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11 avril 2016 1 11 /04 /avril /2016 09:25

  L'usage très ancien et important de l'archerie dans les armées s'avère souvent décisif dans les batailles. Pourtant, les traités de tactiques développent surtout les manoeuvres des fantassins ou des cavaliers, les écrits sur l'armement du soldat ou du guerrier mentionnent très peu les archers ou les arbalétriers. Au contraire des récits bien connus, d'auteur très étudiés, sur les batailles que l'on peu retrouver dans l'Antiquité ou le Moyen-Age, la majorité des stratégistes et des spécialistes en tactique ne donnent pas une place très importante à l'archerie. Si bien que c'est en creux qui l'on peut déduire cette importance. Si les boucliers sont fabriqués et utilisés ainsi, les rendant parfois mal conçus ou pas conçus du tout pour le corps à corps, si les soldats se placent souvent en blocs compacts, boucliers sur leur tête ou face à l'ennemi, si les agencements prévoient de parer aux projectiles de toutes natures, c'est bien pour éviter la pluie de flèches qui s'abat sur la troupe au début des engagements. Si les fortifications sont construites comme elles le sont, ce n'est pas seulement pour résister aux chocs des machines de combat, mais aussi pour prétéger les combattants de semblable pluie de flèches, tirées souvent depuis des tours mobiles des assiégeants. Tout est fait, dans les armées, pour préparer l'affrontement au corps à corps, pour le retarder, pour en faciliter le dénouement victorieux. Eclaircir les rangs de l'adversaire avant de l'affronter, tel a été, est et sera sans doute toujours l'objectif. Le tir de milliers de flèches comme le tir de centaines de coup de canons, comme l'envol de dizaines de missiles sont là pour ne pas donner seulement au corps-à-corps tout le poids du combat. Histoire aussi de garder une distance le plus longtemps possible d'avec l'adversaire tout en le détruisant le plus possible. Ce qui n'empêche pas l'utilisation de l'arc (plus que l'arbalète, car il faut nettement plus de temps pour replacer un carreau) dans les combats rapprochés, par un fantassin ou un cavalier.

   Si la littérature militaire est moins prolixe envers ces archers qu'envers ces fantassins alignés ou ces cavaliers, c'est moins parce que leur importance est faible que parce que les premiers sont mal considérés par la hiérarchie et par la soldatesque. La réputation de l'archer, comme de l'arbalétrier est celle d'une personne un peu lâche, ne voulant ou ne pouvant affronter son adversaire en face. Celle d'un maigre soldat qui d'une flèche peut tuer un roi ou un élément bien plus méritant à beaucoup de point de vue que lui. Dans l'armée romaine comme dans la troupe de la guerre de Cent ans, l'archer est méprisé, même si, devant leurs exploits victorieux dans maintes batailles, on a finalement, par expérience de plus en plus recours à lui. L'aspect moral de la guerre est détruit par sa présence. Si la chevalerie résistera longtemps au Moyen-Age, avec ces carapaces à n'en plus finir, c'est parce que dans la lutte entre la flèche et la cuirasse, cette dernière l'emportera souvent. Il faut attendre les flèches qui portent loin et forts et plus encore les carreaux des arbalètes pour qu'on renonce aux fantastiques armures recouvrant, parfois comme d'une seule pièce, monture et chevalier. Et in fine, la flèche, et plus tard le missile constitue l'arme  la plus redoutable et la plus décisive... Les perfectionnement des armes de jet individuels l'emportent sur tous les boucliers, et c'est devenu clair pour tous avec l'avènement d'armes à feu et de canons efficaces. Le retard de certaines armées à se doter d'archers ou/et d'arbalétriers, malgré de fortes déconvenues tient à la force des représentations morales et sociales des difféentes armes. Il est noble de combattre face à face à l'épée ou à la hâche ; il est lâche d'abattre un ennemi à distance. On peut même supputer, mais peu d'études fouillées existent sur ce sujet, qu'il existe de tout temps une tension conflictuelle entre la recherche pure et simple de l'efficacité sur le terrain et le statut rattaché aux différentes armes.

 

   Bernard SERGENT effectue une étude assez éclairante à ce dernier propos avec sa recherche anthropologique sur le statut de l'arc dans les différentes sociétés. P VIDAL-NAQUET et J Le GOFF n'ont fait que des remarques éparses à ce propos. "D'une part, en effet, Grèce ancienne et France médiévale s'accordent pour donner à l'arc un statut inférieur dans la hiérarchie des armes, qu'il soit réservé à une activité inférieure à la guerre, à savoir la chasse, ou qu'il soit mis entre les mains d'individus distincts de l'homme libre ou noble guerrier ; et d'autre part, ce faisant, elles s'opposent à l'Inde, dans laquelle l'arc est par excellence l'arme du guerrier qualifié. Autrement dit, l'arc comme signe change de sens selon les sociétés." L'auteur, à l'aide des textes historiques et mythologiques de ces peuples, met en évidence que tous les peuples indo-européens occidentaux (Celtes, Italiques, Germains) s'accordent avec elles sur le même sujet (il aurait pu ajouter les Romains à cette même enseigne), tandis que tous les peuples indo-européens orientaux s'accordent avec l'Inde. "La variation de signe coupe diamétralement le monde indo-européen.".

"Elle joue, dans l'un et l'autre cas, sur une série d'oppositions dichotomiques : jeunes/vieux, inférieurs/supérieurs, féminin/masculin, chasse/guerre, armes de jet/armes de main, guerrier à pied/guerrier monté..." .

Bernard SERGENT distingue aussi les sources "exoscopiques", fournies par des observateurs étrangers sur une société, et les sources "endoscopiques", fournies par une société sur elle-même. Les premières sont ambigües, et ne peuvent à elles seules être déterminantes dans la démonstration. Les secondes, par contre, consistant largement en mythes, révèlent d'emblée le système de valeur en vigueur dans telle ou telle culture.

Il y a bien une "opposition radicale entre les Indo-Européens de l'Est, pour qui l'arc est une arme noble, digne des grands guerriers, et ceux de l'Ouest, pour qui c'est une arme méprisable, reléguée aux marges de la société. Arme ici ambigüe toutefois, puisqu'à côté de son attribution aux niveaux les plus bas (esclaves, mauvais garçons, étrangers...), elle est aussi aux mains de certains rois et de certains dieux souverains. Sa puissance de mort - qui en fait, quant à sa vertu magique, l'homologue inversé de la femme, donneuse de vie - est celle du souverain sévère, lieur chez les Celtes, juriste chez les Germains, porteur de l'épidémie chez les Grecs. A deux exceptions près - les Baltes et Slaves à la "frontière" nord, les Hittites à la "frontière" sud - cette opposition coïncide avec celle entre les langues en satem et les langues en centum. (...)".

Cette opposition "n'a pas été toujours remarquée, malgré l'abondance des faits - et des silences (...). Cela tient (...) à deux causes.

L'une est que l'on n'a pas toujours pris garde à la notion même de valorisation, et à ce qu'elle implique. Il arrive qu'une société fasse un usage pour ainsi dire massif de l'archerie, et que pourtant son discours propre soit muet à ce sujet. On le soupçonnera pour l'Irlande du Nord du haut Moyen Age, on le sait pour une partie de l'histoire grecque. (...)."

 

   Une autre raison de la sous-estimation du rôle des archers résident dans la difficulté de trouver des preuves archéologiques sur leur rôle. En effet, les élements de leurs armes (arcs et flèches) sont constitués de matériaux périssables. Plus on avance loin dans le temps, moins on trouve de traces de leur présence, même ne ce qui concerne la chasse. S'il n'y avait pas les peintures dans les grottes de la préhistoire, les spécialistes ne feraient même pas d'investigation là-dessus. Ce n'est que lorsque les éléments de cette arme se trouvent emprisonnés dans des reliefs que l'on peut se rendre compte de son usage. On a retrouvé des traces des arcs et des flèches (surtout les pointes en silex) jusqu'à moins 25 000 ou 50 000 ans. 

Les armées de l'Antiquité font usage de l'arc avec abondance et doivent parfois à cette arme leur suprématie. Ainsi les armées de Mésopotamie utilisent l'arc dès 2370-2230 av JC. L'utilisation de l'arc, alors réservé à la chasse, représente une innovation importante dans les conquêtes de l'empire akkadien. Cette arme composite est faite de l'assemblage de pièces de bois de flexibilité  variable et renforcée de corne et de tendons ; l'adoption d'une poignée concave vient encore renforcer sa puissance de jet qui peut dépasser 400 m, permettant d'opérer de loin et de surprendre l'adversaire. L'apparition, aux XVIII-XVIIe siècles d'un char beaucoup plus léger, plus rapide et plus maniable révolutionne la stratégie. Dépourvu du haut tablier frontal sumérien, monté sur deux roues, placées plus en arrière, il est tiré par des chevaux. la cavalerie évolue par paires ; un écuyer tient à la fois ses propres rênes et celles d'un archer monté. L'infanterie est essentiellement composée d'archers et de frondeurs. Dans le temps, la cavalerie se modifie et le cavalier en arrive à évoluer seul, montant à cru son cheval, armé d'un arc et parfois d'une lance. Sans doute sous la pression de l'usage de l'arc dans les armées adverses, des armures apparaissent, ainsi que de hautes bottines lacées chez les fantassins. L'infanterie est composé depuis longtemps principalement d'archers, de frondeurs, de piquiers armés de pique légères, de javelots, avec leurs épées et leurs haches. 

Les armées de l'Egypte ancienne ont longtemps été formée principalement de fantassins, chacun protégé par un grand bouclier de cuir, armés de massues, bâtons de jet, haches et lances, mais déjà d'arc à flèches à pointe de silex, remplacé très progressivement par du cuivre et du bronze... L'armée du nouvel Empire emprunte aux Hyksos l'utilisation du char de guerre : entraîné par deux chevaux, il est monté par un conducteur et un combattant armé d'un arc et de javelots. La charrerie, constituée en escadrons de 50 chards, devient l'élément de décision de la bataille et fait figure d'aristocratie de l'armée. Plus tard, malgré l'apparition de nouvelles armes comme le glaive courbe et la longue épée des Shardanes, l'armement - arcs, javelots, dagues, reste inchangé, même si la tactique évolue en faisant jouer beaucoup plus de combattants à la fois, des divisions regroupant de grandes unités tactiques autonomes de 5 000 à 6 000 hommes, groupant infanterie, charrerie et services (Ramsès II).

En Grèce de l'époque mycénienne (XVI-XIIIe siècle), les guerrières utilisaient sourtout au combat de longues rapières en bronze, armes d'estoc, protégés par casque et grand bouclier. L'apparition de l'armement hoplitique ne laisse guère une grande place à l'archerie, même si la forme des boucliers laisse soupçonner que les armées grecques aient eu affaire à des archers ennemis. Les troupes légères apparaissent dès l'époque géométrique - archers et frondeurs en grand nombre. L'armement macédonien reprend surtout en l'améliorant l'hoplite grec (phalange macédonienne).

Les armées romaines ne méconnaissent pas la tactique de la préparation d'artillerie avant l'engagement du choc puis du corps à corps. D'autant qu'au fur et à mesure de leurs conquêtes, ils emprutent éléments d'armement, de tactique et même de stratégie aux peuples qu'ils rencontrent, engageant de plus en plus souvent (surtout sous l'Empire) des auxilliaires beaucoup utilisées pour leur habileté au jet de diverses armes, du javelot aux flèches. Surtout à partir du moment où de nombreuses armées ennemies se mettent à se battre "à la romaine", l'usage d'archers pour éclaircir les rangs se généralise. Cette préparation d'artillerie, notamment à l'aide de machines qui lancent des traits (javelots, flèches, dont certaines incendiaires, pierres, poutres), utilisées sur mer comme sur terre, pour soit couler des navires, soit pour détruire des murs lors des sièges. L'essentiel des batailles en rase campagne voit l'utilisation surtout des fantassins lourdement armés, des auxilliaires plus légèrement dotés et plus mobiles, et une cavalerie. le tout doit être très mobile, et une infanterie légère, notamment celle des archers et des frondeurs qui tuent de loin et qui sont dispersés devant l'armée, derrière elle ou sur les flancs. Une fois soigneusement mise en place, l'armée romaine commençait les hotilités par une préparation d'artillerie (catapultes, balistes) complétée au moment où les rangs de l'ennemi commencent à s'éclaircir et à se rapprocher par des archers et des frondeurs. 

Du bas Empire romain au Moyen-Age occidental, l'arc est employé diversement. Bien que les Francs et les divers Goths le connaissent, son utilisation ne se généralise pas avant la fin du VIIIe siècle. Les archers ne sont plus aussi prédominants à la guerre. Les archers étaient souvent les soldats les moins payés d'une armée ou étaient recrutés parmi les paysans. Sur le marché, l'arc est bien moins coûteux qu'une bonne armure et une bonne épée. Si on considère généralement que l'arc était rarement utilisé pour décider de l'issue d'une bataille, cela est dû à la nature des combats, faits surtout de corps à corps avec un nombre souvent limité de combattants. Toutefois, lors des invasions, les défenseurs utilisent l'arc ou l'arbalète pour tirer à plus ou moins longue distance avant que l'ennemi n'arrive aux remparts de la ville.

Ce n'est que lors de l'invasion de l'Angleterre par les Normands que les archers se multiplient dans les armées. pas seulement l'arc, mais surtout l'arbalète, capable de tirer plus loin et plus fort, jusqu'à entamer l'armure des cavaliers ou des fantassins. L'arbalète est si puissante, et peut se mettre entre toutes les mains (la mise en place du carreau se perfectionne et devient de plus en plus facile, de moins en moins lente...) qu'elle effraie la noblesse. Interdite par le Concile de Latran en 1139 par l'Eglise, elle n'est autorisé que contre les Infidèles. 

Durant la guerre de Cent ans, surtout les Anglais, les commandements des armées (et des grandes compagnies) ont appris à utiliser l'archerie comme élément de domination tactique, avec leurs arcs droits. Dans plusieurs batailles décisives, les archers défont les chevaliers. Au cours du XVe siècle, puis pendant la Renaissance, se développe en France et dans le reste de l'Europe, le tir à l'arc sous forme de jeu d'adresse. Dans sa réorganisation de l'armée, Charles VII crée les compagnies d'ordonnance, corps de cavalerie permanente. Chaue compagnie est composée de deux valets pou trois archers montés. Vers 1500, l'arrivée de l'arquebuse dans les armées provoque quelques lents changements (on verra des utilisations mixtes longtemps) et ce n'est qu'au XVIIIe siècle que le perfectionnement des armes à feu rend caduque les arcs de guerre.

  Ces armes à feu reprennent les fonctions de l'arc et des flèches : éclaircir les rangs des adversaires, semer l'effroi, désorganiser les divers éléments de l'ennemi, avec bien entendu plus d'efficacité meurtrière. Tout au long de l'histoire de son usage à la guerre, de multiples perfectionnements ont été apportés à ses divers composants = la corde, le repose-flèche, le Berger-button, l'accessoire qui sert d'amortisseur à la flèche lorsqu'elle est propulsée, le cliqueur qui permet de régler l'allonge du tir, le viseur, la visette, la stabilisation... De même les accessoires de l'archer sont devenus de plus en plus sophistiqué, lui assurant de plus en plus protection, agilité et rapidité et sûreté du tir... La flèche elle-même évolue, adaptée à l'arc ou plus courte à l'arbalète, adaptée également au type d'arc.

Dans ce domaine, le long arc anglais, évolution de l'ar gallois, est très puissant, d'environ 2 m de long. Apparaissant lors des guerres en Pays de Galles et en Ecosse, elle se révèle décisive pendant la plus grande partie de la guerre de Cent ans. De nombreuses solutions sont essayées par les Français, qui se refusent à adopter l'archerie comme élément important dans leurs armées : mise à pied des combattants montés, augmentation de la surface protégée par des plates dans les armures, protection des chevaux, neutralisation des archers. Avant de se résoudre, contre toutes les prévenances sociales et morales, à créer des compagnies d'ordonnance de francs-archers. Seule en fait l'artillerie de campagne met fin à la supréiorité de l'arc long anglais. 

 Mais seuls les plus fortunés pouvaient sans doute se procurer tous les avantages au fur et à mesure de leur apparition, et cela dans toutes les armées du monde, surtout lorsque l'homogénéisation de l'équipement du soldat n'est pas acquise (elle ne le sera pleinement qu'au XVIIe et surtout au XVIIIe siècle)... 

    

    L'arbalète n'est rien d'autre qu'un arc pour lequel le maintien en tension de la corde est assuré non plus par la force physique du tireur, mais par une pièce rigide, l'arbrier, organisée pour supporter la flèche, retenir la corde et la libérer au moment du tir au moyen d'un mécanisme simple. Quelque soit la position du tireur, il peut utiliseer l'arbalète dont la puissance peut être augmentée jusqu'à des niveaux compatible avec le percement des armurs ou l'abattage d'un cheval. Si les modèles apparus pendant la guerre de Cent ans sont de conception perfectionnée, l'arbalète est connue depuis l'Antiquité, et est encore plus utilisée en Asie qu'en Europe. Plus que l'arc, l'arbalète est l'objet de l'attention des pouvoirs successifs, car si avec l'arc comme avec l'épée, il faut un certain entrainement pour bien l'utiliser, avec l'arbalète, une arme relativement puissante peut être mise aux mains des... brigants, voleurs, assassins de toute sorte, petits soldats de petite extraction...et des opposants...

 

Bernard SERGENT, Arc, dans Mètis. Anthropologie des mondes grecs anciens, n°1, volume 6, 1991. Dictionnaire de l'Antiquité, Sous la direction de Jean LECLANT, PUF, 2005. Yan Le BOHEC, L'armée romaine, Editions A. et J. Picard, 2002. Jean-Pierre VERNANT, Problèmes de la guerre en Grèce ancienne, EHESS, 1999. Philippe CONTAMINE, La guerre au moyen Age, PUF, 1999.

 

 

 

 

 

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10 avril 2016 7 10 /04 /avril /2016 08:40

  De son vrai nom David Abelevich KAUFMAN, le cinéaste soviétique d'avant-garde, d'abord rédacteur et monteur de films d'actualité, puis réalisateur de films documentairs et théoricien, déploie son oeuvre créatrice surtout à une période où la jeune Union Soviétique n'est pas entrée dans un système de censure et de mise en place d'un académisme officiel, le "réalisme socialiste". Il s'inscrit dans le mouvement de l'avant-garde cinématographique de la Russie des années 1920, influencé par le futurisme et le constructivisme. Il ne cesse d'expérimenter, s'opposant à des cinéastes comme Sergueï EISENSTEIN, Grigori TRAUBERG et Leonid TRAUBERG, qu'il accuse de faire du cinéma-spectacle, en raison de leur emploi de la fiction. Il se choisit le surnom de Dziga Vertov qui signifie littéralement la "Toupie qui tourne sans cesse". Responsable de plusieurs séries documentaires (1918 puis 1922, puis encore 1923 à 1925), il pose à travers de nombreux articles et son mouvement/manifeste du Cine-Oeil (1923), inspiré par ses propres découvertes à l'usage de la caméra, les bases d'un mouvement esthétique anti-bourgeois, nouveau et indépendant. Dont l'un des axes fondamentaux est l'abandon de toute trame romanesque ou narrative - qu'il perçoit comme un parasite empêchant la naissance d'un langage esthétique nouveau - au profit de l'utilisation d'images filmées dans la vie réelle.

Pour VERTOV, la caméra est un prolongement de l'oeil humain. Et pour l'expérimenter, il n'a besoin ni de scénario, ni de script, ni d'acteurs... Ce qu'elle enregistre doit être assemblé, monté, structuré pour créer un langage nouveau, supérieur à la vision linéaire que nous avons de la vie. Grâce à cet oeil mécanique qu'est l'objectif, nous pouvons voir mieux et plus loin qu'avec l'oeil humain nécessairement imparfait. 

Le Ciné-Oeil - qui prend la vie "sur le vif"- est en ce sens le contraire même du Ciné-Drame, qui repose sur la narration et les émotions, et que VERTOV qualifie d'Opium du peuple. "Nous proclamons, écrit-il, que les films que nous connaissons basés sur le romanesque, les films narratifs et théâtraux et tous les films de ce genre, sont comme de la lèpre". Cette théorie du Ciné-Oeil influence ensuite profondément un pan entier du cinéma européen, de Hans RICHTER à Jean VIGO, de Luis BUNUEL à Man RAY, de Joris IVENS à Henri STARK, même s'il n'appliqueront jamais à la lettre ses préceptes. 

  Son film le plus connu, L'homme à la caméra, film manifeste de 1929, précède de peu Enthousiasme, la Symphonie de Donbass (1930), l'un des premiers films soviétiques sonores, tous tournés en Ukraine. En 1934, il propose, pour commémorer le 10ème anniversaire de la mort de LÉNINE, Trois chants sur Lénine, mais déjà les théories de l'avant-garde cinématographique sont de moins en moins bienvenues dans les allées du pouvoir stalinien. Lequel recherche beaucoup plus des films réalistes qui célèbrent la réussite collectiviste, visibles et plus faciles à comprendre selon lui par le grand public. 

D'autres films sont réalisés de 1919 à 1954, moins connus et une bonne moitié non diffusées en Occident : Les jouets soviétiques (1924), Kino-Glaz (1924), Kino-Pravda (1925), La sixième partie du monde (1926), En avant, Soviet! (1926), La onzième année (1928), Trois héroïnes (1938)...

Entre 1942 et 1944, il se replie, avec toute l'industrie cinématographique, en Asie Centrale, à Alma Ata (Kazakhstan) où de nouveaux studios sont construits au début de la guerre. VERTOV se consacre alors plus à l'enseignement et à la théorie, tout en continuant de travailler sur des actualités cinématographiques et des documentaires au service du pouvoir. De 1944 à 1954, il continue de collaborer aux journaux d'actualités, titrées Novosti Dnia (les nouvelles du jour), soit 55 numéros en 10 ans.

   L'homme à la caméra, film muet de 1929, réalisé et monté (avec son épouse) par Dziga VERTOV, dont la photographie est due à son frère, d'une duré de 65 minutes concentre une grande partie de sa conception du cinéma. En effet, à l'écart d'une tonalité très propagandiste des différents documentaires, il filme, se film en train de filmer, avec pour seule bande-son une musique entrainante. Le film évoque d'abord la vie quotidienne du matin au soir d'une grande cité soviétique (tournage à Odessa mais aussi à Kiev et à Moscou) et célèbre en même temps le travail du cinéma. On voit dans l'oeuvre comment se construit le film, on découvre quelle place occupe le cinéma dans la société soviétique, sa réception même par le public. L'énonciation est tout sauf gommée ou masquée. Un plan montre par exemple la circulation croisée des multiples véhicules, tram et piétons et le plan suivant montre le cameraman en train de les filmer... Il y a ainsi réflexion du cinéma sur lui-même, sa place, ses fonctions comme ses techniques. Il s'agit de faire prendre conscience aux spectateurs des mécanismes du cinéma, de son pouvoir sur le réel. Le travail du cineaste est d'ailleurs présenté comme similaire à celui de tous les travailleurs/travailleuses évoqués dans le film : la main à la camera vaut la main à charrue ou à mouvement des tricoteuses et réciproquement. On comprend à la vision du film comment Charles CHAPLIN par exemple a pu être influencé dans la vision de la société industrielle. Presque tous les artifices du montage sont utilisés : ralenti, accéléré, fondu enchaîné, contraste, surimpression, superposition... donnant à l'image une forte musicalité (pour un film muet!). La bande sonore a été recomposée par la suite à partir des annéées 1980, suivant les indications de VERTOV lui-même.

 

    Influence contemporaine du travail de VERTOV, le groupe Dziga Vertov, à l'existence brève, de 1969 à 1973, est fondé par Jean-Luc GODARD et Jean-pierre GORIN. Son activité est fondée sur une lecture de l'opposition Sergueï EISENSTEIN/Dziga VERTOV, affirmée dans le film-manifeste Vent d'Est (1969). Mais le projet de léguer des textes théoriques n'est au bout du compte pas réalisé. En guise de théorie, composée de thèses et de démonstrations, le groupe conduit son activité en suivant des mots d'ordre, à la manière du militantisme maoïste dans lequel il s'inscrit. Il s'agit de mettre les moyens et usages de la politique au profit d'une pensée voire d'une refonte du cinéma. La maigre théorisation du groupe se réduit souvent à "Pour qui? Contre qui?" Le collectif n'entend pas être un groupe d'auteurs, mais davantages celui de militants ("révolutionnaires professionnels") qui se donnent pour tâche principale de se consacrer au cinéma. Il s'agit donc de faire des films politiques "politiquement". Le groupe veut inscrire sa critique du cinéma suivant la conjoncture et ne rejette pas systématiquement les films politiques à grand spectacle, tels que Z (COSTA-GAVRAS, 1969). Pour saisir ce que le groupe a voulu dire, il faut surtout regarder ses films. 

David FAROULT, Maitre de conférences en cinéma à l'Université de Paris Est Marne-la-Vallée, écrit que "la démarche du groupe Dziga Vertov, à la différence du cinéaste soviétique qu'ils prennent comme étendard et qui congédiat le film "joué", consiste à profiter des moyens qui peuvent être capités par le nom d'auteur de Godard pour réaliser collectivement des films militants qui soient utiles aux militants eux-mêmes. Ainsi, nourri de Brecht peut-être plus que de Vertov, le groupe ne souhaite pas offir aux militants le spectacle de luttes ou de grèves dèjà passées, mais plutôt de proposer une dialectique théorique à travers des films "tableaux noirs". "Il y a deux sortes de films militants : ce que nous appelons les films "tableaux noirs" et les films "internationale", celui qui équivaut à chanter l'Internationale dans une manif, l'autre qui démontre et permet à quelqu'un d'appliquer dans la réalité ce qu'il vient de voir, ou d'aller le récrire sur un autre tableau noir pour que d'autres puissent l'appliquer aussi". 

Le groupe Dziga Vertov excelle dans l'exercice dialectique au sein des films eux-mêmes. Dans tous leurs films, même si cela est plus perceptible dans Pravda (1969) que dans Luttes en Italie (1970), la construction en différentes parties est exhibée au spectateur, et le mouvement dialectique qui soutient dans chacune d'elle la négation critique de la précédente est exposé explicitement. Ainsi, le film change-t-il de statut au fil de son déroulement. Menant la critique de son propre commencement, de ses choix de représentation initiaux, il aboutit à se révéler in fine consciemment pour ce qu'il est : un film, objet artificiel. Et le spectateur se trouve par-là convoqué à s'extraire de sa condition, conçue comme une aliénation dans "l'impression de réalité" (l'illusion) produite par la représentation." D'où l'importance d'affirmer le primat de la production sur la diffusion, le refus des règles du marché.

"Au terme de plusieurs années d'activités, de recherches fécondes et critiques (l'humour parfois potache), irrigue volontiers les films, voire les envahit, comme dans Vladimir et Rosa (1971), la méthode du groupe tend à se renverser, et ce sont les moyens d'une pensée cinématopgraphique (adossée au montage en particulier) qui sont convoqués pour penser la politique, jusque dans les manifestations intimes (en quoi l'apport des féministes est largement pris en compte). Tout va bien et sa suite Lettre to Jane (1972), film signé nommément par Godard et Gorin, constitue sans doute l'aboutissement réussi qui laissera plus de traces ultérieures dans les travaux des deux cinéastes. Godard (par exemple dans La rapport Darty, co-réalisé avec Anne-Marie Mièville en 1989) et Gorin (notamment dans Poto et Cabengo, 1977), qui ont alors éprouvé et démonté la capacité d'un cinéma, tournage et montage, à des fins d'investigation "scientifique". 

     

 

Dziga VERTOV, L'homme à la caméra, Kino Eye/La vue à l'improviste, Enthousiasme - La Symphonie de Donbass et Trois chants sur Lénine, Kino/Pravda n°21, issus des copies de la Cinémathèque de Toulouse, coffret combo Bluray et DVD VOST avec livret de 32 pages, 279 minutes, Lobster Films, 2014.

Diziga VERTOV, Articles, journaux, projets, traductions et notes par Syloviane MOSSÉ et Andrée ROBEL, Union Générale d'Editions, 1972.

Frédérique DEVAUX, L'homme à la camera de Diziga Vertov, Bruxelles, Yellow now, 1990 (visible sur Youtube). Sous la direction de Jean-Jacques MARIMBERT, Analyse d'une oeuvre : l'homme à la caméra, 2009. Georges SADOUL, Dziga Vertov, préface de Jean ROUCH, Champ libre, 1971. 

David FAROULT, Groupe Dziga Vertov, dans Dictionnaire de la pensée du cinéma, PUF, 2012.

 

 

 

 

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9 avril 2016 6 09 /04 /avril /2016 13:02

L'épée et le bouclier fait partie d'une représentation du monde des armes et de la guerre qui est reprise bien après la disparition de ceux-ci comme armement habituel des soldats ou des guerriers. Munir une armée d'épées, c'est la doter de moyens d'attaque, la munir de bouclier c'est la permettre de se défendre. Aujourd'hui encore, si les épées du monde moderne sont encore plus métaphoriques, et s'appliqueraient plus à une société qu'à une armée qui doit avoir les moyens de l'offensive politique et économique, les boucliers sont encore promis à un bel avenir concret avec le déploiement de boucliers missiles anti-missiles.

      En fait, avec l'épée et le bouclier, pour se replacer dans le contexte de l'Antiquité et du Moyen-Age (en tout cas occidental), il faut adjoindre la lance (laquelle préfigure nettement plus que l'épée le moyen d'offensive d'une armée contemporaine, des balles aux missiles...). Ainsi existe depuis des millénaires un armement tripartite. Rencontré autant chez les combattants germaniques du haut Moyen-Age que chez les Celtes, les Germains, les Romains de l'Antiquité. On pourrait même penser d'abord le couteau pour le corps à corps, suivi de la lance pour le lancer à distance, le plus loin possible de l'adversaire, le bouclier pour parer aux nuées de lances ou au choc des soldats adverses, puis l'épée pour le corps-à-corps puisqu'il faut en passer par là, autant pour se défendre que pour attaquer. Les experts discutent comment s'agencent suivant les époques et les armées l'utilisation de la lance, du bouclier et de l'épée. Sans oublier le complément arc à flèches inspensable, tout cela dans une problématique entre soldats à pied et soldats à cheval... de combat au corps-à-corps et de combat masse contre masse...

    Il n'est pas sûr que les différentes classifications usuelles entre armes défensives et armes offensives soient très utiles pour comprendre les combats d'antan, tant les instruments utilisés pour les unes que pour les autres sont variées et interchangeables... Mais comme l'usage veut que l'on passe par là, on fait dans cet article un petit inventaire des instruments de combat, en écartant tout ce qui est de la chasse et de la collection ludique. A noter d'ailleurs que dans les premiers temps, la chasse et la guerre ne devait pas se mener avec des instruments bien différents...

     Daniel REICHEL, docteur de l'université de Neuchâtel, colonel EMG, directeur scientifique du Centre d'histoire et de Prospective militaires à Morgues, écrit qu'"on désigne traditionnellement par arme blanche l'épée, le sabre, le poignard enfin la pique, la hallebarde et la baönnette. On peut  y joindre les armes de jet comme le javelot et la lance, cette dernière devenant une arme de main.  (...) On peut admettre que l'arme blanche est l'un des principaux instruments du combat à corps à corps."

il évoque tour à tour, en remontant aux temps les plus anciens, à l'époque mésolithique, les poignards de silex et d'obsidienne, les premiers essais d'alliages de bronze de 5000 à 3000 de notre ère, les armes de bronze elles-mêmes, prédominantes du IIIe millénaire au début de la période romaine, à l'exception des Hittites qui commencent à manier le fer vers le milieu du IIe millénaire. Grâce à ce maniement, les Hittites conservent un temps la suprématie d'une partie de l'Asie Mineure. Les Grecs, qui en aveient connaissance, préféraient le bronze.

Les Romains généralisent l'usage du fer, en conservant pour l'essentiel la forme des armes helléniques. La diversité des dimensions des épées semble indiquer que les combattants gréco-romains tenaient compte de la taille des combattants pour les équiper "sur mesure". L'entrainement au combat singulier de l'hoplite grec, puis du légionnaire romain, prend une grande place. 

Les légionnaires romains emloient le glaive, qui se porte du côté droit comme avant lui l'épée gauloise ou ibérique. Le glaive du haut Empire est directement inspiré de l'épée hispanique avec une lame qui peut atteindre 60 cm. Par la suite, la pointe se raccourcit et ses tranchants, jusqu'alors courbés en deux points (une courbure rentrante et une corbure sortante, lame de type "pistilliforme"), deviennent droits (type "Pompéi"). Le glaive du légionnaire est sans doute l'arme qui contribue le plus à la supériorité militaire romaine des premiers siècles de notre ère, notamment en raison de sa capacité à être utilisé de taille et d'estoc. Parallèlement, la cavalerie romaine, souvent composée des troupes auxiliaires celtes ou germains, emploie un type d'épée longue. A cause de sa relative complexité (de la poignée jusqu'à la pointe), l'épée est une arme dont la fabrication est confiée à des spécialistes. Pour cette raison, un modèle est souvent et longtemps imité avant qu'une innovation le remplace lentement. A partir du IIIe siècle environ l'épée longue romaine s'inspire des armes germaniques occidentales.

Les armes blanches arabes et asiatiques, caractérisées souvent par leur forme recourbée, indiquent que la frappe de taille (le geste de hacher), à l'inverse de la frappe d'estoc (le geste de piquer) ait été plus répandue chez ces peuples que dans le monde méditerranéen. 

Au Moyen-Age reprend les formes des armes blanches de l'Antiquité en les diversifiant et en apportant des perfectionnement très poussés à la garde et à la poignée, alors qu'auparavant les attentions étaient plus portées sur les tranchants, les longueurs de la lame proprement dite. "Certaines formes, qui atteignent à la perfection dans leur simplicité, comme celle du poignard mérovingien, se maintiennent pratiquement sans changement pendant plus de huit siècles." Parmi les innovations de la fin du Moyen-Age et de la Renaissance, Daniel REICHEL relève :

- l'allongement de l'épée, qui peut atteindre 110 cm et davantage. Le poids accru de l'arme confère aux coups portés de taille une efficacité plus grande. On peut s'en servir à cheval lorsque la lance est rompue ;

- le développement de la souplesse des armes qui confère sa véritable dimension à l'art de l'escrime. Les progrès des forgerons leur permettent d'obtenir entre le noyau d'une lame et son enveloppe une tension intérieure qui lui confère une souplesse et une résistance supérieures.

Dès le début de la Renaissance, l'épée longue fait place à la rapière, les lames ne sont plus utilisées pour la taille. Les protections de la main se développe ainsi que les liaisons entre la poignée et la lame (pommeau pour éviter le glissement de la poignée). Se développent aussi différents types d'épée, petite épée ou épée de cour, épée longue avec redécouverte de certaines capacités de frappe de taille. 

      La pique courte, à la fois arme de main et arme de jet, apparait très tôt dans l'Histoire. Elle équipe l'infanterie et la cavalerie légère des armées de l'Orient ancien, des Perses et des Grecs. Les romains utilisent également ensuite le pilum, arme de jet lourde capable de percer les boucliers légers et en se fichant dedans de les rendre peu maniables en les alourdissant. La pique longue (très longue parfois) est l'arme de l'infanterie lourde macédonienne. Elle permet à une troupe groupée de pratiquer le choc au pas de charge et de former des hérissons défensifs, mais cette formation est peu manoeuvrière. Les Romains adaptent ensuite leur armement pour rendre la manoeuvre plus facile. Il y a toute une progression de l'art de la manoeuvre et de la forme des lances et épées (et des boucliers) utilisées de la formation des hoplites grecs, de la phalange macédonienne et de la légion romaine. 

Au XVe siècle, grâce à leur robustesse (le paramètre de la constitution physique du soldat est relativement peu étudié mais entre de manière décisive dans l'adéquation de l'arme et du soldat) et leur habileté, les suisses, suivis des lansquenets allemands, remettent en honneur la pique utilisée par les fantassins en formation serrée. Lorsque le mousquet se répand, le piquier est considéré comme l'élément protecteur du mousquetaire rechargeant son arme (opération très laborieuse au début). Au XVIIe siècle, les piquiers portaient une cuirasse de telle manière qu'il gardaient une main libre pour l'épée. La recherche de la puissance de feu condamne plus tard la pique, très longtemps considérée comme une arme noble. Elle ne disparait toutefois que lorsque la baïonnette permet d'asocier l'arme blanche à l'arme à feu. Par contre, dans les troupes à cheval, la lance qui s'est allongée et a cessé d'être considéré comme arme de jet continue à équiper une partie de la cavalerie lourde, que l'on rencontre encore (hélas pour eux!) dans l'armée polonaise jusqu'en 1939.

    C'est à la Renaissance que l'arme blanche atteint de nouveau un apogée. Leur développement offre une analogie manifeste avec celui du choc considéré en ce temps comme l'élément décisif au combat. Lorsque l'emploi des armes à feu fait décliner la réputation du choc, les armes blanches passent au second plan (sauf dans la cavalerie avec l'usage du sabre). Seule la baÏonnette, plus ou moins courte, adaptée à l'arme à feu, subsiste, du XVIIIe siècle à nos jours. Dans les combats contemporains, l'usage d'une lame (poignard), notamment demeure à cause de son utilisation silencieuse, notamment dans les divers commandos de la plupart des armées. Cette arme primitve coexiste encore avec les moyens de combat les plus sophistiqués.

    

    Parmi les armes défensives, écrit encore notre expert, le casque occupe une place de choix, que ce soit en cuir ou en métal. 

Les Anciens s'attachent à protéger leur combattant de la grêle de flèches (pratiquement traditionnelles, pratique gardée oujourd'hui par les tirs au canon pour "préparer" une offensive) qui ouvre généralement le combat. "La principale parade est le bouclier, auquel on donne les formes les plus diverses. L'infanterie légère, moins exposée que la ligne, est équipée d'un bouclier léger d'osier, recouvert de peau de chèvre ou de mouton ; une échancrure accroit la visibilité et facilite la parade. Le bouclier de la ligne est soit circulaire, soit rectangulaire. Les légionaires romains qui le portent à l'assaut d'un rempart, joignent leurs bouclier bord à bord au-dessus de leurs têtes, manoeuvre qui porte le nom de "tortue". Par ailleurs, les Romains "neutralisent" les boucliers de leurs adversaires en les prenant pour civle de leur pilum lourd, qui perce 25 mm de chêne massif. Alourdie par une arme fichée comme un harpon, l'arme défensive adverse devient inutilisable." 

Le bouclier connait de grandes modifications à travers les âges, tant dans sa composition que dans sa forme, s'adaptant sans cesse aux avancées techniques ou tactiques. Chaque fois qu'une nouvelle arme au potentiel meurtrier est introduite, le bouclier voit son épaisseur ou la qualité de ses matériaux accrue, jusqu'à ce que la poudre à canon lance des projectiles au-delà du supportable. Dans les régions où justement elle est absente (Océanie, Afrique...), des boucliers sont encore utilisés au début du XXe siècle. Tant dans ses dimensions que dans ses moyens de préhension, le bouclier évolue en Europe de manière importante des débuts de l'Antiquité à la fin du Moyen-Age. En cuir, en lin, en cuivre, en bronze, en fer, puis dans l'époque moderne en acier puis en matière plastique, le bouclier garde sa fonction de protection dans les combats les plus divers.

Utilisé depuis les Sumériens, la lanière de cuir maintient le bouclier accroché en travers de l'épaule. Rejeté sur le dos lors des déplacements ou en cas de fuite, la lanière est ramenée en avant au moment de l'assaut, laissant les deux mains libres pour saisir une lance. C'est ce système de fixation que reprend l'armée macédonienne afin que ses fantassins puissent manier les longues sarisses utilisées au sein de la phalange. Le télamon, nom de cette lanière, a l'avantage, durant la fuite, de placer le bouclier sur le dos qu'il protège ainsi que de le maintenir fixé pour éviter de le perdre, car son prix est élevé. On retrouve un système de fixation similaire pour l'écu des chevaliers du Moyen-Age, permettant d'une main la conduite de la monture et de l'autre le maniement d'une arme.

Entre le VIIIe et le VIIe siècle av JC, les Grecs inventent un système révolutionnaire de préhension du bouclier utilisé encore de nos jours par les "forces de l'ordre". Soutenu par l'ensemble de l'avant-bras, le bouclier gagne une fermeté de maintien et une liberté de mouvements dans les corps à corps inconnus jusqu'alors. Un autre système très largement répandu, chez les Celtes par exemple, est celui d'une simple poignée au centre du bouclier, saisie par la main. Elle permet de maintenir celui-ci plus en avant mais se révèle peu adapté pour bousculeer un adversaire pendant un corps à corps. 

La forme des boucliers part d'abord de premiers modèles observables chez les sumériens, rectangulaire et de taille presque aussi haut qu'un homme. Elle se retrouve en de nombreuses régions dans l'Antiquité et jusqu'au Moyen-Age avec les pavois. Cette arme défensive peut aussi être lobée ou échancrée sur ses côtés, ce qui laisse un passage à la lance entre les boucliers de la ligne de front des combattants lors de l'assaut tout en permettant de maintenir les rangs serrés. Inversement, pour s'adapter à un autre type de combat, la forme ovale se rencontre chez les légionnaires ou au Moyen-Age.

 

Le Moyen-Age fait du bouclier un symbole, l'écu portant les armes "armoiries" du chevalier, tout en conservant le pavois (bouclier d'assaut) et la rondache, petit bouclier circulaire rappelant par son usage celui qu'en faisant les peltastes anciens. Un développement original est celui du bouclier incorporé, soudé au brassard (armure du bras) du chevalier.

L'époque moderne et contemporaine voit réapparaitre diverses sortes de boucliers ; pendant la première guerre mondiale, on a ainsi fabriqué des blindages imitant la forme d'arbres à demi brisés par des obus, pour servir de protection à des tireurs d'élite. pour le reste, le blidage du véhicule de combat a largement prit la relève de cette arme défensive qui, dans sa forme primitive, n'équipe plus guère que les forces de police engagées dans des opérations de maintien de l'ordre."

  Dans le développement du bouclier comme dans celui de la cuirasse en général (couvrant des parties plus ou moins importantes du corps, compromis tâtonnant entre la protection du soldat et ses rapidités de manoeuvre), on cherche à offir au combattant la sûreté la plus grande. L'archéologie militaire se dote aujourd'hui d'un corpus de connaissances, lesquels restent entravées par l'absence souvent de documents écrits. Il est difficile de savoir quelle est la réelle protection due au bouclier et à la cuirasse. Si un temps, le légionnaire est protégé peut-être à 70%, le chevalier à 90% (à force de compléter son armure), les efforts, pour favoriser la mobilité portent surtout sur le casque. Il semble bien d'ailleurs que si des efforts particuliers sont faits pour protéger les officiers et sous-officiers - ceux-ci d'ailleurs combattent de moins en moins en première ligne... - la piétaille ne bénéficie pas forcément des mêmes attentions. 

  L'usage de l'arme défensive ne se perd jamais tout à fait. Au XVIIIe siècle, le cavalier porte souvent encore une cuirasse à l'épreuve de la balle. Au XIXe siècle, le recours à la fortification de campagne se substitue peu à peu à l'usage de la cirasse, mais on retrouve en 1915 l'idée que le casque est indispensable au combattant.

"Plus tard, l'étude systématique des blessures reçues conduit la plupart des armées à équiper leurs hommes de casques de plus en plus enveloppants. le gilet pare-balles, enfin, pour lequel on emploi des matériaux nouveaux, dont certains treillis très résistants, superposés, qui peuvent fragmenter les projectiles pour en absorber le choc, sont l'un des développement les plus récents."

   Pour être complets en ce qui concerne l'usage de la lance, de l'épée et du bouclier, il convient de les englober dans les diverses catégories d'armes anciennes et armures, comme le fait Jacques BOUDET :

- les armes de choc (bâton, massue, marteau, maillet), sans doute les premières utilisées et dont la forme a peu varié ;

- les armes d'hast, c'est-àdire à fer : les unes, sous la forme de lance (arme du cavalieer), de pique (arme du fantassin), de sagaie, sont apparues très tôt, se sont peu modifiées, mais se sont prolongées très tard dans l'histoire ; les autres, à partir de la hache ou de la faux, ont multiplié leur forme dans les temps et dans tous les pays ;

- les armes de jet, à main (javelot, fronde) ou à engin bandé (arc, puis arbalète) ;

- les armes à main : glaive, épée, cimeterre, dague, qui à cause de leur emploi très généralisé tant à pied qu'à cheval n'ont cessé de se modifier selon les époques.

le vocable armure recouvre l'ensemble des moyens de portection du combattant :

- le bouclier, qui a subi un grand nombre d'évolutions parallèles de forme et de poids, régionales ou nationales ;

- les défenses de tête, c'est-à-dire les casques avec leurs infinies formes et variantes, selon les pays et les époques ;

- les défenses de corps, c'est-à-dire l'armure de mailles (dite habituellement cotte de mailles), ou l'armure de plates (plaques de fer), la plus récente (l'armure popularisée).

  "Les combats se déroulant, écrit-il encore, durant des millénaires comme une série de corps à corps et une multiplicité de duels simultanés, le rôle du poignard et de l'épée est attesté sans interruption de l'époque néolithique au XVIIIe siècle. Arme d'estoc (pour transpercer) à double tranchant, le poignard néolithique en lame de pierre courte (20 à 40 cm) était déjà si parfait que les modèles en métal, cuivre, bronze et fer qui suivirent ne firent que l'imiter. L'art de la forge permit non seulement d'en faire une arme de luxe (poignard à incrustations d'or), mais d'en allongeer la lame. Ainsi passa t-on de l'usage du glaive, arme d'estoc, mais aussi de taille (permettant de frapper de bas en haut), et l'achéologie a identifié sept types créto-mycéniens ne bronze. L'épée grecque à deux tranchants qui suivit était assez courte. Ce sont les peuples ibériques, déjà très habiles à forger les métaux, qui donnèrent à l'armée romaine son épée, beaucoup plus longue, et terminée en pointe. Elle fut remplacée au IIIe siècle par la spatha à bords parallèle, encore plus longue, empruntée aux cavaliers germains.

Déjà l'épée était tenue en main grâce à son pommeau, et à sa fusée où quatre dépressions aident l'effort des quatre doigts. Cette poignée au cours des sicècles ne cessa d'évolueer en fonction de préoccupations à la fois esthétiques et utilitaires. Une barre de fer plein, placée à l'intersection de la poignée et de la lame à l'époque carolingienne, se transforma en "quillons" recourbés au XIe siècle. Puis la poignée ira s'allongeant : les quillons se développeront pour mieux envelopper les mains, une ou deux gouttières évident la lame pour la rendre plus légère. Fourreau, baudriers, poignées et lames même s'enrichissent d'ornements, de garnitures, d'inscriptions. L'épée courte, ou dague, le poignard et sa variété, le cinquedeis italien, suivirent la même évolution. Ainsi, l'art des grands centres de fourbissage (Brescia, Tolède, Solingen, Rives) atteignit son plus haut point de luxe et de perfection au XVe et au XVIe siècle, cependant que la gigantesque épée à deux mains aussi haute qu'un homme était réseervée aux plus athlétiques.

le sabre, grand et long coutelas courbe, qui ne sera adopté réglementairement dans les cavaleries françaises qu'à la fin du XVIIe siècle, était déjà depuis longtemps en usage dans les armées asiatiques : arabe, turque, chinoise et japonaise. Il atteingnit son point de perfection au japon où les armes à feu ne durent introduites qu'au XVIIe siècle et où les samourais avaient le privilège de porter le daisho (le grand et le petit) et le kozuka, couteau qui se fixait dans le fourreau. De forme ronde et plate, la tsuba, ou garde du sabre, était beaucoup plus simple qu'en Occident (...)."

   Parmi les armes défensives, le bouclier est utilisé depuis les origines, confectionné en matérieux de toutes sortes, dont nous n'avons sans doute la trace que pour les plus résistantes au temps. 

Du IXe au XIVe siècle, l'Occident connut trois formes de boucliers :

- l'écu, aussi haut qu'un homme, ovale, terminé en pointe, décoré d'emblèmes héraldiques ; allégé au moment des croisades jusqu'à prendre la forme d'un triangle équilatéral, bombé au cours du XIVe siècle, il ne sert qu'à l'homme à cheval ;

- le pavoi, plus léger que le grand écu, mais tout aussi haut, de forme quadragulaire, sert à la protection des fantassins. Ses emblèmes, visibles de loin - fonction psychologique très importante - servent à "pavoiser" pour affirmer le désir de vaincre ;

- le bouclier rond sous le nom de rondache, servant aux combattants à l'épée, surtout en Italie et en Espagne, qui devint pièce de parade au XVIIe siècle, jusqu'à supporter de très belles peintures ou des motifs en métal repoussé.

  Pour mieux comprendre la forme de combat que suppose le port de l'épée, de la lance et du bouclier et de son utilisation, le plus ancien livre de combat connu en Occicent, Le Livre de l'Art de Combat, est fort utile. Manuscrit unique, composé d'aquarelles dessinées à la plume et commentées en latin (forme usuelle de présentation des livres de cette époque), il renferme la leçon d'un maître d'armes au tournant des XIIIe et XIVe siècles. Il enseignait à ses élèves les pratiques de combat ancestrales de l'Europe romane, germanique ou celtique. Cette oeuvre synthétique, inachevée (c'est le lot d'énormément d'ouvrages durant la Renaissance...), énigmatique, est traversée d'un souffle puissant (c'est dans la présentation, mais ce n'est pas faux...). Le maitre d'armes est un ecclésiastique, héritier d'une pensée scolastique qui déborde sur l'éducation du corps. Centré sur le maniement raisonné de l'épée et du bouclier, son enseignement renverse des préjugés relatifs à la brutalité des pratiques de combat médiévales. Et montre que l'escrime de cette époque n'a rien à envier aux arts martiaux traditionnels d'Orient. Cette oeuvre est disponible dans une édition critique de 2015, présentée par Franck CINATO et André SURPRENANT (CNRS Éditions).

     Chaque grande innovation est marquée par une reviviscence du mythe de l'arme absolue, de cette arme qui donne la suprématie et, dans la foulée, conforte la valeur morale (souvent requise au départ, découverte dans un processus iniatitique) de celui qui la brandit. Plus tournée vers l'épée que vers le bouclier, l'histoire d'un invincibilité acquise, mais contrariée ensuite par un destin funeste (sans doute une représentation de l'apparition d'une arme supérieure!), est visible dans les contes nordiques, moins dans la littérature romaine, plus dans la littérature du Moyen-Age. Le mythe des chevaliers de la Table Ronde, celui d'Excalibur, est bien connu. L'association de qualités morales d'un roi, d'un chevalier, d'un souerain, d'un chef, aux qualités de son épée relève d'une problématique de la violence, qui ne cesse en fait de hanter toutes les recherches, même contemporaines, d'une épée ou d'un bouclier définitifs. 

 

Daniel REICHEL, Armes blanches, Armes défensives, dans Dictionnaire d'art et d'histoire militaires, PUF, 1988. Jacques BOURDET, Armes anciennes et armures, dans Encyclopedia Universalis, 2015.

 

ARMUS

 

 

 

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8 avril 2016 5 08 /04 /avril /2016 12:28

      Si toute oeuvre cinématographique, parce qu'elle existe au milieu de conflits et de coopérations, est politique, elle n'a pas forcément vocation (mais cela n'enlève rien à sa nature politique) à intervenir sur les conflits politiques. Mais, depuis tous ces débuts, de la volonté de réalisateurs et créateurs, le cinéma intervient dans la politique, de manière plus ou moins distancée. Les pouvoirs politiques et économiques entretiennent avec ce médium, caractéristique de la culture de masse, des rapports très divers.

Le cinéma participe, même dans les films les plus anodins, à la représentation de la réalité d'hier, d'aujourd'hui et... du futur. Des réalisateurs de films cherchent par ailleurs depuis les origines du cinématographe à écrire l'Histoire, défendre des valeurs et proposer des modèles de comportement. 

   Fabien DANESI, Maitre de conférences en pratique et théorie de la photographie à l'Université de Picardie Jules Verne (Amiens) cite plusieurs éléments de ces rapports entre politique et cinéma : "L'histoire du cinéma politique est souvent initiée avec L'Affaire Dreyfus réalisée par Georges Méliès en 1899. Il faut immédiatement ajouter que cette première version est rapidement retirée des salles, en raison des empoignades qu'elle suscite. Ainsi, le cinéma et la politique vont être liés très tôt à travers la recherche d'un contrôle de la part des gouvernements", l'instauration de censures plus ou moins étendues." Durant la période de l'entre-deux guerres marquées par de fortes tensions idéologiques, les interdictions se multiplient, à l'image de L'Âge d'or, réalisé par le surréaliste Luis Bunuel en 1930. Subversif et antibourgeois, il entraine le saccage du Studio 28, le 3 décembre à Paris, par les ligues de l'extrême droite et est suivi immédiatement de son retrait. De même Octobre (Eisenstein, 1927) ne reçoit pas son visa de contrôle, comme Le Cuirassier Potemkine (1925) auparavant.

Dans le contexte des régimes totalitaires, la subordination du cinéma à l'Etat est évidente. Conscient que "le cinéma est de tous les arts le plus important", Lénine signe en 1919 un décret de nationalisation pour ce formidable outil de propagande. Le peuple doit être éduqué ; et cette tendance est renforcée lorsque Staline arrive au pouvoir (...). En 1928, un premier tournant est pris en URSS avec l'imposition d'un style académique qui va devenir officiellement en 1934 le réalisme socialiste. (...) Il en est de même dans l'Allemagne nazie où le ministre de la propagande Joseph Goebbels enage dès 1933 un processus d'élimination des personnels juifs et communistes au sein des sociétés de production. Il favorise une nouvelle culture néo-classique qui fait l'éloge de la beauté et de la pureté, de l'ordre et du surhomme, tel qu'on peut l'observer dans Le triomphe de la volonté (Riefenstahl, 1935)." Il se développe dans ces pays surtout une culture frivole de l'amusement censé faire oublier les soucis de la vie quotidienne et de la guerre. "Ce que les auteurs de l'Ecole de Francfort, Theodor Adorno et Max Horkheimer, perçoivent en 1944 comme une fuite face à la réalité, une formidable force aliénante rompant avec l'ambition d'une émancipation de l'individu. Pour eux, le cinéma est le fer de lance d'une industrie culturelle qui réduit l'art à une marchandise, et le spectateur à un enfant en attente de gratification. 

L'essor de l'entertainment - sous l'égide du commerce - est bien sûr présent dès les origines du médium qui est une attraction de foire, avant de devenir un plaisir plus ou moins bourgeois. Et les relations entre cinéma et politique ne peuvent s'en tenir aux oeuvres explicitement engagées, comme les films réalisés par Jean Renoir durant son compagnonnage avec le Parti communiste au milieu des années 1930. Pour preuve, le code Hays, mis en place aux Etats-Unis en 1934 auprès des réalisateurs, mentionne le type d'images prohibées, avant tout celles jugées indécentes, dans un pays où le puritanisme est un trait dominant. Il y est aussi précisé le nécessaire respect de la religion et du sentiment national, dans une perspective de consensus. Autrement dit, un tel code de "déontologie" permet de comprendre que chaque film, sans être ouvertement politique, engagé déjà des valeurs à travers les situations montrées et la manière dont elles sont décrites. Par conséquent, la mise en scène écarte tout rapport neutre avec la réalité. Il est d'ailleurs possible de considérer qu'au milieu du XXe siècle, l'industrie hollywoodienne a participé à la construction d'une culture universelle concrète, en exportant un modèle de vie basée sur la consommation individuelle, d'autant plus efficace que ses oeuvres narratives impliquent un processus de projection de la part du spectateur. Ces fictions, à mi-chemin entre réalisme et idéalisme sont au cinéma, ce que les grandes manicheries pompiers étaient à la peinture du XIXe siècle.

Avec la contestation libertaire des années 1960, de nombreux cinéastes vont s'opposer à une telle hégémonie qui accompagne le développement du capitalisme. Dans la lignée du processus de décolonisation, l'impérialisme américain est de plus en plus dénoncé. Au cinéma, il s'observe à travers la diffusion massive des productions sorties des grands studios, accrue en France notamment après les accords Blum-Byrnes de 1948. Même si Hollywood n'est pas un bastion homogènes - comme le rappelle en pleine guerre froide la "chasse aux sorcières" (1947-1960) lancée par le sénateur Joseph McCarthy contre les sympathisants communistes -, il reste que l'uniformisation des oeuvres est le signe d'un conservatisme ambiant, que les artistes d'avant-garde dénoncent. Dans la lignée de mai 1968 et du cinéma militant, Jean-Luc Godard remet en cause l'ensemble des codes visuels, ainsi que les moyens de production. Reniant la politique des auteurs qui avait assuré dans les années 1950 une légitimité artistique à cette industrie, il cherche à s'effacer au sein du "collectif" Dziga Vertov. Travaillant avec les chaines de télévision, ce groupe souhaite déconstruire les mécanismes propres à l'illusion cinématographique, en abandonnant par exemple la dichotomie entre fiction et documentaire. De même, le groupe Medvedkine, créé par les ouvriers de Besançon, sous l'impulsion de Chris Marker, montre la tentative de sortir des limites de la professionnalisation et de donner aux prolétariat la possibilité de s'exprimer sans médiation. Cette époque voit se multiplier les initiatives en faveur d'oeuvres qui tentent de réinventer une écriture filmique, à l'image du Collectif Zanzibar. Dans tous les cas, ce cinéma prend le contrepied des modèles d'identification et de socialisation qu'incarne l'économie du star system.

Pour autant, depuis les années 1950, la concurrence de la télévision a entrainé une baisse de fréquentation dans les salles. En tant que pratique sociale et relais idéologique, le cinéma a vu son importance s'érodeer progressivement, même s'il conserve un rôle non néglogeable dans la constitution des mythes contemporains. Auparavant messe publique et populaire, corps collectif et métaphorique de la communauté démocratique, matière visuelle à partir de laquelle écrire l'histoire, il a subi l'inscription dans la sphère privée, via la video, puis le numérique. Ce mouvement de repli s'est accompagné d'une multiplication exponnentielle des images que d'aucuns perçoivent comme le signe d'un simulacre généralisé. Elle est en tout cas l'indice que la réalité n'est jamais autonome à l'égard des représentations. Elle n'existe pas en soi, à l'écart des grilles d'interprétation. Dans le contexte de la mondialisation, qui fait suite à l'effondrement de l'URSS, le cinéma demeure donc un objet de la modernité, un objet qui véhicule affect et pensée, c'est-à-dire un objet qui génère des filtres à partir desquels continue à ce concevoir le réel, compris comme le lien indissoluble entre les espaces intérieur (ou subjectif/psychique) et extérieur (objectif/physique).

A ce titre, il reste un outil politique. Simplement, l'atomisation des propositions artistiques ne doit pas cacher les rapports de force qui persistent au coeur du libéralisme économique, et la permanence d'une production dominante de l'ordre de la distraction. Si les approches cinématographiques à la marge ont elles-mêmes souvent écarté la sacro-sainte distinction entre les cultures noble et populaire, en traversant les territoires dans une logique d'hybridation, il ne faut pas éluder le fait que les valeurs sont le produit de choix anthropologiques, et non uniquement esthétiques."

Se pose de toute façon, à travers les tentatives d'échapper aux canons de la grammaire filmique comme pour les multiples façons de proposer des schémas de représentation, qu'elles soient dominantes ou pas, de manière directe ou indirecte la question des pouvoirs et des représentations. 

  En dehors de toute quirielle d'oeuvres dérangeantes, sur le plan sexuel, sur le plan moral ou sur le plan politique ou sur le plan social, répartis sur toutes les époques et tous les continents, mais qui adoptent les formes narratives dominantes, voulant faire réagir tout en étant un spectacle attractif de masse, existe un courant voulant rompre radicalement avec les modes de fabrication des films comme avec les discours politiques dominants. 

    Guy HUNNEBELLE, rappelant que ce qu'on appelle "militant" "est presque aussi vieux de le cinéma lui-même" et que très tôt, nombre de cinéastes constatent que "le cinédrame devient l'opium du peuple" (Vertov), tente de définir ce cinéma militant. En le distinguant du cinéma politique. 

"Mais qu'entend-ton exactement par l'expression "cinéma militant"? Reconnaissons d'emblée que tout comme l'expression "cinéma politique", elle peut éventuellement prêter à équivoque : il est clair que tout film, (toute oeuvre d'art), est nécessairement "politique" et "militant" dans la mesure où il reflète toujours, à un degré ou à un autre, une conception du monde donnée pour laquelle il "milite", qu'il l'avoue ou qu'il cherche à le dissimuler. C'est en ce sens qu'"il n'y a pas d'art au-dessus des classes".

Il est méthodologiquement utile, cependant de distinguer les films, de droite ou de gauche, qui ont un contenu politique "latent" et ceux, de droite et de gauche également, qui ont un contenu politique manifeste.

Le cinéma militant avoue, lui, de façon "éclatante" le rôle qu'il entend jouer sur le plan idéologique, ou sur le plan politique ; ou encore sur le plan culturel. Si l'adjectif "militant" n'est pas le "meilleur", disons alors qu'il est le moins mauvais. En effet, toutes les autres dénominations qui ont été parfois proposées sont encore moins univoques : "Cinéma parallèle"? Il y a des films parallèles qui ne sont pas militants au sens "éclatant" que nous venons de préciser. "Cinéma non commercial"? Outre qu'il existe dans ce cas aussi des films non commerciaux qui ne sont pas militants, il peut arriver (c'est même l'objectif de beaucoup) que des films militants finissent par trouver un petit créneau dans la programmation commerciale. "Cinéma politique"? On vient de le dire, tous les films sont par quelque manière politiques, et par surcroit cette appelation recouvre aussi des films destinés au grand public (tel Z par exemple). "Cinéma populaire"? Si tous les films militants cherchent à atteindre le plus large public possible, peu y parviennent soit à cause des entraves du système soit à cause de leur structure intrinsèque. Et puis de Funès n'est-il pas "populaire", lui?

Nous alignant sur la majorité des choix effectués en France et ailleurs, (...) nous entendons par "cinéma militant", un cinéma qui présente généralement les trois caractéristiques suivantes :

- C'est un cinéma qui, dans les pays capitalistes; développés (en Occident) ou exploités (dans le tiers-monde), est le plus souvent tourné en marge du système commercial de production-distribution. Non pas en vertu d'un vain purisme, mais parce qu'on fait tout pour le confiner dans ce purgatoire. Cependant, il peut exister un cinéma militant dans certains pays socialistes ou socialisants qui ont compris que cette forme de cinéma conserve son utilité dans le contexte d'une lutte des classes qui, l'exemple de la Chine le prouve, continue après la révolution. C'est dans cet esprit d'ailleurs que travaillaient Vertov et Medvekhine dans la jeune Union Soviétique.

- C'est un cinéma qui, par la force des choses en régime capitaliste, est presque toujours produit avec de petits moyens : en 16 mm, en Super 8, ou encore en video. Cette contrainte pèse beaucoup sur la destinée des films militants qui peuvent rarement prétendre au niveau technique des films commerciaux. En France, c'est souvent au prix d'astuces acrobatiques que les groupes parviennent à mener à bien la réalisation d'un film. Les cours métrages et même les longs sont réalisés au prix de revient de la pellicule et des laboratoires. Et tout est à l'avenant.

- C'est un cinéma de combat, qui se met d'emblée, et par définition, au service de la classe ouvrière et des autres classes ou catégories populaires en s'assignant une fonction de contre-information, d'intervention ou de mobilisation. C'est un cinéma qui, globalement, lutte contre le capitalisme et l'impérialisme. Nombreux sont les cinéastes militants qui travaillent bénévolement ou se contentent d'une rétribution dérisoire, et en tout cas inférieure à celle qu leur aurait valu un travail analogue au tarif syndicale dans la "grande" production".

   De nombreux groupes en france apportent à cette définition des points particuliers, liés à leur activité propre, leur orientation politique ou le contexte dans le contexte dans lequel ils agissent. On rencontre notamment asez souvent cette formule selon laquelle le cinéaste est d'abord un militant qui fait des films. Par ailleurs des partis ou même des Etats font réaliser des films "militants" qui ont tout de films de propagande (parfois avec chants lyrics et virils).

Mais ce qui distingue souvent un film militant d'un film de propagande politique, c'est la manière de les faire, qui veut faire des travailleurs les acteurs de leurs propres films. On s'aperçoit alors que ces films de combat visent souvent des publics particuliers, des objectifs précis et souvent militants et plus tard, ils apparaissent pour la grande majorité d'entre eux, sauf précisément si on veut le remontrer avec un montage différentsreliant en ouvre plusieurs métrages, comme terriblement datés. Souvent, ces films militants visent d'autres travailleurs directement intéressés par les luttes filmées,rarement un plus large public. Prendre part à la réalité sociale qui s'élabore ici et maintenant est d'ailleurs l'objectif affiché de cinéastes-acteurs de luttes, que ce soit à l'usine, en monde rural, contre des guerres ou des activités militaires, pour de nouveaux droits (à l'avortement par exemple). Il faut remarquer d'ailleurs que même avec le temps, ce sont ces films de luttes locales (mais souvent à portée globale) qui résistent à l'épreuve du temps, qui se "démodent" le moins vite (car le contexte change vite), par rapport à d'autres films, commandés en général par des institutions constituées, véritables pensum (souvent lourds) politiques.

    Depuis les années 1980 en France, avec l'ouverture des médias et souvent avec les moyens financiers et techniques de télévision, s'élaborent une quantité importante de documentaires. En même temps que de nombreuses manifestations culturelles s'emploient à faire sortir de l'oubli de vieux films militants. C'est tout un pan d'une mémoire collective que voudrait bien balayer les vents du libéralisme qui est remis en perspective. Cela est particulièrement visible dans la résurgence ou la création de structures de production de films auxquels l'existence de matériels video et numérique relativement performants et relativement peu coûteux donnent de nouvelles opportunités. D'autant que les canaux de diffusion se sont multipliés depuis le début des années 2000 avec le développement du web. 

 

Guy HENNEBELLE, Cinéma militant : ce qu'en parler veut dire, Cinéma militant, n° double de Cinéma d'Aujourd'hui, mars-avril 1976. Fabien DANESI, Politique, dans Dictionnaire de la pensée au cinéma, Sous la direction de Antoine de BACQUE et de Philippe CHEVALLIER, PUF, 2012. 

 

ARTUS

 

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7 avril 2016 4 07 /04 /avril /2016 08:27

 Par un vote qualifié d'historique, l'Assemblée générale rattrape l'échec de la conférence finale des Nations Unies pour un traité sur le commerce des armes, le 2 avril 2013. Ceci par 154 voix, 23 abstentions et 3 votes contre. 

  A cette conférence finale qui avait eu lieu les 18-28 mars 2013, les délégués n'avaient pu se mettre d'accord pour adopter le texte par consensus. En effet, si l'ensemble des délégations avaient pu élaborer un texte, celui finalement adopté par l'Assemblée Générale plusieurs jours plus tard, le dernier jour des travaux l'Iran, la Syrie et la République populaire démocratique de Corée, les mêmes qui refuseront de voter le texte à l'AG, ont écarté tout espoir de consensus, mode de fonctionnement de ce genre de Conférence.    

   Pour les Nations Unies, il s'agit d'un succès, car c'est le premier texte juridiquement contraignant qui établit des normes internationales visant à réguler les transferts d'armes classiques. Il s'agit des chars, des véhicules blindés, des avions et des hélicoptères de combat ; des systèmes d'artillerie de gros calibre, des navires de guerre, des missiles et lanceurs de missiles ; ainsi que des armes légères et de petit calibre (ALPC). Ces "transferts" incluent leur exportation, leur importation, leur transit, leur transbordement et leur courtage. 

Aux termes de ce traité, les Etats parties ne pourront autoriser aucun transfert s'ils ont s'ils ont connaissance, avant celui-ci, d'éléments selon lesquels ces armes serviront à commettre un génocide, des crimes contre l'humanité, des violations graves des Convention de Genève de 1949, des attaques dirigées contre des civils ou d'autres crimes de guerre.

Même si le caractère flou de la notion "d'avoir connaissance" a été dénoncé par le représentant de la Dédération de Russie, pour de très nombreux pays, cette disposition est l'une des clefs de ce traité qualifié d'historique (par l'ONU) car elle permettra d'éviter de nombreuses souffrances et de sauver des vies humaines. 

Les trois pays qui ont voté contre rejoints par de nombreux abstentionnistes dont Cuba, la Bolivie, le Nicaragua et l'Equateur, estiment qu'il y a un déséquilibre entre les pays exportateurs et les pays importateurs qui, selon certains, décident de vendre ou de ne pas vendre à tel ou tel Etat, sans avoir de compte à rendre à personne. On permet ainsi, a commenté le représentants de l'Inde, une ingérence dans les affaires intérieures des Etats et le mépris du droit inaliénable de tout pays de s'armer pour assurer sa légitime défense. En revanche, le traité ne contient aucune disposition contre les terroristes puisqu'il ne dit rien sur les acteurs non étatiques.

   Ce traité, dont on trouvera le texte au site de l'ONU (www.un.org), est fortement critiqué par les organisations non gouvernementales (ONG) qui militent pour le contrôle des armes. Une certain nombre de lacunes existent dans le texte actuel :

- il ne concerne que les armes conventionnelles, mais les drones ou les équipement destinés aux forces de police sont exclus, tout comme les hélicoptères destinés au transport des troupes et les pièces qui entrent dans la composition des armes ;

- il ne comprend pas les accords de coopération militaire. Ainsi, les ventes d'armes, les prêts ou les dons, comme ceux que la France accorde à certains pays africains, ou l'aide de la Russie au régime syrien, ne sont pas concernés par le texte ;

- le texte ne contraint pas les Etats à rendre leurs contrats publics. Une simple déclaration annuelle, et confidentielle, suffit.

   Toutefois, ce texte va au-delà du début de la Conférence de négociation sur le traité sur le commerce des armes. L'un des attrait du traité est que chaque pays évalue, avant toute transaction, si les armes vendues risquent d'être utilisées pour contourner un embargo international ou d'être détournées au profit de terroristes ou de criminels.

Dans son article 6, le traité engage la responsabilité des Etats signataires dans tout transfert d'armes classiques dont l'usage violerait ou serait susceptible de violer les objegations pertinentes du droit international relatif aux droits de l'homme, tel le respect de la convention contre la torture et de la Convention internationale, pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées et les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires. Ainsi, quand un Etat aura connaissance que des armes dont il s'apprêtera à valider l'exportation pourraient être utilisées pour commettre de graves infractions à la Convention de Genève de 1949 et du droit international coutumier, un crime de guerre, un génocide ou un crime contre l'humanité, sa potentielle responsabilité dans le commission de ces actes sera engagée.

Dans son article 7, le traité stipule que les Etats devront refuser toute exportation d'armes présentant un "risque prépondérant" que leur usage puisse faciliter de graves violations du droit international des droits de l'Homme, y compris des droits économiques, sociaux et culturels, et du droit international humanitaire. Toute autorisation de transfert d'armes classiques devra dès lors dépendre expressément de l'assurance prise par l'Etat exportateur que ce "risque prépondérant" est bien éliminé.

En outre, la règle régissant l'adoption d'amendements pour l'amélioration du traité "par un vote majoritaire des trois quart", prévue à l'article 20, laisse de bons espoirs, pour les années à venir, d'une possible consolidation du TCA. C'est certainement ce qui a motivé l'adoption du texte final par l'Assemblée générale des Nations Unies.

   

   Comme pour tout tout traité international concenant les armements, plusieurs conditions sont requises pour son effectivité :

- il faut qu'il recueille cinquante instrument de ratification, d'acceptation ou d'approbation auprès du Dépositaire du traité (ONU). Il entrera alors en vigueur 93 jours après.

- Il faut que les Etats signataires soient en mesure de contrôler les transferts d'armes à partir de son territoire.

- Il faut que des vérifications fiables soient possibles quant à l'exécution des clauses du traité.

- Dans un domaine où règne le secret (qu'il soit commercial ou militaire), la parole des Etats ne sera sans doute (excusez la litote...) pas suffisante. 

- La triple difficulté de la conciliation du droit national de légitime défense et du contrôle international des armes, de l'évaluation de ce "risque prépondérant" dans un monde mouvant et d'harmonisation de la définition même des différents types d'armements concernés entre certains pays exigent des moyens matériels accrus de la part des Etats et de la part de l'ONU pour rendre effectif le traité.

Il faut noter que dans le corps même du traité (article premier) l'enjeu de l'institution de normes communes d'armements est rappeler, alors qu'il fait l'objet depuis le début de l'ONU de batailles diplomatiques.  De plus comme de plus en plus de composants des armements peuvent également faire partie de technologies duales (civiles et militaires), les difficultés ainsi accrues, exigeront bien plus de moyens de contrôle qu'auparavant.

Si l'objet est bien de "prévenir et d'éliminer le commerce illicite d'armes classiques et d'empêcher le détournement de ces armes" (article premier), le traité n'a pas pour ambition même d'amorcer la restriction du commerce licite. Un élément juridique relativement nouveau est introduit dans ce traité, celui de responsabilité étendue de l'Etat signataire sur l'utilisation des armements à l'encontre du droit international (précisé dans le traité). Jusqu'où cette responsabilité sera effective, seul l'usage le dira. 

   Les batailles diplomatiques qui ont eu lieu avant et pendant la Conférence, vont se poursuivre après l'adoption et même la ratification du traité. Un bilan pourra sans doute être établi 6 ans après l'entrée en vigueur du présent traité, c'est-à-dire au moment où chaque Etat pourra proposer des amendements.

 ARMUS

 

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6 avril 2016 3 06 /04 /avril /2016 07:08

    Au sens psychanalytique, les addictions ne peuvent être rangées dans la catégorie des mécanismes de défense. Les confusions de classifications induites par les différentes DSM, dont les derniers constituent, au dire de certains, de véritables machines de guerre contre la psychanalyse, peut amener divers auteurs à présenter les addictions aux drogues diverses, à l'alcool, à certains comportements "à risques", au jeu pathologique, comme des moyens de défense. Mais non seulement ces auteurs n'effectuent pas de présentation "psychanalytiques" des addictions, se refèrent explicitement aux classifications du DSM IV ou V, mais introduisent parfois un certain humour, en discutant de mécanismes de défonce. Ainsi Anne CHARPENTIER, psychopraticienne humaniste, Gelstalt-thérapeute, animatrice du Réseau Pratiques et qui supervise des programmes sociaux et psycho-sociaux d'Inter Aide aux Philippines, explique-t-elle les mécanismes de défense que sont les addictions en se centrant sur la question sur la souffrance de l'individu. Avec une analyse tirée des spécialités qu'elle exerce, elle présente les addictions en termes très proches des associations qui aujourd'hui luttent contre elles. Cette analyse n'est pas normative, écrit-elle, et ne prétend pas fixer une doctrine, même pas en psychologie, elle se contente de présenter des expériences qui ont donné des résultats intéressants dans le contexte où elles ont été menées. Cette présentation est même surtout à destination des animateurs des Réseaux Inter Aide. Pour autant, il est intéressant de présnter cette façon de voir les choses, car elle est globale, pas seulement et pas principalement médicale, elle resitue souvent les addictions dans leur contexte social.

 

   Elle reprend la définition de la psychanalyste néo-zélandaire Joyce MacDOUGALL (L'économie psychique de l'addiction, Revue Française de psychanalyse, volume 68, 2004) :

    "L'addiction peut se définir par deux propositions indissociables :

- tout ce qui peut entraîner un syndrome de dépendance, à savoir : un produit, un comportement mais aussi une personne ou une association, etc ;

- l'envie irrépessible inhérente d'utiliser ou de consommer (dimension impulsive) avec obligation de répétition (dimension compulsive).

Nous avons tous des dépendances affectives mais pas tous de besoins compulsifs" (Daniel SETTELEN, Les addictions répondent-elles toutes à la même souffrance? (Gérontologie et société, n°105, 2003).

Elle cite un certain nombre d'addictions, incluant les "addictions sans substance : alcool, drogues, tabac, médicaments, "troubles de comportements alimentaires", achats compulsifs, jeu, sport, sexe, travail, télévision, internet, le portable, la dépendance affective, addiction à une personne.

"Les co-addictions sont fréquentes (alcool + tabac, drogue + médicaments). Certaines addictions (en général celles liées à des substances illégales, mais aussi la dépendance alcoolique) sont très mal vues socialement (et parfois considérées comme des "vices") et les personnes dépendantes de ces produits peuvent être dénigrées, méprisées et subir des discriminations.

D'autres addictions sont ou ont été socialement acceptées ou "acceptables" selon les époques et les pays (ce sont généralement les drogues légales, comme le tabac, l'alcool et les médicaments psychotropes, qui en France sont sur-prescrits par les médecins et remnoursés par la Sécurité sociale), enfin, d'autres encore, qui ne sont pas toujours perçues du grand public comme des addictions, sont parfois même très valorisées socialement (addictions au sport, au travail...)

Elle chisit de ne présenter dans ce travail que les addictions à l'alcool et aux drogues et, brièvement, le jeu pathologique, comme se sont les plus fréquemment rencontrées sur les programmes d'accompagnement familial qu'Inter Aide et ses partenaires mènent dans les bidonvilles aux Philippines, en Inde et à Madagascar.

"Selon des recherches récentes (jeux de hasard et d'argent - Contexte et addictions, INSERM), le jeu en lui-même ne rend pas dépendant. La dépendance au jeu est elle-même sous l'influence d'autres facteurs : elle ne se développerait que chez les personnes dont la réactivité est modifiée par des substances toxiques ou par un mal-être psychique) : ainsi pour accompagner ces personnes, il faut se préoccuper d'abord du malaise psychique sous-jacent et non du jeu en lui-même (Faut-il interdire les écrans aux enfants, de Serge TISSERON et Bernard STIEGLER, Editions Mordicus, 2009). Mais on peut dire la même chose de toutes les addictions : il y a toujours un mal-être psychique dont l'addiction n'est que le symptôme."

Daniel SETTELEN, rapporte t-elle, écrit dans Les addictions répendent-elles toutes à la même souffrance?" : "La psychogenèse des addictions apparaît comme la résultante de traumatismes archaïques précoces vécus corporellement avant l'acquisition du langage et de la capacité à symboliser. Il y a une incapacité à utiliser les mots pour communiquer et exprimer les souffrances et angoisses communes aux humains. Ces traumatismes peuvent être aussi in utero ou transmis transgénérationnellement. Tout se passe comme si les difficultés dà mentaliser et à représenter se déplacent vers un comportement substantif ou médiateur de parole. Les addictions peuvent apparaitre à tout âge, lorsque les mécanismes de protection, les étayages, s'affaiblissent ou s'effondrent. C'est le deuxième temps du traumatisme ou l'élément déchanchant. Rappelons enfin que les addictions ont pour fonction de préserver la survie psychique du sujet et qu'il convient de penser le lien à l'objet d'addiction avant d'envisager la séparation". 

"L'accoutumance, poursuit-elle, ou l'assuétude (nécessité d'augmenter les doses pour obtenir le même effet) et la dépendance physique ne sont pas des caractéristiques qui suffisent à définir l'addiction, bien qu'elles accompagnent les addictions à certaines substances. Par exemple, des personnes souffrant de douleurs chroniques sévères et utilisant des médicaments opiacés (comme la morphine) auront besoin d'augmenter les doses pour maintenir l'effet analgésique (qui soulage la douleur) du médicament. La dépendance physique est aussi une propriété pharmacologique et signifie que si l'usage d'une drogue est arrêté brutalement, la personne ressentira un syndrome de manque se caractérisant par des signes et symptômes spécifiques. De nombreux médicaments utilisés dans des buts thérapeutiques peuvent provoquer un syndrome de manque, comme les stéroïdes, certains antidépresseurs, les benzodiazépines (Valium, Lexomil...) et les opiacés.

L'usage abusif est défini comme un usage qui n'est pas acceptable n'est point de vue médical, légal ou social (et donc susceptible de varier suivant l'acceptabilité sociale). Cela peut s'appliquer à des substances légales comme l'alcool chez les jeunes de moins de 16 ans, ou chez les adultes s'il y a un risque potentiel physique, psychologique ou soclal.

Les facteurs de risque (source : WHO Guide to Mental Health in Primary Care) incluent :

- des facteurs psychosociaux, tel que la maltraitance, l'abus physique ou sexuel, la négligence pendant l'enfance (certaines statistiques indiquent que 60% des toxicomanes ont été abusés sexuellement dans l'enfance, 75% dans les cas de boulimie, 50% des anorexies...) ;

- une histoire familiale marquée par les addictions ;

- une exposition précoce (in utero, ou à travers des traitements médicamentaux, tel que la Ritaline pour l'hyperactivité) ;

- Facteurs psychologiques : detresse, anxiété, troubles émotionnels, troubles mentaux ;

- Exclusion sociale, chômage, délinquance, crime...

- des facteurs sociaux tels que conflits parentaux, séparation, divorce...

    Pour notre auteure, au-delà des aides aux personnes que peuvent apporter nombre d'organismes sociaux publics ou privés, reste posée une question posée crûment : à qui profite le crime?

"Certainement pas à "l'addict" qui y laisse sa liberté, sa santé et son argent.

De même que pour le jeu, pour tous les produits addictifs, oin peut questionner la responsabilité des Etats (qui gèrent les loteries nationales et empochent les gains), la rsponsabilité sociales des entreprises qui créent et/ou vendent ces produits (on sait bien que les additifs des cigarettes sont ajoutés au tabac précisément pour augmenter la dépendance) y compris les médicaments psychotropes - les anxyolytiques et les somnifères génèrent des dépendances -, comme celles de toutes les entreprises légales ou mafieuses qui produisent et vendent des substances addictives et les gouvernements qui régulent, autorisent, tolèrent ou ferment les yeux, et in fine profitent de toutes ces "drogues" licites et illicites (...)... maigré les coûts sanitaires et sociaux induits. Pour autant, la prohibition n'est pas une solution, car elle ne fait qu'augmenter la criminalité.

Et que dire de la société de consommation, qui n'a d'autre vision à proposer que celle d'un monde écologiquement non-viable, peuplé d'acheteurs compulsifs... (et surendettés...).

Une éducation sans violence, une politique de développement et de protection de la petite enfance (soutien à la parentalité, accès à la santé, au logement, et à des modes de gardes abordables et de qualité...), une école publique respectueuse et non discriminante, valorisant les élèves sur leurs apprentissages (et non pas uniquement en sanctionnant les erreurs...), une société plus égalitaire et moins violente, où la réussite humaine ne se mesure pas exclusivement à la capacité d'acquisition matérielle... seraient de meilleures pistes de prévention."

 

  Si l'on peut concevoir que les addictions constituent pour les sujets des mécanismes de défense devant une réalité destructrice, l'ensemble de la psychanalyse, même anglo-saxonne, ne classe pas les addictions parmi les mécanismes de défense "stricto sensu".

Ainsi Henri CHABROL et Stacey CALLAHAN expliquent que "la sublimation (mécanisme de défense) qui est plaisante, épanouissante, est à distinguer des activités compulsives, des dépendances au travail et au sport (addiction au travail et au sport) où le sujet éprouve un sentiment de contrainte, et d'une fuite dans l'activisme comme modalité du coping évitant ("Je bosse comme une malade, c'est un refuge" ; "Ma seule façon de ne pas penser de trop, c'est de travailer, de travailler"). 

De même Matholde SAÏET analysent l'addiction comme solution psychosomatique plutôt que comme solution psychique à la souffrance." Il s'agit d'un acte-symptôme.

"Les addictions, caractérisées par des agirs immédiats, voués à la répétition, s'apparentent à des "actes-symptômes" : "tout acte-symptôme tient lieu d'un rêve jamais rêvé, d'un drame en puissance, où les personnages jouent le rôle des objets-partiels ou même sont déguisés en objets-choses, dans une tentative de faire tenir aux objets substitutifs externes la fonction d'un objet symbolique qui manque ou qui est abîmé dans le monde psychique interne" (Joyce McDOUGALL, Théâtres du Je, Gallimard, 1982). Le recours à ds objets-choses correspond à un "théâtre du réel" qui se substitue à la paralysie de la psyché, compense un "engourdissement de l'imaginaire" (Jean-Louis PEDINIELLI, Corps et dépendance, dans Dépendance et conduites de dépendance, Sous la direction de Daniel BAILLY et Jean-Luc VENISSE, Masson, 1994).

L'agir résulterait ainsi des défaillances rencontrées par la psyché pour élaborer un conflit sur la seule scène psychique : les conduites addictives sont des acting-out directs, sans rémomération ni élaboration psychiques, et correspondent à des autoérotismes particuliers ; elles se substituent au fantasme en réalisant un plaisir de fonctionnement qui adhère au besoin. La décharge dans l'agir est un mode particulier de défense qui permet au sujet de maintenir un équilibre psychique dès lors qu'il est menacé soit sur un versant objectal, soit sur le versant narcissique : "c'est l'enfant qui, dans la détresse la plus totale, ne se rend pas au néant, à la pulsion de mort, mais sort du berceau pour cheercher lui-même quelque chose ) avaler ou à boire" (Entretiens avec Joyce McDOUGALL", Nouvelle revue de psychanalyse, n°29, 1984).

Le passage à l'acte peut également s'inscrire dans une logique de réduction de la souffrance liée à l'aliénation : "une mesure pour s'étourdir" (Sigmund FREUD, Nouvelles remarques sur les psychonévroses de défense, 1896, dans Névrose, psychose et perversion, PUF, 1973), il représente une décharge, mais aussi un pouvoir antisymbolisation, une coupure avec "laboration psychique. L'addiction représenterait pour certains une sorte de "dépsychisation", d'exclusion de la dimension psychique ou subjective (Gérard PIRLOT, Psychanalyse des addictions, Armand Colin, 2009).

Joyce McDOUGALL postule que le but premier de l'acte addictif est de se débarrasser de ses affects (alexithymie). Du fait des défaillances de l'organisation du Moiet parce que l'organisation psychique n'est pas à même de lier représentation et affect, le fonctionnement psychique est assailli par des douleurs insoutenables, "au-delà de l'angoisse de castration" qui concernent la mort psychique, "où le Je risque de perdre ses repères narcissiques et identificatoires". La prise de substances ou la conduite viennent avant tout éviter l'irruption de l'affect : le "briseur de souci" est une sorte d'écran de fumée, un analgésique engourdissant les expériences affectives, formant un rempart contre le risque d'écroulement. L'addicté est donc un sujet pris dans un cercle vicieux, qui lutte par des actes contre une ouleur déclenchée par une menace d'annihilation et qui ressent ce type de douleur parce qu'il se trouve dans l'impossibilité de traiter psychiquement certains phénomènes.

L'acte addictif s'exprime surtout par une "recherche de sensation" - également mise en évidence par la psychiatrie anglo-saxonne (Marvin ZUKERMAN, Sensation Seeking : a Comparative Approach to a Human Trait, Behovioral and Brain Sciences, n°7, 1984) -, l'excitation-sensation visant principalement à contre-investir toute représentation (représentant-représentation) de la pulsion. Jouant le rôle d'un "procédé-autocalmant" (SMADJA, SZWEC), l'addiction convoquerait l'excitation afin de lutter contre le vide affectif et une "dépression blanche" (P MARTY, Les mouvements individuels de vie et de mort, Payot, 1976). Face au défaut de sécurité interne et aux menaces d'annihilation et de confusion avec l'objet, seul le maitien d'une excitation endogène assurerait les sujets de la permanence de leur différenciation avec l'environnement. Instautant le règne de la sensation, l'expérience toxicomaniaque intervidnrait ainsi pour compenser les défaillances de l'enveloppe de représentation, "sensorialité supposée pensante" (Piera AULAGNIER, Les Destins du plaisir, PUF, 1979), organisation dans laquelle le sensoriel fait fonction d'activité de penser."

 

Mathilde SAÏET, Les addictions, PUF, Que sais-je?, 2015. Henri CHABROL et Stacey CALLAHAN, Mécanismes de défense et coping, Dunod, 2004. Anne CARPENTIER, Mécanismes de défonce, Mécanisme de défense, Réseau pratiques, 2010, www.interaide.org.

 

PSYCHUS

      

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5 avril 2016 2 05 /04 /avril /2016 10:24

  Si le blanquisme constitue une référence dans l'oeuvre de MARX et ENGELS, le marxisme s'éloigne de plus en plus dans le temps de la philosophie politique des barricades. 

  Karl MARX, qui diffuse, dans les milieux allemands de Paris, son bilan de 1848 (Avis au peuple écrit par lui, en janvier 1851), écrit dans Les luttes de classe en France : "... le prolétariat se groupe de plus en plus autour du socialisme révolutionnaire, autour du communisme pour lequel la bourgeoisie elle-même a inventé le nom de Blanqui". Il dénonce en 1861 "l'infamie de Bonaparte contre Blanqui" à l'occasion du procès intenté à de dernier (Correspondance à Lasalle du 8 et 29 mai et du 22 juillet ; à Engels du 19 juin) et il déclare à Louis WATTEAU tenir Blanqui pour "la tête et le coeur du parti prolétarien en France (lettre du 10 novembre, entre autres).

   Au moment de la Commune, Friedrich ENGELS reproche aux blanquistes leur mot d'ordre "Pas de compromis" et leur apologie inconditionnelle (Programme des communards blanquistes émigrés, apud Volskaat, n°73, du 26 juin 1874...) ; mais dans sa Question du logement, il souligne encore la communauté de vues des blanquistes et du Manifeste du parti communiste sur l'action politique du prolétariat et la dictature comme transition à l'abolition des classes et de l'Etat. Paul Lafargue, de son côté, fait greif à Blanqui et aux blanquistes de "laisser dans l'ombre la question économique" (lettre à Friedrich Engels du 24 juin 1884).

    C'est LÉNINE qui, au rythme des expériences révolutionnaires russes, qui procède aux démarcations les plus nettes entre blanquisme et marxisme. D'abord rapproché de l'idéologie de la Narodnaïa Volia, le blanquisme est défini comme méthode de conspiration, prônant le recours aux minorités agissantes, mésestimant la lutte des classes, cultivant la phrase révolutionnaire et représentant avec le proudhonisme et l'anarchisme, le point de vue du petit bourgeois et non celui du prolétaire. En septembre 1917, dans Le marxisme et l'insurrection, LÉNINE écrit : "Pour un parti, l'insurrection doit s'appuyer non pas sur un complot, no pas sur un parti, mais sur la classe d'avant-garde. Voilà un premier point. L'insurrection doit s'appuyer sur l'élan révolutionnaire des masses. Voilà le second point. L'insurrection doit agir à un tournant de l'histoire de la révolution ascendante où l'activité de l'avant-garde du peuple est la plus forte, où les hésitations sont les plus fortes dans les rangs de l'ennemi et dans ceux des amis de la révolution faibles, indécis, pleins de contradictions : voilà le troisième point. Telles sont les trois conditions qui font que, dans la façon de poser la question de l'insurrection, le marxisme se distingue du blanquisme. (Christian LAZZERI).

     Sans doute le positionnement idéologique est-il clair, mais la pratique des bolchéviks sur l'usage des violences l'est moins. Car si l'insurrection peut agir, mais sans s'assurer d'un soutien des masses (surestimé souvent), la révolution risque de trainer en guerre civile longue. Et quelle différence doit-on supposer entre l'avant-garde de LÉNINE et le groupe dirigeant de BLANQUI?

   Les partisans de Rosa LUXEMBOURG se poritionnent dans ce débat, par rapport à celles de PLEKHANOV. Elle répond à celui-ci dans un article intitulé Blanquisme et social-démocratie de juin 1906. Celui-ci pour caractériser le blanquisme prend comme référence un texte d'ENGELS, où il estime que l'idée blanquiste est que toute révolution est l'oeuvre d'une petite minorité. Il estime que les bolchéviks constitue aujourd'hui une telle minorité. En 1848, rétorque t-elle, BLANQUI n'était nullement obligé de prévoir que son club formerait une "petite minorité". De plus, même si elle ne défend pas LÉNINE, elle estime que "toute la différence entre la situation française de 1848 et l'actuelle situation dans l'empire russe réside justement dans le fait que le rapport entre la minorité organisée, c'est-à-dire le parti du prolétariat, et la masse s'est fondamentalement modifié. En 1848, les révolutionnaires, dans la mesure où ils étaient socialistes, firent des efforts désespérés pour porter les idées socialistes dans les masses (...). Aujourd'hui justement ces masses se rassemblent (en Russie) sous la bannière du socialisme." Elle explique le succès des partis socialistes (en Allemagne comme en Russie), non par la qualité des dirigeants supérieure à celle de BLANQUI, mais à la différence de nature de ces "masses". Les conditions économiques et sociales ne sont pas les mêmes. Les social-démocrates ont la tâche bien plus facile. Elle veut "rassurer" le camarade PLEKHANOV sur "l'autonomie révolutionnaire des masses". "Nous contestons, écrit-elle, que les camarades russes de l'actuelle "majorité" aient été victimes d'errements historiques blanquistes au cours de la révolution (on est en plein dans le débat sur les rsponsabilités de l'échec de la révolution de 1905...), comme le reproche le camarade Plekhanov. Il se peut qu'il y ait eu des traces dans le projet organisationnel que le camarade Lénine avait rédigé en 1902, mais c'est une chose qui appartient au passé (...). Ces erreurs ont été corrigées par la vie elle-même, et il n'y a pas de danger qu'elles puissent se renouveler. Et même le spectre du blanquisme n'a rien d'effrayant, car il ne peut ressusciter à l'heure actuelle." Le danger réside moins dans un blanquisme que dans la tentative de recours (de Plekhanov et de ses partisans de la "minorité") de compter plus sur des masses en dehors du prolétariat. En ce qui concerne la dictature du prolétariat, même problématique : si avec BLANQUI, c'était l'affaire de conspirateurs, aujourd'hui, il s'agit de l'organise avec "toute la classe révolutionnaire du prolétariat". A cette époque, Rosa LUXEMBOURG croit encore que le parti révolutionnaire de Russie va enfler au point de recouvrir toutes ces classes-là. Elle semble plus confiante dans le destin d'une Russie socialiste que ne l'avait été en son temps Karl MARX, plus réaliste quant au poids de la classe ouvrière dans ce pays à énorme majorité paysanne. En tout cas, ce débat montre  en tant cas que l'étiquette "blanquiste", et ce qu'elle recouvre,  constitue un enjeu idéologique important.

   

   Aujourd'hui encore dans une mouvance marxiste en plein renouvellement, des auteurs reviennent sur la figure d'Auguste BLANQUI. Ainsi Daniel BENSAÏD et Michael LÖWY dissertent-t-ils sur la véritable signification du blanquisme/ 

"Figure de transition entre le babouvisme républicain, la Charbonnerie conspirative et le mouvement socialiste moderne, Auguste Blanqui illustre, dès les années 1830, la prise de conscience des limites du républicanisme. Certains de ses énoncés semblent annoncer la mue de Marx lui-même, de l'humanisme libéral au socialisme de lutte des classes. Plus impitoyablement que lui, il rejette "la burlesque utopique" ds fouéristes qui faisaient leur cour à Louis-Philippe, ainsi que le cléricalisme positiviste d'Auguste Comte. Il entrevoit la transcroissance de l'émancipation seulement politique en émancipation sociale et humaine. Il en nomme la force propulsive - le prolétariat -, bien que le mot précède encore, dans une large mesure, sur la chose telle qu'elle surgira de la grande industrie. (...)" La figure du Blanqui putschiste, le Blanqui dont faisait principalement la critique LÉNINE et a sa suite toute l'intelligentisia soviétique; laisse la place au Blanqui de Critique sociale, celui qui indique l'extrême danger des "bourgeois déguisés en tribum" populistes et qui indique ce qui selon lui sont les termes "objectifés" des conditions d'une réelle émancipation. 

 

Daniel BENSAÏD et Michaël LÖWY, Auguste Blanqui, communiste hérétique, dans Les socialismes françaises à l'épreuve du pouvoir, sous la direction de P CORCUFF et A MAILLARD, Textuel, 2006. Rosa LUXEMBURG, Blanquisme et social-démocratie, dans A propos de la scission de la social-démocratie russe... Czerwony Sstander, Cracovie, n°82 de juin 1906, disponible sur www.marxist.org. Christian LAZZERI, blanquisme, dans Dictionnaire critique du marxisme, PUF, 1999.

 

PHILIUS

 

 

 

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4 avril 2016 1 04 /04 /avril /2016 11:27

   On peut considérer que le babouvisme et le néo-babouvisme constituent, aux côtés, et sans doute un peu de manière originale, de tous les socialismes réformistes et républicains du début du XIXe siècle, l'éclosion d'une philosophie communisme qui s'en distingue par sa radicalité. L'itinéraire révolutionnaire de Gracchus BABOEUF (1760-1797), l'aventure de la Conjuration des Egaux (1795-1796), la reprise par des écrivains et activistes des années 1840-1850 de l'essentiel de son projet politique et social, l'inspiration qu'y trouve, entre autres, Karl MARX, tout cela fait considérer le néo-babouvisme comme un pré-communisme, terreau sur lequel peut se bâtir ce que l'on a appelé le socialisme scientifique.

Loin de voir seulement l'action conspirationniste de la fin de la Révolution française, beaucoup ont considéré le projet socio-politique élaboré pendant des années par BABOEUF. Si dans l'historiographie de l'épopée révolutionnaire, le babouvisme est perçu comme extrémisme violent, il est d'abord un système idéologique cohérent. Par la mise en action de la Conjuration des Egaux, et avant que le mot soit inventé, il effectue une praxis, une liaison entre théorie et pratique, jusque dans la composition sociale de la conspiration. Si dans l'histoire du socialisme, on fait apparaitre comme extrême là-aussi, la théorie et la pratique de ses continuateurs, leurs idées mènent au marxisme combattant. Dans son activité révolutionnaire, Karl MARX ne manque pas d'y faire référence, même s'il peut critiquer des approximations et des manques.

    En tout cas, ces idées sont revisitées régulièrement. Les études babouvistes, stimulées par la révolution de 1917, ont connu en France, un renouveau à partir de 1960 et du colloque qui leur fut consacré à Stokholm, à l'occasion du XIe Congrès international des sciences historiques...   Dans les années 1980, caractérisée par la montée en puissance d'une historiographie  de la Révolution française concurrente de celle qui dominait jusque-là, influencée par le marxisme. De cette nouvelle manière de comprendre l'histoire de la Révolution sort uniquement dans un premier temps que la réédition par les éditions Sécher et Brégeon du pamphlet La guerre de Vendée et le système de dépopulation, bourré d'inexactitudes, qui date de la période où BABOEUF dénonce la "dictature de Robespière". Puis, surtout le volumineux Dictionnaire critique de la Révolution française publié en 1988 sous la direction de François FURET et de Mona OZOUF. L'article consacré à Baboeuf cherche à minimiser l'envergure de ses idées et l'impact historique de la conjuration (pourtant retentissant à l'époque...). Cet article reprend la fausse information selon laquelle le "Manifeste des Egaux" de Sylvain MARÉCHAL fut adopté comme charte par les conjurés, charte qui veut sacrifier les arts et les sciences à la cause de l'égalité sociale et qui fut refusé précisément par eux à cause de cela...La présentation des deux auteurs de ce Dictionnaire est reprise par les réalisateurs Robert ENRICO et Richard KEFFRON dans leur mise en scène de La Révolution française de 1989, et dans les manuels scolaires...Les grands contre-feux n'arrivent qu'en 1990-2000, avec une "troisième voie pour la lecture de la conspiration des égaux" (dixit Michel VOVELLE) : un déplacement de l'interrogation, de la personne de BABOEUF vers les babouvistes, les individus, leur enracinement social, leur pratique politique, leurs idées. Ainsi Jean-Marc CHIAPPA s'intéresse dans sa thèse publiée en 2003, à la conjuration comme mouvement politique inscrit dans son temps et non comme chaînon de transition entre ROBESPIERRE et MARX. Ainsi encore, l'ouvrage de Alain MAILLARD sur les néo-babouvistes.  Aujourd'hui encore, le regain de l'attention accordée aux premiers socialistes suscite également un nouveau regard sur le babouvisme et le néo-babouvisme.

 

      Dans l'histogriaphie marxiste critique (LABICA-BENSUSSAN), Danielle TARTAKOWSKY, historienne, met en relief l'influence des idées de BABOEUF sur l'oeuvre de Karl MARX. 

"(...) La pensée politique de Baboeuf, pouvons-nous lire, qui se développe au feu de la pratique révolutionnaire demeure assurément marquée par l'égalitarisme, le pessimisme économique caractéristique du XVIIIe siècle finissant et l'état de développement des forces productives. Elle ne s'en inscrit pas moins en rupture théorique et pratique avec le mouvement jacobin et montagnard dans la filiation duquel elle se situe pourtant. Baboeuf est en effet seul parmi ceux qui mettent comme lui l'égalité au centre de la réflexion politique à tenter de dépasser la contradiction inhérente à l'idéologie jacobine entre l'affirmation du droit à l'existence et le maintien de la propriété privée et de la liberté économique. D'abord partisan d'une loi agraire, et en cela proche des aspirations de la petite paysannerie, il admet bientôt que l'égalité ainsi établie ne durerait "qu'un jour" et dépasse ce qui n'était qu'un communisme de répartition pour préconiser l'abolition de la propriété des fonds et la mise en commun "des biens et des travaux" dans le cadre des "fermes collectives" régis par une organisation commune du travail. L'expérience révolutionnaire le conduit à intégrer la production artisanale et manufacturière à sa réflexion puis à se rallier, après Thermidor toutefois, à un nécessaire contrôle national de l'économie. Ce qu'exprime le "Manifeste des phébéiens" publié par Le Tribun du peuple en frimaire an IV.

Mais le babouvisme n'est pas seulement un système idéologique. Confronté à cette tentative de stabilisation bourgeoise qu'est le régime issu de Thermidor et à la misère populaire des hivers 1794-1795 et 1795-1796, Baboeuf tente de faire entrer dans la réalité politique un communisme demeuré jusqu'alors du domaine de la rêverie utopique. Sa pratique politique s'inscrit en rupture avec les pratiques de démocratie directes ayant caractérisé le mouvement sans-culotte et annonce les formes d'action du mouvement révolutionnaire qui va naître des contradictions de la société nouvelle. La Conspiration des égaux (1796) repose en effet sur l'action conspirative d'un groupe dirigeant, le comité insurrecteur, appuyé sur un nom restreint de militants sûrs. Elle tend au renversement du régime et à l'instauration d'une dictature révolutionnaire chargée d'assurer la refonte de la société et la mise en place d'institutions nouvelles après la prise du pouvoir.

Cette tentative ultime pour réorienter à gauche le cours des événements révolutionnaires peut certes n'apparaître que comme un épisode sans lendemain. La conspiration est démantelée, ses instigateurs guillotinés en prairal an V et, jusqu'en 1830, les masses populaires s'effacent de la scène politique. Mais c'est à l'échelle du XXe siècle que le babouvisme prend toute son importance (A SOBOUL). "Chainon entre l'utopie communiste moralisante du XVIIIe siècle et le socialisme industriel de Saint-Simon", il constitue le lien qui unit les luttes populaires à la pensée et au mouvement révolutionnaire du XIXe siècle. La conspiration pour l'égalité dite de Baboeuf rédigée en 1828 par Buonarroti depuis son exil de Burxelles permet en effet aux sociétés secrètes de la Restauration et tout particulièrement à Blanqui d'en recueillir l'héritage. En Allemagne, à la suite de Lorenz von Stein, Moses Hess se réapproprie le thème babouviste de l'inachèvement de la Révolution (notation de son Tagebuch). Il introduit également une distinction essentielle qui lui servira à établir le développement historique en trois moments du principe communiste : communisme "babouviste" - ou "grossier", "chrétien", "monacal" (Philosophie der Tat, dans Philosophische und Szialisstische Schriften, Berlin, 1961) - puis communisme "abstrait" et communisme "scientifique" enfin. Dans les Manuscrits de 1844, Marx reprendra strictement et développera cette tripartition. Si le babouvisme nomme alors la forme "orréfléchie" ou "grossière" du "communisme de caserne", Marx et Engels ont toutefois constamment placé la figure de Gracchus Baboeuf du côté de ceux qui, au sein des "grandes révolutions modernes", surent "formuler les revendications du prolétariat". 

 

   Avant l'élaboration de l'oeuvre de Karl MARX, le néo-babouvisme se développe en Europe et en particulier en France. Un groupement des "communistes néo-babouvistes" déploient une activité do'rganisateurs parmi les ouvriers parisiens, avec des journaux complètement rédigés par des ouvriers. A la tête de ce groupement figurent :

Filippo Giuseppe Maria Ludovico BUENARROTI (Philippe Buonarreti) (1761-1837), d'abord activiste en Toscane (entre autres publication d'une Gazetta universale favorable aux troubles révolutionnaires) puis en France dès 1789 (en Corse, il considère l'ile comme un conservatoire des formes primitives de communautarismes et d'égalitarismes agraires). Commissaire national à Corte, il se lie avec les Bonaparte et s'oppose à Pascal PAOLI. Lié à la Charbonnerie, il est protégé par Fouché et participe à la conspiration du général Malet. Son rôle dans des sociétés secrètes lui vaut d'être explusé entre 1813 et 1814. Il ne rentre en France que sous la Restauration, où il fonde plusieurs loges maçonniques. Il est l'un des principaux instigateurs des mouvements révolutionnaires des années 1830, intervient à la Société des Droits de l'Homme et joue un grand rôle dans la formation politique de RASPAIL, Louis BLANC ou d'Auguste BLANQUI. Parmi ses écrits les plus importants, citons Histoire des sociétés secrètes de l'armée (1815), Conspiration des égaux (1828), Histoire de la Conspiration pour l'Egalité dite de Baboeuf (1828), Observations sur Maximilien Robespierre (édité en 1912), La conjuration de Corse, réédité en 1997 (Editions Centofani, Bastia).

Albert LAPONNERAYE (1808-1849), historien, essayiste politique, journaliste, admirateur de Robespierre dont il édite les oeuvres. Promoteur de l'instruction populaire (fondateur de la "Société de la jeune France"), il fonde un périodique en 1837, L'Intelligence, journal de droit commun, devenu par suite de déboires financiers journal de la réforme sociale, avant de disparaitre en 1840 (13 numéros). Son activité de journaliste se déroule successivement dans plusieurs journaux, entre plusieurs livres, dont une Histoire complète de la révolution depuis 1789 jusqu'en 1814 publiée en 1838, suivie d'ailleurs de beaucoup d'autres Histoire de la Révolution française, de la France, des grands capitaines (on peut même dire que beaucoup s'y essaient dans cette période)... et une Oeuvres de Maximilien Roberspierre (1840)... Egalement entre autrs un Catéchisme républicain (Avignon, Peyri, 1848). 

Richard LAHAUTIÈRE (1813-1882), avocat, journaliste. Rédacteur à L'Intelligence, journal de la réforme sociale, il collaborre à plusieurs autres journaux et rédige De la loi sociale (1841). Sous le Second Empire, il se retire de la vie politique pour ses activités d'avocat, se consacrant plutôt à la poésie dans ses écrits. A noter sa participation à la brochure Boulets rouges aavec Etienne CABET, qui lui s'exprime dans le courant plus pacifique et spiritualiste dans le Populaire.

Jean-Jacques PILLOT (1808-1877), écrivain, athée, personnalité de la Commune de Paris. A partir de 1839, alors qu'il a renoncé à être prêtre, il fait de la propagande pour les idées de Baboeuf. Arrêté à la suite de l'insurrection de la Société des saisons (12-13 mai 1839), enfermé. Une fois sorti, il devient directeur de la Tribune du peuple, organise avec Théodore DÉZAMY et Corneille HOMBERG, le premier banquet communiste à Belleville le 1er juillet 1840, en réplique directe aux banquets socialistes. Condamné à six mois de prison en 1841 pour affiliation à une secte communiste, il est condamné à la déportation après le coup d'Etat de Louis-Napoléon Bonaparte en 1851, et s'échappe au Brésil. Il se lance dans les affaires une fois revenu en France (dentifrice et dentiers) et participe ensuite à la Commune. Il est cité par Karl MARX parmi les "communistes matérialistes", avec Jules GAY et Théodore DÉZAMY. Parmi ses écrits notons surtout Le Code religieux, ou le Culte chrétien (Valant, 1837), Histoire des égaux ou moyens d'établir l'égalité absolue parmi les hommes (Bureaux de La Tribune du Peuple, 1840), Ni châteaux, ni chaumières, ou état de la question sociale en 1840 (Imprimerie Bajat, 1840) et La communauté n'est plus une utopie! Conséquence du procès des communistes (autoédition, 1841). Pour plus d'informations consulter le Dictionnaire de la Commune, de bernard NOËL (Flammarion, 1978).

Théodore DEZAMY (1808-1850), tôt associé à Auguste BLANQUI, écrivain, enseignant, journaliste. D'abord au Populaire avec CABET avec lequel il rompt à cause de désaccords théoriques, puis au journal qu'il crée en 1840, L'Égalitaire, dont la parution s'arrêt au bout de quelques mois, comme beaucoup de publications à cette période. Il publie plusieurs ouvrages, de 1840 à 1848, dans lesquels il développe des thèses très radicales. Après avoir formulé de vigoureuses critiques à l'égard du catholicisme social dans M Lamennais réfuté par lui-même, il expose son propre projet d'organisation politique dans le Code de la communauté, divisé en 19 chapitres et contenant 47 articles de foi (1842). Il y stigmatise les lignes de fore de son opposition aux conceptions de CABET (qui avait fait paraitre le voyage en Icarie deux ans plus tôt). Il dirige surtout ses attaques contre la distinction entre la "phase de transition" et la "phase de constitution" de la société nouvelle, et dénonce l'idée d'une collaboration possible avec la bourgeoisie. Pour lui, il s'agit de substituer immédiatement à la société bourgeoise, dont il fait une analyse impitoyable, la "communauté", qui représente le "mode naturel et parfait de l'association". Les principes essentiels de cette communauté, longuement détaillés dans le Code, sont la propriété collective et l'égalité totale, matérielle et morale, des deux sexes. Il met l'accent sur la nécessité de donner une part prépondérante à la vie communautaire, et de faire que la plupart des activités soient exercées de façon collective et égalitaire, car "la communauté ne connait que des égaux". S'il s'affirme matérialiste, il professe un communisme fondé sur une vision profondément humaniste : "mon criterium, ma règle de conduite, c'est la science de l'organisme humain, c'est-à-dire la connaissance des besoins, des facultés et des passions de l'homme". Après avoir prit part à l'organisation du "banquet communiste" (juillet 1840), il anime avec Auguste BLANQUI, la Société républicaine centrale, et prend part activement aux journées de juin 1848. (Christine BARTHET). Dans ses oeuvres, on note aussi Le Jéuitisme vaincu et anéanti par le socialisme... (1845) et Organisation de la liberté et du bien être universel (1846). 

Auguste BLANQUI (1805-1881), journaliste, adhérent à la Charbonnerie, souvent arrêté et enfermé pour sa participation à de multiples sociétés secrètes et de nombreux complots (dès 1827...). Il revendique un "socialisme pratique", prône la prise du pouvoir par la révolution et une période transitoire de dictature populaire parisienne. Il est empêché de participer à la Commune juste après  avoir lancé son journal La Patrie en danger après la chute de Napoléon III. En 1880, il lance un journal, Ni Dieu ni maître, qu'il dirige jusqu'à sa mort. S'il est connu surtout pour son activisme et son livre sur les barricades, il est aussi l'auteur d'un livre, Critique sociale, publié après sa mort (1885). Le blanquisme constitue une philosophie politique à part (celle qui se dit la plus révolutionnaire) chez les néo-babouvistes. L'oeuvre de Auguste BLANQUI est dispersée, notamment dans ses écrits dans les journaux. Il n'a pas une analyse fouillée du capitalisme. Dans sa conception du capital et de l'exploitation capitaliste, il reste au niveau des utopistes de la première moitié du XIXe siècle. Pour lui, le capital, on le voit bien dans Critique sociale, est synonyme d'usure : il voit la source du profit capitaliste dans la non équivalence de l'échange. Sa critique du capitalisme repose principalement sur un jugement de caractère moral et rationnel. L'ordre existant ne répond pas aux exigences de la joustice, de la logique, du bon sens. Or "la justice, déclare-t-il, est le seul criterium vrai applicable aux choses humaines". Son application conduit inévitablement au socialisme. L'économie politique bourgeoise est indifférente à la morale et son "indifférence morale lui ôte toute puissance de critique, son scepticisme la frappe d'impuissance." Sa conception de l'exploitation capitaliste est liée au fait qu'il assimile le prolétariat à tout l'ensemble des groupes sociaux vivant de leur travail sans exploiter le travail d'autrui. Il tend à assimiler les différentes formes d'exploitation et le pouvoir despotique de l'Empereur Ecu (argent) a commencé dès les temps les plus reculés. (V P VOLGUINE) Doté d'une analyse politique et économique restreinte (il y en a une, même si ce n'est pas la plus développée des socialistes "utopiques", inférieure en tout cas à celle d'un Saint-Simon), il s'attache surtout à réaliser la révolution qui permettra le déploiement de tous les efforts pour construire une société socialiste. Le texte de Critique sociale est disponible sur le site de la BNF, et une présentation (de V P VOLGUINE est disponible également, avec des extraits importants sur le site Les classiques en science sociales.

 

Stéphanie ROZA, Situation de la connaissance du babouvisme, Cahiers d'histoire. Revue d'histoire critique, n°115, 2011. Albert SOBOUL, Babouvisme, dans Encyclopedia Universalis, 2015. Daniel TARTAKOWSKY, Babouvisme, dans Dictionnaire critique du marxisme, PUF, 1992. 

 

PHILIUS

 

 

 

 

 

    

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3 avril 2016 7 03 /04 /avril /2016 12:56

 N'en déplaise aux partisans de l'individualisme sociologique et aux intellectuels libéraux européens, les liens entre socialisme et sociologie demeurent forts. La volonté de comprendre la société et la volonté non moins forte de la réformer ou (moins) d'en faire la révolution sont originellement liés. Il serait intéressant d'étudier le parallélisme intellectuel (pas forcément au plan strictement politique) de l'évolution du socialisme et de la sociologie, en tenant compte de la spécificité de chaque pays.

Difficile conquête au XIXe siècle et hégémonie jusqu'au trois-quart du XXe siècle, déclin en France tout au moins sont les traits de progression de ces deux "cousins". La sociologie étant envisagée au sein durkheimien, globale. Il est frappant de constater qu'au moment du déclin de la domination d'idées socialistes dans les universités (et de son remplacement par les idées libérales, individualistes) correspond au moment de fractionnement, de spécialisation en branches, de la sociologie. Aux Etats-Unis, la sociologie "globale" n'a jamais réussi à se faire une grande place, toujours dans le monde intellectuel, de même que le socialisme.

    Francesco CALLEGARO estime même que, loin d'être une simple application des conclusions de la science sociale, le socialisme a son principe, dans ce que cette science a déjà de politique. Les parcours intellectuels des premiers socialistes et des fondateurs de la sociologie n'arrêtent pas de se croiser en ce XIXe siècle. "Et c'est justement, écrit Bruno KARSENTI, qu'il manifeste sa propre radicalité - une radicalité qui n'appartient qu'à lui, et qui le singularise absolument dans l'ensemble des courants politiques modernes. Cette radicalité, en d'autres termes, tient dans une articulation de la théorie et de la pratiques différente de celle qui règle ordinairement les rapports du savoir et de la politique à l'époque moderne. Or, cela a une implication symétrique, qu'il faut aussi considérer, c'est que la sociologie ne sort pas indemne du dévoilement de sa parenté avec le socialisme. Elle est aussi appelée, au miroir qu'il lui tend, à se voir tout autrement qu'elle ne se voit d'ordinaire. Son extrême difficulté, voire son ambiguïté native, apparait en effet en pleine lumière : pas plus qu'elle ne représente une démarche analytique complètement désengagée des phénomènes qui lui sont impartis, pas plus qu'elle ne délivre une pure connaissance objective que la politique n'aurait plus qu'à recueillir et à mettre en pratique, elle n'est commandée en sous-main par un certain positionnement idéologique ou un point de vue partisan. Seule une conception scolaire (dont en passant, ajouterions-nous, sont victimes nombre d'élèves et détudiants en sociologie...) de la neutralité axiologique a pu éluder les problèmes politiques posés par les conditions de possibilité d'une science sociale, et estimer qu'ils étaient résolus par l'affirmation d'un savoir "libre de présuppositions axiologiques". Il s'agit en fin de compte, pour y lire le secret politique de la sociologie, de savoir à quel point la connaissance des phénomènes sociaux implique politiquement. Emile DURKHEIM lui-même était conscient des enjeux de la scientificité de la displine qu'eil entendait fonder. La seule manière était d'étudier le socialisme lui-même comme un fait social. Conscient de ce que l'existence du socialisme impliquait à l'époque de son affirmation dans l'histoire des idées, avec tout ce qu'il lavait précédé, il s'agissait, en s'attachant notamment au saint-simonisme, de tracer une généalogie du socialisme qui en restitue la dimension d'expérience sociale comme socle de sa forme de pensée.

      S'il n'y a pas d'interchangeabilité entre socialisme (comme projet de société) et sociologie (comme projet de savoir), combien en ayant connaissance de la réalité sociale globale n'en vient pas à une forme de socialisme et combien en "naissant" avec une pensée de changement n'en vient pas à accroitre ses connaissance sur la manière dont la société fonctionne?

     Au coeur des croisements entre l'un et l'autre se trouve bien comme l'écrit toujours Bruno KARSENTI, le conflit social, rendu pressant dans une époque de grands bouleversements. Il s'agit de "remettre au creuset ce qu'on entend par conflit social, et de se servir de la focale socialiste, en quelque sorte, pour lui donner une acception plus précise et plus rigoureuse que dans les versions courantes de la pensée critique." Tout cela afin de rendre compréhensible les conditions d'émergence à la fois de la sociologie et du socialisme. Ceci est possible en pensant de nouveau, car les événements historiques (le fameux conflit géopolitique Russie-USA réduit à un conflit idéologique capitalisme-communisme et... vice-versa!) l'ont grandement empêché, les généalogies du socialisme et celles de la sociologie. c'est-à-dire de bien voir, comme le fait le numéro 11 de la revue Incidences pour le socialisme et comme on attend toujours qu'un ouvrage lui soit consacré pour la sociologie...

 

    Georges GURVITCH (1894-1965), dans son étude de l'objet et de la méthode de la sociologie observe des divergences profondes, compte-tenu de son "extrême complexité". Cette complexité, selon lui "découle d'une double source :

- du domaine du réel qu'elle explore - la réalité sociale, prise dans sa spécificité irréductible à toute autre sphère du réel ;

- de la méthode qu'elle applique à l'étude de ce domaine et qui consiste dans la prise en considération de l'ensemble, dans la typologie discontinuiste, et, partant, dans le recours indispensable à la dialectique.

L'objet de la sociologie, issu du mariage du domaine complexe de la réalité en présence de laquelle on se trouve et de la méthode complexe adaptée à son étude, ne peut qu'hériter de cette double complexité."

Il dénonce en quelque sorte l'attitude de "certains auteurs d'aujourd'hui qui se croient d'avant-garde en proclamant non sans suffisance que la sociologie n'est que le corpus des sciences sociales, ne font que reprendre la définition de John Stuart Mill en ce qu'elle a de pire. Ce n'est que par suite d'un malentendu que ces auteurs peuvent considérer l'éclatement de la sociologie en assemblage des sciences sociales particulières comme une marche vers l'intégration de ces dernières dans la "science de l'Homme", intégration qui ne peut précisément être réalisée que sous le double patronage de la sociologie et de l'histoire..." Il poursuit encore "Réduire la sociologie à une confrontation entre les méthodes des autres sciences sociales, ce serait d'abord la rejeter dans le domaine de l'épistémologie, c'est-à-dire lui refuser son statut comme science en l'intégrant de force à la philosophie ; ce serait de plus rendre la discussion méthodologique particulièrement infructueuse, la méthode sociologique - étalon principal de comparaison - se trouvant éliminée..."

Le sociologue français oppose l'effort de définition de l'école d'Emile DURKHEIM et de Marcel MAUSS aux tentatives nominalistes et individualisantes de Georg SIMMEL, de Gabriel TARDE, et sous leur influence de E DUPRÉEL (Le rapport social, 1912), comme aux définitions "culturalistes" d'Alfred WEBER et d'autres auteurs. Pour lui, "ce n'est qu'après avoir éliminé les définitions qui tropillent d'avance la sociologie, soit en la rendant esclave des sciences sociales partisulières, soit en l'enchainant à des présupposés aussi peu fertiles que le formalisme d'une part, ou sans antipode, le culturalisme abstrait, d'autre part, qu'on peut arriver à des approches plus positives du problème qui nous intéresse". Et il enchaine, reprenant le lien originel entre socialisme et sociologie : "On ne trouve chez aucun des grands fondateurs de la sociologie, Saint-Simon, Proudhon, Comte, Marx et Spencer, (...) de définitions de la sociologie adéquates à leur pensée effective. La liaison étroite de la sociologie et de la philosophie de l'histoire dont ils partaient détournait leur attention de l'analyse explicite des frontières et des particularités de méthodes de la nouvelle discipline. 

C'est donc plutôt sur l'objet de la sociologie, ou plus exactement sur la spécificité du domaine du réel où elle se taille son objet, que les fondateurs de la sociologie nous apportent des indications qu'il serait utile de mentionner ici.

"La physiologie sociale" (terme par lequel Saint-Simon désigne la sociologie) est la branche centrale de la "science de l'homme" qui étudie "la société en actes", les efforts collectifs "matériels et spirituels" dépassant les efforts individuels des participants, avec lesquels ils s'interpénètrent. 

Selon Comte, la sociologie a pour domaine la société humaine (qu'il identifie à l'Humanité) en tant que totalité réelle s'imposant à ses participants, se présentant à la fois comme "l'objet et le sujet", l'acquis et l'effort, "le spéculatif et l'actif", totalité qui implique la religion, la morale, l'éducation, la connaissance comme ses éléments régulateurs.

La réalité sociale qui est, d'après Proudhon, une totalité immanente caractérisée par l'effort collectif volontaire, l'action, le travail, la compétition, la lutte des groupes et des classes, comporte plusieurs étagements ou dimensions : les forces collectives, la raison collective ou conscience collective, la justice et "l'idéal" affectif souvent en lutte entre eux, le droit et plus largement les réglementations sociales, enfin la création collective.

pour Marx, la société, les classes sociales, l'homme - qui sont des totalités concrètes - se créent eux-mêmes dans la praxis où s'interpénètrent et se confrontent d'une façon dialectique les "forces productives" et les "rapports de production" ou "structures sociales" ; la "production spirituelle des idées, des représentations, de la conscience" est empliquée dans la "production matérielle" et les "modes d'action commune (des classes sociales par exemple)" peuvent eux-mêmes devenir, dans certains cadres sociaux, une "force productive" dont seules sont esclues les "superstructures idéologiques".

Pour Spencer - le seul parmi les pères de la sociologie, à n'avoir pu résister à la tentation naturaliste et à l'évolutionnisme biologique - les points de repère pour l'étude de la réalité sociale sont, en dépit de ses préconceptions, les "institutions", les "contrôles sociaux" (réglementations sociales) et les "structures", termes qu'il a introduits sans parvenir toujours à les préciser.

En se proposant de définir l'objet et la méthode de la sociologie, Durkheim (1858-1917) et son école se sont trouvés devant un héritage riche et complexe, qui demandait à être éclairci. Cette prise de conscience (...) a bien réussi en ce qui concerne la délimitation du domaine à étudier, qu'en ce qui concerne la méthode à lui appliquer et, partant, l'objet ainsi constitué. Durkheim a donné trois définitions successives de la sociologie : deux sont explicites ; la troisième est implicitement contenue dans les ouvrages de la première parties de sa vie."

  Après avoir abordé les multiples tentatives de définition, George GURVITCH propose une formule brève : "la sociologie est une science qui étudie les phénomènes sociaux totaux dans l'ensemble de leurs aspects et de leurs mouvements en les captant dans des types micro-sociaux, groupaux et globaux en train de se faire et de se défaire." Par là, il se définit en opposition avec une tendance contemporaine (qui commence à régresser semble t-il sous le coup de nombreuses impasses...) à vouloir morceler la réalité sociale, à faire de la société, à la limite, la résultante d'une poussière de comportements individuels. 

   Raymond BOUDON et François BOURRICAUD par exemple estiment "que la sociologie (à la fin des années 1970) telle qu'elle se pratiquait de plus en plus couramment tendait à rompre avec une longue tradition, celle qu'avait illustrée les plus grand, Tocqueville, Weber, Durkheim et les autres. Nous sentions qu'une crise d'identité de la sociologie était en train de se développer ; que cette displine tendait à négliger de plus en plus sa fonction de production du savoir au profit de fonctions subsidiaires ou se faisaient même franchement idéologique." Ces auteurs oublient tout simplement que les idéologies font partie précisément de la réalité sociale... Prenant comme appui les études de Louis HOROWITZ (1994, The decomposition of Sociology), Ralf DAHRENDORF (1995, Wither social sciences?) ou de S et J TURNER (1990 : The impossible science), ils diagnostiquent une rupture entre la sociologie "classique", celle qui se développe de manière assez linéaire entre le XIXe siècle et les années 1970, et la sociologie "moderne". "En s'éloignant des ambitions et des principes de la sociologie classique, la sociologie moderne a perdu en efficacité. Ainsi, la sociologie de l'éducation a produit des milliers de pages dans les deux ou trois dernière décennies du XXe siècle. Il n'est pas sûr qu'elle ait vu venir la violence scolaire, ni contribué à maîtrisé la croissance de l'"université de masse", ni permis de mieux comprendre les raisons d'être de phénomènes comme l'inégalité des chances scolaires, ni réussi à proposer des mesures efficaces pour les combattre". ils pensent que plusieurs des raisons de cet état de faits réside dans une confusion entre explication et interprétation, dans un a-priori causaliste.

Raymond BOUDON termine son survol d'ensemble de la situation de la sociologie en formulant une thèse : "La théorie implicite dont je suppose qu'elle inspire plus ou moins consciemment la réaction de l'observateur occidental n'est autre que celle que Durkheim (De la division du travail social, 1960) développe explicitement (...) : on observe sur la longue durée une tendance à l'invention de procédures permettant de donner des formes plus douces au "contrôle social", avance-t-il. Cette tendance est une manifestation d'une valeur pérenne et fondamentale, qui inspire la vie morale et politique de toute société : l'individualisme. L'"individualisme" au sens moral, i e la demande par l'individu du respect de sa personne en tant que personne est, nous dit Durkheim, "de tout temps", bien que son expression puisse être plus ou moins encouragée par les circonstances et par les évolutions structurelles, comme la tendance à l'approfondissement de la division du travail. C'est pourquoi on constate que le droit pénal tend à diminuer en importance au profit du droit civil. C'est pourquoi les rituels visanta favoriser la construction de l'identité personnelle et l'intégration sociale prennent des formes de plus en plus douces, de plus en plus respectueuses de l'individu : de son intégrité physique ; de la dignité de sa personne."

   La sociologie "moderne" fait plutôt la part belle à des analyses qui se situent contre un "holisme" au profit d'un "individualisme", parfois méthodologique, mais si en apparence cette tendance est hégémonique de nos jours, la réapparition d'intentions transformatrices chez de nombreux sociologues spécialisés la fait plutôt revenir à des perceptions plus rigoureuses de la réalité sociale, aux intuitions de la sociologie "classique"... A quoi bon connaitre le monde si on ne peut le transformer... En fait, l'origine, et l'originalité de la sociologie par rapport à la philosophie ou à la psychologie, ou encore à la psychanalyse... est très liée à la perception désagréable de maints maux sociaux. Discuter du suicide, des accidents de la route, de l'éducation ou du travail en termes de sociologie n'a guère de sens si c'est simplement pour constater leur place - et leur rôle - dans la société. Une autre possibilité, mais plutôt située en aval des travaux de sociologie, est de les utiliser pour accroitre le contrôle social, ce que ne fait pas faute d'essayer une foule d'institutions sociales, économiques ou politiques. Mais l'ensemble des sociologues font de la sociologie afin de changer les choses, comme les fondateurs ont tenté de comprendre la société dans sa globalité pour la transformer globalement et souvent profondément, agissant en socialistes affirmés... Bien entendu, on trouve tous les dénigreurs de la sociologie, comme ceux du socialisme, parmi tous ces acteurs sociaux qui ont intérêt à ce que les chose ne changent pas... Et par-dessus le marché, de nombreux auteurs tentent de faire croire qu'une sociologie "holiste" est forcément une sociologie contre l'individu, contre la liberté...

      Avec la sorte d'escroquerie intellectuelle de faire croire qu'un individu ou un groupe d'individu peut changer seul le monde en défiant son passé (temps) et son environnement (espace). La société, parce qu'elle forme un tout traversé de conflits, possède une inertie très importante, sauf à se détruire, que même des révolutions ne la font bouger que partiellement. Tous les révolutionnaires en savent quelque chose, eux pour qui la tentation de la violenter est toujours présente. Si les socialistes désirent si ardemment connaitre la société, c'est bien qu'ils cherchent les divers leviers pour la transformer, plus ou moins rapidement, suivant l'urgence des situations. Une sociologie qui ne chercherait plus la causalité des phénomènes risque de se réduire à une psychologie sociale à faible réservoir de connaissances ou à un économisme à faible portée. 

 

Raymond BOUDON et François BOURRICAUD, dictionnaire critique de la sociologie, PUF, 2004. Georges GURVITCH, traité de sociologie, PUF, 2007. Sous la direction de Francesco CALLEGARO et Andrea LANZA, Le sens du socialisme, Histoire et actualité d'un problème sociologique, dans Incidence, n°11, Editions du Félin, octobre 2015.

 

SOCIUS

 

 

 

     

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2 avril 2016 6 02 /04 /avril /2016 08:32

Si le mouvement socialisme américain réside surtout dans de multiples réalisations locales (coopératives, syndicats locaux, manifestations sur un thème de mobilisation environnemental ou consumériste par exemple), les partis politiques qui se réclament du socialisme ne sont pas absents des arênes électorales, notamment locales. On pourrait même écrire que c'est à l'occasion des élections locales, dans les Etats ou au niveau fédéral (et elles sont nombreuses et variées, bien plus qu'en Europe) que, politiquement et non plus seulement socialement, les socialistes portent leur voix discordante dans le consensus idéologique américain. Soit pour faire avancer des projets bien précis ou s'opposer à des lois qu'ils jugent scélérates, soit pour déplacer les lignes du politiquement correct, soit encore pour clamer haut et fort qu'il existe des alternatives au capitalisme. L'activité des différents partis, si elle repose sur une faible base militante permanente (ils peuvent gonfler les effectifs à l'occasion d'événements de façon... étonnante), s'appuie nénamoins sur un corpus littéraire important, sur des expériences très riches en luttes sociales, "raciales", féministe, consumériste, environnemental, antimilitariste et également sur de forts sentiments sporadiques ou plus profonds de mécontentement populaire dans un système où l'accroissement des écarts entre riches et pauvres devient de plus en plus visible. Que ce soit contre la perte de pouvoir d'achat, contre des pollutions ou contre le chômage, les membres des partis socialistes se sentent souvent en première ligne dans un combat idéologique, même s'il se sentent souvent bien seuls...

    On peut citer de nombreux partis socialistes aux Etats-Unis. Leur activité est souvent intermittente et leur structure instable, influencée autant par les divers débats idéologiques internationaux que par les manoeuvres électorales d'appareils...

    Ainsi le Socialist Labor Party of America (SLP), le plus vieux parti socialiste aux Etats-Unis et le deuxième plus vieux du monde, fondé en 1876, dans la foulée du déménagement à New York en 1872 de l'Internationale qui unit les partis socialistes dans le monde entier (elle-même profondément divisée depuis le début sur les questions de tactique). Le WPUS (Workingmen's Party of the United States, qui devient en 1877 le SLP, est divisé lui aussi, entre diverses tendances, au gré des divisions dans l'Internationale et au gré également de l'arrivée des nouveaux immigrants. Ce n'est qu'avec l'arrivée de Daniel DE LEON en 1890 que le parti se stabilise à peu près idéologiquement et politiquement. Depuis, le parti, qui existe toujours suit une ligne de "syndicalisme socialiste industriel", croyant en la transformation fondamentale de la société par une action politique et industrielle combinée de la classe ouvrière organisée dans des syndicats. Daniel DE LÉON (1852-1914), d'origine antillo-néerlandaise se définit lui-même comme marxiste. Dès la création en 1886 de la Fédération américaine du travail, il lui reproche de développer une orientation corporatiste et de diviser ainsi la classe ouvrière. Proche d'abord des Chevaliers du travail, il s'engage ensuite dans la création d'une nouvelle organisation, la Socialist Trade and Labor Alliance en 1895. En 1905, DE LEON soutient la création des Industrial Workers of the World, un syndicat proche des conceptions syndicalistes révolutionnaires. Mais la collaboration est difficile, car il défend le rôle des partis politiques contre l'action directe défendue pas les wobbies. La controverse, intense comme d'habitude dans ces milieux, prend une telle intensité que les wobbies membres du SLP fonde une organisation concurrente en 1908, la Workers' International Industrial Union qui survit une dizaine d'années, sans supplanter les IWW, bi l'AFL. Figure la plus éminente du socialisme américain, Daniel DE LÉON laisse de nombreux écrits, évoqués dans plusieurs ouvrages : Bernard et Lilian JOHNPOLL, The impossible dream : The rise and demise of the Americain Left, Westport, Greenwood Press, 1981, et surtout dans QUINT, The Forging of American Socialism. On trouve des textes également sur le site bataillesocialiste.worldpress.com (A propos de Daniel De Leon).

      Le Social Democratic Party of America (SDP), d'existence brève (1898-1901), mais structure où se retrouve de nombreux hommes politiques socialistes qui mènent ensuite une carrière dans différents autres partis. il regroupe des personnalités très diverses, marxistes, trade unionistes, socialistes proches des thèses d'OWEN, populistes et radicaux qui se forgent par leur discussion d'autres creusets d'activités de tout ordre. Très préoccupé par les questions du colonialisme, il mène des activités notamment à Chicago, à Rochester et à New York. Figurent parmi les notables membres de ce parti une série de personnalités influentes :

Leonard Dalton ABBOTT (1878-1958), qui se tourne ensuite vers l'anarchisme, animateur du "Modern School Movement" (voir notamment à ce propos Paul AVRICH, The Modern School Movement : Anarchism and Education in the United States, Princeton University Press, 1980).

Joseph BARONDESS (1867-1928), surnommé "King of the Cloakmakers", travaille dans le milieu des acteurs, avec des relations multiples, jusqu'à Woodrow WILSON, participant par exemple à la délégation de l'AJC à la Conférence de paix de Versailles en 1918 ou à des activités dans les milieux juifs contre les progroms de la guerre civile d'Ukraine de 1919-1921. (VOIR YIDDISHLAND);

Victor Luipold BERGER (1860-1929), austro-hongrois, a une activité importante de journaliste dans le Winsconsion. Anti-militariste, il est soupçonné d'espionnage, mais nénamoins réussit à se faire élire 3 fois à la Chambre des Représentants dans les années 1920. Ses différents écrits au congrès ont été regroupés dans Voice and Pen of Victor L Berger : Congressional Speeches and Editorials (comme il faut le noter la plupart des membres du Congrès (htpp://catalog.hathitrust.org).

Barney BERLYN.

Ella Reeve BLORR (1862-1951), activiste au long court dans le mouvement socialiste et communiste. Femme de premier plan dans le fonctionnement du Communist Party USA. Son activité syndicale et politique est relatée dans son livre autobiographique, Bloor, We are Mary, New York, International Publishers, 1940. Elle est l'auteure notamment de Woomen in the Soviet Union, New York, Workers Library Publishers, 1937 et de livres pour enfants.

William BUTSCHER

James F CAREY

John Calvin CHASE (1870-1937), syndicaliste et politicien, qui devient le premier socialiste élu dans une ville majeure (Haverhill) en 1898. Son activité est relatée notamment dans Harry F BEDFORD, Socialism and the Workers in Massachusetts, 1886-1912, Amherst, University of Massachusetts Press, 1966. Il est l'auteur de nombreux textes dont "Municipal Socialism in America" dans The Outlook (1900) et "How I Became a Socialist, dans The Comrade (1903).

Jesse COX

Eugene Victor "Gene" DEBS (1855-1926), syndicaliste, un des fondateurs de l'IWW (Industrial Workers of the World), cinq fois candidat à la Présidence des Etats-Unis pour the Socialist Party of America. Il s'implique notamment dans la grande grève au Pullman Palace Car Company en 1894. Leader socialiste de premier plan, il est prisonnier politique en 1918 pour son opposition à la participation des Etats-Unis à la première guerre mondiale. Prolifique auteur, dont on peut  les oeuvres à archive.org/detail/1880 et suivantes au FiremanMagazine. Il a écrit notamment Labor and Freedom, St Louis, Phil Wagner, 1916 et Walls and Bars : Prisons and Prison Life In the "Land Of The Free", Chicago, Socialist Party, 1927.

A S EDWARDS

W E FARMER

Margaret HAILE, militante à la fois au Canada, son pays d'origine et aux Etats-Unis, enseignante et journaliste, elle fait partie des dirigeants du Social Democratic Party en 1901 et participe à la fondation du Socialist Party of America.

Job HARRIMAN (1861-1925), ministre du culte devenu agnostique et socialiste. Présent en 1900 dans le ticket comme vice-président avec Eugene DEBS pour la présidence des Etats-Unis, il fonde une communauté utopique appelée llano del Rio en Californie, relocalisée ensuite en Louisiane. Auteur de nombreux textes de débat avec plusieurs de ses collègues, il a écrit également The Socialist Party and the trade Unions, Los Angeles Socialist, 1902.

Maximillian Sebastian "Max" HAYES (1866-1945), journaliste, syndicaliste et politicien socialiste. Il est surtout connu aujourd'hui comme le plus durable éditorialiste du Cleveland Citizen. Auteur  entre autres de A History of Cleveland Labor, Cleveland AFL-CIO Federation of Labor/The Greater Cleveland Labor History Society/The Cleveland Citizen, réédité en 1987.

Frederic HEATH (1864-1954), journaliste et homme politique, élu dans le Wisconsin pendant presque un demi-siècle. Auteur du The Social Democracy Red Book (1900).

Isaac HOURWICH (1860-1924), d'origine russe, économiste Jewish-American", statisticien, homme de loi et activite politique. Pionnier des statistiques du travil pour les Mines et intellectuel de premier plan parmi les juifs de langue Yiddish aux Etats-Unis. Dans son oeuvre, beaucoup juridique, on note plusieurs ouvrages sur les aspects économiques, criminologiques et sociaux de l'immigration.

G A HOEHN

Antoinette KONIKOV

Algernon LEE (1873-1954), politicien socialiste et éducateur, membre du conseil de la ville de New York pendant la première guerre mondiale, il est l'un des trois co-auteurs de la résolution anti-guerre en 1917 à la convention de St Louis du Socialist Party of America. Il est surtout connu pour avoir été Directeur de l'Education à la Rand School of Social Science pendant 35 ans. Beaucoup de ses écrits se veulent des textes pédagogiques sur le marxisme (1926), sur l'histoire sociale et économique (1915)...

Algernon LEE 

Frederic O MacCARTNEY (1864-1903), ministre du culte unitarien et politicien socialiste, émlu à quatre reprise au parlement du Massachusetts sous la bannière du Social Democraty of America et de l'organisation successeur, le Socialiste Party of America.Il est l'auteur d'une livre de sermons sur la décadence dans les fonctions publiques et d'un autre sur la situation de Cuba.

William D MAHONEY

William MAILLY (1871-1912), fonctionnaire du parti, journaliste et syndicaliste, premier directeur de publication de the New York Call. Voir entre autres Howard QUINT, The forging of american socialisme : Origins of the Modern movement, Columbia, University of Saouth Carolina Press, 1953. Et bien entendu toujours archive.org, qu'il est intéressant de consulter pour beaucoup d'auteurs et de politiciens socialistes.

Mary Harris "Mother" Jones (1837-1930), irlandaise d'origine, grande organisatrice et co-fondatrice de Industrial Workers of the World. Grande syndicaliste, elle est considérée par le patronat comme "la femme la plus dangereuse en Amérique" (1902). Pour protester contre l'aggravation de la loi sur le travail des enfants, elle organise en 1903 une marche d'enfants jusqu'au domicile du Président Theodore ROOSEVELT à New York. Elle donne son nom au Mother Jones magazine, créé en 1970. Un livre récent (Millbrook Press, 1994) lui est consacré par Penny COLMAN.

Georges A NELSON (1873-1962), fermier organisateur et politicien socialiste, il est candidat à la Vice Présidence en 1936 du Socialist Party of Americain. Rédacteur en 1934 de Farmes, Where are we going? et de Farce of Farm Relief, avec Carrie Eddie SHEFFER, la même année. Il s'oppose au New Deal dans l'agriculture, le jugeant inadapté.

Louis William ("LW") ROGERS (1859-1953), enseignant, travailleur du rail, fonctionnaire syndical et homme politique socialiste, Il participe au Pullman Strike de 1894 dans la American Railway Union. Après 20 ans dans le syndicalisme, il vire au mysticisme, longtemps président de la Theosophical Society in America. On note dans sa bibliogaphie bien plus d'ouvrages sur la théosophie que sur l'activité socialiste.

Carl SANDBURG (1878-1967), poète et écrivain, figure majeure de la littérature américaine, spécialement pour ses volumes de vers Chicago Poems (1916), Cornhuskers (1918) et Smoke and Steel (1920). Il est l'auteur d'une biographie d'Abraham Lincolm (1926).

Henry SLOBODIN, juge, activiste et fréquent candidat aux offices publics de New York.

Seymour STEDMAN (1871-1948), éminent homme de loi, candidat à la vice présidence dans le ticket avec Eugene DEBS dans les années 1920, auteur d'ailleurs avec lui de The Debs case : a complete history, Chicago, Socialist Party, National Office, 1919.

Hermon Franklin TITUS (1852-1931), activiste socialiste et directeur de journal. D'abord ministre baptiste puis médecin, il est connu surtout pour être un leader dans l'Etat de Washington du Socialist Party of America (SPA) dans la première décade du XXe siècle. Auteur d'un remarqué ABC of Socialism (1904) et de multiples pamphlets sur par exemple le pouvoir économique de la classe moyenne.

Morris WINCHEVSKY (1856-1932), éminent leader juif à Londres et aux Etats-unis à la fin du XIXe siècle. D'origine polonaise, son activité dans le développement de la poésie yiddish est très connu.

John McClelland WORK (1869-1961), écrivain, activist fonctionnaire de parti, il est le fondateur du Socialist Party of America et l'auteur de l'un des tracts les plus connus de la première décade du XXe siècle, fréquent candidat à des fonctions publiques. Pour le tract, il s'agit du court What's So and What Isn't so de 1906. 

    

     Le Parti socialiste d'Amérique fondé en 1901 par la fusion du Social Democratic Party of America et d'anciens membres du Parti ouvrier socialiste, s'assure dans les premières décennies du XXe siècle du soutien de différents groupes  : syndicats, réformateurs progressistes, agriculteurs populistes et communauté d'immigrants. Son candidat à la présidence Eugene DEBS obtient plus de 900 000 voix en 1912 et 1920 et deux de ses membres, Victor L BERGER et Meyer LONDON, sont élus à la Chambre des Représentants. Plusieurs d'autres membres sont élus maires et membres de conseils municipaux. L'opposition résolue du Parti à l'engagement américain dans la Première Guerre Mondiale, produit ensuite des démissions et attire sur lui la répression et la persécution de la part du gouvernement fédéral. L'organisation est déchirée peu après par des conflits internes suite à la Révolution russe d'octobre 1917 et la création de l'Internationale  communiste en 1919. Soutenant en 1924 la candidature à la présidence de M La FOLETTE, le parti connait une croissance modeste au début des années 1930 (candidature de Norman THOMAS). La popularité du New Deal des années 1920 affaiblit toutefois durablement le Parti, face notamment au Parti communiste mené par Eral BROWDER. La tentative avortée d'élargir la base du parti en accueillant les trotkystes et Jay LOVESTONE conduit les membres les plus anciens à quitter l'organisation et à former la Social Democratic Federation en 1936. D'anti-fasciste et d'anti-staliniste, le parti change avec une attitude ambivalente pendant la Deuxième guerre mondiale, ce qui l'isole encore davantage sur la scène politique nationale. Cessant sa participation aux élections présidentielles après 1956, ses membres les plus actifs s'engagent dans des activités syndicales et de droits civiques plutôt que de participer à un parti enlisé dans des débats idéologiques et de tactiques. En 1972-1972, les différends stratégiques sont tels que le Parti se divise en trois groupes distincts : l'actuel Parti socialiste des Etats-Unis, les Sociaux-démocrates USA et les Socialistes démocrates d'Amérique.

Parmi les membres les plus notables du Parti, citons Eugene Victor DEBS, déjà cité, Jack LONDON (1876-1919), écrvain dont les thèmes de prédilection sont l'aventure et la nature sauvage, John "Jack" Silas REED (1887-1920), journaliste qui défend avec vigueur le nouveau régime soviétique et fondateur du Communist Labor Party en 1919 et Upton SINCLAIR (1878-1968), écrivain prolifique de romans et de pièces de théâtre, partisan de l'autogestion ouvrière, fondateur du mouvement EPIC (End Poverty in California) en 1934.

 

     Le Parti socialiste des travailleurs (SWP), de tendance trotkyste, créé en 1938, est l'héritier de la Ligue communiste d'Amérique, elle-même fondée en 1928. Longtemps proche de la Quatrième Internationale communiste, le SWP la quitte officiellement en 1990 après s'en être éloigné progressivement. Le Parti est surtout influent dans les années 1960-1970 dans le mouvement pour les droits civiques et le mouvement contre la guerre du VietNam. Le Parti présente régulièrement des candidats à l'élection présidentielle avec des résultats anecdotiques. 

 

    Le Parti socialiste des Etats-Unis, fondé en 1973, compte environ 1 600 membres. Les résultats de ses candidats à la présidence sont eux aussi anecdotiques. Bien entedu, et c'est vrai  pour l'ensemble des partis socialistes et communistes des Etats-Unis, l'objectif n'est pas tant de "gagner" ces élections que de faire entendre plus fortement leurs idées.

 

     Socialistes démocrates d'Amérique, fondé eux-aussi en 1973, aux effectifs maximum de 7 000 personnes (1983), compte l'actuel candidat Bernie SANDERS à la primaire du Parti démocrate (sous l'étiquette "Indépendats").

 

      Sociaux-démocrates, USA, fondé en 1972, est membre de l'Internationale socialiste.

   

    Dans la bataille pour les primaires des élections présidentielles des Etats-unis de novembre 2016, l'événément saillant est probablement l'assaut d'un socialiste, avec des échos considérables et exceptionnels, à la Maison Blanche. Suscitant l'opposition des médias et de l'establishment de la capitale, ses idées catalysent une grande part du mécontentement populaire. Familier des luttes pour les droits civiques, contre la guerre du VietNam, pour l'éducation populaire, soutien direct et conseiller politique de Engene Victor DEBS lors de ses 5 participations aux joutes électorales nationales suprêmes, Bernie SANDERS a toujours gardé la même ligne politique. Elu maire de Burlington, la plus grande ville du Vermont en 1981. Réélu à trois reprises, il conserve son siège jusqu'en 2006, année de son élection comme sénateur du Vermont.

Il a su fédérer de nombreuses forces dispersées, avec une vision socialiste plus proche de celle de l'ancien ministre suédois Olof PALME (1969-1976 ; 1982-1986) que de son mentor pro-bolchevique DEBS, l'essentiel pour lui est de mettre en place un véritable Etat-providence face notamment à la pauvreté infantile et l'absence de couverture santé performante et abordable. Si la présence d'un socialiste si populaire dans l'Amérique du XXIe siècle stupéfie les observateurs dans les médias, c'est qu'il n'ont pas saisi l'ampleur des multiples désastres causés par de longues politiques libérales, désastres qui vont de pair avec un certain mépris de l'intelligentsia américaine pour le peuple réel. Face à des positions idéologiques comme celle de Mme CLINTON qui reposent sur la tradition de la "troisième voie" établie par les Nouveaux Démocrates, celle d'un Etat "allégé", centré sur l'aide aux entreprises plutôt que sur la protection des citoyens, le candidat socialiste décrit son activisme politicien comme une tentative de consolider et d'organiser une gauche dispersée, à laquelle nombre de décus du Parti Démocrate pourrait s'associer. Les grandes centrales syndicales restent prudentes face à cette candidature, de même d'ailleurs une bonne partie des réseaux associatifs et communautaires (notamment cjez les pasteurs noirs). Et de nombreux secteurs politiques et syndicaux préfèreront sans doute le vote utile face à la perspective de voir le candidat Donald TRUMP d'extrême droite à la Présidence. De toute manière, la campagne de Bernie SANDERS ne vise ni à transformer le Parti démocrate de l'intérieur, comme voulaient le faire Eugene Mc CARTHY en 1968 ou George Mc GOVERN en 1972, ni à construire une force de gauche comparable à la "coalition arc-en-ciel" des années 1980 (autour de la candidature de Jesse JACKSON). Il s'agit, et cela est dans la droite ligne de l'attitude de nombreux militants et politiciens socialistes des Etats-Unis depuis les origines, de donner une voix aux millions de laissés-pour-compte, autre que celle des financiers de Wall Street. L'activité électoraliste de Bernie SANDERS se situe dans la logique du mouvement "Occupy Wall Street", qui entendait incarner la voix de 99% des Américains contre l'accaparement des richesses par 1% de la population. Il réhabilite l'idée et cela va sans doute perdurer au-delà de l'élection présidentielle, d'un Etat protecteur des défavorisés, qui s'appuie sur des mouvements sociaux capables d'instaurer un rapport de forces avec les différents pouvoirs, pied à pied sur des enjeux sociaux, économiques et environnementaux. Dans les présentations de son programme, le candidat socialiste entend mettre en oeuvre pour le financer une politique fiscale offensive qui faut apparaitre les différentes propositions en Europe pour d'aimables plaisanteries. (Bhakar SUNKARA, le Monde diplonatique, janvier 2016 ; France 24, février 2016 et autres sources...).

 

PHILIUS

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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