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5 janvier 2021 2 05 /01 /janvier /2021 14:57

     Véritable OVNI dans l'édition, tant sur le fond (les enfants qui s'organisent...) que sur la forme (couverture originale, iconographie très riche...), ce livre collectif traite de l'aventure au sens propre de millions d'enfants jetés sur les routes au cours et au lendemain de la Seconde guerre mondiale. Samuel BOUSSION, maître de conférences à Paris 8, Mathias GARDET, professeur des universités (Paris 8) et responsable de l'axe HEDUC et Martine RUCHAT, ancienne professeure à la faculté de psychologie et des sciences de l'éducation (université de Genève) se sont livrés à un grand travail d'exhumation d'archives et d'analyse de l'expérience de ces orphelins ou enfants brusquement séparés de leurs parents, recueillis dans des camps ou villages d'enfants. Ces camps, dressés dans le cadre d'une aide humanitaire deviennent le théâtre d'une utopie pédagogique. Instituteurs, prêtres, pédagogues, médecins ou psychiatres fondent, dans l'urgence et le dénuement, des communautés largement inspirées de l'éducation nouvelle et de l'autogestion, des "républiques d'enfants". De l'Italie à la Hongrie, en France et en Allemagne, les enfants se muent en jeunes travailleurs, ils élisent gouvernements et tribunaux. Dans l'esprit internationaliste d'après-guerre, avant que les États reprennent pleinement en main l'éducation de leurs ressortissants, ces citoyens doivent contribuer au relèvement de l'Europe anéantie.

   Dans leur Introduction, les auteurs font état de leur principale découverte. "Pendant la guerre, ces expériences (de républiques en miniature) jusqu'alors relativement isolées se multiplient simultanément dans divers pays européens, surtout vers la fin du conflit, afin d'accueillir des enfants victimes et de contribuer à leur rééducation sous la bannière de l'éducation nouvelle et du "relèvement", expression qui traduit bien cette volonté de reconstruction, dans un continent où dominent les ruines. Les participants à la réunion de Trogen (Suisse) (convoquée par l'UNESCO en juillet 1948) sont venus témoigner de leur expérience. Leurs "villages" ou "villes" d'enfants aux allures de petites républiques sont nés pour la plupart dans l'improvisation, l'urgence et l'inconfort au temps du rationnement, sublimant ces contingences matérielles par un investissement pédagogique et un optimisme parfois plein de souffle. Nés sans concertation entre eux, en France, Suisse, Italie, mais aussi en Hongrie et en Belgique, ils partagent le plus souvent des références issues de l'éducation nouvelle, tout en ayant pris des directions pédagogiques singulières, qui se retrouvent jusque dans leur appellation, qui marquent à la fois leur variété et leurs points communs : Village international d'enfants à Trogen, République d'enfants de Moulin-Vieux dans l'Isère, Hameau-école de l'Île de France près de Paris, Home pour les enfants espagnols de Pringy en Haute-Savoie, mais aussi Gaudiopolis ou Ville d'enfants près de Budapest, ou encore Cité de l'enfance, Cité joyeuse près de Bruxelles, Villagio del fauciullo, Giardino di infanzia, Repubblica di ragazzi ou Scuola-Città en Italie..." Ce sont ces expériences que le trio livre au fil des douze chapitres, avec force détails et reproduction de photographies abondantes. "Quand en 1948 l'UNESCO décide d'en réunir les principaux artisans à Trogen, c'est bien autour de la promotion du modèle du self-governement - comme le soulignera sa nouvelle revue, Élan (Impetus dans sa version anglaise). Le premier numéro, entièrement consacré à l'événement, affiche en couverture la photo en buste sur fond rouge d'un tout jeune adolescent coiffé d'un chapeau de feutre, avec pour seule légende : "Il se gouverne". La deuxième de couverture nous apprend qu'il s'agit  du portrait de "Bartoumiou", qu'il a dix ans et que ses "concitoyens" de la République d'enfants de Moulin-Vieux l'appellent "Charlot", et de commenter : "Sans la moustache, sans la canne ni les chaussures, seulement le chapeau mou... c'est le sosie de Charlie Chaplin". Comme l'annonce l'éditorial, il s'agit de quitter les "actualités sensationnelles" liées au bilan de la guerre - "épaves, destructions, dévastations et ruines ; faim, besoins, sous alimentation et famine : maladies, épidémies, pestilence et mort" et la solidarité humanitaire qui en a découlé - pour entrer dans une "ère de paix qui donnera au programme de reconstruction de l'Unesco un élan nouveau". La nouvelle organisation agit en chef d'orchestre de la reconstruction de l'éducation en solidifiant les réseaux de sociabilité, apportant et recherchant des subsides, rendant compte des expériences pédagogiques jugées prometteuses, tout en cherchant à faire mouvement."

L'internationalisation des républiques d'enfants (1939-1955) est une histoire qui s'écrit autour de cette conférence de Trogen, selon un itinéraire progressif des chercheurs dans les archives. Ils ont opté pour un récit en trois temps : avant la conférence de Trogen en 1948, avec la fondation de quelques réalisations exemplaires qui seront les piliers de la future fédération internationale qui les regroupera ; durant la conférence, en resituant l'intensité des débats quant au modèle à promouvoir (car il y a une certaine quantité, et parfois d'inspiration un peu contradictoire, plus contradictoire sans doute que l'Unesco aurait voulu et aussi plus contradictoire que ce sont les auteurs ont pu en faire émerger des archives...) ; enfin les suites, jusqu'au milieu des années 1950, période durant laquelle s'amorce le déclin des républiques d'enfants avant qu'elle ne tombe dans l'oubli, les architectes nationaux des différents systèmes d'éducation pendant la Reconstruction n'en tenant guère compte dans l'ensemble.

    Ce livre est une pierre importante dans une histoire des enfants perdus qui se retrouvent eux-mêmes, dans l'Histoire, qui est sans doute encore à raconter. A la faveur de cataclysmes, de guerres et d'épidémies, des milliers, voire des centaines d'enfants ont dû s'organiser, avec l'aide souvent de quelques adultes, en véritables communautés. Très diverses, celles-ci, pour la plupart ont laissé peu de traces, mais des livres comme celui-ci permet de témoigner de leur inventivité et de leur intelligence. "Cette histoire, écrit encore le trio, qui croise celle des sorties de guerre, celle des enfants réfugiés; mais également de la Reconstruction, n'en finit pas de résonner avec des questions encore vives aujourd'hui en matière d'éducation. Elle interroge l'éducation à cette "compréhension internationale" et plus largement l'apprentissage de la citoyenneté, dans une Europe en construction permanente. Sous cet étendard se confrontent des conceptions différentes de la paix ou encore de la compréhension mutuelle des nations, certains y voyant une idée, d'autres une action concrète. Si le village international d'enfants, tel celui de Trogen, se veut le fer de lance de cette utopie, comment ne pas voir une tension permanente dans le réseau des communauté d'enfants entre une idéologie universaliste de l'après-guerre très onusienne et une réalité parfois confinée sur sa propre expérience?" En choisissant la forme la plus narrative possible, au ras des problèmes rencontrés par ces enfants, les auteurs permettent de bien se rendre compte de la diversité de ces divers isolats micro-sociaux. Ils nous font pénétrer dans des coulisses de l'histoire, qu'ils comptent d'ailleurs continuer d'alimenter sur un blog de recherche hypothèses.org intitulé L'internationale des républiques d'enfants. Leur ouvrage prend d'autant plus de valeur qu'ils proposent une bibliographie très détaillée qui complète les différents chapitres.

Samuel BOUSSION, Mathias GARDET et Martine RUCHAT, L'internationale des républiques d'enfants, 1939-1955, Anamosa, 2020, 485 pages.

 

 

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22 décembre 2020 2 22 /12 /décembre /2020 13:18

    Sous-titré Une histoire populaire du XXe siècle, ce livre fait partie à la fois d'une historiographie récente voulant changé d'angle et voulant relater le vécu et l'histoire des peuples pris dans les événements, dans les guerres comme dans les périodes de relative paix, plutôt que celle des états-majors militaires et des gouvernements, et d'un vaste ensemble de livres sur l'Histoire de l'humanité parue aux mêmes éditions La découverte en 2011.

Dans la lignée d'Howard ZINN, l'historien marxiste britannique Chris HARMAN (1942-2009) choisi dans ce livre d'adpter le point de vue des délaissé(e)s de l'histoire "officielle" pour faire état des guerres atroces, des révolutions, contre-révolutions et génocides qui ont finalement laissé la place à la colonisation totale de la planète par le capitalisme. Mais, ce livre n'affiche pas de résignation et au contraire son auteur reste persuadé que les "vaincus de l'histoire" chers à Walter BENJAMIN continuent de nourrir notre époque de leurs potentialités révolutionnaires... On est très loin de la fin de l'histoire... Elle se poursuit et probablement l'humanité, malgré les calamités actuelles qui se multiplient, a encore l'avenir devant lui. Mais sans connaissance du passé, pas de futur, sinon celui d'un éternel recommencement des mêmes erreurs, en changeant simplement d'échelle...

  L'auteur écrit dans son Introduction n'avoir cessé "d'avoir en tête qu'il (lui) fallait faire face à deux préjugés. L'un est l'idée que les caractéristiques fondamentales des sociétés successives et de l'histoire humain seraient le résultat d'une nature humaine "immuable". C'est un préjugé dont sont imprégnés aussi bien les écrits académiques que le journalisme et la culture populaire.

Les êtres humains, nous dit-on, ont toujours été cupides, compétitifs et agressifs, et cela explique des horreurs comme la guerre, l'exploitation, l'esclavage et l'oppression des femmes. Cette image d'homme des cavernes est destinée à expliquer le bain de sang sur le front occidental au cours de la Première Guerre mondiale et l'Holocauste au cours de la Seconde. Mon point de vue est très différent. La "nature humaine" telle que nous la connaissons est le produit de notre histoire, et non sa cause. Notre histoire est aussi celle de la formation de natures humaines différentes, chacune remplaçant la précédente au cours de grandes luttes économiques, politiques et idéologiques.

Le second préjugé, très répandu au cours de la dernière décennie du XXe siècle, consiste à dire que bien que la société humaine ait pu évoluer dans le passé, elle ne changera plus. Un conseiller d'État américaine, Francis Fukuyama a été l'objet de louanges unanimes lorsque, en 1990, il a prétendu que nous assistions à rien de moins qu'à la "fin de l'histoire" (...). Les grands conflits sociaux et les grandes luttes idéologiques relevaient désormais du passé. Ce à quoi des milliers de rédacteurs en chef et de présentateurs de télévision opinèrent vigoureusement. (...).

Le capitalisme, comme système d'organisation de la production à l'échelle d'un pays entier, est à peine vieux de trois ou quatre siècles. En tant que mode d'organisation de la production mondiale, il a tout au plus 150 ans d'existence. Le capitalisme industriel, avec ses énormes  agglomérations urbaines, son éducation primaire généralisée et sa dépendance à l'égard des marchés, n'a commencé à exister qu'au cours des cinquante dernières années. Pourtant, les hominidés vivent sur la Terre depuis au moins un million d'années, et les humains modernes depuis plus de 100 000 ans. Il serait proprement extraordinaire qu'un mode d'organisation économique et social qui ne représente que 0,5% de la durée d'existence de l'espèce humaine soit destiné à se prolonger indéfiniment, à moins bien sûr que notre espérance de vie ne soit très réduite. Tout ce à quoi aboutissent les écrits de Fukuyama et de Giddens (La Troisème Voie, 1998), c'est à confirmer que Marx avait raison au moins sur un point : "Pour la bourgeoisie, il y a eu une histoire, mais il n'y en a plus."  L'accumulation des crises contemporaines (famines, guerres endémiques, épidémies, destruction de l'environnement...) donne déjà raison à notre auteur : l'histoire continue et différemment...

  Suivant la chronologie classique au fil des chapitres, Chris HARMAN propose une autre vision du XXe siècle. Les événements les plus décisifs ne sont pas ceux dont les manuels scolaires parlent et la marche de l'humanité s'éclaire mieux en prenant en compte bien plus d'acteurs en mouvement.

Chris HARMAN est aussi l'auteur de nombreux ouvrages parmi lesquels The Fire Last Time, 1968 and After et The Lost Revolution, Germany 1918-1923.

 

Chris HARMAN, Un siècle d'espoir et d'horreur, Une histoire populaire du XXe siècle, La Découverte, 2011, 2013. Traduction de la dernière partie de A people's History of the World, From the Stone Age to the New Millenium, Bookmarks, 1999, puis Verso, 2008. 350 pages.

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10 décembre 2020 4 10 /12 /décembre /2020 13:41

    Au moment où s'accentue un certain mouvement éditorial qui s'ajoute à une déjà littérature abondante sur le thème de la désobéissance civile, ce petit livre du maître de conférences à l'université d'Aston, au Royaume Uni, directeur de la revue Social Movement Studies et de la politiste, chargée de recherche au CNRS (UMR CRAPE, Science Po Rennes) et présidente de l'Institut des Amériques-Rennes, en France permet de faire le point sur cette modalité d'action, qui, à l'inverse de la lutte armée, s'inscrit dans la vie ordinaire des individus.

   Il s'agit pour les deux auteurs, après avoir rappelé dans leur Introduction l'action célèbre de Rosa PARKS et du boycott des bus à Montgomery au milieu des années 1950, contre la ségrégation aux États-Unis, moment fort qui marque un renouveau dans les mouvements des luttes populaires, d'évoquer les "thèmes" forts de la désobéissance civile : "la non-violence et la violence, la religion et la politique, la légalité et la légitimité, les différents instruments de désobéissance, l'enracinement culturel de ces pratiques et leur médiatisation, leur capacité à se diffuser d'un contexte à l'autre." "La désobéissance civile n'apparait jamais dans un vide social : elle s'inscrit toujours dans des espaces relationnels en constante évolution, où des acteurs politiques - mouvements sociaux, contre-mouvements, institutions politiques, forces de l'ordre - cherchent à créer des rapports de force et à exploiter les faiblesses de leurs adversaires. La désobéissance civile pose des questions cruciales, à la croisée de plusieurs disciplines, notamment du droit, de la théorie politique, de la philosophie politique et de la sociologie. Chacune la traite selon une perspective singulières." Graeme HAYES et Sylvie OLLITRAULT veulent l'aborder dans leur livre avec les outils de la sociologie politique, et tout particulièrement de la sociologie des mobilisations. "Il s'agit de comprendre la désobéissance civile en tant que comportement politique et de privilégier la comparaison, dans le temps et dans l'espace, des pratiques et des représentations politiques qui lui correspondent." Ils s'appuient en grande partie sur l'histoire des mobilisations aux États-Unis et en France. Ils s'efforcent "de répondre à un questionnement au coeur des sociétés contemporaines. Comment expliquer l'engouement actuel pour ce registre d'action? Comment mesurer son poids, retracer ses évolutions, expliquer dans quels contextes et pour quelles raisons il peut devenir politiquement intéressant?" Ils cherchent dans ce petit livre "à déterminer de quelle manière la désobéissance civile se transforme non seulement en fonction des objectifs politiques, des identités collectives et des choix tactiques des acteurs, mais aussi des contextes culturels, discursifs et institutionnels au sein desquels ces mouvements évoluent". En définitive, ils s'interrogent "sur les conditions sociales d'apparition d'un comportement citoyen collectif et "éthique" adapté aux exigences de notre époque. S'inscrit-il dans un processus global de pacification des moeurs politiques en Occident? Ou faut-il au contraire y voir une forme de subversion inscrite dans un processus de radicalisation?"

    Ils saisissent bien les grandes différences de la désobéissance civile entendue aux États-Unis (mouvement quaker, luttes d'émancipation des populations noires) et en France (résistances à la militarisation, objection de conscience, antimilitarismes...) et s'essaient à cerner les diverses cultures qui dominent les courants qui y recourent. Faisant constamment bien la différence entre une vision libérale et une vision radicale de la désobéissance civile, ils indiquent aussi comment de nombreux mouvements très divers s'emparent de ces moyens d'action pour se faire entendre et peser sur les décisions politiques comme sur les évolutions économiques. Ils parcourent en moins de 200 pages tout un champ de sociologie des mobilisations et ne s'épargnent aucune question, laissant ouvertes biens des interrogations sur l'individuel et le collectif, et instant sur l'acquisition d'une identité militante pour bien des acteurs sociaux par le biais de cette désobéissance civile. Ils puisent aussi bien aux sources de la sociologie politique générale (qu'est-ce qu'un citoyen?) que dans les pensées et actions de nombreux leaders d'opinion.

 

Graeme HAYES et Sylvie OLLITRAULT, La désobéissance civile, SciencesPo, Les Presses, collection Contester, 2013, 185 pages

 

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16 novembre 2020 1 16 /11 /novembre /2020 10:03

   Cette histoire des pollutions à l'âge industriel, utile synthèse de nombreuses études à ce sujet, montre les effets des activités humaines sur l'environnement, pollutions globales à l'échelle de la planète qui constituent, comme l'écrivent fort justement le maître de conférences en histoire contemporaine à l'université de Bourgogne François JARRIGE et le chargé de recherches au CNRS (CRH-EHESS) Thomas LE ROUX. une contamination globale. Au gré de nombreux chapitres éclairants, ils démontrent que ces pollutions, longtemps considérées comme des enjeux secondaires, déterminent le destin de notre planètes et de nos vie et survie. Tous les spécialistes, en dépit des rugissements des complotistes et des négationnistes de tous bords, s'accordent pour considérer que les pollutions sont demeurées relativement limitées dans leur nature et leur étendue jusqu'à l'avènement de la civilisation industrielle, "dont l'essor transforme les données du problème, et depuis l'ampleur des pollutions ne cesse de s'étendre et d'évoluer selon des cheminements complexes, jusqu'à saturer le monde contemporain et des imaginaires".

   Depuis quelques décennies, l'histoire environnementale s'est beaucoup développée, aux États-Unis d'abord, puis peu à peu à l'échelle mondiale, contribuant à donner une visibilité nouvelle au phénomène des pollutions. Les auteurs ont choisi d'arrêter l'essentiel de leur étude historique au débit des années 1970, car avec la mondialisation et le développement de l'écologie politique, la mutation du système monétaire, la fin des guerres coloniales, le retour de la pénalité environnementale, l'émergence de la "société du risque", et, surtout, la redistribution géographique et néolibérale du système productif, s'ouvrent des configurations inédites qu'une analyse historique peine à mesurer pour l'instant. Ce qui ne les empêchent pas en fin d'ouvrage d'esquisser des pistes d'analyse. La chronologie retenue, des premiers pas de l'industrialisation jusqu'à ces années-là, implique une réflexion sur les temporalités et les discontinuités de l'écriture de l'histoire, d'autant que ces pollutions ont un développement discontinus et ignorent les frontières nationales.

Les deux auteurs écrivent à la fin de leur Introduction : "A l'âge de l'anthropocène, ou plutôt du "capitalocène" qui bouleverse peu à peu tous les grands grands équilibres physiques du globe, les pollutions industrielles touchent désormais toutes les parties du monde (référence au livre de Christophe BONNEUIL et Jean-Baptiste FRESSOZ, L'évènement anthropocène, l'histoire et nous, Seuil, 2013). Plus qu'un effet indirect regrettable de certaines formes de production et de consommation, elles sont devenue un élément décisif du fonctionnement du système-monde capitaliste. Suivre les pollutions dans leur cheminement historique, c'est aussi penser les conflits et l'organisation des pouvoirs à l'âge industriel, les rapports de force sociaux, tout en reconstituant les dynamiques qui ont modelé la modernité. D'abord de faible ampleur, très dispersées et localisées, les pollutions s'intensifient avec l'accroissement des productions et la libéralisation des environnements à la fin du XVIIIe siècle. Après 1830, l'industrie s'impose de plus en plus comme la condition du progrès, nouveau fétiche qui contribue à naturaliser les nuisances industrielles comme un phénomène bénéfique et inévitable, en dépit de plaintes et de protestations récurrentes. Le XXe siècle qui s'ouvre avec l'expérience des guerres totales inaugure une période de démesure particulièrement polluante. Il accroît et redistribue les contaminations selon des logiques toujours à l'oeuvre aujourd'hui. L'hypothèse du "paradis des pollueurs" suggère ainsi qu'à l'ère de la globalisation marchande des productions les plus polluantes tendent à quitter les pays à forte réglementation environnementale pour les pays pauvres ou aux politiques plus laxistes en matière de contrôle. L'enjeu de cet essai de synthèse est d'examiner s'il existe des régimes sociaux de pollution industrielle, d'en comprendre les ressorts politiques, les dynamiques économiques et sociales, de dégager des invariants tout en les remettant en contexte afin de caractériser au mieux les principaux points d'inflexion et de rupture. Il ne s'agit pas seulement d'offrir une synthèse sur l'état écologique de la planète dans son développement historique, mais de proposer une interprétations politique du devenir du monde industriel à travers l'étude des émanations et résidus qui l'encombrent toujours plus."

  Nous aurons l'occasion de nous référer à cette étude d'ensemble dans l'examen de différents conflits impliquant de plus en plus l'environnement, à l'heure du changement climatique actuel. 2020 est l'année la plus chaude sur notre planète depuis que les relevés systématiques des températures existent (1880 environ), et c'est aussi sans doute l'année la plus polluée. Ce livre nous permet de faire un point historique bénéfique, en attendant un autre sur l'ensemble des méfaits environnementaux depuis la fin des années 1970...

 

François JARRIGE et Thomas LE ROUX, La contamination du monde, Une histoire des pollutions à l'âge industriel, Éditions du Seuil, 2017.

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7 novembre 2020 6 07 /11 /novembre /2020 12:43

       Au moment où de nombreuses occasions de s'apercevoir de la force des propagandes audio-visuelles, que ce soit dans le cadre du renouveau de la recherche sur les guerres mondiales que sur la persistance de l'image du socialisme aux États-Unis pour la majeure partie de sa population, ce livre collectif est bienvenu. Dans le premier cas, l'immense majorité des archives cinématographique et des films de fiction, l'oeuvre des propagandes des différents camps, garde sa prégnance, à moins d'un effort critique important, sur la vision que l'on peut avoir sur les deux premières guerres mondiales. Dans le second cas, la propagande anti-communiste dans les différents documentaires et dans la grande majorité des films américains depuis des décennies, jette un rideau sur les réalités des analyses et des propositions socialistes - qui trouve encore aujourd'hui à l'occasion des élections américaines un écho dans les résultats des votes.

    Jean-Pierre BERTIN-MAGHIT, historien, professeur à l'université Sorbonne Nouvelle-Paris 3, et directeur de l'IRCAV, avec une bonne trentaine d'auteurs se lancent dans une histoire mondiale des cinémas de propagande, qui constitue une première dans le monde francophone. Poursuivant là, avec un certain retard, les nombreuses études anglo-saxonnes sur le sujet (voir les travaux par le biais de l'International Association for Media and History - IAMHIST), mais avec une attention égale aux pays totalitaires et aux pays dits démocratiques.

Dans cet ouvrage, les différents auteurs interrogent à la fois les actualités, les documentaires et les films de fiction, suivant un plan chronologique, qui va des origines du cinématographe jusqu'aux années 1960, à la fin desquelles le média télévision prend largement le relais. Ils se font l'écho - une abondante bibliographie permet à tous d'aller plus avant dans la réflexion - des progrès de l'historiographie du cinéma depuis plus de 25 ans, tant du point de vue des problématiques et des méthodes que de la prise en compte de nouveaux objets d'étude. Étudier les films de propagande politique, explique le coordinateur de l'ouvrage, oblige à examiner les foyers d'émission du matériel de propagande, l'aire de diffusion des documentaires, et le conditionnement psychologique exercé sur les populations auxquels s'adressaient ces films. Chaque article du livre tente de prendre en compte différents paramètres qui associent étroitement les films aux multiples circuits institutionnels. Le fond, la forme et le contexte des discours filmiques permet à la fois de cerner les intentions des auteurs de ces discours et les impacts réels de ceux-ci.

S'inspirant notamment des études de Jacques ELLUL qui estimait en 1962 que "la propagande est par nature une entreprise de dénaturation de la signification, de l'événement et de fausse déclaration d'intention", le coordinateur et les différents auteurs veulent à la fois embrasser, dans des circonstances précises, la représentation de l'histoire, la reconstruction de l'Histoire et l'influence de l'Histoire... De la première utilisation du  cinéma en 1898 à Cuba dans le cadre d'un conflit armé (Emmanuel VINCENOT) au cinéma de propagande au service d'un coup d'État (1962 et 1964) au Brésil (Denise ASSIS) en passant par le cinéma de propagande durant la Grande Guerre puis dans l'entre-deux-guerre, celui durant la Seconde Guerre mondiale au Japon, en Europe, aux États-Unis, en Chine, puis dans les années cinquante et soixante, on peut constater à la fois la prégnance de cette propagande (surtout lorsqu'elle n'a pas de rivale dans le temps et dans l'espace), ses limites (fortes lorsqu'on vise des faits précis), qu'elle soit directe, mise en oeuvre par les différents États, ou indirecte à travers la fiction, construite par les différents réalisateurs, souvent d'ailleurs à leur insu, étant plus des artistes que des sociologues...

Le cinéma est une arme de propagande sociologique d'autant plus importante qu'il se présente comme apolitique et comme un divertissement. La propagande qui intéresse ces auteurs est surtout celle d'agitation qui a pour but de déclencher un mouvement d'opinion, ils s'obligent à restreindre le champ des recherches, car le cinéma tout entier peut-être considéré de propagande. Même si les effets de cette propagande sont souvent diffus et décalé dans le temps, les gouvernements ont toujours tenté d'instrumentaliser de manière la plus précise possible le cinéma. Avec parfois des déconvenues (beaucoup visible en Allemagne nazie...) et des ricochets inattendus. On accordera une attention soutenue à des études telles que celle sur La Guerre des mondes et L'homme qui rétrécit, la guerre froide vue des États-Unis ou comment j'ai appris à survivre à une catastrophe nucléaire? (Sébastien BOATTO) ou aux limites de la propagande soviétique dans l'après-guerre (Valérie POZNER)...

Jean-Pierre BERTIN-MAGHIT est également l'auteur de nombreux ouvrages sur le cinéma français sous l'occupation. Auteur chez Nouveau Monde éditions, de Les Documenteurs des années noires (2004) et de Lettres filmées d'Algérie (2015).

 

Sous la direction de Jean-Pierre BERTIN-MAGHIT, Une histoire mondiale ds cinémas de propagande, nouveau monde éditions, 2015, 820 pages.

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20 octobre 2020 2 20 /10 /octobre /2020 11:56

     Pascal TOZZI, professeur à l'université de Bordeaux Montaigne, habilité à diriger les recherches en science politique, en commençant la rédaction de ce livre, savait qu'il s'attaquait à une entreprise difficile... Même parmi les familiers et les militants de la non-violence, il apparait difficile de l'utiliser contre le terrorisme. C'est ce que l'auteur décide de combattre, cette idée que contre le terrorisme, on ne peut pas grand chose d'autres qu'apporter des réponses policières et militaires...   

    Comme il l'écrit dans son Avant-propos, un "constat "simple" est à l'origine de notre réflexion : le terrorisme se nourrit de violences. La sienne propre, par laquelle il se manifeste de façon dramatique, celles qui en constituent le terreau initial, mais aussi les autres, déployées par nos démocraties face à la menace, qui se voient inévitablement recyclées dans les harangues prétendant justifier de nouveaux attentats. Autour du projet commun à ces diverses entreprises, à savoir l'anéantissement de l'ennemi, la violence engendre la violence. Avec; en outre, des réactions sécuritaires et guerrières de la part des États démocratiques qui ne vont pas sans risques pour eux-mêmes, dès lors qu'elles réalisent une partie du projet terroriste : déstabiliser durablement nos sociétés, ébranler profondément les principes humanistes et humanisant d'un vivre-ensemble censé orienter, en principe, l'action politique." L'auteur aborde ce qu'il considère l'une des réponses opposables à ces scénarios d'enviolentement : "celle qui s'attache à en tarir le principal carburant : les formes de violences qui alimentent le terrorisme ou en potentialisent les effets." Il entend explorer les possibles d'une résistance non-violente qui procède à cet assèchement sur le long terme.

"D'ores et déjà, ouvrir une telle alternative est un moyen d'enrichir le débat citoyen au-delà de ses modalités de "basse intensité", des réductions et des angles morts qui en rétrécissent les perspectives. Avec en corollaire, une mise à l'épreuve inévitable de la non-violence elle-même dans sa capacité à convaincre de sa recevabilité, à produire un sens renouvelé, des propositions réalistes en contexte de crise, sans être la solution, peut-elle réellement participer des solutions? Face à cette question, il était nécessaire de revenir sur les positions et options dominantes qui sous-tendent la lutte contre le terrorisme, d'abord en les questionnant dans leur rapport violence/efficacité et dans leur bilan coût/avantages, ensuite en considérant surtout comme non acquis certains présupposés et prédécoupages - émotionnels, idéologiques, politiques ou autres - qui orientent les manières, individuelles et collectives, d'appréhender le terrorisme et de le traiter politiquement. Car si bon nombre de ces représentations sont aujourd'hui favorables à la violence, elles restent, comme toutes constructions sociales, des productions discutables." L'auteur se propose donc de procéder à des déconstructions et de proposer un changement de paradigme en évoquant d'autres manières, non-violentes, de concevoir le problème, donc de l'appréhender. Vaste programme!

     Comme pour d'autres phénomènes de violence politique, l'auteur met en relief cette problématique entre violences structurelles et violences "physiques" que nous avons déjà eu l'occasion d'évoquer. Il insiste sur le sens de termes souvent utilisés à tort à à travers, dans une sorte d'emballement frénétique et ultra-rapide - on l'a encore vu récemment - d'abord par les médias, ensuite par les différentes forces politiques en présence, où les arguments sont souvent, sous forme de commentaires de commentaires de commentaires, instrumentalisent fortement les situations "d'attentats terroristes". Si les facteurs de l'enviolentement sont complexes, faits d'événements, de situations mais aussi de trajectoires de groupes ou d'individus, il existe une sorte d'énorme "armée de réserve" comme diraient des marxistes, constituée de ces millions d'enfants traumatisés, au Moyen-Orient notamment. Déshérences, humiliations, déracinements sociaux et économiques existent à foison, y compris au coeur de nos sociétés, dans lesquels puisent de grands experts en manipulation des esprits à la recherche d'une armée tout court. Les clichés du fanatisme aveugle, de la folie individuelle et collective, sont heureusement de nos jours atténués chez les responsables politiques de tout bord, sans avoir complètement disparus : les expressions "fous de Dieu", notamment à propos des islamismes radicaux (qui peuvent d'ailleurs être antagonistes) sont encore utilisées dans n'importe quel sens et dans n'importe quelle circonstance, nonobstant les faits simples établis lors des enquêtes qui suivent les attentats et dont le compte rendu est souvent éclipsés par les tumultes des polémiques.

 Sans nier, et l'auteur l'écrit bien, l'existence de réelles radicalisations et l'illusion chez des auteurs de terroristes de bouleverser le monde par des actes parfois très isolés ou de trouver le paradis, il s'agit de clarifier quelles peuvent être les actions qui suppriment toute illusion à ce propos...

   Tout d'abord, développe Pascal TOZZI, refuser la violence mimétique, c'est-à-dire résister à la tentation de rendre notre violence légitime, chose à laquelle s'attache souvent avant tout, que ce soit justifié réellement ou pas, aidé par la rhétorique habituelle des États, les gouvernements souvent pris au dépourvu, surtout à notre époque d'usage a minima de leurs prérogatives régaliennes, néo-libéralisme oblige..., éconduire le désir de nous venger, récuser la torture comme moyen de lutte contre la barbarie, exclure la régression judiciaire, notamment d'un retour à la peine de mort, abandonner les exécutions "militaires" à l'étranger, ne pas payer en "dégâts collatéraux" le tribut de la vengeance, refuser de répondre aux morts par l'élimination symbolique (entendre l'exclusion de la nationalité-, s'opposer à la guerre comme réponse à la violence terroriste (notamment parce que les territoires et les populations visés sont ensuite dévastés, introduisant les germes de nouveaux désordres comme actuellement au Proche-Orient, suite aux guerres d'Irak)...

    Ensuite, développer une véritable non-collaboration, à commencer réduire la peur, repousser la terreur, c'est-à-dire exactement l'inverse de ce que font nombre de médias et de pouvoirs publics, et pour cela s'en tenir simplement aux faits suffit, tellement des attentats apparaissent dérisoires (au couteau!) par rapport aux enjeux évoqués à la fois par les criminels, les médias et les appareils policiers des États. Il s'agit par là de protéger nos libertés en refusant que l'exception ne devienne la règle - il n'a échappé à personne qu'un incident isolé et isolable sert de prétextes à pérenniser des mesures d'urgence, d'alerte... Refuser aussi de transformer tout le monde en suspect, éviter de transformer par là nos sociétés en sociétés de surveillance - pour le plus grand profit de sociétés semant partout leurs moyens d'espionnage des citoyens, moyens bien commodes pour contrôler dissidences et oppositions (politiques ou morales...). C'est simplement remettre les services de renseignement et de police à leur vraie place, celle d'où elles peuvent réellement protéger les citoyens - il n'a pas échappé à grand monde, là encore qu'en regard des milliards distribuer en moyens de surveillance tous azimuts, y compris informatiques, des zones entières sont tombés dans l'ombre...

    Mais il ne s'agit pas seulement de s'opposer à des dynamiques anti-démocratiques par essence et sur de longues périodes. Il s'agit aussi par l'éducation et un travail de conscientisation citoyen d'accueillir et de reconnaitre l'autre, tant aujourd'hui les moments de circulation des populations et des personnes sont devenus importants partout dans le monde. Les mouvements de migrations ont toujours été irréversibles dans l'histoire et ce n'est pas avec quelques contrôles des frontières et quelques outils informatiques voués aux piratages continuels qu'on changera ce fait... Cultiver la tolérance contre le dogmatisme et la radicalisation est impératif, et il ne s'agit pas de se payer de mots et de pleurnicheries après des attentats, mais de réaliser des actes et de d'y mettre des moyens réels. Défendre la laïcité contre les clivages intégristes ne consiste pas seulement à fermer des lieux de cultes, à interdire de séjour des prêcheurs extrémistes, mais aussi de lui redonner tous ses sens politiques, idéologiques (n'ayons pas peur des mots non plus...), économiques et sociaux. notre auteur insiste surtout sur les aspects moraux, qu'il s'agit d'ancrer dans les mentalités, au-delà des croyances et des non-croyances...

    Dans son esprit, éduquer à la non-violence et à la paix, c'est un ensemble de processus qui reviennent souvent à réformer profondément nos sociétés.

Pascal TOZZI, La non-violence face au terrorisme, une alternative pour rompre la spirale de la violence?, Éditions Charles Léopold Mayer, 2019, 185 pages.

  

 

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18 octobre 2020 7 18 /10 /octobre /2020 07:46

   Au moment de l'épidémie du Covid-19, il n'est pas inutile de rappeler les circonstances et les conséquences de l'épidémie de peste qui ravagea l'Orient et l'Occident durant quatorze siècles. Même si dans le premier cas, on a affaire à un virus, et dans le deuxième à un bacille, les épidémies forment des séquences d'événements et d'enchainements sociaux, économiques et politiques semblables. L'ouvrage, dense, de l'auteure plus connue sous le nom de Fred VARGAS, archéologue de métier, tout en retraçant l'histoire de la peste, indique également la remise sur le chantier d'un certain nombre d'hypothèses passant jusque là pour des certitudes bien établies.

    Au-delà de symptômes et de processus de diffusion semblables, les plus récentes recherches indiquent des vecteurs différents, puce de l'homme, puce du rat, autres puces, à l'origine de la peste. Il apparait également que la peste n'est pas complètement éradiquée, des cas (en 2002 à New York, deux cas) apparaissant jusqu'à la fin du XXe siècle et au-delà. "L'histoire de la peste, écrit-elle, n'est donc pas révolue et elle constitue une véritable question d'avenir. D'autant que l'irruption toute récente de cette maladie, aux côtés de la variole et de l'anthrax, dans le débat mondial sur la guerre bactériologique, la propulse aux premiers rangs de l'actualité, conférant au sujet une acuité nouvelle. Certes , la découverte du rôle de la piqûre de puce, la mise en place de mesures prophylactiques, la connaissance des foyers invétérés et la mise au point de traitement de la maladie, lui ont porté des coups décisifs. Cependant, l'absence de vaccin réellement efficace et la résistance nouvelle du bacille aux antibiotiques obligent l'homme à poursuivre activement sa bataille séculaire. Or, de l'identification des puces vectrices dépend la compréhension de la chaîné épidémiologique et de la propagation de la maladie. A sa suite, c'est évidemment toute l'orientation des mesures de prophylaxie, fondamentales dans ce combat, qui peut s'en trouver très notablement modifiée. La lutte contre les puces de rat se mène différemment de celle contre les puces de l'homme : aussi la connaissance exacte des insectes vecteurs est-elle un enjeu de première importance."

    L'auteure indique bien l'étendue du domaine de la peste, étendue qui accroît la difficulté de son étude : "sa dimension chronologique oblige à sortir des champs cloisonnés de l'histoire, son extension géographique contraint à dépasser les bornes des continents, et l'investigation ne peut être conduite qu'en croisant des champs disciplinaires ordinairement étanches". C'est pourquoi, dans ce livre, elle aborde des éléments en provenance de disciplines diverses, entre dans les détails archéologiques, biologiques, médicaux, zoologiques et entomologiques.... Elle reprend l'histoire des phases successives de recherche effectuée depuis la fin du XIXe siècle, examine des théories qui s'affrontèrent et explique, in fine, la raison de certaines réactions des populations et des élites face à cette maladie. Ainsi est éclairée le contraste entre réactions de classes riches et de populations miséreuses. 

Elle apporte ainsi des explications intéressantes mais s'arrête là. Tout en replaçant dans leur contexte certaines perceptions de la peste, elle n'aborde pas les conséquences de tout ordre du développement de ces épidémies. D'importantes notes et une abondante bibliographie donnent des pistes pour un prolongement de l'étude ce cette histoire des chemin de la peste.

Frédérique AUDOIN-ROUEZAU, Les chemins de la peste, Le rat, la puce et l'homme, Éditions Tallandier, collection Texto, 2020, 625 pages. Une première édition avait été réalisée en 2006 par les Presses Universitaires de Rennes.

 

 

 

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14 octobre 2020 3 14 /10 /octobre /2020 12:39

    Ce livre n'est pas consacré au sabotage du pipeline (même si un manuel ne serait pas de trop étant donné les difficultés et les dangers de l'entreprise - danger pour les personnes qui entreprennent quelque chose sur un pipeline, difficultés car nombre de sécurité y son installées, notamment des confinement de tuyau en cas de percée...), mais plus sérieusement aux moyens d'action déployés par les différents mouvements contre le changement climatique depuis déjà bien des années.

   Le maitre de conférences en géographie humaine en Suède et militant pour le climat Andreas MALM s'inquiète d'une certaine inefficacité au moment où la situation réclame des mesures de plus en plus urgentes. L'auteur fait le constat "que les classes dirigeantes de ce monde sont restées sourdes à ces signaux (du changement climatique). Si elles n'ont jamais eu un peu de bon sens, elles l'ont aujourd'hui totalement perdu." "Nous dressons nos campements de solutions durables. Nous faisons tourner nos cantines véganes et tenons nos assemblées. Nous manifestons, nous bloquons, nous montons des pièces de théâtre, nous adressons des listes de revendications à des ministres, nous nous enchaînons aux grilles, nous nous collons au bitume, nous manifestons à nouveau le lendemain. Nous sommes toujours parfaitement, impeccablement pacifiques. Nous sommes plus nombreux, incomparablement plus nombreux. Il y a maintenant un ton de désespoir dans nos voix ; nous parlons d'extinction et d'avenir annulés. Et pourtant, les affaires continuent tout à fait comme avant - business as usual." Et Andreas MALM, et il n'est pas le seul dans la mouvance écologique, se demande "à quel moment nous déciderons-nous ) passer au stade supérieur?"

Il juge, à l'instar du romancier et essayiste John LANCHESTER, étrange que les militants pour le climat n'aient pas commis d'actes de terrorisme, posant l) une question sans doute que les prochaines années trancheront, la violence étant souvent le résultat d'un désespoir. Trop gentils, trop respectueux de la propriété privée, et de la propriété tout court, les militants pour le climat s'auto-limitent dans leurs moyens d'action. Malgré toutes les manifestations, toutes les grèves, tous les boycott, le business est toujours actif.

"Une bonne partie du mouvement pour le climat et la plupart de ses intellectuels frémiraient à la seule idée d'un au-delà de la non-violence absolue, une doctrine particulière s'étant imposée en son sein : le pacifisme." L'auteur dénonce ce pacifisme moral enseigné par exemple par Bill MCKIBLEN, figure emblématique et organisateur infatigable du combat contre le changement climatique. Ce pacifisme moral codifié le plus rigoureusement par le mouvement Extinction Rebellion (avec Roger HALLAM, son fondateur et idéologue), pour encadrer tous les moyens utilisables. Et l'auteur remonte au pacifisme stratégique dans les pays du Nord qui "scintille de références à des luttes passées" pour dénoncer cette mentalité et cette idéologie non-violentes. Pour lui d'ailleurs, comme pour un certain nombre d'autres auteurs - encore très minoritaires - les leaders et militants pensent surtout par comparaison avec ces luttes passées, comparaison qui s'accompagne - mais là il faut dire que nous ne le suivons que très peu - d'une déformation historique des acquis (soit-disant selon lui) obtenus par des moyens non-violents (les luttes contre l'apartheid, contre l'esclavage, pour le droit des votes des femmes n'étant pas exemptes de violences). S'il est vrai que nous soyons parmi les premiers à déplorer un certain romantisme occidental par rapport à l'action par exemple de GANDHI, bien plus politique que ne le raconte maints ouvrages ou oeuvres filmiques, il est parfaitement inutile d'abonder une liste, comme l'auteur le fait, des circonvolutions des activités politiques des leaders habituellement qualifiés de non-violents (GANDHI, MANDELA...) du reste faite à l'aide de citations sorties de leur contexte... Là où l'auteur est le plus convainquant, c'est lorsqu'il met en avant l'urgence des changements climatiques dont les effets pourraient être irréversibles d'ici une dizaine d'années... Il est vrai que l'expérience des luttes non-violentes passées n'est que peu d'utilité face à ce péril imminent, qu'il aurait fallu combattre au moins dès les années 1950...

A trop forcé le trait, en disant par exemple que des auteurs (lesquels?) auraient écrits que la résistance non-violente avait été plus efficace contre Hitler pendant la seconde guerre mondiale que les troupes alliées, l'auteur décrédibilise quelque peu son argumentation. Dans l'Histoire, très peu de leaders ont avancé la non-violence absolue comme la solution pour gagner une lutte, beaucoup en revanche ont hésité, tergiversé et s'ils sont venus à opter pour la non-violence, quel que soit leur conviction profonde, c'est souvent par efficacité politique... D'aucuns ont même plaidé à un moment pour des tactiques violentes (l'exemple du combat conte l'apartheid est sur ce point exemplaire) avant de s'apercevoir qu'ils alimentaient en fait les forces de répression et les tendances répressives au sein des pouvoirs d'État... De plus, le débat sur le sabotage a traversé aussi tous les mouvements non-violents proprement dits, bien plus tôt d'ailleurs que l'ensemble de la mouvance contre le changement climatique, et beaucoup ont tranché : le sabotage est compatible avec l'action non-violente (sous certaines conditions). C'est ce qui donne un caractère un peu bizarre à ce livre, qui semble enfoncer des portes déjà ouvertes, en tout cas en Europe, et notamment en France (dans les pays anglo-saxons, le débat est moins clair)...

Dans le dernier chapitre "Combattre le désespoir", évoquant quelques de ces opuscules qui circulent dans le monde (notamment sur Internet) prônant le sabotage massif de l'industrie (comme Deep Green Resistance, pour la "Guerre écologique décisive"), notre auteur se demande comment ne pas dérailler vers un terrorisme écologique ou une guerre civile généralisée... L'organisation de commandos ciblés contre des installations productrices de gaz à effet de serre, qui met en émoi tous les dirigeants économiques du secteur (comme l'affaire de 2016 autour de la mine et des voies ferrées de Schwarze Pumpe) serait peut-être une voie à suivre, mais même l'auteur ne semble pas vraiment catégorique sur ce point...qualifiant la destruction des clôtures de "violence des plus douces"...

Ce qui frappe à la lecture de ce livre, c'est qu'au final d'une dénonciation de l'idéologie de la non-violence, il ne fait guère de propositions de moyens de combat... Ses avertissements - on oserait dire voilés - sur l'apparition d'une insurrection violente contre les changements climatiques devraient pourtant alerter... Le désespoir de maintes populations prises au pièges (inondations, incendies) pourrait conduire toutefois à des mouvements violents plus ou moins spontanés...

Dans un tout dernier chapitre (Post-scriptum), l'auteur, en mars 2020 décrit depuis Berlin, évoque l'épidémie du covid-19, qui met à l'arrêt tout le capitalisme mondial mieux que ne l'avait fait tout le mouvement écologique, mentionnant aussi l'impatience des financiers et des pouvoirs publics de tout recommencer comme avant et de tout re-polluer (la pollution a diminué sèchement notamment autour des grandes villes dans le monde entier).  "Le sabotage n'est pas incompatible avec la distanciation sociale" termine-t-il.

 

 

Andreas MALM, Comment saboter un pipeline, La fabrique editions, 2020, 210 pages. Traduction de l'anglais How to blow up a pipeline, paru chez Verso Books la même année.

 

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6 octobre 2020 2 06 /10 /octobre /2020 14:19

   Composé de nombreuses contributions, dirigé par Pierre ARBUS, maître de conférences habilité à diriger les recherches à l'École supérieure d'audiovisuel de Toulouse (ENSAV) et cinéaste essayiste, cet ouvrage présente une série de représentations - romans, nouvelles, films, oeuvres théâtrales, peintures, oeuvres plastiques, bandes dessinées - de la première guerre mondiale.

   Cet ouvrage collectif, sans doute un éniène ouvrage, comme l'écrit Pierre ARBUS, ayant pour sujet la Grande Guerre "postule un fait relativement récent : la prise en compte d'un substrat composé par les imaginaires, collectifs et individuels, dans les représentations des événements mémorables de l'histoire. Mémorable étant ici indissociable d'un sentiment moral inéluctable, la notion de scandale, dès lors que le chercheur, quelle que soit la rigueur et la soit-disant objectivité de son protocole, reste avant tout un homme impliqué lui-même dans une histoire et dans un parcours de représentations qui l'ont façonné singulièrement et exclusivement". Les contributions diverses veulent approcher ces représentations, sachant que les représentations observées mêlent - s'agissant de littératures et d'expressions artistiques - un certain plaisir esthétique, une certaine fascination (pour la violence et le sang), au sentiment même de scandale face au gaspillage de vies humaines de de biens matériels. Singulièrement, selon lui, "il y a au cinéma les représentations pour l'histoire (Léon POIRIER, Raymond BERNARD) : voir par le biais des images, des fragments reconstitués - imaginaires - de l'invisible réalité. Réalité dévoilée, mais qui prétend précisément - vaine tentative - recomposer le voile, par le moyen de la reconstitution, et servira de modèle à toutes les tentatives de représentation de la Grande Guerre qui lui succéderont, de Raymond BERNARD à Victor MILESTONE, TAVERNIER, SPIELBERG, ROUFFIO, JEUNET... En outre, deux films reconstituent un épisode polémique de la Grande Guerre vont, à tout le moins, déclencher le scandale - comme le fit Otto DIX avec La Tranchée, en 1928 - ou la colère. Il s'agit d'une part du film de KUBRIK, Les Sentiers de la gloire, d'après le roman d'Humphrey COBB, sorti en 1957 aux États-Unis et en Allemagne - où il fut tourné - et projeté en France seulement en 1975, car les producteurs n'avaient pas souhaité l'y proposer par crainte de la censure. D'autre part, le film de LOSEY, Pour l'exemple, moins connu sans doute, développe la même thématique sans plus s'attarder à la représentation des combats. Ces deux films sont encore aujourd'hui susceptibles de mener à convergence un certain nombre de recherches autour d'une préméditation du conflit qui pourrait remonter par le fil d'un continuum social et idéologique, jusqu'à la révolution de 1789." En effet, il s'agit, au-delà de l'approche militaire et diplomatique et d'une approche culturelle et sociale, d'une approche génocidaire et contre-révolutionnaire, renouant d'ailleurs avec une historiographie longtemps restée sous le boisseau qui considère les événements sous l'angle, le mot n'est pas dit par les auteurs, mais tout de même, de la lutte des classes, les guerres étant en liaison directe avec la remise en cause d'un système économique et social - le capitalisme pour ne pas le nommer - par des masses paysannes ou/et ouvrières portées par l'espoir qu'une révolution - plus ou moins courte - change la donne globale.

  Loin de se livrer de front à cette sorte d'analyse, les auteurs  tournent souvent - notamment le canadien Steven PINKER avec son article sur Le Triomphe des Lumières - de l'orientation sociale et politique des progrès de la science. S'agit-il, en terme de civilisation d'un l'avancée d'une "barbarie de la chair et de l'acier" qui éclate de manière  paroxystique lors de la Grande Guerre (Sylvain LOUET) contre un certain progrès du droit et de la justice? Il s'agit en tout cas pour Raphaëlle Costa de BEAUREGARD qui met en parallèle les représentations populaires d'avant-guerre et celles d'après-guerre de l'épouvante, d'un changement de regard, à travers le motif du mort-vivant, sur l'épouvantable, la Grande Guerre ayant fait reculer les frontières de l'épouvantable imaginable... Il y a pour Marion Delage de LUGET, juste après la Guerre un moment, avec le retour des poilus à la vie civile - de disqualification de l'expérience. Oublier le trauma des tranchées pour pouvoir vivre... Cristophe BENEY réfléchit au trajet qui mène du roman de Michael MORPUGO, Cheval de guerre, publié en 1982, au film de SPIELBERG qui s'en inspire en 2011... 

D'autres auteurs (sur la bonne vingtaine en tout) examinent d'autres facettes au long de ce livre, qui demande une attention soutenue - il ne s'agit pas d'un ouvrage qui pourrait être lu comme plein d'autres sur le spectacle cinématographique ! - qui a le mérite de plonger dans les racines des débats historiographique de la Grande Guerre : jalon dans une culture de guerre et de "brutalisation" ou marqueur  décisif d'une évolution - à travers un définitif autre regard sur la guerre elle-même - vers une culture de paix. L'intention des auteurs est bien d'apporter, "dans le cortège des dizaines de millier de documents parus sur la grande Guerre, une modeste contribution à l'éclaircissement de la part et du rôle des imaginaires dans les représentations et la compréhension de l'un des événements les plus scandaleux de l'Histoire moderne."

 

Sous la direction de Pierre ARBUS, 1914-1918 Grande Guerre ou Contre-révolution? Ce que disent les imaginaires, Téraèdre, 2019.

 

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3 août 2020 1 03 /08 /août /2020 15:22

   Quand on relit l'ouvrage qui date de 1992 du maître de conférences au département des Sciences de l'information et de la communication de l'Université de Rennes 2, on ne peut s'empêcher de penser que depuis, on n'a pas fait de progrès patent sur la compréhension du rôle de la publicité dans nos sociétés, tant du côté de son influence idéologique que du côté de sa place réelle dans la dynamique économique.

    Sous-titré Idéologie et savoir-faire des professionnels de la publicité dans l'audiovisuel, ce qui délimite son approche, l'ouvrage, produit dans une période où les téléspectateurs français découvrent à leurs corps défendant les vertus du libéralisme (années 1980-1990), avec un certain "retard" par rapports à leurs voisins anglo-saxons et allemands, veut décrire des modes de représentation exclusifs définis par la publicité "qui ne correspondent que fort peu au réel". C'est en grande partie à ce réel très médiatisé qui fait en quelque sorte écran par rapport à la réalité que l'auteur s'attaque, très au fait de certains aspects occultés par les grands médias. Il s'agit pour Jacques GUYOT de "s'interroger de façon critique sur la manière dont l'acteur publicitaire a réussi à asseoir sa légitimité sociale et culturelle sur le thème de la modernité : modernité médiatique, mais aussi économique et technologique."

    L'auteur aborde successivement en quatre parties serrées l'analyse des changements d'attitude du public vis-à-vis de la publicité, l'évolution rendue possible grâce à une problématique de la création publicitaire, l'articulation de la publicité autour du concept de modernité et l'importance du facteur publicitaire sur le plan économique.

   L'évolution du rejet à l'adhésion (relative) à la publicité, laquelle subit des changements bien évidemment en dehors du champ du livre dans les années 2000, du fait de l'intrusion d'Internet dans le paysage audio-visuel quotidien, est étudiée de manière minutieuse sur les quatre continents. La problématique de la création publicitaire, que ses promoteurs situent parfois carrément entre l'art et la technologie, s'aidant en cela du langage des sciences sociales et de la sémiologie, situe la publicité dans une légitimité sociale qui la place dans les représentations du réel et dans le symbolique des relations sociales. Cela est d'autant plus fort qu'elle se situe dans le développement de la publi-information dans l'édition et la presse comme dans une sorte de symbiose dans l'apprentissage de l'art cinématographique par toute une génération de cinéastes, boulevard d'ailleurs dans l'éclosion d'un cinéma fantastique et des effets spéciaux. Que ce soit dans les messages eux-mêmes, qui promeuvent un idéal de vie individualiste (ou familial de manière très précise) basé sur la consommation des objets les plus récents, sorte de modernité. La place de la publicité dans la vie économique - et l'auteur rend bien compte des coûts occultés de la publicité dans la programmation des chaines de télévision - est le quatrième sujet - et presque un des moins traité par lui, ne fait l'objet que de peu d'études. Notamment, la relation entre les compagnes publicitaires et le succès des produits et services promus est une question peu abordée et par les publicitaires et par leurs clients. Outre le fait que souvent les enquêtes sur la progression de ces produits et services sur le marché sont le fait même de ceux qui les promeuvent, il semble qu'il y ait comme un mimétisme et une spirale où l'obsession de la concurrence remplace l'évaluation scientifique coûts publicitaires/valeurs des ventes... Dans sa conclusion, l'auteur met l'accent sur l'accroissement de l'importance des nouvelles technologies où s'opèrent de grands investissements du monde publicitaire, lequel propose une vision du monde très aseptisée et très consensuelle, à mille lieux des multiples conflits sociaux qui agitent le monde réel. Et plus les nouvelles technologies de l'image et du son sont mises à contribution, plus le monde proposé apparait envahissant, tendant même à remplacer - mais cette course de l'apparence souffre tout de même de grosses exceptions (heureusement) - la vie réelle.

Les paradigmes décrits par l'auteur gouvernent encore en très grande partie le fonctionnement et l'impact de la publicité dans les médias, peut-être plus encore avec Internet, mais de manière très différentes selon les contrées, les classes sociales et les habitudes nationales (entre Français et Allemands par exemple) et l'auteur pointe bien ces différences d'appréciation des différents publics et nationalités, chose que l'évolution d'Internet accentue d'ailleurs.

 

Jacques GUYOT, qui travaille particulièrement dans le Centre d'Études et de Recherches sur la Communication et l'Internationalisation (CERCI), sur la création télévisuelle et sur les stratégies publicitaires, est également l'auteur d'autres ouvrages : Les Techniques audiovisuelles, dans la collection Que sais-je? des Presses Universitaires de France (1999) ; Production télévisée et identité culturelle en Bretagne, Galice et Pays de Galle, Presses Universitaires de Rennes (2000) ; avec Thierry ROLLAND, Les archives audiovisuelles (Armand Colin, 2011) ; avec Fabien GRANJON et Christophe MAGIS, Matérialismes, culture et communication (Presses des Mines, 2019, en 3 tomes) ; Cultures de résistance, aux Presses des Mines, 2020.

Jacques GUYOT, L'Écran publicitaire, Idéologie et savoir-faire des professionnels de la publicité dans l'audiovisuel, L'Harmattan, collection Logiques sociales, 1992, 350 pages.

  

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