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17 novembre 2014 1 17 /11 /novembre /2014 21:01

    Le travail et le monde du travail en général ne sont guère cinématographique au sens où il y existe peu de spectaculaire. Tout est dans le quotidien aux violences plutôt souterraines et une dynamique lente. Même les actions des ouvriers en grève, à l'inverse de scènes d'émeutes dont sont plutôt friandes les agences de presse, sont marquées par une progressivité toute tactique, un arrêt de la production guère plus spectaculaire, par un face à face dans les bureaux ou dans la rue, finalement très rarement marquées par des événements visibles dont on pourrait aisément construire autour une dramaturgie.

     Pourtant, le travail fait depuis longtemps l'objet de représentations filmiques (des Temps modernes de Charles CHAPLIN à Humain trop humain de Louis MALLE). Mais ces films et ces documentaires ne font ni - ou rarement - la une des devantures de cinéma ou des périodiques de critiques. Un genre "travail" n'existe pas et même dans certains dictionnaires il n' en est même pas question, au point que les commentaires, des Temps Modernes par exemple, portent plus sur la forme que sur le fond, sur les évènements dramatiques qui peuvent se dérouler sur le lieu ou à propos du travail et non à partir ou sur le travail lui-même. Sa mise en scène filmique procède d'un paradoxe puisqu'il s'agit, pour les auteurs et réalisateurs qui s'y frottent, de rendre visible l'invisible. L'essentiel de "travailler" est en effet "invisible pour les yeux" du fait de l'engagement subjectif qu'il suppose. Filmer les gestes, le poste de travail, enregistrer le bruit assourdissant des machines, contribuent à révéler des aspects du travail, à les rendre tanfibles, mais ne suffisent probablement pas à rendre compte du réel du travail, qui se fait d'abord connaitre sous la forme de la résistance à la maîtrise...

  C'est ce que constatent Isabelle GERNET et Aurélie JEANTET : "Rendre visible le travail ne peut se limiter à l'activiter de "représentation" du travail et de sa réalité, même si elle en constitue une forme cardinale. Les conditions de révélation du travail, par la fiction, mais aussi par le documentaire, par le romain, ou encore par la mise en scène du théâtre, requièrent également une mise en forme par le filtre de la subjectivité du réalisateur, du metteur en scène, ou de l'écrivain. (...) La mise en scène, qui résulte elle-même d'un travailspécifique, consiste en effet à inventer une forme de rhétorique pour rendre visible une partie de la dimension énigmatique du travail. Ce processus contribue à susciter, chez le réalisateur, comme chez le spéectateur, un mouvement d'élaboration pour penser ce qui résiste de l'expérience du travail, qui, sinon, risque toujours d'être occulté.

Les productions artistiques et culturelles, qui se distinguent des productions scientifiques, interrogent donc les conditions et les modalités de la circulation des idées portant sur les rapports entre subjectivité, travail et action. L'inflation du discours sur les risques psychosociaux contribue à renouveler le débats sur les formes de l'action dans le champ de la critique du travail, mais ne suffit pas à l'épuiser, loin de là. En psychodynamique du travail, traiter de la question de l'action suppose de pouvoir favoriser l'émergence d'une vision critique du travail et de son organisation, à partir de la transformation du rapport subjectif au travil, en tant que condition préalable et sine qua non à la transformtion de l'organisation du travail."

 

 

    Catherine Pozzo di BORGO, professeur associé à la faculté de philosophie et Sciences humaines et Sociales, Université Picardie Jules-Verne à Amiens, proposait pour l'année universitaire 2006-2007, une filmographie Cinéma et Travail, suivant 11 thèmes :

 

     - Filmer le travail, illustré par Le Tonnelier de Georges ROUQUIER et Portrait de la série d'Alain CAVALIER consacré aux petits métiers en disparition. Figurent Humain, trop humain, de Louis MALLE (1972), immersion sans parole dans la chaîne de montage des usines Citroen, Le sang des autres (1975) du cinéaste militant Bruno MUE (la chaîne chez Peugeot) avec paroles d'ouvriers et d'ouvrières.

L'universitaire pose la question : Comment filmer le travail? Certes, on peut filmer les machines et les gestes des ouvriers. Cela donne lieu à de belles images, mais cela ne rend pas tellement compte des poussières, des odences, des cadences infernales, de la souffrance ni des relations sociales et mentales tissées d'invisible.

Si filmer le travail industriel est difficile, c'est encore plus de traiter du secteur tertiaire. On le voir bien avec le film de Jean-Louis COMOLLI, La vraie vie dans les bureaux (1993).

    - Les luttes ouvrières. Une des raisons pour lesquelles il n'est pas facile de filmer le travail est que les entreprises laissent rarement les cinéastes pénétrer sur les lieux de production. Ce n'est en définitive que dans les moments de conflits, comme les grèves qu'ils ont l'occasion d'y pénétrer. De nombreux films prennent donc pour thème les conflits du travail, notamment lorsqu'ils parviennent au niveau visible . Elle cite Sochaux, 11 juin 68 (1970) du groupe Medvedkine, qui évoque ce dur conflit qui se solde par un affrontement sanglant avec les "forces de l'ordre" ; Chers camarades (2006), de Gérard VIDAL qui a filmé de l'intérieur les grandes grèves dans les usines Chausson de 1975 et de 1983 ; Maryflo (1997), d'Olivier LAMOUR (dans une usine textile) ; Dockers de Liverpool (1996), de Ken LOACH ; Paroles de grève (1996), de Sabrina MALEK et Arnaud SOULIER ; On n'est pas des steaks hachés (2002), de Alima AROUALI  et Anne GALLAND ; L'épreuve de la solidarité, de Jean-Luc COHEN (quelque mois de travail d'un délégué syndical d'une petite entreprise de travaux publics). 

      - Les fermetures d'usine, où sont illustrées ces situations traumatiques, et les réactions diverses des ouvrier(e)s. Comme dans 300 jours de colère (2002) de Marcel TRILLAT (les dix mois de résistance des 123 salariés de la filature de Mosley) ; Métaleurop (2003), de Jean-Michel VENNEMANI ; Mon travail, c'est capital (2000) qui suit cinq ouvriers de l'usine Moulinex.

      - Le chômage, avec les films Le chomage a une histoire, de Gilles BALBASTRE (historique du développement du chômage massif à partir de la fin des Trente Glorieuses) ; Sans travail fixe (1993), de Françoise DAVISSE ; Chômage et précarité, l'Europe vue d'en bas (2004), de l'auteure, sur les mécanismes du chômage à travers l'étude comparée de quatre pays européens...

       - La mondialisation, comme le film Le cauchemar de Darwin, de Hubert SAUPER, Ouvrière du monde, de Marie-France COLLARD ; Le Business des fleurs, de Jean-Michel ROGRIGO ; L'emploi du temps, de Carole POLIQUIN.

          - La souffrance au travail dans par exemple Managers, encore un effort, de Bernard BLOCH ; La chaîne du silence, d'Agnès LEJEUNE, Pression(s), d'Elodie BOULONNAIS...

        - Les maladies professionnelles, avec Les Vaches bleues, de l'auteure, sur la mine d'or de Salsigne, dans l'Aude ; Mourir d'amiante, de Brigitte CHEVRET ; Porto Marghena, de Paolo BONALDI...

          - Le cas du nucléaire, avec Radiactive Days, du suédois Torgny SCHUNESSON ; Arrêt de tranche, les trimardeurs du nucléaire ; Le travail, la santé, l'action, trois petits films de René BARATTA, réalisé pour le Comité central d'Entreprise d'EDF...

          - Les mutations du travail vues par la télévision. Elle distingue trois grandes périodes : les années 1960, qui coïncident avec les débuts de la télévision où l'on voit de jeunes réalisateurs communistes aller à la rencontre d'une classe ouvrière méconnue ; les années 1970-1980, où le documentaire sur le travail laisse la place à des magazines et à des reportages qui ne traitent plus tant du travail lui-même que de son contexte de délocalisations, de fermetures d'entreprises, de chômage et de flexibilité ; les années 1990 où les documentaires réapparaissent sous l'impulsion du ministère du travail, en collaboration avec la chaîne 5. Elle cite 200 à l'heure, des années 1950 ; Ouvriers, de Claude MASSOT, des années 1960-1970 ; Sommes-nous condamnés aux cadences ; Les prolos, de Marcel TRILLAT...

          - Le film d'entreprise où l'objectif est dinformer, de former, de promouvoir ou de sensibiliser. Elle cite entre autres Le chant du styrène, d'Alain RESNAIS ; Hôtel des invalides, de Georges FRANJU et L'Ordre, de Jean-Daniel POLLET.

          - La fiction et le monde du travail. Après avoir évoqué surtout des documentaires, Catherine Pozzo di BORGO évoque les peu nombreux films de fiction. Souvent, ils magnifient l'image du héros ouvrier et approchent de façon romanesque la dure réalité du travail. Quelques réalisateurs ont évité toutefois ces écueils : par exemple Ken LOACH avec Riff Raff et Laurent CANTET avec Ressources humaines.

 

    ici et là, notamment sur Internet, sont cités (par exemple là sur le site JeJournalduNet) quelques films de fiction qui ont émergé dans l'actualité cinématographique et disponible actuellement en DVD : Le couperet (2004), de Costa GAVRAS ; Stupeur et trenblements (2003), d'Alain CORNEAU ; Violence des échanges en milieu tempéré (2003), de Jean-Michel MOUTOUT ; Ressources humaines (1999), de Laurent CANTET ; La firme (1993), de Sydney POLLACK ; Les grandes familles (1958), de Denys de La PATTELIÈRE ; Mon oncle d'Amérique (1980), d'Alain RESNAIS ; Les temps Modernes (1936), de Charles CHAPLIN...

   On peut citer également J'ai (très) mal au travail (2007) de Jean-Michel CARRÉ ; Le placard (2001), de Francis WEBER ; La Méthode (2006), de Marcelo PINEYRO ; Trois huit (2001), de Philippe Le GUAY, comme le fait la médiathèque Elie Chamard à Cholet...

 

   Pour notre part, citons les films suivants, qui mettent en relief à la fois les coopérations et les conflits, très loin du ton et des objectifs des très nombreux documentaires d'entreprise sur le travail, parfois entre la technique et la propagande commerciale.

- Metropolis (1927) d'Abel GANCE, film expressionniste de science fiction allemand produit pendant la courte période de la République de Weimar, avant donc que la censure nazie ne déferle sur toute la culture. Adaptation du roman du même nom de Thea von HARBOU, ce métrage de 145 minutes (selon la version restaurée de 2010), malgré une fin en forme de happy end de réconciliation, montre bien l'opposition entre une caste dirigeante riche et une masse ouvrière laborieuse. C'est l'un des rares films muets qui représente aujourd'hui encore quelque chose d'important pour les cinéphiles comme pour le public. Vision très pessimiste à peine tempérée par la fin...

- La Grève (1925), de Sergueï EISENSTEIN, premier film du réalisateur soviétique, montre dans l'Empire russe de 1912 la lutte des ouvriers d'une usine, réprimée de manière sanglante. Ce film de 78 minutes (selon cerraines versions), muet et en noir et blanc, est malgré tout un film de propagande, même si avec le recul, son message apparait assez universaliste. Fresque épique et polémique où la masse des grévistes est le véritable héros. La Grève est constituée d'une seule et unique et très longue scène d'action collective avec six "mouvements" symphoniques...

- Les Temps modernes (1936) de Charles CHAPLING, dernier film muet de son auteur, présente le personnage de Cahrlot qui lutte pour survivre dans le monde industrialisé, aux prises avec les cadences infernales de l'usine. D'une durée de 87 minutes, cette comédie dramatique étatsunienne constitue un des films les plus populaires qui traverse les époques. Grande fresque contre le machinisme attaqué au nom de la dignité humaine...

- Germinal, au moins dans ses trois versions de 1913, 1963 et 1993, adaptation du roman du même nom d'Emile ZOLA représente la vie laborieuse du mécanicien Etienne LANTIER. La version de 1913, de Albert CAPELLANI est une suite de tableaux d'une durée totale de 140 minutes. Le film de 1963, réalisé par Yves ALLÉGRET met bien en relief la situation dans les mines du Nord, traversés par les idées révolutionnaires. Ce drame historique d'une heure 52 minutes est une co-production franco-italo-hongroise. Le film franco-belge de 1993, réalisé par Claude BERRI, de 170 minutes, montre le conflit croisé entre patrons, ouvriers "modérés" et anarchistes révolutionnaires.

- Blue Collar, film américain réalisé par Paul SCHRADER, sorti en 1978, est un drame de 114 minutes.

- De la belle ouvrage, téléfilm de Maurice FAILEVIC, de 1970, est une chronique d'un milieu ouvrier dans le Paris et la banlieue populaires, où un ouvrier se révolte à la suite d'un changement technique. De 80 minutes, ce film dramatique, disponible en DVD, est édité par l'INA.

- En gagnant mon pain, film soviétique de 1939, réalisé par Marc DONSKOÏ,inspiré de l'oeuvre de Maxime GORKI, présente les tribulations d'un jeune prolétaire, Aliocha, entre apprentissage raté et recherches laborieuses de travail. DE 97 minutes, ce drame a reçu de nombreux prix internationaux.

- Fair play, film français de 2006 réalisé par Lionel BAILLIU, pose la question de la violence dans les rapports d'entreprises. Il montre bien les rapports de soumission et de domination.

- F I S T, film américain de Norman JEWISON sorti en 1978 présente les aventures de deux manutentionnaires injustement licenciés qui deviennent membres de la Fédération des Commionneurs. Au cours d'une grève longue et difficile, pour faire face aux milices patronales, l'un d'eux, interprété par Sylvester STALLONE, fait alliance avec la maffia. Réalisé d'après l'oeuvre de Joe ESZTERHAS, s'inspirant de la vie réelle de Jimmy HOFFA, le métrage de 145 minutes montre bien l'ambiance des luttes syndicales aux Etats-Unis. 

- L'Eté des Lip, téléfilm français réalisé par Dominique LADOGE, diffusé en 2012, met en scène l'affaire Lip des années 1970. En 110 minutes, sont relatés les initiatives des ouvriers pour faire échouer la fermeture de leur usine, optant pour une appropriation collective et autogestionnaire des outils de production et de commercialisation d'horlogeries. 

- Norma Rae, film américain de 1979 réalisé par Martin RITT, basé sur le livre du journaliste Henry "Hank" LEIFERMAN, raconte l'histoire vraie de la militante syndicaliste Crystal Lee SUTTON et de son combat, aux côtés du syndicaliste Eli ZIVHOVICH pour affilier les employés d'une usine en Caroline du Nord au syndicat des employés de l'industrie du vêtement et du textile. Film de 110 minutes spécifique du cinéma social américain des années 1970, il montre bien les difficultés de la vie syndicale aux Etats-Unis.

- The Navigators, film britannique de 2001 réalisé par Ken LOACH montre les réactions des cheminots en Angleterre à la privatisation de British Rail sous le gouvernement de JoHN MAJOR. Inspiré de l'échec de la Connex South Central et de la Connex South Eastern, qui perdirent leur franchise à cause de leur mauvains fonctionnement et de la piètre qualité de leur service, ce film de 96 minutes se situe dans la lignée d'une (longue) liste de film consacré par le réalisateur aux problèmes sociaux.

- 35 heures, c'est déjà trop, film américain de Mike JUDGE de 1999, montre la vie d'un cadre informatique dans une grande société de développement logiciel. Ce drame de 89 minutes montre l'organisation d'une arnaque à virus informatique pour voler l'entreprise. A noter que ce film indique combien les entreprises sont fragilisées par le tout informatique, surtout si elles licencient à un moment leur employés spécialistes, bien que le traitement spectaculaire de la situation mette plus l'accent sur l'aspect policier (le vol) que sur l'aspect social.

- A nous la liberté, film français de René CLAIR, de 1931, raconte les aventures de deux amis détenus dont l'un se lance dans le commerce des disques, son entreprise prospérant jusqu'à devenir conglomérat gigantesque. D'une durée de 100 minutes, ce film culte est devenu ensuite un slogan pour la jeunesse lettrée des années 1930, dans une époque où le danger réside plus dans l'américanisme, la suproduction que dans la grève ou la misère. En tout cas, avec le temps, le film est bien surfait, sec laborieux, d'un burlesque bien timide, et l'absence de réelle intrigue n'arrange rien. La courte séquence du travail à la chaîne inspire plus tard Charles CHAPLIN pour Les Temps Modernes...

- Antitrust (Conspiracy), film américain de 2001, réalisé par Peter HOWIT, met en scène de jeunes programmeurs idéalistes et une grande entreprise qui attire des talents avec des salaires importants et un environnement de travail plaisant et favorisant la créativité. Pendant 108 minutes, le film montre les tourments d'un jeune prodigue de l'informatique découvrant des pratiques douteuses dans l'entreprise... Qualifié de techno-thriller, ce film est bien représentatif d'une tendance à monter beaucoup moins le monde ouvrier et beaucoup plus le monde des services, dont l'ambiance apparait moins violente.

 

   On consultera avec profit le livre Filmer le travail, film et travail - Cinéma et sciences sociales (avec un DVD), Université de Provence, de Corine EYRAUD et Gut LAMBERT.

  Par ailleurs, l'association Filmer le travail, fruit d'un partenariat entre l'Université de Poitiers et l'Association Régionale pour l'Amélioration des Conditions de Travail (ARACT), se donne pour objectif de faire connaitre à un public large la production cinématographique sur le thème du travail, à un moment où l'on assiste à un retour du travail dans le cinéma, d'analyser et de dynamiser l'usage de l'image (fixe ou animée) en Science Sociales et d'ouvrir un espace de réflexion et de débats sur l'évolution et l'avenir du travail aux citoyens. L'association organisation un festival annuel pour la présentation de la production cinématographique sur ce thème.

  Ciné-travail (voir cine-travail.org) s'est constitué depuis quelques années pour permettre des rencontres entre représentants du monde du travail et de l'entreprise, des consultants, des syndicalistes, des chercheurs en sciences humaines et sociales, des universitaires, des étudiants, des professionnels de l'audiovisuel. 

 

Jacques LOURCELLES, Dictionnaire du cinéma, Les films, Robert Laffont, collection Bouquins, 1992. Jean-Pierre DURAND, Cinéma et travail : la rubrique Champs et contrechamps, La nouvelle revue du travail, thème santé au travail : regards sociologiques, n°4, 2014. Isabelle GERNET et Aurélie JEANTET, Editorial du numéro 27, 2012/1, revue Travailler. Catherine Pozzo di BORGO, Cinéma et travail, une filmographie, programme de 36 heures de cours, année universitaire 2006-2007, Faculté de Philosophie et Sciences humaines et Sociales, Université Picadie Jules-Verne (Amiens).

 

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27 mars 2014 4 27 /03 /mars /2014 11:16

   La série télévisée danoise Borgen de 3 saisons et 30 épisodes de 58 minutes, diffusée en 2010-2013, nous fait entrer dans les méandres de la démocratie parlementaire d'un pays européen de moins de six millions d'habitants.

 

   Située au Danemark, et principalement au Château (borgen), siège du Parlement et des bureaux du Premier ministre et aux sièges des deux grandes rédactions des médias, la série met en scène "une femme au pouvoir", du parti du Centre, parvenue au sommet de l'Etat bien que minoritaire. Birgitte concilie tant bien que mal (et souvent plutôt mal) vie privée et vie politique, idéaux politiques et décisions difficiles. A travers l'actrice principale, que l'on voit autant dans son milieu familial que sur la scène politique, c'est tout le fonctionnement d'un système parlementaire au demeurant assez compliqué comme il est coutume de le rencontrer dans les pays du Nord de l'Europe, qui est décortiqué, vu de manière très franche et très... pédagogique.

L'action très lisible, malgré la multiplicité des groupes mis aux prises, permet de voir ce système confronté à des problèmes économiques (l'action se situe dans le temps même de la diffusion de la série), sociaux et politiques (intérieurs et internationaux).

   Loin de se limiter à l'activité des protagonistes, il s'agit bien d'une réflexion souvent subtile sur de nombreux enjeux de société qui sont autant de conflits souvent ardents. Le rôle des médias, dont le travail a tendance à rivaliser avec celui des élus eux-mêmes, est très bien mis en évidence, jusqu'à la possible corruption du système. On peut comprendre dans les débats au sommet du pouvoir quels sont les tenants et aboutissants des décisions, ainsi que souvent le décalage qui existe entre les vraies raisons de celles-ci et leur présentation au grand public. Se posent pour la Premier ministre constamment les questions de comment utiliser au mieux la majorité péniblement rassemblée autour de son nom et jusqu'où peut-on aller pour garder le pouvoir...

 

  Les scénaristes nous gratifient de polémiques (assez réjouissantes il faut dire) entre pratagonistes où se mêlent arguments politiques, rivalités professionnelles et chassé-croisés sentimentaux. Ils savent comment soutenir le suspence de la série et à aucun moment on a l'impression d'assister à des cours de démocratie politique (et pourtant!). Bien que nos sympathies n'aillent pas à la coloration politiques de l'actrice principale (qui n'est pas présentée comme une héroïne, qualité supplémentaire...), on ne peut que louer le réalisme de la présentation qui est faite de la vie politique danoise. La présentation des idées d'extrême droite est faite de manière assez savoureuse...

   Loin aussi d'une présentation hollywoodienne, même si le tempo musical très discret est suffisamment prenant, les histoires présentées brillent par leur sobriété et leur franchise. Il est relativement rare de voir abordés, autrement que sous l'angle apologétique ou humoristique, la vie parlementaire pour qu'on le signale ici. Sont abordés souvent crûment, entre autres, les questions du racisme, de l'immigration, de l'agriculture industrielle, de la pollution, de la prostitution, de la drogue, des relations entre hommes et femmes, de l'indépendance des médias et du pouvoir politique, de l'influence des milieux bancaires et industriels sur le travail législatif...

Dans la troisième saison, on assiste, Birgitte ayant été écartée du pouvoir, à la naissance d'un nouveau parti, avec un sens de la description assez remarquable...

    Son succès au Danemark (ensuite étendu aux autres pays européens et aux Etats-Unis), est tel que l'on s'est demandé dans le pays si elle avait eu une influence sur les élections législatives de 2011... Le réseau américain NBC envisageait en 2012 d'en faire un remake.

 

 

Borgen, créé par Adam PRICE, produite par Camilla HAMMERICH, 30 x 58 minutes, chaine télévisée danoise DR1, 2010-1013. Une présentation existe en DVD - coffret des trois saisons, avec des bonus assez intéressants - diffusée par ARTE.

Site : www.dr.dk/dr1/borgen.

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21 août 2013 3 21 /08 /août /2013 09:30

          Parmi la vague de fims de fiction (Le jour d'après par exemple) et de documentaires consacrés aux bouleversements climatiques actuels, l'un des premiers à faire date, Une vérité qui dérange, sorti aux Etats-Unis en 2006, donne la tonalité générale.

Entre ton responsabilisant (voire moralisateur), un certain catastrophisme volontairement affiché pour faire prendre conscience de l'urgence de la situation, présentation de données scientifiques en provenance d'une recherche encore hésitante, et contestation en provenance des lobbys pétroliers qui avancent masquée sous la signature de scientifiques plus ou moins directement appointés, ces documentaires (surtout ces documentaires), qui relèvent d'un genre docu-fiction ou fiction documentaire au statut parfois indéfini, se veulent un appel à l'action contre des pratiques, énergétiques notamment, qui changent le visage de la planète, et pas forcément, à terme, en faveur de l'espèce humaine telle que nous la connaissons.

           Le documentaire américain engagé, en pleine résurrection depuis les années 2000, relayé ou précédé d'autres européens ou d'ailleurs, se concentre beaucoup sur les changements climatiques, par ailleurs enjeu crucial de conflits mettant aux prises scientifiques indépendants, entreprises énergétiques et opinion publique, par l'intermédiaire de la presse écrite, audio-visuelle ou électronique. 

 

          Le réalisateur américain, tout au long d'une heure trente quatre minutes, s'est contenté de capter l'une des conférences de l'ex vice-président Al GORE. Si on trouve ici ou là des éléments bibliographiques narrés par l'homme politique lui-même, le gros du film consiste en un grand cours magistral, avec forces documents filmiques, graphiques... Cette conférence se situait dans une campagne multi-média de sensibilisation sur le réchauffement climatique. Al GORE soutient de bout en bout les démonstrations du film et on peut dire qu'il "porte" le documentaire à lui tout seul. Mise en scène, mise en spectacle, effets dramatiques, introductions des différents documents, il fait tout cela, soutenant réellement l'attention du spectateur de bout en bout dans un exercice de pédagogie qui parfois donne à certaines données scientifiques une portée qu'elles n'ont pas elles-mêmes. Aux critiques nombreuses sur des faits qui y sont relatés, Al GORE lui-même répond plus tard, mais on peut dire pour paraphraser une formule maintes fois utilisée que la réalité dépasse aujourd'hui la docu-fiction. Une réactualisation, des années plus tard, donnerait sans doute au documentaire une plus grande gravité. 

 

        La vérité qui dérange (A Inconvenient Truth) est également le titre d'un manuel d'Al GORE qui atteint la première place des bestsellers du New York Times (du 2 juillet au 13 août 2006) et qui se maintient encore pendant de nombreux mois sur la liste. Le film lui-même fut présenté en avant-première en 2006 au Festival du film de Sundance, puis au Festival de Cannes 2006. il se classe en troisième position des plus grands succès au box-office en matière de documentaire, derrière Farenheit 9/11 et La Marche de l'empereur, et devant Bowling for Columbine. En ce sens, l'objectif de sensibilisation au problème du réchauffement climatique a été atteint. Le film peut d'ailleurs utilement introduire à des débats sur le réchauffement climatique. Toujours est-il, comme pour l'ensemble des documentaires, faut-il le présenter comme un premier outil introductif à cette problématique, et non s'y arrêter. Et de plus, comme écrit auparavant, la réalité dépasse la docu-fiction...

 

      Produit par la Paramount Pictures, le film est disponible en DVD et peut être obtenu au site www.climatecrisis.net. 

 

D'autres documentaires sur la question

    Parmi les autres documentaires consacrés aux changements climatiques, nous pouvons citer, entre autres :

- Home (2009, réalisation de Yann ARTHUS-BERTRAND, production par Luc BESSON), de 120 minutes (90 dans une version courte), sur le lien entre l'Homme et la Terre, diffusé gratuitement sur Internet (après notamment une présentation en plein air au Champ de Mars à Paris et une diffusion sur la chaîne de télévision France 2). Il montre l'état de la Terre vue du ciel, la pression que l'homme fait subir à l'environnement et les conséquences sur le climat. 

- Le syndrome du Titanic, réalisé en 2008 par Nicolat HULOT et Jean-Albert LIÈVRE, suivant le livre éponyme de Nicolas HULOT sorti en 2004. Produit par Mandarin Cinéma, Studio 37, Mars films, WLP et TF1 Films Production, il est sorti en octobre 2009. Il développe les thèmes récurrents autour de l'évolution de l'environnement et de l'érosion de la biodiversité.

- Climat en crise, de 50 minutes, présenté par Robert T. WALSON, directeur du GIEC pendant 6 années,  décrit les prévision du super-calculateur Earth simulator pour répondre aux questions de l'aridification des terres, des ressources alimentaires planétaires, des vagues de chaleur dans les zones tempérées, des phénomènes météorologiques extrêmes, des équilibres éconologiques et des menaces inattendues, de l'habitat planétaire et des réfugiés de l'environnement sinistré et des solutions envisagées. Il prend pour paramètre principal l'augmentation des émissions de gaz à effet de serre dans l'atmosphère. (www.cnes.fr).

- 2012 : Time For Change, long métrage de 85 minutes de 2010, du réalisateur brésilien Joao AMORIN, basé en partie sur les livres de Daniel PINCHBECK. il présente une alternative radicalement positive à la catastrophe apocalyptique, à l'aide de témoignages, entre autres, de David LYNCH, STING, Buckminster FULLER et Bernard LIETAR... (www.2012timeforchange.com)

- La 11ème heure, le dernier rivage, sorti en 2007, des réalisatrices américaines Nadia CONNERS et Leila CONNERS PETERSON, produit par Leonardo DICAPRIO. Il montre l'état de l'environnement et de la biodiversité au début du XXIe siècle et les méfaits de l'homme sur ces derniers. Nous le recommandons pour la diversité des rencontres (une cinquantaine) avec des scientifiques, connus ou pas du publics et leaders politiques réputés dans leur domaine de compétences et impliquées dans l'action contre le réchauffement climatique.

- L'odyssée climatique du Souther Star, série de 4x52 minutes réalisé par Thierry ROBERT (produite par Paco FERNANDEZ, Injam Production avec la participation de Planète Thalassa), à l'occasion de l'Année Polaire Internationale. Premier navigateur français à avoir traversé l'Océan Glacial Articque à la voile, Olivier PITRAS nous montre les effets sur place des changements liés au réchauffement climatique. (www.films&documentaires.com)...

 

Davis GUGGENHEIM, Une vérité qui dérange, Paramount Pictures, 2006.

 

FILMUS

 

Relu le 8 juin 2021

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18 juillet 2013 4 18 /07 /juillet /2013 09:25

    Adaptation d'un roman de l'écrivain belge de science-fiction Joseph-Henri ROSNY (de son vrai nom BOEX) aîné (1856-1940) paru pour la première fois en France en 1911, lui-même ayant déjà fait l'objet d'une première adaptation en 1914 (réalisateur et acteur Georges DENOLA), le film de fiction du réalisateur français Jean-Jacqies ANNAUD relance en 1981 l'intérêt pour la période préhistorique de la vie de l'humanité. 

     Le roman situe l'action au coeur de la Préhistoire, soit environ cent mille ans dans le passé et relate l'histoire d'une tribu (Oulhamers) organisée autour du feu. Lorsque les cages dans lesquelles le feu est entretenu (ils ne savent pas l'allumer) sont détruites au cours de l'affrontement avec une tribu ennemie, c'est la catastrophe. Le clan fuit, en proie à la faim et au froid, et envoie un des siens rapporter du feu. Le roman suit l'aventure de ce volontaire, qui, avec ses deux compagnons doivent affronter les multiples dangers d'un monde hostile : Mammouths, Aurochs, Dévoreurs d'Hommes, avant de rapporter finalement le feu à leur peuple. Cette oeuvre, remarquable par son scénario, comme les films qui s'en inspirent, puise ses sources dans les connaissances de leur temps. Avec les découvertes archéologiques effectuées de 1980 à 2010, nous comprenons mieux les modes de vie des hommes préhistoriques. Nous savons que les comportements décrits dans le roman et les films ne correspondent pas à la réalité préhistorique, pour autant qu'on puisse le... savoir! Outre une postérité filmique, le roman, est également adapté en bande dessinée, entre autres dans les années 1950 dans le Journal de Mickey, journal de prédilection dans la jeunesse de l'auteur de ces lignes, et à partir de 2012 dans un album réalisé par Emmanuel ROUDIER.

 

    Le film franco canadien de 96 minutes de Jean-Jacques ANNAUD, met en scène une tribu du Paléolithique (les Ulam) qui subit la même mésaventure que dans le roman. le trio explorateur à la recherche du feu perdu rencontre deux autres tribus, trois types d'humains aux caractéristiques très éloignées étant présentés dans le film. Ainsi, ils entrent dans le territoire des Kzamn, une tribu qui ne dédaigne pas capturer des membres de la tribu des Ivaka pour les manger, mais qui sont passé maitre dans l'art de produire le feu. Toute une histoire (d'amour) se noue entre un des membre du trio (Naoh) et une femelle Ivaka prisonnière (Ika), lorsque le "héros" est capturé. Naoh réussit à leur voler le feu, s'enfuit avec elle, est fait prisonnier cette fois par les Ivaka. Ceux-ci lui font subir toutes sortes de brimades avant de l'accepter et de lui montrer leurs techniques, cette tribu étant la plus avancée dans le domaine de la maitrise du feu et de l'art, le prisonnier étant adopté par cette tribu et participant même à leurs activités... capturant ses compagnons et leur faisant subir des épreuves... Ces derniers s'évadent en emmenant par la force Naoh, Ika les aidant. Sur le chemin du retour, le quator doit se battre contre un ours et un groupe de renégats qui faisaient partie autrefois de la tribu des Ulma. Ils mettent en fuite ceux-ci en utilisant plusieurs propulseurs de sagaies volés aux Ivaka. Lorsqu'ils sont sur le point de rejoindre la tribu des Ulam, le compagnon  qui était chargé de porter le feu tombe à l'eau et Noah tente de l'allumer. N'y parvenant pas, il laisse Ika prendre les choses en main. Parvenu enfin à destination, dans sa tribu, Naoh découvre qu'Ika est enceinte de leur enfant, départ d'une postérité grâce à la science et la technologie...

   Le film tient le pari d'intéresser le spectateur à une histoire qui si elle ne concentrait pas en une courte poignée d'années des événements distants sans doute de plusieurs millénaires, le réduisait au même ennui qui se dégage parfois des films animaliers qui se concentrent sur une seule espèce pendant plus d'une heure... Ils suscitent même, comme le roman à son époque des vocations scientifiques...

Aussi s'accumulent des anachronismes, en regard de ce que nous connaissons de la réalité (des espèces aussi différentes ont-elles pu se rencontrer?) et des anatopismes (anachronismes géographique) (ces hommes ont-ils pu passer réellement aussi rapidement des montagnes enneigées à la savane exubérante?). Par ailleurs, si ces espèces sont tellement différentes, leurs membres peuvent-ils réellement s'accoupler et engendrer?

 L'attention du réalisateur s'est concentrée sur la question du langage (avec ses sonorités inventées) et des difficultés de communication entre tribus différentes (entre pratiquement des espèces différentes). Un travail soucieux de s'approcher de la réalité tel qu'on peut la concevoir, malgré les remarques précédentes, qui transparait fortement à l'écran, est remarqué par la critique et c'est précisément ce qui permet à nombre de futurs passionnés et à des naturalistes de discuter des représentations du film, très loin tout de même de nombreuses autres présentations caricaturales de la préhistoire. Notamment la lenteur de l'évolution des personnages est marquée dans le tempo du film, ce qui est un paradoxe quand on voit l'accumulation d'événements représentés : la modification des rapports hommes/femmes, dans la manière de s'accoupler, le passage d'un relief à un autre, le refus du cannibalisme, la découverte de la médecine (avec une mixture d'herbes), la problématique de la transmission et de la production du feu... Ce qui fait la force du film tient précisément à ce tempo qui marque bien la dépendance de l'homme face à la nature et sa fragilité face aux éléments. 

    L'élément le plus important est évidemment le rôle, la place du feu dans la civilisation de cette période. L'importance du feu comme agent de survie du groupe, censé protéger du froid et éloigner les bêtes féroce obéit sans doute plus à un cliché et à l'imagination qu'à la réalité. Le genre Homo a survécut, sans le feu, de - 3 millions d'années à - 400 000 ans en Europe. L'étape de la connaissance du feu sans maitrise de sa production est théorique et peu probable dans la mesure où les techniques de production du feu par percussion ou par friction sont extrêmement simples et compatibles avec les connaissances techniques dont témoignent les outils de pierre. Mais précisément, en retour pourrait-on dire, pourquoi avoir attendu si longtemps avant de le découvrir, surtout en regard des bénéfices qu'il procure? C'est que, sans doute, le processus de l'homonisation, avec le surdéveloppement des capacités cognitives, est-il très lié à la découverte et à la pratique du feu... En tout cas, si le genre Homo ne dépendait pas du feu pour sa survie, sans doute lui permit-il de se développer, au détriment d'autres lignées. Guerre? Certains auteurs estiment que la notion de guerre est un anachronisme pour le Paléolithique (Laurence KEELEY, dans Les guerres préhistoriques, Éditions du rocher, estime au contraire que les conflits de chasseurs cueilleurs étaient plus meurtriers que nos guerres modernes), la guerre ne naissant qu'au Néolithique et singulièrement avec l'apparition de l'État. De plus, le feu, dans un monde où les hiérarchies ne sont pas pérennes (et où la durée de vie des individus est très courte...), est facilement partagé, que ce soit à l'intérieur même de la tribu ou entre tribus différentes. Dans cette dernière conception, dans le mode de production communautaire, le feu est très répandu, partagé, mis en commun, sans référence à une spécialisation... 

 

     En fin de compte, si le film peut propager une image peu avantageuse des hommes préhistoriques, il est à prendre uniquement pour ce qu'il est : une oeuvre de fiction, un film d'aventures. Le fait qu'il suscite tant de débats lui donne toutefois une dimension supplémentaire, en dehors de '"l'entertainement" général de la production cinématographique contemporaine (phénomène qui comporte de notables exceptions tout de même, même si les publicités racoleuses parfois dénaturent la portée de certains films...). Ce film est un point de départ, en aucun cas un documentaire de vulgarisation scientifique qui doit comporter un certain nombre de caractéristiques de présentation de la réalité. Même si l'équipe réalisatrice, par un certain souci du détail et sur le tempo et le rendu visuel, veut communiquer un peu de l'atmosphère de cette période. Si la musique de Philippe SARDE couvre presque entièrement le film, elle se fait souvent discrète, même si des sonorités épiques parsèment le métrage...

 

Jean-Jaques ANNAUD, La guerre du feu, 1981, scénario de Gérard BRACH, avec Everett MCGILL, Nameer EL-KADI, Ro PERLMAN et Rae Dawn CHONG, Producteurs : Stéphan Films/Famous Players, International Cinemedia Centre Ldt, Royal Bank of Canada et Ciné Trail, distribué par AMLF. Disponible en DVD.

 

FILMUS

 

Relu le 26 mai 2021

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5 avril 2013 5 05 /04 /avril /2013 07:27

       Le film documentaire fleuve de Claude LANZMANN (né en 1925), réalisé en 1974-1981 et sorti sur les écrans en 1985, marque une étape importante dans la représentation cinématographique du génocide des Juifs pendant la seconde guerre mondiale.

Le cinéaste, journaliste et écrivain français, engagé dans la Résistance, compagnon de Simone de BEAUVOIR entre 1952 et 1959, directeur à partir de 1986 de la revue Temps Modernes, réalise 350 heures de prise de vue, sur les lieux du génocide, d'entretiens avec des témoins de la Shoah, pour n'en retenir que 613 minutes (les longueurs sont différentes selon les pays de diffusion). Ce montage de 9 heures 30 constitue un objet nouveau du point de vue du cinéma, entre documentaire et fiction.

La quasi totalité des rushes exploitables (220 heures environ) sont disponibles à l'USHMM. Les archivistes de cet organisme montent en 2011 un film pour témoigner de la richesse de ces archives en compilant trois témoignages non montrés par le réalisateur (Shoah : The Unseen Interviews, 55 minutes). Par ailleurs, Claude LAUZMANN continue d'exploiter la masse de ses documents. Il effectue successivement quatre montages : Un vivant qui passe (1997, 65 minutes), Sobibor, 14 octobre 1943, 16 heures (2001, 95 minutes), Le Rapport Karski (210, 49 minutes) et Le dernier des injustes (pour 2013). 

    Malgré la longueur du métrage - que nous conseillons d'ailleurs de visionner par tranches nombreuses sous peine de lassitude, et de devenir déprimé! - Shoah constitue sans doute une des meilleures visions de ce qu'a été l'entreprise d'extermination. Les principales personnes interviewées ont fait partie soit de l'organisation des camps de concentration, de l'entourage immédiat de ces camps, ou sont des survivants de ceux-ci. Sont enregistrées autant des victimes que des bourreaux, des paysans alentours ou des cheminots. Le texte intégral du film, paroles et sous-titres, est paru en livre, avec une préface de Simone de BEAUVOIR (Claude LANZAMANN, Shoah, Editions Fayard, 1985, 254 pages, réédité en poche chez Gallimard en 1997. 

 

Un ensemble dense de documentaires et de fictions sur la Shoah

    Ce long document est à resituer dans un ensemble dense de documentaires et de films de fiction concernant le génocide. Dans la présentation d'un ouvrage sur les représentations cinématographiques et théâtrales de la Shoah, tout au début, Alain KLEINBERGER et Philippe MESNARD écrivent : "Malgré le discrédit dont ils sont l'objet, au moins en France depuis le célèbre article de Jacques Rivette sur le travelling de Kapo ('De l'abjection", 1960) et en dépit des avertissements réitérés d'une grande partie de la critique et des intellectuels depuis Shoah (Claude Lanzmann, 1985), les film de fiction évoquant le sort des Juifs durant la Seconde guerre mondiale ou mettant en scène les épisodes du génocide se sont multipliés.

En effet, pour la seule décennie 1985-1995, le département cinéma de Yad Vashem à Jérusalem a recensé plus de 1 100 films sur le sujet, tout genres confondus, et le rythme n'a pas baissé. La plupart du temps, les vagues filmiques arrivent des États-Unis, mais elles proviennent aussi du Royaume-Uni, d'Allemagne, d'Israël, d'Europe de l'Est. Et la France n'est pas en reste. Sans présumer de la constitution éventuelle d'un nouveau "genre cinématographique", à n'en pas douter la Shoah est un véritable sujet de représentation." Ils s'interrogent : "Mais à quoi les fictions sur la Shoah viennent-elles répondre? On ne peut pas se limiter à des raisons de type économique et invoquer simplement l'audimat. Arguer de la demande de connaissances d'un public ignorant paraît nettement insuffisant ; comme serait insuffisant la recherche d'une émotion par sympathie, voire d'une catharsis. Si aucun de ces arguments ne résiste à l'analyse, c'est peut-être que chacun méconnaît à la fois la nature de l'événement et celle du cinéma ou du théâtre, car la Shoah est cet événement singulier qu'on ne peut pas objectiver, qu'on ne parvient pas à avoir sous les yeux."

     Lisons aussi la conclusion de l'analyse de ce film en particulier par Eric MARTY : "Présenté comme une "fiction du réel" par l'équipe du film, reçu comme une "oeuvre d'art" en France, comme un "documentaire" aux États-Unis, le premier temps de la réception de Shoah (1985-1987) a principalement vu ces trois termes s'imposer. Claude Lanzmann et Ziva Postec ont argumenté leur choix d'une nouvelle catégorie, l'usage des termes "d'oeuvre" et de documentaire n'est jamais expliqué. Ces mots relèvent - et à ce titre révèlent - un impensé. Suite à la polémique autour de la Liste de Schindler (de Steven Spielberg), le terme de "fiction du réel" a perdu de sa lisibilité, le film étant alors plus souvent qualifié de documentaire. Ce terme a également eu tendance à s'imposer chez certains chercheurs, alors que celui de "chef-d'oeuvre" prenait une place centrale chez la plupart des critiques de cinéma. De nouveau, les éléments expliquant ces choix restent incertains. le plus souvent, l'usage d'un de ces mots est lié aux présupposés de chacun des auteurs et au contexte historiographique contemporain de l'article. On notera que si le terme documentaire est rarement dépréciatif, l'usage constant de termes hagiographiques conduit à un refus du terme "documentaire", comme si les auteurs voulaient signifier qu'il s'agit d'un film plus important qu'un "simple" documentaire.

En définitive, pas plus qu'une étude de la forme, l'appréhension des discours portant sur le film ne permet d'apporter une réponse nette à la question initiale. Cela permet de mieux comprendre l'explicite laissé dans le titre de cet article : Shoah, documentaire, oeuvre d'art et fiction. Il ressort de cette étude de cas qu'en fonction de la période et des auteurs considérés, le film de Claude Lanzmann peut être perçu comme un documentaire, un chef d'oeuvre, une fiction du réel, dénominations le plus souvent exclusives les unes des autres, donc chaque occurrence propose une articulation inédite entre fiction et documentaire. Déterminer à quelle catégorie le film appartient a finalement moins d'intérêt et de sens que de comprendre à travers l'usage de ces différents termes comment il a été conçu, puis perçu.

Fiction de réel, il est présenté comme résultant à la fois de dispositifs filmiques construits et d'un montage élaboré. Documentaire, il est le plus souvent rapproché de la pratique du témoignage ou d'une fonction commémorative. L'accent est alors mis sur le contenu du film au détriment de la forme. Oeuvre, il est interprété comme relevant du domaine de la création. le contenu est alors souvent moins mis en avant que les choix formels. la distinction entre oeuvre et documentaire rend ainsi compte d'une difficulté à penser ensemble dimension documentaire et artistique. Cet article aura simplement essayé de dés-absolutiser l'usage de chacun de ces termes. Il se veut enfin, au-delà du seul cas de Shoah, un appel à penser la porosité et la continuité entre les genres et à refuser tout a priori dans l'usage ds termes pour désigner un production culturelle."

   En tout cas, nous pensons que la forme choisie par Claude LANZMANN, faire parler les témoins plutôt que de montrer comment cela s'est passé, est propice à la réflexion. Le visionnage par tranche renforce la nécessité de se questionner davantage sur le fait et la signification de la Shoah. En montrant en pointillé le cadre de cette politique d'extermination, par le montage focalisé sur le rôle des acteurs de ce drame et de cette catastrophe, le réalisateur accentue la tension vers une compréhension des événements et, sans doute, contribue mieux à en prévenir le retour. La forme choisie renforce la nécessité d'une attention constante de la part du spectateur et du coup lui refuse la distanciation que permettent nombre d'autres films de fiction ou de documentaires.

 

Shoah, film français de Claude LANZMANN, Montage de Ziva POSTEC et d'Anna RUIZ (pour une des séquences de Treblinka), langues : anglais, allemand, hébreu, polonais, yiddish, français, ce qui requiert un sous-titrage pratiquement constant, 613 minutes  (États-Unis : 503 minutes), sortie le 30 avril 1985. 

Sous la direction d'Alain KLEINBERGER et de Philippe MESNARD, La Shoah, Théâtre et cinéma aux limites de la représentation, Éditions KIMÉ, collection Entre histoire et mémoire, 2013.

 

FILMUS

 

Relu le 16 avril 2021

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13 mars 2013 3 13 /03 /mars /2013 13:22

      Discuter des films et documentaires sur la collaboration et la résistance, à part quelques autres films qui traitent ce sujet pour d'autres époques, c'est essentiellement discuter des films sur la résistance ou la collaboration pendant la Seconde guerre mondiale, notamment sous l'occupation allemande de nombreux territoires (on y voit rarement l'occupation italienne...) européens. Plus importante est la filmogaphie sur l'occupation japonaise en Asie, mais ici nous ne traiterons pas ce sujet. 

 

     Jusqu'à une époque relativement récente, l'essentiel des films et documentaires portaient plus sur la résistance que sur la collaboration. Olivier WIEVIORKA montre bien la contribution du cinéma - et de la télévision dans la foulée - à l'entreprise presque systématique de glorification de la résistance en France. Pays où la collaboration fut la plus fructueuse en fin de compte pour l'occupant nazi, pays aussi où la Résistance intérieure et les Forces Françaises libres participèrent pleinement à la libération, la France subit une véritable perte ou réorientation de la mémoire en ce qui concerne les événements de la seconde guerre mondiale qui la touche plus directement. Une partie de cette amnésie subsiste, notamment en ce qui concerne la partie alliée, pour les destructions (dont certaines auraient pu être évitées) qu'elle a fait subir, directement par des bombardements de villes et en conséquence de la période de libération, des exactions commises par des soldats américains sur son territoire... 

"Les films, surtout (écrit l'historien), contribuèrent à forger la légende. Sorti en 1946, La bataille du rail, oeuvre de René Clément, symbolisa le compromis trouvé entre la mouvance gaulliste - qu'incarnaient le mouvement Résistance-Fer et la direction de la SNCF - et le camp communiste - représenté par le Comité de libération du cinéma français et la Coopérative générale du cinéma français. Le projet devait initialement "s'inscrire dans une logique de classe et rendre gloire aux exploits de la Résistance intérieure". Mais l'élargissement du groupe de production à la société nationale et à Résistance-Fer imposa une "vision unanimiste" de la communauté cheminote. "L'apport de nouveaux personnages tels que l'ingénieur ou les deux retraités contribue en effet à imposer l'image idyllique d'une famille du rail solidaire de la base au sommet, à laquelle les cheminots de tous âges et de tous temps se trouvent attachés par d'indéfectibles liens", observe l'historienne Sylvie Linpederg (Les écrans de l'ombre. La Seconde guerre mondiale dans le cinéma français, 1944-1969, CNRS Editions, 1997). Palme d'or au festival de Cannes, La bataille du rail connut une fortune singulière. Outre qu'elle fut, à maintes reprises, considérée comme un ensemble d'archives, au point d'être exploitée comme tel dans de nombreux documentaires, elle forma la matrice d'une pléthore de films se déroulant durant les années sombres. rares sont les fictions qui ne commencent pas par une scène de sabotage ferroviaire, qu'il s'agisse de Lucie Aubrac (1977) ou des Femmes de l'ombre (2008) (...). Paris brûle-t-il?, réalisé par le même René Clément (1966) afficha les mêmes partis pris, en prétendant que les gaullistes et les communistes avaient seuls et avec une belle unanimité libéré la ville lumières en août 1944. (avec l'aide des alliés vers la fin du film, toutefois, précisons-nous nous-mêmes, l'instant décisif étant tout de même de convaincre les américains de ne pas contourner Paris). (...) Le réalisateur avait poussé la complaisance assez loin, éliminant de l'écran Georges Bidault - coupable d'avoir embrassé la cause de l'Algérie française - et Maurice Kreigel-Valrimont - victime de la purge déclenché par l'appareil du Parti (communiste) en 1960 afin de satisfaire les exigences des frères ennemis gaullistes et communistes.

Cette vision héroïque du peuple français présentait un double travers. Elle travestissait, tout d'abord, la réalité historique. En effet, elle réduisait la résistance à ses seuls composantes gaullistes et communistes, en excluant les sensibilités hétérodoxes que représentaient les vichysto-résistants. En outre, elle occultait l'impact du pétainisme, délibérément oublié. Le primat accordé aux héros, ensuite, ignorait les victimes - juifs, requis du Service du Travail Obligatoire ou prisonniers de guerre. Si ces catégories reçurent, au fil du temps, droits et réparations, leur destinée inégalement tragique ne fut pas incorporée au roman national que domina, non sans ambiguïtés, la haute figure du combattant de l'ombre. Car si la collectivité nationale s'inclinait devant ces hommes d'exception, elle diluait en même temps leurs mérites : la France dans son ensemble avait, disait-on, participé au combat. 

La légende, toutefois, se brisa à l'orée des années 1970. La démission puis la disparition de Charles de Gaulle (1970), tout d'abord fragilisa l'évangile, puisque disparaissait son principal apôtre. Son successeur, Georges Pompidou, mena alors une politique de "réconciliation nationale" d'autant plus contestable qu'elle aboutit à dissoudre le Commissariat général aux monuments commémoratifs des guerres mondiales (1969), à gracier le milicien Paul Touvier (...) et à interdire la diffusion du documentaire Le Chagrin et la Pitié que la télévision française avait pourtant commandé. (...) Tous ces éléments ne pouvaient qu'aiguillonner la curiosité d'une société française devenue soupçonneuse. Si le pouvoir pompidolien censurait Le Chagrin et la Pitié, c'est qu'il portait, se disaient-ils, des vérités dérangeantes. (...) Le réveil d'une mémoire juive, frappée par la guerre des Six-jours (...) contribua également à ébranler les colonnes du temple (...). 

Ansi le pays changeait progressivement de paradigme mémoriel. Alors que les Français avaient été tenus pour résistants dans leur ensemble, ils devenaient non moins uniquement vichystes ou collaborateurs. La figure du héros dominait la conscience nationale ; l'image de la victime, essentiellement juive, l'emporta désormais. (...). Ces mutations affectèrent le statut dont la résistance jouissait dans la conscience nationale. Des voix discordantes, tout d'abord, s'élevèrent pour rappeler que ni les gaullistes ni les communistes n'avaient eu le monopole de l'action clandestine. En publiant leurs Mémoires, les grands chefs des mouvements, Henry Frenay et Claude Bourdet pour ne citer qu'eux (H FRENAY, La nuit finira ; Claude BOURDET, L'Aventure incertaine), soulignaient qu'ils avaient refusé l'inféodation tant à Londres qu'à Moscou. Leur voix rompait avec deux images convenues, à défaut d'être conformes. (...).

Jadis vénérée, la résistance entra donc dans l'ère du soupçon, ce que reflète la production cinématographique. car si les films, jusqu'aux années 1970, exaltaient l'héroïsme des anciens clandestins, ils portèrent à partir de Lacombe Lucien un regard plus critique. Papy fait de la résistance, de Jean-Marie Poiré (1982), tourna en ridicule la mythologie gaulliste ; Uranus (1990), tourné par Claude Berri, décrivit de façon particulièrement sévère une petite ville de province en proie à de sordides règlements de compte orchestrés par des résistants communistes. Un héros très discret (1996) suggéra que la postérité avait peut-être consacré de fausses gloires. Reflets ou vecteurs de la mémoire collective, ces productions témoignaient que les temps avaient changé. La résistance, attaquée, devait dorénavant, se placer sur la défensive."

 

       On peut suivre chronologiquement cette évolution avec un certain nombre de films :

- Rome ville ouverte (Roberto ROSSELINI, 1945) ;

- La bataille du rail (René CLÉMENT, 1945) ;

- Le père tranquille (René CLÉMENT, 1946) ;

- Le silence de la mer (Jean-Pierre MELVILLE, 1949) ;

- La traversée de Paris (Claude AUTANT-LARA, 1956) ;

- Babette s'en va t-en guerre (CHISTIAN-JAQUE, 1959) ;

- Paris brûle t-il? (René CLÉMENT, 1966 ; A noter que le DVD est accompagné de bonus qui resituent et recadrent un certain nombre d'éléments du film) ;

- La Grande Vadrouille (Gérard OURY, 1966) ;

- Le Chagrin et la Pitié (Marcel OPHULS, 1969) ;

- L'armée des ombres (Jean-pierre MELVILLE, 1969) ;

- Le Mur de l'Atlantique (Marcel CAMUS, 1970) ;

- Opération Lady Marlène (Robert LAMOUREUX, 1974) ;

- Lacombe Lucien (Louis MALLE, 1974) ;

- Section spéciale (COSTA-GAVRAS, 1974) ;

- Le Vieux fusil (Robert ENRICO, 1975) ;

- L'Affiche rouge (Frank CASSENTI, 1976) ;

- Monsieur Klein (Joseph LOSEY, 1976) ;

- Lili Marleen (Rainer Werner FASSINDER, 1981) ;

- Papy fait de la résistance (Jean-Marie POIRÉ, 1983) ;

- Blanche et Marie (Jacques RENARD, 1984) ;

- Au revoir les enfants (Louis MALLE, 1987) ;

- Lucie Aubrac (Claude BERRI, 1996) ;

- Laissez-passer (Bertrand TAVERNIER, 2001) ;

- Amen (COSTA-GAVRAS, 2001) ;

- Monsieur Batignole (2001) ;

- Effroyables jardins (jean BECKER, 2002) ;

- Bon voyage (Jean-Paul RAPPENEAU, 2003) ;

- 93, rue Lauriston (Denys GRANIER-DEFERRE, 2004) ;

- Sophie Scholl, les derniers jours (Marc ROTHEMUND, 2005) ;

- René Bousquet ou le grand arrangement (Laurent HEYNEMANN, 2006) ;

- Black book (Paul VERHOEVEN, 2006) ;

- Les soldats de l'ombre (Ole Christian MADSEN, 2008) ;

- Les femmes de l'ombre (Jean-Paul SALOMÉ, 2008) ;

- Réfractaire (Nicolas STEIL, 2008) ;

- Nos résistances (Romain COGITORE, 2010) ;

- Les hommes libres (ismaël FERROUKHI, 2010) ;

- La rafle (Rosé BOSCH, 2010 ; A noter que le DVD est accompagné de l'intégralité de l'émission diffusée à propos du film sur Antenne 2, en mars 2010)

- Marthe Richard (Thierry BINISTI, 2011) ;

- Dans la brume (Sergueï LOZNITSA, 2012) ;

- Faire quelque chose (2013).

 

    Attardons-nous sur le documentaire-charnière en matière de mémoire collective sur la résistance et la collaboration, Le Chagrin et la Pitié. Documentaire franco-suisse de Marcel OPHÜLS tourné surtout au printemps 1969 et sorti au cinéma en 1971, faute de l'être par l'ORTF, pourtant commanditaire du film. En partant de l'étude de cas de Clermont-Ferrand, le film dresse la chronique, tout au long de 251 minutes de sa durée, de la vie d'une ville de province entre 1940 et 1944. Tourné en noir et blanc, constitué d'entretiens et d'images d'actualité de l'époque présentées sans commentaire et réalisées sous le contrôle du gouvernement de Vichy, le documentaire met en avant surtout le témoignage de personnalités ayant joué un rôle important pendant la guerre (militaires, hommes d'Etat, témoins-clés) ou ayant participé activement à celle-ci, pas forcément à Clermont-Ferrand ni même en Auvergne. La plupart des intervenants (36 au total) sont interviewés pendant la campagne référendaire d'avril 1969, puis de la campagne présidentielle qui la suivit. Parmi les anciens soldats allemands en garnison à Clermont-Ferrand, un seul était officier et aucun ne semble avoir été nazi, même si leur perception de la résistance (le maquis, les terroristes) est forcément très négative. Le film se situe fortement dans le courant intellectuel de remise en cause de l'historiographie officielle, ce même courant se nourrissant du livre de Robert PAXTON (La France de Vichy, publié aux Etats-Unis en 1972 et traduit en France en 1973). Ce documentaire n'est diffusé à la télévision qu'en 1981 (avec une audience de 15 millions de téléspectateurs). 

    Plutôt que de détruire directement la mythologie de de Gaulle, le réalisateur insiste sur le sacrifice et l'héroïsme de simples travailleurs et paysans qui se battirent contre l'armée allemande et le régime de Vichy. De Gaulle n'apparait que brièvement  dans des extraits de films d'actualités et aucun des résistants interviewés n'a de lien avec lui ni avec la France Libre. Le film contient des commentaires cinglants de résistants contre des membres de la bourgeoisie qui prétendirent après-coup avoir combattu des fascistes. Le réalisateur se désintéresse ou s'intéresse peu aux aspects politiques et effectue notamment de graves omissions sur le rôle du stalinisme. Bien qu'il n'analyse rien directement et laisse (habilement, car dans ce documentaire, c'est le montage des images qui importe le plus) de côté des questions essentielles, qui seront d'ailleurs abordées en ricochet après la sortie du film, en deux vagues, celle de sa sortie au cinéma et celle de sa présentation à la télévision, il fournit un compte-rendu précieux de la vie sous l'occupation allemande en France et un point de départ utile pour des réalisateurs de documentaires à l'avenir qui tenteront, eux, d'analyser cette période cruciale. (Richard PHILLIPS, à qui nous empruntons un certain nombre d'éléments dans ce dernier paragraphe, a analysé ce film en août 2001, lors du Festival du film de Sydney de cette année-là, où il fut présenté de nouveau. Voir le site www.wsws.org, du World Socialist Web Site. ).

 

    Une série documentaire de Bernard GEORGE, diffusée sur la chaine de télévision ARTE en 2011 et disponible en DVD, Les combattants de l'ombre, donne une vision de la résistance européenne entre 1939 et 1945. En 3 DVD, avec chacun deux épisodes de 52 minutes et deux témoignages, en une durée totale de cinq heures douze minutes, en deux versions, française et allemande, cette série, produite par Fabienne SERVAN-SCHREIBER, dans un partenariat assez étendu, donne un bon aperçu de l'évolution de la résistance dans plusieurs pays d'Europe occidentale et orientale. Elle montre, en restant très près de ces combattants de l'ombre, simples citoyens s'engageant à leur risques et périls, largement minoritaires en milieu hostile, les difficiles débuts de la résistance, sa progressive organisation, ses développements face au génocide, sa radicalisation, ses tourments face aux manoeuvres des deux futures super-puissances et ses illusions comme ses désillusions à la Libération. "Après avoir recueilli aux quatre coins de l'Europe, écrit le réalisateur Bernard GEORGE, la parole de ces hommes et de ces femmes qui ont lutté contre le nazisme, j'ai été conforté dans l'idée que c'est la somme des destins individuels qui constitue la grande Histoire. Poussé par la formidable dimension humaine de ces entretiens, et devant la rareté des images d'archives, j'ai voulu redonner vie à ces personnages à travers des reconstitutions. Au plus près de leurs souvenirs, les séquences sont parfois violentes, le plus souvent bouleversantes, et redonnent chair, à travers l'image, à un souvenir indélébile imprimé dans la mémoire du témoin". Un livret de 32 pages décrivant surtout le parcours de ces combattants est présenté dans le coffret de cette édition. Un site dédié permet d'en savoir plus et de participer à cette oeuvre de mémoire, qui n'est pas simplement commémorative : http://lescombattantsdelombre.arte.tv/.

 

     Nous ne pouvons pas ne pas mentionner, surtout maintenant qu'il est disponible en DVD, le film britannique en noir et blanc de 1964, It Happened Here, traduit en français par En Angleterre occupée, produit et réalisé par Kevin BROWNLOW et Andrew MOLLO. Uchronie où les Allemands ont envahi l'Angleterre en 1940 et l'occupent en sucitant collaborations et provoquant résistances, le film se centre sur l'aventure de Pauline, infirmière, fuyant son petit village pour arriver à Londres, prit dans les filets de l'armée d'occupation. Sa collaboration avec l'ennemi va progressivement lui devenir insupportable, notamment lorsqu'elle en vient à travailler dans un hopital à la campagne, "traitant" de manière définitive des malades devenus inutiles pour la société nazie. Cette réécriture de l'histoire frappe par l'aspect quasi documentaire du film. Tout semble authentique, les costumes, les voix de la BBC, Londres après le Blitz, les troupes allemandes paradant devant la Tour de Londres... On y voit - brièvement - mis en scène des résistants armés et des résistants plus discrets, mais surtout le discours nazi, d'autant plus "fort" qu'il est ici énoncé non seulement par la voix officielle mais par les exécutants de base, dans le monde médical notamment. Ce film à petit budget, diffusé en France par Doriane Films, d'à peu près 20 000 dollars, de 97 minutes, constitue une illustration saisissante des problèmes de survie rencontré par la population obligée pour cela de collaborer avec l'occupant, jusqu'à la libération de l'Angleterre par les Américains en 1943. 

 

  Signalons deux documentaires plus récents diffusés en DVD en 2014 qui témoignent du récent travail de recontextualisation concernant la résistance et la collaboration.

    D'une part, le documentaire d'une heure quarante, de Gabriel Le BONIN, Collaborations, qui retrace l'histoire de la collaboration français à l'occupant nazi. Des collaborations plus précisément, qui montrent le dynamisme des différents groupes très différents les uns des autres ayant opté pour la collaboration avec l'ennemi.

En deux parties : De juin 1940 à Août 1941, où les hommes qui ont pris le pouvoir à Vichy mettent en place une politique de "collaboration" avec l'Allemagne nazie. Notamment la rivalité entre Philippe PÉTAIN qui impose son idéologie réactionnaire (Famille, Travail, Patrie) et sa "Révolution nationale" et Pierre LAVAL, vice-président du Conseil qui cherche à revenit au premier plan ; A partir de l'Hiver 1941 où la collaboration entre la France et l'Allemagne s'intensifie, où le Service du Travail Obligatoire est mis en place, où les hommes de la collaboration font de la France un Etat antisémite et milicien qui peu à peu se synchronise avec la logique de l'occupant et se fait complice de la mort de 78 000 Juifs et le meilleur pays contributeur à l'effort de guerre allemand...

  D'autre part, le documentaire d'une heure trente et un, de Catherine MONFAJON, Emmanuel BLANCHARD et Fabrice SALINIÉ, La France sous les bombes alliées, 1940-1945. Les bombardements alliés, peu efficaces pourtant en précision sur les cibles, ont fait près de 60 000 morts en France et des centaines de villes sinistrées, certaines complètement détruites. Le film montre les motivations de ces bombardements (des divergences éclatèrent entre Anglais et Américains, sans compter les suppliques des mouvements de résistance), les erreurs tactiques (sur le plan matériel mais aussi psychologiques, la propagande de Vichy et des Nazis s'y alimentant principalement...), l'écart entre les intentions et les résultats sur le terrain, les souffrances des populations (nombreux témoignages), les destructions causées (nombreux documents filmés)... Il le fait en relativisant par rapport aux pertes alliées dans leur ensemble, mais en montrant combien il faut difficile à certains habitants de passer de la colère à la reconnaissance... Le documentaire illustre combien il est illusoire, à l'heure de telles densités de population et de proximité d'installations militaires de vouloir cibler les unes en épargnant les autres... Il met en parallèle également la politique de bombardement des territoires allemands et celle de bombardement des territoires à libérer...

 

 

 

 

 

Olivier WIEVIORKA, Histoire de la résistance, Perrin, 1940-1945. Jacques LOURCELLES, dictionnaire du cinéma, Robert Laffont, collection Bouquins, 1992.

 

Complété le 7 novembre 2013

Complété le 12 avril 2014

Complété le 8 janvier 2016

 

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26 janvier 2013 6 26 /01 /janvier /2013 14:02

     En matière de film de propagande, deux niveaux de lecture au moins sont toujours en présence, et le documentaire fleuve produit par la télévision chinoise CCTV à l'intention du public chinois, ne fait pas exception : le premier niveau tient au contenu même de cette série de 12 épisodes de 50 minutes chacun, dans son approche de la réalité et de son explication, et le deuxième niveau, celui de l'intention de l'oeuvre, diffusée en novembre 2006, dans le contexte de l'émergence de la puissance chinoise. 

 

     Le documentaire-fleuve de 10 heures au total, tente d'exposer chronologiquement les principaux facteurs qui ont favorisé l'ascension des neuf puissances depuis le XVe siècle : le Portugal, l'Espagne, la Hollande, le Royaume-Uni, la France, l'Allemagne, le Japon, la Russie (URSS) et les Etats-Unis. En conclusion, le douzième épisode précise que seuls les Etats qui optaient pour une stratégie de puissance adaptée à leurs particularités et à l'évolution de ces différentes époques pouvaint saisir les chances que leur offrait l'Histoire. Néanmoins, explique YE MING, docteur en géopolitique de l'Université Paris-VIII, ce n'est qu'après avoir regardé l'ensemble des douze épisodes que l'on comprend quelle est la clé de l'essor des grandes puissances à l'échelle mondiale : on perçoit un schéma évolutif : au début le Portugal, l'Espagne et la Hollande, entités politiques dirigées par un leader ambitieux, accompagné d'un exécuteur courageux, saisissant une opportunité, ont le monopole d'un savoir, d'une ressource, d'une technique ou d'une invention. Ensuite, dès la révolution industrielle au XVIIIe siècle, les États-nations saisissent à leur tour les opportunités de l'Histoire - c'est le cas de la Grande Bretagne, de la France, de l'Allemagne, du Japon, de la Russie et des États-Unis. Au cours de cette période, l'essor des grandes puissances se joue sur leur capacité à acquérir un système étatique rationalisé et compétitif (légitimité politique, compétitivité économique, puissance militaire, harmonie sociale et capacité à porter l'espérance, idéalisme, etc.). 

    Après avoir désigné la richesse et l'étatisme comme les deux éléments fondamentaux des réussites passées, le documentaire prévoit que le prochain essor des grandes puissances sera déterminé par l'influence des pays qui seront capables de développer sur un échelle mondiale une "puissance globale" (soft power et hard power) étroitement liée à la créativité technologique et à l'innovation politique, et qui occuperont une position majeure dans la conquête de l'espace. 

     Reprenant le style rhétorique typique de la littérature chinoise classique pour raconter l'histoire de l'essor des neuf puissances occidentales (sauf la Russie peut-être), c'est en définitive la Chine d'aujourd'hui que le documentaire pointe. La gravité de ton des commentaires, l'intervention de chercheurs, d'experts et de personnalités politiques "prestigieuses", renforcent le sérieux et la crédibilité de ce documentaire qui transmet certains messages politiques de la Chine actuelle (notamment ceux de la présidence de HU JINTAO depuis 2002).

 

        Inspiré directement d'une thème de réflexion du Comité politique Central du Parti Communiste chinois, le documentaire coïncide parfaitement avec le contexte politique de la Chine de HU JINTAO, d'autant qu'il s'insinue dans le rythme du changement politique, en reprenant les nouveaux propos sur l'"harmonie" : l'harmonie du monde et l'harmonie de la société chinoise. Même s'il est destiné au public interne chinois, les producteur et réalisateur, comme les soutiens politiques à cette vaste entreprise qui a nécessité trois ans de tournage et la mobilisation de sept équipes et de pas moins d'une centaine d'intervenants occidentaux et chinois, savent qu'il est observé de l'étranger, non seulement par le canal de l'Internet (véritables réseaux et sources de démocratie en Chine, comme nulle part ailleurs), mais aussi par les multiples canaux d'information officiels et officieux des "puissances partenaires". Et non seulement, ils le savent, mais ce documentaire fait partie aussi d'une vaste opération médiatique visant à apaiser les nombreuses craintes suscitées par le développement économique, politique et stratégique de la Chine. Il fait partie, sans que peut-être on puisse parler d'une stratégie délibérée en ce qui concerne ce documentaire, d'un ensemble d'événements qui mettent aux prises des conceptions opposées : développement pacifique ou développement nationaliste, et dans lequel ensemble c'est la tendance du développement pacifique de la Chine qui se fait le plus entendre (à l'intérieur comme à l'extérieur). 

    Dans un contexte, explique encore YE MING, où Pékin substitue le culturalisme chinois à prétention universaliste au nationalisme à la recherche d'une particularité, cela permet d'encadrer les courants comme le libéralisme et le nationalisme en Chine et sa quête d'un compromis d'intérêts. La diffusion de L'essor des grandes puissances ne serait donc plus seulement une affirmation de la politique d'ouverture, mais bien un message fort de la nouvelle perception du monde multipolaire des autorités chinoises : une harmonie du monde porteuse d'un nouveau regard avec autant de passion sur l'Occident. Ce documentaire fait figure de message mais s'inscrit aussi dans un débat intérieur.

Des critiques se sont exprimées, venant des intellectuels, très partagées, alors que l'opinion publique l'a reçu de manière très favorable. Au point que la chaîne de télévision sud-coréenne EBS a acheté les droits d'auteurs du documentaire en version papier (celui-ci a fait l'objet  d'une version papier en 8 volumes...).

Si des experts en relations internationales ou des historiens l'ont approuvé, des voix venues des milieux démocrates et des communistes dogmatiques, se sont faites virulentes. LIU XIAOBO s'interroge sur la distinction faite entre l'ascension d'une Chine dictatoriale et l'ascension d'une Chine libre. HU PING est plus favorable à la liberté des Chinois, en l'occurrence à la montée en puissance de la Chine.

Du côté opposé, le chercheur marxiste ZHANG SHUNHONG critique le documentaire sur 5 points :

- l'admiration de l'hégémonie ;

- l'enjolivement de l'histoire de la colonisation ;

- la valorisation du régime politique capitaliste ;

- l'admiration de l'économie de marché capitaliste ;

- les louanges des valeurs de la bourgeoisie.

   Ces critiques permettent de remarquer que, pour la première fois, L'essor des grandes puissances échappe à la dialectique marxiste habituellement appliquée à l'Occident. Il s'agit donc d'un essai portant un nouveau regard, plus ou moins de manière chinoise, mais sans préjugés idéologiques, sur l'histoire de l'expansion de l'Occident, essai dont il faut voir ensuite s'il est suivi d'une évolution en profondeur dans le même sens. 

 

   Ce documentaire a été doublé en anglais et figure dans le "catalogue" d'History Channel, chaîne de télévision américaine spécialisée dans l'histoire, créée en 1995 (A&E TV Networks).

 

L'essor des grandes puissances (Da Guo Jue Qi), réalisé par Ren Xue'an, en mandarin, produit par Guo Zhenxi, Chaîne CCTV-2, 13-24 novembre 2006.

YE MING, L'essor des grandes puissances : un documentaire-fleuve à la télévision chinoise, dans Hérodote, n°125, 2ème trimestre 2007.

 

FILMUS

 

Relu le 24 février 2021

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1 septembre 2012 6 01 /09 /septembre /2012 08:09

          Très loin des films américains (genre péplum) à grand spectacle peu soucieux du réalisme historique et très peu regardant sur la psychologie des personnages (calquée sur les mentalités américaines la plupart du temps), et encore moins sur la philosophie politique du temps romain (moralité judéo-chrétienne teintée de manichéisme), ces deux séries dont l'action se déroule sous la Rome antique, permettent d'avoir une vision qui se rapproche plus de ce que l'on peut connaître d'elle de nos jours. Elles mettent en scène l'histoire, pour Rome l'histoire des dernières années de la République romaine, depuis la fin de la guerre des Gaules jusqu'à l'avènement d'Auguste, et pour Moi Claude empereur l'histoire des premiers temps de l'Empire romain. 

 

        Moi Claude empereur est une mini-série britannique en 13 épisode de 50 minutes, écrite par Jack PULMAN et réalisée par Herbert WISE, d'après les romans de Robert GRAVES (I, Claudius et Claudius the God). Diffusée en 1976 sur la chaine BBC2 (en France en 1978 sur Antenne 2) et disponible en DVD, la série évoque les souvenirs imaginaires de l'empereur Claude.

Il raconte sa vie dans une énorme autobiographie qui commence par le règne d'Auguste et par les manigances criminelles de l'impératrice Livia, entreprenant tout pour que son fils Tibère hérite de l'Empire. Ensuite, c'est au tour de l'empereur Tibère, qui laisse Séjanus, ambitieux et sans scrupules, gouverner à sa place. Caligula, un fou sanguinaire qui se prend pour un dieu, lui succède. Enfin, Claude raconte son règne personnel, caractérisé par les débauches de sa femme Messaline et les intrigues de sa dernière épouse, Agrippine la Jeune.

Conscient que la mort rôde autour de lui, surveillé de près par les mille yeux d'une armée d'espions, l'empereur Claude plonge dans son tumultueux passé. Porté au pouvoir suprême par l'assassinat de son neveu Caligula, l'Empereur vieillissant remonte des années en arrière, revit complots et conquêtes tandis que sa femme multiplie les liaisons scandaleuses, allant jusqu'à le défier en épousant un autre homme. Poussé à la violence par les événements, Claude découvre peu à peu qu'il est plus aidé d'accéder au pouvoir que d'y rester, que les alliés d'aujourd'hui sont les ennemis mortels de demain.

      Les réalisateurs mettent en avant les intrigues politiques et des personnages imbus de pouvoir, dans une Rome rendue avec une réalisme physique tangible. Saluée par la critique, cette série historique bénéficie du meilleur de la qualité britannique en matière de télévision. 

 

      Rome est une série américano-britannico-italienne en 22 épisodes, sur deux saisons, de 52 minutes, créée par John MILIUS, William J MACDONALD et Bruno HELLER. Diffusée en 2005 et 2007 sur HBO et sur BBC2 (en France sur Canal+ à partir de 2006) et disponible également en DVD, la série raconte l'histoire de deux soldats romains pris dans la tourmente des événements.

La première saison débute lorsque Jules César revient de Gaule à la fin de son mandat de proconsul, refuse de libérer ses légions selon l'ordre du Sénat, et s'apprête à franchir le Rubicon à la tête de ses légions et à marcher sur Rome. L'action retrace les luttes de pouvoir entre Pompée et César, jusqu'au triomphe de César et à l'assassinat de ce dernier en 44 av J-C. Lucius Vorenus, sous la protection de César et de Marc Antoine entreprend son ascension sociale qui le conduit jusqu'au Sénat avant d'être victime d'un drame familial, alors que Titus Pullo noue des liens avec le jeune Octave tout en éprouvant des difficultés à réintégrer la vie civile.

La deuxième saison reprend le thème de la lutte de pouvoir, mais cette fois entre Marc Antoine et Octave, après l'assassinat de César. Elle se termine sur la mort de Marc Antoine et de Cléopâtre en Égypte et le triomphe final d'Octave qui devient le premier empereur romain sous le nom d'Auguste. Lucius Vorenus connait une brutale descente aux enfers et devient le chef d'une bande de brigands de l'Aventin avant d'attacher son destin à celui de Marc Antoine, et Titus Pullo, récemment marié, aide son ami à sortir de sa mauvaise passe avant de devenir son second, puis de le remplacer. Quand Vorenus part pour l'Égypte, quand Octave part lui-même pour l'Égypte, il emmène Pullo avec lui, permettant ainsi aux deux amis d'être réunis pour la dernière fois. 

     Série télévisée au budget le plus élevé de l'histoire à l'époque de sa production, Rome a connu un grand succès critique et commercial. Cependant, organisation financière de la production oblige, la série n'a connu que deux saisons sur les cinq prévues, ce qui explique d'ailleurs l'aspect un peu abrupt des derniers épisodes, même si le rythme n'est pas rompu. Comme les documentaires (copieux) présents sur les DVD le rapportent, plusieurs inexactitudes concernant les événements et les personnages historiques parsèment la série. Bruno HELLER a déclaré que les réalisateurs avaient voulu "trouver un équilibre entre ce que les gens ont vu des représentations précédentes et une approche plus naturaliste. La série s'intéresse plus à la façon dont la psychologie des personnages affecte l'histoire qu'à suivre l'histoire telle que nous la connaissons". Ce qui frappe le plus dans cette série, c'est en fait la mise en scène de la ville elle-même. Ce n'est pas la ville blanche présentée dans les productions hollywoodiennes : il s'agit plutôt d'une ville sale, dangereuse et populeuse, telle qu'elle devait l'être à l'époque. Les dialogues sont souvent crus, notamment en ce qui concerne les relations sexuelles, à l'image des moeurs de l'époque. La plupart des spécialistes considèrent la série comme donnant une vision crédible de la vie à l'époque et dans l'ensemble, malgré les raccourcis historiques flagrants, fidèle à la réalité historique.

 

    Nous conseillons plutôt la vision de ces deux séries (avec les sous-tirages, les doublages surtout pour Moi empereur Claude étant médiocres), plutôt que des films, remarquables par ailleurs sur le plan artistique, américains pour la plupart, sur cette période. Sans mésestimer des métrages comme La chute de l'Empire romain ou Gladiator, ils mettent souvent en scène des époques de déclin ou de fin de l'Empire romain. Et à cette occasion (outre le mélange des époques sur le plan des équipements militaires, avec des éclairs de vérité historique), mettent souvent en parallèle la chute d'un Empire romain au rythme d'une musique militaire germanique (!) avec la montée du... christianisme, lequel précisément est "révélé" sous les lumières de la bonté et de l'amour... il y aurait toute une analyse sur les péplums à faire, sur le fond (pas seulement sur la forme, car là les écrits surabondent!).

 

Moi, Claude empereur, BBC2, 1976 ; Rome, HBO-BBC2-RAI2, 2005-2007.

 

FILMUS

 

Relu le 15 janvier 2021

 

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21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 17:51

     Film réalisé en 1976, Mohammad, Messenger of God, décrit la vie du prophète de l'Islam, de 610 à 632. Cette vaste fresque disposant d'énormes moyens techniques raconte la naissance et les premiers développements de l'Islam, dans le plus pur respect de l'aconisme de la tradition musulmane (Mahomet n'est jamais représenté et lorsqu'un personnage s'adresse à lui, il se tourne plus ou moins vers la caméra. Le même traitement est d'ailleurs appliqué également à Ali ibn Abi Talib qui '"apparaît" dans le film.).  

C'est l'histoire de l'Islam que raconte ce film, commencée à la Mecque en 610, avec les premiers enseignements de Mahomet, ses révélations, la persécution des disciples, son bannissement, son accueil à Médine, le pèlerinage à la Mecque, la conquête de la ville, la destruction des idoles et sa mort en 632. Cette reconstitution est fidèle aux événements, en tout cas tels que les rapporte la tradition musulmane ; il s'agit bien d'une superproduction religieuse (tournée en Panavision), comparable aux films américains tels que Les Dix Commandements de Cecil B. De Mille (1958).

     Le réalisateur rencontre pendant la préparation du film et son tournage, comme d'ailleurs dans son exploitation en salles, deux écueils contradictoires.

D'une part, les studios d'Hollywood sont réticents à produire un film sur les origines de l'Islam et il doit le faire avec des capitaux koweitiens et saoudiens (et libyens, marocains, libanais) ; les spectateurs américains et européens peuvent être déroutés par l'utilisation très fréquente de la caméra subjective, un scénario qui veut embrasser en 177 minutes beaucoup d'aspects, et communiquer autre chose que la figure traditionnelle au mieux inquiétante du combattant musulman.

D'autre part, malgré le respect de l'aniconisme, le réalisateur s'appuyant sur des savants musulmans au point de le faire approuver par l'Université al-Azhar, le film reçoit un accueil hostile de la part d'autorités religieuses, car il représente tout de même les Compagnons du prophète. Il est dénigré dans certains pays (Il ne passe jamais à la télévision dans les pays à forte population musulmane, sauf en Turquie, en Algérie et en Tunisie) et reste interdit en Arabie Saoudite. Où de toute manière la production cinématographique est soumise à une très forte censure. 

   Le film, tourné en deux versions, dans chacune pour certains rôles par des acteurs différents, une version en langue anglaise et une version en langue arabe, constitue pour le réalisateur une tentative d'établir un "pont" entre la civilisation musulmane et l'Occident. Il déclare : "J'ai fait ce film car il représente un enjeu personnel. En outre, sa production est intéressante, il y a une histoire, une intrigue, une force dramatique. En tant que musulman vivant en Occident, je considère que c'est mon devoir de dire la vérité sur l'islam. C'est une religion qui comporte 700 millions de fidèles, et pourtant, on en sait si peu à son propos que s'en est surprenant. J'ai pensé que raconter cette histoire pouvait créer un pont avec l'Occident." 

Ceux qui ont vu les deux versions estiment souvent que la version arabe est la meilleure. Très bien accueilli de nos jours par ceux qui désirent connaître l'Islam et ceux qui recherchent des films soucieux de la réalité historique et religieuse, il bénéficie d'une très bonne critique et sa sortie en DVD est l'occasion d'amplifier sa diffusion tant dans le public musulman que dans le public européen. A tel point qu'un remake est envisagé depuis 2008, année où le réalisateur fut tué tragiquement lors d'un attentat suicide, par le producteur Oscar ZOGHBI, qui avait déjà travaillé sur l'original. Mais l'actualité rend pour l'instant difficile la réalisation de ce projet.

 

     Rares sont les films de fiction où l'Islam est représenté dans sa réalité, en dehors des stéréotypes. Beaucoup de documentaires en revanche existent, en langue française ou en version originale sous-titrée. Citons simplement ici le film de Robert GARDNER, Islam, Empire de la foi. Des sites comme //islammedia.free.fr ou //asian-islam.over-blog.com (La Médiathèque islamique) proposent des films de fictions et des documentaires, ainsi qu'informent sur les moyens de se les procurer. Nous ne pouvons que recommander la consultation de ces sites, qui offrent de prendre connaissance avec des facettes très différentes de l'Islam, comme avec des points de vue arabes du conflit israélo-palestinien. 

 

     Le Message nous donne l'occasion de revenir sur l'image dans le cinéma français de l'Islam, à la suite de Julien GAERTNER. Cet auteur, doctorant en histoire contemporaine, entend saisir l'actualité des rapports entre la société française et une religion qui, comme l'écrit Georges CORN (La question religieuse au XXIe siècle, La Découverte, 2006), "joue le rôle de repoussoir fantasmatique des peurs européennes". L'Islam est associé de façon incontournable à un Orient "musulman" s'opposant à un Occident "judéo-chrétien", soit à une situation géopolitique binaire, devenu objet médiatique que Thomas DELTOMBRE nomme un "Islam imaginaire" (L'Islam imaginaire. La construction médiatique de l'islamophobie en France, 1975-2005, La Découverte, 2005). Étudiant les premières représentations de l'Islam à la fin du cinéma "colonial", se focalisant ensuite sur Angélique et le Sultan (de Bernard BORDERIE, 1968) et L'Union Sacrée (d'Alexandre ARCADY, 1989), passant ensuite aux représentations de l'Islam dans le cinéma français contemporain, entre stéréotypes persistants et apaisement, Julien GAERTNER conclu à une relation apparemment apaisée et plus nuancée qu'auparavant. "Ce que le cinéma français présente dans son rapport à l'Islam ce n'est donc évidemment pas un islam "réel" ou "réaliste", si tant est que celui-ci existe, mais plutôt un Islam qui reflète les imaginaires qui traversent la société française, une image qui résulte des rapports de force et des enjeux géopolitiques ou plus simplement parfois, des convictions de certains cinéastes. Si le personnage "Arabe" porte rarement les attributs du musulman, il convient d'observer que peu de films français abordent cette problématique. L'Union sacrée exprime les peurs d'une période troublée, mais les images actuelles de l'islam au cinéma, hormis l'importance des signes liés à son étrangeté et à la différence culturelle, ne portent guère à polémique. Ainsi, il nous semble difficile de mesurer sur grand écran ce qu'auraient pu être d'éventuelles craintes post-11-septembre ou encore des peurs liées aux attentats du métro parisien au milieu des années 1990. Cette absence de représentation de l'islam répond à l'absence d'un questionnement religieux plus général dans le paysage cinématographique français. Hormis Mauvaise Foi  (de Roschdy ZEM, 2006), qui utilise le ton de la comédie pour parler des rapports judéo-arabes (...), et du Grand voyage qui propose un périple vers La Mecque, le cinéma français n'a guère abordé le thème de la religion. Cette observation rejoint un constat plus général sur le cinéma français, le septième art national étant resté un cinéma très peu politisé si l'on excepte quelques films militants.(...). Ces observations, si nous les rapprochons d'un questionnement géopolitique qui serait celui du rapport de la société française au monde musulman, peuvent donc laisser apparaître une relation apaisée, et ce malgré la survivance de quelques stéréotypes. Pas d'expression d'un islamophobie forcené ou d'une mise à l'écart du monde musulman. Indigènes laisse même percevoir des soldats priant avant d'attaquer l'ennemi pour libérer la France. Une image qui nous permet de croire que l'idée d'un islam au sein de la société française sera peu à peu acceptée."

 

Le Message (Ar Risala), de Moustapha AKKAD, avec Anthony QUINN (Hamza), Irène PAPAS, Michael ANSARA dans la version anglaise et Absallah GHAITH (Hamza), dans la version arabe, Distribution Prodis, 1976, 177 minutes.

Julien GAERTNER, L'islam dans le cinéma français, Cahiers de la Méditerranée, n°76, 2008 (disponible sur www.revues.org).

 

NB : Pour utiliser une formule pleine d'humour utilisée parfois par certains journaux : il fallait lire aniconisme et non aconisme... Encore merci aux lecteurs...

 

FILMUS

 

Relu le 11 octobre 2020

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10 octobre 2011 1 10 /10 /octobre /2011 13:41

      Depuis le développement très important à la fin de la dernière décennie de l'imagerie (photographies ou vidéos) biologique et médicale, de nombreux documentaires permettent de voir les micro-organisme évoluer les uns par rapport aux autres. Le moins que l'on puisse dire est que cela grouille dans le monde invisible! 

Nous présentons là trois documentaires différents sur la vie microbiologique qui abordent souvent le domaine des recherches médicales : L'aventure antibiotique, de Pierre BRESSIANT ; Les microbes, de Binh Nguyen TRONG et La guerre contre les microbes, de Mikael AGATON et Staffan BERQUIST. 

 

       L'aventure antibiotique, documentaire déjà diffusé plusieurs fois sur différents chaînes de télévision française, en 2008 et 2010, se compose de deux parties à peu près égales de 52 minutes, La Naissance d'un empire et La revanche des microbes.

La Naissance d'un empire rend compte de l'écologie des bactéries depuis 3,5 milliards d'années et du combat désespéré mené par l'homme pour résister aux épidémies. Dans ce contexte, la découverte de la pénicilline en 1928 tient du miracle... et du hasard d'ailleurs. Son efficacité ne sera pas démentie durant plusieurs décennies, pendant lesquelles le développement de la recherche sur les antibiotiques et leur diffusion ont porté à croire que nous en avions terminé avec les microbes. C'était sans compter sur leur extraordinaire faculté d'adaptation : certaines souches, depuis les années 1980, sont en effet devenues résistances.

La Revanche des microbes fait le portrait de ces bactéries qui ont acquis, grâce à leur capacité à muter et à transférer leurs gènes, une résistance à de multiples antibiotiques. En cause, la surconsommation médicale et agricole qui a abouti à une saturation de l'environnement générant une intense pression sélective à l'origine des multirésistances bactériennes. Aussi les antibiotiques ne sont-ils plus aujourd'hui un remède miracle, mais une ressource dont l'usage doit être limité. A grand renfort de combinaison d'images sous microscope et d'images de synthèse, ce documentaire nous fait réellement comprendre comment ces organismes vivent et se combattent.

 

    Les microbes, documentaires de 1998 d'une durée de 4 fois 13 minutes sont autant de modules pouvant être utilisés à des fins pédagogiques. Bien que destinés à la vie scolaire, ces documentaires restent une découverte pour de nombreux de nos contemporains qui n'ont pas eu l'occasion de voir ces multiples formes bouger et changer.

 

    La guerre contre les microbes date déjà de 2003 et nous place en première ligne de cette guerre contre les bactéries et les virus, une guerre sans fin bien plus meurtrière que n'importe quel conflit entre les nations. Grâce à un appareillage optique sophistique, le photographe Lennart NILSSON apporte un témoignage nouveau sur le travail de la recherche médicale : de la découverte par accident de la pénicilline par Alexander FLEMING en 1928 à la thérapie des cellules souches, en passant par la découverte de l'existence des bactéries, du système immunitaire, du vaccin de la poliomyélite et du fonctionnement de la transfusion... Des images que certains des inventeurs eux-mêmes n'ont pu voir à leur époque. Pour la première fois - et depuis les documentaires de ce genre ses sont multipliés - il est possible de visualiser en gros plan les virus du Sida et du SRAS, et les dégâts qu'ils provoquent. Même si la recherche fait d'énormes progrès, elle doit avancer plus vite - en une véritable course aux armements - que les virus qui trouvent des parades aux médicaments et aux vaccins.

 

  N'oublions pas, si nous voulons trouver des illustrations de cette lutte microscopique, de faire un tour dans les différentes banques d'images présentes sur Internet. Nous recommandons en autres celle de SEARCH, Photothèque mondiales où l'ont peut "piocher" sur plus de 600 clips vidéos, souvent très courts.

 

La guerre contre les microbes, de Mikael AGATON et Staffan BERQUIST, Images de Lennart NILSSON, Jan JONAEUS et Bo NIKLASSON, pour AGATON FILMS & TELEVISIONS, 52 minutes,  2003 (voir à http://stv.se). Les microbes, de Binh Nguyen TRONG, avec un montage de Noël BAYON, produit par Les Films d'Ici, avec comme partenaires La Cinquième et Ex Machina, 4 x 13 minutes, 1998. L'aventure antibiotique, de Pierre BRESSIANT, produit par Pascal BRETON, Emmanuelle BOUILHAGUET, MARATHON et WAKE UP, avec la participation de France 5, ARTE, du CNC et du Ministère Délégué à l'enseignement supérieur et la recherche, 2 fois 52 minutes, 2008.

 

FILMUS

 

Relu le 28 août 2020

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