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20 novembre 2020 5 20 /11 /novembre /2020 15:47

  Connu comme l'un des fondateurs de la philosophie morale, SOCRATE n'a laissé aucune écrit, sa pensée et sa réputation se sont transmises par des témoignages indirects. Ses disciples, PLATON et XÉNOPHON ont oeuvré à maintenir l'image de leur maître, qui est mis en scène dans leur écrits respectifs.

Les philosophes DÉMÉTRIOS DE PHALÈRE et MAXIME DE TYR dans sa Neucième dissertation ont écrit que SOCRATE est mort à l'âge de 70 ans. Déjà renommé de son vivant, SOCRATE est devenu l'un des penseurs les plus illustres de l'histoire de la philosophie. A un point qu'il constitue dans l'Histoire une figure-pivot : on discute de présocratiques et de successeurs de SOCRATE, en oubliant au passage que certains d'entre eux sont ses contemporains.

Sa condamnation à mort et sa présence très fréquente dans les dialogues de PLATON ont contribué à faire de lui une icône philosophique majeure, et sa pensée constitue encore une sorte de point de départ dans la philosophie occidentale. Cette figure a été discutée, reprise et réinterprétée jusqu'à l'époque contemporaine. Mais en dépit de cette influence culturelle, très peu de choses sont connues avec certitude sur le SOCRATE historique et ce qui fait le coeur de sa pensée. Même si les témoignages sont souvent discordants et la restitution de sa vie très incertaine, il y a une sorte de dénominateur commun à tous les commentaires : c'est un questionneur de conscience, et il n'hésite jamais à remettre en cause chez ses contemporains leur propre connaissance d'eux-mêmes et partant, des choses qui les entourent. A ce titre, il n'est pas étonnant qu'un des chefs d'accusation portés contre lui et qui entraine sa mort par empoisonnement après jugement d'un tribunal soit la remise en question des dieux (corrélativement la perversion de la jeunesse), car les convictions religieuses ne sont souvent que des blancs remplis à tout prix par des esprits épris d'une connaissance globale de leur existence.

  Tout cela fait écrire Jacques BRUNSCHWIG : "Socrate n'est pas un philosophe parmi les autres : il est le totem de la philosophie occidentale. En chaque pensée qui s'éveille et s'interroge, il revit ; en chaque pensée qu'on formule ou qu'on étouffe, il meurt à neuf. La place exceptionnelles qu'il tient dans notre culture est celle du héros fondateur, du père originaire, qui s'enveloppe dans une obscurité sacrée, et que chacun porte en soi comme une présence familière. Il appartient inséparablement à l'histoire et au mythe de l'esprit. Nous ne connaissons avec certitude presque aucune de ses pensées, et nous le reconnaîtrions dans la rue. Lui qui n'écrivit rien, des monceaux de livres interrogent son énigme : lui qui n'enseigna rien, des systèmes colossaux se réclament de son patronage. Le vrai Socrate est peut-être à jamais ensevelit sous sa légende, qui personnifie en lui la conscience philosophique, unité de la conscience intellectuelle et de la conscience morale. L'avènement radical que la tradition lui attribue est, dans une large mesure, une illusion rétrospective, que chacun du reste formule à sa façon. Sa rupture avec les "présocratiques" et son antagonisme avec les sophistes furent peut-être moins profonds qu'il n'y paraît ; et la pensée grecque est sans doute moins "socratique" qu'elle ne se présente. Cela dit, il faut bien qu'il y ait eu un cet homme de quoi rendre possibles et la cigüe et Platon".

 

Socrate, un pivot de la philosophie grecque

  Émile BRÉHIER rappelle le contexte de ses discours : "le siècle qui a précédé la mort d'ALEXANDRE (323) est le grand siècle de la philosophie grecque : c'est en même temps surtout le siècle d'Athènes : avec SOCRATE et PLATON, avec DÉMOCRITE et ARISTOTE, nous atteignons un moment d'apogée, où la philosophie, sûre d'elle-même et de ses méthodes, prétend appuyer sur la raison même son droit à être l'universelle conductrice des hommes : c'est l'époque de la fondation des premiers instituts philosophiques, qui sont l'Académie et le Lycée. Mais dans le même siècle les sciences mathématiques et l'astronomie prennent aussi une extraordinaire extension. Enfin, le brillant développement des systèmes de PLATON et d'ARISTOTE ne doit pas nous dissimuler l'existence d'écoles issues de SOCRATE, étrangères ou hostiles au mouvement platonicien-aristotélicien ; elles préparent les doctrines qui domineront à partir de la mort d'ALEXANDRE et qui feront négliger pour longtemps PLATON et ARISTOTE."

Non seulement SOCRATE et ses disciples ne sont pas les seuls dans le champ tumultueux de la philosophie grecques, mais coexistent avant, pendant et après SOCRATE, de nombreux points de vue sur tous les sujets. Tous ces philosophes, dont nous sont parvenus que très peu de choses - et il serait sans doute intéressant d'étudier pourquoi (entre fragilité des supports écrits et destructions volontaires des oeuvres des concurrents...) - sont souvent appelés pré-socratiques, plus pour des commodités de présentation mâtinés d'orthodoxie académique que pour la vraisemblance historique.

   Aucun portrait physique n'est fidèle, et surtout pas sûrement celui que dresse ARISTOPHANE dans le texte le plus ancien qui nous soit parvenu, Les Nuées, pièce de théâtre divertissante et tendancieuse plus qu'autre chose. Après sa mort, toute la littérature des Discours socratiques, dialogues où ses disciples donnent à leur maître le premier rôle : les discours apologétiques, écrits sous le coup de l'indignation de suite après la mort de SOCRATE (Apologie, Criton), puis les portraits idéalisés (Phédon, Banquet, Théète, Parménide), enfin les oeuvres où SOCRATE n'est plus que le parte-voie de la doctrine de l'Académie. Au second rang, les Mémorables de XÉNOPHON, écrit assez tardivement (vers 370), sorte d'apologie, où l'auteur, qui n'est rien moins que philosophe, donne une assez plate imitation de discours socratiques antérieurs.

   La plupart des historiens ultérieurs, E. WOLFF et O. GIGON en tête, doutent que l'on puisse reconstituer la pensée réelle de SOCRATE, même en regroupant des fragments de textes émis par exemple tout au long de l'Antiquité tardive ou avant : dialogues de Phédon et d'Eschine ; éléments de PORPHYRE, de LIBANIUS, de POLYCRATE...

La figure de SOCRATE, si elle a marqué l'histoire d'Athènes, est célèbre, car baignant dans un univers pas complètement sorti des influences mystiques orphiques, où les sophistes pullulent, où chaque homme politique se targue d'émettre de la philosophie ou des principes politiques proches de maximes philosophiques, il n'est ni sophiste, ni politique, pas mystique pour un sou, au point d'être sceptique sur l'existence des dieux, comme une grande partie de ses contemporains est maintenant sceptique sur l'existence des héros. Athènes est un lieu propice à la philosophie car nombre de ses habitants citoyens voyagent beaucoup (l'Égypte brille encore intellectuellement), rencontrent beaucoup (des grecs comme des barbares), avec son empire maritime (international avant la lettre). Sans doute a joué également le développement de techniques (de calcul pour le commerce et l'architecture, entre autres, et aussi de conservation des documents...) et un certain esprit induit par ces voyages et ces rencontres notamment, de tolérance et d'ouverture d'esprit, qui s'avère profitablement "spirituellement" et matériellement... SOCRATE bénéficie de tout cela et en même temps questionne tout sans cesse, et c'est ce qui attire l'attention de ses contemporains (Plus apparemment que son apparence physique, quoique, et sans doute ses blessures de guerre, car citoyen il a certainement participé à de nombreuses campagnes).

    Il joue constamment les trouble-fête et met en cause toutes les vérités plus ou moins admises (les contestations ne devaient pas seulement venir de lui... tant les conflits politiques dominent le tableau de la vie à Athènes). La vérité est que son but est d'examiner des thèses, de les passer à l'épreuve et non de les faire triompher. S'il attire les intellectuels de son temps, c'est également parce qu'il questionne sans affirmer. Avant d'éduquer les autres, il faut s'éduquer soi-même, se maitriser si on ne met facilement en colère, bien parler si l'on a des problèmes d'élocution, se présenter au milieu d'un groupe si l'on est laid et repoussant... On ne trouve pas trace de son enseignement, mais certainement qu'il tirait sa subsistance de leçons qu'ils donnait comme précepteur, d'enfant comme d'adulte, tout comme les sophistes qu'il semble critiquer sévèrement, mais bien plus subtilement que beaucoup d'écrits ultérieurs ne le disent.

  Les témoignages de son activité sont si controversés qu'on a peine à dresser ce qu'était réellement un discours socratique. Aussi en est-on réduit à formuler un état a minima de ce discours. A en croire XÉNOPHON et ARISTOTE, PLATON ayant nettement plus tendance à baptiser discours socratique le sien propre, SOCRATE serait avant tout l'inventeur de la science morale et l'initiateur de la philosophie des concepts (Émile BRÉHIER). Dans Métaphysique, ARISTOTE dit : "Socrate traite des vertus éthiques, et à leur propos, il cherche à définir universellement... ; il cherche ce que sont les choses. C'est qu'il essayait de faire des syllogismes ; et le principe des syllogismes, c'est ce que sont les choses... Ce que l'on a raison d'attribuer à Socrate, c'est à la fois les raisonnements inductifs et les définitions universelles qui sont, les uns et les autres, au début de la science. Mais pour Socrate, les universaux et les définitions ne sont point des êtres séparés ; ce sont les platoniciens qui les séparèrent et ils leur donnèrent le nom d'idées." Pour ARISTOTE, SOCRATE comprit que les conditions de la science morale étaient dans l'établissement méthodique, par voie inductive, de concepts universels, tels que celui de la justice ou du courage.

Cette interprétation d'ARISTOTE, indique Émile BRÉHIER, qui n'a d'autre but que de rapporter à Socrate l'initiative de la doctrine idéaliste qui, par PLATON, continue jusqu'à lui, est évidemment inexacte ; si son but avait été de définir des vertus, il faudrait admettre que, dans les dialogues où PLATON montre SOCRATE cherchant, sans aboutir, ce qu'est le courage, la piété ou la tempérance, il a pris à tâche d'insister sur l'échec de la méthode de son maître.. En fait, l'enseignement de SOCRATE consiste à examiner et à éprouver non point les concepts, mais les hommes eux-mêmes et à les amener à se rendre compte de ce qu'ils sont (réellement). Dans les dialogues, SOCRATE, même s'il ne parle pas en premier, conduit toujours en fait l'interrogatoire, et la tournure ironique de sa manière de présenter les choses et les actes, veut faire constamment pointer du doigt que, pratiquement toujours, que nul n'est méchant (ou sans doute gentil) volontairement et que tout mal (surtout) dérive d'une ignorance de soi qui se prend pour une science.

La seule science que revendique SOCRATE serait alors qu'il ne sait rien, ce qui peut facilement se rapprocher du fait que nous ne savons quasiment rien de son enseignement! 

Sans rejeter cette conclusion d'inconnaissance radicale que professerait SOCRATE, il faut quand même se rendre compte que cela ne fait pas beaucoup pour attirer tant de gens autour de lui! Plus que le contenu de ce qu'il enseigne, c'est le questionnement constant sur ce que l'on croit savoir qui attire. Et ceci à une époque où la rhétorique se donne pour tâche de convaincre l'interlocuteur de la réalité de sa connaissance... et in fine, de la validité des rétributions demandées! L'étendue de son enseignement devait tout de même dépasser cette négation - qui devait être au minimum orientée politiquement et moralement - pour que le pouvoir à Athènes veuille le condamner à mort. Les zones d'ombre sur sa vie nous empêche d'en savoir plus... Émile BRÉHIER conclue que "c'est son extrême liberté qui le perdit ; le gouvernement tyrannique de Critias lui avait déjà interdit la parole, ce fut la démocratie qui lui ôta la vie".

   Jacques BRUNSCHWIG veut voir plus loin que la méthode d'investigation, que l'interrogation tenace, que la découverte de la véritable connaissance de soi par son interlocuteur. Il est vrai que SOCRATE répète qu'il ne sait rien. Il n'a pourtant rien d'un sceptique, car il participe apparemment pleinement à la vie intellectuel d'Athènes, et certainement entend-t-il souvent saisir l'occasion de faire entendre son point de vue, ce que l'on réclame d'ailleurs d'un citoyen à ce moment-là dans cette cité. "Faut-il voir, écrit-il, dans son ignorance affichée la façade ironique d'un savoir caché, comme en ces statues de Silènes auxquelles le compare Alcibiade dans le Banquet platonicien, et qui s'entrouvriraient pour laisser voir la figure d'un dieu? On a autant de peine à croire son "inscience" réelle qu'à la tenir pour feinte? Sans doute peut-on dire qu'il n'est certain d'aucune proposition qui tombe dans le champ du dialogue, puisqu'il est de l'essence du dialogue de ne rien laisser hors de question ; mais qu'il est certain de toute proposition qu'il perçoit comme nécessaire à l'ouverture de ce champ, et au maintien de cette ouverture. Ainsi, ce qui constitue l'homme, ce dont il est moralement comptable, c'est ce par quoi il est apte à entrer dans la relation "dialogique" : son âme parlante et pensante, et non son corps, ou ce pseudo moi qui n'est que l'opinion que les autres en ont de lui. Connais-toi toi-même : connais ce qui est véritablement toi. Le bien auquel l'âme aspire est un bien qui relève d'elle ; rien n'est vraiment bon que ce dont il n'est pas possible de faire mauvais usage, et c'est la science du bien qui sait faire bon usage de toutes choses, et sans laquelle de toutes choses on risque de faire mauvais usage. Ainsi s'expliquent les inépuisables formules, que la vertu est un savoir, et que nul n'est mauvais volontairement.

Une autre source de certitude est que le dialogue, sous peine de perdre tout sens, désigne l'horizon d'une vérité qu'il ne dépend pas de nous de créer ou de modifier, et qui s'atteste jusque dans la nécessité où nous sommes de nous aider mutuellement pour nous ouvrir à elle? Si le dialogue est l'essentiel du métier d'homme, c'est que nous ne sommes pas condamnés à ne cesser la guerre des opinions que par la violence des tyrans, l'habileté des rhéteurs ou l'arbitraire des conventions. Le dialogue des hommes fait signe et référence ç quelque chose qui dépasse l'homme.

De la religion de Socrate, on peut dire qu'elle est ce qu'il lui faut et ce qui lui suffit pour percevoir sa vocation dialectique comme un commandement divin : la voix intérieure de son fameux "démon" n'est-elle pas la religion traditionnelle, il en effectue les gestes, il respecte ce qu'il y voit de respectable ; mais il la pense et la juge en fonction de cette mission."

 

Une postérité emplie de médiateurs...

   SOCRATE fait figure, comme l'écrit Michel ONFRAY, tentant de débroussailler le paysage de la philosophie antique tombée dans un académisme lui-même "embué" dans un christianisme combattant tout hédonisme, de personnage conceptuel, comme toute la galerie de personnages si bien mis en scène par PLATON. Évoquant PHILÈNE et ce que l'on en sait, notre philosophe français écrit : "En interdisant aux hédonistes de défendre leur thèse, en leur prêtant une inconsistance théorique a priori, en les caricaturant, en les enfermant dans des pièges théoriques fabriqués sur mesure, en ne reconnaissant pas la grandeur, l'excellence et la qualité philosophique de ses interlocuteurs, en les réduisant à des personnages ridicules, en usant de sophistiqueries mises au point pour des combats falsifiés et gagnés d'avance, Platon montre un visage bien différent de ce que la tradition rapporte. Celui qui voulait brûler les oeuvres de Démocrite en pensant se dispenser ainsi de s'attaquer aux thèses et conclusions du matérialisme abdétérain, procède pareillement avec les hédonistes cyrénaïques. Le lutteur choisit ses adversaires parmi les gringalet - les personnages conceptuels du dialogue - pour éviter de rencontrer à armes égales un concurrent de sa catégorie - Aristide de Cyrène - : le refus du combat trahit le manque de probité. Le passage à tabac d'un bouc émissaire ne saurait tenir lieu de combat en bonne et due forme : Platon excelle dans les reconstitutions à sa main, sur scène, avec des sbires et des sicaires à son service. (...)."  Ce que ONFRAY reproche à l'historiographie courante, c'est d'entrer avec un peu trop de complaisance dans les jeux de rôle imposés par PLATON et même par ARISTOTE, laissant dans l'ombre non seulement les prédécesseurs ou les successeurs dans le temps de SOCRATE, mais également ses concurrents contemporains directs rejetés tous dans le terme "présocratiques", comme si tous faisait, comme elle, de SOCRATE le point de départ de toute philosophie. Bien entendu, il est difficile de construire une filiation philosophique avec autre chose que ce qui nous reste de leurs écrits, mais au moins peut-on tenter, fragments après fragments, entrevoir autre chose que ce que nous impose finalement, par voie de transmission au long des siècles, surtout PLATON. Notamment parce que ce que l'on entrevoit de ces philosophies concurrentes autre chose que l'idéalisme, autre chose qu'une raison froide qui ne pourrait triompher que par l'ascétisme et le refus de tout plaisir (du corps)... Il faut tout de même dire que les couches sédimentaires ont orienté les études vers ces tendances platoniciennes ou aristotéliciennes, tout simplement parce que ces tendances sont terriblement, tout compte fait, bavardes, et qu'elle vont jusqu'à dissimuler à nos yeux bien des aspects hédoniques des civilisations antiques... ONFRAY, pour reconstituer ces aspects, en est réduit, comme beaucoup pour le matérialisme, à repérer dans les textes de PLATON et d'ARISTOTE des éléments recueillis par maigres morceaux par ailleurs, révélant par ce procédé des contradictions généralement passés sous silence entre bien des philosophes et SOCRATE.

     Le résultat d'une telle réflexion est que SOCRATE, en définitive, a peut-être été moins central qu'on le dit dans la formation de la philosophie occidentale. Déjà SOCRATE a tellement de médiateurs que sa pensée a forcément été déformée et l'Histoire que nous avons de la philosophie est le résultat de bien de ces déformations, compte tenu aussi des aléas de transmission (textes dits de Platon, faux Platon, textes dits d'Aristote, faux Aristote...) à la postérité des textes de ces médiateurs... Pour restituer les mérites toutefois de ce que nous savons de SOCRATE, ce sont finalement les grandes vertus de cette forme de discours philosophique qu'est le dialogue.

 

ARISTOPHANE, Les Nuées, en ligne dans remacle.org. XÉNOPHON, Apologie de Socrate, Mémorables, également dans remacle.org. PLATON, Tous ses Dialogues mettent en scène SOCRATE, sauf Les Lois. ARISTOTE, Métaphysique, Éthique à Nicomaque.  ARISTOXÈNE DE TARENTE, Vie de Socrate, DIOGÈNE DE LAERCE, Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres, voir remacle.org.

Michel ONFRAY, Les sagesses antiques, Contre-histoire de la philosophie 1, Grasset, 2006. Émile BRÉHIER, Histoire de la philosophie, 1 Antiquité et Moyen Âge, PUF, 2001. Jacques BRUNSCHWIG, Socrate, dans Encyclopedia Universalis, 2014.

PHILIUS

   

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20 novembre 2020 5 20 /11 /novembre /2020 10:08

   La revue trimestrielle en langue anglaise MERIP, sur papier et sur Internet, qui existe depuis 1971 (premier numéro en 1973), procure une information critique, de reportages et d'analyses, focalisée sur le pouvoir d'État, la politique économique et les hiérarchies sociales dans la région du Moyen-Orient. Ses animateurs entendent éduquer et informer le grand public sur les affaires du Moyen Orient, comprises dans un sens très large.

  Son staff, avec Mandy TERC comme Executive Director, anime plusieurs collaborateurs, internes à la revue et externes souvent, spécialistes de plusieurs domaines. Ils informent notamment sur l'évolution des relations entre israéliens et palestiniens et arabes. La rédaction est critique par rapport à Israël, au sionisme et aux relations des États-Unis avec le Moyen-Orient.

   Par exemple Middle East Report consacré son numéro d'automne-hiver (n°292-293) 2020, en un dossier spécial, à la seconde vague du "printemps arabes" avec les soulèvements populaires de 2019 en Algérie, en Irak, au Liban et au Soudan et la contestation persistante au Maroc et en Jordanie. Le dernier numéro porte sur la crise liée au Coronavirus (Nature et Politiques, n°296, Fall 2020). 

 

MERIP, Site Internet : www.merip.org. Washington DC, États-Unis

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20 novembre 2020 5 20 /11 /novembre /2020 09:46

   La revue MEED, en langue anglaise qualifiée souvent de remarquable, onéreuse aussi, de management est l'émanation de MEED Events et de MEED Projects, présente surtout sur Internet mais disponible aussi par abonnement, offre depuis 1957 des analyses économiques et financières, surtout sur les initiatives de développement des pays arabes du Moyen-Orient.

Livrant une information pointue depuis 1957, d'abord à destination des "décideurs" économiques du monde entier, elle se veut un organe guidant les pouvoirs économiques et politiques sur les investissements dans le secteur pétrolier, des transports, de l'énergie et de l'eau et financier de ces pays. Indépendant, précis et relativement objectif sur ces projets économiques et financiers, elle est également un outil précieux, consulté régulièrement par tous les spécialistes de cette région. Sa parution, irrégulière, est cadencée uniquement par les événements, à l'occasion d'ailleurs desquelles, elle organise des conférences.

Bien que peu connue du grand public, son comité de rédaction étoffé, emmené par Richard THOMPSON, de sa base à Dubaï, possède sans doute le réseau le plus dense d'informateurs sur ce qui se passe à la tête des différents groupes d'intérêt économique du Moyen-Orient. Discret aussi sur ce qui relève de la défense et des armements, MEED s'en tient à une stricte délimitation de ses domaines d'information. Ses pages renseignent sur l'évolution des pays de la région, avec notamment nombre de numéros spéciaux - encore plus onéreux - Par exemple, le numéro spécial de juin 2020 est consacré à l'Arabie Saoudite, et s'intéresse aux conséquences de l'épidémie du Covid-19 sur l'économie du royaume et sur le financement des grands projets d'infrastructures.

 

MEED, Site Internet : www.meed.com

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17 novembre 2020 2 17 /11 /novembre /2020 10:19

   Dans ma vie de militant non-violent et mes approches du marxisme, me trouvant par un heureux hasard dans un mouvement non-violent qui avait à la fois une approche des conflits économiques d'inspiration marxiste et une attitude réaliste (s'éloignant de préoccupations philosophico-morales dans le même mouvement de la pensée) sur l'efficacité de la non-violence, j'ai toujours trouvé navrante cette opposition des militants marxistes révolutionnaires et des non-violents. Ceci pour plusieurs raisons :

- La non-violence (politique) et le marxisme (non dogmatique) ont en commun une approche du conflit s'opposant frontalement à des perceptions les niant, comme le font toutes ces idéologies consensuelles prenant leurs désirs pour des réalités, qui s'expriment de manière de plus en plus tapageuses au fur et à mesure que s'aggravent les inégalités économiques, les désastres écologiques et les dissociations sociales.

- Si les traditions (prises très globalement) non-violentes et marxistes divergent en pensée et en action, cela tient d'une part à la position anti-religieuse, mâtinée d'un athéisme militant, de la tradition marxiste (par rapport à des courants principalement religieux) et par la volonté d'exprimer par la violence les rapports de classes sociales, dans l'estimation que rien de révolutionnaire ne peut avoir lieu sans la violence de celle-ci (par rapport à des courants qui placent précisément la violence au coeur de leur réflexion, dans ses conséquences comme dans son expression).

- Pourtant, ces traditions se sont trouvées souvent au carrefour des problématiques de la violence, mais sous des angles différents et suivant des motifs qui ne se rejoignent pas théoriquement, même si dans la pratique, à de nombreuses reprises, marxistes et non-violents se sont retrouvés côte à côte dans de nombreux conflits. D'une part, toute l'expérience "révolutionnaire" dans les courants marxistes est marquée par une opposition nette entre un anarchisme violent et un marxisme plus préoccupé par les conséquences directes de l'usage de la violence par les masses ou leurs représentants, qui à la lumière de nombreux faits politiques, économiques et sociaux : à la destruction des machines et aux prises d'otages des dirigeants capitalistes, les courants marxistes préfèrent les actions collectives, la grève et les manifestations de masse ; à l'insurrection violente dans la rue, ils préfèrent l'organisation, parfois ici et maintenant, de la vie collective, et là l'expérience de la Commune agit comme un marqueur important... D'autre part, maints courants non-violents axent leur réflexion et leur action non seulement sur la violence physique (qu'elle soit politique ou interpersonnelle), et aussi et surtout sur les violences structurelles de toute sorte, qu'elles soient culturelles, politiques, économiques ou sociales. Mais, tendanciellement, des courants marxistes songent plutôt aux rapports de forces globaux immédiats en faisant l'économie d'une véritable réflexion sur la violence, refusant de faire d'elle un critère majeur de leur action, et tendanciellement, des courants non-violents se laissent guider surtout par une expérience personnelle de la violence et par des préoccupations d'ordre moral et spirituel, la majorité d'entre eux s'ancrant délibérément dans une conviction religieuse et notamment aux États-Unis, dans un mode de vie communautaire.

- Cependant également, dans nombre de conflits, des organisations non-violentes ont souvent pris faits et causes pour la lutte syndicale et le combat pour les libertés et fraternités. Des organisations marxistes - hormis celles qui se trouvaient dans le giron d'États ou de gouvernements soit-disant prolétariens - n'ont pas hésité à s'associer à nombre d'actions de désobéissance civile menées par des mouvements non-violents. Au fur et à mesure des progrès de l'irréligion et de la laïcité, le "marqueur" religieux perd de son importance dans l'association entre non-violents et marxistes dans de plus en plus de domaines.

- Sur un plan plus théorique, l'idéologie marxiste et la démarche non-violente s'inscrivent dans une démarche anti-système claire. Depuis les origines, les organisations non-violentes s'inscrivent contre un monde de violences et d'intolérances, contre la guerre de manière générale et contre les injustices. Cette démarche se veut plus ou moins intégrée dans un combat systématique, jusqu'à, dans ses tendances les plus radicales, se retirer du monde dans une non-coopération globale. Depuis les origines également, la politique marxiste veut combattre le système capitaliste qui ravage absolument tous les domaines de la vie, y compris la nature. Il s'agit dans ces deux cas de transformer radicalement le monde, même si les voies pour y parvenir comme les ultimes objectifs à atteindre ne sont pas toujours les mêmes. A l'heure des changements climatiques et des crises les plus importantes du système capitaliste, le champ des convergences entre marxistes (surtout ceux qui ont renoncé au productivisme) et non-violents (surtout ceux qui s'écartent d'une logique séparatiste) n'a jamais été aussi grand.

- Le rapprochement entre marxisme et non-violence est d'autant plus fructueux qu'il s'appuie sur une analyse à la fois de l'expérience de "socialisme", des révolutions violentes qui ont abouti aux différentes expériences "communistes" qui montrent en tout cas qu'imposer un système "de bonheur" à des populations rend intrinsèquement mauvais ce système, et sur une analyse critique des différentes résistances non-violentes et mouvements d'indépendance ou de libération reposant sur la désobéissance civile. Allier démocratie et justice des moyens utilisés et efficacité de ceux-ci constitue un impératif pour une révolution débouchant sur un système durable.

Par ailleurs, une étude théorique tels que ceux de Théorie de la violence par ENGELS (voir article dans ce blog) montre que du côté du marxisme, les visions du rôle de la violence sont bien plus nuancées que veut bien le dire une certaine vulgate marxiste (plus révolutionnaire et plus violent que moi, tu meurs!). De même, les critiques du communautarisme, d'un certain système social autoritaire dans certaines communautés non-violentes, débouchent sur un refus du repli sur un espace "protégé" de la violence (repli de moins en moins possible d'ailleurs...) et, in fine, après bien des circonvolutions, sur des conceptions bien plus démocratiques et plus pragmatiques dans l'adoption des méthodes de lutte non-violentes à bien des situations.

 

 

PAXUS

 

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17 novembre 2020 2 17 /11 /novembre /2020 09:48

   Peu de documentaires et encore moins de films de diction sont consacrés aux enjeux, aux buts, aux événements, aux causes et aux conséquences économiques de la première guerre mondiale. Citons simplement le documentaire français Du coffre-fort à la dette, de Marie Laurence DELAUNAY, survol instructif de la situation économique et financière de l'Europe autour de la Grande Guerre. D'une position financière internationale de premier plan avant la guerre, la France passe, avec le reste de l'Europe d'ailleurs, à une situation d'endettée et de ruinée. Le traité de Versailles ressemble à cet égard à un sauve-qui-peut financier, tentant de faire de l'Allemagne la payeuse alors qu'elle est bien plus meurtrie que ses voisines sur le plan financier... On complètera utilement ce survol par la lecture attentive de livre-somme de Georges-Henri SOUTOU, plus consacré aux buts de guerre économique de la Première Guerre mondiale, décrivant précisément les grandes manoeuvres d'une guerre qui fut aussi une guerre économique, entre lutte industrielle, blocus et diverses manipulations commerciales, où les complexes militaro-industriels européens ne jouent pas le seul grand rôle. Changeants, différents suivant les pays, ces buts de guerre  ne sont pas seulement de contrôler ressources et matières premières. Il y a derrière, et le traité de Versailles en est l'expression pour les pays victorieux, des projets économiques divergents en Europe, entre libéralisme et étatisme. Les milieux économiques ont une influence au moins aussi grande sur le déroulement des événements que les mouvements des armées.

 

Du coffre-fort à la dette :

 

L'or et le sang :

 

FILMUS

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16 novembre 2020 1 16 /11 /novembre /2020 10:03

   Cette histoire des pollutions à l'âge industriel, utile synthèse de nombreuses études à ce sujet, montre les effets des activités humaines sur l'environnement, pollutions globales à l'échelle de la planète qui constituent, comme l'écrivent fort justement le maître de conférences en histoire contemporaine à l'université de Bourgogne François JARRIGE et le chargé de recherches au CNRS (CRH-EHESS) Thomas LE ROUX. une contamination globale. Au gré de nombreux chapitres éclairants, ils démontrent que ces pollutions, longtemps considérées comme des enjeux secondaires, déterminent le destin de notre planètes et de nos vie et survie. Tous les spécialistes, en dépit des rugissements des complotistes et des négationnistes de tous bords, s'accordent pour considérer que les pollutions sont demeurées relativement limitées dans leur nature et leur étendue jusqu'à l'avènement de la civilisation industrielle, "dont l'essor transforme les données du problème, et depuis l'ampleur des pollutions ne cesse de s'étendre et d'évoluer selon des cheminements complexes, jusqu'à saturer le monde contemporain et des imaginaires".

   Depuis quelques décennies, l'histoire environnementale s'est beaucoup développée, aux États-Unis d'abord, puis peu à peu à l'échelle mondiale, contribuant à donner une visibilité nouvelle au phénomène des pollutions. Les auteurs ont choisi d'arrêter l'essentiel de leur étude historique au débit des années 1970, car avec la mondialisation et le développement de l'écologie politique, la mutation du système monétaire, la fin des guerres coloniales, le retour de la pénalité environnementale, l'émergence de la "société du risque", et, surtout, la redistribution géographique et néolibérale du système productif, s'ouvrent des configurations inédites qu'une analyse historique peine à mesurer pour l'instant. Ce qui ne les empêchent pas en fin d'ouvrage d'esquisser des pistes d'analyse. La chronologie retenue, des premiers pas de l'industrialisation jusqu'à ces années-là, implique une réflexion sur les temporalités et les discontinuités de l'écriture de l'histoire, d'autant que ces pollutions ont un développement discontinus et ignorent les frontières nationales.

Les deux auteurs écrivent à la fin de leur Introduction : "A l'âge de l'anthropocène, ou plutôt du "capitalocène" qui bouleverse peu à peu tous les grands grands équilibres physiques du globe, les pollutions industrielles touchent désormais toutes les parties du monde (référence au livre de Christophe BONNEUIL et Jean-Baptiste FRESSOZ, L'évènement anthropocène, l'histoire et nous, Seuil, 2013). Plus qu'un effet indirect regrettable de certaines formes de production et de consommation, elles sont devenue un élément décisif du fonctionnement du système-monde capitaliste. Suivre les pollutions dans leur cheminement historique, c'est aussi penser les conflits et l'organisation des pouvoirs à l'âge industriel, les rapports de force sociaux, tout en reconstituant les dynamiques qui ont modelé la modernité. D'abord de faible ampleur, très dispersées et localisées, les pollutions s'intensifient avec l'accroissement des productions et la libéralisation des environnements à la fin du XVIIIe siècle. Après 1830, l'industrie s'impose de plus en plus comme la condition du progrès, nouveau fétiche qui contribue à naturaliser les nuisances industrielles comme un phénomène bénéfique et inévitable, en dépit de plaintes et de protestations récurrentes. Le XXe siècle qui s'ouvre avec l'expérience des guerres totales inaugure une période de démesure particulièrement polluante. Il accroît et redistribue les contaminations selon des logiques toujours à l'oeuvre aujourd'hui. L'hypothèse du "paradis des pollueurs" suggère ainsi qu'à l'ère de la globalisation marchande des productions les plus polluantes tendent à quitter les pays à forte réglementation environnementale pour les pays pauvres ou aux politiques plus laxistes en matière de contrôle. L'enjeu de cet essai de synthèse est d'examiner s'il existe des régimes sociaux de pollution industrielle, d'en comprendre les ressorts politiques, les dynamiques économiques et sociales, de dégager des invariants tout en les remettant en contexte afin de caractériser au mieux les principaux points d'inflexion et de rupture. Il ne s'agit pas seulement d'offrir une synthèse sur l'état écologique de la planète dans son développement historique, mais de proposer une interprétations politique du devenir du monde industriel à travers l'étude des émanations et résidus qui l'encombrent toujours plus."

  Nous aurons l'occasion de nous référer à cette étude d'ensemble dans l'examen de différents conflits impliquant de plus en plus l'environnement, à l'heure du changement climatique actuel. 2020 est l'année la plus chaude sur notre planète depuis que les relevés systématiques des températures existent (1880 environ), et c'est aussi sans doute l'année la plus polluée. Ce livre nous permet de faire un point historique bénéfique, en attendant un autre sur l'ensemble des méfaits environnementaux depuis la fin des années 1970...

 

François JARRIGE et Thomas LE ROUX, La contamination du monde, Une histoire des pollutions à l'âge industriel, Éditions du Seuil, 2017.

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13 novembre 2020 5 13 /11 /novembre /2020 12:06

    La revue francophone Annales de Démographie Historique, fondée en 1964 par la Société de Démographie Historique (SDH), est la seule en français dans ce domaine, les histoires de la population et de la famille telles qu'elles se présentent aujourd'hui. Avec des travaux soucieux de leurs méthodes et de leurs catégories d'analyse, des approches largement ouvertes sur l'histoire sociale et l'histoire de la santé, ces Annales sont attentives aux apports de l'anthropologie comme de l'économie.

    Avec deux numéros (copieux) par an, la revue s'attache à chaque fois à une thématique précise, avec des varias et des recensions de bibliographie internationale. Les Annales sont publiées avec le soutien de l'INSH, aux éditions Belin. Dans son numéro 138 d'hiver 2020 (juin 2020), la revue aborde la question de la fécondité en milieu populaire : les exemples belges et français montrent que, si le fort déclin au XIXe siècle a d'abord touché les femmes les plus instruites, il a également affecté tous les groupes sociaux.

  La démographie historique est une discipline avant tout historique et fondée par des historiens français. Si la démographie appartient à la géographie, ce sont les historiens Pierre GOUBERT, Jacques DUPÂQUIER, Pierre CHAUNU, Philippe ARIÈS et Hervé LE BRAS, entre autres, qui ont fondé cette discipline.

Qui ont révolutionné la démographie du passé et dont les travaux inspirent encore les méthodes des historiens et même géographes actuels. Ils permettent de comprendre notamment l'impact des conflits et de l'enrôlement militaire sur la population d'un village, d'une région ou d'un pays. Plus généralement, il s'agit de cerner les facteurs multiples de la fécondité, d'où le caractère multidisciplinaires de ces travaux... 

    Sont à la tête de la SDH actuellement Vyril GRANGE (président), Vincent GOURDON (vice-président) et Isabelle ROBIN et Julie DOYON (secrétaires généraux). La SDH est également à l'origine de nombreuses publications dans sa discipline.

 

Annales de Démographie Historique, www.societededemographiehistorique.fr

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13 novembre 2020 5 13 /11 /novembre /2020 10:44

    Dès ce qu'on considère généralement comme le point de départ de la philosophie occidentale (surtout par défaut de textes disponibles...), les textes sur les dire et la vie de SOCRATE (longue vie qui va jusqu'à 70 ans, celle d'un très vieux vieillard pour l'époque...) - lequel n'a laissé aucun écrit -, se pose la question de l'objection de conscience et de la désobéissance civile.

ARISTOPHANE dans une comédie, XÉNOPHON, PLATON (deux de ses disciples) et ARISTOTE, dans leurs réflexions philosophiques et politiques, exposent une figure (contradictoire) du philosophe grec du Ve siècle avant JC., qui fait l'objet d'innombrables écrits par la suite. Polémiques si fortes que, dans la littérature occidentale, on voit apparaitre successivement un SOCRATE de HEGEL, UN SOCRATE de KIERKEGAARD, un SOCRATE de NIETZSCHE, un SOCRATE de LACAN, sans compter et pour se limiter à la période moderne, les multiples variations d'autres auteurs.... La recherche sur les textes n'est pas terminée, et ne risque pas de l'être en l'absence de découvertes de textes de SOCRATE, et récemment Gregory VLASTOS distingue nettement deux SOCRATE, et en partant de l'analyse uniquement des Dialogues de PLATON, en tentant de corroborer cette vision à l'aide d'autres textes d'autres auteurs.

 

Deux SOCRATE "principalement"....

   Dans les quelques 24 dialogues de PLATON, Gregory VLASTROS décèle deux discours différends portés par le "même : toujours laid, impudent, amusant, exaspérant, interminablement bavard, le même intellectuel infatigable qui domine ses interlocuteurs par la force de sa personnalité et par son énergie spirituelle". S1 et S2, comme il les nomme, proposent deux champs de réflexion philosophique : S1 s'exprime uniquement sur la philosophie morale, S2 a des opinions sur de nombreux sujets, ontologiste, métaphysicien, épistémologiste, philosophe de la science, du langage, de la religion et de l'art, philosophe politique. "Dans toute l'histoire de la pensée occidentale, écrit notre auteur, aucun philosophe n'a eu un champ plus large que S2, aucun n'a eu un champ de réflexion plus étroit que S1". Il regroupe les dialogues suivant les tendances S1 et S2 suivant le champ de leur réflexion philosophique, leurs centres d'intérêts scientifiques, l'expression de la théorie métaphysique de l'âme, celle de la théorie métaphysique de la Forme, la dimension religieuse, la théorie politique, la psychologie morale, la connaissance morale, la méthode d'investigation philosophique. On peut aboutir à la conclusion  que les dialogues de PLATON témoignent de l'évolution intellectuelle de PLATON et non de celle de SOCRATE. L'étude historico-philosophique de PLATON de notre auteur l'amène à voir une évolution brutale de ses réflexions, notamment au contact des philosophes pythagoriciens de l'Italie du Sud.

   La possibilité d'existence de ces deux SOCRATE "intellectuels" se renforce à la lecture de certains textes d'ARISTOTE, notamment dans la Métaphysique. En lisant le texte du livre V de La République, on en est encore plus convaincu. Mais si ARISTOTE répond plus à PLATON qu'à SOCRATE sur un certain nombre de sujets, si S1 et S2 correspondent tous deux à des étapes différentes du raisonnement de PLATON lorsqu'il parle de SOCRATE, toute l'exégèse et l'analyse de Gregory VLASTOS ne nous convainquent que d'une seule chose : la pensée grecque ancienne gagne considérablement d'unité, car les maitres et disciples, même s'il mettent des noms d'autorité sur certaines idées pour mieux se faire entendre, et parfois en y mettant des contradictions, poursuivent le même objectif de rationalisation, le même qui éclate aux trois chefs d'accusation mêmes pesant sur SOCRATE et conduisant à son suicide.

"Ne pas croire aux dieux de la Cité", "introduire des divinités nouvelles", "corrompre la jeunesse"... Même si SOCRATE se défend, même si XÉNOPHON, PLATON et ARISTOTE détruisent plus ou moins bien la véracité de ces chefs d'accusation, la manière dont ils le font conduit tout droit à des contestations très fortes des principes des accusateurs : la croyance au dieu de la Cité, la main-mise sur la jeunesse du pouvoir. Si le jury le condamne, c'est bien qu'effectivement SOCRATE introduit un doute sur les dieux, c'est qu'effectivement il conteste l'éducation du moment de la jeunesse. C'est qu'effectivement il résiste, il alimente la contestation, il promeut une insurrection, il justifie une désobéissance civile... Contre XÉNOPHON, par ailleurs, qui met en avant la piété de SOCRATE pour le défendre, PLATON et ARISTOTE place au premier plan son activité philosophique, celle-là même qui justifie une opposition au pouvoir, dans ce mouvement d'ensemble, assez ancien finalement par rapport à l'instant d'exercice de ces maitres et disciple, de la société grecque - athénienne surtout - qui conteste tout argument d'autorité, toute divinité et met en avant le raisonnement, la rationalité. Et s'il est condamné, malgré sa notoriété, c'est que sa pensée représente un véritable danger pour le pouvoir.

 

L'importance de la figure de SOCRATE dans la littérature philosophique européenne...

   Rappelons simplement ici que Apologie de Socrate, de PLATON, rapporte les plaidoyers de Socrate lors de son procès en 399 av. JC. à Athènes qui débouche sur sa condamnation à mort, et qu'il y eut vingt jours d'intervalle entre sa condamnation et sa mort, pendant lesquels il resta enchaîné dans sa prison. Criton, du même philosophe, décrit une conversation entre Socrate et son ami Criton au sujet de la justice, de l'injustice, et de la manière la plus appropriée de faire face à l'injustice. Socrate décline l'offre d'aide de Criton pour s'évader  de prison. Les protagonistes s'interrogent sur la valeurs à accorder à l'opinion publique ainsi que sur le devoir d'obéissance aux lois de la cité. Certains auteurs y voient la présentation d'une forme primitive de théorie du contrat social. XÉNOPHON, se son côté, dans sa propre Apologie de Socrate (les Apologies sont alors une traditionnelle forme littéraire de défense d'une personne ou d'un personnage...), décrit également le procès de SOCRATE, en prenant sa défense sous une forme différente et en émettant d'autres détails.

Ce procès dû certainement être relater ailleurs et longtemps, et, dans le christianisme des Grecs, il constitue une référence. Certains auteurs (comme JUSTIN DE NAPLOUSE, ORIGÈNE, CLÉMENT D'ALEXANDRIE...) font même de SOCRATE un précurseur de JÉSUS. Mais cette présentation est abandonnée à partir du IIIe siècle quand le caractère divin de JÉSUS est affirmé par les autorités religieuses (TERTULLIEN oppose les martyrs chrétiens à SOCRATE...). A partir des Temps Modernes, la figure de SOCRATE est de nouveau mise en parallèle avec celle de JÉSUS (chez le père FESTUGIÈRE en 1934, chez HEGEL, KIERKEGAARD, MARX ou NIETSZCHE...)

 

L'Apologie de Socrate, le Criton, textes clés pour les mouvements de désobéissance civile...

   Dans les années 1960 et 1970, alors que les États-Unis sont secoués par les mouvements de désobéissance civile, l'Apologie de Socrate et le Criton de PLATON connaissent un impressionnant regain d'intérêt, comme l'explique Hourya BENTOUHAMI-MOLINO. "Il s'agissait de déterminer dans quelle mesure il était possible de s'opposer à des lois qu'on avait auparavant reconnues ou dont on avait suivi les commandements : la fidélité à ses principes pouvait-elle être compatible avec la loyauté vis-à-vis de l'État? Et surtout : existe-t-il une loyauté spécifique vis-à-vis de l'État? La question était celle de l'antériorité logique de l'obéissance et du principe de non-contradiction appliquée au politique : comment des citoyens qui avaient reconnu  - consenti à - la loi pouvaient-ils se mettre à se dédire en considérant désormais que ces lois étaient injustes? Enfin, la question - commune sur ce point avec Antigone (voir article précédent) était celle de la définition de la communauté politique : l'amitié pouvait-elle en venir à être le modèle de l'organisation politique? Par son acceptation dans le Criton de la condamnation de la cour athénienne qui l'astreint à boire la cigüe après avoir retenu les deux principaux chefs d'accusation contre lui (le déshonneur des dieux - dû à la recherche des principes premiers des phénomènes naturels, en interrogeant l'essence des choses - et la perversion de la jeunesse - imputée à l'injonction socratique formulée auprès de chacun à s'exercer à sa propre vertu), Socrate semblait valider sa vie et sa pensée par le courage de sa mort. Ainsi, en se référant à ce texte, les interprètes de la désobéissance civile soulignent le courage, l'héroïsme propre au refus de parler la même langue que le pouvoir. Dans ce cas-là il ne s'agissait pas simplement d'une préférence, "je préfère mourir que renoncer à philosopher", mais d'une valeur universelle, "mieux vaut mourir que renoncer à philosopher". Déjà dans l'Apologie, Socrate rejette d'avance toute proposition d'acquittement conditionné par son arrêt de la philosophie. (...) La position de Socrate est donc celle d'un homme prêt à défier les lois pour ce qu'il considère être juste."

"Pourtant, constate notre auteur qui s'en étonne, les critiques de la désobéissance civile ont beaucoup plus mis l'accent sur le Criton, étroitement lié à l'Apologie par le temps et le thème déployés, mais dans lequel Socrate parle avec une toute autre voix. Dans l'Apologie, Socrate est polémique et rebelle. Dans le Criton, il serait révérencieux et soumis au contraire, se référant à lui-même comme à un enfant et à un esclave des lois, voulant souffrir l'injustice s'il est incapable de persuader les institutions de l'erreur de leur jugement et de leur décision." "Il est étrange que les théoriciens de la désobéissance civile aient mis l'accent sur ce texte présentant un Socrate qui se sacrifie et reconnaît la justice globale des lois (dans le Criton) plutôt qu'un Socrate résistant dans l'Apologie."

En fait, la bataille qui a été conduite dans les années 1970 aux États-Unis concernant l'interprétation de la combinaison logique des deux textes en fonction de l'actualité de la pratique de la désobéissance civile a été menée selon une ligne de front bien précise : alors que la démonstration visant à montrer la cohérence entre les deux textes était motivée par l'idée que l'attitude socratique vis-à-vis des lois relève bien d'un modèle de désobéissance civile, la démonstration de l'incohérence ou de l'incomplétude des deux textes cherchait au contraire à disqualifier ce rapprochement, considéré comme anachronique et donc épistémologiquement douteux (l'approche de Peter EUBEN). Il s'agit pour ce dernier de monter que le conflit réellement central  pour SOCRATE est le conflit dramatique entre philosophie et politique.

En fait, pour notre auteur, il n'y a pas incohérence entre les deux textes, et l'on peut mettre en retour, le caractère rationnel de la désobéissance civile entendue doublement comme transgression des lois pour des raisons politiques d'une part, et acceptation du châtiment, d'autre part. En fait, le dilemme socratique, celui de l'obligation politique incarné par la tension entre les deux attitudes socratiques "est celui que devrait affronter toute personne impliquée dans une action de désobéissance civile : dans un premier temps défendre jusqu'au bout non seulement ses principes, mais aussi ce qui fait corps avec une certaine autodéfinition de ce qu'est une vie vivable et aller jusqu'à la désobéissance frontale aux lois considérées comme injustes, et dans un second temps, accepter le châtiment pour prouver l'authenticité de ses convictions." 

La soumission finale de SOCRATE au jugement des lois relève non pas d'un démenti de ses propres principes mais au contraire d'une persistance dans ce qu'il croit juste. En acceptant de mourir, il démontre aux yeux de tous l'impossibilité d'accepter une injustice, affichant en quelque sorte une figure de martyr. Tout le procès de SOCRATE est l'occasion de réfléchir sur ce qu'est l'attachement à la Cité, et la remise en contexte historique - un moment dramatique où Athènes perd son empire et où les autorité se réfugient dans un ancrage dans une tradition et des valeurs traditionnelles tournant le dos à un certain progrès moral et sans doute social. C'est que ce n'est pas SOCRATE qui change, mais l'ensemble de la polis. Outre le fait que le philosophe n'adhère pas à une conception du devoir d'obéissance fondée sur la résidence et la gratitude, le conflit tant décrit entre la philosophie et la politique, comme si c'était des concepts abstraits qui se combattraient, n'est souvent que camouflage des enjeux réels, la définition du citoyen et de la citoyenneté, au moment d'un certain retrait de la Cité sur elle-même.

SOCRATE, comme le signale ARENDT ne veut pas combattre l'injustice par une autre injustice (celle de fuir, de s'évader) et qu'il vaut mieux souffrir une injustice que d'en commettre une, mais l'interprétation qu'en fait la philosophe moderne va peut-être un peu plus loin que la pensée du philosophe antique, qui s'en tient à une défense du droit à philosopher, à critiquer, à questionner, même à un moment où la politique du pouvoir est de se soumettre et de se rassembler sur ce qu'il dit essentiel, comme d'habitude, afin de sauvegarder une identité de la Cité que l'on dit, comme pour justifier des positions, avoir été corrompue par des entreprises aventureuses (comme celle de construire un empire maritime) en s'éloignant des conception traditionnelles. Et au nombre de ces corruptions figurent, bien entendu, à l'instar des accusations lors du procès de SOCRATE, celle de ne plus honorer les dieux et de détourner la jeunesse de ses devoirs...

 

Hourya BENTOUHAMI-MOLINO, Le dépôt des armes, Non-violence et désobéissance civile, PUF, 2013. Gregory VLASTOS, dans Philosophie grecque, Socrate, Sous la direction de Monique CANTO-SPERBER, PUF, 1997.

 

PAXUS

 

 

 

 

 

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11 novembre 2020 3 11 /11 /novembre /2020 16:00

   Population & Sociétés, publication mensuelle grand public de l'Institut national d'études démographiques, mis en place en 1968 par Jean BOURGEOIS-PICHAT, successeur d'Alfred SAUVY à la tête de l'INED, se présente comme un bulletin de 4 pages. Dirigé successivement par Pierre LONGONE (1968-1977), Michel-Louis LÉVY (1977-2000) et actuellement par Gilles PISON, ce bulletin constitue pratiquement une référence  très connue en matière de démographie.

    Dans ce bulletin, portant à chaque mois sur une thématique particulière, on ne trouve pas seulement des statistiques sur l'évolution des populations, mais également des études historiques, comme pour le numéro 11 de 2020, portant n°583, "Quand le recensement comptait les Français musulmans", article d'Angéline ESTAFRÉ-DUBLET, Lionel KESZTENBAUM et de Patrick SIMON, et des études d'actualité "Comment voisine-t-on dans la France confinée?" (2020/6).  Disponible sur papier et sous forme électronique, Population & Sociétés est supervisé par une petite équipe de 7 personnes (surtout de l'INED), dont Anne GOUJON (Institut de démographie de Vienne), Bruno MASQUELIER (Université catholique de Louvain) et Clémentine ROSSIER (Université de Genève).

   Rappelons que l'INED, créé en 1945 à l'initiative du pédiatre Robert DEBRÉ (1882-1978); dans la foulée de la mise en application de dispositions préconisées par le Comité français de la libération nationale d'Alger, qui récupère les locaux de la Fondation française pour l'étude des problèmes humains du controversé Alexis CARREL, est chargé d'étudier les problèmes démographiques sous tous les aspects. Ses missions sont redéfinies en 1986, tout en changeant de nom en Établissement Public à caractère scientifique et technologique (EPST), doté alors d'un statut analogue à celui du CNRS : disparition de l'objectif nataliste de 1945 et mise au premier plan du développement et de la diffusion des connaissances démographiques au profit du progrès économique et social en général. L'INED emploie en 2020 environ 200 personnes, dont 60 chercheurs titulaires dans 10 unités de recherche, une trentaine de projets, une bibliothèque... en coopération avec trois autres instituts de recherche en démographie en Europe (Pays-Bas, Allemagne, Autriche). Depuis 2000, l'INED abrite le siège mondial de l'Union internationale pour l'étude scientifique de la population. Ses enquêtes régulières assoient sa réputation scientifique et elle publie, outre Populations & Sociétés, Population, trimestriel, Les Cahiers de l'Ined, collection d'ouvrages, Les Classiques de l'économie et de la population, édition critique d'ouvrages anciens. L'INED publie également des manuels, en particulier un grand traité de démographie en 8 volumes, Démographie : analyse et synthèse, rédigé par une centaines d'auteurs, sous la direction de Graziella CASELLI, Jacques VALLIN et Guillaume WUNSCH (2001-2006)

 

Population & Sociétés, INED, www.ined.fr

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11 novembre 2020 3 11 /11 /novembre /2020 10:02

   A la suite de la guerre de mouvement des armées allemande et alliées, elles s'enterrent face à face dans des tranchées sans parvenir à des conquêtes ou reconquêtes décisives de terrain. Bloquées, elles tentent ds "sorties" très coûteuses en hommes, dans des souffrances sans noms qui font revenir tous les soldats de leur enthousiasme du début de la guerre. Ferveurs patriotiques et bravoures guerrières sont remplacées par toute une gamme de sentiments négatifs par rapport à la guerre, par rapport à l'arrière, par rapport aux commandants qui aboutit plus tard à des mutineries. Le même phénomène se produit à l'Est entre Allemands et Russes, au Sud entre Italiens, Serbes et Austro-hongrois, et au Sud-Est, au Moyen-Orient entre Alliés et Turcs... Si à l'Ouest, c'est sur quelques 600 kilomètres que ces tranchées s'étendent, à l'Est, c'est presque sur 1 700 kilomètres... Une véritable vie et mort des tranchées s'installe et le poilu devient la figure emblématique de la première guerre mondiale...

  Très tôt après la guerre et pendant la guerre elle-même, films et documentaires rapportent, racontent cette vie et cette mort.

 

Côté films

- A l'Ouest, rien de nouveau (Lewis MILESTONE, 1930), ce film américain raconte l'histoire de Paul BAÜMER et de ses amis de classe d'un lycée qui décident de s'enrôler volontairement pour répondre aux harangues de leur professeur qui les exhorte à défendre la patrie et à se couvrir de gloire. Les uns enthousiastes, les autres ne voulant pas se singulariser. Bien vite, les adolescents découvrent qu'il n'y a pas que des bons côtés à la guerre : discipline absurde, désorganisation du front, sous-alimentation, attente insupportable sous les bombardements meurtriers et pertes énormes lors des assauts. les médecins manquent et les blessés, s'ajoutant aux morts, finissent par mourir. Au retour de Paul, après trois années au front, le professeur qui a convaincu ces jeunes à partir pour la guerre est en train d'en motiver d'autres. Paul lui déclare qu'il n'y a pas de bons côtés à la guerre et dit aux jeunes présents de ne pas écouter le professeur. Puis il retourne au front, devenu sa seule raison d'être. Le film, de 152 minutes dans sa version originale, de 133 minutes dans sa version restaurée est souvent présenté en DVD dans une version courte de 99 minutes. Il a été interdit seulement une semaine après sa sortie, en décembre 1930 en Allemagne, sous pression des Nazis.

- A l'Ouest, rien de nouveau (Delbert MANN, 1979), deuxième adaptation du roman éponyme de Erich Maria REMARQUE.

- Au service de la gloire (Raouk WALSH, 1926), film américain muet qui raconte les parcours de deux militaires américains envoyés en France et combattant dans les tranchées, qui tombent amoureux de la même jeune femme. 116 minutes

- Charlot soldat (Charles CHAPLIN, 1918), film muet en noir et blanc de 46 minutes, comédie burlesque qui caricature dans sa première partie la vie des tranchées. Le ton comique de ce film, où Charlot dans sa deuxième partie capture le Kaiser, n'est plus réellement bienvenu de nos jours, vu les réalités sinistres de la vie du soldat...

- La dernière tranchée (Adrian POWERS et John Earl, 2013), film australien de 95 minutes, raconte l'histoire en 1916, de la vie de soldats dans une tranchée britannique dans l'Est de la France. L'ordre est donné de traverser le no man's land, pour prendre la tranche allemande. Les soldats sont abondamment mitraillés dès qu'ils sortent de la tranchée. Aucun soldat n'atteint la tranchée adverse. Seuls trois soldats ont survécus à l'assaut. L'un d'eux est gravement blessé et ne peut plus marcher. Ils se cachent dans les cratères boueux du no man's land. Ils doivent arriver à se replier vers leur tranchée, car l'artillerie britannique va bientôt pilonner la zone. De la tranchée allemande, un tireur d'élite les repère et leur tire dessus.

- La peur (Damien ODOUL, 2015), film franco-canadien réalisé à partir du roman homonyme de Gabriel CHEVALLIER (1930), raconte l'histoire de Gabriel, jeune conscrit qui rejoint le front en 1914. Il vit l'enfer des tranchées et connait la peur qui ravage tous les soldats. Sorti vivant de cette terrible expérience, pleine de fureur et de sang, il découvre sa propre humanité. D'une durée de 93 minutes, le film, a été tourné en français et en occitan, la langue maternelle des soldats originaire du tiers sud de la France.

- La tranchée, film franco-britannique de 1999 réalisé par William BOYD, brosse un portrait de la vie des soldats anglais dans les tranchées de la Première guerre mondiale. Il peint la gestion de l'ennui, la peur, la panique et l'agitation. Le personnage principal et son frère se sont portés volontaires.

- La tranchée des espoirs, téléfilm français de Jean-Louis LORENZO, de novembre 2003, conte l'expérience des soldats français et allemands, qui, n'ayant plus de contact avec leurs état-majors respectifs, fraternisent au front. D'une durée de 110 minutes, ce téléfilm est considéré comme une suite TV de L'Orange de Noël de 1996 du même réalisateur.

- Les croix de bois, film français de 110 minutes de Raymond BERNARD, sorti en 1932, est une adaptation du roman du même nom de Roland DORGELÈS (paru en 1919). Inspiré de l'expérience vécue par son auteur durant la première guerre mondiale, le film comme le roman racontent le quotidien des soldats de l'armée française pendant cette guerre. Un étudiant en droit s'engage pour en découdre avec l'envahisseur allemand. La ligne de front paraît stagner en Champagne. Terré dans les tranchées, chaque camp attend l'ordre de passer à l'offensive... Par son sujet et son trairement, ce film se rapproche de La grande parade de King VIDOR ou de A l'Ouest, rien de nouveau. Charles VANEL, Raymond AIMOS, Jean GALLAND et Pierre BLANCHAR, acteurs dans ce film, ont réellement combattu durant la Grande Guerre, tout comme la majorité des acteurs et des figurants. Les décors sont des tranchées remises en état pour le tournage.

- Les hommes contre, film italo-yougoslave de Francesco ROSI, sorti en 1970, relate en 101 minutes un épisode du conflit italo-autrichien lors de la première guerre mondiale. Tiré du roman d'Emilio LUSSU, le film fut l'objet à sa sortie de polémiques et d'un procès (pour dénigrement de l'armée). Un jeune et idéaliste lieutenant parti la fleur au fusil, est mêlé aux carnages de la guerre de position. Toutes les tentatives de regagner une position se soldent par des échecs, y compris la dernière où l'appui d'artillerie enfin accordé par l'état-major massacre la vague d'assaut des fantassins... Soucieux du sort de ses hommes, l'officier s'élève contre les décisions de la hiérarchie militaire et est fusillé comme insoumis.

- Men of Honor ou Journey's end au Québec, film britannique de Saul DIBB de 2017, adaptation de la pièce de théâtre de Robert Cédric SHERRIF (1928), conte en 107 minutes l'aventure en mars 1918 d'un petit groupe de soldats dans les tranchées de l'Aisne. Un lieutenant de 18 ans rejoint ces hommes qui attendent la mort, dirigés par un ami d'enfance, perturbé par la guerre.

- Quatre de l'infanterie (Westfront 1918), film allemand de Georg Willhelm PABST (de 93 minutes), sorti en 1930 retrace la vie et la mort de quatre fantassins allemands sur le front français lors des derniers de la guerre, en 1918. Le film, à peine dialogué et aux bruits d'une grande intensité dramatique, possède un grand impact émotionnel. Il fut interdit par GOEBBELS, ministre de l'information, en 1933.

- L'enfer sous terre, film britannique de John WATTS, évoque une partie des événements de juillet 1916, où après la bataille de la Somme qui fit 20 000 morts côté britannique, l'état-major confie à une équipe de mineurs la mission de placer une bombe sous les tranchées allemandes. Le creusement du tunnel pour déposer la bombe y est décrit de façon très réaliste. D'une heure 36, le film de 2020 est l'un des derniers à raconter le vécu de la guerre des tranchées.

 

Côtés documentaires

  C'est à une foison de documentaires que l'on a affaire sur Internet, notamment à travers YouTube. Malheureusement peu élaborés, peu travaillés et il faut le dire paresseusement présenté, ces documentaires d'archives centrés sur les tranchées, souvent courts, n'apportent que peu d'informations sur les réalités de la guerre de position, même du point de vue des poilus. Il faut plutôt alors préférer des documentaires dans lesquelles figures ces informations spécifiques sur la vie et la mort des soldats, leurs conditions de vie, la justification des combats et leur réalité (un mélange d'incompétence et de mépris pour la vie des fantassins), l'expérimentation d'armes de toute sorte... documentaires généraux sur la première guerre mondiale.

 

 

Signalons tout de même ce documentaire en 4 parties, conçu exclusivement à partir d'archives de l'INA, de la radio blege ou des Laut Archiv de l'Université de Berlin. A travers les voix des protagonistes d'époque ou de témoignages recueillis dans les années 1950 et 1960. Réalisé pour France Culture, par Perrine KERVRAN, LSD, la série documentaire.

Signalons encore, ces trois DVD consacrés à la guerre des tranchées, dans le fil droit d'une évolution cinématographique depuis le début des années 2000 vers le vécu des combattants à rebours d'une tradition accordant toute son attention aux plans des états-majors. Présentés dans un coffret Grande guerre 14-18, non seulement ils racontent le vécu des poilus au plus près de témoignages et de lettres, mais ils font comprendre l'existence dès le début (noël 1914) de fraternisations entre Français et Allemands : face à face, hors de manoeuvres qui impliquent mouvements incessant plaçant les troupes ennemies dans un combat incessant et parfois distant, dans des positions figées à quelques mètres les uns des autres, les soldats oublient la propagande faisant des autres des brutes sauvages, et considèrent plutôt leur réelle situation : au front, contrairement à l'arrière et aux états-majors, avec des ouvriers, des paysans ou des intellectuels semblables à eux-mêmes....

 

FILMUS

Complété le 12 novembre 2020

 

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