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2 novembre 2018 5 02 /11 /novembre /2018 08:28

   L'écrivain et critique littéraire français Marcel-Jules-Marie GUÉHENNO, dit Jean GUÉHENNO est également une figure du pacifisme dans l'entre-deux guerres mondiales. Plus connu pour ses oeuvres, notamment autobiographiques (Journal d'un homme de 40 ans, 1934 ; Journal des années noires 1940-1944, 1947 ; Carnets du vieil écrivain, 1971) que pour son activité politique, il participe, mû par son humanisme aux activités de la mouvance pacifique de 1927 au début de la guerre, puis aux activités clandestines préparant pour la Libération au Mouvement des auberges de jeunesse.

     Lors de son activité de critique littéraire pendant sa carrière de professeur (il achève cette carrière dans l'Éducation Nationale comme inspecteur général), il s'intéresse surtout à l'oeuvre de Jean-Jacques ROUSSEAU, dont il écrit plusieurs livres. Il est l'auteur également d'autres  ouvrages, où il propose un humanisme original : L'Évangile éternel en 1927, Caliban parle en 1928, La Foi difficile en 1957 et Caliban et Prospero en 1969.

     Entre les deux guerres, il s'engage dans des combats pour la paix. Avec notamment ALAIN, Lucien DESCAVES, Louis GUILLOUX, Henry POULAILLE, Jules ROMAINS et SÉVÉRINE, il signe en 1927 la pétition contre la loi sur l'organisation générale de la nation pour le temps de guerre, loi qui abroge, selon les signataires, toute indépendance intellectuelle et toute liberté d'opinion. Cette pétition paraît dans le numéro du 15 avril de la revue Europe dont il devient le directeur de publication en 1929 (jusqu'en mai 1936). En 1935, il fonde l'hebdomadaire Vendredi. Rappelons que la revue Europe est fondée en 1923 par des intellectuels venant d'horizons différents, des anarchistes et des syndicalistes se retrouvant dans ses colonnes avec des hommes de l'entourage de Romain ROLLAND. Nombreux s'y retrouvent après s'être mis en rupture de ban avec leurs organisations d'origine, soit minoritaires soit encore exclus. C'est encore dans les colonnes d'Europe qu'en 1934, à l'occasion du vingtième anniversaire de la déclaration de guerre mondiale que sont publiés dans un numéro spécial 1914-1934 des articles de René ARCOS, ALAIN, Jean GIONO. Si nombre d'articles sont orientés par le souvenir des horreurs de la première guerre mondiale, aiguillonnant toujours un pacifisme intransigeant, cela n'empêche pas par la suite que certains préférerons comme lutte prioritaire le combat contre le fascisme, s'investissant plus tard dans les réseaux de résistance.

Il participe en 1930 au troisième cours universitaire de Davos, avec de nombreux intellectuels français et allemands. Il arrête de publier sous l'Occupation, mis à part des écrits clandestins sous le pseudonyme de Cévennes. Jean GUÉHENNO se retrouve en juillet 1936 dans la direction du CVIA (Comité de Vigilance des intellectuels Antifascistes), aux côtés d'amis d'ALAIN, de minoritaires de la SFIO et d'anticolonolialistes, après le départ du courant animé par les membres du PCF, conséquence de l'évolution de la diplomatie soviétique.

      En 1944, il est chargé par le gouvernement provisoire d'organiser la Direction de la culture populaire et des Mouvements de Jeunesse. reprenant les idées forgées dans la clandestinité, il met en place avec Christiane FAURE les premiers instructeurs d'animateurs de jeunesse. Avec André PHILIP et des responsables clandestins d'associations de jeunesse, de partis et de syndicats; il crée la république des jeunes. Cette association réfléchit à la transformation des maisons de jeunes du régime de Vichy en Maison de la Jeunesse et de la Culture (MJC) affiliées aux mouvements d'éducation populaire. En 1948, suite à la fusion de la Direction de la culture populaire et des Mouvements de Jeunesse avec les Direction de l'Éducation Physiques et des Activités Sportives, Jean GUÉHENNO démissionne de son poste.

 

Jean GUÉHENNO, L'Évangile éternel, Étude sur Michelet, Grasset, 1927 ; Conversion à l'humain, Grasset, 1931 ; Jeunesse de la France, Grasset, 1936 ; Dans la prison ( sous le pseudonyme de Cévennes), Minuit, 1944 ; L'Université dans la Résistance et dans la France Nouvelle, Office français d'édition, 1945 ; La Foi difficile, Grasset, 1957.

Philippe NIOGRET, La revue Europe et les romans de l'entre-deux-guerres, L'Harmattan, 2004. Jean Yves GUÉRIN, Jean-Kely PAULHAN et Jean-Pierre RIOUX, Jean Guéhenno, guerres et paix (Actes du colloque de 2008 à l'Université Parix III), Lille, Presses Universitaires du Septentrion, 2009.

Yves SANTAMARIA, Le pacifisme, une passion française, Armand Colin, 2005. Nadine-Josette CHALINE, Empêcher la guerre, encrage, 2015.

 

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31 octobre 2018 3 31 /10 /octobre /2018 08:31

    Jean de BLOCH est un financier et pionnier du chemin de fer polonais, d'origine juive, connu sous le nom de "Roi du chemin de fer". A la fois diplomate, entrepreneur, banquier et économiste, il a une grande influence au tout début du XXe siècle sur nombre d'intellectuels et hommes politiques, influence qui déborde les cercles militants ou acquis au pacifisme.

    Auteur d'une étude considérable en 6 volumes intitulée La guerre de l'avenir qui montre de manière prémonitoire l'impact désastreux que peut avoir une guerre moderne, il est nominé pour le Prix Nobel de la paix en 1901. Il est l'un des organisateurs de la Première Conférence de la Haye en 1899. Il fonde également le premier musée pour la guerre et la paix en Lucerne.

   Le tsar Nicolas II a lu les travaux de Jean BLOCH qui le confortent dans sa diplomatie en Europe, visant à alléger le poids des dépenses militaires en vue du développement économique nécessaire à son pays, et la Russie propose en août 1898 une réunion internationale pour tenter d'organiser la paix en Europe. Si beaucoup de dirigeants observent sa proposition avec ironie (notamment Guillaume II d'Allemagne), la première conférence internationale regroupant des représentants officiels de 26 États se déroule bel et bien à partir du 15 mai 1899. Cette conférence, si elle n'a pas les résultats espérés, malgré la foison de propositions avancées, s'inscrit dans un ensemble de conventions et de rencontres sur des réductions des armements et/ou sur la réglementation de la guerre. Notamment sur les armements navals, elles ne sont pas sans influence sur l'évolution des arsenaux.

Nombreuses sont ensuite les références à ses travaux dans le mouvement pacifiste, notamment après la première guerre mondiale, même s'il n'est pas crédité...

 

Jean de BLOCH, Impossibilités techniques et économiques d"une guerre entre grandes puissances, conférences tenues à La Haye en juin 1899, Paul Dupont, 1899 ; Évolution de la guerre et de la paix, Imprimerie Paul Dupont, 1899 ; Conséquences probables tant politiques qu'économiques d'une guerre entre grandes puissances, rapport au IXe Congrès de la paix, 1900.

Pierre NATTAN-LARRIER, Arsène ARSONVAL, Les menaces des guerres futures et les travaux de Jean de Bloch, V. Giard & E. Brière, 1904.

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30 octobre 2018 2 30 /10 /octobre /2018 09:17

    Le journaliste et militant socialiste français, anarchiste puis communiste Henri GUILBEAUX est une figure du pacifisme durant la première guerre mondiale.

       Journaliste littéraire dès 1906, dans plusieurs revues comme la Revue des lettres et des arts; il participe à des périodiques militants ou très engagés comme La Bataille syndicale, La Guerre sociale, L'effort libre, L'Assiette au beurre dont il devient rédacteur en chef sous le pseudonyme de James BURKLEY, jusqu'à la disparition de la revue en octobre 1912.

    En 1911, il publie l'un des premiers essais sur Jules LAFORGUE, puis se rapproche de Stefen ZWEIG. Il se rend fréquemment à Berlin où il fréquente des intellectuels ouverts au dialogue avec la France.

    En 1913, il sort chez Figuière une Anthologie des lyriques allemands depuis Nietzsche. Membre du Club anarchiste communiste, un groupe adhérant à la Fédération communiste anarchiste, il rédige des critiques d'art dans son journal, Le Mouvement anarchiste.

    Refusant l'esprit revanchard, la haine antiallemande et la "logique de guerre", il est proche, au sein des courants syndicalistes de l'époque, des militants Alfred ROSMER et Pierre MONATTE, qui, en juillet 1914, refusent l'Union Sacrée. Réussissant à se faire réformer, il se lie d'amitié avec Romain ROLLAND et participe à la Conférence de Kiental en 1916. L'année suivante, il lance la revue Demain avec Victor MARGUERITE, qui devient l'organe littéraire des Français expatriés en Suisse. Cette revue accueille toute la palette des opposants à la guerre depuis le tolstoïen Jean-Pierre JOUVE jusqu'aux révolutionnaires Marcel MARTINET et Raymond LEFEBVRE. Interdite de diffusion en France, elle publie des poèmes de Pierre Jean JOUVE, des essais de ROLLAND et de Marcel MARTINET. Durand cette période, Henri GUILBEAUX se fait vraiment l'homme des liaisons entre les différentes composantes du pacifisme français réfugié en Suisse.

Il faut noter que malgré la proximité idéologique manifestée avec LÉNINE, ce dernier ne comprend pas vraiment ces intellectuels français qui pourtant s'efforce de diffuser un enthousiasme en Europe pour la révolution bolchévique.

    Durant son exil, il se rapproche en avril 1917 de LÉNINE qui souhaite rentrer en Russie, et signe le protocole de Berne. Il devient le correspondant français de la Pravda, ce qui lui vaut des ennuis avec les autorités françaises qui obtiennent des autorités suisses qu'il soit arrêté (plusieurs fois) pour violation de la neutralité suisse. Désigné comme "futur Lénine français" par le 2ème Bureau français, il est condamnée par le Conseil de guerre pour Haute trahison à la peine de mort par contumace en février 1919. Il est alors extradé par les autorités suisses vers la Russie. La virulence des propos de l'écrivain, correspondant de Vie ouvrière en Suisse, toujours polémiste forcené selon les dires de ses propres amis, en fait une cible toute indiquée pour CLÉMENCEAU qui mène une répression du mouvement ouvrier, tout en jouant un jeu compliqué avec le nouveau pouvoir bolchévick.

    De mars 1919 à août 1923, il vit dans un premier temps à Moscou, puis après la mort de LÉNINE (seul allié face à STALINE), il part pour Berlin pour le journal L'Humanité. Il publie son essai sur Lénine directement en allemand. Expulsé du parti communiste français, il se retrouve sans ressources. Romain ROLLAND rejoint alors un comité de soutien pour que GUILBEAUX puisse revenir en France. Dix ans après sa condamnation, la sentence est cassé au cours d'un procès en révision, mais est moralement et physiquement trop fatigué pour exercer une quelconque influence, même dans les milieux pacifistes les plus proches. Il passe ses dernières années à mettre en garde contre le stalinisme. Selon Pierre BROUÉ, il travaille alors pour les services secrets français (en échange de sa grâce sans doute), et a même des élans de sympathie pour MUSSOLINI, mise sur le compte sur son épuisement moral et intellectuel.

Henri GUILBEAUX, Mon crime. Contre-attaque et offensive, Genève, Éditions de la revue Demain, avril 1918 ; Le portrait authentique de Vladimir Illitch Lénine, Librairie de L'Humanité, 1924 ; Du Kremlin au Cherche-midi, Gallimard, 1933.

Yves SANTAMARIA, Le pacifisme, une passion française, Armand Colin, 2005.

 

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28 octobre 2018 7 28 /10 /octobre /2018 07:33

     Le philosophe et journaliste français Félicien Robert CHALLAYE est une figure pacifiste et anticolonialisme, notamment entre les deux guerres mondiales.

   Dreyfusard et rédacteur des Cahier de la Quinzaine de Charles PÉGUY au début du XXe siècle, il se rallie au régime de Vichy pendant la seconde guerre mondiale.

     Boursier d'études en Allemagne en 1898, à l'Université de Berlin après un service militaire mouvementé (rappelé à l'ordre pour avoir lu J'accuse de ZOLA...), il se consacre à des enquêtes outer-mer, en Inde, à Java, à A,,am, en Egypte, au Japon... A partir de 1901, il enseigne au lycée de Laval où il est un des fondateurs de l'université populaire dont il est président. Il termine sa carrière d'enseignants en 1937. En même temps, il participe comme journaliste aux Cahiers de la quinzaine, où il publie en 1906 un dossier explosif sur le Congo français (qu'il reprend en 1935 dans son volume Souvenirs de la colonisation), très proche de PÉGUY (qui lui fait découvrir le socialisme) jusqu'à ce que ce dernier rompe avec JAURÈS. C'est avec ce dossier qu'il se fait connaitre comme anticolonialiste, et après un silence pendant la première guerre mondiale, partisan de l'Union sacrée, il participe activement au sein de la Ligue de défense des indigènes en Indochine et du Parti Communiste Français. En 1931, lors du congrès de la Ligue des Droits de l'Homme, Félicien CHALLAYE dénonce l'hypocrysie du prétexte civilisateur de la colonisation défendu alors par une fraction de la Ligue. Il s'éloigne du PCF en 1935, tout en publiant la même année ses Souvenirs sur la colonisation.

     Avec Victor MARGUERITE, il tient pendant toute l'entre-deux guerre, le haut du pavé dans la mouvance pacifiste intégrale. Déjà en 1913, il exprime ses idées pacifistes lors de conférences, avant de se rallier à l'Union sacré. C'est après la victoire que l'ancien combattant devient un fervent pacifiste, s'engageant complètement dans cette cause. Il participe ainsi en 1925 à la campagne de l'Appel aux consciences pour la révision du Traité de Versailles.  

Au sein du Comité directeur de l'Association de la Paix par le Droit, il soutient une polémique avec RUYSSEN au long des années 1931-1932, le débat sur l'objection de conscience se prolongeant par celui engagé à propos du pacifisme intégral. En novembre 1931, il publie dans La Paix par le Droit un article intitulé "Paix sans réserve aucune", dans lequel il définit sa position. Au nom de ce qu'il appelle la "morale courante" qui proclame "Tu ne tueras point" et "Tu aimeras ton prochain comme toi-même" - on note l'assimilation complète des principes chrétiens - il affirme que "la guerre, c'est le vol et l'assassinat généralisés" ; se rangeant parmi les vrais pacifistes, à la différence des belli-pacifistes qui, s'ils estiment la paix supérieure à la guerre, admettent cette dernière dans certaines circonstances pour se défendre. Le pacifisme intégral ne s'autorise qu'une seule guerre, la guerre civile : "c'est la guerre entre peuples seulement qu'interdit le pacifisme intégral". La guerre entre les peuples étant le mal absolu, comme l'a montré la dernière guerre, le remède absolu est "la paix sans aucune réserve". Et il affirme que mieux vaut l'occupation étrangère que la guerre. Certes, le joug de l'étranger est lourd, mais la guerre est encore pire. Félicien CHALLAYE imagine la résistance passive et la non-coopération avec l'occupant, à la manière pense-t-il de GANDHI. Et seul le désarmement unilatéral permet d'éviter la guerre. Au fur et à mesure que les périls s'accumulent, nombre de militants (et surtout d'intellectuels) se détournent de telles conceptions qui deviennent lentement de plus en plus minoritaires.

Membre du Comité de Vigilance des Intellectuels Antifascistes (CVIA), il condamne l'antisémitisme et le nazisme mais refuse toute idée de conflit avec l'Allemagne. Il rejoint alors la minorité ultra-pacifiste de la Ligue des Droits de l'Homme et publie en 1933 Pour une paix désarmée même face à Hiltler. Il préside alors la Ligue internationale des combattants de la paix. Il se rend en Allemagne à l'automne 1938 et en revient persuadé de la volonté pacifiste des dirigeants allemands.

    En décembre 1939, il est un moment incarcéré pour avoir signé le tract pacifiste de Louis LECOIN, Paix immédiate. Après l'armistice et l'instauration du régime de Vichy, il se rapproche de Marcel DÉAT et de son parti collaborationniste RNP. Il écrit dans une revue de gauche vichyste (oui, ça existait...), L'Atelier, animée par d'anciens militants, venus à la collaboration par pacifisme intégral, de même que dans une autre revue collaborationniste, dirigée par Georges SUAREZ, Aujourd'hui. Cependant, il ne participe pas aux activités politiques ou policières du régime et n'est pas longtemps inquiété à la Libération.

   Dans l'immédiat après-guerre, il soutient les mouvements indépendantistes algériens et tunisiens et à partir de 1951, collabore avec Émile BAUCHET, Robert JOSPIN et Paul RASSINIER aux activités du Comité nationale de résistance à la guerre et à l'oppression (CNRGO, future Union Pacifiste de France) et notamment à son organe La Voie de la Paix.

 

Félicien CHALLAYE, Le Congo français. La question internationale du Congo, Alcan, 1909 ; Les principes généraux de la science et de la morale, Nathan, 1919, réédition 1928, 1934 ; L'Enfant et la morale, PUF, 1941 ; Histoire de la propriété, PUF, Que sais-je?, 1944 ; Petite histoire des grandes philosophies, PUF, 1946 ; Petite histoire des grandes religions, PUF, 1947 ; Péguy socialiste, Amiot-Dumont, 1954 ; Les philosophies de l'Inde, PUF, 1956.

Pascal ORY, Les collaborateurs 1940-1945, Seuil, 1976.

Nadine-Josette CHALINE, Empêcher la guerre, encrage, 2015.

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27 octobre 2018 6 27 /10 /octobre /2018 11:28

       Le romancier et auteur dramatique français Victor MARGUERITE est également une figure du pacifisme de l'entre deux guerres mondiales.

      De formation militaire (École militaire de Saumur-1891-lieutenant de dragons), il abandonne le milieu des armées pour se consacrer à la littérature. Précoccupé par les questions sociales, ardent défenseur de l'émancipation de la femme, partisan du rapprochement entre les peuples, il collabore notamment à La Revue contemporaine, d'Édouard ROD. Il y soutient des opinions sociales de plus en plus avancées et collabore à d'autres journaux dans la mouvance internationaliste et communiste.

    En 1922, il publie son roman virulent La Garçonne qui lui vaut le retrait de sa Légion d'honneur. Rapidement traduit en plusieurs langues, le personnage Monique de ce roman choque la "bonne société", mais des adaptations au théâtre et au cinéma prolongent son succès durant une dizaine d'années. Hormis ce succès qui le place sous les projecteurs, il collabore de 1896 à 1908 à toutes les oeuvres de son frère Paul qui parallèlement publie leurs ouvrages sous son seul nom. Il devient Président honoraire de la Société des gens de lettres.

     De cette fonction, il diffuse des idées pacifistes. Déjà avant cette nomination, il fréquente les mêmes cercles parisiens que de nombreux autres hommes de lettres, tels Maxime LEROY ou J.H. ROSNY (1856-1940), auteur de La Guerre du feu.

Même si ses convictions pacifistes sont réelles et profondes, Victor MARGUERITE varie tout de même dans son parcours intellectuel : après avoir fait publié en 1917 La Terre natale, hymme à la "guerre juste" menée par la France, il fait paraitre en 1919 un ouvrage d'un tout autre ton, Au bord du gouffre, dans lequel il revient sur les premiers mois du conflit, dénonçant les carnages inutiles, l'arrogance et l'incompétence de l'État-major responsable de la "boucherie des premières batailles et (de) la longue invasion du territoire". S'en prenant violemment à CLÉMENCEAU, ce "perd de la victoire", il affirme qu'il "n'y a pas de guerre inévitable" et appelle à la vigilance, car "le Grand Quartier Général, en se dissolvant, n'est pas mort. Il a simplement changé de nom en intégrant ses anciens bureaux. Il s'appelle à nouveau l'état-major de l'armée...". Pour empêcher cette "oligarchie" de nuire à nouveau au pays, les "élites" (c'est-à-dire pour lui les intellectuels) doivent désormais constituer les cadres naturels de la nation ; et le livre se termine par la formule "Si vis pacem, para pacem!"

Son roman La Garçonne, outre un ton féministe porté  à un degré inconnu à cette époque, frappe par la dénonciation du capitalisme sauvage responsable du surarmement et de la guerre. Le succès de ce livre attire l'attention des services de propagande allemands à l'affût d'honorables correspondants dans tous les pays européens, et en coulisse il est approché par un émissaire de la Wilhelmstrasse, qui désormais finance ses publications (en les achetant en masse). Indémpendamment de leur qualité et de l'estime du public, ses publications ont désormais la viabilité assurée. Dans les journaux comme dans les romans, il sert judicieusement et avec discrétion les intérêts allemands en s'attaquant aux ennemis de l'Allemagne, comme dans Les criminels, paru en 1925. Il ne cesse de s'en prendre aux Français tout en étant très discret quant à l'attitude des Allemands. Cette même années 1925, Victor MARGUERITE est à l'origine d'un "Appel aux consciences", dont il rédige la longue introduction, contre les articles 227 à 230 du Traité de Versailles. Figurent parmi les signataires (une centaine), des hommes de lettres (COURTELINE, Léo POLDÈS...), des universitaires (Charles GIDE, les historiens SEIGNOBOS et MAHIEZ), des hommes d'Église et des hommes politiques. Il ambitionne un nouveau "J'accuse" mais finalement l'impact de cet Appel est très modeste, connu surtout dans les milieux intellectuels. Grâce toujours à l'argent allemand, il peut lancer sa revue Évolution, militant en faveur du désarmement universel intégral, de l'objection de conscience, et surtout de la révision du Traité de Versailles. Cette revue ouvre largement ses colonnes aux partisans d'un pacifisme intégral, souvent anarchistes ou communistes chassés du parti, ce qui provoque des frictions avec la mouvance communiste. La montée du nazisme est analysée comme une simple réaction au calamiteux Traité de Versailles. Position défendue également par d'autres, par exemple Félicien CHALLAYE.

Avec ce dernier, Victor MARGUERITE tient le haut du pavé dans la mouvance pacifiste. En 1931, il fait publier La Patrie humaine, où il se présente comme "un volontaire au service d'un idéal fraternel", éloigné aussi bien du christianisme que de la SFIO ou de la IIIe Internationale, "révolution devenue dictature". Il soutient toujours l'objection de conscience et cite en exemple l'Union International des pasteurs antimilitaristes, la Ligue internationale des femmes pour la Paix et la Liberté, le Mouvement International de la Réconciliation, toutes associations qui plus tard purent regretter un tel patronage! Dans la même année, il publie également Non! roman d'une conscience, exposant ses idées sous forme romancée pour les rendre plus faciles d'accès.

Parmi les partisans de la Paix par le Droit, plus on avance dans la décennie, plus les divergences se font jour. Si, avec CHALLAYE, MARGUERITE défend (notamment dans un Appel de 1932, Debout les vivants!) l'idée d'un référendum populaire avant toute déclaration de guerre, en se reférant à la campagne menée en Allemagne sur ce thème par Heinrich MANN, de nombreuses autres voix s'élèvent contre les persécutions, et leur voix se font nettement entendre après 1934, dont son victimes les opposants au régime nazi, y compris les pacifistes allemands. Au sein même de la mouvance proche, comme dans la Ligue internationale des Combattants de la Paix, fondée en 1931 par un groupe de pacifistes inconditionnels autour de l'anarchiste Victor MÉRIC, dont le journal lancé en 1931 prend pour titre celui de l'ouvrage de MARGUERITE, La Patrie humaine, où se retrouvent des pacifistes déjà bien connus, des divergences apparaissent. Dans un ouvrage de 1932, Fraîche et gazeuse, MÉRIC, pour attirer l'attention lance l'idée d'utiliser la bombe comme les faisaient les anarchistes à la fin du XIXe siècle. Les discussions passionnées deviennent très orageuses, notamment à l'occasion du congrès d'Amsterdam contre la guerre de 1932, les difficultés financières du journal aggravant les tensions. Le mouvement continue néanmoins avec le journal créé fin 1933, Le barrage, vendu à la criée ou lors de meetings par René DUMONT et Robert JOSPIN. Des "fêtes", "meetings", "pièces de théâtre", "chansons" relayent cet état d'esprit.

Malgré la montée des menaces, Victor MARGUERITE s'en tient, avec beaucoup d'autres (Jean GIONO, Félicien CHALLAYE...) au pacifisme intégral. Il considère encore le nazisme, dans une méconnaissance profonde de sa nature, d'un oeil sympathisant, même après l'invasion de la France en 1940. Il collabore d'ailleurs avec l'occupant  au nom de la paix.

       En relisant ses livres, le lecteur peut trouver ses arguments non dénués de bon sens, s'il oublie le contexte et les coulisses. Comme beaucoup dans l'entre-deux-guerres, Victor MARGUERITE, pacifiste convaincu et de bonne foi, peut apparaitre comme une victime des activités des renseignements allemands. Il faut tout de même beaucoup d'aveuglement pour en arriver là...

Contre tous les fauteurs de guerre (enfin ceux qu'il voyait...), Victor MARGUERITE se pose en guide spirituel, comme tant d'autres dans sa mouvance, s'adressant  directement aux hommes (par-dessus les partis et les institutions), au nom de l'indépendance de l'esprit. Cette auto-valorisation trouve sa justification à ses yeux dans une compétence professionnelle particulière - parfois très problématique, concernant l'histoire de la première guerre mondiale par exemple, où il se joint à maints révisionnistes attribuant la responsabilité quasi-exclusive de la guerre à la France et à l'Angleterre. Elle se traduit par un certain aveuglement par rapport aux multiples avertissements de la part d'autres intellectuels qu'il juge trop orienté par une appartenance partisane.

Victor MARGUERITE, Bétail humain, 1920 ; La Garçonne, 1922, réédition Payot, collection Petite Bibliothèque Payot, 2013 ; Non! roman d'une conscience, 1931 ; La Patrie humaine, 1931 ; Avortement de la SDN, 1939.

Patrick de VILLEPIN, Victor Marguerite, La vie scandaleuse de l'auteur de "La Garçonne", François Bourin, 1991 ; Plutôt la servitude que la guerre, Relations internationales, n°53, 1988.

Nadine-Josette CHALINE, Empêcher la guerre, encrage, 2015

 

    

 

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20 octobre 2018 6 20 /10 /octobre /2018 08:20

      L'écrivain français Romain ROLLAND, Prix Noble de littérature de 1915, occupe une place importante dans la diffusion des idées de pacifisme et de non-violence. 

     Son exigence de justice le pousse à souhaiter la paix "au-dessus de la mêlée" pendant et après la Première Guerre mondiale. Animé d'un idéal humaniste et en quête d'un monde non-violent, il admire Léon TOLSTOÏ, est très intéressé par les philosophies de l'Inde (conversations avec Rabidranath TAGORE et GANDHI), par l'enseignement de Râmakrishna et Vevekananda, puis par le "monde nouveau" qu'il espère voir se construire en Union Soviétique.  

     Très versé dans les arts et dans la musique (il enseigne brièvement sur cette dernière matière à l'Institut Français de Florence), il doit sa notoriété d'écrivain à son roman-fleuve Jean-Christophe, publié de 1904 à 1912. Il veut consacrer alors toute sa vie à la littérature, quand la Grande Guerre est déclarée.

     D'abord en faveur de la guerre contre l'Allemagne, il comprend très vite qu'elle est un "suicide" de l'Europe. Du coup, il ne quitte pas la Suisse, n'étant de toute façon pas mobilisable (il a 48 ans) et tout en s'engager dans la Croix Rouge, il utilise la relative liberté qui règne dans ce pays pour diffuser ses oeuvres. Comme son appel pacifiste de 1914, Au-dessus de la mêlée, paru dans le Journal de Genève. Ses idées pourrait le faire apparaitre comme traître à son pays, cependant lorsque ses écrits sont publiés à Paris, ils rencontrent un large écho. Critiqué par les deux camps, il devient une figure du mouvement pacifiste international, mais aussi de la Troisième Internationale, aux côtés entre autres de Henri GUILBAUX.

Romain ROLLAND fait partie de ces rares intellectuels qui s'obstinent dans le refus de la guerre, de manière semblable à la mouvance anarchiste la plus radicale, mais mû par une fidélité à un humanisme à défendre. Alors qu'auparavant il n'avait jamais participé au moindre combat idéologique, se tenant même à l'écart de l'Affaire Dreyfus, dans laquelle les intellectuels s'étaient pourtant engagés massivement, il se trouve incarner le pacifisme, quasiment malgré lui, à la suite de ces huit articles parus dans Le Journal de Genève d'août à décembre 1914 et repris en novembre 1915 en un recueil intitulé Au-dessus de la mêlée. 

Pourtant les textes eux-mêmes ne contiennent aucune phrase antipatriotique ou antimilitariste et sont même marqués par une "modération qui étonne au regard de ce qu'ils allaient bientôt incarner" (Christophe PROCHASSON, Au nom de la Patrie. Les intellectuels et la Première guerre mondiale, 1910-1919, Paris, 1999). Il attire à lui des jeunes désemparés, tel André DANET, qui lui demandent conseil, et surtout les pacifistes d'extrême gauche, jusque-là dispersés, qui voient en Romain ROLLAND, le fédérateur qu'ils recherchaient et lui font jouer un rôle qu'il ne voulait pas au départ. Plusieurs d'entre eux font partie de l'entourage immédiat de l'écrivain (notamment Henri GUILBAUX, avec sa grande expérience de la presse, très antimilitariste, collaboration de l'Assiette au beurre, de La Guerre sociale, du Libertaire et de La Bataille syndicale avant la guerre). Même si Romain ROLLAND collabore avec le journal Demain (première parution en janvier 1916), il est fréquemment en désaccord avec le ton du mensuel. Mais il se tient un peu à l'écart de certains débats virulents, notamment ceux qui portent sur la révolution russe, et de toute façon l'influence de ces "feuilles de choux" est bien moindre que ses propres ouvrages...

       En 1919, il rédige un manifeste et invite tous les travailleurs de l'esprit à le signer, Déclaration de l'indépendance de l'esprit, dans laquelle il cherche à tirer les leçons de la guerre en définissant une voie libre au-delà des nations et des classes. 

      Il s'installe en France en 1922, et malgré une santé fragile, continue à travailler à son oeuvre littéraire. Il entretient un très vaste réseau de correspondance avec des intellectuels du monde entier, même avec ceux avec lesquels il reste en désaccord, comme Alphonse de CHATEAUBRIANT. Sa correspondance avec Louis ARAGON, Hermann HESSE, Richard STRAUSS, André SUARÈS, Stefan ZWEIG (qu'il voit très souvent de 1922 à 1927), ALAIN, René ARCOS et Jean GUÉHENNO donne un aperçu éclairant sur l'atmosphère intellectuelle de l'époque de l'après-guerre. Romain ROLLAND continue d'être une référence dans les milieux pacifistes et il écrit très vite en faveur du rapprochement franco-allemand, comme dans la revue Europe fondée en 1923.

Durant toutes ces années 1920, se multiplient pétitions, appels et proclamations d'intellectuels. Il signe par exemple avec Victor MARGUERITE et beaucoup d'autres, en 1925, un Appel aux consciences, où les signataires réclament la suppression des articles 227 à 230 du Traité de Versailles. En 1921, Romain ROLLAND, EINSTEIN, HUXLEY et Bertrand RUSSEL... fondent l'Internationale des Résistants à la Guerre (IRG).

     Il entretient une discussion avec Sigmund FREUD sur le concept de sentiment océanique qu'il puise dans la tradition indienne qu'il étudie alors avec ferveur, à compter de 1923, année où il préside à la fondation de la revue Europe, avec des membres du groupe de l'Abbaye, notamment René ARCOS.

    Son livre de 1924 sur GANDHI contribue beaucoup à faire connaitre ce dernier en Europe et pendant un temps se fait militant de la non-violence. Mais surtout à partir de 1930, il s'en détourne, car il estime qu'elle n'apporte pas de remède à la montée des fascismes en Europe. Dès cette année, il s'engage en faveur de l'URSS, cela d'autant plus qu'HITLER arrive au pouvoir en Allemagne en 1933. Au cours d'un périple en Union Soviétique, il rencontre STALINE et est l'un des fondateurs du mouvement pacifiste Amsterdam-Pleyel. Sa participation aux meetings et campagnes de presse devient alors très active, enthousiaste envers la cause communiste, compagnon de route du Front Populaire jusqu'à ce que les procès de Moscou (août 1936-mars 1938) refroidissent ses ardeurs. Il ne ménage pas sa peine jusqu'à ce moment-là, militant aux côtés de pacifistes inconditionnels (Victor MÉRIC) qui lance un journal en 1931, La Patrie humaine, dont il fait partie du comité d'honneur.

La signature du Pacte germano-soviétique, qui en déboussole plus d'un dans l'échiquier politique français, surtout à gauche, achève de le convaincre d'abandonner peu à peu toute activité politique. Cela ne l'empêche pas de participer au Comité mondial contre la guerre et le fascisme aux côtés de Paul LANGEVIN. Encore en 1935, il fait partie les signataires, comme beaucoup d'intellectuels de gauche, d'un texte paru dans L'Oeuvre qui renouvelle les appels à la paix en direction des gouvernements français et italiens. Mais en 1936, Romain ROLLAND se désolidarise de ces positions pacifistes et opte pour la fermeté face à Hitler., suggérant alliances et pactes militaires si nécessaire. 

Romain ROLLAND, Journal des années de guerre, 1914-1919, Albin Michel, 1952 ; Mémoires, Albin Michel, 1956 ; Gandhi, 1924.

Stefan ZWEIG, Romain Rolland : sa vie, son oeuvre, 1921, 1929. 

Nadine-Josette CHALINE, empêcher la guerre, encrage, 2015.

 

 

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16 octobre 2018 2 16 /10 /octobre /2018 11:37

         L'économiste et enseignant français Charles GIDE, théoricien de l'économie sociale, est aussi une figure du pacifisme français. Président du mouvement du christianisme social, fondateur de l'École de Nîmes et membre de la Ligue des droits de l'homme ainsi que de la Ligue pour le relèvement de la moralité publique, il est un héritier du socialisme français associationnisme, dreyfusard et animateur des Universités populaires, théoricien du solidarise, propagandiste de l'association et de la coopération.

 

      Il écrit à partir de 1880 des textes économiques où il se montre critique envers les innovations théoriques de William JEVONS et Léon WALRAS et expose les premiers éléments d'une position qui l'oppose ensuite aux économistes libéraux français, et aborde des thèmes d'économie sociale. 

Il publie les Principes d'économie politique, manuel à travers lequel des générations d'étudiants français prennent contact avec l'économie politique et qui est en son temps un véritable phénomène éditorial avec 26 éditions publiées en France de 1884 à 1931, traductions en 19 langues étrangères. S'il n'est pas réédité en France après sa mort, la carrière de son livre se poursuit, notamment dans le monde anglo-saxon.

    En 1885, auprès d'Auguste FABRE (1839-1922), il fonde l'École de Nîmes. Dans cette ville, il découvre FOURIER et fréquente l'"Abeille" d'Edouard de BOYE, puissante coopérative qui absorbe diverses autres comme la "Solidarité" et la "Renaissance". Ainsi que d'autres associations dont celle du pasteur Charles BABUt : "l'Association des Jeunes amis de la paix" devenue "la Paix par le Droit". Il est convaincu de l'importance de la coopération. Membre dès les débuts de l'Association protestante pour l'étude pratique des questions sociales, il en est le vice-président et intervient fréquemment dans les congrès annuels. Il s'efforce ensuite de mettre en pratique ses théories tout en théorisant sa pratique.

   L'année suivante, il rejoint le mouvement coopératif qui se réorganise alors en France. Il lui donne une doctrine, celle de l'École de Nîmes, rapidement condamnée par des libéraux qui y voient une dangereuse dérive socialiste, et est pourtant considérée par les socialistes comme trop "bourgeoise". Il fonde cette même année 1886 la Revue d'économie politique?

Charles GIDE, qui considère Edouard de BOYVE (1840-1923) comme le principal fondateur de l'École de Nîmes, publie dans le journal l'Émancipation, considéré comme l'organe de cette école, quelques 840 articles de 1886, Ni révoltés, ni satisfaits, à 1931, Une visite à Gandhi. Il y manifeste avec constance, l'effort de tout un courant de pensée pour dégager, entre libéralisme  débridé et toute-puissance de l'État, une voie qui permette à la société de se développer dans un sens à la fois efficace économiquement, moral et respectueux de la liberté individuelles : la solidarité en est la principe, la coopération et l'association les moyens...

    Son domaine d'intérêt s'étend au phénomène associatif en France et à l'étranger, notamment au moment de l'exposition de l'économie sociale de 1889 et pour le pavillon de l'économie sociale dans l'Exposition universelle de 1900. Dans son rapport de 1889, il présente son programme de coopération économique : associer capital et travail, faire du travailleur le propriétaire du fruit de son travail. En trois étapes :

- grouper entre elles les sociétés, fonder de grands magasins de gros et opérer des achats sur une grande échelle :

- utiliser les capitaux rassembler pour produire tout ce qui est nécessaire aux besoins des sociétés ;

- acquérir des domaines agricoles, produite le vin, le blé, le bétail, les fruits et les légumes.

La coopérative de production est pour lui le type même de l'association qui entre dans le cadre de la solidarité. la solution coopérative, dans son esprit, est opposée à la solution socialiste, qu'il juge coercitive. Ses prises de position éloignent nombre de sympathisants de ses idées mais socialistes, et les coopérateurs socialiste quittent l'Union coopérative en 1895. Elle est unifiée en 1912, à l'initiative de Charles GIDE lui-même qui rédige un "pacte d'unité", sur la base d'une indépendant par rapport à la SFIO, mais devient en fin de compte minoritaire dans cette Union/

    Charles GIDE est le théoricien de la solidarité, concept repris ensuite par Léon BOURGEOIS et Émile DURKHEIM. il publie en 1909, l'Histoire des doctrines économique depuis les physiocrates à nos jours, en collaboration avec Charles RIAT, qui est souvent republié, dernièrement chez Dalloz en 2000. 

      Facette moins connue de nos jours de ses activités est son engagement pour la paix en Europe. Président de l'association de la Paix par le Droit, il contribue au rapprochement avec Frédéric PASSY (Société pour l'arbitrage entre les nations). Il agit de concert avec de nombreuses personnalités de la mouvance pacifiste, en faveur de la création d'un Tribunal international pour régler les différends entre les pays et, dès 1893, souhaite une "société des nations". La revue La Paix par le Droit tire à 3 000 exemplaires en 1899, puis double son tirage à la veille de 1914 après sa fusion avec la Revue de la Paix éditée par PASSY. La Paix par le Droit tisse des relations également avec la Ligue des Droit de l'Homme, fondée à l'occasion de l'Affaire Dreyfus, ainsi qu'avec la Ligue de l'enseignement et les loges maçonniques.

En pleine guerre, il fait partie de la cinquantaine de personnalités qui sont à l'origine le 23 janvier 1916, de la Société d'études documentaires et critiques sur la guerre, destinée au début à en rechercher  les origines, mais dont l'activité va être de plus en plus propagandiste. Charles GIDE s'en détache car il ne se reconnait plus dans des débats politiques et passionnels de plus en plus "défaitistes". La Société est interdite le 21 juillet 1917, et pourtant des réunions persistent, l'interdiction étant levée à la suite de l'intervention de Frédéric BUISSON auprès du président du Conseil. Parce que les divergences se creusent, ses réunions sont de plus en plus espacées.

Seulement deux ans après la guerre, Charles GIDE salue l'accueil d'Allemands par la mouvance de SANGNIER, Les soutenir est la meilleur moyen de garantie la paix, tout comme l'entrée de l'Allemagne dans la SDN. Il renoue dans les années 1920 avec la Société d'études documentaires et critiques sur la guerre, en compagnie de nombreuses autres personnalités. En 1925, il figure parmi celles qui, estimant que le Traité de Versailles ne garantit pas la paix, demandent la suppression des articles 227 à 230 de celui-ci. Pour elles, il n'y a pas de désarmement matériel possible sans désarmement moral.

Charles GIDE, Cours d'économie politique, 2 volumes, 1929-1930 ; Le Bilan de la guerre pour la France, avec William QUALID, 1932 ; Charles Gide et l'École de Nîmes, Actes du colloque des 19 et 20 novembre 1993 à Nîmes, Éditions de la Société d'histoire du protestantisme de Nîmes et du Gard, 1995. Henri DESROCHE, Charles Gide. Trois étapes d'une créativité, CIEM, 1982. A. LAVONDÈS, Charles Gide, Un précurseur de l'Europe unie et de l'ONU. Un apôtre de la coopération entre les hommes, Uzès, Éditions La Capitelle. Voir aussi le site Internet qui lui est dédié, par l'Association Charles Gide fondée en 1983, www.charlesgide.fr

Nadine-Josette CHALINE, Empêcher la guerre, encrage, 2015.

 

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11 octobre 2018 4 11 /10 /octobre /2018 06:30

    L'écrivain et essayiste français Maurice VAUSSARD est un spécialiste de l'histoire de l'Italie et de la Démocratie Chrétienne; et dans les milieux catholiques oeuvre pour la prise en compte des problèmes de paix et de guerre. Bien connu de la mouvance pacifiste, il est rédacteur à la Revue universelle (de Jacques BAINVILLE et Henri MASSIS) et au journal Le Monde de 1945 à 1972. 

   Étudiant à l'Université de Pise, puis de 1916 à 1918, sous-directeur de l'Institut français de Milan, charge qu'il cumule avec celle de délégué général en Italie du Comité catholique de propagande française à l'étranger, son rayonnement intellectuel concernant l'Italie est important en France et dans d'autres pays. 

   C'est à la suite de son Enquête sur le nationalisme, réalisée en 1924 pour la revue Les Lettres qu'il fonde en juin 1925 le mensuel Bulletin Catholique International, qui se veut complémentaire de la Ligue des catholiques français pour la justice internationale et de l'UCEI. Dans un questionnaire adressé à 162 personnalités catholiques d'Europe, mais aussi d'Amérique du Nord et d'Amérique Latine, son interrogation porte sur la nationalisme : "Sera-t-il la prochaine hérésie condamnée?". Sur les 62 réponses obtenues, l'unanimité est loin de se faire quant aux méfaits du nationalisme et à la nécessité de la SDN. Le peu d'intérêt accordé à l'organisation internationale, quand il ne s'agit pas d'une franche hostilité à son égard, pousse Maurice VAUSSARD à créer cette revue d'esprit religieux et ouverte aux réalités internationales, afin de faire mieux connaître aux catholiques la situation du monde.

Dès son premier numéro, le Bulletin catholique international se situe d'emblée dans le sillage du pape Benoit XV et de Pie XI et de leur volonté d'instaurer dans le monde la paix chrétienne. La revue se situe non pas sur le plan politique, ne se désigne pas pacifiste non plus - distance tenue vis-à-vis de Marc SANGLIER par exemple - mais sur le plan moral et les divers rédacteurs ne cessent de rappeler la doctrine de l'Église, notamment sa volonté d'éliminer la guerre, qui est un moyen "immoral" et indigne "d'une société civilisée". Conscient des limites de la SDN, très inquiet de l'évolution de la situation dans les années 1930, la revue disparait en 1933, au moment au Hitler arrive au pouvoir à Berlin. La revue n'a jamais eu un tirage plus important que 1 500 exemplaires, confrontée à des problèmes financiers, et n'a touché qu'un public restreint quoiqu'elle accompne jusqu'à la fin la réflexion concernant les relations internationales.

    Par la suite, Maurice VAUSSARD est beaucoup plus connu comme spécialiste de l'Italie et ses ouvrages font référence. 

Maurice VAUSSARD, Histoire de l'Italie moderne, 2 volumes, Hachette, 1972 ; L'attitude des catholiques français, Estrato de Civitas, n°11-12, novembre-décembre 1961 ; Avènement d'une dictature, Hachette, 1971. 

Nadine-Josette CHALINE, Empêcher la guerre, encrage, 2015. 

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10 octobre 2018 3 10 /10 /octobre /2018 09:12

      L'évêque français Eugène-Louis-Ernest JULIEN est une figure de la mouvance pacifiste et catholique, connu sous le nom d'"évêque de la reconstruction" pour ses initiatives de bâtir ou de rebâtir de nombreuses églises dans les communautés minières du nord de la France pendant la période de l'entre-deux-guerre. Élu membre de l'Académie des sciences morales et politiques en 1925, il fait partie de ces ecclésiastiques qui veulent réconcilier la France laïque et la France catholique. Il se situe dans la vie internationale de l'Église, notamment dans l'effort du Vatican pour promouvoir les initiatives de paix en Europe. 

   Alors que, pendant la première guerre mondiale, les milieux catholiques s'organisent pour gagner à la cause de leur pays le soutien des pays neutres et que se multiplient les écrits et déclarations de toute sorte accusant le camp adverse des destructions causées aux édifices religieux, quelques évêques seulement en France et en Allemagne tentent, en donnant une interprétation favorable aux appels à la paix du pape, et tout en revendiquant pour leur part souvent le patriotisme requis de tous, d'apaiser les esprits et de chasser la Haine. Ainsi Mgr JULIEN, tout en prononçant des sermons très patriotes, publiés sous le titre Haut les coeurs!, demande que l'on chasse la haine des esprits... Ce qui est haïssable, dit-il, "ce n'est pas une nation, c'est une doctrine, c'est un système, ce n'est pas un peuple". 

   Lorsqu'il inaugure en août 1925 la vaste chapelle et une lanterne des morts sur la colline de Lorette, qu'il a contribué à faire construire, il tient à rappeler : "Ils sont morts pour la paix... Ils sont montés si haut dans leur sacrifice qu'ils ont qualité pour crier aux peuples encore trop égoïstes : assez de guerres". Agrégé de grammaire, il compose lui-même des quatrains dans ce sens.

En sa qualité d'évêque, il intervient en 1921, à l'invitation des Amitiés catholiques françaises à l'étranger (qui ont pris la suite du Comité catholique de propagande française à l'étranger créé en 1915), en faveur de la SDN et du Droit chrétien en présence de l'archevêque de Paris. Il participe, du côté catholique, aux efforts de réconciliation avec l'Allemagne (L'Évangile nécessaire à l'ordre international) et adhère de même au Comité franco-allemand d'information et de documentation, créé en 1926 par Vladimir d'ORMESSON. Il prend une place importante dans les efforts des catholiques en faveur de la paix, alors même que ses interventions ne sont pas partagées par l'ensemble des évêques français.

Dès 1920, il encourage plus qu'un "compagnonnage critique avec la SDN", en soutenant les efforts d'un petit groupe qui crée à Fribourg en Suisse cette année-là l'Union catholique d'Etudes internationales (UCEI), elle-même encore très méfiante envers les Autrichiens et les Allemands. Lorsqu'en 1922, en lien avec l'UCEI, ressuscite la Ligue des catholiques français pour la paix, disparue pendant la guerre, elle modifie son nom en Ligue des catholiques français pour la justice internationale, évitant de reprendre le mot paix, tant celui-ci semble avoir l'odeur de la gauche ou même de l'extrême gauche chez les catholiques. Le premier numéro de son organe Justice et Paix de décembre 1922, indique les réticences de certaines nations à cette conception qui mêle la justice et la paix. Ce n'est qu'en 1927 que se met en place une conférence annuelle des différents groupes nationaux de l'UCEI. C'est autour de cette année que les catholiques accordent une place importante aux questions internationales, par la multiplication de rencontres où l'atmosphère est tout de même encore méfiante par rapport aux initiatives de la SDN, qui déjà manifeste bien des défaillances.

Mgr JULIEN participe, dans le même esprit au Congrès de 1926 de l'International démocratique pour la paix, dont il vante, avec la présence bien plus nombreuses que dans les rencontres précédentes des Allemands, "l'esprit pacificateur". Il y serre même la main du libre penseur Ferdinand BUISSON... au grand scandale de nombreux paroissiens! A ce congrès de Bierville de 1926, il prononce un discours remarqué.

 

Eugène JULIEN, Le conflit : les mots, les idées, les faits, 1904 ; Civisme et catholicisme, 1911 ; Vers la victoire, discours, 1914-1919, 1920 ; L'Évangile nécessaire à l'ordre social, 1924 ; L'Évangile nécessaire à l'ordre international, 1927 ; Saint François de Sales, 1928. 

G. BELLART, Monseigneur Julien, 1856-1930, évêque d'Arras. Edward MONTIER, Monseigneur Julien, Éditions Beauchesne, 1971.

Nadine-Josette CHALINE, Empêcher la guerre, encrage, 2015.

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9 octobre 2018 2 09 /10 /octobre /2018 09:25

    Le baron de Constant de Rebecque, Paul Henri Balluet d'ESTOURNELLES DE CONSTANT est un diplomate et homme d'État français, à l'activité importante dans la mouvance pacifiste des années d'avant première guerre mondiale et dans les années 1920. Lauréat du Prix Nobel de la paix en 1909, il mène une carrière diplomatique de premier plan.

    Pendant ses études mêmes au Lycée Louis-le-grand puis en internat, il cherche à se faire engager dans l'armée française à l'aube de la guerre franco-allemande de 1870 (empêché). Après des études de droit et de grec, il intègre le ministère des Affaires étrangères en juillet 1876. Il effectue des missions à l'étranger (Russie, janvier 1879 ; commission de délimitation du Montenégro, juillet de la même année, secrétaire d'ambassade à Londres en janvier 1880, secrétaire d'ambassade à Tunis en 1882, puis à La Haye en juillet 1884, jusqu'en juillet 1887...), avant d'entreprendre la rédaction de son ouvrage La politique française en Tunisie, présenté en 1891 à l'Académie des sciences morales et politiques. Il connait une ascension rapide et est nommé en 1890 ministre plénipotentiaire  en 1895.

Il se lance dans la politique et est élu député de la circonscription de Mamers lors des élections législatives de 1895. Après plusieurs batailles électorales, il est élu sénateur de la Sarthe en 1904, sous les couleurs de l'Union Républicaine. 

En 1899 puis en 1907, il représente la France, avec Léon BOURGEOIS et Louis RENAULT, aux Conférences de La Haye. Avec l'objectif d'oeuvrer au règlement pacifique des conflits internationaux par la promotion de la médiation et de l'arbitrage international. Il participe  à la création en 1903 du groupe interparlementaire de l'arbitrage international. Son combat débouche sur la création d'une Cour permanante d'arbitrage, ce qui lui vaut le Prix Noble en 1909. A noter que la presse se fait peu l'écho de sa carrière, comme elle signale peu la création de cette Cour... 

Beaucoup de membres de l'Alliance Républicaine et de radicaux mettent alors tous leurs espoirs dans l'éducation des peuples. Dans leur esprit pacifisme et patriotisme mes ont pas antagonistes, comme le démontrent leurs articles dans le journal de l'Alliance Républicaines, l'ARD (qui dispose d'une rubrique "bulletin pacifiste" à partir de 1903). Par l'entremise d'un Comité de conciliation internationale créé en 1905, sous la double présidence de Léon BOURGEOIS et de BERTHELOT, il multiplie les contacts à l'intérieur de France et d'Allemagne pour promouvoir les échanges culturels. Il fait partie aussi de la dotation Carnegie (dont le siège est à Paris), du milliardaire américain Arnold CARNEGIE, qui, établissant un pont entre les États-Unis et l'Europe figure en première ligne pour l'engagement dans les processus de paix de la future première grande puissance mondiale. 

    Favorable au rapprochement franco-allemand comme hostile à la politique coloniale et à l'augmentation des budgets militaires, il possède une grande influence dans les milieux pacifistes de ces deux pays. Mais à partir de l'entrée en guerre en 1914, il se rallie à l'union sacré et développe des relations avec les États-Unis, les pressant comme beaucoup, à participer à cette guerre aux côtés des Alliés. Les écrits d'd'ESTOURNELLES DE CONSTANT sont alors virulents contre ceux qui ne participent pas à cette union sacrée, que ce soit en France ou ailleurs. Toutefois, une fois la guerre terminée, nombreux sont ceux qui le pressent de rentre avec le combat pacifiste. 

Il participe alors aux activités de l'Association Française pour la Société des Nations (ASFD) et milite de nouveau pour la paix par le droit. 

    Tout au long de sa carrière, il entretien des relations suivies avec Ernest RENAN, Paul BOURGET et Paul VALÉRY, ou avec Henri BERGSON.

    L'essentiel de ses écrits dans sa période pacifiste est constitué d'articles et d'archives diplomatiques. Nombreux sont consultables à la bibliothèque nationale de France et... à la Bibliothèque du Congrès des États-Unis. 

Laurent BARCELO, Paul d'Estournelles de Constant, prix Nobel de la Paix 1909. L'expression d'une idée européenne, Paris, L'Harmattan, 1995. 

Nadine-Josette CHALINE, Empêcher la guerre, encrage, 2015.  

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