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10 décembre 2020 4 10 /12 /décembre /2020 13:41

    Au moment où s'accentue un certain mouvement éditorial qui s'ajoute à une déjà littérature abondante sur le thème de la désobéissance civile, ce petit livre du maître de conférences à l'université d'Aston, au Royaume Uni, directeur de la revue Social Movement Studies et de la politiste, chargée de recherche au CNRS (UMR CRAPE, Science Po Rennes) et présidente de l'Institut des Amériques-Rennes, en France permet de faire le point sur cette modalité d'action, qui, à l'inverse de la lutte armée, s'inscrit dans la vie ordinaire des individus.

   Il s'agit pour les deux auteurs, après avoir rappelé dans leur Introduction l'action célèbre de Rosa PARKS et du boycott des bus à Montgomery au milieu des années 1950, contre la ségrégation aux États-Unis, moment fort qui marque un renouveau dans les mouvements des luttes populaires, d'évoquer les "thèmes" forts de la désobéissance civile : "la non-violence et la violence, la religion et la politique, la légalité et la légitimité, les différents instruments de désobéissance, l'enracinement culturel de ces pratiques et leur médiatisation, leur capacité à se diffuser d'un contexte à l'autre." "La désobéissance civile n'apparait jamais dans un vide social : elle s'inscrit toujours dans des espaces relationnels en constante évolution, où des acteurs politiques - mouvements sociaux, contre-mouvements, institutions politiques, forces de l'ordre - cherchent à créer des rapports de force et à exploiter les faiblesses de leurs adversaires. La désobéissance civile pose des questions cruciales, à la croisée de plusieurs disciplines, notamment du droit, de la théorie politique, de la philosophie politique et de la sociologie. Chacune la traite selon une perspective singulières." Graeme HAYES et Sylvie OLLITRAULT veulent l'aborder dans leur livre avec les outils de la sociologie politique, et tout particulièrement de la sociologie des mobilisations. "Il s'agit de comprendre la désobéissance civile en tant que comportement politique et de privilégier la comparaison, dans le temps et dans l'espace, des pratiques et des représentations politiques qui lui correspondent." Ils s'appuient en grande partie sur l'histoire des mobilisations aux États-Unis et en France. Ils s'efforcent "de répondre à un questionnement au coeur des sociétés contemporaines. Comment expliquer l'engouement actuel pour ce registre d'action? Comment mesurer son poids, retracer ses évolutions, expliquer dans quels contextes et pour quelles raisons il peut devenir politiquement intéressant?" Ils cherchent dans ce petit livre "à déterminer de quelle manière la désobéissance civile se transforme non seulement en fonction des objectifs politiques, des identités collectives et des choix tactiques des acteurs, mais aussi des contextes culturels, discursifs et institutionnels au sein desquels ces mouvements évoluent". En définitive, ils s'interrogent "sur les conditions sociales d'apparition d'un comportement citoyen collectif et "éthique" adapté aux exigences de notre époque. S'inscrit-il dans un processus global de pacification des moeurs politiques en Occident? Ou faut-il au contraire y voir une forme de subversion inscrite dans un processus de radicalisation?"

    Ils saisissent bien les grandes différences de la désobéissance civile entendue aux États-Unis (mouvement quaker, luttes d'émancipation des populations noires) et en France (résistances à la militarisation, objection de conscience, antimilitarismes...) et s'essaient à cerner les diverses cultures qui dominent les courants qui y recourent. Faisant constamment bien la différence entre une vision libérale et une vision radicale de la désobéissance civile, ils indiquent aussi comment de nombreux mouvements très divers s'emparent de ces moyens d'action pour se faire entendre et peser sur les décisions politiques comme sur les évolutions économiques. Ils parcourent en moins de 200 pages tout un champ de sociologie des mobilisations et ne s'épargnent aucune question, laissant ouvertes biens des interrogations sur l'individuel et le collectif, et instant sur l'acquisition d'une identité militante pour bien des acteurs sociaux par le biais de cette désobéissance civile. Ils puisent aussi bien aux sources de la sociologie politique générale (qu'est-ce qu'un citoyen?) que dans les pensées et actions de nombreux leaders d'opinion.

 

Graeme HAYES et Sylvie OLLITRAULT, La désobéissance civile, SciencesPo, Les Presses, collection Contester, 2013, 185 pages

 

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8 décembre 2020 2 08 /12 /décembre /2020 09:29

       Revue biannuelle fondée en 2008 par un collectif de chercheurs en économie et sociologie, la Revue française de Socio-économie se positionne au carrefour des sciences sociales de l'économie et défend la pluridisciplinarité de la recherche. Éditée par les Éditions La Découverte, son projet éditorial est de "prouver le mouvement en marchant"...

Dans leur présentation au numéro 1 de la revue, ses animateurs se veulent "simplement pragmatiques et cherchent plutôt à prendre appui sur des courants de recherche existants, qu'ils viennent de la sociologie, de l'anthropologie ou de l'économie, mais aussi de la gestion, des sciences politiques ou de l'histoire, pour faire de la revue un lieu de mise en problématique permanente de l'identité scientifique d'une socio-économie telle qu'elle se fait." Se situant dans une critique du capitalisme, dont l'évolution constitue l'économie moderne en un "véritable sous-système de la société, en un ordre de pratique et d'institutions sociales homogènes, relativement autonomes vis-à-vis des ordres domestique, religieux et politique." "C'est ce sous-système qu'une science nouvelle, l'économie politique appelé bientôt Science économique s'est proposé d'étudier, construisant pour se faire théories et méthodologies propres." Tout en tentant de délimiter ce domaine de la socio-économie, pour ne pas en faire un "fourre-tout", les animateurs veulent prendre en compte les approches hétérodoxes de l'économie, comme celles des différentes orthodoxies, pour comprendre le réel, en dehors de l'idéologie néo-libérale d'ailleurs de plus en plus contestée à l'heure actuelle. Ils rappellent que le monde anglo-saxon disposent déjà de ce type de revue, comme Economic Sociology, The European Electronic Newsletter, alors que le monde francophone en manque "cruellement". Pour répondre aux exigences théoriques et méthodologiques, les animateurs de la revue se proposent donc de présenter trimestriellement des rubriques adéquates : éditorial, un dossier couvrant la moitié de la pagination, des notes de recherches, des comptes-rendus d'ouvrages...

   Avec pour directeur de publication Jean-Christophe CAMART (président de l'Université de Lille), webmestres Fabien ELOIRE et Frédéric CHAVY, un comité de rédaction d'universitaires d'une vingtaine de personnes, appuyé par un comité international, alimente la revue. Ont déjà été abordés, entre autres, Les économies de la sexualité (2020/2), Valeur et capitalisme (2020/1 et 2019/23), le projet de monnaie fiscale complémentaire (2019/22), La grande transformation des logiques agricoles (2017/1), la socio-économie du numérique (2011/1)...

 

Revue Française de Socio-Économie, Laboratoire Clersé, Faculté des Sciences Économiques et Sociales, Université de Lille, 59665 Villeneuve d'Asq, Site internet = rf.socioeconomieuniv-lille.fr

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26 novembre 2020 4 26 /11 /novembre /2020 16:10

  Fondée par la Compagnie de Jésus à Vals (Haute-Loire) et au scolasticat de Jersey en 1923, la revue de philosophie est publiée à l'origine par les éditions Beauchesne à Paris. Plusieurs cahiers des Archives de la philosophie paraissent chaque année, formant chaque fois un numéro annuel. La revue suit deux axes principaux, la philosophie antique et la pensée classique française, tout en publiant dès 1931 une étude sur Freud.

   il s'agit, selon les animateurs de la revue, "d'une part de fournir une information historico-critique et problématisante sur l'histoire de la philosophie, et de l'autre de rendre attentif dans le champ philosophique actuel, à de nouvelles formes d'interrogation, ainsi qu'à des propositions de voies nouvelles. Dans cette double perspective, un axe majeur est de faire connaître en langue française les courants philosophiques non français, tout spécialement en sollicitant des collaborateurs qui les représentent." Ils s'inspirent à la fondation de la bonne revue allemande Archiv für philosophie, refusant se s'en tenir aux polémiques de l'actualité, pour travailler aux fondements qui nourrissent et éclairent cette actualité, puisant dans tout le champ de la philosophie.

Après la seconde guerre mondiale, où elle s'interrompt, elle reparait à un rythme plus lent et n'édite que 6 cahiers entre 1945 et 1955. Elles sont alors refondées par Marcel RÉGNIER (1900-1938), sous la forme d'une publication trimestrielle. En 2002, les éditions Beauchesnes cèdent le titre au Centre Sèvres. La nouvelle revue est restée fidèle aux orientations fondatrices, avec des apports encore plus large à des philosophes non français.

    Outre les parutions habituelles de la revue, des numéros spéciaux sont consacrés à l'état de la recherche sur différents philosophes : Hegel, Machiavel, Wittgenstein. Depuis 1972, des "Bulletins" bibliographiques sont consacrés à des auteurs ou à des thèmes : Descartes, Hobbes, Hegel, Spinoza, Leibniz, la philosophie médiévale, l'Aufkalärung (les Lumières allemandes), l'idéalisme allemand ou la philosophie esthétique. De nombreux philosophes écrivent directement dans la revue, contribuant de manière remarquée au débat philosophique en général.

Le numéro 83 (2020), cahier 1, porte sur Fichte et le langage, le cahier 2 sur Karl Löwith et l'homme sans monde - philosophie et architecture, le cahier 3 sur la preuve ontologique.

   La revue a actuellement comme rédacteur en chef Laurent GALLOIS, à la tête d'un comité de rédaction de presque une dizaine de personnes, tous des universitaires (Paris et Province). De nombreux articles sont disponibles librement sur Cairn.info (années 2001 à 2020)

 

Archives de philosophie, 4 rue d'Assas, Paris 6ème, www.archivesdephilo.com,

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26 novembre 2020 4 26 /11 /novembre /2020 13:41

   Dans la foulée surtout d'une réflexion sur l'obéissance aveugle aux ordres du régime nazi et de la responsabilité du citoyen face aux injustices, la philosophe Hannah ARENDT se situe tout-à-fait dans le sillage d'une pensée occidentale de longue date.

   Hannah ARENDT considère la désobéissance civile comme une politisation de l'affirmation socratique selon laquelle il vaut mieux subir une injustice que la commettre. SOCRATE, dans un dialogue risqué, entre philosophie et politique - on a souvent écrit qu'il exprimait un conflit entre philosophie et politique, mais un commentaire contemporain, vu l'expérience de nombreux siècles - tend à ne pas relayer cette perspective un peu abstraite. L'inservitude volontaire dont fait preuve SOCRATE, comme l'écrit Hourya BENTOUHAMI-MOLINO, n'a rien d'une préoccupation éthique puisque qu'elle relève non pas d'une préférence, d'une disposition personnelle, mais d'un appel à la transformation du rapport que chacun entretien aux affaires publiques et communes, ce qui explique en partie la virulence de l'attaque du pouvoir envers le philosophe grec. La véritable question que pose SOCRATE dans le Criton semble donc être : en quoi "ne pas faire" dans la Cité peut-il consister en une action? "Autrement dit, précise notre auteur, ce qui se présente en apparence comme une "défaite", une "retraite" ou un "renoncement" peut-il constituer une action de nature politique?"

  Si SOCRATE se défend dans l'Apologie de faire précisément de la politique, rien n'empêche la philosophie contemporaine de considérer, comme le fait Hannah ARENDT, que le refus de participer aux affaires publiques tel que le contraint le pouvoir constitue un engagement politique. Dans un monde où le pouvoir prétend agir au nom du peuple, quel que soit d'ailleurs la caractéristique démocratique ou dictatoriale de ce pouvoir, le retrait de la vie publique équivaut à une opposition, surtout quand ce retrait est exprimé publiquement, et non, comme le voudrait précisément ledit pouvoir, restreint à une sphère privée. La non-participation à la citoyenneté républicaine devient politique lorsqu'on s'interroge sur les modalités  de cette non-participation.

     Surtout dans Responsabilité et jugement, la philosophe américaine d'origine allemande, montre ainsi au cours d'une interrogation sur la responsabilité comment une certaine forme de non-participation peut s'entendre comme un pouvoir proprement politique. C'est pour éviter toute confusion concernant la signification de cette non-participation qu'elle s'attache à dresser une typologie :

- dans un pays autoritaire, une non-participation, qui ne relève pas d'un choix, en raison de la clôture de l'espace public à tous les habitants ou à une partie d'entre eux, est une non-participation contrainte (une non-participation de fait) ;

- dans un pays libre, une non-participation qui relève de la liberté de ne pas s'intéresser aux affaires publiques ;

- dans un pays totalitaire, la participation peut vouloir dire la complicité dans des activités criminelles (non-participation de décision) ;

- dans les pays libres, la non-participation est en réalité une forme de résistance - comme dans le cas de ceux qui refusent d'être enrôlés dans la guerre au Vietnam -, souvent justifiée sur des bases morales, mais dans ce cas, ce qui est central, ce n'est pas le soi - je n'y vais pas parce que je ne veux pas me salir les mains, ce qui, évidemment, peut être un argument valide -, mais le destin de la nation et sa conduite à l'égard des autres nations dans le monde.

     Selon la troisième et quatrième catégorie, la non-participation, commente notre auteur, est clairement un équivalent du refus moral de se salir les mains. Et ARENDT précise qu'à l'intérieur de la première et de la dernière catégorie, la non-participation varie qualitativement du simple refus de commettre l'injustice (proprement socratique) ou de participer à son exécution, même indirecte (être un rouage), au refus de commettre l'horreur, de devenir un monstre. La décision de l'omission de l'acte est en effet un acte moral qui pose la question de la responsabilité dans la perpétuation d'un injustice ou d'une autre. Hourya BENTOUHAMI-MOLINO s'intéresse surtout au quatrième type énoncé par ARENDT. Là où la non-participation équivaut bien à une action politique, et cela pour trois raisons essentielles :

- la non-participation dans les régimes totalitaires ne peut être considérée comme un phénomène de résistance politique stricto sensu que dans des conditions bien déterminées, car pour l'essentiel des activités, le pouvoir réclame la passivité. Il s'agit pour le citoyen plus de "sauver sa conscience" que d'exercer une activité politique. L'exercice public de la faculté de juger étant interdit, il faut que l'expression d'une non-participation s'exerce sur des éléments actifs requis par le pouvoir (fonctionnement économique, prestations de serment, acquittement d'un tribut...) dans un temps relativement restreint dans le temps et dans l'espace.

- la non-participation dans le contexte démocratique renvoie au fait que, dans les démocraties dites représentatives, les crimes commis par le gouvernement le sont en notre nom. Suspendre sa participation équivaut dans le modèle représentatif des démocraties à une forme d'enrayement aussi bien de la légitimé de la division de la souveraineté que de la logique du mandat.

- la démocratie est le seul régime où l'on peut être à la fois citoyen et rebelle, au sens où l'on peut exercer sa faculté de juger sans exposer sa vie. Ainsi contre tous ceux qui estiment que tout véritable républicanisme s'entend exclusivement à partir d'une définition positive de la citoyenneté active de type rousseauiste, ARENDT montre  comment il arrive souvent que l'action soit une simple non-participation, c'est-à-dire qu'elle désigne le retrait délibéré, pour des raisons politiques, hors du système de coopération et de consentement. Cette omission est bien souvent une action politique dès lors qu'elle cherche à transformer le monde ou du moins notre rapport au monde. Il s'agit bien entendu d'une action collective menée de la manière la plus tapageuse possible, et non d'une action individuelle clandestine avec le moins de remous possible. Il s'agit d'une action démocratique par essence - contrairement au statut aristocratique que certains veulent lui donner, réservée à des nantis et demandant une élaboration intellectuelle forte - car participant, carrément, au conflit constant que toute démocratie porte. Loin de la passivité du citoyen obéissant, cette action critique de désobéissance civile, vise à changer la société ou un aspect de cette société. La non participation concertée et ouverte, avec toute l'amitié qui caractérise les réseaux de solidarité nécessaire à son existence durable et à son expression étendue, dans un système démocratique, est l'envers négatif de tout pouvoir fondé sur la violence ou la domination. C'est pourquoi, entre autres, que désobéissance civile et non-violence sont souvent liées. Contrairement au système qui tend vers l'autoritarisme, tout en se déclarant toujours démocratique, la possibilité ouverte à la possible rébellion constitue un antidote puissant.

   Hourya BENTOUHAMI-MOLINO, dont nous prolongeons ci-dessus le propos, termine sa référence à Hannah ARENDT, sur une réflexion à propos de l'excuse souvent émise par la majorité silencieuse, de n'être qu'un rouage dans un système complexe. "L'excuse du rouage est souvent convoquée dans les justifications de certains hommes et femmes cherchant à se mettre hors de cause de toute participation réelle à l'injustice ou à la perpétuation d'un crime en raison de leurs positionnement apparemment secondaire dans une chaîne de production de l'injustice ou du crime qui ne laissait pas voir aux acteurs les conséquences de leurs actes. (voir Responsabilité personnelle et régime dictatorial" dans ARENDT, Responsabilité et jugement). Or, le rouage, loin d'être une pièce anodine ou secondaire d'une machine, en constitue le maillon essentiel dans la mesure où toute défection de cette partie nuirait au bon fonctionnement du système. Ce diagnostic relève d'un réalisme critique contre les formes d'illusions sociales qui font office de véritables récits mythiques de la représentation du rôle dévolu à chacun dans la société. Cette approche nous permet par conséquent de réhabiliter une forme de défection en politique (contrairement à ce que peut écrire par exemple Manour OLSON, dans Logique de l'action collective, PUF, 1978). Ce que montrent les considérations sur la désobéissance civile, c'est précisément la refondation d'une pensée de la défection ou de la non-participation où celles-ci ne relèveraient pas de la servitude volontaire, mais au contraire d'une dénonciation de ce que la volonté peut comporter de vice déshumanisant."

 

Hourya BENTOPUHAMI-MOLINO, Le dépôt des armes, Non-violence et désobéissance civile, PUF, collection pratiques théoriques, 2015.

 

PAXUS

 

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20 novembre 2020 5 20 /11 /novembre /2020 15:47

  Connu comme l'un des fondateurs de la philosophie morale, SOCRATE n'a laissé aucune écrit, sa pensée et sa réputation se sont transmises par des témoignages indirects. Ses disciples, PLATON et XÉNOPHON ont oeuvré à maintenir l'image de leur maître, qui est mis en scène dans leur écrits respectifs.

Les philosophes DÉMÉTRIOS DE PHALÈRE et MAXIME DE TYR dans sa Neucième dissertation ont écrit que SOCRATE est mort à l'âge de 70 ans. Déjà renommé de son vivant, SOCRATE est devenu l'un des penseurs les plus illustres de l'histoire de la philosophie. A un point qu'il constitue dans l'Histoire une figure-pivot : on discute de présocratiques et de successeurs de SOCRATE, en oubliant au passage que certains d'entre eux sont ses contemporains.

Sa condamnation à mort et sa présence très fréquente dans les dialogues de PLATON ont contribué à faire de lui une icône philosophique majeure, et sa pensée constitue encore une sorte de point de départ dans la philosophie occidentale. Cette figure a été discutée, reprise et réinterprétée jusqu'à l'époque contemporaine. Mais en dépit de cette influence culturelle, très peu de choses sont connues avec certitude sur le SOCRATE historique et ce qui fait le coeur de sa pensée. Même si les témoignages sont souvent discordants et la restitution de sa vie très incertaine, il y a une sorte de dénominateur commun à tous les commentaires : c'est un questionneur de conscience, et il n'hésite jamais à remettre en cause chez ses contemporains leur propre connaissance d'eux-mêmes et partant, des choses qui les entourent. A ce titre, il n'est pas étonnant qu'un des chefs d'accusation portés contre lui et qui entraine sa mort par empoisonnement après jugement d'un tribunal soit la remise en question des dieux (corrélativement la perversion de la jeunesse), car les convictions religieuses ne sont souvent que des blancs remplis à tout prix par des esprits épris d'une connaissance globale de leur existence.

  Tout cela fait écrire Jacques BRUNSCHWIG : "Socrate n'est pas un philosophe parmi les autres : il est le totem de la philosophie occidentale. En chaque pensée qui s'éveille et s'interroge, il revit ; en chaque pensée qu'on formule ou qu'on étouffe, il meurt à neuf. La place exceptionnelles qu'il tient dans notre culture est celle du héros fondateur, du père originaire, qui s'enveloppe dans une obscurité sacrée, et que chacun porte en soi comme une présence familière. Il appartient inséparablement à l'histoire et au mythe de l'esprit. Nous ne connaissons avec certitude presque aucune de ses pensées, et nous le reconnaîtrions dans la rue. Lui qui n'écrivit rien, des monceaux de livres interrogent son énigme : lui qui n'enseigna rien, des systèmes colossaux se réclament de son patronage. Le vrai Socrate est peut-être à jamais ensevelit sous sa légende, qui personnifie en lui la conscience philosophique, unité de la conscience intellectuelle et de la conscience morale. L'avènement radical que la tradition lui attribue est, dans une large mesure, une illusion rétrospective, que chacun du reste formule à sa façon. Sa rupture avec les "présocratiques" et son antagonisme avec les sophistes furent peut-être moins profonds qu'il n'y paraît ; et la pensée grecque est sans doute moins "socratique" qu'elle ne se présente. Cela dit, il faut bien qu'il y ait eu un cet homme de quoi rendre possibles et la cigüe et Platon".

 

Socrate, un pivot de la philosophie grecque

  Émile BRÉHIER rappelle le contexte de ses discours : "le siècle qui a précédé la mort d'ALEXANDRE (323) est le grand siècle de la philosophie grecque : c'est en même temps surtout le siècle d'Athènes : avec SOCRATE et PLATON, avec DÉMOCRITE et ARISTOTE, nous atteignons un moment d'apogée, où la philosophie, sûre d'elle-même et de ses méthodes, prétend appuyer sur la raison même son droit à être l'universelle conductrice des hommes : c'est l'époque de la fondation des premiers instituts philosophiques, qui sont l'Académie et le Lycée. Mais dans le même siècle les sciences mathématiques et l'astronomie prennent aussi une extraordinaire extension. Enfin, le brillant développement des systèmes de PLATON et d'ARISTOTE ne doit pas nous dissimuler l'existence d'écoles issues de SOCRATE, étrangères ou hostiles au mouvement platonicien-aristotélicien ; elles préparent les doctrines qui domineront à partir de la mort d'ALEXANDRE et qui feront négliger pour longtemps PLATON et ARISTOTE."

Non seulement SOCRATE et ses disciples ne sont pas les seuls dans le champ tumultueux de la philosophie grecques, mais coexistent avant, pendant et après SOCRATE, de nombreux points de vue sur tous les sujets. Tous ces philosophes, dont nous sont parvenus que très peu de choses - et il serait sans doute intéressant d'étudier pourquoi (entre fragilité des supports écrits et destructions volontaires des oeuvres des concurrents...) - sont souvent appelés pré-socratiques, plus pour des commodités de présentation mâtinés d'orthodoxie académique que pour la vraisemblance historique.

   Aucun portrait physique n'est fidèle, et surtout pas sûrement celui que dresse ARISTOPHANE dans le texte le plus ancien qui nous soit parvenu, Les Nuées, pièce de théâtre divertissante et tendancieuse plus qu'autre chose. Après sa mort, toute la littérature des Discours socratiques, dialogues où ses disciples donnent à leur maître le premier rôle : les discours apologétiques, écrits sous le coup de l'indignation de suite après la mort de SOCRATE (Apologie, Criton), puis les portraits idéalisés (Phédon, Banquet, Théète, Parménide), enfin les oeuvres où SOCRATE n'est plus que le parte-voie de la doctrine de l'Académie. Au second rang, les Mémorables de XÉNOPHON, écrit assez tardivement (vers 370), sorte d'apologie, où l'auteur, qui n'est rien moins que philosophe, donne une assez plate imitation de discours socratiques antérieurs.

   La plupart des historiens ultérieurs, E. WOLFF et O. GIGON en tête, doutent que l'on puisse reconstituer la pensée réelle de SOCRATE, même en regroupant des fragments de textes émis par exemple tout au long de l'Antiquité tardive ou avant : dialogues de Phédon et d'Eschine ; éléments de PORPHYRE, de LIBANIUS, de POLYCRATE...

La figure de SOCRATE, si elle a marqué l'histoire d'Athènes, est célèbre, car baignant dans un univers pas complètement sorti des influences mystiques orphiques, où les sophistes pullulent, où chaque homme politique se targue d'émettre de la philosophie ou des principes politiques proches de maximes philosophiques, il n'est ni sophiste, ni politique, pas mystique pour un sou, au point d'être sceptique sur l'existence des dieux, comme une grande partie de ses contemporains est maintenant sceptique sur l'existence des héros. Athènes est un lieu propice à la philosophie car nombre de ses habitants citoyens voyagent beaucoup (l'Égypte brille encore intellectuellement), rencontrent beaucoup (des grecs comme des barbares), avec son empire maritime (international avant la lettre). Sans doute a joué également le développement de techniques (de calcul pour le commerce et l'architecture, entre autres, et aussi de conservation des documents...) et un certain esprit induit par ces voyages et ces rencontres notamment, de tolérance et d'ouverture d'esprit, qui s'avère profitablement "spirituellement" et matériellement... SOCRATE bénéficie de tout cela et en même temps questionne tout sans cesse, et c'est ce qui attire l'attention de ses contemporains (Plus apparemment que son apparence physique, quoique, et sans doute ses blessures de guerre, car citoyen il a certainement participé à de nombreuses campagnes).

    Il joue constamment les trouble-fête et met en cause toutes les vérités plus ou moins admises (les contestations ne devaient pas seulement venir de lui... tant les conflits politiques dominent le tableau de la vie à Athènes). La vérité est que son but est d'examiner des thèses, de les passer à l'épreuve et non de les faire triompher. S'il attire les intellectuels de son temps, c'est également parce qu'il questionne sans affirmer. Avant d'éduquer les autres, il faut s'éduquer soi-même, se maitriser si on ne met facilement en colère, bien parler si l'on a des problèmes d'élocution, se présenter au milieu d'un groupe si l'on est laid et repoussant... On ne trouve pas trace de son enseignement, mais certainement qu'il tirait sa subsistance de leçons qu'ils donnait comme précepteur, d'enfant comme d'adulte, tout comme les sophistes qu'il semble critiquer sévèrement, mais bien plus subtilement que beaucoup d'écrits ultérieurs ne le disent.

  Les témoignages de son activité sont si controversés qu'on a peine à dresser ce qu'était réellement un discours socratique. Aussi en est-on réduit à formuler un état a minima de ce discours. A en croire XÉNOPHON et ARISTOTE, PLATON ayant nettement plus tendance à baptiser discours socratique le sien propre, SOCRATE serait avant tout l'inventeur de la science morale et l'initiateur de la philosophie des concepts (Émile BRÉHIER). Dans Métaphysique, ARISTOTE dit : "Socrate traite des vertus éthiques, et à leur propos, il cherche à définir universellement... ; il cherche ce que sont les choses. C'est qu'il essayait de faire des syllogismes ; et le principe des syllogismes, c'est ce que sont les choses... Ce que l'on a raison d'attribuer à Socrate, c'est à la fois les raisonnements inductifs et les définitions universelles qui sont, les uns et les autres, au début de la science. Mais pour Socrate, les universaux et les définitions ne sont point des êtres séparés ; ce sont les platoniciens qui les séparèrent et ils leur donnèrent le nom d'idées." Pour ARISTOTE, SOCRATE comprit que les conditions de la science morale étaient dans l'établissement méthodique, par voie inductive, de concepts universels, tels que celui de la justice ou du courage.

Cette interprétation d'ARISTOTE, indique Émile BRÉHIER, qui n'a d'autre but que de rapporter à Socrate l'initiative de la doctrine idéaliste qui, par PLATON, continue jusqu'à lui, est évidemment inexacte ; si son but avait été de définir des vertus, il faudrait admettre que, dans les dialogues où PLATON montre SOCRATE cherchant, sans aboutir, ce qu'est le courage, la piété ou la tempérance, il a pris à tâche d'insister sur l'échec de la méthode de son maître.. En fait, l'enseignement de SOCRATE consiste à examiner et à éprouver non point les concepts, mais les hommes eux-mêmes et à les amener à se rendre compte de ce qu'ils sont (réellement). Dans les dialogues, SOCRATE, même s'il ne parle pas en premier, conduit toujours en fait l'interrogatoire, et la tournure ironique de sa manière de présenter les choses et les actes, veut faire constamment pointer du doigt que, pratiquement toujours, que nul n'est méchant (ou sans doute gentil) volontairement et que tout mal (surtout) dérive d'une ignorance de soi qui se prend pour une science.

La seule science que revendique SOCRATE serait alors qu'il ne sait rien, ce qui peut facilement se rapprocher du fait que nous ne savons quasiment rien de son enseignement! 

Sans rejeter cette conclusion d'inconnaissance radicale que professerait SOCRATE, il faut quand même se rendre compte que cela ne fait pas beaucoup pour attirer tant de gens autour de lui! Plus que le contenu de ce qu'il enseigne, c'est le questionnement constant sur ce que l'on croit savoir qui attire. Et ceci à une époque où la rhétorique se donne pour tâche de convaincre l'interlocuteur de la réalité de sa connaissance... et in fine, de la validité des rétributions demandées! L'étendue de son enseignement devait tout de même dépasser cette négation - qui devait être au minimum orientée politiquement et moralement - pour que le pouvoir à Athènes veuille le condamner à mort. Les zones d'ombre sur sa vie nous empêche d'en savoir plus... Émile BRÉHIER conclue que "c'est son extrême liberté qui le perdit ; le gouvernement tyrannique de Critias lui avait déjà interdit la parole, ce fut la démocratie qui lui ôta la vie".

   Jacques BRUNSCHWIG veut voir plus loin que la méthode d'investigation, que l'interrogation tenace, que la découverte de la véritable connaissance de soi par son interlocuteur. Il est vrai que SOCRATE répète qu'il ne sait rien. Il n'a pourtant rien d'un sceptique, car il participe apparemment pleinement à la vie intellectuel d'Athènes, et certainement entend-t-il souvent saisir l'occasion de faire entendre son point de vue, ce que l'on réclame d'ailleurs d'un citoyen à ce moment-là dans cette cité. "Faut-il voir, écrit-il, dans son ignorance affichée la façade ironique d'un savoir caché, comme en ces statues de Silènes auxquelles le compare Alcibiade dans le Banquet platonicien, et qui s'entrouvriraient pour laisser voir la figure d'un dieu? On a autant de peine à croire son "inscience" réelle qu'à la tenir pour feinte? Sans doute peut-on dire qu'il n'est certain d'aucune proposition qui tombe dans le champ du dialogue, puisqu'il est de l'essence du dialogue de ne rien laisser hors de question ; mais qu'il est certain de toute proposition qu'il perçoit comme nécessaire à l'ouverture de ce champ, et au maintien de cette ouverture. Ainsi, ce qui constitue l'homme, ce dont il est moralement comptable, c'est ce par quoi il est apte à entrer dans la relation "dialogique" : son âme parlante et pensante, et non son corps, ou ce pseudo moi qui n'est que l'opinion que les autres en ont de lui. Connais-toi toi-même : connais ce qui est véritablement toi. Le bien auquel l'âme aspire est un bien qui relève d'elle ; rien n'est vraiment bon que ce dont il n'est pas possible de faire mauvais usage, et c'est la science du bien qui sait faire bon usage de toutes choses, et sans laquelle de toutes choses on risque de faire mauvais usage. Ainsi s'expliquent les inépuisables formules, que la vertu est un savoir, et que nul n'est mauvais volontairement.

Une autre source de certitude est que le dialogue, sous peine de perdre tout sens, désigne l'horizon d'une vérité qu'il ne dépend pas de nous de créer ou de modifier, et qui s'atteste jusque dans la nécessité où nous sommes de nous aider mutuellement pour nous ouvrir à elle? Si le dialogue est l'essentiel du métier d'homme, c'est que nous ne sommes pas condamnés à ne cesser la guerre des opinions que par la violence des tyrans, l'habileté des rhéteurs ou l'arbitraire des conventions. Le dialogue des hommes fait signe et référence ç quelque chose qui dépasse l'homme.

De la religion de Socrate, on peut dire qu'elle est ce qu'il lui faut et ce qui lui suffit pour percevoir sa vocation dialectique comme un commandement divin : la voix intérieure de son fameux "démon" n'est-elle pas la religion traditionnelle, il en effectue les gestes, il respecte ce qu'il y voit de respectable ; mais il la pense et la juge en fonction de cette mission."

 

Une postérité emplie de médiateurs...

   SOCRATE fait figure, comme l'écrit Michel ONFRAY, tentant de débroussailler le paysage de la philosophie antique tombée dans un académisme lui-même "embué" dans un christianisme combattant tout hédonisme, de personnage conceptuel, comme toute la galerie de personnages si bien mis en scène par PLATON. Évoquant PHILÈNE et ce que l'on en sait, notre philosophe français écrit : "En interdisant aux hédonistes de défendre leur thèse, en leur prêtant une inconsistance théorique a priori, en les caricaturant, en les enfermant dans des pièges théoriques fabriqués sur mesure, en ne reconnaissant pas la grandeur, l'excellence et la qualité philosophique de ses interlocuteurs, en les réduisant à des personnages ridicules, en usant de sophistiqueries mises au point pour des combats falsifiés et gagnés d'avance, Platon montre un visage bien différent de ce que la tradition rapporte. Celui qui voulait brûler les oeuvres de Démocrite en pensant se dispenser ainsi de s'attaquer aux thèses et conclusions du matérialisme abdétérain, procède pareillement avec les hédonistes cyrénaïques. Le lutteur choisit ses adversaires parmi les gringalet - les personnages conceptuels du dialogue - pour éviter de rencontrer à armes égales un concurrent de sa catégorie - Aristide de Cyrène - : le refus du combat trahit le manque de probité. Le passage à tabac d'un bouc émissaire ne saurait tenir lieu de combat en bonne et due forme : Platon excelle dans les reconstitutions à sa main, sur scène, avec des sbires et des sicaires à son service. (...)."  Ce que ONFRAY reproche à l'historiographie courante, c'est d'entrer avec un peu trop de complaisance dans les jeux de rôle imposés par PLATON et même par ARISTOTE, laissant dans l'ombre non seulement les prédécesseurs ou les successeurs dans le temps de SOCRATE, mais également ses concurrents contemporains directs rejetés tous dans le terme "présocratiques", comme si tous faisait, comme elle, de SOCRATE le point de départ de toute philosophie. Bien entendu, il est difficile de construire une filiation philosophique avec autre chose que ce qui nous reste de leurs écrits, mais au moins peut-on tenter, fragments après fragments, entrevoir autre chose que ce que nous impose finalement, par voie de transmission au long des siècles, surtout PLATON. Notamment parce que ce que l'on entrevoit de ces philosophies concurrentes autre chose que l'idéalisme, autre chose qu'une raison froide qui ne pourrait triompher que par l'ascétisme et le refus de tout plaisir (du corps)... Il faut tout de même dire que les couches sédimentaires ont orienté les études vers ces tendances platoniciennes ou aristotéliciennes, tout simplement parce que ces tendances sont terriblement, tout compte fait, bavardes, et qu'elle vont jusqu'à dissimuler à nos yeux bien des aspects hédoniques des civilisations antiques... ONFRAY, pour reconstituer ces aspects, en est réduit, comme beaucoup pour le matérialisme, à repérer dans les textes de PLATON et d'ARISTOTE des éléments recueillis par maigres morceaux par ailleurs, révélant par ce procédé des contradictions généralement passés sous silence entre bien des philosophes et SOCRATE.

     Le résultat d'une telle réflexion est que SOCRATE, en définitive, a peut-être été moins central qu'on le dit dans la formation de la philosophie occidentale. Déjà SOCRATE a tellement de médiateurs que sa pensée a forcément été déformée et l'Histoire que nous avons de la philosophie est le résultat de bien de ces déformations, compte tenu aussi des aléas de transmission (textes dits de Platon, faux Platon, textes dits d'Aristote, faux Aristote...) à la postérité des textes de ces médiateurs... Pour restituer les mérites toutefois de ce que nous savons de SOCRATE, ce sont finalement les grandes vertus de cette forme de discours philosophique qu'est le dialogue.

 

ARISTOPHANE, Les Nuées, en ligne dans remacle.org. XÉNOPHON, Apologie de Socrate, Mémorables, également dans remacle.org. PLATON, Tous ses Dialogues mettent en scène SOCRATE, sauf Les Lois. ARISTOTE, Métaphysique, Éthique à Nicomaque.  ARISTOXÈNE DE TARENTE, Vie de Socrate, DIOGÈNE DE LAERCE, Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres, voir remacle.org.

Michel ONFRAY, Les sagesses antiques, Contre-histoire de la philosophie 1, Grasset, 2006. Émile BRÉHIER, Histoire de la philosophie, 1 Antiquité et Moyen Âge, PUF, 2001. Jacques BRUNSCHWIG, Socrate, dans Encyclopedia Universalis, 2014.

PHILIUS

   

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20 novembre 2020 5 20 /11 /novembre /2020 10:08

   La revue trimestrielle en langue anglaise MERIP, sur papier et sur Internet, qui existe depuis 1971 (premier numéro en 1973), procure une information critique, de reportages et d'analyses, focalisée sur le pouvoir d'État, la politique économique et les hiérarchies sociales dans la région du Moyen-Orient. Ses animateurs entendent éduquer et informer le grand public sur les affaires du Moyen Orient, comprises dans un sens très large.

  Son staff, avec Mandy TERC comme Executive Director, anime plusieurs collaborateurs, internes à la revue et externes souvent, spécialistes de plusieurs domaines. Ils informent notamment sur l'évolution des relations entre israéliens et palestiniens et arabes. La rédaction est critique par rapport à Israël, au sionisme et aux relations des États-Unis avec le Moyen-Orient.

   Par exemple Middle East Report consacré son numéro d'automne-hiver (n°292-293) 2020, en un dossier spécial, à la seconde vague du "printemps arabes" avec les soulèvements populaires de 2019 en Algérie, en Irak, au Liban et au Soudan et la contestation persistante au Maroc et en Jordanie. Le dernier numéro porte sur la crise liée au Coronavirus (Nature et Politiques, n°296, Fall 2020). 

 

MERIP, Site Internet : www.merip.org. Washington DC, États-Unis

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20 novembre 2020 5 20 /11 /novembre /2020 09:46

   La revue MEED, en langue anglaise qualifiée souvent de remarquable, onéreuse aussi, de management est l'émanation de MEED Events et de MEED Projects, présente surtout sur Internet mais disponible aussi par abonnement, offre depuis 1957 des analyses économiques et financières, surtout sur les initiatives de développement des pays arabes du Moyen-Orient.

Livrant une information pointue depuis 1957, d'abord à destination des "décideurs" économiques du monde entier, elle se veut un organe guidant les pouvoirs économiques et politiques sur les investissements dans le secteur pétrolier, des transports, de l'énergie et de l'eau et financier de ces pays. Indépendant, précis et relativement objectif sur ces projets économiques et financiers, elle est également un outil précieux, consulté régulièrement par tous les spécialistes de cette région. Sa parution, irrégulière, est cadencée uniquement par les événements, à l'occasion d'ailleurs desquelles, elle organise des conférences.

Bien que peu connue du grand public, son comité de rédaction étoffé, emmené par Richard THOMPSON, de sa base à Dubaï, possède sans doute le réseau le plus dense d'informateurs sur ce qui se passe à la tête des différents groupes d'intérêt économique du Moyen-Orient. Discret aussi sur ce qui relève de la défense et des armements, MEED s'en tient à une stricte délimitation de ses domaines d'information. Ses pages renseignent sur l'évolution des pays de la région, avec notamment nombre de numéros spéciaux - encore plus onéreux - Par exemple, le numéro spécial de juin 2020 est consacré à l'Arabie Saoudite, et s'intéresse aux conséquences de l'épidémie du Covid-19 sur l'économie du royaume et sur le financement des grands projets d'infrastructures.

 

MEED, Site Internet : www.meed.com

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17 novembre 2020 2 17 /11 /novembre /2020 10:19

   Dans ma vie de militant non-violent et mes approches du marxisme, me trouvant par un heureux hasard dans un mouvement non-violent qui avait à la fois une approche des conflits économiques d'inspiration marxiste et une attitude réaliste (s'éloignant de préoccupations philosophico-morales dans le même mouvement de la pensée) sur l'efficacité de la non-violence, j'ai toujours trouvé navrante cette opposition des militants marxistes révolutionnaires et des non-violents. Ceci pour plusieurs raisons :

- La non-violence (politique) et le marxisme (non dogmatique) ont en commun une approche du conflit s'opposant frontalement à des perceptions les niant, comme le font toutes ces idéologies consensuelles prenant leurs désirs pour des réalités, qui s'expriment de manière de plus en plus tapageuses au fur et à mesure que s'aggravent les inégalités économiques, les désastres écologiques et les dissociations sociales.

- Si les traditions (prises très globalement) non-violentes et marxistes divergent en pensée et en action, cela tient d'une part à la position anti-religieuse, mâtinée d'un athéisme militant, de la tradition marxiste (par rapport à des courants principalement religieux) et par la volonté d'exprimer par la violence les rapports de classes sociales, dans l'estimation que rien de révolutionnaire ne peut avoir lieu sans la violence de celle-ci (par rapport à des courants qui placent précisément la violence au coeur de leur réflexion, dans ses conséquences comme dans son expression).

- Pourtant, ces traditions se sont trouvées souvent au carrefour des problématiques de la violence, mais sous des angles différents et suivant des motifs qui ne se rejoignent pas théoriquement, même si dans la pratique, à de nombreuses reprises, marxistes et non-violents se sont retrouvés côte à côte dans de nombreux conflits. D'une part, toute l'expérience "révolutionnaire" dans les courants marxistes est marquée par une opposition nette entre un anarchisme violent et un marxisme plus préoccupé par les conséquences directes de l'usage de la violence par les masses ou leurs représentants, qui à la lumière de nombreux faits politiques, économiques et sociaux : à la destruction des machines et aux prises d'otages des dirigeants capitalistes, les courants marxistes préfèrent les actions collectives, la grève et les manifestations de masse ; à l'insurrection violente dans la rue, ils préfèrent l'organisation, parfois ici et maintenant, de la vie collective, et là l'expérience de la Commune agit comme un marqueur important... D'autre part, maints courants non-violents axent leur réflexion et leur action non seulement sur la violence physique (qu'elle soit politique ou interpersonnelle), et aussi et surtout sur les violences structurelles de toute sorte, qu'elles soient culturelles, politiques, économiques ou sociales. Mais, tendanciellement, des courants marxistes songent plutôt aux rapports de forces globaux immédiats en faisant l'économie d'une véritable réflexion sur la violence, refusant de faire d'elle un critère majeur de leur action, et tendanciellement, des courants non-violents se laissent guider surtout par une expérience personnelle de la violence et par des préoccupations d'ordre moral et spirituel, la majorité d'entre eux s'ancrant délibérément dans une conviction religieuse et notamment aux États-Unis, dans un mode de vie communautaire.

- Cependant également, dans nombre de conflits, des organisations non-violentes ont souvent pris faits et causes pour la lutte syndicale et le combat pour les libertés et fraternités. Des organisations marxistes - hormis celles qui se trouvaient dans le giron d'États ou de gouvernements soit-disant prolétariens - n'ont pas hésité à s'associer à nombre d'actions de désobéissance civile menées par des mouvements non-violents. Au fur et à mesure des progrès de l'irréligion et de la laïcité, le "marqueur" religieux perd de son importance dans l'association entre non-violents et marxistes dans de plus en plus de domaines.

- Sur un plan plus théorique, l'idéologie marxiste et la démarche non-violente s'inscrivent dans une démarche anti-système claire. Depuis les origines, les organisations non-violentes s'inscrivent contre un monde de violences et d'intolérances, contre la guerre de manière générale et contre les injustices. Cette démarche se veut plus ou moins intégrée dans un combat systématique, jusqu'à, dans ses tendances les plus radicales, se retirer du monde dans une non-coopération globale. Depuis les origines également, la politique marxiste veut combattre le système capitaliste qui ravage absolument tous les domaines de la vie, y compris la nature. Il s'agit dans ces deux cas de transformer radicalement le monde, même si les voies pour y parvenir comme les ultimes objectifs à atteindre ne sont pas toujours les mêmes. A l'heure des changements climatiques et des crises les plus importantes du système capitaliste, le champ des convergences entre marxistes (surtout ceux qui ont renoncé au productivisme) et non-violents (surtout ceux qui s'écartent d'une logique séparatiste) n'a jamais été aussi grand.

- Le rapprochement entre marxisme et non-violence est d'autant plus fructueux qu'il s'appuie sur une analyse à la fois de l'expérience de "socialisme", des révolutions violentes qui ont abouti aux différentes expériences "communistes" qui montrent en tout cas qu'imposer un système "de bonheur" à des populations rend intrinsèquement mauvais ce système, et sur une analyse critique des différentes résistances non-violentes et mouvements d'indépendance ou de libération reposant sur la désobéissance civile. Allier démocratie et justice des moyens utilisés et efficacité de ceux-ci constitue un impératif pour une révolution débouchant sur un système durable.

Par ailleurs, une étude théorique tels que ceux de Théorie de la violence par ENGELS (voir article dans ce blog) montre que du côté du marxisme, les visions du rôle de la violence sont bien plus nuancées que veut bien le dire une certaine vulgate marxiste (plus révolutionnaire et plus violent que moi, tu meurs!). De même, les critiques du communautarisme, d'un certain système social autoritaire dans certaines communautés non-violentes, débouchent sur un refus du repli sur un espace "protégé" de la violence (repli de moins en moins possible d'ailleurs...) et, in fine, après bien des circonvolutions, sur des conceptions bien plus démocratiques et plus pragmatiques dans l'adoption des méthodes de lutte non-violentes à bien des situations.

 

 

PAXUS

 

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17 novembre 2020 2 17 /11 /novembre /2020 09:48

   Peu de documentaires et encore moins de films de diction sont consacrés aux enjeux, aux buts, aux événements, aux causes et aux conséquences économiques de la première guerre mondiale. Citons simplement le documentaire français Du coffre-fort à la dette, de Marie Laurence DELAUNAY, survol instructif de la situation économique et financière de l'Europe autour de la Grande Guerre. D'une position financière internationale de premier plan avant la guerre, la France passe, avec le reste de l'Europe d'ailleurs, à une situation d'endettée et de ruinée. Le traité de Versailles ressemble à cet égard à un sauve-qui-peut financier, tentant de faire de l'Allemagne la payeuse alors qu'elle est bien plus meurtrie que ses voisines sur le plan financier... On complètera utilement ce survol par la lecture attentive de livre-somme de Georges-Henri SOUTOU, plus consacré aux buts de guerre économique de la Première Guerre mondiale, décrivant précisément les grandes manoeuvres d'une guerre qui fut aussi une guerre économique, entre lutte industrielle, blocus et diverses manipulations commerciales, où les complexes militaro-industriels européens ne jouent pas le seul grand rôle. Changeants, différents suivant les pays, ces buts de guerre  ne sont pas seulement de contrôler ressources et matières premières. Il y a derrière, et le traité de Versailles en est l'expression pour les pays victorieux, des projets économiques divergents en Europe, entre libéralisme et étatisme. Les milieux économiques ont une influence au moins aussi grande sur le déroulement des événements que les mouvements des armées.

 

Du coffre-fort à la dette :

 

L'or et le sang :

 

FILMUS

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16 novembre 2020 1 16 /11 /novembre /2020 10:03

   Cette histoire des pollutions à l'âge industriel, utile synthèse de nombreuses études à ce sujet, montre les effets des activités humaines sur l'environnement, pollutions globales à l'échelle de la planète qui constituent, comme l'écrivent fort justement le maître de conférences en histoire contemporaine à l'université de Bourgogne François JARRIGE et le chargé de recherches au CNRS (CRH-EHESS) Thomas LE ROUX. une contamination globale. Au gré de nombreux chapitres éclairants, ils démontrent que ces pollutions, longtemps considérées comme des enjeux secondaires, déterminent le destin de notre planètes et de nos vie et survie. Tous les spécialistes, en dépit des rugissements des complotistes et des négationnistes de tous bords, s'accordent pour considérer que les pollutions sont demeurées relativement limitées dans leur nature et leur étendue jusqu'à l'avènement de la civilisation industrielle, "dont l'essor transforme les données du problème, et depuis l'ampleur des pollutions ne cesse de s'étendre et d'évoluer selon des cheminements complexes, jusqu'à saturer le monde contemporain et des imaginaires".

   Depuis quelques décennies, l'histoire environnementale s'est beaucoup développée, aux États-Unis d'abord, puis peu à peu à l'échelle mondiale, contribuant à donner une visibilité nouvelle au phénomène des pollutions. Les auteurs ont choisi d'arrêter l'essentiel de leur étude historique au débit des années 1970, car avec la mondialisation et le développement de l'écologie politique, la mutation du système monétaire, la fin des guerres coloniales, le retour de la pénalité environnementale, l'émergence de la "société du risque", et, surtout, la redistribution géographique et néolibérale du système productif, s'ouvrent des configurations inédites qu'une analyse historique peine à mesurer pour l'instant. Ce qui ne les empêchent pas en fin d'ouvrage d'esquisser des pistes d'analyse. La chronologie retenue, des premiers pas de l'industrialisation jusqu'à ces années-là, implique une réflexion sur les temporalités et les discontinuités de l'écriture de l'histoire, d'autant que ces pollutions ont un développement discontinus et ignorent les frontières nationales.

Les deux auteurs écrivent à la fin de leur Introduction : "A l'âge de l'anthropocène, ou plutôt du "capitalocène" qui bouleverse peu à peu tous les grands grands équilibres physiques du globe, les pollutions industrielles touchent désormais toutes les parties du monde (référence au livre de Christophe BONNEUIL et Jean-Baptiste FRESSOZ, L'évènement anthropocène, l'histoire et nous, Seuil, 2013). Plus qu'un effet indirect regrettable de certaines formes de production et de consommation, elles sont devenue un élément décisif du fonctionnement du système-monde capitaliste. Suivre les pollutions dans leur cheminement historique, c'est aussi penser les conflits et l'organisation des pouvoirs à l'âge industriel, les rapports de force sociaux, tout en reconstituant les dynamiques qui ont modelé la modernité. D'abord de faible ampleur, très dispersées et localisées, les pollutions s'intensifient avec l'accroissement des productions et la libéralisation des environnements à la fin du XVIIIe siècle. Après 1830, l'industrie s'impose de plus en plus comme la condition du progrès, nouveau fétiche qui contribue à naturaliser les nuisances industrielles comme un phénomène bénéfique et inévitable, en dépit de plaintes et de protestations récurrentes. Le XXe siècle qui s'ouvre avec l'expérience des guerres totales inaugure une période de démesure particulièrement polluante. Il accroît et redistribue les contaminations selon des logiques toujours à l'oeuvre aujourd'hui. L'hypothèse du "paradis des pollueurs" suggère ainsi qu'à l'ère de la globalisation marchande des productions les plus polluantes tendent à quitter les pays à forte réglementation environnementale pour les pays pauvres ou aux politiques plus laxistes en matière de contrôle. L'enjeu de cet essai de synthèse est d'examiner s'il existe des régimes sociaux de pollution industrielle, d'en comprendre les ressorts politiques, les dynamiques économiques et sociales, de dégager des invariants tout en les remettant en contexte afin de caractériser au mieux les principaux points d'inflexion et de rupture. Il ne s'agit pas seulement d'offrir une synthèse sur l'état écologique de la planète dans son développement historique, mais de proposer une interprétations politique du devenir du monde industriel à travers l'étude des émanations et résidus qui l'encombrent toujours plus."

  Nous aurons l'occasion de nous référer à cette étude d'ensemble dans l'examen de différents conflits impliquant de plus en plus l'environnement, à l'heure du changement climatique actuel. 2020 est l'année la plus chaude sur notre planète depuis que les relevés systématiques des températures existent (1880 environ), et c'est aussi sans doute l'année la plus polluée. Ce livre nous permet de faire un point historique bénéfique, en attendant un autre sur l'ensemble des méfaits environnementaux depuis la fin des années 1970...

 

François JARRIGE et Thomas LE ROUX, La contamination du monde, Une histoire des pollutions à l'âge industriel, Éditions du Seuil, 2017.

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