Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
9 novembre 2019 6 09 /11 /novembre /2019 08:43

   Issu du courant pacifiste et communautaire de l'anabaptisme du XVIe siècle, l'huttérisme revêt une valeur sociologique exemplaire par la rigueur avec laquelle, jusqu'à l'époque actuelle et par-delà plusieurs migrations successives qui l'ont amenée finalement en Amérique du Nord, il est resté fidèle non seulement à son idéal religion primitif, mais aussi à se structure sociale initiale, ainsi qu'au dialecte et même aux vêtements de son milieu original. Fondé en Moravie à Nikolsburg (actuellement Mikulov, dans la partie orientale de la République tchèque), par un pasteur anabaptiste tyrolien, Jakob HUTTER, torturé et brûlé comme hérétique en 1536, l'huttérisme groupe des milliers de frères répartis dans des fermes communautaires, d'où est bannie la propriété privée et dans lesquelles le chef distribue le travail. Aujourd'hui, ce mouvement subsiste surtout au Canada (pour les trois-quart) et aux États-Unis (pour un quart) où environ 50 000 adeptes vivent en circuit fermé dans des communautés agricoles. Les huttériens sont divisés en deux groupes, les vieux huttériens et les nouveaux huttériens, ce derniers ayant été excommuniés par les premiers.

 

Le contre-exemple de la révolte de Münster

    La volonté de retour aux valeurs du christianisme originel qui travers tout le protestantisme et ses différents courants, dont l'anabaptisme ne doit pas faire oublier la tendance de fond, très visible dans certaines fractions de l'huttérisme, d'imposition autoritaire de manières de penser, y compris par la violence. C'est ainsi que la révolte de Münster peut se comprendre, entre aspirations spirituelles collectives d'assurer le salut (qui ne peut être que collectif et pas seulement individuel) et habitudes des relations de domination à l'intérieur des groupes religieux, même les plus progressistes. Cette révolte dans la ville allemande de Münster en Westphalie, de février 1534 à juin 1535 constitue une tentative de la part des anabaptistes d'établir une théocratie. Sous la conduite de Jean de LEYDE, qui prétend être directement inspiré par des visions divines, la ville est alors administrée sous la terreur alors que la polygamie est légalisée. La ville est reprise par les armes en juin par son ancien archevêque et les meneurs mis à mort. Cet épisode de la révolte de Münster n'a pas seulement laissé une image déplorable de l'anabaptisme, communauté religieuse engagée dans son immense majorité dans une non-violence absolue, il constitue pour ses adeptes-mêmes un avertissement sur des tendances de fond auxquelles tout fidèle doit être vigilant. Loin d'occulter cet épisode, maintes autorités religieuses conçoivent même cet épisode comme le contre-exemple de ce que doit faire la communauté pour assurer le salut individuel et collectif. La révolte de Münster marque un tournant dans l'histoire du mouvement anabaptiste qui pouvait alors aller un peu dans tous les sens. Il n'aura à et ne voudra plus jamais assumer le pouvoir politique ou civil et adopte des mesures strictes pour réprimer toute tentative en ce sens (notamment par l'exclusion). En août 1536, les dirigeants des différents groupes anabaptistes se réunissent à Bocholt dans une tentative de maintenir l'unité. La réunion comprend adeptes de Batenberg (de disciples de Jan van BATENBERG qui conserve les vues millénaristes de l'anabaptisme de Münster, polygamie et usage de la force), survivants de Münster, David JORIS et ses sympathisants et anabaptistes non-violents. Lors de cette réunion, les principaux différends entre les groupes sont le mariage polygame et l'usage de la force contre les non-croyants. La réunion n'empêche pas la fragmentation de l'anabaptisme.

Certains anabaptistes non-violents trouvent comme chef Menno SIMONS et les frères OBBE et Dirk PHILIPS, des dirigeants anabaptistes hollandais qui répudient la pensée radicale des anabaptistes de Münster. Et qui prend le nom de Mennonites. Ils rejettent toute utilisation de la violence et prêchent une foi basée sur l'amour de l'ennemi et la compassion. Mais la grande majorité reste dans le cadre des communautés huttérites, même si, c'est bien évident dans le contexte de violences et de destructions propres aux guerres de religion qui traversent alors l'Europe, il est bien difficile de retracer son histoire mouvementée... De 1536 à 1542, l'autorité reconnue au sein de la communauté est exercée par Hans AMON. Peter RIEDEMANN est à l'époque un théologien important, auteur de deux témoignages de la foi qui sont devenus des classiques du mouvement huttérite.

Les différents représentants huttériens après Peter RIEDMANN sont Andreas EHRENPREIS (de 1639 à 1669), Tobias BERSCH (1694-1701), Jakob WOLMAN (1724-1734), Jergi FRANK (1734-1746) et Zacharias WALTHER (1746-1761). Ce dernier abandonne ensuite la vie selon les préceptes huttériens pour rejoindre l'Église catholique). Ensuite, on entre dans une autre période...

 

Organisation et principes de la communauté huttérite

     Les huttérites se distinguent des autre anabaptistes par la pratique de la communauté des biens. Du simple partage du début de leur histoire, ils ont évolué vers une mise en commun de la propriété et de la production. La vie quotidienne se fait en commun. Les repas sont pris ensemble. L'éducation des enfants est également le souci de tous. On retrouve bien entendu ce genre de vie, à des degrés divers dans beaucoup de communautés, mêmes non religieuses.

   Quatre motivations sont à l'origine de cette mise en commun :

- l'idée que la communauté des fidèles rétablit un état paradisiaque supposé où la propriété est absente ;

- elle est à l'image de l'amour fraternel qui unit le Père et et Fils ;

- elle s'appuie sur un principe mystique, la résignation, par laquelle le fidèle ne peut plus désirer posséder et s'abandonne à la Providence ;

- c'est la destruction de tous les désirs égoïstes des hommes. Les huttérites prennent très au sérieux tous les avertissements que l'on peut trouver dans la Bible contre le désir et la jalousie.

    Les huttérites vivent généralement dans des communautés qui accueillent au maximum 300 personnes (à l'origine, maintenant plutôt 200). Chaque ferme est dirigée par un ancien, économe responsable de la discipline et de l'ordre économique. Chaque goupe de production a son maître qui surveille le travail, procure la matière première et s'occupe de la vente des produits. La production se faisait souvent en circuit fermé. Les matières premières étaient fournies par des coreligionnaires. Les prix étaient très bas car les frères huttériens n'était pas payés, puisqu'on ignore le salariat dans ces communautés. Leur efficacité économique leur assurait une prospérité économiques qui suscita souvent la jalousie du voisinage. Pendant la guerre de Trente ans par exemple, les seigneurs convoitent leurs fermes et se livrent parfois au pillage et à la destruction. Les huttérites acquièrent une véritable technique de la dissimulation des biens et des personnes (caves aménagées). Se cachant trop bien, ils exaspèrent les autorités, d'autant que les frères refusent de leur informer de quoi que ce soit. Établis à l'origine en Moravie, il sont interdits de territoire en 1622 par l'empereur Ferdinand II. L'errance des communautés va durer alors trois siècles.

 

Des errances en Europe à l'établissement (presque) définitif en Amérique du Nord

    Les communautés huttérites, après leur départ de Moravie se dispersent en Haute-Hongrie et Transylvanie, cheminent en Valachie (1767-1770), sous la poussée du retour du catholicisme, bien moins enclin à les tolérer que divers courants protestants, en Russie (1770-1874) (à l'appel du comte ROUMIANTSEV entre autres, pour exploiter ses immenses territoires incultes ou de Catherine II, pour coloniser les nouveaux territoires du Sud de l'empire, en leur garantissant la liberté de culte...), avant de finir d'émigrer en Amérique du Nord (depuis 1874)... Elles s'installent surtout dans le Dakota du Sud via Hambourg et New York. Au cours de la première guerre mondiale, des violences commises à l'encontre des huttérites parlant allemand, les incitent à émigrer au Canada. Là, les huttérites ont mieux traversé la crise économique que bien d'autres dans les années 1930.

Par la suite, leur population connait la croissance jusqu'à aujourd'hui. De la crise en Russie, ils ont tiré la leçon que des communautés trop importantes nuisent à la cohésion de l'ensemble. Dès lors, lorsque la colonie atteint environ 120 habitants, un autre est fondée et la moitié la rejoint.

Au cours de la seconde guerre mondiale, les huttérites sont l'objet d'une hostilité croissante ainsi que d'une législation discriminatoire. C'est la raison pour laquelle de nouvelles colonies sont également fondées aux États-Unis. Les trois groupes de huttérites se caractérisent par un degré différent d'ouverture par rapport à leur voisinage. Tous cependant vivent jusqu'à aujourd'hui relativement isolés du monde extérieur. Les huttérites sont caractérisés également par un fort sentiment familial qui privilégie les relations à l'intérieur des familles, formant de véritables "clans" (quinze familles environ...). Chaque famille appartient à l'un des trois grands groupes. Les huttériens se répartissent ainsi en Schmiedeleut (fondés sous Michael WALDNER, issus de la colonie de Bon Homme), en Lehrerleut (fondés sous Jokob WIPF, issus de la colonie d'Almspring, les plus traditionnels) et en Dariusleut (fondé sous Darius WALTER, issus de la colonie de Wolf Creek)... Il y en a d'autres, plus ou moins bien répertoriées... En tout cas, ces derniers, nommés Vieux huttérites, se distinguent des Nouveaux huttérites, car au sein des huttériens, les Bruderhöfer ou Arnoldlieut tiennent un rôle particulier. Ces communautés se sont rattachées aux huttérites pendant un temps, mais s'en sont séparés en 1995. Ils ne descendent pas des premières familles germanophones et ont été fondées en Allemagne bien plus tard dans les années 1920 par Eberhard ARNOLD et son épouse Emmy à Sannerz en Suisse... Cette présentation ne doit pas dissimuler que chaque communauté à des caractéristiques propres, et notamment par ses relations plus ou moins ouvertes sur le monde extérieur...

 

Sous la responsabilité de Marc VENARD, Histoire du Christianisme, tome VIII, Le temps des confessions, 1530-1620, Desclée de Brouwer, 1992. On doit signaler la grande qualité de l'article Wikipedia sur les Huttériens. La plus grande partie (très grande...) de la littérature consacrée aux Huttériens est en langue allemande, très peu d'écrits en Français...

 

PAXUS

 

Partager cet article
Repost0
7 novembre 2019 4 07 /11 /novembre /2019 07:56

    Maints auteurs, dans la littérature récente, mentionnent le fait que l'école de Chicago... n'existe pas, ou plutôt qu'elle n'existe que parce qu'on en parle. A l'instar des French Studies aux États-Unis, où elles n'existent que par importation et déformation d'idées nées en France, l'École de Chicago est une sorte d'étiquette inventée après-coups, par plusieurs générations successives de sociologues nord-américains qui avaient besoin du secours de leurs prédécesseurs dans leurs combats intellectuels du moment. Ce qui rend bien entendu difficile l'exposé des positions des membres désignés de cette École (Christian TOPALOV).

     Le cadre en est en tout cas l'université de Chicago, jeune institution qui ouvre ses portes en 1882 grâce à une dotation du magnat du pétrole Joh D. ROCKFELLER, dans la métropole du Middle West qui connait alors une vertigineuse ascension, notamment par la délivrance généreuse des bourses d'études et l'ouverture large des champs possibles d'investigation sociologique. Cette ville voir d'ailleurs naitre au moins trois autres "écoles de Chicago" : en architecture - avec notamment William Le Baron JENNEY (1832-1907); constructeur de gratte-ciel à ossature d'acier, et le fonctionnaliste Louis H. SULLIVAN (1856-1924) -, en philosophie - avec John DEWEY (1859-1952), George H. MEAD (1863-1931) et le courant pragmatiste -, plus tard en science économique - avec Milton FRIEDMAN (né en 1912), chef de file du monétarisme, et une université pépinière de prix Nobel, marquée par l'enseignement d'économistes libéraux. Pour ce qui est des sociologues, ceux qui se trouvent plus tard inclus dans la plupart des définitions de l'École : Robert E. PARK (1864-1944) et Ernest W. BURGESS (1886-1966), ne se considèrent pas comme formant une "école" avec leurs étudiants pourtant nombreux dans les années 1920, ni ne sont considérés comme tels par leurs contemporains. Louis WIRTH (1897-1952), un de leurs plus proches élèves, "était (vers la fin de sa vie) constamment ébahi de s'entendre dire qu'il faisait partie de l'école de sociologie de Chicago, car il ne pouvait pas imaginer ce qu'il avait de commun avec tous ces autres gens" (Howard S. BECKER, né en 1928). Cet ébahissement est sans doute aussi important que celui de Michel FOUCAULT et d'autres, mis dans la catégorie des "French Studies" dans le retour qu'ils pouvaient avoir du développement de leurs idées aux États-Unis...

     Contrairement au continent européen, et de manière analogue mais pas tout à fait semblable à l'Angleterre, la sociologie américaine ne s'est pas développée parallèlement à une diffusion des idées socialistes, et encore moins marxistes. Les idées d'inspiration marxienne ont toujours eu des difficulté à s'implanter en milieu universitaire aux États-Unis (elles y sont surtout le fait du mouvement ouvrier lui-même, avec avant la deuxième guerre mondiale, un parti communiste actif). Les premiers centres de recherche sociologiques universitaires s'installent dans des universités financées et même créées par des industriels et autres capitalistes. L'exemple le plus frappant en est justement l'École de Chicago. L'ambiance n'est guère plus propice à l'élaboration d'une sociologie marxienne dans les universités d'État. Dans ces conditions, les penseurs anticonformistes ou radicaux ne peuvent s'établir véritablement en milieu universitaire. Et la tradition de l'École de Chicago s'inscrit plutôt dans un pragmatisme qui privilégie la méthode expérimentale et une conception instrumentale de la vérité selon laquelle les concepts sont des hypothèses qu'il faut mettre à l'épreuve. La vérité se construit au cours d'un échange, et les interactionnistes diraient dans le cadre des interactions...

  Pour rester dans une catégorisation usuelle, à défaut d'être très rigoureuse, l'École de Chicago a connu au moins trois naissances au cours desquelles d'ailleurs se forge des pratiques sociologiques novatrices.

 

Première "naissance"

     La première naissance date des années 1951-1952. Le département de sociologie de l'université connait alors une crise profonde, du fait notamment de la montée en puissance des deux concurrents qui se partagent la scène sociologique nord-américaine au moins jusqu'à la fin des années 1970 : à Harvard, la théorie fonctionnaliste de Talcott PARSONS, et, à Columbia, la sociologie quantitative formalisée par Paul F. LAZARSFELD. Sommés de redéfinir un projet par les autorités de leur université, soucieuses de sa renommée, vecteur de bourses et de subventions, les sociologues de Chicago se mettent à envisager qu'il avait existé, dans les années 1920-1930, une "école de sociologie de Chicago"...

Tous sont d'accord sur l'idée qu'elle s'opposait aux abstractions à la Parsons et qu'elle trouvait une partie de son inspiration dans les travaux de R.E. PARK (1864-1944), un élève de Georg SIMMEL mais, pour le reste, ils différent sur sa définition. Pour E. BURGESS, il s'agissait de l'écologie humaine - l'étude de la disposition des groupes humains dans l'espace et des lois d'évolution de ces arrangements -, discipline définie par PARK au début des années 1920 et qui avait évolué vers un usage intensif des statistiques et des modèles formalisés, auquel s'était largement ralliée Roderick D. MCKENZIE (1885-1940), un des premiers élèves de PARK. Pour Herbert BLUMER (1900-1987), en revanche, qui avait été le protégé d'Elsworth FARIS (1874-1953), ministre baptiste féru de psychologie sociale et longtemps chef du département (1926-1939), il s'agissait d'une théorie de l'interaction entre les individus et les groupes. Pour WIRTH enfin, dont les fonctions de chef de département imposaient une position aussi fédératrice que possible, l'école pouvait se définir par le primat du "travail de terrain", c'est-à-dire de l'observation in situ des phénomènes sociaux - notion récemment empruntée aux anthropologues.

 

Deuxième "naissance"

   Si ces débats internes font naître une étiquette, celle-ci n'entre vraiment en usage qu'une douzaine d'années plus tard. Une deuxième naissance de l'école de Chicago résulte du travail réalisé par Morris JANOWITZ (1919-1988) entre 1964 et 1973 pour façonner l'image du département de sociologie de Chicago en éditant ou rééditant une large gamme de travaux réalisés depuis les années 1910. C'est aussi dans sa collection Heritage of Sociology qu'est publiée la première histoire de l'école de Chicago. A un moment où C. Wright MILLS constate la domination sans partage sur la sociologie nord-américaine de "la grande thérorie" et de l'empirisme abstrait", cette entreprise a pour but de faire sortir de l'oubli les sociologues de Chicago. Mais entre-temps, à Chicago même, les partisans du "travail de terrain" ont pardi la bataille au profit de diverses variantes de la sociologie quantitative. Une nouvelle définition de la sociologie de Chicago en résulte, caractérisée par l'éclectisme des inspirations, la modernité méthodologique et l'investissement dans les études urbaines. Si la génération des fondateurs du département - sauf Albion W. SMALL (1854-1926) est entièrement ignorée, tous les enseignants actifs entre 1915 et les années 1930, ainsi que nombre de leurs élèves - mais ni BLUMER, ni HUGHES, tous deux partis et perdants - sont au palmarès quelle qu'eût été l'orientation particulière de leurs travaux. Ainsi, le promoteur de la statistique, William F. OGBURN (1886-1959) aussi bien que le psychologue social George H. MEAD sont annexés à un héritage constitué pour l'essentiel des études empiriques sur la ville, la criminalité ou les relations inter-ethniques. Le succès de l'action de JANOWITZ est spectaculaire : la notion qu'il ait existé une école de Chicago - avec une part de flagornerie intellectuelle sans doute et une part de révision de la véritable histoire et du parcours réel des sociologues ainsi amalgamés - fait alors son apparition dans les histoires de la sociologie et les manuels aux États-Unis, puis dans le monde entier - en France, en 1979. On peut noter qu'il n'y a guère d'écart de nature dans la "reconstitution historique" entre cette histoire de la sociologie et n'importe quelle histoire nationale... Sauf sans doute, quelques troubles peuvent naitre de faire coexister des études à orientation intellectuelle, voire idéologique très distante...

 

Troisième 'naissance"

    Pendant ce temps, se développe un mouvement intellectuel qui aboutit à une troisième naissance de l'école de Chicago avec le recours à l'étiquette "interactionnisme symbolique", avancée par BLUMER en 1937 pour désigner les travaux qui privilégient le rôle des relations interindividuelles dans la formation des normes sociales. Porté par de jeunes sociologues principalement californiens, dont certains sont formés à Chicago même, ce mouvement décide de réunir BLUMER et Everett C. HUGHES (1897-1983) qui, élèves respectivement de FARIS et de PARK, n'ont pourtant pas grand chose de commun, et plusieurs de leurs propres élèves, notamment Anselm L. STRAUSS (1916-1996), Erwing GOFFMAN (1922-1982) et Howard S. BECKER. L'étiquette "interactionnisme symbolique" qui regroupe désormais ces auteurs et quelques autres, se solidifie à la fin des années 1960, donnant lieu à la création de la Society for the Study of Symbolic Interaction (1974) et à la notion qu'il s'agit là d'une "seconde école de Chicago". Cela implique une redéfinition de la "première", en sélectionnant cette fois des fondations philosophiques (DEWEY et MEAD) aussi bien que sociologiques (THOMAS et PARK), en même temps que les plus ethnographiques des années 1920 et 1930 - BURGESS disparait au passage. C'est sous cette troisième espèce que l'école de Chicago se présente généralement aujourd'hui sur le marché sociologique français. On peut concevoir que l'étudiant qui ne se veut pas naïf au point d'assimiler la présentation de son tout premier manuel de sociologie, en ait un peu le tournis...

    Sans doute faut-il préférer à la notion d'"école de Chicago, dont les usages stratégiques rendent par trop incertain le contenu, celle de "tradition sociologique de Chicago", comme y invite l'ouvrage de Jean-Michel CHAPOULIE (2001). Ce vocabulaire permet de faire l'économie d'une impossible définition, pour centrer l'attention sur la transmission d'en ensemble de thèmes et de pratiques et sur ses transformations au cours du temps. C'est sur cette base que l'on peut renouer avec le récit historique (et des filiations intellectuelles un peu plus solides, dans toute cette bataille idéologico-éditoriale...) en partant de PARK et de BURGESS - faute de pouvoir remonter à la première génération des fondateurs du département - et en suivant certains développement jusqu'aux années 1960. C'est aussi l'option prise par Jean-Pierre DURAND et Robert WEIL dans la présentation de la conjoncture de la sociologie américaine vers 1950 pour aboutir à l'examen de ce très large courant qu'est l'interactionnisme.

 

Nouvelles pratiques sociologiques

      Pourquoi à Chicago? C'est qu'à la première de la première et de la deuxième naissance, elle connait une urbanisation extrêmement rapide qui s'opère sur fond de déracinements multiples, d'extrême hétérogénéité sociale et culturelle, de déstabilisation permanente des activités, des statuts sociaux et des mentalités. Cette ville est aussi le lieu emblématique de la confrontation des origines et des cultures, ainsi que le symbole, dans tout le pays, de la délinquance et de la criminalité organisée. C'est pour les sociologues qui s'y rassemblent, un véritable "laboratoire social" (selon l'expression de Robert E. PARK)

     Un lien étroit s'établit depuis le début des années 1920, dès la fondation de l'université, entre celle-ci et les groupes réformateurs locaux : professionnels du travail social, activistes de la réforme des prisons ou de la gestion municipale, plus tard mouvements pour l'organisation des quartiers ou pour la planification urbaine. Ces interactions procurent aux universitaires à la fois des questions, des informations de toute sorte sur les quartiers et les groupes populaires, et des méthodes pour observer ceux-ci. C'est ainsi que la préoccupation centrale des sociologues est de déterminer les causes de la "désorganisation sociale" dans la grande ville et les moyens d'y remédier : question réformatrice traduite en question sociologique par la médiation d'un concept.

Entre parenthèses, c'est également pas ce biais que la question sociale, dans une société rétive aux idées socialisantes, se taille une place centrale dans les préoccupations de nombreux décideurs politiques et économiques, qui seraient, sinon, uniquement préoccupés par les profits des industriels et des commerçants.

   Les étudiants envoyés dans les années 1920 à la découverte de la grande ville recueillent beaucoup de leurs données auprès des travailleurs sociaux, des tribunaux, de la police, des églises. BURGESS fait reporter systématiquement toutes ces informations sur des cartes. PARK, qui avait été journaliste, recommande de faire des interviews auprès des autorités, de récolter des documents dans les administrations, d'étudier la presse. Dans certains cas, il préconise des "études de cas" pour lesquelles l'enquêteur fait écrire aux sujets des récits de vie - technique inaugurée par William I. THOMAS (1863)1947) lors de son étude sur les Polonais immigrés à Chicago (publiée en 1918-1920) et reprise par la suite, notamment avec des délinquants. En revanche, la participation directe et prolongée de l'étudiant aux situations dont il soit rendre compte (Nels ANDERSON, sans abris, 1923 ou Paul G. GRESSEY, dancings, 1932) reste exceptionnelle. C'est seulement vers la fin des années 1940 que la notion de "travail de terrain" commence à être utilisée à Chicago par des sociologues : jusque-là, l'essentiel de leurs méthodes est un emprunt direct au travail social et au journalisme.

  Le département de sociologie de Chicago, d'autre part, est depuis la création de l'American Journal of Sociology (1895), puis de l'American Sociological Society (1905), au centre des institutions savantes de la discipline. Une des tâches des sociologues universitaires d'alors est de se distinguer des amateurs de science sociale qui font obstacle à la professionnalisation de leur discipline : pour fonder leur revendication de scientificité, il leur faut de la théorie. Si les constructions abstraites (notamment les grands récits évolutionnistes) ne manquent pas dans la sociologie universitaire de l'époque, PARK et BURGESS doivent asseoir leur science sur une théorie compatible avec leur pratique d'observation du monde social. Ils reprennent de Charles Horton COLLEY (1864-1929) la notion de "contrôle social" et de "groupes primaires" (ceux où le contrôle social s'exerce par des rapports de face-à-face) et "secondaires". THOMAS leur fournit la notion de "définition de la situation", qui permet de centrer l'attention sur la façon dont l'individu, compte tenu de son histoire propre, se représente l'ordre social en vue d'y agir. Au début des années 1920, PARK trouve une solution plus globale en se réclamant de l'"écologie humaine" : il transfère aux groupes humains le vocabulaire et les modèles élaborés par l'éconologie végétale et animale - disciplines qui étudient alors les modalités de la concurrence et de la coexistence des espèces sur des territoires. MC KENZIE développe cette théorie à l'échelle interrégionale, BURGESS à propos de la grande ville : dès 1924, ce dernier propose un modèle écologique de la croissance urbaine en zones concentriques qui alimente les débats savants pendant plusieurs décennies. L'écologie humaine est, en effet, l'un des héritages les plus durable de la tradition sociologique de Chicago car elle est réutilisable, dans des modalités de plus en plus formalisées et quantifiées, par les nouvelles pratiques de planification territoriale apparues avec le New Deal, puis relancées avec la planification urbaine des années 1950 et 1960.

Il va sans dire que cette sociologie, alors qu'elle enquête et s'applique sur des situations sociales difficiles et des classes sociales en lutte dans la société, et notamment dans le cadre urbain, qu'il s'agit d'éviter tout rapprochement dans le vocabulaire avec l'idéologie socialisante ou, pire aux yeux de beaucoup aux États-Unis, l'idéologie dite "communiste". Discuter de l'écologie humaine évite de se livrer à une critique du capitalisme, et isoler les aspects sociaux en parlant très peu de politique économique. Débattre des "groupes", ce n'est pas débattre de "classes" et cerner les causes de dysfonction sociale permet de considérer que la société libérale aux entrepreneurs privés reste la société la meilleure... Toutefois, les conditions de la réalité sociale ne permet pas toujours l'inexistence de certaines proximités idéologiques, car, même en l'absence de vocabulaire commun, sociologues réformateurs et partisans révolutionnaires peuvent finir par se rencontrer sur le diagnostic et sur le sens des évolutions à promouvoir...

   Toujours est-il que l'interactionnisme se développe par les grandes enquêtes, dont la plupart se réalisent à Chicago ou les environs et qui permettent d'élaborer des modèles d'interactions voulant répondre aux questions des autorité sur les causes de phénomène de délinquance notamment et les solutions à leur apporter. Les réponses apportées reprennent largement le point de vue des réformateurs sur les quartiers pauvres et le rôle néfaste des taudis. Mais en même temps, leur revendication de scientificité implique une neutralité inhabituelle sur le front de la morale : il ne s'agit plus tant de condamner que de comprendre les causes du mal. Les travaux des années 1920 et 1930 ouvrent la porte à des évolutions ultérieures, dont la plupart sont liées à Chicago. La mise en lumière de la "criminalité en col blanc" (SUTHERLAND, 1949) desserre la relation supposé entre crime et quartiers pauvres ; la description fine de l'ordre social et moral qui régit les bandes de jeunes (William F.. WHYTE, 1943) autorise une vue moins unilatérale des cultures populaires. La formulation de l'étiquetage dénaturalise la notion de malade mental (GOFFMAN, 1961) ou de délinquant (Howard S. BECKER, 1963)  pour en faire le résultat de l'interaction d'un sujet avec les institutions de soins, de surveillance et de répression. (TOPALOV)

 

Une tradition de Chicago

   Une autre manière de comprendre le travail de l'école de Chicago, outre l'effet que peut produire le rapprochement de travaux pas forcément réalisés dans la même optique ou le même esprit, est de resituer le parcours de certains auteurs - pris ou pas dans le même conte historique, "utilisé" ou pas dans la grande bataille pour l'hégémonie dans le monde des sociologues, tandis que s'affirment les pratiques universitaires (ou à défaut les autorités étatiques, mais cela, dans une très moins grande mesure par rapport aux Européens, la voie judiciaire étant bien entendu toujours aussi utilisée pour viser les publications jugées non scientifiques ou plagiaires...) pour monopoliser intellectuellement et pratiquement la profession de sociologue... Les références sont alors plutôt John DEWEY (1859-1952) qui s'illustre dans une première tentative s'inspirant du pragmatisme pour fonder ce qu'on appelle plus justement alors la tradition de Chicago, lui-même prenant sa source dans les travaux du logicien C.S. PEIRCE (1839-1914) et l'utilitarisme de W. JAMES (1842-1910). Là comme ailleurs, prendre des "ancêtres" ancrent la légitimité, surtout lorsque les auteurs choisissent les mêmes principes d'élaboration de leur pensée chez ces mêmes prédécesseurs.

Les pragmatiques privilégient la méthode expérimentale et la conception instrumentaliste de la vérité selon laquelle les concepts sont des hypothèses qu'il faut mettre à l'épreuve. A ce titre, aussi bien les idées scientifiques que les idées quotidiennes sont basées sur l'expérience. La vérité se construit au cours d'un échange.

Parmi ces auteurs qui marquent la postérité de Chicago se trouve G.H. MEAD (1863-1931). Il comprend la société comme un système de communications interindividuelles et signifiantes. Un recueil posthume de ses cours, L'esprit, le soi et la société (1934) développe un certain nombre de thèses reprises par les interactionnistes, notamment l'idée que la société n'est pas toute donnée, mais se construit sans cesse à travers la dynamique des actes sociaux ou échanges entre les personnes : les interactions. MEAD lui-même s'inspire de H. COOLEY (1869-1939) qui introduit la fameuse notion de rôle social et conçoit le Soi comme issu des interactions sociales.

Parallèlement à l'enseignement de MEAD se met en place à Chicago cette tendance appelée École de Chicago, sous la direction de W.I TOMAS (1863-1944), R.E. PARK (1864-1944), E. BURGESS, R. MCKENZIE, mentionnés dans une sorte d'auto-historiographie... Ils privilégient l'étude de la ville, du phénomène de l'immigration et de la désintégration sociale. Ce qui caractérise tous ces auteurs, et c'est, entre autres, ce qui permet de les regrouper sous la même bannière, c'est son pragmatisme, le travail de terrain délibéré et la volonté de comprendre l'ordre social et ses dysfonctionnements pour y porter remède grâce à l'action des travailleurs sociaux encadrés par les sociologues. (Jean-Pierre DURAND et Robert WEIL).

 

L'école de Chicago défaite par la sociologie quantitative

   On peut présenter le long conflit "professionnel" au sein de la sociologie nord-américaine comme une concurrence entre deux tendances très personnalisées du début du XXe siècle : THOMAS et ZNANIECKI (Le paysan polonais...) d'une part et Samuel STOUFFER (The American Soldier, 1949). L'un inaugure une série de recherches qualitatives et de publications qui constituent le patrimoine de Chicago : l'autre marque la fin de l'époque précédente et représente le tournant quantitativiste de la sociologie américaine. L'oeuvre de STOUFFER représente un tournant dans l'histoire de la sociologie dans la mesure où elle est la première tentative de modélisation mathématique de la vie sociale. A partir de 1940, la sociologie américaine connait un développement considérable des techniques quantitatives sous l'impulsion des contrats d'études financés par l'armée américaine. Les chefs de file de l'université Columbia (dont Robert MERTON et Paul LAZARSFELD, directeur des enquêtes) renforcent leur prestige et leur pouvoir, exerçant progressivement un "impérialisme" théorique et méthodologique. Ainsi, l'école fonctionnaliste, fortement implantée à Columbia et Harvard commencent à exercer sa domination (voire sa censure comme y fait allusion H.BECKER en 1986). Cette montée en puissance de la sociologie quantitative coïncide avec l'extinction de la deuxième génération de chercheurs à Chicago : BURGESS prend sa retraite en 1951, WIRTH meurt en 1952 et BLUMER part en 1952 à Berkeley.

 

Yves GRAFMEYER, L'école de Chicago, Presses Universitaires de Grenoble, 1978, Champs Flammarion, 2004. Alain COULON, L'école de Chicago, PUF, collection Que sais-je?, 1992. Jean-Michel CHAPOULIE, La tradition sociologique de Chicago, Seuil, 2001. Jean PENEFF, Le goût de l'observation, Éditions La Découverte, 2009. Sous la direction de D. CEFAÏ, L'Enquête de terrain, La Découverte, 2003.

Christian TOPALOV, L'école de Chicago, dans Encyclopedia Universalis, 2014. Jean-Pierre DURAND et Robert WEIL, Sociologie contemporaine, Vigot, 1997.

 

SOCIUS

Partager cet article
Repost0
2 novembre 2019 6 02 /11 /novembre /2019 09:53

   Maurice de SAXE, comte de la Raute (titre qui disparait en 1710), est un officier militaire et homme de lettres, au service successivement de la Saxe, de la Pologne et de la France. Il appartient à la puissante Maison de Saxe, et est le fils naturel du futur roi de Pologne Auguste II.

 

Une carrière militaire surtout fidèle à LOUIS XV

    Élevé très tôt dans la chose militaire, confié au comte de Schlulenburg, il assiste à la campagne de Flandre comme enseigne dans le régime de la Reine, sous les ordres de Frédéric de Württemberg. Il participe en 1712 à sa première bataille (une défaite) à Gadebusch, contre les Suédois menés par Magnus Stenbock. Le jeune colonel y apprend les bénéfices de la discipline de la troupe, en négatif, son régime se livrant à des désordres lors de la retraite.

Après la paix avec la Suède, il combat en 1717 sous les ordres du prince Eugène de Savoie et participe à la prise de Belgrade face aux Turcs. A partir de 1720, il est au service de la France et participe à la guerre de Succession d'Autriche. Il s'empare de Prague en 1741 et triomphe à la bataille de Fontenoy en 1745. Deux ans plus tard, il mène des campagnes victorieuses en Flandres et aux Pays-Bas et est nommé maréchal général.

Au fond, Maurice de SAXE reste très saxon, et le marque par ses originalités obstinées, malgré la forte hégémonie culturelle française (la France est devenue la première puissance d'Europe). Couronné de faveurs par le roi, très proche de lui en particulier au moment du mariage du dauphin Louis avec Marie-Josèphe de Saxe, qui est ensuite mère de LOUIS XVI, LOUIS XVIII et CHARLES X, il reste luthérien de religion ; il ne fait pas l'effort d'écrire autrement qu'avec une orthographe phonétique le français qu'il parle avec son accent allemand ; il reste grossier dans ses moeurs, préférant les chasses avec son demi-frère, quand il retourne d'assez longs séjours à Dresde, aux raffinements de la cour de France. Héritier de la culture de la Saxe galante, il ne s'est jamais défait de la liberté extrême qui reste, au fond, le seul terrain de réussite des bâtards princiers. Mais s'il n'avait été que ce joyeux vivant, l'histoire l'aurait vite oublié. Maurice de SAXE, dont la loyauté à l'égard du roi qu'il sert, LOUIS XV, est remarquable, malgré la longue méfiance de celui-ci, autant pour l'ambition qu'il exprime que pour l'amitié chaleureuse qu'il a toujours conservées à l'égard de son demi-frère, devenu à son tour Électeur de Saxe - alors même que LOUIS XV, gendre de Stanislas LESZCZYNSKI, lui dispute la couronne de Pologne au profit de son beau-père -, est aussi le plus grand homme de guerre de son temps. (Jean-Pierre BOIS).

Si l'on mentionne ici cet élément de biographie, ce n'est pas pour faire joli : la politique des Habsbourg, la destiné du Saint Empire Romain Germanique est orientée par une forte stratégie matrimoniale où les mariages voisinent en haut des moyens usés en politique, en concurrence presque avec la guerre. Les valses de successions à la tête des plus importants pays d'Europe (France, Espagne, Autriche, certains États allemands, Pologne, Angleterre...) - alternent lorsque des vides se font - par décès prématurés d'enfants à cause d'une consanguinité tenace - avec les guerres de Succession (Espagne, Autriche), et Maurice de SAXE, même si ce n'est pas réellement son centre d'intérêt, y est mêlé de très près.

 

Une carrière d'homme de lettres

    Homme de terrain, Maurice de SAXE est aussi homme de lettres. Il écrit en 1732 ses Rêveries sur l'art de la guerre et, un peu plus tard, L'Esprit des lois de la tactique, deux ouvrages qui ne sont publiés qu'après sa mort, respectivement en 1756 et 1762.

Les Rêveries connaissent un grand succès à leur parution et la pensée du comte de SAXE est transmise au XIXe siècle par l'intermédiaire de JOMINI. Cependant, Maurice de SAXE souffre du prestige de son illustre contemporain, FRÉDÉRIC LE GRAND, et ne connait pas, au cours de ces trois derniers siècles, le respect que mérite son oeuvre originale. Les Rêveries constituent à la fois un traité de tactique et une réflexion générale sur la guerre. Son approche est celle d'un intellectuel de son époque dont il épouse à la fois la curiosité philosophique et la rigueur scientifique.

 

Une réflexion originale sur la guerre

    Maurice de SAXE perçoit un déclin dans la compréhension générale de la guerre depuis MONTECUCCOLI (1609-1680) et GUSTAVE ALDOLPHE (1594-1632), déclin qu'il attribue à l'attention portée par ses contemporains aux formes plutôt qu'aux principes de la guerre. La guerre contemporaine se voir donc réduite à des comportements stratégiques dont on ne connait ni les origines ni les fondements. La guerre, pense-t-il, ne peut être régie selon des certitudes scientifiques. Les sciences ont leurs principes et leurs règles, mais la guerre n'en a aucun car elle est avant tout un art. Seule l'expérience et le génie militaire peuvent aider à comprendre ses multiples facettes dont beaucoup relèvent de l'inconnu et de l'imprévisible. L'ignorance et les mauvaises habitudes constituent trop souvent la source de la stratégie militaire. Cette vision de la guerre est façonnée par le néo-classicisme de son époque plutôt que par la révolution scientifique qui, elle aussi, contribue de façon significative à la manière dont est envisagée la guerre. Persuadé que celle-ci ne peut être entreprise selon des règles rigides, Maurice de SAXE entreprend de détruire certaines idées fausses, notamment sur la supériorité numérique ou sur les fortifications. Pour lui, une armée doit être de taille moyenne - il cite le chiffre de 46 000 hommes maximum. Formée par un trop grand nombre de troupes; elle ne peut que rendre les opérations difficiles. Ce constat est normal pour son époque ; le maréchal de SAXE évolue dans un univers où les conflits sont limités et où la guerre est encore un phénomène rituel. Plutôt que la puissance, il va privilégier la mobilité, la vitesse de mouvement et l'efficacité au niveau du ravitaillement des troupes. La qualité des troupes prime sur la puissance de feu. Elles doivent être disciplinées et excellemment préparées. Il est un adepte de la stratégie indirecte, d'où son goût pour la surprise et son intérêt pour tout de qui touche à l'espionnage et au renseignement.

Les fortifications et les sièges sont considérées au XVIIe siècle comme la base de toute activité belliqueuse. Ses théoriciens, VAUBAN et COEHOORN, jouissent d'un immense prestige. Maurice de SAXE, en revanche, estime que la construction de fortifications est une perte de temps. Il leur préfère les fortifications naturelles, rivières, collines et montagnes. Dans la même perspective, le siège représente l'antithèse de la mobilité et du mouvement. Les historiens militaires qui ont reproché à FRÉDÉRIC II de ne pas entreprendre la poursuite de l'ennemi ne sauraient adresser la même critique au comte de SAXE. Avant que NAPOLÉON BONAPARTE ne fasse de la poursuite de l'ennemi vaincu l'un des principes de la guerre d'anéantissement, Maurice de SAXE avait déjà compris l'importance de cet aspect de la guerre dont il avait fait l'un des piliers de sa stratégie.

Bien qu'il recherche la victoire tout en évitant la bataille décisive, une fois son armée engagée dans la bataille, il ne ménage ni ses forces ni sa puissance pour anéantir les forces ennemies. Une fois commencées les hostilités, il concède qu'aucun plan dessiné à l'avance ne permet d'établir de prévisions fiables sur le déroulement des événements. Le général doit donc choisir ses objectifs et prendre ses décisions en fonction des circonstances de la guerre. Une bonne fortune doit toujours être exploitée, même si on change les plans préétablis. De même, si la situation n'est pas bonne, le général doit éviter la bataille - s'il le peut. En tout état de cause, il ne doit jamais perdre de vue l'objectif global de la guerre, c'est-à-dire la soumission de la volonté de résistance de l'ennemi. Un commandant en chef qui comprend l'aspect global de la stratégie ne se laisse pas dominer par des considérations de moindre importance. Un bon colonel, estime-t-il, ne fait pas forcément un bon général. Le commandant en chef d'une armée est son élément le plus important. Il doit posséder les qualités suivantes : le génie militaire, le courage, et la santé. Il doit faire preuve de sang-froid et ne jamais se laisser emporter par la passion. Ses ordres doivent être simples et il doit pouvoir commander seul, puisqu'il est l'unique personne à posséder une réelle vision d'ensemble.

Maurice de SAXE a une vision moderne de la façon dont doivent être levées les troupes. Il est partisan de la conscription et prône un service militaire obligatoire de 5 ans. Un État, pense-t-il, doit être défendu par ses propres citoyens, à la fois pour des raisons morales et pour ses considérations d'efficacité. Il encourage de meilleurs conditions de travail et financières pour les officiers. L'autre sujet sur lequel il porte son attention est la santé. Les officiers doivent prendre au sérieux le bien-être physique des troupes dont la maladie peut détruire l'efficacité. Au niveau tactique, il préconise l'usage de l'artillerie et la coopération inter-armes. Il développe ses troupes d'infanterie légères afin d'accroître sa connaissance du terrain et de l'adversaire (troupes de reconnaissance), et pour élaborer les feintes auxquelles il a recours pour déstabiliser l'adversaire.

La connaissance de l'ennemi est capitale. Là encore, il se montre original, manifestant une grande curiosité pour la culture stratégique et les méthodes de combat de peuples divers. Il écrit même un essai sur les méthodes de combat chez les Chinois (Mémoire militaire sur les Tartares et les Chinois). Enfin, il est préoccupé par les problèmes de population et de natalité auxquels il consacre le dernier chapitre des Rêveries. A la fois "capitaine" de grand talent et stratège d'avant-garde, Maurice de SAXE est lu ensuite attentivement par GUIBERT et NAPOLÉON, parmi d'autres. (BLIN et CHALIAND)

    Pour beaucoup d'historiens, Maurice de SAXE occupe une place originale dans la pensée stratégique et tactique. S'il ne laisse à sa mort qu'un seul ouvrage théorique, Mes Rêveries, rapidement rédigé - en douze jours, affirme-t-il, au moins pour la version de décembre 1732, l'ouvrage retient l'attention des lecteurs intéressés par la chose militaire. L'ouvrage est destiné à l'usage de son père, le roi de Pologne AUGUSTE II, mais celui-ci meurt avant d'avoir reçu le manuscrit. L'auteur en fait faire une copie, chargée de ratures et de corrections, sur laquelle les plans et illustrations ne sont que de grossières esquisses. C'est le manuscrit utilisé par Zacharie de Pazzi de Bonneville pour la première édition de 1756. Repris en 1740, le manuscrit reçoit une forme plus soignée et 85 illustrations expliquées et peintes à la gouache. A sa mort, Maurice de SAXE lègue ce second manuscrit à son neveu le comte de Friesen, qui le confie à l'abbé Pérau, spécialiste de publications militaires, pour une nouvelle édition réalisée à Leipzig et Amsterdam en 1757, en quelque sorte l'édition originale.

Les contemporains de Maurice de SAXE sont à peu près tous convaincus que la guerre, comme tous les arts, suppose une approche d'abord fondée sur la lecture des Anciens. La première rédaction des Rêveries semble échapper à cette règle, même si son auteur a au moins déjà lu VÉGÈCE, dont l'Abrégé des questions militaires fournit la table des matières de son petit traité, et si la connaissance de POLYBE lui est évidemment acquise, par ses entretiens avec le chevalier de FOLARD. Venu tard à la lecture militaire, Maurice de SAXE préfère la méditation à une théorie d'origine livresque et savante. Il justifie ainsi le titre de son ouvrage. Cependant, la méditation n'implique pas le goût de l'abstraction. Aux fondements d'une théorie générale et à la conceptualisation, il substitue toujours une application puisée dans son expérience, dont il tire un enseignement appliqué à des situations déterminées. Chez lui, la théorie naît d'abord de l'action, et conduit à l'action. Ce sont donc TURENNE et MONTECUCCOLI, LUXEMBOURG, VENDÔME et VILLARS, MALBOROUGH et le Prince EUGÈNE, CHARLES XII ou le tsar PIERRE, qui sont au fil des pages ses compagnons de méditation, évoqués pour des exemples qu'ils ont donnés dans telle ou telle circonstance, non par des écrits - qu'ils n'ont pas laissés. Mais par l'analyse des faits de guerre qui jouent un rôle pendant toute la période couverte par sa vie, entre 1700 et 1750, qui ne conduit jamais Maurice de SAXE à une modélisation mécanique de la guerre du XVIIIe siècle.

   La réflexion militaire se donne alors pour objet de résoudre les blocages dans lesquels s'enlise la guerre moderne. L'ordre mince, en ligne sur quatre rangs, infanterie au centre et cavalerie aux ailes, permet de disposer d'une bonne puissance de feu ; mais les lignes, fragiles, n'ont aucune force offensive, un front trop étendu les immobilise sur leurs positions, et la cavalerie ne soutient guère l'infanterie. Faute de batailles décisives, la guerre se fixe sur un espace frontalier défendu par un réseau de places fortes qu'il faut enlever les unes après les autres. Lentes, ritualisées, ces opérations ne permettent pas de conclure. Maurice de SAXE, convaincu comme ses contemporains de la valeur du modèle de la guerre antique, s'en rapporte à l'exemple de l'armée romaine, dont il veut retrouver les vertus.

Rompre le blocage tactique est la première nécessité. Il prône une ordonnance qui associe infanterie, cavalerie et artillerie, dans une disposition répondant à l'organisation de son armée en légions substituées aux brigades, unités opérationnelles factices. Il dispose au centre une ligne d'infanterie en bataillons compacts, sur huit rangs, soutenue par une cavalerie en escadrons également assez lourds, et forme aux ailes le dispositif inverse, l'infanterie retrouvant ici la forme des vieux carrés, capables d'arrêter la charge de la cavalerie adverse. En formation défensive, il complète ce dispositif par l'élévation  de postes qui constituent devant les lignes de petites positions concentrant une puissance de feu formidable. A ces principes généraux, il ajoute une réflexion particulière sur l'artillerie. Il invente une "amusette", sorte de fusil de rempart monté sur un affût léger. Transportable par deux hommes, cette arme joue le rôle d'une artillerie légère et mobile attachée à la suite des régiments d'infanterie. Ainsi se trouve instituée une ordonnance de bataille qui annonce le principe divisionnaire destiné à transformer la guerre dans ses grandes opérations à la fin du siècle.

Rompre le blocage stratégique était faire montre de plus de hardiesse que d'imaginer la composition des ordonnances de bataille : c'était en exploiter les possibilités. Il s'agit de la réflexion sur les marches, mouvements et manoeuvres de l'armée en bataille, ou "grande tactique". Dans la logique de ses intuitions tactiques, il récuse la guerre de places, et lui substitue une guerre mobile, appuyée sur quelques principes : d'abord, que l'offensive ne justifie ni le siège, ni la bataille. Il privilégie les opérations de petite guerre, synthèse de la guerre des cavaleries légères d'Europe centrale ou orientale, et de la guerre de partis que, certains officiers français pratiquaient déjà à la fin du XVIIe siècle. Harcèlement, embuscades et surprises ont pour objet de créer l'insécurité et de contraindre l'adversaire de se retirer. Maurice de SAXE associe dans cette petite guerre de mouvement ses troupes légères d'infanterie et la cavalerie, et donne une démonstration de son efficacité, dans les campagnes de Flandre de 1744, et de Brabant en 1746. Seconde règle, il importe de conserver une armée unie, de "ne pas se séparer" : les troupes légères restent à la portée du corps de l'armée principale. Enfin, troisième règle, "se rendre maître des grandes rivières et des passages, former bien sa ligne de communication et de correspondance", c'est-à-dire tenir les axes, et désigner quelques objectifs majeurs au coeur du pays qui doit être conquis : telle est la fonction de l'armée principale et le seul but des batailles.

Concevoir des unités autonomes disposant des trois armes, capables par leur mobilité d'être maîtresse de leurs mouvements, et de les combiner sur une grande échelle avec d'autres unités comparables, telle est la révolution stratégique du XVIIIe siècle. L'auteur des Rêveries est mort trop tôt pour la mener à son terme - mais FREDERIC II retient plus tard les leçons de celui qu'il appelle "le Turenne saxon".

Sa postérité et celle de son oeuvre sont dans l'immédiat importantes. Il est imité par le chevalier de VIOLS, le compte d'Hérouville de CLAYE, le baron d'ESPAGNAC. Louis MORÉRI, en 1759, dans son célèbre Dictionnaire historique, laisse du maréchal un portrait magnifique. (Jean-Pierre BOIS).

 

Maurice de SAXE, Mes Rêveries, ou Mémoires sur l'art de la guerre, Amsterdam, Arkstée et Merkus, 1757 ; Mes rêveries. Suivies par un choix de correspondance politique, militaire et préivée, édition Jean-Pierre Bois, Paris, Économica, 2002. Extrait de Mes Rêveries, De la manière de lever des troupes, éditions d'Aujourd'hui, collection "Les Introuvables", 1977, dans Anthologie mondiale de la stratégie, Robert Laffont, 1990.

Jean-Pierre BOIS, Maurice de SAXE, Paris, 1992. Jean COLIN, Les Campagnes du maréchal de Saxe, 3 volumes, Paris, 1906. Henri PICHAT, La Campagne du maréchal de Saxe, 1745-1746, Paris, 1909.

Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, Dictionnaire de stratégie, tempus, 2016. Jean-Pierre BOIS, Maréchal de Saxe, dans Dictionnaire de la guerre et de la paix, Sous la direction de Benoît DURIEUX, Jean-Baptiste Jeangène VILMER et Frédéric RAMEL, PUF, 2017.

 

 

Partager cet article
Repost0
2 novembre 2019 6 02 /11 /novembre /2019 09:08

   Le mennonitisme, mouvement chrétien anabaptiste dissident de la Réforme protestante, est d'abord une appellation populaire que les Néerlandais utilisaient pour désigner les anabaptistes au XVIe siècle. Du nom d'un de leurs dirigeants célèbres, Menno SIMONS, prêtre catholique converti à l'anabaptisme. Et comment souvent, les membres de ce mouvement ont fini par adopter ce nom. Une grande partie de ses membres sont aujourd'hui rassemblés dans la Conférence mennonite mondiale.

 

Un protestantisme dissident

  C'est précisément à partir de l'anabaptisme pacifique dans un de ses versions néerlandaise, que Menno SIMONS (1496-1561) devient l'un des chefs de ce courant religieux, en Hollande et jusqu'en Allemagne. Son influence s'étend vite en fait, excepté la branche dite houttérienne, à l'ensemble de l'anabaptisme pacifique européen.

   L'anabaptisme pacifique né à Zurich au début de 1525, d'une scission entre ZWINGLI et certains de ses disciples, au moment de l'introduction de la Réforme dans la cité et dans le canton. Les disciples impatients, parmi lesquels Conrad GREBEL et Félix MANTZ, désirent la rupture du lien entre l'Église et l'État. Leur conception est celle d'une Église de convertis, opposant le Corpus Christi au Corpus christianum de la chrétienté médiévale. Elle trouve son expression symbolique dans le baptême des seuls adultes sur profession de leur foi, d'où leur nom de "rebaptiseurs"; puisque tous ses membres avaient déjà été baptisés enfants. Les intéressés refusent toute valeur à ce premier baptême, et refusent d'abord ce nom que les autres leur donne. Ils s'appellent "frères" entre eux et l'habitude a subsisté de désigner les anabaptistes suisses par le vocable de "frères suisses". Un strict refus de la mondanité, de l'usage de la violence et des fonctions politiques ainsi qu'une nette insistance sur l'indépendance des groupes locaux, ou assemblées, caractérisent ces dissidents. Partout le mouvement rencontre un succès certain, et dans toutes les classes sociales, spécialement chez les clercs et les intellectuels humanistes. Il attire également quelques personnes rescapées des mouvements révolutionnaire de Thomas MÜNTZER et du "royaume de Münster" ou, à celui, pacifique, de Melchior HOFMANN.

   La persécution s'abat vite sur le mouvement zurichois et sur l'anabaptisme suisse et non suisse. Elle est particulièrement ressentie en Hollande, où les anabaptistes hofmanien et de type münstérien sont assez répandus. Les pacifiques souffrent d'être confondus avec les autres, subissant ainsi le contre-coup des violences de la révolte de Münster et de son élimination, Menno SIMONS, après avoir adhéré à l'anabaptisme pacifique, en devient peu à peu l'un des chefs principaux en Hollande et dans l'Allemagne rhénane et septentrionale. Il réorganise les communautés hésitantes et son action réformatrice se fait sentir jusqu'en Suisse. Après sa mort, tous les anabaptistes pacifiques, à l'exception de la branche communautaire dite houttérienne, se rallient plus ou moins à ses principes et reçoivent progressivement le nom de mennonites. Menno Simons marque l'ensemble des communautés par son radicalisme en matière de pureté de l'assemblée et par le rôle prééminent qu'il accorde aux ministres du culte. Fruit d'une conjoncture sociale, la réorganisation mennonite des assemblées est contestée, dès le XVIIe siècle, en Hollande même, par suite des changements sociaux et politiques propres à ce pays (tolérance religieuse, participation des mennonites à la vie sociale...). Désormais, le mennonitisme hollandais connait un sort à part, acceptant la culture globale et participant aux courants théologiques les moins conservateurs. Le reste des communautés mennonites est formé, jusqu'à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, d'une majorité de cultivateurs, dont la réputation de progressisme agricole est encore bien vivante - au point de susciter d'ailleurs des appels venant de Russie... Mais, dans ces communautés rurales physiquement isolées de la société globale, la "non-mondanité" prend des aspects de formalisme, vestimentaire o autre, tandis que l'expression des croyances et le culte se sclérosent sous la direction d'anciens sans culture théologique. A la fin du XIXe siècle et au début du XXe, un réveil d'inspiration piétiste-revivaliste donne à l'anabaptisme pacifique un nouveau départ, prosélytique et même missionnaire. Cependant, les Hollandais demeurent, dans l'ensemble, en marge de ce mouvement, par leurs tendances libérales en Théologie. Un retour aux sources historiques de l'anabaptisme du XVIe siècle est également amorcé.

 

De grandes migrations mennonites

    Pacifistes, les mennonites refusent, en théorie, de porter les armes et de prêter serment. Combinée avec d'autres traits culturels et sous l'influence d'autres facteurs, cette attitude les obligent à de nombreuses migrations. Au XVIIe siècle, certains d'entre eux vont se fixer en Russie. Mais leur déplacement le plus important a lieu, dès le XVIIe et le XVIIIe siècles, et surtout au XIXe, vers l'Amérique du Nord. Actuellement, près d'un tiers de leurs effectifs (environ 230 000 sur près de 645 000 en 1980) habitent cette partie du monde. Ils y sont groupés en un certain nombre de "conférences" plus ou moins conservatrices, en particulier en ce qui concerne des formes de la non-mondanité. On y rencontre les monnonites les plus résolument conservateurs, les amish, qui refusent toute forme de contacts, même ecclésiastiques, avec les autres mennonites. Leur habillement particulier a été popularisé par la photographie. D'autres mennonites moins conservateurs, d'origine russe, retiennent l'attention des observateurs par leurs méthodes de colonisation agricole et les formes de leur vie sociale.

En 1980, et à la suite d'efforts missionnaires en provenance d'Europe, mais surtout d'Amérique du Nord, il existe plus de 90 000 mennonites africains, et près de 95 000 en Asie. L'Europe et l'URSS en compte la même année 95 500 (environ 2 000 en France). En 2018, le mouvement mennonite dans son ensemble compterait 2 130 000 membres (selon la Conférence mondiale mennonite), croyants baptisés dans 86 pays. Toujours très éparpillés, et présents surtout au Canada et aux États-Unis. En Europe, c'est surtout en Suisse (Jura bernois) et en Allemagne qu'ils résident. En France, ils se concentrent surtout en Alsace.

Les mennonites, persécutés, puis vivant volontairement à l'écart du monde, ont surtout, dans l'Histoire, une réputation de grande honnêteté, de souci du travail bien fait, de progressisme agricole, de charité agissante et d'hospitalité généreuse. La recherche actuelle tend à leur reconnaître un rôle particulier dans l'expérimentation des formes de vie en commun qui ont abouti, par des cheminements divers, au coopératisme. (Jean SÉGUY)

 

Des caractéristiques culturelles multi-séculaires

    Les mennonites sont très mobiles, comme les autres groupes anabaptistes avant eux. Ils doivent en effet échapper aux persécutions politiques et religieuses qui peuvent surgir un peu n'importe où. Les jeunes mennonites cherchent à se soustraire au service militaire que veulent leur imposer les différentes terres d'accueil, à l'encontre de leur foi.

Les mennonites de manière générale refusent :

- le baptême des enfants. Ils pratiquent le baptême du croyant, adolescent ou adulte, précédé d'une profession de fois personnelle, conçue comme renaissance ;

- l'usage des armes, et donc le service militaire ;

- pour une minorité d'entre eux, beaucoup de progrès techniques (automobile, outils agricoles mécanisés, téléphone, télévision...) ;

- comme les protestants, le rôle du pasteur qui serait intermédiaire entre les croyants et Dieu. Celui-ci est seulement un dirigeant élu par l'assemblée.

Ils croient pour la majorité d'entre eux à la nouvelle naissance comme porte d'entrée au salut et dans l'Église, à la séparation de l'Église et de l'État, à l'amillénariste (car Jésus règne maintenant depuis le ciel, siégeant à la droite de Dieu le père, est et restera avec l'Église jusqu'à la fin du monde). Ils se signalent enfin dans l'obligation de diffuser la Bonne Nouvelle et font oeuvre pour cela d'un prosélytisme constant.

 

 

H.S. BENDER, Conrad Grebel, The Founder of the Swiss Brethren, Goshen, 1950. C. J; DYCK, A Introduction to Mennonite History, Scottdale, Pennsylvanie, 1967. J.M. STAYER, Anabaptists and the Sword, Lawrence, Kansas, 1972. G. WILLIAMS, The Radical Reformation, Philadelphie, 1962. René EPP, Marc LIENHARD et Freddy RAPHAËL, Catholiques, protestants, juifs en Alsace, Édition Alastia, 1992. Autour de Pierre LUGBULL, Cent ans d'éditions mennonites, 1901-2001, Éditions mennonites, 2001. Confession de foi dans une perspective mennonite, Éditions mennonites, 2014. J.W WENGLER, Qui sont les mennonites? D'où viennent-ils, Cahoers de Chrit seul, n°4/1993, Éditions mennonites, Montbéliard. On trouve beaucoup d'informations sur les groupes et communautés mennonites dans le site Internet gameo.org, voir précisément leur Encyclopédie Mennonite (en anglais).

Jean SÉGUY, Mennonites, dans Encyclopedia Universalis, 2014 ; Utopie coopérative et oecuménisme, Paris-La-Haye, 1967 ; Les Assemblées anabaptistes-mennonites de France, Paris-La-Haye, 1977.

Partager cet article
Repost0
1 novembre 2019 5 01 /11 /novembre /2019 08:47

   SALLUSTE ou Caïus Sallustius Crispus est un homme politique romain, et surtout un historien de premier plan. Comme tribum du peule, il entre en conflit avec POMPÉE et l'aristocratie, et est l'adversaire de CICÉRON.

    Sa biographie semble avoir été écrite par Q. Asconius Pedianus, mais elle ne nous pas parvenue. Issu, comme on a pu le reconstituer plus ou moins fidèlement, d'une famille de souche phébéienne, questeur en -55, tribum de la phèbe en -52, il soutient le parti des populares, appuyés par Jules CÉSAR et POMPÉE, contre les optimates, parti de Titus Annius MILON et de CICÉRON.

Ami de CÉSAR, il est chargé de mener la flotte romaine en Illyrie. Il est exclu alors du Sénat romain pour immoralité en -50. Il est battu par les pompéiens (-49).

De nouveau questeur, SALLUSTE peut réintégrer le Sénat et CÉSAR lui confie le commandement en Campanie, dont les légions se sont mutinées et il y est battu.

Sa carrière militaire est donc limitée et le domaine politique lui réussit un peu mieux : élu prèteur en -47, il accompagne CÉSAR en Afrique et, du fait de ses talents, se voir confier le gouvernement de la nouvelle province romaine de Numidie en -46/-45.

Après l'assassinat de CÉSAR en mars -44, SALLUSTE, voyant que sa carrière politique, elle aussi, se termine irrémédiablement, préfère se retirer de la vie publique et "profiter de la fortune que ses concussions lui avaient procurée". Militaire, il a toujours pour principe que "la paix est l'intervalle entre deux guerres", et par ailleurs, il estime que régner sur le peuple par la violence est "odieux".

 

Une oeuvre historique de référence

    Après la mort de son protecteur, SALLUSTE se consacre donc à ses écrits. Avec un style concis et un esprit méthodique, il écrit La conjuration de Catilina (qui relate le complot visant la prise du pouvoir et dénoncé par CICÉRON en -63) et surtout l'admirable Guerre de Jugurtha. Son Histoire, qui traite de l'histoire de Rome entre la mort de SYLLA en -78 et la victoire de POMPÉE contre les pirates en -67) en 5 livres, est hélas perdue, et seuls quelques fragments nous sont parvenus.)

   Dans La Guerre de Jugurtha, après avoir remonté en détail aux origines du conflit entre factions qui marquent Rome lorsque éclate la guerre contre le roi de Numidie (Maghreb oriental), il décrit et analyse les méthodes de combat utilisées par les rebelles numides. Fondée sur la surprise et la mobilité, la manière de combattre de Jurgutha remporte de grands succès au début du conflit. Mais bientôt, sous la direction du consul Gaïus MARIUS, les troupes romaines se réorganisent et s'adaptent aux conditions de l'adversaire tout en isolant progressivement celui-ci. Bien que l'objectif de SALLUSTE soit moins d'être ici un écrivain militaire qu'un observateur de la politique romaine, son ouvrage est considéré comme un modèle de description de la guerre irrégulière. (BLIN et CHALIAND)

    L'oeuvre de SALLUSTE marque pour les historiens un progrès par rapport à ses prédécesseurs, les analistes, tant pour la force narrative que pour la méthode historique : il s'efforce en effet d'expliquer les causes des événements politiques et les motivations des acteurs de l'Histoire. Certes, la chronologie et la géographie sont imprécises et souvent fautives, il n'est pas impartial (faisant partie des populares); mais est capable de reconnaitre les mérites de ses adversaires et les défauts de ses amis. Ses lecteurs modernes ne sont donc pas gênés par un apologétisme que l'on rencontre souvent chez les historiens romains. Il influence les historiens antiques postérieurs, notamment TACITE.

 

SALLUSTE, La Guerre de Jugurtha (traduction Nicolas GHIGLION), Éditions Allia, Paris 2017; La conjuration de Catilina, La guerre de Jugurtha, Fragments des histoires, Les Belles Lettres, Paris, 2003. Extrait de La guerre de Jugurtha, La Guerre de Guérilla, XLIII à LXI, traduction de F. RICHARD, de l'édition Garnier-Flammarion de 1968, dans Anthologie mondiale de la stratégie, Robert Laffont, 1990.

Donald EARL, The Political Though of Sallust, Cambridge, 1961. Viktor POSCHI, Sallust, Darmstadt, 1970. Ronald SYME, Sallust, Berkeley, CA, 1964.

Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, Dictionnaire de stratégie, tempus, 2016.

 

 

Partager cet article
Repost0
31 octobre 2019 4 31 /10 /octobre /2019 08:17

   L'anabaptisme est né au sein du foisonnement d'idées et de mouvements qui marque les débuts de la Réforme en Occident au XVIe siècle. Plusieurs tentatives de réforme reçoivent alors un soutien politique et s'institutionnalise ; mais ceux qui veulent réformer l'Église en n'étant pas d'accord avec LUTHER, ZWINGLI ou CALVIN sont considérés comme des dissidents.

 

Diversité de l'anabaptisme

Pour des raisons polémiques, ces dissidents protestants sont souvent qualifiés en bloc d'anabaptistes, de rebaptistes... notamment parce qu'ils se caractérisent par le refus des règles du baptême tel que le conçoit la Chrétienté en général à cette époque. Les historiens actuels relèvent toutefois la multiplication et la variété de cette "aile gauche de la Réforme" ou "Réforme radicale", et distinguent entre révolutionnaires, spiritualistes, anabaptistes et antitrinitaristes (ceux qui refusent le dogme de la Sainte Trinité), là où l'on voyait un ensemble dissident homogène. L'anabaptisme proprement dit regroupe divers mouvements apparus dans les années 1520-1530 en plusieurs régions de l'Europe.

C'est autour de ZWINGLI que le premier anabaptisme structuré voit le jour en Suisse. S'inspirant d'idées venant de LUTHER, ZWINGLI, ÉRASME, CARLSTADT ou du mouvement paysan de 1524-1525, des hommes comme Conrad GREBEL, Félix MANTZ et Balthasar HUBMAIER en viennent à rejeter le baptême des enfants et à former l'idée d'un Église "préconstantinienne" (d'avant la conversion de l'empereur Constantin et de l'établissement du christianisme comme religion officielle), composée de membres à l'engagement chrétien délibéré. Partageant le "sola scriptura" et le "sola fide" de la Réforme, ces anabaptistes suisses rejettent la symbiose entre l'Église et l'État, que les réformateurs ne mettent pas en question. Ce rejet s'accompagne d'une éthique et d'une écclésiologie christocentriques et communautaires, prônant la pratique de la "Nachfolge Christi" (imitation de Jésus-Christ), et, le plus souvent, un retour à la "non-violence" chrétienne.

Une série de disputes théologiques avec ZWINGLI ne permettent pas de venir à bout de tous les désaccords. Les premiers baptêmes sur profession de foi ont lieu à Zurich en janvier 1525 et aboutissent à la formation d'une Église "protestante" dépourvue de soutien politique. Cette Église ne peut survivre que clandestinement et c'est en grande partie grâce à un ancien bénédictin, Michaël SATTLER, qui rédige les sept articles adoptés par les communautés anabaptistes suisses en février 1527 à Scheleitheim, qu'elle traverse un rejet et une persécution sévères. Ces articles confessent le baptême des adultes, la nécessité d'une discipline d'Église conforme à Mathieu 15 15-18 (Évangile de Mathieu), l'impossibilité pour un chrétien d'être magistrat ou d'utiliser la violence et une séparation radicale entre l'Église et l'État.

Un autre courant anabaptiste nait presque en même temps en Allemagne du Sud et en Autriche. Avec des meneurs comme Hans HUT et Hans DENK, cet anabaptisme reçoit à ses débuts la forte marque de la mystique rhénane. Le théologien laïc Pilgram Marpeck de RATTENBERG (1495-1556) y développe une théologie fondée sur l'humanité du Christ. Cette mouvance survit durablement surtout en Moravie, sous la direction de Jacob HUTTER. Dans les années 1530, HUTTER fonde un anabaptisme plus radicalement communautaire que le mouvement suisse et où l'on pratique la communauté des biens. Ce mouvement "huttérien" connait un âge d'or pendant la deuxième moitié du XVIe siècle, mais a beaucoup de mal par la suite à résister à la Contre-Réforme.

Un troisième courant, situé aux Pays-Bas, est fortement marqué à l'origine par la théologie millénariste et spiritualiste de Melchior HOFFMAN (1495-1543). Cette pensée rencontre un soutien populaire et contribue largement à l'affaire (ou révolte) de Münster en Westphalie (1534-1535) où, sous la direction de Berhnard ROTHMANN et de Jean de LEYDE, on cherche à établir une Réforme fondée sur une écclésiologie anabaptiste et à préparer le retour prochain du Christ (parousie). Terminée dans le sang, l'affaire sert la polémique anti-protestante de l'Église catholique et pousse les protestants à se démarquer le plus possible de toute forme de dissidence issue de leurs rangs. L'anabaptisme néerlandais survit néanmoins sous une forme pacifique, grâce à l'ancien prêtre Menno SIMONS, qui rassemble une bonne partie des "rescapés" de Münster autour d'une théologie proche de celle de l'anabaptisme suisse issu de Schteitheim.

Rejetés et persécutés aussi bien par les protestants "officiels" que par les catholiques, des milliers d'anabaptistes trouvent la mort (surtout au XVIe siècle) ou sont poussés à l'exil ou à l'émigration. Ce n'est que dans les Pays-Bas que les mennonites connaissent une assimilation culturelle plutôt paisible à partir du XVIIe siècle (le peintre REMBRANDT en est proche, voire même membre). De nombreux anabaptistes suisses, alsaciens et allemands trouvent dès le XVIIe siècle un terrain plus favorable en Amérique du Nord. Leur émigration vers les Amériques continuent jusqu'après la Seconde Guerre Mondiale. Avec l'effondrement récent du "socialisme réel" officiel, enfin, beaucoup de mennonites russes d'origine néerlandaise et allemande s'établissent aujourd'hui en Allemagne. Ainsi, les descendants spirituels des anabaptistes du XVIe siècle vivent aujourd'hui dans de nombreux pays, y compris en Afrique et en Asie. Ils se dénomment mennonites, huttériens ou amish. (Neal BLOUGH).

 

Des principes fondateurs

      Rappelons ici simplement le fondement biblique de l'anabaptisme : En Marc 16.15-16, les dernières paroles de Jésus sont : "Allez par tout le monde, et prêchez l'évangile à toute créature. Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé ; mais celui qui ne croira pas sera condamné." En Actes 2.38, Pierre dit : "Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ, pour le pardon de vos péchés ; et vous recevrez le don du Saint Esprit". Pour les anabaptistes, ces passages démontrent clairement que le baptême s'applique aux croyants et suit la repentance et l'instruction.

Selon Matthieu 3-13-16, Jésus est allé au Jourdain vers Jean le Baptiste, pour être baptisé par lui. Dès qu'il fut baptisé, Jésus sortit de l'eau.

S'appuyant sur ces textes, les anabaptistes s'estiment être les héritiers de l'Église primitive.

La Confession de Schleitchem publiée en 1527 par les Frères suisses (avec Michael SATTLER) est la référence de pratiquement tous les groupes anabaptistes modernes, en sept traits :

- le baptême est réservé aux croyants adolescents ou adultes (baptême du croyant), c'est-à-dire aux croyants sûrs de la rédemption et qui veulent vivre dans la fidélité du message du Christ.

- la cène n'est que symbolique. C'est une cérémonie du souvenir faite avec du pain (parfois sans levain) et du vin (parfois non alcoolisé) mais il n'y a ni consubstantiation ni transsubstantiation.

- le pasteur est élu librement par la communauté et n'est pas investi du sacerdoce.

- Sont exclus de la cène tous les fidèles tombés dans l'erreur et le péché.

- La séparation du monde est totale, aussi bien religieusement que politiquement. Il s'agit de se séparer de toutes les institutions qui ne sont pas dans l'Évangile.

- Ne pas "user de l'épée", c'est-à-dire de participer à l'institution judiciaire (juge, témoin, plaignant).

- Ne pas prêter serment.

 

 

Entre spiritualisme, millénarisme, établissement du royaume de Dieu sur Terre et anabaptisme pacifique...

    L'historiographie traditionnelle, suivant consciemment ou non les points de vue polémiques de LUTHER, considère Thomas MÜNTZER (vers 1489-1525), comme le premier des anabaptistes. En fait, il semble bien qu'il n'ai jamais pratiqué le baptême des adultes, mais seulement attaqué celui des enfants. Prêtre catholique, puis ministre luthérien, il a acquis une connaissance approfondie de la mystique allemande médiévale. A cette influence s'ajoute celle d'un groupe millénariste et spiritualiste, "les inspirés de Zwickau", puis celle des hussites tchèques. Pour lui, le vrai baptême consiste en une expérience intérieure de genre ascétique. Il est également persuadé de la proximité immédiate du Royaume de Dieu. Il faut en activer la venue par les moyens violents et le recours au peuple en armes, puisque princes et prêtres se refusent à la vraie Réforme. MÜNTZER, plutôt donc spiritualiste militant, anime une société secrète la "ligue d'Allstedt" ou "ligue des élus". En 1524, il entre en conflit avec l'autorité princière de la Saxe et, en 1525, après avoir été mêlé à des désordres sociaux et politiques à Mühlhausen (thuringe), il rejoint la révolte des paysans allemands et rédige peut-être leur Manifeste. Fait prisonnier à Frankenhausen, où s'effondre la révolte paysanne, il est décapité en mai 1525.

    Le Souabe Melchior HOFMANN, millénariste convaincu, n'en est pas moins anabaptiste au sens strict du mot. Fourreur de son métier, autodidacte en religion, il s'est imprégné de la mystique médiévale allemande autant que de Bible. Séduit par les idées de LUTHER, il les amalgame à ses propres spéculations eschatologiques. Il prêche son message, de son propre chef, sur les bords de la Baltique, en Scandinavie, puis dans la vallée du Rhin et en Hollande. D'abord favorablement accueilli par les autorités civiles et religieuses, il finit par être repoussé partout, à causes de ses idées eschatologiques et de sa prétention à être un personnage messianique, annonciateur du millénium. En 1530, rencontrant à Strasbourg des anabaptistes pacifiques, il reçoit d'eux le baptême sur profession de foi.

Désormais, il ne cesse alors de prêcher son interprétation de l'Évangile. Il insiste sur la nécessité de la conversion et l'attente passive de la parousie (ou retour du Christ). Le baptême est, pour lui, le sceau des élus en vue du millénium. Ce dernier est fixé par HOFMANN à plusieurs dates différentes et à Strasbourg de plus (cela rappelle les "prédictions" successives de certaines sectes chrétiennes...). A sa mort en prison dans cette ville, il a rassemblé un très grand nombre de fidèles dans la vallées du Rhin, surtout en Hollande.

     L'affaire ou plutôt la révolte de Münster, connue sous le nom de l'"affaire du Royaume de Dieu à Münster" se rattache aux conséquences de la prédication d'HOFMANN d'une part, et aux circonstances socio-religieuses propres à l'introduction de la Réforme dans cette ville d'autre part. Bernard ROTHMANN, le prêtre catholique responsable du passage de la cité au luthérianisme (1532), se convert en effet (1533-1534) à l'anabaptisme hofmannien. Dès mars 1534, la ville se trouve sous l'influence à peu près complète des anabaptistes, dont beaucoup sont venus d'autres régions d'Allemagne et de Hollande. Jean MATTHIIJS, chef du mouvement hollandais, s'éloignant des préceptes de HOFMANN, parle désormais de détruire les impies par les armes, et voit en Münster la future Jérusalem céleste (phénomène récurrent par ailleurs, beaucoup de prédicateurs pensent que LEUR ville est la ville élue...). Il organise la ville - d'ailleurs assiégée par les troupes du prince-évêque - sur les bases d'une totale communauté des biens. Mais il périt le 4 avril 1534, dans une escarmouche, sous les murs de la cité. Il est remplacé par Jean de LEYDE, autre hollandais. Celui-ci s'empare de l'ensemble des leviers de commande de la ville et, se donnant le titre de "Roi de justice", établit une véritable théocratie fondée sur une lecture de l'Ancien Testament qui ramène jusqu'à la polygamie. Toute l'affaire se termine dans la sang et les ruines, en juin 1535 quand les troupes de l'évêque reprennent la ville. Jean de LEYDE finit sur le bûcher et quelques rescapés de cette aventure finissent par se joindre à des formes "pacifiques" ou parfois "spititualistes" de l'anabaptisme. Cette révolte constitue pour les autorités un pivot majeur de leur propagande politique et religieuse, selon leur orientation contre les Protestants de manière globale  ou contre les Catholiques, soupçonnés d'avoir aidés les rebelles... D'un retentissement certain dans de nombreux pays (n'oublions pas alors que les nouvelles circulent de plus en plus vite, par la multiplication des ateliers d'imprimerie..), cette révolte radicalise l'opposition entre Catholiques et Protestants en même temps qu'elle polarise certaines répressions contre les Portestants dissidents, qu'ils soient violents ou pas, suivant un mécanisme banal d'ailleurs.

    L'anabaptisme pacifique est le seul des mouvements anabaptistes du XVIe siècle à avoir une descendance aujourd'hui, dans les assemblées dites mennonites. Cette branche de la réforme radicale né à Zurich, on l'a déjà écrit, en 1525, d'un schisme entre ZWINGLI, réformateur du canton, et certains de ses disciples. Avec les hommes et les mouvements précédents, on a affaire, sur le terrain protestant, à des résurgences de mysticisme médiéval plus ou moins intégrés à des problématiques luthériennes ; ici, par contre, on se trouve en face de la première dissidence protestante portant à leurs conséquences radicales les principes des réformateurs, même si les influences médiévales s'y retrouvent également. L'originalité de l'anabaptisme pacifique tient à la façon dont il restitue le modèle de l'Église qu'il tire d'une partie du Nouveau Testament. L'Église est pour lui la communauté locale visible des convertis, n'y sont admises, sur profession de foi, que les personnes qui ont décidé de répondre avec fidélité à la prédication de l'Évangile. L'État n'a rien à faire avec ces assemblées, qui lui refusent le droit de toute intervention dans le domaine religieux. Vis-à-vis du monde, l'anabaptisme pacifique prend ses distances par la non-mondanité. Celle-ci consiste dans le refus du serment, de la guerre, de la participation à la vie politique... et dans la simplicité de vie. Pacifique autant qu'il est possible, l'anabaptisme zurichois n'en est pas moins sévèrement persécuté. Il passe pour révolutionnaire parce qu'il se soustrait à la juridiction de l'État en matière religieuse. Son histoire postérieure se confond avec celle du mouvement mennonite. (Jean SÉGUY)

 

 

Un mouvement religieux qui suscite l'inquiétude et la répression

    Pour beaucoup d'historiens, l'anabaptisme, sous toutes ses formes, est un mouvement des territoires impériaux (du Saint Empire Romain Germanique) de l'Europe. Il se rattache aux espoirs mis par les germanophones et les Néerlandais dans l'empereur d'Allemagne, pour effectuer la réforme de l'Église. Cet espoir déçu, les partisans d'un renouveau chrétien se tournent vers les masses populaires défavorisées (anabaptismes militants et anabaptisme hofmannien) ou vers les humanistes (anabaptisme pacifique zurichois). Cette dichotomie du recrutement et de l'inspiration ne permet pas de voir dans le phénomène anabaptiste total une révolte uniquement phébéienne ni même un simple reflet de la situation économique. Il se rattache plutôt à l'ensemble des efforts des sociétés allemande et hollandaise du XVIe siècle pour se réintégrer dans le domaine religieux comme dans celui de la politique, de l'économie et de la culture. Ceci posé, il y a lieu de s'interroger sur la nature profonde de ce mouvement religieux et sur la réaction des autorités politiques et religieuses à son extension.

   En effet, l'anabaptisme s'enracine, premièrement dans cette idées que le seul baptême valable est celui de l'adulte conscient de ses engagements, dans une revendication de l'individu envers tout système d'autorité. Individus et groupes se revendiquent à partir d'une lecture de l'Évangile, mis à la disposition des classes cultivées et livré à l'ensemble des classes, pauvres notamment, dans leur langue et leur langage. La prédication se veut une prédication explicative et non une prédication d'autorité, qui par l'impressionnant développement d'une mise en scène et d'une musique ample, veut impressionner d'abord et menacer ensuite (des foudres de l'enfer par défaut d'obéissance). En plus de cette revendication protestante (contre les Indulgences, le paiement en espèces et nature du pardon des péchés, institution très lucrative, rappelons-le), se formule une exigence de retour à l'Évangile que clairement, les autorités religieuses et politiques (les mêmes souvent) piétine régulièrement par ses pratiques. Le refus de la violence, à un moment où précisément se forment les idéologies et les pratiques de monopolisation de celle-ci par l'État, le refus de la propriété privée (au moment de l'essor d'un capitalisme commercial qui se repose sur son respect), le refus enfin d'une vie basée sur la jouissance (au moment où une fraction de l'humanisme fait retour sur le corps et les jouissances terrestres), cela fait beaucoup pour des autorités de plus en plus conscientes de leurs possibilités matérielles. Et cela explique les diverses répressions qui s'abattent sur l'anabaptisme, en plus du fait qu'une partie de celui-ci réside dans des groupes particulièrement violents, avec lesquels on fait facilement, et parfois avec bonne foi, l'amalgame. Côté protestant, où la Réforme est aussi le moment d'une redistribution des richesses accumulées par l'Église catholique, l'anabaptisme conteste la légitimité religieuse et politique à partir de laquelle elle se réalise. Sur le plan des principes comme sur le plan des pratiques.

 

Claude BAECHER, Anabaptismes et mennonites, Une bibliographie française : découvrir l'anabaptisme en langue française, École iblique mennonite européenne, Bienenberg, 1992. Sous le direction de M. LIENHARD, The Origins and Characteristics of Anabaptism ; Les Débuts et les caractéristiques de l'anabaptisme, Nijhoff, La Haye, 1977. Stuart MURRAY, Radicalement chrétien, Angleterre, Excelsis, 2013. Arnold SNYDER, Graines d'anabaptisme - Éléments fondamentaux de l'identité anabaptiste, éditions Menhonites, Montbéliard, 2000. De Mennonite Encyclopedia (1955-1990), 5 volumes, Scottdale, Penn.

Jean SÉGUY, Anabaptisme, dans Encyclopedia Univesalis, 2014. Neal BLOUGH, Anabaptisme, dans Dictionnaire critique de théologie, Sous la direction de Jean-Yves LACOSTE, PUF, 2007.

PAXUS

 

Partager cet article
Repost0
29 octobre 2019 2 29 /10 /octobre /2019 09:42

    Erwin Johannes Eugen ROMMEL est un général allemand, officier pendant plus de trente ans, dans l'armée de terre, au service des régimes politique qui se succèdent, Empire allemand, République de Seimar, Troisième Reich. Il jouit d'une excellence réputation chez les stratèges et les historiens militaires, qu'il se forge au cours de la Deuxième guerre mondiale en s'illustrant dans le désert lybien.

 

Deux carrières militaires successives de premier plan

   Engagé  en 1910 dans l'armée, comme élève officier, lieutenant en 1912, le jeune ROMMEL combat sur divers fronts pendant la Première guerre mondiale, à l'issue de laquelle il est décoré. Il combat notamment en Belgique, en Argonne, puis dans les troupes de montagnes, et ensuite sur le front de l'Est dans les Carpates avant de faire partie des sept divisions envoyées en renfort à l'armée autrichienne qui subi de lourdes pertes sur le front italien depuis 1915. En janvier 1918, ROMMEL est affecté à son regret, lui qui préfère le terrain, à l'état-major du 64e corps d'armée à Colmar sur le front français. Comme bon nombre d'officiers du Reich, il voit l'armistice du 11 novembre 1918 comme une trahison des politiques vis-à-vis de l'armée, car, pour lui, l'armée allemande n'a pas été réellement vaincue.

En juillet 1919, le capitaine ROMMEL prend le commandement d'une compagnie de sécurité intérieure à Friedrichshafen, d'abord avec difficulté (volonté des hommes d'élire un officier politique, ceux-ci étant en majorité d'anciens marins "rouges") puis grâce à son talent oratoire il parvient à les faire défiler.

Après avoir abandonné la carrière militaire pour poursuivre des études universitaires à Tubingen, il adhère à la SA et milite pour le national-socialisme. Avec l'arrivée au pouvoir de HITLER, ROMMEL entame une seconde carrière militaire. Son ascension est fulgurante, comme d'ailleurs nombre de militants nationaux-socialistes, bien moins compétents que lui d'ailleurs. Colonel, directeur d'une école militaire, il participe à la campagne de France en 1940 à la tête d'une division blindée, la "division fantôme", avant d'être nommé général par le Führer que le place à la tête de l'Afrikakrops.

Là, il a pour mission de sauver une situation, en Afrique du Nord, compromise par les armées italiennes. Après une série de victoires, il est finalement battu par MONTGOMERY à El-Alamein en Égypte, en 1942, et doit se replier sur la Tunisie. En 1943, il prend le commandement des armées allemandes en Italie du Nord avant de se retrouver sur le mur de l'Atlantique. En juin 1944, il ne parvient pas à endiguer le débarquement des forces alliées en Normandie, dont il avait prévu la localisation géographique (sans être entendu). Il participe au complot contre HITLER du 20 juillet 1944, sans y prendre part de manière active, et deux mois plus tard, se suicide par empoisonnement sur les ordres du führer.

     ROMMEL est connu pour ses exploits dans la guerre du désert où il se montre meilleur tacticien qua stratège. Il sait parfaitement s'adapter aux circonstances bien particulières de la guerre dans le désert, mais ses choix stratégiques lui coûtent la victoire. Sur un espace gigantesque et sur un terrain accidenté, ses armées effectuent de larges mouvements d'allers-retours et pratiquent une tactique de combat tourbillonnaire. ROMMEL sait surprendre l'ennemi et est passé maître dans l'art de la feinte. Il parvient à surpasser ses adversaires dans des circonstances difficiles où les contraintes physiques sont énormes. Les lignes de communication dans le désert sont très étendues, et la difficulté à concentrer les efforts est extrême. D'autre part, les ravitaillements - en armes, en munitions, en carburant et en moyens de survie - sont insuffisants (notamment à cause de la stratégie hitlérienne sur deux fronts...). ROMMEL combat avec des moyens très limité contre un adversaire largement supérieur en moyens matériels et humains, et de surcroit de plus en plus ravitaillé. (BLIN et CHALIAND)

 

Un faible engagement politique surestimé par les partisans de l'arrêt de la guerre

    ROMMEL, comme de nombreux officiers allemands ne cache plus en 1944 qu'il fallait négocier une paix séparée avec les Alliés occidentaux, sous peine d'une défaite totale au bénéfice de l'URSS. S'il a des contacts réguliers avec la frange d'officiers décidés à écarter HITLER di pouvoir, il ne souhaite pas son exécution, et les premiers ont peine à l'en convaincre. Blessé grièvement quelques jours plus tôt dans le mitraillage de sa voiture, il ne participe pas à l'attentat du 20 juillet. Il n'est donc pas inquiété lors des arrestations de juillet et d'août. il est forcé de se suicider, en échange de la préservation de son honneur et du respect de sa famille, ce qui préserve aussi les officiers nazis des contre-coups d'incarcération d'un maréchal devenu très populaire.

Très légaliste, ROMMEL ne prend pas part réellement au complot, et il se situe dans la stricte tradition des officiers allemands, discipliné et s'opposant très peu à HITLER dans l'élaboration de la stratégie globale, même s'il pointe de temps à autres les carences graves menant à la défaite, tant en Afrique qu'en Normandie.

 

Une postérité persistante

    Erwin ROMMEL, dès les années 1950, est une figure populaire et en partie mythique. Celle-ci se développe sous le Troisième Reich, mais perdure après-guerre avec le soutien notable de la presse britannique et du cinéma américain. Il incarne aux yeux de l'opinion publique la prétendue "Wehrmacht aux mains propres". Ses deux livres sont publiés maintes fois, même si leur intérêt est surtout dans la description des manoeuvres militaires pendant la Seconde Guerre mondiale.

Dans L'infanterie attaque, paru en 1937, il expose la tactique militaire, surtout à l'chelle des petites unités d'infanterie, notamment à l'échelle du Gruppe (escouade), en s'appuyant sur son expérience au sein du Sturmtruppen. Il développe son expérience en tant que lieutenant d'infanterie d'abord en France de 1914 à 1916, principalement en Lorraine, puis en Roumanie de 1916 à 1917. Il détaille ensuite son implication dans la bataille de Caporetto en Italie.

La Guerre sans Haine est un ouvrage recueillant les notes prises jour après jour par le général ROMMEL lors de ses différentes campagnes pendant la Seconde guerre mondiale. Elle sont organisées et annotées par Fritz BAYERLEIN. Le dernier chapitre, portant sur les derniers jours du général, est écrit par son fils Manfred ROMMEL. La première édition parait en 1953. la première traduction française date de 1960. Il se montre plus tacticien sur le terrain qu'autre chose de manière générale. Mais dans un chapitre intitulé "Règles de la guerre du désert", il se révèle non seulement praticien de grand talent mais également comme penseur de la guerre.

 

Erwin ROMMEL, L'infanterie attaque, éditions Le Polémarque, 2012 ; La Guerre sans haine, carnets présentés par Basil Liddel-Hart, Amiot Dumont, 1953, rééditions Le Livre contemporain Châtillon-sous-Bagneux, 1960 et Nouveau Monde Editions, 2012, 2018. "Régles de la guerre au désert" sont publiées dans l'Anthologie mondiale de la stratégie, Robert Laffont, 1990.

Benoît LEMAY, Erwin Rommel, Paris, 2009. Robert LEWIN, Rommel as Military Commander, Princeton, 1968. F. GAMBIEZ et M. SUIRE, L'Épée de Damoclès, la guerre de style indirect, Paris, 1967.

Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, Dictionnaire de stratégie, tempus, 2016.

 

 

 

   

Partager cet article
Repost0
26 octobre 2019 6 26 /10 /octobre /2019 12:22

       Henri II de ROHAN est un membre de la puissante maison bretonne des ROHAN, convertie au protestantisme. Chef de guerre des rébellions huguenotes contre le pouvoir royal catholique, il est des principaux acteurs des guerres de religion de son époque.

Homme de guerre, stratège et écrivain militaire, Henri de ROHAN est formé à l'école néerlandaise, la plus moderne de son temps. Il combat auprès de Maurice de NASSAU, puis travaille pour le compte de RICHELIEU qui le charge de conquérir la Valteline (Italie). Il meurt au combat à Rheinfeld, après un exil et un rappel de Bernard de SAXE-WEIMAR, allié de la France, pour combattre les Allemands.

Il rédige deux traités de stratégie qui ont un grand succès, durant son exil après la chute de LA ROCHELLE et la signature de la Paix d'Alès en 1629 : Le parfait capitaine (1631) et Le Traité de la guerre (1636).

     Comme d'autres stratèges avant lui (notamment MACHIAVEL) et après (FOLARD, Ardant du PICQ), il est résolument tourné vers l'Antiquité romaine où il puise les sources de sa pensée stratégique. Henri de ROHAN porte un intérêt profond à la personne de Jules CÉSAR qui incarne, selon lui, le parfait capitaine tel qu'il le décrit dans son livre. Il souligne en particulier les qualités de commandement de CÉSAR qui était capable de vaincre des armées plus puissantes que la sienne et, surtout, qui ne se décourageait jamais. Cette science de la guerre et cette volonté exceptionnelles de CÉSAR lui rappellent son autre grand maître, contemporain, Maurice de NASSAU.

La doctrine de guerre que le duc ROHAN développe d'après ses observations historiques et personnelles favorise l'offensive et la recherche de la bataille décisive. Il attache une importance toute particulière à l'organisation de l'armée, à la formation et à l'entrainement des soldats ainsi qu'aux problèmes liés à la logistique. Il préfère une armée de taille modeste mais très mobiles et bien renseignée. Comme stratège et théoricien de la guerre, il a une grande influence sur TURENNE et CONDÉ. Son souci d'organiser les armées d'une manière plus rationnelle et efficace qu'auparavant se retrouve chez RICHELIEU puis chez Le TELLIER et LOUVOIS. (BLIN et CHALIAND)

    Henri de ROHAN rédige également, en exil, s'installant à Venise, alors alliée de la France, en y mettant à son service son talent militaire, L'Apologie du duc de Rohan sur les derniers troubles de la France, plaidoyer pro domo sur sa fidélité à la France. Dans cette ville et à Padoue, il compose également ses Mémoires, publiée après sa mort en 1644, où il se justifie longuement de ses échecs, par la division de la communauté réformée? Il y rassemble ses différents discours et divers traités, dont De l'intérêt des princes et états de la chrétienté, publié en 1634, et Le parfait capitaine, en 1636 (il en existe en fait plusieurs versions, suivant la date de publication), excellentes contributions, et appréciées par de nombreux auteurs comme tels, même s'ils ne font pas partie de sa confession, à la littérature politique du XVIIe siècle.

 

Henri de ROHAN, Mémoires du duc de Rohan, réédition de 2010, Éditions Ampelos ; Le parfait capitaine ; De l'intérêt des princes et des États de la chrétienté, réédition PUF, 1995 ; voyage du duc de Rohan fait en l'an 1600 en Italie, Allemaigne, Pays-Bas Uni, Angleterre et Escosse, disponible sur le site Gallica de la BnF. 

Eugène CARRIAS, La Pensée militaire française, Paris, 1960.

Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, Dictionnaire de stratégie, tempus, 2016

 

Partager cet article
Repost0
25 octobre 2019 5 25 /10 /octobre /2019 12:08

    Il faut bien entendu se détacher de l'image unificatrice donnée par les médias (venant surtout de la côte Est pour l'écrit, de la côte Ouest pour l'audio-visuel...) des États-Unis comme d'un seul pays. On a affaire, on ne l'écrit jamais assez, à une cinquantaine de pays dont chacun a des habitants fiers de leur "nationalité", cela évite par ailleurs d'avoir des surprises sur l'efficience de la grande fédération du Nord de l'Amérique dans bien des domaines, comme de se laisser surprendre par une vision qui empêche de comprendre réellement ce que sont les différents pacifismes aux moeurs, pratiques et visions du monde distinctes. Cela est dû en grande partie - et même la rhétorique états-unienne ne peut l'effacer - aux colonisations différentes subies par les territoires amérindiens. Cela explique secondairement notre méthode d'exposition des pacifismes, non par périodes historiques mais par catégories ou groupes pacifistes. Chaque futur État, et par-delà les découpages de frontières qui sont fait dans l'Histoire globale de la fédération, a son histoire, en même que celle, mais relativement tardivement - milieu du XIXe siècle réellement - du pays à la bannière étoilée. Chaque pacifisme a sa coloration et ses fondements, non seulement en fonction de sa provenance de l'Ancien Monde, mais aussi à cause des différents obstacles rencontrés par les vagues successives de colons.

 

Différentes colonisations suivant leur provenance

    Très tôt, juste après la découverte du Nouveau Monde, que beaucoup prendront pour les Indes, objet de la recherche de nouvelles voies maritimes, est un enjeu international. Les grandes puissances européennes se lancent dans l'exploration et la conquêtes de nouveaux territoires, forts de richesses pour la plupart inattendues, bâtissent de vastes empires coloniaux qui finissent d'ailleurs par être absorbés par d'autres empires ou par devenir indépendants vis-à-vis de leur métropole, après être devenus pour la plupart l'objet de rivalités inter-atlantiques au sein même des États européens (les colons tendant à se montrer réticent à verser leurs "dûs" à leurs Couronnes respectives). Colonisations, espagnole, suédoise, anglaise, hollandaise, allemande, française, russe... se chevauchent chronologiquement, se menant tantôt séparément, tantôt en concurrence l'une de l'autre...

   Dès le XVIe siècle ont lieu les explorations et les premières tentatives de colonisation, entendre d'établissement permanent d'une présence, la revendication d'une appartenance se fondant sur cette présence d'abord bien précaire, avant la fondation de véritables ports, puis de véritables forts, et enfin de nouvelles villes. En fait, il faut attendre près d'un demi-siècle pour que les navires européens lancent des expédition, tant les conflits internes aux métropoles (entre déni de découverte et difficultés de financement dues entre autres aux multiples guerres en cours) sont importants, et plusieurs dizaines d'années encore avant la fondation des premiers établissements.

Dans la première moitié du XVIe siècle, les Espagnols pénètrent depuis l'actuel Mexique, puis vers l'Est, en Floride, pour poursuivre vers les Appalaches et la région du Mississippi. A l'Ouest, le mythe de l'Eldorado attire les aventuriers au sud-Ouest des actuels États-Unis. Plus au Nord, la Grande-Bretagne et la France explorent les côtes américaines entre 1520 et 1607, mais ne parviennent pas à s'y implanter.

Les Français débarquent sur la côte Est et la baptise Nouvelle-France pour François 1er en 1534. En 1541, Charlesbourg-Royal est le premier établissement européen en Amérique du Nord, abandonné l'année suivante. Deux tentatives de colonisation française conduites par des membres de la religion réformée échouent face aux Espagnols catholiques. La rivalité entre Charles Quint du Saint Empire Romain Germanique, Henri VIII d'Angleterre et François 1er de France dominant la scène européenne, avec pour enjeu, en ce qui concerne les Amériques, les multiples prélèvements d'or, servant, via les banquiers allemands et italiens, à financer les multiples guerres en cours. Dans les années 1540-1560, les expéditions françaises se soldent par des échecs (coûteux d'ailleurs).

Les Anglais prennent possession, vers 1579, de la région de San Francisco au nom de la reine Élisabeth 1er. La colonie de Roanoke est la première tentative réelle de colonisation anglaise, qui échoue d'ailleurs pour des raisons complexes (sans doute l'assimilation des colons par les populations amérindiennes...). La charte de colonisation est octroyée en 1584 par la reine à Sir Welter RALEIGH. La même année, ce dernier fait explorer la "terre de Viriginie" sur le territoire actuel de la Caroline du Nord.

A chaque fois, les relations entre nouveaux arrivants et occupants du sol rendent fragiles tout établissement permanent.

Les premières véritables fondations d'établissement permanents (ports, forts, relais, villes...) sont le fait des Espagnols, en Floride, au Nouveau-Mexique, au Texas, en Californie, où les colons se voient souvent confrontés à la double menace d'autochtones peu amènes une fois qu'ils ont compris quelle était la nature des invasions et des concurrents européens, tels que les Français et les Anglais en Floride, les Français, aidés par intermittence des Comanches, au Nouveau-Mexique, les Français encore au Texas, qu'ils gardent après escarmouches, pillages et "guerres", notamment via la Louisiane conquise par les Français. En Californie, c'est pour faire pièce à l'implantation russe et là, les Espagnols réussissent leur plus forte implantation et resteront jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, période où les habitants se sentant plus californiens qu'espagnols proclament leur indépendance.

Les premières entreprises coloniales françaises datent du XVIIe siècle, plus au Nord. Les colons qui s'y étaient le font parfois au nom du roi de France (Nouvelle-France) dans ce qui est aujourd'hui l'Acadie, le Canada, Terre-Neuve et la Louisiane. Cette Nouvelle-France disparait en 1763, lorsqu'elle est absorbée par les Anglais et les Espagnols en vertu du Traité de Paris qui met fin à la guerre de Sept Ans.

Presque en même temps s'établissent les premières colonies britanniques (Virginie, puis du Cap Fear au détroit de Long Island, selon des modalités bien plus complexes que pour les colonies françaises, au moins statutairement, reflet des guerres de religion en Europe qui jettent surtout des protestants dans le Nouveau-Monde. Colonies à Chartes octroyées par le souverain à des compagnies maritimes privées (Rhode Island, Connecticut, Maryland) dans lesquelles les colons jouissent d'une grande autonomie, y compris religieuse. Colonies de propriétaires dont le statut est définis lors de la reconnaissance par Londres de la fondation de la colonie (Pennsylvanie, Delaware, et entre la Nouvelle-Angleterre et le Maryland, propriété du duc d'Yrork, qui deviennent colonies à charte). Colonies de la Couronne (New Hampshire, Massachusetts, New York, New Jersey, Virginie, les deux Caroline, Géorgie) qui bénéficient d'une "Constitution" rédigée par la Couronne. Constitutions qui sont des instructions successives données aux gouverneurs qui les appliquent souvent avec modération...

La progression de la colonisation anglaise est la plus forte et relègue (presque dans l'oubli) les colonies hollandaise (New Amsterdam, future New York en 1624) perdues par les Pays-Bas en 1664, la Nouvelle-Suède (en Delaware et en Pennsylvanie, évincés très vite par les Hollandais, eux-mêmes...), la Nouvelle-Courlande (par le duché de Courlande) sur l'ile de Tobago, l'Amérique russe (Alaska découverte en 1732, colonisée partiellement en 1784), en butte eux aux autochotones qui l'affaibliront au point de la laisser vendre aux États-Unis en 1867...)...

 

Des situations différentes des pacifismes suivant les colonisations

Lorsque les colons anglais se sont établit une peu partout, repoussant surtout les Français vers la Louisiane, leur situation à la veille de l'indépendance est très différente selon qu'ils se trouvent dans les 13 colonies anglais ou les autres, et le statut même de la colonie. C'est la composition des élites, divergences, qui influent le plus sur l'orientation des groupes pacifistes qui s'installent, noyés souvent dans le mouvement d'émigration général, sauf cas spécifiques.

Au Nord, avec la réussite économique, la théocratie puritaine se transforme. Une certaine homogénéisation du peuplement, des facteurs religieux communs et la réussite économique façonnent une mentalité particulière que l'historien Samuel MORISSON perçoit comme les premiers "yankees". Aussi conservateur en morale et en religieux que radicaux en affaires et politique, les Yankees deviennent le stéréotype de l'américain du Nord-Est.

Au Sud, les élites sont surtout des gentlemen des plantations fascinés par le monde aristocratique. Aux îles comme en Amérique, la maison du planteur est le symbole à partir des années 1720 de la réussite sociale.

Cette présentation doit être nuancée. Suivant l'état des relations entre colonies (surtout de par la facilité de communication par terre ou par mer), chaque colonie possède en quelque sorte ses particularités, même si la préoccupation des gouverneurs est surtout à la fois de faciliter le transfert de richesses sur l'Ancien Monde et de garder des bonnes relations de part et d'autres de l'Atlantique, objectifs qui peuvent devenir contradictoires, et d'autant plus difficiles à tenir lorsqu'il s'agit de tenir compte des oukases religieux venant de la Métropole...

Au Nord comme au Sud, les colonies américaines sont différentes sur le plan religieux. L'anglicanisme favorise un éclatement religieux non seulement entre colonies mais aussi à l'intérieur de celles-ci, qui forment des mosaïques dont il est bien difficile de dresser un tableau historique...

- Des groupes anabaptistes des Pays-Bas, dont les dirigeants les plus connus sont Menno SIMONS et Dietrich PHILIPS, appelés Mennonites, au cours des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles s'installent, outre, outre en Prusse ou en Russie, aux États-Unis. Tandis que les Frères suisses, ceux formés autour de Melchior HOFMAN et les huttérites restent majoritairement dans leurs régions respectives, les Brudern (Frères) apparus dans le Palatinat allemand vers 1708, émigrent en Amérique du Nord où ils fondent différentes Églises qui perdurent aujourd'hui. Les sociétés anabaptistes sont surtout urbaines et pacifistes, mais beaucoup perdent la foi ou abandonnent leur religion, et se réfugient souvent dans les campagnes où elles espèrent éviter les répressions.

- Nombre de Mennonites s'établissent en Pennsylvanie, puis en Ontario (entre 1786 et 1825). Beaucoup se sont installés en Pennsylvanie, colonie fondée par des membres de la société religieuse des Amis (Quakers), vu une certaine proximité d'idées et surtout de tolérance. Cette colonie, fondée par William PENN en 1682, avec une constitution qui sert ensuite de base à celle des États-Unis, devait être un refuge pour tout monothéiste persécuté. Au XIXe siècle, bien après donc les émigrations issues des persécutions religieuses d'Europe occidentale, plusieurs schismes divisent les Quakers. On peut considérer que l'histoire des Quakers en Amérique du Nord, dans leur migration comme dans leurs établissements pérennes, ont influencé les autres groupes pacifistes tout en facilitant leur installation. Malgré leurs divisions, les Quakers interviennent de manière importante dans beaucoup de débats publics (place de l'État, esclavage, condition ouvrière, prisonniers, malades mentaux...) et souvent, leurs interventions vont de pair avec celles d'autres groupes pacifistes, les premiers ayant toujours de par le monde une position non-violente sur maints problèmes.

- Des groupes huttérites, issus d'abord de la Réforme radicales au XVIe siècle, venus de Moravie, d'Autriche, de Transylvanie, de Valachie et de Russie, s'installent dans le Dakota du Sud, via Hambourg et New York. De presque chacune de ces provenances, les huttérites, après un temps variable de vie dans la pratique communautaire, sont obligés d'émigrer, suivant un parcours parfois complexe, suivant les périodes, sous la poussée de l'intolérance mais aussi par leur refus d'entrer dans armées (enrôlement ou conscription). Considérés souvent comme Allemands, ils ont dû poursuivre leur parcours pendant la Première guerre mondiale, jusqu'au Canada, où ils sont aujourd'hui installés en majorité.

- De multiples autres groupes (comme les Amishs) se sont installés de manière éparses dans maints États, en butte d'ailleurs, comme les émigrants non pacifistes, à des hostilités diverses (Autochtones amérindiens, autorités centrales, autres colons), et pendant les grands conflits sur le Nouveau Continent ont dû procéder à bien des changements de lieux (à l'occasion notamment de la guerre d'Indépendance, de la guerre de Sécession et des guerres mondiales...). Leurs réticences à appliquer les lois (fort conservatisme moral, participation à la défense du pays) et également leur répugnance à côtoyer leurs compatriotes chrétiens (cérémonies religieuses, fêtes, pratiques scolaires, pratiques du baptême pour les non-adultes...) font qu'ils donnent une nette préférence à la vie communautaire rurale, parfois de manière très fermée. On conçoit qu'il est encore plus difficile de rendre compte de l'histoire de ces groupes pacifistes (notamment des conflits internes) qui se font un devoir d'éviter la fréquentation des autres...

    De manière générale, ces groupes pacifistes, quels que soient leur importance dans la vie de la colonie subissent, tout comme leurs concitoyens ou leurs voisins, des contraintes physiques, économiques et sociales analogues et doivent résoudre des conflits entre communautés, entre nationalités d'origine, entre anciens installés et nouveaux venus...

     Surtout pour les premiers temps d'installation, et même pour les XVII et XVIIIe siècles, il est relativement difficile de relater l'évolution des pacifismes nord-américains, autrement que par le biais de leurs relations avec les autres communautés qui s'y établissent. Une des "méthodes" est de prendre les points d'arrivée, autant de ports qui sont de passage obligatoire pour se rendre à l'intérieur des terres...

Ce n'est pas un hasard si les plus importances sources d'informations concernent les Quakers, qui ont été et sont présents autant en milieu urbain qu'en milieu rural et sont intervenus de manière très importante sur la destinée de leur colonie d'origine, la Pennsylvanie. Possédant parfois une certaine puissance économique, formés dans les meilleures écoles, étant habitués de plus à mémoriser la Bible (et à y réfléchir...), nombre de Quakers interviennent de manière vigoureuse dans les débats sur l'indépendance ou l'esclavage. Avec les groupes venus de Moravie, les Quakers occupent à eux seuls les quatre cinquième des pages du volume de Peter BROCK, dont nous nous inspirons souvent.

(N.B. : cet article est appelé à être complété de manière importante et... c'est aussi un appel à contributions!)

Peter BROCK, Pacifism in the United States, from the colonial era to the first world, Princeton, New Jersey, Princeton University Press, 1968.

Partager cet article
Repost0
25 octobre 2019 5 25 /10 /octobre /2019 12:07

    Ce membre de la grande famille des PUYSÉGUR est un officier général et un gentilhomme français, élevé à la dignité de maréchal de France par LOUIS XV en 1734. Descendant d'une lignée de gentilhommes originaires de Gascogne, il sert dès 17 ans au régiment d'infanterie du roi (1600-1682), ne quittant jamais le service jusqu'à sa mort.

 

    Il participe à la bataille de Fleurus (1680), sous les ordres du maréchal de LUXEMBOURG. Lieutenant général de plusieurs place-forte des Pays-Bas, avant d'être nommé maréchal de France après la guerre de Succession polonaise. Il rédige, de 1693 à 1742, un traité militaire qui n'est publié qu'après sa mort, sous le titre de L'Art de la guerre par principes et par règles.

   Pour PUYSÉGUR, la guerre représente l'activité humaine le plus importante, mais son étude est par trop négligée, les stratèges et les soldats se contentant de faire la guerre en fonction de leur expérience personnelle et de leurs habitudes. Déçu par l'absence d'une théorie réellement universelle de la guerre, il se propose de pallier ce manque en offrant ses propres réflexions sur le sujet. Utilisant les ouvrages classiques ainsi que les principes de MONTECUCCOLI et les Mémoires de TURENNE comme bases théoriques, il élabore sa propre méthode, fondée en grande partie sur une étude approfondie de cas historiques. Pour illustrer ses propos, PUYSÉGUR décrit une campagne fictive qu'il situe entre la Loire et la Seine où s'affrontent deux armées composées de 100 bataillons et de 200 escadrons chacune.

Le grand stratège de son époque est VAUBAN dont la maitrise de la science des sièges et des fortifications est inégalée. De manière générale, PUYSÉGUR subit l'influence de son environnement intellectuel, et, dans le domaine spécifique de la guerre, celle de VAUBAN. Il est convaincu que l'approche géométrique de ce dernier peut trouver son application dans d'autres domaines de la tactique, un bon plan de guerre pouvant être formulé de manière certaine avant même le début des hostilités. Une connaissance profonde du terrain et de l'adversaire doit permettre de bien organiser ses troupes en fonction des données du moment. Le rôle principal du commandant en chef est d'adopter les ordres de bataille nécessaires et de faire avancer ses troupes "dans les règles les plus parfaites des mouvements". Selon lui, l'armée en mouvement doit être semblable à une fortification mouvante dont toutes les composantes agissent en accord les unes avec les autres et s'orientent vers le même but.

Cette conception de la guerre est popularisée par son contemporain Jean-Charles FOLARD (dont les écrits sont publiés avant le traité de PUYSÉGUR). Contrairement à FOLARD ou MENIL-DURAND, il comprend l'importance du feu dans le combat moderne, en particulier son potentiel de destruction, le feu et le choc étant tous deux nécessaires à la victoire. Outre la supériorité intrinsèque du commandant et sa connaissance approfondie de l'art de la guerre, la victoire s'obtient grâce à la supériorité numérique, à une meilleure capacité à s'adapter au terrain et aux qualités morales des troupes. (BLIN et CHALIAND).

     PUYSÉGUR s'interroge - longuement - sur le bien-fondé de la suppression des piques et des mousquets au profit du fusil à baïonnette. Il participe au débat - intense dans les instances politiques et économiques (l'enjeu est grand pour les arsenaux...), en faveur du fusil, tout en insistant sur l'importance toujours actuelle en son temps, du choc (et donc d'avoir des piques pour les soldats...).

 

Jacques-François de Chastenet de PUYSÉGUR, Art de la guerre, par principes et par règles, Paris, Charles Antoine Jombert, 1742, en deux volumes ; réédition par Hachette Livre - Bnf, 2018. Disponible sur le site Gallica. Extrait A propos de Turenne et des différents types de guerres, à partir de L'Art de la guerre, Lishenne et Sauvan, Bibliothèque historique et militaire, tome V, Paris, 1844, dans Anthologie mondiale de la stratégie, Robert Laffont, collection Bouquins, 1990.

Eugène CARRIAS, La Pensée militaire française, Paris, 1960. Robert Quimby, The Blackground of Napoleonic Warfare, The Theory of Military Tactics in 18e Century France, New York, 1957.

Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, Dictionnaire de stratégie, tempus, 2016.

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : LE CONFLIT
  • : Approches du conflit : philosophie, religion, psychologie, sociologie, arts, défense, anthropologie, économie, politique, sciences politiques, sciences naturelles, géopolitique, droit, biologie
  • Contact

Recherche

Liens