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20 août 2019 2 20 /08 /août /2019 13:06

    John Churchill MARLBOROUGH, est un général et homme politique anglais dont la carrière s'étend sous le règne de 5 monarques du XVIIe au XVIIIe siècle. Le duc de MARLBOROUGH est l'un des principaux architectes de l'armée anglaise moderne. Ses victoires militaires font de la Grande Bretagne une grande puissance européenne, lui assurant une prospérité croissante au cours du XVIIIe siècle.

 

Une ambition au service de la Grande Bretagne

   Formé sur le continent par les armées de Louis XIV qui doivent ensuite l'affronter à maintes reprises, il prend part à partir de 1672 à de nombreuses campagnes militaires dans toute l'Europe.

Sa carrière politique connait les hauts et les bas des aléas des rivalités entre plusieurs maisons royales en Angleterre. Disgracié en 1692 par le roi Guillaume III, il est rappelé à la tête des armées anglaises lorsque Anne Stuart accède au trône en 1702.

C'est à un âge avancé (50 ans à l'époque est souvent synonyme déjà de vieillesse), qu'il entre dans la phase décisive de sa carrière, celle qui fait sa renommée.

Avec la Quadruple Alliance de La Haye, il participe à la guerre de Succession d'Espagne (1701-1713). Au côté du prince Eugène de Savoie, il remporte ses plus belles victoires à Blenheim (1704) et Audemarde (1708). Il est également victorieux à Ramillies en 1706, mais il marque le pas à Malphaquet en 1709, face à VILLARS, dans une bataille indécise qui l'oblige à changer de stratégie pour s'attaquer aux places fortes de la "frontière de fer".

Au cours de sa carrière, il conduit une trentaine de sièges, dont celui de Lille en 1708. En 1711, il tombe à nouveau en disgrâce pour avoir participé du "mauvais côté" aux affaires politiques de son pays.

 

Un stratège militaire doublé d'un politique

     MARLBOROUGH sait s'entourer d'hommes compétents et dévoués. Par tempérament, il favorise l'offensive et le mouvement, mais sait aussi conduite un siège lorsque c'est nécessaire. Il recherche la bataille qui, selon lui, doit décider de l'issue d'un conflit armé. Son souci du détail le pousse à la réorganisation de ses armées, en particulier aux niveaux de l'intendance et de la logistique. Face aux Français, il sait exploiter les possibilités offertes par le feu. Brillant tacticien, il est aussi un grand stratège qui comprend mieux que personne l'influence des facteurs économiques, politiques et psychologiques de la guerre. Il ne s'engage jamais dans une entreprise militaire sans être sûr d'en avoir les moyens. (BLIN et CHALIAND).

 

   Comme il participe aux luttes politiques de son temps, le bilan de son action, politique surtout (il est déclaré traitres au moins deux grandes fois) ne fait pas du tout l'unanimité, les opinions se partageant du coup sur son action militaire. Toutefois, la grande majorité des biographes et analystes considèrent le poids de son activité militaire comme déterminant, comme Winston CHURCHILL qui répond d'ailleurs par ses volumes à The History of England de Thomas Babington MACAULEY.

Le duc de MALBOROUGH, premier du nom, est reconnu dans l'ensemble comme dévoré d'ambition, recherchant sans relâche la richesse, la puissance et l'ascension sociale, tout comme d'ailleurs presque tous les hommes d'État de son époque, qi cherchent à fonder des lignées et à amasser de l'argent aux dépens du public et parfois directement de la Couronne. Pour George TREVELYAN (England Under Queen Anne, longmans, Green and Co, 1930-1934, 3 volumes) , le comportement de MALBOROUGH pendant la révolution de 1688 témoigne de son "dévouement à la liberté de l'Angleterre et à la religion protestante". Mais sa correspondance continue avec SAINT-GERMAIN n'est pas en son honneur. Bien qu'il n'a jamais souhaité une restauration jacobite, son double jeu fait que ni Guillaume III, ni George 1er ne lui ont fait entièrement confiance. En fait, on peut se demander si, à rebours d'une certaine lecture de l'histoire, le duc n'a pas considéré ces monarques comme de simples pièces dans un empire propre à construire... En fin de compte, sa réputation repose plus sur ses hauts faits militaires et ses visions de la stratégie et de la tactique que sur des qualités de manoeuvrier politique ou de courtisan. Cependant, selon CHANDLER, il est des rares personnages anglais de son époque à comprendre le sens et les enjeux de la guerre de Succession d'Espagne ; le conflit en Europe entre Espagne et Angleterre (avec ses enjeux religieux sous-jacents) trouvant sa résolution à travers la question de la Flandre.

S'il ne laisse pas d'oeuvres élaborées écrites directes et si ce sont ses contemporains qui rapportent ses faits et gestes, ce sont ses correspondances (disséminés dans plusieurs Bibliothèques nationales et Bibliothèques royales), comme pour d'autres généraux de son époque, qui permettent de comprendre directement ses vues politiques et militaires.

  Pour les citoyens francophones surtout, le personnage est connu surtout à travers la chanson traditionnelle Malbrough s'en va-t-en guerre. La chanson, connue depuis 1791 (par BEAUMARCHAIS), a eu une vogue immense (et de nombreux dérivés). Son origine, recherchée au XIXe siècle par l'Académie des sciences morales et politiques, serait due à l'épopée du comte Galéran de MEULAN, appartenant à l'armée des Croisés lors du siège de Saint-Jean-d'Acre en 1190... et est perpétuellement "modernisée" au cours des temps (notamment pour le duc de Guise en 1563(www.france-pittoresque.com, 1er décembre 2015) Comme beaucoup de chansons populaires, à l'instar des romans (par exemple les contes de la Table Ronde), cette chanson fait partie des comptines populaires tendant à faire peur ou à rassurer...

 

 

David CHANDLER, Marlborough as Military Commander, Londres, 1973. Winston CHURCHILL, Marlborough, his life and Times, 6 volumes, Londres, 1933-1938.

Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, Dictionnaire de stratégie, tempus, 2016.

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16 août 2019 5 16 /08 /août /2019 12:48

   Douglas MAC ARTHUR, officier supérieur des États-Unis, est l'une des figures militaires les plus flamboyantes du XXe siècle. Il est l'un des rares à s'être distingué dans trois conflits armés importants : les Première et Seconde Guerres Mondiales et la Guerre de Corée.

 

Une carrière militaire de premier plan

  Sorti major de l'académie militaire de West Point en 1903 avant d'être envoyé dans le génie aux Philippines, où son père avait été gouverneur, il est affecté auprès de ce dernier à Tokyo comme observateur lors du conflit entre les Russes et les Japonais. Il prend connaissance avec le Japon dont il est l'un des meilleurs observateurs américains.

Durant la Première Guerre Mondiale, il est aide de camp auprès du président Théodore ROOSEVELT. Il est chargé, après l'entrée en guerre des États-Unis, d'organiser une division spéciale de la Garde nationale, la division "arc-en-ciel" avec laquelle il se rend en France et prend part à l'offensive de la Marne durant l'été 1918. Promu général de brigade, il dirige sa division vers Sedan (novembre 1918), et puis participe à l'occupation d'une partie de l'Allemagne après l'armistice.

Durant l'entre-deux-guerres, MACARTHUR accède au poste de chef d'état-major de l'armée américaine, puis organise l'indépendance des Philippines avant de prendre sa retraite en 1937. De 1930 à 1935, il est le chef de l'état-major général ; c'est à ce titre qu'en 1932, il réprime par la force la manifestation des anciens combattants venus à Washington réclamer le versement de leurs pensions.

Alors que l'entrée en guerre des États-Unis est imminente, il est rappelé par Franklin ROOSEVELT pour prendre le commandement des forces américaines en Extrême-Orient. Face aux Japonais, il entame une résistance farouche mais se voit contraint d'abandonner ses bases aux Philippines. Débarquant en Australie le 11 mars 1942, il lance cette phrase célèbre, sachant très bien organiser une campagne de presse (laquelle est très demandeuse par ailleurs...) : "Je reviendrai!". Commandant le secteur du Pacifique Sud - Chester NIMITZ commande le secteur Nord - il prépare la contre-offensive en Nouvelle-Guinée d'où il parvient à repousser les forces japonaises, avant de déclencher une offensive de grande envergure avec NIMITZ sur le centre du Pacifique. Le 20 octobre 1944, MACARTHUR s'empare des Philippines et peut ainsi clamer haut et fort au peuple philippin : "Je suis revenu!".

L'année suivante, il est commandant en chef des forces alliées au Japon où il reçoit la reddition japonaise. Durant les années qui suivent la fin de la guerre, il est chargé de superviser la reconstruction politique et économique du Japon.

En juin 1950 commence en Corée la première confrontation sérieuse de la guerre froide où s'opposent deux blocs hétérogènes et extrêmement hostiles. Il s'agit surtout du premier conflit à risque nucléaire mais qui devient en définitive un conflit "limité". MACARTHUR est choisi pour prendre le commandement des forces des Nations Unies. Après l'offensive de la Corée du Nord, dont la rapidité avait quasiment anéanti les armées du Sud avant même qu'interviennent les forces des États rassemblés sous l'égide de l'Organisation internationale, MACARTHUR parvient à endiguer l'avancée des Nord-Coréens. Le 26 septembre, le général américain tente une opération amphibie sur Inchon. La manoeuvre d'enveloppement réussit et il peut s'emparer de Séoul le 26 septembre. Le 1er octobre, il envahit la Corée du Nord, mais les 25 et 26 novembre, alors que ses troupes s'approchent du fleuve Yalou, il est surpris par les troupes chinoises qui repoussent son armée derrière le 38e parallèle. En mars de l'année suivant (1951), MACARTHUR reprend Séoul et entame une nouvelle offensive sur le Nord. Convaincu que le conflit est désormais d'une toute autre nature, le général envisage de s'attaquer, par le truchement de bombardements aériens, à des cibles sur le territoire chinois. Cependant, le général amréicain Henry TRUMAN voit les choses différemment. Commence alors un conflit ouvert - médiatique en grande partie - entre le Président et son général. Le 11 avril 1951, MACARTHUR est relevé de ses fonctions. Son retour aux États-Unis est triomphal.

Il prononce son discours d'adieu devant le Congrès américain le 19 avril avant de se retirer de la vie publique. Dans la dernière décennie de sa vie, jusqu'en 1964, il joue un certain rôle de conseil auprès des présidents et écrit ses Réminiscences, publiés après sa mort. (BLIN et CHALIAND)

 

Un cas-type de conflit entre le pouvoir politique et le pourvoir militaire

   C'est surtout durant la seconde guerre mondiale que nombre de généraux (on pense au général PATTON également) se sont livrés publiquement à une contestation des décisions du pouvoir politique, mais sans jamais déroger à un ordre direct. Si ces "discussions"" prennent autant d'ampleur, alors que la tradition de polémiques entre militaire et politique était déjà une constante de la vie politique américaine, en temps de paix comme en temps de guerre, cela est dû surtout à l'irruption de la presse, avec des moyens techniques supérieures (télévisions, radios) qui donnent à ces polémiques un caractère virulent et public. Douglas MACARTHUR s'est acquis pendant toute sa carrière militaire la réputation de dire franchement ce qu'il pense des ordres militaires du pouvoir politique. Il le fait d'autant plus que ses victoires militaires le rendent très populaire aux États-Unis. De plus, l'establishment comme l'opinion publique connaissent ses compétences d'organisateur en matière de politique institutionnelle, administrative, et économique, qu'il a l'occasion de déployer au moins à deux grandes reprises, en Allemagne après la première guerre mondiale et au Japon après la seconde. Il est fermement convaincu qu'à moins d'une gestion prudente de l'occupation, celle-ci peut être mauvaise à la fois pour l'occupant et pour l'occupé, et ce à de nombreux titres.

Sans jamais avoir eut la moindre ambition politique, il sait comment utiliser la presse pour donner à ses pensées tactiques et stratégiques le plus d'impact possible, pour influencer en dernier ressort les décisions du pouvoir politique. Parfois, la presse, comme à son habitude, va au-delà de sa pensée : elle lui prête longtemps la réflexion d'un bombardement nucléaire sur la Chine ou l'URSS, au moment des revers de la guerre de Corée. En tout cas, ses activités publiques ont un réel impact sur la politique intérieure de son pays, notamment par ses déclarations anti-pacifistes et anticommunistes.

Sa suspension en 1951 par l'impopulaire président TRUMAN, parce que le général avait communiqué avec le Congrès, entraine une large controverse et une crise institutionnelle. Les sondages indiquent alors qu'une majorité d'Américains désapprouvent cette décision. La cote de popularité du président chute, au niveau le plus bas jamais atteint par un président des États-Unis. Alors que l'impopulaire guerre de Corée se poursuit, l'administration Truman est victime d'une série d'affaires de corruption, et le président décide de ne pas se représenter en 1952. Un comité sénatorial préside par le démocrate Richard Brevard RUSSEL Jr, enquête sur la suspension de MACARTHUR. Elle conclut que "la destitution du général MacArthur était en accord avec les pouvoirs constitutionnels du président, mais que les circonstances portèrent un coup à la fierté nationale."

Au niveau de la réalité des pouvoirs entre instances civiles et instances militaires aux États-Unis, la polémique sur la stratégie en Corée a son point culminant début avril, après une lettre du général au leader des républicains de la Chambre des représentants, lorsque TRUMAN convoque entre autres le secrétaire à la défense George MASHALL et le secrétaire d'État Dean ACHESON pour discuter de la situation. Les chefs d'État-major acceptèrent la suspension de MACARTHUR sans la recommander. Si insubordination il y avait - et la discussion fur très "ouverte" à ce sujet, il n'avait pas outrepasser sa mission, et la faute, s'il y a faure réside surtout dans le fait de discuter directement avec des instances politiques autre que le président.

Mais sans doute plus profondément, sur la politique militaire, la polémique MACARTHUR-TRUMAN eut un effet plus net sur la répartition des pouvoirs d'usage des armées nucléaires. En effet, le 5 avril 1951, le Comité des chefs d'état-majors Interarmées délivre des ordres à MACARTHUR l'autorisant à attaquer la Mandchourie et la péninsule du Shandong si les Chinois utilisaient des armes nucléaires pour lancer des frappes aériennes en Corée. Le lendemain, TRUMAN rencontre le président de la Commission de l'énergie atomique des États-Unis, Gordon DEAN, et organise le transfert de 9 bombes nucléaires Mark 4 sous le contrôle militaire. DEAN s'inquiète du fait que la décision sur la manière de les utiliser soit confiée à MACARTHUR qui, selon lui (et à raison d'ailleurs...) n'avait pas toutes les connaissances techniques de ces armes et de leurs effets. Le comité des chefs d'États-majors n'étaient pas non plus à l'aise à l'idée de lui donner et avait peur qu'il n'applique trop prématurément ces consignes. Il est alors décidé de mettre la force de frappe nucléaire sous le contrôle du Strategic Air Command. A plusieurs reprises, depuis, notamment durant la guerre froide, la question du contrôle direct des armes nucléaires est l'objet de discussions au sommet de l'État américain, avec plusieurs solutions mises en oeuvre.

   

Une oeuvre surtout polémique et mémorielle

   Douglas MACARTHUR considère son activité éditoriale dans le fil droit de ce qu'il pense être son rôle de chef militaire, support de ses activités publiques et ensuite de la défense de son action dans l'armée. C'est surtout Réminiscence, publié en 1964 qui attire l'attention car il apporte un témoignage direct sur les problématiques politiques et militaires et sur ce qui s'est passé selon lui au plus fort des polémiques et de la guerre de Corée.  Cet auto-portrait, dont le caractère hagiographique parfois peut faire douter de la validité de son témoignage. Il reste le témoignage émouvant et vibrant d'une vie entière consacrée au service de sa patrie, très conscient qu'il est de sa valeur et de son influence. Il continue d'être un document précieux, d'autant plus précieux pour les Américains que le mode biographique est parfois le seul qui leur apporte des informations sur l'histoire de leur propre pays. Aucun de ses livres n'a fait l'objet d'une édition en langue française. 

 

Douglas MACARTHUR, Reminiscences, McGraw-Hill, New York, 1964 ; MacArthur on War, New York, Duell, Sloan and Pearce, 1942 ; Revitalizing a Nation : a Statement of Beliefs, Opinions, and Policies Embodied in the Public Pronouncements of Douglas MacArthur, Chicago, Heritage Foundation, 1952.

John GUNTHER, The Riddle of MacArthur, New York, 1951. François KERSAUDY, MacArthur, l'enfant terrible de l'U.S. Army, Paris, 2014.

Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, Dictionnaire de stratégie, tempus, 2016.

 

 

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13 août 2019 2 13 /08 /août /2019 13:45

   Erich LUDENDORFF est un officier militaire et homme politique allemand. Militariste et conservateur convaincu, Général en chef des armées allemandes pendant la Première Guerre Mondiale (1916-1918), il soutient activement le mouvement national-socialiste dans ses débuts (années 1920), avant de s'opposer à HITLER et de se détourner de la politique pour créer, avec sa femme, un mouvement néopaïen. Il fait partie de ces officiers allemands lucides qui ont bien compris - même si c'est un peu tard - les ambitions et les impasses du projet nazi.

 

Une solide carrière militaire

   Entré à l'âge de 12 ans dans une école de cadets (ce qui n'est cependant pas exceptionnel à cet époque dans les hautes sphères sociales), il est promu officier en 1882 et affecté au grand état-major de l'armée allemande en 1895. Placé sous les ordres de SCHLIEFFEN, il travaille plus tard en collaboration étroite avec le second MOLTKE (neveu d'Helmuth Von MOLTKE) et rédige le plan d'attaque contre la France de 1914.

Il quitte le grand état-major en 1913 et se retrouve sous-chef d'état-major de la 2e armée en 1914. Il est promu quartier-maître général, titre créé pour lui, en 1916 au côté de HINDENBURG et il devient aussitôt l'un des personnages les plus influents de son gouvernement, aussi bien sur le plan militaire que sur le plan politique. Il est chargé, notamment, de négocier le traité de Brest-Litovsk avec les Bolcheviques. Après l'échec de la dernière offensive sur le front de l'Ouest en 1918, il veut signer l'armistice immédiatement. Jugé trop critique envers le gouvernement allemand, il est démis de ses fonctions. Il ne participe donc pas à toute l'entreprise de dédouanement - facilitée d'ailleurs par l'intransigeance du président américain WILSON qui ne veut traiter qu'avec du gouvernement civil - des autorités militaires sur les autorités politiques pour l'armistice et le traité de paix. Ce qui ne l'empêche pas d'être ensuite l'un des plus grands propagandistes de la fameuse thèse du "coup de poignard dans le dos".

 

Une carrière politique très à droite de l'échiquier politique allemand

    La défaite de son pays et ses déboires personnels le remplissent d'amertume et c'est dans cet état d'esprit qu'il entreprend sa carrière d'écrivain militaire et politique. Dès 1919, il publie Meine Kriegserinnerungen, puis (dans leur traduction en Français), Conduite de la guerre et politique (1922), La Guerre (1932) et La Guerre totale (1936). Actif en politique, il appuie HITLER lors du coup d'État manqué de Munich en 1923, dans des circonstances peu claires, puisqu'il lui le reproche (de l'avoir tenté, d'avoir échoué...) ensuite. En 1924, il est élu au Reichstag comme député national-socialiste.

Preuve que sa brouille avec HITLER est importante, en 1925, il cherche à le déconsidérer (tactique qu'il utilise contre tous ses adversaires internes d'ailleurs) en le poussant à se présenter dans une élection où il sait qu'il n'a aucune chance. Résultat : avec 1,1% des voix au premier tour, LUDENDORFF perd l'élection présidentielle de cette année-là, remportée par son ancien supérieure, Paul Von HINDENBOURG. LUDENDORFF ne se remettra jamais de cette défaite. Plus tard, d'ailleurs, il reprochera à HINDENBOURG la nomination d'HITLER comme chancelier d'Allemagne.

Il est accusé en 1927 d'être franc maçon, lui pourtant qui est l'auteur d'un pamphlet antimaçonnique, en Français Anéantissement de la franc-maçonnerie par la révélation de ses secrets.

Marginalisé, et ne jouant plus le moindre rôle politique, il se retire de la politique en 1928.

Il fonde alors, dès 1925, avec Mathilde SPIESS (qui devient sa femme un an plus tard), le Tannenbergbund, mouvement païen de "connaissance de Dieu", qui existe d'ailleurs toujours sous le nom de Bund für Deutsche Gotterkenntnis, et dont les membres sont parfois appelés Ludendorffer. Son retrait de la politique ne signifie pas renoncement : outre une activité éditorial très importante dans le domaine de la théorie de la guerre, il oeuvre pour l'expansion des organisations nationalistes allemandes (et anti-chrétiennes...).

 

Une vision de la guerre totale

   LUDENDORFF doit une partie de sa célébrité à sa vision exaltée de la guerre totale. Soucieux de la préparation de la guerre autant que de sa conduite, s'intéressant aux facteurs psychologiques et économiques autant qu'aux problèmes techniques et tactiques, attentif à la préparation des civils autant qu'à celle des soldats, aussi farouche dans le combat que dans pa poursuite de l'ennemi, il possède une vision intégrale de la guerre.

Il rejette le concept de guerre absolue développé par CLAUSEWITZ et lui préfère sa propre définition de la guerre totale. La nature de la guerre et le caractère de la politique ont changé, argumente-t-il, et la notion selon laquelle la guerre n'est que la continuation de la politique est rendue caduque par le nouvel environnement social et politique. A présent, "l'art de la guerre est l'expression suprême de la "volonté de vivre" nationale, et la politique doit donc être soumise à la conduite de la guerre". Ce constat se veut pratique autant qu'idéologique : l'avènement de la guerre totale est dû selon lui à l'explosion démographique et au progrès technologique. Le caractère total de la guerre implique que toutes les ressources de la nation soient exploitées simultanément pour mener le pays à la victoire. En temps de guerre, la politique s'efface devant la stratégie militaire. En temps de paix, la politique a pour but de préparer la nation à la guerre.

Le régime politique qui convient le mieux à cette vision de la guerre est de nature totalitaire. Le commandant en chef de l'armée doit être en même temps le souverain politique. Il doit posséder l'autorité suprême afin de conduire son armée et sa nation dans un effort uni et efficace. Tout le peuple participant à la guerre, l'importance des facteurs psychologiques et économiques est accrue. En temps de paix, le gouvernement doit mener une politique économique qui prépare le pays à la guerre et qui vise à établir l'autosuffisance des ressources nécessaires à la survie et au combat. Il doit aussi mener une campagne de propagande visant à motiver la population et à affaiblir le moral des autres nations. Le facteur psychologique est l'un des éléments clés de la guerre totale. La contrainte et la force ne sont pas suffisantes pour générer la cohésion et la motivation nécessaires à une société en plein effort de guerre. Il faut pour cela un fondement spirituel au niveau national que LUDENDORFF perçoit dans la société japonaise, particulièrement dans la religion shinto, qu'il prend comme modèle.

Contrairement aux autres théoriciens du national-socialisme, il se montre réticent par rapport aux théories de domination impérialiste. Il leur préfère une doctrine de guerre défensive visant en premier lieu à assurer la sauvegarde de la nation, réduite en quelque sorte à une forteresse à grande échelle. C'est seulement si un peuple se sent menacé que son âme prendre conscience d'elle-même. Les peuples acceptent de s'engager dans un combat qui met en jeu la sauvegarde de leur propre existence mais comprennent moins bien les conflits où ils jouent le rôle de l'agresseur.

Au niveau de la tactique, en revanche, LUDENDORFF préconise l'offensive, et ses idées suivent les théories de la guerre éclair qui se développent un peu partout à son époque : concentration des efforts, mobilité, coordination entre artillerie, chars et avion. Toutefois, il se montre moins confiant que d'autres en ce qui concerne les effets démoralisateurs des bombardements massifs de populations. Il pense que la victoire doit être définitive et qu'elle soit s'accomplir au lieu décisif plusieurs que sur plusieurs fronts. La concentration ds forces en un point faible du front ennemi devra être d'une puissance telle qu'elle provoque la déroute complète de l'adversaire. Finalement, il insiste sur le fait que la poursuite de l'ennemi vaincu doit être implacable. (BLIN et CHALIAND)

    

   Ses idées de guerre totale sont appliquées durant la Première Guerre mondiale. Le programme de HINDENBOURG en 1916, initié par LUDENDORFF, fixant d'en haut les priorités de la production, conduisit à une augmentation spectaculaire de la production d'armement en négligeant l'agriculture. En 1918, l'Allemagne était au bord de la famine. Contrairement au corps d'officiers traditionnel, il aspire à une véritable armée de masse. Grand tacticien, ses qualités de stratège sont contestables car, en raison de sa vision étroitement militaire, il se révéla incapable d'exploiter politiquement ses succès militaires réalisés en 1917 où il avait opté, sous la pression du moment, pour une stratégie défensive à l'Ouest. Comme tacticien, il livra l'une des grandes batailles de l'Histoire, à Tannenberg (août 1914), grâce à un mouvement enveloppant et à la mobilité de ses troupes. LUDENDORFF, on l'a écrit plus haut, préconise une sorte de Blitzkrieg par la concentration des forces attaquant l'ennemi en son point faible. A l'encontre de CLAUSEWITZ, il soutient la primauté de l'offensive sur la défensive en se fondant sur un "fier sentiment de supériorité". Cette vision idéologique l'empêcha vraisemblablement d'évaluer correctement les problèmes matériels de la grande offensive à l'Ouest, le 20 mars 1918. Sa tactique de la moindre résistance visant, par une série d'attaques limitées, à trouver le "point faible" de l'adversaire s'y révéla également désastreuse. Cherchant à séparer les armées française et anglaise en poussant cette dernière vers les ports de la Manche, LUDENDORFF s'écarta finalement de son objectif initial. Il étira son front de près de 7 km plus au sud en affaiblissant l'offensive par cette dispersion. Cet épisode est finalement révélateur de sa myopie stratégique et politique qui faisait la guerre sans avoir de buts nettement définis et succomba pour cette raison, trop facilement à la fascination néfaste de la "bataille décisive". (Thomas LINDEMANN)

 

Erich LUDENDORFF, Conduite de la guerre et Politique, Berger-Levrault, 1928, 1936 ; La guerre totale, Flammarion, 1937, réédité aux Éditions Perrin, 2010 ; Souvenirs de guerre (1914-1918) - Tome I, Tome II, Nouveau Monde éditions, 2014. On trouve des extraits de La guerre totale (à partir de la traduction anglaise de 1976), dans l'Anthologie mondiale de la stratégie, Robert Laffont, 1990.

Eugène CARRIAS, La pensée militaire allemande, 1948. Hans SPEIER, Erich Ludendorff : la conception allemande de la guerre totale, dans Les Maîtres de la stratégie 2, Sous la direction d'Edward MEAD EARLE, Éditions Berger Levrault, 1980.

Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, Dictionnaire de stratégie, tempus, 2016. Thomas LINDEMAN, Ludendorff, dans Dictionnaire de stratégie, Sous la direction de Thierry de Montbrial et de Jean Klein, PUF, 2000.

 

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9 août 2019 5 09 /08 /août /2019 08:38

    Henry LLOYD est un stratégiste britannique (gallois), un des plus brillant du XVIIIe siècle, et un des premiers grands théoriciens de langue anglaise de la guerre. Il influence notamment Antoine Henri de JOMINI et même s'il est méconnu, y compris dans son propre pays, il figure parmi les auteurs modernes de la stratégie militaire.

 

Une vie aventureuse

     Les détails de sa vie sont très mal connus. Éclectique dans ses goûts aussi bien que dans ses activités, il sert dans nombre d'armées européennes, comme d'ailleurs beaucoup de soldats - intermittents ou de métier - à son époque. Efficace sur les champs de bataille (il faut l'être pour y survivre...), il ne l'est pas moins dans les opérations clandestines.

Après des études à Oxford, il entre dans le clergé avant d'être envoyé en France où il enseigne la géographie aux officiers français. En 1745, il quitte l'Église et s'engage dans l'armée française où il participe à la bataille de Fontenoy comme officier de génie. Sa carrière parallèle d'espion commence pratiquement au même moment. En 1748, il rejoint l'armée prussienne puis revient servir les intérêts de la France 6 ans plus tard. Peu après, il quitte à nouveau la France et combat au service de l'Autriche dans la guerre de Sept Ans.

C'est à partir de cette expérience qu'il élabore ses théories sur la guerre, qui apparaissent dans The History of the Late War with Germany (1766) puis dans ses Mémoires (1781), publiés en France sous le titre  Réflexions sur les principes généraux de la guerre (1784).

Après la guerre de Sept Ans, il tente de rejoindre les Anglais qui appuient le Portugal face aux Espagnols alliés avec les Français, puis revient en Angleterre où il se met à écrire tout en restant actif comme militaire et espion. En 1768, il part en mission clandestine pour le compte de l'Angleterre afin d'aider les Corses à repousser une invasion française et, en 1773-74, combat au service de la Russie contre les Turcs.

Vers la fin des années 1760, il écrit un ouvrage politique ambitieux "Essai philosophique sur les gouvernements" (non publié), puis un essai sur la Constitution britannique et un autre sur la finance. Au moment de la Révolution américaine, il rédige un texte sur les moyens de vaincre la France en Amérique, Rhapsody of the Present System of French Politics, of the Porjected Invasion and the Means to Defeat It.

 

Une élaboration théorique sur la guerre

   Comme GUIBERT, LLOYD subit l'influence de MONTESQUIEU dont il veut appliquer la méthode philosophique à la réflexion stratégique. Grand admirateur également de Maurice de SAXE, mais critique vis-à-vis de FRÉDÉRIC LE GRAND, il est persuadé que la science de la guerre suit un certain nombre de principes et lois invariables. Comme ses contemporains, il s'intéresse à l'organisation des armées, mais sa contribution majeure à la stratégie se situe au niveau opérationnel. Henry LLOYD est l'inventeur du concept des "lignes d'opérations" qui est repris ensuite par TEMPELHOFF, BÜLOW et, surtout, par JOMINI qui en fait la base de sa doctrine et dont la pensée stratégique domine le XIXe siècle. Indirectement, l'influence de LLOYD est donc considérable.

Le stratégiste britannique fait la distinction entre la guerre telle qu'elle fut pratiquée par les Anciens et celle conçue par les Modernes. La guerre moderne est infiniment plus complexe. Les armées du XVIIIe siècle sont de plus en plus importantes, avec un armement plus sophistiqué, et nécessitent une organisation supérieure. C'est ce constat qui l'amène à l'élaboration du concept des lignes d'opérations qui assurent aux troupes une liaison constante avec les dépôts de munitions et d'approvisionnement. L'époque où les troupes vivaient sur le terrain est révolue selon lui - constat que démentira plus tard NAPOLÉON -, et le rôle grandissant de l'arme à feu nécessite un approvisionnement constant en munitions.

La géographie physique et les considérations d'ordre climatique occupent une part importante dans son oeuvre. LLOYD, qui s'inspire de L'Esprit des lois de MONTESQUIEU, perçoit l'élément géographique comme vital dans la conduite de la guerre. Le concept des lignes d'opérations ne peut être appliqué efficacement que grâce à une excellente connaissance de la topographie. La stratégie de LLOYD s'appuie sur une approche de la guerre essentiellement défensive. La victoire est accomplie à travers le mouvement destiné à déséquilibrer l'adversaire et à diviser son armée afin de la rendre vulnérable. Les lignes d'opérations confèrent à une armée une cohésion supérieure dans le mouvement et une force de frappe vigoureuse au moment de l'offensive. En marge de sa propre doctrine stratégique, l'oeuvre de Henry LLOYD constitue la meilleure description qui est faite sur la façon dont était pratiquée la guerre au XVIIIe siècle.

 

Une postérité limitée dans son pays, plus importante en dehors

    La production britannique en matière de stratégie en tant que science est modeste et la méfiance envers la théorie persistante dans la grande île où l'on estime que les tâches de l'officier sont essentiellement pratiques. L'oeuvre de Henry LLOYD fait donc figure d'exception. Son A Political and Military Rhapsody on the defence of Great Britain and Ireland de 1790 comporte six éditions, traductions française en 1801, allemande en 1803, italienne en 1804. Son Histoire de la guerre de Sept Ans a une immense influence jusqu'au milieu du XIXe siècle. L'adaptation allemande par TEMPELHOFF de 1783 à 1787 sert de point de départ à JOMINI. Si NAPOLÉON en fait son profit (notamment de sa théorie des lignes d'opérations), il est oublié assez vite ensuite, victime de la critique trop radicale de CLAUSEWITZ. Pour Hervé COUTEAU-BÉGARIE, il mériterait d'être redécouvert.

 

Henry LLOYD, Mémoires militaires et politiques, 1801 ; De la composition des différentes armées, Liskenne et Sauvan, Bibliothèque historique et militaire, 1844 (Des extraits sont disponibles - plusieurs chapitres - dans l'Anthologie mondiale de la stratégie, Robert Laffont, Bouquins, 1990) ; Histoire des guerres d'Allemagne (campagnes de 1756 à 1759), Economica, 2001.

NAPOLÉON 1er, Notes inédites de l'empereur Napoléon 1er sur les Mémoires militaires du général Lloy, Bordeaux, 1901. Franco VENTURI, Le aventure del general Henry Lloyd, Rivista Storia Italiana n°91, 1979.

Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, Dictionnaire de stratégie, tempus, 2016. Hervé COUTEAU-BÉGARIE, Traité de stratégie, Economica/ISC, 2002.

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7 août 2019 3 07 /08 /août /2019 07:15

   Basil Henry LIDDELL HART est un officier d'infanterie britannique, historien et stratège militaire. Il est considéré, avec J.F.C. FULLER, comme l'un des théoriciens militaires britanniques les plus influents. Doté d'une capacité d'analyse hors du commun, ses théories sont influencées par son expérience personnelle, mais ses opinions tranchées sont la cause d'une carrière qui connait beaucoup d'avatars. Ainsi, après avoir connu des succès littéraires et le respect des militaires dans les années 1920 et 1930, LIDDLET HART est banni du cercle politico-militaire britannique lors de la Deuxième Guerre Mondiale et ne revient au premier plan que dans les années 1950 et 1960.

 

Une carrière militaire puis littéraire contrastée

  Étudiant au Corpus Christi College de l'Université de Cambridge en 1913, il est durant la Première Guerre Mondiale officier d'infanterie et participe aux batailles d'Ypres et de la Somme. Cette expérience le marque profondément, et devient toute sa vie un critique virulent des théories de CLAUSEWITZ qu'il juge indirectement responsable des horreurs de la guerre. Si cette opinion est jugée contestable, elle démontre cependant l'importance qu'il attribue aux stratèges (alors même que CLAUSEWITZ est très peu lu en Angleterre) et à leur capacité à façonner le cours de la guerre et de l'Histoire.

Il quitte l'armée en 1927 et travaille comme spécialiste des questions militaires pour le Daily Telegraph et le Times. S'il choisit le Daily Telegraph, c'est qu'il veut faire de cette position une rampe de lancement pour la modernisation de l'armée. Il développe alors sa théorie de l'approche indirecte, qui privilégie le harcèlement des lignes de ravitaillement et le contournement plutôt qu'une attaque frontale des positions ennemies. Il écrit également des biographies de militaire dont celles du général William Tecumseh SHERMAN ou de Thomas Edward LAWRENCE, deux adeptes de l'approche indirecte.

Sa carrière dans les milieux militaires connait une éclipse, pour une part par la sympathie active qu'il éprouve envers le génie militaire allemand. Il a d'ailleurs une relation épistolaire et éditoriale suivie avec le général ROMMEL, dont il publie après la Seconde Guerre Mondiale les carnets. Sa pensée stratégique suit et même souvent précède l'évolution technologique des armées. Au sortir de la guerre, LIDDEL HART s'intéresse tout naturellement au rôle du fantassin, puis délaisse rapidement ce sujet pour celui de la motorisation des armées. Il devient un apôtre de la guerre mécanisée en même temps qu'il développe sa fameuse stratégie indirecte. Ses théories ont souvent un aspect doctrinaire, mais il se montre capable de changer d'opinion, ce qu'il fait à plusieurs reprises.

L'argumentation passionnée de LIDDELL HART en faveur de la mécanisation de l'armée de terre doit être restituée dans le contexte de son désir de limiter le potentiel destructeur de la guerre et de modérer sa conduite. Dans l'avenir, le maniement d'armées plus mobiles, plus légères et plus mécanisées nécessiterait de plus grandes compétences et un jugement avisé, d'où la nécessité de remettre à l'honneur les qualités de stratège. A terme, les armées devraient être commandées par des hommes plus jeunes et plus agiles, au plan physique et intellectuel, que ceux de la génération qui avait commandé en 1914-1918.

Vers la fin des années 1930, il s'intéresse de plus en plus à la politique étrangère de la Grande Bretagne, devenant l'apôtre d'une approche défensive, qui peut, selon lui, tirer plus de bénéfices des innovations technologiques qu'une stratégie offensive (The Defense of Britain, 1939). Comme il encourage le rapprochement avec l'Allemagne, méfiant envers la France contre laquelle il fait preuve d'un grand chauvinisme, et qu'il se trompe et sur les intentions d'HITLER et sur la question stratégique défensive/offensive - beaucoup estiment à l'état-major qu'il les a induit en erreur - il devient isolé tant auprès de l'opinion publique que des instances militaires.

Après la Seconde Guerre Mondiale, tout en développant une activité éditoriale (Les généraux allemands parlent, 1948), il écrit sur les deux conflits armés mondiaux. Ses textes influencent alors largement l'historiographie du conflit mais sont aujourd'hui controversés.

LIDDELL HART parvient à se réhabiliter auprès des connaisseurs de la chose stratégique, en s'intéressant de près au développement de la bombe atomique et en devenant l'un des premières stratégistes du nucléaire, avant même que naisse la nouvelle discipline dans les milieux universitaires et militaires.  Il prévoit les changements fondamentaux dans l'ordre stratégique et politique qui vont s'opérer dans les années à venir. Il comprend tout d'abord la nature de la dissuasion nucléaire ainsi que ses conséquences sur la guerre classique, la guerre limitée et la guerre froide. Il évite le piège - dans lequel tombent alors de nombreux théoriciens - d'oublier la nature de la guerre au profit de théories coupées de la réalité. Il prône  une stratégie de dissuasion et de défense, avec la conviction que le risque encouru par une attaque nucléaire, de quelque type que ce soit - est trop grave pour être hasardé. Si son point de vue est repris par d'autres, il est l'un des premiers à comprendre la nature du problème et à prévoir son développement au cours des décennies ultérieures, à commencer par la guerre de Corée.

Comme auparavant, il s'appuie sur une combinaison d'études historiques et d'analyses contemporaines. Certains concepts de stratégie qu'il avait étudiés avant 1939 - la réassurance, l'endiguement, la dissuasion et la sécurité collective - acquièrent une nouvelle pertinence à l'heure du nucléaire. Dans The Revolution in Warfare (1946), il tire les conclusions de l'existence de la bombe atomique et dans The Defence of the West (1950), il traite de certains problèmes auxquels l'OTAN tout juste créée doit faire face.

Par la suite, il développe ses théories sur l'approche indirecte, bien adaptée pour la défense de certains pays, notamment d'Israël pour les conflits de 1948 et 1956. Il rassemble autour de lui un groupe d'"élèves" originaires d'Amérique du Nord, d'Europe (dont le général André BEAUFRE) et d'Israël. Sa réputation restaurée s'accroit encore. Dans Deterrence or Defence (1960), il défend l'idée d'une réponse plus graduelle à l'agressivité des Soviétiques.

     La prescience dont LIDDELL HART aurait fait preuve en 1939-1945 a été remise en cause sur un certain nombre de points et son interprétation de la Seconde Guerre Mondiale a fait l'objet de vifs débats. Cependant, en dépit de ces faiblesses, il a contribué de façon très importante à la vie intellectuelle britannique et a fait de l'étude des conflits un domaine à part entière de la recherche universitaire. (Brian Holden REID)

 

Une théorie de l'approche indirecte en matière de stratégie militaire

    Dans son maitre-ouvrage, The Decisive Wars of History (1929, refondu en 1954 sous le titre Strategy), LIDDELL HART formule sa doctrine de l'approche indirecte, qu'il crédite de toutes les grandes victoires du passé. La perfection de la stratégie consiste alors à entraîner une décision sans combat sérieux, d'où son intérêt pour le théoricien chinois SUN ZI. Ce but doit être atteint par des actions limitées : imposer à l'adversaire un changement perturbant l'économie de ses forces, le forcer à se diviser, menacer ses lignes d'approvisionnement et de retraite. le cumul de telles manoeuvres effectuées par surprise fait naître chez l'adversaire l'impression d'être pris au piège et entraine sa dislocation psychologique. L'approche indirecte est l'antithèse de la stratégie d'anéantissement de 1914-1918.

Le stratégiste britannique définit la grande stratégie, notion anglo-saxonne, tout simplement comme la "politique de guerre" ; elle a pour but de "coordonner et diriger toutes les ressources de la nation ou d'une coalition, afin d'atteindre l'objet politique de la guerre". Elle s'apparente à la politique, au point que LIDDELL HART reconnaît que "si la grande stratégie domine la stratégie, ses principes vont fréquemment à l'encontre de ceux qui prévalent dans le domaine de cette dernière". L'illustration la plus importante est "qu'il est essentiel de conduire la guerre en ne perdant jamais de vue quelle paix vous souhaitez obtenir". C'est la simple reformulation par un anglo-saxon, selon Hervé COUTEAU-BÉGARIE, de l'axiome clausewitzien de la guerre comme continuation de la politique par d'autres moyens, sans que l'intérêt théorique du remplacement de la politique par la notion nouvelle de grande stratégie soit explicité. Les Américains préfèrent parler de stratégie nationale, qu'ils ont récemment divisée en stratégie nationale de sécurité et stratégie nationale militaire, la première correspondant à la grande stratégie.

Dans ce cadre de réflexion, la stratégie indirecte est théorisée en tant que modèle supérieur par Basil LIDDELL HART, en faisant appel à une interprétation de l'expérience historique qui ne fait guère consensus. Il estime par exemple dans son Histoire mondiale de la stratégie, qu'une étude portant sur 30 guerres et 280 campagnes, de l'Antiquité jusqu'à 1914, fait conclure que dans 6 campagnes seulement "un résultat décisif fut obtenu à la suite d'un plan stratégique basé sur l'approche directe de la principale armée adverse (...)". Pour Hervé COUTEAU-BÉGARIE, le bilan est éloquant, mais pour y arriver, LIDDELL HART est obligé de donner une définition de l'approche indirecte d'une pauvreté théorique insigne : "cette approche indirecte (assure l'attaquant) de le mener sur un adversaire surpris et non préparé à lui faire face." A ce compte-là, tout plan comportant ne serait-ce qu'un embryon de manoeuvre relève de la stratégie indirecte.

A vouloir systématiser ainsi les mérites de la stratégie indirecte, et ne pas voir qu'elle est surtout adaptée à celui qui opère en situation de faiblesse (mais pas forcément seulement), on obtient l'inverse du résultat recherché. L'expérience historique est si diverse qu'il serait vain de la ramener à un principe exclusif.

 

Une postérité certaine mais contestée

    D'une manière générale, la richesse des matériaux de son oeuvre est admirée, mais elle prête à contestation par ses conclusions trop tranchées et par parfois des parti-pris idéologiques. Dans son premier ouvrage par exemple, peu connu, de 1925, Paris, or The Future of War, il présente sa vision novatrice du rôle des chars mais expose aussi les risques du Royaume Uni de la suprématie française en matière d'aviation et de sous-marins, participant à alimenter le thème d'une menace française contre l'Angleterre. Il en reste ainsi sur la grande rivalité multi-séculaire entre la France et la Grande Bretagne, alors que les évolutions du monde est traversée par la grande dichotomie politique démocraties parlementaires/dictatures fascistes.

De plus, il est rendu indirectement responsable - de par son activisme vers l'état-major et le ministère de la guerre, de la faiblesse du corps expéditionnaire britannique en 1940 (recherche facile de boucs émissaires?), alors même que la manoeuvre de revers allemande constitue l'apothéose de l'approche indirecte sur le plan opérationnel. Le général Hienz GUDERIAN ne cache pas d'ailleurs sa dette envers le théoricien britannique.

Il refait surface après la Seconde Guerre Mondiale, LIDDELL HART, notamment parce que sa critique des bombardements massifs alliés est confirmée par leurs résultats décevants. Il devient l'un des premiers spécialistes de la stratégie nucléaire, dont l'effet dissuasif accroit le primat de l'approche indirecte : celle-ci se déploie à présent dans les conflits armés de basse intensité, à propos desquels il souligne l'intérêt des opérations aéroportées et amphibies.

Par ailleurs, et cela peut paraitre paradoxal, il connait un regain de succès dans les années 1980-1990, dans les milieux politiques et sociaux en recherche d'alternatives à la défense nucléaire, notamment lors de la crise des euromissiles. Ses apports alimentent des recherches sur une défense populaire à l'opposition des logiques centralisatrices des États, notamment ceux possesseurs de l'arme nucléaire.

 

Basil LIDDELL HART, Histoire de la Seconde Guerre Mondiale, Fayard, 1973 ; Stratégie, éditions Perrin, collection tempus, 1998 ; L'Alternative militaire : déterrent ou défense, La Table ronde, 1961 ; Les Généraux allemands parlent, Stock, 1948, réédition chez Perrin, 2011.

Extrait de Stratégie, Traduction par Catherine Ter SARKISSIAN, à partir de l'édition anglaise de 1960, La stratégie d'approche indirecte, dans Anthologie mondiale de la stratégie, Robert Laffont, collection Bouquins, 1990.

Brian BOND, Liddell Hart : A study in his Military Thought, New Brunswick, N.Y., 1977. L.M. CHASSIN, Un grand penseur militaire britannique : B.H. Liddell Hart, dans Revue de défense nationale, octobre 1950. Ernest LEDERREY, Le capitaine B.H. Liddell Gart, dans Revue militaire suisse, mai 1956.

Brian Holden REID, Sir Basil Liddell Hart, dans Dictionnaire de la guerre et de la paix, PUF, 2017. Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, Dictionnaire de stratégie, tempus, 2016. Hervé COUTEAU-BÉGARIE, Traité de stratégie, Economica/ISC, 2002.

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5 août 2019 1 05 /08 /août /2019 14:01

   D'une famille d'officiers de robe parisiens, fils de Michel LE TELLIER qui le prépara à exercer les fonctions de secrétaire d'État à la Guerre, membre du Conseil du roi de France (1671), François Michel LE TELLIER, marquis de LOUVOIS, dévoué à Louis XIV, grand travailleur parcourant sans cesse camps et armées, mit sur pied l'armée la plus nombreuse (jusqu'à 380 000 hommes-, la mieux entretenue et l'une des plus mobiles et mieux armées de son temps.

Il n'est plein détenteur de sa charge de secrétaire d'État à la guerre qu'en 1677, mais dès 1662, il est autorisé à exercer la charge en l'absence de son père et assiste celui-ci dans l'administration de la Guerre, et on estime que vers 1670 il joue le premier rôle. Il découvre le complot de Latréamont en 1674, en pleine guerre de Hollande.

     Avec l'institution notamment de milices provinciales, il parvient à créer l'armée la plus nombreuse d'Europe et l'une des mieux organisée. Cette transformation modifie les données géopolitiques : l'armée française à elle seule est désormais supérieure à l'armée ottomane. Les mesures prises par LOUVOIS touchent des domaines au divers que l'armement (baïonnette à douille montée sur fusil permettant un ordre plus mince pour l'infanterie), la réorganisation des unités de combat (formation d'unités d'artillerie autonomes) et du génie (création d'un corps d'ingénieurs), l'administration (ordonnances sur le paiement de la solde et établissement du tableau réglant l'avancement) et la logistique (reprise du système des magasins). La nouvelle administration permet notamment un meilleur recrutement des cadres : l'Ordre du tableau ouvre le commandement aux roturiers alors que la création d'écoles militaires assure la formation continue des officiers.

Hiérarchie et discipline sont les soucis constants de LOUVOIS. S'il ne parvient pas à supprimer la vénalité des grades de colonel et de capitaine, il réprime certains abus, sévissant contre l'absentéisme des officiers, limite le pillage, généralement excusé par l'arriéré de la solde et le retard du ravitaillement. C'est un principe majeur qu'il tente de mettre en musique : ne plus faire dépendre le ravitaillement de l'armée du pays qu'elle travers ou occupe, mais mettre en place des circuits d'intendance suffisamment solides et durables.

Anti huguenot comme son père, il organise des dragonnades, avant de tenter d'en limiter les menées, pour obtenir des conversions forcées, et imposer la terreur. Cette méthode brutale obtient des résultats mais, notamment vers la fin de sa vie, s'attire nombre d'inimités.

     Rival de COLBERT, LOUVOIS s'octroie un pouvoir politique grandissant jusqu'à ce que les échecs militaires face à la Ligue d'Augsbourg lui fassent perdre, peu avant sa mort, la confiance du roi. Personnage autoritaire et même brutal, il est en grande partie responsable du bombardement de Gênes (1684) et, surtout, de la dévastation du Palatinat (1688) qui provoque la guerre de la Ligue d'Augsbourg (1688-87) où la France doit faire face à une coalition européenne. Son fils, le marquis de Barbezieux, lui succède en 1691.

   Même s'il n'est pas un grand politique, ses efforts d'administration permettent à l'armée d'être en pointe de l'art militaire de son temps.

 

Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, Dictionnaire de stratégie, tempus, 2016. André CORVISIER, Dictionnaire d'art et d'histoire militaires, PUF, 1988 ; Louvois, 1983.

Camille ROUSSET, Histoire de Louvois, 1961-1963, en quatre volumes. Louis ANDRÉ, Michel Le Tellier et Louvois, 1943.

 

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3 août 2019 6 03 /08 /août /2019 17:21

     Une des premières figures de la famille LE TELLIER à parvenir au sommet de l'État en France, Michel LE TELLIER est le véritable fondateur de l'armée monarchique. Secrétaire au ministère de la Guerre à partir de 1643, il prend en charge une armée que RICHELIEU avait déjà dotée d'une solide administration.

Dans divers domaines, LE TELLIER entreprend une vaste réorganisation de l'armée : il assure l'entretien et la construction de fortifications, supprime le cumul des fonctions, améliore l'ordinaire et le logement des soldats, et, de manière générale, instaure une plus grande discipline parmi les officiers. Cet ensemble de réformes est réalisé dans un contexte de conflits avec les commandants de compagnie, véritables propriétaires de celles-ci, leur charge étant vénale et leur objectif étant bien souvent d'accroître le bénéfice de leur charge, si nécessaire par la corruption des commissaires de guerre préposé aux revues. Ils n'hésitent pas souvent à falsifier les effectifs des armées, favorisant le paiement de faux soldats de remplacement lorsque le recrutement se fait défaillant.

     C'est l'aboutissement d'une longue carrière, elle-même le bout du cheminement d'une famille commerçante parisienne. Il occupe auparavant successivement les postes de conseiller d'État au Grand Conseil en 1624, de procureur du roi au Châtelet de Paris en 1631, maître des requêtes en 1639, puis intendant de justice dans l'armée de Piémont en 1640 et intendant de justice en Dauphiné. Il est nommé secrétaire d'État à la guerre par Louis XIV en 1643 sur les conseils de MAZARIN.

Pendant la Fronde, il est chargé des négociations avec les princes et participe à la signature du traité de Rueil en 1649. Il est dans le secret de toutes les grandes affaires de l'État et on ne peut comprendre réellement cette époque charnière de la Fronde sans connaitre son rôle. Par sa modestie, sa force de travail et sa prudence, il garde la confiance du Roi. Par la suite, pendant les exils forcés de MAZARIN, il est le principal conseiller de la Reine.

Au moment où Louis XIV devient chef des armées (1661), LE TELLIER prépare le terrain à son fils dont il avait assuré dès 1655 la succession au secrétariat de la Guerre. A partir de 1662, ce dernier, appelé simplement souvent LOUVOIS travaille officiellement au côté de son père auquel il succède en 1677.

Son oeuvre reste indissociable de celle de Louis XIV. Elle se retrouve essentiellement dans les documents administratifs, souvent signé du roi, concernant les multiples dispositions visant à faire de l'armée la première d'Europe. Il s'agit d'une véritable pluie d'ordonnances signées Louis et plus bas Le Tellier qui rationalisent l'armée au début des années 1660.

Adversaire résolu des huguenots, LE TELLIER est un de ceux qui poussent LOUIS XIV à révoquer l'édit de Nantes. Il est un des rédacteurs principaux du texte de cette révocation.

 

Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, Dictionnaire de stratégie, tempus, 2016.

Louis ANDRÉ, Michel Le Tellier et l'organisation de l'armée monarchique, 1906 ; Michel Le Tellier et Louvois, 1943.

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26 juin 2019 3 26 /06 /juin /2019 08:19

   L'urbaniste et essayiste français Paul VIRILIO est principalement connu pour ses écrits sur la technologie et la vitesse dont l'alliance constitut selon lui une dromosphère". Il étudie dans nombre de ses ouvrages les risques inhérents aux nouvelles technologies et comment la technologie elle-même tend à les cacher.

      Formé d'abord à l'École des métiers d'art, à Paris (verrier), tout en suivant les cours de Vladimir JANKÉLÉVITCH et de Raymond ARON à la Sorbonne, il collabore ensuite avec Henri MATISSE et Georges BRAQUE. converti au catholicisme en 1950, il est appelé à la guerre d'Algérie.

Ce conflit réveille les souvenirs de la seconde guerre mondiale (il a vécu les bombardements de Nantes et en garde un intérêt pour les choses de la guerre et une inquiétude sur la fragilité du monde urbain). En 1958, il entreprend une étude phénoménologique sur les territoires militaires, en particulier sur les bunker du mur de l'Atlantique.

 

Architecture et Urbanisme vue dans l'ensemble de l'évolution sociale

     Il fonde avec Claude PARENT (né en 1923), architecte marginal et designer inventif, polémiste, le groupe Architecture Principe, puis publie un premier manifeste pour une architecture oblique. Tous deux professeurs à l'École spéciale d'architecture (ESA) à Paris, ils forment dans leur atelier plusieurs grands noms de l'architecture contemporaine française, comme Jean NOUVEL.

Son enseignement à l'ESA évolue vers l'urbanisme et l'architecture, qu'il aborde en même temps comme un vaste système de réseaux dont il s'agit de catégoriser les objects, puis pondérer la hiérarchie par leurs vitesses? Il met en évidence l'importance de l'espace concret dans la vie sociale, et plusieurs auteurs qui l'ont connu ont fait un oeuvre sur ce sujet, comme Espèces d'espaces de Georges PEREC (1974), Énergie et équité d'Ivan ILLICH (1973) ou L'Art de faire de Michel de CERTEAU (1980).

      C'est surtout à partir du milieu des années 1970, qu'il entame une activité éditoritale soutenue, de Pourrissement des sociétés (dans un collectif, 1975), d'Essai sur l'insécurité du territoire : essai sur la géopolitique contemporaine (1976), Vitesse et politique : essai de dromologie (1977), Défense populaire et luttes écologiques (1978), à L'Horizon négatif : essai de dromoscopie (1984) et Le Grand accélérateur (2010). Il ne cesse d'allier et d'alterner ouvrages sur l'architecture proprement dite et oeuvres plus générales touchant à l'évolution du monde. Parallèlement à ses ouvrages, il collabore régulièrement aux revues Esprit, Cause commune, Critique et Traverse et Urbanisme.

Paul VIRILIO cède, comme beaucoup d'autres à son époque, à l'abus de faire appel aux concepts des sciences physiques et mathématiques (surtout sur les questions de dromologie...) pour appuyer son argumentation, et cela lui est reproché vivement, par exemple par Alan SOKAL et Jean BRICMONT, dans leur ouvrage Impostures intellectuelles.

     Dans les années 1980, aux côtés du père Patrick GIROS, il s'engage en faveur des sans logis et des exclus. En 1992, il fait partie du Haut Comité pour le logement des personnes défavorisées.

    Sympathisant de la mouvance non-violente (comme il a toujours été du socialisme autogestionnaire), il soutient en 2001 la création du fonds associatif Non-violence XXI.

    En 2011, il dénonce la tyrannie induite par les nouveaux réseaux de transmission, en pleine popularité d'Internet.

 

Dromologie

    Même si pour l'instant, le terme ne passe pas dans la postérité, la dromologie ou étude du rôle joué par la vitesse dans les sociétés modernes. Avec ce néologisme (du grec dromos, course et logis, science), Paul VIRILIO veut aller à l'encontre de l'ignorance de la philosophie quant à la vitesse. Il considère que le temps, la durée, ne commence à avoir du sens qu'avec la révolution des transports au XIXe siècle et son importance s'accroit avec les technologies de la communication du XXe. Pour lui, l'invention de la théorie de la relativité posera la vitesse comme un ultime absolu.

    La révolution industrielle est aussi une révolution dromocratique, car la vitesse qu'elle a fabriquée a considérablement modifié l'espace et le temps dans nos pratiques. Au XVIIIe siècle encore, les déplacements d'un lieu à un autre, à cheval ou en bateau, étaient composés de trois phases : le départ, le voyage, l'arrivée. La phase voyage était un moment de découverte, le moment en réalité le plus important. Avec la généralisation de transports de plus en plus rapides, le déplacement ne se pense plus qu'en termes de départ et d'arrivée. le voyage lui-même n'est plus un mouvement de découverte, mais un temps qu'il faut occuper pour écourter la sensation de durée. Au XXe siècle, avec l'apparition de nouvelles technologies et des transmissions à grande vitesse, il n'est plus question de départ et de voyage. Les données nous arrivent sans avoir vraiment voyagé. Nous n'habitons plus la géographie mais un temps devenu mondial. Nous vivons désormais dans l'instantanéisme, qui consacre l'épuisement du temps par la vitesse.

   L'auteur constate que la vitesse est toujours considérée comme un progrès. Il nous rappelle qu'aucune machine, inventée au cours de l'histoire, n'a été une machine pour ralentir. La vitesse réduit en définitive notre connaissance concrète du monde et notre capacité d'agir sur lui. Par exemple, dans le domaine militaire, l'utilisation de technologies de plus en plus rapides conduit à une démission humaine au profit de la technologie. L'espace-temps des guerres est l'espace temps des armes, or les armes actuelles, contrairement aux flèches et aux canons, vont plus vite que la vitesse de décision des hommes. Les cracks boursiers sont eux aussi symptomatiques des conséquences de la vitesse exponentielle des transactions traitées par des algorithmes.

    Dans les années 1980, se sont développés divers mouvements "slow" qui se proposent de ralentir le rythme de vie, Il s'agit tout simplement de se donner le temps de vivre, au rythme correspondant à la maitrise de son existence. Et en même temps de prendre le temps de penser le monde et son évolution, afin d'agir sur lui, et de ne pas se laisser dépasser par la vitesse des machines de plus en plus perfectionnées et... de moins en moins maitrisables. Les machines étant pensées non seulement en tant qu'éléments matériels mais aussi substituts aux hommes dans de nombreux domaines (en économie comme dans l'armement). Ces initiatives portent une une réflexion sur la distinction entre temps présent et temps long et la nécessité de ralentir les processus afin de se les réapproprier.

    Paul VIRILIO, malgré la dimension tragique de ses propos, se défend de tout pessimiste. Tout de même, il met l'accent, notamment dans Ville panique, écrit après les attentats de septembre 2001 aux États-Unis, sur le passage de la guerre traditionnelle à la guerre aléatoire sans ennemi et sans fin et d'un état de nihilisme dans l'espace public...

      La postérité des idées de Paul VIRILIO, peu visible sur le plan institutionnel, se mesure toutefois en terme d'influences... La contestation des rythmes de vie imposé par le monde moderne se décline en nombre de réflexions dans les milieux notamment de l'écologie. Sans doute, les conséquences de ces rythmes, surtout le résultat d'une fuite en avant technologique sans objectifs réels autre que son auto-croissance, sera-t-elle propice à un renouveau, qui s'exprime d'abord sur le plan éditorial (et sur Internet), de cette pensée sur la dromotique.

 

Paul VIRILIO et autres auteurs, Les pourrissement des sociétés,Union générale d'éditions, 1975 ; Bunker Archéologie, étude sur l'espace militaire européen de la Seconde Guerre mondiale, éd. CCI, 1975, réédition Galilée, 2008 ; Éssai sur l'insécurité du territoire : essai sur la géopolitique contemporaine, éd. Stock, 1976, réédition Galilée, 1993 : Vitesse et politique : essai de dromologie, éditions Galilée, 1977 ; Défenses populaire et luttes écocologique, Galilée, 1978 ; La crise des dimensions : la représentation de l'espace et la notion de dimensions, École spéciale d'architecture, 1983 ; L'espace critique : essai sur l'urbanisme et les nouvelles technologies, Christian Bourgois, 1984 ; L'Horizon négatif : essai de dromoscopie, Galilée, 1984 ; La bombe informatique : essai sur les conséquences du développement de l'informatiquen Galilée, 1998 ; Stratégie de la déception : à partir du conflit du Kosovo, réflexion sur la stratégie militaire du contrôle et de désinformation tous azimuts, Galilée, 2000 ; Ville panique : Ailleurs commence ici, Galilée, 2003 ; Le Futurisme de l'instant : stop-eject, Galilée, 2009 ; Le Littoral, la dernière frontière, entretien avec Jean-Louis VIOLEAU, Sens & Tonka, 2013. On consultera avec profit également "Accident de tempo", dans Regards sur la crise. Réflexions pour comprendre la crise... et en sortir, ouvrage collectif dirigé par Antoine MERCIER, avec Alain BADIOU, Michel BENESAYAG, Rémi BRAGUE, Dany-Robert DUFOUR, Alain FINKIELKRAUT, Élisabeth de FONTENAY..., Éditions Hermann, 2010.

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20 juin 2019 4 20 /06 /juin /2019 13:48

   KAUTILYA est l'auteur, selon la tradition, de l'Arthasastra, le grand traité politico-stratégique de l'Inde ancienne. Retrouvé au début du siècle, le texte complet fut traduit en 1909 puis une seconde fois en 1963 en anglais et publié, en Inde. La datation est incertaine et voisine sans doute le Ier siècle de notre ère, mais la tradition en Inde situe cet traité comme contemporain du premier empereur MAURYA (IVe siècle av. J.C.). KAUTILYA aurait été le Premier ministre de Chandragupta MAURYA, et est assimilé généralement à CHÂNAKYA. Brahmane hérétique, il est l'un des premiers penseurs politiques indiens connus. Beaucoup de ce que l'on raconte de lui tient plus de la tradition que le l'histoire, même si cette tradition a probablement un fond historique.

 

Dans les méandres d'une pensée ancienne en Inde.

   Il est difficile, pour des raisons qui tiennent entre autres aux destructions subies par les différents sites historiques de l'Inde au cours de son histoire, de connaitre la pensée stratégique indienne ancienne, qui pour ne pas être connue, n'est pas pour autant inexistante. L'oeuvre qui nous est parvenue, l'Arthasâstra, qui est attribuée à KAUTILYA (que certains situent au... IIIe siècle av. J.C.), est un traité politique qui contient plusieurs sections sur l'art de la guerre, dans lesquels sont passés en revue l'organisation de l'armée, les préparatifs et la conduite d'une campagne, les tactiques et les stratagèmes.    

    Elle constitue pour beaucoup un des chef d'oeuvre mondiaux de la pensée politique ancienne. l'intention du traité est d'exposer au souverain l'art de gouverner dans les trois domaines de l'administration intérieure (partie qui a beaucoup vieilli), de la diplomatie, et enfin de la guerre. L'État, pour KAUTILYA, est personnifié par le souverain et fondé sur sa légitimité. Cependant, le traité laisse entendre que la véritable légitimité du souverain est d'exercer son magistère de façon convenable pour ses sujets et l'intérêt du royaume. Aussi l'éducation du prince doit-elle être la plus accomplie possible.

 

L'Asthasastra et la pensée stratégique indienne.

     L'Asthasâstra est composé de quinze livres. La partie qui traite de l'administration - soit les 5 premiers livres - met en avant la nécessité de savoir défendre son trône contre les complots, les conspirations, les séditions. Le contrôle joue un rôle central. Cependant le roi, si puissant soit-il, peut être destitué ou assassiné s'il ne remplit pas sa fonction par incapacité ou s'il est responsable d'un désastre militaire.

Les parties les plus originales du traité concernent la diplomatie et la guerre, soit les 10 livres restants. Le but du souverain est l'agrandissement de son royaume, et tous les moyens, à cet effet, sont autorisés; l'unique critère étant son efficacité. D'ailleurs, aucune considération morale n'est évoquée et rien n'est à justifier. L'Arthasâstra appartient à l'école réaliste. Tout est pensé en termes de rapports de forces. Pour être efficace cependant, le souverain ne peut se contenter d'user de la force. Il lui faut de surcroît prévoir, discerner, maîtriser, céder lorsque c'est nécessaire et préparer les conditions plus favorables. MACHIAVEL et HOBBES sont, sans doute, en Occident, les penseurs les plus proches de KAUTILYA. Les livres VI et surtout VII sont les chapitres politiques par excellence de l'Arthasâstra.

Sur le plan militaire, les livres IX, X, XII et XIII sont remarquables par le soin donné à la préparation d'une campagne, à la logistique et à touts les aspects organisationnels. L'Arthasâstra ne se contente pas d'énoncer une série de stratagèmes mais envisage la guerre sous tous ses aspects, sans jamais oublier les articulations entre les moyens et les fins. Un soin particulier est donné à la poliorcétique (technique des sièges). Livre difficile où abondent les allusions, l'Arthasâstra, ou science du profit ou de la puissance, est en somme l'Art du politique.

 

Une postérité difficile à cerner.

   La place de ce traité dans l'histoire indienne après l'effondrement de l'empire goupta au Ve siècle de notre ère, dû à l'irruption des Huns hephtalites, est bien difficile à évaluer. Il semble n'avoir joué aucune rôle à partir de l'investissement de l'Inde du Nord par les Musulmans au Xe siècle. Sa découverte en Occident est passée inaperçue lorsqu'il est retrouvé au début du XXe siècle. il n'a été traduit que tardivement en Français (à partir de la traduction anglaise)  (L'Arthasâstra, Éditions du Félin, 1998, par Gérard CHALIAND).

Il existe d'autres textes, notamment le Dhanurveda, le Veda de l'Arc, qui est un véritable traité sur l'art de la guerre. On retrouve également des informations dispersées dans des textes plus tardifs, comme le Nitisara de kamandeka (VIIIe siècle), le Yukti-Kalpataru du roi Bhoja de Dhara (Xie siècle), ou le Manasollosa du roi Somesvara III (XIIe siècle). Toute cette littérature reste à étudier, y compris sous l'angle de l'histoire de l'Inde ancienne.

    Cette pensée stratégique indienne se rapproche de la pensée chinoise par beaucoup d'aspects, mais elle n'a pas la même valeur théorique : pour le choix du champ de bataille, les procédés tactiques doivent cohabiter avec les rites divinatoires.

 

L'Arthasâstra, Extraits (assez larges) dans Antohologie mondiale de la stratégie, Sous la direction de Gérard Chaliand, Robert Laffont, collection Bouquins, 1990. Traduction de Catherine Ter Sarkissian, à partir de The Kautilya Arthasâstra, livre IX, chapitres I, III, IV, V, VII ; livre X, chapitres I à V ; livre XII, chapitre I ; livre XIII, chapitre IV et V, University of Bombay, volume II, 1963.

Louis FRÉDÉRIC, Dictionnaire de la civilisation indienne, Robert Laffont, 1987. Gérard CHALIAND, Connaissez-vous Kautilya?, dans Conflits n°8, janvier-mars 2016. Patrick OLIVELLE, King, Governance, and Law in Ancient India : Kautilya's Arthasastra, Oxford University Press, 2013.

Hervé VOUTEAU-BÉGARIE, Traité de stratégie, Economica/ISC, 2002. Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, Dictionnaire de stratégie, tempus, 2016.

   

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29 mai 2019 3 29 /05 /mai /2019 11:19

    Pionnier de la stratégie nucléaire, un peu oublié aujourd'hui par les dictionnaires de stratégie, sans doute parce que beaucoup estiment disparues les menaces des armes atomiques pourtant encore présentes en grand nombre sur notre planète, le stratégiste américain Herman KAHN est l'un des plus célèbres et controversés dans les années 1950 et 1960. A l'égal d'Henry KISSINGER, dans son propre domaine, il contribue à la formation de la doctrine de défense des États-Unis. Il incarne à cette époque et auprès du grand public, la dimension irraisonnée de la guerre nucléaire.

 

Théories sur la guerre froide

    Physicien de formation, Herman KHAN fait partie, à partir de 1948, de l'équipe de la RAND Corporation, en Californie, chargée de repenser la guerre avec les outils modernes de la science et des mathématiques. Il participe à l'élaboration de la bombe H thermonucléaire avant de se consacrer aux problèmes stratégiques. Il combine ses connaissances scientifiques et stratégiques dans l'élaboration, toute théorique, d'une machine de guerre, la Doomsday Machine (machine du jugement dernier), ordinateur surpuissant relié à l'arsenal nucléaire et capable de répondre à une provocation des Soviétiques par une attaque nucléaire massive. Il n'abandonne pas complètement cette idée, bien qu'il soit ridiculisée par la plupart des observateurs, et consacre plutôt son énergie à étudier les différentes étapes de l'escalade nucléaire et à envisager les scénarios de guerre possible, depuis la guerre limitée jusqu'à la guerre nucléaire totale. Il souligne par ailleurs la nécessité de contrôler toutes les étapes de l'escalade. Cette maîtrise de l'escalade nucléaire est fondée sur la possession d'une capacité de première frappe crédible, fondement de toute stratégie nucléaire.

     Herman KAHN s'impose par les multiples stratégies qu'il imagine, en s'appuyant sur la théorie des jeux, et est considéré comme le père de l'analyse par scénarios.

    Il imagine de multiples scénarios, au cours de la guerre froide, d'abord pour s'opposer à la théorie des représailles massives de l'administration Eisenhower durant les années 1950, qui prévoyait, entre autres, une riposte atomique à toute attaque armée venant de l'URSS. Cette théorie du "tout ou rien" mène pour lui à la paralysie et il propose au contraire des ripostes graduées tenant compte de différentes sortes d'attaque  de l'ennemi des États-Unis, souples utilisations d'un arsenal nucléaire diversifié.

 

 

Entre influence dans le système de défense et provocations publiques

    Il publie ses théories en 1960 dans un ouvrage, On Thermonuclear War, qui a un immense succès et dans lequel il introduit un nouveau vocabulaire pseudo-scientifique destiné à lever le voile sur la réalité de la guerre nucléaire. En effet, il n'hésite pas à soulever des problèmes délicats et même à en créer. L'un des chapitre du livre - que nous recensons par ailleurs, est intitulé "Les survivants auront-ils à envier les morts?"... Fort du succès de son livre (de par même les critiques), après avoir fondé son propre institut de recherchen il publie un autre livre, au titre inquiétant, Thinking the Unthinkable (Penser l'impensable) en 1962, préfacé par Raymond ARON, et qui constitue une réponse aux nombreuses critiques reçues après la parution de son premier livre. Dans ce nouvel ouvrage, il n'hésite pas, encore une fois, à aborder candidement tous les aspects de la guerre thermonucléaire, depuis ses causes jusqu'à ses conséquences. Il y analyse la dissuasion aussi bien que les divers scénarios de guerre, et les stratégies d'attaque, de défense et de survie. Il propose un escalier nucléaire de 16 paliers (qu'il augmente à 44 dans un ouvrage ouvrage, On Escalation (De l'escalade) en 1965) et analyse les diverses techniques de négociation. Tous ses livres consistent en un savant mélange d'idées éparses, en vogue à son époque, et qu'il sait regrouper en un ensemble plus ou moins cohérent, mais toujours provocant. On ne peut pas savoir, d'ailleurs, à la lecture de ses livres, ce qui est retenu réellement, au-delà des positions officielles, par les responsables de la défense.

    C'est surtout à travers l'Institut Hudson, fondé en 1961 avec Max SINGER et Oscar RUEBHAUSEN, laboratoire d'idées qui devait rassembler plusieurs auteurs et hommes d'influence pour peser sur les orientations du gouvernement. Mais, face aux critiques auxquelles il tente de répondre par Thingking About the Unthinkable (1965) et De l'escalade (1965) sous parvenir à convaincre. De 1966 à 1968, au plus fort de la guerre du VietNam, il s'oppose comme consultant du Department of Defense aux partisans d'une négociation directe avec le Nord-VietNam, car la seule réponse américaine possible est l'escalade, en conseillant l'armement et la formation de milices contre-révolutionnaires (la "vietnamisation").

      Il se tourne ensuite vers la futurologie tout en se tenant au courant des dernières innovations technologiques et des évolutions en matière de stratégie. Il est l'un des premiers à soulever le problème de la prolifération atomique et à en étudier les divers scénarios de manière systématique. (BLIN et CHALIAND).

Il publie en 1967, notamment avec Anthony J. WIENNER et d'autres membres de l'Institut Hudson, L'an 2000, un canevas de spéculaitions sur les 32 prochaines années. il récidive dans le domaine de la prédiction, confiant aux capacités du capitalisme et de la technologie, sources de progrès illimités, en 1976 dans The Next 200 Years. Parmi les divers ouvrages qu'il consacre à la systémique, Techniques in System Theory connait une large diffusion.

  

Un anti-stratège?

    A l'image de la stratégie nucléaire qui devient, sous certains aspects, une antistratégie, Herman KHAN est un antistratège, qui tout oppose aux grands théoriciens militaires qui le précèdent. Tourné vers l'avenir plutôt que vers le passé, il privilégie la technologie par rapport à la stratégie et à la politique. Ayant acquis son expérience de la guerre dans un laboratoire plutôt que sur un champ de bataille, il puise la source de son inspiration dans la science et les mathématiques plutôt que dans une étude approfondie de l'Histoire. Sa pensée ne résiste d'ailleurs pas à l'épreuve du temps et elle ne survit que comme symbole d'une certaine époque et d'une certaine approche de la stratégie. Aujourd'hui, les divers scénarios qu'il projetait pour l'avenir paraissent désuets et dénués de jugement politique. cependant, il a le mérite de poser un certain nombre de problèmes liés à la guerre nucléaire, et il est l'un des premiers à véritablement "penser l'impensable". (BLIN et CHALIAND)

 

Herman KAHN, L'escension japonaise - Naissance d'un super-État, Laffont, 1971 ; L'an 2000, la bible des 30 prochaines années, Marabout Université, 1972 ; On Thermonuclear War, 1960 ;  (dont on trouve un large extrait dans Anthologie mondiale de la stratégie, Sous la direction de Gérard CHALIAND), Laffont, collection Bouquins, 1990) ; Thinking about the Unthingkable, 1962.

John BAYLIS et John GARNETT, Makers of Nuclear Strategy, New York, 1991. Fred KAPLAN, The Wizards of Aemageddon, New York, 1983.

 

   

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