Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
1 novembre 2019 5 01 /11 /novembre /2019 08:47

   SALLUSTE ou Caïus Sallustius Crispus est un homme politique romain, et surtout un historien de premier plan. Comme tribum du peule, il entre en conflit avec POMPÉE et l'aristocratie, et est l'adversaire de CICÉRON.

    Sa biographie semble avoir été écrite par Q. Asconius Pedianus, mais elle ne nous pas parvenue. Issu, comme on a pu le reconstituer plus ou moins fidèlement, d'une famille de souche phébéienne, questeur en -55, tribum de la phèbe en -52, il soutient le parti des populares, appuyés par Jules CÉSAR et POMPÉE, contre les optimates, parti de Titus Annius MILON et de CICÉRON.

Ami de CÉSAR, il est chargé de mener la flotte romaine en Illyrie. Il est exclu alors du Sénat romain pour immoralité en -50. Il est battu par les pompéiens (-49).

De nouveau questeur, SALLUSTE peut réintégrer le Sénat et CÉSAR lui confie le commandement en Campanie, dont les légions se sont mutinées et il y est battu.

Sa carrière militaire est donc limitée et le domaine politique lui réussit un peu mieux : élu prèteur en -47, il accompagne CÉSAR en Afrique et, du fait de ses talents, se voir confier le gouvernement de la nouvelle province romaine de Numidie en -46/-45.

Après l'assassinat de CÉSAR en mars -44, SALLUSTE, voyant que sa carrière politique, elle aussi, se termine irrémédiablement, préfère se retirer de la vie publique et "profiter de la fortune que ses concussions lui avaient procurée". Militaire, il a toujours pour principe que "la paix est l'intervalle entre deux guerres", et par ailleurs, il estime que régner sur le peuple par la violence est "odieux".

 

Une oeuvre historique de référence

    Après la mort de son protecteur, SALLUSTE se consacre donc à ses écrits. Avec un style concis et un esprit méthodique, il écrit La conjuration de Catilina (qui relate le complot visant la prise du pouvoir et dénoncé par CICÉRON en -63) et surtout l'admirable Guerre de Jugurtha. Son Histoire, qui traite de l'histoire de Rome entre la mort de SYLLA en -78 et la victoire de POMPÉE contre les pirates en -67) en 5 livres, est hélas perdue, et seuls quelques fragments nous sont parvenus.)

   Dans La Guerre de Jugurtha, après avoir remonté en détail aux origines du conflit entre factions qui marquent Rome lorsque éclate la guerre contre le roi de Numidie (Maghreb oriental), il décrit et analyse les méthodes de combat utilisées par les rebelles numides. Fondée sur la surprise et la mobilité, la manière de combattre de Jurgutha remporte de grands succès au début du conflit. Mais bientôt, sous la direction du consul Gaïus MARIUS, les troupes romaines se réorganisent et s'adaptent aux conditions de l'adversaire tout en isolant progressivement celui-ci. Bien que l'objectif de SALLUSTE soit moins d'être ici un écrivain militaire qu'un observateur de la politique romaine, son ouvrage est considéré comme un modèle de description de la guerre irrégulière. (BLIN et CHALIAND)

    L'oeuvre de SALLUSTE marque pour les historiens un progrès par rapport à ses prédécesseurs, les analistes, tant pour la force narrative que pour la méthode historique : il s'efforce en effet d'expliquer les causes des événements politiques et les motivations des acteurs de l'Histoire. Certes, la chronologie et la géographie sont imprécises et souvent fautives, il n'est pas impartial (faisant partie des populares); mais est capable de reconnaitre les mérites de ses adversaires et les défauts de ses amis. Ses lecteurs modernes ne sont donc pas gênés par un apologétisme que l'on rencontre souvent chez les historiens romains. Il influence les historiens antiques postérieurs, notamment TACITE.

 

SALLUSTE, La Guerre de Jugurtha (traduction Nicolas GHIGLION), Éditions Allia, Paris 2017; La conjuration de Catilina, La guerre de Jugurtha, Fragments des histoires, Les Belles Lettres, Paris, 2003. Extrait de La guerre de Jugurtha, La Guerre de Guérilla, XLIII à LXI, traduction de F. RICHARD, de l'édition Garnier-Flammarion de 1968, dans Anthologie mondiale de la stratégie, Robert Laffont, 1990.

Donald EARL, The Political Though of Sallust, Cambridge, 1961. Viktor POSCHI, Sallust, Darmstadt, 1970. Ronald SYME, Sallust, Berkeley, CA, 1964.

Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, Dictionnaire de stratégie, tempus, 2016.

 

 

Partager cet article
Repost0
29 octobre 2019 2 29 /10 /octobre /2019 09:42

    Erwin Johannes Eugen ROMMEL est un général allemand, officier pendant plus de trente ans, dans l'armée de terre, au service des régimes politique qui se succèdent, Empire allemand, République de Seimar, Troisième Reich. Il jouit d'une excellence réputation chez les stratèges et les historiens militaires, qu'il se forge au cours de la Deuxième guerre mondiale en s'illustrant dans le désert lybien.

 

Deux carrières militaires successives de premier plan

   Engagé  en 1910 dans l'armée, comme élève officier, lieutenant en 1912, le jeune ROMMEL combat sur divers fronts pendant la Première guerre mondiale, à l'issue de laquelle il est décoré. Il combat notamment en Belgique, en Argonne, puis dans les troupes de montagnes, et ensuite sur le front de l'Est dans les Carpates avant de faire partie des sept divisions envoyées en renfort à l'armée autrichienne qui subi de lourdes pertes sur le front italien depuis 1915. En janvier 1918, ROMMEL est affecté à son regret, lui qui préfère le terrain, à l'état-major du 64e corps d'armée à Colmar sur le front français. Comme bon nombre d'officiers du Reich, il voit l'armistice du 11 novembre 1918 comme une trahison des politiques vis-à-vis de l'armée, car, pour lui, l'armée allemande n'a pas été réellement vaincue.

En juillet 1919, le capitaine ROMMEL prend le commandement d'une compagnie de sécurité intérieure à Friedrichshafen, d'abord avec difficulté (volonté des hommes d'élire un officier politique, ceux-ci étant en majorité d'anciens marins "rouges") puis grâce à son talent oratoire il parvient à les faire défiler.

Après avoir abandonné la carrière militaire pour poursuivre des études universitaires à Tubingen, il adhère à la SA et milite pour le national-socialisme. Avec l'arrivée au pouvoir de HITLER, ROMMEL entame une seconde carrière militaire. Son ascension est fulgurante, comme d'ailleurs nombre de militants nationaux-socialistes, bien moins compétents que lui d'ailleurs. Colonel, directeur d'une école militaire, il participe à la campagne de France en 1940 à la tête d'une division blindée, la "division fantôme", avant d'être nommé général par le Führer que le place à la tête de l'Afrikakrops.

Là, il a pour mission de sauver une situation, en Afrique du Nord, compromise par les armées italiennes. Après une série de victoires, il est finalement battu par MONTGOMERY à El-Alamein en Égypte, en 1942, et doit se replier sur la Tunisie. En 1943, il prend le commandement des armées allemandes en Italie du Nord avant de se retrouver sur le mur de l'Atlantique. En juin 1944, il ne parvient pas à endiguer le débarquement des forces alliées en Normandie, dont il avait prévu la localisation géographique (sans être entendu). Il participe au complot contre HITLER du 20 juillet 1944, sans y prendre part de manière active, et deux mois plus tard, se suicide par empoisonnement sur les ordres du führer.

     ROMMEL est connu pour ses exploits dans la guerre du désert où il se montre meilleur tacticien qua stratège. Il sait parfaitement s'adapter aux circonstances bien particulières de la guerre dans le désert, mais ses choix stratégiques lui coûtent la victoire. Sur un espace gigantesque et sur un terrain accidenté, ses armées effectuent de larges mouvements d'allers-retours et pratiquent une tactique de combat tourbillonnaire. ROMMEL sait surprendre l'ennemi et est passé maître dans l'art de la feinte. Il parvient à surpasser ses adversaires dans des circonstances difficiles où les contraintes physiques sont énormes. Les lignes de communication dans le désert sont très étendues, et la difficulté à concentrer les efforts est extrême. D'autre part, les ravitaillements - en armes, en munitions, en carburant et en moyens de survie - sont insuffisants (notamment à cause de la stratégie hitlérienne sur deux fronts...). ROMMEL combat avec des moyens très limité contre un adversaire largement supérieur en moyens matériels et humains, et de surcroit de plus en plus ravitaillé. (BLIN et CHALIAND)

 

Un faible engagement politique surestimé par les partisans de l'arrêt de la guerre

    ROMMEL, comme de nombreux officiers allemands ne cache plus en 1944 qu'il fallait négocier une paix séparée avec les Alliés occidentaux, sous peine d'une défaite totale au bénéfice de l'URSS. S'il a des contacts réguliers avec la frange d'officiers décidés à écarter HITLER di pouvoir, il ne souhaite pas son exécution, et les premiers ont peine à l'en convaincre. Blessé grièvement quelques jours plus tôt dans le mitraillage de sa voiture, il ne participe pas à l'attentat du 20 juillet. Il n'est donc pas inquiété lors des arrestations de juillet et d'août. il est forcé de se suicider, en échange de la préservation de son honneur et du respect de sa famille, ce qui préserve aussi les officiers nazis des contre-coups d'incarcération d'un maréchal devenu très populaire.

Très légaliste, ROMMEL ne prend pas part réellement au complot, et il se situe dans la stricte tradition des officiers allemands, discipliné et s'opposant très peu à HITLER dans l'élaboration de la stratégie globale, même s'il pointe de temps à autres les carences graves menant à la défaite, tant en Afrique qu'en Normandie.

 

Une postérité persistante

    Erwin ROMMEL, dès les années 1950, est une figure populaire et en partie mythique. Celle-ci se développe sous le Troisième Reich, mais perdure après-guerre avec le soutien notable de la presse britannique et du cinéma américain. Il incarne aux yeux de l'opinion publique la prétendue "Wehrmacht aux mains propres". Ses deux livres sont publiés maintes fois, même si leur intérêt est surtout dans la description des manoeuvres militaires pendant la Seconde Guerre mondiale.

Dans L'infanterie attaque, paru en 1937, il expose la tactique militaire, surtout à l'chelle des petites unités d'infanterie, notamment à l'échelle du Gruppe (escouade), en s'appuyant sur son expérience au sein du Sturmtruppen. Il développe son expérience en tant que lieutenant d'infanterie d'abord en France de 1914 à 1916, principalement en Lorraine, puis en Roumanie de 1916 à 1917. Il détaille ensuite son implication dans la bataille de Caporetto en Italie.

La Guerre sans Haine est un ouvrage recueillant les notes prises jour après jour par le général ROMMEL lors de ses différentes campagnes pendant la Seconde guerre mondiale. Elle sont organisées et annotées par Fritz BAYERLEIN. Le dernier chapitre, portant sur les derniers jours du général, est écrit par son fils Manfred ROMMEL. La première édition parait en 1953. la première traduction française date de 1960. Il se montre plus tacticien sur le terrain qu'autre chose de manière générale. Mais dans un chapitre intitulé "Règles de la guerre du désert", il se révèle non seulement praticien de grand talent mais également comme penseur de la guerre.

 

Erwin ROMMEL, L'infanterie attaque, éditions Le Polémarque, 2012 ; La Guerre sans haine, carnets présentés par Basil Liddel-Hart, Amiot Dumont, 1953, rééditions Le Livre contemporain Châtillon-sous-Bagneux, 1960 et Nouveau Monde Editions, 2012, 2018. "Régles de la guerre au désert" sont publiées dans l'Anthologie mondiale de la stratégie, Robert Laffont, 1990.

Benoît LEMAY, Erwin Rommel, Paris, 2009. Robert LEWIN, Rommel as Military Commander, Princeton, 1968. F. GAMBIEZ et M. SUIRE, L'Épée de Damoclès, la guerre de style indirect, Paris, 1967.

Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, Dictionnaire de stratégie, tempus, 2016.

 

 

 

   

Partager cet article
Repost0
26 octobre 2019 6 26 /10 /octobre /2019 12:22

       Henri II de ROHAN est un membre de la puissante maison bretonne des ROHAN, convertie au protestantisme. Chef de guerre des rébellions huguenotes contre le pouvoir royal catholique, il est des principaux acteurs des guerres de religion de son époque.

Homme de guerre, stratège et écrivain militaire, Henri de ROHAN est formé à l'école néerlandaise, la plus moderne de son temps. Il combat auprès de Maurice de NASSAU, puis travaille pour le compte de RICHELIEU qui le charge de conquérir la Valteline (Italie). Il meurt au combat à Rheinfeld, après un exil et un rappel de Bernard de SAXE-WEIMAR, allié de la France, pour combattre les Allemands.

Il rédige deux traités de stratégie qui ont un grand succès, durant son exil après la chute de LA ROCHELLE et la signature de la Paix d'Alès en 1629 : Le parfait capitaine (1631) et Le Traité de la guerre (1636).

     Comme d'autres stratèges avant lui (notamment MACHIAVEL) et après (FOLARD, Ardant du PICQ), il est résolument tourné vers l'Antiquité romaine où il puise les sources de sa pensée stratégique. Henri de ROHAN porte un intérêt profond à la personne de Jules CÉSAR qui incarne, selon lui, le parfait capitaine tel qu'il le décrit dans son livre. Il souligne en particulier les qualités de commandement de CÉSAR qui était capable de vaincre des armées plus puissantes que la sienne et, surtout, qui ne se décourageait jamais. Cette science de la guerre et cette volonté exceptionnelles de CÉSAR lui rappellent son autre grand maître, contemporain, Maurice de NASSAU.

La doctrine de guerre que le duc ROHAN développe d'après ses observations historiques et personnelles favorise l'offensive et la recherche de la bataille décisive. Il attache une importance toute particulière à l'organisation de l'armée, à la formation et à l'entrainement des soldats ainsi qu'aux problèmes liés à la logistique. Il préfère une armée de taille modeste mais très mobiles et bien renseignée. Comme stratège et théoricien de la guerre, il a une grande influence sur TURENNE et CONDÉ. Son souci d'organiser les armées d'une manière plus rationnelle et efficace qu'auparavant se retrouve chez RICHELIEU puis chez Le TELLIER et LOUVOIS. (BLIN et CHALIAND)

    Henri de ROHAN rédige également, en exil, s'installant à Venise, alors alliée de la France, en y mettant à son service son talent militaire, L'Apologie du duc de Rohan sur les derniers troubles de la France, plaidoyer pro domo sur sa fidélité à la France. Dans cette ville et à Padoue, il compose également ses Mémoires, publiée après sa mort en 1644, où il se justifie longuement de ses échecs, par la division de la communauté réformée? Il y rassemble ses différents discours et divers traités, dont De l'intérêt des princes et états de la chrétienté, publié en 1634, et Le parfait capitaine, en 1636 (il en existe en fait plusieurs versions, suivant la date de publication), excellentes contributions, et appréciées par de nombreux auteurs comme tels, même s'ils ne font pas partie de sa confession, à la littérature politique du XVIIe siècle.

 

Henri de ROHAN, Mémoires du duc de Rohan, réédition de 2010, Éditions Ampelos ; Le parfait capitaine ; De l'intérêt des princes et des États de la chrétienté, réédition PUF, 1995 ; voyage du duc de Rohan fait en l'an 1600 en Italie, Allemaigne, Pays-Bas Uni, Angleterre et Escosse, disponible sur le site Gallica de la BnF. 

Eugène CARRIAS, La Pensée militaire française, Paris, 1960.

Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, Dictionnaire de stratégie, tempus, 2016

 

Partager cet article
Repost0
25 octobre 2019 5 25 /10 /octobre /2019 12:07

    Ce membre de la grande famille des PUYSÉGUR est un officier général et un gentilhomme français, élevé à la dignité de maréchal de France par LOUIS XV en 1734. Descendant d'une lignée de gentilhommes originaires de Gascogne, il sert dès 17 ans au régiment d'infanterie du roi (1600-1682), ne quittant jamais le service jusqu'à sa mort.

 

    Il participe à la bataille de Fleurus (1680), sous les ordres du maréchal de LUXEMBOURG. Lieutenant général de plusieurs place-forte des Pays-Bas, avant d'être nommé maréchal de France après la guerre de Succession polonaise. Il rédige, de 1693 à 1742, un traité militaire qui n'est publié qu'après sa mort, sous le titre de L'Art de la guerre par principes et par règles.

   Pour PUYSÉGUR, la guerre représente l'activité humaine le plus importante, mais son étude est par trop négligée, les stratèges et les soldats se contentant de faire la guerre en fonction de leur expérience personnelle et de leurs habitudes. Déçu par l'absence d'une théorie réellement universelle de la guerre, il se propose de pallier ce manque en offrant ses propres réflexions sur le sujet. Utilisant les ouvrages classiques ainsi que les principes de MONTECUCCOLI et les Mémoires de TURENNE comme bases théoriques, il élabore sa propre méthode, fondée en grande partie sur une étude approfondie de cas historiques. Pour illustrer ses propos, PUYSÉGUR décrit une campagne fictive qu'il situe entre la Loire et la Seine où s'affrontent deux armées composées de 100 bataillons et de 200 escadrons chacune.

Le grand stratège de son époque est VAUBAN dont la maitrise de la science des sièges et des fortifications est inégalée. De manière générale, PUYSÉGUR subit l'influence de son environnement intellectuel, et, dans le domaine spécifique de la guerre, celle de VAUBAN. Il est convaincu que l'approche géométrique de ce dernier peut trouver son application dans d'autres domaines de la tactique, un bon plan de guerre pouvant être formulé de manière certaine avant même le début des hostilités. Une connaissance profonde du terrain et de l'adversaire doit permettre de bien organiser ses troupes en fonction des données du moment. Le rôle principal du commandant en chef est d'adopter les ordres de bataille nécessaires et de faire avancer ses troupes "dans les règles les plus parfaites des mouvements". Selon lui, l'armée en mouvement doit être semblable à une fortification mouvante dont toutes les composantes agissent en accord les unes avec les autres et s'orientent vers le même but.

Cette conception de la guerre est popularisée par son contemporain Jean-Charles FOLARD (dont les écrits sont publiés avant le traité de PUYSÉGUR). Contrairement à FOLARD ou MENIL-DURAND, il comprend l'importance du feu dans le combat moderne, en particulier son potentiel de destruction, le feu et le choc étant tous deux nécessaires à la victoire. Outre la supériorité intrinsèque du commandant et sa connaissance approfondie de l'art de la guerre, la victoire s'obtient grâce à la supériorité numérique, à une meilleure capacité à s'adapter au terrain et aux qualités morales des troupes. (BLIN et CHALIAND).

     PUYSÉGUR s'interroge - longuement - sur le bien-fondé de la suppression des piques et des mousquets au profit du fusil à baïonnette. Il participe au débat - intense dans les instances politiques et économiques (l'enjeu est grand pour les arsenaux...), en faveur du fusil, tout en insistant sur l'importance toujours actuelle en son temps, du choc (et donc d'avoir des piques pour les soldats...).

 

Jacques-François de Chastenet de PUYSÉGUR, Art de la guerre, par principes et par règles, Paris, Charles Antoine Jombert, 1742, en deux volumes ; réédition par Hachette Livre - Bnf, 2018. Disponible sur le site Gallica. Extrait A propos de Turenne et des différents types de guerres, à partir de L'Art de la guerre, Lishenne et Sauvan, Bibliothèque historique et militaire, tome V, Paris, 1844, dans Anthologie mondiale de la stratégie, Robert Laffont, collection Bouquins, 1990.

Eugène CARRIAS, La Pensée militaire française, Paris, 1960. Robert Quimby, The Blackground of Napoleonic Warfare, The Theory of Military Tactics in 18e Century France, New York, 1957.

Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, Dictionnaire de stratégie, tempus, 2016.

Partager cet article
Repost0
23 octobre 2019 3 23 /10 /octobre /2019 07:17

       PROCOPE DE CÉSARÉE est un rhéteur et historien byzantin. Secrétaire et conseiller du général byzantin BÉLISAIRE, il l'accompagne dans la campagne contre les Perses (532) et dans l'expédition en Afrique du Nord contre les Vandales (533-534), et également dans la campagne contre les Ostrogoths en Italie (540). Il est l'auteur d'ouvrages comme Les Guerres de Justinien, Sur les monuments et d'Histoire secrète de Justinien.

 

Une carrière de secrétaire

    Né à Césarée de Palestine, ville cosmopolite où se mêlent chrétiens, juifs et samaritains, il étudie les oeuvres des classiques grecs et la rhétorique et devient en 527, première année du règne de l'empereur JUSTINIEN, le secrétaire particulier du général BÉLISAIRE, commandent en chef des armées. On connait surtout de lui ses pérégrinations lors des campagnes de BÉLISAIRE et de NARSÈS (en Italie) et qu'il est ensuite préfet à Constantinople (562). On peut penser, étant au courant des conflits entre BÉLISAIRE et JUSTINIEN, et vu les écrits sur le règne de cet empereur, qu'il se trouvait entre les deux. Son Histoire secrète de JUSTINIEN, qui dresse un portrait peu flatteur de l'empereur et surtout de THEODORA, inachevé, n'est connu qu'après sa mort. Ce qui explique qu'il est, à la suite des Guerres de Justinien, récompensé par l'empereur et qu'il commence en retour la rédaction de Sur les monuments, lui aussi inachevé...

 

Une oeuvre de référence

    Ses écrits sont la principale source d'information sur le règne de l'empereur Justinien. PROCOPE DE CÉSARÉE est le témoin privilégié de la reconquête initiée par l'empereur.

Les 8 livres qui composent ses Guerres de Justinien se divisent en 3 parties, vraisemblablement publiées en un tout en 551 :

- Les guerres contre la Perse, la relation de la lutte entre les Byzantins et le Perses (Empire sassanide) jusqu'en 549 et dont aucun des adversaires ne sort véritablement vainqueur (les deux premiers livres qui comportent une préface, tirée d'HÉRODOTE et de THUCYDIDE)  ;

- La guerre contre les Vandales (d'Afrique du Nord) et les événements entre 532 et 548, qui se terminent par la défaite complète des Vandales, leur royaume étant anéanti (les deux livres suivants) ;

- Les guerres gothiques qui couvrent la période 536-551, au cours de laquelle les Ostrogoths sont battus en Sicile et en Italie méridionales (les trois livres suivants, les plus longs) .

   Il est probable que si PROCOPE n'avait pas été byzantin, il eût tenu, dès le siècle dernier, comme l'un des historiens de l'Antiquité. Peu d'historiens latins peuvent être perçus comme plus considérables. Et, sur le plan militaire, ses Guerres sont remarquables pour comprendre l'intelligence des campagnes comme pour apprécier les qualités tactiques de la cavalerie byzantine. (BLIN et CHALIAND).

    L'Histoire secrète de Justinien est en si parfaite contradiction, par son dénigrement, avec les propos flatteurs tenus par l'auteur dans les Guerres de Justinien et Sur les monuments, que certains auteurs se sont interrogés sur son attribution. Mais sur le plan des faits, ils ne se contredisent pas et PROCOPE explique pourquoi dans la préface ce livre ne pouvait être publié de son vivant.

 

    Plusieurs auteurs contemporains se sont inspirés de lui, comme JEAN LE LYDIEN, Marcellinus COMES (le comte MARCELLIN), Jean MALABAS, Pierre le PATRICE, Hésychios de MILET, ce dernier étant l'auteur de trois ouvrages importants, dont une histoire romaine et générale et un dictionnaire biographique des écrivains et artistes classés par ordre alphabétique. Jusqu'au début du VIIe siècle, historiens et chroniqueurs se relaient pour décrire les faits et gestes des empereurs.

 

PROCOPE DE CÉSARÉE, Histoire secrète, Les Belles Lettres, 1990 ; La Guerre contre les Vandales, Les Belles Lettres, 1990 ; Constructions de Justinien 1er, Alexandrie, Edizioni dell'Orso, 2011 ; Histoire des Goths, Les Belles Lettres, 2015. On peut trouver des textes sur le site remacle.org. Extraits de La Guerre des Perses et de La Guerre des Goths, traduit de History of the Wars, Washington Square Press, 1967, par Catherine Ter SARKISSIAN, dans Anthologie mondiale de la stratégie, Robert Laffont, collection Bouquins, 1990.

Averil CAMERON, Procopius and the Sixth Century, Berkeley, 1985.

Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, DIctionnaire de stratégie, tempus, 2016.

 

Partager cet article
Repost0
19 octobre 2019 6 19 /10 /octobre /2019 08:25

    POLYEN est un historien grec, rhéteur et écrivain militaire. Avocat à Rome sous le règne de MARC AURÈLE et de LUCIUS VERUS, Il est l'auteur d'un ouvrage de compilation, adressé à ce dernier lorsqu'il part en campagne contre les Parthes (162), Stratagèmes ou ruses de guerre.

    Cette compilation très inégale recense les ruses les plus célèbres des Grecs, des Romains et des "barbares". Il y décrit notamment les ruses et stratagèmes employés par ÉPAMINONDAS à Leuctres, par ALEXANDRE au siège de Tyr et par Jules CÉSAR lors de la guerre des Gaules.

Ce texte est plus qu'un simple recensement des diverses ruses et stratagèmes de l'Antiquité. POLYEN décrit en détail certaines stratégies, comme celle employées par les Carthaginois lors des guerres puniques, où il n'omet ni les manoeuvres politiques ni les actions diplomatiques des protagonistes. S'il est loin d'égaler THUCYDIDE dans son analyse pénétrante, il offre au lecteur une palette extrêmement variée des faits militaires, plus ou moins connus, accomplis - véritablement ou selon la légende - pendant la période où naît et se développe la stratégie occidentale de l'ère classique.

Les huit Livres que comprend ce texte constituent un témoignage intéressant pour l'histoire grecque et romaines, principalement pour les périodes classiques mais aussi hellénistiques, pour également celle des Scythes ou des Perses : il rassemble environ 900 récits d'historiens perdus, particulièrement ÉPHORE DE CUMES et NICOLAS DE DAMAS.

 

POLYEN, Ruses et stratagèmes, traduit par Gui-Alexis LOBINEAU, commenté par Benoit CLAY, Paris, éditions Mille et une nuits, 2011. Un second ouvrage du même auteur et du même traducteur, Ruses de femmes est publié l'année suivante par la même maison d'édition.

Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, Dictionnaire de stratégie, tempus, 2016.

 

Partager cet article
Repost0
17 octobre 2019 4 17 /10 /octobre /2019 14:30

   Polybe est un homme d'État et un théoricien grec, né à Mégapolis en Arcadie et pris en otage en 190 à Rome. Pris comme précepteur personnel de Scipion Émilien, il joue dans le cercle des Scipion un grand rôle dans l'intégration de la Grèce centrale à la République romains après la victoire romaine sur la ligue achéenne en 146 av. J.C. Il est connu comme l'auteur de nombreux textes, notamment de l'Histoire générale. Son oeuvre d'historien retrace l'ascension de Rome, qu'il admire pour sa constitution mixte et son régime mêlant monarchie avec les consuls, oligarchie avec le Sénat, et démocratie avec les comices et les tribuns, notamment dans les années 264 et 146 av. J.C., moment critique qui voit la cité italienne devenir puissance méditerranéenne dominante, puis véritable empire territorial. L'ouvrage est un modèle de narration historique fondée à la fois sur l'enquête, la recherche et la réflexion.

 

 Une carrière au service des Scipions

     Hipparque (commandant de cavalerie) de la Confédération achéenne entre 180 et 190, POLYBE est l'un des mille notables achéens déportés à Rome après la défaite de PERSÉE DE MACÉDOINE. A  Rome, POLYBE a la bonne fortune de faire partie des familiers du général romain SCIPION ÉMILIEN. Il devient le mentor de ce deernier et séjourne à Rome près d'une quinzaine d'années (167-150). Il est possible qu'il accompagne SCIPION en Espagne (151) puis en Afrique. Sa présence est attestée lors de la campagne qui mène au siège et à la destruction de Carthage (146). Après cette date, peu d'événements de sa vie nous sont connus. Même lorsqu'il est libéré et autorisé à retourner en Grèce, il préfère revenir très vite à Rome. Le livre de POLYBE consacré à la tactique est perdu, de même qu'une importante partie de son ouvrage principal.

Le rôle de l'historien, selon POLYBE, consiste à collationner et à étudier des documents, à connaître le terrain géographique de l'action et à ses servir de ses connaissances historiques et de son expérience politique. Il a accès à des sources privées comme à de nombreuses sources orales. Il fréquente à Rome la plus haute société romaine, connait et fréquente les hommes politiques les plus importants de son temps, à l'instar de CATON L'ANCIEN. Par ailleurs, il voyage largement et jouit d'une solide expérience politique. La fortune et son talent le placent au plus près des centres de décisions militaires. POLYBE demeure le grand historien de la montée de l'impérialisme romain et un fin observateur des qualités de l'armée romaine. Il est considéré avec THUCYDIDE dont il est en quelque sorte l'héritier, comme le plus grand historien de l'antiquité gréco-romaine.

 

Des livres passés à la postérité

   Malgré la perte d'une partie de son oeuvre, nous avons un aperçu de l'ampleur de son érudition et de ses connaissances,. La dernière partie de sa vie est consacrée à la rédaction de sa grande oeuvre, les Histoires, en 40 livres où il mène de front l'histoire de Rome et celle des États contemporains tels les monarchies lagide, seulécide et attalide. Seuls 5  livres de cette oeuvre sont parvenus en intégralité jusqu'à nous, mais on possède aussi des fragments considérables des autres livres, notamment le livre IV. Dans cet ouvrage, il veut montrer comment et pourquoi les nations civilisées du monde sont tombées sous la domination de Rome.

   Outre les Histoires nous sont connus d'autres oeuvres mineures. Par exemple un Éloge de Philopoemen en 3 livres, servant probablement de livre d'exemple du bon commandement pour son élève SCIPION ÉMILIEN. Également un Traité de tactique, mentionné par ARRIEN et ELIEN LE TACTICIEN. Il recommande dans ce traité que le chef de guerre soit versé et connaisseur de l'astronomie et de la géométrie entre autres. Son traité de tactique s'intéresse probablement aussi aux qualités techniques et morales du chef : solution de terrain, poliorcétique, gestion de l'action. Le manuel contient probablement des conseils de siège importants, faisant le pendant à l'approche défensive (celle qui nous est parvenue) d'ÉNÉE LE TACTICIEN. C'est d'ailleurs certainement pour cette connaissance fine de l'art deu siège que POLYBE est requis pour les travaux relatifs à la prise de Carthage et de Numance. 2galement un Traité sur les régions équatoriales et un écrit intitulé Guerre de Numance, tous perdus.

 

Les Histoires

   Le but de l'ouvrage est exposé dans l'introduction : "Qui donc serait assez stupide ou frivole pour ne pas vouloir connaître comment et par quel mode de gouvernement presque tout le monde habité, conquis en moins de 53 ans, est passé sous une seule autorité, celle de Rome, fait dont on ne découvre aucune précédent?" Il s'agit de l'histoire du triomphe de Rome sur Carthage et de l'expansion romaine dans l'Orient grec, qui en est la conséquence. Pour POLYBE, il s'agit tout particulièrement d'une réflexion sur les causes et les modalités de la perte de l'indépendance de sa patrie.

 

Une méthode historique renouvelée inspirante jusqu'à nos jours.

   POLYBE met au service de cette grande oeuvre une méthode neuve, rigoureuse et hardie. Pour lui, l'histoire est une discipline scientifique, qui ne doit pas grand chose par exemple à la divination et aux oracles qui imprègnent pourtant encore à son époque jusqu'aux chefs militaires. Il ne tente pas de faire de la grande littérature ; son style est plutôt médiocre, banal, lourd, sans art. Il critique d'ailleurs sans ménagement ceux de ses prédécesseurs qui préfèrent l'effet de style ou le pathétique à l'exactitude et à la précision. Il n'entend pas non plus faire oeuvre de propagande, comme le font beaucoup d'hommes politiques lettrés de son temps. Son récit se fonde sur les faits et les témoignages, et est guidé par une réflexion d'ensemble comme par sa connaissance de la véritable géographie du monde connu. A la suite de THUCYDIDE, il distingue les causes immédiates, les prétextes, et les véritables causes, moins apparentes. Certes, il attache une grande importance aux forts personnalités, telles que SCIPION ou HANNIBAL. Il étudie essentiellement les faits militaires et politiques, mais il sait toujours dépasser le plan anecdotique. A la suite d'ARISTOTE, il voit le poids des structures politiques et leur évolution. Le lecteur moderne remarque avec grand intérêt que les faits économiques et sociaux ne lui sont pas du tout étrangers. Il comprend l'importance du dépeuplement, l'oliganthropie, dans le déclin de la Grèce. Surtout, il montre le rôle qu'a joué l'avidité des négociants romains dans le développement de l'impérialisme, l'importance, dans cette politique, de la recherche des capitaux et de la spéculation.

L'évolution de la méthode historique lui doit donc beaucoup. Pourtant, on doit constater, en l'état de notre documentation, qu'il n'a pas fait école. Ses successeurs lui sont très inférieurs, comme le montre le cas de TITE-LIVE qui utilise son oeuvre pour son Histoire de Rome, mais sans parvenir à égaler la rigueur de sa méthode et l'ampleur synthétique de son jugement. (Claude LEPELLEY).

Son très riche livre est beaucoup pillé par la suite, comme par POSIDONIOS d'APANÉE et STRABON.

Ce sont surtout les historiens du XIXe siècle qui reconnaissent plus tard en lui un précurseur.

Il s'apparente à HÉRODOTE par bien des côté (rationalisme qui n'évite pas le recours au principe métaphysique de la "fortune" ou de la destinée).

 

POLYBE, Histoire, traduction et présentation de D. ROUSSEL, collection La Pléiade, 1970, réédition 1988 ; Histoires, édition (bilingue) de Paul PEDECH, Les Belles Lettres, en 10 volumes, 1961-1990. Extraits (Bataille de Trasimène et Bataille de Cannes, Livre III, dans Anthologie mondiale de la stratégie, Robert Laffont, collection Bouquins, 1990.

Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, Dictionnaire de la stratégie, tempus, 2016. Claude LEPELLEY, Polybe, dans Encyclopedia Universalis.

Paul PEDECH, La méthode historique de Polybe, Paris, 1964.

 

 

  

Partager cet article
Repost0
12 octobre 2019 6 12 /10 /octobre /2019 11:48

     Christine de PIZAN ou Christine de PISAN, est une philosophe et poétesse française, de naissance vénitienne. Elle est considéré comme la première femme écrivain de langue française ayant vécu de sa plume. Son érudition la distingue des écrivains de son époque, hommes ou femmes. Auteure prolifique, elle compose des traités de politique, de philosophie et des recueils de poésie, notamment entre 1400 et 1418. Elle est souvent citée par les auteures féministes. Elle est remarquée pour ses études sur la situation de la France de son époque.

 

Une femme à l'encontre des préjugés de son temps

    Son père Thomas de PIZAN (Tommaso di Benvenuto da PIZZANO), médecin réputé et conférencier d'astrologie (à cette époque médecine et astrologie vont souvent de pair, dans les études comme dans les professions) à l'université de Bologne, est appelé à Paris par Charles V en 1386. Plongée dans l'univers de la cour royale, Christine PIZAN, qui a hérité de son père son goût pour les études, profite de l'instruction dispensé par son père, dans la mesure du possible (la grammaire plutôt que les sciences...), et subit l'éducation donnée alors aux jeunes filles de la noblesse. Elle commence vite à composer des pièces lyriques très admirées. Mariée (1380) par son père à Étienne CASTEL, lequel, homme savant et vertueux, notaire du roi, éloigné de la cour après la mort du roi (la même année), meurt en 1387, la laissant veuve. Ne se remariant pas malgré sa détresse matérielle (attirant sur elle de ce fait méfiance et racontars), elle élargit le champ de ses études (1390-1399) et à partir de sa rencontre avec le livre de BOÈCE en octobre 1402, se converti à la philosophie et aux sciences. Elle s'intéresse à l'Histoire, domaine fort peu prisé, et à la poésie, et grâce aux commandes et à la protection de puissants comme Jean de BERRY et le duc Louis 1er d'Orléans, elle conquis une place dans le monde des courtisans, des savants, des hommes cultivés et des gens de pouvoir, que ce soit dans l'Église ou dans les cercles politiques (souvent les mêmes...). Se cantonnant à l'écriture, et n'affichant pas d'ambitions politiques particulières, elle convainc par ses convictions et son érudition peu commune pour l'époque, même parmi les hommes. Elle discute ainsi avec Jean de GERSON (1364-1429) menant une carrière ecclésiastique autant que politique, qu'elle soutient dans la querelle sur le Roman de la Rose de Jean de MEUNG. Lors de cette querelle, elle polémique avec de grands intellectuels comme Jean de MONTREUIL (1354-1418), admirateur de la culture antique, et qu'on désigne souvent comme le premier humaniste français, ou encore GONTIER et Pierre COL...

  Dans la première décennie du XVe siècle, Christine de PIZAN est une écrivaine renommée, en France comme ailleurs en Europe. Elle ne peut malgré son souci de rester en dehors des conflits directement en prise avec les problèmes de succession royale, éviter les choix politiques. En 1418, au moment de la terreur bourguignonne, elle trouve refuge dans un monastère. La victoire à Orléans de Jeanne d'ARC lui redonne l'espoir ; elle rédige en son honneur le Diété de Jeanne en 1429, avant de mourir peu de temps après.

   Christine de PIZAN est d'abord poétesse et c'est grâce à ses oeuvres de poésie qu'elle se faite connaitre et assure en même sa subsistance. Organisés dans des recueils, ses poèmes s'inspirent directement de son expérience personnelle. Elle est au sommet dans la littérature de l'art de la ballade. Des aspects pré-féministes y percent parfois, renforcés nettement dans ses écrits didactique et éducatif. Il met l'accent sur la fonction éducative des femmes et certains considèrent son intervention dans la polémique à propos du Roman de la Rose comme un manifeste, sous une forme primitive, du mouvement féministes (Epistre ou Dieu d'Amours (1399), Dit de la rose (1402), critique de la seconde partie du Roman de la Rose. Elle écrit également dans des domaines alors considéré du domaine réservé aux hommes, sur le religieux et le militaire.

 

Une écrivain prolifique dans le domaine de la stratégie

   Dans son enfance, elle suit son père, astrologue de renon, qui part pour la cour de France peu après la naissance de sa fille. Sa vie est marquée par les troubles politiques et religieux liés à la guerre de Cent Ans, notamment la débâcle d'Azincourt de la chevalerie française devant les archers anglais. Elle subit également les conséquences des guerres civiles de Bourgogne et d'Orléans.

Toute son oeuvre est dominée par la force d'un patriotisme d'avant la lettre qu'elle perçoit comme l'unique remède aux nombreux maux qui frappent le pays. C'est dans ce contexte d'insécurité qu'elle rédige son traité de stratégie, Le Livre des faits d'armes et de la chevalerie, en 1409. Peu après, elle écrit ses Lamentations sur les maux de la guerre civile (1410) et le Livre de la paix (1412).

Le Livre des faits d'armes est avant tout une récapitulation de la pensée stratégique classique que l'auteur amalgame aux doctrines contemporaines sur l'éthique de la guerre. Christine de PISAN subit l'influence des Anciens comme Flavius VÉGÈCE, Jules FRONTIN et Valerius MAXIME, et celle d'auteurs contemporains comme Honoré BONET, auteur de L'Arbre des batailles (1388). Il est divisé en 4 parties, les deux premières étant consacrées aux stratèges romains avec quelques allusions aux événements contemporains. Les deux dernières parties traitent des lois qui gouvernent civils et militaires et des lois qui régissent les relations entre nations. Les passages les plus intéressants de ce traité sont composés sous forme de dialogues entre Christine de PISAN et des contemporains anonymes. L'analyse commence par un débat sur la guerre juste. L'auteur dresse ensuite le portrait du commandant idéal et suggère que sa présence sur les champs de bataille n'est pas toujours indispensable. Cette admiratrice de Jeanne d'ARC s'intéresse également à l'éducation militaire des jeunes hommes, qui, pense-t-elle, doit être accompagnée d'une forte discipline. Elle fait la distinction entre les jeunes gens d'origine aristocratique et les autres. Les premiers doivent être entrainés à l'art de la chevalerie, les seconds au tir à l'arc. Suit une analyse sur les fortifications et les sièges qui décrit en détail l'état de la technologie militaire du début du XVe siècle. L'intérêt de son ouvrage est qu'elle minimise l'approche ritualisée et individualiste du combat, incarnée par les exploits du chevalier, au profit d'une conception plus pragmatique de la guerre, marquée par la discipline, la cohésion et la loyauté envers le prince.  Ce constat annonce déjà, même timidement, les changements qui interviennent plus tard au cours du siècle suivant et qui aboutissent aux réformes proposées par MACHIAVEL. (BLIN et CHALIAND)

 

Une oeuvre oubliée et redécouverte

    Son oeuvre, dans l'ensemble, est ensuite oubliée, mais est redécouverte à la Renaissance, utilisée également, avant de retomber de nouveau dans l'oubli, comme appartenant à une époque aux critères techniques et esthétiques révolus. Elle n'est pas ignorée, mais plus très accessible directement.

C'est seulement au XIXe siècle et dans les premières années du XXe que sont exhumées ses ouvrages et certains bénéficient d'une édition permettant d'atteindre un public plus large que celui des érudits. Ses textes sont commentés surtout pour sa qualité poétique et sa loyauté envers le royaume, source pour certains du patriotisme (surtout pour les historiens de la moitié du XIXe siècle). A la fin du XIXe siècle, c'est surtout à partir des cercles féministes que son oeuvre, de manière assez sélective d'ailleurs, est diffusée et commentée. Dans les premières années du XXe siècle, des études tendent à donner d'elle et de ses écrits un portrait plus précis, plus "neutre", replacé dans son contexte historique, débarrassé de ces liaisons anachroniques entre l'époque de l'auteure et l'époque des contemporains.

Pendant la seconde guerre mondiale, la Résistance utilise la figure de Christine de PIZAN, de même que Jeanne d'ARC est évoqué dans les rangs de la Résistance par les oeuvres d'ARAGON ou de Jules SUPERVIEILLE, dans un parallèle entre la France déchirée par la guerre de Cent Ans et le pays occupé et coupé par la ligne de démarcation...

A partir des années 1980, son oeuvre connait un regain d'intérêt, mesurable par le nombre de travaux qui sont consacrés à ses livres. Les études sur le Moyen Âge et les études féministes se conjuguent pour lui donner une place dans la culture officielle. La Livre de la Cité des Dames prend une dimension fondamentale à cet égard. Il est traduit en Français moderne en 1986 par Thérèse MOREAU et Éric HICKS. Le développement de la gender history contribue aussi au succès de l'oeuvre de Christine de PIZAN.

 

Christine de PIZAN, Poésies diverses composées entre 1399 et 1402 ; Epistre au Dieu d'amours, 1399 ; Le Chemin de longue estude, 1403 ; La Cité des dames, 1404-1405 ; Le Livre des trois vertus à l'enseignement des dames, 1405 ; Le Livre de la paix, 1414... Tous ces ouvrages, écrits en vieux Français, sont disponibles au site de la BNF.

Maurice ROY (éd.), Oeuvres poétiques de Christine de Pizan, Firmin-Didot, 1886-1896. Mathilde LAIGLE (éd.), Le livre des trois vertus de Christine de Pisan et son milieu historique et littéraire, Honoré Champion, 1912. Suzanne SOLANTE (éd.), Le livre des Fais et bonnes meurs du sage roy Charles V, H. Champion, 1936-1940. Charity Cannon WILLARD (éd.), Le livre des trois vertus, édition critique, introduction et notes de CCW, texte établi en collaboration avec Eric HICKS, Honoré Champion, 1989. Thérèse MOREAU (éd.), La Cité des dames, texte traduit par TM et EH, Stock, collection Moyen Âge, 2005. 

Ernest NYS, Christine de Pisan et ses principales oeuvres, Bruxelles, 1914. Régine PERNOUD, Christine de Pisan, Paris, 1982.

Simone ROUX, Christine de Pizan, Femme de tête, femme de coeur, Payot & Rivages, 2006. Françoise AUTRAND, Christine de Pizan, Fayard, 2009.

Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, Dictionnaire de stratégie, tempus, 2016.

Partager cet article
Repost0
31 août 2019 6 31 /08 /août /2019 12:51

   Horatio NELSON est un amiral britannique, connu pour avoir défait la flotte française à Trafalgar, bataille à l'issue de laquelle il perd la vie.

 

Une carrière navale brillante

    Entré très jeune dans la marine, Horatio NELSON participe à de nombreux voyages. Déjà, lors d'une mission scientifique dans l'océan Arctique (1773), il échappe de justesse à la mort. En 1777, il réussit son examen d'officier et est promu capitaine deux ans plus tard, à l'âge de 20 ans. Il assume son premier commandement lors d'un affrontement contre les Espagnols au large des côtes du Nicaragua d'où il sort vainqueur sur le plan militaire mais où il voit sa flotte décimée par la fièvre jaune. De retour en Angleterre en 1783, il traverse une période difficile qui comprend cinq années d'inactivité.

En 1793, sa carrière reprend quand il devient le commandant de l'Agamemnon à bord duquel il participe à la défense de Toulon, où il affronte pour la première fois NAPOLÉON BONAPARTE. Un peu plus tard, il participe au siège de Calvi (1794), où il perd on oeil.

Sous les ordres de John JERVIS, qui commande la flotte anglaire et qui voit en lui un grand stratège maritime, NELSON établit sa réputation lors de la bataille du cap Saint-Vincent (février 1797), au cours de laquelle il résiste seul face à la flotte espagnole, après une erreur de JERVIS. Promu contre-amiral, il est commandant en chef lors de la bataille de Ténériffe (juillet 1797), mais il doit être amputé d'un bras en plein combat. C'est au cours de l'année suivante que NELSON donne la pleine mesure de son génie guerrier, lors de la bataille du Nil (Aboukir), sa plus grande victoire après celle de Trafalgar. A la tête d'une escadre en Méditerranée, NELSON est chargé de la surveillance de la flotte française qui fait ses préparatifs pour une expédition dont la destination est inconnue des Anglais. Par malchance, il est absent au moment où les navires français quittent les côtes françaises pour l'Égypte. Il part précipitamment sans ses frégates d'accompagnement qui ont été endommagées lors d'une tempête. Après une longue poursuite, il surprend l'escadre française dans le port d'Aboukir, à l'embouchure du Nil. Au cours d'une opération nocturne où il opère pat attaques successives, NELSON concentre ses efforts sur chacun des vaisseaux ennemis. Mal disposés par BRUEYS, les navires français sont incapables de répondre à cette offensive. En l'espace d'une nuit, NELSON anéantit l'escadre française et assure à l'Angleterre la maîtrise de la Méditerranée.

La nouvelle de cette victoire se propage rapidement dans toute l'Europe et il a droit à un accueil triomphal lorsqu'il jette l'ancre à Naples. Obligé de se replier sur la Sicile, il soutient le roi FERDINAND lorsque celui-ci entreprend sa reconquête de Naples (1799). Peu après, il tombe en disgrâce auprès des autorités britanniques qui sont néanmoins contraintes de faire appel à lui lors de la bataille de Copenhague (1801) au cours de laquelle il anéantit la flotte danoise après avoir commis un acte de désobéissance qui lui assure la victoire. Indiscipliné - et atypique des officiers de son temps, notamment sur le plan de la considération des marins à bord des navires comme de leur avenir une fois à terre -  et connu depuis longtemps pour cette caractéristique, Horatio NELSON subit d'ailleurs tout au long de sa carrière militaire une sorte d'évolution en dents de scies, faites de triomphes impossibles à nier par la hiérarchie et de disgrâces subies lorsqu'il semble qu'on ait plus besoin de lui, successions de périodes courtes, au cours desquelles d'ailleurs il affine sa stratégie.

Au cours du printemps de l'année 1803, après une période de calme, NELSON est placé à la tête de la flotte anglaise en Méditerranée, où NAPOLÉON, contrairement à une légende tenace, est loin de négliger les efforts pour remettre sur pied une flotte puissante. Avec la rupture de la paix d'Amiens et alors que NAPOLÉON prépare une nouvelle campagne militaire, il est chargé d'assurer le contrôle de cette mer et, surtout, d'empêcher les navires de Brest de rejoindre ceux de Toulon, puis ceux de la flotte espagnole, éventualité qui aurait peut-être fourni à l'Empereur des Français les moyens d'envahir l'Angleterre. Ayant placé John ORDE devant Cadix, NELSON suit les mouvements de l'escadre française commandée par LA TOUCHE-TRÉVILLE, puis, après la mort de celui-ci, par Pierre VILLENEUVE. lorsque VILLENEUVE parvient à s'extraire de Toulon, NAPOLÉON décide de réunir sa flotte aux Antilles, puis de l'envoyer dans le couloir de la Manche défendu par William CORNWALLIS. Cependant, le plan de NAPOLÉON ne fonctionne pas comme prévu, l'améral Honoré GANTEAUME ne parvenant pas à sortir de Brest aussi facilement que VILLENEUVE. Après une longue poursuite entre NELSON et VILLENEUVE, l'escadre française choisit de revenir vers la France ; NAPOLÉON se voit dans l'obligation de modifier sa stratégie et, surtout, de renoncer à envahir l'Angleterre. VILLENEUVE rejoint Cadix au mois de juillet (1805) alors que NELSON, de retour en Angleterre, élabore tranquillement son plan de bataille avant de repartir en mer le 15 septembre, à bord du Victory. (BLIN et CHALIAND)

 

La bataille de Trafalgar, un modèle de stratégie maritime

Le 9 octobre, NELSON écrit un Mémoradum, devenu célèbre, dans lequel il annonce sa stratégie. Disposant sa flotte sur deux lignes, à la tête desquelles figurent COLLINGWORTH et lui-même, il préconise une tactique audacieuse visant à diviser la flotte franco-espagnole tout en concentrant ses propres efforts sur chaque navire ennemi. l'objectif est l'anéantissement complet de la flotte adverse. Conscient qu'aucun plan préétablit ne peut prendre en compte les effets du hasard, il exhorte ses troupes à garder un moral de vainqueur tout au long des combats.

Le 20 octobre, VILLENEUVE quitte Cadix en direction de Gilbraltar, NELSON prenant soin de ne pas se montrer. Le lendemain matin, alors que, face au cap Trafalgar, il se trouve en légère infériorité numérique par rapport à la flotte franco-espagnole, NELSON parvient à couper la ligne ennemie et, grâce à la disposition de ses navires en deux colonnes, réussit à morceler une flotte en petits groupes isolés les uns par rapport aux autres. La manoeuvre risquée des Anglais - les navires de tête, dont le Victory, sont dans une position très vulnérable, à la merci d'un mauvais vent - réussit magistralement. Les vaisseaux français et espagnols ne forment plus qu'une longue ligne désordonnée et trop espacée. Les Anglais peuvent désormais détruire les navires ennemis les uns après les autres. NELSON, qui se trouve à la pointe du combat, est blessé mortellement alors que la moitié de la flotte adverse est déjà détruite. Sa victoire, éclipsé momentanément par la nouvelle de sa mort, délivre l'Angleterre de la menace d'invasion et lui confère une suprématie maritime qu'elle conserve pendant près d'un siècle et demi. (BLIN et CHALIAND)

 

La "Nelson Touch"

L'amiral NELSON est reconnu de son vivant pour ses talents de meneur d'hommes, au point que certains parlaient de Nelson Touch, distinction forte qui le distingue d'ailleurs de la caste militaire maritime quant à un certain mépris de la soldatesque et des marins. Il est respecté comme quasiment aucune autre figure militaire dans l'histoire britannique, hormis MALBOROUGH et WELLINGTON. La plupart des historiens pensent que la capacité à galvaniser ses officiers supérieurs comme ses marins et ses qualités de stratège et de tacticien, expliquent ses nombreuses victoires.

Son souci du bien-être de ses hommes est une caractéristique tout à fait inhabituelle pour les normes contemporaines. Il a appuyé énergiquement la The Marine Society, la première organisation de charité pour les marins, où il siégeait au conseil et qui avait formé et habillé environ 15% des hommes ayant combattu à Trafalgar. Cette Nelson Touch le rendait populaire bien au-delà du cercle de la Marine, de bonnes franges de l'opinion publique anglaise. D'ailleurs, cette popularité générale explique peut-être l'agacement et une certaine hargne de la hiérarchie maritime à son égard, qui le place en disgrâce tant qu'elle le peut, qui n'appréciait guère ni son indépendance d'esprit ni son indiscipline notoire.

 

 

Horatio NELSON, The Trafalgar Memorandum, Londres, 1805, British Museum On peut lire ce texte dans l'Anthologie Mondiale de la stratégie, Robert Laffont, collection Bouquins, 1990. Une réédition en Anglais existe, broché chez Forgotten Books, de 2018.

Julian CORBETT, Campaign of Trafalgar, Londres, 1910. Christophe LLOYD, Nelson and Sea Power, Londres, 1973. Alfred Thayer MAHAN, The life of Nelson, the Embodiment of the Sea Power of Great Britan, Londres, 1897. Michèle BATTESTI, Trafalgar, les aléas de la stratégie navale de Napoléon, Economica, 2004. Roger KNIGHT, L'amiral Nelson, Presses Universitaires du Septentrion, 2015.

Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, Dictionnaire de stratégie, tempus, 2016.

 

 

Partager cet article
Repost0
27 août 2019 2 27 /08 /août /2019 15:22

    Blaise de Lasseran de MASSENCOME, seigneur de Monluc, dit Blaise de MONTLUC, est un officier français, parvenu maréchal de France au bout de sa carrière en 1574 et un mémorialiste du XVIe siècle. Serviteur de 5 rois de France (François 1er, Henri II, François II, Charles IX et Henri III), il participe aux guerres d'Italie et aux guerres de religion. Principalement connu pour ses Commentaires qui couvrent une vaste période et publié en 1592, Blaise de MONLUC est considéré comme l'un des premiers théoriciens de la guerre de l'ère moderne.

  A l'image de Philippe de CLÈVES, qui le précède d'un demi-siècle, il met à profit une expérience du combat extrêmement variée pour formuler certains principes sur l'art de la guerre.

Blaise de MONLUC est typique des grands chefs de guerre de cette époque, peu regardant sur les conséquences des méthodes utilisées pour gagner une bataille, sans pitié pour les populations, notamment des villes qu'il assiège. Moins heureux dans les guerres de religion que dans les campagnes militaires en Italie, il sait tenir compte de l'accroissement du format des armées du XVIe siècle et adopte combinaisons tactiques qui tiennent compte de l'introduction nouvelle du feu dans les combats.

 

Une longue carrière militaire

      Placé à l'âge de 12 ans comme page chez le duc de LORRAINE, il se joint plus tard à une compagnie d'archers. Simple soldat à ses débuts, il franchit tous les échelons de la hiérarchie militaire. Sa carrière coïncide avec les guerres d'Italie, et il passe près de trente ans à guerroyer dans la péninsule italienne. Fait prisonnier à Pavie en 1525, il combat en Provence, en Artois et en Catalogne. Il se distingue à la bataille de Cerisole (1544)  alors qu'il est à la tête des arquebusiers gascons. Il obtient son premier commandement par l'intermédiaire du roi de France, Henri II, qui le charge de défendre la ville de Sienne assiégée par l'armée du marquis de Marignan. Malade, il fait montre d'un talent exceptionnel de commandement et réussit à tenir la ville, malgré la famine et les bombardements, pendant près d'un an (1544-1545). Lors du siège de Thionville en 1558, il mène l'assaut final et remporte la victoire.

Il se retire dans son château, près d'Agen en 1559, mais reprend les armes trois ans plus tard pendant les guerres de religion au cours desquelles il combat du côté catholique. Il se signale à Targon et à Vergt (1562), et s'empare du Mont-de-Marsan en 1569 et de Rabastens l'année suivante. En disgrâce à partir de 1570, il est réhabilité un peu plus tard et prend part au siège de La Rochelle (1573), avant d'être nommé Maréchal de France par le roi en 1574. C'est au cours de sa disgrâce qu'il rédige ses Commentaires qui sont publiés après sa mort en 1592. (BLIN et CHALIAND)

 

Une analyse de la guerre

    Son analyse de la guerre est fondée sur sa propre expérience, et il perçoit très rapidement les conséquences qu'auront les nouvelles armes - arquebuse, mousquet, artillerie - sur la conduite de la guerre. Il est d'ailleurs l'un des premiers théoriciens modernes à favoriser l'offensive et le mouvement. Cette approche préfigure la guerre de mouvement qui voit son apogée au XVIIIe siècle. La dimension psychologique de la guerre est l'un de ses thèmes favoris. L'épreuve qu'il subit au siège de Sienne le conforte dans l'idée qu'un chef de guerre doit exhorter ses troupes et se montrer exemplaire dans le courage, la ténacité et la résolution nécessaires à la victoire.

Le deux phases distinctes de sa carrière lui font apprécier les différences entre les guerres de type classique et les guerres civiles : "Ce n'est pas comme aux guerres étrangères, où on combat comme pour l'amour et l'honneur : mais aux civiles, il faut être maître ou valet, vu qu'on demeure sous le même toit ; et ainsi il faut en venir à la rigueur et à la cruauté : autrement la friandise du gain est telle qu'un désire plus la continuation de la guerre que la fin". Son traité est l'un des premiers textes militaires modernes à être étudié par les stratèges, alors qu'auparavant seuls les manuels de l'Antiquité avaient droit de cité. (BLIN et CHALIAND) 

Ses Commentaires constituent une référence jusqu'au règne de Louis XIV.

 

Commentaires, des Mémoires très étudiés au XVIIe siècle

Ses commentaires sont les Mémoires du chef des armées catholiques pour le sud-ouest de la France, depuis le début de sa carrière militaire dans les campagnes d'Italie jusqu'aux guerres de religion. Ils couvrent la période de l'année 1521 à l'année 1576. Le long titre complet (l'usage de l'époque est dans les titres à rallonges...) est : Commentaires de messire Blaise de Monluc, maréchal de France, où sont décrits tous les combats, rencontres, escarmouches, batailles, sièges, assauts, escalades, prises ou surprises de villes places fortes : défenses des assaillies assiégées... Le texte n'est publié qu'après sa mort, en 1592.

Le texte imprimé en 1592 est un texte très remanié par son éditeur et cette version est rééditée jusqu'au milieu du XIXe siècle, avant que ne paraisse en 1864-1867 l'édition plus scientifique due au baron de RUBLE. Le texte sorti dans la collection La Pléiade est une édition critique soignée et riche de notes, mise en oeuvre par Paul COURTEAULT (1867-1950) et préfacée par Jean GIONO.

Blaise de MONLUC associe récit et commentaires, ce qui fait des Commentaires, longtemps après qu'il ne soit plus une référence pour les stratèges, pour les historiens, un inégalable répertoire des techniques de combat et de l'armement du XVIe siècle. L'édition critique permet de resituer certains faits car l'auteur fait un certain nombre d'erreurs de chronologie.

Si Jean GIONO s'est intéressé à son texte, c'est qu'il se présente souvent comme chrétien, chef de guerre efficace, impitoyable par stratégie, mais pas par nature. On sent bien sa qualité de catholique  (il parle de ses péchés commis, que la guerre lui a fait commettre), et sa qualité de noble d'épée (défendant par endroits sa caste par rapport à la noblesse de robe et aux parlementaires, aux pouvoirs croissants dans le Royaume). Il y a dans son texte également des réflexions sur les relations entre pouvoir politique et pouvoir militaire : le bon roi  est celui qui s'implique très personnellement dans les actes de pouvoir en choisissant avec discernement des hommes qui ont fait leurs preuves et qui veille à ne pas créer des pouvoirs qui nuiraient au sien et pour cela il doit multiplier les délégations de pouvoir au lieu de les concentrer. Homme de guerre avant tout, il est également un homme de la Renaissance, de cette Renaissance, très fertile en événements guerriers, mais qui a de la guerre une opinion moins glorieuse que celles des grands chefs militaires qui le précèdent. Il n'est sans doute pas l'homme inculte décrit par CORVISIER dans son Dictionnaire d'art et d'histoire militaires.

 

 

Blaise de MONLUC, Commentaires, Pléiade, 1964. Disponible sur le site de Gallica.

Jean-Charles SOURNIA, Histoire de Monluc, soldat et écrivain, 1981.

Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, Dictionnaire de stratégie, tempus, 2016.

 

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : LE CONFLIT
  • : Approches du conflit : philosophie, religion, psychologie, sociologie, arts, défense, anthropologie, économie, politique, sciences politiques, sciences naturelles, géopolitique, droit, biologie
  • Contact

Recherche

Liens