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13 novembre 2018 2 13 /11 /novembre /2018 16:03

   Yves SANTAMARIA décrit cette sorte de pacifisme en France de 1939 à 1947, sous le nom de pacifisme de drôle de guerre prolongée. D'abord sous l'espoir des accords en 1938 des accords de Munich, éloignant le spectre de la guerre, nombreux sont ceux qui, en pensée et/ou en action, tentent de mettre le pays à l'écart des destructions de la guerre, même si cela se fait au prix d'une soumission à l'Allemagne et au régime nazi (parfois pensés séparément...). Bien entendu, son étude se restreint à la France, on conçoit que la situation soit totalement différente en Allemagne et aux États-Unis, les configurations sont encore différentes.

   L'analyse, pas facile à faire, de la situation du pacifisme en France durant cette période doit distinguer au moins trois période, au climat intellectuel et à l'état de l'opinion publique différents, celle de la "drôle de guerre" proprement dite qui s'arrête à l'invasion de 1940, d'un pacifisme qui suit de près l'évolution des périodes précédentes, celle de l'occupation, où la polarisation entre les différentes collaborations et les différentes résistances se fait de plus en plus forte et celle de l'immédiat après-guerre, faite d'une redistribution forte des cartes politiques et idéologiques.

 

Pendant la "drôle de guerre" proprement dite (1939-1940)

   Il faut se resituer dans les perceptions des rapports de force entre France et Allemagne, les armées françaises figurant - en hommes et en matériels - en force en Europe, même du point de vue allemand. Un climat d'optimisme règne sur la capacité française de se défendre, étant donné que même l'état-major se refuse à une posture offensive. Comme l'écrit SANTAMARIA, "ce climat d'optimisme ne va pas faciliter la tâche des pacifistes, dont on a bu qu'ils étaient sur la défensive depuis qu'Hitler ne se donnait plus la peine de camoufler son expansionnisme sous les oripeaux du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes (et à choisir la Grande Allemagne). Mais s'il laisse ainsi les coudées franches aux responsables de la conduite de la guerre, le relatif sentiment de puissance n'est pas sans effets émollients. Il alimente en particulier l'espoir d'une incapacité de l'Allemagne à conclure à l'Ouest avant d'être asphyxiée par la supériorité économique des alliés. Paradoxalement, cette croyance dans la possibilité de laisser de facto le pays en dehors du conflit survivra à la défaite, y compris lorsque la guerre embrasera les cinq continents. Il est difficile de les dénombrer, mais ils devaient se compter par millions ceux  qui "ont vécu une drôle de guerre prolongée de 1939 à 1944, en espérant que leur pays soit le plus possible épargné" (selon la formule de Pierre LABORIE dans L'opinion française sous vichy, Seuil, 1990). Le sentiment de la faiblesse nationale est venu, après juin 1940, justifier leur attitude aux yeux de ceux qui se contentaient d'attendre la paix. Derrière les postures et les silences, ce sentiment est déjà présent, à la fin de l'été 1939, chez ceux qui entrent à reculons dans la guerre."

   Dans l'effort de maintenir une relative quiétude, de nombreuses associations, officielles ou non, comme le Comité de liaison contre la guerre rassemblant des parlementaires toutes tendances confondues, sauf du radicalisme et du communisme. Marginalisés institutionnellement, ces parlementaires tiennent compte du climat général et les soldats mobilisés participent de cette ambiance, où même l'état-major effectue une sorte de service minimum, réduisant les exercices et les occasions d'alerte. Côté gouvernemental s'affrontent des partisans d'un néo-pacifisme (PÉTAIN, WEYGAND, BAUDOIN) et des partisans, en minorité et vite neutralisés, d'une préparation ferme à la défense  (REYNAUD, de GAULLE, alors très instrumentalisé comme alibi). Perce au parti communiste, une ligne ni Berlin ni Londres, en attendant que la Grande Bretagne contre toute attente résiste et résiste fortement. Isolationnisme, antiaméricanisme et pacifiste constituent, comme l'écrit SANTAMARIA, "le lot commun des opposants du retour de la France dans la guerre, du bout à l'autre de l'échiquier politique", et se prolongent tout au long de la guerre.

 

Pendant l'occupation, un certain pacifisme révèle son vrai visage...

   Travaillée par la propagande allemande, brouillée par la censure militaire qui interdit de se faire une idée de la réalité des rapports de force en Europe, s'accrochant à l'illusion d'une certaine forme de paix, une grande partie du pacifisme est emmené par des leaders qui n'en savent pas plus que la plupart de leurs compatriotes, mais qui moitié par opportunisme, moitié par illusion d'une grande Europe germano-française, situé dans à droite (Marcel DÉAT, du Rassemblement National Populaire) ou même à gauche (Part Populaire Français de DORIOT), ou à l'extrême droite (Marcel BOCARD, du Parti franciste). Cette frange du pacifisme, qui verse dans la collaboration, est également influencée par tout un courant littéraire dominant, où officie par exemple des intellectuels comme CÉLINE. Comme l'écrit encore SANTAMARIA, "le pacifisme peut ainsi être une vois d'accès au fascisme, dans la mesure où il se traduit par l'abandon de la référence française au profit d'une identité européenne englobante, portée par l'Allemagne, ce qui pourrait, dès lors, mériter qu'on lui concède l'impôt du sang. La guerre contre l'URSS éveille d'ailleurs des prurits inattendus chez le pacifiste Céline, qui suit avec intérêt les succès de l'opération Barbarossa, au point de songer - un temps - à s'engager dans le corps sanitaire de la LVF, qui rassemblent de l'initiative de Français, les nationaux qui veulent combattre le bolchévisme sous l'uniforme (ils seront forcés de la faire sous l'uniforme... allemand). Jusqu'à la défaite des troupes soviétiques à Stalingrad, la résistance sera perçue, même de ses chefs comme Jean MOULIN, comme une histoire violente et de mort. La répartition des Français et notamment des pacifistes entre Collaboration et Résistance se fait selon des paramètres nombreux, ce qui réduit parfois les deux à une multitude de parcours individuels, où comptent beaucoup l'aisance matérielle de départ, la simple possibilité d'agir, sans avoir toujours à se préoccuper, comme l'immense majorité de leurs compatriotes, à se soucier exclusivement du ravitaillement. La haine des Allemands, ou des Anglais, ou des Communistes, l'évolution de la situation militaire, surtout au fil des années où l'information circule de plus en plus parmi la population, la volonté d'engagement, la perception du devoir moral, notamment face aux répressions et aux déportations,

Moitié parce qu'elle est favorisée parfois par l'occupant, moitié parce de nombreux réseaux solidaires perdurent, gardant intacte l'audience et la portée des idées diffusées dans l'entre-deux-guerres, une activité pacifiste se déploie, jusqu'à influencer de façon notable le RNP et le PPF, du moins au niveau des adhérents (pas du sommet, très surveillé). On trouve d'ailleurs autour de ces deux gros partis (mais surtout du RNP) des personnalités qui s'agitent et qui évoluent parfois fortement, suivant la situation militaire et les informations sur les exactions nazies : Georges DUMOULIN, Pierre VIGNE (qui fondent en décembre 1940 l'hebdomadaire L'Atelier), André DELMAS, Paul FAURE, René CHATEAU, Marcel GITTON, Marcel CACHIN).... Il faut dire que nombre de personnalités plus ou moins pacifistes, en plus des informations sur les échecs allemands et l'horreur nazie, ont d'abord été auparavant rebuté par l'attitude des Allemands qui réfutent toute cette illusion d'une Europe germano-française et qui se méfient même des initiatives de participation directe à la lutte contre le bolchévisme (les nazis ont commencé à les accepter lorsque... ils commençaient à accumuler les échecs...). SANTAMARIA met en garde de généraliser à propos des itinéraires des acteurs cités plus hait, car leurs groupes mêmes ne les suivaient pas toujours dans les méandres de leurs initivatives... Et de plus, celles-ci ont énormément fluctué de 1940 à 1945. Le collabo-pacifisme manifeste d'ailleurs une cécité persistante et parfaite par rapport à la nature réelle du régime nazi. Si le régime de Vichy puise parfois dans le vivier pacifiste (Robert JOSPIN, Marcelle CAPY, Louise SAUMONEAU, pris dans la propagande (du bouclier contre des excès de l'occupant comme de la Restauration Nationale...) pour soutenir administrativement ou idéologiquement sa politique de collaboration, le mirage d'un néo-socialisme étant persistant (comme il l'avait fait en Allemagne même par le parti de HITLER), il peine à les retenir d'une attitude de plus en plus réservée, voire sympathisante dans les derniers mois envers la Résistance même. On ne dira jamais assez que jusqu'au bout de l'existence de l'État français, cette fiction d'un socialisme dans le nationalisme, est opérationnelle jusque dans les sphères du pouvoir.

    Tout change (comme par miracle les millions de collaborationnistes deviennent résistants de la dernière heure à la Libération) lors des soulèvements insurrectionnels et de l'arrivée des Anglo-Saxons. Il faudra toute l'habileté de de GAULLE et de ses collaborateurs pour place l'État Français entre parenthèses dans l'histoire de France.

 

A la Libération et dans l'immédiat après-guerre, la ferveur nationaliste ressort bien plus que la tendance pacifiste...

  Des personnalités comme Albert CAMUS, qui s'étaient couchées devant le fascisme pendant près de 5 ans, se retrouvent dans le camp des vainqueurs, et d'ailleurs même des collaborationnistes (eux pas pacifistes pour un sou...) de premier plan (Paul TOUVIER et René PAPON par exemple) se retrouvent dans les cadres de la France issue de la Libération... Dans le mouvement de l'épuration, le pacifisme, objet difficilement cernable par l'institution militaire comme par une partie de la population désireuse de régler quelques comptes, ne relève donc pas ni de la répression légale ni d'un procès populaire... A part ceux qui, dans les 3 partis collaborationnistes surtout, avaient exercé au grand jour des responsabilités dans la lutte contre la Résistance. Pourtant, à contrario des responsables de la grande collaboration économique ou administrative, la collaboration pacifiste est sévèrement sanctionnée. "Bien représenté chez les intellectuels et les journalistes, écrit SANTAMARIA, les pacifistes étaient d'autant plus exposés que les engagements de ces derniers occupaient dans l'imaginaire national une place surdimensionnée (...). Le cas de Robert BRASILLAH défraie la chronique, mais à l'inverse, la justice est plutôt clémente envers Félicien CHALLAYE et Michel ALEXANDRE, des figures du pacifisme de l'entre-deux-guerre qui se sont fourvoyés dans un soutien idéologique à l'Allemagne nazie. Mais dans les mouvance à gauche, à la SFIO, et singulièrement au Parti communiste français, la pression est plus grande contre l'esprit munichois, d'autant qu'une polémique éclate (et perdure ensuite d'ailleurs) sur son attitude entre 1939-1940. Alors que des intellectuels comme Daniel MAYER et Auguste LAURENT ont freiné jusqu'au bout l'ardeur de la Résistance, la SFIO, comme le PCF, épure dans leurs propres rangs, bien plus que dans le territoire, on épure dans les administrations et à la tête des entreprises. Nombreux sont marginalisés, même lorsqu'ils étaient parlementaires, et ils se retrouvent dans l'opposition au "système", ce qui les conduit à côtoyer d'autres vaincus de 1945 situés plus à droite et à délaisser la thématique pacifiste face à la "menace soviétique". Ce qui tend ensuite à brouiller les cartes de l'échiquier politique français et ce qui permet également à de nombreux collaborateurs bien placés dans l'administration française d'échapper à des poursuites tant judiciaires que politiques.

   Ceci d'autant plus que les explosions atomiques au Japon rebattent les perceptions des menaces contre la paix. L'existence de la Bombe, comme on l'appelle alors, ne pas vécue consciemment en 1945, tant l'opinion est préoccupée de survie et de reconstruction dans les ruines. Mais tout de même, ici et là, Le journal la Croix et Albert CAMUS par exemple, on souligne le saut quantitatif dans les potentiels de destruction. Mettre la Bombe hors-la-loi, et ce dans un contexte où l'opinion reste favorable à sa construction pour la France, semble être, assez tardivement d'ailleurs, plutôt vers 1947, un point de ralliement pour une partie des pacifistes, qui mettent en avant également, suite logique de la défense de la SDN d'avant-guerre, la possibilité (la chance disent certains) d'élaborer, via l'ONU, "une véritable société internationale". Mais ce point de ralliement rassemble surtout le voisinage de la SFIO, par rapport aux PCF, qui n'entre pour l'heure, pas du tout dans cette problématique. Très vite, le pacifisme entre dans une nouvelle période, au diapason de la nouvelle frontière Est-Ouest.

    Dans une grande mesure, ce pacifisme dans la guerre, de la deuxième guerre mondiale, qui ne ressemble pas du coup à celui de la première, trouve vite, dès 1939, des lignes de fracture nouvelle : entre les pacifistes qui ne pensent "qu'à la paix et la tranquillité", ceux qui se soucient de la nature du régime nazi, ceux qui malgré leur conviction s'engagent malgré tout dans la Résistance contre ceux qui s'efforcent jusqu'au bout de croire à l'alliance du nationalisme et du socialisme, entre in fine ceux qui possèdent une conception morale, sociale ou politique de la société et ceux qui placent encore malgré tout, et souvent en dépit d'une analyse sérieuse des actes et des pensées des pouvoirs en place, la paix en priorité absolue, qui constitue pour eux la condition sinon qua non de la vie, voire de la survie de l'espèce humaine.

Yves SANTAMARIA, Le pacifisme, une passion française, Armand Colin, 2005.

 

PAXUS

 

  

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12 novembre 2018 1 12 /11 /novembre /2018 13:00

      Fruit d'un colloque tenu aux archives départementales de Marseille le 14 nombre 2014, ce livre présente les apports d'enseignants et militants associatifs rassemblés par l'association "Provence, mémoire et monde ouvrier" et le Centre international de recherches sur l'anarchisme. Après de stimulantes synthèses au plan national, l'ouvrage fait revivre les acteurs politiques, syndicaux et pacifistes de cette histoire de l'arrière et propose au lecteur un éclairage régional saisissant.

    Composé de quatre parties, l'ouvrage à plusieurs voix fait le tour de la problématique de l'attitude du mouvement ouvrier : pacifisme, luttes sociales, mouvements ouvriers, d'abord au plan national, puis dans la région marseillaise, avant d'abord plusieurs aspects de la vie du mouvement ouvrier par rapport à la Grande Guerre après le conflit armé, avant de faire le constat global de l'échec des pacifismes en France.

  Dans la première partie, entre autres questions, Guillaume ROBERT se demande si le mouvement ouvrier pouvait empêcher la guerre et Loïc LEBARS se penche sur l'attitude des instituteurs et des institutrices syndicales contre la guerre et l'union sacrée. Dans la seconde, se dessine les contours précis des actions, des revendications ouvrières dans les Bouches-du-Rhône à l'ombre de l'union sacrée (Bernard RÉGAUDIAT), le pacifisme et l'antimilitarisme à la bourse du travail de Marseille avant la Grande Guerre (Nicolas VIANT), de la réflexion et de l'action des militants socialistes marseillais, de l'union sacré au refus de la guerre (Frédéric GROSSETTI)... sans oublier un éclairage sur l'anarchisme dans cette région de France (contributions de François MOREL-FONTANELLI et de Thierry BERTRAND). Dans la troisième partie sont examinés certains aspects du mouvement ouvrier : monuments aux morts (Colette DROGOZ) ou encore A propos de l'affaire du 15e corps (Charles JACQUIER). La quatrième regroupe des annexes qui constituent encore autant d'éléments de réflexion (comme la réflexion de Rémi FABRE sur l'échec du pacifisme sonné par 1914).

   Colette DROGOZ , dans une conclusion, constate que le mouvement ouvrier provençal se démarque un peu du mouvement national en ce sens que les grèves revendicatives n'y cessent jamais. "Ouvriers et ouvrières, même si ces dernières sont toujours tenues dans l'ombre, souffrent et le montrent. Comment parler des difficultés de l'arrière et penser que les travailleurs acceptent un dur labeur pour des salaires de misère sans se manifester? Les industries de guerre sont en pointe du mouvement revendicatif car ce sont des unités de production importante en nombre et fort surveillés. Oui, les ouvriers et les ouvrières marseillais ont revendiqué pour des salaires plus élevés pendant la guerre. (...) Cela semble une spécificité par rapport aux autres, rares cependant, étudiées du point de vue du mouvement ouvrier revendicatif" (...) Après la fin des combats, reprend une vie ouvrière et sociale fortement marquée par le conflit mais qui ne va pas dans un mouvement d'union, bien au contraire. Les luttes ouvrières de l'entre-deux-guerres laissent apparaitre une division durable des forces de progrès jusqu'au milieu des années 1930. Il faudra attendre le "moment Front populaire" pour voir les dynamiques unitaires se faire jour (...). Or la marche vers le deuxième conflit mondial ne sera pas, une fois de plus, entravée par le monde ouvrier organisé. Les questions qui se posent au monde ouvrier en 1938-1939 sont bien différentes de celles d'août 1914 ; il est confronté de nouveau à ses divisions et le pacifisme a changé dans beaucoup de ses aspects, il résonne différemment en 1939-1940."

 

Sous la coordination de Gérard LEIDET, Le mouvement ouvrier provençal à l'épreuve de la Grande Guerre (1909-1919), Union sacrée, pacifisme et luttes sociales, Éditions Syllepse et Promeno (Marseille), collection histoire : enjeux et débats, 2015, 345 pages.

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11 novembre 2018 7 11 /11 /novembre /2018 08:03

   La mutinerie, soit action collective de révolte au sein d'un groupe régit par la discipline, les détenteurs de l'autorité étant mis en cause avec vigueur, qui survient plus spécialement dans les armées (notamment dans la marine), les prisons et bagnes, par les équipages ou les soldats, est encore peu étudiée dans ses aspects généraux. Par contre, la littérature et l'audiovisuel se sert abondamment de quelques mutineries "célèbres", et pour ne prendre que deux exemples, la mutinerie du Bounty dans la marine britannique et les mutineries de la première guerre mondiale.

   D'une part parce que l'étude de la mutinerie vise directement surtout l'autorité militaire, qui tend elle à minimiser toujours son ampleur et ses conséquences, et d'autre part parce qu'elle constitue le négatif de ce qui est recherché dans toutes les organisations, surtout celle qui mettent en oeuvre la violence, la discipline. Si la discipline fait l'objet de quantités d'ouvrages par les diverses institutions la mutinerie qui en constitue un échec n'est traitée le plus souvent sous l'angle de sa répression et (parfois) de son évitement.

Dans l'armée, et notamment en cas de guerre, la mutinerie constitue un échec de la gestion de la violence et de la peur de la mort dans les troupes. Tout une facette de l'art de la guerre est occupée par cette gestion qui a pour objectif d'envoyer des soldats affronter le risque d'être tuer en les focaliser sur le combat contre l'adversaire par tous les moyens possibles. Il s'agit d'un art vieux comme la guerre organisée, qui nécessite souvent la prévention de la débandade panique ou du désordre dans les manoeuvres. Il s'agit d'éviter que les soldats ne reculent sans en avoir reçu l'ordre, et pour cela existe tout un arsenal de moyens, psychologiques et matériels, dont le moindre n'est pas, même s'il n'est pas souvent évoqué, l'existence de troupes chargées d'y veiller. Dans l'armée existe tout une "habitude" qui consiste à obliger les soldats à aller de l'avant ou à reculer en ordre, sous peine de mort. Si la troupe rechigne à se faire massacrer par l'ennemi, il faut lui faire comprendre qu'elle n'a pas le choix et qu'elle encoure, face à une chance même minime de survivre, la mort en cas de désobéissance; notamment collective. Lorsqu'une mutinerie survient, c'est l'échec de toute cette "habitude", qui peut être très couteuse, et même parfois signer la défaite. On a tort de négliger cet aspect dans l'étude des combats, des batailles et des guerres ; pourtant quantité de moyens et d'énergie est employée par l'armée pour l'éviter. Pour autant, tout échec de la discipline n'est pas une mutinerie. Cet échec, notamment en cas de défaite de troupes qui pour une raison ou une autre (évidence de la déconfiture, mouvements désordonnés, problème de communication des ordres, officiers tués...), qui met lui aussi en jeu la peur de la mort, découle, dans la confusion, du choix de la fuite devant une situation, de la masse des soldats, même pourtant habitué à lutter.

 

L'historiographie abondante des mutineries de la Grande Guerre

  André LOEZ, agrégé et docteur en histoire, tente de cerner les "contours et les silences des mutineries." Ce n'est pas la première fois, écrit-il, "que des soldats désobéissent, au cours de la Grande Guerre, surtout à proximité d'offensives meurtrières. Dès 1914, de tels "incidents" se sont produits parmi les "poilus", vite étouffés ou réprimés. En ce sens, les faits (décrits abondamment ensuite dans son livre) sont presque banals. La suite l'est moins : l'épisode n'est pas isolé et l'indiscipline s'étend. Le scénario du désordre ébauché par les hommes du 20e RI (Régiment d'Infanterie) dès le 29 avril se prolonge aux mois de mai et juin 1917 en plus d'une centaines d'événements différents, dans les deux tiers des divisions de l'armée française, où alternent diverses manifestations, désertions, refus, pétitions pacifiques et affrontements violents. En des dizaines de lieux, chaque soir ou presque, des soldats improvisent des actes et des discours construisant un même mouvement de désobéissance." L'auteur se limite au cas français et n'examine pas par exemple le cas allemand et le cas russe, où l'affaire prend on le sait une plus grande ampleur. Il signale que sur le moment, l'événement n'est pas clairement identifié comme tel, une mutinerie globale, car "l'indiscipline qui se généralise mêle en effet une grande variété de pratiques individuelles et collectives. La violence affleure quelquefois : celle de mutins qui règlent des comptes avec des chefs détestés, dont quelques uns sont insultés, frappés ou mis en joue, celle de l'armée, avant même la trentaine d'exécutions qui viendrons conclure la crise, lorsqu'un lieutenant-colonel tire à la mitrailleuse sur des soldats en révolte, faisant trois blessés et un mort. Le plus souvent, la désobéissance est pacifique, n'impliquant parfois que deux ou trois soldats qui crient leur dégoût du conflit ou des individus isolés qui partent en permission sans autorisation. Ailleurs, des régiments entiers entrent en révolte, nomment des délégués, signent une pétition témoignant d'un "intention bien déterminées de ne plus retourner aux tranchées", manifestent sous un drapeau rouge improvisé et tente de rejoindre Paris pour "parler aux députés" et "demander la paix". 

Tous ces actes participent bien d'un même événement hors du commun, qui constitue le seul mouvement de refus ouvert de la guerre dans la société française en 1914-1918. Surgissement inattendu, et sans réel lendemain, de l'indiscipline dans une guerre meurtrière et depuis trente mois presque immobile, irruption de pratiques et de paroles civiles au coeur de l'institution militaire, rupture radicale et massive avec l'apparent consensus patriotique, brêche spectaculaire et multiforme de l'obéissance, les mutineries de 1917 voient agir ensemble, à la stupeur des officiers, des soldats aux origines sociales diverses, aux opinions politiques différentes et aux cultures protestataires dissemblables."

André LOEZ explique que malgré le silence ensuite des acteurs sur les mutineries, une construction historiographique s'est réalisée au fil des décennies, malgré leur place marginale dans la littérature et dans les oeuvres audio-visuelles. Des recherches monographiques entreprises sur les parcours de certains divisions de l'armée pendant la première guerre mondiale éclairent celles-ci dans un regard qui n'a rien à voir avec celui - tout médical et le qualifiant de pathologique - de l'institution militaire. C'est surtout à partir de la fin des années 1990, qu'un vaste projet de révision de la configuration historiographique est entrepris par un groupe de chercheurs associés à l'Historial de la Grande Guerre de Péronne, qui ne se privent de l'écrire comme une "entreprise de démolition". Ils permettent non seulement de les exhumer, ces mutineries longtemps cachées et dénigrées, mais de les situer dans le contexte de la société française d'alors en général, mais aussi de monter leur impact sur l'attitude de l'état-major lui-même sur la conduite de la guerre. La nécessité de rétablir l'ordre est alors une donnée lancinante chez les officiers supérieurs, qui pour certains d'entre eux, partagent les sentiments des mutins sur la conduite de cette guerre. Ces soldats, non militants, non pacifistes, non anti-patriotiques et encore moins antimilitaristes, témoignent, avec leur coeur et leur sang, sur l'horreur d'une guerre meurtrière et sans fin. La disjonction entre les mouvements pacifistes et ces soldats est bien montrée par ces chercheurs, et ajoute encore au caractère monstrueux de la guerre elle-même. Cette disjonction est sans doute à l'origine de l'effet limité - à part précisément et malgré ses dénégations leurs conséquences sur la direction des opérations militaires - sur l'ensemble de la problématique sociale du moment. Et seulement contrairement à ce qui se passe pour le cas russe (où la propagande communiste encourage ouvertement à la mutinerie) et pour le cas allemand (où des mouvements ont lieu en relation directe avec les tentatives révolutionnaires de 1918)...

  En tout cas le champ des investigations nécessaires sur les mutineries de 14-18 est encore important : non seulement, une étude à l'échelle européenne serait pertinente, mais aussi l'étude sur les diverses modalités des mutinerie et leur rapport à l'espace social français, de la part encore mal définie du caractère de révolte contre une domination sociale, inégalitaire et subie, avec cette victoire qui laisse aux combattants de la première guerre mondiale dans une certaine amertume, serait utile. Les paroles construites, les revendications les mieux formulées côtoient souvent les mouvements d'humeur et les pratiques moins permanentes dans le temps. Ce qui est bien établi en revanche, c'est la réflexion pacifiste sur l'ensemble de la Grande Guerre, dont bien des éléments sont étayés par l'expérience même vécue par des sous-officiers et des officiers revenus à la vie civile.

 

Mutineries : de nombreux exemples et des mouvements sans doute plus fréquents qu'on veut ou accepte de le dire.

   

  Généralement, on cite parmi les mutineries à travers l'Histoire, celle des fédérés Goths établis dans l'Empire romain (bataille d'Andrinople), celle des marins et sous-officiers du navire Bounty en 1789, celle du navire Spithead, dans la Royal Navy en 1797, la révolte des cipayes en 1857 dans l'Empire britannique des Indes, la mutinerie du cuirassé Potemkine en 1905 à Odessa, qui fédère les mouvements ouvriers dans la Russie Tsariste, la mutinerie de Kiel dans la marine allemande en 1918, les mutineries de la mer Noire, 1919, dans la marine française, la mutinerie des marins de Cronstadt en 1921 des soviets contre le pouvoir soviétique, toutes ressortant de logiques et de contextes différents... En fait, il semble bien que les mutineries soient plus fréquentes que ne veut l'informer l'institution militaire, qui demeure, dans maints pays, l'exemple même de l'institution opaque, bien que toujours plus ou moins soumise au pouvoir civil. Elles existent de nos jours dans maints endroits même si elles sont noyées dans les événements, en Russie ou en Amérique Latine ou encore en Afrique.

        C'est que la définition de la mutinerie reste toujours à la limite de la désobéissance à caractère politique (changement d'allégeance, révoltes contre un pouvoir) visant une légitimité et de la désobéissance à caractère de protestation contre la conduite d'une guerre ou contre la guerre elle-même, à cause des souffrances (jugées inutiles) et de sa longueur. Elle varie, lorsqu'il s'agit de désobéissance à caractère politique, suivant l'origine des soldats et des officiers. En revanche, lorsqu'il s'agit plus de protestations contre la guerre, souvent toutes les catégories sociales entrent dans le même mouvement, traversant les divergences politiques. L'étymologie même du mot mutinerie, serait sans doute liée à la bataille de Mutina (actuelle Modène) en 43 av JC, entre Marc Antoine et Octave où des troupes changent de camp au cours du conflit armé. Il semble bien que la plupart des mutineries dans l'Antiquité soit mentionnée en tant que telle à chaque fois qu'il s'agit d'une rebellion de la troupe contre l'autorité légale du moment.

Au fur et à mesure que l'on avance vers l'époque moderne, les mutineries sont de plus en plus motivées par les conditions d'exercice même du métier, notamment dans la marine, ou de la guerre. Lors de la première guerre mondiale, la tendance est parvenue à l'autre extrémité du spectre des motivations : loin d'une rebellion contre l'autorité politique, loin d'un antimilitarisme raisonné, il s'agit exclusivement d'une protestation contre la guerre, même si, plus en Russie et en Allemagne, au contraire de la France d'ailleurs, les motivations politiques sont avancées par maintes organisations pour appuyer, encourager, provoquer, ces mutineries. Ce qui ne peut faire oublier bien entendu, le caractère éminemment politico-militaire des motivations des officiers allemands pendant la seconde guerre mondiale qui se mutinèrent au sens propre jusqu'à tenter d'assassiner Hitler (quinze fois, même si toutes ne sont pas le fait de militaires!)... D'ailleurs, sur le plan du droit international, le procès de Nuremberg a sans doute contribué à fixer pour longtemps les bornes de la justification des soumissions aux ordres.

    Il faut sans doute distinguer ces mouvements dans leurs motivations de leurs justifications postérieures, notamment lorsque ces dernières ne sont pas le fait des mutins eux-mêmes. Justifications morales et remises en contextualisation politique cohabitent alors souvent, sans enlever toutefois à la valeur intrinsèque des protestations des soldats. En tout cas, dans la réflexion intellectuelle sur les mutineries, reliée à d'autres considérations plus générales sur la nature du régime nazi ou nippon pendant la seconde guerre mondiale, l'obéissance n'est plus considérée comme une valeur absolue, en regard des objectifs des ordres donnés. D'ailleurs, cette réflexion sur la désobéissance et l'obéissance oblige à se pencher sur les motifs des ordres, sur leur portée morale, sociale et politique, et aucune organisation dans le monde contemporain, qu'elle soit civile ou militaires, ne peut échapper au regard porté sur la discipline demandée à ses membres.

 

André LOEZ, 14-18. Les refus de la guerre, Une histoire des mutins, Gallimard, 2010.

 

STRATEGUS

   

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2 novembre 2018 5 02 /11 /novembre /2018 08:28

   L'écrivain et critique littéraire français Marcel-Jules-Marie GUÉHENNO, dit Jean GUÉHENNO est également une figure du pacifisme dans l'entre-deux guerres mondiales. Plus connu pour ses oeuvres, notamment autobiographiques (Journal d'un homme de 40 ans, 1934 ; Journal des années noires 1940-1944, 1947 ; Carnets du vieil écrivain, 1971) que pour son activité politique, il participe, mû par son humanisme aux activités de la mouvance pacifique de 1927 au début de la guerre, puis aux activités clandestines préparant pour la Libération au Mouvement des auberges de jeunesse.

     Lors de son activité de critique littéraire pendant sa carrière de professeur (il achève cette carrière dans l'Éducation Nationale comme inspecteur général), il s'intéresse surtout à l'oeuvre de Jean-Jacques ROUSSEAU, dont il écrit plusieurs livres. Il est l'auteur également d'autres  ouvrages, où il propose un humanisme original : L'Évangile éternel en 1927, Caliban parle en 1928, La Foi difficile en 1957 et Caliban et Prospero en 1969.

     Entre les deux guerres, il s'engage dans des combats pour la paix. Avec notamment ALAIN, Lucien DESCAVES, Louis GUILLOUX, Henry POULAILLE, Jules ROMAINS et SÉVÉRINE, il signe en 1927 la pétition contre la loi sur l'organisation générale de la nation pour le temps de guerre, loi qui abroge, selon les signataires, toute indépendance intellectuelle et toute liberté d'opinion. Cette pétition paraît dans le numéro du 15 avril de la revue Europe dont il devient le directeur de publication en 1929 (jusqu'en mai 1936). En 1935, il fonde l'hebdomadaire Vendredi. Rappelons que la revue Europe est fondée en 1923 par des intellectuels venant d'horizons différents, des anarchistes et des syndicalistes se retrouvant dans ses colonnes avec des hommes de l'entourage de Romain ROLLAND. Nombreux s'y retrouvent après s'être mis en rupture de ban avec leurs organisations d'origine, soit minoritaires soit encore exclus. C'est encore dans les colonnes d'Europe qu'en 1934, à l'occasion du vingtième anniversaire de la déclaration de guerre mondiale que sont publiés dans un numéro spécial 1914-1934 des articles de René ARCOS, ALAIN, Jean GIONO. Si nombre d'articles sont orientés par le souvenir des horreurs de la première guerre mondiale, aiguillonnant toujours un pacifisme intransigeant, cela n'empêche pas par la suite que certains préférerons comme lutte prioritaire le combat contre le fascisme, s'investissant plus tard dans les réseaux de résistance.

Il participe en 1930 au troisième cours universitaire de Davos, avec de nombreux intellectuels français et allemands. Il arrête de publier sous l'Occupation, mis à part des écrits clandestins sous le pseudonyme de Cévennes. Jean GUÉHENNO se retrouve en juillet 1936 dans la direction du CVIA (Comité de Vigilance des intellectuels Antifascistes), aux côtés d'amis d'ALAIN, de minoritaires de la SFIO et d'anticolonolialistes, après le départ du courant animé par les membres du PCF, conséquence de l'évolution de la diplomatie soviétique.

      En 1944, il est chargé par le gouvernement provisoire d'organiser la Direction de la culture populaire et des Mouvements de Jeunesse. reprenant les idées forgées dans la clandestinité, il met en place avec Christiane FAURE les premiers instructeurs d'animateurs de jeunesse. Avec André PHILIP et des responsables clandestins d'associations de jeunesse, de partis et de syndicats; il crée la république des jeunes. Cette association réfléchit à la transformation des maisons de jeunes du régime de Vichy en Maison de la Jeunesse et de la Culture (MJC) affiliées aux mouvements d'éducation populaire. En 1948, suite à la fusion de la Direction de la culture populaire et des Mouvements de Jeunesse avec les Direction de l'Éducation Physiques et des Activités Sportives, Jean GUÉHENNO démissionne de son poste.

 

Jean GUÉHENNO, L'Évangile éternel, Étude sur Michelet, Grasset, 1927 ; Conversion à l'humain, Grasset, 1931 ; Jeunesse de la France, Grasset, 1936 ; Dans la prison ( sous le pseudonyme de Cévennes), Minuit, 1944 ; L'Université dans la Résistance et dans la France Nouvelle, Office français d'édition, 1945 ; La Foi difficile, Grasset, 1957.

Philippe NIOGRET, La revue Europe et les romans de l'entre-deux-guerres, L'Harmattan, 2004. Jean Yves GUÉRIN, Jean-Kely PAULHAN et Jean-Pierre RIOUX, Jean Guéhenno, guerres et paix (Actes du colloque de 2008 à l'Université Parix III), Lille, Presses Universitaires du Septentrion, 2009.

Yves SANTAMARIA, Le pacifisme, une passion française, Armand Colin, 2005. Nadine-Josette CHALINE, Empêcher la guerre, encrage, 2015.

 

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31 octobre 2018 3 31 /10 /octobre /2018 08:31

    Jean de BLOCH est un financier et pionnier du chemin de fer polonais, d'origine juive, connu sous le nom de "Roi du chemin de fer". A la fois diplomate, entrepreneur, banquier et économiste, il a une grande influence au tout début du XXe siècle sur nombre d'intellectuels et hommes politiques, influence qui déborde les cercles militants ou acquis au pacifisme.

    Auteur d'une étude considérable en 6 volumes intitulée La guerre de l'avenir qui montre de manière prémonitoire l'impact désastreux que peut avoir une guerre moderne, il est nominé pour le Prix Nobel de la paix en 1901. Il est l'un des organisateurs de la Première Conférence de la Haye en 1899. Il fonde également le premier musée pour la guerre et la paix en Lucerne.

   Le tsar Nicolas II a lu les travaux de Jean BLOCH qui le confortent dans sa diplomatie en Europe, visant à alléger le poids des dépenses militaires en vue du développement économique nécessaire à son pays, et la Russie propose en août 1898 une réunion internationale pour tenter d'organiser la paix en Europe. Si beaucoup de dirigeants observent sa proposition avec ironie (notamment Guillaume II d'Allemagne), la première conférence internationale regroupant des représentants officiels de 26 États se déroule bel et bien à partir du 15 mai 1899. Cette conférence, si elle n'a pas les résultats espérés, malgré la foison de propositions avancées, s'inscrit dans un ensemble de conventions et de rencontres sur des réductions des armements et/ou sur la réglementation de la guerre. Notamment sur les armements navals, elles ne sont pas sans influence sur l'évolution des arsenaux.

Nombreuses sont ensuite les références à ses travaux dans le mouvement pacifiste, notamment après la première guerre mondiale, même s'il n'est pas crédité...

 

Jean de BLOCH, Impossibilités techniques et économiques d"une guerre entre grandes puissances, conférences tenues à La Haye en juin 1899, Paul Dupont, 1899 ; Évolution de la guerre et de la paix, Imprimerie Paul Dupont, 1899 ; Conséquences probables tant politiques qu'économiques d'une guerre entre grandes puissances, rapport au IXe Congrès de la paix, 1900.

Pierre NATTAN-LARRIER, Arsène ARSONVAL, Les menaces des guerres futures et les travaux de Jean de Bloch, V. Giard & E. Brière, 1904.

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30 octobre 2018 2 30 /10 /octobre /2018 09:17

    Le journaliste et militant socialiste français, anarchiste puis communiste Henri GUILBEAUX est une figure du pacifisme durant la première guerre mondiale.

       Journaliste littéraire dès 1906, dans plusieurs revues comme la Revue des lettres et des arts; il participe à des périodiques militants ou très engagés comme La Bataille syndicale, La Guerre sociale, L'effort libre, L'Assiette au beurre dont il devient rédacteur en chef sous le pseudonyme de James BURKLEY, jusqu'à la disparition de la revue en octobre 1912.

    En 1911, il publie l'un des premiers essais sur Jules LAFORGUE, puis se rapproche de Stefen ZWEIG. Il se rend fréquemment à Berlin où il fréquente des intellectuels ouverts au dialogue avec la France.

    En 1913, il sort chez Figuière une Anthologie des lyriques allemands depuis Nietzsche. Membre du Club anarchiste communiste, un groupe adhérant à la Fédération communiste anarchiste, il rédige des critiques d'art dans son journal, Le Mouvement anarchiste.

    Refusant l'esprit revanchard, la haine antiallemande et la "logique de guerre", il est proche, au sein des courants syndicalistes de l'époque, des militants Alfred ROSMER et Pierre MONATTE, qui, en juillet 1914, refusent l'Union Sacrée. Réussissant à se faire réformer, il se lie d'amitié avec Romain ROLLAND et participe à la Conférence de Kiental en 1916. L'année suivante, il lance la revue Demain avec Victor MARGUERITE, qui devient l'organe littéraire des Français expatriés en Suisse. Cette revue accueille toute la palette des opposants à la guerre depuis le tolstoïen Jean-Pierre JOUVE jusqu'aux révolutionnaires Marcel MARTINET et Raymond LEFEBVRE. Interdite de diffusion en France, elle publie des poèmes de Pierre Jean JOUVE, des essais de ROLLAND et de Marcel MARTINET. Durand cette période, Henri GUILBEAUX se fait vraiment l'homme des liaisons entre les différentes composantes du pacifisme français réfugié en Suisse.

Il faut noter que malgré la proximité idéologique manifestée avec LÉNINE, ce dernier ne comprend pas vraiment ces intellectuels français qui pourtant s'efforce de diffuser un enthousiasme en Europe pour la révolution bolchévique.

    Durant son exil, il se rapproche en avril 1917 de LÉNINE qui souhaite rentrer en Russie, et signe le protocole de Berne. Il devient le correspondant français de la Pravda, ce qui lui vaut des ennuis avec les autorités françaises qui obtiennent des autorités suisses qu'il soit arrêté (plusieurs fois) pour violation de la neutralité suisse. Désigné comme "futur Lénine français" par le 2ème Bureau français, il est condamnée par le Conseil de guerre pour Haute trahison à la peine de mort par contumace en février 1919. Il est alors extradé par les autorités suisses vers la Russie. La virulence des propos de l'écrivain, correspondant de Vie ouvrière en Suisse, toujours polémiste forcené selon les dires de ses propres amis, en fait une cible toute indiquée pour CLÉMENCEAU qui mène une répression du mouvement ouvrier, tout en jouant un jeu compliqué avec le nouveau pouvoir bolchévick.

    De mars 1919 à août 1923, il vit dans un premier temps à Moscou, puis après la mort de LÉNINE (seul allié face à STALINE), il part pour Berlin pour le journal L'Humanité. Il publie son essai sur Lénine directement en allemand. Expulsé du parti communiste français, il se retrouve sans ressources. Romain ROLLAND rejoint alors un comité de soutien pour que GUILBEAUX puisse revenir en France. Dix ans après sa condamnation, la sentence est cassé au cours d'un procès en révision, mais est moralement et physiquement trop fatigué pour exercer une quelconque influence, même dans les milieux pacifistes les plus proches. Il passe ses dernières années à mettre en garde contre le stalinisme. Selon Pierre BROUÉ, il travaille alors pour les services secrets français (en échange de sa grâce sans doute), et a même des élans de sympathie pour MUSSOLINI, mise sur le compte sur son épuisement moral et intellectuel.

Henri GUILBEAUX, Mon crime. Contre-attaque et offensive, Genève, Éditions de la revue Demain, avril 1918 ; Le portrait authentique de Vladimir Illitch Lénine, Librairie de L'Humanité, 1924 ; Du Kremlin au Cherche-midi, Gallimard, 1933.

Yves SANTAMARIA, Le pacifisme, une passion française, Armand Colin, 2005.

 

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28 octobre 2018 7 28 /10 /octobre /2018 07:33

     Le philosophe et journaliste français Félicien Robert CHALLAYE est une figure pacifiste et anticolonialisme, notamment entre les deux guerres mondiales.

   Dreyfusard et rédacteur des Cahier de la Quinzaine de Charles PÉGUY au début du XXe siècle, il se rallie au régime de Vichy pendant la seconde guerre mondiale.

     Boursier d'études en Allemagne en 1898, à l'Université de Berlin après un service militaire mouvementé (rappelé à l'ordre pour avoir lu J'accuse de ZOLA...), il se consacre à des enquêtes outer-mer, en Inde, à Java, à A,,am, en Egypte, au Japon... A partir de 1901, il enseigne au lycée de Laval où il est un des fondateurs de l'université populaire dont il est président. Il termine sa carrière d'enseignants en 1937. En même temps, il participe comme journaliste aux Cahiers de la quinzaine, où il publie en 1906 un dossier explosif sur le Congo français (qu'il reprend en 1935 dans son volume Souvenirs de la colonisation), très proche de PÉGUY (qui lui fait découvrir le socialisme) jusqu'à ce que ce dernier rompe avec JAURÈS. C'est avec ce dossier qu'il se fait connaitre comme anticolonialiste, et après un silence pendant la première guerre mondiale, partisan de l'Union sacrée, il participe activement au sein de la Ligue de défense des indigènes en Indochine et du Parti Communiste Français. En 1931, lors du congrès de la Ligue des Droits de l'Homme, Félicien CHALLAYE dénonce l'hypocrysie du prétexte civilisateur de la colonisation défendu alors par une fraction de la Ligue. Il s'éloigne du PCF en 1935, tout en publiant la même année ses Souvenirs sur la colonisation.

     Avec Victor MARGUERITE, il tient pendant toute l'entre-deux guerre, le haut du pavé dans la mouvance pacifiste intégrale. Déjà en 1913, il exprime ses idées pacifistes lors de conférences, avant de se rallier à l'Union sacré. C'est après la victoire que l'ancien combattant devient un fervent pacifiste, s'engageant complètement dans cette cause. Il participe ainsi en 1925 à la campagne de l'Appel aux consciences pour la révision du Traité de Versailles.  

Au sein du Comité directeur de l'Association de la Paix par le Droit, il soutient une polémique avec RUYSSEN au long des années 1931-1932, le débat sur l'objection de conscience se prolongeant par celui engagé à propos du pacifisme intégral. En novembre 1931, il publie dans La Paix par le Droit un article intitulé "Paix sans réserve aucune", dans lequel il définit sa position. Au nom de ce qu'il appelle la "morale courante" qui proclame "Tu ne tueras point" et "Tu aimeras ton prochain comme toi-même" - on note l'assimilation complète des principes chrétiens - il affirme que "la guerre, c'est le vol et l'assassinat généralisés" ; se rangeant parmi les vrais pacifistes, à la différence des belli-pacifistes qui, s'ils estiment la paix supérieure à la guerre, admettent cette dernière dans certaines circonstances pour se défendre. Le pacifisme intégral ne s'autorise qu'une seule guerre, la guerre civile : "c'est la guerre entre peuples seulement qu'interdit le pacifisme intégral". La guerre entre les peuples étant le mal absolu, comme l'a montré la dernière guerre, le remède absolu est "la paix sans aucune réserve". Et il affirme que mieux vaut l'occupation étrangère que la guerre. Certes, le joug de l'étranger est lourd, mais la guerre est encore pire. Félicien CHALLAYE imagine la résistance passive et la non-coopération avec l'occupant, à la manière pense-t-il de GANDHI. Et seul le désarmement unilatéral permet d'éviter la guerre. Au fur et à mesure que les périls s'accumulent, nombre de militants (et surtout d'intellectuels) se détournent de telles conceptions qui deviennent lentement de plus en plus minoritaires.

Membre du Comité de Vigilance des Intellectuels Antifascistes (CVIA), il condamne l'antisémitisme et le nazisme mais refuse toute idée de conflit avec l'Allemagne. Il rejoint alors la minorité ultra-pacifiste de la Ligue des Droits de l'Homme et publie en 1933 Pour une paix désarmée même face à Hiltler. Il préside alors la Ligue internationale des combattants de la paix. Il se rend en Allemagne à l'automne 1938 et en revient persuadé de la volonté pacifiste des dirigeants allemands.

    En décembre 1939, il est un moment incarcéré pour avoir signé le tract pacifiste de Louis LECOIN, Paix immédiate. Après l'armistice et l'instauration du régime de Vichy, il se rapproche de Marcel DÉAT et de son parti collaborationniste RNP. Il écrit dans une revue de gauche vichyste (oui, ça existait...), L'Atelier, animée par d'anciens militants, venus à la collaboration par pacifisme intégral, de même que dans une autre revue collaborationniste, dirigée par Georges SUAREZ, Aujourd'hui. Cependant, il ne participe pas aux activités politiques ou policières du régime et n'est pas longtemps inquiété à la Libération.

   Dans l'immédiat après-guerre, il soutient les mouvements indépendantistes algériens et tunisiens et à partir de 1951, collabore avec Émile BAUCHET, Robert JOSPIN et Paul RASSINIER aux activités du Comité nationale de résistance à la guerre et à l'oppression (CNRGO, future Union Pacifiste de France) et notamment à son organe La Voie de la Paix.

 

Félicien CHALLAYE, Le Congo français. La question internationale du Congo, Alcan, 1909 ; Les principes généraux de la science et de la morale, Nathan, 1919, réédition 1928, 1934 ; L'Enfant et la morale, PUF, 1941 ; Histoire de la propriété, PUF, Que sais-je?, 1944 ; Petite histoire des grandes philosophies, PUF, 1946 ; Petite histoire des grandes religions, PUF, 1947 ; Péguy socialiste, Amiot-Dumont, 1954 ; Les philosophies de l'Inde, PUF, 1956.

Pascal ORY, Les collaborateurs 1940-1945, Seuil, 1976.

Nadine-Josette CHALINE, Empêcher la guerre, encrage, 2015.

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27 octobre 2018 6 27 /10 /octobre /2018 11:28

       Le romancier et auteur dramatique français Victor MARGUERITE est également une figure du pacifisme de l'entre deux guerres mondiales.

      De formation militaire (École militaire de Saumur-1891-lieutenant de dragons), il abandonne le milieu des armées pour se consacrer à la littérature. Précoccupé par les questions sociales, ardent défenseur de l'émancipation de la femme, partisan du rapprochement entre les peuples, il collabore notamment à La Revue contemporaine, d'Édouard ROD. Il y soutient des opinions sociales de plus en plus avancées et collabore à d'autres journaux dans la mouvance internationaliste et communiste.

    En 1922, il publie son roman virulent La Garçonne qui lui vaut le retrait de sa Légion d'honneur. Rapidement traduit en plusieurs langues, le personnage Monique de ce roman choque la "bonne société", mais des adaptations au théâtre et au cinéma prolongent son succès durant une dizaine d'années. Hormis ce succès qui le place sous les projecteurs, il collabore de 1896 à 1908 à toutes les oeuvres de son frère Paul qui parallèlement publie leurs ouvrages sous son seul nom. Il devient Président honoraire de la Société des gens de lettres.

     De cette fonction, il diffuse des idées pacifistes. Déjà avant cette nomination, il fréquente les mêmes cercles parisiens que de nombreux autres hommes de lettres, tels Maxime LEROY ou J.H. ROSNY (1856-1940), auteur de La Guerre du feu.

Même si ses convictions pacifistes sont réelles et profondes, Victor MARGUERITE varie tout de même dans son parcours intellectuel : après avoir fait publié en 1917 La Terre natale, hymme à la "guerre juste" menée par la France, il fait paraitre en 1919 un ouvrage d'un tout autre ton, Au bord du gouffre, dans lequel il revient sur les premiers mois du conflit, dénonçant les carnages inutiles, l'arrogance et l'incompétence de l'État-major responsable de la "boucherie des premières batailles et (de) la longue invasion du territoire". S'en prenant violemment à CLÉMENCEAU, ce "perd de la victoire", il affirme qu'il "n'y a pas de guerre inévitable" et appelle à la vigilance, car "le Grand Quartier Général, en se dissolvant, n'est pas mort. Il a simplement changé de nom en intégrant ses anciens bureaux. Il s'appelle à nouveau l'état-major de l'armée...". Pour empêcher cette "oligarchie" de nuire à nouveau au pays, les "élites" (c'est-à-dire pour lui les intellectuels) doivent désormais constituer les cadres naturels de la nation ; et le livre se termine par la formule "Si vis pacem, para pacem!"

Son roman La Garçonne, outre un ton féministe porté  à un degré inconnu à cette époque, frappe par la dénonciation du capitalisme sauvage responsable du surarmement et de la guerre. Le succès de ce livre attire l'attention des services de propagande allemands à l'affût d'honorables correspondants dans tous les pays européens, et en coulisse il est approché par un émissaire de la Wilhelmstrasse, qui désormais finance ses publications (en les achetant en masse). Indémpendamment de leur qualité et de l'estime du public, ses publications ont désormais la viabilité assurée. Dans les journaux comme dans les romans, il sert judicieusement et avec discrétion les intérêts allemands en s'attaquant aux ennemis de l'Allemagne, comme dans Les criminels, paru en 1925. Il ne cesse de s'en prendre aux Français tout en étant très discret quant à l'attitude des Allemands. Cette même années 1925, Victor MARGUERITE est à l'origine d'un "Appel aux consciences", dont il rédige la longue introduction, contre les articles 227 à 230 du Traité de Versailles. Figurent parmi les signataires (une centaine), des hommes de lettres (COURTELINE, Léo POLDÈS...), des universitaires (Charles GIDE, les historiens SEIGNOBOS et MAHIEZ), des hommes d'Église et des hommes politiques. Il ambitionne un nouveau "J'accuse" mais finalement l'impact de cet Appel est très modeste, connu surtout dans les milieux intellectuels. Grâce toujours à l'argent allemand, il peut lancer sa revue Évolution, militant en faveur du désarmement universel intégral, de l'objection de conscience, et surtout de la révision du Traité de Versailles. Cette revue ouvre largement ses colonnes aux partisans d'un pacifisme intégral, souvent anarchistes ou communistes chassés du parti, ce qui provoque des frictions avec la mouvance communiste. La montée du nazisme est analysée comme une simple réaction au calamiteux Traité de Versailles. Position défendue également par d'autres, par exemple Félicien CHALLAYE.

Avec ce dernier, Victor MARGUERITE tient le haut du pavé dans la mouvance pacifiste. En 1931, il fait publier La Patrie humaine, où il se présente comme "un volontaire au service d'un idéal fraternel", éloigné aussi bien du christianisme que de la SFIO ou de la IIIe Internationale, "révolution devenue dictature". Il soutient toujours l'objection de conscience et cite en exemple l'Union International des pasteurs antimilitaristes, la Ligue internationale des femmes pour la Paix et la Liberté, le Mouvement International de la Réconciliation, toutes associations qui plus tard purent regretter un tel patronage! Dans la même année, il publie également Non! roman d'une conscience, exposant ses idées sous forme romancée pour les rendre plus faciles d'accès.

Parmi les partisans de la Paix par le Droit, plus on avance dans la décennie, plus les divergences se font jour. Si, avec CHALLAYE, MARGUERITE défend (notamment dans un Appel de 1932, Debout les vivants!) l'idée d'un référendum populaire avant toute déclaration de guerre, en se reférant à la campagne menée en Allemagne sur ce thème par Heinrich MANN, de nombreuses autres voix s'élèvent contre les persécutions, et leur voix se font nettement entendre après 1934, dont son victimes les opposants au régime nazi, y compris les pacifistes allemands. Au sein même de la mouvance proche, comme dans la Ligue internationale des Combattants de la Paix, fondée en 1931 par un groupe de pacifistes inconditionnels autour de l'anarchiste Victor MÉRIC, dont le journal lancé en 1931 prend pour titre celui de l'ouvrage de MARGUERITE, La Patrie humaine, où se retrouvent des pacifistes déjà bien connus, des divergences apparaissent. Dans un ouvrage de 1932, Fraîche et gazeuse, MÉRIC, pour attirer l'attention lance l'idée d'utiliser la bombe comme les faisaient les anarchistes à la fin du XIXe siècle. Les discussions passionnées deviennent très orageuses, notamment à l'occasion du congrès d'Amsterdam contre la guerre de 1932, les difficultés financières du journal aggravant les tensions. Le mouvement continue néanmoins avec le journal créé fin 1933, Le barrage, vendu à la criée ou lors de meetings par René DUMONT et Robert JOSPIN. Des "fêtes", "meetings", "pièces de théâtre", "chansons" relayent cet état d'esprit.

Malgré la montée des menaces, Victor MARGUERITE s'en tient, avec beaucoup d'autres (Jean GIONO, Félicien CHALLAYE...) au pacifisme intégral. Il considère encore le nazisme, dans une méconnaissance profonde de sa nature, d'un oeil sympathisant, même après l'invasion de la France en 1940. Il collabore d'ailleurs avec l'occupant  au nom de la paix.

       En relisant ses livres, le lecteur peut trouver ses arguments non dénués de bon sens, s'il oublie le contexte et les coulisses. Comme beaucoup dans l'entre-deux-guerres, Victor MARGUERITE, pacifiste convaincu et de bonne foi, peut apparaitre comme une victime des activités des renseignements allemands. Il faut tout de même beaucoup d'aveuglement pour en arriver là...

Contre tous les fauteurs de guerre (enfin ceux qu'il voyait...), Victor MARGUERITE se pose en guide spirituel, comme tant d'autres dans sa mouvance, s'adressant  directement aux hommes (par-dessus les partis et les institutions), au nom de l'indépendance de l'esprit. Cette auto-valorisation trouve sa justification à ses yeux dans une compétence professionnelle particulière - parfois très problématique, concernant l'histoire de la première guerre mondiale par exemple, où il se joint à maints révisionnistes attribuant la responsabilité quasi-exclusive de la guerre à la France et à l'Angleterre. Elle se traduit par un certain aveuglement par rapport aux multiples avertissements de la part d'autres intellectuels qu'il juge trop orienté par une appartenance partisane.

Victor MARGUERITE, Bétail humain, 1920 ; La Garçonne, 1922, réédition Payot, collection Petite Bibliothèque Payot, 2013 ; Non! roman d'une conscience, 1931 ; La Patrie humaine, 1931 ; Avortement de la SDN, 1939.

Patrick de VILLEPIN, Victor Marguerite, La vie scandaleuse de l'auteur de "La Garçonne", François Bourin, 1991 ; Plutôt la servitude que la guerre, Relations internationales, n°53, 1988.

Nadine-Josette CHALINE, Empêcher la guerre, encrage, 2015

 

    

 

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25 octobre 2018 4 25 /10 /octobre /2018 09:29

   Les années 1930 font contraste par rapport à la décennie précédente. Nadine-Josette CHALINE constate que les années 1920 ont semblé connaître, même si cela n'est pas unanime chez tous les courants de pensée, surtout à partir de 1925, une certaine euphorie pacifique malgré l'irruption de nouveaux problèmes comme la "grande lueur à l'Est", qui enthousiasme nombre de pacifistes, avant la découverte de la réalité du bolchevisme ; mais à partir de 1933, la confrontation au nazisme impose de nouvelles interrogations. "Peut-on continuer à prôner le désarmement face à Hitler? Peut-on être pacifiste et antifasciste?" L'attitude fluctuante du Parti communiste, travaillé par des courants dont certains sont très partagés par rapport au directives du PCUS, perturbe également les esprits. Ces années sont donc difficiles pour ceux qui souhaitent maintenir la paix, certains sont prêt à accepter tous les compromis, tandis que d'autres perçoivent de nouveaux dangers. Même constat pour Yves SANTAMARIA, une période de paix inquiète (1918-1933) fait place à une période de dépression et de rémission.

   Durant cette période, le fossé se creuse d'ailleurs entre ceux qui se disent d'abord pacifistes et ceux qui se proclament antimilitaristes. Devant tous les bouleversements de la scène internationale, les dissensions déjà si nombreuses dans les années 1920, ne s'effacent pas face aux dangers des régimes fascistes. Outre le fait qu'une partie importante de la classe politique préfère encore le régime fasciste italien ou le régime nazi allemand au régime soviétique, la recrudescence de crises internationales à partir de 1935-1936 suscite un changement brutal de position de Moscou et de la IIIe Internationale, ainsi que des divisions, voire des scissions au sein de certains partis politiques. Tandis que quelques groupes continuent de militer pour un "pacifisme intégral" même face à Hitler. Le soulagement provoqué dans l'opinion publique après les accords de Munich de 1938, précède de peu une nouvelle guerre survenant alors que les esprits sont très divisés.

    Si l'Eglise catholique, mais plus encore le Vatican (car le "peuple catholique" est loin d'être entièrement convaincu), mutiplient les mises en garde, le "pacifisme intégral" se développe, même dans la montée des périls. Les difficultés à analyser la nature réelle du nazisme (que l'on confond parfois avec le fascisme mussolinien), les divisions entre anarchistes, socialiste et communistes qui se ravivent sur la question même de sa nature, font que beancoup se rassemble, parfois "faute de mieux", sur le slogan "le fascisme c'est la guerre". Les débats sur la responsabilité des dirigeants ayant concocté le Traité de Versailles reviennent sur le devant de la scène, et sans doute la propagande nazie en Europe n'y est pas pour rien. Singulièrement les ouvrages de Victor MARGUERITE et de Félicien CHALAYE entretiennent ces débats au début des années 1930.

Il faut que les pacifistes allemands soient menacés dans leur pays après l'arrivée d'Hitler au pouvoir pour que les esprits évoluent, et encore beaucoup ne croient pas à la volonté allemande (ils n'ont pas lu ou tiennent le livre Mein Kampf pour seulement un instrument pour arriver au pouvoir), malgré un réarmement de plus en plus visible, de mener une guerre offensive de conquête. Surtout les pacifistes inconditionnels tiennent pour vrai les propos diplomatiques ou de presse des dirigeants du nazisme, qui jurent ne faire que "réunifier l'Allemagne". D'ailleurs un des effets du réarmement allemand et de l'installation d'une dictature dans le pays voisin, provoque une séparation de plus en plus nette entre ces pacifistes et les antifascistes, la guerre civile d'Espagne de 1936 étant un des éléments majeurs (et pour longtemps) qui marquent les distances.

 

 A chaque nouvelle crise, de plus grandes divisions

Dès le début des années 1930, alors même qu'au sein de la mouvance pacifiste et dans l'opinion publique en général, se développe ce sentiment qu'il faut préserver la paix à tout pris, plusieurs questions focalisent les divisions qui vont la caractériser de plus en plus :  - l'objection de conscience, notamment dans les milieux protestants, avec les interventions du pasteur Henri ROSER, - les relations avec les pacifistes allemands, partenaires indispensables de plus en plus menacés, - le réarmement de l'Allemagne, sujet qui divise le plus entre tous, - l'attaque de l'Éthiopie par l'Italie, - le pacte franco-soviétique de 1935... Tout cela agite les pacifistes, tant à droite qu'à gauche de l'échiquier politique français. Les différents congrès des pacifistes rencontrent un certain écho dans les milieux intellectuels, qui relient très souvent leurs actions-réactions par rapport à l'activité défaillante de la SDN.

Ainsi, les congrès d'Amsterdam, en 1932, puis de la salle Pleyel à Paris l'année suivante, mobilisant contre la guerre et le fascisme, avec une forte participation communiste, connaissent un certain écho avec la fondation du Comité de lutte contre la guerre impérialiste. Lorsque, au lendemain du 6 février 1934, se crée le Comité de Vigilance des Intellectuels Antifascistes (CVIA), ce dernier se veut également sous la houlette des universitaires ALAIN, LANGEVIN et RIVET, pacifiste et antifasciste. Mais le changement de cap du Parti communiste en 1935 laisse le CVIA entre les mains des pacifistes intégraux, avant son échec final.

De nouveaux affrontement surviennent à propos de la guerre d'Éthiopie et de la guerre d'Espagne. Si les camps semblent nettement tranchés, les situations sont souvent plus complexes. On s'invective par manifeste interposé, notamment à propos des sanctions contre l'Italie. Le 4 octobre 1935 parait dans le journal Le Temps un Manifeste des intellectuels français. Pour la défense de l'Occident et de la paix en Europe, contre les sanctions décidées à l'encontre de l'Italie. Ce texte rédigé par Henri MASSIS recueille en une semaine plusieurs centaines de signatures par peur de voir ces sanctions jeter l'Italie dans les bras de l'Allemagne nazie. Ces adhésions reposent aussi largement sur le souvenir de la Grande Guerre et de la cause commune que l'on fit alors avec l'Italie et, surtout, sur la peur du communisme susceptible de se développeer en Europe occidentale, si un nouveau conflit éclatait.

Chez les intellectuels de droite comme Mgr BAUDRILLART, Charles MAURRAS, Robert BRASILLACH, Pierre GAXOTTE, cette peur du communisme - le temps des interventions armées des puissances occidentales contre la Russie rouge n'est pas encore très loin - constitue une sorte de fil rouge dans leurs réactions face aux événements. A l'inverse, chez les intellectuels de gauche, où compagnonage avec le Parti Communiste voisine souvent avec un oeil sympathisant, même s'il se révèle de plus en plus critique par rapport à "l'expérience communiste" à l'Est, ils se regroupent le 5 octobre de la même année autour d'un autre texte paru dans L'Oeuvre, rédigé par Jules ROMAINS et signé par André GIDE, Louis ARAGON, André MALRAUX, Romain ROLLAND, Louis TERRENOIRE, ALAIN... Et les "8 500 membres du CVIA"... Puis, le 19 octobre paraît dans La Vie catholique un Manifeste pour la Justice et la Paix, regroupant les démocrate-chrétiens avec Étienne BORNE, Jean LACROIX, Jacques MARITAIN, Henri MARROU et d'autres comme Emmanuel MOUNIER ou Jacques MADAULE, qui avaient déjà signé le manifeste de gauche.

 

Dernières tentatives pour un pacifisme partagé par tous...

Au-delà de leurs profondes divergences, tous soulignent, sans toutefois briller par une grande lucidité, combien une nouvelle guerre serait une catastrophe. Alors que s'ébauche le Front Populaire, se forme un "Front unique pacifiste" pour soutenir la SDN, dont l'image est bien ternie après plusieurs échecs : le Rassemblement universel pour la paix (RUP), né en réaction à l'agression italienne contre l'Éthiopie autour du Britannique Lord Robert CECIL et du français François COT. Un grand rassemblement à Bruxelles en septembre 1936 consacre sa naissance officielle. Très rapidement le RUP annonce des chiffres d'hédésions extraordinairement élevés (400 millions dans le monde!) car il se veut, à l'unisson des opinions publiques européennes "organisation de masse", acceptant des "adhésions collectives" (Associations pour la SDN, syndicats, associations d'Anciens combattants, mouvements de jeunesse...). Quelques uns de ses membres les plus influents, tels Louis DOLIVET (En fait Ludwig BRECHER) sont directement en relation avec les autorités sociétiques (Komintern). Beaucoup finissent d'ailleurs par s'interroger sur la place des communistes dans le RUP.

Lorsqu'une guerre civile éclate en Europe, deux positions s'affrontent : ceux qui soutiennent les républicains (socialistes, communistes) et ceux qui, sans pour autant approuver les entreprises de FRANCO, ne supportent pas le sort réservé à l'Église avec les exécutions de prêtres. Le débat est très vif, par exemple à la SFIO et beaucoup choisissent alors la lutte prioritaire, antifasciste, par rapport au pacifisme à tout prix. Alors que pour les pacifistes intégraux, le maintien de la paix passe avant l'antifascisme, comme pour ceux qui militent dans la Ligue des objecteurs de consciences qui fait campagne pour le renvoi des fascicules de mobilisation, Félicien CHALLAYE prônant même dans des opuscules (1932 et 1934) la non-résistance, rejoint par d'autres personnalités comme Jean GIONO, beaucoup rejoignent les Brigades internationales, malgré leur désir de paix. Mais même parmi les pacifistes "intégraux", d'autres comme Romain ROLLAND se désolidarisent de ces positions, comme celles qui militent à la Ligue Internationale des femmes pour la paix et la liberté, présidée alors par Gabrielle DUCHÈNE. La coupure est alors nette, et passe également au sein de la SFIO, et s'affirme lors des accords de Munich.

Lorsque survient la guerre en 1939, le décalage entre les rêves pacifistes et la réalité dramatique se révèle très profond. Et le monde intellectuel est déchiré entre les pacifistes extrêmes, qui réclament encore le 10 septembre la "Paix immédiate", les communistes décontenancés par le pacte germano-soviétique, et une frange gagnée au fascisme, au sein même de la mouvance pacifiste... Car souvent pacifisme et anticommunisme se rejoignent pour protéger la paix, en dépit de toute analyse sérieuse, et l'on assiste à des revirements assez spectaculaires de certaines personnalités pourtant apparemment bien ancrée à gauche dans l'échiquier politique. Les clivages politiques eux-mêmes, bien au-delà de la mouvance pacifiste, sont bouleversés et déjà se dessinent les affrontements entre collaborateurs et résistants.

 

Le pacifisme redéfinit

Le grand retournement s'opère d'ailleurs dès 1938, avec la reculade de Munich, et est déjà amorcé par la perspective du gouvernement de "Front populaire". On ne perçoit plus guère l'atmosphère de l'époque où la droite refuse catégoriquement les avancées sociales qu'il promeut à son arrivée au pouvoir, refus qui va de pair avec celui de voir accroitre les crédits militaires, et qui fait penser que en définitive, la droite c'est la paix. La propagande allemande se déchaîne d'ailleurs, relayée par une partie de l'intelligentsia, elle-même marquée, il faut le dire par un antisémitisme violent. Cette atmosphère se prolonge même pendant la "drôle de guerre" jusqu'à l'invasion de la France en 1940, où Résistance et Collaboration, une fois l'armée française vaincue, rebattent les cartes politiques, y compris dans ce qui était alors la mouvance politiques, selon des modalités parfois très complexes, où se redéfinit la notion même de patriotisme... Comme lors d'invasions et d'occupations dans de nombreux pays, pendant la seconde guerre mondiale, mais également avant et après, pacifiste et antimilitarisme sont redéfinis et ne signifient plus la même chose qu'auparavant. Singulièrement, le "pacifisme intégral" fait place, dans la mouvance pacifiste comme dans l'opinion publique, à des nuances bien tranchées en fonction des parcours sociaux et politiques. Plus jamais d'ailleurs, après cette guerre, en France comme dans la plupart des pays d'Europe, le pacifisme n'a d'image générale positive, le refus de la guerre à tout prix ayant conduit à des situations bien pires encore. L'esprit munichois est associé, même encore aujourd'hui, à un pacifisme "aveugle".

  Yves SANTAMARIA, Le pacifisme, une passion française, Armand Colin, 2005. Nadine-Josette CHALINE, Empêcher la guerre, Le pacifisme du début du XIXe siècle à la veille de la Seconde Guerre mondiale, encrage, 2015.

 

PAXUS

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20 octobre 2018 6 20 /10 /octobre /2018 08:20

      L'écrivain français Romain ROLLAND, Prix Noble de littérature de 1915, occupe une place importante dans la diffusion des idées de pacifisme et de non-violence. 

     Son exigence de justice le pousse à souhaiter la paix "au-dessus de la mêlée" pendant et après la Première Guerre mondiale. Animé d'un idéal humaniste et en quête d'un monde non-violent, il admire Léon TOLSTOÏ, est très intéressé par les philosophies de l'Inde (conversations avec Rabidranath TAGORE et GANDHI), par l'enseignement de Râmakrishna et Vevekananda, puis par le "monde nouveau" qu'il espère voir se construire en Union Soviétique.  

     Très versé dans les arts et dans la musique (il enseigne brièvement sur cette dernière matière à l'Institut Français de Florence), il doit sa notoriété d'écrivain à son roman-fleuve Jean-Christophe, publié de 1904 à 1912. Il veut consacrer alors toute sa vie à la littérature, quand la Grande Guerre est déclarée.

     D'abord en faveur de la guerre contre l'Allemagne, il comprend très vite qu'elle est un "suicide" de l'Europe. Du coup, il ne quitte pas la Suisse, n'étant de toute façon pas mobilisable (il a 48 ans) et tout en s'engager dans la Croix Rouge, il utilise la relative liberté qui règne dans ce pays pour diffuser ses oeuvres. Comme son appel pacifiste de 1914, Au-dessus de la mêlée, paru dans le Journal de Genève. Ses idées pourrait le faire apparaitre comme traître à son pays, cependant lorsque ses écrits sont publiés à Paris, ils rencontrent un large écho. Critiqué par les deux camps, il devient une figure du mouvement pacifiste international, mais aussi de la Troisième Internationale, aux côtés entre autres de Henri GUILBAUX.

Romain ROLLAND fait partie de ces rares intellectuels qui s'obstinent dans le refus de la guerre, de manière semblable à la mouvance anarchiste la plus radicale, mais mû par une fidélité à un humanisme à défendre. Alors qu'auparavant il n'avait jamais participé au moindre combat idéologique, se tenant même à l'écart de l'Affaire Dreyfus, dans laquelle les intellectuels s'étaient pourtant engagés massivement, il se trouve incarner le pacifisme, quasiment malgré lui, à la suite de ces huit articles parus dans Le Journal de Genève d'août à décembre 1914 et repris en novembre 1915 en un recueil intitulé Au-dessus de la mêlée. 

Pourtant les textes eux-mêmes ne contiennent aucune phrase antipatriotique ou antimilitariste et sont même marqués par une "modération qui étonne au regard de ce qu'ils allaient bientôt incarner" (Christophe PROCHASSON, Au nom de la Patrie. Les intellectuels et la Première guerre mondiale, 1910-1919, Paris, 1999). Il attire à lui des jeunes désemparés, tel André DANET, qui lui demandent conseil, et surtout les pacifistes d'extrême gauche, jusque-là dispersés, qui voient en Romain ROLLAND, le fédérateur qu'ils recherchaient et lui font jouer un rôle qu'il ne voulait pas au départ. Plusieurs d'entre eux font partie de l'entourage immédiat de l'écrivain (notamment Henri GUILBAUX, avec sa grande expérience de la presse, très antimilitariste, collaboration de l'Assiette au beurre, de La Guerre sociale, du Libertaire et de La Bataille syndicale avant la guerre). Même si Romain ROLLAND collabore avec le journal Demain (première parution en janvier 1916), il est fréquemment en désaccord avec le ton du mensuel. Mais il se tient un peu à l'écart de certains débats virulents, notamment ceux qui portent sur la révolution russe, et de toute façon l'influence de ces "feuilles de choux" est bien moindre que ses propres ouvrages...

       En 1919, il rédige un manifeste et invite tous les travailleurs de l'esprit à le signer, Déclaration de l'indépendance de l'esprit, dans laquelle il cherche à tirer les leçons de la guerre en définissant une voie libre au-delà des nations et des classes. 

      Il s'installe en France en 1922, et malgré une santé fragile, continue à travailler à son oeuvre littéraire. Il entretient un très vaste réseau de correspondance avec des intellectuels du monde entier, même avec ceux avec lesquels il reste en désaccord, comme Alphonse de CHATEAUBRIANT. Sa correspondance avec Louis ARAGON, Hermann HESSE, Richard STRAUSS, André SUARÈS, Stefan ZWEIG (qu'il voit très souvent de 1922 à 1927), ALAIN, René ARCOS et Jean GUÉHENNO donne un aperçu éclairant sur l'atmosphère intellectuelle de l'époque de l'après-guerre. Romain ROLLAND continue d'être une référence dans les milieux pacifistes et il écrit très vite en faveur du rapprochement franco-allemand, comme dans la revue Europe fondée en 1923.

Durant toutes ces années 1920, se multiplient pétitions, appels et proclamations d'intellectuels. Il signe par exemple avec Victor MARGUERITE et beaucoup d'autres, en 1925, un Appel aux consciences, où les signataires réclament la suppression des articles 227 à 230 du Traité de Versailles. En 1921, Romain ROLLAND, EINSTEIN, HUXLEY et Bertrand RUSSEL... fondent l'Internationale des Résistants à la Guerre (IRG).

     Il entretient une discussion avec Sigmund FREUD sur le concept de sentiment océanique qu'il puise dans la tradition indienne qu'il étudie alors avec ferveur, à compter de 1923, année où il préside à la fondation de la revue Europe, avec des membres du groupe de l'Abbaye, notamment René ARCOS.

    Son livre de 1924 sur GANDHI contribue beaucoup à faire connaitre ce dernier en Europe et pendant un temps se fait militant de la non-violence. Mais surtout à partir de 1930, il s'en détourne, car il estime qu'elle n'apporte pas de remède à la montée des fascismes en Europe. Dès cette année, il s'engage en faveur de l'URSS, cela d'autant plus qu'HITLER arrive au pouvoir en Allemagne en 1933. Au cours d'un périple en Union Soviétique, il rencontre STALINE et est l'un des fondateurs du mouvement pacifiste Amsterdam-Pleyel. Sa participation aux meetings et campagnes de presse devient alors très active, enthousiaste envers la cause communiste, compagnon de route du Front Populaire jusqu'à ce que les procès de Moscou (août 1936-mars 1938) refroidissent ses ardeurs. Il ne ménage pas sa peine jusqu'à ce moment-là, militant aux côtés de pacifistes inconditionnels (Victor MÉRIC) qui lance un journal en 1931, La Patrie humaine, dont il fait partie du comité d'honneur.

La signature du Pacte germano-soviétique, qui en déboussole plus d'un dans l'échiquier politique français, surtout à gauche, achève de le convaincre d'abandonner peu à peu toute activité politique. Cela ne l'empêche pas de participer au Comité mondial contre la guerre et le fascisme aux côtés de Paul LANGEVIN. Encore en 1935, il fait partie les signataires, comme beaucoup d'intellectuels de gauche, d'un texte paru dans L'Oeuvre qui renouvelle les appels à la paix en direction des gouvernements français et italiens. Mais en 1936, Romain ROLLAND se désolidarise de ces positions pacifistes et opte pour la fermeté face à Hitler., suggérant alliances et pactes militaires si nécessaire. 

Romain ROLLAND, Journal des années de guerre, 1914-1919, Albin Michel, 1952 ; Mémoires, Albin Michel, 1956 ; Gandhi, 1924.

Stefan ZWEIG, Romain Rolland : sa vie, son oeuvre, 1921, 1929. 

Nadine-Josette CHALINE, empêcher la guerre, encrage, 2015.

 

 

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