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30 août 2021 1 30 /08 /août /2021 08:54

  Sous-titré L'écologie de Marx dans sa critique inachevée du capital, l'ouvrage de Kohei SAÏTO, maitre de conférences en économie politique à l'Université d'Osaka au Japon, fait partie de l'édition d'un ensemble d'ouvrages réévaluant l'apport du marxisme, sous l'éclairage de nombreux écrits jusqu'à notre période inédits. L'auteur entend évaluer une "écologie de Marx", perçue pendant des décennies comme un oxymore, tant l'approche productiviste a été dominante de la part des continuateurs du co-fondateur du marxisme.

"Tant, écrit-il, l'hypothèse maxienne d'une croissance économique et technologique illimitée que le prosélytisme en faveur d'une maîtrise absolue de la nature paraissaient strictement antagoniques à toute discussion sérieuse concernant le stock limité des ressources naturelles et les sollicitations excessives subies par l'écosphère. Dans les années 1970, alors que les sociétés occidentales commençaient à se rendre compte que divers problèmes écologiques faisaient courir des risques sérieux à la civilisation humaines, Horst Kurnitzky reprochait à Marx de "refuser de voir le caractère destructeur présent dès les origines dans les sciences de la nature et l'industrie", le fondateur du socialisme se situant encore "dans la continuité de l'entreprise bourgeoise visant à une domination achevée de la nature" (1970, Versuch über Gebrauchsvert : Zut Kultur des Imperialismus, Berlin, Klaus Wagenbach). John Passmore souscrivait à la critique et affirmait même dans Man's Responsability for Nature : "Rien, dans le domaine de l'éconologie ne pourrait être plus pernicieux que la doctrine hégéliano-marxiste" (1974, Londres, Argument).

    Reprenant à grand frais une partie importante de l'oeuvre de Karl MARX et Friedrich ENGELS, notamment les cahiers publiés pour la première fois de lecture de Marx consacrés aux sciences de la nature, Kohei SAÏTO entend éclairer leur véritable démarche. Sa contribution a pour but essentiel de présenter systématiquement la critique écologique de MARX comme un moment indispensable de son système économique. Il défend l'idée que le vrai but de la critique marxienne de l'économie politique ne peut être correctement et véritablement compris si on néglige l'aspect écologique. L'analyse écologique de MARX n'est pas seulement de sa manière de voir le socialisme, elle propose aussi un solide point d'appui pour la critique de la destruction capitaliste de l'environnement à l'échelle mondiales. C'est là qu'apparait, selon l'auteur, une actualité de la théorie de MARX. S'il a été plutôt "prométhéen" au début, dans le développement de sa pensée, après l'étude d'ouvrages portant sur les sciences de la nature, tend vers la compréhension du problème de la destruction de la nature en tant qu'elle constitue une limite à la valorisation capitaliste. Il y a dans le troisième Livre du Capital, reconstitué par ENGELS,  un certain nombre d'éléments dans ce sens. Et d'un autre côté, un certain nombre de motifs importants de sa théorie écologique sont déjà présents dans les Manuscrits de Paris, où dès 1844, MARX voit dans la relation entre l'être humain et la nature une question centrale de sa théorie de l'aliénation. Pour lui, la rupture radicale de l'unité primitive entre l'être humain et la nature est à l'origine de la vie aliénée moderne, et il lui opposer l'idée émancipatrice de la réunification de l'humanité et de la nature sous la formule "humanisme = naturalisme.

Dans L'idéologie allemande, comme l'écrit notre auteur dans son Introduction à l'ouvrage, Marx reconnut cependant qu'il ne suffisait pas d'opposer simplement une "idée" philosophique à la réalité aliénée. "Ayant, écrit-il toujours,  dans la foulée pris congé de la philosophie feuerbachienne, Marx a alors de plus en plus tendance à définir la relation entre humanité et nature en recourant à un concept physiologique, celui de "métabolisme", et il commence à critiquer "le trouble" de ce métabolisme comme contradiction du capitalisme. Le concept de métabolisme livre donc un fil conducteur pour toute la recherche concernant son écologie. Il retrace l'histoire du concept et montre comment il apparait pour la première fois chez Marx dans les Cahiers londoniens - auxquels on a prêté peu d'attention - et s'approfondit dans les Manuscrits de 1857-1858 (Grundrisse). Avec ce concept de métabolisme, Marx appréhende une condition naturelle générale et transhistorique de la production humaine, mais à laquelle, dans le système moderne, l'élargissement de la sphère de production capitaliste et l'augmentation de la productivité font subir des modifications qui sont plus radicales qu'elles ne l'ont jamais été. Mars analyse de quelle manière la dynamique spécifiquement capitaliste de la production au service de l'accumulation du capital construit un rapport très spécial entre les êtres humains à leur environnement et entraîne toute une série de dysharmonies et de décalages dans la nature elle-même. La contribution historique de Marx à la question de l'"écologie", c'est l'appréhension de cette spécifité historique du rapport humanité-nature sous le capitalisme."

   Se situant dans le courant de l'édition MEGA 2 des oeuvres de Marx, livrée depuis 2012, que l'on peut retrouver sur Internet, Kohei SAÏTO recherche dans son travail inachevé les éléments d'une véritable critique écologique du système capitaliste. Ce n'est sans doute pas la seule étude sur une écologie marxiste ou marxienne, mais ce livre, rédigé en allemand et traduit par Gérard BILLY, qui a valu à son auteur le prix en mémoire d'Isaac et Tamara DEUTSCHER en 2018, en est une réalisation des plus récentes et des plus complètes.

Kohei SAÏTO, La nature contre le capital, L'écologie de Marx dans sa critique inachevée du capital, M/page2/Syllepse, 2021, 350 pages.

 

 

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22 mai 2021 6 22 /05 /mai /2021 12:12

   Nous sommes loin d'approuver l'ensemble de la démarche d'Yves COCHET et de ses disciples ou amis, sinon nous n'écririons plus ce blog, puisque alors ni nous-même ni même l'espèce humaine n'en vaudraient la peine! A quoi bon analyser le conflit, ses causes et les moyens de l'orienter de façon bénéfique, si on est convaincu que ceux-ci seront balayés par une extinction... Toutefois, il y a bien deux manières de lire ce livre...

   Pour Yves COCHET, né en 1946, ancien ministre de l'Écologie et parlementaire, docteur en mathématique, membre des Verts, puis du parti EELV, et surtout inlassable militant pour l'environnement et l'écologie, les années à venir (de 2020 à 2050) ouvrent "la période la plus bouleversante qu'aura jamais vécu l'humanité en si peu de temps. L'effondrement de notre civilisation industrielle s'y produira à l'échelle mondiale." C'est sur la base de la connaissance des déjà nombreuses blessures de la Terre (dans l'eau, l'air, le sol..., la dégradation du climat n'étant qu'un des aspects des choses...), et de leurs origines, déjà clairement établies pour l'écrasante majorité des études scientifiques (la minorité restante étant le fait d'une certaine ignorance ou d'une cupidité sans borne, celle d'industriels et financiers qui continuent de favoriser les productions nocives et l'exploitation des énergies fossiles), que l'auteur se risque (risque, car tant d'événements imprévisibles et "extraordinaires" peuvent se produire) à développer un scénario du pire : réduction drastique de la population mondiale, ruine des États, incapables de gérer les questions de santé ou de sécurité, fin des énergies fossiles et nucléaire, passage obligé à une alimentation plus végétale, plus locale, plus saisonnière, avènement d'une mobilité low tech...

  Cet effondrement systémique mondiale est décrit en quatre temps, soit en quatre parties. Avant l'effondrement, qui présente le vocabulaire, les concepts, les origines, les causes et les prémisses de l'effondrement. Le scénario central qui décrit les étapes de l'effondrement depuis les années 2020 jusqu'aux années 2050. Après l'effondrement interroge le lien social qui pourrait subsister et les formes politiques que pourraient prendre les regroupements humains. La dernière partie examine les raisons pour lesquelles l'effondrement soit si peu examiné par si peu de personnes et de groupes, le déni de l'effondrement aujourd'hui, qui le conduit à revisiter des hypothèses sur la cognition humaine à la lumière de ce déni massif non sans quelques disputes avec les collapso-sceptiques. Avec ce que nous vivons encore avec l'épidémie du covid-19, il y a déjà matière à réflexions, le déni venant autant des hautes sphères économiques et politiques que d'une masse plus ou moins grande des populations. D'ailleurs, à chaque grande épidémie, la réaction première est souvent l'étonnement, l'incrédulité, réaction qui se poursuit de manière variable par précisément le déni...

  Les parties les plus intéressantes nous semblent être la première et la dernière. La première parce qu'elle revisite, à la lumière des bouleversements climatiques présents, le système naturel dans lequel nous vivions. La dernière parce qu'elle constitue une étude des réactions face à la finitude du monde.

Notons que la collapsologie est un courant de pensée transdisciplinaire apparu dans les années 2010 qui envisage les risques d'un effondrement de la civilisation industrielle et ses conséquences. Si en France, cette étude est initiée par l'Institut Momentum, co-fondé par Yves COCHET et Agnès SINAÏ, cette dernière étant journaliste, essayiste et enseignante (née en 1966), auteure et directrice notamment de la trilogie Gouverner la décroissance parue aux Presses de Sciences Po en 2017, ces réflexions sont précédées par celles de nombreux auteurs et organisations dans le monde. Beaucoup ont été initiées, même si les études d'ensemble existaient déjà auparavant, par le rapport Meadows de 1972, réalisé par des chercheurs du MIT pour alerter sur les risques d'une croissance démographique et économique exponentielle sur une planète aux ressources limitées.

  On peut lire ce livre comme un avertissement très documenté à partir de données scientifiques de plus en plus vérifiées sur la période actuelle de bouleversements climatiques mais aussi de ce que nous savons de l'effondrement de nombreuses civilisations avant la nôtre. Cet avertissement, qu'il n'est pas nécessaire souvent de ne pas dramatiser - les faits bruts en eux-mêmes sont suffisamment effrayants, vient après beaucoup d'autres. L'ouvrage de Yves COCHET synthétise des connaissances déjà exposées qui font l'objet d'une bibliographie fournie (des notes en bas de pages abondantes, sans compter l'indication d'ouvrages dans le corps du texte à l'appui de sa thèse)... Et pour qui n'a pas connaissance de cette littérature, plus abondante en pays anglo-saxons que sur le Continent, le livre peut être l'amorce de recherches plus détaillées sur ce qui pourrait nous arrivé si nous n'agissons pas.

  Une autre lecture est plus angoissante : l'épidémie du covid-19 entre tout-à-faire dans le scénario central dont parle l'auteur. Les effets cumulés de la perte d'influence des États et par ricochet de tout le système international et de l'accélération des effets de l'industrialisation massive sans contrôle font craindre toutes les calamités décrites, et même plus, car Yves COCHET annonce plus l'avènement d'un autre monde, d'autres socialités, d'autres manières de vivre, plutôt que, comme beaucoup d'ouvrages (parfois religieux) la fin du monde... Il reste "modéré" pour ainsi dire, même s'il pense qu'il ne vaut même plus la peine - c'est trop tard! - de colmater la civilisation telle qu'on la connait, ni même de reculer les échéances, et que le salut ne réside plus que dans une sorte de survival. Ce qui n'est pas complètement original, il n'est que voir l'importance accordée aux fins de notre monde dans l'actualité cinématographique depuis le début des années 2000. Mais ce n'est pas une fiction aux prémisses très improbables. Il s'agit là d'une "simple" extension de ce que nombre de contrées vivent déjà sur la planète, sous les coups de buttoirs de phénomènes météorologiques extrêmes et d'abandon de territoires de plus en plus étendus de la part des États comme des organisations internationales. Face à cela, en dépit des accusations de catastrophismes et d'alarmismes, il s'agit de se préparer au pire.

 

Yves COCHET, Devant l'effondrement, Essai de collapsologie (l'éditeur a cru bon rajouter un bandeau : Le compte à rebours a commencé...), Éditions Les liens qui libèrent, 2019, 245 pages

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10 avril 2021 6 10 /04 /avril /2021 10:48

   La revue de lutte contre le Center Parcs de Roybon commencé en 2007, soutenait l'opposition à ce projet. Depuis le début des travaux en 2014, le site a été occupé en permanence. Après 13 années de lutte physique, juridique et politique, le projet était abandonné en juillet 2020 et l'occupation de la forêt a été expulsée en octobre de cette même année. Et le dernier numéro de la revue, le numéro 13, revenait sur l'abandon du projet :au-delà du cas particulier de cette lutte, elle tâchait de tisser des liens avec les grands enjeux actuels - l'écologie, la crise du capitalisme, les nouvelles formes de lutte.

   Une cinquantaine de personnes ont écrit des articles, pris des photos, dessiné, réalisé la mise en page, confectionné et distribué la revue au fil des numéros. Le nombre d'exemplaires a varié entre 750 et 1 500 exemplaires, le dernier l'étant à 500 exemplaires, appelé à être réimprimé. La revue, largement déficitaire, fait un appel à acheter l'ensemble de la collection, tant ses placards sont remplis. La revue dans son intégralité, avec ses numéros sur la diversité des pratiques, ZAD express, fausses publicité, Des racines aux ramures, devrait compter dans les recherches de nombre de sociologues...

   L'expérience de cette lutte et de cette revue est exemplaire d'une évolution de fond contre tous ces projets plus ou moins importants de center parcs, qui veulent mordre sur la nature. Les milliers de "petites luttes", que ce soit en Europe ou aux États-Unis réalisent une sorte de grignotage conte l'emprise d'un capitalisme dévoreur de l'environnement. Cette victoire fait écho à de nombreuses autres et les militants écologistes doivent bien sentir où en fin de compte, loin des statistiques globales ; c'est le moment de faire flèche de tout bois!

 

 

De tout bois, Le monde à l'envers, 22 rue des violettes, 38100 Grenoble.

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16 novembre 2020 1 16 /11 /novembre /2020 10:03

   Cette histoire des pollutions à l'âge industriel, utile synthèse de nombreuses études à ce sujet, montre les effets des activités humaines sur l'environnement, pollutions globales à l'échelle de la planète qui constituent, comme l'écrivent fort justement le maître de conférences en histoire contemporaine à l'université de Bourgogne François JARRIGE et le chargé de recherches au CNRS (CRH-EHESS) Thomas LE ROUX. une contamination globale. Au gré de nombreux chapitres éclairants, ils démontrent que ces pollutions, longtemps considérées comme des enjeux secondaires, déterminent le destin de notre planètes et de nos vie et survie. Tous les spécialistes, en dépit des rugissements des complotistes et des négationnistes de tous bords, s'accordent pour considérer que les pollutions sont demeurées relativement limitées dans leur nature et leur étendue jusqu'à l'avènement de la civilisation industrielle, "dont l'essor transforme les données du problème, et depuis l'ampleur des pollutions ne cesse de s'étendre et d'évoluer selon des cheminements complexes, jusqu'à saturer le monde contemporain et des imaginaires".

   Depuis quelques décennies, l'histoire environnementale s'est beaucoup développée, aux États-Unis d'abord, puis peu à peu à l'échelle mondiale, contribuant à donner une visibilité nouvelle au phénomène des pollutions. Les auteurs ont choisi d'arrêter l'essentiel de leur étude historique au débit des années 1970, car avec la mondialisation et le développement de l'écologie politique, la mutation du système monétaire, la fin des guerres coloniales, le retour de la pénalité environnementale, l'émergence de la "société du risque", et, surtout, la redistribution géographique et néolibérale du système productif, s'ouvrent des configurations inédites qu'une analyse historique peine à mesurer pour l'instant. Ce qui ne les empêchent pas en fin d'ouvrage d'esquisser des pistes d'analyse. La chronologie retenue, des premiers pas de l'industrialisation jusqu'à ces années-là, implique une réflexion sur les temporalités et les discontinuités de l'écriture de l'histoire, d'autant que ces pollutions ont un développement discontinus et ignorent les frontières nationales.

Les deux auteurs écrivent à la fin de leur Introduction : "A l'âge de l'anthropocène, ou plutôt du "capitalocène" qui bouleverse peu à peu tous les grands grands équilibres physiques du globe, les pollutions industrielles touchent désormais toutes les parties du monde (référence au livre de Christophe BONNEUIL et Jean-Baptiste FRESSOZ, L'évènement anthropocène, l'histoire et nous, Seuil, 2013). Plus qu'un effet indirect regrettable de certaines formes de production et de consommation, elles sont devenue un élément décisif du fonctionnement du système-monde capitaliste. Suivre les pollutions dans leur cheminement historique, c'est aussi penser les conflits et l'organisation des pouvoirs à l'âge industriel, les rapports de force sociaux, tout en reconstituant les dynamiques qui ont modelé la modernité. D'abord de faible ampleur, très dispersées et localisées, les pollutions s'intensifient avec l'accroissement des productions et la libéralisation des environnements à la fin du XVIIIe siècle. Après 1830, l'industrie s'impose de plus en plus comme la condition du progrès, nouveau fétiche qui contribue à naturaliser les nuisances industrielles comme un phénomène bénéfique et inévitable, en dépit de plaintes et de protestations récurrentes. Le XXe siècle qui s'ouvre avec l'expérience des guerres totales inaugure une période de démesure particulièrement polluante. Il accroît et redistribue les contaminations selon des logiques toujours à l'oeuvre aujourd'hui. L'hypothèse du "paradis des pollueurs" suggère ainsi qu'à l'ère de la globalisation marchande des productions les plus polluantes tendent à quitter les pays à forte réglementation environnementale pour les pays pauvres ou aux politiques plus laxistes en matière de contrôle. L'enjeu de cet essai de synthèse est d'examiner s'il existe des régimes sociaux de pollution industrielle, d'en comprendre les ressorts politiques, les dynamiques économiques et sociales, de dégager des invariants tout en les remettant en contexte afin de caractériser au mieux les principaux points d'inflexion et de rupture. Il ne s'agit pas seulement d'offrir une synthèse sur l'état écologique de la planète dans son développement historique, mais de proposer une interprétations politique du devenir du monde industriel à travers l'étude des émanations et résidus qui l'encombrent toujours plus."

  Nous aurons l'occasion de nous référer à cette étude d'ensemble dans l'examen de différents conflits impliquant de plus en plus l'environnement, à l'heure du changement climatique actuel. 2020 est l'année la plus chaude sur notre planète depuis que les relevés systématiques des températures existent (1880 environ), et c'est aussi sans doute l'année la plus polluée. Ce livre nous permet de faire un point historique bénéfique, en attendant un autre sur l'ensemble des méfaits environnementaux depuis la fin des années 1970...

 

François JARRIGE et Thomas LE ROUX, La contamination du monde, Une histoire des pollutions à l'âge industriel, Éditions du Seuil, 2017.

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14 octobre 2020 3 14 /10 /octobre /2020 12:39

    Ce livre n'est pas consacré au sabotage du pipeline (même si un manuel ne serait pas de trop étant donné les difficultés et les dangers de l'entreprise - danger pour les personnes qui entreprennent quelque chose sur un pipeline, difficultés car nombre de sécurité y son installées, notamment des confinement de tuyau en cas de percée...), mais plus sérieusement aux moyens d'action déployés par les différents mouvements contre le changement climatique depuis déjà bien des années.

   Le maitre de conférences en géographie humaine en Suède et militant pour le climat Andreas MALM s'inquiète d'une certaine inefficacité au moment où la situation réclame des mesures de plus en plus urgentes. L'auteur fait le constat "que les classes dirigeantes de ce monde sont restées sourdes à ces signaux (du changement climatique). Si elles n'ont jamais eu un peu de bon sens, elles l'ont aujourd'hui totalement perdu." "Nous dressons nos campements de solutions durables. Nous faisons tourner nos cantines véganes et tenons nos assemblées. Nous manifestons, nous bloquons, nous montons des pièces de théâtre, nous adressons des listes de revendications à des ministres, nous nous enchaînons aux grilles, nous nous collons au bitume, nous manifestons à nouveau le lendemain. Nous sommes toujours parfaitement, impeccablement pacifiques. Nous sommes plus nombreux, incomparablement plus nombreux. Il y a maintenant un ton de désespoir dans nos voix ; nous parlons d'extinction et d'avenir annulés. Et pourtant, les affaires continuent tout à fait comme avant - business as usual." Et Andreas MALM, et il n'est pas le seul dans la mouvance écologique, se demande "à quel moment nous déciderons-nous ) passer au stade supérieur?"

Il juge, à l'instar du romancier et essayiste John LANCHESTER, étrange que les militants pour le climat n'aient pas commis d'actes de terrorisme, posant l) une question sans doute que les prochaines années trancheront, la violence étant souvent le résultat d'un désespoir. Trop gentils, trop respectueux de la propriété privée, et de la propriété tout court, les militants pour le climat s'auto-limitent dans leurs moyens d'action. Malgré toutes les manifestations, toutes les grèves, tous les boycott, le business est toujours actif.

"Une bonne partie du mouvement pour le climat et la plupart de ses intellectuels frémiraient à la seule idée d'un au-delà de la non-violence absolue, une doctrine particulière s'étant imposée en son sein : le pacifisme." L'auteur dénonce ce pacifisme moral enseigné par exemple par Bill MCKIBLEN, figure emblématique et organisateur infatigable du combat contre le changement climatique. Ce pacifisme moral codifié le plus rigoureusement par le mouvement Extinction Rebellion (avec Roger HALLAM, son fondateur et idéologue), pour encadrer tous les moyens utilisables. Et l'auteur remonte au pacifisme stratégique dans les pays du Nord qui "scintille de références à des luttes passées" pour dénoncer cette mentalité et cette idéologie non-violentes. Pour lui d'ailleurs, comme pour un certain nombre d'autres auteurs - encore très minoritaires - les leaders et militants pensent surtout par comparaison avec ces luttes passées, comparaison qui s'accompagne - mais là il faut dire que nous ne le suivons que très peu - d'une déformation historique des acquis (soit-disant selon lui) obtenus par des moyens non-violents (les luttes contre l'apartheid, contre l'esclavage, pour le droit des votes des femmes n'étant pas exemptes de violences). S'il est vrai que nous soyons parmi les premiers à déplorer un certain romantisme occidental par rapport à l'action par exemple de GANDHI, bien plus politique que ne le raconte maints ouvrages ou oeuvres filmiques, il est parfaitement inutile d'abonder une liste, comme l'auteur le fait, des circonvolutions des activités politiques des leaders habituellement qualifiés de non-violents (GANDHI, MANDELA...) du reste faite à l'aide de citations sorties de leur contexte... Là où l'auteur est le plus convainquant, c'est lorsqu'il met en avant l'urgence des changements climatiques dont les effets pourraient être irréversibles d'ici une dizaine d'années... Il est vrai que l'expérience des luttes non-violentes passées n'est que peu d'utilité face à ce péril imminent, qu'il aurait fallu combattre au moins dès les années 1950...

A trop forcé le trait, en disant par exemple que des auteurs (lesquels?) auraient écrits que la résistance non-violente avait été plus efficace contre Hitler pendant la seconde guerre mondiale que les troupes alliées, l'auteur décrédibilise quelque peu son argumentation. Dans l'Histoire, très peu de leaders ont avancé la non-violence absolue comme la solution pour gagner une lutte, beaucoup en revanche ont hésité, tergiversé et s'ils sont venus à opter pour la non-violence, quel que soit leur conviction profonde, c'est souvent par efficacité politique... D'aucuns ont même plaidé à un moment pour des tactiques violentes (l'exemple du combat conte l'apartheid est sur ce point exemplaire) avant de s'apercevoir qu'ils alimentaient en fait les forces de répression et les tendances répressives au sein des pouvoirs d'État... De plus, le débat sur le sabotage a traversé aussi tous les mouvements non-violents proprement dits, bien plus tôt d'ailleurs que l'ensemble de la mouvance contre le changement climatique, et beaucoup ont tranché : le sabotage est compatible avec l'action non-violente (sous certaines conditions). C'est ce qui donne un caractère un peu bizarre à ce livre, qui semble enfoncer des portes déjà ouvertes, en tout cas en Europe, et notamment en France (dans les pays anglo-saxons, le débat est moins clair)...

Dans le dernier chapitre "Combattre le désespoir", évoquant quelques de ces opuscules qui circulent dans le monde (notamment sur Internet) prônant le sabotage massif de l'industrie (comme Deep Green Resistance, pour la "Guerre écologique décisive"), notre auteur se demande comment ne pas dérailler vers un terrorisme écologique ou une guerre civile généralisée... L'organisation de commandos ciblés contre des installations productrices de gaz à effet de serre, qui met en émoi tous les dirigeants économiques du secteur (comme l'affaire de 2016 autour de la mine et des voies ferrées de Schwarze Pumpe) serait peut-être une voie à suivre, mais même l'auteur ne semble pas vraiment catégorique sur ce point...qualifiant la destruction des clôtures de "violence des plus douces"...

Ce qui frappe à la lecture de ce livre, c'est qu'au final d'une dénonciation de l'idéologie de la non-violence, il ne fait guère de propositions de moyens de combat... Ses avertissements - on oserait dire voilés - sur l'apparition d'une insurrection violente contre les changements climatiques devraient pourtant alerter... Le désespoir de maintes populations prises au pièges (inondations, incendies) pourrait conduire toutefois à des mouvements violents plus ou moins spontanés...

Dans un tout dernier chapitre (Post-scriptum), l'auteur, en mars 2020 décrit depuis Berlin, évoque l'épidémie du covid-19, qui met à l'arrêt tout le capitalisme mondial mieux que ne l'avait fait tout le mouvement écologique, mentionnant aussi l'impatience des financiers et des pouvoirs publics de tout recommencer comme avant et de tout re-polluer (la pollution a diminué sèchement notamment autour des grandes villes dans le monde entier).  "Le sabotage n'est pas incompatible avec la distanciation sociale" termine-t-il.

 

 

Andreas MALM, Comment saboter un pipeline, La fabrique editions, 2020, 210 pages. Traduction de l'anglais How to blow up a pipeline, paru chez Verso Books la même année.

 

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16 mars 2020 1 16 /03 /mars /2020 10:05

      Si dans ce blog, nous ne traitons pas volontairement de l'actualité, les moments historiques ne peuvent que faire exception.

       Nous vivons en effet un événement planétaire historique qui en train de rebattre les cartes de perception des différents conflits, et des choix de politiques économiques, sociaux, culturels... liés à ces conflits.

Si pendant longtemps l'humanité, face aux épidémies, lorsque les connaissances scientifiques faisaient défauts, où les autorités avaient tendance à les remplacer par des foi-croyances hasardeuses, tentait de trouver des coupables bouc-émissaires parmi elle-même, aujourd'hui, alors que la circulation des idées et des personnes est globale, elle choisit de plus en plus de combattre celles-ci là où elles se trouvent. Les virus, globalement, pour se développer pouvaient compter (pardon pour l'anthropomorphisme évident!), sur leurs hôtes pour faciliter leur prolifération. Les processions religieuses censées demander l'aide du Ciel pour s'épargner les résultats des épidémies, rassemblements propices à leur propagation, étaient la règle.  Maintenant que l'humanité peut connaître ses véritables ennemis, il s'agit d"éviter au maximum les relations entre individus pour freiner, précisément, cette propagation...

   Si longtemps, dans les sociétés humaines, le réflexe a été de chercher les propagateurs des malheurs parmi ses membres, prolongeant-là à la fois ses conflits picrocholines (ah, que j'aime ce mot!) et ses grands comme ses petits conflits sociaux et idéologiques, et même religieux, maintenant l'heure de vérité a en quelque sorte sonné : l'humanité est un tout indivisible et chacun comme tous doivent combattre le réel ennemi. Le pire sans doute qu'elle doit affronter, ennemi invisible et énormément petit, car il utilise les principes mêmes de l'existence (duplication et absorption de matériel génétique) des organismes qu'il phagocyte (détruisant d'ailleurs par là à terme les bases mêmes de son existence biologique, mais entre-temps, ils auront détruits bien des vies...). Enfin... les hommes et les femmes choisissent de combattre ensemble (enfin pas partout...) ce fléau commun, reléguant leurs conflits là où ils n'auraient jamais dû quitter, une sphère secondaire, même si elle existera toujours, d'un coup relativisant ces conflits et s'attaquant enfin à leurs causes. De multiples comportements vont enfin en ce sens, même si encore des nostalgiques de qui pourrait être demain le véritable vieux monde, s'accrochent à des intérêts qui contredisent celui de leurs frères et soeurs.

   Mais, et là nous mettons un sérieux bémols à cet "optimisme", car pour l'instant l'heure est dramatique. En parcourant l'expérience de nombreuses crises de l'humanité, encore vécues en particularismes géographiques, non planétaire comme aujourd'hui. Car souvent, on revient, les crises passées, aux très mauvaises habitudes. La crise financière de 2008, pourtant déjà planétaire, avait été l'occasion de grandes résolutions de changements politiques, économiques, sociaux. Mais, les classes dominantes, notamment financières, ont tout oublié, et ont maintenu leurs jeux des marchés, où les acteurs sont autant de joueurs inconscients, uniquement soucieux de leurs personnels (et éphémères) gains et pertes. Et on pourrait dire même qu'à cette occasion, la mondialisation, les conditions mêmes de diffusion dans le monde du virus aujourd'hui, s'est accélérée. Comme ces fêtards, épuisés d'un coup de bambou au cours de leur fête, qui se remettent à danser de plus belle, jusqu'à épuisement...

     Last but not least, les conditions mêmes de diffusion - de même que son arrêt apparent dans la région de Chine où il est apparu - du coronavirus baptisé, avec la bénédiction de l'OMS covid-19, laissent soupçonner le rôle du changement-rechauffement climatique en cours, facteur d'éclosions de nouvelles maladies (ne serait-ce que par la remontée vers le Nord, d'agents infectieux qui auparavant, ne s'y plaisaient pas...). Le développement de la pollution très forte en Chine, liée à la mondialisation qui y concentre une grande part de la production industrielle, plus ou moins incontrôlée d'ailleurs, en même temps qu'une grande négligence envers les systèmes de santé qui pourtant pouvaient y être mis en place (scientifiquement s'entend), a sans doute eu un effet fort sur les capacités immunitaires des populations qui y vivent. Sans doute va-t-on le vérifier pour les États-Unis dans les semaines qui viennent, probable futur épicentre de la pandémie, où des populations entières sont laissées carrément sans système de santé, donc absolument invisible aux différentes vigies épidémiologiques...

      Après tant d'alertes successives, après les incendies massifs catastrophiques d'Australie et de Californie, cette pandémie va peut-être, il faut l'espérer, sonner le moment de changer de mode de vie et dans la même dynamique de changer aussi les perceptions sur l'importance des conflits les uns en comparaison des autres...

 

MODICUS

 

 

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26 janvier 2020 7 26 /01 /janvier /2020 07:36

    Très récente revue semestrielle, amorcée en janvier 2018, Paysageur s'adresse "à tous ceux et toutes celles qui s'émeuvent, qui se questionnent et qui se soucient du paysage sous toutes ses formes". S'inscrivant dans le courant de renouveau d'intérêts envers la nature, notamment sous les effets du changement climatique, la revue, dès le premier numéro, revendique un "esprit nomade" et veut dévoiler "le paysage à travers le reportage, la photographie, la littérature, le cinéma, l'illustration, la botanique et la marche". "Penser avec ses pieds, une promesse que la revue souhaite tenir."

    Le numéro 1, de 112 pages, intitulé Puissants paysages, invite à explorer des territoires, qu'ils soient sauvages ou habités, avec la subjectivité que cette notion recouvre. "Notre errance nous mène ainsi des Alpes-Maritimes à Istambul, du Grand Nord en Norvège à la Nouvelle-Zélande. Avec les contributions, entre autres, de Valérie CABANES (juriste en droit international), Julien JEDWAB (journaliste au Monde), Gilles CLÉMENT (ingénieur horticole) et de Lucie OLIVIER (diplômée de l'école nationale d'architecture de Bretagne). Le numéro 3 comporte un abécédaire des boues rouges, par lequel la revue explore les pollutions liées à l'industrie de l'alumine, ce matériau produit à Guardanne, dans les Bouches-du-Rhône, à partir de bauxite extraite en Guinée. Dans chaque numéro, qui prend son temps de gestation, un seul thème

     La revue est publiée par les Éditions Paradisier, fondées par Claire FAU (photographe et paysagiste) et Maxime LANCIEN (membre de l'association des journalistes du jardin et de l'horticulture). Collaborent régulièrement aux Éditions Paradisier, Matthieu BECKER (designer graphique), Véronique LE SAUX (journaliste et formatrice) et Charles NOLLET (développeur front-end). L'association à vocation cuturelle compte également produire et diffuser des monographies sur des jardins exceptionnels. A noter l'ouvrage de Gaspard D'ALLENS, recensé sur sa page Facebook (parfois Facebook sert à quelque chose...) Main basse sur nos forêts, qui raconte l'industrialisation des forêts en France, qui rejoint l'enquête publiée dans le 2ème numéro de Paysageur. Et qui ne devrait pas déplaire aux (très) anciens objecteurs de conscience à l'ONF...

 

Association Paradisier Vert, 17, rue du Goëlo, 22260 QUEMPER GUÉZENNEC. Site Internet : paysageur.com

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17 janvier 2020 5 17 /01 /janvier /2020 11:01

  D'emblée, avertissons que la Révolution écologique dont on veut parler a un double sens, puisque l'expression est accolée à Transitions énergétiques. D'une part, la Révolution écologique sur notre planète est en cours ; les changements de condition de vie n'épargneront pas l'espèce humaine, dont les individus ne survivent que dans d'étroites conditions de température et de pression. D'autre part, si l'on veut éviter que les changements climatiques ne rendent pas invivable pour nous la planète Terre, on est bien obligé de constater que les transitions énergétiques, politiques publiques ou privées devant faire passer l'économie de l'ère du charbon, du pétrole, du gaz, à l'économie des "énergies renouvelables" ne suffiront pas, et qu'il faut envisager - quitte à ce qu'il y ait une crise économique terrible (et sans doute terrifiante) - une assez brutale révolution dans notre façon de vivre. Il y a comme une course, avec une ligne d'arrivée qui se rapproche de plus en plus vite, entre la vie et la survie de notre espèce et les changements en cours.

   Les multiples conflits entre groupes humains, comme d'habitude, font oublier d'autres conflits bien plus importants : la vie et la survie de l'espèce humaine a toujours été un combat ambigu mais réel avec une nature hostile à bien des égards. Notre rapport à la nature, que l'industrie veut dompter et en soutirer le maximum de richesses, s'est durci, par rapport à une période où l'agriculture dominait encore. Il faut bien dire que beaucoup considère encore notre environnement comme une surface et comme un sous-sol qu'il s'agit d'exploiter au maximum, et du coup, il y a bien conflit entre nous et la nature - en dépit des mythes gentils - et que nous avons perdu le sens de ce conflit, et surtout que nous nous sommes trompés depuis le début sur le rapport de forces, oubliant que nous faisons partie, qu'on le veuille ou non de cette nature... Et au lieu de nous concentrer sur ce conflit-là, nous préférons nous adonner à nos petits jeux conflictuels favoris sur la répartition des richesses et des territoires. Il est en effet plus "facile", une fois évacué les scrupules moraux, de se livrer à des combats sans pitié entre nous plutôt que de prêter attention aux soubassements de notre existence...

    Face aux changements climatiques, véritable révolution écologique qui modifie courants océaniques et phénomènes atmosphériques de même que l'existence et la répartition des espèces et dont nous ne voyons sans doute que les débuts, avec perceptives de sécheresses et d'inondations toujours plus importantes, avec toutes conséquences sur les ressources à disposition de l'espèce humaine, qu'opposent aujourd'hui les différents pouvoirs publics et privés? Afin de "réduire" les gaz à effets de serre, des politiques de transitions énergétiques se mettent en place, avec une lenteur, il faut dire, assez désespérante. Entre les freins en oeuvre au sein mêmes des administrations publiques en charge (et de multiples déviations, tels que d'inclure les ravalements de façades d'immeubles au sein des mesures à cet effet), les réticences de nombreux parlementaires liés à de puissants intérêts privés financiers et/ou industriels, l'ignorance assez crasse de nombreux dirigeants en matière scientifique et les réactions d'opinions mal informées (fake news à foisin, financées par les pétroliers notamment), les politiques de transition énergétique peinent à se placer à la hauteur des changements en cours. La position emblématique des États-Unis contre toute politique publique dans ce sens, la persistance dans les esprits de nombreux dirigeants du modèle de croissance occidental, les vues à court terme de ces mêmes dirigeants, qui ont l'oeil plus sur les cours de la Bourse que sur les taux de pollution de leurs propres capitales, tout cela se ligue pour, malgré les politiques de nombre d'États américains et les initiatives de maintes fondations privées, pour que les transitions énergétiques arrivent trop tard (elles auraient d'ailleurs dû débuter il y a 50 ans!) produisent des effets réels. Il semble bien que seuls des événements importants sur le plan scientifique notamment puissent inverser maintenant la tendance à des catastrophes de plus en plus irréversibles...

    C'est pourquoi il est nécessaire que se mette en place de véritables révolutions écologiques, face aux changements actuels, qui ne sont seulement, faut-il encore et encore le rappeler, climatiques. Des cocktails à n'en plus finir de pollutions des terres, mers et de l'air s'en mêlent et s'emmêlent pour rendre de moins en moins vivables notre planète. Entre les pesticides que des puissances économiques veulent à tout prix continuer d'imposer aux agriculteurs (vendus conjointement avec les semences!), les radiactivités émanant de plus en plus de sites nucléaires endommagés, les produits divers présents maintenant en masse dans notre eau et dans notre alimentation... et sur nos corps (déodorants et compagnie), notre environnement est de moins en moins propice à la vie telle que nous l'avons toujours connue.  Quelles peuvent être les "ingrédients" de telles révolutions écologiques?

 Tout d'abord, il est vrai que l'évolution des rapports de force entre intérêts publics et intérêts privés, entre État en tant que protecteur et rassembleur des citoyens et multinationales privées de toutes sortes a de quoi rendre pessimiste quant à la possibilité de gagner cette véritable course actuelle à la vie ou même à la survie. Même en admettant qu'aujourd'hui on arrête de produire et de relâcher dans l'atmosphère tous ces gaz à effet de serre, même si on stoppe production et distribution de toutes ces substances polluantes, et même si tout de suite sont remplacés ces automobiles (qui portent si mal leur nom) à carburants par des véhicules électriques, il n'est pas sûr que la courbe actuelle des catastrophes écologiques s'inverse suffisamment tôt pour épargner à l'espèce humaine un destin des moins enviables. L'histoire des sociétés humaines au cours des millénaires passés ne prête pas à l'optimisme : leur destruction est souvent l'issue d'une évolution qui pourtant n'a pas manqué sans doute d'avertisseurs (parfois prophétiques). Plus une civilisation est complexe, plus elle est résiliente et moins elle est capable de survivre, autrement que par petits groupes qui s'en sont détachés à temps.

Aussi en est-on à espérer des événements - au sens exact du terme, inflexion radicale de la vie sociale des humains, par nature imprévisibles.

Soit subits, faisant cesser les activités humaines essentielles qui provoquent ces changements dans l'environnement, crise économique "dure", dix fois 1929 par exemple, qui se traduisent bien entendu par des guerres et des épidémies massives.

Soit en provenance des activités humaines, notamment scientifiques. Du même ordre sans doute que la révolution provenant de l'invention de l'électricité. Car les technologies qui permettent d'inverser (trop progressivement...) la courbe des émissions de gaz à effet de serre sont connues (et même parfois gelées dans des brevets acquis par des sociétés industrielles et/ou financières pour empêcher qu'on les exploite) et commencent à être utilisées. Car les recherches en matière de radioactivité sont pratiquement au point mort (transformation des éléments radioactifs en éléments stables,), sauf si l'on compte sur l'exploration spatiale pour en trouver d'autres qui ne figurent pas dans notre tableau périodique des éléments. Car enfin la transformation de techniques agricoles et industrielles est jugée trop aléatoire. Ce qui manque certainement dans l'impact de nouveautés, c'est l'absence de planification possible à l'échelle mondiale, sabotée aujourd'hui, aux Nations Unies par exemple, à la fois par des États (souvent gangrenés par des corruptions en nombre) et par des mutinationales en rêve de puissance et de capitaux.

L'issue du grand conflit actuel entre puissances privées court-termistes et puissances publiques encore ancrées dans la recherche du bien commun, aura certainement un effet sur cette course entre révolution écologique humaine et révolution écologique de la nature en cours...

  Parmi les événements possibles capables de provoquer une sorte de point d'inflexion dans la marche du monde, mondialisation, financiarisation, désastres écologiques et bouleversements climatiques ensemble, avec une crise économique d'ampleur rebattant toutes les cartes géo-économiques, figurent de grandes épidémies, pandémie à l'échelle mondiale. Celle de janvier-février 2020, dite du coronavirus pourrait peut-être faire pencher la balance... si bien entendu l'humanité est encore capable de la combattre à temps (et pas trop tôt pour que les pouvoirs politiques se décident enfin à changer...)... (addition du 29 février 2020)

 

Complété le 29 février 2020

 

 

  

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11 septembre 2019 3 11 /09 /septembre /2019 07:26

   A l'époque où les grandes compagnes contre la faim sont révolues en Occident (en France notamment par la baisse des dons et des aides publiques), le livre de NASSER, consultant auprès des agences et programmes des Nations Unies, notamment de la FAO et du FIDA, constitue, avec d'autres récents, un utile rappel. L'ensemble des violences structurelles à l'origine de la persistance de la faim dans le monde, qui touche encore de nos jours 821 millions de personnes (chiffres des agences citées), et l'ensemble des conflits qui résultent de cette situation ne sont pas choses passées. Pour l'auteur, "La faim du monde, telle qu'elle est fabriquée et représentée par les médias, ne rend pas toujours compte de ce qu'est effectivement la situation des plus démunis de la planète et des enjeux réels qui circonscrivent ce scandaleux fléau."

  Le praticien qu'est NASSER subdivise son livre en trois partie : La fin, La faim, La fin de la faim, avant de conclure dans Success Stories où il expose des faits-expériences sur le terrain qui montrent que la faim n'est pas une fatalité.

"Avant d'arriver à la fin de la faim, il faudrait savoir ce qu'il adviendrait si nous continuions d'exploiter les ressources naturelles au rythme et à la manière actuels. Un scénario catastrophe qui décrit combien, et comment, est mise à mal notre planète et sa capacité à se régénérer, illustre cette première partie, la fin." Il est utile de répéter encore et encore, qu'au rythme actuel, nous n'en avons pas encore pour longtemps (des experts parlent de 2050 comme échéance), à vivre sur les ressources.

Notons que l'étendue du gaspillage alimentaire et l'existence de stocks stratégiques, à cet égard, agissent comme un retardateur pour les consciences sur les problèmes que nous aurons à affronter si nous continuons sur cette lancée. L'auteur décrit par le menu (sic), l'agriculture meurtrie, l'eau souillée, la mer sans poissons, les océans de plastique, les sols contaminés... En n'oubliant pas de pointer les responsabilités majeures des pays riches et des entreprises agro-alimentaires multinationales.

"Puis est traité le drame de la faim que traversent pas moins de 821 millions de personnes qui dorment souvent le ventre vide et de plus de 150 million d'enfants qui accusent des retards de croissance." Dans cette deuxième partie, l'autre s'essaie à la compréhension, à l'étendue et aux conséquences de ce fléau indécent qui interpellent l'humanité entière. Dans cette partie intitulée La faim, NASSER, expose la question de la faim comme élément du problème de développement, exposant ses causes (naturelles et humaines), pointant le fait que plus d'énergie sont encore dépenses en traitements des situations d'urgence qu'au développement et que les ressorts mêmes de l'aide au développement dans les organisations internationales ont encore des  effets pervers sur les bénéficiaires (fuite des meilleurs éléments techniques et intellectuels vers l'extérieur par exemple).

Dénonçant comme d'ailleurs beaucoup d'autres, le libéralisme économique imposé par les plus puissants aux pays du Sud, NASSER pose la question encore non résolue de la souveraineté alimentaire de bien des pays, dans la troisième partie. "Enfin, après l'indignation, l'action : pour éviter le pire, et vivre en harmonie avec notre environnement, des éléments de solutions, à la fois d'ordre technique, politique et humaniste, sont exposés dans la dernière partie", la fin de la faim.

Dans sa conclusion "Success Stories", NASSER expose des expériences réalisées en Angola, en Égypte, au Liban, en Mauritanie et en République Démocratique du Congo, où "des hommes et des femmes luttent tous les jours pour améliorer leur existence en pratiquent une agriculture vivrière."

   On mesure à la lecture de ce livre, qui n'aborde pas le problème de la faim au sein même des sociétés des pays les plus riches, que l'auteur n'ignore pas, combien depuis les cris d'alarme de René DUMONT, entre autres, les problématiques agriculture d'exportation/agriculture vivrière restent pendante dans de nombreux pays du Sud. Même si la faim a reculé depuis, notamment en Inde et en Chine, il reste beaucoup à faire et nombre d'efforts risquent d'être ruinés à cause des changements climatiques. Ce petit livre très à la portée du grand public sert au moins de rappel sur de sinistres réalités.

 

NASSER, La faim du monde, Balland, 2019, 220 pages

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18 novembre 2015 3 18 /11 /novembre /2015 13:18

La notion de "conflit vert" vient du GRIP (Institut de recherche et d'information sur la paix et la sécurité, Belgique) ; elle recouvre "des situations explosives qui peuvent aller de l'émeute locale jusqu'au conflit international en passant par l'insurrection, la répression ou la guerre civile et qui ont comme particulier d'être directement liées au changement de l'environnement". Si les atteintes à l'environnement ne sont pas forcément en elles-mêmes des causes premières et directes de conflits, elles peuvent être le catalyseur et l'élément déclenchant en s'ajoutant à des causes politiques, sociales, ethniques ou religieuses. Les dix neuf auteurs de l'ouvrage publié en 1992 avec le sous-titre "la Détérioration de l'environnement, source de tensions majeures" dessinent les contours de trois grandes catégories de situations conflictuelles :

- les situations conflictuelles liées à la rareté ou à la pénurie, qu'il s'agisse de la raréfaction des ressources en eau, des ressources halieutiques ou des terres arables ;

- les situations conflictuelles liées à une identité de groupe dans lesquelles il peut être établi, à tort ou à raison, une corrélation entre la dégradation de l'environnement et des facteurs sociaux, ethniques, nationalistes, religieux ;

- les situations conflictuelles liées à la discrimination et à la privation de tel élément environnemental entrainant la dégradation du cadre de vie du fait d'actions menées par d'autres.

Sur les situations liées à la rareté et à la pénurie des ressources environnementales, de nombreuses études historiques, socio-politiques ou écologiques existent.

Aaron T WOLF (L'eau et la sécurité pour l'homme, Université de l'Oregon, Conférence sur les ressources transfrontalières, Washington, juin 2000) ne recense depuis la Haute Antiquité que 7 conflits réellement nés à cause de l'eau. Force est toutefois de constater que l'eau - ou plutôt sa rareté - peut fournir à tel Etat dans un contexte régional donné un prétexte pour régler des problèmes politiques ou territoriaux et contribuer ainsi à rendre une situation plus conflictuelle. Il s'agit en effet d'un problème majeur. Par ailleurs, la raréfaction des terres arables consécutive à la désertification peut engendrer des situations d'autant plus graves que celles-ci ont des racines anciennes (Amérique Centrale, antagonisme des populations amérindiennes, par exemple). L'accès aux ressources halieutiques a quant à lui engendré de nombreuses relations de conflit qui ont tendu à se radicaliser en même temps que ces ressources se raréfiaient. Les conflits se multiplient et se diversifient à partir des années 1970, compte-tenu de la fermeture de lieux de pêche à des pêcheurs de certaines nationalités, de l'interdiction ou de la limitation de l'utilisation de certains engins ou de la difficulté de cohabitation entre des navires utilisant des techniques de pêche différentes (entre pêche industrielle et pêche artisanale). La cause majeure parait constituée par la suppression d'accès à la ressource, du fait en particulier de la multiplication des zones économiques exclusives (ZEE) ou de zones de pêche exclusive aboutissant de fait, dans le cadre de ce que l'on a appelé l'extension territoriale des eaux maritimes, à une nationalisation des ressources et à l'interdiction d'accès au détriment des non-ressortissants, le recours à la contrainte étant fréquent de la part des Etats côtiers pour faire respecter leurs droits, à moins que ce ne soient les pêcheurs eux-mêmes qui s'en chargent à leur place. On peut citer la "guerre de la morue" entre l'Islande et le Royaume Uni (à partir de 1972) ou encore les nombreux incidents entre pêcheurs espagnols et pêcheurs français dans le Golfe de Gascogne (1984). la plupart du temps, ces incidents se sont conclus par des poursuites, des arraisonnements, des dommages aux biens et aux personnes. On a pu enregistrer pour la seule année 1995 davantage de conflits de ce type que pendant tout le XIXe siècle.

Sur les situations conflictuelles liées à la raréfaction des ressources et aux identités de groupe, les situations que l'on peut examiner apparaissent souvent dramatiques. Dès lors qu'une corrélation est établie entre la dégradation de l'environnement et certains facteurs ethniques ou religieux, de véritables guerres peuvent s'ensuivre. Ainsi, des enquêtes établissent que l'une des composantes du très grave conflit ethnique opposant les Tutsi et les Hutus au Rwanda et au Burundi, est écologique, avec la raréfaction de ressources naturelles, notamment en terres cultivables. Cela aggrave jusqu'au paroxysme un antagonisme ethnique, social et politique ancien. C'est aussi le cas par exemple en Indonésie (ile de Bornéo) où l'exploitation forestière intensive aboutissant à la déforestation envenime les relations entre communautés musulmanes, chrétiennes et animistes (Massacres de 2001). Dans le même ordre d'idées, la colonisation des hauts plateaux centraux entrainent la destruction des forêts en vue de la culture du café au profit des cadres dirigeants vietnamiens au détriment des Mois, composés d'une cinquantaine d'ethnies non vietnamiennes. (Michel TAURIAC, VietNam, Le dossier noir du communisme, Plon, 2001) La constructions de barrages hydroélectriques contribue également, à l'éclosion de révoltes plus ou moins graves dans plusieurs régions du monde. N'oublions pas tout de même les diverses guerres indiennes aux Etats-Unis où la question des ressources jouent un très grand rôle : des modifications importantes d'environnement, provoqués par exemple par le passage de troupeaux énormes, ou simplement les chasses au bison, ont ruiné toute l'économie de nombreuses tribus privés de leurs ressources séculaires. Derrière les "traditionnels" conflits entre éleveurs (pasteurs) et agriculteurs, voire entre chasseurs et agriculteurs, se trouvent des conflits verts qu'il serait intéressant de remettre en perspective dans l'histoire de l'humanité.

Sur les situations conflictuelles liées à la discrimination et à la privation d'une ressource environnementale, de multiples exemples peuvent être citer. En militarisant la ressource en eau dans les territoires occupés de Cisjordanie (Ordonnances militaires de juin et d'octobre 1967), Israël a mis en oeuvre un système d'autorisations et de restrictions qui visaient essentiellement les Palestiniens, tout en menant une politique d'implantation de colonies juives de peuplement. Dans un registre différent, la mise en valeur de l'Amazonie par le Brésil aboutit à l'éviction passive ou active des tribus amérindiennes vivant dans la forêt. il en va de même de l'exclusion d'ethnies indiennes lors de prospection et d'extraction de pétrole en Equateur... S'ajoutent notamment à cela, les petits agriculteurs sans terre du Nordeste brésilien évincés au profit des grands propriétaires pratiquant l'élevage extensif, aidés par une police militaire. Ce genre de pratiques poussent des populations à basculer dans la guérilla (au Philippines par exemple). Dans le domaine des ressources halieutiques marines, les accords de pêche, sortes de concessions, conclus entre les pays en développement et les pays industrialisés, fragilisent les populations côtières dont les techniques de pêche artisanale ne peuvent réaliser avec la pêche industrielle (Mauritanie, Sénégal, par rapport à l'Union Européenne).

Suivant la thèse (décembre 2014, Thèse en droit, Université Jean Moulin) de François MAXIME sur les conflits verts en Afrique, le continent est aujourd'hui le théâtre de nombreux conflits caractérisés par une distribution inégale des "ressources naturelles". "Il est aujourd'hui avéré que les risques environnementaux tels que la pollution, les changements climatiques, ou la désertification font peser une menace supplémentaire sur les populations et les écosystèmes afférents. Le début sur la "sécurité environnementale" a connu une expansion fulgurante en l'espace d'une vingtaine d'années, d'où tout notre intérêts de comprendre ses origines, ses fondements et les différents discours s'étant construit autour de cette notion. Pour autant le concept de "conflits verts" n'a jamais été analysé en profondeur en tenant compte des nombreux exemples touchant le continent africain, et ceci à la lumière d'une nouvelle typologie afin de capturer ces nouveaux conflits contemporains d'une manière davantage efficiente." Le doctorat situe sa recherche sur les relations entre environnements, ressources naturelles, facteurs de puissance et conflit dans le continent au cours des dernières décennies. Il entend mettre en lumière l'évolution du concept traditionnel de "sécurité" sur la base des discours changeants parmi les milieux politiques du XXe siècle. Ce qui pour lui implique des discussions "sur l'amélioration de l'efficacité des mécanismes de prévention et de résolution tels qu'appréhendés aujourd'hui par la Communauté européenne, la création des "casques verts" et la notion de "crimes environnementaux" démontrant les limites en la matière."

Pour Robert POLET, chercheur au CETRI, Centre tricontinental (février 2008), "les conflits socio-environnementaux sont en pleine expansion à l'heure du néolibéralisme (même s'ils) ne constituent pas un phénomène nouveau, propre à cette doctrine particulière du développement. Pour autant, si l'exploitation à grande échelle des ressources naturelles nationales est au coeur des politiques de développement depuis l'ère des décolonisations, force est de constater que les stratégies d'extraversion adoptées par la majorité des économies du Sud ces dernières années ont considérablement accentué les pressions ur les environnements naturels et les populations locales qui en dépendent. A l'ère de la mondialisation néolibérale, les territoires, les ressources naturelles, les paysages son déconnectés, arrachés à leur fonctions sociales, économiques ou culturelles locales pour être envisagés du seul point de vue de leur valorisation sur les marchés internationaux.

Or, poursuit-il, loin de la frénésie des capitales et des quartiers d'affaires, ils sont des centaines de millions - paysans, peuples autochtones, pêcheurs... - à tirer leur subsistance de l'exploitation des ressources de leur environnement immédiat - terre, forêt, rivières, mer. L'absence de prise en compte de leurs intérêts par les autorités locales ou nationales à l'heure de négocier les termes des contrats d'exploitation avec les opérateurs privés (nationaux ou transnationaux) est source de tensions sociales de plus en plus aigües aux quatre coins de la l'Asie, de l'Amérique Latine et de l'Afrique.

Exportations forestières, minières, pétrolières dopées par le rebond des prix internationaux des matières premières, grands ouvrages d'infrastructure (barrages, routes, gazoducs) visant à accélérer le transit des ressources naturelles et l'alimentation d'une croissance énergivore, pêche industrielle, dissémination de sites touristiques - autant de projets "sans égards" pour les écosystèmes et les populations locales qui font des millions de "victimes du développement", pour reprendre l'expression de militants asiatiques. Depuis le début du millénaire, l'augmentation du prix des produits agricole et l'euphorie qui entoure la montée en puissance des agrocarburants ont accentué la compétition autour des ressources foncières et hydriques entre les firmes agroalimentaires transnationales et les communautés paysannes et indigènes locales, au détriment de ces dernières."

Cette mondialisation accélère l'évolution de nombreux conflits en reliant toutes les causes possibles de guerres dans des chaudières environnementales, sociales, religieuses et ethniques. Ce qui pouvait se dissocier auparavant, avec le temps et la dispersion, problèmes écologiques, conflits, parfois anciens, ethniques ou/et religieux, rivalités politiques, calculs tactiques ou stratégiques de puissances régionales, appétits financiers et économiques locaux, nationaux ou internationaux, inégalités socio-économiques se conjuguent pour donner des situations explosives qui se traduisent de plus en plus souvent par des conflits à expression souvent armée. Ce sont ces situations-là qui dessinent les contours des "conflits verts".

Jacques SIRONNEAU, Guerre et environnement, dans Guerre et Economie, Ellipses, 2003. GRIP, Les conflits verts, La dégradation de l'environnement, source de tension, 1992. On y remarque les contributions, entre autres, de Colette BRAECKMAN, Jean-Marie CHAUVIER, René DUMONT, Mohammed MAZOUZ, Marc SCHMITZ....

STRATEGUS

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