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17 mai 2018 4 17 /05 /mai /2018 12:59

    Marcel DIEU est un bouquiniste, essayiste, éditeur et militant antimilitariste et socialiste libertaire belge. Il est avec Léo CAMPION, le premier objecteur de conscience belge à renvoyer en 1933 leurs livrets militaires. Il choisit son pseudonyme HEM DAY, car très embêté de porter le nom de Dieu alors que très tôt il répudie la religion. 

    Son oeuvre éditoriale est considérable : brochures diverses, biographies de militants, nombreux articles dans la presse libertaire internationale, conférences, participations à de nombreux meetings pour la paix, le droit d'asile... Dans les milieux anarchistes et pacifistes, il constitue à la fois une référence intellectuelle et une très grande source d'informations. Il fait découvrir notamment dans le christianisme, alors que lui-même est athée, les traditions de non-violence et d'antimilitarisme. 

    Ses activités se situe au début dans le courant du mouvement anarchiste belge, particulièrement actif durant la deuxième décennie du XXe siècle. Initiateur d'une pétition du Comité de Défense Internationale Anarchiste de SACCO et VANZETTI, puis impulsant une nouvelle campagne en faveur d'SCASSO, DURUTTI et JOVER, réfugiés en Belgique et menacés d'expulsion, il se fait connaitre surtout à partir de 1928, où il commence une lutte pacifiste radicale en prônant la résistance à la guerre et le refus d'obéissance.

Une figure du Parti libéral, M. DEBÈZE, ministre de la défense nationale dépose un projet de loi interdisant toute propagande pacifiste et toute diffusion d'idées antimilitaristes. HEM DAY et son ami Léo CAMPION, secrétaire de la section belge des Résistants à la guerre, renvoient alors leur livre militaire. Refusant de regagner leur unité militaire, ils vont droit à un procès, qui constitue une excellente tribune, la presse s'emparant de l'affaire, pour leurs idées. Devant l'opposition farouche des deux prévenus refusant de reconnaitre au tribunal toute légitimité, ils sont condamnés (respectivement à deux ans et 18 mois de prison)  et après plusieurs aller-retour devant les tribunaux, ils entament une grève de la faim. L'opinion publique, craignant que la "plaisanterie" ne tourne au tragique, exige leur libération immédiate, le gouvernement lui-même, confronté par ailleurs à d'autres difficultés, étant menacé. Les deux condamnés, renvoyés cette fois de l'armée, sont alors libérés, le projet de loi de M. DEBÈZE étant abandonné. 

Quoique refusant de participer à toute guerre entre nations, HEM DAY ne rejette pas, à l'instar de nombreux pacifistes à travers le monde, la guerre civile révolutionnaire sur le plan des principes. Il part en 1937 pour l'Espagne, où l'intervention étrangère transforme la situation de guerre civile en guerre internationale avec toutes les conséquences atroces qui l'accompagnent (massacres de masse notamment). Instruit par cette terrible leçon des choses, que beaucoup d'autres expérimentent d'ailleurs à travers les siècles et les continents, il revient d'Espagne, convaincu de l'inutilité de la violence dans la révolution et optant pour la non-violence. 

Lors d'une conférence, il s'exprime en ces termes : Entreprendre une révolution au moyen de la violence extrême apparaît aujourd'hui comme affreusement absurde. Tout autant que la guerre. la dépendance entre les États ainsi que la monstrueuse efficacité des instruments de destruction, rendent catastrophique le recours à la violence extrême collective. Non seulement cette dernière supplicie le peuple qui s'y livre mais aussi menace la paix des autres peuples? IL nous semble donc nécessaire, non tant point de la condamner, mais d'en montrer les risque trop gros, la folie, et de conseiller une autre méthode de lutte pour supprimer le capitalisme ou abattre le fascisme. Méthode de lutte collective pour ainsi dire basée uniquement sur la non-coopération la plus intégrale possible (Congrès contre la guerre et le militarisme, Paris, 1 au 5 août 1937). 

Pendant la Seconde Guerre Mondiale, il participe à des réseaux d'asile à tous ceux qui refusent toute participation à la guerre. 

      Son activité militante est très liée à l'animation de la revue Pensée et Action. HEM DAY se fait à partir de 1929 écrivain et éditeur. Vie et Action, puis plus tard Pensée et Action (1932-1939) est une de ses tribunes. Tout d'abord journal à parution irrégulière avant la deuxième guerre mondiale, au moment de la guerre d'Espagne Pensée et Action devient une véritable revue, qui reparait clandestinement en 1945 après la guerre, la législation nazie sur la presse étant maintenue un temps. La revue se transforme ensuite en Les Cahiers de Pensée et Action en 1953. Jusqu'à sa mort, HEM DAY publie des dizaines d'ouvrages sous l'intitulé des Éditions Pensée et action (Paris-Bruxelles). Pensée et action n'est pas la seule revue dans laquelle il écrit, il publie également entre 1927 et 1928 le journal Rebelle.

Pour HEM DAY, l'anarchisme, c'est l'ordre sans le gouvernement, c'est également la paix sans la violence. C'est ce qu'il tente d'expliquer à travers ses nombreux articles. Ses oeuvres couvrent un large spectre d'intérêts : question religieuse, les auteurs anarchistes, la non-violence, l'objection de conscience, luttes ouvrières et féministes...

 

HEM DAY, Aperçus de la question religieuse en Espagne, Action rationaliste belge, 1932 ; Non-violence et action directe, Éditions Pensée et action, 1948 ; Bible de l'objecteur de conscience et de raison, Éditions Pensée et action, 1957 ; Ernestan (1898-1954), trois ouvrages de 1955, toujours aux Éditions Pensée et action ; Autour d'un procès avec Léo Campion, Éditions Pensée et action, 1968. Voir aussi le site www.hemday.net. 

Xavier BEKAERT, Anarchisme, violence et non-violence ; Petite anthologie de la révolution non-violente chez les principaux précurseurs et théoriciens de l'anarchisme, Bruxelles-Paris, Le Monde libertaire-Alternative libertaire, mars 2000. 

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12 mai 2018 6 12 /05 /mai /2018 08:05

   Pseudonyme d'un professeur, critique et journaliste belge, Michel de PIRÈNE, après des études de philologie classique, de philologie romane et de droit a publié dans la presse française et étrangère, de nombreux articles où il défend la thèse du pacifisme intégral. Il fait partie de ces pacifistes de l'entre-deux-guerres, très actifs et à l'influence non négligeable, aujourd'hui bien oublié. Il a travaillé à une étude fouillée sur l'Objection de Conscience devant les maitres de la pensée moderne, ainsi qu'à plusieurs monographies sur les Quakers, les Nazaréens, les Doukhobors, l'esclavage militaire actuel et l'esclavage dans l'Antiquité.

Membre d'honneur de la Ligue Internationale Scolaire pour la paix et membre du War Resisters International et de la Ligue Internationale des Combattants de la paix, il est présent dans de nombreuses campagnes de presse pacifistes.

La Ligue Internationale des Combattants de la paix fait partie de ces organisations pacifistes éphémères qui fleurissent dans l'entre-deux-guerres mondiales. Elle existe seulement de 1931 à 1939. Définie comme une organisation "de masses exerçant une influence salutaire", fondée par le journaliste Victor MÉRIC (1876-1933) en, elle veut lutter, en toute indépendance politique et religieuse, "contre la guerre imposée par les gouvernements aux peuples au nom d'un prétendu intérêt national, et contre le fascisme..." La plus radicale des organisations pacifistes se dote d'un organe de presse, La Patrie humaine (1931), suivi du Barrage (1934), organes qui fusionnent à la suite d'un référendum interne qui unit les deux tendance (anarchisante et purement pacifiste) (1936), dans La Patrie humaine, sous-titrée Le Barrage. Mais l'organisation ne survit pas aux divisions sur les relations avec le Congrès contre la guerre impérialiste d'Amsterdam de 1932 ou sur des questions plus sur le fond. Elle compte tout de même 10 000 adhérants en 1935, mais périclite, malgré des actions  continues de propagande, à cause de divergences sur la guerre d'Espagne et sur les coups d'Hitler et encore plus sur les accords de Munich (fin 1938). Après la seconde guerre mondiale, plusieurs membres de la LICP participent au Comité national de résistance à la guerre et à l'oppression (CNRCO), qui devient l'Union Pacifiste de France en 1961. Parmi les membres les plus importants de l'organisation, on peut noter les noms de Victor MÉRIC, René GÉRIN, Félicien CHALLAYE, Robert JOSPIN, Raymond OFFNER, Camille DREVET et Maurice WEBER. 

    Dans un de ses textes La valeur morale de l'objection de conscience, paru dans Le Rouge et le Noir du 12 avril 1933, on peut lire :

"Le président d'honneur de l'Internationale des Résistants à la Guerre, le professeur Albert Einstein, la plus grande gloire intellectuelle de notre temps (...), dans un message pacifiste paru dans le Freidensfront du 15 août 1931, écrivait : Les pionniers d'un monde délivré de la guerre ce sont les jeunes gens qui refusent le service militaire. Tout ami sincère de la paix doit se trouver à leur côté et les aider.

La voix du grand savant allemand ne s'était d'ailleurs pas fait entendre seule. Déjà, en 1928, dans une allocution prononcée à Vienne, au Congrès de l'IdRG, le Père Uhde, professeur de théologie à l'Université catholique de Gratz, s'écriait lui aussi : Comme homme, comme chrétien, comme prêtre catholique, dans la pleine conscience de mes responsabilités sacerdotales, je lance aux foules l'appel à l'objection de conscience sous toutes ses formes.

D'autres voix illustres sont venues, depuis lors, des quatre coins du monde, s'ajouter à ces premières, d'autres appels ont retenti aussi pressants et aussi impérieux. Et voici que - chose merveilleuse et à peine croyable - dans ce siècle de corruption et de générale veulerie, des jeunes gens, des hommes, se sont dressés, de toute leur grandeur morale, au milieu de l'universelle lâcheté et aux trafiquants de chair humaine qui, en violation de leurs droits les plus sacrés, voulaient les contraindre à déserter leur dignité, leur grandeur d'être humain, à abdiquer tout sentiment humain et à se livrer au dégoûtant et répugnant apprentissage du crime et de l'assassinat, ces hommes, ces héros, ces saints, ces apôtres, ces martyrs, ont opposé un non possumus catégorique.

Le nombre de ces objecteurs de conscience va sans cesse croissant, ici et ailleurs. l'objection de conscience, inconnue de la masse il y a quelques années, pénètre petit à petit dans tous les milieux, à la ville comme à la campagne, et partout elle défraie les conversations. Il n'est pas jusqu'aux âmes les plus rudes, jusqu'aux intelligences les moins cultivées qui ne demeurent frappées d'étonnement et d'admiration devant la noble et fière attitude des victimes innocentes et saisies d'une indicible horreur devant l'implacable cruauté des bourreaux.

L'objection de conscience - et c'est là son premier mérite - ouvre les yeux de la masse, d'une masse indifférente et ignorante sur l'iniquité et l'atrocité du service militaire obligatoire, qui fait revivre, parmi nous dans toute son épouvante, l'esclavage ancien. (...)

N'eut-elle que ce seul avantage d'être un des plus violents moyens d'agitation conte le militarisme et l'esclavage militaire, institution immorale et que rien ne peut justifier, l'objection de conscience  présente déjà une grande valeur morale.

Mais là ne se bornent pas ses effets. L'objection de conscience met encore en pleine lumière l'hypocrisie et la perfidie de gouvernements qui, après s'être engagés, par un traité de désarmement et à l'abolition de la conscription, qui, après avoir signé solennellement un pacte mettant cette monstruosité qu'est la guerre moderne hors-la loi (l'auteur fait référence au Pacte Briand-Kellog...) et la déclarant un crime et un attentat contre l'humanité, font voter par leurs parlements respectifs des budgets de guerre formidables, font entraver par leurs délégués au Conseil de guerre de Genève tout le travail de la paix, et martyrisent des jeunes gens, des hommes innocents qui refusent de participer à la préparation de la guerre, qui refusent de participer à la préparation de la guerre, qui refusent de prostituer à la fois leur corps, leur coeur, leur intelligence et leur âme, en se soumettant à cette déformation systématique et obligatoire des consciences, à ce bestial dressage collectif au crime qu'est le service militaire. 

L'objection de conscience est encore un puissant moyen de rapprochement entre les peuples, les éternels sacrifiés et un puissant facteur révolutionnaire, les plus puissant et le plus efficace peut-être du moment. (...)

Elle est aussi l'affirmation la plus haute de l'intelligence humaine, de la volonté humaine, de l'âme humaine, méconnues, violentées, foulées aux pieds ; elle proclame qu'il est des droits inhérents à la nature humaine, des droits qui appartiennent en propre à tout être humain, indépendamment de son âge, de son sexe, de sa force ou de sa débilité physique ou mentale, de sa nationalité, des droits qui ne peuvent lui être ravis sans le réduire à l'état de la bête brute, des droits qui lui sont si solennellement garantis par les lois divine, morale et naturelle, qu'il n'est au pouvoir d'aucune législation écrite de les lui enlever ; elle souligne avec force qu'aucune puissance humaine n'a le droit de ravaler l'homme au rang de la bête, ni de le contraindre à devenir un assassin.

Enfin, l'objection de conscience, par les héroïsme émouvants qu'elle suscite, met en parallèle la grandeur morale, l'esprit de sacrifice de ceux qui la professent avec la couardise, la lâcheté, l'hypocrisie et l bassesse de nos sinistres baladins, de nos bouffons grotesques d'un patriotisme sans danger et riche en bénéfices de tous genres. Et comme,malgré tout, la masse n'est pas aussi imbécile que cela, elle se dit que ces jeunes gens qui sacrifient, victimes innocentes, leur liberté, leur jeunesse et leur vie, pour lui épargner les horreurs de la guerre, tandis que leurs bourreaux, au patriotisme largement rémunérateur, préparent et hâtent, au milieu de banquets et de fêtes, le retour de ces horreurs, souffrent et meurent pour elle. (...)".

   Parmi d'autres textes, on peut signaler, présents dans l'Anthologie des écrivains pacifistes, Appel aux femmes libres (La Barrage, 10 janvier 1935), Quand les lois sont plus redoutables que les actes de banditisme (Le Barrage), Debout les mères (La Patrie humaine), L'esclavage militaire actuels et l'esclavage dans l'Antiquité (La Patrie humaine), L'objection de conscience et le silence de la presse (La Patrie humaine).

 

Nicolas OFFENSTADT, le pacifisme extrême à la conquête des masses : La Ligue Internationale des Combattants de la Paix, www.perse.fr. Michel de PRIÈNE, dans Anthologie des écrivains pacifistes, publie sous la direction de Jean SOUVENANCE, Editions R. Debresse, 1937. 

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5 mai 2018 6 05 /05 /mai /2018 07:35

     Michel KRITOVOULOS ou Michael CRITOBULUS ou encore KRITOBULE, est un politicien, professeur et historien grec. Il est l'auteur d'une histoire de la conquête ottomane de l'Empire Romain d'Orient sous le sultan MEHMET II, au service duquel il devient gouverneur de l'Ile d'Imbros. Son ouvrage est l'une des principales sources d'information sur la chute de Constantinople en 1453. Même s'il n'y assista pas personnellement, son oeuvre est celle d'un historien aussi impartial que possible. Par rapport à d'autres auteurs sur l'Empire byzantin, il est considéré comme une source très fiable. 

     Son Histoire de Mehmet le Conquérant en cinq volumes, se présente surtout comme une biographie du sultan, mais prenant comme modèle de son Histoire THUCYDIDE, il décrit dans le détail plusieurs événements, dont surtout la prise de Constantinople. 

KRITOVOULOS, L'Histoire de Mehmet le Conquérant, dans William H. McNeill et Marilyn Robison WALDMAN, The islamic World, Chicago, 1973. Une traduction partielle est disponible, sous la traduction de Catherine Ter SARKISSIAN, dans Anthologie Mondiale de la Stratégie, Robert Laffont, 1990. 

 

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4 mai 2018 5 04 /05 /mai /2018 11:38

       LIUTPRAND DE CRÉMONE est un noble d'une famille lombarde vivant à la cour du roi Hugues de Provence. Avec son père, il est commis par le roi en 927 puis en 942 puis encore en 971, comme ambassadeur à Constantinople. 

Il réalise un "rapport" de sa "mission" à Constantinople, en fait son texte Antapodosis, écrit entre 956 et 958 à la demande de RECEMOND (Évêque d'Elvire et ambassadeur du Califat de Cordoue, rencontré à la cour d'OTTON 1er), retrace l'histoire de l'Empire en six livres, allant de 886 à 952. Le chapitre VI contient le récit de sa première ambassade à Constantinople.

Il rédige également Liber de rebus gestis Ottonis  magni imperatoris (1960-964), simple récit historique et Legatio ou De Legatione Constantinopolitina, récit de sa seconde ambassade dans la capitale de l'Empire byzantin. Ce dernier récit contribue à établir la "légende noire" de l'Empire Byzantin en Occident. Son ambassade et les négociations se déroulent dans les pires conditions politiques et il en ressort avec un ressentiment marqué contre la Ville. 

Si ses ouvrages sont cités aujourd'hui, avec tout l'appareil critique nécessaire pour cerner ses partialités, c'est par sa description "technique" de nombreux éléments civil et militaire.

Ainsi un récit sur le feu grégeois, arme incendiaire, inventé dans le dernier quart du VIIe siècle. Il est utilisé avec succès durant les années 674-678 lorsque Constantinople est sous le siège d'une flotte arabe, puis, à grande échelle, lors d'une invasion maritime slave venant de Kiev par le Dniepr et la Mer Noire. LIUTPRAND décrit les mesures prises par l'empereur Romanus I pour combattre la flotte du prince Igor. 

 

LIUTPRAND, Antapodosis, dans D. J. Genakopoulos, Byzantium, Church Society and Civilization seen through contemporary Eyes, University of Chicago Press, 1984. Un extrait (sur le feu grudges) sous une traduction de Catherine Ter SARKISSIAN, peut être lu dans Anthologie Mondiale de la stratégie, Robert Laffont, collection Bouquins, 1990.

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27 avril 2018 5 27 /04 /avril /2018 12:57

  PROCOPE DE CÉSARÉE est un rhéteur (avocat) et historien byzantin dont l'oeuvre (qui nous est parvenue, comme toujours) est essentiellement consacrée au règne de l'empereur JUSTINIEN. Secrétaire du général BÉLISAIRE, il l'accompagne dans ses campagnes militaires jusqu'en 540, année où il revient à Constantinople pour se consacrer définitivement à l'écriture.

   Peu de choses nous sont connues de sa vie après ses pérégrinations lors des campagnes de BÉLISAIRE et de NARSÈS (en Italie), même si l'on sait qu'il est préfet à Constantinople en 562.

 

Des écrits d'histoire précieux et des plus élaborés et documentés dans l'Antiquité

     PROCOPE DE CÉSARÉE est le témoin privilégié de la reconquête initiée par l'empereur JUSTINIEN. Outre Les Guerres (de Justinien) (Polemon), il est l'auteur de deux ouvrages importants. Le premier est un traité des édifices (Sur les monuments) et recense les travaux publics entrepris sous le règne de JUSTINIEN. Le second, L'Histoire secrète, d'un intérêt bien moindre que celui consacré au guerres, est un pamphlet contre JUSTINIEN et l'impératrice THEODORE ainsi que d'autres dignitaires de l'empire (BÉLISAIRE et ses épouses ainsi que de celles de l'empereur).

Les huit livres qui composent ses Guerres (de Justinien) se divisent en trois parties :

- Les guerres contre la Perse qui relatent la lutte entre les Byzantins et les Perses jusqu'en 549, dont aucun des adversaires ne sort véritablement vainqueur.

- La guerre contre les Vandales et les événements, entre 532 et 548, qui se terminent par la défaite complète des Vandales, leurs royaume étant anéanti.

- Les guerres gothiques couvrant la période 536-551, au cours de laquelle les Ostrogoths sont battus en Sicile et en Italie méridionale.

       Avec NARSÈS (492-568), BÉLISAIRE (492-568) est chargé par l'empereur JUSTINIEN de reconstituer pour Byzance l'unité de l'Empire romain. Les guerres entreprises par ces deux généraux se déroulent sur trois théâtres d'opérations, en Mésopotamie, en Afrique du Nord et en Italie, et ce à trois adversaires, Perses, Vandale et Ostrogoths.

Dans chacune des campagnes militaires auxquelles il participe, BÉLISAIRE se trouve en état d'infériorité numérique. Ce handicap l'oblige à adopter un style de guerre indirect qui lui permet de choisir les lieux d'affrontement tout en évitant le choc direct avec des armées beaucoup plus puissantes. Les armées de JUSTINIEN ne ressemblent guère aux légions qui firent jadis la gloire de Rome. La cavalerie lourde fait son apparition comme arme de choc. Elle est renforcée par des troupes de cavalerie légère montées par des cavaliers-archers, principalement huns. L'infanterie lourde et légère sert surtout de bouclier aux groupes de cavaliers. C'est aux fantassins que revient la tâche ingrate d'absorber le choc frontal provoqué par l'offensive ennemis, alors que les cavaliers tentent de déséquilibrer leurs adversaires par des manoeuvres de débordement sur leurs flancs. Avec leurs archers montés et à terre, les armées byzantines possèdent, outre la mobilité, la supériorité du jet. C'est ainsi que BÉLISAIRE peut vaincre une armée deux fois plus importante que la sienne (530). Un peu plus tard, en 533, avec seulement 10 000 hommes, il anéantit les Vandales en Afrique du Nord avant d'entamer une campagne victorieuse contre les Ostrogoths en Italie et en Sicile. Ses succès militaires provoquent des jalousies à Byzance, et JUSTINIEN le remplace par NARSÈS qui achève la reconquête de l'Italie avec une armée beaucoup plus puissante que celle dont disposait BÉLISAIRE. 

BÉLISAIRE est un maître de la guerre psychologique. De plus, il sait parfaitement conjuguer les différentes combinaisons stratégiques et tactiques d'attaque et de défense. De cette période nait la grande tradition byzantine de la guerre qui produit des stratèges remarquables comme MAURICE, LÉON et NICÉPHORE PHOCAS. 

     NARSÈS est grand chambellan et chef du corps des eunuques qui composent la garde impériale byzantine sous JUSTINIEN. Par ailleurs, il est l'un des favoris de l'impératrice THÉODORA. En 532, durant les émeutes de Nikka, il soutient vigoureusement JUSTINIEN, ce qui renforce sa position, l'empereur parvenant à rétablir son autorité. Il prend part à la campagne d'Italie (538) menée par BÉLISAIRE. Mais les deux généraux ont des difficultés à coopérer (on devine pourquoi...) et NARSÈS s'en retourne à Constantinople (53). C'est à un âge avancé qu'il se distingue lors de la campagne en Italie contre les Goths (551). A la tête de 20 000 hommes, il marche sur Rome et défait les forces de TOTILA à Taginae, non loin du Gubbio (552). L'année suivante, il bat au mont Lactère, près de Capoue, le successeur de TOTILA.

Bien que disposant d'une armée inférieure en nombre, il parvient à vaincre, grâce à une manoeuvre hardie, une armée franque à Casilinum (554). NARSÈS gouverne l'Italie en faisant preuve de modération et parvient à restaurer l'autorité impériale. Il est rappelé par JUSTINIEN en 567.

     Il est probable que si PROCOPE n'avait pas été byzantin, il eût été tenu, dès le siècle dernier, comme l'un des grands historiens de l'Antiquité, avec AMMIEN MARCELLIN. Peu d'historiens latins peuvent être perçus comme plus considérables. Et, sur le plan militaire, ses Guerres sont remarquables pour comprendre l'intelligence des campagnes comme pour apprécier les qualités tactiques de la cavalerie byzantine.

    Même si les écrits de PROCOPE DE CÉSARÉE, où il raconte l'histoire de BÉLISAIRE et de NARSÈS, empruntent beaucoup à THUCYDIDE, HÉRODOTE et POLYBE (ce qui agace parfois) - mais c'était alors la norme d'imiter les auteurs déjà classiques - son style vivant et alerte en fait le principal historien du VIe siècle. Plusieurs autres écrivains, connus aujourd'hui, de son époque, empruntent à leur tour bien de ses écrits, tout en ayant parfois des opinions opposées aux siennes (envers la famille impériale par exemple). 

      PROCOPE DE CÉSARÉE se situe dans une période d'intenses controverses religieuses (le Cinquième Concile œcuménique de 553 et la Querelle des Trois chapitres sont arbitrées par JUSTINIEN) et politiques (opposition des évêques d'Afrique et d'Asie mineure qui minent ses efforts de reconstitution de l'Empire Romain). 

 

PROCOPE DE CÉSARÉE, Histoire secrète, Les Belles Lettres, 1990 ; la Guerre contre les Vandales, Les Belles Lettres, 1990 ; Constructions de Justinien 1er, Alexandrie, Edizioni dell'Orso, 2011 ; Histoire des Goths, Les Belles Lettre, 2015. On trouvera des extraits de La guerre contre les Perses, traduit de HIstory of the Wars, Washington Square Press, 1967, par Catherine Ter SARKISSIAN, dans Anthologie Mondiale de la stratégie, Robert Laffont, 1990. 

Averil CAMERON, Procope and the Sixth Century, Berkeley, 1985. J. A. S. EVANS, Procope, New York, 1972.

Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, tempus, 2016. 

 

 

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25 avril 2018 3 25 /04 /avril /2018 12:09

Nicéphore PHOCAS est un grand général de l'Empire byzantin de la famille PHOCAS qui accède au trône et devient un empereur contesté qui règne de 963 à 969.

 

Général stratège puis empereur

    Chef de guerre et chef d'État, théoricien militaire, Nicéphore PHOCAS se situe dans la ligne droite des empereur byzantins passés maîtres dans l'art de la stratégie que furent MAURICE et LÉON VI LE SAGE. 

    Il embrasse très tôt la carrière militaire et se distingue auprès de son père, Bardas PHOCAS, qui commande les armées des confins militaires d'Anatolie orientale. L'empereur CONSTANTI N VII le nomme bientôt, à la suite de son père, responsable des armées de l'Est de l'Empire (954). C'est en tant que chef de guerre face aux Arabes hamadamides qu'il s'illustre sur la frontière orientale.

Chaque année, au printemps, les musulmans lancent des raides aux portes chiliennes tenues par les Akrites (guerriers des confins chargés de tenir les passes montagneuses). Nicéphore PHOCAS réorganise l'armée en fonction de cette menace, et c'est à celle-ci que répond son traité consacré à la guérilla. 

L'empereur ROMANUS II le nomme commandant en chef d'une expédition destinées à libérer la crête occupée par les Arabes depuis près d'un siècle et demi. Nicéphore PHOCAS, à la tête d'une force imposante, s'empare d'heraklion (961), restaurant ainsi la suprématie byzantine en Méditerranée orientale. L'année suivante, il lance une offensive contre les Arabes et s'empare d'Alep. Il est proclamé emperlait par ses troupes à Césarée de Cappadoce et couronné à Constantinople (963). Entre 964 et 966, le nouvel empereur se rend maître d'Antioche et d'une grande partie de la Syrie. Chypre est également reprise aux Arabes. 

Nicéphore PHOCAS refuse, contrairement à ses prédécesseurs de payer un tribut aux Bulgares en échange de la paix et pousse le Russe SVYATOSLAV à attaquer ces derniers. De même, il cesse de payer le tribut habituel aux Fatimides. Enfin, il s'oppose aux prétentions du souverain germanique OTTON 1er de reconstituer l'empire carolingien en consolidant les positions byzantines en Italie.

La période où règne cet empereur (963-969), qui se clôt par son assassinat par un de ses anciens lieutenants,  est l'un des grands moments du renouveau offensif de l'Empire byzantin qui s'épuise peu après le milieu du XIe siècle. Le traité de guérilla De Velitatione attribué à Nicéphore PHOCAS, mais achevé seulement vers 976, est l'un des principaux textes stratégiques byzantines, sans équivalent en Europe occidentale jusqu'à la fin du XVIIIe siècle. (BLIN et CHALIAND)

 

La contrepartie d'une reconquête, des impôts croissants impopulaires

    Malgré le refus de continuer de payer des tributs qui obèrent les finances de l'Empire, la reconquête de territoires à l'Est et au Sud nécessite des armées puissantes coûteuses à entretenir. En outre peu populaire, car il réduit les largesses de la cour et met fin aux exemptions fiscales du clergé, peu soucieux du faste de la cour et de son aspect physique comme de sa manière d'être (volontiers brutal envers la foule à Constantinople), il s'attire de plus en plus d'ennemis jusque dans les rangs des armées pourtant admiratives de ses exploits militaires. Avec le recul, on se rend pourtant compte, vu les reculs territoriaux et commerciaux de l'Empire, qu'il ne pouvait continuer à entretenir le train de vie d'une bureaucratie/aristocratie civile et militaire. L'habitude impériale d'entretenir les alliances internes à coup de subsides en ragent ou en nature, ancré depuis les origines pendant l'existence de l'Empire Romain dans son ensemble, a trop ancré la richesse et la puissance de gouverneurs provinciaux, pour que le code impérial (civil) de l'Empire byzantin continue de produire ses nombreux fruits. 

 Nicéphore PHOCAS, Mélanges orientaux, extraits sur le site Remacle. Traité sur la guérilla, éditions du CNRS, 1986 ; des extraits sont publiés dans l'Anthologie mondiale de la stratégie, Robert Laffont, 1990. 

Gilbert DRAGON et Haralambie MIHAESCU, Le traité sur la guérilla de l'empereur Nicéphore Phocas, CNRS éditions, septembre 2009. 

Gustav SCHLUMBERGER, Un empereur byzantin au Xe siècle : Nicéphore Phocas, Parus, 1923. Charles PERSONNAZ, L'empereur Nicéphore Phocas, Byzance face à l'Islam, Belin, 2013. 

 

Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, Tempus, 2016. 

 

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25 avril 2018 3 25 /04 /avril /2018 09:19

    Jules Ange Michel BLANC, est un journaliste, militant syndicaliste, pacifiste et membre du parti communiste français. Il travaille inlassablement en faveur de la paix et de la justice sociale, dès son plus jeune âge. Il fait partie de ces hommes de gauche qui se situe en avant-garde du mouvement ouvrier, ne mettant aucune barrière entre son engagement en faveur de la paix et en faveur du socialisme. Secondairement sans doute, mais cela mérite d'être souligné, il ne fait pas de séparation entre le pacifisme et la non-violence, comme en témoigne plusieurs de ses textes.

    S'étant engagé dans la marine nationale en 1899 à Toulon, il connait bien et la mentalité militaire et l'armée. Délégué au congrès socialiste en 1908, il s'affirme dans la Drôme dès 1910 comme l'un des propagandistes les plus populaires de la Fédération socialiste. Il est d'ailleurs désigné pour porter les couleurs de la SFIO aux élections cantonales dans ce département en 1913. 

    Réformé en 1915, il est à Valence à la Bourse du travail, où se constitue un noyau zimmerwaldien, auquel il se rallie après KIENTHAL. Le courant minoritaire dans les syndicats dont lequel il se trouve, qui finit par l'emporter en 1917 dans la Fédération de la Drôme, le porte comme candidat en 1918 comme délégué au Conseil National du Parti Socialiste. Il y est signataire d'une motion de soutien sans réserve à la République des Soviets. Son ascension politique l'amène en 1920 au Congrès National de Strasbourg de la SFIO, où il milite pour l'adhésion à la Troisième Internationale. Il est engagé dans la lutte entre tenants d'une séparation ou d'une union entre syndicalisme et parti politique, et se retrouve au Congrès de Marseille du Parti Communiste, élu au comité directeur pour représenter la province. En désaccord avec la ligne du parti, condamnant les luttes intestines au Congrès de 1922, il quitte ses fonctions du secrétariat et le Parti l'année suivante. 

Il se livre alors à une intense activité d'écrivains et publie entre autres De Platon à Karl Marx, admis à la Société des gens de lettres. 

 

      Dans l'Anthologie des écrivains pacifistes, publiée en 1937 sous la direction de Jean SOUVENANCE, figurent plusieurs textes de 1936, 1927 et 1930.

Dans un texte du 11 novembre 1927, intitulé Ils n'ont rien appris !!!, on peut lire :

"Ce n'est pas sans un serrement de coeur que l'on assise aux tonitruantes farandoles des fils de ceux qui allèrent, par une belle journée d'août, se faire massacrer en série pour la plus grande gloire du capitalisme international!!

C'est le conseil de révision... et ils nous le font bien entendre par leurs battements frénétiques sur la peau d'âne tendue!! Ils crient comme des possédés, ils claironnent à tous les carrefours... C'est l'intelligente jeunesse qui passe...!

O! Mânes de ceux qui moururent pour que les fils ne voient plus d'hécatombe, que pensez-vous de cette joie à la veille de prendre l'uniforme et les armes qui tuent et font tuer!

Et pourtant, nous devons le reconnaître, les conscrits sont joyeux, comme s'il ne s'était rien passé!

Me voilà tout pensif en face de cette ivresse ; je revois les années terribles pendant lesquelles, à quelques-uns, nous tenions conciliabules pour arrêter la faucheuses d'hommes, et essayer que cette folie sanguinaire n'eût plus de lendemain...

Je revois mon ami Banderon, le vieux militant du tonneau, revenant de Zimmerwald, reçu à Valence par quelques pacifistes vrais, je le vois encore nous faisant connaître les sentiments de ceux avec qui, en Suisse, il avait pu converser de la Paix... Nous buvions ses paroles, nous sentions sa résurrection de l'homme ; nous espérions...

Et puis nouveau silence ; le bruit du canon couvrait nos faibles voix, les cris des martyrs étaient étouffés par la monstrueuse machine à broyer les hommes ; hurlant avec les bourreaux, la grande masse faisait chorus...

Les chefs socialistes nous menaçaient des foudres de l'Etat bourgeois... Tous étaient à nos chausses...

Et puis ce fut Kienthal ; Alexandre Blanc, Brizon, Rafün-Dugens, parlementaires, qui finirent pas voir clair, et qui allèrent, eux aussi, rééditer le geste de paix de Zimmerwald!!

Ah! mes amis, quelle tollé général... toute la presse tempêta, accusa, demanda l'emprisonnement de ceux qui osaient ainsi parler de Paix, alors que Constantinople n'était pas encore aux Russes...

Mais méthodiquement, en petit comité, nous continuâmes l'action, nous moquant des menaces et des risques, avec simplement la grande joie du devoir que nous accomplissions pour délivrer des servitudes militaires et de la mort les millions d'êtres qui, à travers le Monde, regardaient, éperdus, dans notre direction!

Et puis ce fut le 11 novembre 1918... l'armistice que les peuples n'avaient pas voulu réaliser... mais que les gouvernants réalisaient, consolidant ainsi le système...

Les malheurs revinrent, ils acceptèrent en échange de leur fusil une prime de mille francs : on leur laisse le casque, le casque à Bélisaire... et ils retournèrent au logis!

Et là, oubliant, se reniant, ils n'eurent qu'un désir : celui de raconter les péripéties des années sanglantes... cherchant à prendre figures de héros ; et devant les enfants (les conscrits d'aujourd'hui), ils magnifièrent le grand massacre des innocents!!

Et les fils, suivant l'exemple des pères, frappent à tour de bras sur la peau d'âne tendue, hurlent aux carrefours en buvant à même la bouteille!!! pour aller terminer l'orgie chez les malheureuses filles, dites de joie, aux coloris arc-en-ciel...

Et demain, ils iront, comme des bêtes de trait, tendre au joug oppresseur leur jeunesse et leur vie!!!

La guerre sera tant que l'homme, tout seul, ne comptant que sui-lui-même, n'aura pas tué en Soi la bête qui le pousse au meurtre!

L'individu porte en Soi sa bouée de sauvetage ; ne comptons pas sur les bergers pour éviter que le troupeau n'aille aux abattoirs...

Tuons l'esprit belliciste en nous!!

  Dans le même recueil de textes figurent également : Que la paix soit dans nos coeurs (11 septembre 1936), Action de non-violence (19 juin 1930) et L'objection (8 juin 1927).

 

Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Les Éditions de l'Atelier, 1997. Anthologie des écrivains pacifistes, Éditions R. Debresse, 1937. 

 

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23 avril 2018 1 23 /04 /avril /2018 11:38

     Flavius Mauricius Tiberius ou MAURICE est un empereur de l'Empire Romain d'Orient, de la dynastie justinienne. Désigné par TIBÈRE CONSTANTIN, il règne de 583 à 602. Excellent général, il réforme profondément l'armée byzantine en limitant la proportion de mercenaires. Désormais les officiers sont nommés par l'Empereur et dépendent directement de lui et les troupes lui jurent fidélité, non à leurs généraux. Son règne est marqué par le rétablissement des finances de l'Empire et l'annexion de l'Arménie au détriment de l'Empire perse.

 

Un réformateur et un stratège.

    La plus importante des réformes de MAURICE est la création de "thèmes" ou unité de défense territoriale sous la direction d'un stratèges. Ce système est fondé sur la propriété de la terre et est amélioré au VIIIe siècle. 

Il est l'auteur selon la tradition d'un traité considérable, le Strategikon, probablement l'ouvrage stratégique le plus original du Moyen Âge chrétien.

Le strategikon forme le premier texte où l'on trouve dressées une ethnologie des cultures stratégiques décrivant les modes de combat des principaux adversaires de l'Empire et indiquant les parades adaptées à ce modes divers de combat. Au départ manuel militaire destiné aux officiers de l'armée byzantine, très complet, ce traité comprend une douzaine de livres qui décrivent par le menu les divers élément relatifs à la préparation et à la pratique de la guerre, depuis l'entraînement du soldat jusqu'à la tactique des sièges. Un livre est consacré à la stratégie, dans son sens originel, l'"art du général", y compris l'art du discours précédant la bataille qui doit motiver les troupes et les préparer psychologiquement au combat. MAURICE prend un soin particulier à décrire la tactique de la cavalerie et de l'infanterie byzantines. Il dépeint aussi en détail les diverses tactiques et méthodes d'entrainement employées par ses adversaires : Scytes, Alains... Il ne néglige pas d'autres aspects spécifiques de la guerre comme la logistique, l'élément de surprise ou les embuscades. Un chapitre est même consacré à la "chasse de bêtes sauvages sans risques d'accident ou de blessures", chasse qui parfait l'entrainement du guerrier.

     Avec la Taktika de LÉON VI LE SAGE et le traité de guérilla (De Velitationnes) de NICÉPHORE PHOCAS, le Strategikon est l'une des contributions fondamentales des sociétés chrétiennes médiévales à l'art de la guerre, sans équivalent dans le monde de l'époque. (BLIN et CHALIAND)

 

Un empereur souvent au combat et un organisateur.

   MAURICE a d'abord participé en tant que général aux guerres contre les Perses (578-582), éternelle menace sur la frontière orientale, de Byzance jusqu'à l'avènement de l'Islam, puis en tant qu'empereur, aux campagnes balkaniques contre les nomades avars. Afin de lutter contre les Lombards, il crée les exarchats de Ravenne et de Carthage dont le gouvernement est militaire tant en ayant conjointement une autorité civile.

MAURICE apparait comme ayant créé l'embryon du système provincial militaro-administratif désigné sous le nom de thèmes, généralisé plus tard à l'échelle de l'Empire. Un grand nombre de ses sujets est souvent irrité par son absence de faste, son austérité et son dégoût pour les jeux, qui constituent alors les seules occasions aux opposants de l'Empereur, par un système savant de paris et de couleurs présentes à la fois sur le terrain et dans les tribunes, de s'exprimer sans craindre la répression. 

Une fois empereur, il confie à PRICUS, un général capable, le soin d'écraser les Slaves qui franchissent le Danube. Il meurt dans une guerre civile, tué par un de ses généraux en 602, au terme d'une révolte de ses troupes. Le soulèvement de l'armée du Danube est causée par le fait qu'il ordonne à ses armées d'hiverner en territoire hostile, pour des raisons économiques, par-delà le grand fleuve. 

 

Une postérité légendaire

      Les premiers récits légendaires sur la vie de l'empereur MAURICE son constatés au IXe siècle (oeuvre de THÉOPHANE LE CONFESSEUR), récits colportés ensuite dans l'abondante littérature byzantine. Comme c'est souvent le cas, les légendes magnifient la vie terrestre et religieuse des empereurs en évoquant l'exemplarité des héros sur le plan de la morale chrétienne et pas seulement pour leurs exploits guerriers. 

    Hormis cette littérature apologétique, les écrits de stratégie de MAURICE, notamment le Strategikon, pourtant infiniment supérieure ( pour entre autres LUTTWAK) aux écrits de VÉGÈCE, sont longtemps moins connus que ceux du Romain d'Occident. Le strategikon reste largement inconnu jusqu'à une période récente, même s'il est souvent copié, utilisé, au cours des siècles, sans être cité. Le strategikon n'est pas disponible lorsque les classiques de la guerre ancienne sont redécouverts et exploités comme sources d'idées utiles par les promoteurs d'innovations militaires en Europe à partir du XVe siècle. 

Il n'existe apparemment pas de traduction complète du strategikon en Français. 

 

MAURICE, Les Huit Livres de l'Histoire de l'Empereur Maurice (remacle.org) ;  Handbook of Byzantine Military Strategy, Université of Pennsylvania Press, 1984, traduction partielle de Catherine Ter SARKISSIAN, dans Anthologie mondiale de la stratégie, Robert Laffont, 1990. 

F. AUSSARESSES, L'Armée byzantine à la fin du Vie siècle d'après le strategicon de l'empereur Maurice, Bordeaux, 1909. L. BRÉHIER, Les Institutions de l'Empire byzantin, Paris, 1949. A. DAIN, Les stratèges byzantins, Travaux et Méoires 2, 1967. T. MILLER et J. NESBITT, Peace and War in Byzantium : Essays in Honor of George Dennis, Washington, 1995.

Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, Dictionnaire de stratégie, tempus, 2016. 

 

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20 avril 2018 5 20 /04 /avril /2018 07:44

    Léon VI, dit le Sage est un empereur byzantin. Il est surnommé "le Sage" à cause de ses travaux dans les domaines du droit et de l'art militaire. Il n'a jamais commandé personnellement une armée (en cela il fait figure plus de stratégiste que de stratège...), mais fait plutôt oeuvre de philosophe au sens entier du terme de l'époque, érudit (élève du savant patriarche PHOTIUS) en de nombreuses matières. Il s'attache à restaurer les relations entre les Églises d'Occident et d'Orient. Ses lois sont regroupées par matière dans des volumes spécifiques puis traduits en grec, seul langue comprise à la fois par le peuple et les fonctionnaires. Il achève ainsi la vaste entreprise de codification du droit impérial lancée par son père.

Un empereur stratégiste

    Fondateur de la dynastie macédonienne, en fait arménienne, il participe à la renaissance militaire de l'Empire Romain d'Orient. LÉON VI lutte contre les Arabes et contre les Bugares, durant les années où il règne, de 886 à 912, avec un inégal succès. La Sicile tombe aux mains des Arabes (902). Les Bulgares sont tenus en échec grâce à la coopération des Magyards (894). Mais deux ans plus tard, les Bulgares, avec l'aide des perchénègues (nomades turcophones), prennent leur revanche et obligent les Byzantins à leur payer tribut. 

Il est à l'origine des améliorations apportées à la flotte byzantine, qui écrase celle des Arabes en 908, bien qu'elle subisse par la suite des revers (911-912). Il est l'auteur (ou le commanditaire...) d'un code de loi (Basilia) qui devient le code légal de l'Empire, remettant à jour les lois édictées par JUSTINIEN, et il rédige (fait rédiger...) également des oeuvres à caractère religieux (panégyrique, poème liturgique, oraisons). Mais il est surtout connu pour sa Taktika qui reprend certains des aspects du Strategikon de l'empereur MAURICE. Une nouvelle analyse, mieux détaillée que chez son prédécesseur, est donnée du modus operandi militaire des divers peuples qui entourent l'empire, nomades d'origine turcophone, Arabes, Russes, Bulgares, Francs, ainsi que de la façon la mieux adaptée pour les combattre. L'empereur analyse les causes des succès de l'Islam et envisage les mesures possibles pour y mettre un terme. C'est une très large avance sur la chrétienté latine et étant mieux à même de mesure la menace. LÉON VI cherche à redéfinir la stratégie de l'empire pour la diriger contre l'expansion musulmane et vers la récupération des territoires perdus, la Syrie et la Palestine. (BLIN et CHALIAND)

De nombreux textes publiés sous son règne

   Dans le domaine juridique, le corpus appelé les Balistiques est rédigé et publié en son nom, sa conception ayant commencé sous BASILE 1er. Il est l'auteur ou le commanditaire direct des 113 novelles ajoutées au code entre 887 et 893, discours au style rhétorique, et d'un Manuel publié en 907, sommaire et commentaire du corpus. Ces travaux juridiques sont les plus importants depuis JUSTINIEN.

   Le Kletorologion de Philothée, publié en 899 est un ouvrage fixant le protocole à la cour impériale (texte intégré dans le De cesserions de CONSTANTIN VII, son fils.

   Le Livre de l'Éparque publié en 911 est adressé au préfet de Constantinople, pour régler les corporations de la capitale.

    Dans le domaine de l'art militaire, parait sous son règne, d'une part les Problemata, abrégé du Strategicon attribué à l'empereur MAURICE sous la forme de questions-réponses et les Constitutions tactiques, la plus vaste compilation byzantine dans ce domaine.

   LÉON VI est (l'auteur) également d'un traité en 190 chapitres sur la vie monastique, d'un important corpus de poésie lithurgique qui fait le lui l'un des plus importants poètes ecclésiastiques, de 40 discours (homélies vestales surtout, consacrées aux saints et fêtes du calendrier, avec une oraison funèbre de BASILE 1er et d'Endocie Ingérina, et des discours de dédicaces d'Églises).

On lui a attribué également d'autres nombreux textes, à cause d'une confusion avec LÉON LE PHILOSOPHE, le savant le IXe siècle. Il existe notamment des textes de divination appelés les Oracles de Léon le Sage.

   Si ces textes connaissent un regain d'intérêt (philologique surtout...) au XIXe et XXe siècles après des siècles d'oubli, c'est peut-être parce que... beaucoup d'autres ont disparu ou se livrent encore de manière relativement intacts. Probablement, au début du XXIe siècle, avec ente autres des travaux de stratégie comme ceux d'Edward LUTTWAK, mais pas seulement, l'intérêt pour l'Empire byzantin se ravive notamment pour la forme singulière de cet Empire, qui a légué bien des oeuvres aux suivants, en Orient comme en Occident, et qui a constitué une sorte de trait d'union entre deux mondes séparés par l'histoire, la géographie... et les circonstances historiques...

 

Une servilité textuelle, marque d'une époque, mais bien utile pour la connaissance de l'Empire byzantin aujourd'hui... et notamment de ses moyens navals.

    Pour écrire son texte consacré à la guerre navale (constitution XIX), rapport LUTTWAK, LÉON se plaint de ne pouvoir disposer d'aucun texte ancien à imiter et d'être ainsi contraint de s'appuyer sur les connaissances pratiques de ses commandants de flotte.

  Edward LUTTWAK estime qu'il serait difficile de trouver un meilleur exemple de la servilité textuelle caractérisant l'esprit byzantin, qui coexiste avec un très grand pragmatisme, voire, de fait, avec une certaine transgression. Outre ses écarts à l'égard de la moralité religieuse de son époque (voir notamment sa vie familiale...), il revendique ouvertement des inventions, comme celle de la grenade à la main, c'est-à-dire du feu grégeois en pot. 

La substance de la constitution XIX commence avec un écho de Syrianos Magister : le commandant est invité à étudier la théorie et la pratique de la navigation, y compris l'art de prévoir les vents par l'observation du mouvement des corps célestes - une prévision précise des vents eût véritablement constitué une information des plus précieuses, mais elle est impossible à obtenir par la méthode recommandée. Suivant des généralités sans intérêt sur la manière de construire les navires de guerre, ni trop étroits ni trop larges. Du VIe au Xe siècle et même plus tard, il s'agit du dromon (coureur) dans l'un de ses nombreuses versions, qui ont toutes pour caractéristiques communes un seul mât, deux ponts, une double propulsion par rame et par voile et l'absence de pont au-dessus du banc de rameurs supérieurs. 

De la description du feu grégois à la construction et à l'utilisation du dromon, de multiples considérations technico-tactiques abondent dans ce texte. Du VIIe au XIIe siècle, la flotte impériale sauve la mise à maintes reprises et l'oeuvre de LÉON VI y contribue à sa mesure. C'est le deus ex machina qui sort des bases fortifiées, bien protégées dans le renfoncement des remparts maritimes de la Corne d'Or et de la Propontide, pour attaquer les vaisseaux des envahisseurs. Les navires de guerre ennemis sont parfois d'une qualité individuelle comparable, mais même bien construits et dotés d'un équipage de marins et de soldats de qualité, ils sont surpassés par les manoeuvres de la flotte qu'ils ne parviennent ni à vaincre ni à imiter. Ces aptitude revêtent une importance supérieure à celle du "feu des Grecs, malgré toute son utilité, et survécurent à l'acquisition de ses secrets par les Arabes. (LUTTWAK)

 

LÉON VI, Recueil des 113 Novelles, édité par Alphonse DAIN et Pierre NOAILLES, Les Belles Lettres, 1944 ; Taktika, Institutions militaires, traduction de Joly de MAIZEROY, Liskenne et Sauvan, Bibliothèque historique et militaire, 1840. On trouve de nombreux extraits de Taktika dans l'Anthologie mondiale de la stratégie, Sous la direction de Jacques CHALIAND, Robert Laffont, collection Bouquins, 1990. 

L. BRÉHIER, Les institutions de l'Empire byzantin, 1949. Alphonse DAIN, Les stratégistes byzantins, Travaux et mémoires 2 (1967), John HALSON, State, Army and Society in Byzantium : Approches to Military, Social and Administrative History, 6th-12th Centuries, Brookfield, 1995. T. MILLÈR & J. NESBITT, Peace and War in Byzantium : Essays in Honnor of George DENNIS, Washington, 1995. Georg OSTROGORSKY, Histoire de l'État byzantin, Payot. Christian SETTIPANI, Continuité des élites à Byzance durant les siècles obscurs. Les princes caucasiens et l'Empire du Vie au IXe siècle, de Broccard, 2006. 

Edward LUTTWAK, La grande stratégie de l'empire byzantin, Odile JACOB, 2010. Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, tempus, 2016.

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17 avril 2018 2 17 /04 /avril /2018 14:14

    Michel CROZIER est un sociologue français, principal concepteur de l'analyse stratégique et de l'action collective en sociologie des organisations.

Universitaire  formé à l'École des Hautes Études commerciales de Paris (HEC), ses enquêtes sur les syndicats aux Etats-Unis (1949) et en France dans une grande banque, puis dans six compagnies d'assurances, dans les manufactures de tabac du SEITA, le front connaitre des sociologues américains, notamment ceux du travail réunis autour de Georges FRIEDMANN. Il publie  (invité par la fondation Ford en 1959, à Palo Alto en Californie) en anglais, puis en français, sa thèse d'État, le Phénomène bureaucratique (1964). Il y explique les différences constatées entre le modèle d'organisation rationnelle décrit par Max WEBER dans son Économie et société et le système bureaucratique français. Il crée en 1959, avec 4 autres sociologues (jean-Daniel REYNAUD, Alain TOURAINE, jean-René TRÉANTON) la revue Sociologie du travail.

Il fonde en 1962 au CNRS l'équipe de recherche appelée Centre de sociologie des organisations, (CSO), où il continue ses recherches sur les organisations et ouvre en même temps un grand chantier d'études, "L'administration française, face au changement".

Dans son ouvrage central, rédigé avec Erhard FRIEDBERG, L'Acteur et le Système, il présente les éléments d'une théorie organisationnelle de l'action collective. Ce travail théorique doit dans leur esprit produire une connaissance pratique, une connaissance qui puisse être un outil de changement aux mains des personnes intéressées, notamment dans les milieux syndicaux et associatifs. Très engagé dans le groupe des intellectuels autour de la revue Esprit et membre, dès l'origine du Club Jean Moulin, Michel CROZIER cherche toujours à faire coïncider son activité de recherche avec son engagement pour la réforme de la société et de l'État français. C'est dans ce sens qu'il fait publier ses ouvrages La Société bloquée (1970), On ne change pas la société par décret (1979, État modeste, État moderne (1987). Il rédige d'autres ouvrages, toujours dans le même esprit, Nouveau regard sur la société française, (Odile Jacob, 2007, avec Bruno TILLIETTE), A contre-courant, Mémoires tome 2 (Fayard, 2004), Ma belle époque, Mémoires tome 1 (Fayard, 2002), Quand la France s'ouvrira (Fayard, 2000, avec Bruno TILLIETTE), La crise de l'intelligence. Essai sur l'impuissance des élites à se réformer (InterÉditions, 1995, avec Bruno TILLIETTE), L'entreprise à l'écoute : apprendre le management post-industriel (InterÉditions, 1989), Le mal américain (Fayard, 1980).... 

Pour la construction d'une sociologie  de la bureaucratie.

    Alors que ses premiers travaux sont encore principalement consacrés à l'histoire du mouvement ouvrier et à l'action des syndicats, Michel CROZIER s'intéresse à partir de son entrée au CNRS, en 1952, au rôle des employés et des petits fonctionnaires dans la structure sociale française. Il aborde cet univers sous les angles des phénomènes de la conscience de classe (en s'interrogeant à l'origine sur le fait que les ouvriers agissent - ou n'agissent pas du tout -, votent, à l'encontre de leurs intérêts de classe...) et de la participation sociale. Il élabore ainsi une analyse sociologique de l'administration où il propose un compromis entre une vision rationalistes des capacités de choix des agents, découlant des conceptions wébériennes, et un certain humanisme fondé sur l'affirmation de l'irréductibilité des mêmes agents aux impératifs des appareils bureaucratiques, de "zones d'incertitude", que cherchent à maîtriser les acteurs, en vue de consolider leurs positions stratégiques.

Son interprétation comporte une conception de la bureaucratie en tant qu'entité résistante, réticente au changement. Des mécanismes d'adaptation sont créés par ceux qui travaillent dans les organisations bureaucratiques afin de surmonter des rapports éventuellement conflictuels. Ces organisations sont donc des lieux relativement fermés sur eux-mêmes, qui constituent des freins au dynamisme souhaité d'une société moderne, en particulier de la société française. Les routines et rigidités qui y affectent les institutions bureaucratiques font précisément partie des moyens de défense de ceux qui doivent y subir des relations d'autorité trop oppressantes, héritées d'une longue tradition. Il tire ses conclusions d'observations empiriques, et non de raisonnements abstraits. Si son livre Le phénomène bureaucratique (1963) repose sur une analyse du comportement des fonctionnaires de deux administrations françaises (les Chèques postaux et la SEITA), un autre ouvrage, Le Monde des employés de bureau (1965), est tiré d'une enquête qui a porté sur sept compagnies d'assurances parisiennes.

Pour CROZIER, les sociologues doivent analyser et comprendre leur société en vue de contribuer à la décision politique et ne pas se contenter d'un rôle d'observateur. Il s'est lui-même efforcé d'exercer une influence sur la politique de réformes préconisée par Jacques Chaban-Delmas, Premier ministre de 1969 à 1972. En référence à un modèle de société positivement rationalisée, il critique le "blocage" de l'administration et de la société françaises en raison des structures d'autorité, de la centralisation et de la réglementation qui les caractérisent, et qui ne permettent le changement que par le recours au conflit ouvert, sans que cependant la structure globale soit modifiée en profondeur. Il convient de dépasser ce mode de changement par la constitution d'unités d'organisation basées sur la coopération et la participation, et qui font la part la plus belle possible à la rationalité. (Claude JAVEAU)

     Michel CROZIER poursuit son activité de sociologue dans les années 1980 où il joue un rôle important dans le groupe de l'Institut de l'Entreprise. Au moment du début de la première présidence Mitterrand et contrecoup du succès socialiste, comme il le raconte, on assistait à un "réveil des entreprises". Beaucoup d'entre elles faisaient appel à des psychosociologues pour former les contremaîtres qui devaient prendre le leadership des groupes de discussions imposés par la loi. il accepte alors de collaborer abec l'Institut de l'Entreprise pour la préparation du Grand Forum de l'Entreprise de 1985, qui a un grand succès. Il intervient également sur la réforme de la SNCF sous le gouvernement Chirac, après les législatives de 1986 et lors de celle d'Air France en 1993-1994. 

   Son parcours qui va de sympathies marxistes et gauchistes vite déçues à la sociologie des organisations, qui est également à bien y regarder une sociologie du conflit à l'intérieur des organisations, même si tout au long de ses engagements il s'efforce de faire primer le dialogue et la discussion sur la confrontation, notamment idéologique, fait de Michel CROZIER une figure indépendant au sein de la sociologie française. Le refus de la "balkanisation" de l'Université - l'éclatement de la sociologie générale en sociologies particulières - dans un processus de domination (néo-marxiste) par des sociologues, par exemple de l'entourage de Pierre BOURDIEU, dans les années 1970 va de pair avec une orientation délibérément "holiste"  de sa sociologie, laquelle est également combattue notamment dans les années 1990, par les partisans de l'individualisme méthodologique. La manière dont il analyse les organisations est une illustration du poids de la société sur l'individu. L'interactionnisme entre individus ne peut expliquer ce qui se passe. La société constitue, dans ses dynamismes, au sein de ses différentes organisations,  un système qui influe sur la nature même des relations sociales

 

Michel CROZIER, L'acteur et le système, en collaboration avec Erhardt FRIEDBERG, Seuil, 1977 ; Mouvements ouvriers et socialistes, chronologie et bibliographie (1750-1918), avec Edouard DOLLÉANS, Éditions Ouvrières, 1949 ; Le phénomène bureaucratique, Seuil, 1963. 

Interview de Michel CROZIER par Dominique VELLIN, à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales, Gérer et comprendre n°75, mars 2004.  Claude JAVEAU, Crozier Michel, dans Encyclopedia Universalis, 2014. 

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