles, 1983. Carlos GILLY, Hotman François, dans Dictionnaire historique de la Suisse, 2006.

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9 janvier 2021 6 09 /01 /janvier /2021 10:13

    L'humaniste, théologien protestant, traducteur de la Bible, professeur, ambassadeur et poète français Théodore de BÈZE, un des plus importants auteurs monarchomaques, est le chef incontesté de la cause réformée dans toute l'Europe et le successeur de Jean CALVIN à la tête de l'Académie de Genève.

 

Une jeunesse baignée dans la Réforme

    Issu d'une famille de petite noblesse (bénéficiaire du travail industriel des forges et de nombreux bénéfices ecclésiastiques...), Théodore de BÈZE est placé très tôt dans la famille du célèbre helléniste allemand Michior WOLMAR RUFUS DE ROTTWELL, déjà maître de CALVIN à Paris. Le jeune homme suit bientôt son maître à Bourges, auprès de la reine de Navarre, soeur de François Ier, lieu de France où souffle le plus fort le vent de la Réforme. Lorsque François 1er publie son décret contre les innovations dans l'Église, WOLMAR retourne en Allemagne, tandis que Théodore, suivant les ordres de son père, revient à Orléans pour étudier le droit. Il y passe 4 ans (1535-1539), mais préfère au droit la lecture des classiques de l'Antiquité. Il lit alors le traité d'Heinrich BULLINGER, De l'origine des erreurs dans la célébration du culte divin (1529) qui détermine sa propre voie. Licencié en droit en août 1539, il le pratique, toujours sur les désirs de son père.

 

De Paris à Genève, le retour sur les questions de la Foi.

     A Paris, ayant acquis une position en vue dans des cercles littéraires, il fréquente le Brigade littéraire de Jean DORAT, Pierre de RONSART et Joachin du BELLAY durant deux ans.  Tout en nouant une vie conjugale, il publie un recueil de poésies latines très populaires, les célèbres Poemata. Tombant gravement malade (probablement de la peste), il se découvre des besoins spirituels et se résout à trancher les liens qui le rattachent au monde. Il se rend discrètement à Genève, ville refuge pour les évangélistes (adeptes de la Réforme) en 1548. Sa fuite est remarquée, car c'est alors un personnage considérable à Paris, et en 1546, un acte du Parlement de Paris décrète la saisie de tous ses biens. Classé comme hérétique luthérien, il est passible du bûcher et ne peut revenir en France.

Chaleureusement accueilli par Jean CALVIN, qui ne peut subvenir à ses besoins, il songe à revoir son maitre WOLMAR à Tübingen, avant d'être nommé comme professeur de grec à l'Académie de Lausanne (par l'entremise de Pierre VIRET) en 1549. C'est donc à Genève qu'il rédige un drame biblique, Abraham sacrifiant, publie son Passavantius, satire dirigée contre Pierre LIZET, abbé de Saint-Victor près de Paris, qui fait tout pour acquérir la réputation de pourfendeur de l'hérésie.

 

Des controverses aux prises de positions radicales

   Son activité à partir des années 1550 se caractérisent par une défense des protestants au coeur de la lutte entre catholiques et protestants en Europe. Entre les deux controverses, l'une sur la doctrine de la prédestination et celle de CALVIN contre Jérôme-Hermès BOLSEC (1553-1554), ses voyages à travers l'Europe (1557, en faveur des vaudois par exemple et la même année en faveur des frères de Paris) et le premier synode de France de 1559 où il représente CALVIN, ses positions se font de plus en plus marquées. Il établit sa propre confession de foi, imprimée en latin en 1560 avec une dédicace à WOLMAR, traduite en plusieurs langues, pièce maitresse d'une résistance ecclesiale et politique des huguenots face aux persécutions.

  Au colloque de Poissy en 1561, où il préside la délégation réformée, il se fait considérer comme le chef et le porte-parole de toutes les communautés réformées de France, très aimé et très détesté. Aumônier, trésorier et conseiller spirituel et politique du principal chef protestant français LOUIS, prince de CONDÉ en 1562, au début de la Première guerre civile (1562-1563), il est accusé en d'être l'instigateur de l'assassinat de François de GUISE par Poltrot de MÉRÉ en mars 1563. Très actif, il réussit à obtenir des subsides anglais dans sa campagne pour le protestantisme, mais ses efforts sont battus en brêche par la publication du décret de pacification que CONDÉ accepte, en ce même mois de mars.

  A la mort de CALVIN en mai 1564, il devient tout naturellement son successeur. Il devient surtout jusqu'en 1580 un "modérateur de la compagnie des pasteurs" et l'âme du grand établissement d'enseignement à Genève, fondé par CALVIN en 1559, véritable caisse de résonance de la théologie protestante. Il organise les protestants en France (ministère de la Parole, consistoire), et favorise l'absence de polémiques doctrinales. Les discussions concernent alors surtout des questions à caractère pratique,social ou ecclésiastique comme la suprématie des magistrats sur les pasteurs, la liberté dans la prédication et l'obligation faite aux pasteurs de se soumettre à la majorité de la compagnie des pasteurs. BÈZE n'impose pas ses propres idées à ses associés et ne décrète aucune mesure contre ses collègues irréfléchis ou emportés, agissant plutôt en médiateur. Sa confession de foi enfin rédigée, lors du Synode national des Églises réformées de France à La Rochelle en mars 1571, il s'oppose au pasteur Jean de MOREL et au philosophe Pierre de LA RAMÉE, qui demandent de reconnaître l'autorité du gouvernement civil sur l'Église. Sur le plan politique comme sur le plan doctrinal, l'année suivante est marquée par les débats qui l'opposent aux mêmes collègues (Synode national de Nîmes, 1572). Le cours des débats seraient restés à un niveau élevé mais pacifié si n'était pas intervenu en août 1574, le massacre de la Saint-Barthélémy. Tout en organisant l'accueil des réfugiés à Genève, il s'engage alors dans des prises de positions plus radicales.

 

De jure magistratum

   En 1574, il écrit son De jure magistratum (les limites fixées aux pouvoirs du souverain), où il proteste solennellement contre la tyrannie en matière de religion et soutient qu'il est légitime pour un peuple de s'opposer activement à un gouvernement indigne et, au besoin, de recourir aux armes pour le renverser.

   Au XVIe siècle, l'autorité des princes et des rois est considérée comme dérivant de Dieu, selon les modalités du droit divin. Théodore de BÈZE affirme l'idée que Dieu doit être obéi sans exception, ce qui vaut aussi bien pour les citoyens que pour les magistrats (y compris rois et princes), ce qui limite de fait leur puissance. Les citoyens doivent obéir aux magistrats, à condition que ce qu'ils demandent ne soit ni contraire à la religion, ni inique. Si le roi peut être considéré comme un père pour ses citoyens, et si le père a un droit étendu sur ses enfants, cela n'enlève rien au fait que Dieu reste ultimement le père de toute l'humanité. Ainsi, si un roi veut contraindre ses sujets à accepter une religion idolâtre, il rompt avec les commandements de Dieu d'où il tire son autorité. Il n'est alors plus roi, mais tyran : son autorité ne dérive plus de Dieu et les citoyens sont en droit de le déposer.

   Avec la conception calviniste du droit de résistance, celle de BÈZE connait une influence considérable. Ainsi, la déclaration d'indépendance des Pays-Bas, en 1581, s'inspire directement du Droit des magistrats.

 

Dans la polémique LUTHER/CALVIN

    BÈZE s'intéresse longuement aux polémiques sur la confession d'Augsbourg en Allemagne, particulièrement après 1564, qui concernaient la doctrine sur la personne du Christ et les sacrements. Il publie plusieurs ouvrages contre les idées de WESTPHAL, HESSUSEN, SELNECKER, Johann BRENZ et Jakob ANDREA. Cela le fait détester, surtout après 1571, par tous ceux qui avaient adhéré au luthérianisme et s'opposaient aux entreprises de MELANCHTON. Le dernier conflit polémique d'importance, en mars 1586, à l'occasion du colloque de Montbéliard, qui devait sceller l'union des protestants, peut être considéré comme une très importante étape dans la séparation entre luthériens et calvinistes, chacune des confessions se déclarant seule orthodoxe, avec toutes les conséquences institutionnelles que cela suppose.

 

Par-delà le conflit entre protestants, des contributions à la postérité longue.

   Pour ses études théologiques (dans Tractationes theologicae), à côté de ses écrits humanistes et historiques, il apparaît comme le meilleur élèves de CALVIN, plus, son alter ego. Sa conception de la vie est déterministe et sa réflexion religieuse repose sur la reconnaissance de la prédestination : toute l'existence temporelle est un effet de la volonté absolue, éternelle et immuable de Dieu, si bien que même la chute de la race humaine lui apparait comme un objet indispensable au plan divin sur le monde. De la façon la plus lucide, BÈZE montre la connexion des conceptions religieuses qui découlaient de ce mode de pensée fondamentalement supralapsaire. C'est ce qu'il ajoute dans son traité Summa totius Christianismi.

   En publiant une édition du Nouveau Testament grec en 1565, accompagnée dans des colonnes parallèles du texte de la Vulgate et de sa propre traduction (déjà publié en 1556), il assure la diffusion de bases solides dans l'enseignement des pasteurs.

  Dans l'activité littéraire de BÈZE aussi bien que dans sa vie, se distingue une période humaniste (qui finit avec la publication de ses Juvenilia) d'une période d'homme d'Eglise. Mais des productions tardives comme Passaventius, humaniste, mordant et satirique, ainsi que sa Complainte de Messire Pierre Lizet... prouvent que, dans les années ultérieures, il revient de temps en temps à ses premières réflexions. A côté d'ouvrages de fond, destinés à des lettrés aux références classiques figurent des oeuvres polémiques destinées plus au "grand public". Dans l'ensemble de ses écrits, par la suite, ce sont surtout ses travaux historiographiques et notamment son Histoire ecclésiastique des Églises réformées au Royaume de France (1580) et sa biographie de CALVIN (1575) qui sont beaucoup consultés. Pourtant l'impact historique de De jure magistratum est sans doute le plus marquant dans son oeuvre; au delà d'un public strictement huguenot. Son oeuvre, dans l'ensemble est parfois difficile à délimiter, tant l'usage de pseudonyme se répand à son époque.

   Simultanément, Théodore de BÈZE mène une lutte inlassable contre les hérésies, anciennes ou modernes, et soutient les réformés allemands dans le combat sans merci qui les oppose aux luthériens ubiquitaires, multipliant les oeuvres polémiques, particulièrement sur la doctrine de la cène. Il mène cette défense de l'orthodoxie réformée en étroit contact avec ses homologues zurichois (Heinrich BULLINGER, 1504-1575), puis Rudolf GUALTHER (1540-1617). Diminuant progressivement ses activités à partir de 1580, il reste jusqu'à sa mort une figure centrale et vénérée par les Genevois et les réformés de partout. (Béatrice NICOLLIER)

 

Théodore de BÈZE, Le Passavant, Épître de maître Benoit Passavant à messire Pierre Lizet, 1553 ; Du droit des magistrats sur leurs sujets, 1574 (voir www.e-rara.ch) ; Histoire ecclésiastique des Églises Réformées au Royaume de France, 1580 ; Chrestiennes Meditations, 1581. 43 tomes de sa Correspondance a été (ré)édité par les Éditions Droz de 1960 à 2017.

Alain DUFOUR, Théodore de Vèze, poète et théologien, Droz, 2006. Violaine WEBEN, Théodore de Bèze, un grand de l'Europe, Les bergers et les mages, 2000. Sous la direction de LÉO Hamon, Un siècle et demi d'histoire protestante : Yheodore de Bèze et les protestants sujets du roi, Éditions de la Maison des sciences de l'homme, 1989. Isabelle BOUVIGNIES, La résistance comme cadre de la mutation théologico-politique du droit, dans Le droit de résistance, XIIe-XXe siècle, ENS éditions, 2001. Simone GOYARD-FABRE, Au tournant de l'idée de démocratie : l'influence des monarchomaques, dans Cahiers de philosophie politique et juridique, 1, 1982. Béatrice NICOLLIER, Théodore de Bèze, dans encyclopédie du protestantisme, Sous la direction de Pierre GISEL, PUF, 2006.

 

Complété le 18 janvier 2021

 

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7 janvier 2021 4 07 /01 /janvier /2021 16:49

     L'indignation provoquée par le massacre de la Saint-Barthélémy avive la pensée chez les Réformés que l'évolution politique en cours de la monarchie est néfaste et qu'il est urgent de l'enrayer. C'est elle, pensent-ils, qui, en donnant trop de pouvoir à la volonté du roi, appuyée sur une poignée de conseillers pervers, a permis la catastrophe. Il faut donc revenir à un état antérieur, plus respectueux des libertés. Mais les guerres de religion provoquent un déplacement important de la réflexion. Alors que l'ensemble des pensées sur le tyrannicide, abondantes sous l'Antiquité (PLATON, ARISTOTE...) et repensées d'abord chez les Pères de l'Église (Thomas d'AQUIN)  puis chez les écrivains de la Renaissance (notamment chez MACHIAVEL) s'était plutôt conclu dans un sens plutôt défavorable à l'insurrection et à la résistance contre l'oppression), ces guerres de religion ravivent les critiques contre la monarchie telle qu'elle a tendance à se pratiquer, jusqu'à émettre une reconstruction de la théorie politique : la souveraineté n'appartient pas au roi, mais au peuple.

Si cet épisode du combat des monarchomaques attire notre attention ici, c'est pour une double raison. Toutes les argumentations, souvent émises dans une sorte de littérature seconde et considérée souvent comme secondaire en faveur d'une refonte de la "science politique" et de la représentation de l'autorité, connaissent un regain d'intérêt qui ne va pas cesser et aboutir en fin de compte à la fin des monarchies en une très longue onde de choc. D'autre part, toutes ces argumentations possèdent une résonance hors des lieux où elles ont été émises, face à des pouvoirs religieux et politiques dans de nombreux pays. Une vision trop centrée sur l'Occident empêche de voir combien ces argumentations restent vives pour des contextes où la tyrannie fait la loi, et qu'en ce sens, elles sont toujours actuelles.

 

L'histoire des monarchomaques

    Il faut entendre sous le vocable de monarchomaque un sens plus précis que la simple contestation du pouvoir que suggère l'étymologie (combat contre le souverain) comme le rappelle François DERMANGE

 Les monarchomaques sont présentés comme des libellistes qui s'élevaient contre l'absolutisme royal qui s'établit à la fin du XVIe siècle, en Europe occidentale. Actifs au cours de la deuxième moitié du XVIe siècle, les auteurs de ces libelles jouent un rôle majeur dans la vie intellectuelle traversée par les guerres de religion. Ils ont, dans les courants religieux en conflit, une place majeure qui dépasse le cadre de ces textes de la littérature seconde (très diffusés dans le public). les auteurs les plus connus émergèrent d'abord dans le camp protestant en France après les massacres de la Saint-Barthélémy: Philippe DUPLESSIS-MORNAY, François HOTMAN, Théodore de BÈZE. Outre-Manche, des auteurs tels que George BUCHANAN, John KNOX, Christopher GOODMAN et John PONET ont adopté une posture semblable, bien que différente sous plusieurs aspects en s'opposant notamment au règne de Marie TUDOR. Il faut aussi mentionner Eusèbe PHILADELPHE (pseudonyme de Nicolas BARNAUD) avec Le réveille-matin des François, et de leurs voisins (1574, réédité par les Éditions d'histoire sociale en 1977), Stephanue Junius BRUTUS, avec Vindicae contra tyrannus, de 1579, traduit en français en 1581 sous le titre De la puissance légitime du prince sur le peuple et du peuple sur le prince, réédité sous le titre latin à Genève, chez Droz en 1979. Tous partagent l'idée qu'il est des cas où l'on doit destituer le souverain et ils ont largement contribué à promouvoir l'idée que le pouvoir ne doit pas être absolu, mais responsable devant les représentants du peuple. Ils participent à l'idée d'un fondement conventionnel du pouvoir politique, inspirant le puritanisme anglais et inspiré de manière lointaine par les revendications nobiliaires qui ont arraché la Charte des droits au pouvoir royal. Ils influencent les théories de résistance des auteurs jésuites du XVIIe siècle, par exemple Juan de MARIANA (1536-1624) dans son De rege et regis institutione (1599, Aalen, Scientia, 1969).

En France, les thèses monarchomaques furent reprises par des auteurs catholiques de la Ligue quand Henri de NAVARRE (le futur HENRI IV) devint l'héritier présomptif du trône de France à la mort de François d'ALANÇON, frère du roi HENRI III en 1584. Le principal auteur monarchomaque catholique fut le théologien Jean BOUCHER. Le massacre de la Saint Barthélémy introduit une césure dans le monde intellectuel comme chez plusieurs de ces auteurs. D'une critique modérée de la monarchie, ils passent à une critique radicale qui remet en cause le principe même de la souveraineté d'un seul sur le peuple.

   Les différents auteurs expriment une volonté de s'opposer à la monarchie absolue, certains en prônant le retour à une monarchie limitée, qui donne entre autres toutes leur place aux Parlements de Province, d'autres se montrant critique envers le concept de monarchie absolue, synonyme pour eux de tyrannie. C'est toute une gamme d'idées monarchomaques qui s'exprime, la théorie dominante (avec beaucoup de difficultés d'ailleurs) de l'absolutisme étant combattue avec vigueur. Ce sont de véritables philosophies alternatives qui se développement tout au long du XVIe siècle, et qui perdurent, souvent sous la censure, dans les deux siècles suivants. Le terme même de monarchomaque est inventé en 1600 par l'Anglais William BARCLAY qui l'utilisa le première fois dans son ouvrage De regno et regali potestate à des fins polémiques. Il s'agissait pour lui de stigmatiser les penseurs catholiques et protestants, français, écossais et anglais qui auraient théorisé la destruction de la monarchie, même si dans les faits ces auteurs ne remettaient pas en cause le principe monarchique, mais seulement une certaine pratique du pouvoir : ce n'est pas le roi qui est attaqué, mais le tyran. C'est surtout en Angleterre, terre qui a déjà une longue histoire en terme de droits des sujets, que les monarchomaques allèrent jusqu'à accorder un droit de résistance aux personnes privées. Leurs thèses étaient perçues comme dangereuses, compte tenu de leur proximité avec les thèses qui animaient le mouvement anabaptiste. En France, la diffusion de leurs idées alimentent, également de fait, d'autres tendances bien plus radicales, imprégnées d'une atmosphère religieuse faite d'antagonismes, qui dans des libelles également, prônaient le régicide, soit ouvertement, soit à mots couverts. Les assassinats d'HENRI III (lors d'un siège) et d'HENRI IV ne sont pas le fait de régicides "déséquilibrés". Leur gestes s'inscrivent dans un climat violent. Cette violence politique et sociale perdure d'ailleurs sous Louis XIII et Louis XIV et la Fronde lors de la minorité de Louis XIV fait partie de cet ensemble d'événements alimentés par toute une littérature clandestine.

 

Les écrits des monarchomaques, aliments du droit de résistance et de la désobéissance civile...

   Parmi les écrits des monarchomaques, rappelle Hourya BENTOUHAMI-MOLINO, on peut citer, parmi les plus célèbres, le Franco-GAllia (1573) de François HOTMAN et, de Théodore de BÈZE, Du droit des magistrats sur leurs subiets. Traité très-nécessaire en ce temps pour advertir de leur devoir tant les Magistrats que les Subiets (1574), ou encore l'ouvrage Vindicae contre Tyrannos (1579-1581) à mettre sur le compte probablement des juristes Hubert LANGUET et Philippe du PLESSIS-MORNAY, et dont l'objet est explicitement dirigé contre MACHIAVEL alors décrit comme étant le "défenseur des tyrans". Jean BOUCHER (1551-1645) reconnait de son côté que les rois doivent leur position de commandement au bon vouloir du peuple si bien que tout manquement au devoir de bon gouvernement justifie la déposition du roi et même le tyrannicide.

    Cependant, comme le souligne Isabelle BOUVIGNIES (La résistance comme cadre de la mutation théologico-politique du droit, dans l'ouvrage collectif publié sous la direction de Jean-Claude ZANCARINI, Le Droit de résistance, XIIe-XXe siècle, Fontenay-Saint-Cloud, ENS), "s'il est tentant de vouloir voir dans ce droit une préfiguration de la désobéissance civile, par exemple, il peut l'être tout autant de n'y voir que la survivance d'une théorie médiévale". Or, "dans les deux cas, on manque l'essentiel". L'important est en effet de saisir plutôt la manière dont le droit de résistance qui se configure alors, amorce - et en résulte de manière dynamique - un détachement entre le théologique et le politique, ou encore une forme de naturalisation du politique. Ce qui ressort de l'argumentation de beaucoup, c'est que les rois ne sont rois que par l'invention populaire, selon la forme d'un contrat. C'est le manquement à la promesse qui devient ainsi le maximum de l'in-juria, de l'offense juridique qui légitime le droit à la résistance, à mille lieues de l'élaboration théorique contemporaine de la souveraineté par Jean BODIN (Les Six livres de la République, 1576). François HOTMAN plus particulièrement est un fervent défenseur de l'élection des rois, mais le peuple dont il s'agit ici n'est évidemment pas le peuple atomisé de l'individualisme des théories du droit naturel du XVIIe siècle, mais un peuple représentant une forme d'universalité organiquement comprise. Cette organicité  est essentielle pour comprendre  la manière dont ROUSSEAU, entre autres, critiquera par la suite le faux contrat monarchique fondé sur ce qu'il considérera n'être rien d'autre qu'un pacte de sujétion, à savoir la représentation. Dans le cadre du "contractualisme" monarchomaque, le peuple n'existe qu'à travers sa représentation dans le corps intermédiaire des magistrats. Si cette vision a le mérite de détacher la notion de peuple de ses attributs théologiques - il ne s'agit plus du peuple de Dieu - et de ses attributs antiques péjoratifs qui l'associaient à la phèbe ou au vulgus, voire de la populace, elle neutralise cependant la puissance du peuple, d'une part en ne lui reconnaissant qu'un pouvoir différé, celui de la représentation aristocratique, d'autre part en lui niant la capacité de se diviser, de reconnaître les minorités qui le composent.

L'élaboration d'un droit de résistance demande que l'on réponde clairement à la question : "Qu'est-ce qu'un peuple?" Or la séparation entre titre du pouvoir et exercice du pouvoir chez les monarchomaques conduit à une aporie évidente : au même moment où semble consacrée la capacité juridique du peuple, ce dernier se trouve destitué de toute rationalité et droit d'examen propre. Le constitutionnalisme des monarchomaques est donc purement régulateur et ne saurait en aucun cas trouver un équivalent dans le modèle du constitutionnalisme de fondation au XVIIIe siècle. Ce qu'il faut bien voir dans le contexte de ce XVIe siècle, même si les germes de ce qui va suivre ensuite commencent bien là, c'est qu'entre les gens du peuple et les gens du pouvoir, il existe un fossé marqué quasiment du sang, et entre les gens des bourgs et ceux des faubourgs, pour considérer des populations les plus proches géographiquement et enserrés plus ou moins dans les murs des villes, il y a la barrière de la condition, des habitudes, des connaissances... Aussi, le pouvoir ne pas en capacité de se gouverner lui-même et encore moins de gouverner les États. Par contre, la porte ouverte par les monarchomanisques est bien présente : c'est le peuple qui va juger, à travers les magistrats, de la capacité de gouverner des rois...

Certes les monarchomaques sont protestants et les liens entre développement du protestantisme d'une part et développement du capitalisme d'autre part, largement mis à jour par Max WEBER, montrent comment la rationalisation économique trouve sa source dans la quête individuelle du salut qui elle-même se vérifiait dans le travail, porteur de la prédestination. On pourrait également penser que cette conceptualisation d'une souveraineté populaire a été possible dès lors qu'on a pensé la souveraineté comme ne s'exerçant plus seulement sur un territoire mais prenant en compte la gestion de la population. Mais, outre le décalage historique entre la théorisation des monarchomaques (fin XVIe siècle) et la naissance de l'administration hors du gouvernement (XVIIe siècle), Michel FOUCAULT souligne quant à lui l'erreur consistant à établir une symétrie entre théorie de la souveraineté et théorie de la population (voir Sécurité, territoire, population. Cours au collège de France, Seuil, 2004). En effet, le peuple dont il est question dans les théories juridiques et contractualistes du peuple, telles que celles des monarchomaques, n'est pas le même que celui qui se fait jour dans la population au XVIIe siècle : ce sont deux types de sujet collectif qui recouvrent deux réalités différentes d'exercice du pouvoir. Ainsi, non seulement le véritable peuple n'est pas cette entité juridique abstraite mais il n'est pas plus cette entité concrète qu'est la population, du moins n'est-il pas, concernant cette dernière, la totalité de la population. Bien au contraire, dit FOUCAULT, le peuple est ce qui reste de la population, c'est l'ensemble des individus qui refusent d'attendre, de pratiquer la patience que le gouvernement leur conseille en leur enjoignant de différer la satisfaction de leurs besoins. FOUCAULT désigne là une partie de la population, celle qui, accablée par la faim, se jette sur les approvisionnements des silos. Il s'agit-là de "contre-conduites", de modes de résistance dirigée contre une certaine gestion de la vie. Le sociologue français cherche à distinguer la résistance de toute forme de droit de résistance à l'oppression et de toute forme d'héroïsation. Cette approche, qui cherche somme toute à retrouver le contexte de l'émergence de ce droit de résistance, en le distinguant bien de l'ensemble des comportements, en provenance des l'aristocratie des villes ou des familles héritières des seigneurs féodaux, tendant à contester le pouvoir royal (souvent pour s'y mettre!) qui n'est pas pensé en fonction de cette résistance des populations à la gestion de la vie économique des monarques.

D'une part, elle nous permet de comprendre une notion de désobéissance détachée de ses présupposés surérogatoires, donc plus proche en ce sens de ce que nous entendons par désobéissance civile. En effet, dans la désobéissance civile, il ne s'agit pas d'assaillir le pouvoir, de prendre les armes, mais simplement de retirer son soutien à la coopération qui maintient de manière ordinaire le pouvoir. C'est donc en refusant de considérer la notion de dissidence comme adéquate pour décrire les révoltes ordinaires, les actes de résistance les plus infimes, que la notion foucaldienne de "contre-conduite" paraît la plus à même pour disqualifier définitivement les lieux communs qui font des actes de résistance des actes de Justes ou de héros en général. Si le terme de dissidence est une forme d'essentialisation - due au fait qu'il n'y a de résistance que là où il y a des "dissidents" - rien d'étonnant alors à ce que FOUCAULT lui-même avouât qu'il "préférait s'arracher la bouche" que de prononcer ce terme. Sinon, cela reviendrait à dire du fou, du délinquant par exemple qu'ils sont des "dissidents", ce qui est absurde (et faux, il faudrait parler de sous-culture... dominée!). Si l'on comprend cette lecture antihéroïque des contre-conduites, c'est aussi parce qu'elle permet de sortir du paradigme théorique de la souveraineté. Le peuple dont il est question dans ces contre-conduites est souvent invisible, mais ce peuple n'est pas pour autant absent. Cependant, ces résistance-là ne sont pas des résistances à la puissance souveraine. (Hourya BENTOUHAMI-MOLINO). Cette distinction est utile et ramène au contexte, mais il ne faut pas oublier que dans le jeu des pouvoirs, les mouvements populaires (même de la populace), constituent souvent une opportunité, une masse de manoeuvre, utilisable et utilisée stratégiquement. Si la question religieuse est bien la matrice de la contestation du pouvoir royale, la question sociale alimente par bien des aspects, les évolutions intellectuelles, tout se tenant par ailleurs...

 

Hourya BENTHOUHAMI-MOLINO, Le dépôt des armes. Non-violence et désobéissance civile, PUF, 2015. François DERMANGE, Monarchomaques, dans Encyclopédie du protestantisme, PUF, 2006.

 

Complété le 18 janvier 2021

 

   

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5 janvier 2021 2 05 /01 /janvier /2021 14:57

     Véritable OVNI dans l'édition, tant sur le fond (les enfants qui s'organisent...) que sur la forme (couverture originale, iconographie très riche...), ce livre collectif traite de l'aventure au sens propre de millions d'enfants jetés sur les routes au cours et au lendemain de la Seconde guerre mondiale. Samuel BOUSSION, maître de conférences à Paris 8, Mathias GARDET, professeur des universités (Paris 8) et responsable de l'axe HEDUC et Martine RUCHAT, ancienne professeure à la faculté de psychologie et des sciences de l'éducation (université de Genève) se sont livrés à un grand travail d'exhumation d'archives et d'analyse de l'expérience de ces orphelins ou enfants brusquement séparés de leurs parents, recueillis dans des camps ou villages d'enfants. Ces camps, dressés dans le cadre d'une aide humanitaire deviennent le théâtre d'une utopie pédagogique. Instituteurs, prêtres, pédagogues, médecins ou psychiatres fondent, dans l'urgence et le dénuement, des communautés largement inspirées de l'éducation nouvelle et de l'autogestion, des "républiques d'enfants". De l'Italie à la Hongrie, en France et en Allemagne, les enfants se muent en jeunes travailleurs, ils élisent gouvernements et tribunaux. Dans l'esprit internationaliste d'après-guerre, avant que les États reprennent pleinement en main l'éducation de leurs ressortissants, ces citoyens doivent contribuer au relèvement de l'Europe anéantie.

   Dans leur Introduction, les auteurs font état de leur principale découverte. "Pendant la guerre, ces expériences (de républiques en miniature) jusqu'alors relativement isolées se multiplient simultanément dans divers pays européens, surtout vers la fin du conflit, afin d'accueillir des enfants victimes et de contribuer à leur rééducation sous la bannière de l'éducation nouvelle et du "relèvement", expression qui traduit bien cette volonté de reconstruction, dans un continent où dominent les ruines. Les participants à la réunion de Trogen (Suisse) (convoquée par l'UNESCO en juillet 1948) sont venus témoigner de leur expérience. Leurs "villages" ou "villes" d'enfants aux allures de petites républiques sont nés pour la plupart dans l'improvisation, l'urgence et l'inconfort au temps du rationnement, sublimant ces contingences matérielles par un investissement pédagogique et un optimisme parfois plein de souffle. Nés sans concertation entre eux, en France, Suisse, Italie, mais aussi en Hongrie et en Belgique, ils partagent le plus souvent des références issues de l'éducation nouvelle, tout en ayant pris des directions pédagogiques singulières, qui se retrouvent jusque dans leur appellation, qui marquent à la fois leur variété et leurs points communs : Village international d'enfants à Trogen, République d'enfants de Moulin-Vieux dans l'Isère, Hameau-école de l'Île de France près de Paris, Home pour les enfants espagnols de Pringy en Haute-Savoie, mais aussi Gaudiopolis ou Ville d'enfants près de Budapest, ou encore Cité de l'enfance, Cité joyeuse près de Bruxelles, Villagio del fauciullo, Giardino di infanzia, Repubblica di ragazzi ou Scuola-Città en Italie..." Ce sont ces expériences que le trio livre au fil des douze chapitres, avec force détails et reproduction de photographies abondantes. "Quand en 1948 l'UNESCO décide d'en réunir les principaux artisans à Trogen, c'est bien autour de la promotion du modèle du self-governement - comme le soulignera sa nouvelle revue, Élan (Impetus dans sa version anglaise). Le premier numéro, entièrement consacré à l'événement, affiche en couverture la photo en buste sur fond rouge d'un tout jeune adolescent coiffé d'un chapeau de feutre, avec pour seule légende : "Il se gouverne". La deuxième de couverture nous apprend qu'il s'agit  du portrait de "Bartoumiou", qu'il a dix ans et que ses "concitoyens" de la République d'enfants de Moulin-Vieux l'appellent "Charlot", et de commenter : "Sans la moustache, sans la canne ni les chaussures, seulement le chapeau mou... c'est le sosie de Charlie Chaplin". Comme l'annonce l'éditorial, il s'agit de quitter les "actualités sensationnelles" liées au bilan de la guerre - "épaves, destructions, dévastations et ruines ; faim, besoins, sous alimentation et famine : maladies, épidémies, pestilence et mort" et la solidarité humanitaire qui en a découlé - pour entrer dans une "ère de paix qui donnera au programme de reconstruction de l'Unesco un élan nouveau". La nouvelle organisation agit en chef d'orchestre de la reconstruction de l'éducation en solidifiant les réseaux de sociabilité, apportant et recherchant des subsides, rendant compte des expériences pédagogiques jugées prometteuses, tout en cherchant à faire mouvement."

L'internationalisation des républiques d'enfants (1939-1955) est une histoire qui s'écrit autour de cette conférence de Trogen, selon un itinéraire progressif des chercheurs dans les archives. Ils ont opté pour un récit en trois temps : avant la conférence de Trogen en 1948, avec la fondation de quelques réalisations exemplaires qui seront les piliers de la future fédération internationale qui les regroupera ; durant la conférence, en resituant l'intensité des débats quant au modèle à promouvoir (car il y a une certaine quantité, et parfois d'inspiration un peu contradictoire, plus contradictoire sans doute que l'Unesco aurait voulu et aussi plus contradictoire que ce sont les auteurs ont pu en faire émerger des archives...) ; enfin les suites, jusqu'au milieu des années 1950, période durant laquelle s'amorce le déclin des républiques d'enfants avant qu'elle ne tombe dans l'oubli, les architectes nationaux des différents systèmes d'éducation pendant la Reconstruction n'en tenant guère compte dans l'ensemble.

    Ce livre est une pierre importante dans une histoire des enfants perdus qui se retrouvent eux-mêmes, dans l'Histoire, qui est sans doute encore à raconter. A la faveur de cataclysmes, de guerres et d'épidémies, des milliers, voire des centaines d'enfants ont dû s'organiser, avec l'aide souvent de quelques adultes, en véritables communautés. Très diverses, celles-ci, pour la plupart ont laissé peu de traces, mais des livres comme celui-ci permet de témoigner de leur inventivité et de leur intelligence. "Cette histoire, écrit encore le trio, qui croise celle des sorties de guerre, celle des enfants réfugiés; mais également de la Reconstruction, n'en finit pas de résonner avec des questions encore vives aujourd'hui en matière d'éducation. Elle interroge l'éducation à cette "compréhension internationale" et plus largement l'apprentissage de la citoyenneté, dans une Europe en construction permanente. Sous cet étendard se confrontent des conceptions différentes de la paix ou encore de la compréhension mutuelle des nations, certains y voyant une idée, d'autres une action concrète. Si le village international d'enfants, tel celui de Trogen, se veut le fer de lance de cette utopie, comment ne pas voir une tension permanente dans le réseau des communauté d'enfants entre une idéologie universaliste de l'après-guerre très onusienne et une réalité parfois confinée sur sa propre expérience?" En choisissant la forme la plus narrative possible, au ras des problèmes rencontrés par ces enfants, les auteurs permettent de bien se rendre compte de la diversité de ces divers isolats micro-sociaux. Ils nous font pénétrer dans des coulisses de l'histoire, qu'ils comptent d'ailleurs continuer d'alimenter sur un blog de recherche hypothèses.org intitulé L'internationale des républiques d'enfants. Leur ouvrage prend d'autant plus de valeur qu'ils proposent une bibliographie très détaillée qui complète les différents chapitres.

Samuel BOUSSION, Mathias GARDET et Martine RUCHAT, L'internationale des républiques d'enfants, 1939-1955, Anamosa, 2020, 485 pages.

 

 

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3 janvier 2021 7 03 /01 /janvier /2021 16:34

    L'écrivain humaniste et poète français Étienne de la BOÉTIE, célèbre pour son ouvrage Discours sur la servitude volontaire, est considéré comme l'un des penseurs de la désobéissance civile.

Issu d'une famille de magistrats, élevé surtout par son oncle et parrain Estienne de la BOÉTIE, sieur de Boulhonnas et prêtre, passionné par la philosophie, compose des vers français, latins ou grecs. Il rédige 29 sonnets amoureux et devient le traducteur des ouvrages de PLUTARQUE, VIRGILE et L'ARIOSTE. Il écrit son premier et plus célèbres ouvrage Le Discours de la servitude volontaire juste après avoir obtenu son examen de licence de droit civile en  septembre 1553. Son manuscrit n'est publié qu'en 1576, mais MONTAIGNE en a connaissance et se lie d'amitié avec lui. Pourvu d'un office de conseiller à la Cour d'Henri II en octobre 1553, il est admis comme conseiller au Parlement de Bordeaux l'année suivante, deux ans avant l'âge légal. A partir de 1560, il est chargé par Michel de L'HOSPITAL d'intervenir dans diverses négociations pour parvenir à la paix dans les guerres de religion opposant catholiques et protestants. A partir d'août 1563, frappé par la maladie, sans doute la tuberculose, il tente de se regagner sans succès le Médoc.

 

Le discours sur la servitude volontaire

   Étienne de la BOÉTIE appartient à cette bourgeoisie cultivée sur laquelle la monarchie s'est appuyée dans ses efforts pour affermir son pouvoir contre les restes de la féodalité. Son oeuvre en est d'autant plus acérée, dans un contexte de déceptions partagées par de nombreux intellectuels sur la capacité de cette monarchie de garantir la tranquillité et la paix. Même s'il reste sur les thèses modérées de Michel de L'HOSPITAL, probablement que l'ensemble de ses oeuvres, dont seul le Discours sur la servitude volontaire a survécu, est marqué par un esprit critique envers la monarchie. Si ce texte étonnant a survécu, c'est sans doute parce qu'il est publié souvent, et pour la première fois en 1574 dans un recueil collectif, d'inspiration protestante, souvent violent, le Réveille-matin des Français. Très tôt considéré comme un pamphlet contre la monarchie, ce texte est réimprimé à chaque période de lutte pour la démocratie, en 1789, en 1835, et en 1857 à Bruxelles contre Napoléon III. On lui a donné pour titre le Contr'un. Les interprétations qu'on en a proposées diffèrent curieusement.

On hésite encore sur les circonstances de la rédaction de ce texte : réaction aux événements de 1548 (l'impitoyable répression par Montmorency de la révolte contre la gabelle qui éclate à Bordeaux) ou réflexions dans le cadre de ses études de droit en 1552-1553 à Orléans, sous l'influence de l'important foyer protestant d'alors. En tout cas, une grande partie de sa notoriété provient de son utilisation par toute une série d'opposants au pouvoir royal, et notamment par des monarchomaques.

"Certains ne veulent voir là qu'une dissertation scolaire, farcissure de citations de Plutarque, bref, un "discours" sans effets. Ils sont encouragés par le commentaire de MONTAIGNE (qui préférait les autres écrits de La BOÉTIE, ses poèmes sur l'érotisme par exemple...) qui prend nettement position : "... ce sujet fut traité par lui en son enfance, par manière d'exercitation seulement, comme sujet vulgaire et tracassé en mille endroits des livres." Ce commentaire est sans doute trop prudent (on connait le caractère - personnel et politique - très modéré de MONTAIGNE...). D'autres, en revanche, attribuent à La BOÉTIE des opinions non seulement parlementaristes, mais républicaines, voire socialistes. Cette interprétation est sans doute (en fait certainement...) anachronique et même outrée. Le texte, très oratoire, est fondé sur une idée originale et qui s'est depuis beaucoup répandue : lorsqu'un homme prend le pouvoir, roi ou tyran, il ne fait que recevoir ce que les autres se démettent ; il est impossible à un homme d'asservir un peuple si ce peuple ne s'asservit pas lui-même. "Soyez résolu de ne servir plus, et vous voilà libres", dit-il. Passant ensuite à l'inventaire des moyens par lesquels un homme assure son pouvoir - ignorance, corruption, paternalisme, superstition -, le Discours décrit avec une grande rigueur logique la pyramide des intérêts qui servent le tyran : "Cinq ou six ont eu l'oreille du tyran (...). Ces six ont six cents qui profitent sous eux (...). Ces six cents tiennent sous eux six mille." La fameuse question : "Qui garde le tyran quant il dort?" termine ce curieux mélange de violence (appel au tyrannicide) et d'élévation morale.

On gagnerait sans doute à comparer ce texte avec les Discours de MACHIAVEL, plus tranchants, plus cyniques, plus décidément politiques ; alors que, pour le théoricien florentin, fondateur réel de la théorie politique moderne, le droit n'est que l'expression humaine de la raison du plus fort, La BOÉTIE considère des hommes abstraits (un héritage de sa formation-mentalité de magistrat...), essences plus ou moins déviées qu'il s'agit d'exhorter à la dignité pour qu'il soit restitué l'homme dans sa bonté originelle (mais pourtant La BOÉTIE se refuse à réellement définir la nature humaine...). Cette attitude volontariste, fondamentalement optimiste, suppose l'homme libre de penser à sa liberté, même dans l'esclavage, suppose l'histoire produite par l'intention des hommes, sans considération de rapports de force extérieurs à eux. Les esclaves sont des pourceaux satisfaits qu'il suffit de sermonner pour qu'ils reconquièrent leur dignité. Le texte peut ainsi apparaitre comme un témoin parfait de l'idéalisme humaniste. Le commentaire qu'en fait MONTAIGNE est peut-être moins naïvement rusé qu'on ne l'a cru, il peut être l'avis d'un homme un peu désabusé qui a reconnu au domaine politique son autonomie et sa spécificité, Le Discours sur la servitude volontaire peut sentir le fagot ; c'est, par son éloquence, comme une contre-utopie.

Toute cette analyse de Jean-Yves POUILLOUX (1941-2018) (les parenthèses sont de notre propre eau...), spécialiste de la littérature française du XVIe siècle et professeur émérite à l'Université de Pau et des Pays de l'Adour, est le reflet d'un opinion intellectuelle générale, dont l'injustice peut apparaitre, surtout en regard de la postérité du texte, beaucoup plus point de départ que point d'arrivée sur la pensée de la désobéissance civile.

 

Une postérité longue

   Outre les différentes republications de son oeuvre déjà décrites, Étienne de la BOÉTIE continue d'inspirer non seulement les penseurs de la désobéissance civile et de la non-violence, mais également des générations d'auteurs, dont des moindres, de sciences politiques. SPINOZA, PUFENDORF, GROTIUS, entra autres, en ont eut connaissance et des échos lointains de ses réflexions sur la servitude volontaire se retrouvent en sociologie, à travers des études sur les ressorts de l'obéissance. Singulièrement, parmi les leçons de la seconde guerre mondiale se retrouvent des réflexions sur tout cela chez Annah ARENDT, John RAWLS... Difficile aujourd'hui de ne pas trouver les contre-points aux théories juridiques de légitimité de l'État et nombre de luttes politiques trouvent dans les écrits de l'écrivain de la Renaissance matière à inspirations... De David Henri THOREAU à GANDHI, de Martin LUTHER KING à César CHAVEZ, nombre d'auteurs et d'acteurs de la vie politique rendent compte encore de l'impact fort de ses écrits pourtant d'un autre temps.

 

Étienne de la BOÉTIE, Discours de la servitude volontaire, ou Contr'un, Genève, Droz, 1987.

Jean-Yves POUILLOUX, Étienne de la Boétie, Encyclopedia Universalis, 2014

Michel de MONTAIGNE, Les Essais - I,28, "De l'amitié", Paris, PUF, 2004. Anonyme, Étienne de la Boétie ou l'importance de l'insoumission, Bruxelles, 2006. Hem DAY, Étienne de la Boétie : aperçu sur sa vie et sur son oeuvre, Paris-Bruxelles, Pensée & Action, 1954. Les Cahiers de la Boétie (qui accueillent des travaux interdisciplinaires sur tous les aspects et les enjeux de son oeuvre), classiques Garnier. Depuis 2012.

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3 janvier 2021 7 03 /01 /janvier /2021 08:25

     Comme le rappellent David HIEZ, professeur de droit civil à l'Université du Luxembourg et Bruno VALLALBA, maitre de conférences en sciences politiques à l'Institut d'Études Politiques de Lille, on attribue traditionnellement à Étienne de La BOÉTIE d'avoir posé les bases d'une réflexion sur les conditions d'existence de la double contrainte de l'obéissance et du commandement. Notamment dans son célèbre Discours de la servitude volontaire, son analyse repose sur une caractéristique fondamentale de l'acte d'obéissance : la capacité du sujet à participer à son propre asservissement. Même si d'autres avant lui avaient écrit sur la complexité des relations entre acteurs participant à cette réflexion; le contexte socio-politique et juridique de ces analyses sont marquée par la primauté des relations de commandement, où la figure de l'autorité s'impose comme une évidence face au Sujet ; dans ces conditions, n'ayant que peu de choses à voir avec une quelconque distribution égalitaire dans l'accès et l'exercice du pouvoir, la relation d'obéissance trouve sa légitimité dans la nécessité d'organiser une vie collective plus ou moins pacifiée.

Si en Occident, la philosophie des lumières contribue pleinement à modifier une telle relation, suivant en cela bien des traditions minoritaires de contestation de l'autorité (qui existent au moins depuis les démêlés entre peuple et royauté depuis le Moyen-Âge, en témoignent les différentes "chartes" arrachées relativement tôt au pouvoir royal en Angleterre par exemple), de par le monde ces relations d'autorité perdurent et parfois de manière solides. Les classes intellectuelles européennes et états-uniennes par exemple ont de la difficulté de se représenter la prégnance dans le monde de telles relations.

En fait, il faut se souvenir que très tôt, la notion d'injustice légitime, donc le droit de désobéir à certaines lois, centrale chez les théoriciens de la désobéissance civile, est héritée de la doctrine jurisnaturaliste. En distinguant le droit positif du droit naturel, et en définissant ce dernier comme étant conforme à la justice, ARISTOTE a donné naissance à la notion de "loi injuste" (Politiques, III), définie comme une loi positive dont la finalité est contraire au droit naturel. (Manuel CERVERA-MARZAL)

 

Le scandale de l'obéissance

     Pour en revenir à Étienne de la BOÉTIE, qui pense alors sur un terreau déjà bien exploré, la désobéissance civile, qui n'est réellement théorisée qu'avec THOREAU, puis GANDHI, c'est d'abord le scandale de l'obéissance injustifiée qui provoque la réflexion contestatrice.

Comme l'écrit Hourya BENTOUHAMI-MOLINO, " que ce soit chez La Boétie ou chez Thoreau cet appel (à une loi supérieure pour définir la désobéissance civile) est de part en part structuré par l'ébahissement devant un scandale, celui de l'obéissance injustifiée. Il semble que l'indignation soit proprement l'émotion qui constitue la structure de leurs textes. Cet aspect affectif est d'une importance capitale puisqu'il met la logique des affects au centre de la critique de l'économie du pouvoir : c'est la capacité d'indignation face à l'aliénation (à la passivité des dominés) plus que la capacité juridique ou la reconnaissance de droits qui permet de procéder à une critique de la domination. Certes, l'une des manifestations du scandale pour La Boétie aussi bien que pour Thoreau concerne le fonctionnement discrétionnaire du pouvoir qui consiste à travers l'exercice monopolistique d'une minorité à prendre des décisions contraires au bien de la majorité et ce, dans le plus grand secret, contredisant ainsi les règles de la civilité de tout bon gouvernement. Mais plus fondamentalement, tout pouvoir qui repose sur la division entre gouvernants et gouvernés est mauvais. Ce qui est scandaleux, ce n'est pas tant le dysfonctionnement du pouvoir (ses activités discrétionnaires) que son fonctionnement même. Si La Boétie tout comme Thoreau recherchent un critère à partir duquel il puisse être possible de parler de violence d'État, ils refusent catégoriquement de se préoccuper de la thématique traditionnelle en théorie politique (inaugurée par PLATON et ARISTOTE, du point de vue académique) concernant la typologie des meilleures formes de gouvernement. S'ils tiennent ainsi le registre des méfaits de l'État, ce n'est pas pour en penser la résolution et en améliorer le fonctionnement, mais pour réhabiliter le peuple dans sa dignité."

On peut écrire que c'est presque à bon droit que traditionnellement on ne tient pas ces deux auteurs, La Boétie et Thoreau, pour des auteurs majeurs dans la science politique, car ils ne sont pas des penseurs de l'État et des bonnes manières de gouverner. La Boétie, pour autant qu'il émerge de la quantité importante d'auteurs de son époque, de pamphlets divers, et parce qu'effectivement sa postérité va plus loin que celle-ci, pour des raisons d'ailleurs très contingentes, inaugure une tradition de critique de la domination, où il entend la république comme chose publique, exactement d'ailleurs de la même manière que ÉRASME. Sa pensée, qui frôle l'anti-juridisme, s'ajuste surtout pour dénoncer le scandale de la servitude des dominés.

"Ce refus, poursuit Hourya BENTOUHAMI-MOLINO, de traiter de la question de la légitimité à partir des meilleures formes de gouvernement est certainement à mettre sur le compte de ce que nous avons appelé la pensée sauvage dont la caractéristique essentielle est de déconstruire le noeud du récit du pouvoir, à savoir la fascination pour le commandement et ses logiques de légitimation. Certes, le désarroi ou la défaite autour desquels sont constitués les deux discours repose sur une stratégie argumentative puisant quelques-uns de ses points positifs sur le "droit", mais dans les deux cas nous n'avons pas affaire à un type de discours juridique." La formulation d'un droit de résistance se fait beaucoup sur le mode de l'objection de conscience qui se désolidarise du cadre juridique dans lequel la littérature politique et légale a eu tendance à l'enserrer à partir du XVIe siècle. Si THOREAU dénonce les dérives du gouvernement dans des termes apparemment traditionnels du droit de résistance puisqu'il fait appel à la définition de l'oppression comme réduction en esclavage, La BOÉTIE est doublement étranger à ce genre de réflexion : non seulement il fait preuve d'un anti-juridisme mais il ne se conçoit même pas dans le cadre d'un jurisnaturalisme. "Le discours, poursuit notre auteur, de la nature présent chez La Boétie, même s'il en consacre le caractère absolu, est attentif à la manière dont le pouvoir trouve sa raison d'être dans la production d'une seconde nature capable de faire oublier la destinée de tout homme, son être-pour-la-liberté. Le reste de nature, lorsqu'il est dialectisé, n'a donc rien d'un retour aux origines, d'une coïncidence à soi, il ressort plutôt de la  résorption de la division entre gouvernants et gouvernés, du réveil après le sommeil de la domination". On sait que THOREAU, de son côté se laisse aller à ce retour à une "vraie" nature, ou du moins à sa recherche, jusqu'à l'ascétisme. "La Boétie le dit clairement, on ne peut revenir à un état originel dont on ignore comment la "malencontre", "la chute dans la division" a pu se produire. Le recouvrement de la nature n'est possible dans ce cas que si l'on arrache le désir à sa fascination de l'obéissance dont l'envers est le désir de domination. En ce sens, l'extorsion dont est victime le peuple n'est rien d'autre que la réalisation matérielle d'un processus de dénaturation qui devrait conduire à la révolte, si seulement ce désir n'était pas aliéné. En ce sens, le scandale de La Boétie pourrait apparaitre comme un étonnement feint car l'auteur a pleinement conscience que l'axiome selon lequel la résistance est coextensive à la nature (...) est déjoué lorsque le pouvoir ne repose pas seulement sur l'exploitation (...) mais sur la domination. Celle-ci repose sur une logique plus sophistiquée qui vise à commander non pas à partir de l'extérieur de la subjectivité mais à partir de l'intériorité même du désir, évitant ainsi l'usage des armes et de la cruauté, ces dernières n'étant que la surface la plus visible d'une dispositif largement invisible. Nul n'est besoin d'armes ni de violence pour commander, il suffit de se loger au coeur même du désir des gouvernés. La passivité n'est donc pas étonnante en ce sens, elle renvoie tout simplement à un processus d'aliénation."

 

Faillite de la volonté, servitude volontaire...

   Si c'est au coeur de la volonté que le problème de la servitude se pose, on comprend pourquoi La Boétie ne prend même pas la peine d'élaborer une théorie de la volonté ou de la conscience. Dans un monde où la tyrannie est dénoncée tantôt chez les catholiques, tantôt chez les protestants, avec la même virulence, le lettré empli de connaissances du droit met le doigt plutôt sur le ressort même de la soumission, plutôt que sur une origine religieuse ou sur la pratique d'un monarque.

La Boétie trouve les ressorts de cette tendance à la soumission même dans les aspects extérieurs de la domination, il la trouve autant chez les gouvernants que chez les gouvernés, en une sorte de cascade hiérarchique qui n'en finit pas de se renouveler, dans l'interchangeabilité des rôles, dans le temps et/ou dans l'espace. La soumission n'est même pas le reflet de notre nature, et cela, il l'affirme d'autant plus que même chez ses contemporains, on recherche souvent qui est du côté du divin et qui est du côté du diable, on recherche les indices, les marquages de notre nature vers le Bien ou vers le Mal et toujours on revient à cette problématique de la Chute, venue tout droit des "enseignements" de la Bible, qui reste le livre le plus lu et le plus étudié alors... La Boétie met en garde contre toute analyse psychologique (obstination ou défaillance naturelle de "l"âme humaine") pour s'atteler à l'étude de l'absence de résistance à la tyrannie, au pouvoir. Il n'est pas loin d'écrire que c'est d'abord l'absence de volonté, de désir, tous deux piégés dans un dispositif d'aliénation. Il faut une époque particulièrement troublée où précisément ce dispositif n'a plus la légitimité de garantir une certaine paix sociale pour que ce type de réflexions émerge. Il n'est pas fortuit que ce soit des suites des guerres de religion interminables que surgissent ces réflexions sur les ressorts de la soumission.

Si clairement apparaissent les raisons de ne plus se soumettre, il est toujours difficile de garantir l'efficacité d'un refus de la domination, et de La BOÉTIE à GANDHI, inlassablement sont mis à jour les différents moyens de rejeter le piège dont on parle, sans que cet effort soit jamais définitif.

     En tout cas, les uns et les autres évitent le piège de définir le meilleur gouvernement - et d'ailleurs ils sont bien occupés à résister! - ne proposent guère de programme politique, social, économique global, et se refusent à trop proclamer de principes politiques arrêtés (à part bien entendu sur les moyens de cette résistance), et leurs contemporains d'ailleurs tireront de leurs réflexions d'abord une pensée sur les conditions matérielles de leur propre existence d'hommes libres.

C'est sans doute ce qui fait, qu'aux yeux de précisément tous les penseurs de programmes politiques, économiques et sociaux, que ces érudits de la domination apparaissent comme a-politiques ou impolitiques... Cette réputation non fondée en réalité, sauf chez Étienne de la BOÉTIE précisément (mais la brièveté de sa carrière littéraire interdit d'être réellement catégorique), passe sous silence nombre de propositions programmatiques...

 

Hourya BENTOUHAMI-MOLINO, Le dépôt des armes. Non-violence et désobéissance civile, PUF, Pratiques théoriques, 2015. David HIEZ et Bruno VILLALBA, Réinterroger la désobéissance civile, dans La désobéissance civile, Approches politique et juridique, Septentrion, 2008. Manuel CERVERA-MARZAL, Désobéir en démocratie, Aux forges de Vulcain, 2013.

 

PAXUS

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1 janvier 2021 5 01 /01 /janvier /2021 15:22

  Ouvrage somme en trois tomes et quatre volumes sur les débuts du capitalisme, Le premier âge du capitalisme, revisite à très grands frais la théorie économique marxiste, ou du moins la conception marxiste des débuts du système capitaliste.

Alain BIHR (né en 1950), sociologue français déjà auteur de nombreux ouvrages, se réclamant du communisme libertaire, est membre du laboratoire de sociologie et d'anthropologie de l'université de Franche-Comté, est connu également pour son étude de l'extrême droite française (en particulier du Front National) et du négationnisme (dirigeant un important collectif intitulé Négationnistes : Les chiffonniers de l'histoire, de 1997). Ses travaux portent principalement sur le capitalisme et précédant cette grande étude, il avait déjà publié en 2006, La préhistoire du capital. le devenir-monde du capitalisme, volume 1, Lausanne, aux Éditions Page Deux.

   Dans cet ouvrage, disponible en ligne sur le site Les classiques en sciences sociales (uqac), il dressait les contours de ses concepts d'analyse du capitalisme et de sa naissance.

"Le devenir-monde du capitalisme? écrivait-il. L'expression aura sans doute surpris et intrigué le lecteur. Qu'il se rassure : il en trouvera l'explication et la justification dans les pages suivantes. Pour l'instant, je me contenterai d'indiquer qu'elle vise à démarquer d'emblée mon propos de la grande masse des publications ayant porté, depuis près d'un quart de siècle, sur "la mondialisation" ou "la globalisation". Non seulement le champ sur lequel je me propose de me pencher diffère tant par son étendue spatiotemporelle que par son contenu social de celui couvert par ces publications ; mais encore et surtout la grille d'analyse qui en constitue le fonds théorique tourne radicalement le dos aux présupposés sous-tendant la quasi-totalité des ouvrages consacrés jusqu'à présent à "la mondialisation". C'est donc la critique de ces présupposés qui va me servir de point de départ."

Ces présupposés, au nombre de trois, se retrouvent communément, sous des formes très variables d'un ouvrage à l'autre :

- "la mondialisation" daterait des années 1970, au mieux des années 1960, alors qu'en fait cette "mondialisation" n'est que la dernière phase d'un processus déjà vieux de 5 siècles ;

- Sans ignorer les travaux de Fernand BRAUDEL, d'Emmanuel WALLERSTEIN, d'Eric HOBSBAWN, ni ceux de Samir AMIN, Michel BEAUD ou de Philippe NOREL, ou encore les travaux plus anciens de Max WEBER ou de Werner SOMBART, Alain BIHR propose de montrer que contrairement à eux qui ont tendance à ne voir dans la constitution du capitalisme que le résultat d'un développement économique, le capitalisme en est aussi la condition préalable. "Ils n'ont pas su comprendre le monde capitaliste comme une condition que ce même devenir a transformé en résultat au fur et à mesure où il l'a confortée." Il se propose de montrer que le parachèvement des rapports capitalistes de production, aboutissant à leur essor à partir de la "révolution industrielle" qui se produit dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, n'aurait jamais été possible sans une première période et forme du devenir-monde du capitalisme que constitue l'expansion commerciale et coloniales européenne du XVIe au XVIIIe siècle, constitutif de ce qu'il appelle le protocapitalisme mercantile. Ce colonialisme et cette expansion européenne est la condition de la formation d'un ensemble structurel curieux, fait d'homogénéisation, de fragmentation et de hiérarchisation.

- Le troisième présupposé consiste à réduire "la mondialisation" capitaliste à un phénomène principalement, voire exclusivement, économique, alors "qu'on pressent pourtant qu'elle met en jeu l'ensemble des niveaux et des dimensions du capitalisme."  Il s'agit au contraire d'analyser le devenir-monde du capitalisme comme mode de production (comme totalité sociale, comme forme ou genre de société globale) et non pas comme devenir-monde du seul capital comme rapport de production. Un défaut d'articulation est à l'origine de bien des difficultés, même dans la théorie marxiste de l'État.

"Dépasser les limites ordinaires des analyses actuelles de "la mondialisation" exige tout à la fois d'en rappeler et d'en explorer la dimension du devenir historique ; d'expliquer inversement la permanence d'un monde capitaliste, à la structure homogène/fragmentée/hiérarchisée si singulière, comme présupposé de ce devenir que celui-ci n'a fait qu'élargir et approfondir ; et de saisir que ce qui se "mondialise" ainsi n'est pas seulement le capital comme rapport de production mais le capitalisme comme mode de production."

   Pour se familiariser avec la vision de l'auteur, on ne peut que conseiller de relire ce premier ouvrage, ou au moins (car c'est déjà - très - consistant!), sa conclusion Où en est-on à la fin du Moyen-Age européen? On voit clairement l'interpénétration des modes économiques féodaux, hérités des habitudes héritées de l'Empire Romain et du Monde germanique, avec certaines formes de capitalisme, véritables essais et erreurs - menant à des dépressions économiques importantes alternant des périodes de brusques prospérité - de mise en oeuvre du capital dans des structures qui parfois s'y opposent frontalement...

   L'Introduction de Le premier âge du capitalisme, au Tome 1, sur l'expansion européenne, donne l'occasion à l'auteur de reprendre son projet d'historien, en 7 points, dont le premier reconduit ce qu'il écrivait déjà dans La préhistoire du capital. "... je me suis efforcé de montrer que, de tous les modes de production auxquels le devenir historique des sociétés humaines a pu donner naissance, le féodalisme, tel qu'il s'est formé en Europe à la fin du premier millénaire et dans l'archipel nippon dans le cours de la première moitié du second millénaire, est le plus favorable, à la limite le seul favorable, à la formation de ce rapport de production, même si cette dernière continue à s'y heurter à de nombreux obstacles qui en limitent le développement, tant quantitativement (dans l'étendue, le rythme et le volume de l'accumulation du capital) que qualitativement (dans les formes qu'il peut prendre)."

"En somme, selon la formule consacrée, si le féodalisme a constitué une condition nécessaire à la formation du capital comme rapport social de production, il n' en a pas assuré la condition suffisante : il ne lui a permis ni de se parachever comme rapport social de production ni, surtout, de mettre en situation de commencer à subordonner l'ensemble des rapports, des protiques et des acteurs sociaux aux nécessités et possibilités de sa reproduction comme rapport de production, en un mot de donner naissance à ce que depuis Marx on nomme le mode de production capitaliste." "L'objet du présent ouvrage est précisément d'établir que cette condition suffisante a été fournie par l'expansion commerciale et coloniale de l'Europe occidentale, qui début à la fin du Moyen Âge et s'est poursuivie durant tous les temps modernes, pour reprendre la périodisation classique, et qui a abouti à la formation d'un premier monde capitaliste centré sur l'Europe occidentale, un monde que cette dernière entend diriger et ordonner en fonction de ses intérêts propres."

Ses deuxième et troisième points constituent un survol de la littérature disponible pour un tel projet, qui dépasse largement les mille références fournies à la fin du tome 3. C'est l'occasion de reprendre les réflexions déjà signalées de SOMBART, WEBER, de MARX lui-même, notamment de la dernière section du Livre 1 du Capital, de WALLERSTEIN, de BRAUDEL, dont il salue le maître ouvrage Civilisation matérielle, économie et capitalisme de 1979. C'est là où également, il se distancie nettement d'approches contemporaines de la world history (apparue dans les années 1980 aux États-Unis) comme de la global history, qui notamment dans un souci de briser un européo-centrisme en viennent à oublier le rôle historique central de l'Europe dans la formation du capitalisme mondial. Son quatrième point complète le champ de ses références, le titre même de son ouvrage étant un clin d'oeil appuyé à l'oeuvre d'Ernst MANDEL, notamment à son Troisième âge du capitalisme. S'il tire nombre de ses réflexions de la littérature académique allemande, notre auteur connait les difficultés de transposition en Français de nombre de concepts, et préfère d'emblée expliquer clairement ce qu'il a pu en tirer dans une terminologie familière à un public francophone pour éviter certains pièges de langage.

Dans un cinquième point, il justifie la délimitation chronologie de ce premier âge du capitalisme. C'est avec les premières expéditions maritimes des Portugais et des Espagnols à partir du XVe siècle que l'Europe occidentale amorce son expansion commerciale et coloniale en direction des Amériques, de l'Afrique et de l'Asie. C'est avec la prise de Ceuta par les Portugais en 1415 que se consolide la première voie de cette expansion. De même, c'est avec la double victoire des Britanniques à Plassey en 1757, dans le cadre de la guerre de Sept Ans (1756-1763), et à Buxar en 1764 sur les troupes bengalo-mogholes que l'on peut dater la clôture de la période protocapitaliste. Car cette double victoire va leur ouvrir la voie, dans le cours de la décennie suivante, de la conquête et de la colonisation de la plaine indo-gangétique qui constitue l'acte inaugural de l'expansion commerciale et surtout coloniale de l'Europe, dont le gros ne déferle cependant sur l'ensemble du monde qu'au cours du siècle suivant. Les années 1760 sont bien une période charnière du développement du procès global de reproduction du capital? C'est en fonction de ce procès, de sa structure interne, du poids relatif de ses différents moments et de leur évolution, que l'auteur développe son argumentation dans la formation de cette économie-monde, dans les débuts de cette révolution industrielle, sous l'impulsion également des États qui se structurent tout au long de cette période. La révolution industrielle est permise par l'hégémonie britannique sur une partie du monde, et cette hégémonie est permise également, dans un processus dynamique qui s'accélère sur le long terme par cette révolution industrielle. On ne peut pour Alain BIHR penser l'un sans l'autre. Il estime également qu'une autre date aurait pu être retenue, qui achève cette première période historique : 1776, à la fois date de la proclamation américaine d'indépendance qui marque le début de la fin de l'hégémonie de l'Empire britannique et de la parution de l'ouvrage d'Adam SMITH, Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations, qui opère une révolution intellectuelle et jette les bases du libéralisme, opposé au mercantilisme, qui domine durant la période protocapitaliste.

Son sixième point concerne l'exposition de ce processus, la mise en ordre d'un énorme matériau historique s'étalant sur trois siècles en demi et sur la totalité des formations sociales et spatiales de la planète. Trois options se présentent : un plan chronologique, distinguant les différentes phases du développement du protocapitalisme mercantile, un plan géographique passant en revue les différentes formations socio-spatiales impliquées, un plan thématique, analysant les principaux éléments constitutifs remarquables de ce processus. Chacune a le défaut de polariser l'attention sur un des aspects de ce développement. Aussi l'auteur choisit de partir de là où le processus a pris naissance, de l'Europe. Le premier tome de l'ouvrage déploie tout le panorama de cette expansion , de ses formes et conditions, péripéties et résultats. Il insiste sur les rapports d'exploitation et de domination que les Européens ont déployés pour chercher à périphériser les formations sociales avec lesquelles ils sont entrés en contact, à les réorganiser en les instruentalisant au service de leur propre devenir protocapitaliste, en n'omettant pas de mentionner les obstacles et résistances auxquels ils se sont heurtés dans cette entreprise, ni combien celle-ci les a constamment dressés les uns contre les autres. Le second tome s'efforce de montrer comment, dans le cadre et sur la base de cette expansion, au sein de cette Europe occidentale qui en a été l'actrice en même temps que le bénéficiaire, le protocapitalisme mercantile a pu y prendre forme, à savoir :

- Comment les rapports capitalistes de production ont pu s'y parachever par la croissance (accumulation) et le développement du capital marchand ; par la formation d'un protoprolétariat ; par les avancées du capital industriel sous des formes manufacturières mais aussi automatiques ; par l'évolution des marchés vers des formes spécifiquement capitalistes ; le tout soutenu par la mise en oeuvre de politiques mercantilistes ;

- Comment la segmentation et la hiérarchisation sociales ont évolué des ordres vers les classes sociales, parmi lesquelles la bourgeoisie et ses différentes fractions, dont les alliances, compromis, rivalités et luttes avec l'aristocratie nobiliaire, pour l'exercice du pouvoir donneront naissance à l'absolutisme, mais aussi, quelquefois, aux premières révolutions bourgeoises.

- Comment cela s'est accompagné de la formation d'un type nouveau d'État, original tant par sa forme de pouvoir public impersonnel que par sa structure en système d'États.

- Comment enfin l'Europe occidentale a ainsi donné naissance à ce que l'on nomme habituellement la modernité dont seuls quelques moments (la Réforme, la Renaissance, les Lumières, l'émergence de l'individualité autonome) seront retenus par l'auteur.

Le troisième tome peut montrer comment de de double processus est né un premier monde capitaliste, avec sa structure caractéristique faite à la fois d'homogénéisation économique et culturelle tendancielle, de fragmentation en unité politiques rivales et de sévère hiérarchisation entre :

- un centre limité à l'Europe occidentale, au sein duquel n'ont cessé de s'affronter celles des puissances européennes qui, tour à tour, ont pris la tête de l'expansion européenne et ont cherché à s'assurer la prédominance en Europe même, animant ainsi une lutte féroce pour l'hégémonie au sein du système des États européens, dont l'enjeu fondamental aura été l'appropriation des bénéfices de l'expansion commerciale et coloniale et de la dynamique protocapitaliste à laquelle elle a donné naissance ;

- une semi-périphérie constituée de toutes les puissances européennes qui ne sont pas parvenues à intégrer le cercle restreint des puissances centrales ou à s'y maintenir, subordonnées au devenir protocapitaliste de ces dernières et néanmoins mêlées le plus souvent à titres d'alliées à leurs luttes pour l'hégémonie ;

- un vaste ensemble de formations disséminées sur les continents américain, africain et asiatique, constituées ou remodelées par l'expansion commerciale ou coloniale de l'Europe occidentale dans un statut périphérique ;

- tout le restant de la planète et de l'humanité se maintenant en marge de ce premier monde capitaliste, soit littéralement terrae incognitae pour lui, soit déjà en butte à son expansion mais encore en capacité de lui résister.

   L'auteur a mise 12 ans à rédiger cet énorme ouvrage  et a dû se livrer à des efforts dans la présentation de son travail, car le lecteur aussi doit fournir un certain effort pour parvenir à tout assimiler (ce qui n'exclue pas qu'il garde à la fois la vue d'ensemble et qu'il garde son esprit critique!). Aussi il doit voiler quelques règles académiques : réduction drastique des notes marginales, quasi-absence à des renvois à des auteurs tiers, renvoi à la bibliographie qui clôt l'ouvrage de l'ensemble des références, évitement d'entrer directement dans des discussions avec les multiples auteurs ayant discuté des mêmes aspects, à la seule exception de BRAUDEL et de WALLERSTEIN...). Il s'est efforcé également de permettre la lecture séparée des différentes parties de l'ouvrage, le lecteur pouvant très bien éviter de le lire tout entier d'un bout à l'autre, et pour se faire a multiplié les crochets de renvoi à une partie ou une autre pour l'amorce ou le prolongement du texte lu. Enfin, Alain BIHR sait qu'il n'a pu être exhaustif : comme la grande majorité des auteurs marxistes, il a privilégié les processus socio-économiques et socio-politiques. Et réduit à la portion congrue les processus socio-culturels : les aspects artistiques, religieux, philosophiques, scientifiques... Il souhaite avoir fait oeuvre utile mais, l'historiographie étant par essence une discipline évolutive, pense inévitable des erreurs factuelles ou d'interprétation...

   C'est dire que le lecteur se trouve là en face d'un copieux complément au Capital de Karl MARX et Friedrich ENGELS... Mais à l'inverse de cette dernière oeuvre, le premier âge du capitalisme, parait tout de même plus facile à lire (!) et moins heurté (tant les passages théoriques enchainent des descriptions économiques ou sociales), car chacun le sait, les auteurs du marxisme ont eux aussi voulu appréhender l'évolution du capitalisme, même s'il se sont étendu bien plus sur le fonctionnement d'un capitalisme déjà arrivé à une certaine maturité. C'est surtout un ouvrage d'histoire et d'histoire économique, avec un éclairage novateur à cent lieues de ce qui est malheureusement le lot de tout étudiant en économie dans les universités (quoique la situation évolue...). Un ouvrage donc fortement recommandé même pour ceux qui pensent avoir l'histoire économique au bout des doigts...

 

Alain BIHR est également l'auteur de nombreux autres ouvrages, entre autres : L'Économique fétiche. Fragment d'une théorie de la praxis capitaliste (Le Sycomore, 1979) ; Les Métamorphoses du socialisme (Strasbourg, 1986) ; Entre bourgeoisie et prolétariat : l'encadrement capitaliste (L'Harmattan, 1989) ; Le spectre de l'extrême droite : les Français dans le miroir du Front National (Les Éditions de l'Atelier et Les Éditions ouvrières, 1998) ; Le crépuscule des États-nations. Transnationalisation et crispations nationalistes (Lausanne, Éditions Page2, 2001) ; La reproduction du capital Prolégomènes à une théorie générale du capitalisme, 2 tomes (Lausanne, Éditions Page2, 2000) ; La Novlangue néolibérale, la rhétorique du fétichisme capitaliste (Lausanne, Éditions Page2, 2007) ; La Logique méconnue du Capital (Lausanne, Éditions Page2, 2010) ; Les rapports sociaux de classes (Lausanne, Éditions Page2, 2012) ; Dictionnaire des inégalités (Armand colin, 2014)...

 

Alain BIHR, 1415-1763, Le premier âge du capitalisme, tome 1 L'expansion européenne ; tome 2 La marche de l'Europe occidentale vers le capitalisme ; tome 3 Un premier monde capitaliste, en deux volumes, Page 2/Éditions Syllepse, 2018-2019, 694 pages, 805 pages et 1762 pages.

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