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14 août 2018 2 14 /08 /août /2018 12:41

  Homme politique français, Jules BAZILE dit Jules GUESDE, chef du parti collectiviste, artisan de l'unification des socialistes en France, oeuvre ensuite dans la perspective de la guerre pour la révolution. Il s'inscrit au coeur de l'histoire de la Gauche avant la première guerre mondiale. 

Son nom est associé à un courant historique du socialisme français, le guesdisme, qui apparaît dans les années 1880 et qui a joué un rôle important dans la fondation de la Section française de l'internationale ouvrière (SFIO) en 1905. Presque toujours malade, souvent proche de la misère, il a de l'apôtre le désintéressement et l'optimisme abstrait, l'enthousiasme contagieux, le courage personnel, la véhémence. Mais, dès 1893, sa pensée s'éloigne du réel et se fige. Toutefois, le guesdisme lui survit et on se demande même aujourd'hui quelle influence possède-t-il. 

Il ne découvre le socialisme marxiste, lentement et difficilement, et sa pense ne se fixe durablement qu'entre 1877 et 1880. A la fin de l'Empire, il se fait journaliste et à Toulouse puis à Montpellier, devient secrétaire de rédaction du journal Les Droits de l'homme. Au commencement de la guerre franco-prussienne, il est condamné à 6 mois de prison pour avoir situé l'ennemi non sur le Rhin mais aux Tuileries. 

Après avoir soutenu le gouvernement de la Défense nationale, GUESDE s'indigne des conditions de l'armistice et prend parti pour la Commune de Paris sans nullement la considérer comme une tentative socialiste, et sans y participer directement. En juin 1871, il s'exile à l'étranger où il reste jusqu'en 1876. Il rencontre en Suisse de nombreux communards proscrits et des membres connus de l'Internationale, notamment James GUILLAUME. L'horreur de la répression inspire son célèbre Livre rouge de la justice rurale ; la fréquentation de militants anti-autoritaires fait de lui jusqu'en 1873 un anarchiste convaincu qui rompt définitivement avec l'idéologie radicale et qui lutte, aux côtés des bakounistes, contre l'"autoritarisme" de MARX.

A Milan, à partir de 1874, des lectures nouvelles et la connaissance directe du mouvement socialiste local commencent à infléchir sa pensée vers le socialisme, comme le montent son Essai de catéchisme socialiste (1875) et son livre De la propriété (1876). De retour en France, il découvre le marxisme grâce au cercle de jeunes gens du café Soufflet (à une époque où les cafés était encore des lieux de discussions politiques, parfois bruyants, et ne sont pas encore de simples boutiques de consommation d'alcool) et à un journaliste allemand, Karl HIRSCH. Il fonde alors le premier journal marxiste français, un hebdomadaire, L'Égalité, qui parait ensuite, non sans interruption, de 1877 à 1883. Il va à Londres en mai 1880 demander à MARX et à ENGELS de cautionner le programme du Parti ouvrier dont le principe est décidé au Congrès de Marseille de 1879. Le guesdisme est en train de naître...

 

Le guesdisme, nouveauté dans la politique française, à la fois parti et mouvement intellectuel.

     Même si le Parti ouvrier n'utilise pas cette appellation, il s'impose de bonne heure, et ce Parti se distingue des membres des autres organisations socialistes. Il faut mentionner pour bien comprendre cette nouveauté, qu'à part une insertion dans un syndicalisme déjà important et divers, la classe ouvrière est conçue comme première dans ce Parti, bien loin des rencontres (assez festives au demeurant) habituelles lors des joutes électorales ou des manifestations propres aux radicaux et socialistes de l'époque. Le Parti ouvrier français naît officiellement au Congrès du Havre (novembre 1880), et on peut le dire guesdiste, après de rapides et successives scissions, qu'à partir du congrès de Roanne (octobre 1882). Il conserve ses traits essentiels jusqu'à ce qu'il se fonde dans la SFIO. De secte minuscule (moins de 2 000 membres en 1889), il se transforme en parti capable de conquérir, en 1892, plusieurs grandes municipalité. Son objectif : être l'instructeur et le recruteur du socialisme révolutionnaire. Ses moyens : journaux, brochures, meeting. Et surtout sa méthode, systématisant l'expérience de centaines de militants en matière d'action et d'organisation : organisation des différentes activités du parti, pédagogie simple, cohésion idéologique et politique, tant en interne que dans la vie politique générale, choses inhabituelles encore dans les milieux socialistes français, où généralement les alliances se formaient principalement par allégeance personnelle et affinités intellectuelles. Mais si les guérisse sont convaincus de leur supériorité et de la supériorité du parti sur le syndicat, au point de faire de la Fédération nationale des syndicats entre 1886 et 1894, une courroie de transmissions de leurs mots d'ordre, il déclenche de multiples hostilités, nourries d'une capacité douteuse des guérisse de conduire de grandes batailles sociales. Outre qu'ils ne participent que tardivement à l'affaire Dreyfus, véritable matrice de la formation d'une opinion publique en France, ils gardent une grande méfiance par rapport à l'unité des socialistes. Mais les guesdistes font preuve d'une capacité de sursaut à des périodes décisives : dans les années 1890, leur parti est l'organisateur des premières journées du 1er mai ; de 1889 à 1904, devant la montée du millérandisme et de l'idéologie du Bloc des Gauches, à l'appel de GUESDE er de Paul LAFARGUE, il crée avec les banquistes le Parti socialiste de France et exige, finalement avec succès, que l'unit socialiste se fasse sur la base de la condamnation de toute tactique de participation à un gouvernement "bourgeois". 

La fondation en 1905 de la SFIO marque apparemment la victoire des guesdistes au sein de la mouvance socialiste, mais à l'intérieur de celle-ci sur la politique internationale et sur les rapports avec les syndicats, ils ne peuvent infléchir ses orientations de manière décisive. Ils se trouvent bloqué face à l'animosité de la CGT. Si les envolées verbales persistent, si les efforts d'éducation socialiste paient souvent, leurs leaders, Jules GUESDE en tête, s'avèrent incapables d'analyser les changements survenus à la fin du XIXe siècle et au début du XXe dans l'économie, la société, la vie politique : pas de vues claires sur le nouveau syndicalisme en émergence, sur l'expansion coloniale, sur la gravité de la menace de guerre... Alors que nombre de leurs idées sont d'inspiration marxiste (surtout au départ), la création du Parti Communiste Français (qui les débordent sur la gauche), la guerre et la révolution en Russie les révèlent plus réformistes que révolutionnaires. Totalement rallié à l'Union sacré, avec l'arrière pensée de profiter des résultats de la guerre pour s'installer au pouvoir, Jules GUESDE participe de 1914 à 1917 au gouvernement. Et en octobre 1917, il s'inquiète des conséquences de la révolution bolchévique sur la défense nationale. Il laisse après sa mort en 1922 une impression difficile à formuler, tant chez les guesdistes eux-mêmes et plus tard chez les historiens.

      Trois problèmes particulièrement agitent les historiens du socialisme français, davantage sur le guesdisme que sur Jules GUESDE lui-même :

- Dans quelle mesure apparaît, à la veille de 1914, un néo-guesdisme capable de rajeunir une pensée et une pratique en train de se scléroser? Pour les uns, GUESDE exerce sur ses disciples une papauté si rigide que les possibilités de renouvellement sont presque nulles. D'autres soulignent que de jeunes guesdistes s'engagent alors dans l'étude sérieuse des structures économiques et sociales : Pierre BRIZON à propos du statut du métayage, Marcel CACHIN à propos des trusts... Ils voient là l'embryon d'un rajeunissement du guédisme qui se prolonge pendant la guerre : CACHIN apporte son rayonnement à la défense de la révolution bolchévique et à la fondation du PCF, BRIZON devient pacifiste.

- Quelle est la place du guesdisme dans l'introduction du marxisme en France? Claude WILLARD (Le mouvement socialiste en France (1893-1905), Les Guesdistes, Éditions sociales, 1966) estime que l'originalité du Parti ouvrier réside dans son idéologie marxiste. D'autres soulignent que GUESDE en particulier et les guesdistes en général réduisent la pensée de MARX  à quelques schémas politiques. Mais tous sont d'accord pour admettre que ni la philosophie ni l'économie politique ne furent renouvelés par l'apport guhsdiste et que les oeuvres de MARX et d'ENGELS furent diffusées par eux essentiellement sous la forme de brefs résumés. Les gesdistes ont été des pédagogues du marxisme plus que des intellectuels marxistes. GUESDE est rendu en partie responsable de la relative indifférence du mouvement ouvrier français pour la recherche théorique. En tout cas, ENGELS lui-même signalait qu'au vu des articles de GUESDE et de Paul LAFARGE, il n'était alors pas marxiste... (Lettre à BERNSTEIN du 2 novembre 1882). Au moins, pensons-nous, peut-on faire crédit aux guesdistes d'avoir induit chez un certain nombre de socialistes français la nécessité d'aller plus loin sur le marxisme que la propagande du Parti ouvrier... Souvent d'ailleurs, dans la vie intellectuelle, les grands penseurs sont introduits par des vulgarisateurs qui infléchissent plus ou moins leurs intentions... 

- Dans quelle mesure le guesdisme survit aujourd'hui à l'intérieur du mouvement socialiste français? On en recueille encore les échos dans les controverses du Parti socialiste du maintien de la "doctrine" et dans la difficultés qu'éprouve la SFIO à admettre, pendant les guerres coloniales livrées par la IVe République, la primauté des aspirations politiques sur qu'elle appelait le réalisme économique. (Madeleine REBÉRIOUX)

 

Jules GUESDE, Textes choisis (1867-1882) et notes C. WILLARD, Éditions sociales, 1959 ; Pages choisies, O U R S, 1970 ; Essai de catéchisme socialiste, Paris, 1875 ; De la propriété, Paris, 1976. Voir de nombreux texte sur le site www.marxists.org. Voir aussi sur gallica.bnf.fr.

 

Madeleine  REBÉRIOUX, Jules Guesde, dans Encyclopedia Universalis, 2014. 

 

 

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22 juillet 2018 7 22 /07 /juillet /2018 15:42

   Chester BARNARD, manager américain célèbre pour son livre The functions of the Exécutives, développe tout au long de sa carrière des idées sur le management reprises dans le monde entier. Ses idées portent principalement sur les organisations "formelles", la coopération, élément clé du management et la volonté de coopération, l'efficacité et l'efficience  et le rôle des dirigeants.

    Il est un temps directeur de l'American Telephone and Telegraph (ATT), le plus grand opérateur téléphonique du monde, ayant employé jusqu'à un million de personnes dans les années 1950. Après avoir oeuvrer dans ce qui est devenu aujourd'hui AT&T Corporation, il est nommé en 1927 président de la New Jersey Bell Telephone Company, aujourd'hui Verizion New Jersey.

  Chester BARNARD est avant tout un homme d'entreprise. Après avoir effectué ses études à Harvard, université avec laquelle il maintient ensuite des liens étroits (pratique courante aux Etats-Unis); sa carrière se déroule dans le cadre de l'ATT. Il appartient, tout d'abord, à un service de statistiques, puis acquiert des responsabilités managériales dans le secteur commercial et, en fin, devient le président de la New Jersy Belle Telephone. Par ailleurs, tout au long de sa carrière, il remplit diverses fonctions honorifiques, par exemple au sein de la Rockefeller Foundation et de la National Science Foundation. La réflexion qu'il mène s'appuie ainsi sur une expérience personnelle du management. orientées vers l'action, ses analyses ont modifié les idées sur le management et l'administration des entreprises.

  Chester BARNARD critique la conception taylorisme de l'entreprise et retient les leçons de l'expérience menée à Hawthorne, à savoir l'importance des opinions, de attitudes et des relations humaines. Il s'inspire également des travaux de WEBER, PARETO et PARSONS. Influencé par ces différents courants de pensée, il présente pour la première fois une "théorie globale" de l'organisation. Dans l'introduction à la seconde édition de son livre en 1968 (la première est intervenue en 1938), il expose les raisons pour lesquelles cette théorie est nécessaire : "Toute l'attention intellectuelle de la littérature consacrée à la réforme sociale est tournée vers les tensions sociales. Il n'y a presque pas de référence aux organisations formelles comme processus concret qui détermine l'accomplissement de toute action sociale". 

   Cette théorie de l'organisation comporte les éléments suivants, mettant en évidence le caractère abstrait de l'organisation :

- Les actions observables des êtres humains dans notre société - mouvements, langage, pensées, émotions - monte que la majorité d'entre elles sont déterminées ou orientées par rapport aux organisations formelles.

- Une organisation naît lorsqu'il y a des personnes capables de communiquer entre elles et décidées à participer à des actions destinées à accomplir un même but. Les éléments d'une organisation sont : la communication, la volonté de servir un but commun.

- Un système coopératif est un ensemble de composantes physiques, biologiques, personnelles et sociales qui sont placées dans une relation spécifique et systématique en fonction de la coopération de deux ou d'un plus grand nombre de personnes en vue d'atteindre au moins un but.

- Par définition, il ne peut y avoir d'organisation sans individus. Cependant, ce ne sont pas les personnes mais les comportements, les actions ou l'influence des personnes qui doivent être pris en considération comme les éléments de base des organisations.

- L'organisation, simple ou complexe, est toujours un système impersonnel qui coordonne les efforts humains ; il y a toujours un but comme principe unificateur et coordination ; il y a toujours une capacité de communiquer ; il y a toujours la nécessité d'une volonté personnelle de participer et de maintenir l'efficacité par rapport à l'objectif défini et à la continuité des contributions. C'est ce qu'on appelle une organisation formelle.

- Des organisations informelles sont présentes dans les organisations formelles, ces dernières sont essentielles pour maintenir l'ordre et la cohérence, les premières sont indispensables pour assurer le dynamisme et la vitalité. Ce sont des phases mutuellement réactives de la coopération qui sont également mutuellement dépendantes.

- Toutes les organisations complexes sont constituées à partir d'unités qui sont des unités de travail ou des organisations de base. Les caractéristiques structurelles essentielles des organisations complexes sont déterminées par les effets de la nécessité de communiquer sur la taille des unités de base.

- L'efficacité de l'organisation est le maintien de l'équilibre des activités de l'organisation en donnant suffisamment satisfaction aux individus qui réalisent ces activités?

- Les difficultés rencontrées par les systèmes de coopération ont pour origine les idéologies fausses, particulièrement des leaders et des responsables des organisations formelles. Ces notions erronées pervertissent le jugement acquis par une expérience de résolution des problèmes qui respecte les principes de la théorie de l'organisation.

- L'autorité est un autre nom pour caractériser la volonté et la capacité des individus à se soumettre aux exigences des systèmes coopératifs.

- Les actes des individus peuvent être distingués entre ceux qui résultent de la détermination, du calcul et de la réflexion, et ceux qui sont inconscients, automatiques et de réaction, le résultat de conditions internes ou externes, actuelles ou passées. En général, quel que soit le processus qui précède la première catégorie d'action, celui-ci débouche sur ce qui peut être qualifié de "décision".

- La coordination des efforts d'un système de coopération requiert l'organisation d'un système de communication. Un tel système suppose des centres ou des points d'interconnexion et ne peut opérer que si ces centres sont occupés par des personnes appelées "responsables". C'est la fonction managériale.

- Le facteur le plus stratégique de la coopération humaine est la capacité managériale. L'accumulation du capital, l'invention de processus, l'innovation en matière de relations humaines qu'une coopération effective et efficace requiert,  repose avant tout sur une aptitude particulière en matière de technologies des matériaux, des forces physiques, des systèmes économiques et de l'art de l'organisation. 

- La caractéristique essentielle de toute société qui dépasse une certaine dimension est la présence d'un réseau complexe d'organisations formelles plutôt que ses institutions, coutumes, etc.

- L'élément stratégique de l'intégration sociale est la promotion et la sélection des responsables. Ce processus est généralement déséquilibré par une attention excessive prêtée à la compétence technique et au statut moral. A une certaine époque, l'aspect moral a été cultivé au détriment de la capacité technique. Actuellement, l'accent mis sur la technique n'est pas assez guidé par les nécessités d'un système coopératif, considéré comme un tout.

      La contribution de Chester BARNARD à l'analyse des organisations est centrale, selon la plupart des observateurs travaillant sur la sociologie des organisations. La synthèse des travaux antérieurs effectuée par cet auteur est à l'origine d'une redéfinition de la réflexion managériale. Il établit l'importance d'une analyse des organisations, distincte de la doctrine taylorisme et de la science administrative exposée par FAYOL (Administration industrielle et générale, Junod, 1928) en France et par GULICK et URWICK (Papers on the Science of Administration, New York, Institute of Public Administration, Columbia University, 1933) aux États-Unis. 

A partir des observations de MAYO, de ROETHLISBERGER et de leurs collègues, BARNARD conçoit l'organisation comme un système social d'interaction complexe. Cependant, sa conceptions diffère de celle de l'"école des relations humaines", car, pour lui, l'organisation se caractérise par sa structure formelle. Le management est avant tout, la capacité d'intégrer les composantes "formelles" et "informelles" des organisations. L'étude des dimensions "humaines" de l'organisation est un objet légitime de recherche pour les spécialistes de l'entreprise et de l'administration. Enfin, BARNARD a la conviction profonde que le consensus dans les entreprises favorise le consensus au sein de la société. 

Chester BARNARD, The Functions of the Executive, Cambridge, Harvard University Press, 1938.

Herbert SIMON, Administration et processus de décision, Économica, 1983. Michel BARABAL, Chester Barnard, L'organisation formelle ou l'art de la coopération" dans Les grands auteurs en management, Sous la direction de Sandra Cherreire PETIT et Isabelle HUAULT, Édictions Ems, 2009. Catherine BALLÉ, Sociologie des organisations, PUF, collection Que sais-je?, 2010.

 

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13 juillet 2018 5 13 /07 /juillet /2018 08:09

    Charles de GAULLE est un officier militaire, résistant, homme politique et écrivain français.  Sous-secrétaire à la guerre et à la Défense nationale du 6 au 16 juin 1940, Chef de la France libre du 16 juin 1940 au 1er août 1943, puis après avoir réussi à unifier la Résistance en France,  Président du Comité français de libération nationale du 3 juin 1943 au 3 juin 1944, Président du gouvernement provisoire de la République français du 3 juin 1944 au 20 janvier 1946, étant de facto chef de l'État à partir du 25 août 1944, puis après quelques postes de "transition" (ministre de la Défense nationale et président du conseil des ministres), Président de la République française du 8 janvier 1959 au 28 avril 1969, il marque de son empreinte la politique de défense et la politique internationale de son pays, sans compter une oeuvre militaire, politique et diplomatique de premier plan. Son oeuvre, et de son vivant, donne naissance au gaullisme, décliné en diverses tendances. Doté d'une expérience du monde politique dans l'entre-deux-guerres, il entend se placer au-dessus des partis, tout en menant une politique intérieure conservatrice. Il sait composer juste après la seconde guerre mondiale avec les forces politiques en présence et permet la réalisation (partielle) du programme social et politique du comité de libération nationale. Dans la foulée de la guerre d'Algérie, il accède au pouvoir entre les années 1950 et 1960, liquidant une grande partie de l'empire colonial français pour se recentrer sur une politique d'indépendance nationale, appuyée en partie sur le développement d'une force de dissuasion nucléaire. Sa vision du pouvoir, directement issue de son éducation catholique légitimiste  (grande influence du jésuite OLIVAINT mais aussi de Charles PÉGUY, Maurice BARRÈS et Henri BERGSON), est celle du chef guide de la Nation, directement approuvé par le peuple, comme le montre son recours au référendum pour établir les institutions de la Vème République. Son échec (référendum de 1969) après les événements de Mai 1968 s'explique en grande partie par le soutien lors de son mandat de Président de forces politiques bien plus à droite que lui, qui décident de ne plus le faire... 

 

Une brillante carrière militaire et un esprit indépendant bien  informé

   Entré à Saint-Cyr en 1911, il en sort deux ans plus tard pour être incorporé au sein du 33e régiment d'infanterie alors commandé par le colonel Philippe PÉTAIN, avec lequel il entretient ensuite des relations épisodiques. Blessé à plusieurs reprises au cours de la Grande Guerre, fait prisonnier à Verdun en 1918 sans pour s'échapper, il devient après l'armistice professeur à Saint-Cyr puis élève à l'École de guerre où il est ensuite chargé de cours. Il passe à l'état-major de l'armée du Rhin puis à la tête du 19e bataillons de chasseurs. En 1922, il est appelé au secrétariat du conseil supérieur de la Défense nationale. 

Pendant les années qui précèdent la guerre, de GAULLE réfléchit sur l'organisation de la nation en période de guerre et sur la réorganisation de l'armée française. IL va à contre-courant des idées qui prévalent à l'époque et qui visent à établir un mur de protection pour le pays. Rares sont ceux qui l'écoutent. Paul REYNAUD est de ceux-là, et il fait campagne en vain pour que ses idées soient adoptées par le gouvernement. Malgré cet échec, la loi sur l'organisation de la nation en temps de guerre, sur laquelle de GAULLE a beaucoup travaillé, est finalement votée en juillet 1938. 

En novembre 1939, de GAULLE fait une dernière tentative pour alerter le haut commandement du danger qui menace la France. Son rapport, intitulé L'Avènement de la force mécanique, met les autorités en garde contre l'attitude passive, donc pour lui suicidaire, de la France  face à une armée allemande qui démontre déjà l'efficacité du binôme char-avion  dans une tactique de guerre éclair. A noter qu'il insiste bien plus sur le char que sur l'avion, dont il ne perçoit pas dans un premier temps l'importance. Les conclusions de son rapport sont ignorées mais de GAULLE s'acharne et fait faire un tirage privé de quelques exemplaires du rapport qu'il envoie aux généraux GAMELIN, WEYGAND et GEORGES ainsi qu'à Édouard DALADIER et Paul REYNAUD. Son analyse de la situation s'avère prophétique. Lorsque HITLER passe à l'attaque, en mai 1940, il est promu général et se voit confier le commandement de la 4ème division cuirassée, à la tête de laquelle il obtient quelques-uns des rares succès tactiques français lors du début de la guerre (Au nord de Laon et à Abbeville). Nommé par Paul REYNAUD sous-secrétaire d'État à la guerre le 6 juin, de GAULLE veut continuer la lutte malgré la demande armistice de PÉTAIN. Il part pour Londres d'où il lance son appel du 18 juin. 

Chef des Français libres, puis président du Comité de libération nationale, il est à la tête du gouvernement provisoire de la République française à partir d'août 1944 jusqu'en janvier 1946. Lorsqu'il revient au pouvoir, en 1958, il dote la France de sa Force de frappe nucléaire qui devient un instrument de sa diplomatie. (BLIN et CHALIAND)

 

Théoricien et praticien militaires

    Charles de GAULLE, qui sait nouer des relations en France et à l'étranger avec de nombreux autres théoriciens, est un remarquable penseur militaire. S'il n'est pas l'inventeur des doctrines de la guerre mécanisée, il est l'un des premiers à comprendre son aspect révolutionnaire pour l'avenir de la guerre. Les doctrines de la guerre mécanisée et du combat aérien émergent de l'expérience de la Grande Guerre. Les Russes et les Anglais sont à la pointe du progrès dans ce domaine. En France, le général Jean-Baptiste ESTIENNE est le grand pionnier de la guerre motorisée. Le premier, il dote ses chars de cuirasses et de chenilles, et multiplie les tâches assignées aux chars motorisés : artillerie, choc, transport de troupes, liaisons. ESTIENNE ouvre la voie dans laquelle s'engage rapidement Charles de GAULLE.

Il ne suit pas d'ailleurs complètement ESTIENNE qui, plus clairvoyant que lui, dans un discours de 1934 (voir P.-A BOURGET, Le général Estienne. Penseur, ingénieur et soldat, Éditions Berger-Levraut, 1956), propose la création de deux armées, l'une défensive, chargée d'organiser, d'occuper et de maintenir les territoires conquis, l'autre offensive, fondée sur des chars d'assaut soutenus par l'aviation. L'aviation devait soutenir les chars et attaquer les positions ennemies. Mais ses méthodes ne furent pas mises en oruevre par les Français, mais par les Allemands... Or de GAULLE néglige souvent l'aviation pour se concentrer sur les chars...

De GAULLE entame sa carrière d'écrivain militaire en 1924 avec La Discorde chez l'ennemi. Il écrit ensuite un ouvrage historique avant de publier dans les années 1930 les oeuvres qui établissent sa notoriété : Le Fil de l'épée (1932), Vers l'armée de métier (1934) et La France et son armée (1938). A travers ces livres, il tente de communiquer son inquiétude concernant la politique de la France en matière de défense. Loin de se contenter d'une simple critique, il propose des réformes concrètes. Sa doctrine militaire se définit par une tactique de choc et de mouvement reposant  sur les nouvelles possibilités offertes par des chars motorisés et par la combinaison tactique char-avion. Afin de se donner les moyens de créer une telle armée, beaucoup plus technique et spécialisée qu'auparavant, la France doit se doter d'un corps important de soldats professionnels qui subiront l'apprentissage nécessaire à la maîtrise de ces armes plus complexes. A long terme, de GAULLE préconise une armée de métier. La guerre moderne nécessite, selon lui, une formation de six ans pour le soldat technicien. Celui-ci doit être jeune, non seulement parce que l'instruction est longue mais aussi parce que les qualités requises désormais pour le combat sont des qualités juvéniles. Les soldats doivent posséder le goût du risque  et ne pas avoir de liens étroits avec la vie civile. L'armée moderne, qui a de grosses capacités tant au niveau du choc que du feu, peut également mieux que jamais l'un des éléments fondamentaux de la stratégie : l'effet de surprise. Pour cela, la propagande et la désinformation jouent un rôle essentiel qui lui est facilité par les nouveaux moyens de communication.

De GAULLE veut créer un corps permanent prêt à réagir rapidement en cas de conflit. Il propose la création de six divisions d'infanterie mécanisée (divisions de ligne) que soutiennent une division plus légère de reconnaissance, semblable aux autres, mais dotée d'engins plus rapides et moins bien protégés, ainsi que des divisions de réserves comprenant des chars lourds, des batteries d'artillerie, des régiments de génie et de transmissions, ainsi que des avions de reconnaissance et de chasse. Ce corps mécanisé serait entièrement pourvu d'engins à chenilles et comprendrait près de 100 000 hommes de troupes permanentes. 

De GAULLE ne tombe pas dans le piège où son pris bon nombre des théoriciens de l'entre-deux-guerre qui voient dans la technique appliquée à la guerre la certitude que le combat peut désormais suivre des lois scientifiques. Points de principes, selon lui,qui échappent aux circonstances de la guerre. Les aléas de la stratégie, à tous les niveaux, obligent les stratèges à une adaptation perpétuelle aux événements qui s'enchaînent. Ces choix multiples et difficiles auxquels ils font face requièrent l'intuition et le génie guerriers. Il en revient, à l'instar des théoriciens militaires du passé,à privilégier le rôle du chef qui, seul capable d'envisager les choses globalement, prend des décisions qui déterminent, en grande partie, le succès de ses armées sur les champs de bataille, et au-delà. L'instruction des chefs d'armée, qui doit être générale, est d'une importance capitale, de même que des réflexes aiguisés au cours des années et qui sont souvent à la base des plus grandes décisions. L'emprise de la bureaucratie militaire est néfaste pour l'autonomie de décision que doit posséder tout officier dans une position de haut commandement. Pour cela, il réclame une plus grande marge de manoeuvre au niveau individuel. Cette armée plus technique, plus spécialisée, doit rapprocher les combattants du haut commandement par rapport aux armées de masse qui ont produit l'effet inverse.

    Pour beaucoup, Charles de GAULLE manifeste des qualités exceptionnelles de visionnaire : la France fut victime d'une agression, en 1940, comme il l'avait prédit et à l'endroit même où il la redoutait. Cette offensive fut menée par une armée allemande dotée d'une force militaire semblable à celle qu'il préconisait et qui appliquait, puisant sa réflexion chez les théoriciens anglais, français et russes, une tactique de guerre identique à celle qu'il avait développé dans ses ouvrages. Après la guerre, les armées occidentales suivent l'évolution qu'il envisageait déjà dans les années 1930, et le débat qu'il avait ouvert sur l'armée de métier continue d'animer les grandes discussions politiques des années 1990, avec les arguments qu'il développait lui-même avant 1940. (BLIN et CHALIAND)

    Son indépendance d'esprit se caractérise tant en matière militaire qu'en matière politique dans un refus de céder aux modes et tendances du moment, ne perdant jamais de vue l'insertion d'une nouvelle stratégie dans une longue tradition. Ainsi, il ne cesse de distinguer stratégie et diplomatie, la stratégie raisonnant en terme de puissance alors que la diplomatie raisonne en termes d'influence. Comme Hervé COUTEAU-BÉGARIE le signale, le général de GAULLE, surtout lorsqu'il est au pouvoir, se méfiait à juste titre de la recherche effrénée de nouveaux concepts (utile mais dont on abuse) et ne s'aveuglait pas du déclin de la puissance française. Il s'évertuait à donner à ses prises de position un retentissement hors de proportion avec sa base de pouvoir (notamment dans sa stratégie nucléaire déclaratoire). 

 

Stratège politique et militaire, doctrine de dissuasion et défense intérieure : le gaullisme...

   Parvenu au pouvoir à deux reprises, en 1945 et 1958, de GAULLE n'a de cesse de donner à la France les moyens d'une puissance (qu'il faut exagérer au besoin) et de son indépendance, tant vis-à-vis des États-Unis que de l'Europe, à équidistance diplomatique entre les deux blocs pendant la guerre froide. 

Habile à s'entourer d'officiers et d'hommes politiques sachant analyser les situations stratégiques - tant nationale qu'internationale - de GAULE suit les efforts, et les capitalise ensuite, d'un petit groupe d'officiers, GALLOIS, AILLERET et BEAUFRE qui travaillent depuis les années 1950 (1953), pour influencer le monde politique et de la défense en faveur du nucléaire. La recherche nucléaire française, dans le fil droit d'une guerre secrète autour de l'armement atomique pendant la Deuxième Guerre Mondiale, commence d'ailleurs pendant que de GAULLE est à la tête du gouvernement provisoire en 1945. Si des luttes intestines retardent le démarrage effectif des activités, le plan quinquennal adopté en 1952 prévoyait néanmoins l'acquisition de l'arme nucléaire. La décision finale de développer l'armement nucléaire est prise en 1956 (première bombe atomique française : 1960 ; première bombe à hydrogène : 1968), et secrètement le développement doctrinal se poursuit, malgré le monopole pour l'armée française des guerres coloniales. 

Dès son retour au pouvoir en 1958, le général de GAULLE, dans la foulée d'ailleurs d'efforts d'autres hommes pas du tout de son bord politique, comme MENDÈS-FRANCE, doit choisir de réorienter les priorités : délaisser l'empire colonial au profit du développement de l'arme nucléaire et de la doctrine d'emploi. 

Dans un discours aux stagiaires de l'École de guerre en novembre 1959, de GAULLE présente la nouvelle doctrine française relative à l'indépendance de la France : "Il faut que la défense de la France soit française... Un pays comme la france, s'il lui arrive de faire la guerre, il faut que ce soit sa guerre, il faut que cet effort de guerre soit son effort. S'il en était autrement, notre pays serait en contradiction avec tout ce qu'il est depuis ses origines, avec son rôle, avec l'estime qu'il a de lui-même, avec son âme". Il affirme ensuite que les prochaines années verraient la création d'une force de frappe utilisable à tout moment et dans toutes les directions. Il était évident que celle-ci devait être nucléaire. D'après Lucien POIRIER, l'autonomie de décision était l'argument principal de de GAULLE en faveur du nucléaire, accompagné d'une volonté de restaurer la grandeur de la France après la perte annoncée de l'Algérie. (Lars WEDIN)

La doctrine gaullienne de la défense se confond (et vice-versa) avec la politique de défense de France jusque dans la fin des années 1960. L'évolution ensuite obéit à divers impératifs, mais le socle de la dissuasion nucléaire n'est jusqu'ici pas remis en question. 

Sur le plan intérieur, la Ve République repose sur une concentration des pouvoirs entre les mains du Président de la République, l'affaiblissement du Parlement, un certain contrôle de la presse.. Malgré ses opinions sur le service militaire (qu'il proposait d'abolir à terme), celui-ci est maintenu pour des raisons de cohésion de la Nation. 

 

Une philosophie au service de la stratégie militaire... et d'une certaine idée de la France

     De GAULLE, jeune officier, écrit un certain nombre d'ouvrages et d'articles pendant la période de l'entre-deux-guerre, et cela à contresens d'une image négative de "l'officier penseur". A travers par exemple Le Fil de l'épée de 1932, il développe une certaine conception de la guerre mais aussi de la société. 

Pour lui, le problème fondamental tient au fait que notre esprit a du mal à gérer la vraie vie, car nos cadres de référence sont insuffisants. Cette idée de BERGSON (L'Evolution créatrice) a pour lui une importance capitale. C'est pourquoi, dit-il, nous avons du mal à appréhender la guerre. l'intelligence est un préalable nécessaire aux jugements militaires : la capacité à analyser tous les facteurs nécessaires à une action militaire : le terrain, l'ennemi, les moyens, etc. Mais cela ne suffit pas, elle doit être complétée par l'instinct. 

En conséquence de cette conviction, la planification militaire ne peut pas être exclusivement logique, ce qui conduit à des plans lourds et rigides, elle doit également laisser sa place à l'intuition. Ce qui va bien évidemment à contrario de la volonté bureaucratique de tout planifier, jusqu'aux moindres détails et également d'un certain aveuglement (très répandu) sur le pouvoir de la technique.

Maints passages de ses ouvrages portent la marque de cette conviction, venu tout droit d'un héritage intellectuel somme toute aristocratique. D'ailleurs, politiquement, il garde tout au long de ses carrières militaires et politiques, une sympathie certaine pour les idées monarchistes, tout en évitant de s'y noyer politiquement. Les prétendant au trône de France connaissant ces sympathies ont d'ailleurs fait longtemps le siège de ses  différents bureaux pour augmenter leurs chances... 

Parce que les chefs sont d'une importance capitale, il faut absolument les choisir soigneusement. Le problème, c'est qu'il est difficile de déterminer, à partir de leurs actions en temps de paix, ceux qui réussiront en temps de guerre. Un homme d'action doit avoir du caractère, une vertu pour les temps difficiles. Le caractère donne de la noblesse à l'action. L'homme de caractère est souvent dur, et c'est la raison pour laquelle il est mal aimé en temps de paix, mais lorsque survient la crise, c'est vers lui qu'on se tourne. Il doit être capable de rejeter les conseils et les propositions qui sont fondées sur une prudence étriquée ou d'une timidité lâche. Ceux qui réussissent doivent être capables de s'extirper d'une fausse discipline? Malgré tous les règlements et autres instructions, il n'a jamais été aussi indispensable qu'à présent pour le guerrier que d'être capable d'agir de son propre chef. De GAULLE fait alors référence à la situation dans l'armée de l'époque et aux problèmes qu'elle rencontre : "A la rude école du Caractère, l'ordre militaire peut recouvrer sa foi et sa fierté. Ainsi raffermi, il attendra sans angoisse que joue en sa faveur l'alternance du destin, que passent les jours amers et que l'esprit du temps lui redevienne favorable, comme le vent redresse l'arbre après l'avoir penché". C'est cette idée qui sera souvent de grande utilité pour lui quand il sera à la tête de la France.

Un chef doit jouir s'un certain prestige. Il doit être en mesure de commander en fonction de sa compétence, et pas seulement en fonction de son grade. Le Maréchal MARMONT est cité dans son ouvrage pour valoriser cet attribut du chef.

On considère que les dernières lignes de l'ouvrage (toujours Le Fil de l'Épée) sont particulièrement révélatrice du futur général de GAULLE lui-même. Il y traite de ceux qui consacrent leur vie à laisser leur marque sur les événements, de ceux qui rêvent des grands bouleversements de l'Histoire, par opposition à ceux qui ne se préoccupent que du quotidien. Ceux qui ne se laissent pas bercer par les illusions de l'époque. Il termine son ouvrage par une phrase que certains estiment prophétique : "Il n'y a pas dans les armes de carrière illustre qui n'ait servi une vaste politique, aide grande gloire d'homme d'État que n'ait dorée l'éclat de la défense nationale." (Lars WEDIN)

 

Charles de GAULLE, La Discorde chez l'ennemi, Berger-Levraut, 1924 ; Le Fil de l'Épée, éditions Berger-Levraut, 1932 ; Vers l'armée de métier, Berger-Levrault, 1934 ; La France et son armée, Plon, 1938 ; Mémoires de guerre, en 3 volumes, Plon, 1954-1959 ; Mémoires d'espoir, en 2 volumes, Plon, 1970-1971 ; Discours et Messages, en 5 volumes, Plon, 1970 ; Lettres, Notes et carnets, Plon, 1980-1997. Extrait de l'allocution du 3 novembre 1959 à l'École militaire, Nécessité du nucléaire, dans Anthologie mondiale de la stratégie, Robert Laffont, 1990.

Brian CROZIER, De Gaulle : The Warrior, Londres, 1967. Paul HUARD, Le Colonel de Gaulle et ses blindés : Laon, 15-20 mai 1940, Paris, 1980. André LAFFARGUE, Fantassins de Gascogne, Paris, 1962. Georges LOUSTAUNAU-LACAU, Mémoires d'un Français rebelle, 1914-1948, Paris, 1948. Louis NACHIN, De Gaulle, Paris, 1945. Arthur ROBERTSON, La doctrine de guerre du général de Gaulle, Paris, 1959.

Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, Dictionnaire de stratégie, tempus, 2016. Hervé COUTEAU-BÉGARIE, Traité de stratégie, Economica/ISC, 2002. Lars WEDIN, Marianne et Athéna, La pensée militaire française du XVIIIe siècle à nos jours, Economica.Fondation St-Cyr/École Militaire/ISC/Commission Française d'Histoire Militaire (CFHM), 2011. 

 

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12 juillet 2018 4 12 /07 /juillet /2018 11:59

   Georges Louis François YVETOT est un typographe, anarcho-syndicaliste et antimilitariste français. Secrétaire général de la Fédération des Bourses du Travail (1901-1918) puis secrétaire général adjoint de la CGT, cofondateur de la Ligue antimilitariste en 1902, il fait partie des plus grands agitateurs redoutés par les pouvoirs publics juste avant la première guerre mondiale. 

   En 1908, il est arrêté avec 30 autres cadres cégétistes à la suite des grèves de Draveil-Villeneuve-Saint-Georges. Il ne participe donc pas au Congrès de Marseille en octobre de cette années, au cours duquel la confédération entérine une motion antimilitariste. 

    Pendant la seconde guerre mondiale, il est premier président du Comité ouvrier de secours immédiat, pendant quelques semaine en 1942, juste avant sa mort, au moins de mai.

    Il est connu notamment pour avoir signé une affiche de l'Association Internationale Antimilitariste (AAI), en octobre 1905, intitulée "Appel aux conscrits", placardée sur les murs de Paris. Le texte, violemment antimilitariste et antipatriote, appelle les conscrits à tourner leurs fusils vers les "soudards galonnés" plutôt que vers les grévistes, et appelle à la "grève immédiate" et à l'"insurrection" au jour d'une éventuelle déclaration de guerre. Il ne faut pas se méprendre : si aujourd'hui une telle affiche peut faire sourire aux dépens de groupes ultra-minoritaires, à l'époque, elle avait un fort écho parmi les membres syndiqués de la classe ouvrière. Vingt-huit des signataires sont inculpés et à l'issue du procès qui se déroule du 26 au 30 décembre 1905, deux prévenus sont acquittés et les 26 autres condamnés à des amendes et à des peines de prison allant de 6 mois à 4 ans. Georges YVETOT est condamné à 3 ans.

     Georges YVETOT déploie un antimilitarisme plus virulent que son prédécesseur Fernand PELLOUTIER au secrétariat des Bourses du Travail. Lorsqu'en 1902, il fonde avec quelques autres anarchistes la Ligue antimilitariste, qui devient deux ans plus tard, une section de l'Association Internationale Antimilitariste, c'est pour déployer une stratégie concrète et théorisée tournée contre l'armée briseuse de grèves. Il collabore au Libertaire, à La Bataille syndicaliste, L'Avant-agerde ou encore La Guerre sociale. Dans le Nouveau manuel du soldat paru en 1903, YVETOT fait preuve d'un radicalisme en pointe : "La lâcheté en morale, l'habitude de se soumettre et de trembler, voilà donc ce qu'on rapporte des casernes... L'armée n'est pas seulement l'école du crime, elle est encore l'école du vice, l'école de la fourberie, de la paresse, de l'hypocrisie et de la lâcheté." A cette époque, une partie de la littérature reprend ces thèmes, avec la publication d'un certain nombre de romans ou de pièces de boulevard nettement teintés d'antimilitarisme (Cavalier Misery, d'Albert HERMANT publié en 1887, Sous-off, de Lucien DESCAVES de 1889, pièces de Georges COURTINE...). Les écrits de Georges YVETOT apparaissent comme la pointe avancée de l'antimilitarisme, alors que les échos plus vagues ou moins virulents imprègnent une très grande partie de l'opinion publique. A chaque répression de grèves de l'armée, à chaque crise internationale, la CGT fait entendre la voix de protestations véhémentes, qui plus est, font partie d'un ensemble de pratiques matérielles bien concrètes et nombreuses en faveur des conscrits rebelles. Lors des débats sur la loi portant en mars 1913 le service militaire à trois ans, prise pour augmenter les moyens face au "péril allemand", les manifestations se succèdent et Georges YVETOT n'y ménage pas sa peine. D'ailleurs, le maintien sous les drapeaux de la classe 1910, libérable en octobre 1913, provoque une vague de révoltes dans les casernes, suivie de l'arrestation des principaux responsables. Mais l'antimilitarisme, puissant jusque vers 1910, décline fortement dans ces années 1910-1914 et même des "vétérans" comme Gustave HERVÉ change d'opinion en faveur d'un "socialisme national". 

   Toutefois, même pendant la guerre de 1914-1918, Georges YVETOT reste actif, consacrant son énergie dans l'aide aux enfants orphelins de guerre, notamment dans la région du Montenegro et de la Serbie (1915). Le vent tourne à la CGT à la fin de la guerre et il en démissionne en 1918. 

    Entre les deux guerres mondiales, Georges YVETOT est beaucoup moins actif sur le plan de l'antimilitarisme et il ne participe qu'à quelques campagnes pacifistes. Il aide quelques publications en France et en Belgique, travaillant comme typographe.  Il joint le syndicat des correcteurs en 1918 et appartient au comité syndical entre 1920 et 1932 pendant 8 ans au moins. De 1921 à 1928, il est secrétaire général du syndicat..

   Au début de la seconde guerre mondiale, il signe un Manifeste, Paix immédiate, mais malade, n'est plus guère aussi efficace qu'auparavant et n'est même pas incarcéré suite à son arrestation.

Fernand PELLOUTIER et Georges YVETOT, L'organisation corporative et l'anarchie, Bibliothèque de l'Art social, 1896. Georges YVETOT, Vers la grève générale, H. Girard, 1902 ; Georges YVETOT, Nouveau manuel du soldat. La patrie, l'armée, la guerre, Fédération des Bourses du Travail, 1905 ; La Triple action de la CGT, Le Réveil, 1913.

www.socialisme-libertaire.fr. Nadine-Josette CHALINE, Empêcher la guerre, encrage, 2015.

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10 juillet 2018 2 10 /07 /juillet /2018 14:17

  Fernand-Leonce Émile PELLOUTIER est un militant syndicaliste révolutionnaire socialiste et libertaire. Secrétaire général, en 1895, de la Fédération des Bourses du Travail, il est une des grandes figures du syndicalisme et de l'anarchisme français au XIXe siècle. Également, il fait partie de ces militants antimilitaristes, dont le pacifisme est plus accentué que chez son frère Maurice, auteur avec lui en 1894, d'une Lettre sur la guerre. 

    S'il est plus connu pour ses idées sur l'autonomie ouvrière, nourries de multiples lectures d'Adam SMITH, PROUDHON, MARX, KROPOTKINE, ZOLA, BAKOUNINE, que celles sur le pacifisme et l'antimilitarisme, dans son esprit toutes sont intimement liées. Notamment sur la grève générale, qu'il défend comme méthode de lutte, avec visée expropriatrice. Pour lui, c'est "un mouvement, sinon violent, du moins actif, tendant à annihiler la résistance du capitalisme et de ses moyens de coercition : pour cela, il évitera de prendre la forme d'une insurrection, trop facilement réductible militairement, ou d'une épreuve de force financière qui verrait nécessairement la défait du prolétariat. Elle ne débouchera pas sur un pouvoir socialiste, mais sur une société de type absolument nouveau, reposant sur la libre association de producteurs. C'est que la grève générale devant être une révolution de partout et de nulle part, la prise de possession des instruments de production devant s'y opérer par quartier, par rue, par maison, pour ainsi dire, plus de constitution possible d'un "gouvernement insurrectionnel", d'une "dictature prolétarienne", plus de "foyer" à l'émeute, plus de "centre" à la résistance ; l'association libre de chaque groupe de boulangers dans chaque boulangerie ; de chaque groupe de serruriers dans chaque atelier de serrurerie ; en un mot, la production libre".

    Le syndicalisme d'Émile PELLOUTIER et de ses camarades est très éloigné du pacifisme des socialistes. Dominée par l'anarcho-syndicalisme, le réseau des Bourses du travail et des fédérations de la CGT, qui inquiète bien plus les pouvoirs publics et le grand patronat, ne se paie pas de mots et souvent mêle le geste à la parole. L'antimilitarisme dans lequel baigne de nombreux militants, qui n'a rien à avoir avec l'antimilitarisme (patriotique) en vigueur des décennies avant (jusqu'à la Commune), et est directement rattaché au rôle de l'armée dans la répression des grèves ouvrières et même de mouvements paysans. L'armée fait figure à de nombreuses reprises de bras armé du capitalisme. 

Afin de soutenir les jeunes devant effectuer leur service militaire, Émile PELLOUTIER invite les Bourses à se mettre eb rapport avec eux, à les entourer en leur offrant un local pour se réunir en dehors de la caserne : "Il faut que (le jeune) se trouve entouré d'amis, qui (...) lui rappellent que, soldat par la loi, il ne doit jamais commettre le crime de lever contre ses frères de travail l'arme qui lui ont confiée ses ennemis de classe..."(Appel de la CGT lors du départ de la classe 1900). Ce rejet de l'armée conduit à l'antipatriotique, surtout aux yeux des tenants de l'ordre établi et même de maints socialistes. Son successeur Georges YVETOT (1868-1942), l'antimilitarisme est encore plus accentué. 

Fernand PELLOUTIER et Maurice PELLOUTIER, La vie ouvrière en France, Schleicher frères, 1900. Fernand PELLOUTIER, Histoire des Bourses du travail : origine, institutions, avenir, Alfred Costes Editeur, 1921 ; Les syndicats en France, éditions de la Librairie du Travail, 1921 ; L'art et la révolte, Choix d'articles par Jean-pierre LECERCLE, Place d'armes, 2002. 

Jacques JULLIARD, Fernand Pelloutier et les Origines du syndicalisme d'action directe, Seuil, 1971 ; Fernand Pelloutier, Le Mouvement social, Institut français d'histoire sociale, Éditions ouvrières, 1971. Nadine-Josette CHALINE, Empêcher la guerre, encrage, 2015. 

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5 juillet 2018 4 05 /07 /juillet /2018 14:34

   La postérité retient de Gustave HERVÉ l'homme politique socialiste puis, surtout, fasciste français. Pourtant toute la première partie de sa vie politique jusqu'en 1912 est marquée par son pacifisme et son antimilitarisme, de même que par des idées socialistes très progressistes.  

    Il fait partie de ces hommes politiques (et de ces intellectuels) qui n'ont pas su résisté à la grande vague nationaliste précédent la Première Guerre mondiale. On peut penser que les bases intellectuelles de son pacifisme et de son antimilitariste n'étaient pas assez solides et cohérentes pour y résister. On peut penser également que son verbiage avait beau être vertigineux et entrainant, que son gauchisme était seulement de paroles. Toutefois, dans la seconde partie de sa carrière politique (1912-1944), il fait partie de ceux qui pensent compatibles nationalisme et socialisme, voie ouverte vers un fascisme, même si ce dernier reste teinté de social. Comme beaucoup de ses compatriotes qui suivent la même voie, il a du mal à concilier ses sympathies pour le fascisme italien et pour le nazisme allemand et son philo-sémitisme. Fruit souvent d'une incompréhension profonde des forces politiques à l'oeuvre en Allemagne et en France de ces années-là.

 

La période pacifiste et antimilitariste

  Enseignant puis journaliste comme collaborateur au Travailleur socialiste de l'Yonne, il se fait remarquer par ses premiers articles antimilitaristes (signés "Sans patrie"). Non seulement, d'ailleurs, il est antimilitariste, mais également dreyfusard et anticlérical. Il se fait d'ailleurs révoquer de l'Instruction Publique après avoir écrit un article violemment antimilitariste en juillet 1901, "L'anniversaire de Wagram". C'est qu'il y propose "qu'après avoir rassemblé dans la cour du quartier toutes les ordures et tout le fumier de la caserne, solennellement, en présence de toutes les troupes en tenue N°1, au son de la musique militaire, le colonel en grand plumet vint y planter le drapeau du régiment.""

Militant successivement au Parti Socialiste Français, puis au Parti Socialiste de France, il participe en 1905 à la création de la SFIO en tant que délégué au congrès d'unification du "du Globe". Il milite également à la CGT. Il embarrasse d'ailleurs plus qu'il n'aide ses camarades pour ses prises de position outrancières...

Sa collaboration au journal Le Piou-Piou de l'Yonne lui vaut des procès en correctionnelle et devant la cour d'assises, qu'il transforme en tribunes incendiaires. Il est défendu par Aristide BRIAND. Sa "doctrine" est fondée sur le recours à l'insurrection en cas de guerre et il acquiert une audience nationale, Jean JAURÈS partageant en partie sa radicalité, mais se démarquant régulièrement de ses positions, minoritaires dans le part. On qualifie sa pensée d'"hermétisme", qui mêles antimilitarisme et antiparlementarisme.

Grâce à son exclusion de l'Enseignement, il peut se consacrer entièrement au militantisme. Il participe à l'Association Internationale Antimilitariste (AIA), ce qui lui vaut une condamnation à 4 ans de prison fin décembre 1905, l'AIA tant public une affiche appelant à la gr!ve insurrectionnelle en cas de mobilisation. A partir de 1907, il fonde et dirige le journal La Guerre sociale. Ce journal devient la principale feuille antimilitariste et antipatriotique de ce début du XXè siècle et tire à 50 000 exemplaires, ce qui témoigne de l'audience de ce groupe très bruyant, qui ne s'embarrasse pas de la prose bien plus policée des dirigeants de la SFIO...

Régulièrement condamné pour délits de presse à de lourdes peines de prison, il prend des positions de plus en plus radicales entre 1910 et 1914, allant jusqu'à prôner l'action directe et des sabotages. Son antimilitarisme lui fait prendre des positions, très en pointe pour l'époque, sur la colonisation, qu'il dénonce avec véhémence. Ses articles sont de toute façon toujours véhéments...

Gustave HERVÉ, dans la diversité des positions socialistes face à l'armée et à la guerre, occupe une place à part, minoritaire. D'ailleurs, le mouvement socialiste et pacifiste est si divers que les congrès de l'Internationale (AIT) ne parviennent pas à dégager de lignes claires quant à l'attitude à adopter face à l'armée. Régulièrement, les délégués reportent au congrès suivant le soin de le faire... jusqu'à ce que la guerre de 1914-1918 éclate, laissant les différents groupes agir de manière dispersée, entre résistance et ralliement à l'union sacrée.

 

La période nationaliste, puis fasciste

    Dès 1912, il entame sa marche vers le patriotisme de coeur et de raison et se range en juillet 1914, contre les partisans de la grève générale, comme moyen d'empêcher la guerre qui vient. Constatant en 1910, l'échec de la grève des chemins de fer en France mais le succès de la révolution portugaise, obtenu grâce au ralliement d'une partie de l'armée, il renonce progressivement à l'antimilitarisme et propose une stratégie de propagande révolutionnaire au sein de l'armée. A la différence de la majorité des révolutionnaires de cette époque qui considèrent l'armée comme une "école du crime", il pense que les soldats doivent accéder aux postes de sous-officiers pour être utiles en cas de révolution. Il reste cependant pour beaucoup le symbole d'une certaine intransigeance doctrinale et pratique, bien que son verbiage n'impressionne pas certains qui estiment superficielles ses convictions. 

   Comme certains membres de la SFIO d'alors, il passe d'un ultra-pacifisme à un ultra-patriotisme. Il transforme le titre La Guerre sociale en La victoire le 1 janvier 1916. Son cheminement apparait à certains comme un reniement et sa conversion comme une trahison. Il ne s'attire même pas la sympathie des nationalistes de longue date, et il ne la trouvera jamais après avoir rédigé un faux "Testament politique d'Octave Mirabeau". 

Isolé, il fonde en 1919, un petit Parti socialiste national. Il est rejoint par Alexandre ZÉVÉAS, ancien député guhsdiste devenu l'avocat de l'assassin de JAURÈS et par Jean ALLEMANE, figure historique du mouvement ouvrier français et communard de 1871, ou encore Émile TISSIER qui fut marxiste nudiste, tous également isolés de leurs anciens camarades par leurs prises de position. Le "socialisme national" de Gustave HERVÉ vire vite au "fascisme français". Il soutient à la fois le fascisme italien et le national-socialisme allemand, dont il critique pourtant l'antisémitisme (le moteur idéologique du succès d'HITLER...). Gustave HERVÉ fonde ou participe à de petites structures défendant ces dictatures, même s'il s'en prend ouvertement, en 1933, à l'antisémitisme officiel du parti nazi. Philo-germanique et philo-sémite, il met un certain temps à comprendre la véritable nature du régime nazi. En 1938, alors que beaucoup d'anciens et nouveaux fascistes restent sur leurs positions en France, il rejette ses préférences idéologiques au vu des persécutions anti-juives et des menaces pesant sur la France.

Dans les années qui précèdent la guerre, il continue à dénoncer les faiblesses du régime parlementaire et à vouloir fonder une république autoritaire dont il souhaitait que le maréchal PÉTAIN prenne la présidence. Mais il se détache du pétainisme au vu des conditions de son accession au pouvoir et et inquiété pour la diffusion de ses idées par la Gestapo. Peu de temps avant sa mort, il se décrit comme le premier bolcheviste, le premier fasciste, le premier pétainiste, le premier membre de la Résistance et le premier gaulliste, épithètes un peu exagérées qui fleurent bon l'égocentrisme...

 

Gustave HERVÉ, Histoire de la France et de l'Europe, l'enseignement pacifique par l'histoire, Bibliothèque d'éducation, 1903 ; Leur Patrie, La Guerre sociale, 1905 ; Mes crimes ou onze ans de prison pour délits de presse. Modeste contribution à l'histoire de la liberté de la presse sous la IIIeme République, La Guerre sociale, 1912 ; La Conquête de l'armée, La Guerre sociale, 1913 ; La Patrie en danger Bibliothèque des ouvrages documentaires, 1915 ; Nouvelle histoire de France, Fayard, 1930 ; France-Allemagne, la réconciliation ou la guerre, La Victoire, 1931 ; Nouvelle histoire de l'Europe, La Victoire, 1931.

Gilles HERVÉ, Gustave Hervé, Itinéraire d'un provocateur. De l'antipatriotique au pédantisme, La Découverte, collection L'espace de l'histoire, 1997. Nadine-Josette CHALINE, Empêcher la guerre, encrage, 2015.

   

 

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3 juillet 2018 2 03 /07 /juillet /2018 07:24

    Le journaliste et homme politique français Marc SANGNIER est l'un des promoteurs du catholicisme démocratique et progressiste. Il a une place importante dans le lancement du mouvement de l'éducation populaire à travers revues et mouvements. Créateur du Sillon, pionnier du mouvement des auberges de jeunesse en France, il consacre une grande partie de son temps pour la lutte pour la paix. 

     Après une éducation chrétienne, élève au lycée Stanislas de 1879 à 1894, il entre à l'École polytechnique en 1895 et obtient une licence de droit en 1898. 

    Jeune étudient en 1894, il anime un journal philosophique, Le Sillon, journal du mouvement pour un christianisme démocratique et social, fondé par son ami Paul RENAUDIN. Il fait de cette publication un lieu de réflexion politique dans l'esprit du "Ralliement" des catholiques au régime républicain prôné par le pape LÉON XIII et de son encyclique Rerum Novarum.

   En 1899, Le Sillon devient l'organe d'un vaste mouvement d'éducation populaire qui réunit la jeunesse ouvrière et les fils de notables afin de réconcilier les classes laborieuses avec l'Église et la République, à une époque où l'ensemble de l'Église est encore conservatrice et même en partie monarchiste. En s'appuyant sur les patronages catholiques, Marc SAUNIER crée en 1901 des instituts populaires qui donnent vite des cours et des conférences publiques. Lors du congrès national du mouvement de 1905, près de mille cercles venus de la France entière sont représentés. C'est l'année de la publication du roman de Gorges FONSEGRIVE (qui avait permis le premier à Marc SANGNIER d'exposer ses idées à un vaste public dans sa revue La Quinzaine), Le Fils de l'Esprit. Roman social, "livre de chevet de toute une jeunesse", où s'exprime par la fiction le projet de ces catholiques sociaux ralliés à la République.

La loi de 1905 de séparation des Églises et de l'État constituent un tournant : le conflit entre les idées libérales du Sillon et l'épiscopat français monte d'un cran. Et en 1910, le Pape PIE X condamne les idées des sillonistes qui prône selon lui "le nivellement des classes, la triple émancipation politique, économique et intellectuelle. Le clergé est traversé par ce conflit et Marc SANGNIER préfère, après s'être soumis à la directive du Vatican et fermer Le Sillon,  abandonner l'action religieuse pour l'action politique. 

   Il fonde alors un quotidien, La Démocratie, puis en 1912, la Ligue de la jeune République. Il milite pour l'égalité civique pour les femmes, le scrutin proportionnel et ébauche un système avant-gardiste de législation sociale.

   Mobilisé en à la déclaration de guerre en 1914, il sert avec le grade de lieutenant pendant 18 mois sur le front et est décoré de la Croix de guerre avant d'obtenir la Légion d'honneur. La paix revenue, il se présente aux élections législatives et est élu à la Chambre "bleu horizon". Réactivant son mouvement Jeune République, il défend l'idée d'une véritable réconciliation franco-allemande, se déclarant ouvertement pacifiste, comme d'ailleurs une grande partie de l'élite intellectuelle au sortir de la Grande Guerre, mais à l'opposé d'un classe politique voulant faire payer la guerre à l'Allemagne. Il perd, à cause de ces idées pacifistes, les élections de 1929 et décide d'abandonner alors la politique.

   Il se consacre à partir de ce moment entièrement à la cause pacifiste. Il reprend l'idée de Richard SCHIRRMANN qui initie les premières auberges de jeunesse en Allemagne et crée la première auberge de jeunesse française, l'Épi d'or, en 1929, dans la commune de Boissy-la-Rivière où il est installé et dont il est maire depuis 1925. L'année suivante est fondée à son initiative la Ligue française pour les auberges de jeunesse.

    Marc SANGNIER crée un nouveau périodique, L'Éveil des peuples, afin de faire connaître ses idées. Des personnalités comme Pierre COT et René CASSIN signent à l'occasion quelques articles dans son journal. Durant l'occupation, après la défaite de 1940, il met l'imprimerie de son journal au service du Groupe de la rue de Lille, ce qui lui vaut d'être arrêté par la Gestapo et incarcéré pendant quelques semaines à la prison de Fresnes. A la Libération, il est élu député de Paris sous l'étiquette MRP (Mouvement Républicain Populaire). Mais ni au Parti, ni au Parlement, il n'a un rôle très efficace. 

   Il est l'auteur de nombreux ouvrages et son oeuvre est conservée (et diffusée par) à l'Institut Marc-Sangnier, fondé par son fils Jean (1912-2011). Parmi ses ouvrages, citons L'Éducation sociale du peuple (Rondelet, 1899), Le Sillon, esprit et méthode (Au Sillon, 1905), L'Esprit démocratique (Au Sillon, 1906), La lutte pour la démocratie (Perrin, 1908), Conférences aux soldats sur le front (Bloud et Gay, 1918), Le Pacifisme d'action (Foyer de la paix, 1936), Le Combat pour la paix (Foyer de la paix, 1937), Histoire des Auberges de la Jeunesse (Les Auberges, 1946). Ses discours en 10 tomes ont également été publiés.

 

Marc SANGNIER, le droit de la guerre d'après les théologiens et les canonistes du Moyen-Âge, Paris, A. Tralin, 1911 ; La doctrine scolastique du Droit de guerre, A. Pedone, 1919. Disponibles sur Gallica, le site de la BNF. 

Denis LEFÈVRE, Marc Sangnier, l'aventure du catholicisme français, éditions Mame, 2008. Nadine-Josette CHALINE, Empêcher la guerre, encrage, 2015.

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2 juillet 2018 1 02 /07 /juillet /2018 08:02

         Alfred WANDERPOL, ingénieur, philanthrope, écrivain français est un des leaders du mouvement pacifiste en France dans les années précédant la Première Guerre Mondiale.

          Après des études à l'École polytechnique et avoir pris une spécialité en mathématiques au Lycée de Lille, il entre à l'École centrale des arts et manufactures de Lille et obtient un diplôme d'ingénieur en 1876.

        Après un service militaire de 1876 à 1877 à Versailles dans le corps des ingénieurs, il poursuit une carrière professionnelle jusqu'à devenir chef ingénieur spécialisé à Lyon dans la construction de ponts en 1884. Il fait parallèlement des études de droits. Supportant difficilement les tracasseries de l'administration dont sont parfois victimes à cette époque les catholiques, il démissionne pour entrer dans l'industrie. 

      Il est membre de la Société des sciences industrielles de Lyon en 1880 et de la Société d'agriculture, sciences et arts utiles de Lyon en 1883. En 1890, il devient membre de la Société pour le sauvetage des enfants moralement abandonnés, organise et dirige un asile à Vaise. Il travaille également pour l'Association catholique lyonnaise pour la diffusion des évangiles et la Société Saint Jérome. En 1905, membre du Sillon de Marc SANGNIER, il soutient avec Victor CARTHIAN, le journal Demain. 

        Il participe en 1906 au Congrès pacifiste de Milan et oeuvre pour convaincre les cercles catholiques de l'importance de la lutte pour la paix. En 1907, il fonde avec l'Abbé PICHOT la Société Gratry qui devient en 1909 la Ligue des catholiques français pour la paix. En 1911 et dans les années suivants il rédige ou dirige des livres pacifistes. Avant La doctrine scolastique du Droit de guerre de 1919, il rédige Le Droit de guerre d'après les théologiens et les canonistes du Moyen-Age (1911), La Guerre devant le christianisme, suivi d'une traduction du "De Jure Belli" de François de VITORIA (1912) et rassemble des textes de huit auteurs sur l'Eglise et la guerre (1913).

      Avec Marc SANGNIER, il incarne le pacifisme sillonniste dans ces années précédant la Grande Guerre. Fidèle aux textes pontificaux et persuadé du rôle actif que doivent jouer les catholiques dans le maintien de la paix, Alfred VANDERPOL lit et étudie les écrits des pacifistes contemporains et surtout, lorsqu'un accident l'oblige à interrompre pour un temps son activité professionnelle, médite ceux de SAINT AUGUSTIN, SAINT THOMAS D'AQUIN, SUAREZ, VITORIA... Longtemps, il espère, en vain d'ailleurs, que l'Église produise un texte majeur sur la guerre et la paix comme elle produit des textes sociaux. Convaincu de la possibilité d'établir la Paix par le Droit, il ne parvient pas à réaliser l'Institut de droit international qu'il souhaite. 

Certains jeunes catholiques ne sont pas insensibles aux arguments invoqués, comme le montrer la revue de la jeunesse catholique normande, La Source. Mais le recrutement des sections de la Société Gratry reste modeste. En 1910, la Ligue des catholiques français pour la paix ne compte que 700 membres, dont un quart d'ecclésiastiques. Il s'agit d'un groupe très minoritaires au sein d'un monde catholique où le nationalisme domine. 

 

Alfred WANDERPOL, La doctrine scolastique du droit de guerre, Éditions Pedone, 1919.

Nadine-Josette CHALINE, Empêcher la guerre, encrage, 2015.

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27 juin 2018 3 27 /06 /juin /2018 09:02

     Connu surtout pour son rôle de prédicateur et de restaurateur de l'Oratoire de France, Alphonse Joseph Auguste GRATRY, est un prêtre catholique et philosophe français, mais aussi un des animateur de la mouvance pacifiste catholique en France. Très grand orateur, qui est  souvent comparé à MALEBRANCHE, entre 1830 et 1870, il lutte constamment pour la réconciliation entre science et foi et entre démocratie et christianisme.

  Issu d'une famille plutôt militaire et athée, d'industriels originaire du Nord de la France, puis de Belgique et de Suisse (depuis le XVIe siècle), il se convertit au christianisme pendant ses études en rhétorique et en philosophie au collège Heni IV et au collège Saint-Louis à Paris. Fréquentant l'École Polytechnique de 1825 à 1827, il y travaille dans son esprit non pour devenir ingénieur et officier d'artillerie ou de marine, mais dans le but de se forger des armes savantes pour la gloire de Dieu et la défense de la foi (Louis RATISBONNE, Journal des débats, 27 mars 1868).

Bénéficiaire d'un héritage inattendu, il renonce au modèle familial pour entrer au séminaire, sur les traces de son contemporain le cardinal NEWMAN, et dans la foulée entame une carrière dans l'enseignement. Enseignant et prêtre de qualité (il est nommé directeur du collège Stanislas de 1840 à 1845), il s'oriente vers la théologie et une activité à la fois dans le monde religieux et le monde laïc, réactivant avec des amis la Société de l'Oratoire de Jésus, supprimé depuis 1792 et s'activant dans les milieux pacifistes. 

      Très influent dans le milieu intellectuel parisien, étant à l'origine des conversions d'Augustin THIERRY et d'Alfred de VIGNY, il est nommé à la faculté de théologie  de la Sorbonne en 1863 et est élu à l'Académie française en 1867. Il publie en 1862 ce qui est considéré dans les milieux catholiques comme son meilleur ouvrage, Conseils pour la direction de l'esprit. 

Personnalité en vue de son temps, son caractère tumultueux amplifie les conflits idéologiques avec des personnages influents. Polémiste batailleur dès les années 1840, il est notamment en conflit avec le philosophe VACHEROT, directeur des études de l'École normale supérieure, rue d'Ulm, où il est aumônier (nommé en 1846) jusqu'à sa démission pour exposer plus librement ses arguments. Cette affaire assis en quelque sorte sa réputation, VACHEROT lui-même démissionnant de l'École...

      Parallèlement à ses activités intellectuelles et pastorales, il s'interroge sur le rôle des chrétiens devant la suite de guerres dans laquelle le Seconde Empire est impliqué. En 1861, alors que les chrétiens de Série sont massacrés et qu'il est très inquiet devant la situation international, le père GRATRY publie La Paix. Méditations historiques et religieuses, volume comprenant une suite de réflexions dont il a commencé la rédaction en 1856 au lendemain de la guerre de Crémie. Le livre s'ouvre par une réflexion sur la paix, méditation poétique sous la forme d'une vision du Christ parlant à l'auteur et lui demandant de guetter les signes d'espérance. Le Christ appelle les hommes à de pas diviniser les instituions ; si l'amour de la patrie est légitime, il ne peut venir qu'après ceux dus à Dieu et au genre humain. Ce qui détonne à un moment où les institutions politiques et religieuses, notamment au sortir de l'affaire Dreyfus, recherchent une entente et où les aumôniers militaires sont présents dans les endroits où les armées se livrent justement à des guerres...Un enjeu d'autant plus important que, par là, au-delà de la séparation de l'Église et de l'État seulement édictée en 1905 qui ne devient effective que lentement, l'Église entend retrouvé une partie de ses pouvoirs perdus lors de la Révolution française de 1789... Pour GRATRY, il ne saurait même pas question de "droit de conquête", qui n'est pour lui que du "brigandage". Seule une "guerre défensive" peut être considérée comme "juste". Son "cas" est aggravé par le fait qu'il refuse de reconnaitre l'infaillibilité du Pape, même s'il observe avec bienveillance la possibilité d'arbitrages de l'Église de Rome. 

Une seconde méditation invite à dompter le mal et la force, même si l'idéal de justice, de progrès et de liberté semble aujourd'hui partout vaincu, car l'Évangile doit être la "loi des nations". Dans un autre chapitre, GRATRY condamne vigoureusement l'Empire turc, responsable du massacre de chrétiens et incarnation du "mal au sein du genre humain", et appelle à sa destruction "par la justice et par la paix", car une seule justice s'applique aux hommes et aux nations. La septième méditation est une lettre fictive adressée par l'auteur à la reine d'Angleterre, "car le peuple anglais avoue hautement qu'il veut l'empire exclusif des mers, nécessaires à ses intérêts. Or, qu'est-ce que la mer, sinon la voie publique du globe? De même donc qu'autrefois les brigands se tenaient embusqués et armés dans les défilés des montagnes, de même ce peuple est embusqué dans les défilés de la mer". Mais le reproche le plus grave concerne la conquête et l'oppression de l'Irlande. Le sort de l'Irlande est, pour lui, comparable à celui de la Pologne, autre nation catholique martyrisée par de puissants voisins. Ces deux nations doivent retrouver leur indépendance et pouvoir vivre libres.

En 1868, GRATRY complète ses réflexions par la publication d'un nouveau livre, La Morale et la loi de l'Histoire, dans lequel il développe plusieurs thèmes déjà évoqués, présentant notamment la guerre comme le MAL, oeuvre des fils de Caïn et de Satan.

   Ses idées, il cherche à des développer surtout dans les milieux qu'il fréquente, notamment les pacifistes exempts d'anticléricalisme comme Frédéric PASSY en adhérant à sa Ligue internationale et permanente de la paix. Mais il ne rencontre que peu d'échos chez les catholiques en général et son activité demeure méconnue, notamment après sa mort où l'on ne retient que son rôle dans la renaissance de l'Oratoire. Par cette activité et de manière plus générale son activité oratoire, il est considéré comme une grande figure intellectuelle et religieuse du XIXe siècle. 

 

 

 

 

 

Alphone GRATRY, La Paix. Méditations historiques et religieuses, Paris, C. Bouniol,1861. Disponible chez Paperback ; Les Sources, en deux volumes ; Commentaires sur l'Évangile selon saint Mathieu. Charles de Mazade a fait en 1862, dans la Revue des Deux Mondes, une recension sur "Les méditations d"une prêtre libéral, qu'il présente en trois grands thèmes : La Paix, Les Sources et Commentaires sur l'évangile de saint Mathieu, qu'il relie en un tout pour présenter la pensée et la démarche du prêtre oratorien. Disponible sur Wikisource. 

Guillaume CUCHET, Penser le christianisme au XIXe siècle. Alphonse Gratry (1805-1872). Journal de ma vie et autres textes, Rennes, Presses universitaires de Renne/Société d'histoire religieuse de la France, 2017. Olivier PRAT, Alphonse Gratry, Marginal ou précurseur?, Éditions du Cerf, 2009.

 

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19 juin 2018 2 19 /06 /juin /2018 12:39

       Ludwig QUIDDE est un historie, pacifiste et un homme politique libéral allemand, sous l'Empire allemand et la république de Weimar. Très critique de l'empereur GUILLAUME II, il est condamné pour crime de lèse-majesté en 1888.  Très actif dans les milieux pacifistes allemand et européens, il reçoit en 1927 le Prix Nobel de la Paix, conjointement avec Ferdinand BUISSON. En tant que pacifiste, il s'engage de nombreuses années comme chef de la Deutsche Friedensgesellschaft (DGF) et participe à de nombreux congrès internationaux. Il organise le 6ème Congrès mondial de la paix en 1907 à Munich. 

    Issu d'un milieu commerçant aisé, il fait des études d'histoire, de philosophie et de sciences économiques. Sa thèse porte sur le roi Sigismond et le Saint-Empire de 1410 à 1419. Docteur en philosophie en 1881, il prend part activement cette même année à la controverse sur l'antisémitisme, contre celui-ci qui sévit en milieu étudiant. 

Élève du médiéviste Julius WEIZSÄCKER, il est particulièrement actif dans le monde de l'édition et des études historiques. Il organise en 1893 le premier congrès allemand des historiens, mais ses opinions politiques sont incompatibles avec l'opinion majoritaire de ses confrères. Il se fait connaitre dans les cercles publics au printemps 1894 par sa satire sur l'empereur (en prenant comme modèle CALIGULA...), ce qui ruine sa carrière d'historien...

Dès sa sortie de prison en 1895, hériter de la fortune de sa famille, il se consacre entièrement à la politique. Il adhère deux ans plus tôt à la Deutsche Volkspartei (DtVK), antimilitariste, antiprussienne, démocratique et pacifiste, fondée en 1868, et collabore volontiers avec la social-démocratie, encore imprégnée du marxisme de l'époque. Il écrit et publie alors Le militarisme dans l'empire allemand. Par un historien allemand (anonymement). Il prend part régulièrement aux séances du Conseil du Bureau International de la Paix.

De 1894 à 1900, il est éditeur du quotidien démocratique Münchner Freie Presse où il publie une série d'articles critiques sur la société. En 1895, il devient président du comité régional bavarois de la DtVP et conçoit un nouveau programme pour le parti. Il y revendique pour le parlementarisme, une réforme de la justice et de l'armée ainsi que la création de structures fédérales. En tant que dirigeant de la DtVP bavaroise, à partir de 1902, il participe aux campagnes électorales et se fait élire en 1907 pour la première fois député du Landtad de Bavière où il reste jusqu'en 1918. Entre-temps, en 1910, la DV et la Freisinnige Vereinigung fusionnent pour former la Fortschrittliche Volkspartei à laquelle il ne prend part qu'à contre-coeur, se voyant mis à l'écart à travers cette union.

Au-delà de ses activités politiques, il milite contre la vivisection et autres formes de tortures sur les animaux, avec se femme.

A partir de 1899, QUIDDE mène la délégation allemande lors des congrès mondiaux pour la paix. En 1907, il organise le sixième de ces congrès à Munich. Il publie en 1913 un Projet de traité international pour la cessation de l'armement, à l'occasion du vingtième congrès pour la paix à La Haye. En mai 1914, peur avant le début de la Première Guerre Mondiale, il est élu président de la Deutsche Friedensgesellschaft, poste qu'il occupe jusqu'en 1926 malgré les critiques incessantes des forces pacifistes radicales.

Pendant la guerre, il occupe au Landtag une lace marginale, étant contre la guerre. Entravé dans ses activités et surveillé, il fonde tout de même en 1916 la Zentralstelle für Völkerrecht pour rassembler tous les opposants à la politique d'annexion allemande et s'engageant pour une politique de conciliation.

Après la guerre, alors que la Bavière et l'Allemagne entière sont traversées par la révolution, QUIDDE devient en 1918 vice-président du Conseil national provisoire bavarois et en 1919, député de la DDP (parti démocratique allemand). Il participe, conjointement avec la SPD et le Zentrum à la coalition de Weimar, le premier gouvernement de la république.

A partir de 1922 (jusqu'en 1929), il est président de l'organisation du cartel allemand de la paix et porte alors les espoirs des jeunes démocrates dans le journal Écho de la jeune démocratie qu'il publie jusqu'en 1933. En 1924, il est temporairement emprisonné pour haute trahison entre autres à cause de l'impact qu'un article (Défense noire du Reich) pourrait avoir sur la politique étrangère. En 1929, sous la poussée de l'aile radicale autour de Fritz KÜSTER, il quitte avec dix autres représentants de l'aile modérée la direction du Cartel allemand de la paix. En 1930, il quitte la DFG. A cause de la collaboration de la DDP avec un mouvement antisémite et réactionnaire, il le quitte et fonde avec des amis un Parti radical démocrate qui ne parvient pas à se hisser en tant que parti important dans les dernières années de la république de Weimar.

Après l'arrivée au pouvoir des nationaux-socialistes, QUIDDE part en exil en Suisse en mars 1933. Il y reste jusqu'à la fin de sa vie dans des conditions difficiles. A Genève, il fonde le Comité de secours aux pacifistes exilés pour venir en aide aux pacifistes allemands et perd la nationalité allemande en 1940, suite à un article dans lequel il décrit l'Anschluss comme l'oeuvre de "criminels, de meurtriers et de voleurs". 

 

   Durant ses années de luttes pacifistes en Allemagne, il contribue au rapprochement, à la fin du XIXe siècle, notamment par son amitié avec RUYSSEN, entre pacifistes français et pacifistes allemands. En 1912, est créé le Comité d'entente franco-allemand. Après avoir lutter vainement conte l'entrée en guerre de l'Allemagne, il combat le Traité de Versailles, qui ne respecte pas le "Droit des peuples". Malgré cela, la première réunion du Bureau International de la paix en 1919 se déroule dans une atmosphère glaciale et QUIDDE est obligé de reprendre cette question des responsabilités de la guerre dans un ouvrage publié à Berlin en 1922, Die Schuldfrage. Cette question pèse lourdement, y compris entre pacifistes des deux bords du Rhin. Des pacifistes radicaux n'acceptent pas les ambiguïtés de la Ligue allemande pour la paix de QUIDDE et s'organise plutôt dans le BNV, fondée en 1914, où militent Albert EINSTEIN, Helmut von GERLACH, le comte KESSLER, Friedrich-Wilhelm FOERSTER, en liaison avec la Ligue des Droits de l'Homme alors présidée par Ferdinand BUISSON. La question des réparations divise fortement en Allemagne et QUIDDE ne donne pas l'impression de choisir réellement un camp, malgré des positions théoriques tranchées, lié dans des manoeuvres de politique intérieure en Bavière... QUIDDE accuse le gouvernement français d'être responsable de la crise économique en Allemagne et RUYSSEN souligne la mauvaise volonté allemande dans le versement des réparations... Cela n'empêche pas aux congrès de la paix de discuter de questions (celles qui fâchent pas trop...) d'éducation à la paix... 

Le Congrès de Bierville de 1926 est vécu comme un moment extraordinaire et laisse dans la mémoire des participants - mais certains sont absents, dont QUIDDE - une impression de foisonnement d'idées, malgré des divergences sur l'objection de conscience et le désarmement. En 1930, QUIDDE participe à quelques manifestations dans lesquelles se retrouvent beaucoup de tendances pacifistes, de l'Association pour la SDN à la Ligue pour le suffrage des femme, surtout dans la dénonciation de la guerre (de 14-18) et du militarisme prussien. Dans les années trente, surtout après 1933, le mouvement pacifiste est très menacé en Allemagne, parmi, avec les communistes et les socialistes, les premiers visés par le régime nazi.

 

Ludwig QUIDDE, Galigula, pamphlet contre la politique de l'empereur Guillaume 1er, 1894, gallica.bnf.fr ; projet d'un traité international pour la limitation des armements, Congrès universel de la paix, La Haye, 1913, gallica.bnf.fr. 

Nadine-Josette CHALINE, Empêcher la guerre, encrage, 2015.

Beaucoup de sources imprimées se trouvent à la Bibliothèque BDIC de Nanterre, qui compte dans ses collections un fonds très riches couvrant la période 1887-1938, déposé par Jules PRUDHOMMAUX, militant pacifiste lié à de nombreux groupes.

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