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20 avril 2009 1 20 /04 /avril /2009 13:07
            Giordano BRUNO (1548-1600) fait figure d'oublié dans les manuels de philosophie et d'histoire et l'ouvrage de Jean ROCCHI, spécialiste de ce martyr de l'Inquisition, vient à point nommé pour nous rappeler son importance.
     Pour cette "fiction historique" sur la dernière année de la vie de Giordano BRUNO, sur cette année passée en prison et en procès, l'auteur s'appuie sur des sources historiques sérieuses, les minutes des procès, les différentes censures des livres sans compter les dépositions des co-détenus. Il fait revivre les thèmes de son oeuvre dans un genre risqué et critiqué (souvent à juste titre). Pour avoir soutenu la thèse de COPERNIC et en avoir tiré des conséquences philosophiques radicales, et sans doute plus encore pour avoir défini la divinité comme âme du monde et de la matière, l'italien fut brulé vif.

      Comme l'écrit Marc SILBERSTEIN dans un avant-propos, "voici un livre savant et un livre de conviction, un livre d'approche de la pensée dense et énigmatique de Giordano BRUNO, ainsi qu'un livre aux clameurs éthiques tellement bienvenues dans le cours de notre époque si pleine d'un spiritualisme dominant, d'un obscurantisme persistant et d'une lâcheté quotidienne face à la dangerosité des religions.".
     
     L'auteur, dans son introduction montre l'importance de la pensée de Giordano BRUNO dans la généalogie de la philosophie occidentale par sa conception de la matière, notamment dans ses livres De l'infini, l'univers et les mondes, et Cause, Principe et unité (1584). "Par sa théorie de la substance immanente, univoque et infinie, il préfigure l'essentiel de la pensée spinozienne et à sa définition de la nature - "Natura est deus in rebus" (La Nature, c'est Dieu dans les choses) - fera écho la célèbre formule de SPINOZA congédiant toute entente transcendante du divin : "Deus sive Natura" (Dieu, c'est-à-dire la Nature). Son "Non c'é Dio senza mondo" (pas de Dieu sans monde) est le renversement du dogme enseigné par toutes les religions, Sans Dieu, pas de monde, qui fait dépendre le moi de l'individu d'un Créateur originel. Le corollaire qu'"il n'est pas de pensée sans être" inspirera le "Je pense, donc je suis" de DESCARTES. Pour BRUNO, la puissance absolue n'est plus définie théologiquement comme le Père, mais comme la matière. L'être particulier, contraction éphémère de cette matière, ne doit sa consubstantialité qu'au sujet matériel. Le philosophe détruit le dédain séculaire que portent les hommes à la matière et déstabilise l'image configurée et bigote d'un Dieu caché dans un coin du ciel, derrière les nuages".
        Un survol de l'oeuvre de Giordano BRUNO (Philosophie de l'infini et projet intellectuel), qui cerne dans l'histoire l'influence qu'il a pu avoir (à travers les éditions successives de celle-ci) et qui montre le regain actuel d'intérêt pour sa pensée, un Tableau biographique et synoptique de l'époque brunienne et de solides références bibliographiques, terminent ce livre très agréable à lire.
 
    L'éditeur présente l'ouvrage (en quatrième de couverture) de la manière suivante : "A cette époque marquée par le retour des fanatismes religieux, Jean Rocchi a voulu faire resurgir les idées de Giordano Bruno, que ce dernier ne reniera jamais, irréductible face à l'Inquisition. Ce livre met notamment en scène les attaques acharnées d'un clergé sans pitié, qui condamna un homme au moins autant pour l'hétérodoxie de sa pensée que pour sa persévérance à vouloir la défendre. En 1600, l'Eglise catholique le fait brûler vif. En aucune manière, on ne saurait considérer Bruno comme un martyr, mais plutôt comme un résistant à cette Église qui, une fois de plus, montrait son intolérance dès lors qu'elle se trouvait en présence d'idées nouvelles. Afin de lui rendre hommage, mais également de remettre en cause les impostures et falsifications qui ont cours à son sujet, ce livre propose un ensemble de textes permettant d'appréhender les arcanes de la philosophie brunienne (univers infini, mondes habités, etc) et certains aspects de sa réception. Même si l'on peut difficilement dissocier dans l'oeuvre de Giordano Bruno son désir de rompre avec les croyances d'un monde assujetti à la dogmatique chrétienne, de sa recherche personnelle du divin, il n'en demeure pas moins que ce personnage tient une place éminente dans l'histoire de la pensée profane. En effet, on ne saurait réduire ses spéculations, comme trop souvent, à de simples manifestations d'un esprit "illuminé". Il croit en la pérennité de ses idées, persuadé que les générations à venir sauront reconnaître leur novation. Malheureusement, il en sera rarement ainsi. Le Vatican a "réhabilité" Galilée. Mais qu'en est-il de Giordano Bruno?"

 

   
    Jean ROCCHI (né en 1928), journaliste, romancier et dramaturge français, a travaillé successivement à l'Union française d'information et au journal L'Humanité. il est l'auteur de quatre essais sur la vie et l'oeuvre de Giordano BRUNO, et également d'une pièce de théâtre (Christian Chomant éditeur) et d'une émission de France-Culture, Giordano cosmonaute de la pensée. Il a écrit par ailleurs plusieurs livres sur la télévision dont La télévision malade du pouvoir (Éditions sociales, 1974).
   Les quatre livres sur Giodano BRUNO sont, outre celui publié par les Editions Syllepse, L'Errance et l'Hérésie (François Bourin, 1989), première biographie du personnage ; Giordano Bruno après le bûcher (Complexe, 2000), étude sur son influence scientifique, philosophique et littéraire et Giordano Bruno. La vie tragique du précurseur de Galilée (André Versaille, 2011).

Jean ROCCHI, L'irréductible, Giordano BRUNO face à l'Inquisition, Préface de Hélène VEDRINE, Avant-propos de Marc SILBERSTEIN, Editions Syllepse, Collection "Matériologiques", 2004, 126 pages. Commande possible sur www.syllepse.net.
 
Complété le 28 Août 2012
Relu le 27 février 2019
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2 avril 2009 4 02 /04 /avril /2009 09:48
       L'étude proprement scolaire de la philosophie, qui met en avant les "auteurs principaux" mais aussi souvent surtout les auteurs "officiels", ne fait pas justice des enchaînements des réflexions philosophiques dans l'histoire. L'approche de Leo STRAUSS sur les textes fondamentaux de la pensée moderne, attire l'attention sur l'effet d'une liberté d'expression restreinte sur la production littéraire.
Il était nécessaire pour ces auteurs d'utiliser un enseignement exotérique afin de "protéger la philosophie" de la pression des lois et de l'agressivité populaire. Et à côté de cette littérature validée par les Universités contemporaines des auteurs, à côté d'une littérature ésotérique produite par ces mêmes auteurs ou par d'autres, existe tout au long d'un âge classique que Gianni PAGANINI situe entre l'époque de DESCARTES et le surgissement des Lumières (VOLTAIRE, ROUSSEAU, DIDEROT...), toute une littérature agressive, clandestine, dont l'influence n'est pas négligeable.
     Etre philosophe clandestin au XVIIème siècle, dans une atmosphère de persécutions orchestrées par l'Eglise, à travers notamment de l'Index librorum prohibitorum du Pape Paul IV, remanié en 1596 par Clément VIII et qui ne sera abandonné qu'en 1966, c'est écrire dans des endroits non exposés, diffuser ses oeuvres sous le manteau, dans des cercles littéraires restreints mais influents. Une littérature libertine (dans le sens de liberté, pas dans le sens déformé d'aujourd'hui...) évolue entre l'époque de DESCARTES et la Révolution Française, au gré d'interprétations parfois fantaisistes, et même fausses, de philosophies émises par SPINOZA, PASCAL, BAYLE, MALEBRANCHE, entre déisme et athéisme, mais un déisme parfois aussi ravageur pour les doctrines officielles qu'un athéisme plus ou moins argumenté.
    L'auteur décrit, textes des ces philosophes clandestins à l'appui, comment s'opère une destruction progressive des doctrines de l'existence de Dieu, parfois dans la confusion. Ainsi, on commence par le Theophrastus redivivus vers la moitié du XVIIème siècle, au texte rigoureusement anonyme, on poursuit avec l'Anti-Bigot (avant 1624) que MERSENNE se donne la peine de réfuter strophe par strophe, les Doutes sur la religion proposés à Mrs les docteurs en Sorbonne (Bonnaventure de FOURCROY, vers 1690), Des difficultés sur la religion (Robert CHALLE, 1710), la Lettre de Trasybule à Leucippe (attribué à Nicolas FRERET, 1720-1730) et on termine par le Mémoire et l'Anti-Fénelon (Jean MESLIER)... Ces textes contribuent à une époque de transformations culturelles importantes.
    
    La lecture de ce petit livre fait irrésistiblement penser aux conditions premières de la philosophie de DESCARTES, qui rappelons-le, commence à orienter ses pensées vers un Discours de la Méthode, juste après s'être senti forcé d'abandonner la publication de textes portant sur le mouvement de la Terre. J'ai été frappé par le décalage entre Discours de la Méthode et Méditations métaphysiques (contrairement à beaucoup d'auteurs qui leur trouve une cohérence commune et "compacte"), l'un introduisant un doute puissant, et l'autre "résolvant" ce doute dans un développement consacré aux preuves de l'existence de Dieu et de l'âme, quoique l'auteur dit clairement au lecteur de faire très attention à ce qu'il écrit, et d'"y consacrer des semaines ou des années", formule qui guide vers la présence d'un contenu plus "nuancé" que veut bien le dire sa propre préface et son propre résumé...
 
    L'éditeur présente ce livre de la manière suivante : "Le manuscrit clandestin représente un genre très particulier de la communication philosophique : on peut envisager le Colloquium Heptaplomeres de Jean Bodin comme l'archétype du genre, mais les quelques 2000 copies remontent pour la plupart à la deuxième partie du XVIIe et au siècle suivant. L'ancêtre véritable de cette littérature foisonnante s'avère être le Theophrastus redividus qui, à une date assez précoce (1659), fixe le paradigme du traité philosophique clandestin, dans ses traits les plus radicaux : rigoureux anonymat, critique rationaliste de la philosophie et de la religion, mise en valeur de traditions alternatives, classiques et de la Renaissance, lecture symptômale des textes de référence de la culture officielle. De l'âge libertin au plein épanouissement des Lumières, ces traités traversent toute une époque de transformations culturelles importantes : on ne saurait donc parler de philosophie clandestine sinon au pluriel. Ces textes en appellent tour à tour au scepticisme de Montaigne et de Bayle, au rationalisme de Descartes ou de Malebranche, à la métaphysique spinoziste ou au mécanisme de Hobbes, à la méthodologie empiriste de Locke. Surtout, ils essayent des voies nouvelles, par la combinaison de parcours philosophiques parfois hétéroclites, dans la conviction que l'histoire culturelle européenne devrait être lue "entre les lignes", à la recherche d'une vérité caché au-dessous des professions officielles de foi des écoles et des auteurs."
 
        Gianni PAGANINI, professeur d'histoire de la philosophie à l'Université du Péimont (Italie) et membre du comité éditorial de la série International Archives of the History of Ideas (Springer), Epikurea (Schwabe), est aussi l'auteur d'autres ouvrages : Skepsis. Le Débat des modernes sur le scepticisme (Vrin, 2008), Pierre Bayle dans la République des lettres. Philosophie, religion, critique (A McKenna et G Paganini, Champion, 2004)...

Gianni PAGANINI, Les philosophies clandestines à l'âge classique, PUF, collection Philosophies, 2005, 154 pages.
 
Complété le 28 mars 2013. Relu le 5 mars 2019
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24 mars 2009 2 24 /03 /mars /2009 10:40
     Même si le livre de l'objecteur insoumis au service civil des années 1970 a déjà plus de vingt ans, ce qui rend sa dernière partie un peu obsolète, quoique toujours intéressante, même si aujourd'hui l'abolition du service militaire dans de nombreux pays européens, en France notamment réduit notablement l'intérêt de l'objection de conscience à l'institution militaire, les longs développements historiques, depuis qu'il y a des armées jusqu'à l'époque contemporaine fait de celui-ci un ouvrage très utile. Utile pour appréhender et comprendre l'épaisseur d'une histoire des réfractaires, utile car demain nul ne sait quelle forme peut revêtir de nouvelles obligations militaires des citoyens, utile enfin car l'histoire des réfractaires est intimement liée à l'histoire de la conquêtes des libertés publiques.
    
    Comme l'écrit Michel AUVRAY, "une histoire des réfractaires indissociablement  liée à celle de la conscription, tant il est vrai que l'objection comme l'insoumission sont conditionnées par les formes et l'étendue des obligations militaires ; tant il est vrai, aussi, que c'est l'obligation du service armé qui crée l'objection au service militaire, l'insoumission et, fréquemment, la désertion".  "Chaque fois que des hommes ont été astreints à participer à la guerre et à sa préparation, chaque fois que les gouvernements ont voulu imposer l'enrôlement forcé, des individus et des groupes humains ont refusé de se soumettre aux autorités, de contribuer à des massacres qu'ils réprouvaient. (...) des hommes, peu nombreux, trop peu nombreux il est vrai, se sont opposés à ce que des chefs, princes, rois, empereurs et autres présidents se servent d'eux pour satisfaire leurs appétits guerriers, leur soif de puissance ou de gloire, leurs intérêts économiques."
      Une très grande partie du livre est consacrée aux réfractaires de la Révolution française et de l'Empire, comme à ceux de l'Algérie française (1954-1962). Un gros tiers porte sur les luttes en France contre l'institution militaire depuis 1962, depuis la grève de la faim de Louis LECOIN pour l'obtention d'un statut des objecteurs de conscience. Défavorable au service civil, l'auteur est partie prenante des conflits internes aux mouvements de résistance à la militarisation. Beaucoup de ceux qui ont accompli les deux ans de service civil, soit légalement, dans des filières organisées par les associations loi 1901 de solidarité et parfois de lutte.. contre l'armée et financées par les pouvoirs publics, soit illégalement car refusant des affectations imposées, notamment à l'Office National des Forêts, ne se retrouveront pas dans certains propos de Michel AUVRAY. Co-fondateur du journal Objection, l'auteur décrit toutefois relativement bien, même si c'est plutôt bref,  ce qui s'est passé autour du mouvement au Larzac contre l'extension du camp militaire.

     Si dans l'annexe la liste des journaux et périodiques, comme celle des adresses utiles, relève plus de l'histoire que de l'actualité et n'est guère utilisable bien entendu, la bibliographie comporte beaucoup d'éléments qui permet au lecteur d'aller beaucoup plus loin que le livre.
 
   L'éditeur présente ainsi cet ouvrage : "Ils sont dit "Non!". Non à la guerre, à sa préparation. Non à l'uniforme, à l'enrôlement forcé. Non à la servitude et aux contraintes militaires. Objecteurs, insoumis, déserteurs, réfractaires, ils appartiennent au mouvement social le plus mal connu. Et non moins méconnu de ceux qui ont pour lui une sympathie certaine. La jeunesse de ses membres comme ses développements relativement récents laissent même accroire qu'il est sans passé, sans histoire. C'est cette histoire, les histoires parallèles et convergentes de ces refus d'obéissance qui sont parfois de véritables engagements que voilà ici retracées pour la première fois. Des tout premiers chrétiens aux déserteurs de l'Ancien Régime, des insoumis de la Révolution à ceux du Ier Empire, des fusillés "pour l'exemple" de 1914-1918 aux opposants à la guerre d'Algérie, des objecteurs légalement reconnus aux insoumis "totaux", renvoyeurs de papiers militaires et autres objecteurs à l'impôt, voici l'histoire des réfractaires en France, des origines à nos jours : l'histoire de ceux qui refusent de se soumettre aux obligations militaires comme celle des résistants à la militarisation de la société. Une histoire inséparable de celle des libertés, profondément actuelle, éclairant la signification des changements en cours. Une histoire passionnante, qui plonge ses racines dans les rapports qu'entretiennent le peuple et l'armée, l'individu et le pouvoir."
 
Au moment (début 2019) de possibles rétablissements en France d'un service militaire universel obligatoire, quel que soit sa forme, ce livre sur l'objection de conscience et l'insoumission retrouve sans doute une certaine actualité...
 

 

   
Michel AUVRAY, objecteur, puis insoumis au service civil, l'un des fondateurs en 1974 du journal Objection, a écrit aussi L'âge des casernes, Histoire et mythes du service militaire (Éditions de l'Aube, 1998).

Michel AUVRAY, Objecteurs, insoumis, déserteurs, Histoire des réfractaires en France, Stock/2, 1983, 440 pages.
 
Relu le 29 janvier 2019
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17 mars 2009 2 17 /03 /mars /2009 13:20
      Souvent la philosophie reste attachée à une image d'académisme un peu poussiéreux, sans prise réelle sur le monde d'aujourd'hui et surtout remplie d'exégèses à n'en plus finir. La lecture de cet ouvrage d'un prolifique auteur comme Michel ONFRAY, né en 1959 (qui poursuit la rédaction de plusieurs tomes d'un contre-histoire de la philosophie), devrait convaincre l'étudiant ou simplement le citoyen du contraire.
      Le professeur de terminale balaie pratiquement tout le champ de la philosophie en posant des questions très actuelles à plus de 150 auteurs (surtout des philosophes, mais pas seulement). Il les fait répondre par leurs propres textes interposés à des interrogations aussi fondamentales (dans un chapitre Qu'est-ce que l'homme?) que Reste t-il beaucoup de babouins en nous?, Faut-il toujours un décodeur pour comprendre une oeuvre d'art? ou Le smicard est-il l'esclave moderne? ou encore (dans le chapitre Que peut-on savoir?) Pourquoi la pomme d'Adam vous reste-t-elle en travers de la gorge?, Pourquoi faudrait-il être raisonnable? ou Faut-il être obligatoirement menteur pour être Président de la République?
      Commençant son ouvrage par cette grave question Faut-il commencer l'année en brûlant votre professeur de philosophie?, Michel ONFRAY, sur l'oeuvre duquel on reviendra bien entendu, décomplexe le simple quidam sur des éléments de réflexion de fond tout en distillant un persiflage continuel sur de nombreux lieux communs de la société d'aujourd'hui, sur les tabous issus des religions monothéistes (le christianisme mais pas seulement...), et sur les réflexes politiques conservateurs.
On n'est pas étonné de voir en premier une citation de NIETZSCHE, du Gai Savoir : La tâche de la philosophie : "Nuire à la bêtise". Concevant son ouvrage suivant une clarté toute scolaire, ne négligeant pas en fin de celui-ci des conseils pour séduire le correcteur des épreuves de fin d'année, Michel ONFRAY désire avant tout ce que selon lui ne fait pas le système d'éducation actuel : apprendre à philosopher.
 


          Michel ONFRAY, Antimanuel de philosophie, Leçons socratiques et alternatives Editions Bréal, 2001, 335 pages
 
Relu le 5 février 2019
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16 février 2009 1 16 /02 /février /2009 15:25
         Au moment où s'achève une période assez noire d'un unilatéralisme américain, ce petit livre de déjà plus de dix ans, permet d'éclaircir les idées sur ce que sont réellement les multiples opérations de paix de l'Organisation des Nations Unies.
       Cet organisme issu de la Seconde Guerre Mondiale avait pour tâche, s'il faut le rappeler, de garantir la "paix internationale" selon des modalités précisées dans sa Charte.
Les chapitres VI et VII de cette Charte concernent justement "le règlement pacifique des différends" et les "actions en cas de menace contre la paix, de rupture de la paix et d'acte d'agression". Ils sont reproduits d'ailleurs à la fin de ce livre qui se concentre sur certains aspects toujours présents de la problématique des interventions, par la force, des Nations Unies.
     Marie-Claude SMOUTS, Directeur de recherche au CNRS (Centre d'Études des Relations Internationales - CERI), tente de répondre à la question de l'identité des soldats de l'ONU. Sans aborder le rôle des Nations Unies dans la guerre de Corée par exemple, il s'agit de cerner les conditions d'interventions récentes, la manière dont elles ont été organisées. Le caractère improvisé de nombreuses d'entre elles est souligné et constitue le résultat d'une crise financière endémique de l'organisme international. Malgré l'avis de la Cour International de Justice (de 1962), le financement d'une opération de maintien de la paix reste toujours mal assuré.
   Ingolf DIENER, Raoul JENNAR, Roland MARCHAL et Pierre HASSNER examinent ensuite chacun une opération : Namibie (1989-1990), Cambodge (1992-1993), Somalie (1993) et Ex-Yougoslavie (1992...).
 Ghassan SALAME, qui rédige la Conclusion, fait plusieurs constatations qui reste toujours actuelles, qui se résument à une question : l'ONU va t-elle rester une "organisation résiduelle"? Le refus de grands États d'accepter ses résolutions les plus "brûlantes", leur refus également de doter l'ONU d'une véritable armée permanente, ceux-ci préférant encore les alliances type OTAN (Organisation du Traité de l'Atlantique Nord) datant de la guerre froide, la volonté de beaucoup d'Etat impliqués dans les conflits traités par l'Assemblée Générale ou le Conseil de Sécurité de toujours s'abriter derrière le "bouclier de la compétence nationale" indiquent bien l'état actuel du monde. Un monde encore très loin de celui imaginé par les rédacteurs et les signataires de la Charte.
   Dans le droit international, singulièrement dans les aspects de ce droit touchant à la guerre et à la paix, le chemin semble encore long, pour un monde pacifié, civilisé.
 
  L'éditeur présente ce livre de la manière suivante :
"Somalie, Cambodge, Bosnie, Rwanda... Les récentes tragédies ont dissipé le rêve d'une communauté internationale prenant en charge le fardeau de la paix sans en payer le prix. L'hypocrisie des fausses réponses apportées aux vrais problèmes des conflits internes est devenue insupportable. Que doivent faire des "soldats de la paix" lorsque cette paix n'existe pas sur le terrain, que les combattants refusent de rendre leurs armes, qu'une partie de la population cherche à exterminer l'autre, que des massacres se déroulent sous leurs yeux? Personne ne le sait, rien n'est prévu à l'avance et l'on refuse de l'envisager. L'ONU continue d'intervenir selon des modes traditionnels de maintien de la paix qui ne sont plus adaptés.
A partir de l'analyse minutieuse de quatre opérations de maintien de la paix (Namibie, Cambodge, Somalie, ex-Yougoslavie), des politologues spécialistes de ces zones ou chercheurs en relations internationales réfléchissent aux conditions nécessaires pour que l'Organisation mondiale puisse être utile à la solution des conflits contemporains."
 

 

 
 
     Marie-Claude SMOUTS, chercheuse en relations internationales, directrice de recherche honoraire au CNRS/CERI, est aussi l'auteure de nombreux autres ouvrages, en collaboration ou comme auteure unique : La politique extérieure de Valéry Giscard d'Estaing (avec pour la direction de l'ouvrage Samy COHEN, Presses de la Fondation Nationale des Sciences Politiques, 1985) ; La France à l'ONU : premiers rôles et second rang (Presses de la fondation Nationale des Sciences Politiques, 1979) ; La France face au Sud, le miroir brisé (avec Jacques ADDA, Karthala, 1989) ; Le retournement du monde, sociologie de la scène internationale (avec Bertrand BADIE, Presses de Sciences Po, 1992, 1999) ; Les organisations internationales (Armand Colin, 1995, puis avec Guillaume DEVIN, 2011) ; La vision française des opérations de maintien de la paix (avec Yves DAUDET et Philippe MORILLON, Montchrestien, 1998) ; Forêts tropicales, jungle internationale (OPreses de Science Po, 2001) ; Dictionnaire des relations internationales, approches, concepts, doctrines (avec Dario BATTISTELLA et Pascal VENNESSON, Dalloz, 2003)...

    Sous la direction de Marie-Claude SMOUTS, L'ONU et la guerre, La diplomatie en kaki, Éditions complexe, collection Espace international, 1994, 159 pages. Cette collection est dirigée par le CERI (Centre d'Etudes et de Recherches Internationales de la Fondation nationale des sciences politiques).
 
Complété le 18 janvier 2013. Relu le 18 janvier 2019.


    
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5 février 2009 4 05 /02 /février /2009 17:10
      Pour ceux qui comprennent à peu près l'ère de désinformation dans laquelle nous sommes entrés depuis une vingtaine d'années, faites de publi informations et de publications de nouvelles non vérifiées, le livre de Christian SALMON, chercheur français sur les arts et le langage et fondateur en 1993 du Parlement international des écrivains, apporte de nouveaux éléments sur le fonctionnement de cette ère. Pour ceux qui, gavés de séries télévisées ou de télé-réalités, n'ont pas encore découvert la sauce avec laquelle ils sont mangés, il constitue une première approche enrichissante de la propagande diffuse des médias en général. Les cinéphiles se retrouveront avec cet ouvrage en terrain connu d'ailleurs...
        "Ce livre, nous dit l'auteur, a pour objet de retracer cette évolution (de l'art de raconter des histoires dans les médias utilisé tant dans le commerce que dans la politique) en analysant le développement sans précédent de ces usages instrumentaux du récit... Quelle en est l'origine? Comment expliquer leur essor aux Etats-Unis (puis en Europe) dans des activités jusque-là gouvernées par le raisonnement rationnel ou le discours scientifique? Quels sont les agents de leur production, les enjeux et les figures de leur construction symbolique? Par quels cheminements obscurs ces usages se répandent-ils des appareils centraux du pouvoir jusqu'aux pratiques les plus individuelles? Se diffusent-ils de haut en bas, ou obéissent-ils à des logiques de contagion d'un secteur d'activité à un autre? En quoi se légitiment-ils de l'approche narrative dans les sciences sociales? Quel rôle attribuer à la technique ou à l'idéologie dans leur prolifération?"
   
     Les récits dans une société polarisent toujours l'attention sur des réalités ou des vécus pour en occulter d'autres, mais à notre époque, qui se vante de rationalités de tout ordre, leur prolifération et la confusion entretenue par les nouveaux discours atteignent des niveaux sans précédents. L'émergence et l'installation durable d'Internet, l'alliance entre  toutes ces sociétés de communication, de marketing, d'"entertainment" (qui se traduit bien par entreprises de distraction, voire de détournement d'attention), de gestion de ressources humaines, d'entraînement militaire... tout cela, l'auteur le détaille en sept chapitres très informés.
"Ainsi, écrit l'auteur dans son Introduction, l'art du récit qui, depuis les origines, raconte en l'éclairant l'expérience de l'humanité, est-il devenu à l'enseigne du storytelling l'instrument du mensonge d'État et du contrôle des opinions : derrière les marques et les séries télévisées, mais aussi dans l'ombre des campagnes électorales victorieuses, de BUSH à SARKOZY, et des opérations militaires en Irak ou ailleurs, se cachent les techniciens appliqués du storytelling. L'empire a confisqué le récit. C'est cet incroyable hold-up sur l'imaginaire que raconte ce livre".
     
    Livre polémique certes, Storytelling a le mérite de renouvelé l'analyse des propagandes politiques et économiques, notamment depuis les années 1990. Dans la manière d'utiliser le langage, dans l'utilisation et la maitrise de la rhétorique,  il apporte des éléments très intéressants : cette dernière n'est pas seulement un discours philosophico-politique, c'est aussi, aujourd'hui, une technique d'action sur les émotions de la population à des fins pas toujours avouables, et qui entretient une confusion constante entre la réalité et la fiction
   
    Une "postface à l'édition de 2008", suite à l'élection de Nicolas SARKOZY à la présidence, prolonge la réflexion. Une première édition avait eu lieu en 2007, dans la collection "Cahiers libres" aux Éditions La Découverte.
    L'éditeur présente ainsi l'ouvrage en quatrième de couverture : "Depuis qu'elle existe, l'humanité a su cultiver l'art de raconter des histoires, un art partout au coeur du lien social. Mais depuis les années 1990, aux Etats-Unis puis en Europe, il a été investi par les logiques de la communication et du capitalisme triomphant, sous l'appellation anodine de "storytelling". Derrière les campagnes publicitaires, dans l'ombre des campagnes électorales victorieuses, de Bush à Sarkozy, se cachent les techniciens sophistiqués du storytelling management ou du digital storytelling, pour mieux formater les esprits des consommateurs et des citoyens. C'est cet incroyable hold-up sur l'imagination que révèle Christian Salmon dans ce livre, au terme d'une longue enquête consacrée aux applications toujours plus nombreuses du storytelling : le marketing s'appuie plus sur l'histoire des marques que sur leur image, les managers doivent raconter des histoires pour motiver les salariés, les militaires en Irak s'entraînent sur des jeux video conçus à Hollywood et les spin doctors construisent la vie politique comme un récit.. Christian Salmon dévoile ici les rouages d'une "machine à raconter", qui remplace le raisonnement rationnel, bien plus efficace que toutes les imageries orwelliennes de la société totalitaire."  
 
      Considéré par une grande partie de la presse comme un essai décapant (Hubert ARTUS par exemple dans Rue89, Cabinet de lecture), cet ouvrage survole pourtant plus qu'il n'analyse les tenants et aboutissants de cette manière de communiquer, de fabriquer, la réalité. Christian SALMON, ex président de l'ancien Parlement International des écrivains (jusqu'en 2003) créé en 1993 autour de la solidarité entre écrivains persécutés, chercheur au Centre de recherches sur les arts et le langage (CRAL EHESS)  écrit là son livre le plus édité, très commenté par la presse internationale (L'agence Capa a même réalisé un documentaire sur ce livre, pour Canal+).
     Ouvrage polémique, Storytelling est critiqué par ailleurs sur le fond par Frédéric MARTEL (Nonfiction.fr), pour lequel Christian SALMON signe là "un ouvrage de propagande contre la propagande, aussi hasardeux que faux, qui a aveuglé nombre de journalistes français." "Largement américaine, dans l'esprit de notre auteur, cette histoire mérite d'être décrite avec une large loupe, à travers les hommes politiques, le Pentagone, la guerre en Irak comme à travers les idées et les marques. L'auteur entend dévoiler le fil rouge qui relie les nouvelles techniques de management et de communication, de gouvernance et de divertissement, procédés qui, les nouvelles technologies aidant, se répandent jusqu'en France. L'hypothèse est intéressante et le sujet passionnant, mais là s'arrête l'intérêt de l'ouvrage".
Cela pour plusieurs raisons qui sont autant de problèmes... "Le premier problème du livre, c'est qu'il méconnaît assez largement l'histoire qu'il prétend écrire et, déjà, passe sous silence la longue tradition de cet "art de raconter des histoires". Il est vrai que la mise en scène de la politique est vieille comme le monde, de la relation de la bataille de Kadesh aux cérémonies de triomphe du monde romain. L'auteur aurait dû, au minimum, faire référence aux histoires diffusées dans l'Amérique de l'esclavage puis de la ségrégation. "Le deuxième problème du livre, c'est qu'il construit une propagande d'extrême gauche, pour réponde à ce qu'il prétend être une propagande de droite extrême et cette dérive est particulièrement visible dans le chapitre consacré à la politique." Il aurait dû effectivement se souvenir de la saga construite autour des Kennedy, ou même de Jimmy Carter. Frédéric MARTEL reproche en outre de "découvrir" ces pratiques avec au moins quarante ans de retard, et sans doute plus grave de faire plusieurs erreurs factuelles, au sujet de Bush. Christian SALMON a raison de dénoncer un journalisme qui "favorise une version anecdotique des événements, une représentation en noir et blanc de l'actualité, et contribue comme jamais à brouiller la frontière entre la réalité et la fiction", mais il tombe sans doute dans le travers qu'il dénonce, dans un objectif idéologique inverse. Frédéric MARTEL est particulièrement sévère à son encontre, allant jusqu'à écrire que la déception suite à la lecture de son ouvrage, risque d'avoir l'effet inverse à celui recherché, en racontant à son tour, une autre histoire.
     Sans doute cette critique provient-elle d'un décalage de registre. Alors qu'on pourrait chercher une étude critique sociologique approfondie, telles que les mène Noam CHOMSKY, on se trouve en face d'un objet littéraire qui fait figure plutôt de pamphlet. On peut préférer, avec Frédéric MARTEL, l'ouvrage fouillé de Viktor KLEMPERER, LTI, La langue du IIIe Reich (Pocket Agora), qui circonscrit bien son ample objet d'étude, mais, dans le monde de la littérature, Storytelling mérite par une aptitude à provoquer la réflexion....
 

 

   
    Christian SALMON écrit en 2010, Kate Moss Machine (La Découverte)  qui étend la réflexion à l'univers de la mode. Il est l'auteur également de Le rêve mathématique de Nicolaï Boukharine" (Le Sycomore, 1980), Tombeau de la fiction (Denoël, 1999), Verbicide (Actes Sud-Babel, 2007) et de Ces histoires qui nous gouvernent (JC Gawzewitch, 2012).

Christian SALMON, Storytelling, La machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits, Éditions La Découverte/Poche, 2008, 251 pages
 
Complété le 12 Août 2012. Relu le 20 janvier 2019.
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27 janvier 2009 2 27 /01 /janvier /2009 13:57
     Les compétences linguistiques de Noam CHOMSKY, important linguiste même si aujourd'hui ses théories sont contestées, l'ont certainement aidé à posséder un sens aigu de la critique sociale, économique et politique. Le livre d'entretiens, échelonnés du 10 mai 1998 au 12 juin 2000, intitulé "De la propagande" montre une manière de s'y opposer en cultivant, contre toutes les modes intellectuelles et toutes les paroles officielles, un esprit constant de recherche d'informations, si possible de première main, et de tentatives de découvrir la vérité derrière les brouhahas des médias. Cette publication intervient aux Etats-Unis à point nommé juste après les attaques terroristes du 11 septembre 2001.
    
        En 7 chapitres ordonnés autour d'idées force, David BARSAMIAN et Noam CHOMSKY veulent montrer, véritablement, l'impérialisme américain en action et en flagrant délit perpétuel de mensonges, de mensonges à la fois sur les faits et sur les intentions de la riche classe dirigeante des Etats-Unis.
    De façon pertinente, à l'encontre d'une certaines lassitude et d'un certain découragement ambiant des volontés véritablement réformatrices et à fortiori révolutionnaires, ils commencent par "Les victoires de l'activisme", dans une évocation du combat contre l'AMI, ce vaste accord commercial qu'une partie des dirigeants américains voulaient imposer au reste du monde.
Prenant constamment à contre pied des expressions qui orientent par trop la pensée (comme "Américains" pris dans le sens "Etats-Uniens"), des rhétoriques perpétuellement entendues sur les ondes à propos de la dette (que ce soit la dette des pays du Tiers-Monde ou la dette des organismes sociaux, notamment de retraite), des prises de position un peu faciles (les faits du terrorisme américain étant toujours qualifiés d'antiterroristes), les deux militants abordent de nombreux sujets, les relations internationales (avec beaucoup d'éléments sur le Timor-Oriental), le commerce international, la criminalité, la mondialisation et l'altermondialisation. Ils opèrent également des rappels historiques fulgurants qui permettent de concevoir une continuité dans les comportements politiques internationaux entre la Première Guerre Mondiale et les événements de l'éclatement de la Yougoslavie.
 
         Dans un chapitre intitulé "Affranchir les esprits des idées toutes faites", Noam CHOMSKY aborde la question de l'endoctrinement et de la propagande en faisant appel directement à ses habitudes de linguiste. Pour expliquer sa méthode,utilisée dans ses nombreux écrits et interventions orales,  il dit : "On s'efforce notamment de révéler l'abîme entre les lieux communs sur la situation dans le monde et le témoignage des sens et des enquêtes sitôt qu'on se donne la peine d'examiner les choses. Je me heurte souvent à cette réaction : "Je ne peux pas croire à tout ce que vous dites. Cela va totalement à l'encontre de ce que j'ai appris et toujours cru, et je n'ai pas le temps de vérifier toutes vos notes en bas de page. Comment savoir si ce que vous dites est vrai?" C'est une réaction raisonnable. je réponds que c'est la bonne. Vous ne devez pas croire que ce que je dis est vrai. Les notes sont là et vous permettent de vérifier, si tel est votre désir, mais si vous ne voulez pas vous en donner la peine, rien n'est possible. Personne ne vous versera la vérité dans le cerveau. C'est une chose que vous devez faire par vous-même." Dans la suite de ce même chapitre, le linguiste aborde de front la question de l'interventionnisme humanitaire, ce thème qui fit florès dans les années 1980, suite aux événements de Yougoslavie et du Rwanda.
Dans sa critique radicale, Noam CHOMSKY rappelle que la propagande de Joseph GOEBBELS, dans les années 1930 utilisait ces gesticulations oratoires pour justifier les premières agressions en Europe ou ailleurs, les dirigeants nazis ayant été eux-mêmes impressionnés par la propagande anglo-américaine pendant la Première Guerre Mondiale. Il replace ce que Joseph GOEBBELS dit un jour de la propagande dans les projets de détournements d'attention du Pentagone pendant la guerre du VietNam et plus récemment pendant les guerres dans le Golfe Persique : "Il ne serait pas impossible de prouver, en le répétant suffisamment et en maîtrisant la psychologie des personnes concernées, qu'un carré est en fait un cercle. Ce sont des mots, de simples mots, et l'on peut façonner les mots jusqu'à ce qu'ils habillent des idées déguisées".
Il n'hésite pas à dire simplement comment la propagande peut agir sur des populations entières ou des catégories sociales précises : A David BARSAMIAN lui rappelant ce qu'affirmait Steve BIKO, l'activiste sud-africain assassiné par le régime d'apartheid, "l'arme la plus puissance de l'oppresseur se trouve dans l'esprit de l'opprimé", Noam CHOMSKY répond que "La plupart des oppressions réussissent parce que leur légitimité est intériorisée. C'est vrai dans les cas les plus extrêmes. Prenez par exemple, l'esclavage. Il n'était pas facile de se révolter quand on était esclave, en aucune façon. Mais lorsqu'on étudie l'histoire de l'esclavage, c'était, d'une certaine manière, juste reconnaître un état de fait. Il fallait s'en sortir au mieux dans un tel régime." Idem pour la condition féminine, idem pour les travailleurs. Il s'en prend d'ailleurs vivement aux "intellectuels publics" qui perpétuent souvent cette légitimation.
 
     L'éditeur présente cette suite d'entretiens de la manière suivante : "La pratique de Noam Chomsky, c'est de vous dire ce qu'il pense, pas ce que vous devez penser. (...) Il ne se contente pas de maudire l'obscurantisme, il allume une bougie pour que nous puissions y voir." Voir ou comprendre quoi? L'impérialisme américain, d'abord, qu'il démonte avec une remarquable acuité - de l'éradication des résistances sud-américaines au contre-terrorisme. Les ressorts psychologiques et lexicaux de la "fabrication de l'assentiment" dans le monde. Mais aussi la signification de la mobilisation contre l'OMC à Seattle, le fonctionnement de l'ONU et des cours internationales de justice, notamment à propos du cas Pinochet, le fondement de l'économie capitaliste depuis les années 1970... Derrière le Chomsky politique apparaît alors le Chomsky linguiste, insistant sur la détérioration et la falsification du langage, moyen pour une certaine idéologie néolibérale de faire passer les vessies pour des lanternes..."
 
     Pour Frédéric F. CLAIRMONT, dans le Monde diplomatique de janvier 2003, "Noam Chomsky livre ici des analyses lucides, qui ne sont pas seulement des réflexions sur la brutalité de la politique américaine - dont la propagande est une facette fondamentale -, mais surtout le cri d'espoir d'un combattant infatigable. Elles aident à comprendre en quoi le régime de M. George W. Bush est à la fois le symbole et la réalité du plus grand Etat terroriste de notre époque. Mais alors que, jusqu'à présent, le mépris du droit international par les Etats-Unis se dissimulait dans des documents secrets qui ne seraient publiés que quarante ans plus tard, "aujourd'hui, explique Chomsky, cela s'affiche". Nombreux sont ceux qui voient deux poids, deux mesures dans la politique américaine. Pour l'auteur, elle est d'une totale cohérence : servir les intérêts bien compris de la puissance intérieure des Etats-Unis et les liens entre l'Etat et le monde du capital ; elle n'a que faire du droit, de la morale ou du bien-être des êtres humains. Son seul objectif est, par tous les moyens, de maximiser les profits et les parts de marché des 200 méga-sociétés transnationales, en particulier celles du pétrole."

 

 
     Noam Chomsky (né en 1928), professeur émérite de linguistique au Massachusetts Institute of Technology de Pennsylvannie à Philadelphie, engagé dans la vie politique depuis le milieu des années 1960, d'abord contre la guerre du VietNam, est l'auteur de nombreux ouvrages scientifiques et d'oeuvres politiques. Parmi eux, notons, pour ceux qui sont traduits en français, L'Amérique et ses nouveaux mandarins (Seuil, 1969), Les dessous de la politique de l'Oncle Sam (Ecosociété, 2000), Le Bouclier Américain et la déclaration des droits de l'homme (Serpent à plumes, 2002), De la guerre comme politique étrangère des Etats-Unis (Agone, 2004), La fabrication du consentement. De la propagande médiatique en démocratie (avec Edward Herman, Agone, 2008), Autopsie des terrorismes. Les attentats du 11 septembre 2001 et l'ordre mondial (Agone, 2011).
 
    David BARSAMIAN est un animateur de radio américain, écrivain, fondateur et directeur de la Radio Alternative de gauche, sur le Boulder (Colorado). Une syndication hebdomadaire de ses programmes est audible sur 125 radios dans différentes pays. Ses entrevues et articles apparaissent régulièrement dans The Progressive, La Nationet Zet Magazine. Membre de la campagne pour la paix et la démocratie, il est surtout connu dans le monde pour ses entretiens avec Noam Chomsky, publiés dans de nombreux ouvrages depuis 1992 sur différents sujets comme L'avenir de l'histoire, Ambitions impériales ou Le déclin et la chute de la radiofiffusion publique.

  A noter en fin de livre une liste d'adresses internet de sites animés par des membres de la gauche américaine. Notons en français le site www.noam-chomsky.fr.

      Noam CHOMSKY, De la propagande, Entretiens avec David BARSAMIAN, Editions Fayard, 10/18, 2005 (première publication, 2002),  327 pages. Traduction de l'ouvrage américain "Propanda and the Public Mind", David BARSAMIAN and Noam CHOMSKY, 2001, par Guillaume VILLENEUVE.
 
Complété le 24 Août 2012. Relu le 3 janvier 2019.
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20 janvier 2009 2 20 /01 /janvier /2009 09:23
    Ces deux ouvrages de Claude HAGÈGE, professeur au Collège de France, donnent une vision très érudite de l'histoire des langues européennes, notamment du français.
     Se posant la question du devenir des langues en général et des éléments de l'Europe des langues de demain, l'auteur esquisse d'abord le profil des langues fédératrices depuis l'Antiquité, de leur fragmentation dans les aléas des mouvements volontaires ou forcés des populations, de leur consolidation-rigidification lors de la formation des État-nations. Il se livre également à un essai de prospective sur la diversité et les aspirations à l'unité des langues européennes.
Clairement, l'auteur affirme sa thèse : "L'Europe des langues a un destin qui lui est propre, et ne saurait s'inspirer de modèles étrangers. Si l'adoption d'une langue unique apparaissait aux États-Unis, pour tout nouvel émigrant, comme un sceau d'identité, en revanche, ce qui fait l'originalité de l'Europe, c'est l'immense diversité des langues, et des cultures qu'elle reflète. La domination d'un idiome unique, comme l'anglais, ne répond pas à ce destin. Seule y répond l'ouverture permanente à la multiplicité. L'Européen vit en plurilinguisme. Il devra élever ses fils et ses filles dans la variété des langues et non dans l'unité. Tel est à la fois, pour l'Europe, l'appel du passé et celui de l'avenir."
   
       "Le souffle de la langue" constitue une mine d'informations historiques sur les mouvements linguistiques en Europe, du latin à l'anglais, de l'allemand à l'espagnol, en passant par le castillan, l'hébreu, le finnois, le hongrois  et bien d'autres... Langues officielles, langues savantes, langues de cours (royales ou princières...), langues du "peuple" suivent des chemins bien divers et l'on constate bien la liaison étroite des évolutions des langues et des différents conflits à l'intérieur des formations étatiques comme entre celles-ci.
       "Le Français, histoire d'un combat", beaucoup plus court, raconte l'histoire "épique" et tumultueuse de la langue française. Pour l'auteur, c'est effectivement l'histoire d'un combat, livré depuis les Serments de Strasbourg en 842 jusqu'à la loi Toubon de 1994, pour lui conserver une place éminente dans le monde. Clairement écrit pour inciter au rayonnement de la langue française, ce livre est très instructif de la manière dont l'État français a façonné une langue officielle.
On peut regretter un certain parti-pris parfois un peu exalté pour cette langue et le peu de développement consacré aux langues régionales, mais sa lecture est néanmoins utile sur le plan factuel.
 

 

 
    Claude HAGÈGE (né en 1936), linguiste français d'origine tunisienne, pourfendeur  de l'hégémonie de l'anglais dans le monde, est aussi l'auteur de nombreux autres ouvrages, spécialisés ou destinés au grand public : Le problème linguistique des prépositions et la solution chinoise (Société de linguistique de Paris, 1975), Le Français et les Siècles (Odile Jacob, 1987), Halte à la mort des langues (Odile Jacob, 2000), Les religions, la parole, la violence (Odile Jacob, 2017)....

Claude HAGÈGE, Le Souffle de la langue, Voies et destins des parlers d'Europe, Poches Odile Jacob, 2000, 296 pages.
Claude HAGÈGE, Le Français, histoire d'un combat, Éditions Michel Hagège, collection biblio, Le livre de poche, essais, 2005, 188 pages

 Relu le 6 janvier 2019
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10 décembre 2008 3 10 /12 /décembre /2008 13:17
           A l'heure où encore, malgré des crises financières à répétition, la perception dominante de l'homme passe par une vision économiciste, l'ouvrage de Tony ANDREANI, membre de la Fondation Copernic, propose une critique radicale de celle-ci. C'est en effet à une critique psychologique, sociologique, socio-psychologique et éthico-politique que le philosophe se livre. Cette philosophie économiste qui envahit tous les esprits et tous les actes de la vie quotidienne mérite depuis longtemps d'être passée au laminoir de la critique.
          La vision de l'individu comme d'un être  cherchant avant tout à satisfaire des besoins illimités par une accumulation de richesses, qui ne conçoit avec les autres qu'un rapport contractuel, qui est définit comme libre et rationnel, tellement libre qu'il ignore les pressions sociales et ne suit que les indications du marché n'est nullement une vision multi-séculaire...
Née avec l'essor du capitalisme marchand, elle résulte d'une série de présupposés que l'auteur entend remettre en question. L'intérêt même des théories classique et néo-classique de l'économie est qu'il recherche l'allocation optimale des facteurs travail et capital pour la fabrication et la commercialisation des choses. Même si elles reposent tout de même sur une théorie des équilibres partiels qui se compensent de marché en marché,  Tony ANDREANI se demande si cette théorie ne repose pas sur une conception mythique de l'équilibre.
D'ailleurs, comme il le souligne, la pauvreté de la valeur descriptive et l'indigence de la valeur prédictive de la science économique, "peut-être inférieure à celle de la météorologie"... met en cause la réalité de l'existence de tels équilibres...
           L'enjeu de son étude est grand, car comme il l'écrit dans le premier chapitre de son livre, "l'homo oeconomicus n'est pas seulement un modèle explicatif. Il a aussi, quoiqu'il s'en défende, une valeur normative, se muant en un vaste discours idéologique qui pousse les individus à se comporter selon ses prescriptions."

       Tony ANDREANI, considérant qu'il existe dans l'existence humaine deux sphères, celle des activités de travail et celle des occupations de temps libre, ou de "consommation", revient sur les réflexions de nombreux auteurs en philosophie sur les Passions et la Raison, décortique la notion de Désir et de Plaisir, à travers les travaux des continuateurs de Sigmund FREUD (Gérard MENDEL, Serge LECLAIRE...). "...un individu n'est pas cet agrégat d'intérêts et d'apprentissages que la psychologie économiste conçoit sur le modèle de l'intersubjectivité comme relation entre sujets autonomes et souverains, et ses relations avec les autres ne se réduisent pas à des relations d'instrumentalisation, de rivalité et de séduction (...). Ces relations existent bien, mais elles se construisent sur une infrastructure d'impressions passives, de relations identificatoires et d'aspirations fusionnelles qui lui préexiste constamment. A l'ignorer, la psychologie économiste manque un très grand nombre de phénomènes sociaux et ne peut comprendre pourquoi l'homo oeconomicus a des comportement fort différents de ceux qu'on attend de lui."
    Décideurs irrationnels, les hommes et les femmes ne constituent pas, même s'ils ont des connaissances scientifiques et logiques plus importantes que ceux qui les ont précédés, des unités rationnelles que l'on peut traduire dans des statistiques de comportements. La rationalité des personnes est souvent une rationalité tronquée, à la fois par la méconnaissance de ce qu'ils sont réellement et par la mauvaise connaissance des structures sociales dans lesquelles ils évoluent. S'inspirant beaucoup des travaux de Pierre BOURDIEUX, l'auteur montre tout au long de sa critique sociologique que les actions humaines peuvent se faire contre leurs propres intérêts individuels et collectifs. Sa forte critique éthico-politique porte notamment contre une certaine interprétation de la liberté et de la justice. En poussant un tout petit peu plus loin que la pensée de l'auteur, on pourrait dire que toutes les théories dominantes qui tournent auteur de l'homo oeconomicus vont à l'encontre de la socialité.

     Dans un "post-scriptum", Tony ANDREANI relève la duplicité du discours économique. "D'un côté, il se prétend modeste (on ne traitera ici que des comportements égoïstes de calculateurs rationnels, et on laissera le reste à d'autres sciences) (...), de l'autre, il ambitionne de tout expliquer, même l'amour et le don". Pour lui, il "faut cesser de se voiler la face : nous ne sommes pas et ne serons jamais des acteurs rationnels, mais nous pourrions faire quelques progrès en prenant la mesure de nos passions. Nous ne sommes pas davantage condamnés à répondre à l'ubris des dominants par des ruses serviles. Et je ne cacherais pas qu'à mon avis le capitalisme, puisqu'il faut l'appeler par son nom, est un système social foncièrement irrationnel, alors même qu'il a, plus que tout autre, développé et utilisé des outils de rationalité."
   
   Tony ANDREANI est également l'auteur de l'ouvrage Le socialisme est (a)venir, en deux tomes, publiés également aux Éditions Syllepse (2001 et 2004).

    Tony ANDREANI, Un être de raison, critique de l'homo oeconomicus, Editions Syllepse, ouvrage publié avec le soutien de la Fondation Copernic, 2000, 246 pages.

                                                                                                            ECONOMIUS
 
Relu et corrigé le 1 décembre 2018
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2 décembre 2008 2 02 /12 /décembre /2008 09:32
      Dans ces moments de crise assez dévastatrice du capitalisme, cette Histoire du capitalisme, écrite par un professeur émérite d'économie de l'Université Paris VII, issue de cours donnés dans un premier temps entre 1979 et 1980 à l'Université de Vincennes (Paris VIII), possède le mérite, selon la volonté de l'auteur, d'être à la fois concise, assez complète, interdisciplinaire et destinée à un très large public. Décrire et expliquer le capitalisme, sans tomber ni dans l'apologie libérale, ni dans une polémique un peu vaine, dans ses nuances, dans ses aspects positifs comme dans ses aspects (très) négatifs, ce projet constitue un défi que Michel BEAUD emporte assez haut la main. Si bien que loin d'être un "résumé" d'histoire du capitalisme qui s'étend sur plus de 500 ans, cet ouvrage peut ouvrir, par sa riche bibliographie et ses notes abondantes, beaucoup de portes aux étudiants en économie.
    Comme l'écrit l'auteur dans son Introduction de 1980, "il est né d'une solide conviction : on ne peut comprendre l'époque contemporaine sans analyser les profonds bouleversements qu'a apportés, dans les sociétés du monde entier, le développement du capitalisme. Il est né aussi du souci de saisir ce développement dans ses multiples dimensions : à la fois économique et politique et idéologique ; à la fois national et multi-national/mondial ; à la fois libérateur et oppressif, destructeur et créateur...
Il est né enfin de l'ambition de mettre en perspective un ensemble de questions indissociables et trop souvent étudiées isolément : la formation de l'économie politique dans sa relation avec "la longue marche vers le capitalisme" ; l'affirmation de l'idéal démocratique contre les anciens régimes aristocratiques et, utilisant les nouvelles institutions démocratiques, la montée des nouvelles classes dirigeantes ; le lien entre développement des capitalismes nationaux, renforcement des mouvements ouvriers et conquêtes du monde du travail ; l'extension de plus en plus complète et complexe de la domination capitaliste dans le monde ; l'articulation entre domination de classes et domination de nations ; les crises comme indices de grippages et de blocages et comme moments de renouveaux ; notamment la "Grande Crise" actuelle."
  Plus loin dans l'introduction de la dernière édition, il écrit encore : "Une des difficultés est que nos lectures du capitalisme sont dominées par les analyses fondées au XIXème siècle et développées dans les deux premiers tiers du XXème ; ces analyses sont donc principalement marquées par les caractères du capitalisme industriel, ce qui risque de nous empêcher de comprendre et d'analyser les évolutions en cours".
   Un coup d'oeil à la table des matières de cet ouvrage divisé en deux grandes parties (De l'or au capital et Des impérialisme à la mondialisation) suffit d'allécher la "soif de connaissances" : du pillage colonial (XVIème siècle) et de la montée des bougeoisies (XVIIème siècle) à la fin du XXème siècle en forme d'interrogation : le début d'un basculement du monde? en passant par Le Grand Chambardement (1914-1945), les éléments de réflexion historique sont posés à travers une exposition classique des faits et de multiples "propos d'étapes" plus théoriques qui permettent de faire le lien entre l'histoire et les doctrines économiques.
  Réédité et augmenté, peaufiné, cinq fois, cet ouvrage permet d'avoir une idée de ce que les marxistes appellent le "sens de l'histoire" (nous préférons plutôt le terme de direction), des enchaînements des réalités tant économiques et sociales que sociopsychologiques et même philosophiques.
 
   L'éditeur, dans la cinquième édition mise à jour, présente l'ouvrage de la manière suivante, d'une manière non exagérée : "Comment nier la fascinante créativité de ce système qui, en quelques siècles, fait passer des métiers mécaniques mus par l'eau courante ou la vapeur aux robots industriels, à la télématique et aux biotechnologies, de l'imprimerie à l'exploitation de l'espace? Avec les indéniables progrès qu'il engendre, avec l'industrialisation, la salarisation, le chômage, la précarisation, le développement des villes, avec les conquêtes coloniales, les crises, les guerres, la décolonisation, la mondialisation et la grande mutation en cours, le lecteur trouvera dans ce livre, ramassée et fulgurante, l'histoire du capitalisme."
 
   Dominique CHARPENTIER, dans Alternatives Economiques n°182 de juin 2000 écrit : "Ce livre est presque un classique, tant il réunit, ordonne et analyse une masse importante d'informations. Dans la préface, qui renouvelle largement cette cinquième édition, Michel Beau explique pourquoi, à ses yeux, le capitalisme n'est ni un "mode de production", ni un système, mais une "logique sociale complexe, porteuse de forces transformatrices et autotransformatrices". Or, ces forces, estime-t-il, sont en train de produire un "basculement du monde" (...) fort inquiétant : il ne s'agit pas seulement du gonflement quasi cancéreux des activités financières et monétaires ou de la formation sans partage des rapports marchands, générateurs d'inégalités croissantes, que nul pouvoir ne tente plus de contrebalancer ou d'équilibrer. "Pour la première fois dans l'histoire, écrit-il, les décisions majeures, déterminantes pour les hommes, le vivant, la Terre, sont prises par des firmes" en fonction d'une logique strictement économique, voire financière. Le sort du monde est chose trop importante pour qu'il soit confié au marché. Comment ne pas approuver?"
 

 

 
   Michel BEAUD (né en 1935), économiste hétérodoxe français, professeur des Université, est auteur de nombreux articles et ouvrages sur les politiques économiques, le développement et l'évolution du système économique. Il a écrit notamment (avec Bertrand BELLON et Patrick FRANÇOIS), Lire le capitalisme, sur le capitalisme mondial et sa crise (Anthropos, 1976) ; La politique économique de la gauche, Tome 1 (Syros, 1983) et Tome 2 (Syros, 1985) ; le Système National/Mondial Hierarchisé - SNMH (une nouvelle lecture du capitalisme mondial (La Découverte, 1987) ; Le basculement du monde. De la Terre, des hommes et du capitalisme (La Découverte, 1997) ; Face au pire des monde (Seuil, 2011) ; Naissance d'un siècle - 2001. L'Amérique foudroyée dans un monde en désarroi (L'Harmattan, 2004) ; (avec Gilles DOSTALER). La pensée économique depuis Keynes. Historique et dictionnaire des principaux auteurs (Seuil, 1993). De nombreux livres (en entier) sont disponibles sur Internet (voir le site //classiques.uqac.ca). il a également, comme beaucoup d'auteurs, un site personnel (www.michelbeaud.com).
 
 
 
 
    Michel BEAUD, Histoire du capitalisme de 1500 à 2000, Editions du Seuil, collection Points Economie, décembre1999, 440 pages. Editions successives de 1981, 1984, 1987, 1990, 2000...
 
 
Complété le 1er Septembre 2012. Relu le 19 décembre 2018. Complété le 16 décembre 2020
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