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16 novembre 2015 1 16 /11 /novembre /2015 10:27

Les atteintes à l'environnement par les activités militaires touchent tant le milieu terrestre que la ressource hydraulique.

Les atteintes au milieu terrestre, considérés encore comme les plus importantes, mais le cas des océans est encore mal évalué, sont irréfutables et résultent notamment de l'emploi d'armements massivement destructeurs (sans être à proprement parler des armes à destruction massive), car puissants (en impact et en profondeur), avec des munitions plus ou moins dangereuses à moyen terme, même lorsqu'elles n'ont pas atteint leur objectif. Observés par satellite, elles sont irréfutables : la désertification et la déforestation ne proviennent pas seulement des activités industrielles. Cette désertification et cette déforestation s'accélèrent et font partie du changement climatique, même si dans l'Histoire on a pu assister à des catastrophes dues à une surexploitation des sols. Les remèdes apportés, aléatoires, fragmentaires et coûteux - qui supposent une collaboration internationale et une volonté politique affirmée, demeurent très en-deça des ambitions affichées, notamment au cours de l'élaboration de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (1996). Le constat est le même en ce qui concerne la déforestation (Plan de lutte contre la disparition accélérée des forêts tropicales, Conférence internationale de 2002).

Les atteintes aux ressources hydrauliques, en eau douce - sécheresses récurrentes - comme aux écosystèmes marins résultent également des multiples activités militaires, et pas seulement d'une organisation de la pêche industrielle ou d'une urbanisation désordonnée ou encore d'une agriculture à base d'utilisation de pesticides. Les multiples pollutions chimiques et radioactives opèrent des effets cumulatifs qui sont encore mal évalués à l'heure actuelle, sauf dans des zones localisées, comme celles des cimetières de bâtiments militaires ou de sous-marins à propulsion nucléaire.

La réponse quasi universelle des pays confrontés à la pénurie d'eau douce consiste à mettre en oeuvre une politique de grands barrages, qui occasionnent par ailleurs des dommages sur le rythme des fleuves et sur la stabilité des reliefs montagneux. Peu d'actions sont entreprises encore pour les mers (une maigre Politique Commune de la Pêche de 2001 au sein de l'Union Européenne...).

Les atteintes au milieu atmosphérique, qui mobilise la communauté internationale en raison des conséquences de plus en plus visibles des changements climatiques, résultent d'activités humaines dégageant des gaz à effet de serre. Lesquelles sont produites en grande majorité par des activités civiles. Toutefois, les activités militaires sont de grosses consommatrices d'énergie fossile, notamment parce que le primat de l'efficacité existe le maximum de vitesse et le maximum de destructivité. Les manoeuvres militaires, à cet égard, parce qu'elles ont lieu autant en temps de paix qu'en temps de guerre dégagent beaucoup de ces gaz là et d'autres, qui s'ils ne sont pas directement liés aux changements climatiques, n'en sont pas moins nocifs, soit de manière collatérale soit de façon délibérée. Il faut noter que l'aviation, tant civile que militaire, joue sans doute un rôle important, quoique encore minoré (on préfère parler de la pollution automobile...) dans les changements climatiques. Nous avons l'habitude de dire entre membres de ce blog qu'un avion pollue autant que mille voitures, bien que cela ne reste qu'une image...

Les conséquences économiques majeures directes sont amplifiées par la croissance démographique dans les zones les premières concernées. Appauvrissement des sols, exacerbation des sécheresses et de la désertification, provoquant des pénuries d'eau, peuvent être à l'origine de déplacements de population. Jointes aux guerres, ces conséquences sont déjà visibles dans certaines parties du monde.

Et sans doute la situation est appelée à s'aggraver, vu l'inaction des pouvoirs politiques, notamment dans ces régions, soit parce qu'ils sont accaparés par précisément les guerres soit réduits à néant (zones grises), soit encore bien plus préoccupés de protéger leurs classes privilégiées que l'ensemble de leurs populations. Parfois, on note le développement de technologies visant à "sécuriser" dans tous les sens du terme (isolation environnementale, protection militaire...) certaines zones restreintes.

Ces dégradations environnementales engendrent à leur tour des situations conflictuelles, quand ce n'est pas la destruction volontaire qui est utilisée comme moyen de guerre.

La description de ces situations d'une part fait référence aux notions de "conflit vert" et de "réfugiés de l'environnement" ou "éco-réfugiés", d'autre part met en exergue le risque de tension sur les ressources hydriques transfrontalières. Nombre de conflits ont pour enjeu l'eau, par delà le contrôle de ressources énergétiques ou minières.

Ces "réfugiés de l'environnement" déstabilisent les régions d'accueil, parfois déjà appauvries. Les déplacements de population auraient même tendance à produire une sorte de "nomadisme" couvrant de larges parties de territoire, phénomène que tentent de combattre des autorités politiques qui organisent l'édification de camps parfois appelés camps de transit mais qui sont là pour contenir à long terme des populations dans des zones réservées, souvent encadrées militairement. Dans les régions qui bénéficient encore de conditions de vie enviables, la susceptibilité des populations des pays d'accueil, parfois à fleur de peau vu l'infime proportion de celles qui y viennent par rapport aux populations déplacées, provoquent déjà des tensions internes qui s'expriment politiquement par un climat d'insécurité savamment entretenu par des partis favorables à l'organisation de sociétés plus surveillées, plus "disciplinées", voire plus militarisées.

Le problème majeur des risques de tension concernent les recherches hydrauliques transfrontalières. Le conflit du Moyen-Orient entre l'Etat d'Israël et les Palestiniens constitue une sorte de prototype de ce genre de risques. C'est d'ailleurs le premier exemple cité par Jacques SIRONNEAU. Lors de ses conquêtes territoriales successives, Israël s'est souciée de s'assurer le contrôle stratégique de la ressource en eau. Son second exemple concerne l'exploitation de l'Euphrate et accessoirement du Tigre : la Turquie, le Syrie et l'Irak voire l'Iran par l'intermédiaire de Chatt El Arab tentent de contrôler ces fleuves, notamment par des aménagements de retenir d'eau (notamment des barrages hydroélectrique). Sans doute, l'analyse profonde de la situation provoquée par l'expansion du groupe Etat Islamique ne peut-elle se comprendre sans l'on omet de facteur conflictuel.

La destruction de l'environnement comme arme de guerre, pour réduire ou détruire l'adversaire n'est pas nouvelle, mais l'ampleur des destructions possibles est sans commune mesure avec le passé. Défiolation de forêts ou de rizières, destruction d'ouvrages d'approvisionnement en eau, mise hors service de stations de traitement de l'eau, sabotage des puits et installations pétrolières, provoquent de gigantesques pollutions marines ou/et terrestres, dont les effets perdurent parfois à très long terme.

L'élément déclenchant qui a abouti, dans un contexte de risque de guerre nucléaire, à la convention ENMOD, a vraisemblement été l'épandage par l'armée américaine, lors de la seconde guerre d'Indochine, d'herbicides (défilants) sur la forêt vietnamienne ainsi que le bombardement systématique des digues, actions destinées à permettre à la fois le repérage des mouvements de l'adversaire et leur paralysie. Ces actions ont causé à l'environnement des dommages très importants et de manière indirecte aux populations civiles soumises aux effets mal connus des produits chimiques qui ont par surcroit entrainé la déforestation, sans compter l'érosion ainsi provoquée de terres envahies par les eaux et des sols rendus hydromorphiques et donc impropres à la culture à la suite des bombardements.

Rappelons que l'ENMOD (Convention sur l'interdiction d'utiliser des techniques de modification de l'environnement à des fins militaires ou toutes fins hostiles), traité international adoptée le 10 décembre 1976 par l'Assemblée générale de l'ONU, entré en vigueur en 1978, est signé par 76 des 197 Etats membres. Cette convention devrait être un cadre important à l'activité de l'ensemble des parties pour construire tout un arsenal de règlements plus précis, propre à soutenir des activités efficaces. Mais les raisons d'Etat l'emportent encore sur des considérations universelles. Il faut dire que depuis l'existence des Etats, la destruction de l'environnement de l'adversaire constitue toujours un des moyens d'une stratégie d'ensemble, et qu'appliquer une telle convention reviendrait à entreprendre un grand pas en avant vers une gouvernance mondiale de l'environnement et une brèche importante dans le droit à la guerre des Etats.

Jacques SIRONNEAU, Guerre et environnement, dans Guerre et Economie, Ellipses, 2003.

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9 novembre 2015 1 09 /11 /novembre /2015 10:30

Les diverses activités militaires - des manoeuvres aux opérations militaires - influent sur l'environnement de plusieurs manières, diverses et variées, superficielles ou profondes, à court ou à long terme. Et, comme dans un cycle vicieux, la dégradation des environnements accroissent la gravité des conflits armés ou même en provoquent de nouveaux. Des conflits, nommés verts par certains, apparaissent du fait des diverses contrées rendues impropres à la vie humaine (on songe en premier aux diverses îles océaniques, mais aussi à des régions au climat bouleversé, devenus par exemple trop chauds et humides ou soumis à des variations brusques de température et de pression), provoquant déplacements de populations, famines, épidémies, tout cela dans un climat parfois de guerre civile.

Que ce soit par le ravinement des terres ( que l'on songe aux mouvements des chars ou aux épandages massifs de divers produits...) ou la pollution des airs (par les essais d'engins aériens ou les explosions nucléaires), ces activités rendent d'abord impropres à l'habitat des étendues variables de terre et de mer, dans un temps plus ou moins long, les rendent plus ou moins dangereux à vivre (que l'on songe aux radiations des villes japonaises bombardées à l'arme atomique pendant la deuxième guerre mondiale). Si les conséquences des guerres, avec toute la technologie destructrice qui y est déployée, sont les plus visibles dans les zones où les conflits armés durent depuis plusieurs années ou plusieurs décennies, elles existent également de manière plus pernicieuses dans des zones exemptes depuis longtemps de ces conflits.

De tout temps, les guerres ont influé sur les sols, parfois d'une manière que peu osent rappeler (fertilisation accrue de certains sols grâce à la décomposition des cadavres de soldats en nombre), mais aujourd'hui, avec le déploiement de moyens de destructions étendus, profonds et parfois agissant à long terme, l'environnement concerné devient de plus en plus problématique pour les humains (mais beaucoup d'autres espèces peuvent parfois y vivre et même y prospérer).

Jacques SIRONNEAU dresse un tableau des relations entre guerre et environnement :

- Les multiples dégradations de l'environnement dans l'ensemble de ses composantes, dues ou non à l'action humaine, ne peuvent manquer d'avoir un effet majeur sur l'économie des régions qui les subissent. Il distingue les atteintes directes à l'environnement, au milieu terrestre, au système hydraulique, aux écosystèmes marins et au milieu atmosphérique. Il répertorie les effets économiques majeurs amplifiés par la croissance démographique dans les zones concernées.

- Les dégradations environnementales susceptibles d'engendrer des situations conflictuelles, quand ce n'est pas la destruction volontaire de l'environnement qui serait utilisé comme arme de guerre. Il distingue ainsi les situations génératrices de tensions voire conflictuelles de la destruction de l'environnement comme arme de guerre.

Ali-HAMANDOU et Michel-André BOUCHARD évaluent l'impact des conflits armés sur l'environnement et les actions menées contre ceux-ci.

"Les conflits armés, écrivent-ils, sont source de catastrophes majeures pour l'environnement. Dans les années 60, la déflation de la jungle vietnamienne par l'armée américaine a interpellé la conscience collective sur la protection de l'environnement en situation de conflit armé. La guerre du Golfe de 1990-1991, avec l'utilisation des armes à uranium appauvri et l'incendie des puits de pétrole a fait de la protection de l'environnement lors des conflits armés une préoccupation internationale. Des dispositions juridiques et réglementaires du droit international interdisent et limitent les actions néfastes sur l'environnement en temps de guerre. Au nombre de ces dispositions, il y a la convention ENMOD de 1976, le Protocole de Genève de 1977 et les Directives de la Croix-Rouge pour la formation des forces armées (1996). La difficulté de mise en oeuvre de ces instruments est l'une des causes principales de l'exacerbation et de la persistance des impacts environnementaux des conflits armés. Un bref aperçu des travaux effectués dans ce domaine montre que cette question est jusqu'ici abordée sous un angle purement théorique, empirique et descriptif (causes, manifestations et typologies des conflits). Et, contrairement aux autres domaines de connaissances (scientifiques, économistes, juristes, universitaires), les spécialistes de l'évaluation environnementale se sont à ce jour peu intéressés à cette question (2006).

L'analyse des impacts environnementaux permet de dresser une typologie axée sur les trois grandes phases de déroulement des conflits armés : pré-conflit, sen-conflit et post-conflit. S'y ajoutent les impacts "collatéraux" qui se poursuivent même pendant la phase post-conflit." Les auteurs analysent "applicabilité de la procédure d'Evaluation Environnementale (EE) et d'évaluation Environnementale Stratégique (EES) en distinguant les différentes phases des conflits armés et en insistant sur les processus de prévention, d'anticipation et d'atténuation des impacts. De cette analyse, il ressort que l'EE a un grand rôle à jouer en situation de conflit armé, notamment en intervenant dans des actions de planification de la gouvernance, les opérations humanitaires, les actions de reconstruction post-conflit et surtout dans les actions en amont des conflit. Une telle approche nécessite un cadre d'analyse adapté impliquant des outils méthodologiques et opérationnels adéquats, et en se plaçant dans une perspective globale du développement durable."

Sous la coordination de Marc SCHMITZ, dix-neuf auteurs apportent leurs contributions à la réflexion sur ce qu'on appelle les "conflits verts". Des guerres se mènent pour des ressources et nombre d'autres se préparent ; l'environnement est malmené - tout se conjugue pour que se multiplient les "conflits gigognes" allumés par l'"étincelle verte". Les réfugiés de l'environnement se comptent par millions. Ils plaident pour une "écosécurité commune et globale" et un développement qui ne soit pas celui du productivisme, de la consommation sans fin, du FMI, de la dette. Ils enrichissent ainsi la notion de sécurité internationale et élaborent un guide pour l'action.

Marc SCHMITZ, Les conflits verts, GRIP Informations, 1992. Al-Hamandou DORSOUMA et Michel-André BOUCHARD, Conflits armés et environnement, Développement durable et territoires, dossier n°8, 2006. Jacques SIRONNEAU, Guerre et environnement, dans Guerre et économie, Ellipses, 2003.

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26 septembre 2013 4 26 /09 /septembre /2013 13:10

      Classique de la littérature anti-nucléaire, cet ouvrage collectif qui date de 1975, présente l'ensemble des arguments contre le développement de l'électricité d'origine nucléaire. Il est d'abord une réponse à l'ensemble des allégations qui se veulent rassurantes sur l'utilisation de l'énergie nucléaire. Il est ensuite une véritable mine de renseignements sur des aspects technologiques souvent passés sous silence. Il est enfin une réflexion socio-politique sur les liens entre électricité d'origine nucléaire et structure de la société. 

   L'ouvrage commence par une diatribe : "L'atôme ou l'âge des cavernes ; les centrales nucléaires ou la régression ; deux cent mille mégawatts ou le chômage. "Nos" dirigeants cherchent à nous acculer à ces dilemmes. Seul l'atome, disent-ils, peut faire doubler en vingt-cinq ans la production française d'énergie ; sinon, ce sera le chaos. Quant aux dangers du nucléaire, ils sont, affirment-ils, inexistants, minimes ou en bonne voie d'être éliminés." Cette présentation peut paraitre excessive pour ceux qui n'ont pas vus les magnifiques dépliants de présentation de la centrale nucléaire Creys-Malville par exemple, mais elle reflète tout-à-fait l'état d'esprit des acteurs de la technostructure de l'énergie en France. On n'imagine pas que de tels discours aient été tenus et on n'imagine pas qu'ils puissent l'être encore de nos jours, en tout cas en Occident ou au Japon (mais allez voir dans d'autres pays qui se lancent dans des programmes électronucléaires!). 

   Les auteurs veulent répondre à des questions, qui, et ce n'est pas un hasard, restent posées aujourd'hui et sans doute par encore plus d'acteurs de la société qu'avant :

- Qui a décidé que la production d'énergie doit doubler d'ici l'an 2000?  On pourrait présenter plusieurs variantes de la même question en 2013... et après...

- Quelle est la part de l'énergie gaspillée, perdue par exemple, entre la production et la consommation?

- Un doublement de la production d'énergie signifie-t-il un doublement du bien-être des citoyens?  Allez poser la question en Russie, au Japon ou aux États-Unis...

- Quels biens et quels services désirons-nous avoir? Combien faut-il d'énergie pour les produire? Quelle espèce d'énergie?  Questions encore cruciales à l'heure où les bouleversements climatiques produisent leurs premiers effets...

- Quels impératifs économiques et politiques sont derrière le choix de l'énergie nucléaire?  Les liens entre les aspects civils et militaires sont souvent occultés ou minorés.

- Quels inverstissements vont aux sources non nucléaires d'énergie?

- Quelle société modèlera une industrie nucléaire massive?

- Combien de temps cette industrie pourra t-elle être alimentée?

- Quelle Terre laisserons-nous à nos enfants?  A l'époque où l'on ne discutait pas encore du réchauffement climatique, les auteurs avaient surtout en tête l'accumulation de déchets nucléaires produits dans les centrales et qu'on ne sait toujours pas neutraliser.

  La table des matières de l'ouvrage suffit à renseigner d'emblée sur le contenu du livre. Sans prétendre être complet, ce qui aurait rendu l'ensemble sans doute beaucoup plus volumineux et plus austère, il est le fruit d'un important efforts de documentation et de réflexion auxquels ont participé de nombreux scientifiques spécialistes en la matière. "Ni l'économie, présente les auteurs, ni les aspects sociaux, ni l'histoire de la lutte antinucléaire internationale n'ont été sacrifiés à l'exposé, plus classique, des aspects physiques et biologiques." 

  Après avoir détaillé le processus nucléaire - qui n'a pas beaucoup changé depuis, et cela se comprend car le cycle industriel du nucléaire est particulièrement long (de la construction, de l'utilisation puis du démantèlement) - et les différents aspects de la pollution radioactive, thermique et chimique en fonctionnement normal et les différents accidents et état de la sécurité des réacteurs dans un premier chapitre, les auteurs développent les aspects économique, politique et sociétal de l'énergie nucléaire. 

Ils insistent, ils étaient encore minoritaires alors, sur le fait que l'énergie nucléaire est pas "un problème pour les citoyens, pas pour les techniciens". Citons le début de cette conclusion emblématique : "Les experts de tous bords peuvent s'affronter et vous - citoyens, contribuables ou élus locaux - vous sentir de plus en plus indécis. Le problème politique est pourtant là : il y a un choix à faire ; qui décide? L'avenir de toute une société est engagé par l'orientation qu'elle donne à la gestion de l'énergie dont elle dispose. Cette orientation est politique, et la forme de l'énergie qui sera favorisée par le pouvoir aura toujours un rapport étroit avec les intérêts et les intentions de ceux qui influencent réellement ce pouvoir. Trop souvent les avantages de la forme d'énergie choisie sont pour ceux qui ont pris la décision, tandis que les inconvénients sont subis par un ensemble de gens à qui on n'a pas demandé leur avis. Qu'il s'agisse de l'orientation générale de la politique en matière d'énergie - qui concerne l'ensemble de la population - ou du choix de tel ou tel site pour l'implantation d'une centrale - qui concerne tous les habitants du voisinage - c'est toujours une administration centraliste, technocrate et policière qui va décider à votre place." Notons par les arguments avancés, la dangerosité de l'industrie nucléaire comme cible d'attaque, des transports souvent compliqués des matières radioactives, qui obligent à entretenir un appareil policier ou militaire de protection. 

    Le troisième et dernier chapitre est consacré aux alternatives à cette énergie, pour "éviter la société nucléaire". 

    En tout, il y a bien une bonne centaine de pages de notes techniques, plus ou moins compliquées, rassemblées dans ce livre. On n'insistera jamais assez sur le fait que nous avons affaire là à une technologie dont la maitrise apparait souvent insuffisante, eu égard des matériaux employés. Dans les exemples de technologies utilisées par le monde moderne, sans doute - mais nous n'avons encore rien vu sur les nanotechnologies... - l'utilisation de l'énergie nucléaire est celle la moins maitrisée et la plus risquée (dans l'état actuel de nos connaissances scientifiques et techniques).

    Depuis les années 1970, de nombreux accidents majeurs ont impliqué cette industrie et il est même à craindre que les effets d'expposition à la radioactivité, même en faible quantité mais sur le long terme, ne soient pas encore tous connus. Aussi la lecture de ce livre est-elle intéressante à l'aune de conséquences encore futures de développement persistant, notamment dans les anciens pays dits du Sud, de l'industrie nucléaire. On est d'ailleurs frappé, que sur le plan technique, un livre de ce genre aujourd'hui n'aurait sans doute pas grand chose à ajouter, sinon sur les aspects des "nouvelles générations" de centrales nucléaires...

 

   En quatrième de couverture, nous pouvons lire cette très brève présentation : "On a beaucoup parlé de l'énergie nucléaire. Est-il nécessaire d'y recourir? Si oui, quels sont les dangers, les risques que nous font courir les centrales atomiques? "Les Amis de la Terre" pensent qu'on ment aux Français en leur dissimulant les pièces principales du dossier. C'est pourquoi ils veulent, dans ce livre, présenter aux citoyens une information aussi large que possible. Certes, et le titre de leur ouvrage le prouve, leur opinion est faite, mais elle est fondée sur une étude exhaustive du sujet. Tous les Français devraient faire l'effort de lire ce livre parfois austère, mais qui ne leur ment pas."

 

Les Amis de la Terre, L'escroquerie nucléaire, Éditions Stock, collection Lutter, 1975, 425 pages.

 

Relu le 11 juin 2021

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19 septembre 2013 4 19 /09 /septembre /2013 11:44

        Lors de grandes catastrophes naturelles (éruption volcanique, inondations, sécheresses) ou même de catastrophes limitées (épidémie circonscrite à une zone géographique, incendies d'une partie de ville...), il (est encore) était courant, dans les époques antérieures ou dans les régions en dehors du monde occidental moderne ou contemporain, de faire appel à la responsabilité d'une intervention divine (colères de ou des dieux, voire intervention démonique...) ou de reporter la responsabilité sur des groupes boucs émissaires (les Juifs dans le Moyen Âge européen, les Chrétiens dans l'Antiquité Romaine). Dans le monde moderne d'aujourd'hui, les catastrophes les plus importantes et en tout cas les plus fréquentes ne sont plus le fait des éléments naturels, mais résultent d'erreurs humaines ou "techniques".

    Dans notre époque de changement climatique, la combinaison de catastrophes naturelles et de catastrophes "techniques" se fait de plus en plus fréquente et il est "naturel" que les autorités (plus ou moins "responsables", État, sociétés, collectivités publiques ou privées...) tentent de faire recouvrir les conséquences d'une catastrophe "technique" d'une cause principalement naturelle. On en voit l'illustration dernièrement dans l'accident de la centrale nucléaire de Fukushima.

Avec la société industrielle, avec la liaison forte entre des endroits très éloignés les uns des autres, où le local et le global se lient de manière complexe, l'étude des causes d'une catastrophe est utilisée pour prévenir des risques sans pour autant que soient parfois bien définis les enchaînement des événements.

    Depuis quelques décennies, des chercheurs élaborent une sociologie du risque, des administrations mettent en place des politiques de prévention dans de nombreux domaines de la vie publique, des sociétés s'assurent, dans leurs activités à risques, de limiter leurs responsabilités et de couvrir des dommages majeurs en souscrivant des asurrances financières de plus en plus grande. A un tel point que parmi les sociétés financières dominantes, les sociétés d'assurance occupent souvent les tout premiers rangs...

 

   C'est tout cet ensemble, dans un contexte de complexité sociale et d'enchevêtrements des pôles politiques de décision, que des sociologues, mais aussi de nombreux autres agents sociaux, tentent de dresser des plans selon une conception des risques et des précautions à prendre qui est loin de relever du consensus. 

 

Sociologie du risque

    David Le BRETON tente une définition du risque qui dépasse l'étymologie (de l'italien risco, ou du latin resecare : "enlever en coupant", du latin population resecum, "ce qui coupe", de l'espagnol riesgo : "rocher découpé", "écueil" autour de dangers marins...) pour tenir compte des préoccupations actuelles. Notons que Le Robert signale aussi le roman tixicare, élargissant le latin classique : rixare, "se quereller".

Le risque "moderne, écrit le membre de l'Institut Universitaire de France et professeur à l'Université de Strasbourg, " est "à la croisé des chemins, du franchissement d'un cap où un péril se ressent." 

"Risque et incertitude, poursuit-il, ont un domaine sémantique qui se recouvre, et ils sont souvent utilisés comme des synonymes. Une approche plus méticuleuse en matière de gestion des risques les distingue cependant (F. KNIGHT, Risk, Uncertainty and Profit, New York, Kelley, 1964). Le risque est une incertitude quantifiée, il témoigne d'un danger potentiel susceptible de naître d'un événement ou d'un concours de circonstances, mais il n'est qu'une éventualité, il peut ne pas se produire dans une situation envisagée. Des statistiques mettent en évidence ses probabilités d'occurrence. Il est une mesure de l'incertitude. L'incertitude diffère de cette acception puisqu'elle traduit justement un absence radicale de connaissance à son propos. Certes, il y a peut-être un danger, mais il n'est pas identifié, et il n'y en a peut-être aucun. L'ignorance domine encore. On sait seulement que pour l'instant on ne sait pas. Ce n'est que dans le développement des choses que le danger ou l'innocuité se révélera.

De même, le péril est une autre modalité de l'expérience puisqu'il est sans prise pour l'homme et s'impose à lui à son corps défendant, là où le risque laisse encore une initiative, une responsabilité. Risque est un mot-valise, porteur de significations et de valeurs bien différentes, selon les contextes. Il est le pire ou la meilleure des choses, ou encore le pire pour les uns et le meilleur pour les autres."

Dans leur essai Risk and Culture. An Essay on the Selection of Technological and Environnemental Dangers (Berkeley, University of California, 1983), comme dans d'autres publications, M. DOUGLAS et A. WIDAVSKY rappellent que "ni la notion que les périls de la technologie sont évidents, ni celle qu'ils sont purement subjectifs" ne sont suffisantes. Seule une approche en termes d'évaluation précise d'une situation prenant en compte les significations et les valeurs des acteurs en présence possède une légitimité.

     Notion hautement polémique, le risque est désormais une question sociale, politique, économique, juridique, éthique... et la lucidité croissante dans de nombreux milieux sur les dommages portés sur l'environnement par les technologies et les modes de vis dans les sociétés occidentales, copiés dans d'autres régions du monde, amène les gouvernements à la création de ministères chargés de cet aspect. Des partis écologiques ou même des associations de consommateurs ou d'usagers se multiplient pour peser sur les politiques nationales en faveur de l'environnement... se heurtant d'abord localement et de plus en plus souvent globalement à des intérêts économiques et financiers.

Une conférence mondiale de l'ONU à Stockholm en 1972 (première du genre), des conventions ou des conférences internationales s'efforcent d'établir des compromis entre les pays pour limiter la dégradation de l'environnement. A travers leurs actions, les significations du risque (que beaucoup d'intérêts industriels aimeraient bien qu'elles ne soient pas pris en compte ou marginalisées) sont aujourd'hui innombrables, d'autant que nos sociétés se font désormais une sorte de repoussoir dans des circonstances qui se multiplient à l'infini à tort ou à raison. Se multiplient les conflits et leur expression se fait souvent violente, dans toutes les activités sociales touchées par une perte relative de confiance : les technologies, la recherche, l'alimentation, la santé, la sexualité, les loisirs, les transports, l'énergie... Pour les sociétés contemporaines, le risque est une menace insidieuse propre à ébranler toutes les certitudes sur lesquelles la vie quotidienne semblait s'établir.

      Ces constats, ces conflits ont donné naissance, dans les années 1980 selon David Le BRETON - mais toute une littérature antérieure s'en fait écho de manière il est vrai plus partielle et dispersée (notamment à propos des risques nucléaires) - à une sociologie du risque portant des regards novateurs sur des zones de fractures de confiance et de fragilité.

Il cite les ouvrages de M. DOUGLAS (Risk Acceptability according to Social Science, New York, Basics Book, 1986), de WILDASWSKY (1983), l'allocution inaugurale du président de l'association américaine de sociologie J. SHORT (The Social Fabric at Risk : toward the Social Transformation of Risk Analysis, dans American Sociology Review, volume 49, 1984), les travaux de F. EWALD sur la "société assurantielle" (1988), ceux de P. LAGADEC (La civilisation du risque, Seuil, 1981) et de M. POLLAK (Les Homosexuels et le Sida. Sociologie d'une épidémie, Métailié, 1988) ou de D DUCLOS (L'Homme face au risque technique, L'Harmattan, 1996). Un certain nombre de ces contributions sont répertoriées dans le Dictionnaire des risques (Sous la direction d'Y. DUPONT, Armand Colin, 2003). 

L'ouvrage classique d'Ulrich BECH, La société du risque (1986 - traduction françaisie : Aubier, 2001) ouvre le chemin à cette sociologie du risque.

 

Fragilité de la condition humaine

      Plus en amont dans le temps, le sentiment de la fragilité de la condition humaine est apparu avec les explosions nucléaires sur Hiroshima et Nagasaki. Il remonte donc assez loin, bien avant la prise de conscience de l'entrée depuis un certain temps de la société occidentale - et de celles qui suivent son exemple, dans une zone de risques croissants issus de l'utilisation immédiate, avec des vues à court termes - soit militaires, soit économiques, des découvertes scientifiques. S'ils se développent une méfiance à propos de la science en général, c'est en fait bien plus à l'égard des autorités qui l'utilisent, qu'à l'égard des principes scientifiques eux-mêmes. Même si des tentatives de forces religieuses et politiques d'exploiter maintes catastrophes, l'ensemble de la société est prise dans un processus qui l'amène de révolutions à révolutions technologiques.

   Si les sciences sociales ont investi, et cela s'accélère, la question du risque par de nombreux angles, il n'est pas sûr que les entreprises partie prenantes de l'évolution technologique veulent ou "peuvent" les prendre en compte...

 

Un colloque important

      Un colloque en 2011 (Cerisy, Retour sur la société du risque) qui fait le point sur la sociologie du risque ou les travaux sur les risques et les catastrophes, en fait la constatation, entre autres points examinés. Les participants constatent en effet, avec Dominique BOURG, Pierre-Benoît JOLY et Alain KAUFMANN que "si les années 1970-1980 sont celles d'une prise de conscience des dégâts du progrès, comme oublier que ce sont aussi celles du tournant néo-libéral et de la financiarisation des économies dont les effets dévastateurs se déroulent sous nos yeux?" C'est que la société ne pense pas elle-même, ne prend pas conscience elle-même ; ses différentes composantes n'évoluent sur la question du risque ni sur le même rythme ni selon les mêmes priorités.

Ils reprennent les éléments clés de la réflexion d'Ulrich BECH, qui propose en fin de compte "un nouveau récit" de l'évolution de nos sociétés. "La société du risque, écrivent-ils, est une société où les grands conflits ne tiennent plus à des oppositions de classe, à des luttes pour l'appropriation des richesses ; la société du risque se fabrique dans ses rapports aux dangers, dont Beck nous dit qu'ils sont manufacturés. Cette thèse générale s'appuie sur un réseau de propositions, dont l'exposé est servi par un sens aigu de la formule : nous sommes au "bord du gouffre", sur le "volcan de la civilisation", dans une société où l'individualisation a érodé les formes d'autorité traditionnelles ("nous sommes les auteurs de notre biographie"), une société de "l'irresponsabilité organisée". cet ouvrage est aussi marqué par une touche optimiste. Avec la société du risque, adviendrait l'âge d'une modernité réflexive, un âge d'un nouveau rapport à la science - une science ouverte sur la société et attentive à ses effets -, un âge d'un autre rapport à la politique - une construction du vivre ensemble et du bien commun hors des arènes politiques traditionnelles, à l'hôpital, dans le laboratoire de recherche, dans l'entreprise, etc."

Ils considèrent qu'il faut prendre cet ouvrage comme un symptôme. Les années 1980 sont marquées par une prolifération d'ouvrages en sciences humaines et sociales sur les risques, à la fois dans le monde francophone et dans le monde anglophone. Mais "alors que le monde anglo-saxon est celui de l'analyse des risques, caractérisé par des approches positivistes et quantitatives (modèles probabilistes, mesures de perception des risques, analyses coût-bénéfice, etc), les recherches initiées par le programme (français, animé par Claude GILBERT à partir des années 1990) mettent l'accent sur le caractère politique de la définition et de l'appropriation des risques, sur les jeux de pouvoir, sur les stratégies des acteurs, etc. Mais bien évidemment la tension est forte entre ce programme et les approches de l'analyse des risques qui se veulent plus normatives et qui répondent à une demande publique de réduction de l'incertitude en risque calculable et gérable. (...)". Claude GILBERT lui-même explique que si en France, le processus d'appropriation de la notion de risque s'est construit en réponse à une demande publique, les sciences sociales se sont dans l'ensemble, affranchies de cette demande. Les thématiques qui se sont imposées comme centrales sont celles pour lesquelles les rendements académiques et symboliques étaient a priori élevés, comme par exemple l'étude des risques comme problèmes publics ou l'étude de la gouvernance des risques, de la production de l'expertise à l'organisation du débat public. Par comparaison, les approches qui nécessitent des terrains plus difficiles - parce que les acteurs sont peu bavards ou parce que le secret est de mise : les arcanes de la prise de décision, les entreprises productrices de risque, la sécurité dans les installations industrielles... - ont été beaucoup moins développés. Du coup, les sciences sociales sont passées à côté de dimensions essentielles de la société du risque, l'analyse de l'expérience des risques, à différents niveaux, de l'individu aux lieux de pouvoir.

Beaucoup d'aspect discutés lors de ce colloque par les participants approchent les questions directement politiques. Pierre-Benoît JOLY et Alain KAUFMANN reviennent sur les travaux concernant la démocratie technique, notamment - mais pas seulement - dans le champ des études des sciences et des techniques (STS). Ils reprennent et discutent l'idée de "subpolitique" propre à Ulrich BECK : le politique (au sens de la fabrication d'un monde et d'un destin communs) se fabrique dans les lieux qui ne sont pas traditionnellement considérés comme politiques, notamment les lieux de production des technosciences. Ce déplacement des lieux de production du politique n'est pas sans rappeler les études concernant la gouvernementalité.

 Les coordinateurs du colloque semblent en fin de compte bien moins optimiste que Ulrich BECK :

"Nous ne vivons plus dans la société du risque telle que l'observait et la concevait Beck et n'y avons à certains égards jamais vécu. Ni le passé ni le présent ne permettent en effet de soutenir l'idée d'une modernité devenue réflexive dans la seconde moitié du XXe siècle, consciente des risques qu'elle produit, affrontant désormais les dangers en toute lucidité." ils indiquent que nombre des participants à celui-ci suggèrent même de remplacer le "risque" par la "menace". Entre la finitude des ressources indispensables aux activités économiques telles que le connait l'Occident et ses imitateurs et l'épuisement de capacités de régulation du système biosphère, c'est plutôt un certain ton "catastrophique" qui domine. Même certains scientifiques (parmi ceux qui travaillent au GIEC par exemple, même si les rapports n'en transpirent pas) développent un discours "catastrophiste" qui par ailleurs semble laisser indifférents une bonne de l'opinion publique encore climatosceptique, la majeure partie des industriels et des financiers. "Le divorce entre la raison et le calcul semble totalement consommé, écrivent-ils encore, abandonnant le calcul à des instrumentalisations tous azimuts. Jamais sociétés n'ont en effet accumulé autant de dispositifs rationnels, autant de moyens de calcul, de sciences et de techniques, tout en paraissant aussi déraisonnables, tout en accumulant autant de menaces et de dénis. Tout se passe comme si nous nous employions à fuir ou à bannir le peu de réflexivité dont nous sommes capables."

Heureusement, pensons-nous, il existe encore des conflits à l'issue non obligatoirement déterminée entre ceux qui alertent et ceux qui étouffent, entre tenants d'un autre fonctionnement socio-politque et économique et tenants d'un fonctionnement inégalitaire, surproductif et gaspilleur. Si le pessimisme semble gagner une partie de la communauté scientifique, les luttes sociales, politiques et économiques qu'évoquaient comme faisant partie du passé Ulrich BECK, peuvent encore produire d'autres évolutions...

 

Sous la direction de Dominique BOURG, Pierre-Benoît JOLY et Alain KAUFMANN, Colloque de Cerisy, Du risque à la menace. Penser la catastrophe, PUF, collection Écologie en questions, 2013. David Le BRETON, Sociologie du risque, PUF, collection Que sais-je?, 2012

 

SOCIUS

 

Relu le 13 juin 2021

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29 août 2013 4 29 /08 /août /2013 13:05

             La prise en compte des changements climatiques dans les stratégies de défense des principaux États s'effectue déjà à partir des années 1980, avec une certaine avance, suivant les pays, mais surtout aux États-Unis, par rapport à une certaine défiance, au niveau politique comme au niveau des opinions publiques sur les présentations de différentes instances scientifiques des conséquences du réchauffement de la planète.

Cette prise en compte s'échelonne aujourd'hui de la simple alerte dans les milieux militaires - encore au niveau de la prospective "prudente", à un bouleversement, pas très médiatisé d'ailleurs, de la stratégie de défense. C'est aux États-Unis que ce changement stratégique se fait le plus sensible ; la France, pour ne prendre que ce pays, commence tout juste à intégrer la menace climatique dans ses plans de défense. On peut cependant dire, qu'en règle générale, les milieux militaires se sont montrés, avant l'opinion publique et les élites politiques au pouvoir, bien plus tôt sensibles qu'eux à cette question.

 

Une véritable révolution stratégique en cours...

        Jean-Michel VALANTIN, à partir d'une étude de l'évolution des différents think tanks (cercles de réflexions et de communication) influents dans les milieux de la défense, des années 1980 à nos jours, décrit cette véritable révolution. Depuis le début du XXIe siècle, "alors même que tout l'appareil de sécurité nationale se mobilise dans la war on terror, que l'Afghanistan et l'Irak deviennent les théâtre de guerres longues et douloureuses, ce même appareil militaire (services "spéciaux" compris), qui a su se faire redouter pour son inébranlable capacité de destruction, est en train de s'approprier les questions liées aux grands changements de l'écosystème planétaire, ainsi que les questionnements, les principes, méthodes et démarches, propres au développement durable. 

Cette notion, formalisée en 1987 par le fameux "Rapport brundtland" intitulé Notre avenir à tous (Our common future) le définit comme un "... développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre à leurs propres besoins. Deux concepts sont inhérents à cette notion :

- le concept de "besoins", et plus particulièrement des besoins essentiels des plus démunis, à qui il convient d'accorder la plus grande priorité.

- l'idée des limitations que l'état de nos techniques et de notre organisation sociale impose sur la capacité de l'environnement à répondre aux besoins actuels et à venir.""

Le dérèglement, continue le docteur en études stratégiques et sociologie de la défense, "de ce rapport intégral (entre besoins et ressources), c'est-à-dire la désarticulation des relations entre les différentes dimensions de l'environnement, les formes d'organisation sociétale, l'économie et les décisions politiques (au sens le plus fondamental du terme) est fatal s'il n'est pas corrigé. Le "développement durable" vise à restaurer les équilibres dynamiques fondamentaux nécessaires aux sociétés contemporaines, à s'assurer qu'elles entretiennent et cultivent ces différents types de supports, qui leur sont essentiels et donc elles dépendent pour être pérennes. En d'autres termes, s'approprier le développement durable revient à affirmer la continuité, voire l'unicité entre une société, ses conditions de vie, les autres sociétés et la planète.

    Or les militaires américains étant, comme la grande majorité de leurs collègues de par le monde, des empiristes pragmatiques en charge de la Défense nationale - activité vitale s'il en est pour une société et un État - identifient les changements globaux, rapides et violents dus à la multiplication des catastrophes et des déséquilibres socio-environnementaux comme autant de menaces. Ils sont alors amenés à s'interroger sur la façon dont leurs missions vont en être affectées, car risquent de se multiplier les guerres pour l'eau, pour le pétrole, (alors qu'ils sont engagés dans une "longue épreuve" en Irak) pour les ressources minérales ou alimentaires... Ils commencent aussi à réaliser que si l'humanité entre dans une nouvelle ère, celle non seulement de la grande crise socienvironnementale, mais aussi dans celle de la raréfaction des ressources, le développement durable peut être la meilleure façon de s'y adapter.

Ainsi le 6 août 2012, jour anniversaire au Japon du bombardement d'Hiroshima, le ministère américain de la Défense et le ministère de l'Intérieur publient un communiqué de presse, annonçant la signature d'un protocole d'accord entre les deux ministères portant sur leur soutien coordonné à la multiplication des projets portant sur les énergies renouvelables. L'US Army, la Navy, l'Air Force s'engagent chacun à produire pour plus d'un giga-watt d'électricité grâce aux énergies renouvelables, tant sur leurs bases sur le sol américain que sur les bases outre-mer, d'ici à 2025.

En même temps, a lieu une militarisation rapide de l'Arctique, le changement climatique bouleversant totalement le statut géopolitique de la région, car le réchauffement commence à y rendre accessible ce qui pourrait être un immense potentiel de ressources minérales et pétrolières qui intéressent autant les États-Unis que le Canada, le Danemark, l'Union Européenne, la Chine et, bien sûr, la Russie.

 

Une mobilisation prévue de plus en plus importante des appareils militaires face aux changements climatiques

  Ces nouveaux enjeux sont entrés dans la Grande stratégie américaine depuis une décennie. Ils induisent une mobilisation toujours plus importante de l'appareil américain de sécurité nationale, qui prépare le futur tant en absorbant les leçons de la dévastation de la Nouvelle-Orléans comme de l'occupation de l'Irak."

    Le spécialiste Jean Michel VALENTIN de la stratégie américaine et de sécurité environnementale décrit cette "révolution culturelle" qui commence dès 2002/2003, après avoir été préparée en quelque sorte par de nombreux acteurs militaires en poste ou en réserve, suivant les travaux du GIEC avec une conviction de plus de plus arrêtée que les changements climatiques vont changer le visage de la planète. 

"(...) durant le premier mandat de Georges Busch Jr., dont l'administration était pourtant largement installée dans la tendance dite "climatosceptique"", commence à se succéder rapports, études circonstanciées et recommandations. "Depuis, l'ensemble du système américain de national security - ce gigantesque complexe où se combinent les forces armées, l'administration militaire, la communauté de l'intelligence (en charge du renseignement et de l'influence), l'industrie, le monde scientifique, celui de la prospective et du conseil, de la politique, des médias, de la politique étrangère et de la politique énergétique -, se mobilise par rapport au changement climatique. Malgré son ampleur, ce mouvement est difficilement perçu à l'extérieur du champ de la sécurité nationale. Or, ce processus se développe autour d'une réalité politique fondamentale aux États-Unis : l'établissement d'une définition de la menace partagée par les différents acteurs de la sécurité nationale, définition régulièrement renouvelée."

Alors que les forces armées américaines sont engagées dans deux guerres (Afghanistan et Irak), "durant l'automne 2003 est "fuité" (le fuitage, rappelons-le est un procédé qui rend semi-public, de manière plus ou moins clandestine, un document officiel normalement réservé, dans le cadre d'une stratégie déclaratoire pour faire avancer un certains nombre d'idées ou des propositions) le rapport intitulé National security consequences of an abrupt climate change, par l'Office of net assesment, discret et influent  bureau du Pentagone. (...) Ce document met en évidence la façon dont le changement climatique peut altérer les températures et les précipitations, impactant les infrastructures et la santé, mais aussi la production agricole et l'accès à l'eau, autant de facteurs de tensions sociales et politiques de très haute intensité. Par ailleurs, cela amènerait les États-Unis à renforcer leurs alliances ou leurs capacités de contrainte sur les pays et les régions dont les ressources apparaissent nécessaires. Dans le même mouvement, le changement climatique induirait d'immenses processus de dislocation sociale et géopolitique à l'échelle du globe. Aussi le rapports envisage-t-il, en raison d'un refroidissement régional, des mouvements de populations massifs de l'Europe du nord vers le sud, accompagnés de nouvelles tensions et conflits intra-européens, d'autant que les ressources d'Europe du Sud ne cesseraient de s'amoindrir. Selon les analystes du Pentagone et de la CIA, le changement climatique pourrait non seulement stopper la dynamique de la globalisation, mais la renverser en favorisant l'apparition de nouvelles formes de protectionnisme militarisé, plongeant des pans entiers de l'humanité dans une détresse extrême. Que ce rapport soit publiée par l'Office of net assessment lui confère un poids politique particulier dans le champ américain de la national security, cet institut ayant alimenté la pensée politique et stratégique du Department of Defense durant près de quarante ans. Ses responsables admettent cependant être en décalage avec les positions de l'administration présidentielle de George Bush Jr., défiant ainsi l'emprise des faucons néoconservateurs soutenus par Donald Rumsfeld, le secrétaire à la Défense, et Paul Wolfowitz, sous-decrétaire d'Etat, véritable tête de pont de ce courant idéologique au Pentagone. (...) En évoquant les risques et conséquences possibles d'un abrupt climate change, l'Office of net assessment se livre implicitement à un commentaire acerbe de la politique de défense américaine, mettant en avant la façon dont la sécurité nationale risque d'être profondément affectée par le changement climatique, au moment même où l'armée américaine tente de contrôler l'Irak, dont les réserves de pétrole sont parmi les plus importantes au monde, ce qui revient à utiliser l'armée américaine pour renforcer le système fondé sur les énergies fossiles. D'après le rapport, la consommation prolongée de celles-ci aggrave le risque de voir les États-Unis et le monde subir les effets massifs du réchauffement global dans un contexte géopolitique global qui aura été dégradé par la multiplication des affrontements armés. Cette posture critique apparait en particulier quand sont évoquées les relations avec les pays producteurs et les "alliés de circonstance", dont certains peuvent être extrêmement critiquables au regard des valeurs américaines." Si pendant la guerre froide, le même Office mettait en musique le thème de la menace soviétique, il semble se mettre en rupture avec sa propre tradition, déplaçant la menace des "rouges", des "terroristes" vers le changement climatique. Un jeu d'acteurs complexe commence au sein du ministère de la Défense américaine, pour faire émerger les risques liés au climat. 

"En 2006, Donald Rumsfled est remplacé par Robert Gates à la tête du Department of Defense, marquant ainsi la fin du règne des néo-conservateurs. Ce dernier mandate alors un groupe de très hauts gradés, "jeunes" retraités, pour qu'ils mènent une étude sur les effets stratégiques du changement climatique dans un cadre pleinement officiel. Leurs conclusions, rassemblées dans le rapport National Security and the Threat of climate Change, envisagent explicitement la montée en puissance de très forts risques de déstabilisation partout dans le monde. (...) Ce rapport établi par des militaires déclenche une réaction très particulière à Washington, qui voit l'appareil de sécurité nationale s'emparer du thème du climat comme nouvelle menace stratégique, alors que la Maison Blanche campe sur une position officielle très distancée à l'égard de ces considérations. La très haute hiérarchie militaire assume une position sur le changement climatique que l'équipe de George Bush Jr. ne peut endosser pour des raisons politiques et idéologiques. (...)

 

Différents rapports clés et mouvements internes à l'appareil militaire américain pour un changement de stratégie

      Commandité par Robert Gates, le CNA publie le rapport The Age of consequences : The National Security and Foreign Policy Implications of Climat Change, soutenu par d'anciens responsables opérationnels du plus haut niveau, comme Anthony Zini, ancien commandant en chef du Marine Corps et du Central Command (le commandement opérationnel en charge de la région Moyen-Orient-Asie centrale) ou des organismes comme le Center for Strategic and international Studies (CSIS), en partenariat avec le Center for a new American security (CNAS).

Cette étude porte sur les conséquences politiques, diplomatiques et stratégiques, du changement climatique sur les dix, vingt et trente années à venir. Ce document propose que le gouvernement fédéral traite de façon radicalement neuve les enjeux du climat. Il dénonce en même temps avec la plus grande vigueur la façon plus que laxiste (laggard) dont cette question est traitée par les différentes autorités américaines dans les États ou au niveau fédéral. (...) Il ne s'agit pas là d'une "simple" étude, même de très bon niveau, mais d'une déclaration politique émise par les échelons les plus élevés de l'establishment lié à la politique de défense et à la diplomatie de Washington. (...) La publication de (ce document) est un succès et ses auteurs (sont) auditionnés fin 2007 par le National Intelligence Council, organe de coordination des seize grandes agences de renseignements. (...) Dans cette dynamique, le directeur (de cette instance) commande à son tour un rapport inter-agences, intitulé lors de sa parution au printemps 2008, National Intelligence Assessment on the National Security Implications of Global Climate Change to 2030 (voir l'ouvrage traduit en français, Le monde en 2030 vu par la CIA, Préface de Flore VASSEUR, Éditions des Équateurs, 2013). présenté en juin 2008 à la commission du renseignement du Congrès. (...)  La version du rapport rendue publique indique que les parties demeurant confidentielles concernent les régions du monde qui pourraient être déstabilisées par les effets du changement climatique."

Au moment où les États-Unis sont impliqués dans deux guerres, s'enfoncent dans la crise financière des subprimes, et où la campagne présidentielle de 2008 monopolise toutes les attentions, "émerge un axe nouveau de la stratégie américaine". Toute cette prise en compte, largement inspirée des études du GIEC, est d'ailleurs accélérée depuis le choc de l'ouragan Katrina sur la Nouvelle-Orléans en août 2005, où les forces de sécurité, les troupes régulières mobilisées dans ces deux guerres ont fait singulièrement défaut dans l'organisation des secours. "Katrina a amené les militaires à s'interroger sur leur propre légitimité, sur le sens de leur missions, à savoir la défense, la guerre et la sécurité, activités dont dépendent tant la vie de la Cité, de la polis, que la légitimité de l'autorité en place."

En 2008, le Pentagone publie le Joint Operation environnement 2008 (JOE), rédigé à l'initiative du Joint Chief of Staff, l'organisme de coordination  de l'Army, de la Navy, de l'Air Force, des Marines et des dix commandements opérationnels. "Le JOE 2008 reconnait explicitement le risque pour les forces armées américaines, entre 2012 et 2015, de devoir faire face aux effets d'un repli de l'offre pétrolière en regard de la demande, déclenchant une crise énergétique de grande ampleur, sans doute  "inévitable". Enfin, le système de fuite massive de documents officiels sur lequel repose le site Internet Wikileaks révèle l'inquiétude des diplomates américains face à l'état des réserves pétrolières saoudiennes, qui ne semblent plus en mesure de réguler le marché international par d'importantes capacités d'augmentation de la production. Or, cette considération renvoie le Pentagone à deux interrogations" :

- le danger d'une compétition globale pour les hydrocarbures, qui pourrait déclencher des interventions américaines ou mettre en danger les forces des États-Unis, tout en risquant de déclencher de grandes crises énergétiques ;

- la nature même de la doctrine militaire pose question. Elle est en effet fondée sur la notion de "projection de force" et s'appuie sur la capacité d'emport de troupes d'armes, de matériel et de puissance de feu des navires, des avions, des hélicoptères, des véhicules blindés et de l'ensemble des véhicules de l'armée américaine, soit une consommation globale de carburants par jour équivalente à la consommation quotidienne de la Suède.

Le Center for new american security (CNAS), think tank créé en 2007 pour contrer directement des arguments des néo-conservateurs, prend une place de premier plan au changement de présidence. "Les parcours intellectuels des membres du Board of directors, comme celle du Board advisors indiquent clairement que le CNAS correspond à une offensive sociétale et intellectuelle des élites de la côte Est, qui reconstituent ainsi la fameuse alliance entre le Council for foreign affairs de Chicago, les grandes universités de Boston que sont Harward et le Massachusetts Institute of Technology (MIT), les financiers et les responsables médiatiques de New York, les politiques, les militaires, les journalistes et hommes d'influence de Washington, issus des traditions des ailes modérées des partis démocrate et républicain.

La création de ce think tank traduit une volonté commune de reconstituer le consensus bipartisan, socle de la vie politique américaine au niveau fédéral et international depuis le début des années trente", à l'inverse précisément de la rupture de ce consensus entamée depuis les années 1980 et agissante pendant les présidence des deux Bush. Les rapports du CNAS se singularisent "par la façon dont ils s'adressent avant tout aux militaires, plus qu'à la communauté de la National security dans son ensemble", ce qui explique la rapidité avec laquelle est adoptée l'ensemble des nouveaux éléments de la sécurité américaine, rassemblé sous le concept de natural security.

"Ce concept, explicitement adopté en 2009, est présent dès les premiers travaux du CNAS (...) et les différents domaines des relations "environnement/énergie/ressources" et sécurité sont réunis en 2010 pour composer l'ensemble des problématiques de la natural security. Ce concept est mis au point au moment où est lancé la Quadrenial Defense Review, exercice qui mobilise toute la communauté de sécurité nationale autour des responsables du Congrès, afin de définir pour quatre ans les grands axes à mettre en oeuvre dans la politique de défense. La précédente a eu lien en 2006, pendant la présidence de George Bush Jr, et a été largement orientée autour de la question de la guerre contre le terrorisme. Pour les nouveaux responsables politiques, issus du Parti démocrate et des élites de la côte Est (...) il est fondamental de préparer l'armée aux véritables enjeux du XXIe siècle."

      C'est l'approche d'une entrée de l'Amérique dans une nouvelle séquence de "l'histoire de la frontière" sur laquelle est construite l'histoire américaine (après la conquête de l'Ouest, la conquête de l'espace, la préservation d'un modèle de vie, le combat sur une nouvelle frontière plus inquiétante) où il s'agit de "sécuriser la nature". Cette nouvelle réflexion fait partie d'un renouvellement profond de la doctrine de "Grande stratégie" coordonnée par la Maison Blanche.

     Le président Barak OBAMA, dans son discours sur la défense, "impose un nouveau questionnement à la politique américaine : comment rétablir les équilibres fondamentaux entre la société, son économie et son rapport au monde, dans le contexte d'une planète aux ressources finies." Il propose un gigantesque programme de refonte des bases de la puissance américaine, en fonction des impératifs du XXIe siècle.

La nouvelle National security strategy of the United States de 2010 (NSS 2010) s'écarte résolument du schéma antérieur, défini dès 2002, fondée sur la notion de pre-emptive strike, possibilité aux autorités politiques de déclencher des frappes contre un adversaire donné avant que celui-ci n'emploie ses propres armes, contre notamment les pays membres de "l'axe du mal" (Irak, Corée du nord). Ce document de 51 pages redéfinit les fondamentaux de la sécurité nationale américaine, en termes d'usage des armes mais surtout, en termes de reprise de discussion avec tous les États, même ceux qui ne sont pas des alliés, et avec les institutions internationales, dont celle dédiées à la coopération et aux politiques de développement. Ces enjeux vont du "terrorisme international et à la diffusion de technologies mortellement dangereuses" aux "soulèvements d'origine économique et au changement climatique". La réponse apportée à ces enjeux est la volonté de "contrer l'extrémisme violent et les guerillas (qui s'en prennent à nos soldats) ; stopper la diffusion d'armes nucléaires et mettre en sûreté les matériaux nucléaires ; combattre le changement climatique et soutenir la croissance ; aider les pays qui en ont besoin à se nourrir et à prendre soin de leurs malades ; résoudre et prévenir les conflits, tout en aidant à en guérir les blessures" tout en rappelant que "le rejet de l'agression et de l'injustice et notre soutien aux droits universels sont à la fois fondamentaux pour le leadership américain et sont la source de notre force dans le monde."

    Jean-Michel VALANTIN résume : "Ainsi faisant, la présidence américaine se livre à une redéfinition de la sécurité nationale qui rompt avec la logique des huit années précédentes, fondée sur la notion de pre-emptive strike et la croyance en l'efficacité de la guerre pour résoudre les déséquilibres internationaux.

En introduisant l'idée de menaces globales, et donc communs à tous les États et à tous les peuples, et en identifiant comme telles la prolifération des armes nucléaires et le changement climatique, Barak Obama fait évoluer la définition politique de la menace. Il introduit le principe de péril planétaire, propre non pas aux seuls Américains, mais à l'ensemble de l'humanité." La NSS 2010 s'achève par la définition des "défis clés globaux" auxquels doit répondre l'Amérique sur le plan intérieur, le premier de ces défis est celui de la relation entre énergie et économie, en relançant l'industrie nucléaire, en améliorant les critères de l'efficacité énergétique, en investissant dans les énergies renouvelables et en installant de fortes incitations pour les promouvoir. Le but affiché en est une réduction de "17% des émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2020... pour parvenir à 80% d'ici à 2050".  Le texte de la NSS 2010 est chargé de références non seulement aux principes de la démocratie américaine, mais aussi aux orientations stratégiques adoptées par l'Etat américain depuis une vingtaine d'années. Les deux axes de réflexion de la Maison blanche portent sur l'énergie, l'économie et la cohésion sociale, et le rétablissement du leadership global de l'Amérique." 

   Il est à noter que la présidence de BIDEN veut reprendre toute cette réflexion, mise entre parenthèses, avec de grandes difficultés d'ailleurs, par son prédécesseur TRUMP.

 

L'appareil militaire français à la traine sur les menaces climatiques

   Pour ce qui est de la France, la réflexion stratégique tarde un peu à se traduire dans les programmes et les mise en place opérationnelle, déjà que, si nous suivons l'opinion des auteurs d'un rapport d'information de février 2012 de la commission des affaires européennes sur l'impact du changement climatique en matière de sécurité et de défense, André SCHNEIDER et Philippe TOURTELIER, cette réflexion même, obérée par la diffusion d'un scepticisme sur les résultats des recherches scientifiques du GIEC, n'atteint pas le niveau des instances américaines homologues.

"S'il existe actuellement, résument-t-ils, des incertitudes et divergences entre scientifiques quant au rythme de l'accélération du phénomène dans les cinquante à cent prochaines années, cela ne doit pas freiner la prise en considération de l'impact des risques inhérents au changement climatiques." Ils rappellent qu'une évaluation du 5 décembre 2011, portant sur le changement climatique, met en exergue les risques courus en cas d'inaction dans ce domaine et l'urgence de prendre en considération l'ensemble de ces conséquences, en particulier en matière de sécurité. "les conséquences du changement climatique en matière de sécurité et de défense sont un enjeu fondamental, dont les pouvoirs publics doivent se saisir d'urgence. Ainsi aux "États-Unis, le réchauffement climatique n'est plus simplement qu'une question environnementale, c'est devenu un enjeu stratégique majeur. Cet aspect n'est pas envisagé aussi clairement en Europe. Or, anticiper et planifier le monde de demain relève bien de la responsabilité du politique. En effet, si les conséquences du réchauffement climatique en matière de sécurité sont en premier lieu purement physiques, elles auront également de nombreuses conséquences à caractère socio-politique. La traduction pourrait en être une intensification des conflits liés à l'utilisation foncière et le déclenchement de migrations de nature environnementale, ou encore l'apparition de conflits de type nouveau. En outre, il faut prendre en considération le fait que tous ces facteurs, liés aux changements climatiques et à la géopolitique, demanderont également des efforts d'adaptation importants à la Défense dans les années à venir, aux niveaux national, européen et international, en particulier dans l'approche admise d'un continuum défense/sécurité. La stratégie en matière de défense doit donc également être repensée et adaptée de manière à faire face aux différents effets induits. Dans ce nouveau domaine, la mutualisation des renseignement et des actions est indispensable. L'Union européenne gagnerait à la définition et à la mise en place d'une véritable politique européenne en la matière, traitant à la fois des aspects "sécurité" et "défense" du changement climatique ; elle dispose des outils nécessaires pour cela." 

Leur rapport met en avant un "effet multiplicateur" et "intensifiant" des facteurs de tension :

- les compétitions pour les territoires et pour l'accès aux ressources hydriques, énergétiques et alimentaires (terres cultivables, ressources halieutiques) ;

- les phénomènes migratoires ;

- les risques de prolifération nucléaire, si un nombre croissant de pays se tournent vers le nucléaire civil pour des raisons climatiques et énergétiques ;

- les postures critiques/conflictuelles des pays moins développés à l'égard des système de gouvernance internationale et des pays européens, perçus à la fois comme les principaux responsables du problème climatique et acteurs éminemment intéressés à en tirer des avantages au détriment du "Sud du monde".

Ils incitent, à l'exemple du Royaume Unis, le pays le plus avancé sur cette question au sein de l'Union Européenne, à examiner de manière systématique trois éléments déterminant l'impact climatique en matière de sécurité :

- la sécurité alimentaire ;

- la sécurité énergétique ;

- la sécurité liée à l'eau.

Un conseil de sécurité nationale y a été créé après 2007, présidé par le ministre chargé d'analyser les menaces nouvelles. 

 

Un ensemble convergent de différentes parties de la communauté scientifique française

   On entend le même appel de la part par exemple de l'IRSEM (Institut de Recherche Stratégique de l'École Militaire) ou du CIRED (Centre International de Recherches sur l'Environnement et le Développement), avec des tonalités différentes.

    Plusieurs chercheurs du Laboratoire de l'INSERM s'expriment en Juillet 2011, dans une Réflexion stratégique sur le changement climatique et les implications pour la défense. Ils rappellent que l'Union Européenne a reconnu l'impact du changement climatique sur la sécurité internationale et s'attache entre autres depuis 2007, dans le cadre de son programme de recherche (PCRD), à déterminer quel peut en être l'effet sur la propre sécurité de l'Europe. Différents travaux cartogaphiques sont menés pour identifier les zones qui pourraient être le plus affectées par les risques d'inondations, de sécheresse, de cyclones ou par plusieurs risques cumulés.

ils examinent les conséquences pour la fonction de défense de ces phénomènes :

- Si l'impact du changement climatique sur les capacités de défense devrait être assez marginal, les acteurs du secteur de la défense devraient être affectés en revanche au même titre que le monde civil par les changements de normes environnementales (participation des conditions d'utilisation des carburants pour réduire l'émission des gaz à effet de serre, changement de types de moteurs et de véhicules utilisés...) ;

- Les conséquences géostratégiques du changement climatique pourraient faire évoluer les missions, les zones d'engagement et donc les besoins capacitaires ;

- L'évolution des normes environnementales, des bonnes pratiques et l'adaptation des technologies pourraient être des facteurs d'évolution pour la conception des matériels de défense et la conduite des opérations militaires. 

En matière d'évolution des missions, ils écrivent notamment : "Aujourd'hui, les capacités militaires dont dispose la France ne sont ni vraiment appropriés ni suffisantes pour intervenir de façon véritablement efficace en situation de catastrophe naturelle de grande ampleur. Il est vrai que les armées française ont l'expérience de missions humanitaires et ont souvent été sollicitées dans le cadre de protection des populations. Toutefois, les caractéristiques des zones d'intervention et l'échelle de ce type de catastrophe nécessiteraient un réexamen précis de l'éventail des capacités à détenir pour que les forces armées puissent intervenir avec une réelle efficacité. dans ce type de scénario, il serait sans doute nécessaire d'adapter les savoir-faire "strictement" militaires, de développer des moyens d'intervention spécifiques adaptés aux zones littorale et de mettre l'effort sur la préparation dans des engagements urbains. Le tsunami survenu en 2004 en Asie du Sud-Est est un cas concret qui a montré combien il était particulièrement difficile :

- d'intervenir sur terre uniquement à partir des airs ou de moyens maritimes ;

- de se déplacer sur des terrains où les voies de communication avaient été coupées ;

- d'acheminer en urgence des moyens sanitaires, d'épuration d'eau ou de fourniture d'électricité.

De même, les enseignements tirés sur des lieux de catastrophes naturelles, telles les inondations, ont fait état d'autres déficits importants. La coordination des secours et des moyens en provenance de pays étrangers doit impérativement être optimisés (...). Les forces armées peuvent également apporter leurs compétences en matière d'organisation, de cooridnation et d'emploi des moyens de secours avec différents moyens mis en oeuvre (...). La France dispose d'unités d'instruction et d'intervention de la sécurité civile (UIISC) qui interviennent régulièrement dans de telles circonstances. Cependant ces moyens sont insuffisants et largement sous-dimensionnés pour faire face à des situations de catastrophes naturelles de grande ampleur."

La modification des conditions climatiques influeront sur le fonctionnement de matériels sophistiqués de contrôle et de commandement. Par exemple, le changement d'acidité des océans influent sur la fiabilité des matériels de repérage marins ou sous-marins. Derrière se profilent, même si ce n'est pas abordés par les auteurs de l'étude, les modifications drastiques sur les conditions physiques et techniques dans des zone à environnement dégradé, et sur les nouvelles difficultés de manoeuvre des troupes.

       Dans un document de travail datant de 2005, déjà, le CIRED examine les liens entre changement climatique et enjeux de sécurité. Comment les menaces sur la sécurité alimentaire, sur la disponibilité de l'eau, de la vulnérabilité aux phénomènes extrêmes des territoires insulaires et des régions côtières pèsent sur l'ensemble de la sécurité. Comment de tels risques pour la sécurité humaine, avec une remise en cause des besoins fondamentaux de certaines populations ou une accentuation de leur précarité, peuvent se muer en enjeux de sécurité collective, notamment selon quatre modalités :

- exode rural accompagné d'une paupérisation des populations ;

- sources de conflits localisés pour l'usage des ressources ;

- tensions diplomatiques et conflits internationaux ;

- propagation à des régions initialement épargnées via des flux migratoires.

Les chercheurs s'interrogent sur la crédibilité et la réalité de mécanismes de compensation entre "gagnants" et "perdants", dans des changements en matière de distribution et d'accessibilité des ressources. Les outils de solidarité universelle doivent de toute évidence être repensé devant l'ampleur des catastrophes futures.

Ils n'examinent pas la réflexion qui pointent dans certains milieux sur les occasions économiques offertes par ces changements climatiques (demande nouvelle de nouveaux biens et services) ou sur les possibilités d'utiliser à leur avantage le déplacement des zones de conflits, voire de les manipuler d'une manière ou d'une autre.

Ils pointent en revanche le fait que le changement climatique "pourrait être à l'origine d'une redistribution sans précédent de certaines ressources au cours du siècle, redistribution qui le plus souvent aggravera des déséquilibres déjà existants. Cette nouvelle répartition ne manquera pas de créer ou d'amplifier des conflits pour le contrôle des ressources, mettant aux prises victimes et responsables, d'autant plus que, contrairement à d'autres catastrophes naturelles, des pays "responsables" peuvent ici être facilement identifiés, qu'ils sont parmi les plus riches de la planète et qu'ils seront relativement épargnés par les conséquences du changement climatique. Il est donc inconcevable que le climat ne devienne pas un facteur important des enjeux de sécurité au cours des prochaines décennies, justifiant par là une position haute dans les priorités de recherche et les agendas politiques."

 

Philippe AMBROSI et Stéphane HALLEGATTE, Changement climatique et enjeux de sécurité, CIRED, Septembre 2005 (Site www.centre-cired.fr). André SCHNEIDER et Philippe TOURTELIER, Rapport d'information déposé par la Commission des Affaires Européennes, sur l'impact du changement climatique en matière de sécurité et de défense, Assemblée Nationale, 28 février 2012. Michel ASENCIO et collaborateurs, Réflexion stratégique sur le changement climatique et les implications pour la défense, Laboratoire de l'ISERM 2011, Edition Juillet 2011.

Jean-Michel VALENTIN, Guerre et Nature, L'Amérique se prépare à la guerre du climat, Éditions Prisma, 2013.

 

STRATEGUS

 

Relu et (légèrement) complété le 3 juin 2021

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26 août 2013 1 26 /08 /août /2013 13:07

            Les changements climatiques actuels amènent, malgré bien des obstacles, la communauté internationale, au sens onusien, à réagir, notamment à travers le Protocole de Kyoto de 1997, à maintenant 184 signataires sur les 193 membres de l'ONU. Entré en vigueur en février 2005, ce protocole vise à réduire, entre 2008 et 2012, de 5,2% par rapport au niveau de 1990, les émissions de six gaz à effet de serre (dioxyde de carbone, méthane, protoxyde d'azote et trois substituts des chlorofluorocarbones). S'appuyant sur les rapports du GIEC, ce Protocole introduit dans le droit international un élément-clé qui redistribue les cartes juridiques entre les différents acteurs (tous ne sont pas sujets au sens strict du terme) du droit international : États, grandes entreprises, citoyens, organisations non gouvernementales. Indirectement bien entendu car le Protocole n'engage que des États. Mais sa signature engendre une succession d'actions juridico-politiques, au niveau international, régional, national et local. Du fait même que des États refusent de participer à l'action entreprise contre le réchauffement climatique, d'autres acteurs prennent en quelque sorte la relève, dont des États faisant partie d'États fédéraux comme les États-Unis, des fondations privées, des groupements industriels. Un jeu complexe de traduction de cet impératif de réduction des gaz à effet de serre se répercute au niveau des droits internes, du droit commercial et d'autres droits (de propriété, indirectement, puisque l'on touche au droit de polluer indéfiniment).

 

Conflits entre droits

     Les intérêts divergents entre des droits de l'environnement et des droits industriels et commerciaux, entre l'instance chargée du contrôle de la réalisations des accords de Kyoto et l'Organisation Mondiale du Commerce se traduisent en droit par des distorsions juridiques (de juridiction, par exemple) qui ne vont pas manquer de s'aggraver tant qu'une harmonisation ne sera pas définie entre ce droit nouveau émergent de l'environnement et le droit commercial, et ce d'autant plus que sont impliqués à la fois dans cette affaire des droits publics et des droits privés. 

Cela fait partie en outre, du vaste bras de fer entre acteurs internationaux, publics et privés, et de manière générale entre puissances privées partisanes du libéralisme (ou du néo-libéralisme) et puissances publiques désireuses de reprendre la main dans l'organisation de la vie de la Cité au sens large, étant donné que ces derniers acteurs se trouvent souvent pris entre acteurs régionaux et locaux prenant de l'importance à de nombreux niveaux et acteurs internationaux au devenir encore incertain. Mais il s'agit aussi, profondément, d'une vaste bataille idéologique où les hommes, qu'elles que soient leurs places dans les organisations, étatiques ou non, orientent l'activité pour des objectifs plus ou moins collectifs, plus ou moins à court terme, plus ou moins intéressés (parfois personnellement) par des résultats financiers. C'est ainsi que des fonctionnaires d'orientation libérale peuvent oeuvrer pour des désengagements de l'État et des entrepreneurs vouer leurs firmes ou fondations à des fins collectives à plus long terme. Bien entendu, les structures étatiques peuvent être plus ou moins centralisées et invasives dans les domaines économiques ou la sphère privative, mais il semble bien que c'est dénaturer l'État que d'en faire un instrument directement au service d'une poignée d'entreprises temporairement les plus rentables... Singulièrement, dans le domaine des changements climatiques, la traduction des péripéties de cette bataille en termes juridiques structurent l'action sociale dans le sens d'une détérioration ou d'une amélioration de la situation, avec un enjeu capital, celui de la destinée à terme des conditions de vie sur la planète...

 

       Mireille DELMAS-MARTY explique quelques aspects juridiques concernant ce changement climatique. Déjà, pendant la négociation de la convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, les États se partagèrent en plusieurs groupes qui ne recoupaient pas la division traditionnelle Nord-Sud, mais illustraient la place des intérêts particuliers et sectoriels (Boisson de CHAZOURNES, Le droit international au chevet de la lutte contre le réchauffement planétaire : éléments d'un régime, dans L'évolution du droit international, Mélanges, Hubert Thierry Pedone, 1998). L'originalité de ce texte, ouvert à la signature lors du sommet de Rio (1992) et entré en vigueur en 1994, est "précisément de combiner un objectif commun et des pratiques différenciées dans l'espace et le temps. L'objectif est de stabiliser "les concentrations de GES dans l'atmosphère à un niveau qui empêche toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique" et d'atteindre ce niveau "dans un délai suffisant pour que les écosystèmes puissent s'adapter naturellement, que la production alimentaire ne soit pas menacée et que le développement économique puisse se poursuivre de manière durable". En revanche la "spécificité des priorités nationales et régionales" et le principe des responsabilités "communes mais différenciées" conduisent à répartir les États en plusieurs catégories. Certains engagements sont communs à tous, comme l'obligation pour les États de soumettre régulièrement des informations détaillées en vue de ramener les émissions anthropiques au niveau de 1990, mais d'autres ne pèsent que sur les pays industrialisés, qu'il s'agisse du régime de réduction des émissions ou de l'obligation de fournir des ressources financières et de faciliter le transfert de technologies.

Malgré la souplesse du dispositif, le débat fut particulièrement difficile sur les moyens d'assurer le respect d'obligations comprises comme des limites à la souveraineté nationale. La réponse est à peine esquissée dans la convention-cadre car la négociation qui s'était engagée à Rio devait tourner court après qu'un système d'éco-taxes, proposé par la Commission européenne, eut été refusé par les États-Unis et le Japon. Quant à la création d'un marché de droits d'émission, avec la mise en place des systèmes de permis négociables, elle était souhaitée par certains pays et par des représentants du système privé, mais ne fut pas décidée."

Le Protocole de Kyoto, aboutissement de négociations dures, est un premier instrument , à la fois juridique et économique, "dont l'objectif est de réduire les coûts en permettant aux pollueurs pour lesquels les mesures anti-pollution sont coûteuses d'acheter des permis de polluer à ceux pour lesquels les mesures reviennent à moindre coût. Pour y parvenir, le mécanisme consiste à définir les quantités d'émission autorisées pour 2008-2012, selon des quotas fixés à chaque pays par référence à ses émissions en 1990. L'Accord organise ainsi une distribution gratuite de permis d'émission qui seront ensuite transférables à d'autres pollueurs. En ce sens, il crée un "marché des permis", où se négocient ces transferts.

A vocation mondiale, cet instrument reste de nature interétatique, et non supra-étatique, ce qui veut dire que rien ne permet de l'imposer, dès lors qu'il est rejeté par un certain nombre de grands pays, à commencer par les États-Unis ; en d'autres termes, face à un problème global, la réponse juridique reste avant tout attachée au droit national. Si l'on peut craindre que le droit se révèle ainsi inadapté aux questions posées, il ne faut pas renoncer pour autant à rechercher les conditions dans lesquelles il pourrait devenir adaptable." 

 

Un droit inadapté

    Suivant cette vision plutôt optimiste, la professeur au Collège de France (chaire d'Études juridiques comparatives et internationalisation du droit) développe les élément qui font du nouveau droit un droit inadapté et un droit adaptable....

      Ce qui fait l'inadaptation de ce droit réside dans "la contradiction entre des systèmes de droit qui restent pour l'essentiel identifiés à l'État et des changements climatiques qui manifestent leurs effets à une échelle globale." Il résulte que le dispositif juridique traditionnel est inadapté à l'objet. L'on a déjà constaté cette même inadaptation dans le domaine du désarmement et des constructions pour la paix. 

"Le dispositif juridique semble inadapté car le droit international lui-même, soumis à ratification et affaibli par l'absence de mécanisme de sanction, reste fondé sur un principe de souveraineté, synonyme de l'indépendance des États, alors que nous constatons en matière de changements climatiques, comme en bien d'autres domaines, de fortes interdépendances. C'est pourquoi les textes fondateurs que sont la convention-cadre et le protocole de Kyoto n'ont pas apporté de solution claire pour l'avenir dans les pays en développement. C'est aussi pourquoi ils sont restés impuissants lorsque le États-Unis, bien qu'ils fussent précurseurs en matière de marché des permis aient été à l'origine de la proposition (destiné à éviter l'éco-taxe), se sont retirés du processus."

Du coup, le relais est pris par des ensembles régionaux, notamment l'Union Européenne, et des organismes mondiaux comme le Chicago Climate Exchange (CCX), qui regroupe des acteurs économiques des États-Unis, du Canada et du Mexique qui s'engagent, d'ici à la fin 2006, à réduire leurs émissions de GES de 4% au-dessous de la moyenne de leurs émissions de base de la période 1998-2001. C'est, dans le cadre de la mondialisation, l'apparition de normes transnationales d'origine privée qui frappe le plus dans ce relais. Il en résulte une "superposition de différents ensembles normatifs (nationales, transnationaux, internationaux régionaux et mondiaux)" qui a "des effets perturbateurs sur les ordres juridiques nationaux et sur les ordres régionaux, comme l'ordre communautaire, encore en construction, sans leur substituer un véritable ordre juridique mondial."

C'est une situation "désarticulée", caractérisée par la fragmentation, l'incohérence et l'instabilité du champ juridique. "La fragmentation tient d'abord à la discontinuité de la chaîne hiérarchique verticale entre droit national et droit mondiale. (...) Le phénomène est renforcé par l'absence de cohérence entre les divers instruments internationaux, qui ne sont pas hiérarchisés entre eux et restent largement autonomes les uns par rapport aux autres (droit à l'environnement, droit du commerce, droit du développement, droit de la propriété intellectuelle), relevant en outre d'institutions différentes (ONU, OMC, OMPI). S'ajoute encore une forte instabilité normative, car l'évolution juridique dépend non seulement du contenu du protocole de Kyoto, réparti en plusieurs phases, mais du rythme des ratifications et plus largement des vitesses d'évaluation propres à chaque ensemble normatif. Ainsi l'évolution dans le cadre de l'Union européenne apparait plus tardive, mais plus rapide, que dans le cadre de l'ONU, tandis qu'au plan mondial le droit du commerce progresse plus vite et de façon plus efficace que le droit de l'environnement.".

 

Un droit adaptable

      Ce droit est sans doute par ailleurs adaptable. La création "d'un instrument supranational, directement contraignant pour tous les États, reste au stade actuel politiquement inacceptable. En revanche les principes conçus à l'échelle mondiale peuvent être progressivement appliqués dans les différents États, par ajustements et réajustements, si l'on réussit à ordonner les interactions, verticales et horizontales, entre les différents dispositifs juridiques, tout en ménageant des marges d'appréciation et des temps d'adaptation."

"Les interactions verticales peuvent être renforcées par le droit international régional comme on l'a vu en Europe (...). Mais la transposition implique des ajustements, par exemple, quant à l'interprétation du principe de précautions, appelant la reconnaissance d'une "marge communautaire d'appréciation". De même que la transposition du dispositif de Kyoto en droit national soulève des difficultés quant à la nature juridique des quotas d'émission. On sait que ce dispositif organise une distribution gratuite de permis d'émission qui seront ensuite transférables à d'autres pollueurs. Par là même il cré un "marché des permis", où se négocient les quotas d'émission. Plutôt que de créer, comme on l'a dit parfois, un "droit de polluer", il s'agit d'encadrer le droit de produire des gaz à effet de serre au titre d'une activité économique déterminée. Il faut donc résoudre la contradiction de départ, opposant l'air, qui demeure une "chose commune", non appropriable, et les quotas d'émission qui peuvent être vendus. La solution proposée en droit français est de les qualifier de "biens incorporels", définis sur le modèle des actions ou des parts sociales, comme une créance contre le marché, avec cette spécificité que la créance devient une dette quand le quota est dépassé. (...)".

La question des interactions horizontales est plus difficile à résoudre "en l'absence de hiérarchie entre le droit de l'environnement et d'autres ensembles normatifs, comme le droit du commerce, pour s'en tenir à l'exemple le plus sensible." Une hiérarchie de fait risque de s'instaurer en faveur du commerce, il existe un ensemble de conflits entre les dispositions adoptées à Kyoto et ceux de l'Organisation Mondiale du Commerce, entre les normes commerciales et les quelques 200 accords multilatéraux à vocation mondiale sur l'environnement. "Si l'ordre du marché reconnait la nécessité de protéger l'environnement, et si le droit de l'environnement intègre l'outil économique, cette dialectique appellerait une synthèse pour éviter, si chaque juge tranche au coup par coup, de substituer un gouvernement des juges à l'absence de gouvernement mondial. Pour construire la synthèse, il ne suffira pas de favoriser l'inter-normativité entre droit du commerce et droit de l'environnement, ni la co-régulation entre les différentes institutions compétentes ; encore faudra-t-il réintroduire une dimension politique en précisant les contours et le régime juridique de la notion de "biens communs de l'humanité" ou de "biens collectifs globaux". S'il est vrai que les risques écologiques sont des phénomènes globaux par la force des choses, il n'en est pas moins vrai que c'est au nom d'idées exprimant des valeurs (solidarité dans l'espace et le temps, ou liberté d'entreprendre et de commercer) que l'on trancher les conflits. Seule la référence aux valeurs et leur pondération pourraient fonder, au croisement des différents ensembles normatifs, la légitimité des choix. Il est donc indispensable, pour réintroduire cette légitimité, de relier globalisation et universalisme des valeurs. (DELMAS-MARTY, Les forces imaginantes du droit - Le relatif et l'universel, Seuil, 2004 ; Le pluralisme ordonné, Seuil, 2006)."

 

         Les prochaines conférences internationales sur le climat mettent le Protocole de Kyoto à la croisée des chemins. D'un côté, le renouvellement de ce protocole après la fin de la première période d'engagement en 2012 est incertain. De l'autre côté, un nouveau traité climatique rassemblant l'ensemble des États du monde doit être négocié d'ici 2015 pour entrer en vigueur en 2020. La répartition de ces cibles entre les différents groupes de pays - pays industrialisés, pays en voie de développement, pays en transition, relève de considérations éthiques, pragmatiques et juridiques.

Sébastien WEISSENBERGER évoque différents aspects de justice climatique (VertigO - la revue électronique en sciences de l'environnement, Débats et Perspectives 2012). On peut trouver dans cette revue un suivi serré des questions juridiques liés aux changements climatiques.

 

Mireille DELMAS-MARTY, Le changement climatique : quelques aspects juridiques, dans L'Homme face au climat, Sous la direction de Edouard BARD, Symposium annuel du Collège de France, Odile Jacob, 2006.

 

JURIDICUS

 

Relu le 4 juin 2021

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25 août 2013 7 25 /08 /août /2013 06:46

      Climatologue américain, également ornithologue, professeur à l'Université Stanford (à partir de 1992), rédacteur de centaines de notes scientifiques, de rapports et d'ouvrages sur la question du changement climatique, Stephen SCHNEIDER est l'un des premiers scientifiques à alerter le monde sur la manière dont les émissions de gaz à effet de serre produits par l'homme menacent le climat de la Terre. Membre fondateur du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'Évolution du Climat (GIEC) en 1988, il est un des spécialistes de cette structure qui partage avec l'ancien vice-président Al GORE le Prix Nobel de la paix en 2007, pour leur travail d'éducation du public sur le changement climatiques. 

    Il se lance dès les années 1970 dans la climatologie en raison de son engagement en faveur des causes environnementales et du faible nombre de scientifiques menant des recherches expérimentales dans ce domaine. Dans ses ouvrages scientifiques (ce qui est bien rapporté exemple par exemple dans son ouvrage Encyclopedia of Climate and Weather, Oxford University Press, 1996), il analyse les répercussions des particules générées par les activités industriellles et domestiques sur le climat et met au met au point des modèles mathématiques afin de prévoir les retombées éventuelles du réchauffement de la planète. Il étudie également les aspects économiques des politiques climatiques.

    Un grand nombre de ses ouvrages vulgarise les questions climatiques auprès d'un large public. Il participe également au lancement du projet climatique au National Center for Atmospheric Research à Boulder, dans le Colorado, ainsi qu'à la création du périodique Climatic Change, dont il demeure le rédacteur en chef jusqu'à sa mort. 

      Parmi ses ouvrages les plus marquants, citons Global Waening (1989) ;  Où va le climat? Que connaissons-nous du changement climatique? (1996) ; La terre menacée, un laboratoire à risques (Laboratory Earth : the Planetary Gamble We Can(t Afford to Lose, 1997), Editions Hachette, 1999 ; Climate Change Policy : A Survey, 2002 ; Scientists debate Gaia : the next century, MIT Press, 2004 ; Défendre le climat, un sport de combat, National Geographic, 2011 (Science as a Contact Sport, 2009). Il est aussi l'auteur de The Patient from Hell (2005), récit de sa victoire contre une forme rare de lymphome non hodkinien (forme de cancer).

 

       Dans Défendre le climat, un sport de combat, il relate son travail de recherche et de sensibilisation du public. Il y expose les différents enjeux du climat sur la scène politique et les progrès scientifiques accomplis dans la connaissance du réchauffement climatique. Une lutte de trente cinq ans, pour faire admettre la véracité scientifique sur l'existence d'abord, puis sur les causes et les conséquences de ce réchauffement, contre une opinion du monde scientifique mitigée au départ, contre une opinion publique réticente à admettre ses responsabilités et contre les différents lobbies industriels directement concernés par les émissions de gaz à effet de serre. Il raconte ses batailles contre les différentes déformations des communications scientifiques sur le sujet, rattachées à la difficulté à communiquer des informations relativement complexes, obstacles à la formation et à l'exécution de politiques environnementales efficaces.

Une grande étape pour lui de la prise de conscience sur la planète Terre, "alors que le réchauffement planétaire multipliait les signaux avant-coureurs de ses foudres" est l'avertissement brutal de l'ouragan Katrina de 2005. "Vivement critiqué pour sa gestion de la crise, le gouvernement Bush accumula les faux pas, tandis que le monde exigeait de ses dirigeants qu'ils passent à l'action. La quatrième réunion du GIEC allait faire état d'un bilan toujours plus alarmant que les scientifiques tenaient à porter à la connaissance du public contre une farouche opposition. Malgré la campagne d'Al Gore et le retentissement de son film Une vérité qui dérange, il faudrait attendre un changement de gouvernement pour que les États-Unis prennent le taureau par les cornes."

Sur la guerre des médias, il écrit que "la stratégie de désinformation reste un grand classique dans l'arène du changement climatique. Au fil des années, mes collègues et moi-même avons appris à parer les attaques et à démentir les fausses informations et les interprétations tendancieuses financées par les lobbies et par les grande entreprises, ainsi qu'à affronter bien d'autres violations de l'éthique journalistique. Et les choses n'ont fait qu'empirer." 

Dans le dernier chapitre : Pourquoi tirer le signal d'alarme, nous pouvons lire : "Pendant toutes les années retracées dans ce livre, j'ai sillonné le monde du Groenland au Japon en passant par la Nouvelle-Zélande. J'ai donné des dizaines de conférences et d'interviews, j'ai assisté à des conseils tribaux, discuté avec les chefs religieux, témoigné devant les politiques, participé à des forums sur la gouvernance de la planète, à des réunions au sommet, à des conférences universitaires, des évaluations scientifiques, des tables rondes avec les chefs d'entreprise et je me suis entretenu à huis clos avec les décideurs et les industriels. Jamais nous n'avons entrevu de solution miracle au changement climatique - seulement des pis-aller. Deux grands défis nous occupent aujourd'hui. Tout d'abord, protéger les ressources de la planète pour la postérité. Ensuite trouver des solutions pour venir en ide aux premiers touchés par les impacts du réchauffement planétaire et gérer les politiques climatiques aussi bien nationales qu'internationales."

 

 

Stephen H. SCHNEIDER, Défendre le climat, un sport de combat, National Geographic, 2011.

Hanne COOK, article Schneider Stephen H, dans Encyclopedia Universalis, 2013.

 

Relu le 5 juin 2021

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21 août 2013 3 21 /08 /août /2013 09:30

          Parmi la vague de fims de fiction (Le jour d'après par exemple) et de documentaires consacrés aux bouleversements climatiques actuels, l'un des premiers à faire date, Une vérité qui dérange, sorti aux Etats-Unis en 2006, donne la tonalité générale.

Entre ton responsabilisant (voire moralisateur), un certain catastrophisme volontairement affiché pour faire prendre conscience de l'urgence de la situation, présentation de données scientifiques en provenance d'une recherche encore hésitante, et contestation en provenance des lobbys pétroliers qui avancent masquée sous la signature de scientifiques plus ou moins directement appointés, ces documentaires (surtout ces documentaires), qui relèvent d'un genre docu-fiction ou fiction documentaire au statut parfois indéfini, se veulent un appel à l'action contre des pratiques, énergétiques notamment, qui changent le visage de la planète, et pas forcément, à terme, en faveur de l'espèce humaine telle que nous la connaissons.

           Le documentaire américain engagé, en pleine résurrection depuis les années 2000, relayé ou précédé d'autres européens ou d'ailleurs, se concentre beaucoup sur les changements climatiques, par ailleurs enjeu crucial de conflits mettant aux prises scientifiques indépendants, entreprises énergétiques et opinion publique, par l'intermédiaire de la presse écrite, audio-visuelle ou électronique. 

 

          Le réalisateur américain, tout au long d'une heure trente quatre minutes, s'est contenté de capter l'une des conférences de l'ex vice-président Al GORE. Si on trouve ici ou là des éléments bibliographiques narrés par l'homme politique lui-même, le gros du film consiste en un grand cours magistral, avec forces documents filmiques, graphiques... Cette conférence se situait dans une campagne multi-média de sensibilisation sur le réchauffement climatique. Al GORE soutient de bout en bout les démonstrations du film et on peut dire qu'il "porte" le documentaire à lui tout seul. Mise en scène, mise en spectacle, effets dramatiques, introductions des différents documents, il fait tout cela, soutenant réellement l'attention du spectateur de bout en bout dans un exercice de pédagogie qui parfois donne à certaines données scientifiques une portée qu'elles n'ont pas elles-mêmes. Aux critiques nombreuses sur des faits qui y sont relatés, Al GORE lui-même répond plus tard, mais on peut dire pour paraphraser une formule maintes fois utilisée que la réalité dépasse aujourd'hui la docu-fiction. Une réactualisation, des années plus tard, donnerait sans doute au documentaire une plus grande gravité. 

 

        La vérité qui dérange (A Inconvenient Truth) est également le titre d'un manuel d'Al GORE qui atteint la première place des bestsellers du New York Times (du 2 juillet au 13 août 2006) et qui se maintient encore pendant de nombreux mois sur la liste. Le film lui-même fut présenté en avant-première en 2006 au Festival du film de Sundance, puis au Festival de Cannes 2006. il se classe en troisième position des plus grands succès au box-office en matière de documentaire, derrière Farenheit 9/11 et La Marche de l'empereur, et devant Bowling for Columbine. En ce sens, l'objectif de sensibilisation au problème du réchauffement climatique a été atteint. Le film peut d'ailleurs utilement introduire à des débats sur le réchauffement climatique. Toujours est-il, comme pour l'ensemble des documentaires, faut-il le présenter comme un premier outil introductif à cette problématique, et non s'y arrêter. Et de plus, comme écrit auparavant, la réalité dépasse la docu-fiction...

 

      Produit par la Paramount Pictures, le film est disponible en DVD et peut être obtenu au site www.climatecrisis.net. 

 

D'autres documentaires sur la question

    Parmi les autres documentaires consacrés aux changements climatiques, nous pouvons citer, entre autres :

- Home (2009, réalisation de Yann ARTHUS-BERTRAND, production par Luc BESSON), de 120 minutes (90 dans une version courte), sur le lien entre l'Homme et la Terre, diffusé gratuitement sur Internet (après notamment une présentation en plein air au Champ de Mars à Paris et une diffusion sur la chaîne de télévision France 2). Il montre l'état de la Terre vue du ciel, la pression que l'homme fait subir à l'environnement et les conséquences sur le climat. 

- Le syndrome du Titanic, réalisé en 2008 par Nicolat HULOT et Jean-Albert LIÈVRE, suivant le livre éponyme de Nicolas HULOT sorti en 2004. Produit par Mandarin Cinéma, Studio 37, Mars films, WLP et TF1 Films Production, il est sorti en octobre 2009. Il développe les thèmes récurrents autour de l'évolution de l'environnement et de l'érosion de la biodiversité.

- Climat en crise, de 50 minutes, présenté par Robert T. WALSON, directeur du GIEC pendant 6 années,  décrit les prévision du super-calculateur Earth simulator pour répondre aux questions de l'aridification des terres, des ressources alimentaires planétaires, des vagues de chaleur dans les zones tempérées, des phénomènes météorologiques extrêmes, des équilibres éconologiques et des menaces inattendues, de l'habitat planétaire et des réfugiés de l'environnement sinistré et des solutions envisagées. Il prend pour paramètre principal l'augmentation des émissions de gaz à effet de serre dans l'atmosphère. (www.cnes.fr).

- 2012 : Time For Change, long métrage de 85 minutes de 2010, du réalisateur brésilien Joao AMORIN, basé en partie sur les livres de Daniel PINCHBECK. il présente une alternative radicalement positive à la catastrophe apocalyptique, à l'aide de témoignages, entre autres, de David LYNCH, STING, Buckminster FULLER et Bernard LIETAR... (www.2012timeforchange.com)

- La 11ème heure, le dernier rivage, sorti en 2007, des réalisatrices américaines Nadia CONNERS et Leila CONNERS PETERSON, produit par Leonardo DICAPRIO. Il montre l'état de l'environnement et de la biodiversité au début du XXIe siècle et les méfaits de l'homme sur ces derniers. Nous le recommandons pour la diversité des rencontres (une cinquantaine) avec des scientifiques, connus ou pas du publics et leaders politiques réputés dans leur domaine de compétences et impliquées dans l'action contre le réchauffement climatique.

- L'odyssée climatique du Souther Star, série de 4x52 minutes réalisé par Thierry ROBERT (produite par Paco FERNANDEZ, Injam Production avec la participation de Planète Thalassa), à l'occasion de l'Année Polaire Internationale. Premier navigateur français à avoir traversé l'Océan Glacial Articque à la voile, Olivier PITRAS nous montre les effets sur place des changements liés au réchauffement climatique. (www.films&documentaires.com)...

 

Davis GUGGENHEIM, Une vérité qui dérange, Paramount Pictures, 2006.

 

FILMUS

 

Relu le 8 juin 2021

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3 août 2013 6 03 /08 /août /2013 08:14

    L'expression Changement climatique ne signifie pas seulement changement de climat mais également passage d'un système de climat à un autre. Le système climatique est caractérisé par la permanence d'un cycle d'évolutions de tempétature, d'humidité dans l'air, de pression et de circulation des masses planétaires d'eau et d'air, avec l'existence d'un certain nombre d'espèces vivantes, végétales ou animales, qui en tirent les conditions de vie  et qui en influent l'évolution.

   L'espèce humaine s'y caractérise par une influence bien plus importante que pour les autres espèces. Par l'utilisation d'énergie, d'abord du feu (destruction de forêts, incendies volontaires ou involontaires), puis des énergies fossiles (par rejet de masses de gaz carbonique dans l'air, dans des quantités très variables de civilisation à civilisation), mais également certainement par les énergies renouvelables (rétention par exemple de masses "artificielles" d'eau). Si le système climatique n'est pas encore complètement connu, même par les sciences qui l'étudient, les corrélations entre l'industrialisation et le réchauffement planétaire sont établies.

 Il s'agit ici de savoir comment ces changements climatiques qui s'accélèrent actuellement (fonte des glaciers de montagne ou des pôles, accroissement de la force des phénomènes locaux de réajustement climatique - entre zones chaudes et zones froides, entre zones de basse pression et de haute pression, etc...) influent sur les conflits, qu'ils soient d'ordre interpersonnels ou collectifs. Par exemple, conflits inter-personnels dont la tonalité, mais pas forcément l'objet, varient souvent avec des paramètres purement physiques de température et de pression, conflits collectifs par le déplacement de zones de présence des ressources naturelles (énergie, minerai), par le déplacement des zones de circulation terrestre ou/et maritime...

 

     Qui dit changement climatique dit changement des condition de vie, donc variation de l'adaptation aux conditions du climat. Donc influence directe sur les relations entre les, différentes espèces. Les changements de climat influent sur l'évolution des espèces. Mais pas seulement, il s'agit de périodes transitoires, avec des phénomènes particulièrement violents, avant l'établissement d'un nouveau système de climat : par conséquent, comme nous le voyons actuellement, accélération d'extinctions ou de naissances d'espèces, multiplications de courants marins brusques, de phénomènes atmosphériques violents, ruptures des cycles saisonniers, ce qui induit déplacements plus amples et plus fréquents de populations, destructions fréquentes de la faune et de la flore. Comme dans maints phénomènes physiques, le système écologique tout entier de la planète subit des crises de plus en plus grandes,  de plus en plus graves, de plus en plus fréquentes, jusqu'à un pic méconnu, avant de se stabiliser, dans un nouveau climat, un nouvel équilibre des espèces, un nouveau système d'évolution des espèces, une nouvelle répartition des terres et des mers, un nouveau cycle de température et de pression, une réorganisation de la géographie toute entière...

    Ce changement climatique ne provient pas toujours seulement des espèces qui vivent sur la planète. Notre planète vit dans un système solaire, dans une galaxie, dans un amas où quantités d'événements peuvent se produire. Des objets plus ou moins gros (des nuage de poussières aux comètes) qui viennent dans l'environnement spatial immédiat ou percutent la planète, des variations dans l'activité du soleil, des crises volcaniques influent également le climat, généralement sur des décennies ou des siècles. Mais la rapidité à laquelle le changement actuel de climat se déroule ne laisse que peu de doutes, une fois toutes les mesures possibles effectuées. L'industrialisation de l'ensemble de la planète, avec des systèmes économiques particulièrement énergivores et qui remaniene en profondeur la composition de l'air, des terres et de l'eau, semble bien responsable de l'actuel réchauffement planétaire. Le réchauffement climatique, même s'il est important et porteur de modifications profondes n'empêcherait pas l'espèce humaine de s'adapter, si un élément de plus nalourdissait par les menaces : la pollution (chlmique, biochimique, radioactive) généralisée de l'air, des terres et de l'eau affaiblissent ces capacités d'adaptation.

 

     Depuis un peu moins de 12 000 ans, notre planète est entrée dans une période Interglaciaire de l'Holocène, et rien de dit que le changement climatique actuel ne pourrait pas y mettre fin, dans le sens d'un climat généralement plus chaud et plus humide ou plus froid et plus sec... Nous n'avons pas suffisamment de connaissances et d'expériences sur les changements climatiques pour prévoir les conséquences de l'industrialisation intensive. 

Ce qui est de plus en plus certain en revanche, c'est que l'activité humaine a depuis très longtemps une influence importante sur le climat. Mais il ne s'agit pas seulement de l'activité humaine : toutes les espèces animales opèrent une influence sur le relief et la flore. Par là, elles exercent une influence sur le Climat. Peu d'études sont consacrées à cette influence, non par manque d'intérêt, mais tout simplement parce qu'une étude de ce genre porte sur de longues durées par nature difficile à suivre... Il faut en tout cas en finir avec le mythe d'une nature sauvage qui serait une sorte de paradis avant l'arrivée de l'espèce humaine. De manière constante et répétée les modifications de l'environnement font partie de la réalité physique. Sauf dans les isolats (zones montagneuses ou îles), tout événènement, toute migration d'espèces animales, toute modifications du rapport de forces entre espèces (notamment entre prédateurs et proies), ce fameux équilibre de la nature qui a sans doute autant de réalité que l'équilibre en économie, a une répercussion sur l'ensemble du système écologique, donc du climat.

        Les études nombreuses et variées de paléoécologie reposent, écrit Yanni GUNNEL "sur le constat suivant : les conditions de vie des organismes biologiques sont déterminés par des conjonctions de paramètres simples comme la température, l'humidité, le pH (niveau d'acidité) et il n'y a pas de raison de supposer qu'il en ait été autrement dans le passé. Le postulat est donc celui d'un équilibre entre les organismes et une fourchette de conditions environnementales. Il permet d'établir des corrélations entre tel assemblage d'espèces et telle conjonction de conditions paléothermiques, paléo-édaphiques et paléohydrologiques." Cette démarche suppose que l'écophysiologie des espèces étudiées n'a pas évolué au cours d'une période de référence. Difficile de discuter des situations d'il y a des centaines de milliers d'années. En revanche, "cela semble valable pour l'ensemble de l'Holocène, voire la majeure partie du Quaternaire pour la plupart des espèces, mais la plasticité génétique des espèces à cycle de vie court (oiseaus, petits mammifères, insectes, graminées, virus) rend ces dernières écologiquement plus adamtables que les espèces à cyle de vie long. (...)". Dans ce que l'on peut appeler une longue co-évolution de l'homme et de la nature, la recherche sur les environnements du passé nous apprend déjà un certain nombre de choses :

- dans ces milieux que l'on croit naturels... le feu constitue depuis des millénaires un instrument de gestion des habitats et de la faune. "Il a fallu longtemps avant que les naturalistes ne réalisent que l'impact de l'homme sur des écosystèmes réputés vierges étant beaucoup plus ancien qu'il n'y paraissait. La distorsion qui a longtemps masqué ce phénomène provient pour beaucoup de l'histoire et de l'idéologie coloniales (nous pensons, quant à nous que cela remonte à plus loin et que cela est beaucoup plus profond : dans la définition de ce qu'est la nature...). Dans le cadre de la colonisation, les ingénieurs et naturalistes occidentaux découvrant les écosystèmes de la zone intertropicale ont abordé les milieux naturels de ces régions sans posséder les décodeurs nécessaires qui auraient permis de passer du registre de la mission civilisatrice et du développement au registre d'une recherche scientifique débarrassée de préjugés scientifiques et moraux. Or, les progrès de la recherche paléoenvironnementale nous montrent que, depuis au moins 100 000 ans, c'est l'homme qui a choisi pour la nature la trajectoire qu'elle doit suivre, y compris sur les continents que les Eruopéens de la première mondialisation ont cru découvrir dans un état de virginité relative. Ces 100 000 ans sont certainement d'ailleurs une sous-estimation, car l'archéologie trouve des traces d'utilisation du feu associées à Homo erectus autour de 1,5 millions d'années (...)" Bien avant l'arrivée des Européens en Amérique ou en Afrique, le paysage n'a plus rien de naturel. Des techniques dans la manière d'utiliser le feu, les dégâts involontaires causés par les incendies accidentels avaient déjà modifiés profondément les ensembles forrestiers et hydrauliques. 

- L'homme défricheur a aussi créé intentionnellement ou non, des écosystèmes entièrement nouveaux.

- La grande extinction pléistocène d'Amérique du Nord n'a pas d'équivalent dans les millénaires antérieurs.

- La domestication des espèces surmultiplie l'impact des activités humaines sur l'envieonnement, il y a environ 10 000 ans.

- "Parce qu'elle impose des dynamiques et des temporalités réglées par les nécessités économiques plus que par la rythmicité des perturbations naturelles, l'agriculture a changé les règles du jeu écologique d'une manière beaucoup plus profonde qu'on le l'imagine parfois". 

 

     L'industrialisation des activités humaines - il ne s'agit plus de l'utilisation partielle de techniques plus ou moins efficaces, mais de l'utilisation systématique et répétée de techniques de plus en plus dévoreuses d'énergie, notamment fossile - accentue leurs effets sur l'environnement, jusqu'à l'affecter dans les ressources mêmes utilisées par l''espèce humaine. 

   Après les divers cris d'alarme, comme celui de Fairfield OSBORN, président de la société zoologique de New York (La planète au pillage, Payot, 1949), qui se multiplent dans les années 1960, en même temps que les critiques sur la société de consommation de masse, la multiplication des phénomènes atmosphériques (que ce soit sur la composition de l'air ou ses mouvements autour de la planète), provoque l'émoi de l'ensemble de la communauté scientifique. Ainsi, le Groupe d'Experts Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat créé en 1988, à la demande du G7, par deux organismes de l'ONU (l'Organisation Météorologique Mondiale et le Programme des Nations Unies pour l'Environnement), a pour mandat d'évaluer, sans parti pris, de manière indépendante, tant vis-à-vis des Etats que des sociétés privées , et de manière méthodique, claire et objective, les informations scientifiques, techniques et socio-économiques disponibles en rapport avec la question du changement de climat. Il s'agit tout d'abord d'établir, rapports après rapports, dont le dernier (le quatrième) date de 2007, et le prochain est attendu pour 2014, une corrélation entre les activités humaines et les changements climatiques et de proposer des mesures pour inverser la tendance. Rapport après rapport, ses analyses, d'abord prudentes et ponctuées d'interrogations fondamentales, deviennent de plus en plus alarmistes, au fur et à mesure que se constatent de manière flagrante, surtout depuis le début des années 2010, des effets de plus en plus dévasteurs, spectaculaires ou non, du réchauffement climatique. On en est d'ailleurs au point que, si ses analyses sont retenues par la majeure partie de la communauté scientifique, que certains spécialistes (des sciences de la nature) estiment que ses conclusions pèchent parfois par... optimisme!  Ainsi, la fonte des glaciers du Pôle Nord s'avère beaucoup plus rapide que prévu (et même à certains endroits permanente) et l'extinction des espèces vivantes, comme de leur déplacement d'un continent à un autre, s'accélère de manière bien plus importante que décrite. Pour en rester à ses rapports, très combattus par des milieux industriels (notamment dans le domaine des énergies fossiles) qui veulent empêcher jusqu'à toute influence de considérations environnementales sur leurs activités, ils établissent un certain nombre de faits, qui dans le temps, sont reconnus par des fractions de plus en plus large de scientifiques, d'hommes politiques et des opinions publiques. 

    Nous pouvons lire dans le point 6 des "Conclusions robustes et incertitudes clés" :

"Dans le présent rapport (de 2007) (...), on entend par conclusion robuste en matière de changements climatiques toute conclusion qui reste valable pour un large éventail de démarches, de méthodes, de modèles et d'hypothèses et qui devrait généralement le rester malgré les incertitudes. Quand aux incertituds clés, ce sont des incertitudes qui, une fois levées, peuvent donner lieu à des conclusions robustes. Les conclusions robustes n'englobent pas l'ensemble des conclusions essentielles du quatrième Rapport d'évaluation, dont certaines peuvent être pertinentes pour l'élaboration des politiques même si elles sont liées à d'importantes incertitudes." Suit une liste de "conclusions robustes et des incertitudes clés", non exhaustive.

Conclusions robustes : "Le réchauffement du système climatique est sans équivoque. On note déjà, à l'échelle du globe, une hausse des températures moyennes de l'atmosphère et de l'océan, une fonte massive de la neige et de la glace et une élévation du niveau moyen de la mer. Sur tous les continents et dans certains océans, nombre de systèmes naturels sont perturbés par des changements climatiques régionaux. Les modifications observées de nombreux systèmes physiques et biologiques concordent avec ce réchauffement. Sous l'effet de l'absorption du CO2 (Gaz carbonique) anthropique depuis 1750, l'acidité des couches superficielles de l'océan a augmenté. Les émissions anthropiques annuelles totales de GES (Gaz à Effets de Serrer), pondérées en fonction de leur potentiel de réchauffement global sur 100 ans, se sont accrues de 70% entre 1970 et 2004. Sous l'effet de ces émissions, les valeurs de la concentration de N2O (Protoxyde d'azote ou Oxyde nitrique) dans l'atmosphère sont actuellement bien supérieures aux valeurs préindustrielles couvrant plusieurs milliers d'années, et celles de la concentration de CH4 (Méthane) et de CO2 excèdent aujourd'hui largement l'intervalle de variations naturelles pour les 650 000 dernières années. L'essentiel du réchauffement général moyen constaté depuis 50 ans est très probablement attribuable à l'augmentation de concentration des GES anthropiques. Il est en outre probable qu'en moyenne, tous les continents, à l'exception de l'Antartique, ont subi les effets d'un réchauffement anthropique (due à l'activité humaine) marqué. Il est probable que le réclauffement anthropique survenu depuis trente ans a joué un rôle notable à l'échelle du globe dans l'évolution observée de nombreux systèmes physiques et biologiques."

Incertitudes clés : "Les données relatives au climat restent insuffisantes dans certaines régions. De plus, les données et les études concernant les changements observés dans les systèmes naturels et aménagés sont très inégalement réparties d'une région à l'autre et sont particulièrement peu abondantes dans les pays en développement. La variabilité des phénomènes extrêmes, comme la sécheresse, les cyclones tropicaux, les températures extrêmes ou la fréquence et l'intensité des précipitations, est plus difficile à analyser et à surveiller que les moyennes climatiques, car cela nécessite de longues séries chronologiques de données à haute résolution spatiale et temporelle. Il est difficile de déceler les effets des changements climatiques sur les systèmes humains et certains systèmes naturels en raison de l'adaptation et des facteurs non climatiques. La simulation des vairation de températures observées et leur attribution à des causes naturelles ou humaines à des échelles inférieures à l'échelle continentale soulèvent toujours des difficultés. A ces échelles, il est en effet malaisé de discerner l'influence du réchauffement anthropique sur les systèmes physiques et biologiques en raison de facteurs tels que les changements d'affectation des terres ou la pollution. Des incertitudes clés subsistent quant à l'ampleur des émissions de CO2 dues aux changements d'affectation des terres et à celle des émissions de CH4 provenant de diverses sources."

Dans les coclusions robustes concernant les "éléments moteurs" et les "projections concernant l'évolution future du climat", nous pouvons lire :

"Vu les politiques d'atténuation des effets des changements climatiques et les pratiques de développement durable déjà en place, les émissions mondiales de GES continueront d'augmenter au cours des prochaines décennies. Un réchauffement d'environs 0,2° Celsius par décennie au cours des vingt prochaines années est anticipé dans plusieurs scénarios d'émissions SRES. la poursuite des émissions de GES au rythme actuel ou à un rythme plus élevé devrait accentuer le réchauffement et modifier profondément le système climatique au XXIe siècle. Il est très probable que ces changements seront plus importants que ceux observés pendant le XXe siècle. Tous les scénarios prévoient que le réchauffement sera plus marqué sur les terres émergées que dans les océans voisins et qu'il sera particulièrement sensible aux latitudes élevées de l'hémisphère Nord. Le réchauffement tend à freiner le piégeage du CO2 atmosphérique par les écosystèmes terrestres et les océans, ce qui a pour conséquence d'augmenter la part des émissions anthropiques qui reste dans l'atmosphère. Même si les émissions de gaz à effet de serre diminuaient suffisamment pour stabiliser la concentration de ces gaz, le réchauffement anthropique et l'élevation du niveau de la mer se poursuivraient pendant des siècles en raison des échelles de temps propres aux processus et aux rétroactions climatiques. Il est très improbable que la sensibilité du climat à l'équilibre soit inférieure à 1,5°C. Il est probable que certains systèmes, secteurs et régions seront plus durement touchés que d'autres par l'évolution du climat. Au nombre de ces systèmes et secteurs figurent certains écosystèmes (toundra, forêt boréale et régions montagneuses, écosystèmes de type méditerranéen, mangroves, marais salants, récifs coralliens et biome des glaces de mer), les basses terres littorales, les ressources en eau dans les zones tropicales et subtropicales sèches et dans les zones tributaire de la fonte de la neige de et la glace, l'agriculture aux basses latitudes et l'état sanitaire des populations disposant d'une faible capacité d'adaptation. Les régions concernés sont l'Arctique, l'Afrique, les petites îles et les grands deltas asiatiques et africains. Dans les autres régions du globe, mêmes prospères, des segments particuliers de la population, tout comme certaines zones et activités, risquent d'être gravement menacées."

 

Yanni GUNNELL, Ecologie et société, Armand Colin, 2009 ; GIEC, Bilan 2007 des changements climatiques, Rapport de synthèse des changements climatiques (site du GIEC).

 

BIOLOGUS

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7 octobre 2011 5 07 /10 /octobre /2011 07:42

      Ce livre de 1948 écrit par le naturaliste Henry Fairfield OSBORN, Jr (1887-1969), longtemps président de la New York Zoogical Society (aujourdh'ui Wilfide Conservation Society, l'une des plus importante ONG internationales de protection de la nature), s'avère prémonitoire de l'ensemble des problèmes planétaires, même s'il ne connaissait pas bien entendu le problème climatique auquel nous devons faire face aujourd'hui. Réquisitoire sans appel qui suscite à sa sortie un vif intérêt aux États-Unis, il montre que l"humanité est en train "de suivre une voie qui risque de rendre un jour ou l'autre notre bonne vieille terre aussi morte que la lune. Il contient la démonstration évidente qu'une dégradation continue de la nature menace la survie même de l'humanité."

              Sur un ton volontiers alarmiste, l'auteur entend donner, comme il l'écrit dans son Introduction au mot nature la signification la plus étendue. "Au sens large, il se réfère au schéma général de l'univers. Au sens étroit, il ne désigne plus que le caractère d'un individu, ou encore les impulsions ou forces inhérentes par lesquelles son caractère se trouve déterminé ou contrôlé. La nature représente en réalité la somme totale des conditions et principes qui influencent ou plus exactement conditionnent l'existence de tout ce qui a vie, y compris l'homme lui-même. Le but de ce livre n'est pas seulement d'établir le bien-fondé de cette définition, mais encore et surtout de montrer que, si nous continuons à faire fi de la nature et de ses principes, les jours de notre civilisation sont dès maintenant comptés."

Comme il l'indique lui-même, "le présent ouvrage se divise en deux parties. La première tend à montrer que, malgré les extraordinaires réalisations mentales auxquelles est due sa civilisation moderne et si complexe, l'homme a été dans le passé, est encore et continuera toujours à être une simple pièce sur le grand échiquier de la nature. La seconde partie de ce livre s'efforce de montrer les ravages que pendant les derniers siècles l'homme a fait subir à la face de la terre et la vitesse toujours plus grande avec laquelle il continue à détruire les sources mêmes de sa vie. C'est là cette autre "guerre mondiale" silencieuse et mortelle à laquelle je faisais allusion (au début de l'Introduction). C'est elle qui engendre des conflits comme les deux premières guerres mondiales et, si rien n'est fait pour y porter remède, son résultat final ne saurait manquer de se traduire par une misère générale comme jamais encore l'humanité n'en a connue, avec menace finale pour son existence même."

 

      Le livre se divise donc en 10 chapitres, répartis également entre ces deux parties, intitulées La planète et Le pillage.

   Dans cette première partie, l'auteur effectue d'abord (premier chapitre) des vues d'ensemble : Sommes-nous le résultat final d'un si vaste système? ; Une armée d'invasion qui grossit tous les jours ; Une petite planète parmi des millions de nébuleuses spirales ; Peut-il exister ailleurs d'autres êtres humaines? ; L'homme "civilisé" constitue un pour cent seulement de la vie de l'espèce ; Les hommes primitifs ont longtemps été en tout petit nombre...

Il décrit Les années obscures mais décisives... (chapitre II) : Les temps passés sont en réalité toujours avec nous ; Le point de différenciation dans l'évolution ; Tendances et instincts héréditaires ; Comment il faut entendre "la survivance du plus apte" ; L'homme représente un type animal non spécialisé mais "généralisé" ; Par sa spécialisation ultérieure il devient un force mondiale nouvelle. 

On peut résumer ces deux chapitres de la manière suivante : Tous les bébés sont semblables, ce sont les enfants de la Terre : tous les jours et dans tous les pays ils arrivent sans arrêt en nombre toujours croissant, marée quotidienne. La venue au monde d'une telle armée de nouveaux-né vient jour après jour augmenter la masse vivante du milieu où chacun vient de faire son apparition. la force de ce milieu sera leur force ; sa faiblesses sera leur faiblesse. Entre 1830 et 1900, la population mondiale a doublé pour atteindre 1,6 milliards de personnes. En 1940, les deux milliards étaient largement dépassés et depuis lors le chiffre continue à monter : dans cent ans la population mondiale peut dépasser de beaucoup les trois milliards. Cet excès de peuplement due à la perpétuelle augmentation de leur nombre risque de ne pouvoir être résolu de façon compatible avec notre idéal d'humanité. Le nombre de nos semblables augmente sans arrêt, avec la famine comme conséquence ; même après les guerres les plus terribles il en reste encore de trop vivants. Même en prenant 1,6 milliards d'hectare pour représenter la surface de terre considérée comme convenable pour la culture, nous ne trouvons que trois quarts d'hectare environ par tête. Pourtant on compte en général que pour produire le minimum d'aliment nécessaire à un être humain, il faut au moins un hectare de terre de moyenne productivité. Il y a synchronisme perceptible ente l'accélération du commerce et celle de la reproduction humaine. Nous le voyons conquérir un continent puis dans l'espace de moins d'un siècle en transformer une bonne partie en solitudes désolées et inutilisables, après quoi il lui faut se déplacer pour trouver de nouvelles terres encore vierges. Mais où aller désormais? Aujourd'hui, sauf quelques rares et insignifiantes exceptions il n'y a plus nulle part de terres nouvelles. Jamais encore de toute mémoire humaine il n'en avait été ainsi. La plus cruelle, la plus meurtrière des guerres mondiales vient juste de prendre fin. A propos de cette combativité, il convient de préciser que la guerre telle que l'homme la pratique est un phénomène unique dans toute la nature, c'est-à-dire que parmi les populations animales les plus développés de notre planète il n'y a pas d'exemples de pareilles destructions à l'intérieur d'une même espèce. Pourtant les antipathies entre races ou nations, l'idée qu'il existerait des races supérieures et inférieures, n'ont aucun fondement biologique. Que peut-il bien y avoir dans l'ascendance de l'homme, quelles tendances héréditaires a donc l'être humain qui puissent rendre compte de pareils forfaits? La triste vérité est que pendant un passé infiniment long l'homme a été un prédateur, un chasseur, un carnivore et partant un tueur. très tôt l'homme est devenu un chasseur alors que ses plus proches parents dans le monde animal, physiologiquement les plus semblables à lui, restaient végétariens. Il convient en outre de remarquer que le nombre de carnivores, de ceux qui vivent de la mort des autres, reste infime par rapport aux grandes populations animales parmi lesquelles ils ne forment qu'une très petite minorité. On estime que le nombre de carnivores ne devrait pas dépasser un pour cent de la population animale.

Dans le chapitre III, l'auteur aborde Une nouvelle force géologique : l'homme : La Terre surpeuplée sous l'augmentation explosive du nombre des humains ; La planète semble rapetisser presque à vue d'oeil ; Disponibilités réelles en bonnes terres productives ; La distribution générale des grandes masses humaines ; Est-il possible d'arriver à un état d'équilibre?

Au chapitre IV, La vie engendre la vie, le zoologue expose l'interdépendance générale de tous les êtres vivants et les Destructions dues à l'érosion ; L'homme a tendance à détruire les sources mêmes de la vie ; Importance et signification de la vie animale.

Le chapitre V décrit Les flatteries de la science : La Terre n'est pas une mécanique ; Illusions qu'on se fait sur le pouvoir de "la science" ; Le sol lui-même est un milieu vivant ; Fonctions des êtres vivants qui l'habitent ; Relations entre la santé du sol et celle des animaux, y compris l'homme ; En quoi consistent au juste les "nouvelles" maladies? 

On peut résumer les trois chapitres précédents de la manière suivante : Que l'homme ait hérité de la terre, c'est là un fait accompli, mais en tant qu'héritier, il n'a tenu aucun compte des paroles du doux Nazaréen : "Bienheureux les humbles, car la terre sera leur héritage". L'homme a maintenant détruit une bonne partie de son héritage. Il a jusqu'ici manqué à se reconnaître comme un enfant du sol sur lequel il vit. Dans cette grand machine qu'est la nature chaque pièce dépend de toutes les autres. Retirez-en l'une des plus importantes et c'est toute la machine qui va s'arrêter. Là est le principe essentiel de cette science récente, la "conservation". Le sol productif doit être considéré comme une matière vivante parce que peuplé en nombre infini par de minuscules végétaux vivants, les bactéries, et de tout aussi petits animalcules, les protozoaires. Sans ce double peuplement un sol ne peut être que mort et stérile. Le ver de terre est le plus connu de tous ces petits auxiliaires du cultivateur mais il s'en faut de beaucoup qu'il en soit le plus important. L'homme ne saurait donc pratiquement créer du sol productif qu'à titre d'expérience et en quantité très limitée. La nature met de trois à dix siècles pour produire un seul pouce d'épaisseur de sol productif. Ce qui peut avoir ainsi demandé un millier d'années pour se faire peut se trouver enlevé et détruit en une seule année, parfois même un seul jour comme on en a vu des exemples. Trop de gens ont encore l'idée que les terres devenues stériles par suite de l'abus qui en a été fait peuvent retrouver leur ancienne fertilité grâce aux engrais chimiques. Les engrais sont des suppléments et rien de plus. La richesse et la productivité du sol ne peuvent se maintenir que par la restitution de toutes la matière organique qui ne provient. Or il existe un courant continu de matière organique vers les villes où elle se trouve consommée et ses résidus détruits sans jamais faire retour aux sols dont elle a tiré son origine. Par là nous tendons à détruire le cercle où s'exprime l'unité organique du processus de la production naturelle. La question se pose donc de savoir si le jour viendra où nous aurons définitivement brisé ce cercle.

  Dans la deuxième partie, l'auteur fait le tour des dommages causés par l'homme en Asie jadis et aujourd'hui (chapitre VI), dans les pays méditerranéens et l'Afrique (chapitre VII), en Russie (chapitre VIII), en Europe, en Angleterre et en Australie (chapitre IX) et dans le Nouveau Monde (chapitre X). 

Les sous-titres de ces chapitres caractérisent bien les éléments abordés. Pour l'Asie : Le mal a commencé depuis trop longtemps ; Origines du mauvais usage de la terre par l'homme ; Disparition des premières civilisations ; Le problème des peuples en Asie ; La tragédie de l'Inde et de la Chine. Pour les pays méditerranéens et l'Afrique : La nature n'a pas de chèque en blanc pour le désir du profit ; La Grèce, terre désolée d'une ancienne splendeur ; Que vaut le récent prêt international? ; Coup d'oeil sur la Turquie, la Palestine et l'Égypte ; L'Afrique : influence des Empires et des colonisateurs ; L'érosion, dit un Premier ministre, est un problème plus important que la politique. Pour la Russie : Sa vie repose toute entière sur le Triangle des Terres centrales ; Pour la plus grande partie, le reste du pays est improductif ; Les rapports entre le Gouvernement Soviétique et la terre ; Effets de la guerre sur un sol déjà surmené ; Les méthodes soviétiques comparées aux méthodes américaines. Pour l'Europe, l'Angleterre et l'Australie : Les coutumes et le climat ont une bonne influence : le désir du profit une mauvaise ; L'Europe aidée par son climat et ses traditions ; Histoire des Marais Pontius ; Les Anglais délibèrent sur l'état de leurs terres ; Six générations ont suffi pour mettre à mal l'Australie et la Nouvelle-Zélande ; Néfastes conséquences de l'industrie pastorale et de l'introduction des lapins. Pour le Nouveau Monde : Désormais il ne mérite plus d'être qualifié de "nouveau" ; un présage bien alarmant : la chute de l'Empire des Mayas ; Le Mexique engagé dans une terrible bataille pour sa propre survivance ; Couper, brûler, planter, détruire et aller recommencer un peu plus loin ; Caractères physiques et climatiques de l'Amérique du Sud ; La grande illusion : les États-Unis peuvent nourrir le monde entier ; La soit-disant conquête du continent Nord-Américain ; La dernière et triple menace contre les forêts, la terre et les eaux ; Responsabilités morales et sociales de la propriété ; Les États-Unis sont encore sur la pente descendante.

L'abus que l'homme fait de la terre est très ancien, il remonte à des milliers d'années. On peut le lire dans les désespérants spectacles de ruines enterrées sous les sables, dans d'immenses étendues de pierres nues jadis recouvertes d'un sol fertile. La tendance des hommes à se concentrer remonte à la plus haute antiquité ; c'est là une des causes majeures du long et constant dommage que la race humaine inflige à la terre qui la porte. Les terres épuisées de l'Inde ne sauraient nourrir cette population toujours plus pressée et pourtant son accroissement immodéré se poursuit sans arrêt. Partout se fait jour le désir d'acquérir toutes les choses dont disposent les Européens. Il en résulte que les indigènes ont tendance à exploiter leur terre comme une mine pour en tirer le plus d'argent possible. Un autre facteur de détérioration des terres a été le système de taxation imposé par les puissance européennes désormais maîtresses de l'Afrique. Arrivons-en aux États-Unis, le pays de la grande illusion, "le pays qui peut à lui seul nourrir le monde". L'histoire de cette nation en ce qui concerne l'abus des forêts, des animaux sauvages et des ressources en eau est bien la plus violente et la plus destructrice dans toute l'histoire de la civilisation. La forêt primitive a été réduite au point de ne plus couvrir que 7% du territoire au lieu de 40%. Savamment appuyées par leurs représentants au Congrès, les manoeuvres de puissants éleveurs ont un effet marqué sur la conservation des dernières réserves forestières encore existantes. Les pertes que nous subissons du fait de l'érosion continue ont de quoi faire trembler : chaque année entre cinq et six milliards de tonnes. Le service de la Conservation des sols n'existe que depuis 1935, non pas tant grâce à la stratégie du gouvernement que parce que le grand public avait été frappé d'épouvante par la révolte de la nature contre l'homme, mise en évidence par l'incident du "Bol de poussière" le 12 mai de l'année précédente.

 

  Dans sa conclusion, Henry Fairfield OSBORN, Jr, écrit qu'il est une chose étonnante de voir combien il est rare de trouver une seule personne bien au fat de la destruction accélérée que nous infligeons sans arrêt aux source même de notre vie. Par ailleurs, les rares esprits qui s'en rendent compte ne voient pas en général le lien indivisible entre ce fatal processus  et les exigences irrésistibles d'une population humaine sans cesse en augmentation. Il semble n'y avoir guère d'espoir en l'avenir si nous ne décidons pas à accepter la conception suivant laquelle l'homme est, comme tous les autres êtres vivants, partie intégrante d'un vaste ensemble biologique. La terre aujourd'hui appartient à l'homme et par là se trouve posé le problème de savoir quelles obligations peuvent accompagner cette possession sans limites. La propriété privée des ressources naturelles d'un pays ne se justifie sur le plan moral que si ces ressources sont exploitées par leur propriétaire de façon conforme à l'intérêt général de la nation. Il n'y a rien de révolutionnaire dans l'idée que les ressources renouvelables appartiennent en réalité à toute la nation et que l'usage fait de la terre doit être partie intégrante d'un plan d'ensemble bien coordonné. L'action du gouvernement, en dernière analyse, repose avant tout sur l'opinion publique. Le fait que plus de 55% de la population américaine vit dans les villes a pour conséquence inévitable une indifférence marquée pour la terre et la façon dont sont traités les ressources naturelles du pays. Il est aussi probable que le plus puissant soporifique dont soit imbibée l'opinion publique vient de la croyance aujourd'hui inconsciemment partagées par nous tous suivant laquelle les miracles de la technologie moderne peuvent suffire à résoudre n'importe quelle difficulté. Seul un grand effort de la nation toute entière peut donner pour l'avenir des garanties suffisantes. Il n'y faut rien de moins qu'une complète coopération du gouvernement et de toute l'industrie, appuyée par la pression unanime de l'opinion publique. Un programme doit être enseigné dans toutes les écoles de façon à ce que les générations à venir puissent dès leur enfance se rendre compte de la situation exacte de ce qui est la base même de toute vie, un enseignement de la conservation. De même les cours d'économie politique, travaux publics, sociologie, etc, prendraient une vie nouvelle si l'on y faisait figurer les considérations bien comprises sur les relations de l'homme avec le milieu physique dans lequel il est appelé à vivre. Une seule solution est possible : l'homme doit reconnaître la nécessité où il se trouve de collaborer avec la nature.

 

   On trouve dans ce livre le schéma-type de nombreux plaidoyers pour une politique publique environnementale vigoureuse depuis lors. Mais ce n'est dans récemment, vers la fin des années 1980, à un moment où les esprits ne sont plus obnubilés par la menace d'une confrontation Est-Ouest, avec également l'accélération des changements climatiques, qu'un mouvement vigoureux va dans ce sens. Quelques autres ouvrages-cris d'alarme sont publiés par le naturaliste dans les années 1950 et 1960 notamment (ainsi Our Crowded Plante. Essays ont the Pressures of Population, 1962) qui actualisent et précisent les données et les propositions de son livre de 1948. 

 

Henry Fairfiel OSBORN, Jr, Our Plundered planet, Boston, Little, Brown and Co, 1948 ; La planète au pillage, traduction de l'américain par Maurice PLANIOL, Payot, 1949 ; réédition à Actes Sud, collection Babel, 2008, même traducteur, Préface de Pierre RABBI, 2008, 214 pages.

 

Relu le 31 août 2020

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