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6 février 2018 2 06 /02 /février /2018 09:39

     Armand Jean du Plessis de RICHELIEU dit le Cardinal de RICHELIEU, est un ecclésiastique et homme d'Etat français, principal ministre du roi Louis XIII. Son titre religieux peut induire en erreur en faisant penser à un homme religieux. En fait, sa vocation est militaire et il n'entre dans les ordres que pour des raisons familiales (bénéfice de l'évêché de Luçon). Si le titre de "Premier ministre" est utilisé, c'est de façon officieuse et son action englobe aussi bien les dimensions politiques, diplomatiques, coloniales et religieuses que militaires. Il rénove la notion de Raison d'État et en fait la clé de voûte de ses méthodes de gouvernement. 

Ne faisant pas partie d'une famille située stratégiquement sur la scène politique intérieure, celle-ci n'étant que d'ancienne noblesse (de robe et d'épée), il fait souvent office de médiateur dans de nombreuses affaires intérieures, expériences qui le servent sur le plan diplomatique européen. Même s'il penche au départ pour les nobles face à l'autorité royale (trempant dans les combines de CONCINI...), se faisant d'ailleurs à moitié exilé pour cela, son ascension politique est due notamment à Marie de Médicis, avec laquelle pourtant, par sa politique contre les Habsbourg, il a toujours des relations mitigées. Face à un Louis XIII ombrageux et soucieux d'affirmer l'autorité royale, dans une situation de service-rivalité, RICHELIEU se fixe des buts clairs et constants : détruire la puissance politique du protestantisme en France, abattre l'orgueil et l'esprit factieux de la noblesse et abaisser la maison d'Autriche. 

 

Une carrière d'homme d'État 

       RICHELIEU jette les premiers fondements de l'armée permanente en France, que réalisent plus tard LE TELLIER et LOUVOIS, et développe une doctrine de la guerre qui se définit à travers sa politique autoritaire et réaliste. Croyant en la valeur d'une bonne administration militaire et en un discipline de fer au sein des armées, il impose des réformes qui lui permettent de mettre sur pied une armée aux effectifs importants. Son expérience des affaires militaires ne se borne pas à ses décisions politiques. Lieutenant général, il acquiert une expérience de terrain en commandant des armées en campagne. Pour le Cardinal, l'intérêt national est sacré, plus même que la religion : il défait les huguenots à La Rochelle mais soutient les protestants contre les Habsbourg pendant la guerre de Trente Ans. L'action persistante qu'il engage contre les Espagnols contribue au déclin politique et militaire de l'Espagne. Son Testament politique (écrit entre 1630 et 1638, publié en 1688) fait état de ses vues théories sur la stratégie.

RICHELIEU place la défense du territoire avant toute autre considération stratégique, estimant que le pays doit se doter d'un réseau important de fortifications sur ses frontières. Afin que ce réseau fortifié protège effectivement le territoire, il doit être suffisamment approvisionné en vivres et en munitions pour se maintenir un an face aux assiégeants qui, selon lui, ne pourront eux, tenir un siège au-delà. Cette conception de la défense du territoire qu'adoptent après lui, Michel LE TELLIER et son fils LOUVOIS, et dont VAUBAN devient le maitre d'oeuvre, est à la base d'une certaine conception de la défense nationale en France dont on retrouve les traces au XXe siècle avec la construction de la Ligne Maginot. Il n'en demeure pas moins pour RICHELIEU que la qualité des hommes chargés de défendre le territoire est plus importante que la solidité des murailles fortifiées.

Il croit en la nécessité absolue pour l'Etat d'avoir une armée permanente : "comme il arrive beaucoup d'inconvénients au soldat qui ne porte pas toujours son épée, le royaume, qui n'est pas toujours sur ses gardes, et en état de se garantir d'une supprimée inopinée, a beaucoup à craindre."Au minimum, 50 000 hommes et 4 000 chevaux doivent être sur le pied de guerre. A partir d'une armée de 30 000 soldats, la France parvint à se doter d'effectifs dépassant les 200 000 unités sous RICHELIEU et les 300 000 avant la fin du XVIIe siècle.

Le Cardinal porte un regard sévère à l'encontre de la France et de ses qualités militaires : "Il n'y a point de nation au monde si peu propre à la guerre que la nôtre". D'un caractère léger et impatient, le Français est peu inclin à accomplir des conquêtes qui requièrent du temps et de la discipline. Pour compenser ces déficiences "naturelles", RICHELIEU veut doter son armée d'une structure solide et rigide capable d'exploiter les qualités des soldats français, comme le courage et la vaillance, tout en les empêchant de tomber dans la facilité et le découragement.

RICHELIEU souligne l'importance de la stratégie maritime et le rôle qu'elle doit jouer dans la stratégie globale du pays. Il veut doter la France d'une marine imposante, capable de rivaliser avec les meilleures marines d'Europe. En particulier, il veut répondre à la menace anglaise qu'il voit se profiler à l'horizon. Et si la France devenait une puissance maritime de premier plan, elle obligerait l'Espagne à augmenter ses dépenses pour protéger la route des Indes, ce qui aurait pour effet d'affaiblir ses prétentions européennes. De plus, la création d'une marine forte permettrait à la France de développer son commerce maritime tout en le protégeant de manière efficace, la puissance de l'Etat reposant avant tout sur la santé de son économie.

L'action politique et militaire de RICHELIEU est poursuivie avec succès après sa mort, et la France connait un renouveau militaire qui marque de son empreinte le XVIIe siècle européen, même si la marine française est destinée à demeurer en deçà des projets du Cardinal. Son Testament politique inspire par la suite bon nombre de souverains adepte de la realpolitik. (BLIN et CHALIAND)

 

 Une historiographie contrastée

      l'Histoire a offert de RICHELIEU des interprétations successives, comme il ne peut manquer d'arriver à une figure exceptionnelle. L'impopularité générale du cardinal en ses dernières années ("il n'était pas aimé du peuple, disait au XVIIIe siècle l'historien de Louis XIII, le père GRIFFET, et j'ai connu des vieillards qui se souvenaient encore des feux de joie (...) dans les provinces, (...) à la nouvelle de sa mort") a rendu, selon Guy JOLY, sa mémoire odieuse à la postérité. Et les romans d'Alexandre DUMAS n'ont pas arrangé les choses... D'où les légendes autour de l'homme rouge. Plus tard, on a prêté un programme précis (les frontières naturelles) à un fondateur de la grandeur française, à une politique réaliste dont les attaches religieuses et monarchiques n'ont paru que secondes.

Mais il faut le replacer dans son époque. Homme di XVIIe siècle français, il croit que le pouvoir monarchique issu de Dieu est la condition essentielle de la puissance du pays, sous réserve que le roi sache se faire obéir à l'intérieur et redouter au-dehors. Comme l'a dit Georges PAGÈS (Monarchie d'Ancien Régime), RICHELIEU fut un grand homme d'Etat ; il ne fut pas un administrateur, ni un réformateur par système. Opinion que rejoint celle de Carl J. BURCKHARDT (Richelieu, 3 tomes, 1966, réédition chez Laffont en 1970-1975) sur le "grand pragmatique guettant chaque occasion". Le but est constant : l'indépendance et le prestige de la France. Comment fut-il atteint? Une meilleure connaissance de la réalité française de son temps (structure sociale, mentalités, conditions économiques) et de la réalité européenne permet de mieux apprécier les difficultés renaissantes, les contradictions de l'entreprise et les résultats obtenus. Ceux qu'a pu connaître RICHELIEU lui-même et ceux qui n'ont été atteints qu'après lui, tant en politique étrangère (Traités de Westphalie) qu'en politique intérieure (absolutisme royal effectif), parce que les 18 ans de son ministériel avaient marqué une étape sans retour. (Victor-Lucien TAPIÉ)

RICHELIEU, Testament politique, Robert Laffont, 1947 et nouvelle édition Perrin, 2011. On trouvera aux Éditions A. Pedone, de nombreux Papiers de Richelieu, sous la supervision de Pierre GRILLON. Mémoires, nouvelle édition, en 10 volumes, Société de l'histoire de France, 1908-1931. Par ailleurs, ROCHELIEU n'a pas négligé les devoirs de sa charge de Cardinal, témoin ses Oeuvres théologiques, de 1647, tome I aux éditions Honoré Champion, 2002 et tome II aux Archives de sciences sociales des religions, juin 2007.

Michel  CARMONA, Richelieu : l'ambition et le pouvoir, Paris, 1983. Etienne THUAU, Raison d'Etat et pensée politique à l'époque de Richelieu, Albin Michel, 2000.

Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, Dictionnaire de stratégie, tempus, 2016. Victor-lucien TAPIÉ, Richelieu, dans Encyclopedia Universalis. 

 

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5 février 2018 1 05 /02 /février /2018 15:43

       GUSTAVE II ADOLPHE dit "Le Grand" ou "le lion du Nord" est un roi de Suède de 1611 à 1632 qui fait de son pays l'une des grandes puissances européennes grâce à son génie militaire et aux réformes qu'il met en oeuvre. Ses victoires pendant la guerre de Trente Ans permettent de maintenir un équilibre politique et religieux entre catholiques et protestants.

Il est considéré comme l'un des plus grands stratèges militaires de l'histoire, avec des innovations organisationnelles, tactiques et des méthodes de gouvernement qui sont imitées peu après en Europe. Également, il fait partie de ces derniers généraux qui partent à la guerre à la tête de leurs troupes, ce qui lui est d'ailleurs fatal. 

 

       GUSTAVE ADOLPHE accède au trône à un moment où son pays est en guerre contre le Danemark et en pleine crise constitutionnelle. Il jouit d'une éducation de premier ordre, étudie les classiques de la théologie (comme tous les hommes de son rang à cette époque), et aussi l'art de la guerre à travers les écrits de XÉNOPHON, CÉSAR, VÉGÈCE et Jules FRONTIN. Il apprend l'art des fortifications selon les Hollandais (Simon STEVIN) et suit pendant quelques mois les cours de guerre que lui donne Jacques de la GARDIE, un disciple de MAURICE DE NASSAU.

Avec la nouvelle Constitution de 1612, Axel OXENSTIERNA est nommé chancelier du gouvernement. Les deux hommes se complètent parfaitement et leur collaboration contribue à sauver la Suède de sa crise intérieure. Dans le domaine des affaires étrangères, GUSTAVE ADOLPHE résout les conflits avec le Danemark, la Russie et la Pologne. Son génie militaire réside dans la manière dont il utilise les nouvelles innovations technologiques pour créer les fondations stratégiques de la guerre moderne, exploitant ainsi au mieux les possibilités que lui offrent les nouvelles armes et la puissance de feu.

Au moment même où le progrès technique commence à miner les anciennes fondations sur lesquelles repose l'art de la guerre, il établit les bases d'une nouvelle stratégie mieux adaptée à son époque. Il est le premier à lever de façon systématique une armée régulière de citoyens à une époque où les armées européennes sont constituées essentiellement de troupes de mercenaires ou de troupes auxiliaires. le recrutement, les rémunérations financières et le soutien logistique des troupes suédoises sont organisés et financés par une administration centralisée et efficace. On ne connait cette forme de recrutement que bien plus tard dans les autres pays européens. Grace à ce système, le roi de Suède réussit à réunir une armée de près de 80 000 hommes, avec une majorité de Suédois auxquels il adjoint des soldats (et des officiers) anglais, écossais et allemands. Cette homogénéisation, même si elle n'est pas complète, lui permet d'imposer une discipline rigoureuse à ses hommes. Le sentiment patriotique qui les anime donne une cohésion exceptionnelle à leur armée. GUSTAVE ADOLPHE organise un système de ravitaillement des troupes, à une époque où les armées en campagne survivent généralement grâce au pillage. Quoique médiocrement payés, les soldats suédois reçoivent leur solde régulièrement. Un système sanitaire est mis en place, le premier de ce genre ; chaque régiment a son propre chirurgien, et des hôpitaux de campagne sont créés de manière systématique.

Il exploite également l'élément religieux pour motiver ses troupes. Le roi est protestant tout comme ses soldats qui pratiquent la prière quotidienne obligatoire. On applique un code éthique rigoureux, interdisant tout traitement abusif des populations civile. Un tribunal militaire inflige des peines sévères.

GUSTAVE ADOLPHE exploite le tir à poudre, et il est le premier à en comprendre les potentialités pour l'avenir de la guerre. C'est avec l'infanterie que le roi de Suède exploite les effets de la poudre. il introduit la cartouche dans l'équipement des soldats, réduit la longueur de leur mousquet et augmente la vitesse de chargement. Le mousquetaire, qui n'avait auparavant qu'un rôle auxiliaire, occupe désormais une place centrale au sein des troupes de fantassins. L'infanterie devient une arme mobile et sert aussi bien à appuyer la cavalerie qu'à lancer ses propres attaques. Au niveau de la disposition des troupes, il préfère un ordre moins profond que celui utilisé généralement à son époque, mais avec des intervalles importants pour permettre aux soldats d'effectuer un retrait éventuel sans provoquer de confusion. Il enveloppe aussi les réserves et aligne ses mousquetaires sur trois rangs. Cet ordre se généralise après lui. Les formations en croix confèrent à ses troupes un avantage tactique par rapport aux autres formations de l'époque. GUSTAVE ADOLPHE modifie aussi sa cavalerie, en l'affectent à la charge avec un ordre mince de trois rangs. Les cavaliers sont utilisés pour leur puissance dans le choc. Il perfectionne enfin l'artillerie qui s'allège et devient plus mobile, généralise l'utilisation de l'uniforme et renforce son corps d'ingénieurs.

Son armée est véritablement le prototype de l'armée moderne. Une combinaison de puissance, de mobilité et de vitesse de mouvement donnent à la Suède un supériorité tactique qui lui permet de remporter de nombreuses victoires en Allemagne pendant la guerre de Trente Ans. Toutefois, le roi n'est pas un adepte de la poursuite de l'ennemi, ce qui l'empêche d'exploiter au mieux ses victoires. Sur le terrain, il se montre audacieux tout en définissant sa stratégie selon les rapports de forces du moment. Face aux armées impériales de FERDINAND mais avec l'appui financier de la France, il est aussi bon stratège politique que militaire. Il forme des alliances et remporte une victoire décisive à Breitenfeld (1631), grâce à une série de manoeuvres qui prennent de vitesse l'adversaire. Son coup d'oeil magistral lui permet de tirer un parti optimal des faiblesses de l'adversaire. A partir de ce moment, il acquiert un élan qui ne le quitte plus. De plus en plus audacieux, il remporte victoire sur victoire, traverse le Rhin, et après plusieurs mois d'une guerre de mouvement, avec des troupes affamées, défait l'armée conduit par WALLENSTEIN à Lützen (1632). Néanmoins, il est tué au cours de la bataille alors qu'il mène la charge de sa cavalerie dans un brouillard épais, à un jeune âge. (BLIN et CHALIAND)

Ajoutons sur les innovations introduites par le roi de Suède la mise sur pied d'un état-major, sans doute le premier en Europe. Bientôt imité par l'électorat de Brandebourg, où la fonction de premier quartier-maître apparait en 1655. Jusque là les généraux ne s'étaient entourés que d'aides de camp et de conseillers ad hoc. Ce sont en fait des innovations de toute sorte qui marquent les armées, dans le sens d'une réglementation et d'une standardisation, de l'uniforme au modalités de tirs d'artillerie. 

     GUSTAVE ADOLPHE n'a pas laissé d'oeuvre centrale sur toutes ses activités politiques et militaires. Sans doute parce qu'il est mort jeune, il n'a pas laissé de Mémoires lui-même mais d'autres s'en sont chargés pour lui, notamment RICHELIEU. Par la suite, des documents, surtout des pièces très diverses, ordres et dispositions habituelles dans les états-majors, mais aussi papiers diplomatiques, de sa main, ont été rassemblés par la chancellerie et archivés.

Le roi est tellement préoccupé par les innovations à introduire dans les armées, dans un contexte de guerres incessantes, que la pratique éclipse la théorie, ce qui explique que les documents conservés concernent surtout des détails techniques et moraux. Pourtant, il existe une véritable stratégie d'Empire en Suède, même si elle n'est pas conçue (complètement et uniquement) comme entreprise de domination des terres et des sujets.

Michael ROBERTS, Gustavus Adolphus and the Rise of Sweden, Londres, 1973.

Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, tempus, 2016.

 

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5 février 2018 1 05 /02 /février /2018 12:44

      Poète, historien, archéologue, fonctionnaire d'Etat chinois, GUO MORUO est considéré par certains comme un homme oeuvrant pour la paix. Si cela est avéré (encore que là aussi, cela est sujet à polémiques...) avant et juste après l'établissement de la République de Chine populaire, jusque dans les années 1960, son comportement, comme celui de nombreux lettrés dans l'histoire de la Chine, est, face à des pouvoirs politiques ou des mouvements populaires, celui d'une flagornerie certaine. Fonctionnaire comme beaucoup de lettré depuis que la Chine existe, il sait comme les personnes de sa classe que le pouvoir politique a besoin d'elles, qu'elle ne peut pas gouverner uniquement par l'exercice de la violence. Dans le cas de la Chine populaire, les multiples troupes politiques et militaires (politico-militaires) se servent du soutien de nombreux intellectuels de tout ordre pour leurs réformes idéologiques et économiques. Les lettrés chinois sont passés maîtres de leur côté pour faire valoir qu'ils sont indispensables. Toutes ces réserves étant posées, l'oeuvre de KUO MO JO, par divers aspects, apporte un soutien réel aux progrès de la paix et de l'économie en faveur d'une population que le Dr KUO MO a trouvée, dans sa jeunesse souvent dans une grande misère.

       Issu d'une famille (côté père, médecin et côté mère universitaire) relativement aisée, KUO MO JO bénéficie de l'enseignement dispensé dans les écoles publiques nouvellement mises en place. Élève doué (mais, et) turbulent, il est expulsé et réintégré plusieurs fois avant d'être finalement définitivement expulsé en octobre 1909. Heureux de l'être car il poursuit ses études à la capitale provinciale du Cichuan, Chengdu, à la suite de ses frères (il est le huitième enfant...). Comme eux, il quitte la Chine en décembre 1913 pour le Japon, pour étudier à l'école de médecine de l'Université impériale de Kyushu à Fukuoka.

Il s'intéresse bien plus à la littérature qu'à la médecine et fait connaissance - le Japon est en pleine occidentalisation - avec les oeuvres de SPINOZA, GOETHE, Walt WHITMAN et le poète Bengali TAGORE. Il publie son premier recueil de poèmes (The Goddesses) en 1921 et participe à la fondation du Ch'uang-tsao elle (la société de création) à Shanghaï, qui promeut la littérature moderne et vernaculaire. 

Ayant rejoint le Parti communiste chinois en 1927, il participe au soulèvement (raté) de Nanchang) avant de s'enfuir au Japon. Il y reste 10 ans pour étudier l'histoire chinoise ancienne. Il publie son ouvrage Corpus des Inscriptions sur des Bronzes des Deux Dynasties Zhou. Il essaie d'y démontrer, selon la doctrine communiste, la nature de la "société de l'esclave" de la Chine ancienne. il retourne en Chine en été 1937 pour poursuivre le combat de résistance contre les Japonais.

Devenu dirigeant communiste, GUO est un écrivain prolifique, non seulement de poésies, mais aussi d'oeuvres de fiction, d'autobiographies, de traductions et de traités historiques et philosophiques.  Premier président de l'Académie chinoise des Sciences (1949-1978), il est également le premier président de l'Université des sciences et technologie de Chine, visant à favoriser la formation du personne hautement qualifié dans les domaines de la science et de la technologie. Pendant les 15 premières années de la République populaire de Chine, KUO MO JO est l'arbitre ultime de questions philosophiques ayant trait à l'art, l'éducation et la littérature, même si l'ensemble de son oeuvre majeure est plutôt écrite avant 1949.

Avec le début de la révolution culturelle en 1966, il devient la cible d'une partie du mouvement populaire (suppôt de l'occidentalisation...). Il écrit alors une auto-critique publique et déclare que toutes ses oeuvres précédentes sont des erreurs et doivent être brûlées. Il s'oriente presque exclusivement alors vers la poésie (faisant l'apologie de MAO...), dénonçant par ailleurs nombre de ses anciens collègues, sans doute la chose, bien plus que son renoncement intellectuel, lui est encore reproché lourdement aujourd'hui... C'est en raison de la flagornerie qu'il survit à la révolution culturelle. En 1978, à la mort de MAO et à la chute de la bande des Quatre, il publie un poème, célèbre, dénonçant le Gang....

Prix Staline de la Paix en 1951, ce qui lui vaut en partie de figurer dans des écrits en faveur de la paix, son oeuvre en archéologie, histoire et littérature contemporaine chinoise est tenue encore en haute estime. Il est connu en son temps pour être le GOETHE chinois. Bien entendu, en Chine même, au contraire sans doute d'à l'étranger, sa notoriété est très entachée par son comportement durant la Révolution Culturelle. Sans doute à cause de cela, il ne figurerait probablement plus dans les recueils d'auteurs qui "vivent pour la paix"....

      Ses oeuvres de fiction en prose sont aussi marquées que ses poèmes par un esprit romantique et une forte subjectivité. Il compose un certain nombre de sketches, tel Ganian (1926, Une olive), traduisant ses dispositions d'esprit changeantes et ses états mélancoliques, dans la manière des pièces écrites par Yu Dafu et de nombreux auteurs japonais modernes. Assez curieuses sont ses tentatives de donner une construction romantique même à des sketches tout à fait autobiographiques et réalistes, comme par exemple Mademoiselle Caramel, dans le recueils Ta (1925, Pagode). La deuxième caractéristique de sa prose est son intérêt pour l'histoire. ces deux aspects prévalent tour à tour. Ses dialogues sont en général fondés sur des sources historiques authentiques. Il est capable de tirer de sa vie et de ses expériences personnelles une sorte de matériau historique ; il écrit par exemple huit volumes autobiographiques. (Jaroslav PRUSEK)

Dans le domaine de l'épigraphie chinoise ancienne, ses travaux ont une valeur durable. Il édite aussi des textes anciens et écrit à profusion sur la littérature chinoise ancienne, la philosophie, l'histoire sociale et économique, etc. S'il est connu à la fois et à l'étranger comme combattant de la paix, comme représentant de l'une ou l'autre des associations d'amitié avec unpays étranger dont il était le président, il le doit autant à sa culture littéraire et scientifique, qu'à son art oratoire, pratique avec maîtrise en diverses occasions. (Michelle LOI)

   L'ensemble de son oeuvre est surtout diffusée en langue chinoise. Certains livres sont disponibles en anglais et en français.

 

GUO MORUO, The Goddesses, traduction de LESTER et BARNES, Éditions en langues étrangères, Pékin, 1957 ; Poèmes, traduction de LOI, Gallimard, 1970 ; Autobiographie, mes années d'enfance, traduction de RYCKMANS, 1970, réédition en 1991 ; Les Fleurs jumelles, Éditions en langues étrangères, Pékin, 1982.

Myriam ORR, Ils vivent pour la paix, Perret-Gentil, 1962. Michelle LOI, Jaroslav PRUSEK, Guo Moruo, dans Encyclopedia Universalis, 2014. 

 

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3 février 2018 6 03 /02 /février /2018 12:56

    Le baron écossais John BOYD-ORR, premier baron, est un médecin, physiologiste, nutritionniste et parlementaire britannique. Directeur général de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et  l'agriculture de 1945 à 1948, président du Conseil national pour la paix et de l'Union mondiale des organisations pour le paix, il reçoit le prix Nobel de la paix en 1949. Il est considéré comme un précurseur de la citoyenneté mondiale. 

     Toute sa carrière s'est construite, depuis la fin de l'enseignement de la théologie à l'Université de Glasgow, autour des problèmes de l'alimentation, problème crucial au sortir de la  Seconde guerre mondiale pour des millions de personnes. Il fonde en 1929 le Bureau impérial de la nutrition animales à Rowett et s'illustre pour la première fois en 1936 par la publication de l'ouvrage Alimentation, santé et revenu (Food, Health and Income), où montre que la moitié de la population britannique n'a pas les moyens de s'alimenter conformément aux règles fondamentales de la nutrition et que le dixième de cette population est sous-alimentée. Ce rapport et d'autres études effectuées par l'Institut Rowett servent par la suite de base au système britannique de rationnement pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Pendant la guerre, BOYD-ORR fait partie du Comité interministériel de la politique alimentaire et devient titulaire de la chaire d'agronomie à l'université d'Aberdeen. En 1945, il est nommé recteur de l'université de Glasgow, représentant au Parlement des universités écossaises et directeur général de la FAO, poste qu'il occupe jusqu'en 1948. Il se situe comme conservateur sur l'échiquier politique mais se présente plus tard comme indépendant (Chambre des Lords). 

Au nombre de ses ouvrages figurent : Les Minéraux et les pâturages entrelacions avec la nutrition animale (1928), Se battre pour quoi? (1943), L'Alimentation et le peuple (1944), Le Dilemme de l'homme blanc (1952). (Georges BLUMBERG)

 

        John BOYD-ORR lutte pendant des années en théorie et en pratique contre la pauvreté, la faim, une nourriture insuffisante et mal comprise, non seulement dans son pays, mais dans le monde entier. Il rappelle toujours que l'échange des produits alimentaires est le plus grand et le plus important commerce du monde. Spécialiste de l'alimentation et de l'économie, il met tout en oeuvre pour établir une collaboration à l'échelle mondiale et des échanges de produits alimentaires ente tous les pays. Ce n'est pas le profit de quelques gros marchands qui doit être déterminant, mais les besoins alimentaires des différents pays. Il pense que ce réseau d'échanges de produits alimentaires doit être dirigé par des spécialistes de l'alimentation de divers pays. Toutes vérités bien oubliées par les organisateurs actuels du commerce libéral international... 

S'il combat, mobilisé comme officier en France, dans la Première guerre mondiale, il devient plus tard pacifiste convaincu. Ce n'est pas la peur de la mort qui a déterminé ce chengement : il a reçu des décorations militaires qui témoignent de son indifférence devant elle. Mais il sait clairement qu'à son époque de développement économique, technique et social, de domination des forces de la nature - que nos ancêtres ignoraient - une guerre serait une monstruosité, la mort pour tous et le suicide. Il ne méconnait pas les grandes épidémies d'après la première guerre mondiale qui ont causé plus de morts que celle-ci. 

Il a la profonde conviction qu'il ne doit y avoir qu'une guerre. On doit la mener avec la plus grande énergie et la mobilisation de moyens financiers énormes : c'est la guerre contre la pauvreté, la sous-alimentation et la faim sur la planète. Il parcourt beaucoup le monde (il voyage beaucoup en Chine, se rend plusieurs fois en Russie), se met en rapport avec des biologistes, économistes et chefs de gouvernement de tous pays. Il s'explique sur son programme qui veut éviter une troisième guerre mondiale et lutter collectivement contre la faim.

Il se considère constamment comme un pionnier du gouvernement mondial et fait partie de ceux qui fondent en l'ONU beaucoup d'espoirs dans ce sens. En 1956, il publie avec des physiciens, médecins et biologistes du monde entier, un Manifeste, qui se présente comme faisant fi de la guerre froide, rédigé par des savants du monde capitaliste et du monde communiste. Dans ce Manifeste, il avertissent tous les hommes de se détourner d'une troisième guerre mondiale et de ne pas utiliser les armes atomiques. Même s'il est membre du parti conservateur, et s'en revendique fortement car "je désire, dit-il, conserver, dans ce monde éternellement changeant, tout ce qui ne nuit pas au progrès". (Myriam ORR)

Pacifiste et citoyen du monde, il se situe aux antipodes des réactionnaires de son propre parti, et ne partage absolument pas leur anti-communisme. 

On ne connait guère de traductions françaises de ses oeuvres.

John BOYD-ORR, Fighting for What?, London, Macmillan, 1942 ; Food and the People, London, Pilot Press, 1943 ; International Liaison Committee of Organisations for Peace : A new strategy of peace, London, National Peace Council, 1950 : The White Man's Dilemma : Food and the Future, London, Allen & Unwin, 1953, réédition en 1964.

Georges BLUMBERG, Boyd-Orr, dans Encyclopedia Universalis, 2014. Myriam ORR, ils vivent pour la paix, Perret-Gentil, 1962. 

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1 février 2018 4 01 /02 /février /2018 13:21

       Rewi ALLEY, écrivain néo-zélandais est un éducateur, activiste politique, réformateur social, poète et membre (secret) du Parti Communiste de Chine. Son action éducative, son activité en faveur des coopératives industrielles, le font considérer, mais sans certainement cela est sujet à polémiques, comme un acteur au service de la paix.

       Il travaille durant la guerre civile chinoise et la seconde guerre mondiale à l'élaboration d'une technique constructive de guérilla par l'économie. Après la victoire du Parti Communiste en Chine, il fait publier des études historiques sur ce pays. Dans ses voyages, notamment dans les années 1970, il lutte pour le désarmement nucléaire tout en oeuvrant vers la bonne entente entre la Nouvelle-Zélande et le Chine. Parfois discrédité (interdit de séjour même) dans son pays natal à cause de ses sympathies politiques, Rewi ALLEY ne varie pas dans son amour pour celui-ci. Mis à mal pendant la Révolution culturelle, il reste fidèle également à l'esprit communiste qui l'anime. 

     Influencé par un environnement familial en faveur de la réforme sociale et de l'éducation, il rejoint, à la fin des années 1920, après une activité déjà riche en expérience, un groupe d'étude politiques où l'on voit Alec CAMPLIN, George HATEM, Ruth WEISS, Trude ROSENBERG et CAO LANG. Après la victoire des communistes sur les nationalistes, il écrit beaucoup d'oeuvres  faisant l'éloge du parti et du gouvernement de la République populaire de Chine : Yo Banfa!  (1952), L'homme contre les inondations (1956) et L'arrière-pays dans le Grand Bond en avant (1961).  Il ne cesse d'écrire sur différents aspects de la Chine populaire, et une autobiographie en 1987. Sa connaissance de différentes variantes du chinois l'aident beaucoup à multiplier ses expériences et à en diffuser les éléments auprès de différents publics cultivés. 

    Pratiquement inconnu du public francophone, mais assez connu en Chine et en Nouvelle-Zéland, Rewi ALLEY est un grand voyageur.  Depuis son expérience de la guerre et de la mort, après avoir été lui-même blessé et gravement la dernière fois, lors de ses voyages en Afrique, dans la Sierra Nevada, en Europe et partout où il était envoyé comme ingénieur agricole ou enrôlé (dans l'armée néo-zélandaise) durant la Première Guerre Mondiale, avant de s'installer à Shangaï en 1924, recherche toute sa vie la réponse à sa question : Pourquoi tout cela? Effaré par la misère qu'il rencontre en Chine, nanti de solides connaissances techniques, s'aidant de nombreux missionnaires, hommes politiques et membre du Parti, il forme un millier de chefs ruraux qui travaillaient dans les village communautaire de la Chine entière, notamment dans l'école Sandan Bailey. Sortie du "Mouvement coopératif industriel" chinois, il participe à la fondation de cette école où il met en oeuvre la philosophie de Gung Ho (sur lequel il écrit un livre en 1948). Cette école bien connue à l'ONU (UNESCO) et son expérience pédagogique y a été étudiée et diffusée.

   Pour lui, les masses chinoises aiment la paix et n'ont qu'une haine : la guerre. Ses poèmes, nombreux, expriment le désir de paix, de la façon la plus pure et la plus sincère. Il considère que la vraie Chine millénaire est dans cet esprit pacifiste. Même si, peut-être, mais cela lui importe peu par rapport au bien qu'il apporte aux populations, son rayonnement a pu servir la propagande officielle chinoise.

Lewi ALLEY, An autobiography, New World Press, Beijing, 1986, New Zeland Edition, 1987. Anne-Marie BRADY, Friend of China, The Myth of Rewi Alley, Routledge Curzon, 2002. Myriam ORR, Ils vivent pour la paix, Perret-Gentil, 1962. 

 

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31 janvier 2018 3 31 /01 /janvier /2018 18:17

         Louis II de Bourbon-Condé, dit le Grand CONDÉ, connu d'abord sous le titre de duc d'Enghien, est un prince de sang français. Général français pendant la guerre de Trente Ans, il est l'un des meneurs de la Fronde des princes contre l'autorité royale. 

 

Une carrière de noble et de guerrier.

    Louis II de Bourbon, après avoir participé à des sièges ou engagements dans le Roussillon (1640-1642), obtient le commandement de l'armée des Flandres, avec l'appui du cardinal de RICHELIEU. Il remporte la retentissante victoire de Rocroi (1643), lorsqu'il parvient à vaincre les Tercios de l'armée espagnole dirigée par Francisco de MELO. Cette victoire, obtenue grâce à la cavalerie met fin à près d'un siècle et demi de domination espagnole. 

En 1644, il guerroie avec TURENNE en Rhénane et par la suite dans les Pays-Bas. MAZARIN l'expédie en Espagne, mais il échoue à Lerida (1647) devant des forces largement supérieures en nombre. Il repasse alors dans le Nord où il remporte la brillante victoire de Lens (1648) sur les forces impériales de l'archiduc LÉOPOLD-GUILLAUME, obligeant ainsi l'empereur FERDINAND II à demander la paix.

Durant la Fronde (1649) qui oppose le Parlement et une partie des nobles au pouvoir royal que représente le cardinal MAZARIN, CONDÉ mène, dans un premier temps, les troupes royales avec succès contre les insurgés à Charenton, mais il se brouille bientôt avec MAZARIN et il est emprisonné (1650-1651). Après cela, il passe du coté des Espagnols et prend la tête des forces rebelles (1652). Il dispute avec des fortunes diverses une série de batailles contre TURENNE (1653-1656). CONDÉ est condamné à mort par contumace en tant que rebelle en 1654.

La défaite des Espagnols à la bataille des Dunes (1658), qui s'était livrée contre son avis, mène à la paix des Pyrénées (1659), et CONDÉ, qui est prince de sang, obtient le pardon du roi (1660).

Par la suite, durant une quinzaine d'années, il participe à toutes les guerres menées par Louis XIV, notamment aux Pays-Bas (1672-1673). CONDÉ commande l'armée des Flandres et remporte la victoire à Senffe (1674) avec des forces inférieures en nombre à celles de ses adversaires. Après la mort de TURENNE, il prend la succession de celui-ci en Alsace et s'oppose victorieusement à MONTCUCCOLI qu'il oblige à se se replier de l'autre côté du Rhin. Il n'abandonne sa carrière militaire que frappé par la goutte et se retire.

Remarquable tacticien, CONDÉ joint à la fougue un coup d'oeil d'une grande sûreté. Il est sans doute, après GUSTAVE-ADOLPHE, et avec TURENNE et MONTECUCCOLI, l'une des plus remarquables capitaines du XVIIe siècle occidental. (BLIN et CHALIAND)

 

Un Prince dans les Frondes

Pendant les troubles de la Fronde, dernière tentative de la noblesse de garder son indépendance face au Roi, adopte une attitude ambigüe et il faut bien voir qu'il n'est pas le seul dans ce cas. Défendant d'abord le parti de la cour, la régence durant la minorité de Louis XIV étant assurée par sa mère Anne d'Autriche secondées par le cardinal MAZARIN, premier ministre, il prend ensuite le parti contre ce dernier. Son soutien à la reine mère Anne d'Autriche permet d'abord la signature de la paix de Rueil. Néanmoins, en 1649, en rivalité avec MAZARIN qu'il considère comme un usurpateur étranger, il sympathise avec la cause de la Fronde. Remportant toutes les batailles entre 1643 et 1648, il réclame pour lui l'amirauté et pour ses amis tous les postes de responsabilité dans l'armée. Le 18 janvier 1650, lui, son frère le prince de Conti et son beau-frère de Longueville sont jetés en prison par la reine régente, qui veut refréner ses ambitions, où il subissent une détention de treize mois.

Le 7 février 1651, devant l'union des Frondes, MAZARIN s'enfuit et libère les princes. CONDÉ prend la tête de la Fronde des princes, malgré la majorité de son grand cousin Louis XIV. Il négocie avec le roi Philippe IV d'Espagne et le Lord Protecteur anglais Olivier CROMWELL. Il lève des troupes, marche sur Paris. Contre lui, Louis XIV réussit à gagner TURENNE qui prend la tête des troupes royales et défait le prince à la bataille de Bléneau le 7 avril 1652, à Etampes en mai puis au faubourg Saint-Antoine à Paris. La duchesse de Montpensier, Anne-Marie-Louise d'Orléans (la grande Mademoiselle) fait tirer les canons sur les troupes royales pour permettre à son cousin de se réfugier dans Paris. CONDÉ gagne ensuite le comté de Flandres pour passer du côté espagnol.

Au-delà de la chronique historique qu'il faut sans doute rappeler ici, pour situer certains retournements, CONDÉ se situe dans un contexte historique de bouillonnement politique, où les ambitions personnelles sont les facettes d'un jeu entre monarchies mal établies, aux territoires encore éclatées (surtout l'Espagne) et aux allégeances religieuses incertaines (révolution anglaise). C'est une période pas encore complètement sortie des guerres de religion (Louis XIV révoque plus tard l'édit de Nantes) et pas encore complètement entrée dans l'ère des rivalités nationales, les dynasties chevauchant encore des territoires bien différents. On entre progressivement dans un monde où les alliances de sang vont compter de moins en moins par rapport à des monarchies nationales qui vont, plus ou moins, museler les noblesses  (en France) ou en représenter/se soutenir (d') une seule (dans les Allemagnes et en Prusse, celle de l'épée).

 

Quelle oeuvre? 

Annexe de cette situation avec de grandes conséquences, la transmission confidentielle de génération en génération de l'expérience militaire et stratégique. Ce qui justifie la présence de CONDÉ dans cette encyclopédie du conflit, dans ce blog à la rubrique Auteur est inscrite en creux. Il n'existe pas d'œuvres écrites et disponibles dans le public du Prince, tout simplement parce que ses écrits - il n'est ni inculte ni muet - restent dans la "famille", quitte à être détruits s'ils pouvaient tomber en de "mauvaises mains". 

Comme l'écrit Hervé COUTEAU-BÉGARIE, "la pensée stratégique suppose une certaine ouverture, car elle révèle des préceptes, des maximes, dans l'esprit de beaucoup des "recettes", que les gouvernants et les chefs militaires ne souhaitent pas divulguer, pour ne pas renseigner l'adversaire (même les amis peuvent changer de camp...). Nous n'avons que des traces infimes des navigations des Phéniciens ou des Carthaginois parce qu'ils ne voulaient pas faire connaitre leurs itinéraires à leurs concurrents. Il en va de même en stratégie où la règle est de ne communiquer les papiers d'état-major qu'aux personnes ayant "qualité" pour en connaître. Très souvent, les chefs militaires considèrent leur art comme une propriété personnelle qu'ils ne transmettent qu'à des disciples soigneusement choisis : Turent se forme à l'école hollandaise de Frédéric et Maurice de Nassau, Luxembourg à celle de Condé, de Saxe au contact du maréchal de Villars. Moreau, le vainqueur de Hohenlinden (1800), apporte beaucoup de soin à la formation de ses lieutenants au contraire de Napoléon, qui fait montre d'une totale négligence en ce domaine. (...) Jusqu'à l'époque contemporaine, les écrits des généraux sont rarement destinés à la publication. Les traités de Montecuccoli n'ont pas été publiés de leur vivant, à une exception près, (...)." Cette "confidentialité" s'étend même au contenu des bibliothèques des princes, qui peuvent contenir des écrits bien plus anciens que de leur époque. Du coup, l'impression qu'au XVIIe siècle la pensée stratégique en Europe patine peut provenir de cette pratique du secret. Cette même pratique du secret est sans doute une  explication du peu de renseignements que nous avons de l'émergence de la géographie militaire. Or il semble bien que la production de traités de géographie, de mémoires d'ingénieurs ou de cartographes progresse beaucoup à cette époque ou à une époque un peu plus avancée, vu les indices que nous en avons. 

Toutefois, ce que l'on connait de l'évolution de la stratégie sous CONDÉ, indique peu d'innovations, notamment techniques, lesquelles interviennent plus tard, au milieu du règne de louis XIV. Cette impression est corroborée par le déroulement même des campagnes militaires, et le duel entre TURENNE et CONDÉ en offre un bon exemple. La méconnaissance des intentions et des capacités de l'adversaire fait que la victoire procède bien plus d'une capacité de "coup d'oeil" permettant de profiter de ses erreurs, plutôt que de son habileté propre. Rares sont les grands capitaines et les généraux qui peuvent se prévaloir d'une succession de batailles victorieuses. Parce que précisément, CONDÉ est un de ceux-là, il est particulièrement apprécié, même du Roi qui lui accorde son pardon et même sa confiance (pas seulement parce qu'il est Prince de sang)... 

Marc BLANCPAIN, Monsieur le Prince : la vie illustre de Louis Condé, héros et cousin du Grand Roi, Paris, 1986. Hubert CAMON, Deux grands chefs de guerre du XVIIe siècle : Condé et Turenne, Paris, 1933. P.G. DUHAMEL, Le Grand Condé ou l'orgueil, Paris, 1981. Bernard PUJO, Le Grand Condé, Paris, 1995.

Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, Dictionnaire de stratégie, tempus, 2016. Hervé COUTEAU-BÉGARIE, Traité de stratégie, Economica/ISC, 2002.

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31 janvier 2018 3 31 /01 /janvier /2018 09:53

      Militant non violent, sociologue, écrivain, éducateur et poète italien, Danilo DOLCI est une figure de la lutte contre la corruption et la mafia, de même que contre des projets d'urbanisme destructeurs d'activités agricoles. L'éducation occupe à partir des années 1970 une place centrale dans son travail. il est considéré comme l'une des plus importantes figures de la non-violence dans le monde. 

     Dans ses actions militantes, Danilo DOLCI emploi toujours avec constance les outils de la non-violence. Après avoir refusé d'être enrôlé dans l'armée de l'éphémère République fasciste de Salo fondée en 1943, il décide en 1950 d'abandonner ses études d'architecture et d'ingénierie en Suisse et de prendre part à l'expérience chrétienne Nomadelfia, une communauté religieuse et laïque animée par le prêtre Zeno SALTINI, dans la région d'émilie-romagna, qui abrite quelques milliers d'orphelins. Il décide de mettre en place lui-même une communauté similaire, Ceffarello. Dans le contexte de la guerre froide, qui bipolarise la vie politique italienne, il rencontre, lui et ses compagnons, beaucoup d'opposition de la part des autorités politiques et religieuses. Les autorités ferment d'ailleurs Nomadelfia et Ceffarello et transfère les orphelins dans des structures étatiques. 

Des grèves de la faim...

Il s'établit en octobre 1952 ensuite dans le village pauvre de Trappeto en Sicile, où il fait construire là aussi un orphelinat. Solidaires des petits pécheurs qui se plaignent de l'activité des grandes pêcheries industrielles, les appauvrissant encore davantage, il y entame une grève de la faim, la première d'une longue série. C'est à l'occasion de la mort d'un enfant, de malnutrition, qu'il entend protester ainsi contre la situation faite aux plus pauvres dans la région. C'est à ce moment là qu'il se fait connaitre comme le "Gandhi de l'Italie". Sa grève de la faim prend fin lorsque les autorités s'engagent publiquement à réaliser quelques projets urgents, comme la construction d'un réseau d'égouts. 

Pour lui, le sens et la valeur du jeûne n'existent qu'en partageant le logement misérable et la faim chronique du bas prolétariat italien. Pour les comprendre, il fait être avec eux, vivre avec eux. Comme il n'y avait pas d'autre moyen pour éviter la mort d'autres petits enfants. La participation totale à la souffrance du prochain procède d'une expérience religieuse. Celui qui jeûne avec les affamés, le fait pour expier les péchés de ceux qui condamnent leur prochain à mourir de faim. Danilo DOLVI veut donner au jeûne, outre une signification religieuse et humanitaire, un sens réaliste et pratique. "Tant que je vivrais, si l'amour ne suffit pas, le remords servira au cas où je mourrais", dit-il. Son jeûne est aussi la protestation d'un citoyen responsable, une voix des profondeurs et un appel pour éveiller la conscience endormie de la nation italienne, du peuple comme des autorités. 

Marié avec une veuve et ayant des enfants sur place, il entend lutter contre plusieurs facettes du sous-développement, notamment parce qu'ils ne peuvent aller à l'école. En février 1956, il organise ce qu'il appelle une "grève à l'envers". Avec 300 chômeurs, il commence à réparer une rue communale négligée. La gendarmerie intervient, en armes et dispersent les ouvriers. Personne ne se défend par la force car DOLCI leur avait enseigné la non-violence. Emprisonné, lui et ses amis le font savoir à toute l'Italie et un grand mouvement de protestation, jusqu'au Parlement, s'organise avec le soutien d'écrivains, entre autres de Ignazio SILONE, Alberto MORAVIA, Corrado ALVARO, Elio VITTORINI et Carlo LEVI. Jugé, condamné (50 jours de prison et 20 000 lires d'amende) pendant un procès retentissant, il recommence dès sa libération une campagne visant à la construction du barrage et du développement économique de cette région misérable. Son action a d'autant plus de retentissement qu'il ravive la prise de conscience du sous-développement de tout le Sud de l'Italie, délaissée au profit du développement industriel du Nord. En novembre 1957, il organise à Palerme un congrès avec l'aide de ses collaborateur dans toute l'Italie portant sur cette question essentielle. 

 

.... au Centre d'études et d'initiatives pour le plein emploi et la construction du barrage.

Au cours des années 1950, le soutien pour Danilo DOLCI s'est consolidé tant au niveau italien qu'au niveau international. Il fonde grâce à la somme reçue via le Prix Lénine pour la paix en 1958, le Centre d'études et d'initiatives pour le plein emploi, à Partinicio. Situé dans le village où il vit, ce centre autogéré devient un lieu d'entrainement à la non-violence pour des générations de militants.

La méthode de travail de DOLCI est, plutôt que d'énoncer des vérités préconçues, de considérer que personne ne peut vraiment changer sans être impliqué et sans participer directement à l'action. Sa vision du progrès valorise la culture et les compétences locales, la contribution de chaque communauté et de chaque personne. Pour y parvenir, il intègre la méthode socratique bien connu des philosophes, posant des questions et atteindre ainsi la conscience de chacun. Son objectif est de permettre aux personnes généralement exclues des cercles du pouvoir de se prendre en charge et de participer au processus décisionnel.

 

La lutte contre la mafia et la corruption.

Conscient des blocages induits par la présence, surtout en Sicile, d'un banditisme rampant, il lutte dans les années 1960 pour aider les victimes du tremblement de terre dans la vallée de Belice en Sicile toujours. Comme d'habitude dans ces cas-là, les fonds gouvernementaux et l'aide privée est détournée par des politiciens corrompus, installés d'ailleurs par les réseaux de la mafia. Son action s'inscrit dans le vaste combat mené par certains, notamment dans l'institution judiciaire afin de l'éradiquer. La mafia, autrefois association secrète de résistance contre l'envahisseur s'est transformée en association criminelle, dont l'activité s'est accentuée  et confortée à l'occasion de la libération de l'île par les Alliés en 1944.

Danilo DOLCI, qui s'est très documenté sur ce problème, se rend à Rome pour témoigner, notamment contre trois hauts responsables de la Démocratie Chrétienne. Il est condamné à la prison pour diffamation, mais après avoir continué à s'exprimer sur les ondes d'une radio privée, sa peine n'est pas mise à exécution, afin d'éviter l'indignation publique. 

La figure et l'oeuvre de Danilo DOLCI  polarisent l'option publique. D'un côté se multiplient les témoignages d'admiration et de solidarité, et de l'autre les adversaires du militant non-violent le considèrent comme un danger subversif. Notamment dans les milieux de l'Eglise et sans doute parce qu'il est soupçonné de sympathies communistes, beaucoup considèrent que son action "déshonore la Sicile". C'est que Danilo DOLCI fait du sauvetage de la Sicile, victime d'une grave maladie sociale dont les principaux symptômes sont la misère, la faim, la maladie et l'ignorance.

 

Le travail éducatif 

A partir des années 1970, l'engagement éducatif vient au premier plan de ses réflexions et de ses actions. Grâce à la contribution d'experts internationaux, il démarre l'expérience du centre éducatif de Mirto, fréquenté par des centaines d'enfants.Au cours des années suivantes, il parcourt l'Italie pour animer des laboratoire socratiques dans les écoles, les associations et les centres culturels.

Son travail de recherche, conduit avec de nombreux collaborateurs italiens et internationaux, s'approfondit dans les années 1980 et 1990. Observant la distinction entre transmettre et communiquer, ainsi qu'entre pouvoir et domination, il souligne les risques d'une régression démocratique de la société causé par le contrôle social exercé à travers la diffusion tentaculaire des médias de masse.

 

Danilo DOLCI projette la pensée platonicienne dans la réalité la plus misérable de la Sicile, en utilisant la même méthodologie. Il s'agit d'une méthode de formation dont le caractère pédagogique est incontestable. Sa valeur ajoutée est une volonté d'perte acteur dans le domaine de la connaissance et de la participation aux questions sociales et politiques. Ce ne sont plus les seules classes aisées ou ceux qui ont des liens avec la classe politique qui sont acteurs et auteurs des propositions, mais le citoyen, tout citoyen et tous les citoyens : le paysan concerné par la réforme agraire, le pécheur engagé dans la lutte contre la pêche frauduleuse, le sans-abri qui lutte pour avoir accès à un logement, le chômeur qui lutte pour que le droit au travail lui soit assuré et qui se démène chaque jour pour éviter de tomber dans la "malativa", la mauvaise vie. C'est une révolution culturelle qui est ainsi proposée. Et également une nouvelle démocratie.

Danilo DOLCI applique ses principes à l'élaboration même de ses oeuvres. Enquête à Palerme est une étude sur les sans-travail, sur ceux qui travaillent au prix d'un effort insensé, une étude "concentrée sur ceux qui paient de leur personne", quittaient le prix d'une vie d'efforts, d'oppression, d'ignorance, de manque de possibilités de choisir, mais c'est aussi l'histoire de tous ceux qui ont encore la force de continuer à vivre et à lutter. Le livre se compose de deux parties. La première est une enquête, un document fait d'interviews, de tableaux statistiques, qui permettent de dresser le cadre général de la situation dans laquelle les gens vivent. La seconde partie est une reproduction quasi textuelle des interviews des citoyens, de leurs récits personnels. Le choix fondamental de DOLCI a été de ne rien ajouter et de ne rien enlever, de ne pas modifier le langage utilisé : langage parlé, phrases peu orthodoxes du point de vue grammatical. Le langage, considéré comme un miroir de la réalité, n'est pas modifié. Se révèlent ainsi aux yeux du lecteur des populations abandonnées par l'Etat, par la loi, par ceux à qui ils ont donné leur suffrage. Une population sans travail, sans possibilité d'envoyer ses enfants à l'école parce qu'ils sont contraints de contribuer à la survie de la famille dès leur plus jeune âge. (Gianni RESTIVO)

 

Tant lors de ses campagnes de grèves de la faim que pendant sa lutte contre la mafia et ensuite pour une éducation qu'on peut appeler non-violente, Danilo DOLCI est l'auteur de nombreux ouvrages écrits en italiens, et dont peu ont été traduits à ce jour, même s'ils ont été amplement utilisés, à l'égal de son témoignage oral, pour des oeuvres qui popularisent son action dans le monde entier. Parmi les traductions en français, citons Enquête à Palerme, publié aux éditions Juliard, dans la collection Temps modernes, en 1957 et Gaspillage, aux Éditions Maspéro en 1963.

Le Cnetro Sviluppo, creativo Danilo Dolci est toujours actif (https://en.danilodolci.org).

 

Myriam ORR, Ils vivent pour la paix, Perret-Gentil, 1962. Gianni RESTIVO, Danilo Dolci et Joseph Wresinski, experts en maïeutique, Revue Quart monde, Se saisir du droit, Année 2012.  Aldo CAPITINI, Danilo Dolci et la révolution ouverte, Éditions Desclée de Brouwer, 1957. Jean STEINMANN, Pour ou contre Danilo Dolci, Le Cerf, 1959. 

     

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26 janvier 2018 5 26 /01 /janvier /2018 10:05

   Le général français Hubert CAMON est avec Jean COLIN, l'un des deux auteurs de stratégie militaire les plus importants de la période de l'immédiat avant Première Guerre Mondiale. Avec La guerre napoléonienne, les systèmes d'opérations et La guerre napoléonienne, précis des campagnes en deux tomes (1925) il rivalise avec les auteurs allemands et se livre à une critique de CLAUSEWITZ. Il fait partie du renouveau de la pensée stratégique française d'après 1905. 

  Polytechnicien, sortit dans l'artillerie, capitaine en 1884, il passe par l'École de guerre, devient chef d'escadron en 1898, puis enseigne l'art militaire à l'Ecole d'application de l'artillerie et du génie à partir de décembre 1890. Nommé lieutenant-colonel, il dirige l'Ecole d'artillerie du 10e corps en 1905. Devenu colonel !1909) puis général de brigade (1913), il prend le commandement de l'artillerie du 14e corps. Pendant la Première Guerre mondiale, il prend le commandement de la surveillance de la fabrication des matériels et projectiles de l'artillerie lourde. Admis au cadre de réserve en février 1917, il poursuit ses réflexions stratégiques.

   Ses premiers écrits concernent la technique de la téléphonie militaire et l'organisation du commandement (Nouveaux appareils de téléphonie militaire, Revue d'artillerie, 1885 ; Le commandement et ses auxiliaires, 1893) édités chez Berger-Levrault, habitué des éditions d'études militaires.

A partir de 1890, il livre ses premières pages sur la guerre napoléonienne et la bataille. Féru comme beaucoup des études évolutionnistes (plus ou moins bien comprises), il remarque que les principales entrées en campagne de NAPOLÉON reproduisent un même schéma. Faisant la même remarques sur ses principales batailles, il tente de connaitre les méthodes, les systèmes qui avaient assuré ses victoires, à la lumière par exemple des 32 volumes de la Correspondance de NAPOLÉON. Il étudie de près tous les ordres de mission et estime y trouver d'autres enseignements que ceux qu'avaient dégagé CLAUSEWITZ. Comme l'Empereur n'a jamais fait un exposé complet de ses systèmes de batailles (beaucoup d'ordres étant oraux), il entreprend des recherches d'autres sources, notamment chez ses généraux et maréchaux, dont beaucoup ont publié leurs mémoires. Hubert CAMON constate alors que NAPOLÉON n'avait que deux système de manoeuvre et deux système correspondants de bataille qu'il modifie souvent. Comparant ces plans à des systèmes abstraits, il recherche dans quelle mesure et comment ils en différaient. 

Avant de mettre au point les analyses de campagne par lesquelles il y était arrivé, il fait publier une petite brochure en 1899, La bataille napoléonienne. Les écrivains militaires de l'époque la reçoivent sans indulgence. Ils critiquent la comparaison avec des organismes vivants qui, par accident, ne se développent pas toujours normalement. Lorsqu'il est nommé en décembre 1900 professeur au cours d'art militaire à l'Ecole d'application de l'artillerie et du génie, il reprend les études de ces batailles. Inlassablement, il peaufine ses analyses et approfondi non seulement l'étude des stratégies de NAPOLÉON, dont il possède plus d'informations que CLAUSEWITZ en fin de compte, insiste pour qu'on lise CLAUSEWITZ sérieusement sans en faire un stratégiste uniquement napoléonien, l'attaque lorsque tout le monde se focalise un peu trop sur lui, le défend lorsqu'on le délaisse un peu trop : tout CLAUSEWITZ pourrait-on dire, mais rien que CLAUSEWITZ. Il poursuit ensuite sur sa lancée après la Première Guerre mondiale, décortiquant ce que l'état-major allemand a compris et appliqué (incomplètement) du célèbre stratégiste et met en relief des erreurs du commandement de l'ennemi alors vaincu. Pour revenir en fin de carrière encore sur la stratégie napoléonienne. 

  Loin d'être un va-t-en guerre surtout à la fin de la Grande guerre, il met l'accent sur l'aspect en ultime recours de la guerre pour traiter de la politique, rejoignant ainsi un des enseignements majeurs de CLAUSEWITZ sur le rapport entre les deux. S'il est moins étudié officiellement dans les écoles de guerre (il n'est pas méconnu aux Etats-Unis) que d'autres auteurs, il semble bien que ses livres soient pourtant très lus. Des écrits du général DE GAULLE l'indiquent et certaines manoeuvres militaires contemporaines s'en inspirent également ("manoeuvres sur les arrières"...).

Hubert CAMON, La guerre napoléonienne, Les sytème d'opérations, Théorie et technique, Economica, 1996 ; Précis des compagnes, La guerre napoléonienne, Editions Historiques Teissèdre, Collection du Bicentenaire de l'épopée impériale, 1999.

Bruno COLSON, Camon ou l'exégète de Napoléon, préface à la réédition de La guerre napoléonienne., Les systèmes d'opérations, Economica, Bibliothèque stratégique, 1996.

   

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25 janvier 2018 4 25 /01 /janvier /2018 16:26

       Jean-Alphonse et Jean-Lambert-Alphonse COLIN est un général français et un théoricien militaire. Traducteur d'ouvrages de CLAUSEWITZ, il est considéré comme l'un des plus grand spécialiste des campagnes militaires de NAPOLÉON, encore beaucoup cité et/ou utilisé aujourd'hui, même si ses vues ne font pas l'unanimité. Mais son apport théorique principal est Les transformations de la guerre publié en 1911.

       Jean COLIN, qui est l'un des théoriciens français les plus intéressants de la période précédant la Première Guerre Mondiale, commence sa carrière comme officier d'artillerie. A la suite de la publication de son premier ouvrage, Études sur la campagne d'Italie en 1796, il est détaché au service historique de l'armée. Avec Hubert CAMON, il est l'un des meilleurs spécialistes de la stratégie napoléonienne, et fait publier en 1900 un ouvrage fondamental sur la doctrine de guerre de Napoléon Bonaparte, l'Education militaire de Napoléon. Il écrit ensuite un autre texte important, Les Grandes Batailles de l'Histoire (1915), mais son travail le plus remarquable réside dans son oeuvre principale, Les Transformations de la Guerre (1911), où il retrace et analyse les divers éléments sociaux, politiques et technologiques ayant contribué à la révolution stratégique du XIXe siècle.

Comme BERNHARDI en Allemagne, Jean COLIN est un visionnaire capable de comprendre la problématique de la guerre moderne et de dégager les éléments essentiels de la stratégie de l'avenir. Il souligne le rôle essentiel du moral dans la guerre moderne, et met en relief les progrès accomplis dans le domaine de la logistique, notamment en ce qui concerne les communications. Il est convaincu que les conflits européens seraient désormais des guerres morales mettant aux prises des nations tout entières dont les objectifs ne pourraient plus être limités. Il croit dans la pérennité de certains principes de guerre comme l'économie des forces et la concentration des efforts.

La guerre désormais mobilise des moyens très importants, notamment des masses énormes de soldats. La puissance de feu comme la qualité des moyens modernes de communication feront désormais la différence sur les champs de bataille.  Il consacre au combat élémentaire toute une partie des Transformations de la guerre devenu l'n des classiques de la pensée militaire française. Il y conclut que "la science qu'on nomme tactique a bien sa raison d'être, mais elle est vaine si le courage, l'ardeur, la volonté de vaincre n'animent pas les combattants. 

Son travail théorique se réalise dans le courant de traduction et de contestation des études allemandes, alors seuls points de référence jusque là. Il y a une révision des thèses allemandes au fur et à mesure que la doctrine stratégique française s'élabore et se perfectionne. Après 1905, elle s'affranchit de son complexe d'infériorité et se détourne de son contrepoint d'outre-Rhin pour lui substituer une interprétation renouvelée du modèle napoléonien. Jean COLIN et  Hubert CAMON (colonel puis général) concurrencent les auteurs allemands, anglais, russes...contemporains. 

Durant la Grande Guerre, Jean COLIN combat en France et en Orient jusqu'à sa mort, survenue au front de Serbie en 1917.

Lucien POIRIER, Postface à Jean COLIN, Les transformations de la guerre, Economica, 1989.

Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, Dictionnaire de stratégie, éditions PERRIN, collection tempus, 2016.

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24 janvier 2018 3 24 /01 /janvier /2018 09:05

     Giuseppe Lanza di TRABIA-BRANCIFORTE, dit Joseph Lanza del VASTO est un philosophe  italien, naturalisé français. Militant de la paix chrétien, il est un précurseur des mouvements de retour à la nature. Poète, sculpteur et dessinateur, il est le fondateur des Communautés de l'Arche, qui s'inspirent des ashrams de GANDHI. 

     Se définissant lui-même comme Pèlerin, Lanza del VASTO est un praticien et un théoricien de la non-violence, tendance spirituelle et communautaire. Disciple occidental de GANDHI, comme lui convaincu de l'urgence à militer pour le dialogue interreligieux et le réveil spirituel autant que pour la non-violence érigée en méthode de combat public. Fondateur de la Communauté de l'Arche, il participe intensément à la lutte contre l'extension du camp militaire du Larzac. Véhément contestataire du modèle industriel et urbain, il est l'auteur de nombreux ouvrages sur la non-violence ou/et sur la spiritualité. 

   Apôtre de la non-violence, doté d'un solide bagage de philosophie (thèse de doctorat en 1928) et ayant rencontré le Mahatma GANDHI en Inde dans les années 1930 (il y retourne en 1954 rencontrer VINOBA), il se centre durant la deuxième guerre mondiale sur ses écrits (Le Pèlerinage aux sources, 1943, Principes et préceptes du retour à l'évidence, 1945) et sur la fondation d'une première communauté non-violente (1944), avant de participer en 1956-1959 à plusieurs actions non-violentes : jeûnes contre les tortures de la guerre d'Algérie, jeûne contre la bombe atomique. Dans les années 1960, ses activités non-violentes se multiplient ; il intervient contre la pacification en Algérie et les camps d'internement en France, pour l'installation de communautés non-violentes dans de nombreux, en Amérique Latine par exemple, Dans les années 1970, sur ses soixante-dix ans, il soutient activement les objecteurs de conscience et participe à la lutte des paysans du Larzac. Alors qu'il mène avec ses compagnons de l'Arche et ses Amis de l'Arche, sans compter ses nombreux sympathisants, tous ces combats, c'est un écrivain inlassable, produisant de nombreux ouvrages surtout centrés sur son expérience, à l'image de GANDHI, de la non-violence active : il s'agit d'alimenter le dynamisme permanent entre non-violence en tant que vécu personnel et non-violence en tant que force de contestations et de changements dans la société.

     Lanza del VASTO ne se lasse pas de dénoncer les "quatre fléaux"  de l'humanité contemporaine (guerre, sédition, misère, servitude). Celui que GANDHI  nommait "Shantidas" (Serviteur de la paix), à la fois saint François d'Assise et sage hindou, mène une vie ascétique dans la communauté de l'Arche à Bollène, puis à la Borie-Noble dans le haut Languedoc, après avoir animé pendant quatre années une communauté analogue en Saintonge, en fondant l'existence matérielle sur le travail agricole et l'artisanat, et l'expérience spirituelle sur la méditation. Pour lui, la science, vraie à son niveau propre et bienfaisance de ses branches, est faussée quant à son orientation. Elle devient "le plus formidable renouvellement du péché originel", dans la mesure où elle sert l'unique recherche du profit, symbolisé par le fruit dont parle le récit biblique de la faute d'Adam et d'Ève. La bombe atomique en est la conséquence effroyable et absurde. De sa conviction essentielle, il tire un lyrisme religieux et prophétique qui lui permet de mériter pleinement le titre de poète dont il se réclame volontiers. Il dirige fermement (trop fermement pour certains) sa communauté des "gandhiens de l'Occident", dont s'inspirent plusieurs autres groupes, principalement dans le midi de la France, l'ensemble comportant plusieurs centaines de militants actifs au plus fort de son activité (dans les années 1960-1970). (Paul-Jean FRANCESCHINI).

    Après avoir découvert au lycée Condorcet à Paris, DANTE, HÉRÉDIA, VIRGILE, HOMÈRE, qu'il cite souvent dans son oeuvre, il s'éveille à la conscience politique à la lecture de Romain ROLLAND qui lui fait découvrir GANDHI. La découverte de Thomas d'AQUIN en 1927 est déterminante dans sa recherche d'authenticité. En 1932, il devient l'ami du poète Luc DIETRICH et connut Simone WEIL à Marseille en 1941.

Tout en approfondissant le sens de la non-violence, il reste réticent sur un certain nombre d'évolutions sociales, sur les femmes en particulier et sur les libertés sexuelles. Il demeure finalement assez traditionaliste concernant les valeurs et il n'est pas certain qu'il se soit considéré comme démocrate, même si là les avis divergent pour ceux qui l'ont côtoyés ou rencontrés aux communautés non-violentes. Cela transparait dans sa critique des "quatre fléaux". 

   Son oeuvre se partage entre la poésie, le théâtre, le roman, les essais et les écrits purement philosophiques. Il est parfois difficile de dissocier ces deux dernières formes, tant la non-violence imprègne énormément de ses textes. Sans oublier de nombreuses préface et surtout de nombreux disques.

Parmi ses oeuvres poétiques, par lesquelles il commence à écrire, citons Ballades aux Dames du temps présent (1923), Conquiste du Vento publié à Florence (1927), Le Chiffre des choses (Robert Laffont, 1942, réédité chez Fata Morgane en 2001), Choix (Seuil, 1944) et La Baronne de Carins (Seuil, 1946).

Lanza del Vasto n'abandonne jamais vraiment le domaine du théâtre, avec Fantasia Notturna (publié à Florence en 1927), La Marche des rois (Robert Laffont, 1944), La Passion (Grasset, 1951), Noé (Denoël, 1965) et David Berger, Lion de Judas (1988).

Il rédige un roman, Gilles de Rais, publié de manière posthume au Editions éoliennes en 2001.

De nombreux essais et livres de philosophie constituent les pièces maîtresses de son oeuvre, bien plus connus que ses autres formes de livres : Judas (Grasset, 1938, réédité en 1992 chez Gallimard); Dialogues de l'Amitié (avec Luc DIETRICH, publié chez Robert Laffont en 1942, et réédité en 1993), Le Pèlerinage aux sources (Denoël, 1943, puis Gallimard, 1982), Vinoba, ou le nouveau pèlerinage (Denoël, 1954, puis Gallimard en 1982). Ces deux derniers livres constituent deux livres phares de son oeuvre.

Il faut mentionner également Pacification en Algérie, ou Mensonge et violence (édité clandestinement en 1960, puis publié chez L'Harmattan en 1988), L'Homme libre et les ânes sauvages (Denoël, 1969, réédité en 1987), L'Arche avait pour voilure un vigne (Denoël, 1978, réédité en 1982). Un livre concentre son goût pour les étymologies bien personnelles que l'on retrouvent également dans certains autres : Étymologies imaginaires (Denoël, 1985). 

Classés parfois dans le registre Philosophie, mais abordant bien des problèmes concrets pour l'action non-violente, il écrit également des oeuvres aussi marquantes que Principes et préceptes du retour à l'évidence (Denoël, 1945, réédité sous le titre Éloge de la vie simple chez Rocher en 1996), Commentaire de l'Évangile (Denoël, 1951, Le Rocher en 1994), interprétation là aussi très personnelle, quoique reprise assez souvent sous plusieurs variantes dans les mouvements chrétiens non-violents, Les Quatre fléaux, le livre qu'il faut lire si l'on veut bien cerner sa pensée, publié chez Denoël en 1959, réédité chez Le Rocher en 1993, ce dernier étant bien complété par Approches de la vie intérieure (Denoël, 1962, Le Rocher en 1992. Si l'on veut vraiment approfondir plusieurs facettes de ses réflexions, on peut s'atteler à la lecture de son Viatique, réédition chez Le Rocher en 1991, ensemble de quatre textes, dont l'ensemble fait plus de 400 pages. Qui peut être complété par la Trinité spirituelle, reprise en partie de sa thèse de doctorat, qui date de 1932-1935, dont une dernière édition a eu lieu en 1994, aux Éditions Le Rocher.

Bien entendu, sans vouloir épouser les méandres philosophico-religieux de sa pensée, beaucoup préfèrent lire Technique de la non-violence, paru chez Denoël en 1971 (réédition chez Gallimard en 1988). Dans le même esprit figurent Pour éviter la fin du monde (Le Rocher 1991), Les Quatre piliers de la paix (le Rocher, 1992) et Pages d'enseignement (Le Rocher, 1993). 

On ne compte pas les préfaces ni les disques, dont nombreux sont consacrés à l'Arche. 

 

Anne FOUGÈRE et Claude-Henri ROCQUET, Lanza del Vasto, Desclée de Brouwer, 2003. Arnaud de MAREUIL, Lanza del Vasto, Sa vie, son oeuvre, son message, Dangles, 1998. Jean-Paul FRANCESCHINI, Lanza del Vasto, Encyclopedia Universalis, 2014.

 

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