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13 octobre 2020 2 13 /10 /octobre /2020 10:03

      Alors que de nombreuses critiques à l'encontre de la non-violence s'adressent à ses "pré-supposés moraux et philosophiques", critiques qui tombent singulièrement dans le vide de nos jours, alors que beaucoup veulent réduire la non-violence à une sphère étroite de la vie politique (qui ne concerne que des aspects partiels de la vie en société) ou sociale (qui ne concerne que des gens déjà bien repus qui ont le loisir de penser à des choses secondaires comme l'environnement et la justice sociale...), nombre d'actions non-violentes se situent dans un cadre résolument politique, dans une stratégie politique, avec des buts politiques. Il est vrai que nombre de critiques proviennent de groupes ou de personnes qui se disent véritablement révolutionnaires (allant jusqu'à traiter les non-violents d'alliés objectifs (et aveugles des injustices) et que peu d'hommes politiques ou de sociologues, peu d'intellectuels en tout cas, pensent avoir un dialogue avec les "non-violents".

   Comme le rapporte Manuel CERVERA-MARZAL, chargé de recherche au FNRS (Université de Liège), docteur en sciences politiques, à l'exception des historiens qui consacrent à des acteurs non-violents (GANDHI, Martin LUTHER-KING, César CHAVEZ...) d'importantes biographies, le monde universitaire se démarque par le caractère largement insuffisant de l'attention qu'il a portée par exemple à GANDHI. Il est vrai que peu de sociologues par exemple ont consacré des études aux leaders et aux actions non-violentes (c'est plus vrai en Europe que dans le monde anglo-saxon...).

Raghavan IYER, professeur de philosophie à Oxford identifie quatre causes du déficit d'études sur la pensée politique et morale de GANDHI :

- la personnalité unique du Mahatma qui a capté toute l'attention, occultant ainsi ses très nombreux écrits ;

- le public s'est également focalisé sur ses trente années d'action politique en Inde (1914-1948) au détriment des dix années de conceptualisation éthico-politique en Afrique du Sud (1903-1914) : tous les principaux concepts - satyagraha, ahimsa, swaraj - datent de cette époque.

- GANDHI n'était pas un intellectuel classique. Il n'a pas rédigé d'exposé systématique de ses idées sur la politique et sur la non-violence. Son oeuvre se compose presque exclusivement d'écrits circonstanciés : articles de journaux, lettres et discours. Il n'avait pas le goût pour les dissertations formelles - il pensait comme un avocat, sa profession. Il ne se souciait pas de clarté philosophique ni de cohérence logique : il s'agit souvent de convaincre de la justesse de ses vues et de ses moyens d'action. Il pensait - il l'écrit souvent - que "son rôle est d'agir".

- sa pensée politique est intimement entrelacée avec ses convictions religieuses, ce qui rend difficile l'approche de la première, d'autant que ses convictions sont formées d'un syncrétisme majeur (christianisme, hindouisme, jaïnisme...).

  La pensée même de GANDHI, référence de toute la "pensée non-violente", nous enjoint de regarder ses actes, mais ses actes ne doivent pas occulter ses idées, comme l'écrit si justement Manuel CERVERA-MARZAL. Si GANDHI philosophe dans l'action et agit en fonction de sa philosophie, il n'en est pas moins, surtout en Inde, un homme politique. Et comme tel, dans les grands conflits qui agitent l'Inde de son siècle, il fait de la politique. Et comme tout homme politique, il ne cherche pas la perfection, il recherche une efficacité pragmatique.

Malgré qu'il soit précédé de nombreux penseurs dans la voie de la désobéissance civile, il s'en révèle le plus fin théoricien et le premier en tout cas à légitimer sa pratique dans l'État de droit démocratique comme dans les régimes autoritaires. Il est temps, comme l'écrit Manuel CERVERA-MARZAL, de "mettre en exergue l'essence conflictuelle de la politique, la viabilité politique de la recherche de la vérité absolue et l'exigence éthique de l'emploi d'une méthode de lutte non-violente. Ainsi, la politique de GANDHI a pour fondement l'adversité, pour finalité la vérité et pour moyen la non-violence." Pour le leader indien, l'engagement politique est une devoir religieux qui, lorsque les circonstance l'exigent, se concrétise à travers la mise en oeuvre d'actions de désobéissance civile.

Dans toute sa vie, GANDHI relie cette recherche de la vérité et l'emploi de moyens non-violents. Cette recherche se rattache à une vision forte de ce qu'est la vie sociale tout court et à un idée forte de la conflictualité. Il la pense sous la forme d'une opposition entre adversaires plutôt qu'entre ennemis. Le véritable ennemi, c'est le système dans lequel les hommes vivent et qui les enferment dans des relations d'injustices et de violences.

 

Lutter contre le véritable adversaire...

    GANDHI pense le combat politique, car il y a bien combat, sous la forme d'une opposition entre adversaires plutôt qu'ennemis. Il modifie l'acception classique de la notion d'adversaire. Selon R. IYER (The moral and political thougt of Mahatma Gandhi, New Delhi, Oxford University Press, 2000), pour GANDHI, l'adversaire "désigne le mal que font les hommes et non les hommes eux-mêmes." Contrairement à certaines philosophies politico-morales et religieuses, l'homme et ses actes sont deux choses bien distinctes, et "alors qu'une bonne action doit appeler l'approbation, et une mauvaise, la désapprobation, l'auteur de l'acte, qu'il soit bon ou mauvais, mérite toujours respect ou pitié selon les cas" (Gandhi, Autobiographie ou mes expériences de vérité; PUF, 2008).

En apparence, GANDHI semble admettre avec Carl SCHMITT qu'en politique, il faut viser la suppression de la partie adverse. Mais contrairement au juriste allemand, il ne conçoit pas l'adversaire comme un homme, mais comme un système qui amène l'individu à mal agir. Il souligne qu'un individu n'est jamais réductible à ses actes, que "l'être" ne se résume pas dans le "faire". Finalement, il y a au coeur de la pensée de GANDHI, "la certitude que l'adversaire est un autre homme avant d'être un ennemi" (Jean-Marie MULLER, Le courage de la non-violence, Gordes, Les Éditions du Relié, 2001). Gandhi enjoint le désobéissant civil à ne pas occulter ce qui le lie à son adversaire, leur commune humanité. (Manuel CERVERA-MARZAL)

L'action politique n'est pas exempte de stratégies et de tactiques qui, même si elle vise un système, luttant contre des personnes bien visibles, tant pour les priver d'influences ou de pouvoirs que pour les empêcher d'en avoir, et cela, GANDHI en avait parfaitement conscience, choisissant bien les temps et les lieux de l'action, qui même si elle n'attaque pas frontalement des hommes (et des femmes...), les plus efficaces et les plus pertinentes, et pas seulement sur le plan idéologique ou propagandiste, mais aussi dans des conjonctures politiques où elles pouvaient les empêcher également d'atteindre des buts opposés aux siens... GANDHI, membre du Congrès, membre d'une tendance du Congrès en Inde, même s'il se démarque des habitudes politiques parlementaires (qu'ont également d'autres forces politiques que le Congrès) en allant chercher au fin fond de pays les ressources de sa politique, est amené, de toute façon à affronter des factions attachées à certaines politiques, notamment de conciliation avec le colonialisme anglais. En  recherchant la vérité de la situation du pays et des millions de ses habitants qu'il veut fonder une politique face à la puissance anglaise, il se heurte à des organisations - et des personnes - bien concrètes. C'est pourquoi il faut se démarquer d'une image gentillette et consensuelle de la politique non-violente de GANDHI.

 

La force politique de la vérité...

  GANDHI propose une vision de l'action politique, qui insiste sur la viabilité de la recherche de la vérité. Il s'oppose ainsi au projet libéral qui fait primer la recherche d'un accord à la recherche de la vérité écrit fort justement Manuel CERVERA-MARZAL. Chez lui, point de ce relativisme et pas réellement de multiculturalisme. La Vérité absolue existe et est présente à chacun sous un angle particulier et de manière fragmentaire, et aucun homme ne peut prétendre posséder cette Vérité. Et certainement pas un leader, aussi charismatique qu'il soit (même si lui-même était charismatique!).

Quelle est pour lui la définition de cette Vérité? Reprenant des écrits épars dans l'oeuvre du Mahatma, le philosophe italien Giulano PONTARA distingue au moins trois significations :

- dans une acception éthico-philosophique, il désigne par la notion de vérité certaines propriétés humaines comme le fait d'être sincère, honnête, fidèle ou transparent. La vérité s'apparente à l'authenticité et désigne la capacité à être en accord avec soit-même, de présenter une cohérence interne, et à se présenter à autrui sans faux-semblant ni dissimulation;

- dans une acception épistémologie, la vérité est ce que nous croyons vrai à un certain moment. Il a une conception objectiviste et réaliste de la vérité : un jugement est vrai si et seulement s'il correspond à la réalité. Une perception est vraie lorsque la représentation des faits est en adéquation avec les faits eux-mêmes. Personne ne peut jamais parvenir à une certitude absolue et GANDHI, à de nombreuses reprises, se rend souvent compte qu'il s'est trompé et est disposé à abandonner ou modifier une thèse ou une conviction;

- dans une acception théologique, la Vérité est Dieu. Mais Dieu se rend concret à GANDHI dans un syncrétisme religieux très sophistiqué et qui ne correspond pas entièrement à l'idée que s'en font le jaïnisme, l'hindouisme ou le christianisme. Même s'il n'explicite pas souvent, en partie par prudence politique..., ce qu'il tire de chacune de ces trois religions et des trois religions en même temps, on peut penser qu'il retient des trois la vérité comme force à la fois intérieure à chaque individu et englobant l'humanité tout entière, du jaïnisme, le souci de détachement ascétique et le respect de toute vie (ce qui le conduit au végétarisme), gardant une croyance panthéiste, de l'hindouisme l'idée que le salut individuel et collectif n'est pas possible dans le retrait du monde et la méditation autarcique et du christianisme, l'amour christique et le pardon inconditionnel.

On avance souvent seulement l'un ou l'autre de ces aspects pour qualifier sa politique non-violente, mais pour lui la vérité n'est pas à théoriser sans fin, elle est à rechercher dans l'action dans le monde et dans sa vie quotidienne. Si le pouvoir politique n'est pas une fin en soi, il est un moyen nécessaire pour les hommes d'atteindre la vérité.

Pour comprendre la politique gandhienne - qui est la référence dans l'ensemble des mouvances non-violentes, mais certainement pas la seule - il faut admettre que toute théorie politique repose sur une conception donnée de la vérité et sur la volonté de défendre cette dernière envers et contre tout, mais sans dogmatisme et sans violence.

Dans son activité politique, il s'efforce de s'appuyer sur une exigence (la politique doit se fonder sur la recherche de la vérité) et sur un constat (une politique menée au nom de la vérité entraine souvent les pires violences). Il existe même une contradiction entre vérité et politique, visible dans l'action politique elle-même, et le Mahatma s'efforce de la résoudre - mais y parvient-il toujours?, dans ses écrits émerge souvent le doute à cet égard - en distinguant Vérité absolue et vérités relatives. Il en résulte une conception dualiste de la vérité : d'un côté il existe la Vérité, que l'on doit s'efforcer d'atteindre, et de l'autre, l'homme est si imparfait qu'il ne peut jamais l'atteindre et ne fait que l'approcher partiellement. Il tire de cela une règle d'or, la tolérance mutuelle, laquelle exclut l'usage de la violence. Si épistémologiquement, cette conception peut se tenir, la réalité politique, l'exercice politique du pouvoir, l'art du compromis mais aussi du choix (et souvent entre mauvaises solutions...), elle est parfois d'un faible secours. L'action non-violente est pensée par GANDHI plus du côté d'une résistance à un système (raciste ou colonial) que de l'exercice d'un pouvoir (même si en tant que leader, il doit prendre des décisions, et prendre de nombreuses positions politiques...) et c'est ce qui rend difficile une analyse de la politique non-violente comme d'un tout...

 

La politique non-violente dans l'action...

  Si la politologie ou la sociologie politique (qui s'intéresse surtout aux partis politiques et au système électoral, à part quelques travaux sur le monde associatif) ne s'intéresse guère à la non-violence, c'est aussi parce que la grande majorité des leaders et des mouvements non-violents ne s'intéresse pas du tout à la prise du pouvoir d'État. GANDHI lui-même, même s'il parvient au sommet de l'État, dans la foulée d'une indépendance enfin reconnue, pense la politique surtout par le bas, du côté des gouvernés plutôt que des gouvernants. Si la politique se déploie sur deux versants complémentaires, la gestion des institutions établies et l'élaboration de mouvements de contestation collective, ses efforts vont dans le sens d'une dévolution du maximum de pouvoir à la base - voir son programme des communautés rurales de base - et il se méfie du pouvoir qui corrompt par contagion. Critiquant constamment les institutions coloniales de son temps, il reste convaincu qu'une purification du pouvoir politique est à la fois possible et nécessaire.

Cette purification donnerait au pouvoir une forme nouvelle qu'il nomme autonomie ou swaraj. Manuel CERVERA-MARZAL rappelle fort justement qu'en concentrant toute leur attention sur la non-violence (satyagraha), les commentateurs de GANDHI oublient souvent qu'il est aussi un penseur de l'autonomie. Et dans son ouvrage majeur - son seul ouvrage de théorie politique, Hind Sawaraj, republié récemment en 2012 à New Delhi aux éditions Rajpal ans Sons, et qui gagnerait à être d'ailleurs traduit en français, il développe, outre une critique du machinisme et de la civilisation occidentale, dans une soixantaine de pages, ce qu'il appelle cette autonomie politique. Situation d'une communauté dans laquelle aucun individu n'exerce de pouvoir sur les autres, ou dans laquelle n'importe quel individu a autant de pouvoir sur chaque autre que chaque autre en a sur lui. Elle exige une décentralisation radicale des instances de décision, car le centralisme et la concentration des pouvoirs sont incompatibles avec une structure sociale non-violente. L'autonomie est la véritable démocratie que réclament d'ailleurs de leur voeux nombre d'organisations non-violentes dans le monde, quel que soit le nom qu'elles leur donne. En France, un temps, nombre de groupes non-violents se réclamaient, en participant directement à la lutte politique, du socialisme autogestionnaire, en ayant en tête ou non les options de GANDHI. Cette autonomie doit pouvoir être établie autant sur le plan politique que sur le plan économique.

 

Non-violence politique ne signifie pas pacifisme...

   Fréquemment, pour souligner l'aspect "pacifique" de la politique de GANDHI (vue par une certaine imagerie en Occident), on rapproche la non-violence de l'ahimsa traditionnel en Inde. Or, non seulement la non-violence va au-delà de la renonciation de la volonté de tuer et à l'intention de nuire et désigne bien plus que le simple refus de la violence (certains comme Manuel CERVERA-MARZAL souligne le trait d'union entre les deux mots pour le différencier d'une non violence), mais GANDHI, qui ne suit pas du tout alors cette tradition indienne, distingue deux sens de l'ahimsa. Le premier est dit étroit, restrictif, négatif ou passif : l'ahimsa est le refus de tuer ou de blesser quelqu'un. Dans son sens positif, large ou actif, elle est le fait de promouvoir l'amour et le bien-être d'autrui, et se rapproche alors du sens chrétien au contenu identique à celui du Sermon sur la Montagne. Mais la spécificité de l'ahimsa gandhienne par rapport à l'injonction chrétienne à tendre l'autre joue est immense. Il politise le contenu éthique du Sermon sur la Montagne, et l'applique bien au-delà du domaine religieux ou inter-individuel. Il s'appuie sur deux idées : qu'il faut chercher à convaincre et non à contraindre l'adversaire ; et que la souffrance personnelle, en permettant d'émouvoir notre adversaire constitue le meilleur moyen de la convaincre qu'il se trouve dans l'erreur.

   Questionnant la relation du satyagraha à l'ahimsa, la pratique vis-à-vis de la théorie, Manuel CERVERA-MARZAL rappelle que GANDHI, à cette question de pouvoir mener une stratégie politique en dehors de la philosophie de l'ahimsa, a toujours lié les deux : on ne peut réaliser le satyagraha comme une tactique que l'on peut abandonner suivant les circonstances, car le styagraha lui-même est une croyance...

  Maintenant, GANDHI a toujours considéré, comme beaucoup, la politique comme l'art du possible et dans nombre de cas de conflits, la non-violence n'apparait pas possible. D'où ses différents positionnements politiques par rapports à la guerre intra-étatique pendant les première et deuxième guerres mondiales : refus de soutenir l'impérialisme anglais dans la première, appel à lutter contre les nazis par la violence qui reste la seule ressource disponible pendant la seconde. Mais jamais, dans la lutte pour l'indépendance de l'inde, comme d'ailleurs contre l'apartheid en Afrique du Sud GANDHI n'est aller plus loin que le boycott économique, étant même réticent à l'endroit du sabotage matériel. Il mènera d'ailleurs lors de ses campagnes des actions de jeûne et de grève de la faim pour faire cesser des violences de ses partisans. ou de ses alliés. La question reste entière s'il faut considérer le gandhisme comme un anti-machiavélisme, étant donné d'une part que la philosophie politique de MACHIAVEL reste soumise à question et que la pratique politique de GANDHI n'est pas exempte de l'usage d'une certaine ruse politique, sans compter qu'il est difficile de comparer les deux contextes historiques de leur existence et de leur action.

 

De la politique...

    Le plus gandhien des auteurs sur la non-violence, Jean-Marie MULLER, restitue bien le problématique décrite ci-dessus :

"L'exigence fondamentale de la philosophie politique est de construire une société libérée de l'emprise de la violence. Dans une société, la justice et la paix sont réalisées dans la mesure où les diverses formes de violence se trouvent éliminées dans rapports entre les individus et les groupes. Il en résulte que la violence, dont la visée est toujours la mort, se trouve en contradiction avec le principe même de l'action politique. Politique et violence s'opposent par leur nature même. Pourtant, les idéologies dominantes ont constamment affirmé le contraire en soutenant que la violence est inhérente à l'action politique. Selon ces discours, le recours aux moyens de la violence serait inéluctable en politique et il serait légitime parce que lui seul permettrait l'efficacité dans l'action. Renoncer à la violence, ce serait renoncer à l'action politique elle-même et s'évader dans l'idéalisme. Quand ces idéologies concèdent que la violence ne saurait être justifiée du point de vue de la moral pure, c'est pour mieux affirmer qu'elle ne saurait être condamnée du point de vue du réalisme politique." Il faut bien noter que les adversaires face à face (tenants de l'ordre établi et révolutionnaires de toute sorte, de droite ou de gauche) sont très heureux de s'entendre sur ce point, la violence étant marquage amenant la reconnaissance de l'autre, en dehors d'ailleurs de toute analyse sur l'efficacité réelle...

"En réalité, poursuit notre auteur, face à tout ce que la violence commet d'irréparable lorsqu'elle devient le moyen spécifique de l'action politique, il n'est pas nécessaire de faire le détour par des réflexions morales pour la récuser. Le réalisme politique lui-même apporte de nombreuses raisons pour discréditer la violence. Et elles sont impératives.

La cité politique naît lorsque des femmes et des hommes, qui se sont reconnus égaux et semblables, décident de se réunir pour vivre ensemble, c'est-à-dire parler, décider et agir ensemble pour construire un avenir commun. Ce "parler ensemble", ce "décider ensemble" et cet "agir ensemble" constituent la vie politique. Ce qui inaugure et fonde l'action politique, c'est la parole échangée, la libre discussion, la conversation entre les citoyens, la délibération publique, le débat démocratique. Fonder une société revient, littéralement, à créer une associations. Celle-ci s'exprime à travers une constitution, c'est-à-dire un contrat social par lesquels les citoyens décident du projet politique qu'ils entendent réaliser ensemble. Ce qui fonde la politique, ce n'est donc pas la violence, mais son contraire absolu : la parole humaine. Un régime totalitaire se caractérise par la destruction totale de tout espace public où les citoyens auraient la liberté de parler et d'agir ensemble.

L'essence même du politique, c'est donc le dialogue des hommes entre eux. La réussite du politique, c'est donc le succès de ce dialogue. Parce que l'apparition de la violence entre les hommes signifie toujours l'échec de leur dialogue, la violence signifie toujours l'échec du politique. L'essence de l'action politique c'est d'agir les uns avec les autres. Lorsque des individus agissent les uns contre les autres, ils sapent les fondements mêmes de la cité politique. Certes, la vie des hommes au sein d'une même communauté peut à tout moment être troublée pas des conflits provoqués par des individus qui ne respectent pas le pacte fondateur, l'alliance originelle. Il importe de résoudre ces conflits pour rétablir la pais sociale et rendre à nouveau possible le dialogue entre les citoyens. la résolution des conflits est une condition de la vie politique mais elle ne la constitue pas. Les individus qui recourent à la violence pour réaliser leurs passions, satisfaire leurs désirs ou faire prévaloir leur intérêts particuliers ont déjà quitté le lieu où s'élabore et se réalise le projet politique de la communauté à laquelle ils appartenaient. Leur action ne s'inscrit plus dans l'espace public qui constitue la cité politique; Ils doivent être neutralisés par les "agents de la paix". Ceux-ci doivent privilégier les méthodes pacifiques et ne recourir à la violence qu'en cas de stricte nécessité."

Sans doute, c'est le passage du texte qui apparait le moins convaincant et il n'est guère étonnant qu'à la fin, on en vient exactement au même type d'argumentation que les tenants de "l'ordre établi". La position du conflit semble être historiquement seconde, alors qu'on peut penser que le conflit est consubstantiel à la relation entre les hommes, pour de multiples raisons. Dans les faits, la politique semble beaucoup a voir avec précisément ces conflits et la question de la violence intervient justement à cause de ces conflits. Dans l'histoire, ce n'est pas la non-violence qui est première, elle intervient dans le processus de maturation de la politique. Opposer politique et violence reste cohérent, mais la cité politique se construit d'abord avec la violence. Dans l'histoire des idées d'ailleurs, la nouveauté de la non-violence est d'introduire une rupture avec la présence et l'idéologie de la violence. Et elle ne peut le faire précisément que si elle réussit à proposer des alternatives aux manières violentes de faire de la politique... Il est par ailleurs très juste d'opposer politique et violence, car la dynamique de la violence finit par détruire les liens politiques. Elle en vient à remplacer, dans les coeurs et dans les esprits, la recherche du bien commun et du savoir vivre ensemble. Mais cette dynamique même provient de l'existence de conflits qui sont toujours là, non résolus. Leur résolution est en réalité l'objectif de la politique et la violence donne l'illusion d'y parvenir, et seulement l'illusion, car elle possède en elle-même une dynamique qui supplante n'importe quel but politique. La suite d'ailleurs de l'argumentation de notre auteur se situe dans cette perspective...

"Il convient, poursuit Jean-Marie MULLER, de toujours définir le politique en rapport avec le projet qu'il porte en lui ; ce projet qui vise à rassembler les hommes dans une action commune, ne laisse aucune place à la violence. Dans sa finalité comme dans ses modalités, l'action politique se trouve organiquement accordée à la non-violence. La philosophie de la non-violence restitue la cité politique dans sa véritable perspective et lui redonne ses réelles dimensions. Si l'action politique se caractérise en effet par le fait d'être non-violente, la violence, par sa nature même, est "anti-politique", quelle que puisse être parfois sa nécessité. Au mieux, faudrait-il concéder qu'elle est pré-politique", dans la mesure où elle précède et se donne pour objectif de préparer et de rendre possible l'action politique.. L'action politique doit viser à pacifier la vie sociale en sorte que tous les citoyens bénéficient d'un espace dans lequel ils puissent vivre en toute sécurité et en toute liberté. La politique exige de cultiver l'art de la gestion non-violente des conflits qui surgissent entre les citoyens au sein de la cité. Cela implique d'instaurer la paix sociale par des moyens pacifiques. Dans ce domaine, tout n'est pas possible, mais dans chaque institution, il revient à ceux qui sont aux postes de responsabilité d'avoir la volonté politique d'expérimenter tout ce qui est possible."

 

Jean-Marie MULLER, Le dictionnaire de la non-violence, Le Relié Poche, 2014. Manuel CERVERA-MARZAL, Politique de la non-violence, Michalon Éditeur, collection le bien commun, 2015.

 

PAXUS

 

 

  

 

 

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8 octobre 2020 4 08 /10 /octobre /2020 17:06

  Loin de faire appel à un quelconque "spontanéisme", nombre d'organisations non-violentes estiment qu'avant de réaliser une action, il faut s'y préparer. Pour elles, une préparation ou un entrainement à l'action non-violente est indispensable, à l'instar de l'instruction militaire dans une armée. Cet entrainement, tout comme l'instruction militaire, requiert l'exercice de caractère et d'endurance, de la discipline, de l'esprit de coopération entre les membres, et la connaissance de techniques. Maitrise de soi et cohésion de groupe sont deux grands objectifs, tant de la préparation militaire que de l'entrainement à l'action non-violente...

 

La préparation, une condition de la réussite d'une action non-violente

   Jean-Marie MULLER cite parmi les conditions de réussite d'une stratégie non-violente ou d'une tactique non-violente, un temps de préparation "avant d'entreprendre l'action par laquelle on recherchera l'épreuve de force avec l'adversaire. Il s'agit d'organiser cette action avec rigueur et précision afin de se donner les moyens de la mener à bien avec un maximum de chances de réussite." Dans le même esprit, il écrit "qu'avant et pendant la campagne non-violente, il faut permettre au plus grand nombre de participants de s'initier à l'esprit, aux principes et aux méthodes de la non-violence en faisant valoir à la fois les arguments d'ordre moral et d'ordre tactique. Il convient de former un corps de volontaires expérimentés et aguerris, qui puissent encadrer les participants lors des différentes manifestations et actions.

 

Le jeu de rôle

   L'une des méthodes de préparation à l'action directe, utilisée notamment par le mouvement des Droits civiques aux États-Unis, est le sociodrame ou le "jeu de rôle".

Dans son "Dictionnaire de la non-violence", le même auteur détaille : Il consiste en la mise en scène collective d'une situation conflictuelle prévisible dans un contexte social et politique déterminé. Les acteurs jouent les rôles des différents personnages impliqués dans ce conflit en s'efforçant de "vivre" ce qu'ils "jouent". Le but recherché est de permettre à chacun d'éprouver les émotions et les sentiments qu'il connaitrait s'il était confronté à une situation semblable dans la réalité. Les participants peuvent ainsi mieux connaitre leur comportement personnel en situation, par la prise de conscience de leurs propres émotions, réactions, et attitudes dans leur relation aux autres. Cela doit leur donner une plus grande confiance en soi.

Le jeu de rôle doit permettre également une perception plus juste et plus complète de la situation mise en scène. Aussi doit-il lui-même faire l'objet d'une préparation, si possible avec des participants déjà rôdé au principe et au fonctionnement du jeu de rôle. Ainsi, il peut favoriser une préparation psychologique à la confrontation directe avec les adversaires, le public et la police lors des manifestations et autres actions. Il aide en particulier les manifestants à mieux maitriser et surmonter leur angoisse et leur peur. Il les aide également à mesurer les risques - qui peuvent être physiques, de cette confrontation. Pour le groupe des participants, cet exercice permet de progresser vers une plus grande connaissance mutuelle et une plus forte confiance réciproque.

Pendant que les acteurs jouent les différents rôles des personnages en interaction les uns avec les autres, des observateurs les regardent en notant leurs attitudes afin de pouvoir ensuite les aider à en prendre conscience. Le bon déroulement d'un jeu de rôle, et notamment lors de l'évaluation exige la présence d'un animateur ayant une connaissance approfondie et une longue pratique de cette méthode. C'est lui qui doit décider le moment où il convient d'arrêter le jeu. Ensuite, il a pour tâche d'animer une discussion entre tous les participants dans le but de faire l'analyse, la critique et l'évaluation du jeu.

 

Une formation sérieuse et dépassant tout aspect ludique

   Souvent, parce que les participants sont jeunes et désireux d'agir (et en brûle même d'envie parfois - l'action pour l'action...) dans les différentes mouvances non-violentes, il est essentiel que cette préparation soit la plus sérieuse possible (même si un temps de relaxation doit être aménagé dans ce genre de formation). Les différents organismes voulant préparer une action et plus encore une campagne non-violente de longue haleine, prévoient souvent une telle préparation.  Cette préparation doit être autant intellectuelle que pratique mais les organisateurs doivent insister - sous peine ensuite d'avoir à gérer des situations dramatiques - sur les aspects pratiques, physiques, car la confrontation avec les "forces de l'ordre" n'est jamais une partie de plaisir.

A l'instar d'une préparation militaire, elle exige aussi une grande maitrise de soi et une grande compréhension des mouvements des adversaires comme des partenaires. Difficulté importante, la formation à la lutte non-violente repose sur la capacité de chacun à prendre des décisions et de tous de s'organiser sur un mode démocratique, à prendre des décisions par consensus plutôt que de se soumettre et se conformer à des ordres.

Pour autant, tout dépend du type d'action à entreprendre, car certaines exigent de surprendre l'adversaire (pour entrer dans un territoire interdit par exemple...), et donc supposent des limites à la transparence dans l'organisation de l'action, ne serait-ce que dans ce cas, les risques d'infiltration des organisations sont plus importantes.

 

Centre de ressources sur la non-violence : Site Internet nonviolence.ca. Jean-Marie MULLER, Le Dictionnaire de la non-violence, Les Éditions du Relié, 2014.

 

 

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6 octobre 2020 2 06 /10 /octobre /2020 16:49

   Si peu de documentaire et de films sont consacrés aux combats aériens et à l'activité (surtout de reconnaissance du terrain au sol) des différentes aviations, c'est qu'ils ne sont guère décisifs dans les batailles et que l'aviation (encore tout en bois et toiles), malgré une accélération notable sur le plan technique tout au long de la guerre, n'en est véritablement qu'à ses débuts. On pourrait écrire, en regard des lenteurs d'acquisition par l'aviation militaire d'une place importante dans le déroulement des opérations, que les techniques pour filmer ce qui se passe au sol et dans les airs ont par contre pris des avancées importantes, ce qu'en témoignent les images recueillies pendant toute la guerre.

 

- Wings (Les Ailes); film muet de 1927, est le premier d'une longue série de longs métrages sur l'aviation. Longtemps considéré comme perdu, il a été retrouvé à Paris en 1992. Restauré, il est parfaitement visible aujourd'hui. Il relate l'histoire de deux amis, pilotes pendant la première guerre mondiale, qui ne tardent pas à s'entredéchirer sur fond d'histoire d'amour impossible et d'évènements tragiques. Le film met à l'honneur des avions tels que des Thomas-Morse MB-3, des SPAD et des Curtis P-1 Kawks. Cette oeuvre a littéralement lancé le cinéma d'aviation

 

- Les As de ciel, chronique de la première guerre des airs, réalisé par Raoul FOX pour la compte de l'Office national du film du canada, de 92 minutes environ, sorti en 1994,  est un film-hommage aux 10 000 aviateurs canadiens qui ont combattu en Europe lors de la Première guerre mondiale. Les As du ciel montre, au moyen d'un récit narratif et à l'aide d'archives, autant les sacrifices que les exploits remarquables de ces pilotes de combat affectés, depuis l'Angleterre, à des missions d'observation, de reconnaissance, de défense et de chasse. Avec des détails liés à des souvenirs précis, qui ne négligent ni l'émotion de la défaite ou de la victoire, ni l'esprit de camaraderie, ni la passion de l'aéronautique, ni le courage d'affronter la mort, ni l'absurdité de la guerre.

 

- La fin du voyage, film britannico-américain réalisé par James WHALE dont c'est le premier long métrage, sorti en 1930, de 120 minutes, en noir et blanc, avec Colin CLIVE et Ian MACLARAN est l'un des grands films de l'entre-deux-guerres mondiales cnsacré à la guerre aérienne. Il fait l'objet d'un remake en 1976, Le Tigre du ciel.

- Le Tigre du ciel (Aces High), film britannique, de Jack GOLD, décrit l'activité d'un jeune officier frais émoulu sur le front, où l'espérance de vie des pilotes n'est pas très élevée. Avec Malcolm MCDOWELL et Christopher PLUMMER dans les rôles principaux.

- S'inspirant de l'as allemand de la Première guerre mondiale Ernst UDET, futur général de la Luftwaffe, le personnage d'Ernst KESSLER incarné par Bo BRUNDIN dans La Kermesse des Aigles, film américain réalisé par George Roy HILL, sorti en 1975, est le seul lien avec la première guerre mondiale de ce film qui évoque la vie de pilotes dans les années 1920, anciens "héros de la grande guerre", et leurs diverses et difficiles reconversion professionnelles. Pour la petite histoire, mais c'est révélateur de la formation des pilotes qui eurent à combattre lors de la Grande Guerre, Ernst UDET, ami personnel d'Hermann GOERING, lui-même "héros" national, vécu aux États-Unis dans l'entre-deux-guerres, où il fit de nombreuses démonstrations de voltige aérienne. Certaines des techniques expérimentées alors serviront de bases à l'entrainement des pilotes allemands du fameux bombardier en piqué JU87Stuka...

 

- Le Baron rouge, film américain de Roger CORMAN sorti en 1971, relate l'activité en 1916, dans la France occupée, du baron Manfred von RICHTHOFEN (incarné par John Phillip LAW), à la tête d'une escadrille de chasse allemande, opposé à son rival, l'as canadien Roy BROWN. Ce film "colle" plus à la réalité que le suivant, qui l'ignore d'ailleurs, réalisé en 2008.

- Baron rouge, film germano-britannique réalisé par Nikolai MÜLLERSHÖN, de 2008 donc, est bien plus spectaculaire que le premier, malgré la mise en scène d'une vie romanesque fausse et une vision "humaniste" du personnage principal. Le plus célèbre pilote et le plus craint de l'armée de l'air impériale allemande est tellement passionné d'aviation qu'il en oublierait que l'Europe est en guerre. Dans le film, quand il tombe amoureux de la belle infirmière Käte, il réalise que son image est utilisée à des fins de propagande. Il doit alors faire un choix entre son dégoût pour la guerre et son sens du devoir. Ce dilemme ne parait pas avoir eu lieu dans la réalité et s'il n'aurait pas été abattu en avril 1918, il aurait certainement continué à valoriser l'image de l'armée (selon son propre Journal). De 100 minutes, ce film de guerre montre de manière réaliste les combats aériens, ses difficultés et la forte vulnérabilité de l'aviation à ce moment-là. L'allemand Joachim CASTAN a écrit le livre sans doute le plus complet sur le baron rouge et son mythe de chevalier du ciel (une belle construction de la propagande allemande), malheureusement non traduit en français. On peut se référer à Stéphane KOECHLIN, La légende du baron rouge : récit (Fayard, 2009).

- Un documentaire rétablit assez bien la réalité historique, celui de Peter MOERS, Le Baron rouge, Manfred von Richthofen (Allemagne, 2015)

 

- Signalons un DVD de la série documentaire de CBS NEWS sur la première guerre mondiale, Les as des l'aviation, évoqués d'ailleurs seulement sur une partie des quelques cinquante minutes. Terriblement daté, et le commentaire français de Pierre MIQUEL n'arrange rien, les archives présentées, issues directement de la propagande allemande ou alliée, sont axées sur les aviateurs et ne donnent pas une idée très exacte de la réalité pendant la Grande Guerre. Le développement des possibilités d'une aviation de bombardement et de combat évoqués ne "décollent" réellement que vers sa fin. D'ailleurs le film ne présente pas réellement un bilan des opérations et se contente d'égrener les performances humaines et techniques.

   

 

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6 octobre 2020 2 06 /10 /octobre /2020 14:19

   Composé de nombreuses contributions, dirigé par Pierre ARBUS, maître de conférences habilité à diriger les recherches à l'École supérieure d'audiovisuel de Toulouse (ENSAV) et cinéaste essayiste, cet ouvrage présente une série de représentations - romans, nouvelles, films, oeuvres théâtrales, peintures, oeuvres plastiques, bandes dessinées - de la première guerre mondiale.

   Cet ouvrage collectif, sans doute un éniène ouvrage, comme l'écrit Pierre ARBUS, ayant pour sujet la Grande Guerre "postule un fait relativement récent : la prise en compte d'un substrat composé par les imaginaires, collectifs et individuels, dans les représentations des événements mémorables de l'histoire. Mémorable étant ici indissociable d'un sentiment moral inéluctable, la notion de scandale, dès lors que le chercheur, quelle que soit la rigueur et la soit-disant objectivité de son protocole, reste avant tout un homme impliqué lui-même dans une histoire et dans un parcours de représentations qui l'ont façonné singulièrement et exclusivement". Les contributions diverses veulent approcher ces représentations, sachant que les représentations observées mêlent - s'agissant de littératures et d'expressions artistiques - un certain plaisir esthétique, une certaine fascination (pour la violence et le sang), au sentiment même de scandale face au gaspillage de vies humaines de de biens matériels. Singulièrement, selon lui, "il y a au cinéma les représentations pour l'histoire (Léon POIRIER, Raymond BERNARD) : voir par le biais des images, des fragments reconstitués - imaginaires - de l'invisible réalité. Réalité dévoilée, mais qui prétend précisément - vaine tentative - recomposer le voile, par le moyen de la reconstitution, et servira de modèle à toutes les tentatives de représentation de la Grande Guerre qui lui succéderont, de Raymond BERNARD à Victor MILESTONE, TAVERNIER, SPIELBERG, ROUFFIO, JEUNET... En outre, deux films reconstituent un épisode polémique de la Grande Guerre vont, à tout le moins, déclencher le scandale - comme le fit Otto DIX avec La Tranchée, en 1928 - ou la colère. Il s'agit d'une part du film de KUBRIK, Les Sentiers de la gloire, d'après le roman d'Humphrey COBB, sorti en 1957 aux États-Unis et en Allemagne - où il fut tourné - et projeté en France seulement en 1975, car les producteurs n'avaient pas souhaité l'y proposer par crainte de la censure. D'autre part, le film de LOSEY, Pour l'exemple, moins connu sans doute, développe la même thématique sans plus s'attarder à la représentation des combats. Ces deux films sont encore aujourd'hui susceptibles de mener à convergence un certain nombre de recherches autour d'une préméditation du conflit qui pourrait remonter par le fil d'un continuum social et idéologique, jusqu'à la révolution de 1789." En effet, il s'agit, au-delà de l'approche militaire et diplomatique et d'une approche culturelle et sociale, d'une approche génocidaire et contre-révolutionnaire, renouant d'ailleurs avec une historiographie longtemps restée sous le boisseau qui considère les événements sous l'angle, le mot n'est pas dit par les auteurs, mais tout de même, de la lutte des classes, les guerres étant en liaison directe avec la remise en cause d'un système économique et social - le capitalisme pour ne pas le nommer - par des masses paysannes ou/et ouvrières portées par l'espoir qu'une révolution - plus ou moins courte - change la donne globale.

  Loin de se livrer de front à cette sorte d'analyse, les auteurs  tournent souvent - notamment le canadien Steven PINKER avec son article sur Le Triomphe des Lumières - de l'orientation sociale et politique des progrès de la science. S'agit-il, en terme de civilisation d'un l'avancée d'une "barbarie de la chair et de l'acier" qui éclate de manière  paroxystique lors de la Grande Guerre (Sylvain LOUET) contre un certain progrès du droit et de la justice? Il s'agit en tout cas pour Raphaëlle Costa de BEAUREGARD qui met en parallèle les représentations populaires d'avant-guerre et celles d'après-guerre de l'épouvante, d'un changement de regard, à travers le motif du mort-vivant, sur l'épouvantable, la Grande Guerre ayant fait reculer les frontières de l'épouvantable imaginable... Il y a pour Marion Delage de LUGET, juste après la Guerre un moment, avec le retour des poilus à la vie civile - de disqualification de l'expérience. Oublier le trauma des tranchées pour pouvoir vivre... Cristophe BENEY réfléchit au trajet qui mène du roman de Michael MORPUGO, Cheval de guerre, publié en 1982, au film de SPIELBERG qui s'en inspire en 2011... 

D'autres auteurs (sur la bonne vingtaine en tout) examinent d'autres facettes au long de ce livre, qui demande une attention soutenue - il ne s'agit pas d'un ouvrage qui pourrait être lu comme plein d'autres sur le spectacle cinématographique ! - qui a le mérite de plonger dans les racines des débats historiographique de la Grande Guerre : jalon dans une culture de guerre et de "brutalisation" ou marqueur  décisif d'une évolution - à travers un définitif autre regard sur la guerre elle-même - vers une culture de paix. L'intention des auteurs est bien d'apporter, "dans le cortège des dizaines de millier de documents parus sur la grande Guerre, une modeste contribution à l'éclaircissement de la part et du rôle des imaginaires dans les représentations et la compréhension de l'un des événements les plus scandaleux de l'Histoire moderne."

 

Sous la direction de Pierre ARBUS, 1914-1918 Grande Guerre ou Contre-révolution? Ce que disent les imaginaires, Téraèdre, 2019.

 

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4 octobre 2020 7 04 /10 /octobre /2020 15:08

   Les épidémies ne constituent qu'un aspect paroxystique des relations entre différentes espèces de différentes tailles, étant donné que les bactéries, les virus et autres organismes coexistent, coopèrent, se combattent, vivent et meurent les uns par les autres, suivant des "étagements" complexes, des êtres monocellulaires aux grandes "entités" pluricellulaires. Jusqu'à l'invention du microscope et du microscope électronique, l'homme n'avait aucune idée de la complexité de sa constitution et en était réduit aux spéculations plus ou moins élaborées. Ce n'est que très récemment que les sociétés humaines ont pu se doter d'outils leur permettant d'utiliser au mieux - mais c'est très très loin d'être parfait! - les réalités biologiques à leur profit. Même en en ayant une connaissance parcellaire, nombre d'entreprises et d'États, mus par divers mobiles, ont commencé à utiliser des micro-organismes de manière très diverses et ont d'ailleurs contribué à provoquer d'autres catastrophes.

 

La notion de conflit appliquée aux micro-organismes....

   Avant d'aller plus loin, il faut tout de même réfléchir plus sur la notion de conflit, surtout lorsqu'on discute du "comportement" en dehors de l'espèce humaine, pour laquelle ce concept a d'abord été émis.

Tout d'abord, s'il est vrai que le conflit peut être inconscient, au sens qu'il existe, préexiste par rapport à son expression, en tant qu'existence d'intérêts (au sens très large) contradictoires, il faut s'interroger sur l'extension de cette notion à d'autres espèces et encore plus au monde végétal qu'au monde animal (à ce dernier monde appartiennent les êtres microscopiques qui nous intéressent ici). Lorsqu'on a affaire à des chaines d'évènements aussi stéréotypés dans ces espèces, on ne peut s'empêcher de considérer que ceux-ci sont plus proches des réactions et contre-réactions chimiques que des stratégies mises en oeuvre dans les sociétés humaines. De fait, on a affaire à des phénomènes qui se reproduisent de manière systématique entre unités ou individus des espèces non humaines, tant et si bien que si l'on peut parler de conflits - en ce sens qu'il existe bien des conditions contradictoires de vie et de survie - il est difficile de discuter de stratégies, de tactiques - même lorsqu'on a affaire à des comportements compliqués - sans tomber dans un anthropomorphisme qui n'a cessé de faire des dégâts dans la pensée humaine. Aussi, s'il y a bien des conflits microscopiques entre espèces différentes, c'est bien plus dans leur situation et leur condition d'existence que dans les modalités complexes, "pensées", que l'on ne rencontre que dans l'espèce humaine ou dans des espèces dotées d'intelligence permettant de distinguer le court du moyen et du long terme. Car, loin des possibilités de retarder des actions dans l'espoir de rencontrer des circonstances plus favorables, la qualité des actions des micro-organismes est très quantifiable par rapport à des face à face immédiats et provoquant des réactions reproductibles à l'infini. C'est ce qui fait que l'on peut précisément lutter contre l'action de certains micro-organismes "s'attaquant" à l'être humain : leur reproductibilité quasi-indéfinie, leur prévisibilité, même si bien entendu l'écheveau des interactions est si complexe qu'il arrive à un moment donné que nos techniques deviennent contre-productives... Même dans des ouvrages sur la microbiologie, il est vrai destinés au grand public - car dans ceux écrits pour les étudiants en médecine par exemple, cela est bien moins appuyé - comme celui de Pascale COSSART, la tentation d'un certaine anthropomorphisme transpire. "Les bactéries ont donc une vie sociale très élaborée : en plus de leur capacité à vivre en groupe, et sans doute afin de vivre en groupe, elles peuvent communiquer entre elles en utilisant un langage chimique qui leur permet de se reconnaître par espèces ou par grandes familles, et de se distinguer les unes des autres..." Or, s'il existe toute une succession d'actions et de réactions lorsque des groupes de bactéries rencontrent d'autres espèces, cela n'infère pas qu'elles vivent en société et qu'elles aient une vie sociale... Mais heureusement, même dans cet ouvrage, on en vient pas à une description type Disney (le summum de l'anthropomorphisme au cinéma et dans la bande dessinée...), dotant les bactéries de portables ou d'armements!

 

Les différentes découvertes techniques au service de l'étude des "comportements" des micro-organismes.

   Pour en revenir à des conceptions plus précises et sérieuses, les diverses technologies (microscopes de plus en plus précis, utilisations de la manière même où les bactéries évoluent, manipulations des sections d'ADN...), ont amené à un nouveau regard sur la vie des organismes vivants, sur les maladies infectieuses. Les bactéries comme les virus se regroupent suivant les caractéristiques bio-chimiques des milieux où ils se trouvent, présents sur des surfaces de tout genre (sous forme de "biofilms"). On avait l'habitude d'isoler un nombre restreint de bactéries pour les observer, les marquer, les suivre dans leurs comportements, mais ces micro-organismes vivent ensemble en très grand nombre, vivant en harmonie ou non avec d'autres micro-organismes, formant des groupes très hétérogènes mais stables. Lorsque ces groupes deviennent gigantesques, à l'échelle de leur environnement, et sont présents en association avec d'autres, parasites ou virus, on parle de "microbiote". Et ces micro-biotes évoluent en fonction de leur environnement, par exemple dans le corps humain. Suivant des caractéristiques que la recherche scientifique tentent de cerner et qui dépendent des habitudes alimentaires, du patrimoine génétique et des maladies, et du comportement en général de l'individu. Si des auteurs parlent de vie sociale, c'est surtout par analogie - avec aucune volonté de déduire autre chose - et par les comportements si complexes de ces groupes de micro-organismes : alimentation, contractions, dilatations, colonisations d'autres environnements, réactions particulières lors de la rencontre avec d'autres espèces, processus de défense et d'attaque (qui revêtent tous un caractère d'automaticité, comparable aux réactions acido-basiques en chimie), exclusions ou inclusions en leur sein de la totalité ou d'une partie de ces micro-organisme rencontrés. Ce qui fait apparaitre des compatibilités et des incompatibilités immuables entre micro-organismes en conflit ou en coopération... Alors qu'on avait tendance à ne considérer les bactéries et les virus que sous l'angle des maladies infectieuses que certains causent à la rencontre des organismes humains, on conçoit aujourd'hui les êtres humains comme la composition complexe de myriades de bactéries et de virus, dont seulement une petite partie est en définitive nuisible à leur intégrité. Et bien entendu, ces bactéries et virus ont un rôle capital dans le développement de l'ontogenèse et de la phylogenèse, dans la formation de l'individu comme dans l'évolution de l'espèce.

 

Une socio-microbiologie

   Cette socio-microbiologie, décrite par exemple par Pascale COSSART, n'a rien à voir avec une quelconque sociologie de microbiotes et le terme lui-même veut signifier que les bactéries, virus, etc vivent, agissent, inter-agissent en groupes, les types de groupes permettant de les distinguer les uns des autres, de manière plus proches des molécules rencontrées en chimie organique que des insectes qui forment des sociétés à un niveau bien plus sophistiqué et de plus entre individus parfois extrêmement reconnaissables les uns des autres...

       Cette socio-microbiologie étudie la manière dont les bactéries s'assemblent (elles agissent en groupe, on se serait bien douté qu'il n'y avait pas qu'une bactérie agissant seule...) en véritables biofilms, observés pour la première fois par COSTERSON en 1978, mode de vie naturel de pratiquement toutes les bactéries. Ce mode de vie est maintenant de plus en plus étudié alors que la microbiologie classique s'était attachée après PASTEUR et KOCH, à étudier les bactéries en les faisant croitre en cultures pures, dans des flacons, dans des conditions parfois très éloignées de leurs conditions naturelles de croissance. C'est parce qu'elles s'agglutinent ainsi qu'elles peuvent résister ou "coopérer" avec d'autres micro-organismes. Mobiles, ces biofilms peuvent s'incruster dans des surfaces dont on les croit disparues, ses différents éléments pouvant mener un temps une "vie indépendante"... Elle étudie aussi comment les bactéries "communiquent" entre elles, dans un langage chimique, grâce à des substances bio-moléculaires qui circulent d'un groupe à l'autre, comme circulent des milliards de molécules dans nos organismes. Si la peau par exemple apparait fixe sur nos mains et nos bras à nos yeux, elle est formée néanmoins en partie de substances qui circulent constamment. Les différents mouvements des bactéries peuvent être modifiés par une action sur ces diverses substances, indispensables pour la conjugaison, la transformation, l'échange de matériel génétique comme pour leurs mouvements d'un endroit à un autre de manière générale. Alors que les substances moléculaires simples sont animées d'un mouvement brownien, les micro-organismes  se meuvent suivant des directions précises induites par la présence ou l'absence de nombreuses molécules organiques (et même minérales), et c'est ce qui caractérise d'ailleurs leur vie, par rapport à la matière inerte. Cette microbiologie étudie également comment les bactéries "s'entretuent", pour reprendre le langage adopté par Pascale COSSART.

   "Dans tous les domaines du vivant, écrit-elle, la lutte pour la vie et la rivalité entre les individus sélectionnent naturellement (c'est la sélection naturelle) ceux qui se sont le plus vite et le mieux adapté à un environnement donné. La transmission des caractères acquis contribue à l'évolution, et même à la naissance de nouvelles espèces". Elle pense s'inspirer de Charles DARWIN, mais c'est en fait de LAMARCK qu'elle tire cette présentation un peu lapidaire. Si l'évolution sélectionne les bactéries les mieux adaptées, ce n'est pas par le phénotype, mais par le génotype qu'elle l'effectue. Dans le grand mouvement tourbillonnant des actions-réactions entre groupes de bactéries, les agents extérieurs (virus, bactéries...) s'attaquent aux bactéries et les bactéries, assez rapidement, réussissent ou non de se protéger, suivant leurs ressources internes. "On sait que certaines bactéries peuvent ainsi libérer dans le milieu où elles se trouvent un grand nombre de poisons différents et spécifiques, des "bactériocines", des toxines qui tuent leur victimes. Les bactéries productrices de bactériocines sont, elles, protégées par des protéines d'immunité, qui empêchent suicides et fratricides. Il existe d'autres mécanismes que les bactériocines par lesquels les bactéries s'entre-tuent, mais ceux-là nécessitent un contact physique entre les bactéries qui, alors, s'agressent réellement' O a notamment récemment découvert un système très sophistiqué, qui mène, vie la système très sophistiqué, qui mène via le système de sécrétion de type VI, à de véritables duels bactérie-bactérie qui évoquent des duels d'escrime." Anthropomorphisme, quand tu nous tient!  Il est pourtant d'autres modes de descriptions de ce que les microbiologistes découvrent par leur appareillage complexe...   Inhibition de la croissance dépendant d'un contact bactérie-bactérie, sécrétion de type VI : attaque et contre-attaque, c'est ce qu'ils découvrent... Pas la peine d'évoquer les mauvaises habitudes humaines!

 

Symbioses, fondements de la vie biologique...

   "Une véritable révolution secoue actuellement le monde de la microbiologie et nous révèle de façon spectaculaire et assez inattendue que la vie de tous les organismes vivants repose sur des symbioses avec des bactéries, ou plutôt avec des communautés de bactéries et de micro-organismes. Ces communautés ont une composition fluctuantes, et jouent des rôles innombrables, affectant en profondeur la physiologie et la pathologie des organismes, en particulier celles de l'homme depuis les étapes précoces du développement de l'embryon jusqu'à la fin de la vie?" C'est tout un "étagement" de symbioses que les chercheurs étudient alors. C'est en étendant le champ de leurs investigations, au-delà du 1% des bactéries isolées et étudiées en monoculture dans des milieux liquides ou solides (les fameuses boites de Pétri), qu'ils découvrent tout un monde et commence à comprendre comment fonctionnent les organismes vivants, des plus petits aux plus complexes. Ils peuvent, grâce à de nouvelles technologies étudier réellement le microbiote intestinal, et voir comment s'organisent les métabolismes globaux, avec des applications très concrètes concernant par exemple les mécanismes de l'obésité. Il peuvent étudier les relations par exemple entre le rythme circadien, et bien d'autres rythmes et les évolutions des différents microbiotes. Tous les organes peuvent faire l'objet alors d'études globales, avec toujours pour objectif de comprendre l'activité des bactéries pathogènes, et de maitriser les grands fléaux comme les nouvelles maladies...

   Une nouvelle compréhension du rôle de agents pathogènes dans les grands fléaux et les maladies diverses est permise par ces nouvelles technologies d'observation médicale. Elles indiquent que parmi tous ces micro-organismes qui contribuent à la vie d'organismes plus complexes (jusqu'au nôtre), une minorité d'entre eux, pour toutes sortes de raisons et de manière variable suivant les circonstances, possèdent un rôle néfaste et au lieu de s'installer dans une sorte de symbiose, à la limite parasite, s'attaque à la structure de l'organisme hôte. Suivant les conditions de l'environnement extérieur, ces bactéries pathogènes déploient toute une gamme de stratégie pour le faire. Certaines adhèrent aux cellules sans y pénétrer, émettant des substances qui les traumatisent, d'autres y entrent. Pour s'attaquer à leurs différentes composantes, et parfois jusqu'à leur ADN.

   Les nouveaux outils technologiques à notre disposition permettent d'élaborer des visions nouvelles face aux infections. Seule une partie des individus exposés à un agent pathogène donné - bactérie ou autre micro-organisme - développe la maladie, et le degré de gravité change d'un individu à l'autre. cela peut être dû à ds variations au sein de l'espèce pathogène responsable de la maladie, à des facteurs environnementaux ou à des modifications chez l'individu infecté. La connaissance de plus en plus fine des bactéries permet de les envisager, au moyen d'interventions sur ces bactéries, comme outils de recherche et même d'outils pour la santé et la société, de les transformer en alliés plus fiables de la structure des organismes ou même de les "retourner", comme on dit en langage stratégique, pour lutter efficacement contre leurs propres congénères...

   On voit bien que si on emploie avec des bactéries des moyens plus ou moins complexes pour s'en faire des auxiliaires de santé par exemple, il n'est pas besoin de les doter d'attributs qui les ferait ressembler à des soldats enrôler dans une armée de défense. L'emploi d'un langage anthropomorphique et militaire n'est pas indispensable pour comprendre les bactéries - et les virus de même - et entreprendre des actions qui peuvent s'apparenter à celles existantes dans les conflits entre humains...

  Jusqu'à très récemment, la microbiologie médicale était l'étude des micro-organismes pathogènes pour l'homme. Maintenant, toujours avec le même objectif de diagnostic des infections, en embrassant également l'épidémiologie, la pathogenèse et le traitement comme la prévention des maladies infectieuses, il s'agit d'avoir une vue globale dune socio-microbiologie qui englobe tant les micro-organismes partie prenante de la vie d'organismes supérieurs (que ce soit des plantes, des insectes ou des hommes) que de ceux-ci qui les mettent en danger.

  

 Pascale COSSART, La Nouvelle Microbiologie, Des microbiotes aux CRISPER, Odile Jacob, 2016. Atlas de poche Microbiologie, Falmmarion, Médecine-Sciences, 1997.

 

BIOLOGUS

 

 

  

    

 

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1 octobre 2020 4 01 /10 /octobre /2020 14:36

   L'expression résistance passive, pas même théorisée d'ailleurs, se retrouve à de nombreuses reprises pour qualifier l'attitude d'une population ou d'un groupe d'individus offrent une résistance à certains ordres d'une autorité qu'ils jugent illégitime ou d'ordres illégitimes d'une autorité constituée, une résistance faite d'ignorance volontaire de ces ordres. Certains auteurs par exemple qualifient l'attitude de certaines populations face à l'occupant nazie pendant la seconde guerre mondiale comme celle d'une résistance passive, opposée à la résistance active de groupes organisant des actions souvent violentes (attaques d'officiers allemands, sabotages divers...). Cette dichotomie passive/active avec pour seul critère l'expression plus ou moins organisée d'une violence met dans l'ombre les multiples formes non seulement les non-collaborations de populations, discrètes et portant sur le long terme, dans le domaine économique notamment, mais aussi les comportements de "retraits" de groupes sociaux par rapport à la population en général.

Elle reflète également le triomphe des apparences qui veut qu'un comportement discret même résistant n'a aucune valeur par rapport à un comportement extraverti, exhibitionniste et doté d'une certaine brutalité morale ou physique...

 

Le vrai sens de la résistance "passive"

   C'est encore souvent l'expression de "résistance" qui est employée, notamment par les médias, pour désigner la résistance non-violente, constate également Jean-Marie MULLER. "Pourtant, écrit-il, la notion même de "résistance passive" comporte une contradiction intrinsèque qui lui enlève toute pertinence. Une résistance ne peut pas être passive : la passivité se caractérise précisément par le fait qu'elle n'offre aucune résistance à quoi que ce soit. L'expression "résistance passive" porte la marque des idéologies dominantes selon lesquelles il ne pourrait y avoir d'action que violente ; dès lors, le refus de la violence impliquerait le refus de l'action et ne pourrait n'exprimer que la passivité. C'est ainsi que la non-violence s'est trouvée souvent discréditée sous prétexte qu'en refusant de résister au mal, elle désarmerait les bons et ferait le jeu des méchants."

"En réalité, refuser de répondre à la violence par la violence, c'est précisément refuser de se soumettre à la logique de la violence que l'agresseur veut nous imposer et lui offrir la plus forte résistance possible. Refuser de rendre coup pour coup, c'est avoir la force, l'énergie, le courage de faire face pour envisager l'adversaire et défier sa menace, c'est lui refuser de prendre prétexte de notre contre-violence pour justifier sa propre violence. Car il attend notre riposte. Il pense même la mériter, en quelque sorte y avoir droit. Et le fait qu'il ne la voit pas venir le déconcerte et le confond."

"Ce n'est qu'à l'intérieure du système de la violence que la contre-violence peut apparaitre comme un moindre mal, mais l'objectif doit être de sortir de ce système. Or la contre-violence ne peut pas être efficace pour combattre le système de la violence ; elle en fait elle-même partie et ne fait donc que l'entretenir, que le perpétuer. Même lorsqu'elle apparaît comme un "moindre mal" selon les repères du système de la violence, la contre-violence est en réalité un mal qui continuera de contaminer l'avenir."

"La véritable résistance à la violence, c'est de refuser d'imiter la violence du violent, afin de rompre l'engrenage de la violence ; c'est récuser la vieille loi du talion "Oeil pour oeil, dent pour dent, mort pour mort" qui prolonge indéfiniment le cycle des revanches et des vengeances. Résister par la violence à la violence, c'est faire le jeu de la violence, c'est lui céder, c'est être subjugué, vaincu par elle. Aussi la non-violence est-elle une résistance, un affrontement, une lutte, un combat. C'est pourquoi elle est plus éloignée de la lâcheté, de la passivité et de la résignation que de la violence. Faire l'option de la non-violence, c'est vouloir offrir à la violence la résistance la plus active qui soit, avec la conviction que la non-violence est une plus forte résistance à la violence que la contre-violence."

 

La ruse plutôt que la violence

   L'argumentation précédente peut paraitre plus philosophique que politique ou stratégique et pourtant, tout un ensemble de réflexion sur la stratégie fait remettre en cause une vision de l'histoire dominée par le primat de l'usage de la violence. Tant les événements historiques que les événements contemporains peuvent être vus sous un autre angle, sous une lecture non stéréotypée, afin de comprendre ce que la stratégie doit à la ruse (qui peut préparer une violence bien entendu), en identifiant des moments clés. Une dialectique de la force et de la ruse peut être mise à jour, une fois écartés les préjugés culturels et ethniques. La violence technologique n'oriente pas à elle seule l'histoire, ni non plus la violence tout court.

La confusion de la force et de la violence, comme l'idéologie de la violence elle-même, font qualifier la résistance sans armes de passive. Une connaissance plus fine de l'histoire tend à faire reconnaitre un rôle, qui est sans doute majeur, aux multiples résistances, et qui éloigne définitivement le qualificatif de passif accolé à celles-ci.

 

Jean-Vincent HOLEINDRE, La ruse et la force, Une autre histoire de la stratégie, Perrin, 2017. Jean-Marie MULLER, Dictionnaire de la non-violence, Les Éditions du Relié, 2014.

 

PAXUS

 

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30 septembre 2020 3 30 /09 /septembre /2020 08:17

   A bon droit, une grande partie de la filmographie de la première guerre mondiale est consacrée à la bataille de Verdun (1916). Mais on peut regretter que d'autres batailles n'aient pas le même traitement, comme on peut regretter que l'immense majorité des films et documentaires ne traitent que du front occidental. Traiter du front de l'Est demande sans doute de faire une part très grande à la révolution bolchévique et à ses conséquences d'une part et ouvre la voie à une intense vision critique de la société tsariste d'autre part (tellement la situation paraitrait caricaturale à des yeux trop complaisants envers la monarchie ou le capitalisme...).

  Malgré la censure militaire qui interdit de trop s'appesantir sur les cadavres parsemant les champs de bataille, la filmographie du moment sur la première guerre mondiale est très abondante, singulièrement sur Verdun. C'est un moment important de mobilisation de la propagande par l'image, encouragé par les armées, en direction surtout  de l'arrière, pas seulement à coup de documentaires mais beaucoup aussi de fictions.

Un certain nombre de documentaires disponibles actuellement reprennent ces images, archivées surtout dans les centres cinématographiques des différentes armées, tournées sur les champs de bataille directement ou faites de reconstitutions après-coups, réalisées surtout dans les années 1920, ou tournées à l'arrière, notamment dans les grandes villes ou chez de riches particuliers.

- Verdun, ils ne passeront pas, un film de 84 minutes en noir et blanc, de Serge de Sampigny (2016), avec le soutien de ECPAD. Il nous fait revivre par des archives rares et ressorties en haute définition l'affrontement que se sont livrées les armées, en utilisant des reconstitutions tournées dans les années 1920, en ayant recours à de nombreuses images de synthèse animées qui restituent la topographie du champ de bataille. Diffusé par la chaine ARTE

- 1914-1918 - Mourir à Verdun, un film français de William KAREL, de 1996, d'une durée de 52 minutes. Ce métrage, réalisé grâce aux récits des survivants de cette terrible bataille et des images inédites, constitue un hommage aux Poilus de Verdun.

- Verdun, un film d'une heure 20 minutes en noir et blanc de Daniel COSTELLE, de 1966, qui renouvelle l'exercice dans Apocalypse, Verdun, une version colorisée, sonorisée et commentée. Produit alors par Jean-Louis GUILLAUD et Henri de TURENNE, sous l'égide de l'Office national de radiodiffusion télévisée.

- Verdun, visions d'histoire, film réalisé par Léon POIRIER, produit par Carlotta Films/La cinémathèque de Toulouse, en 2006, disponible en 2 DVD d'une durée totale de 2 heures 31 minutes. En 1928, dix ans après la fin de la première guerre mondiale, Léon POIRIER fait une reconstitution cinématographique de la bataille de Verdun. Son film, muet, avec des intertitres et un accompagnement au piano, déroule une trame fictionnelle à laquelle se juxtaposent de nombreux documents d'archives = séquences d'actualités cinématographiques, documents de l'Établissement de Communication et de Production Audiovisuelle de la Défense (ECPAD) tels que notes manuscrites, cartes d'état-major, affiches. Des survivants de Verdun, anciens combattants ou civils, participent à la réalisation du film. Léon POIRIER utilise leurs récits, leurs lettres. Les DVD contiennent aussi trois documentaires : Restaurer Verdun (13 minutes) de Gilles CORRE, Visions de Verdun (18 minutes) et La Revanche des Français devant Verdun, octobre-décembre 1916 (29 minutes) réalisées par le Service cinématographique des armées.

- Dans les tranchées, l'Afrique : l'aventure ambigüe; un film de Floriad SADKI, produit par France 3 Lorraine Champagne Ardenne, en 2003. Pendant la première guerre mondiale, l'armée française manquant de soldats, enrôla 136 000 Africains dans ses rangs. Le film retrace les principales opérations militaires françaises, sur le front occidental, en soulignant cet aspect parfois méconnu. Pendant la bataille de Verdun, de nombreux tirailleurs sénégalais périrent. Il évoque le courage de ces soldats, le mode de recrutement en Afrique, l'ambigüité du discours colonial républicain oscillant du paternalisme au goût de l'exotisme.

- Verdun, Souvenirs d'histoire, 1931, noir et blanc, 115 minutes, de Henry WULSCHLEGER, production Pathé. Il s'agit d'une adaptation au film parlant de l'oeuvre muette de POIRIER, Verdun, visions d'histoire.

 

- Apocalypse, Verdun. Sans doute la plus récente production sur ce sujet.

 

  Comme d'habitude, on ne peut pas en rester à la vision de documentaires, aussi bons soient-ils. On conseillera, parmi une littérature plutôt abondante, Allain BERNÈDE, Verdun 1916 : un choix stratégique, une équation logistique, dans Revue historique des armées, n°242, 2006. Malcolm BROWN, Verdun 1916, Paris, Perrin, 2006. Alain DENIZOT, Verdun, 1914-1918, Nouvelles éditions latines, 1996. Signalons la vision de Philippe PÉTAIN à l'époque, avec une préface de Bénédicte VERGEZ-CHAIGNON, La bataille de Verdun, Perrin, tempus, 2015.

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29 septembre 2020 2 29 /09 /septembre /2020 16:48

    On peut s'interroger sur la pertinence des concepts de défense non-violente, de défense civile non-violente, de défense populaire non-violente, ou de dissuasion civile. En effet, ces concepts sont directement issus de la volonté de trouver des alternatives non-violentes à la défense militaire, dans un contexte d'enrôlement des populations et de service militaire plus ou moins généralisé, et sont devenus attractifs notamment en raison d'une certaine militarisation de la société, et plus prosaïquement du contact direct de la jeunesse à la chose militaire. Les contestations multiples du service militaire, le développement (quoique très limité) de l'objection de conscience, mais surtout un sentiment diffus dans toute la population de réticence réelle envers l'institution militaire, d'autant que celle-ci a été jugée très défaillante lors de la seconde guerre mondiale, à plus d'un titre... sont pour quelque chose dans le développement, au-delà d'actions non-violentes à objectifs limités, d'une réflexion sur une défense qui ne serait pas militaire, mais, pour beaucoup,  non-violente.

Cette objection de conscience, développée surtout dans les pays à service militaire généralisé ou en état de guerre (contesté) avec un autre pays alimente d'ailleurs une réflexion plus ou moins poussée en matière de défense. L'opposition à la défense armée s'alimente de prétentions de l'armée à régir certains territoires (extension du camp militaire du Larzac par exemple) ou à faire peser sur la société toute entière la menace nucléaire. C'est d'ailleurs pour partie cette menace qui force la réflexion sur une alternative à la défense nucléaire. On remarque d'ailleurs une évolution de ces concepts en fonction d'une actualité parfois brûlante (crise des euromissiles par exemple), et dans des territoires directement concernés par cette menace (France, Allemagne, Angleterre). Cette réflexion fait partie d'un ensemble de débats plus vastes d'ailleurs sur les alternatives à la défense nucléaire, parfois moins sur les alternatives à la défense armée, où partisans de plusieurs perspectives ne manquent parfois pas de s'affronter de manière toute pacifique.

La pertinence de ces débats, et de ces concepts non-violents est d'autant accrue qu'elle n'évite aucun des questionnements majeur sur toute défense : qu'entend-t-on défendre? qui se défend?, par quels moyens? en explicitant souvent de manière précise les réponses à ces questions... Parce que la majeure partie des politiques de défense se font et se pensent encore dans des cadres nationaux, malgré les multiples empiètements ou délégations de souveraineté, maints auteurs estiment que l'on ne peut faire l'impasse d'une réflexion sur les alternatives de défense nationale.

 

Défense civile non-violente

   Dans un Dictionnaire de la non-violence, on peut lire l'argumentation suivante :

Toute société doit être prête à se défendre contre les menaces d'agression qui pourraient porter atteinte à la dignité et à la liberté de ses membres. Jusqu'à présent, c'est par la préparation de la guerre que les sociétés ont chercher à assurer la paix. Dans quelle mesure est-il possible d'envisager une défense des sociétés qui repose sur les principes et les méthodes de la stratégie de l'action non-violente?

Dans le cadre de la stratégie de la défense civile non-violente, le théâtre des opérations est constitué par la société avec ses institutions démocratiques et sa population. En réalité, l'invasion et l'occupation d'un territoire ne constituent pas les buts d'une agression ; elles ne sont que des moyens pour établir le contrôle et la domination de la société. Les objectifs les lus probables qu'un adversaire cherche à atteindre en occupant un territoire sont l'influence idéologique, la domination politique et l'exploitation économique.

Pour atteindre ces objectifs, un agresseur doit donc "occuper" la société, plus précisément il lui fait "occuper" les institutions démocratiques de la société. Dès lors, les frontières qu'un peuple doit défendre avant tout pour sauvegarder sa liberté, ce ne sont pas celles du territoire, mais celles de la démocratie. En d'autres termes, le territoire dont l'intégrité garantit la souveraineté d'une nation, ce n'est pas celui de la géographie mais celui de la démocratie. Il en résulte que, dans une société démocratique, la politique de défense doit avoir pour fondement la défense de l'État de droit. La menace qui pèse sur la démocratie est d'abord engendrée par les idéologies fondées sur l'exclusion de l'autre homme - qu'il s'agisse du nationalisme, du racisme, de la xénophobie, de l'intégrisme religieux ou de toute doctrine économique fondée sur la recherche exclusive du profit.

Il faut donc recentrer le débat sur la défense autour des concepts de démocratie et de citoyenneté. Si l'objet de la défense est la démocratie, l'acteur de la défense est le citoyen parce qu'il est l'acteur de la démocratie. Jusqu'à présent, au-delà des affirmations rhétoriques selon lesquelles la défense doit être "l'affaire de tous", nos sociétés n'ont pas su permettre aux citoyens d'assumer une responsabilité effective dans l'organisation de la défense de la démocratie contre les agressions dont elle peut être l'objet, qu'elles viennent  de l'intérieur ou de l'extérieur. Tout particulièrement, l'idéologie sécuritaire de la dissuasion militaire a eu pour effet de déresponsabiliser l'ensemble des citoyens par rapport à leurs obligations de défense. Dès lors que la technologie précède, supplante et finit par évacuer la réflexion politique et l'investigation stratégique, ce n'est plus le citoyen qui est l'acteur de la défense, mais l'instrument technique, la machine militaire, le systèmes d'armes.

Il importe donc que les citoyens se réapproprient le rôle qui doit être le leur dans la défense de la démocratie. Pour faire participer les citoyens à la défense de la société, il ne suffit pas de vouloir insuffler un "esprit de défense" à la population civile. Il s'agit de préparer une véritable "stratégie de défense" qui puisse mobiliser l'ensemble des citoyens dans une "défense civile" de la démocratie. Jusqu'à présent, la sensibilisation des citoyens aux impératifs de défense, y compris celle des enfants, s'est située dans le cadre étroit de l'organisation de la défense militaire. Cette restriction ne peut qu'entraver le développement d'une réelle volonté de défendre les institutions qui garantissent le fonctionnement de la démocratie. Pour que l'esprit de défense se répande réellement dans la société, il faut civiliser la défense et non pas militariser les civils. La mobilisation des citoyens pourra être d'autant plus effective et opérationnelle que les tâches proposées le seront dans le cadre des institutions politiques, administratives, sociales et économiques dans lesquelles ils travaillent quotidiennement. La préparation de la défense civile s'inscrit en totale continuité et en parfaite homogénéité avec la vie des citoyens dans les institutions où ils exercent leurs responsabilités civiques. L'esprit de défense s'enracine directement dans l'esprit politique qui anime leurs activités quotidiennes.

Face à toute tentative de déstabilisation, de contrôle, de domination, d'agression ou d'occupation de la société entreprise par un pouvoir illégitime, il est donc essentiel que la résistance civile des citoyens s'organise sur le front des institutions démocratiques, celles-là mêmes qui permettent le libre exercice des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire en garantissant les libertés et les droits de tous et de chacun. Il est de la responsabilité des citoyens qui exercent des fonctions dans ces institutions de veiller à ce que celles-ci continuent de fonctionner selon les règles de la démocratie. Il leur appartient donc de refuser toute allégeance à tout pouvoir illégitime qui, s'inspirant d'une idéologie antidémocratique, tenterait de détourner ces institutions à ses propres fins.

L'objectif ultime de tout pouvoir illégitime qui veut prendre le contrôle d'une société est d'obtenir, par la conjugaison de moyens de persuasion, de pression, de contrainte et de répression, la collaboration et la complicité objectives des citoyens, du moins du plus grand nombre d'entre eux. L'axe central d'une stratégie de défense civile est donc l'organisation du refus généralisé, mais sélectif et ciblé, de cette collaboration. On peut ainsi définir la défense civile comme une politique de défense de la société démocratique contre toute tentative de contrôle politique ou d'occupation militaire, mobilisant l'ensemble des citoyens dans une résistance qui conjugue, de manière préparée et organisée, des actions non-violentes de non-coopération et de confrontation avec tout pouvoir illégitime, en sorte que celui-ci soit mis dans l'incapacité d'atteindre les objectifs idéologiques, politiques et économiques par lesquels il prétend justifier son agression.

L'organisation de cette défense ne peut être laissée à l'initiative des individus. Il appartient aux pouvoirs publics de la préparer dans tous les espaces institutionnels de la société politique. Il importe donc que le gouvernement élabore des instructions officielles sur les obligations des fonctionnaires lorsqu'ils se trouvent confrontés à une situation de crise majeure où ils doivent faire face aux ordres d'un pouvoir illégitime. Ces instructions doivent souligner que les administrations publiques ont un rôle stratégique décisif dans la défense de la démocratie, ce rôle étant de priver tout pouvoir usurpateur des moyens d'exécution dont il a besoin pour mettre en oeuvre sa politique.

Préparée au sein de la société politique, la défense civile doit l'être également au sein de la société civile dans le cadre des différentes organisations et associations créées par les citoyens pour se rassembler selon leurs affinités politiques, sociales, culturelles ou religieuses. Les réseaux formés par ces associations de citoyens qui occupent tout l'espace social du pays - et qui comportent principalement les mouvements politiques, les syndicats, les mouvements associatifs et les communautés religieuses - doivent pouvoir devenir, dans une situation de crise mettant la démocratie en danger, autant de réseaux de résistance.

La mise en oeuvre institutionnelle de la défense civile non-violente par les pouvoirs publics se heurtera encore longtemps à de nombreuses pesanteurs sociologiques. L'2tat a d'abord besoin de l'armée pour lui-même, afin d'assurer sa propre autorité, de la maintenir et, au besoin, de la rétablir. Si la mystique militaire confesse une religion de la liberté, la politique militaire pratique avant tout une religion de l'ordre. Par ailleurs, l'État a trop le culte de l'obéissance pour ne pas éprouver une forte répugnance à ce qu'on enseigne aux citoyens à refuser d'obéir aux ordres illégitimes.

Ainsi, aujourd'hui comme hier, la mise en oeuvre de la défense civile non-violente reste un véritable défi. Il ne serait pas raisonnable d'attendre des pouvoirs publics qu'ils l'organisent de la même manière qu'ils organisent la défense militaire, par un processus qui serait imposé du haut de l'État au bas de la société. Il appartient d'abord aux citoyens d'être eux-mêmes convaincus que cela est nécessaire pour la défense de la démocratie, c'est-à-dire en définitive pour la défense de leurs propres droits et de leur propre liberté. (Jean-Marie MULLER)

 

Défense Populaire non-violente

   Il ne s'agit pourtant pas seulement de remplacer une technique de défense par une autre. Il ne s'agit pas de penser qu'en l'état, en tout cas pour de nombreux auteurs qui traitent de la non-violence, la société est démocratique. Précisément, le type même de défense, la défense civile non-violente, suppose un autre type d'organisation sociale que celle qui existe actuellement dans les sociétés dites "démocratiques". De plus, le lien étroit entre militarisation et capitalisme fait que la défense civile non-violente, alors nécessairement une défense populaire non-violente, c'est-à-dire existante par et pour le peuple, ne peut être adoptée dans son ensemble par une société qui reste dominée par les forces capitalistes, car elle implique nécessairement une remise en cause complète et du capitalisme et de la militarisation. La Défense populaire non-violente n'est compatible qu'avec une organisation socialiste de la société. C'est pourquoi, par exemple, le Mouvement pour une Alternative non-violente, proposait, jusque dans les années 1980 en France (depuis la décennie précédente), que c'est à travers le travail des organisations politiques, facteur de changement politique et de transition vers le socialisme, que peut voir le jour cette défense populaire non-violente. C'est avec les forces politiques de gauche que le MAN, lorsque la conjoncture politique était justement en faveur du changement économique, social et politique, se proposait de travailler à un changement de l'appareil de défense, vers une défense populaire non-violente. On voit bien que la réflexion sur le système de défense obéit forcément à la conjoncture politique : dès que le changement politique n'est plus en vue, l'avenir vers une Défense Populaire Non-violente est fortement compromis, l'ensemble des forces progressistes entrant alors plutôt dans une phase de résistance plutôt que d'accession au pouvoir...

Pour autant, logiquement, la même argumentation peut se soutenir aujourd'hui. La défense civile non-violente ne peut être qu'une défense populaire ou, tout simplement, n'est pas.

D'ailleurs, tout un ensemble d'actions non-violentes peuvent être utilisées pour cette résistance, éléments eux-mêmes de cette défense populaire dont l'horizon s'éloigne très vite : désobéissance civile massive de fonctionnaires ou professionnelles, grèves de toute sorte, mise en place d'administration ou de vie socio-politique parallèle à l'État, système d'information clandestin ou échappant au contrôle... Mais ces actions sont déconnectées de tout processus de changement global - non par volonté d'abandon d'objectif globaux, mais nécessairement dans les faits - et déconnectée encore plus de changement et de perspective de changement de la défense.

 

Transarmement

    La défense civile non-violente ou la défense populaire non-violente (prise comme on l'a dit dans un ensemble amenant à une véritable démocratie) peut être considérée comme une alternative aux défenses militaires. Mais cela présuppose qu'un pays décide de renoncer à toute forme de défense armée pour ne faire reposer sa sécurité, son indépendance et sa liberté que sur la préparation, et, le cas échéant, sur la mise en oeuvre de la stratégie de l'action non-violente. Compte-tenu de l'ampleur des changements culturels et politiques que ce choix implique nécessairement, une telle hypothèse ne peut être envisagée ni à court terme ni à moyen terme, même dans le cas de réelles perspectives de changements socio-politiques. En outre, il est assez vain de se demander si elle peut être envisagée à long terme, puisque les conditions concrètes dans lesquelles elle pourrait prévaloir échappent aujourd'hui à notre appréhension. C'est dire l'ampleur des recherches à entreprise dans bien des domaines pour y parvenir...

La valeur d'une alternative se juge aussi à sa capacité à rendre possible un processus cohérent de transition et une dynamique de changement. Le concept de "transarmement" - dont la fortune fut assez courte il faut le dire - semble (malgré tout) le mieux approprié pour désigner ce processus. Il exprime l'idée d'une transition au cours de laquelle doivent être préparés les moyens d'une défense civile non-violente qui apportent des garanties analogues aux moyens militaires sans comporter les mêmes risques. La notion de transarmement exprime également l'idée d'une transformation des moyens de défense. Alors que le mot "désarmement" n'exprime qu'un rejet, celui de "transarmement" veut traduire un projet. Alors que le désarmement évoque une perspective négative, le transarmement suggère une démarche constructive. A ce propos, bien entendu, l'état de surarmement actuel rend nécessaire un désarmement, mais on ne saurait se limiter à cela. Les sociétés étant dynamiques, au sujet notamment de leur défense et de leur conservation, elles ne peuvent se passer de système de défense, et celui évolue à l'image d'elle-même. De toute façon, avant de pouvoir désarmer, il faut fourbir d'autres armes que celles de la violence.

Avant que la défense civile ou populaire non-violence puisse être considérée par la majorité de la population et par les pouvoirs publics comme une alternative fonctionnelle à la défense armée, la première tâche est d'établir sa faisabilité et de lui faire acquérir une réelle crédibilité. Dans ce processus de transarmement, il s'agit de préparer et d'organiser la défense civile alors que, dans le même temps, une défense militaire sera maintenue. Les différentes formes de défense militaire et la défense civile devront donc coexister, même si cette coexistence peut apparaitre conflictuelle. La mise en oeuvre d'une défense civile constituerait une valeur ajoutée à la défense globale du pays. Tout ce qui renforce l'affirmation de la volonté de défense des citoyens et tout ce qui augmente leur capacité de résister contre une éventuelle agression prolonge et amplifie l'effet dissuasif de la défense du pays.

Si l'on envisage des scénarios concrets de défense contre une agression effective, après le contournement de la dissuasion globale d'un pays, trois hypothèses sont théoriquement possibles : la défense civile non-violente peut être considérée, par rapport aux différentes formes de défense militaire, comme un complément, un recours ou une option.

- Comme complément : la défense civile serait mise en oeuvre en même temps que la défense militaire. Mais cette complémentarité ne peut être envisagée de manière synmétrique. Dans une résistance globalement non-violente, des actions armées ponctuelles seraient peu opportunes et même contre-productives. Elles viendraient contrarier l'efficacité de la résistance non-violente. Celle-ci a sa dynamique propre qui ne peut être pleinement efficiente que si elle est seule à s'exercer. En revanche, si la résistance est essentiellement militaire, l'adjonction de formes de résistance non-violente - tout particulièrement d'actions de non-coopération avec l'agresseur - ne pourrait que renforcer l'efficacité globale de la résistance.

- Comme recours : la défense civile serait alors mise en oeuvre après l'échec ou du moins l'arrêt de la défense militaire. Ce scénario est évidemment très défavorable. Cependant, la résistance civile serait alors la seule possibilité de faire émerger au sein de la population une nouvelle volonté de lutte avec l'espoir que "tout n'est pas perdu".

- Comme option : la mise en place de la défense civile est alors choisie à la place de la défense militaire. Après l'échec de la dissuasion globale, il apparaîtrait aux décideurs politiques que tout emploi des armes serait vain, voire suicidaire. La stratégie de l'action militaire s'avèrerait donc non-opérationnelle et donc non souhaitable, la sagesse politique commanderait d'y renoncer afin de donner les plus grandes chances de succès à la défense non-violente. Compte tenu de la puissance destructrice des armements modernes, cette option serait probablement la plus raisonnable pour permettre à une société de se défendre sans se détruire. (Jean-Marie MULLER)

 

Dissuasion civile

  Comme presque toute politique de défense (presque parce que certains pays ont une "défense" nettement offensive...), l'organisation de la défense civile non-violente doit avoir pour finalité première de dissuader un agresseur potentiel d'engager les hostilités. En fait, ici, le "modèle" de défense visé est la dissuasion nucléaire française, qui affiche nettement cet objectif.

La crédibilité de la dissuasion civile est effective lorsque l'adversaire a dû se convaincre qu'il exposerait son propre pouvoir à de réels dangers s'il décidait d'intervenir au-delà de ses frontières. Ses agents pourraient certes pénétrer sur le territoire convoité sans subir de pertes et sans que sa population se trouve exposée à des représailles, mais ses soldats, ses fonctionnaires et tous ses chargés de mission se heurteraient à l'hostilité organisée des pouvoirs publics, des institutions et des citoyens qui leur refuseraient toute collaboration. Ils courraient alors le risque de se trouver empêtrés dans les réseaux d'un "maquis politique", en subissant l'inconvénient majeur de ne pas avoir l'avantage du terrain. Ils auraient alors les plus grandes difficultés à contrôler ce maquis et ne pourraient guère espérer le réduire dans un délai raisonnable. La dissuasion est effective dès lors que les risques encourus apparaissent disproportionnés par rapport à l'enjeu de la crise, et les coûts prévisibles plus importants que les profits espérés.

Pour renforcer la crédibilité de la dissuasion civile, il faut tout à la fois augmenter les coûts et réduire les profits d'une éventuelle agression. Il importe que le décideur adverse perçoive l'importance des coûts idéologiques, politiques, sociaux, économiques et diplomatiques dont l'addition risquerait de déstabiliser son propre pouvoir et son propre régime. Par ailleurs, dans la mesure où il ne peut espérer aucune complicité significative au sein de la population adverse, il risquerait d'être frustré des profits qu'il voudrait retirer de son agression. Le rapport entre ces coûts et ces profits est de nature à l'amener à renoncer à toute intervention sur le territoire d'une société ayant mis en place les moyens d'une défense civile.

Dans l'hypothèse, au demeurant la plus vraisemblable, où un pays ne ferait pas reposer sa sécurité que sur la défense civile non-violente, mais préparerait conjointement une défense militaire, les éléments constitutifs d'une dissuasion civile apporteraient une "valeur ajoutée" à la crédibilité de la dissuasion globale qui résulterait des différents formes de défense. (Jean-Marie MULLER)

   Ce dernier concept est le dernier apparu au milieu des années 1980, étudié notamment au colloque international de Strasbourg en septembre 1986, après avoir fait l'objet d'une étude demandée par le ministère de la défense en 1984. La dissuasion civile est étudiée, plutôt que la défense civile, indiquant un changement de perspective par rapport aux travaux antérieurs.

Même si les événements de 1989, qui amènent la chute d'un des grands blocs, ont frappé d'obsolescence les principales hypothèses abordées alors, le concept de dissuasion civile conserve toute sa valeur théorique. Même si d'ailleurs, d'une part les recherches de fond sur la défense sont devenues plus rares depuis lors et d'autre part on devrait tenir compte des changements de contexte, notamment une mondialisation qui a tendance à faire rebattre toutes les cartes géopolitiques et stratégiques, sans compter le rôle des changements climatiques (dont l'actuelle épidémie de coronavirus est l'une des conséquences)...

 

Jean-Marie MULLER, Le dictionnaire de la non-violence, Les Éditions du Relié, Poche, 2014. Pour le socialisme autogestionnaire, une non-violence politique, Mouvement pour une Alternative Non-violente, 1981. Christian MELLON et Jacques SÉMELIN, La non-violence, PUF, collection Que sais-je?, 1994. Se défendre sans se détruire, Pour une défense populaire non-violente, MAN, 1982. Institut de Recherche sur la Résolution non-violente des conflits, Les stratégies civiles de défense, Actes du colloque de Strasbourg, Alternatives non-violentes, Saint Étienne, 1987. Christian MELLON, Jean-Marie MULLER, Jacques SÉMELIN, La dissuasion civile, Fondation pour les études de défense nationale (FEDN), 1985.

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28 septembre 2020 1 28 /09 /septembre /2020 14:50

  A l'occasion de différentes commémorations, diverses éditions de documentaires à destination du grand public apparaissent, que ce soit sous forme de DVD ou en ligne (Internet), plus rarement au cinéma. A l'exception de certaines oeuvres (par exemple Apocalypse), il s'agit de matériels un peu bricolés à partir d'archives diverses (et souvent les mêmes!), agencés de manière diverse donnant l'illusion (surtout publicitaire) de nouveautés. Si nous les présentons, c'est parce que par rapport à certaines productions qui semblent pilotées directement par les armées, ces matériels présentent d'autres qualités : par exemple un ton bien plus critique envers les autorités militaires, un discours axé sur les témoignages des combattants, voire parfois une orientation directement pacifiste....

 

   En matière de matériel bricolé, la série des trois DVD présentés dans un beau coffret métallique (alors que leur durée est vraiment courte) sous le titre 14-18, la première guerre mondiale, tragédie d'une guerre, est vraiment un modèle.

Produit et réalisé par Carl FISHER en 2000, diffusé par Images of War, le premier DVD - La grande guerre - renferme uniquement un documentaire de 57 minutes, intitulé bizarrement Le Front Ouest 19616-1918, qui raconte en fait depuis le début la grande guerre, suivant un récit historique, où est mis en valeur d'ailleurs l'engagement américain, formé d'archives en noir et blanc, commenté en français par Pierre MIQEL.

Produit par Isaac KLEINERMAN et Jolem SCHARWICK, en 1995 (Columbia), le second film porte donc, sur le second DVD - Tragédie d'une guerre - un documentaire d'une heure onze minutes, formé d'archives en noir et blanc de nombreux pays, avec le même commentateur français, divisé en quatre parties : Verdun, La bataille de Jutland, La Somme et 1918 A nouveau la Marne. En fait, il y a de nombreuses redites par rapport au premier DVD et la même démarche quant à l'intervention américaine.

Le troisième DVD - Paroles de poilus - comporte en fait un documentaire de 56 minutes,  toujours en noir et blanc, qui, lui aussi reprend la première guerre mondiale depuis le début, mais ponctué de citations des lettres d'un polu, Havilland LEMESURIER, mort en 1916 en tranchée à la bataille de la Somme, ce qui n'empêche le documentaire (produit et réalisé par Carl FISHER) d'aller jusqu'à la fin de la guerre....

 

    

 

    A l'inverse d'un bricolage,  14-18, de Jean AUREL, avec la collaboration comme scénariste de Cécil SAINT-LAURENT, réalisé en 1964 (un avant avant La bataille de France 1940 évoqué précédemment), est un véritable documentaire d'auteur, à contre-courant d'ailleurs du courant documentaire dominant sur la première guerre mondiale. L'écrivain anarchiste de droite imprime sa marque dans le commentaire qui court tout au long du film, en noir et blanc d'1 heure 27 minutes. Son ton sarcastique (sur les dirigeants politiques et militaires), critique, court tout au long de cette évocation qui se veut plus politique qu'historique. A défaut de faire comprendre réellement les manoeuvres militaires, sans perdre de vue une bonne vue d'ensemble de l'évolution de la guerre, le film restitue bien l'esprit et les sentiments des participants directs, que ce soit des soldats (évocation des mutineries et des véritables opinions des poilus) ou des civils de l'arrière. Un gros travail de remastérisation et une version sous-titrée pour malentendants donne à ce documentaire une belle valeur.

Les deux très courts métrages, commentés ensuite par Laurent VÉRAY (qui raconte les circonstances par ailleurs de la réalisation du film de AUREL), mettent en valeur deux aspects particuliers de l'abondante filmographie de l'époque : le mélodrame (deuil et traumatisme) autour d'une fiancée d'un soldat qui meurt au combat et la propagande (Souscrivez à l'emprunt de guerre!) pour l'armée.

 

- On peut se passer du visionnage des 12 DVD rassemblés dans le coffret "Encyclopédie de la Grande Guerre 1914-1918, produit par CBS NEWS au milieu des années 1960 et commenté par l'historien spécialiste Pierre MIQUEL. Malgré un chapitrage qui permet de voir un aspect du conflit armé et la possibilité d'en voir beaucoup d'aspects, ces 12 DVD, archives américaines en noir et blanc et doté d'une musique tapageuse et parfois triomphaliste, fleurent bon une vision officielle, propagandiste. Cette vision de la première guerre mondiale vue du point des alliés et parfois même surtout des américains n'offre pas les perspectives multiformes d'autres documentaires. Sans compter un anti-communisme qui éclate sur certains DVD et un point de vue bien à soi des dirigeants économiques et politiques de l'époque.  Reste la curiosité de voir des archives presque brutes montrées alors sur les écrans américains aux actualités précédent le film... On aurait aimé, pour chaque DVD (d'une cinquantaine de minutes seulement pour chacune) des "bonus" critiques et explicatifs... Disponible sur le site militaris.fr

 

     14, des armes et des mots, documentaire en 8 volets de 52 minutes chacun, produit en 2014 pour le centenaire du début de la première guerre mondiale, réalisé par Jan PETER, est l'un des meilleurs produit sur ce sujet ces dernières années. Docudrame plutôt que documentaire car il mêle des scènes reconstituées à des images d'archives, selon une trame qui permet à la fois de voir cette guerre avec les yeux de ceux qui en ont soufferts au premier plan (14 destins de nombreuses nationalités) plutôt qu'avec ceux des états-majors et de comprendre mieux comment se sont déroulés les événements. Surtout, pensons-nous, cette série reflète mieux l'ambiance de cette guerre et sa logique d'épuisement des ressources et des populations. Elle permet de voir en particulier pourquoi l'effondrement de l'armée allemande parait avoir été si subit (et pas seulement avec l'arrivée des troupes américaines), les Allemands étant les plus affamés et les plus meurtris par cette guerre. L'ambiance insurrectionnelle et révolutionnaire des années 1917-1919 est bien rendue et on peut mieux comprendre comment les grandes monarchies et le grand mouvement des peuples insurgés ont pu avoir lieu - et comment est survenue la grande grippe espagnole qui fit plus de morts et de disparus que la guerre elle-même... Le récit d'ensemble, très maitrisé, s'il n'aborde pas tous les aspects de la Grande Guerre, jette la lumière sur des faits longtemps occultés : l'organisation de la prostitution militaire massive, l'explosion des revendications populaires, l'écart des situations entre riches profiteurs de guerre à l'arrière et pauvres sacrifiés dans les tranchées sur le front des batailles, l'énorme masse des blessés et des mutilés qui pèse sur l'histoire à venir de l'Europe...

 

 

FILMUS

 

Complété le 22 octobre 2020. Complété le 4 novembre 2020

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28 septembre 2020 1 28 /09 /septembre /2020 12:04

     Considérant que "la bataille de idées n'est pas une bataille abstraite", l'équipe de la jeune revue Lava, contestatrice et militante à gauche de l'échiquier politique entend s'inscrire dans un espace de luttes. "Elle entend, écrivent ses animateurs, offrir un outil intellectuel naviguant à contre-courant du cadre dominant". A travers un site Internet et une revue papier, Lava se donne pour objectif ambitieux de "devenir un carrefour important de la pensée à gauche. Critique sociale et analyse marxiste sur tous les sujets ayant trait à l'émancipation humaine, sont les axes de Lava.

   Depuis printemps 2017 (date de son numéro 1), la revue trimestrielle belge se compose d'articles provenant d'auteurs critiques (jusque là une bonne trentaine...) abordant des sujets divers. Ainsi le (dernier) numéro 13, après un éditorial de Ruben RAMBOER, aborde L'anticapitalisme au temps du COVID-19 (David HARVEY), La pandémie et la fin de l'ère néo-libérale (Atilio A. BORON), Le coronavirus et l'horizon socialiste (Sam GIDIN); Avec le corona, retour au prolétariat (Nic GÖRTZ), Le capitalisme et la pandémie : l'heure des comptes a sonné (Rhadika DESAI), le coronavirus et la prochaine crise de l'Euro (Étienne SCHNEIDER et Félix SYROVATKA)...

  La revue est disponible en français, anglais et néerlandais, n'a que peu de moyens et fait appel aux dons sur ses pages Internet pour vivre.

 

Lava,    Site Internet : lavamedia.be

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